\ %ù^ ; i i M r. r a I zAcquired Vpith the assiflance oftbe ' Fund John Carter Brown Library *sj ^^- ï «r ■ ■ I,*" J?tW Sur le Pian et les Maladies suivi ; Présenté conformément à l'art, XI de la loi du 19 Ventôse an xi , et soutenu à V Ecole de Médecine de Paris , le 18 Brumaire an XIU ; Par Emmanuel CHOPITRE, Chirurgien-Major au Si, e Régiment d'Infanterie de ligne. i * ! I A PARIS, DE L'IMPRIMERIE' DE DIDOT JEUNE, Imprimeur de l'Ecole de Médecine , rue des Maeons«Soïboaue, n»^ 406» AN X I I î. (1804.) ~^ËEJ*W9. ^ EL ■ PRÉSIDENT, M. FOURCROY. EXAMINATEURS, MM. DUMÉRIL. DE JUSSIEU. BAUDELOCQUE. BOURBIER, BQYER, ^fri-a p"»""'""-' — m«i»mM«».i,w»«i!»«t«3»>i>- ^ A MESSIEURS COSTE, PERCY, DESGENETTES, LARREY, HEURTELOUP, PAR M ENTIER, Inspecteurs généraux du Service de Santé des Armées de terre. ; Comme un témoignage de respect et de reconnaissance. * : £ Emmanuel CHOPITRE, i >• i T'.— >:"'.■ ! 1 j ' « v 1 If ■(«) AVANT-PROPOS. Attaché aux Hôpitaux militaires de la Colonie de Saint- Domingue pendant près de six ans ( 1791 , 92 et 93, en qualité de Chirugien aide-major , à l'hôpital des Pères au Cap- Français ; dans les années 10, 11 et 12, comme Chirurgien en chef dans différents hôpitaux de la même Colonie.) Parmi les nombreuses et terribles maladies auxquelles est exposé le genre-humain , j'ai souvent eu occasion de traiter et d'observer le pian > maladie très-commune sous la Zone-Torride. Dans cet Aperçu , fruit de mon expérience et de mes" observa- tions, que j'ai l'honneur de présenter et de soumettre à l'illustre Ecole de Médecine de Paris , je me bornerai à faire connaître les différentes espèces de pians , à désigner les symptômes qui les distinguent et les caractérisent , les maladies qui les accompagnent, qui peuvent en résulter; enfin, à indiquer les traitements qui m'ont paru les meilleurs. - - , (6 APERÇU Sur le Pian et les Maladies dont il est suivi J'ai regardé le pian comme dépendant d'un virus dégénéré , qui « produit les mêmes ravages que le syphilis , et qui cède aux « mêmes moyens. Ce virus a tellement d'analogie et d'identité « avec le syphillitique, qu'on est porté à croire que du syphilis « invétéré naît le premier état du pian , et que du dernier de « celui-ci résulte souvent le mal rouge. » B A j o N , dans ses lettres sur Cayenns» L A maladie que je me propose de décrire dans cette disserta- tion, est peu connue en Europe, et y est entièrement étrangère, elle paraît propre aux climats brûlants de l'Afrique ; on l'observe surtout sur les côtes de Guinée, et les habitants la nomment Yyaw ou Xzsyaws ; on la rencontre aussi en Amérique , où elle paraît avoir été transportée par le commerce des nègres, et on la désigne dans ce pays sous le nom vulgaire de pian ou epian. Les nosologistes (i) (l) Sauvages , Nosologia melhodica, clas. x. Cachexiœ. Sagar , Cullen , Macbride , Histoire d'une maladie que les Africains appellent le Y cm t dans îe tome VI des Essais d'Edimbourg , etc. (7) Font décrit sous le nom de frambœsia , à cause des tubercules ou excressences fongueuses qui se forment à la peau , et qui ont une sorte de ressemblance avec la framboise , comparaison que les afri- cains ont également exprimée sous le nom d'yaw. Comme nous avons observé cette maladie en Amérique , nous con- serverons ici le nom vulgaire de pian, et nous le définirons une ma- ladie constitutionnelle } chronique , contagieuse, quelquefois, dit-on r héréditaire, essentiellement caractérisée par des sortes de pustules à la peau , qui contiennent une excressence fongueuse plus ou moins molasse, et fournissent une excrétion puriforme, sanieuse, qui diffère suivant les temps et l'état de la maladie. Cette maladie terrible attaque les blancs comme les nègres ; c'est une erreur de prétendre, comme quelques praticiens , qu'elle soit particulière aux nègres : l'expérience et l'observation démontrent tous les jours que les blancs qui s'exposent aux causes qui la pro- duisent, y sont sujets. Bajon, d'Azille, qui ont longtemps pratiqué avec distinction dans diverses colonies (i), en rapportent de nombreux exemples dans leurs ouvrages. Il n'est point de praticiens qui , exerçant depuis quelque temps dans ces pays, n'aient été à même de s'en convaincre. Pendant le temps que je suis resté dans les colonies de Saint- Domingue, j'ai acquis la certitude que les blancs contractaient le plan. En l'an 1 1 , chargé en chef de l'hôpital militaire de Saint- Marc (2), j'ai traité plusieurs matelots blancs atteints de pustules pianiques , au visage , aux parties de la génération et au tronc , suite d'un commerce avec des négresses. Au Cap -Français, j'ai donné mes soins à un habitant nommé Métayé, âgé de 55 ans, vivant depuis très longtemps avec une né- (1) L'un à Cayenne, l'autre à Saint-Domingue. (2) Ville située dans l'ouest de la partie française de Saint-Domingue. : (8) gresse, qui avait des pustules pianïques en très -grand nombre. Après lui avoir fait subir un traitement convenable, je suis parvenu à le guérir. A bord du parlementaire la Louise-Chérie , venant de la Jamaï- que avec 240 malades provenant de l'évacuation du Cap Français , bâiiment sur lequel j'étais chargé du service avec huit de mes col- lègues de l'armée de Saint-Domingue, nous avons remarqué deux soldats couverts de pustules pianiques (1). Plusieurs praticiens respectables et dignes de foi , m'ont assuré qu'ils avaient souvent eu occasion d'observer le pian sur des blancs. Enfin il y a tant de preuves acquises par l'observation , que les blancs comme les nègres peuvent contracter cette maladie, qu'il ne doit plus exister de doute sur ce sujet. Campet est dans l'erreur lorsqu'il dit que le pian est une mala- die particulière aux nègres et qu'ils ne l'ont qu'une seule fois dans la vie. Sous le rapport de la contagion , le pian doit être comparé au syphilis ; on le contracte toutes les fois qu'on s'expose aux causes qui le communiquent. Je ne m'attacherai point à rechercher l'origine du pian, ni à dé- terminer Sa cause première ; je remarquerai seulement qu'il est vraisemblable qu'il a été apporté de l'Afrique dans le Nouveau-Monde , par les nègres qu'on y a transportés. Le genre de vie, la nature des aliments, la chaleur du climat ; l'irritation continuelle produite sur la peau par l'influence active d'un soleil brûlant, l'humidité de l'air, l'abondance excessive des évacua- tions cutanées, l'existence d'un vice particulier dans les humeurs , peuvent être considérés, chez les nègres, comme causes premières et principales de cette maladie. Le pian se communique si facilement parmi les nègres, qu'on ne saurait trop prendre de précautions pour empêcher la contagion. II (1) Ces malheureux sont morts dans la longue et pénible traversée que noua avons faite. 1 (9) passe pour constanè, dit d'Azille , dans quelques Colonies, qu'il suffit, pour la communiquer, que des mouches attirées par l'hu- meur qui découle des pustules pianiques, après s'en être impré- gnées, aillent en déposer quelques particules sur une partie ulcé- rée. Quelques praticiens assurent même que sans égratignures et ul- cérations, on peut recevoir de ces mouches cette affreuse inoculation. Néanmoins, je crois que la manière la plus certaine et la plus ordi- naire dont se transmet le pian chez les blancs, c'est par le commerce qu'ils ont avec des femmes qui en sont attaquées. Les premiers signes qui annoncent les pustules pianiques , sont de petits boutons qui sortent indistinctement par tout le corps ; la pointe rouge qu'ils ont d'abord devient bientôt blanche , et laisse échapper une humeur assez claire qui, peu à peu, s'épaissit, prend un caractère sanieux, et forme la pustule suivant l'espèce de pian. A Papparition de ces petits boutons , le malade éprouve un peu de fièvre , des douleurs dans les muscles , et même dans les os ; la peau devient écailleuse , se couvre de dartres farineuses sans aucun écoulement; il souffre des démangeaisons fort incommodes, et mai- grit sensiblement. Si l'éruption des pustules se fait promptement et en abondance , les premières douleurs cessent; et lorsque par un traitement con- venable les pustules et les dartres ont disparu, la peau reprend sa première forme. . Les pustules pianiques ne sont pas toujours en aussi grand nom- bre chez tous les Individus; les uns en- ont tout le corps couvert, les autres en ont beaucoup moins; enfin quelques personnes n'en ont que d'espace en espace. On reconnoît trois espèces de pians bien distinctes et remarqua- bles : ces trois espèces sont appelées , i ,° gros pians ou pians blancs j a.° petits pians } 3.° pians rouges. Chaque espèce est accompagnée ou suivie d'accidents plus ou moins graves. i.° Les gros pians ou pians blancs sont faciles à reconnaît e par ïa grosseur et l'étendue des pustules; quelquefois elles sont aussi larges que la main, couvertes d'une chaire fongueuse et blafarde, V _ ! ta i g ( pO de laquelle il découle une matière sanieuse et épaisse, cèdent promp- tement à un traitement bien administré. ^ 2.° Les petits pians , dont les pustules , au lieu detre grandes, élevées comme celles des gros pians, sont au contraire fort petites et nombreuses, leur surface n'ebt pas recouverte d'une chair aussi fongueuse ni aussi blafarde que les premières. Ces pustules se ter- minent ordinairement en pointe ; la matière qui en découle est plus claire et plus corrosive ; elles sont plus grosses aux parties de la génération, et fournissent plus de matière. L'éruption se fait avec bien plus de difficulté que dans les gros pians. Cette espèce est plus longue et plus difficile à guérir, et souvent cause des accidents très- graves, surtout si l'éruption des pustules n'a pas été complète avant d'entreprendre aucun traitement, ou si par imprudence on a em- ployé des remèdes propres à la répercuter. Enfin la dernière espèce de pians, appelée pians rouges, dont les pustules sont rondes, moins étendues que celles des pians blancs , plus grosses que celles des petits pians, plus élevées, couvertes d'une chair fongueuse dont la couleur approche plus du rouge que du blanc , est la plus dangereuse de toutes -, la cure en est très-longue et très-difficile, et quelquefois, malgré les traitements les mieux suivis, il en résulte des désordres si affreux, que tous les secours de l'art deviennent insuffisants. L'éruption des pustules de cette es- pèce de pian se fait avec tant de difficulté et de lenteur, qu'à me- sure que les premières sorties sèchent, il en reparaît d'autres (i). Dans les pians blancs , lorsque l'éruption commence, il arrive quelquefois qu'il ne sort qu'un si petit nombre de pustules aux par- ties de la génération, aux fesses et au visage, qu'on ne sait à quelle cause les attribuer ; si elles proviennent du virus pianique, il ne tarde pas d'en reparaître d'autres ; car une fois que l'éruption des pustules pianiques est commencée, elle continue jusqu'à ce que le (i) Bajoiu r.-x -. (» ) vice semble s'être épuisé : alors on ne peut plus avoir de doute sur la nature de ces pustules. Lorsque l'humeur pianique se porte sur quelque partie ulcérée , c'est ordinairement à cette partie que paraissent les premières pustules. On observe habituellement qu'une des pustules devient plus grosse que toutes les autres, et qu'elle prend la forme d'un ulcère,- au lieu d'être élevée comme elles , elie est profonde, ronge tout le tissu de la peau, et est couverte de chairs pourries sans être boursoufflées : il en découle une matière purulente et de mauvais caractère ; si l'on panse cet ulcère avec les remèdes ordinaires , il s'irrite et devient très-malin. Cet ulcère est appelé communément mère-pian ou marna-pian ; non-seulement parce que cette pustule dégénérée est plus grosse que toutes les autres, et une'des premières sorties , mais parce qu'elle semble donner naissance aux autres pustules , les entretenir , et ne cesse ordinairement , que lorsque toutes sont disparues. Si l'humeur pianique s'est portée sur un ulcère, il devient ce qu'on appelle Mère-pian; s'il se trouve grand, il conserve sa grandeur; si au contraire il est petit , il prend de l'accroissement. Cette mère pianique favorise singulièrement l'éruption des pus- tules et donne une issue au levain morbifique de cette maladie , qui paraît avoir un cours libre et abondant par cet ulcère. L'observation apprend qu'il est très-dangereux d'appliquer des remèdes pour le faire sécher ou cicatriser : c'est opposer par ce moyen un obstacle à l'éruption cutanée, et causer peut-être une résorption, qui peut donner lieu aux accidents les plus graves. Les jeunes gens infectés du pian, guérissent plus facilement que les hommes avancés en âge: il en est de même de ceux qui ont un tempérament faible et délicat ; ceux au contraire d'une constitution forte et robuste , démandent un traitement plus long. Aussi observe-t-on que les femmes souffrent moins de cette mala- die, et obtiennent plus promptement guérison que les hommes. Ceux qui ont beaucoup de pustules, sont obligés de tenir un ré- gime plus sévère , et de suivre un traitement plus long-temps continué. s »! z r 8 : i Cm) r Les petits pians sont plus opiniâtres que iesgrw, et les pians rou- ges infiniment plus encore. Ztes maladies qui succèdent, an pian. Le pian mal traité ou abandonné à lui-même produit des maladies qui différent entre elles, tant par leur nature que par leur malignité. Ces maladies se divisent en deux classes : La première renferme celles qui sont les plus légères, faciles à guérir , et qui ont ordinairement leur siège à la plante des pieds , et dans l'intérieur des mains. La deuxième contient celles qui sont plus dangereuses et difficiles à détruire ; elles attaquent les parties Osseuses , et même toute la surface du corps. Ces maladies*, soit* cfo vice pianique , £e traitent par les mêmes moyens 'que le pian ; cependant, il faut adjoindre au traitement interne \ des remèdes externes , relatifs à la nature et gravité de ces affections. . De la première classe, ^Les maladies de la première classe | c^nt appelées dans les colo- nies j guignes ^ cmhes et saouaoùas. Des Guignes. Le$«?ugnes 9 ainsi nommées à cause tic leur ressemblance avec h guigne, sont des excroissances de chair , qui si": -viennent princi- palement à la. plante des pieds, à l'intérieur d-çs mains, et au bout des doigts; leur sensibilité est si exquise, que ceux qui en ont, ne peuvent marcher^ ni saisir quelque choss avec les mains , sans éprou- ver de fortes douleurs. ? Des Craies. Les crabes , excroissances de chair blanchâtres , ainsi appelées ■ Z™£MÊ*&L X..» (.3) parce qu'elles représentent la forme d'un crabe , animal crustacée, qui vitsoiîG les terres huin'des 3 sur les bords de mer, attaquent aussi la plante des pieds ; il découle de ces excroissances une matière acre et purulente : ce qui n'arrive point aux guignes et aux saouaouas. Des Saouaouas t Les saouaouas ns sont poipt , ccJBr.;e les guignes, et les crabes , des excroissances de chair; mais un épaississeme^t considérable de la peau de la plante des pieds et de l'intérieur des mains; il n'en découle point de matière purulente ; la peau devient très -dure et très raccornie ; ils produisent, comme les guignes, de fortes douleurs, lorsque les personnes qui en ont , veulent marcher ou saisir quelque chose. Les saouaouas sont d'un rouge très-vif; situés aux endroits de la peau où elle n'est pas fort épaisse , ils ressemblent aux dartres ■vives. Des maladies de la deuxième classe. Les maladies de h deuxième classe , sont le mal aux os ou exos- loses , les dartres $ et quelquefois le mal rouge ; maladie affreuse, vraisemblablement la même , que celle connue en Europe sous le nom de lèpre. Du mal aux os. D&iislemal aux os (i)^ on observe quatre degrés bien distincts. Dans le premier, le malade éprouve des douleurs aux articulations et aux os : les douleurs sont ambulantes, et reviennent par inter- valles ; elles sont^lns fortes dans les temps pluvieux et^humides , que dans les temps secs. Dans le deuxième degré, les douleurs sont compliquées de tumé- i I (i) Ainsi appelé dans les Colonies. F r i . WÊÊC ( u) faction aux os spongieux et aux extrémités des os longs ; elles sont plus intenses et fixées aux parties exostosées. Dans le troisième , les exostoses sont plus grosses , plus nombreu- ses, et attaquent la substance compacte et spongieuse des os ; quel- quefois même le ramollissement a lieu au point qu'ils se courbent, et prennent des formes in éguîières , comme il arrive dans le rachi- tis , avec la différence, que le ramollissement n'attaque que cer- tains os. Dans le quatrième degré enfin , le corps est couvert d'ulcères , et les os sont cariés : il est presque impossible de dépeindre le spectacle affreux que présente l'individu réduit à cette horrible position. Bajon (i) rapporte avoir traité des blancs, chez qui le vice piani- que avait fait de semblables ravages. Pendant mon séjour dans les colonies, je n'ai point eu occasion de voir des blancs dans cette cruelle situation , mais beaucoup de nègres. Ces cas se présentent souvent parmi eux : dans cet état déplorable , ils sont abandonnés aux soins de la nature , et terminent leur triste existence sous le poids des infirmités. Du mal rouge. Le mal rouge , maladie sans doute la même que celle appelée en Europe la lèpre , endémique dans la Nigritie, contagieuse (2) dans les climats chauds, commune aux blancs comme aux nègres, provient souvent du vice pianique à son dernier degré ; d'autres causes , telles que les vices scrophuleux , scorbutique, herpétiques , la nature des aliments, des eaux , et le climat peuvent aussi le produire. «*« (i) Dans ses lettres sur Cayenne. (a) Par attouchement, commerce, contact avec des personnes infectées de cette maladie. ( i5) Le mal rouge est facile à connaître. Dans son premier état, il se manifeste par des taches qui n'excè- dent pas le niveau de la peau, de couleur de rouge foncé, mêlé de jaune, qui surviennent à la poitrine, aux différentes parties du corps et au visage; l'insensibilité qui les caractérise, empêche de les con- fondre avec les taches dartreuses. Dans le second état, le vice fait des progrès, les taches augmen- tent, deviennent écailleuses, et conservent une insensibilité absolue; le vice de la peau gagne en profondeur, comme en largeur; les lèvres , les joues , les paupières, le front, se gonflent, s'épaississent et contractent des rides, des duretés et des bosses, qui donnent une figure horrible ; les lèvres grossissent , le nez devient épaté, s'affaisse , s'applatit; quelquefois le mal rouge s'arrête pendant plusieurs an- nées à ces premiers symptômes, sur-tout si les malades s'astreignent à un régime diétique. Mais si malgré l'emploi de tous les moyens les plus propres à prévenir les progrès de ce vice, il continue ses ravages et atteint le troisième degré , les sécrétions s'altèrent, l'odeur de la sueur et de l'haleine devient insupportable ; la soif est conti- nuelle , et la langue sèche ; toute la surface du corps , les extrémités, les mains , les pieds se gercent vers les articulations ; les ongles sont soulevés par des vésicules ; le gonflement passe d'une phalange à une autre ; l'ulcère et la carie déterminent la sortie des os, et même la chute des doigts entiers , sans aucune douleur ; enfin le malade n'est délivré d'une vie horrible , qu'après avoir été mutilé. Tous les secours de l'art ne peuvent rien contre un état aussi dé- plorable que cruel. Le mal rouge, lorsqu'il n'est pas parvenu à son dernier état, peut être combattu avec succès par l'emploi des moyens suivants : Régime humectant et propre à faciliter l'excrétion cutanée ; usage des légumes frais, des bouillons faits avec les viandes les plus sai- nes, telles que celle d'écrévisse , de serpent , de tortue , le lait coupé avec la décoction d'orge , les sudorifiques , le bon vin vieux donné avec modération , exercice du corps , d'autant plus utile que les malades sont enclins à l'inaction et à l'indolence , sucs dépurés des plantée ; bouillons aux herbes, avec des sels neutres, bains médicamenteux' sont les moyens qu'on doit employer, d'après Je- tempérament du malade et la gravité de sa maladie. Lorsque le mal ronge a produit des ulcères , en les lave avec la décoction de quinquina ; on applique deux fois par jour dessus , de là charpie trempée dans la teinture de myrrhe et d'aloës ou de succin, et lorsqu'il ne. s'agit plus que de résoudre les tubercules, on a re- cours à des dissolutions plus $étersivés , eçsiice , par exemple , m mélange d'eau-de-vie, de lessive, de petasc- , et de muriate am- moniacal : en pareil cas, la décoction de Monbain (i) a les plus grands succès. Dans le traitement du mal rouge j il faut bien se garder de faire usage du mercure ; l'emploi de ce médicament , intérieurement , ou même extérieurement , est très-nuisible et dangereux (s). Quand le mal rouge est parvenu à son dernier état ; le malheu- reux chez qui cette maladie a fait de tels progrès , est obligé de fuir la société , et de terminer sa déplorable existence dans la re- traite et l'abandon. Le D. Joseph Flores, de l'université de la ville Goatemala ; indique un remède merveilleux, non-seulement contre le mal rouge et les ulcères qu'il produit , mais même contre toutes sortes d'ulcè- res , soit vénériens , soit cancéreux : ce remède , dont il doit la con- naissance aux Indiens du village de S.-Christoval, du royaume de Goatemala , a eu les plus heureux résultats au Mexique , h Cadix et à Malaga» Ce sont de petits lézards , appelés dans l'encyclopédie , anolis de terre ou gobe-mouches : les uns sont dorés entre jaune et vert, (i) Le Monbain est un arbre du pays , dont les ^fruits ressemblent à ceux du prunier d'Europe : ses feuilles ont une vertu très-détersiye. (i) Bajoiu ^Tffllliiiiri ~ - -m ~ — - C 17) et les autres gris , avec des taches , ils ont ordinairement huit à dix pouces de long de la tête à la queue , et un peu plus d'un demi- pouce de large ; les uns et les autres ont la peau couverte d'écaillés triangulaires. On s'en sert de la manière suivante : après leur avoir coupé la tête , la queue , les pattes, et vidé les intestins , on les dé- coupe par petits morceaux. La chair palpitante et encore chaude , on en mange un chaque jour , le matin à jeun. Si on a de la répu- gnance à les avaler, on les enveloppe dans du pain à chanter. Les Indiens rapportent qu'ils n'ont coutume de n'en manger qu'un chaque jour, et que cinq à six anolis peuvent guérir le malade (1). Il est possible qu'au Mexique et à Guatemala , pays où la chaleur est très-forte , cette quantité soit suffisante pour obtenir une gué- rison radicale. Mais en Europe , les malades qui ont essayé ce remède , ont été obligés d'en prendre un plus grand nombre. A Malaga , un lépreux qui a fait usage de ce remède, en a mangé 40, pendant autant de jours, pour être guéri de cette cruelle maladie. Les effets que produit ce remède, sont constamment une chaleur et une ardeur extraordinaires , accompagnées d'une sueur copieuse et d'une salivation épaisse , abondante et jaunâtre. Cependant quel» ques malades n'ont ni salivé, ni transpiré, mais ont eu à la place des évacuations fréquentes , très-âcres et puantes , par la voie des urines, et par des dévoiements considérables. On ne fait ordinairement subir au malade ancune préparation. A Malaga on a jugé convenable de saigner le malade. Il faut observer de prendre ces animaux tout crus , chauds et palpitants. Pourrait-on penser que leur singulière et merveilleuse propriété, provient de leurs esprits animaux , ou d'un sel extrême- ment volatil, que contiennent toutes les parties de leurs corps, que le plus léger degré de feu ou le moindre refroidissement après leur mort peuvent dissiper ? (1) Sur les propriétés des lézards, par M. de Chanlrans. 1787. Luusane. 3 i ( i8-> II serait très-utile d éprouver ce remède à Caïenne, colonie ou le mal rouge est plus commun que dans les autres colonies fran- çaises (i). Des dartres. Les dartres , qui ont pour cause le vice pianique , ne diffèrent en rien des autres dartres. Ce sont , comme elles , des taches jaunâtres , bordées d'un rouge vif, dont le centre reprend la couleur naturelle de la peau, pour- vues de sensibilité , de démangeaison , et de cuisson après s'être gratté. Elles n'ont besoin d'aucun traitement particulier; en détrui- sant le vice qui les produit , elles disparaissent : les dartres accom- pagnent presque toujours le pian chez les nègres. Il est arrivé quelquefois, dit Campe t , que des hommes de Part ont pris pour des taches de mai rouge , celles qui n'étaient que dar- treuses: la sensibilité , leur forme, leur couleur doivent, en y fai- sant bien attention, empêcher pareille erreur. Comme je n'ai en vue dans cet aperçu que de faire connaître le pian et les maladies auxquelles il donne lieu , je ne me permets pas de plus grands détails sur le mal rouge et les dartres , souvent occasionnées par d'autres maladies que le pian. Du traitement du pian et des maladies qui V accompagnent ou qui peuvent en être la suite. L'expérience et l'observation ont démontré que le mercure est le principal remède à employer dans la cure du pian et des affec- tions dont il est compliqué. Le vrai médecin n'a point de méthode particulière pour le traitement de ces maladies ; la variété des tem- péraments, des affections, des temps , des lieux , en un mot , la position (i) Campe i * dans son traité sur les maladies des pays ebauds. -: WM3ËÊBTT C '9 ) des malades, l'obligent d'administrer le mercure sous diverses formes, et à des doses plus ou moins rapprochées , suivant la diversité de ces circonstances ; et même d'user d'autres remèdes • d'après la complica- tion de la maladie; seulement, il fout observer que la salivation que l'on a long-temps cru nécessaire pour obtenir une parfaite guérison, non-seulement est inutile, mais même très-dangereuse dans les pays chauds, à cause de la série des maux qu'elle entraîne après elle dans le traitement du pian, et même des maladies syphillitiques. La solution de muriate oxigéné de mercure , ou les frictions données de loin en loin , selon la méthode appelée par extinction , sont , de toutes les préparations mercurieîies, celles qui m'ont paru mériter la préférence , et qui ordinairement ont les plus heureux résultats. Je m'en suis servi avec les plus grands succès pour les malades que j'ai traités , pendant le temps que je suis resté à Saint-Domingue. A la fin du traitement, il est très-utile, et même nécessaire, d'user de ces deux méthodes à-îa-fois, ayant soin d'éviter la salivation. Règles générales qu'on doit observer. i.° On doit, autant que possible, placer les malades dans un local sec et bien élevé ; éviter toute humidité, ainsi qu'un change- ment trop subit de température , sur-tout dans le commencement du traitement , qui doit tendre à faciliter l'éruption des pustules pianiques. Si le local est situé près des bords de la mer , on aura soin , pendant la durée des brises, de fermer les ouvertures qui y sont exposées. Cette précaution est très-utile sous la zone torride , où la chaleur n'est tempérée que par les brises (i), et où la répercussion de la transpiration et des éruptions cutanées est fréquente. Un régime doux et humectant ; l'emploi de tout ce qui peut pro- curer et hâter l'excrétion cutanée , telles que quelques bains tièdes ; (i) A Saint-Domingue, il y a régulièrement deux brises, celle du large et celle de terre. 1 1 I i ■ la tisanne de salsepareille ou de gaïac, la fleur de souffre, prise en bol dans une conserve quelconque, à la dose de ia 9 1 5 et 20 grains par jour, sont les premiers moyens qu'on doit mettre en usage. Il faut observer, que le régime doit toujours être relatif à l'état du malade,, de sa maladie et de sa constitution. Les bouillons de tortue, d'écrévisse , des légumes frais, du riz, la viande blanche _, du bon vin vieux , un exercice modéré , le lait pour toute nourriture, lorsqu'il passe bien , en doivent être la base. Si le malade est menacé de relâchement dans les solides , mani- festé par une sorte d'empâtement cachectique _, la bouffissure des orbites et le gonflement des malléoles , on donne au malade une plus grande quantité de vin et une nourriture plus fortifiante. C'est au médecin , en raison de la position du malade et de la gravité et complication de sa maladie , à prescrire les remèdes et le régime qu'il jugera convenables. Après s'être bien assuré de l'entière éruption des pustules, on-fait dissoudre, dans une bouteille d'eau distillée, douze grains de muriate oxigéné de mercure; on en fait prendre, pendant un certain temps, une seule cuillerée à café par jour, ensuite deux ; mais jamais plus. L'administration de ce remède est relative aux effets qu'on en retire , et à la position du malade : il faut toujours avoir soin de ne le donner qu'avec beaucoup de prudence et de sagesse. Pendant que le malade prend la dissolution , on lui donne tous les jours une bouteille et demie ou deux de tisanne de salsepareille, dont les parties actives la conduisent dans les vaisseaux du plus petit diamètre , et la font pénétrer dans le tissu le plus serré. Plans lianes Dans la première espèce de pians , une bouteille de dissolution ou gros pians, gu ^ t or di na ireinent. Pour être parfaitement certain de la guérison , et pour hâter la disparition totale des pustules , il est nécessaire de terminer le traitement par cinq ou six frictions. Petits pians. Dans la deuxième espèce, il faut plus long-temps continuer je régime , la dissolution , et en prendre une plus grande quantité. -*- <^f —■ ^ jf (ai ) Il ne faut pas aller au-delà de deux cuillerées à café; on donne des frictions en plus grand nombre, et on les commence plus lot, pre- nant bien garde âe faire saliver le malade. Dans ceite espèce de pian, le traitement dure quelquefois trois mois et même quatre , tandis que dans la première espèce, un mois ou deux suffisent. Dans la troisième espèce de pian , qui est ordinairement accom- pagnée d'exostoses , d'excroissances , appelées crabes j, guignes viansrouges. \lsaouaouas, il faut tout attendre de la prudence , du temps, delà ptience. Ce n'est quelquefois qu'après sept à huit mois de traitements les mieux suivis et administrés, que le malade recouvre une parfaite santé. Afin qu'il ne perde pas ses forces dans un traitement aussi Ion- on lui permet de satisfaire son appétit d'une nourriture forti- fiante et un exercice modéré à l'air libre , ayant la précaution de ne le faire sortir qu'une heure après le lever du soleil , et de l'obliger de rentrer une heure avant son coucher, pour éviter l'humidité du soir qui , entre les tropiques, est très-dangereuse pour tout conva- lescent , et funeste aux pianiques, lorsque le vice attaque les orga- nes du mouvement et la substance des os. Si le pian , compliqué d'exostoses au i , a et 3. e degré, résiste à l'usage des moyens que nous venons de décrire, on peut employer ces sirops épais, extractifs, essentiellement composés de salsepareille, ou de quelques plantes sudorifiques , souvent associées à des purga- tifs , à des mercuriaux , et que l'on a débités depuis quelque temps sous les noms de sirop de Cuisinier, de rob anii-syphilitique , etc. T? Julie rapporte en avoir tiré les plus heureux résultats dans des cas très- g raves. Quand les exostoses ont atteint le 4 . e degré, et que le corps est couvert d'ulcères, et les os cariés , après avoir employé sans succès tous les secours de l'art, le médecin, dans de pareilles circonstances, doit encore, au lieu d'abandonner le malade, l'aider, par tous Ses moyens, à supporter sa malheureuse existence. 1 7i C*0 Bajon assure avoir vu des blancs dans cette cruelle position: la plupart des praticiens s'accordent à dire, que des cas pareils sont fort rares chez les blancs ; chez les nègres , au contraire , ils se présen- tent souvent : j'ai eu occasion d'en voir. Lorsque le pian a produit ou est accompagné des excroissances , appelées guignes , crabes et saouaouas , il est nécessaire , pour en obtenir la destruction, d'adjoindre aux remèdes internes des remèdes externes. Les feuilles de liane pilées, celles de médecinier, àeiïaratas, la racine de manioc, mis en cataplasmes, sont les remèdes externes à employer , fournis par le pays. Si les premières applications de ces plantes ne flétrissent pas ces excroissances fongueuses et molasses, on humecte les cataplasmes de manioc (i) avec un peu de taffia(jî) , afin de les rendre plus irritants et plus propres à produire les effets dont on a besoin. Lorsqu'on est parvenu à détruire le vice interne, l'un de ces re- mèdes suffit pour obtenir la guérison de ces excroissances : pour empêcher leur retour, ce qui arrive quelquefois, lorsque le vice n'est pas totalement détruit, il faut bien s'assurer de son entière des- truction , en insistant pins long-temps sur les remèdes internes. J'observe que la méthode que je viens de décrire , m'a parfai- tement réussi. (i) Il n'y a pour la cure des vieux ulcères, dans les pays chauds, de meil- leurs remèdes que le manioc crud grayé, mis en cataplasmes. W Aziih. (2) Eau-de-vie du pays. t - Wà 1 s . j: ... : i : _ ^_r_^: (*3) PROPOSITIONS i. Le pian est une maladie chronique particulière aux pays chauds; qu'on observe rarement en Europe. I I. Le pian paraît avoir été apporté de l'Afrique dans le Nouveau- Monde par les nègres qu'on y a transportés. II I. Le pian est comme le syphilis , il se communique toutes les fois qu'on s'expose aux causes qui le produisent. I V. Le pian se gagne par contact, attouchement, ou commerce avec des personnes qui en sont infectées. V. Le pian et les maladies qui l'accompagnent ou qui en sont la suite , cèdent ordinairement au mercure administré sous diverses formes. ;$ 1 i • i 1 _ ?-^.r I I ( H ) APHORÏSMES DHIPPOCRATE. ï. Il si., vient des maladies de tout genre dans toutes les saisons , mais il en est qui sont plus fréquentes ou acquièrent de nouvelles forces, plutôt daus un certain temps de l'année que dans d'autres. [ Sect. m, apfa. 19. ] IL Les maladies sont d'autant moins dangereuses, qu'elles sont ana- logues au pays, à l'âge, à la coutume et à la saison. Elles sont au contraire d'autant plus dangereuses, qu'elles s'éloignent de ces cho- ses. [ Sect. ni, aph. 7.] II I. Les maladies sont comme les saisons , lorsque celles-ci sont régu- lières, les maladies le sont aussi, et se jugent facilement. [Lib. de Humor. et Sect. m, aph. 8. ] I V. Ce sont les changements des saisons qui occasionnent principale- ment les maladies , et dans les saisons les grands changements , comme du froid et du chaud, et ainsi des autres. [Sect. m , aph. i. er ] V. Il est des tempéraments qui se trouvent, les uns bien et les au- tres mal , de l'hiver ou de l'été. [Sect. 111, aph. 2.] V I. Il en est de même des maladies dont les unes sont plus graves dans certaines saisons, et les autres plus légères; il en est de même encore des âges par rapport aux saisons , au pa^ys et au régime. [ Sect. ni, aph. 3.] V I I. Les constitutions sèches sont plus salubres et moins mortelles que les pluvieuses. [Sect. m, aph. i5. ] S 4 i I I ! : ! I a si