ISCOURS PRONONCÉ. PAR LE MINISTRE DE LA MARINE A L'ASSEMBLÉE NATIONALE, Le 19 Décembre 1791 SUR L'ÉTAT ACTUEL DE LA COLONIE DE SAINT-DOMINGUE. A / Imp RIMÉ PAR ORDRE DE x'AsSEMBIJSe NâTIO^AXE. ESSïEURSj 1 * VOUS aI rendu compte des mesures prises par le Koi pour venir au secours des habitans de t-Çomingue , aussitôt que leurs malheurs et leurs dangers ont été connus de sa majesté. In- «uffisans en eux-mêmes, sans doute , leur succès Colonies , à°. i3. ji < m . m , ^.i«^»»— — —— — lu» dépendent uniquement de leur célérité et de l'as- surance qu'ils seroierrt suivis de plus important : mais , avant de les déterminer, il a fallu connoîire les véritables causes des troubles qui ont amené cette grande catastrophe. Je n'ai rien négligé pour les découvrir , parce que cette découverte pou- yoit seule diriger dans l'application des moyens qui doivent en prévenir le retour. ~ Les uns accusent les. colons d'avoir voulu se donner aux Anglais. « Depuis qu'on a détruit, » disent ils, la féodalité en France , les planteurs >, ont justement redouté chez eus la destruction ^ d'une tyrannie plus barbare encore ; et prévoyant 55 eue la "terre classique de la liberté et de l'éga- 5S lire ne pouvoit protéger l'esclavage , ils veulent » rompre tous leurs liens avec elle. On cite , à l'appui de cette accusation , des dé- marches inconsidérées de quelques-uns d'entre eux , des discours tenus dans un mouvement de colère par des hommes dont les passions terribles sous un ciel brûlant , sont d'autant plus faciles à s^ir- riter de la moindre contrariété , qu'ils sont moins accoutumés à en éprouver, moins habitués à se contraindre... D'autres, au contraire, ne voient la cause da leurs maux que dans les écrits incendiaires ré- pandus dans les colonies à dessein de soulever les nègres 5 dans les correspondances entretenues , depms^long temps , entre les gens de couleur «tfuilé société dite de philanthropes, fondée sur •MM Mm »%» (3) un système destructeur , disent-ils , de toutes pro- priétés coloniales , et dont voici l'origine et les principes. On conçoit sans peine que pour un peuple libre, et qui a toujours été digne de l'être , les pre- mières jouissances qu'il devoit à ces établissemens ayent été troublées par le regret de ne les devoir qu'au mailieur de l'esclavage. Cet élan d'une nation généreuse et sensible , qui l'honore d'autant plus qu'il est irréfléeni ; ce reproche , cette espèce de remords , qui n'a pas besoin d'être juste ou fondé , pour faire estimer celui qui l'éprouve , devoit affecter tous les Fran- çais ; et la manière de traiter leurs nègres, plus douce, plus humaine que celle des autres peu- ples, devoit en être le fruit. C'est là que.se bornèrent d'abord les effets d'un sentiment si naturel et si sage. L'esprit philoso- phique qui dominoit en France , plus ambitieux^ crut devoir pousser plus loin la conquête, et ren- dre ces regrets plus productifs^ il appuya de toutes les forces du raisonnement la théorie d'un sen- timent qu'il eût peut-être suffi d'éprouver. D'après leur système , Jes colonies , ces posses- sions pour lesquelles on faisoit gémir l'humanité et fléchir les principes, n'avoient pas l'importance que la cupidité leur avoit prêtée jusqu'alors, et elles étoient ruineuses pour la Nation abusée. La possibilité de les remplacer par des possessions As- (4) plus rapprochées , sons un climat de même tem> pérature , ( celui de l'Afrique et des îles de la Méditerranée, par exemple ) la nécessité de se dé- tacher un jour de ces terres éloignées , habitées par des hommes dont tout faisoit prévoir et l'in- gratitude et l'infidélité,., eic ; tous ces motifs réunis ne firent envisager, dans cet abandon vo- lontaire , qu'une anticipation d'evénemens aux- quels on devoit s'attendre , et l'avantage de s'y préparer, en ouvrant d'avance à as sources d'une utilité plus durable. Nos voisins plus sages avoient fait de pareils calculs par rapport à leurs co- lonies du Nord 1 de l'Amérique , pour prouver par les sommes employées à les soutenir' , qu'elles leur étoient onéreuses ; mais c'était' pour se con- soler de les avoir perdues; mais c'étaient des co- lonies continentales qui n^a voient de ressemblance que le nom avec les colonies de l' Archipel amé- ricain. Cette différence ne frappa point tous les es- prits j et quand les intérêts du commerce parurent seconder l'intérêt de l'humanité, le nombre des philanthropes s'accrut de tous ceux dont la sensi- bilité avait besoin pour être émue , d'autres mo- tifs qtte ceux de la philanthropie. « C'est ce système , disent les colons , dont >•> l'erreur et les jeux cruels ont produit les scènes » sanglantes dont nous avons été les victimes. ** Suivez à la trace , disent-ils , les mouyemens M ■ w ■—- • (5) » et les effets de ce zèle proseTityque qui avoit - d abord prêchél abolition de l'esclavage et la li- » berté absolue des nègres, qui , modérant en- » suite ses prétentions pour mieux graduer ses » progrès, sut les borner à la suppression de la • traite, et qui, enfin , par nue marche plus adroite » et plus sûre, parut avoir circonscrit son intérêt V au sort des gens de couleur , pour nous perdre » pins sûrement : croiroit-on impossible qu'un - système dont l'humanité serébfe être .la base fût * capable de produire des exïéts aussi cruels ? » L'histoire de ces mêmes climats ne fournit-elle - pas un trait dont l'analogie et la ressemblance * ne peut qu'honorer les philanthropes les pins » délicats ? N'est-ce pas au sensible et pie nx Las- *. Cazas qqe l'Amérique doit ses nègres ? N'est* * ce pas ce vertueux Espagnol qui, touché des » maux que ses concitoyens faisoient souffrir aux » naturels du pays, en les accablant de travaux » courut en Afrique chercher des hommes qui ' » déjà dévoués à l'esclavage , pussent, sans agl ra ' *> vation de maux, et par un simple échange°oV » enaîne, sous un climat pareil à celui" de leur - pays natal, remplacer l'Américain foïbïe-tmi » aussi peu fait à la fatigue qu'à l'esclavr-e , suc' » comboit également sous le poids du tS»vril" et » so*s celui des fers ? Si ce pieux missionnaire » se repentit du moyen que lui suggéra son &«' * manité trompée , ii n'en est pas moins yr " tf mmm (6) »» pour avoir voulu sauver quelques Caraïbes qui » avoient survécu à tant de peines, il y dévoua 53 des milliers d'individus que la cupidité , exci- sa tée par ces nombreux achats d'esclaves en Afri- 33 que , fit condamner à le devenir. Supposez aux 33 philanthropes modernes des intentions aussi » pures, il n'en sera pas moins vrai que pour 53 avoir tenté d'abolir l'esclavage des noirs , ils » auront réduit au désespoir ,' à la misère, cinq >3 ou six millions d'individus blancs , leurs con- i» citoyens , leurs amis , leurs frères , et renversé 33 une des plus fortes colonnes de la puissance na- 35 tionaie ; il n'en sera pas moins vrai qu'ils n'au- 33 roient pas même fait le bonheur de ceux qu'ils 35 avoient voulu servir ', qu'il eût fallu , pour l'opé- 35 rer, le concours de tous les états qui possèdent 33 des colonies , et que l'abolition de l'esclavage 33 .devoit être l'action simultanée de toutes les » puissances intéressées. Sans cet accord d'action 33 et de volonté que l'on suppose si facile à ob- 33 tenir , les colonies n'ont que le choix d'un pro- 33 tecteur , et les esclaves celui d'un maître. Ces >3 derniers peuvent bien partiellement , et comme 33 ils nous l'ont trop cruellement prouvé , nous 33 égorger, nous , nos femmes, nos enfans et tous 33 ceux qui les commandent ; mais ce sera pour 39 obéir à d'autres , et sur cette espèce de galère, 33 que de tristes destinées ont placée au milieu a» des mersj sur ces bancs où la philanthropie a ■■'■ 1 (7) *> avertie a conduit elle-même et fixé l'esclavage : *> le soulèvement de la cliionrme ne fera que » rendre son sort p!u£ misérable». Tels sont, Messieurs, les moyens de défense et d'attaque tour-à tour employés par les plan- teurs et par leurs antagonistes. C'e^t sons le rap- port purement administratif que j'ai dû examiner les causes, quelles qu'elles soient , qui ont amené les troubles de Saint-Domingue , afin de mettre en usage les moyens propres à les prévenir. Quant à l'inculpation faite aux colons, d'avoir voulu se donner aux Anglais, aux Américains , je ne connois rien, je n'ai rien vu qui annonce un projet aussi coupable. D'ailleurs, comment seroient ils arrivés à cette lin , en soulevant les nègres contr'eux , en faisant piller et ravager leurs possessions r Pourquoi , en s' offrant à une nou- velle métropole , auroient-ils voulu ne lui pré- senter qu'un monceau de cendres et de ruines ?. . . Quant au dessein de se rendre indépendans , au- cun fait n'anomice de leur part un projet aussi extravagant ; et leur position, et leur foib'esse, et leur nature même, leur fait un devoir, un be- soin de la dépendance. On les a même accusés de vouloir opérer une contre-révolution. J'avoue que pour quiconque ne peut croire à la possibilité d'une contre-i évolu- tion en France, les moyens de l'opérer ù 1800 lieues de la mère-patrie , paroissent encore plus A4 (8) étranges, et flppellcroient le ridicule sur l'accu- sa li. n , si le spectacle de tant de maux pou voit permettre d'autres sensations que des affections douloureuses, Quant à- l'accusation portée contre les -parti- sa. s de la liberté des noirs , je lH pins pas dis- simuler qu'elle pàroît beaucoup plus fondée. Mais, quelle que soit la cause de ces désastres, par quels , secours faut-il les réparer ? Par quel moyens faut- il en empêcher le retour? Le premier de tous et le plus utile sans doute est la connoissance de nos véritables intérêts,et de nos vrais rapports commerciaux avec les colonies, puisque l'ignorance de ces principes est la première source ue tant d'erreurs et de tant de calamités. H faut considérer nos Colonies à sucre comme autant de manufactures établies à dix-huit cents lieues de la métropole \ et la métropole elle- même , comme une société de capitalistes qui ont fourni aux frais de cet établissement d'agricul- ture et d'industrie, soit pour le fonder , soit pour l'entretenir, soit pour le protéger. Tous les mem- bres de la métropole sont actionnaires de cette importante spéculation : pour en partager les bé- néfices , on n'a besoin que de naître en France ; et tous les citoyens français, tous , oui, tous Sont intéressés à sa prospérité , qnoiqu a des titres différens ° les uns comme agriculteurs et propriétaires de terres, aui ? en tout ou en partie. K I H I — » ■ (9) sont cultivées pour fournir aux besoins de ces consommateurs lointains, et qui seroient ruinés sans cet important débouché de leur denrée \ les autres, comme possesseurs de quelque genre d'in- dustrie exercé , en tout ou en partie , pour les besoins des colons , et dont les produits seroient invendus -, les autres enfin comme commerçans , navigateurs , caboteurs , etc. ; troisième classe chargée de leur apporter les productions des deux autres. QueJque place qu'on occupe dans cette société , quelle que soit la somme et la nature d'actions qu'on y pore , depuis le cultivateur laborieux jusqu'au capitaliste oisif, depuis l'in- dustrieux manouvrier jusqu'à l'agioteur stérile , depuis le hardi spéculateur jusqu'au timide ren- tier ', tous , oui , tous sont intéressés au sort de ces riches établissemens ; et, comme on l'a dit en- core , il n'est pas jusqu'à la calomnie qui , par eux , ne débite avec profit ses poisons. De quelque manière qu'on les dirige ou qu'on les administre , ces établissemens conservent tou- jours leur caractère primitif d'entreprise formée par la métropole, dont elle seule doit recevoir le bénéfice et supporter les pertes. Dans le temps même où. le Gouvernement, abusé si l'on veut, en accordoit la jouissance ou le commerce exclu- sif à des sociétés particulières , à des compagnies, il ne faisoit que céder à quelques-uns le droit de tons , mais à des. conditions qui deyoienÇ tourne:* Disc, du ministre de la Marine. A 5- (lo) au profit de tous. C'était une mine que l'État af- fermoit , au lieu de l'exploiter lui-même. Peut- être diminuoit-il les avantages de la grande so- ciété en faveur d'une plus petite : je ne cite cet exemple qu'afm de prouver que, même dans ces contrats exclusifs, les produits de nos Colonies ont été une entreprise à laquelle toute la Nation étoit intéressée. Quant aux calculs des sommes que ces établis- semens ont coûté , en supposant qu'ils ne fussent pas exagérés , comment apprécier, par de l'or et des chiffres , les avantages que les Européens retirent de leurs colonies ? Peut-on ne pas voir dans l'accroissement sensible de notre popula- tion , le seul signe certain de prospérité pu- blique , signe infaillible qui marque tout-à-la-fois l'abondance des denrées et le besoin de bras ? (Car les hommes naissent toujours là où les subsis- tances abondent, là où le travail les appelle). Ne voit-on pas que l'obligation de ne vendre ses productions qu'à des membres de la société ou de la métropole , et de n'acheter que d'eux seuls les objets de leurs besoins , forme une double source de richesses , dont la mesure est inap- préciable ? Si l'on considéroit les Colonies ou comme des provinces d© l'Empire , ou comme des Etats alliés , ce double monopole seroit l'im- pôt le plus onéreux et le plus injuste , le com- merce le plus désavantageux , l'échange le plus ' - I ■ I. ■ .— ■ ■ ii i r ... ( II ) inégal qui ait jamais été proposé entre deux par- ties d'un même empire , ou entre deux empires difïérens. En effet, les Colonies sont obligées de n'acheter que de nous les objets de leur consom- mation -, et ce premier monopole nous les fait vendre à un prix bien avantageux ; elles s'obli- gent ensuite à ne livrer qu'à nous seuls tous leurs riches produits , et nous procurent , à un prix modique , non seulement ce qui suffit à la consom- mation de 2.5 millions d'hommes , mais encore un excédent immense que ceux-ci vendent avec bé- néfice , aux nations qui n'ont pas de colonies. Et tous ces avantages s'estimeroient par une série de chiffres qui , n'exprimant que des yérités de quantité, ne peuvent s'appliquer avec succès qu'à des objets inanimés , matériellement susceptibles de retranchement ou d'addition , d'autant plus certaines , qu'elles sont plus isolées , plus abs- traites , et bornées à leur unique fonction de me- sures ; mesures dont l'application rigoureuse à la prospérité publique , aux gouvernemens , à tout ce qui tient aux hommes réunis en société , pré- sente les résultats les plus absurdes, et qui nous expliquent, pour le dire en passant, comment les sciences les plus exactes , une fois sorties du cercle des objets auxquels elles sont applicables , deviennent, entre les mains de guides ambitieux , des signaux trompeurs qui ne servent qu'à égarer l'esprit qu'ils dévoient éclairer, A Observez, Messieurs, que ces erreurs funestes donneroient nécessairement à la fortune publique une marcîie rétrograde : ce ne seroit plus le mouvement de cette roue de puissance qu'il fau- droit modérer ; c'est son mouvement même qu'il frudroit brusquement arrêter ; c'est à l'instant qu'il faudroit condamner à la plus grande iner- tie ces millions de bras employés jusqu'ici à la faire mouvoir , qu'il faudroit couper tous les fils çpi servent à nous amener cette immensité de richesses ; vous apprécierez , Messieurs , les ter- ribles effets de cette subite intersection C'est en considérant les Colonies sous leur véritable rapport, qu'on sent la nécessité de dé- terminer pour elles un régime qui diffère des lois applicables à la France entière , ou à un département , sans que cet exemple fasse même Une exception. Combien l'Assemblée constituante montra de sagesse , lorsqu'elle laissa à votre dé- cision l'admission ou le refus des représentans des Colonies , qu'on pouvoit regarder comme des représentans d'une corporation ou d'une ma- nufacture !Tout s'explique en les examinant sous ce rapport : en effet , à les considérer comme portion ordinaire de l'Empire seulement , les som- mes immenses qu'on exige d'elles par le mono- pole , seroient un impôt injuste et onéreux : c'est Reniement à titre de produit et d'intérêts d'a- Y&nces faites pour elles , qu'on peut en tire^ ■ I » » " (»3) autant de richesses. On comprend ainsi com- ment , plus elles nous fournissent de produc- tions, plus elles s'enrichissent ; ( et ce n'est pas, comme on sait, l*efïet ordinaire de l'impôt); et comment enfin cet accroissement dans la masse de leurs fournitures, nécessitant v.n plus grand nombre de demandes de nos denrées , donne la mesure réciproque de la prospérité de la Colonie ■ et de la Métropole. Cette réciprocité d'échanges et de richesses, si avantageuse pour la France , nous fait un de- voir, dans ce moment, de réparer les désastres qu'un de ces plus riches établissemens vient d'é- prouver. La perte totale à Suint Domingne est estimée se monter à un capital de 5 à 600 mil- lions, dont le revenu fournissoit au chargement annuel de cent cinquante vaisseaux .; mais celtes plaie , quelque profonde qu'elle soit , se repa- rera par la fécondité du sol, et l'activité in- dustrieuse çles colons, si l'on réunit à la fois, des secours gratuits , des secours à. titre de prêt ; si Je Commerce éclairé sur ses intérêts, qui se lient ici en totalité avec l'intérêt général , se prête aux malheurs des circonstances , s'il donne du temps à ses débiteurs ruinés, et s'il, soie suspendre ses profits pour les rendre plus assuré^ et plus durables. Il en a pris l'engagement •■n.é- reux dans les nombreuses adresses que ses - ; putes ont présentées au Roi ; et je ne craû 1 M ) de me porter pour garant de l'exactitude avec- laquelle cet engagement sera rempli. Les premiers secours les plus appropriés a^x circonstances , les plus rapprochés des besoins r sont l'abandon de notre créance sur les Etats-unis de l'Amérique. Cette manière de se libérer con- vient tout-à-la-fois aux Américains et aux Colons. Les premiers peuvent , à des conditions raison- nables, fournir aux habitations ravagées les objets de la nécessité la plus urgente , tels que des bois , des vivres , des bêtes de somme , des animaux domestiques , des maisons qui , taillées dans les forêts du nord de l'Amérique, vont s'élever à l'ins- tant , et remplacer à moins de. frais les bâtimens en pierres détruits ou incendiés. Quelle plus utile destination pour des sommes que la Nation généreuse avoit sacrifiées à procurer l'indépendance de ses alliés, et dont elle se croyoit payée avec usure par leur indépendance même ? Quel spectacle touchant pour le vrai philosophe , que celui que lui présentent les premiers biens de la liberté , réparant les maux de la licence ! Une des grandes mesures qui coûteront d'autant moins à sa majesté , qu'elles lui ^ont présentées par la Constitution , c'est de s'en rapporter à l'intérêt des Colons eux-mêmes pour régler les formes de distribution et répartition rie ces mêmes secours à ceux qui ont souffert de l'incendie et. du ravage, ainsi que le mode de contribution convenable à ( x5 ) établir entre ceux dont les possessions ont été épargnées. Les mesures de prévoyance forment la seconde» classe de secours , et sans doute la plus impor- tante. A peine avoit-on connu les sources dé pros- périté que les Colonies ouvroient à l'Europe , que chaque puissance chercha à s'assurer la posses- sion exclusive de ces richesses. Toutes les forti- fications qu'en y établit, furent dirigées par^cet esprit jaloux de conserver , et d'après un système . de défense sur les cotes, pour s'opposer aux inva- sions du dehors. Comment en effet prémunir l'in- térieur de la Colonie contre des ennemis auxquels on ne de voit pas s'attendre ? Une triste expérience vient de prouver que ce sont les plus à craindre. Elle doit nécessairement opérer quelque change- ment dans le premier système de fortification, qui d'ailleurs insuffisant par lui-même , peut être sup- plée par des moyens plus puissans. Les fortifica- tions qui , de .loin en loin , bordent les côtes , plus effrayantes pour la terre qui les porte , que pour l'ennemi qui les évite, pourroient être avan- tageusement remplacées par des vaisseaux. Les premières pourroient être utilement appuyées de plusieurs petites redoutes placées plus avant dans l'intérieur, pour empêcher, en cas d'insurrection, J A la communication par les mornes ; ces postes a® sû- reté, sans danger pour ia liberté, suffnoient contr© la licence. |PHH|H0W** M pflWtfNf | il i (l6) L'établissement d'une gendarmerie coloniale, . '-' ' mieux organisée que les anciennes milices de Saint : Domingtie, composée uniquement de propriétaires dont la masse eruière , à L'exemple de nos gardes nationales , seroit p. ête à marcher au premier signal , et dont une portion seulement feroit un service actif et régulier 5 ... des J ois de police exécu- tées avec prudence et fermeté , qui s'applique- roient à toutes les classes d'individus , aux hommes de toutes les couleurs ; ... un code complet de légis- lation , qui concilieroit à-la-fois et la confiance que l'on doit aux Colons propriétaires , adminis- trateurs-nés de ces établissemens , et la proteclion due aux hommes qiûcultivent,contredes traitemens d une rigueur capricieuse , exagérée ou inutile , qui préviendroit et puniroit les révoltes , comme les abus d'autorité qui les provoquent , et qui traiteroit plus sévèrement encore l'insensé , ou plu- tôt le coupable qui trompe , que le malheureux abusé qu'il soulève j un règlement nouveau sur la manière défaire la traite, qui "défende et punisse les excès de la cupidité , afin que ces tristes et malheureuses victimes de nos intérêts politiques , ne le soient plus , du moins, des intérêts parti- culiers , et qu'elles n'aient pas à gémir tout-à-la- fois et des rigueurs d'un sacrifice devenu néces- saire pour prévenir de plus grands maux, et des cruautés privées d'une sordide économie. Tels sont les moyens que le Roi me charge de vous C*7) proposer , et que vous pèserez clans votre sagesse. Rendons hommage à la vraie philanthropie , dont les abus seuls et les fausses applications peuvent avoir eu les conséquences funestes dont on J'ac- cuse. C'est à la sollicitation , à la persévérance touchante de quelques amis de l'humanité en Angleterre , qu'on doit les deux derniers bills du parlement , relatifs à la traite , qui améliorent le sort des nègres , fixent le nombre que doit con- tenir chaque bâtiment négrier , et font la part de l'avarice , pour l'empêcher de se la faire elle- même.- Un peuple dont la sensibilité naturelle avoiî: devancé la loi , cherchera à les surpasser encore par des lois plus douces et p'us humaines. Si vous joignez aux moyens que je viens de pro- poser , l'envoi de trempes pour garnir ces différens points fortifiés , en combinant l'influence , funeste à la longue , d'un climat si différent du nôtre , si dangereux sur-tout, et sî propre à relâcher les liens de la discipline militaire , peut-être sera-t-il utile de ne laisser les mêmes corps que deux ou trois ans au plus 5 peut-être aussi que la crainte fondée de faire passer la mer à une grande partie de l'armée par ces changemens successifs et trien- naux , vous déterminera à d'autres mesures que les circonstances vous présenteront. Qnant à la défense extérieure , les principales fortifications qui conviennent à des colonies, sont des escadres toujours subsistantes : nombre * Êmmmmmmm * ÊI '*****'****i*miÊm0m**mmmmÊËmKÊmmm*& ) ( 18) dé vaisseaux toujours en croisières , voila îeâ citadelles qu'il nous importe d'employer à cet objet; elles ont l'avantage d'élever des matelots et des officiers, d'entretenir notre marine, et de faire respecter le pavillon national sur toutes les mers. Si , au milieu de ces grands intérêts , il m'étoit permis , Messieurs , de vous parler de mon zèle, je renouvellerais ici l'assurance qu'aucune des entraves dont ont cherche à l'embarrasser , ne pourra le ralentir. Les soins de l'administration la plus importante peut-être , mais à coup sûr la plus compliquée , suffiroient sans doute pour rem- plir tous mes momens. Observez , Messieurs , qu'elle réunit tous les genres d'intérêt , tous les autres genres d'administration , outre ceux qui lui sont propres ; qu'elle embrasse dans ses dé- tails les hommes de tontes les nations , de toutes les couleurs , de tous les préjugés , les militaires de toutes les armes ; qu'elle nécessite toutes les espèces de comptabilité ; qu'elle exige sur tous ces objets la vigilance la plus active et la plus soutenue. Jugez s'il est possible que l'homme chargé de cette tâche immense , et qui s'y livre tout entier, ose espérer de la remplir, s'il est sans cesse détourné de ces grands intérêts par des dénonciations multipliées et minutieuses au point de dégrader le moyen puissant et néces- saire de la dénonciation fondée. Et ne croyea ( *9) pas, Messieurs, que je veuille par-là détourner vos regards de celle qui existe contre moi : je veux seulement prémunir votre sagesse contre celles que nous attendons tous, et qui seront nombreuses sans doute , parce que notre sévère exactitude à faire exécuter les nouvelles lois et à réformer les abus qu'elles ont condamnés , ne manquera pas de susciter contre nous tous les individus qui vivoient de ces abus , et qui souffri- ront de ces réformes. Vous croirez sans peine j Messieurs , que ces mêmes individus seroient nos preneurs les plus zélés , si , moins occupés de l'intérêt national que des intérêts particuliers, nous étions capables de composer avec les prin- cipes , et de ne pas envisager l'estime publique comme la seule récompense que des ministres citoyens puissent ambitionner* - j m i —qgggg'gjjj'gggS ^SS DE L'IMPRIMERIE NATIONALE, ■0MMMMNMMI