J -, A.UÜÔ, Jirlnt Carter jtWtoit 4wÊ ‘ 5{ : w ■ "**' jMz| |®¥ y; feî&tè SV '^■ v "^' f<ïg ï ' : ■■■& * ’’f f ÿv b^v r ^&jL Ü^KS Ü 1 J>y.'‘ j -«£^8? * s 408. Histoire | de la conquête | du | Mexique, | ou | de la Nouvelle Es- pagne. | Traduite de l’Espagnol de Don Antoine I de Solis. fi A Paris, Chez Estienne Michallet Imprimeur ordinaire du Rov i ruë , 0 n S ; Jacques a l’image S. Paul. | M.DC.XCI. | Avec privilège dv roy. I 4 15 fhc., 630 p.. 13 fhc, 1 carte. Grav. Rom. 7 Terxaux No. 1054. Prêmièrê éditiGn de la traduction française, par S. Citbi de la Guette de la «Histona de la Conquista de Mexico», par Don Aktonio de Solis parue Dour la première fois dans l’original espagnol à Madrid en 1684. P P 1 1691. Solis. HISTOIRE DE LA CONQUETE M E X I QU DE LA NOUVELLE ESPAGNE. T\ raduite de l'Efpnonol de Don Antoin A PARIS, Chez JEREMIE BOU1LLEROT , ruë Saint Jacques ,, au Prophète leremie. M. EMC.”" X C ÏT AVEC F RI VIL Ü GE BV ROT. A D U OV DE S O LIS. 9 & %• # ^ ^ *r* *» ^ '■'■ *?^£ : A'*^ •£ ■£ ^ ^ sÿ •£>*»£ <**» ^'f\fi «=? ^ 'f P i2 E F A C E. ‘Histoire de la Conquête du Mexique a été reçue en Efpagne avec tant d’appro- bation , que l’on a crû qu’elle en mériterait au moins quelque partie , fi elle paroi doit traduite en nôtre Langue. Ce n’eft pas que la force & la pureté de fon ftile, la grâce & ie tour de les ex-, preffions , & la différence qui fe trouve prefque tou- jours entre l’original & la copie , ne dûfTent donner de la crainte pour le fuccez d’une traduction > mais on a efperé quelque indulgence pour ce qu’elle pour- rait avoir de foible & de forcé, en faveur de fes agrémens plus effentiels à l’Hiftoire, qui ne dépen- dent point de la diétion, & qui peuvent fervir.de fé- lidés in [fractions à ceux qui travaillent fur de pa- reils fujets. Il eft aifé de remarquer en celuy-ci, que Dom Antonio de Solis n’a pas témoigné moins de jugement dans le choix de fon fujec , que dans celuy des modelés qu’il s’eft propofé d’imiter. On y void avec quelle adreffe il a fçû placer fes digreflions, diftribuer fes reflexions de Morale & de Politique , & ménager fon ftile: mais ce -qui mérité le plus d’atten- tion /eft qu’il donne, par tout un fi beau jour aux ac- tions de HernanCortez, qu’il s’en faut peu qu’il n’en faffe 1 un Héros > & fi cet éxemple nous fait voir de .quelle importance eft le choix d’un Hiftorien, pour £ Y ■ PREFACE. la gloire d’an Prince oa d’an grand Homme, il nouf apprend d'ailleurs de quelle maniéré on doit juger de leur conduite, donc un Auteur nous montre com- me il Iuy plaît, le bon ou le méchant côté , Ibrfqu’il fçait employer adroitement les talens d’un habile Ecri- vain : mais on rie prétend point donner ce nom à ceux qui ne débitent que des éloges , chargez de lâ- ches flateries, ou des Satyres noircies d’impoftures * & de traits d’une paflion intereflee. Il eft certain que Cortez avoit Tes défauts, comme tous les autres hom- mes : il n’écoit peut-être pas £ deiicat en Politique D , ni ftreflexif que Soiis nous le dépeint ; mais il luf- fit pour la juftifîcation d’un Auteur , que les évene-, mens s’accordent avec 1 ef délibérations du confeil de fon Héros. La vérité n’y perd rien de fes droits^, fk le Leéfeur y trouve fon compte ; car le but prin*. eipal de rHiftoire eft l’inftruétion : c’eft le fruit que nous tirons des éxemples qu’elle nous propofe, lorf- que nous femmes perfuadez qu’ils ne lont pas faits à plaifir, comme ceux des Romans, qu’on fe donne toûjours la liberté de critiquer dans la pratique^ parce qu’on ne les confidere que comme les Ouvrages d'une fpeculation fouvent trop outrée. Il n’en eft pas de même de l’Hiftoire ; lorfque les faits en (ont conîhns, ils font toûjours à la portée de l’imagination : & pour ce qui eft des maximes ou des reflexions fur quoy oa fait rouler ces évenemens, quel tort nous fait- on de nous en donner de belles & de juftes, lorfque le ca- raébere des perfonneges dont on reprelente les aérions ne les détruit pas. " C’eft principalement dans une Hiitoire particulière , que l’on peut fe donner cette T R £ F JC E. # liberté, que l’on pourroit juftifier, s’il étoit neceC faire, par les exemples de Salufte , ôc de Tacite même dans la Vie d’Agricola, qui paffe pour le chef-d’œu- vre de cet Hiftorien. C’eft fur ces excellens mode- lés , que nôtre Auteur a formé fon defïein, avec tant d’art ôc de jugement, qu’il s’eft arrêté precifémenc a la Conquête du Mexique-, craignant fans doute que la fuite de cette Conquête ne l’engageât dans un fâ- cheux démêlé, entre le refpeél qu’on doit a la vérité, Sc l’inclination qu’il avoit pour fon Héros. Il fçavoit que la prife de Mexique eut quelques circonftances peu favorables à la gloire de Cortez, dont il ne vou- loir point ternir le luftre : Ôc il faut demeurer d ac- cord qu’elle fût venue jufques à nous avec le même cclat , lî ce qui fe paffa en cette occafïon ne luy eût donné quelque atteinte. C’eft ce qu’on a cru être obligé de rapporter en peu de mots, ôc d’inftruire en même-tems le Leéteur, du relie de la Vie de ce Con- quérant. Le but des Efpagnols en ces expéditions, n’étoic pas feulement la gloire ; ils cherchoient encore de For : Sc ils furent bien fur pris , apres tant de périls ôc de fatigues , de voir que les richeffes de la Ville de Mexique ne leur paroiffoient pas capables de rem- plir toute leur avidité. Cette dangereule paffiôn les pouffa à commettre d’horribles cruautez , qui leur ont été reprochées par des Auteurs de leur Nation même. Cortez n’en fut pas exempt , au moins par une foible complaifance qu’il eut pour le Treforier Julien d'Alderete , que preîque tous les Hiftoriens chargent du crime d’avoir fait mettre fur des char- bons ardens Guatimozin , & un de fes^ Favoris jr afin de les obliger par cet horrible fuplice , à de* couvrir les trefors de Motezmna , que Y on fuppofois qu’ils avoient cachez. Ge furen cette occafion , que le Prince entendant un crique la douleur failoit pouf- fer à fon Favori, luy dit , en. le regardant fièrement^.. Et moy , fais- je fur un lit de rofes ? Ce mot obligea l’Indien , à marquer fon relpeét jufques à la mort* qu’il fouffnt fans fe plaindre davantage , en cet ef- froyable tourment. On en tira Guatimozin, pour le faire mourir plus honteufement , quelque-tems apres*: car les Indiens aïant confpiré contre les Efpagnols ÿ Gortez qui le crut coupable , & même le Chef de cette confpiration, le condamna à être pendu publi- quement , avec quelques autres Nobles Mexicains • & la femence fut éxecute'e à Izalcanal, durant le Car- PREFACE. erres Soldats , & le firent décapiter à Naco. Cependant Cortez avoit envoie divers Capitaines^ pour découvrir & peupler de nouvelles Provinces, & avoit fait la paix avec François de Garay , en luy faifant époufer Dana Catalina Pizarro (a fille natu- relle. La mort de Garay , qui arriva peu de tems après à Mexique, & celle de Diego Vdafquez , qui mourut de regret à Cuba, en l’année 1523. le déli- vrèrent de deux Concurrens fâcheux & incommodes; Ôc les Lettres de l’Empereur, qui le nommoiem Gou- verneur General de la Nouvelle Efpagne , l’avoiens rais en état de joiiir tranquillement du fruit de les travaux. Il s’appliqua alors à fonder de nouvelles Villes , & à introduire la Foi Catholique parmi les Indiens, par le moïen des Religieux qu’on luy avoit envoïez d'Efpagne. Ces foins reiiffirent au-delà même de fes efperances : & après avoir appaifé les deux ré- voltés dont on a parlé , & parcouru les Provinces de ce vafte Empire, Cortez revint à Mexique , où il fut- reçu par les Habitans , avec les mêmes démonftra- tions de joie, qu’ils auraient pû témoigner pour ira- de leurs . Empereurs. Ce General étoit alors au plus haut point de fa gloire , aimé- comme un pere , & refpeété comme un Souverain par les Efpagnols & par les Mexicains , dorique l’envie , qui s’attache.' toûjours aux vertus éminentes , furtout quand lad fortune fe la fie de les perfccuter , luy fuicira da- nouveaux fujets de chagrin , qui ne finirent qu’avec-' fa vie. . Pamphile de Narvaez étoit pafle en Espagne , oùj & â^ufoic Conez- de toutes i les violences cjtie luy»- P R ET J CE. même s’étoit attirées par fa conduite : & comme il y avoir long-tems qu’on n’avoit reçu à la Cour des nouvelles de Cortez , la difpofïtion des efprits ne luy e'coit pas favorable; 6c on prenoit des mefures pour luy ôter le Gouvernement de la Nouvelle Efpagne* Dom Diego Colom follicitoic cet emploi , 6c of- froic de lever mille hommes à fes dépens; afin dal- ler prendre ce General dans Mexique même. On nomma Nuno de Guzman pour Gouverneur de Pa- nuco ; Simon de Alcazava Portugais, obtint le Gou- vernement de la Province de Honduras ; & pour com- ble de difgrace , Jean de Ribera Secrétaire 6c Agent de Cortez à la Cour d’Efpagne , devint un des plus malicieux cenfeurs de la conduite de ce General^ qu il décrioir, par lmfame motif dune paffion inte- refifée. Cet homme s’étoit brotiillé avec Martin Cor- tez, fur le paiement d’une Tomme de quatre mille ducats que fon fils luy avoir envoïée, 6c que Ribera rcfufoic de donner- Ses calomnies faifoient une étran- ge impreflion ; 6c on écoit prêt de pourvoir au Gou- vernement de Mexique, lorfque le Duc de Bejar, qui étoir proche parent de la femme de Cortez , entre- prit fa défence avec tant de fuccez , qu’il obtint de l’Empereur , qu’on accendroit des nouvelles de la parc de ce General, Elles arrivèrent enfin , telles qu'on pouvoir les fouhaiter d’un Sujet fidele 6c affec- tionné, 6c (oûtenuës par un prefent de foixante mille piftoles , 6c d’un canon d’argent, que Diego de Soto apporta, 6c qui parut une piece fcrc rare, 6c d’un très- grand prix. La vue de ces richeffes fît fon effet ordinaire ; 6c -mm; PREFACE. tant que la chaleur de la joie lubfifta, on n’ofa plus dourer du zeie 5c de la fidelité de Cortez: apres quoy les foupfons revinrent & obligèrent le Gonfeil de l’Empereur , à prendre Texpedient d’établir un Juge Souverain à Mexique, pour éclairer la conduite du General. On choifît pour cette Charge le Licentié Loüis Ponce, parent du Comte d’Alcaudete, qui par- tit, aflifté du Bachelier Marc d’Aguilar, qui avoit déjà fait le vo'ïage de Saint Domingue. Gortez les reçut à Mexique, avec beaucoup de joie • 5c Ponce étant entré en exercice de fa Charge, publia les or- dres de l’Empereur, dont neanmoins lexecution fut fufpenduë, par la mort de ce Prefident. Aguilar Iuy fuc- céda, & prit des mefures qui aiaroient chagriné Cor- tez , fi la mort de cet homme ne l’avoit délivré de Ùl perfecution. Mais elle recommença bien-tôt, avec ♦ plus de violence, par la brutalité d’Alonfe deEftrada, qu’Aguilar avoit nommé pour remplir cette Charge, fuivant le pouvoir qu’il en avoit reçu de l’Empereur. Ce Juge ne ménagea rien de tout ce qui pouvoir of-- fienfer Cortez. Il fit couper la main à un des Domef- tiques de ce General j 5c il le pouffa fi cruellement,, que les Indiens, 5c les Efpagnols mêmes, Iuy offri- rent leurs fervices, pour fe foûlever contre la tirannie du Prefident : mais Cortez n’a voit ni réfprit , ni le cœur d’un rebelle ^ & Dieu permit que l’Evêque de Tlaicala vint à Mexique, ou i! fit tant par fes foins,, qu’il accommoda ces deux ennemis, & remit le calme dans la Ville. Cortez avoit équipé quelques vaiffeaux fur la mer du Sud, à deffein de découvrir les Ifles Moluques, fe PREFACE. d’en tirer le cloud de girofle , 6c les autres Epiceries^ mais ce voïage fut malheureux. La plus grande par- tie de 1 équipage de ces vaiffeaux périt en mer - 6c ceux qui relièrent tombèrent entre les mains des Portugais, qui les conduiflrent en prifon à Malaca. H prit alors la refolution d’aller en Efpagne , fur les preflantes follicitations du Cardinal Loaiia Prefident du Confeil des Indes., 6c Confefleur de l’Empereur. Ce prélat, ami de Corcez, luy avoit écrit que fa pre- fcnee difliperoit les calomnies qu’on avançoit con- tre fa conduite 6c contre fa fidelité, qu’il luy étoit important de fe «faire connoître à l’Empereur. Cor- tez avoit encore deffein de fe marier , aïant per- du (a première femme. Ainfi il partie de Mexi- que , 6c arriva Tan 1518 . en Efpagne , où il appor- ta une fournie tres-confiderable en or , 6c en autres pièces rares ôè curieufes, qu’il avoit tirées de fes Con- que res. L’Empereur luy fit des cardTes 6c des faveurs extraordinaires , dont la plus éclatante fut, que ce General étant malade , 6c naïant pas beaucoup de confiance aux remedes des Médecins d Espagne, Charles luy fit Phonneur de le vifiter en fon lo- gis , où Cornez luy prefenta un Mémoire , qui in- formoic fa Majefté de fon zele & de fes fervices*, 6c quand il fut guéri , il accompagna l’Empereur jufqiies à Saragoffe. Ce Prince alfoit alors en Ita- lie , pour recevoir la Couronne de 1 Empire -, 6c avant que de partir , il voulut récompenfer le mé- rité 6c les grands fervices' de -Cortez. Il luy donna la Vallée de Huaxac en 'titre de Marquiiat • !a Charge PREFACE. Charge de Capitaine General de la Nouvelle Ef- pagne , & des Provinces & Côtes de la Mer du Sud ; le pouvoir de les conquérir , & d’y établir des Colonies , avec la vingtième partie de toutes ces Conquêtes en propriété, pour luy Sc pour fes heritiers. L’Empereur luy offrit encore l'Habit de l’Ordre de laint Jacques , que Cortez ne voulut point prendre, fans avoir en même-tems une Com- manderie : aufli Charles luy refufa le Gouverne- ment de Mexique , qu’il demandoit. Ce refus vint de la politique du Confèil d’Efpagne , qui ne fouf- froit pas que les Conquerans ctufltnt avoir un droit acquis fur le Gouvernement des Provin- ces qu’ils avoient conquifes. C’eft ainfl qu’on en avoit ufé avec Chriftophle Colom î mais on confola Cortez par d’autres grâces , dont il eut lieu d’être fatisfait. Narvaez ne cefloit pas de fatiguer les Miniftres de fes plaintes , & de donner des Mémoires con- tre Cortez , qu’il accufoit d’être un Tyran ,• par- ce qu’il luy avoit crevé un œil , quand il fut pris à Zempoala : ajoutant que ce General avoir au- tant d’or en barres , qu’il y a de fer en toute la Bifcaye ; & qu’il avoit fait mourir Louis Ponce, ëc François de Garay ; outre plufieurs autres calom- nies, qui toutes faufles quelles étoient, ne laifloient pas de fortifier les foupçons jufques à ce point , qu’on eut deffein d’envoïer à Mexique Don Pedro de la Cueva , homme fevere jufques à la férocité. Neanmoins on prit enfin le parti d’ériger une Cour Souveraine à Mexique, fous le nom de Chancelle- î !» PR EF A ce: rie, compofce d’un Prefident, & de quatre Audi* teurs. Ce Prefident apellé Nuno de Guzman , fie citer Cortez , alors abfent , & mit en vente tous les biens de ce Conquérant : mais l’Empereur étant informé de l’injuftice de cette procedure , ôta la Charge à ce Juge paffionné , & luy fubftitua Dom Antoine de Mendoça, qui vint à Mexique, & rendit à Cortez tous fes effets ; renvoïant Guzman prifonnier en Efpagne. Ainfi Cortez retourna en îa Nouvelle Efpagne, avec fa femme Dona Iuana de Zuniga : & il y fut reçu avec des marques fi éclatantes de joie, tant de la part des Indiens , que de celle des Ef- pagnols mêmes , que la Chancellerie de Mexique en prit de l'pmbrage. On obligea Cortez à faire enregiflrer fes Parantes de Capitaine General ; & on luy fit défenfe d’entrer dans la Ville de Mexi- que. Ces divifions pouffèrent les Indiens à un fi haut point d’infolence , qu’ils tuèrent en peu de jours , plus de deux cens Efpagnols : & ils étoient prêts de paffer à une révolté generale , lorfque l’Ar- chevêque fit connotrre à l’Audience Roïale , qu’il n’y avoir que le General qui put appaifer cetre c- motion. Ainfi ils l’appellerent à Mexique, où fon autorité , & quelques châtimens qu’il fit des princi- paux rebelles, firent rentrer les Indiens dans le devoir de l’obeïffance. Après cela, Cortez envoïa des vaiffeaux , pour découvrir toute la côte de la Nouvelle Efpagne du côté de la mer du Sud , fous le commande- ment de Diego Hurtado. Le malheureux fuccez, PREFACE. de cette expédition, qui luy coûta des fommes im~ menfes, ne le rebuta point. Il s’embarqua luy-même- mais ce voïage fut difgracié en toutes fes circonftan- ces. Plufieurs de fes vaiffeaux périrent -, d'autres fu- rent écartez par la tempête j & Mendoça fut nommé Viceroi du Mexique. La feule confolation qui refta à Cortez, fut une occafïon de fecourir le Marquis Dom François Pizarre , qui étoic afïiegé par une ef- froïable multitude d’indiens. Cortez luy envoïa deux vaiffeaux chargez d'armes & de vivres , fous la con- duite de Fernand deGrijalva, de leva fix mille hom- mes à fes dépens , qu'il fit paffer au Pérou, de qui chafferent les Indiens. Pizarre luy en témoigna fa re- connoiffance , par un prefent tres-confiderabîe qu'il envoïoit à la femme de Cortez -, mais Grijalva le re- tint, de ne revint point à Mexique. Cortez étoit déjà retourné en cette Ville , où il le broiiilla avec le ViceroL d’une maniéré qui ne fit hon- neur ni à luy , ni à Mendoça , par les Lertres qu'ils écrivirent l'un contre l'autre en Efpagne, de qui ne portaient que le caraétere de leurs pallions. Enfin, ce General revint en Efpagne en l'année 1540. pour fe défendre contre le Procezquele Procureur Fifcal du Confeil des Indes luy avoit fait , fur le nombre de fes Vaffaux dans les Terres donc on luy avoit accordé la propriété: de luy, qui en avoit conquis tant de mil- liers à la Majefté , eut le chagrin de voir qu'on vou- loir luy retrancher une partie des Gens. Il accompa- gna Charles- Quint à [expédition d'Alger , fuivi de fes deux fils de quoyqu'il y fervît avec fa valeur de fan activité ordinaires , on luy donna la mortification PREFACE . de ne l’appeller point au Confeil de guerre, quoi- qu’on y admît des gens qui n’avoienc ni lexperience,. ni la confideration qu’il avoir méritée par l’impor- tance de Tes fervices. Ce fur en ce voïage qu’il per- dit cette piece dun prix ineftimable , dont les Au- teurs ont parlé fi diverfement. Les uns ont dit que c’ëtoit une perle d’une groffeur furprenante , ôc par- faite en fa fîgure,quiétoiten poire : qu’il avoit fait gra- ver fur cette perle ces mots Latins, Non furrexit majora ôc qu’en la montrant à quelques-uns de fes amis,, fur le tillac d’un vaiffeau , elle luy échapa, & tomba dans la mer. Les Efpagnols en parlent autrement : ils di- fent que ce joïau confîftoit en cinq émeraudes, qui valoient cent mille ducats. Sandoval n’en compte que trois ; ôc Sanchez dit que c’etoit deux vafes d’é- meraude, qui n’avoient point de prix. Quoyqu’il en fbit, tous ces Auteurs conviennent, que Cortez fit la plus grande perte après l’Empereur, en ce malheureux voïage : ôc lorfqu’on eut pris la refolution de lever offrit de le continuer,, & même mée ; ce qui paroît un peu outré. Aufli l’Auteur de fa Vie n’en dit rien ; mais qu’il demanda tous les Sol- dats Efpagnols , & la moitié des Allemans ôc des Ita- liens : ôc que cette propofition , fort approuvée par tous les Soldats de l’armée de terre, fut rejettée par l’avis des Officiers ôc des Soldats des vaiffeaux, ôc même par le Duc d’Albe. Cortez fuivit la Cour durant quelques années, fore* dégoûté par les Procez que fes ennemis luy fufei- toient y furquoy neanmoins onne décida rien. Enfin il avec les feuls malades de l’ar- PREFACE. alla à Seville, refolu, d'aller finir fes jours en la Nou- velle Efpagne, & de voir fa fille Dona Maria Conez, qu’il avoir promife à l'héritier du Marquis d’Aftorga. Il droit déjà attaqué d’une douleur d’efiomac, & d’au- tres maux, qui l’obligerent de s’arrêter à Caltilleia de la Cuefta, ou fa maladie redoubla & l’emporta enfin, à l’âge de foixante & trois ans , le deuxième jour de Décembre 1754. Il fut enterré avec tout l éclat que fes grandes aétions meritoient , dans le lieu de la fe- pulture des Ducs de Médina Sidonia -, laiffant un fils nommé Dom Martin Cortez, & trois filles, qui furent mariées en des Maifons tres-ISluftres. La perte de ce grand Homme fut generalement regrettée . & ceux- mêmes qui l’avoient perfecutéfi cruellement durant fa vie, fe virent contraints d’avoiier après fa mort, que toutes les récompenfes de ce monde n’avoient rien d’é- gal à la grandeur de fes fervices & de fon mérité.. I , V. •' ':K ' f if A • ;'• .; £ s : t ilf Œr. ® .© vt? ■© v&i»*pcﮩ*pœtpfl> & i& Æ *& va *& *& IWlWl’f ¥t¥W¥¥¥¥¥ll¥ 11¥'^¥¥ ® ® •<& 4 1 * $* ©ééé®à®i!POÇQj© T A L E DES CHAPITRE contenus en ce. Volume. LIVRE PREMIER. C H A P ÎT RE jT*\ 2 V fat voir la neceffité de divifer V H i faire des premier. \J? Indes en plufleurs differentes parties > afin d'en donner une parfaite connoiffance . page i CH AP. II. Les raiforts qui ont oblige à écrire feparément ÏHif- .toire de l' Amérique Septentrionale , ou Nouvelle Efpagne „ j GHAP. III. Les malheurs dont ï Efpagne et oit affligée , lorfquon entreprit la conquête de l'Empire du Mexique. -j CHAP. IV. Etat ou fe trouvoient les Roïaumes éloignez de l' Ef- pagne * & les Ifles de L' Amérique } qui avoient déjà repu le nom d' Indes Occidentales. n CHAP. V. Les malheurs de î Efpagne cejfent a la venue du Roi Charles V. Première expédition pour la conquête de la Nouvelle Efpagne. 1 $ CHAP. VL Le an de Grijalva entre dans la riviere de Tabafco : Ce qui luy arriva en ce lieu. 19 CHAP. VII. Grijalva pourfuit fa navigation v & entre dans une riviere , quil nomme Rio de Banderas , ou il apprend les pre- mières nouvelles de Motezuma Empereur de Mexique. 23 CHAP. VIII. Grijalva continue à découvrir , jufques à la Pro- vince de Panuco. Ses avantures dans la riviere nommée Rio de Canoas. il fe refout de retourner a V JJle de Cuba. 26 CHAP. IX Ttifficulte^qui fe rencontrent au choix d'un Com- mandant pour la nouvelle flotte. £)ui ê toit Hernan Cortesg, dont le mérité obtient enfin la preference pour cet emploi . 30 TABLE DES CHAPITRES. CH AP. X. Les ennemis de Cortez tachent de le brouiller avec Diego V èlafqueTf: ils ri y reüffijjent pas ; (fi Cotiez fort du port de Saint lac que s , avec fa flotte. ^ CH AP. XI. Cortez paffe à la Fille de la Trinité avec fa flotte , qu'il fortifie d'un nombre conflderable de Soldats. Velafquez entre en défiance , par les artifices des ennemis de Cortez. On fait de grandes diligences pour l'empêcher de partir. xG CH AP. XII CorttT^ paffe de la Trinité à la Havane , ou il fait fa dernier e recrue , (fi foujfre une fec&nde perfecution de là pan de Felafque ^ 39 CHAP. XIII. Cortez prend la refolution neceffaire pour s'empê- cher de tomber entre les mains de Velafquez. Les juftes motifs de cette refolution , & ce qui fe paffe jafques au tems de fin dé- part. 42 CHAP. XIV. Cortez nomme les officiers de fi flotte. Il part de U Havane , (fi arrive .d l'lfle de Cozpqwel , ou il fait la revue de fes troupes , (fi anime fes Soldats . 4 G CHAP. XV. Les Habit ans de l'ifie de Co^umel reçoivent la paix que Cortez^ leur offre, il fait amitié avec le Cacique. On abat les idoles, par l ordre de Cortez , qui donne fes premiers foins a T introduction de la dothine de F Evangile parmi ces Bar- bares , (fi a retirer quelques Espagnols , qui éi oient pfifonmers J lucatan. 51 CHAP. XVI. Cortef^fe met en mer avec fa flotte , (fi eft obli- gé par un accident , de relâcher à la même Iffe. Jerome d' A gui- bar, qui ètoit prifonnier à Iucatan , arrive durant ce fejour , (fi rend compte au General des avant ur es de fa captivité. 5 6- CHAP. XVII. Cortez fuit fa route , (fi vient à la rivière de G ri - jalva , ou les Indiens s' oppofent a fa defeente. il combat contre eux , (fi fait débarquer fes gens . 60 CHAP. XVIII . Les Efpagnols forcent la Fille de Tabafco. ils vont au nombre de deux cens recomeitrc le fais, (fi font pouffe z^ par les Indiens , qu'ils foéitiennent avec beaucoup de valeur, (fi font leur retraite fans perte, 65 CH AP. XIX Les Efpagnols combat ent contre une puiffante armée’ dé Indiens de Tabafco (fi de leurs Alliez. On décrit lèurmaniere de combatte, (fi la viHore de Cortez. 69 CHAP. XX On fait la paix avec le Cacique de Tabafco : (fi lès Efpagnols, après avoir célébré en cette Br évincé U Fête du TABLE T) manche des Hameaux , fe rembarquent , & continuent leur volage. 75 CH AP. XXI. La flotte arrive à Saint Iean dvlùa . Les Sol- dats defcendent à terré , & Cortez^ reçoit une Ambajfade de la fart des Officiers de Motezuma. Jffui êtoit Vona Ma- rina. 80 l * fc ! 1 i livre second. CHAPITRE E utile G e mer al des tr ouf es de Motezuma , & PR.EMI e r., JL Pilpatoé Gouverneur de la Province , viennent vif ter CorteT^de la fart de Motezuma. Ce qui fe faffe entr’ eux, & avec les Peintres qui tirent le fortrait des Efpagnols & def fl ne nt leur armée. P a § e ^5 CH A P. {I. La réponfe de Motezuma arrive , avec un très riche f refont ; mau il refufe la femiffion que Cortez^demandoit, et aller à Mexique. 9 ° CH AP. III. La propofltion de CorteT^eft très- mal reçue à Mexi- que. Qui êtoit Motezuma. La grandeur de fon Lmpires & l'é- tat où il fe trouvoit , lorfque les Efpagnols arrivèrent en ce Païs~ IL 95 CH AP. IV. On rapporte les divers prodiges , & autres fi- gnes qui parurent à Mexique avant l'arrivée de Cortez, & qui firent connaître aux Indiens , que la ruine de cet Empire êtoit proche. ioo CH AP. V. François de Montexo revient , après avoir recon- nu la Ville de Jh mabijlan . Les Ambajfadeurs de Motezu- ma arrivent , & s en retournent avec peu de fatisfaiïion. Les Soldats Efpagnols fe mutinent ; & Cor te z. les appaife par fon adrejfe. 105 CH A P. VI. On publie le retour en l'ifle de Cuba Les Soldats que Cortez^ avoit mis dans fies interets , font des protefta* tions contre ce retour. Le Cacique de Zempoala recher- che l’amitié des Efpagnols 5 de on fonde la V tüe de V era- Cruz^ 110 CH AP. VII. Cortex^, dans la première ajfemblèe qui fe tient à Ver a- Cru A, renonce a la Charge de Capitaine General que Diego Vdafquez^ * DES CHAPITRES. iVelafquez , luy avoit donnée. La Ville & les H dit an s font une nouvelle élection de fa perfonne , pour commander l'ar- mée. n 5 CH AP. VIII. léarmee marche four aller a Quiabi/lan , & pajfc parZempoala , où le Cacique reçoit les Efpagnols avec beau- coup d'honneur. On a de nouvelles conoiffances de U tyrannie de Motetyma. C H A P. IX. Les Efpagnols vont de Zempoala a Qui ab if an. Ce qui fe pajfe à leur entrée dans cette Ville , où l'on efi encore informé du mécontentement de ces Peuples. C or te ^ fait arrêter fix officiers de Motezuma .. î2 j CH A P. X. Les Caciques de la Montagne viennent afsùrer Cortez de leur obeïjfance , & luy offrir leurs troupes. On fortifie la Vilk de Vera-Cruz , où on reçoit une nouvelle Ambajfade de la part de Mot ez^rna. ,^o CH AP. XI. Les Zempoales trompent Cortez , en luy fai fiant prendre les armes contre les Habit ans de Z impa^ingo , qui étoient leurs ennemis . Cortez Les oblige à faire U paix , & foùmet cette Province. ,3 s CH AP. XII. Les Efpagnols retournent a Zempoala , où ils viennent a bout d'abatre les idoles , après quelque refifian - ce de la part des Indiens ; le principal Temple de h Ville efi changé en une Eglife de la très - fainte Vierge . 1 ^ ï CHAR XL IL L'armée retourne a Ver a- Cru^. On dépêche des Envoïe\f l’ Empereur Charles V. pour l informer de tout ce qtion avoit fait. Cortez^ appaife un$ autre /édition , par le châtiment de quelques mutins prend la refolution de faire cchoùer fcsvaijfeaux contre la cote. CH AP. XIV. C orientant prêt à partir , efi averti quil paroi f fait des navires a la cote, il va à Ver a- Cru ^ & fait prendre fept Soldats de la flotte de François de Garay. On fe met en marche : & i armée , après avoir beaucoup fouffert en pajfant les montagnes , entre dans U Province de Z ocothlan, 151 CH AP. XV. Le Cacique de Z ocothlan rend une féconde vif te a Cortc & éxagere la grandeur & la puifiance de Motezuma. On prend la refolution d'aller a Tlafcala s & on efi inftruit a Xaca- Tfngo , des Peuples dx cette Province , ér de la forme de leur Gouvernement. 1 56 CH AP» XVI. Les Envoïez de Cortez vont a Tlafcaü. Lama- ô ■) '?WA •% T A BLE niere dont on y recevoit les Ambafiad il pouffait fa ma*~- che jufques a Motalequita , oit il reprend la négociation d'un traité- <> H TABLE de paix ; mats a'iant reçu une nouvelle injure , il fe refont à la, guerre • 3 B i CH AP. IX. Cortex s'avance jufques à une lieue de Zem - poala. Narvavz fe met en campagne , avec fin armée : Le mauvais tems l oblige a fe retirer $ & fur cette nouvelle, Cortez^forme le dejfein de l'attaquer dans fin quartier , 388 CH AP. X Cortex arrive a Zewpoala > ou il trouve de la refiflan- ce. Il remporte la victoire , & prend Narvaez^; redui fiant fin ar- mée d fervïr fous fin Commandement. 394 CH A P. XI. Cortez, foàmet d fis ordres la Cavalerie de N or - vaeT^, qui était en campagne. Il reçoit l'avis que les Mexicains avaient pris les armes contre les Efpagnols quil avoit laijfe ^ d Mexique, il marche avec toutes fies fines , & entre dans, cette Ville fans combatte. . 4 01 C H A P. X 1 1. Les motifs qui av oient obligé les Mexicains à prendre les armes. OrdaT^firt avec quelques Compagnies , pour reconnoître l'état de la Ville . il donne dans une embufcade s & Cortez, fe détermine d la guerre. 408 CHAP. XIII. Les Mexicains attaquent le quartier des Efpagnols, • dr font repoufez^ Cortez^ fait deux forties contre eux : & quey qu'il les eut batus en ces deux rencontres , il voit feu d'efperance de les réduire. 4 1 5 CHAP. XI V.Mote^uma exhorte Cortezd fi retirer. CeGeneral luy offre de finir , aujfi-tot que fis Sujets auront quitté les ar- mes. Ils donnent un autre afaut au quartier. Motezuma leur parle de dé fus la muraille , & efi blefè,fins pouvoir les ré- duire. ' \ 4 12 CHAP. XV* Motezgma meurt , fins vouloir recevoir le Baptême. Cortez^ envoie fin corps dans U Ville. Les Mexicains celebrentfes obfiques. On rapporte les bonnes & les mauvaifis qualité z^ de ce Prince 4*9 CHAP. XV L Les Mexicains reviennent afficher le quartier. Cortez. fait une finie, & gagne un de leurs Temples quils av oient occu- pé. Il les met en déroute , & fait le pim de dégât quil peut dans la Ville s à defein dé les étonner , & de fe retirer plus aisé- ment . f 43^ CHAP. XVII. Les Mexicains propofint un traite de paix , d de fin de faire périr les Efpagnols par la famine. On pé- nétré leur intention s & Cortez^ afemble fis Capitaines . ils DES CHAPITREES. prennent la refolution de fortir de Mexique cette nuit me- me . 442. CH A P. XVIII: L'armée marche en bon ordre $ & à l'entrée de U digue Ut Indiens fe. découvrent , & l attaquent de toutes leurs forces , par terre & par eau. Le combat dure long-tems ; & enfin clic prend terre auprès ■ de Tacuba , avec me difficulté & une perte confidcrables. 448 CH AP. X I X. Cortège marche- vers Tlafcala. Jfiuelques trou- pes des filles voi fines le fuivenî de loin , jufques a ce que s'étant jointes avec celles des Mexicains , élit s attaquent les Efpagnols , & les obligent à fe retirer dans un T em- ple, 454 CH AP. XX. Les Efpagnols continrent leur retraite , avec une furieufe fatigue & de grands oh fia de 0, jnfques à ce quêtant arrivera la vallée déotwmba , toutes les forces des Me- xicains furent rompues & défaites dans un combat. 4.61 LIVRE GINQJJIE’ME. CHAPITRE T * Armée entre dans la Province de Tlafcala , premier. I j va loger a Gualipar. Les Caciques & les Séna- teurs envoient vifitezfiertez^ On célébré l'entrée des Efpagnols 3 par des fêtes publiques j & on eft affûté de l ajftélien de cep Peuples, par de nouvelles preuves. page 4^9 CH AP. II. On reçoit l'avis que la Province de Tepeaca s' é toit fou- levée . Des Ambafiadeurs de Mexique viennent a Tlafcala s & on découvre une confpiration que le jeune Xicotencal formoit contre les Efpagnols. 47 G CH AP. III. On entre dans la Province de Tepeaca ? & apres avoir vaincu les rebelles^ qui étant ajffiez, des Mexicains , avouent' pre fente la bataille aux Espagnols. On prend leur Ville, que l'on fortifie fous le nom de Segura de la Froncera. 482 C H AP. I V . Cortez> envoie plufieurs Capitaines ? pour réduire eu" châtier les Villes révoltées >, marche en ptr forme vers celle de Guacachula , contre une armée de Mexicains , qui défndoienV leurs frontières de ce coté la. 489 G H A P. V. Cortès avance les préparatifs dont il avoit befom v T A B L E pour l'entreprife de Mexique. Il reçoit par hafird un fe cours de Soldats Efpagnols. il vient a Flafcala^ ou il trouve que Magifcatzin etoit mort. 497 CH A P. VI. De nouveaux fe cours de Soldats Efpagnols arrivent a l'armée de Cortez Les gens de Narvaez , , qui avoient demandé leur congé , retournent à l'ijle de Cuba. CorteTfflreJfe une fécondé Relation de fon expédition , & dépêche de nouveaux Envolez, à l' Empereur Charles V . 50 4 CH A P. VII. Les Envolez, de Corsez ^ arrivent en Efpagne pajfent a Medellin , ou ils demeurent , jufques à ce que les trou- bles de l' Etat étant cejfesc-, tls puijfent fe rendre à la Cour y ou 1 ils obtiennent la recufaùon de V Evêque de Burgos. ji 1 CH AP. VIII. Ce qui fe pajft en toute cette affaire , jufques à f» conclufion. ^ 517 CH A P. IX. CorteT^ reçoit un nouveau fe cours de Soldats & de munitions : Il fait la revue de fon armée . Les Allie ^ en font autant , a fon imitation. On publie des Ordonnances s & en commence U marche , à dejfeïn de s’emparer de Te^cu- co. 524 C H A P. X. f armée marche , & furmonte plufeurs obftacles. Le Roi de Tezcuco envoie une Ambaffade , pour tromper le General. On luy répond en mêmes termes s ce qui donne lieu de s'emparer de la Ville y fans refifiance. 530 CH AP. XI. L'armée étant logée dans Tei{cuco y les Nobles viennent offrir leur fervice au General, il rend le Roïaume à celuy qui en étoit le légitimé heritier ; laijfiint lufurpateur fans aucune efperance d'être rétabli. 53 6 CH AP. XII. Le Roi de Tezcuco reçoit le Baptême en publics & Cortez, marche avec une partie de fon armée , pour fe faifir de U Ville d'Iztacpalapa > ou il a befoin de toute fa prévoyance , pour éviter de tomber dans une embufeade que les Indiens luy avoient dreffêe. 541 ÇHAP. XIII. Les Provinces de Chalco & d'otumba demandent fecours à Cortez contre les Mexicains, il en donne la charge à Gonzale de Sandoval çf a François de Lugo , qui défont les enne- mis , & amènent des pnfonniers , par le moïen dtfquels Cortez^ propofe encore la paix a l’Empereur de Mexique. 546 ÇHAP. XIV. Gonzale de Sandoval conduit les brigantins à Tcz^- cuco * & durant quo'n leur donne la dernière main , Cortez^ fort avec des chapitres. avec une partie de fin armée , four alla reconnaître les bords du grand lac . x * 55 1 CH AP. XV. Cortex, va d laltocan , ou il trouve de U refiftance . 7/ fumante les obftacles , fffques a Tacubas & après avoir vaincu & défait les Mexicains en plufieurs combats , il fait fa retraite. 5 5 6 CHAP. XVI. Vn nouveau fecours cT Efpstgnoh arrive d Te^cuco. Sandoval marche au fecours de ceux de Chalco. Il défait par deux fois les Mexicains en pleine campagne prend à force d'ar- mes les Villes de Guaftepeque & de Capiftlan. 565 CHAP. XVII. Cortex fait une nouvelle fortie , pour reconnaître le lac du coté de Suchimilco. il fait en chemin deux combats fort périlleux contre les ennemis , qui s* étaient fort fic\ fur les monta- gnes de Guaftepeque. , 569 CHAP. XVI 1 1 . L'armée pajfe a Quatlavaca , où elle défait les Mexicains 5 & de la d Suchimilco , ou elle obtient une autre vic- toire , avec plus de difficulté , & un extrême danger de Cor- tex^ CHAP. XIX. On châtie la confpiration de quelques Efpagnols ,, centre la vie de Cortex , par le fuplice d'un Soldats & un mouve- ment feditieux de quelques Tlafcalteques , par la mort de Xico- tencal . 5 8 5 CHAP, XX. On met d l'eau les brigantins s & apres avoir par- tagé l armée , pour attaquer en m 'eme-tems par les chauffées de Tacuba , d’Iztacpalapa & de Cuyoacan , Co tez, s'avance fur Le lac, & rompt une grande flotte de canots des Mexicains. 589* CHAP. XXL Cortex, va reconnoitre les poftes de fin armée fur les trois chauftêes , & trouve par tout que le fecours des bri- gantins ètoit neceffaire . il en Uffe quatre d Sandoval , quatre d Pierre d’Alvarado, & fe retire d Cuyoacan avec les cinq au- tres 595 CHAP. XXII. Les Mexicains mettent en ufkge divers ftrata- gèmes pour Leur dèfenfe. ils dreffettt une emhufcade de leurs canots eontre les brigantins. Cortex^ eft batu dans me occafton confier a- ble , & pouffé jufques a Cuyoacan. h 01 CHAP. XXIII. Les Mexicains celebrent leur vicloire , par le fa- cri fi ce des Efpagnols GuatmoTgn trouve le mot en d’ effraie? les Alliez^, dont plufieurs deferunt de L'armée de Cortex^. ils retournent m û TaasBgaais^ ♦yy.»;. ~ ~&WPimttwim&' TABLE DES CHAPITRES. a/a* nombre ; c£* 0» /waf 4 refolution de fe potier dam U Ville meme 611 C H A P XXIV. On fait les trois attaques en mème-tems s & les trots corps de l'armée fe rejoignent en peu de jours , dans la ploce de Tiateluco. Guatimozin fe retire au quartier le plus éloi- gné } & les Mexicains font plufieurs efforts , & ufent de diverfes rufes pour traverfer le deffein des Efpagnols. 6i6 C H A P. XXV. Les Mexicains font un effort pour fe retirer par la voie du lac . Grand combat de leurs canots contre les bri - gantins , a deffein de faciliter la retraite de Guatimozin, Il efi enfin pris , & la Ville fe rend à Cortex,. 614. y . Fia de la Table des Chapitres. PRIVILEGE du Roy. L OUIS PAR LA GRACE DE DIEU, ROY de France et de Navarre 5 A nos amez 5c féaux Confeillers , les Gens tenans nos Cours de Parlement, Maîtres des Requêtes Ordinaires de nôtre Hôtel, Prévôt de Paris, Baillis, Sénéchaux, leurs Lieutenans Civils , & tous au- tres nos Officiers qu’il appartiendra. Salut. Nôtre bien amé Jean Boudot Marchand Libraire 6c Imprimeur de Paris Nous a fait remontrer, que fous nôtre Permiffion, il defire- roit faire imprimer Sc donner au Public, un Livre intitulé HISTOIRE DE LA CONQÜEST £ DU MEXIQUE, ou de la Nouvelle Espagne. A CES CAUSES, Nous avons audit Boudot permis ÔC o&roïé, permettons de odroïons par ces Prefèntes , d’imprimer ou faire imprimer le- dit Livre , par tel Libraire ou Imprimeur, en tel volume, marge, caraderes, 6c autant de fois que bon luy femblera, pen- dant le tems de huit années confecutives , à comencer du jour que ledit Livre fera achevé d’imprimer 5 iceluy vendre 5c diflri- buer par tout nôtre Roïaume. Faifons défenfes à tous Librai- res, Imprimeurs 5c autres d’imprimer, faire imprimer, ven- dre , ni diflribuer ledit Livre , fous quelque pretexte que ce foit, même d’impreffion étrangère 5c autrement, fans le confeo- tement dudit Expofant, ou de fes aïans caufe^ àpeinedecon- Efcation des Exemplaires contrefaits, trois mille livres d’amen- de , 5c de tous dépens , dommages 6c interets : A condition qu’il fera mis deux Exemplaires dudit Livre en nôtre Bibliote- que publique, un en celle de nôtre Cabinet des Livres de nô- tre Château du Louvre , 6c un en celle de pôtre très* cher 5c féal Chevalier le Sieur Boucherat , Chancelier de France: comme auffi de faire imprimer ledit Livre fur de bon papier 5c en beaux caraderes , fui vant les Reglemens de la Librairie 5c Imprimerie, des années 1618.6c 1686. que l’impreffion s’en fera dans nôtre Roïaume , 6c non ailleurs à 5c de faire enregiürer ces Prefentes fur le Livre de la Communauté des Marchands Li- braires & Imprimeurs de nôtre bonne Ville de Paris 5 le tout à peine de nullité des Prefentes : Du contenu defquelles vous mandons & enjoignons faire joüirl’Expofant&fes aïanscaufe, pleinement & paifiblement* cedant & faifant cefTer tous trou- bles & empêchemens contraires. Voulons qu'en mettant au commencement ou à la fin dudit Livre, l’Extrait des Prefentes^ elles foient tenues pour dûêment lignifiées 5 & qu'aux Copies collationnées par l'un de nos amez & féaux Confeillers Secré- taires , foy foit ajoutée comme à l'Original. Mandons au pre- mier nôtre Huifiier ou Sergent, faire pour l’éxecution des Pre- fentes, tous Exploits , Significations , & autres A des dejuftice requis & neceflaires : de ce faire te donnons pouvoir , fans de- mander autre Permiflion 5 Car tel eft nôtre plaifir. DONNE' àParis, le cinquième jour de Juin, l’an de Grâce mil fix cens quatre-vingt-dix, & de nôtre Régné le quarante - huitième.. Signé, Par le Roi en fon Confeil, BOUCHER, avec para- phe h & fcellé du grand Sceau de cire jaune. Regiftrc fur le Livre de la Communauté des Libraires & Impri - neurs de Paris , le 3. Iuillet 1690. fuivant l' Arrêt du Parlementât* t Avril & celuy du Confeil Privé de Sa Majeftè > du 27. Février 166 s. Signé , P. A u 3 o ü y n, Syndic.. Achevé d’imprimer pour la première fois, le vingt-deuxième jour de Février mil fix cens quatre-vingt onze.. HISTOIRE jfîvfcvxsui'- % '*-V i .» "&; ... ... V •../ .i..'* V.v> V tj ■. ' . - X 1 ‘ • *. ’Ys^mr-V ) _ • v » r W rVjMr’ [.jr*ï v * >X. s " 5 '**: . '" V' iriw&Atw ,,<-x>v. wuWt.vj.' y ->" ' - ’ ■ r ' ^- r •* . . ...•- y / ,/'■■•" •■■> ' ' ’ "., V- -•-. v* $*/' . 0 ■#•-. ... ■ 1 X. • • .'il,' ■' ■:■" ' 'X *Xn v ». ■■ , \ .J.,.. * .r>\\XV*y 4 » <• /.ixf- V. ; . ... - V-Vx n V ' ; \ : É ' Y ,-,A\. J& u^-s-a '"( \ . SSfc5^!Xi«»V*-. vvv r 1 xX ; . • *• \ 1 4 4 -..V. . j N , Sà X . -■■.■.v. x.Y\;«x >-':*- .. :ï ' >'' A /U . j V- • U^- v * A i /x, , • *'&*% V . . Wtfplt&XÀ . " v .-' ■ I HISTOIRE DE LA C O N QUE S T E M E X°ï QU E. ov DE LA NOUVELLE ESPAGNE CHAPITRE PREMIER. On fait voir la ne ce jf té de divifir l’hiftoire des Indes en plufeurs parties differentes , afin d'en donner une parfaite comoijfance. ^ m ^ to * s en § â S^ avec p^iEr au deiîèin de conri- iWrlil nU ^ r ^^/Eoiire generale des Indes Occidentales , c °mpofée par Antoine de H errera , & jufqu’au moment ou j’ay reconnu les difficultez de cette entreprife , j’ay lû avec beaucoup duplication tout ce qui a été écrit fur ce fujet , avant & apres Herrera^ A ï i HISTOIRE DE LA CONQUESTE tant par les Auteurs étrangers , que par ceux de nôtre nation: Cette ledure m'a fait remarquer , qu’autant que ce nouveau monde eft éloigné du .nôtre , autant les Auteurs étrangers fc font écartez de la vérité fur ce qu’ils ont rapporté des Efpa- gnols, avec peu de difcernement , 6c peut-être encore plus de malice 5 puis qu’ils employent des livres eptiers à éxagerer feu- lement les fautes de quelques particuliers y fans autre deffein que celuy d’effacer le mérité des bonnes adions faites en ge- neral . D'autre part j’ay trouvé que nos Auteurs ne s’accordent point* dans la relation qu’ils font des principaux évenemens, &: leurs contradidions marquent bien le rifque que la vérité court de recevoir quelque alteration , lors qu’elle vient de loin t étant certain que plus une chofe s’éloigne de fà fource , plus elle perd de fa pureté naturelle. Le devoir qui m’engageoit à réfuter les premiers , 6c le defïr que favois d’accorder les contradidions des autres , dévoient ce femble m’obliger à preffer l’éxecution de mon deffein. Mais il a étéfufpendupar larecherche des mémoires, ôc par Tattente des relations qui me paroiioient neceffaires pour fervir comme de fondemens a cet ouvrage. Carencore que ce travail foit obf- cur, 6c qu’ri n’ajoute rien à la gloire d’un Auteur * nean- moins il ne peut s’en exempter t puis que s’il confume le tems fans éclat dans fon cabinet , il a neanmoins le plaifir de tirer la vérité toute pure du defordre dexes differens mémoires* fem- blable aux Architedes qui ramaffent fans aucun ordre une in- finité de matériaux avant que de travailler à la conftrudion d’un édifice. C’eft neanmoins de cette confufion qu’ils tirent la perfedion du deffèin qu’ils ont conçu , 6c 1 on eft furpris de voir infenfiblement fortir de la pouflere , 6c d’un embarras de pierres 6c de bois , un bâtiment qui a toutes les grâces 6c toutes les proportions de la belle Architedure. Pour revenir à mon fujetjj’ay trouvé qu’une hiftoire gene- rale embraffe une fi grande quantité de faits indépendans les uns des autres , que j’ay crû qu’il étoit prefque impojflible de les allier enfemble fans lés confondre : defaut qui vient peut-être de la foibleffe de mon efprit, ou de fon peu d’étendue. Quoy qu’il en foit je vois que i’hiftoire des fndes a pour fondemens trois grandes adions qui peuvent être comparées avec tout ce que ks-fiecles paflez ont produit de plus éclatant fur ce fujek» DU M E X I QJJ E s La première nous charme par Je récit du grand courage de Chriftophle Colom , tant durant Je cours de Ton admirable navigation , qu’en la découvertè de ce nouveau monde. La fé- condé fait briller la conduite 6c la valeur de Hernan Cortez, en ce qu'il foufFrit pour conquérir la Nouvelle Efpagne, dont on ne eonnoît point encore retendue ni les bornes. La troi- liéme furprend par le récit des avantures de François Pizar- re , fuiyies des exploits de lès fuccelTeurs , qui ont fournis à l’Efpagnece vafle Empire de 1* Amérique méridionale , qui de- vint le théâtre de plusieurs funeftes tragédies # 6c d’incidem il extraordinaires. Voila trois iiluflres fujets d’autant d’Hif- toires qui pourroient remplir nos Annales de plufieurs grands exemples de valeur y de confiance 6c d’autres qualicez remar- quables en l’une 6c en l’autre fortune. De forte qu’en donnant toujours à fa mémoire un agréable emploi, on peut encore fortifier fon efprit 6c fon cœur par des inflru&ions fblides 6c -d’un grand ufage. Mais comme dans Thifloire generale des Indes , ces trois fujets ont une liaifon réciproque les uns avec les autres , 6c que chacun d'eux en particulier, en a avec c l’au. très exploits de moindre confédération s il n’eft pas aifë de les ïeduire aux bornes d’une feule narration, ni de garder l'ordre des tems fans l'interrompre plufieurs fois , 6c mettre en pieces s pour ainfi dire, le fuj et principal, par le détail des circon fiances. Cependant les maîtres de l'art , qui ont donné le nom de tranfition à ces difeours , qui conduifent l'efprit du récit d'un événement à quelqu’autre fujet , nous ordonnent d’obferver le rapport , que les parties ont à leur tout avec tant de juflefTe, que le corps de l’Hiftoire ne paroiffe point diforme , foit en le chargeant de membres inutiles , foit en retrenchant ceux ou Nouvelle £fp a g ne ° L ’Hiftoirede la NonvelleEfpagne meritoit d’être tirée de cet embarras, & de cette oblcuritë , ôc c’eft àquoy je me fuis appliqué en l’écrivant à part, afin qu’en la mettant enfonjour, autant qu’il eftpoffible à là médiocreté de mon genie, ce qu’el- le a de merveilleux tienne les efprits fufpendus fans leur faire de violence, & ce quelle a d’unie puifte inftruire fans dégoûter, J’ay choifi ce fujet entre les trois dont j’ay parlé j parce que comme les a&ions deChriftophle Colom 5c fes premières con- quêtes ne font point mêlées avec d’autres évenemens , elles , font décrites agréablement, 5c fans confufion ,dans la premiè- re, 6cla fécondé décade de Antoine de Herrera. Pour FHiftoire du Pérou, elle fe trouve feparée en deux volumes que l’Inca GarcilafTo en a compofez j & cet Auteur eft fi éxad à choifir fes mémoires, 5c fi fleuri dans fon ftile, pour le tems auquel il écrivoit, que je condamnerais de témérité celuy qui entre- prendrait de le furpafler , 6c donnerais beaucoup d’éloges à quiconque pourroit limiter en achevant cette Hiftoire. Pour ce qui regarde la Nouvelle Efpagne, ou elle a manqué d’ Au- teurs qui méritent le nom d’Hiftoriens , ou elle fe void en h nécefîité de les défendre contre les reproches que- la pofteri- té eft en droit de leur faire. François Lopez de Gomara eft le premier qui a traité ce fa- jet, mais fans difcernement 5c fans éxaftitude. Il raporte ce qu’il a entendu dire , 5c l’affure au ffi hardiment que s’il l’avoit vû , fans trouver aucune difficulté en ce qui choque la vrai- ftmblance , ni répugnance en ce qui eft impoffible. Antoine de Herrera l’a fuivi, 5c a travaillé en partie lur les mémoires de cet Auteur , 8c après eux Barteiemi Leonard d’Ar- genfola a écrit fur la même matière , fans éviter les memes defauts : fur quoy il eft moins excufablej car il nous a donné.; A üj , O € HISTOIRE DE LA CONQJJESTE les premiers exploits de certe conquête dans fes Annales d’Ar- ragon , tellement mêlez ôc confondus avec fon principal fu- jet , qu’ils y parodient amenez de fort loin, 6c n’y tenir lieu que d’un épifode. il raporte ce qu’il a trouvé dans Herrera- mais quoy que fon ftile foie plus clair & d’un meilleur cara&e- re, il eft fi fort interrompu Sc embrouillé par le mélange des autres évenemens , que ce qu’il y a de grand ôc d ‘héroïque en cette entreprife , eft afFoibii par les digrelfions j en forte que l’on ne le reconnaît plus , ce qui eft aifé à remarquer en plu- sieurs endroits de fon Hiftoire, On a vu paraître depuis une hiftoire particulière de la nou.’ velle Efpagne , qui eft un ouvrage pofthume de Bernard Diaz del Caftilfo. Elle a été mife en lumière par un Religieux de la Mercy , qui en avoir tiré le manuferit de la biblioréque d’up grand 6c fçavant Miniftre, où elle avoir été long tems comme enfovelie , peut-être à caufe des inconveniens qui n’ont pas été reconnus , ou qu’on luy a pardonnez lors qu’on en a permis l’impreffion. Cette Hiftoire paffe aujourd’huy pour vé- ritable , à la faveur de fon ftile greffier, êc fans aucune polL telle , qui luy a donné du crédit auprès de bien des gens.* com- me s’il étoit une marque de la fincerité de fon Auteur. Nean- moins quoy qu’il ait l’avantage d’avoir écrit ce qu’il a vu , la ledure de fon ouvrage fait connoître que fes vues n’étoient pas nettes, ni allez éxemptes de paffion pour ajufter les mou- vemees de fon elprit &c de fa plume fur les réglés de la véri- té. Il paraît auffi fatisfait de fon ingénuité , que mal content de fa fort une 5 l’envie & l’ambition fè produifei t à découvert en plufieurs endroits , où ces deux pallions s’évaporent en plain- tes contre Hernan Cortez , qui eft le principal héros de cette Hiftoire. Il cherche à penerrer fes delîèins afin d’y trouver à redire , êc d’éfacer ainfi la gloire du fuccez : & il propofe com- me des régies infaillibles de conduite , non pas les ordres êc les commandemens du General , mais les bruits extravagans -qui couroient parmi les foldacs , quoyque dans cette profef- jfion , il n’y ait pas moins d’efprits grolfiers 6c ignorans qu’ail- leurs , êc que dans routes il foit également dangereux de per- mettre les railonnemcns à des perfonnes qui n’ont que J’o- beïllance en partage. Ce font là les raifons qui m’ont obligé d’entreprendre de D Ü MEXI QJJ E. 7 tirer cette Hiftoire de l’obfcurité ou elle étoit envelopée , 8c de venger les outrages que Ton y a faits à la vérité. Je m’ai- deray neanmoins des Auteurs que j’ay citez , en toutes les oc- cafionsoùje n’auray point de fondement raifonnable de m’é- carter de ce qu’ils ont écrity&je meferviray des autres relations 8c mémoires particuliers, que j’ay raffemblez, pour autoriser ce que j'en raporteray , fans pàffion 8c fans aucun autre atta- chement que celuy qu’on doit avoir à la vérité, je ne pre- tens point étaler ce qui ne doit être que fuppofé , ni perdre îe tems à faire un détail inutile des menues eirconfiances , qui gâtent le papier par des récits contre la bien-feance , ou qui le remplirent de faits indignes d’être marquez , 8c qui ne fer- vent qu’à enfler un volume, fans contribuer à la majefté de l’Hiftoire. Mais avant que de venir à l’éxecution de ce deffefiv il fera bon de faire voir Fétat auquel les affaires d’Efpagne fe trouvoient lors que Fon commença- la conquête du nouveau monde , afin d’en découvrir le principe avant que d’en mar- quer le progrez, 8c que cette connoiffance ferve comme de fondement à Fédifice que j’ay entrepris. chapitre III. Les malheurs dont F E [pagne étoit affligée lors quon en- treprit U conquête de ï Empire de Mexique * L Année i$ié. n’eft pas moins remarquable à FEfpagne par la date des mouvemens qui Fâgiterent alors , que par celle du bonheur dont elle a reffenti les effets , 8c qui com- mença pércifément en ce tems là. Cette Monarchie fe trou- voit émeuë de tous cotez par des troubles 8c des divifions T d’autant plus à craindre que le repos dont elle joüifïbit au ^ dehors étok altéré par les maux qui Fàttaquoient au dedans r jufqu’à la menacer de fa derniere ruine» Car encore que la fi- delité des peuples ne fût pas entièrement corrompue , nean- moins leur propre inclination les retenoit plutôt que les mo- tifs d’une obeïffance imprimée par l’autorité de ceux qui gou~ vernoænt. Cependant ce fut en ce même tems qu’elle vit nai- ne dans les Indes Occidentales fa plus grande profpenté^ par 7 , ij ' : ' . t HISTOIRE DE LA CONQUESTE la découverte de la Nouvelle Efpagne : qui non feulement a étendu fort loin fes conquêtes , mais encore a augmenté la glaire de fon nom en le doublant. C’eft ainfï que la fortune 6c le tems fe joüent des chofes de ce monde , par le mélange des biens 6c des maux , qui fe fuccedent les uns aux autres dans une révolution continuelle. Le Roi Catholique Dom Ferdinand étoit mort dés Tannée precedente * 6c comme les mefures qu’il avoit prifes pour la confervation 6c pour TaccroilTement de fes Etats ^manquè- rent par la mort de leur auteur , on découvrit infenfiblement la grandeur de cette perte , par les troubles 6c les defordres qui la fuivirent j de la même maniéré que Ton juge de la gran- deur des caufès par l’importance de leurs effets. Toute l’autorité du gouvernement demeura entre les mains du Cardinal , Archevêque de Tolede, Dom François Xime- nez de Cifneros. Ce Prélat avoit une fermeté d’efprit incom- parable, une va (le 6c fublime intelligence, 6c un courage in- vincible, 6c il polledoit en un même degré la pieté, la pru- dence j 6c la confiance. Ces vertus 6c ces qualitez héroïques fe trouvoient alliées dans fon ame fans fe nuire les unes aux autres par la diverfité de leurs interefts. Mais comme ilavoit trop d’attachement à ce qu’il avoit une fois refolu , 6c qu’il n’oublioit rien pour foûtenir l’honneur de fon jugement en ces occafions , il IaifToit fouvent échaper celles de faire le bien , en cherchant le mieux j ainfi fon zele n J étoit point fi propre à corriger les efprits inquiets , que cette grande roideur d’in- tegrité étoit capable de les irriter. Jeanne fille unique des Rois Ferdinand & Ifàbelle , feule Rei- ne 6c légitimé heritiere des Roïaumes d’ Efpagne, étoit alors à Tordefillas , où elle ne voyoit perfonne , à ciufe de ce fâ- cheux accident qui avoit bleffé fon imagination , dont la vi- vacité îuy donnant de trop fortes impreflions des objets , Ta- voit privée de Tufage du raifonnement , ou réduite à raifonner faux de ce qu’elle comprenoit. Le Prince Charles , Premier de ce nom entre les Roisd’Ef- pagne,6c Cinquième entre les Empereurs ,tenoit fa Cour en Flandre. L’accident de fà mere luy avoit acquis la Couronne avant le tems. Cependant comme il n’étoit pas encore en fà dix-feptiéme année , qu’il n’avoit point été nourri en Efpagne , dont DU M E X I QJJ E. 9 dont iî ne connoiffoit pas encore les interets ni les maximes, &; que Tes premières inclinations étoient préoccupées en faveur des MiniftresFlamans» toutes ces circonftances donnoient lieu à de trilles reflexions , qui faifoient appréhender fa venüë à ceux mêmes qui la jugeoient neceffaire au bien de l’Etat. . L’Infant Dom Ferdinand frere de Charles, & moins âgé que luy, marquoit en cette grande jeuneflè un efprit meur & fage j mais il témoignoit du chagrin de ce que le Roi Ferdinand fon ayeul ne l’avoit pas nommé fur fon dernier teftament pour gouverner fes Roïaumes, quoy qufii Iuy euft donné autrefois cet emploi, par la difpofition qu’il fit à Burgos, Ainfi bien qu’il s'efforçât de fe contenir dans les ternies de fon devoir, neanmoins par les reflexions qu’il faifoir 5 êc qu il entendoit faire à ceux qui approchoient de fa perfonne , il fçavoit fort bien re- marquer, que s’il n’eûc jamais été choifi pour une pareille charge, cela pouvoir s’attribuer au defaut de fon âge s mais que de s’en voir exclus apres l'avoir poffedéeyc’étoit une défiance qui offen. foie dire dénient fa perlonne &c fa dignité. En forte qu’il ne pouvoit cacher le peu de latisfadion qu’il avoit du gouverne- ment établi : ce qui étoit tres-dangereux dans la conjondure .des affaires., parce que tous ks efprks étant en mouvement,' ce Prince aimé du peuple, tant par l’honnêteté de fes manié- rés , qu’à caufe qu’il étoit né en Caftille &: qu’il y avoit été élevé, pouvoit fe flatter d’en être fuiviyêc fl les fadions que l’on apprehendoit avoient une fois éclaté , un mouvement fl naturel auroit pû en caufer beaucoup d’autres tres-violens* Ce-s embarras furent augmentez par un autre qui n’étoir pas moins chagrinant pour ieCardinal Ximenez.C’eff que le Doyen de Louvain *Adrien Florent ; qui depuis fut Pape flxiéme de ce nom, avoir éré envoyé de Flandres, pour tenir en apparence le rang & laqualiré d’Ambaffadeur auprès du Roi Ferdinand; mais ce Roi étant mort, il fit paroître les pouvoirs qu’il avoit de prendre pofîeflion de fes Roiaumes au nom du Prince Char- les, êc de gouverner en fonabfencei ce qui fit naître une con- .teffation débatuë de part 6c d'autre avec beaucoup de chaleur; Fçavoir fi ces pouvoirs avoient plus de vertu êc d’autorité, que ceux dont le Cardinal étoit revêtu. Sur quoy les Politiques de ce temps là exercèrent leurs fpeculations avec trop de liberté & peu de xefped , par ce que leurs raifonnemens prenoient toâ- m to HISTOIRE DE LA CON QTJ ESTE jours quelque ceinture des différentes pafiions qui les fbi£ moient. Ceux qui aimoient la nouveauté pretendoienc que le Cardinal n’étoit qu’un Gouverneur nommé par un autre Gou- verneur, puis que le Roi Ferdinand n’avoit plus que ce titre depuis la mort de la Reine Ifabelle. Les raifons de l’autre parti n’avoient pas moins d’infolence puis qu’elles alloient à donner .l’exclufion à tous les deux Minières. On foûtenoit que le même defaut fe rencontroit en la nomination duDo^enj, parce qu’encore que le Prince Charles eut l’avantage d’être le légitimé fucceffeur du Roïaume dEfpagne, il ne pouvoir du vivant de fa mere prétendre d’autre qualité que celle de Gouverneur, de la même maniéré que fon ayeul en avoit ufé*. Ainfi ils déclaroient ces deux i^rinces incapables de communi- quer à leurs Magiftrats l’autorité fouveraine, parce qu’étant infèparable de la perfonne du Roi, elle ne refide point en cel» le d’un Gouverneur. j f Comme les Mini (1res reconnurent que ces difpures en s’é- chauffant donn oient de rudes atteintes à leur dignité àc à leur autorité , ils concertèrent enfemble pour unir leurs pouvoirs^., & cette Fcfolution étoit la plus lage qu’ils pouvaient prendre,, s’ils enflent pu de la’ même mapiere accorder leurs genies: mais la dureté du Cardinal heurtoir à tout moment la douceur d’Adrien. Le premier ne pouvoitfouffrir de compagnon dans fes deffeins • & i’àutre foûtenoit les fiens avec peu de fermeté*,, 6c fans aucune connoifîânce des Loix ôc des Coutumes de la Nation.. Cette divifionentre les. Gouverneurs en fit naître une autre entre lés Sujets ; en forte que leur obeïflance étant parta- gée comme l’autorité fe trou voit defunie , cette ^diverfi té de mouvemdhs dans l’Etat produisit le même inconvénient que feroient deux gouvernails en un navire, qui par leur differente: agitation formeroient une tempête au milieu meme du cal- Gn reconnut bien- tôt par les effets , combien cet état etoir périlleux, lors que les mauvaifès humeurs dont la Republique abondoit vinrent à s'irriter. Le Cardinal qui n’avoit pas befom d’un grand effort de perfuafion pour attirer fon collègue dans fes fentimens, ordonna que les Villes du Roïaume prirent les armes, & qu’en chacune on fift un rôtie de ceux qui pouvoienr les porter, pour leur en apprendre le maniaient,- & la prati** DÜ MEXIQUE, » que de Fobeïffance qu’ils dévoient à leur Chef. Pour cet effet il donna des appointemens aux Capitaines , 5c plufieurs exemp- tions aux Soldats. Les uns difoient que cet établiffement ne regardoitquefa propre feureté * d’autres croyoient qu’il prepa- roit ces forces pour reprimer l'infolence des Grands : cepen- dant l'experience montra bien- tôt que ce mouvement étoit à contre-temps 5 parce que les Grands qui poffedoient des Sei- gneuries héréditaires, fe trouvèrent offenfez de ce que l’on met- toit les armes entre les mains du peuple , ce qui étoit capable d’allumer un feu très-difficile à éteindre en une fi fâcheufe fai- fon. Ils crûrent alors découvrir la fource d'un bruit qui avoifc couru , que les Gouverneurs armez de ces forces de referve vouloient difcuter l'origine de leurs Fiefs, & le fondement des droits qu’ils éxigeoient de leurs vafiàux. Les peuples mêmes parurent agitez de differentes paffions : quelques Villes enrôl* lerent des -Soldats , firent des revues, & drefferent des lieux pu- blics pour les exercices militaires j mais en d’autres ces reme- des qu’on preparoit contre la guerre furent confiderez comme des gages de la liberté qui pouvoient donner quelque attein- te à la tranquillité publique j & en toutes également, cette nouveauté étoit d’une dangereufe confequence , parce que les Villes qui demeurèrent dans leur devoir, ne laifferent pas de reconnoître les forces dont elles pouvoient appuyer leur defo- beïffance -, & celles qui furent rebellés fe trouvèrent en main de- quoy foûtenir leur révolté , êc corrompre ou forcer la fide* îité des autres , en jettant le trouble dans tout le Royaume. CHAPITRE* IV. Etat ou Je trouvoient lés Roïmmes éloigne x. de ÎB]pagne 9 (d^ les Jfles de V Amérique qui avaient déjà reçu k nom d' Indes Occidentales. L Es autres Domaines de la Couronne d’Efpagne ne fbuf- frirent pas moins que la C affilie en cette conjoncture: en forte qu'il n’y eut, pour amfi dire , aucune pierre qui ne fût ébranlée, & dont on ne pût craindre avec raifon la ruine dq tout l’édifice* B ij « HISTOIRE DE LA CONQÜESTE L’Andaloufie fe trouvoic affligée par la guerre civile que Dora Pedro Giron fils du Comte d’Urena avoir excitée, pouæ s’emparer des Etats du Duc de Médina- Sidonia. Comme ce Comte en pretendoit la fucceffion du chef de fa femme Dona Mencia de Gufman , il avoit choifi la voie des armes pour ex- pliquer fes droits , voulant autorifer fes violences fous le nom de puftice. La Navarre étoit comme partagée entre deux grandes Mai- fons , dont les noms fe font rendus fi célébrés aux dépens de leur Patrie. Ces Maifons étoient celle de Beaumont & celle de Gramont , dont les querelles s’étoient rallumées avec beau- coup d’ardeur. Ceux de Beaumont partifàns d’Efpagne , em- ployoient les nom^fpecieux de droit 8i de raifon t pour ven* ger leurs injures particulières contre leurs ennemis y.. &L ceux de Gramont, qui après la mort de Jean d’Albret 8c de la Reine * Henri- d’Aibret. Catherine, s’étoient déclarez pour le * Prince de Bearn fon fiis* s’appuyoientfur la prote&ion de la France, dont iis menaçoient les autres. L’un 8c l’autre parti étoit difficile à réduire, parce qu’ils couvroient leur haine des apparences: de fidelité ; 8c Je nom du Roi , dont ils faifoient tous^deux un méchant ufage, ne leur fervoit que d’un prétexté pour éxercer leur vengeance & pour nourrir la divifion. En même- temps l’Arragon vid naître une conteftation d’une très. dan gereufe confequence , fur le gouvernement de ce Roïaui. me, dont l’Archevêque de SaragofTe Dom Alfonfe d’Arra- gon fe trouvoic chargé par le teflament du feu Roi Ferdinand fon pere La fouveraine Magiflrature du Roïaume, qu’ils appel- lent El hifticia , étoit alors entre les mains de Dom Juan de La- nuza, qui s’oppofoit avec un peu trop d’opiniâtreté aux pre* tentions de l’Archevêque, fous un prétexte véritable ouman- dié j difânt qu’il ne convenait pas au repos de l’Etat, que l’aua. îorité abfoluë. demeurât entre les mains d’une perfonne à qui fa naifTince pouvoir infpirer des de fie ins trop relevez. Ce principe fut le fondement de plufieurs autres difputes qui s’agi- îoient entj-e les Gentishommes , 8c que l’on pouvoir confidé- rer comme des rafinemens trop fubtils fur la fidelité que l’on doit aux Princes. Cependant comme ces difeucions paffoiene de la NoblefFe aux efprits greffiers du peuple, ils donnoieni atteinte aux devoirs de i’obeïflance 8c de la fujétion^ D ü M E X I QJT E. i'3 Le feu des troubles s’allumoit en Catalogne, & dans le IC ïaume de Valence , par la brutalité naturelle des bandits, qui n’étant pas fatisfaits de fe voir maîtres abfolus à la cam- pagne , s’emparoient déjà des Bourgs , & fe rendoient redou- tables aux Villes memes : ce qu’ils faifoient avec tant d’infolen- ce & de confiance, que l’ordre de lajuftice étant renverfé , les Magiftrats étoient obligez à fe cacher , 6c laifïoient regner par tout la cruauté.. Ainfi les plus grands crimes paffoient pour des actions de valeur, ôc acqueroient de la réputation à la mal- heureufe poflerité des’ coupables.. Les premières proclamations du régné de la Reine Jeanne,. & du Prince Charles , furent reçues à Naples aveQ beaucoup d’applaudiffement. Cependant au milieu de. la joie publique,- on vid naître un bruit dont la fource ne fut pas connue , quoy qu’il fût ailé d’en remarquer la malignité. On infinuoit que le feu Roi Ferdinand avoit nommé pour heritier du Roïaume de Naples le Duc de Calabre , qui étoit alors prifonnier dans le Château de Xativa. Ce bruit méprifé d’abord , traîna durant quelques jours parmi le peuple, comme un fimple murmure ^mais enfin, s’étant revêtu de l’apparence d’un fecret fort my fterieux, il s’accrut tout d’un coup, & paffa ew une efpece de fedition déclarée, qui mit la NoblefTe en alar- me, ôc caufà beaucoup de peine à tous ceux qui tenoient le parti, de la raifon & de la vérité.. En Sicile le peuple prit les armes contre leVice-Roi Dom Ha- gue de Moncade, avec tant de fureur, qu’il obligea ce Vice-RoL S’abandonner le gouvernement de ce Roïaume entre les mains, de la populace, dont les extravagances a.llerent bien plus loin, que celles des Napolitains * parce qu’elles étoient foûtenuëspar quelques Seigneurs , qui fous pretexte du bien public , titre or- dinaire de toutes les (éditions , faifoient fervir la fotifedu peu- ple d’inflrument à leur vengeance, dans la penfée de s’élever, par là au plus haut degré d’où l’ambition précipite fouvenr ceux qu’elle poffede... L’éloignemenr des Indes ne fut pcÿnt capable de les garan- tir cle la malignité de cette influence generale y qui dominoie:' alors fur toutes les parties de cette Monarchie. Tout ce quE avoir été conquis. en ce nouveau monde fe reduifoit aux Ifles. deSaint.Domingue, de Cuba, de Saint Jean de Port- rie,. SC de: b: % s i i r \\ HÎSTOîkÈ DE LA CONQUESTE la Jamaïque, outre une perite partie de la Terre- ferme qui avoit été peuplée dans la Province de Darien , i ôc à l'entrée du Golfe d’Uraba. -C'eft dans ces bornes qu’étoit renfermé tout ce qui fe comprenoit fous le nom dindes Occidentales, qui leur fut impofé par les premiers Conquérant s, feulement à caufe que l'éloignement .ôc la richefle 4e cè païs leur paroifloit avoir beaucoup de rapport avec les Indes d’Qrient , qui ont tiré leur nom du fleuve Indus. Le relie de cet Empire d’Occident ne conflftoit pas tant en des réalités , qu’en de hautes efperan- ces fondées fur les diverfes découvertes faites par quelques Ca- pitaines Efpagnols, avec des fuccez diflrerens, 8c plus dé péril que de profit. Cependant efi ce peu depaïs poflédé par les Ef- pagnols* la valeur des premiers Conquerans ne fubflftoit plus même dans la mémoire • ôc l'avarice pofledoit tellement l'eC prit 8c le cœur de leurs fuccefleurs , qu iis ne fongeoient qu’à s'enrichir , après avoir renoncé au foin de leur confcience, 8c à celuy de leur réputation , fans lefquds l'homme demeurant a- bandonné à la brutalité de fa concupifcence naturelle , devient plus farouche 8c plus cruel que les bêtes qui luy font la guer- re. Ain h on ne rapportait de ce nouveau monde, que des larmes èc des plaintes fur les maux que l'on y enduroit. L’intérêt des particuliers avoit pris la place de celuy du public-, ôc du zele que l’on doit avoir pour la Religion : 8c ce defordre achevoit de détruire Jes pauvres Indiens, accablez fous le poids de l'or qui leur coûtait tant de fatigues, pour fatisfaire une paillon dont ils n'étoientpas pofledez 5 étant obligez à cherchera tra- vers mille périls un métail qu'ils méprifoient , Ôc à maudire l'in- grate fertilité de leur patrie , qui leur attiroit une fi cruelle fer* vitude. Le Roi Dom Ferdinand informé de ces déreglemens, s'étoit appliqué à y apporter du remede $ Ôc les foins regardoient par- ticulièrement les Indiens, qu'il deflroit protéger ôc attirer à la foi ce qui a été toujours la première vûé de nos Rois. Pour cet effet il donna plu (leurs ordres , ôc publia des Loix 5 mais tous les moyens dont il fofervoit perdoiênt leur force en s'éloi- gnant , de la même maniéré qu'une flèche tombe au pied du but lors qu'il eft hors de la portée du bras qui la décoche. Mais encore que la mort du Roi eut empêché de recueillir le fruit 4e fes bonnes intentions, le Cardinal Ximenez demeura eoô- DÜ MEX I Q_ü E. ffamment dans la refolution defuivre les deffeins de fon Maître, afin de réduire une fois cet Etat dans les termes delà raifon ôt de l’équité. Pour cet effet il fe fervit de quatre Religieux de l’Ordre de faine Jerome , fa ge s ôc vertueux , qu’il envoya dans P Amérique avec le titre de Yifiteurs, accompagnez d’unMinif. tre de fon choix , revêtu as , & il y en avoit peu* mais les ap-- plaudiffemenf D ü M E X I QJJ E. i- 7 plaudiffemens qu’ils reçurent en augmentoient infiniment le ti- tre 5 chacun fe promettant alors de grandes richeffes de cette conquêre : &c ces ouvrages de l’imagination s’élevoient d'autant plus haut, qu’ils étoient fondez fur le rapport des yeux. Quelques Ecrivains ne demeurent point d’accord , que le pre- mier or que l’on ait vu de la Terre-ferme foit venu d’Iucatan. Ils fe fondent fur deux raifons 5 la première , que cette Province ne produit point d’or : la fécondé eft, la facilité que l'on trouve à contredire une perfonne qui ne fe défend pas. Pour moi j’ai fuivi des Relations qui rapportoient de bonne-foi ce que leurs Auteurs ont vu , fans m’amuferàdifcuter , comme fic’étoitun fait de grande importance, fi cet or venoit d’Iucatan ou de quel- que autre Province * fçachant qu’il y a bien de la différence en- tre produire de l’or, 6c en avoir chez foy. J’ajoute que la cir- con fiance qui marque que les Indiens de ce païsdà n’a voient de l’or que dans leurs Temples, félon ces mêmes Relations t efl une preuve qu’il leurétoit rare 6c précieux , puis qu’ils Pem- ployoient feulement au culte de leurs Dieux , comme le plus riche témoignage qu’ils puffent donner de leur vénéra- tion. Diego Velafquez voyant tous les efprits prévenus de Pinu- gination des grands avantages que la conquête d’Iucatan pro- mettoit à ceux qui la poufferoient à bout , il forma le déficit! de s’élever jufqu’à la qualité de Gouverneur en chef: car en- core que la dépendance où il étoit fous l’Amiral Dom Diego Colom, ne roulât plus que fur un fimpletitre , dont cet Ami- ral nefaifoit aucun ufage, neanmoins Velafquez s’en trouvoit encore incommodé -, parce qu’un rang fubal terne ne foûtenoit pas afîez à fon avis les hautes efperances qu’il avoit conçues, êc rendoit fon bonheur imparfait. Dans cette vue il refoiut de pouriuivre la conquête de la Province d’Iucatan 5 & fardeur avec laquelle les Soldats accouroient de tous cotez pour s’en- rôller , ayant encore élevé fes efperances , il fit publier qu’il vouloit entreprendre cette expédition. Il mit bien. tôt fur pied les troupes necefîaires pour cette enrreprife • 6c il les fit embar- quer en trois petits vaiffeaux & un briganrin bien équipez , 8 c bien pourvus de vivres 6c de munitions. Velafquez nomma pour General Jem Grijilva, qui étoit fora parent^ ôi pour Capitaines Pierre d’Alvarado , François Manu ,8 HISTOIRE DE LA CONQpESTE texo, 8c Alphonled'Avila, Cavaliers donc la qualité écoit cob-' nuë ’ Sc qui étoient encore plus eftimez dans ces Mes , par leur procédé civil & obligeant, qui eft le principal caradere de la No bielle, quoyque tous les Nobles ne luy confervent pas ce rang qui luy eft dû. Cependant , quoyqu’on eût aflèmblé fans peine julqu’à deux cens cinquante Soldats en comptant les Matelots 8c les Piloces , 8c que tous les retardemens paruflent infupportables à des gens qui fondoient fur ce voyage toute l’elperance de leur fortune , ils ne pûrent fe mettre en mer que le huitième jour d’ Avril de l’année 1518. Leur deffein étoit de tenir la même route que celle qui avoit été fuivie à l'autre voyage ; mais étant emportez par les cou. rants, ils déchurent de quelques degrez , 8c allèrent aborder à l’Ifle de Cozumel , qui fut leur première découverte. Les Efpagnols firent quelques provifions , fans aucune oppofition de la part des Indiens ; après quoy ils fe rembarquèrent : 8c ayant regagné l’avantage qu’ils avoient perdu, ils fe trouvèrent en peu de jours à la vûë d’Iucatan. Ainfi après avoir doublé la pointe deCotoché, qui eft la partie de cette Province la plus avancée vers le Levant , ils tournerenc vers le Ponant , 8c cin- glèrent au long de cette côte qu’ils laifloient à main gauche, jufqu’à la rade de Potonchan, ou Champoton. Comme c’étoit le lieu où François Hermandez de Cordouë avoit etc défait, le defir de venger fa mort, plus que celuy de prendre des vi- vres , obligea les Efpagnols à mettre pied à terre. Us battirent les Indiens : 8c ce combat ayant répandu la terreur de leurs armes par toute la Province , ils fe rembarquèrent, fort refo- lus de pouffer plus avant cette découverte. Ils reprirent donc la route du Ponant, fans s eloignerdela terre qu’autantqu’il étoit neceflaire pour éviter le péril d’un naufrage. Cette côte leur paroiffbit très, belle , 8c d'une grande étendue. Ils y découvroient de tems en tems des édifices bâtis de pier- re • cette maniéré de bâtir extraordinaire dans les Indes , leur caufoit de la furprife * en forte que l’empreflement qu’il y avoit à qui en découvriroit le premier , pour les montrer aux autres, joint à l’admiration , faifoit paroître ces bâtimens comme de grandes Villes , où ils croyoient voir des tours, 8c tous les au- tres ornemens que leur imagination fabriquoit , 8c ils les fai- foient remarquer à leurs compagnons. Sur quoy on peut dire DU MEXI QJJ E. i 9 que les objets , qui fuivant la réglé ordinaire diminuent par l’éloignement, en étôient augmentez en cette rencontre. Quel- qu’un des Soldats ayant dit alors , qu’il trouvoit ce pais fort femblable à l’Efpagne , cette idée plut fi fort à tous ceux qui l’écoutoient, ôc demeura fi bien imprimée dans leur efprit , que l’on ne trouve point d’autre raifon de ce nom de Nouvelle Ejpagne , qui eft demeuré à ce Roïaume-là. Il le doit ainfi à un difeours échapé au hazard, Ôc relevé temerairement j fans que l’on puifie concevoir quelle force ou quel agrément a pu Iuy donner le pouvoir de faire une telle impreflion fur la me. moire des hommes. CHAPITRE VL Jean de Grijalva entre dans h rmere de Tahafco % Ce qui luy arriva en ce lieu, N Os vaifièaux fuivirent la côte jufqu'à l’endroit où la ri- vière deTabalco defeend dans la mer par deux embou- chures. C’eft une des rivières navigables qui entre dans le G ol-’ fe de Mexique 5 ôc depuis cette découverte , elle a pris le nom de Grijalva, pour laifier le lien à la Province qu’elle arrofe 9 ôc qui eft une des premières de la Nouvelle Elpagne, entre celles d’Iucatan ôc de Guazacoalco. Ce païs paroifioit couvert d’arbres très- hauts , ôc fi peuplé au long des deux bras du fieu, ve , que Jean Grijalva refolut , avec l’approbation generale de tous fes gens, d’entrer dans cette riviere pour reconnoître le païs , où il efperoit faire quelque progrez confiderable. On jetta la fonde, ôc l’on trouva qu’il n # y avoit de fond que pour porter les deux plus petits bâtimens. Ainfi le General y fit embarquer tout ce qu’il avoit de gens de guerre, iaiftant à l’an- cre les deux autres vaifièaux , avec une partie des Matelots. Les Soldats commen^oientavec beaucoup de peine, à furmon- ter la force du courant de beau , lors qu'ils apperçurent un nombre confiderable de canots pleins d’indiens armez, outre Ceux qui étoient à terre en diverfes troupes , qui par leur mou. cernent fembioient dénoncer la guerre, ôc vouloir défendre ,o HISTOIRE DE LA CONQUETE l'encrée de la riviere , par des cris ôc par ces poftures que la crainte fait faire à ceux qui fouhakeroieifc éloigner le péril à force de menaces. Mais les nôtres, dont le courage fe propo- foit des entreprîtes bien plus difficiles , s’avancèrent en bon or- dre jufqu’à la portée du trait. Le General défendit de tirer, ni de faire aucun mouvement qui ne fut pacifique. L’éton- nement des Indiens fembloit leur avoir ordonné la même cho- fe: ils admiroient la fabrique des vaiffeaux, les habits, 6c les vifages des Efpagnols, fi differens des leurs 5 6c la furprife que cette vue leur caufoit les rendoit immobiles, comme fi l’atten- tion de leurs yeux eût fufpendu la fonâ-ion de tous leurs autres membres. Grijalva prit adroitement ce temps pour mettre pied a terre , fuivi de la plus grande partie de fes gens : ce qu’il fit avec beaucoup de diligence , 6c fans aucun danger. Il for- ma d’abord un bataillon, 6c donna ordre que l’on fift compren- dre aux Indiens qu'il venoit fans aucun défîein de leur faire du mal. Ce foin fûc commis à deux jeunes Indiens qui avoienî été pris en la première expédition , 6c qui a voient reçu au Bap- tême les noms de Julien 6c de Melchior. Ils entendoient la lan- gue des peuples de Tabafco, qui approchoit de celle qui leur était naturelle * 6c ils avoient appris la nôtre , en forte qu’ils & faifoient entendre avec quelque difficulté r mais dans un lieu ©ù fans cela on auroit étéreduic à s'expliquer par lignes , cet- te maniéré de s’énoncer tenoic lieu dune grande éloquen- ce. Leur envoi raflura les Indiens , 6c environ trente d’entre^ eux prirent la hardiefTe de s’avanceravec quelque précaution- car ils vinrent en quatre canots , faits chacun du tronc d’un feul arbre , creufé de maniéré qu’il y en avoit qui pouvoiens contenir quinze ou vingt hommes, telle efl la grofFeur de ces arbres, êc la fertilité de la terre* qui les produir. On fe falüa de part 6c d’àutre ÿ 6c Grijalva après les avoir apprivoifez par quelques prefens , leur fit un petit difcours , dans lequel il leu? fit entendre, par le moyen d’un Truchement, que luy & tous le? Soldats qu'ils •voyaient et oient Sujets d un Monarque trespuiffant^ qui commandait à tous ces pais d ou ils voyoicstt nattre le Soleils" quil vernit leur offrir de la part de ce Prince , la paix & toute fort? de bonheur y s y ils prenoient la reÇolution de fe foumettre a fen obeïff finçe % Ce difcours fut écouté des Indiens avec une attention D Ü M E X î QJJ E. m më^ée de quelques marques de chagun ^ mais un dé ces bar- bares ayant impofé fiience à tous les autres, répondit avec beaucoup de dilcrenon 6c de fermeté : que cette paix quon leur effroi t accompagnée de profitions d'hommage & de fujetion , ne Luy paroiffoit pas d'une bonne efpece 5 & qu il ne pouvoit s'empêcher d' être fur pris , d'entendre qu'on leur parlât de reconnaître un^ nou- veau Seigneur , fans fçavoir s'ils étoient contens de celuy qu'ils a* voient: que pour ce qui regardait la paix, ou la guerre , puis qu'il ne s' agiffott maintenant que de ces deux points , ils en parleraient a# vec leurs anciens qu'ils rapporteraient la rèponfe» Ils fe retirèrent après cette conciufion, dont les Efpagnok demeurèrent furpris : mais un moment apres ils paflerent a d au- tres réflexions. Quelque plaifir qu’ils euflent d’avoir rencon- tré des Indiens qui pouvoient raifonner 6c difeourir* ils com. prenoient bien que ces peuples en feroient plus difficiles à vain- cre j 6c que s’ils fçavoient bien parler, ils fçauroient encore mieux combattre • au moins avoient-ils a craindre plus de va- kur de ces efprits plus éclairez * puis qu’il eft confiant que là tête agit encore davantage à la guerre, que les mains. Mais ces confédérations,, que les Capitaines 6c les Soldats faifoient cha- cun à fa maniéré , n r ctoient propofées que comme des refle- xions d’une prudence dont le coeur ne fe fentoit pas. Ils f^ûrent bien- tôt à quoy ils dévoient s’en tenir ries mêmes Indiens re- vinrent avec toutes les marques de gens qui demandent la paix» Us dirent que leurs Caciques la recevoient , fans neanmoins y être pouffez par la crainte de la guerre ,,ni par celle dêtre vain- cus avec la même facilité que ceux d’Iucatan , dont ils avoient appris la défaite : mais- parce que les nôtres ayant remis a leur choix la paix 6c la guerre, iis fe croyoïent obligez depren- dre le meilleur. Us apportoient un régalé de quantité de fruits 6c d’autres vivres du païs , pour gages de l’amitié qu’ils venoieut lier: 6c quelque-temps après, leur principal Cacique parut, ac- compagné: de peu de gens fans armes, pour montrer la con- fiance qu’il avoit fur la bonne-foi de lés hôtes, 6c fur celle dont il leur donnoit des marques finceres». Grijalvà lereçut a- vec des témoignages de joie 6c de civilité , aulquelles 1 Indien répondit par des foûmiffions à fa maniéré qui ne larffoient pas de conferver quelque gravité véritable ou affe&ée. Après les premiers complimens 9 il fit approcher fes domeftiques cha% G iij : i% HISTOIRE DE LA CONQLJESTE gez d'un autre prefent, qui confifloiten pluüeurs pièces dont le prix n’égaloicpas le travail. Il y avoit des garnitures de plu- mes de diverfes couleurs , des robes de coton extrêmement fin, de quelques figures d’animaux dont ils fêparoient, couvertes d’un or foible de leger. Çes figures étoient de bois , & ilsap- pliquoient l'or en petites lames. Le Cacique , fans attendre le remercîment de Grijalva , luy fit comprendre par le moyen des Truchemens , que fin but et oit la faix , & celuy de ce regale de donner conge a leurs hôtes , afin que cette paix put fubfifier. Le Ge- neral répondit, quil'eftimoit fort fis prefens & fa libéralité & que les Ejpagnols auoient refilu de pajfir plus avant, fans s arrêter en ce lieu là , ni luy donner aucun fujet de plainte. Grijalva en avoit déjà formé iedeflein, tant par l'inclination qu'il fen toit de ré- pondre de bonne grâce à la fincerité de aux honnêtez de ces peuples , que pour le befoin qu’il avoit de laifTer derrière foy une retraite ôc des amis , dans les accidens qui pouvoient arri- ver. Il prit ainfi congé du Cacique , & retournai fes vaiflèaux après avoir fait des prefens de quelques bagatelles qu’on fait en Efpagne* de qui étant de peu de valeur, ne laifloient pas d’avoir auprès des Indiens la grâce de le prix de la nouveauté : ce qui furprendroit moins les Efpagnols maintenant , que ces peuples font accoutumez d’achetter au prix des diamans, le verre qu’on leur apporte des païs étrangers. Antoine de Herrera & les Auteurs qui le fuivent , ou qui ont décrit après luy , ont dit que ce Cacique prefenta au General des armes complettes d’or fin , dont il l’arma luy-même avec tant d’adrefle, qu'elles paroiflbient faites exprès pour luy: & cette particularité efl trop remarquable pour avoir été oubliée par les Auteurs plus anciens que Herrera. Il pouvoit l’avoir prifè de François Lopez de Gomara , qu’il réfuté neanmoins en d’autres circon fiances. Cependant Bernard Diaz del Caflillo, outre une connoifTance éxaéle de la route qu’il faloit tenir , 5c des maniérés du Païs. Ses concurrens étoient Antoine 5c Bernardin V elafquez , pro- ches pareils du Gouverneur , Baltafar Bermudez , Y afco Por- callo , 5c d’autres Cavaliers , tous d’un mérité à prétendre à des emplois plus relevez ; mais aucun d’eux ne vouloit reconnoî- tre que le fien en particulier, fans rendre juftice à celuy des au- tres j Ôc c’eft ce qui arrive prefque toûjours, quand on différé à remplir les emplois -, ce qui ne fert qu’à attirer les preten- dans, 5c à multiplier les plaintes des malheureux. Velafquez ne fçavoit encore à quoy fe refoudre j il eftimoit DU MEXIQUE. 3 i leur mérité, mais il craignoit qu’un tel emploi ne leur fit naître des pcnfées d’independance. En cette incertitude il prit confeil d’Amador de Lariz Treforier du Roi, 6c d’André de Duero qui étoit Ton Secrétaire. Ces deux hommes, qui avoient l’en, tiere confiance du Gouverneur 6c qui leconnoiffoientàfonds, luy propoferent Hernan Cortez qui étoit leur intime ami. Ils parlaient de fon mérité en des termes fort refervez , afin que le confeil ne parût point interefle , ôc défaire comprendre au Gou- verneur que l’amitié n’y avoir que la moindre part. La propo- sition fut bien reçûë 5 6c ils fe contentèrent de cette bonne dif- pofition deVelalquez, iaiflant faire le refie au tems 6c à la refle- xion , efperant avec ce fecours le perfuader entièrement dans une autre converfation. Avant que de paflér plus avant , il fera bon de dire qui étoit Hernan Cortez , 5c par quels détours fon heurcufe deflinée le eonduifit à la gloire d’être par fa valeur êc par fa prudence , le Conquérant de la Nouvelle Efpagne. J’appelle deflinée ce qui n’eft, à parler Chrétiennement, que cette difpoficion fouverai- ne 5c impénétrable de la caufe première , qui laiflànt agir les caufes fécondés fubordonnées à fa providence, comme des moyens convenables à la nature, produit , avec la liberté du choix que Dieu a donné aux hommes , tout ce qui arrive par fa permiffion, ou fuivantfes ordres .Cortez naquit à Medeilin Ville de l’Eflremadure , de Martin Cortez de Monroy , 6c de Cathe- rine Pizarre Altamirano , 6c ces deux noms iiluilres marquent allez la noblefle de fon extradion. Il s’appliqua aux Lettres humaines en fa première jeunefTe, 6c fit fon cours à Salamanque durant l’efpace dedeuxannées, qui fuffîrent pour luyfairecon- noître qu’il forçoit fon inclination naturelle , 6c que la vivacité de fon efprit ne s’accordoit pas avec cette diligence fedentaire que l’étude demande. II revint chez fon pere, refoîu defuivre la profeffion des armes* 6c fes parens l’envoyerent en Italie, où le nom du grand Capitaine Gonfalve de Cordouë , fuffifoit pour donner de la réputation à ceux qui fervoient fous luy. Mais étant fur le point de s’embarquer , Cortez fut attaqué d’une longue 6c dangereufe maladie , qui luy fit changer de delîein , mais non pas de profeffion. Il refolut donc de palier aux Indes, où la guerre qui fe faifoit encore dans les I fies, at- tirent les gens , plutôt pour faire connaître leur valeur , que 3i HISTOIRE DE LA CONQUESTE pour fatisfaire leur avarice. Ses parens ayant approuvé fa re- ioiution , il y paffa en l’année 1504. avec des lettres de recom- mandation pour Dom Nicolas d’Obando Grand Comman- deur de l’Ordre d’AIcantara , qui étoit fon parent, de qui C om- mandoic alors en rifle de Saint Domingue. Du moment qu’il fut connu dans cette Ifle, il gagna l’eftime de l’amitié de tout le monde , & fe rendit fi agréable au Commandeur, qu’il luy donna une place dans fa maifon , de luy offrit toute fa protection &fes foins pour luy établir une fortune confiderablc. Ces a - vantages ^quelque grands qu’il s fufTent , ne furent point capa- bles d’arrêter le mouvement de fon inclination. Le repos dont on joüiHoit en cette Ifle entièrement foûmife , luy paroitfbit un état violent 5 en forte qu’il demanda congé pour aller fer- vir en l’Ifle de Cuba , où la guerre duroit encore. Il fit ce voya J ge avec l’agrément de fon parent . de d’abord qu’il fut arrivé il chercha les occafions de fignalcr fa valeur , & fon éxa&itu- de à obéir , qui font les premières qualitez d’un homme de guerre. Ainfi diltinguc par fon courage & par fa prudence, il acquit bien* tôt la qualité de brave Soldat, 6c celle de bon Capitaine. Cortez étoit bien fait de fa perfonne , d’une phifionomie a- greable 5 de ce bel extérieur étoit foûtenu par d’autres qualitez qui le rendoient encore plus aimable. Il parloit toujours bien desabfens : fa convcrfation étoit fage & enjouée, & fa gens- rofité fi grande, que fes compagnons n’avoient pas moins de part que luy en tout ce qu’il poffedoit, fans fouffrir qu’ils pu- bliaient fes bienfaits comme des obligations. Il époufa dans cette Ifle Catherine Suarez Pachceo Dcmoifelle d’une illuftre extradion , de d’une haute vertu. La recherche de cette fille luy fit plufieurs affaires, où Diego Velafqucz fe trouva mêlé, de le fit mettre en prifon , jufqu’àceque l’accord étant fait , tant avec le Gouverneur, qu’avec les parens de la Demoifclle , Ve- lafqucz luy fervit de parrain 3 de ils lièrent une amitié fi forte, qu’elle alîoit jufqu’à la familiarité. Le Gouverneur luy don- na un Département d’indiens , de la Charge déjugé Roïal en la ville de Saintjacques. Cet emploi, qui ne s’accordoit qu’à des perfonnes diflinguées , donnoit rang entre les Conquerans les plus qualifiez. Tel étoit l’état de fa fortune 9 lorfque Amador de Lariz de André DÜ'ME'XI Q_U E. 33 André de Duero le propofcrent pour la conquête de la Nou- velle Efpagne. Ils le firent avec tant d’adreflè, que quand ils •revinrent trouver Velafquez armez de nouvelles raifons pour le convaincre, ils le trouvèrent entièrement déclaré en faveur de leur ami, & fi fort prévenu que Cortez étoit le feui à qui il pût confier le foin de cette expédition , qu'ils reconnurent qu’ils n’avoientplus rien à faire, que d applaudir à fon choix s éc qu’il leur auroit obligation d’une chofe quils fouhaitoient encore plus que luy. Ils convinrent avec luy , qu’il étoit im- portant de déclarer promtement ce choix, pour le délivrer de l’importunité des pretendans j Ôc Duero n’oublia pas d’appor- ter une diligence extraordinaire à drefler le Brevet de la Corn- mifïion , ce qui dépendoit de fon emploi. Il étoit conçu en ces termes : Que Diego Felafquez , , en qualité de Gouverneur de l'ifle de Cuba , & de Promoteur des découvertes d' lucatan & de la Nou- velle Efpagne , nommait Hernan CorteT^pour Capitaine General de la Flotte , ef des P aïs découverts , ou que l'on déc ouvrir oit à l'a- venir. L’amitié que le Secrétaire Duero portoc à Cortez, l’obligea d’y ajouter toutes les claufes les plus honnorablesêc les plus avantageufes qu’il pût s’imaginer pour étendre fes pou- voirs , fous prétexté de garder les formaîitez ordinaires en de pareils aéles„ CHAPITRE X, Les ennemis de Coru x tâchent de le brouiller avec Diego Velafque^ : ils ny reüjfijfent pas • Coïter^ fort du Port de Saint Jacques avec Jâ P lotte. C Ortez reçut cette nouvelle Charge avec toutes les dé- monftrations d’une parfaite reconnoifiance envers lé Gou- verneur 3 & le refientiment qu’il avoir de la confiance que Ve- lafquez luy témoignoit, rf étoit pas moins vif, que celuy qu’il eut depuis , lorfqu’il vint à luy marquer de la défiarce. Cette nouvelle fut bien, tôt publiée , & reçue avec autant de joie par ceux qui fouhaitoient voir finir ces irrefolutions , qu'elle caufa 4e chagrin aux autres -qui briguoient cet emploi. Les deux %Ar HISTOIRE DE LA CONQUESTL parens de Velafquez furent les plus hardis à déclarer leur mé- contentement. Iis firent de grands efforts pour jetter des Coup- ions dans fefprit du Gouuerneur. Ils luy difoient : Que cétoitfort bazarder , d'accorder tant de confiance k un homme qu il avoitfi peu? obligé . Que s'djettoit fes yeux fur U conduite de Cortex , , il y trouve- toit peu de fureté , parce qu'il accordoit rarement fis paroles avec les effets. jQue fes manières agréables drflateufes, & fit liber alité, né - t oient que des artifices qui dévoient le rendre fiufpe ç l à ceux qui ne s'attachent pas aux fi nple s apparences de la vertu . Qffjl témoignoir trop d'emprffewent a gagner le cœur des Soldats ) & que des amis de cette forte , lo fil u ils font en grand nombre , on en fait aifiement des parti fans, Qu il fie fou vint des dégoûts que la pnfion luy avoir çaufiz* Sfion ne f ai fioit jamais de véritables confidens des gens l qui on avoit donné de pareils fiujets de plainte -, parce que les blefisû - res de Vefpnth ainfi que celles du corps , Uiffent des àmpn fiions qui reveillent le fiouvenir de l offenfe , lorfique l on fie voit en pouvoir de s en venger , Ils ajoûtoient d’autres raifons plus fpecieufes que fubltanaelles, au préjudice de la bonne- foi- parce qu’ils dé- guifoient du nom de zeie, ce qui nétoit quune pure jaloufie. On dit que Velafquez allant un jour à la- promenade avec Cortez, les deux parens du Gouverneur, 6c quelques, uns de fes amis, un fou qui le divertiffoit ordinairement parles plai* fanteries , luy dit affez brufquement : Seigneur Diego , vous avez fort bien faits mais il nous faudra bientôt une autre flotte pour cou- rir après Cortez, Quelques Auteurs ont traité de pi edidion cette boufonnerie , fur le fondement que les fous atrapent fou* vent la vérité , êc fur l’impreffion que cette prophétie ( puif- qu’il leur plaît de luy donner ce nom J fit fur l’efprit du Gou- verneur. Nous laifïons aux Philolophes a décider, fi la con- noiffance de l’avenir peut être un effet des égaremens de lima- gination • & fi un jugement dont les organes font démontez, peut s’élever à cet excez de pénétration. Pour moi, je crois que c’eft faire tort à l’efprit de l’homme , que de faire tant d’honneur aux noires vapeurs d’une bile déréglée : que les en- vieux de Cortez avoient infpiré ce difeours au boufun ; & que. leur malice étoit bien dépourvue de raifon , puifqu’élle recher- choit le fecours de la folie. Cependant Velafquez foûtint avec vigueur 1 honneur de fon jugement, dans le choix qu’il avoir fait ; & Corteznefon- D U M E X I QjU E. geaplus qu’à hâter fon départ. Il arbora fon étendart, qui portoit le ligne de la Croix , avec ces mots en Latin : Suivons U Croix , nous vaincrons en vertu de ce Jîgne . Il partit avec un ha- bit fort galant j & cet équipage, qui convenait à fon air noble Ôt guerrier, s’accordoit encore mieux avec fon inclination. Il emploïa avec profufion tout fon bien , êe ce qu’il emprunta de fes amis pour acheter des vivres, des armes 6c des munitions, afin que la flotte fût plutôt en état de partir * cherchant par même moïen à attirer des Soldats à fa fuite. Il pouvoir épar- gner cette dépenfe» La réputation de cette entreprife , 6c celle du General , faifoient plus de bruit que tous les tambours: de forte qu’en peu de jours on enrôlla trois cens Soldats , entre lefquels étoient Diego d’Ordas principal confident du Gou- verneur , François de Morla , Bernard Diaz del Caflillo qui a écrit cette Hiftoire, êe d'autres Gentilshommes dont les noms fe verront en d’autres endroits. Le tems du départ étant arrivé , on donna les ordres pour aflembîer les Soldats, qui s’embarquèrent en plein jour , tout le peuple étant accouru à ce fpedacle. La nuit, Hernan Cortez accompagné de fes amis, alla prendre congé du Gouverneur , qui i’embraiïà ôc luy fit plufieurs au- tres carefles • Ôc le matin étant venu, Veîafquez le conduifit au port, 6c le vid monter fur fon vaiiTeau. Le détail de ces circonfcances pouvoir être retranché , êc paroîtroit ennuïcux, s’il n’étoit neceflaire pour fauver la réputation de Cortez, que des Auteurs accufent d’avoir donné fort mal- à-propos des mar- ques d’une extrême ingratitude en faifant révolter la flotte qu’il commandoit avant que de fortir du port. Herrera le rapporte ainfi, ôe il eft fuivi par tous ceux qui ont copié fon jhiftoire. Ils difenr , contre toute forte d’apparence, que Cor- tez, à la faveur de la nuit, avoir été chercher les Soldats dans leurs maifons , êe que leur aïant donné un rendez-vous au port, il s’étoit embarqué fecrettement avec eux : Que Veîafquez en aïant eu avis au matin , avoir fuivi la flotte pour fçavoir les motifs de cette adion j ôc que Cortez s’approchant de luy dans une chaloupe bien armée, luy avoir déclaré avec mépns, qu’il ne reconnoiiïoic plus fes ordres. Mais j'ai fuivi Bernard Diaz, qui rapporte ce qu’il a vû, de qui paroît bien plus véritable. En effet, le bon .feus peut-il fouffrir qu’on croie qu’un horn- ÏH! ! ! 151 8. ^ HISTOIRE DE LA CONQUESTE nie auffi habile que Cortez l’étoit, quand même il auroit déjai formé le deffein de fe rendre abfolu, eut rompu indifcretement avec Velafquez , avant que de fe voir hors de fa jurifdi&ion : car il devoit toucher avec fa flotte en plufieurs autres endroits, de cette Ifle, pour prendre des hommes & des vivres qui luy manquoient ? D’ailleurs, quand on pourroitfeperfuader qu un homme auffi adroit ôc auffi pénétrant, eût été capable de faire cette faute, eft-il vrai-femblable que dans une Ville où il y avoit alors tres^peu d’habitans , Cortez eût pù durant la nuit aller parles maifons ramaffer trois cens hommes, entre lefquels étoit Ordaz créature du Gouverneur , êc d’autres Cavaliers de fes amis ;■ ôc qu’il les eût fait embarquer,, fan s qu’aucun d’eux fe fût avifé d’avertir Velafquez de ce procédé extraordinaire 1 Le bruit de ce mouvement n’auroit-il pas éveillé ceux qui a- voienttant d’intérêt d’obferver fa conduite ? ou fi celan’étoit pas arrivé, n’auroit-on pas fuj et d’admirer le merveilleux effet du filence des premiers, ÔC de la négligence des autres ? Ce n'eft: pas que je veuille nier que Cortez ne fe foie écarté de 1 obeiL fance qu’il devoit à Velafquez 5 mais cela n’arriva que dans la. fuite , 6c par des motifs qui feront expliquez. CHAPITRE XL Cortex pafie a la Ville de la Trinité avec fa Flotte , qu'il fortifie d'un nombre confiderable de Soldats. Velafque ^ entre en défiance y par les artifices des ennemis de Cortez. On fait de grandes diligences pour l'empêcher de partir . L A Flotte fortit du Port de Saint Jacques deCuba le dix- huit de Novembre 1518. 6c rafant la côte de 1 Ifle du cote du Nord en tirant vers l’Orient, elle arriva en peu de jours à la Ville de la Trinité, où Cortez avoit quelques amis, qui le reçûrent avec bien du plaifir. D’abord il fit publier fon def- fein • 6c plufieurs Cavaliers des principaux de la Ville s’offrirent à le fuivre. Les plus confiderez étoientjean d’Efcalante , Pierre Sanchez Farfan , & Gonzale Mexia. Peu de tems agrès, Pierre D U M E X î QJU Ë. 37 d-’Alvarado , & Alfonfe d’Aviîa vinrent ie joindre ; & ce ren- fort luy fut tres~agreàble , tant parce qu’ik avoient comman- dé en qualité de Capitaines dans l’expedition de Grijalva, qu'à eaufe qu’Alvarado amenoit avec foy fes quatre freres Gon- zale, George, Gomez, & Jean d’Alvarado. De ce lieu la flot- te alla reconnoixre la Ville du Saint Efprit, peu éloignée de la Trinité. Cortez y augmenta fà fuite des perfonnes d’Alfonfe Hernandez portocarrero, Gonzale de Sandaval, Rodrigue Range!, Jean Velafquez de Leon parent du Gouverneur, de plu fieurs Gentilshommes dont les noms paroîtront plus à propos, quand on rapportera leurs exploits. Ce renfort de No bielle, & celuy de cent Soldats que l'on tira de ces deux Villes, augmentèrent confiderablement les forces & la répu- tation de cette armée, outre les munitions les armes, les vi- vres, 5e quelques chevaux que Cortez y acheta de fes deniers,., dont il faifoit encore part à tous, ceux qui en avoient befbirr pour faire leur équipage. Ain fi il gagnoit l’efprit 5e ie cœur de tout le monde par fa generofite, 5e par les efperances que fa conduite leur donnoit, lorfquiis le voïoicnt commander en General, fans oublier, dans les occafions , de leur marquer qu’il fe confideroit. encore comme leur compagnon». Cependantla flotte étoità peine fortie du port de Saint Jac- ques, que les envieux de Cortez firent de nouveaux efforts pour réveiller les fbupçons du Gouverneur, fuyant la conduite des lâ- ches, qui n’ont delà hardieflè que pour déchirer lesabfens.Velaf- quez écoutoit leurdifcours ♦.& quoyqu’il en parût offenfé, ils reconnurent neanmoins dans fon efpntun penchant à la jaîou- fle, dont ils efperoient fe fervir pour ruiner toute la confiance qu’il à voit en Cortez. Dans ce deflein , ils drdîërent une in- trigue avec le fecours d’un vieillard appellé Jean Millau, qui malgré une profonde ignorance, fê piquoit d’être un fqavant Âftrologue : autre forte de fou , atteint d’une aurreefpece de folie. Cet homme poufle par les ennemis de Cortez, après avoir pris de grandes précautions pour s’affûrer du fecret , fît au Gouverneur un difeours en termes mifterieux fur cette ex- pédition, qui devait , difoit-ii, avoir un fuccez heureux & mah- Heureux v a flurant que les affres s’expliquoient ainfi. Qooyque Velafquez eût affez d’entendement pour reconnoître la vanû té. de ces prono flics , cependant comme ils donnoient dans fon 31,1 i J 1 î îii 38 HISTOIRE DE LA CONQUESTE foible, qui étoic lefoupçon, le mépris qu’il avoit pourl’Aftro- logue n’empêcha pas qu’il ne reçue les impreilions que les autres pretendoient luy donner. Sur de fi foibles fondemens , Velafquez prit la refolution de rompre avec Cortez , en luy ôtant le commandement de la flotte. Il dépêcha auffi-tôt deux Couriers à la Ville de la Tri- nité , avec des lettres pour tous fes confidens , êe un ordre fore exprès à François Verdugo fon coufîn , &: Juge Roïal de cette Ville, tendant à dépoffeder juridiquement Hernan Cortez de la Charge de Capitaine General j fuppofant que fon emploi étoit déjà révoqué , &: qu’il y avoir nommé une autre perfonne. Cortez fut averti fort à propos de ce contre-tems 5 mais fon courage n’en fut point abacu , par la difficulté du remede qu’il devoir y apporter. Il fe fit voir à fes amis Sc aux Soldats , pour reconnoître l’interet qu’ils prenoient. à l’injure faite à leur Ca- pitaine, êcpourfçavoir, par le jugement que les autres feroient de fon bon droit, s’il pouvoit y fonder quelque alTurance. II les trouva tous non feulement dans fes interets , mais encore refoius à s’oppofer au tort qu’on vouloir luy faire , quand ils devroient fe porter aux dernieres extrémitez. Il eft vrai que Diego d’Ordaz & Jean Velafquez , comme créatures du Gou- verneur, témoignèrent moins de chaleur que les autres j mais iis furent aifément réduits à convenir d’une chofe qu’ils ne pou- voient empêcher. Cortez aïant ces afîûrances, alla trouver le juge, qui n’ignoroit pas les fujets qu’il avoit de fe plaindre. II reprefenra à Verdugo, le péril qu'il courait en fe déclarant protêt îenr de l'injuftice que Fêla fqueff luy fat fit. Jfffelle offenfbit tous les Cavaliers qui /’ accompagnaient en ce voyages outre ce quil y avoit à craindre de U fureur des Soldats , dont il n avoit gagné l'affection que pour être plus en état de fervir le Gouverneur , & qui ne reconnoif forent encore fes ordres que par les foins quil fe donnoit pour les re- tenir dans ioheïjfance . Ce difeours fut fait avec une fincemé, qui fans s’écarter des termes de lamoded.ie, nefaifoit paroître aucune foiblefTe d’efprit 6 c de courage. Verdugoaffezpcr- fuadé qu’011 fai-foi t une injure à Cortez, & fentant par gran- deur d’ame , beaucoup de répugnance à devenir l’inftrument d'une pareille violence, luy offrit non feulement de fufpendre l’éxecution des ordres de Velafquez , mais encore de luy écrire^ afin de .F obliger à changer de refolution , qui ne pouvoit s’éxe- D Ü M E X I QJJ E. 39 su ter fans caufer un mouvement très- dangereux , en mutinant tous les Soldats de l’armée. Ordaz & les autres Officiers con- Idens du Gouverneur , offrirent à Cortez de luy rendre le mê- me office, êe écrivirent fur le champ. Cortez y joignit fes lettres, dans lesquelles il faifoit des plaintesTendres & cordia- les de la défiance que Velafquez luy témoignoit, fans appuïer fur le chagrin qu’elle luy donnoir, dont neanmoins il corner- voit le refléntiment : mais comme il n’étoit pas encore temsde le faire éclater, il ne vouloir point paroître offenfé, pour n’ê- tre point obligé d’entrer en des éclaimffemens qu’il vouloir éviter. CHAPITRE XII. Cortez. Ÿ â 5f e de la Trinité a la Havane, ou il fait fa der niere recrue ; (d U M E X ï Q^ü E. 43 raifoatier.avecun peu plus d’attention fie moins de fang froid, fur le parti qu’il devoit prendre. D’un côté il fe voïoit élevé 6c loüé par tous ceux qui le fuivoient ♦, fie de l’autre, abàtu, fie condamné comme un criminel à une mjufte prifon. II recon- noiffoit que Velafquez avoit fait quelques avances de fon ar- gent pour équiper la .flotte .5 mais que às amis fie luy avoient fait la plus grande partie de la dépenfe, .fie attiré prefque tous les Soldats par leur crédit. Il rappelloit dans fon imagination toutes les circonltances de l’injure qu’on luy faifoit- fies arrê- tant fur les mépris qu’il avoit foufferts jufqü’alors, il s’en vou- loit du ma! , fie bl&moit fa patience. Ce n’étoit pas fans fujet , car cette vertu fe laide mener jufqü’à de certaines bornes qui îuy font marquées par la raifoii^ mais quand on la poulie plus loin , elle devient bâffèffe fie ihlèttffbilité. Cortez étoit encore affligé de voir ruiner cette entreprife, s’il en abandonnoit la conduite. Mais ce qui le perçoit jufqu’au vif, etoit de voir que cette affaire ail oit mettre en compromis fon honneur , dont la confervation auprès de ceux qui en connoiffent le prix., tou- che encore de plus prés que celle de la vie. Ce fut fur ces reff exions, fie en cette conjondure, que i’ef- |>rit de Cortez juftement irrité , prit la première refolutionde rompre avec Diego V elafquez. Cela montre bien que Herrera ne luy a pas rendu juffice, lorfqu'il a marque cette première rupture dans la Ville de Saint Jacques , fi c delà part de Cortez, qui venoit de recevoir une grâce ffnguliere, & toute recente. Mais on s’en tient à ce qui eft écrit par Bernard Diaz del Caf- tillo , qui n’eff pas pas trop favorable à Cortez • puis que Gon- zale F-rnandëz d’Oviedo affûte, que celuy ci fè maintint dans l’obéi fiance à l’égard du Gouverneur , julqu’à ce qu’étant a- vancé dans la nouvelle Efpagne, il eut des raifons pour fe dé- clarer indépendant, en envôïant rendre compte à l’Empereur, des premiers fuccez de cette conquête. Le foin que je prens d’effacer cette première tache dont on a voulu noircir Cortez, ne doit point paroître une digreffion hors du fujet. Aucun in- térêt ne m’oblige à flatter ceux dont j’entreprens la défenfe, ni à blâmer la conduite des autres : cependant 9 quand la vérité me marque le chemin que je dois prendre , pour j uftifîer les premières démarches d’un homme qui a fçû fe donner tant d e- clat par les aâdons , j’ai cru^que je devoisla fuivre, fie me faire E ij ? ffl n:» 44 HISTOIRE DE LA CONQUESTE un plaifir de rencontrer la certitude en ce qui fert à établir fà réputation. Cen’eftpas que je ne fois convaincu que le devoir d’un Hif- torien eft de marquer les a&ions par leur véritable caradere, fans déguifer, ou palier fous filence celles qui méritent d’être blâmées 5 puifque les exemples qui fervent à imprimer de l'hor- reur pour le vice, ne font pas moins utiles, que ceux qui nous portent à imiter la vertu. Mais je crois que c’effc une marque d’un efprit mal tourné, de prendre plaifir à chercher le mauvais fens dans les fentimens des hommes , 6c de débiter fes malignes con- jedures comme des veritez. Ce défaut fe reconnoît en plulieurs Ecrivains , qui ont pris Tacite pour leur modèle. Us ont l'am- bition de l’imiter j mais comme fes agrémens font au delïus de leurs forces, ils croient entrer dans fon efprit, Iorfqu’ils découvrent leur malice par de faufles interprétations , où l’art a beaucoup moins de part , que leur inclination corrom- pue. Pour revenir â nôtre Hiftoire , je dirai que Cortez voïant qu’il n’étoit plus tems de diffimuler les fujets de plaintes qu’il avoit , 6c que les ménagemens n’étoient plus d’aucun ufage , puifqu’ils nuifent ordinairement aux refolutions fermes 6c vi- goureufes j il refolut de prendre fon parti, 6c de fe fervirdes forces qu’il avoit en main , félon qu’il étoit neceifaire dans la conjonâure où il fe trouvoit. Dans ce deflein , il prit des me- fures pour éloigner Diego d'Ordaz , avant que Barba fe déter- minât à publier les ordres qu’il avoit reçus du Gouverneur. Cortez n’ignoroit pas les efforts que d’Ordaz avoit fait pour faire nommer un Commandant en fon abfence , 6c cela luy rendoit fa fidelité fort fufpe&e. Ainfi il luy ordonna de s’em- barquer pour aller prendre des munitions qu’on avoit laidees à Guanicanico , qui eft un pprt fitué de l’autre côté du Cap Saint Antoine , 6c d’attendre en ce lieu le refte de la flotte. Ilprefla l’éxecution de cet ordre avec fon a&ivité ordinaire, fans neanmoins marquer trop de chaleur-, 6c fut ainfi débaraf- fé d’un homme qui pouvoit luy être fort incommode. De là il alla voir Jean Velafquez de Leon, qu’il mit aifément dans fes interets, parce que celuy-ci n’étoit pas fatisfait du Gouverj néur, 6c qu’il avoit l’efpricplus docile , 6c moins artificieux que Ordaz, D Ü M E X I Q^U E. 45 Apres avoir pris ces précautions , il fe montra à Tes Soldats, à qui il déclara la nouvelle perfecution dont il étoit menacé. Ils vinrent tous s’offrir à luy , également réfolus de Taffifter, quoy- que differens dans la maniéré d’expliquer leur zele. Les Gen- tilshommes le marquoient , comme étant une fuite naturelle de leur reconnoiffance pour les obligations qu’ils luy avoient : mais les Soldats parurent fi échauffez , que l’émotion qui paroif- foit en leur difcours, 6c par leurs cris, donna de l’inquiétude à Cortez , quoy qu’elle fe fift en fa faveur ». 6c leurs mouve- ment 6c leurs menaces juftifierent affez , que la railon perd beaucoup de fes avantages, quand elle paffe entre les mains de la multitude. Pierre de Barba connoiffant qu’il ne faloit point différer d’appaifer ce mouvement, avant qu’il fût en fa derniere force, chercha Hernan Cortez * 6c parodiant en public avec luy , cal- ma toutes choies en un moment, en difant tout haut, £>uil n avoit aucun dejfein d' ex ecuter l'ordre du Gouverneur ; & qu'il n au- roit jamais de part a une Jî grande injujlice. Ainli les menaces le tournèrent en applaudiffemens : 6c Barba voulant témoigner la flncerité de fes intentions, dépêcha publiquement Garnicaa- vec une lettre pour le Gouverneur , où il luy mandoit : Jpuil n étoit pas tems de fonger à arrêter Cortez, , fuivi d'un trop grand nombre de Soldats , qui ne fouffrir oient point qu on le maltraitât , & qui nêtoient point difpofez, a luy donner cette marque de leur obeïf- fance. Il éxageroit fort adroitement l’émotion que fon ordre avoit caufée entre les gens de guerre, 6c le péril où elle avoir jetté la Ville 6c tout fon peuple. Il concluoit par un avis qu’il donnoit à Velafquez , de retenir Cortez par la voie de la con- fiance , en ajoutant de nouvelles grâces à celles qu’il luy avoit faites : Ôc qu’à toutes rifques , il valoit mieux efperer de fa re- connoiffance , ce qu’il ne pouvoir obtenir de la perfualion ni de la force. Cortez aïant fait cette diligence , ne fongea plus qu’à prelfer fon départ, qui étoit necelîaire pour appaifer entièrement les efprits des Soldats , qui n’étant pas entièrement revenus de leur chagrin , témoignoient de nouvelles inquiétudes , fur le bruit qui couroit que Velafquez venoit en perfonne pour faire un affront à leur General. En effet, les Auteurs difent qu il avoit pris cette refolution$ furquoy il hazardoit beaucoup ,6c F iij A * HISTOIRE DE LA CONQUES TE auroit fort mal reüffi : car l’autorité efl: un argument bien foi- ble, pour difpurer contre ceux qui ont de leur côté laraifon 5c la force. ■ i Hi I Iflj j : Il ! i m ■ v II ' E lii! i * - 1 il f l|i.i r ‘lll CHAPITRE XIV. Cortex, nomme les Officiers de fi flotte. Il part de lê < Havane, & arrive à 1 1 fie deCozumel, où il fait U revue de fis troupes , anime fis Soldats . N brigantin de médiocre grandeur s’étant joint à la flotte qui étoit de dix vaiflèaux, Cortez partagea tous fes gens en onze Compagnies, une dans chaque vaifleau. il nomma pour Capitaines Jean Veiafquez de Leon , Alfonfe Hernandez Porcocarrero, François deMontexo, Chriftophled’Olid, Jean d’Efcalante , François de Morla , Pierre d’Alvarado, François Saucedo , ôc Diego d’Ordas • car le connoiflant homme de mé- rité , il ne l’avoit pas éloigné pour luy faire injuftice , & il vou- loir luy donner un emploi -dont il luy fut obligé. Cortez fe referva le commandement de l’Amiral , &: donna celuy du bri- gantin à Gines de Mortes. Le foin de l’artillerie fut commis à François d’Orozco brave Soldat, qui s’é toit fignalé dans les guerres d’Italie . & la Charge de Pilote major fut donnée à Antoine d’Alaminos, qui avoit une grande expérience fur ces mers, pour avoir eu le même emploi dans les deux volages .de François Fernandez de Cordoué, &: de Jean de Grijalva. Apres cela, Cortez drefla des inftrudions pour fes Officiers 5 prévenant, par un détail fort long , mais fort éxact, toutes les difficuitez qui pouvoient naître dans les differentes occa- sions. Le jour de rembarquement étant arrivé , on chanta avec beaucoup de folemnité la Mefle du S. Efprit, que tous les Soldats entendirent fort dévotement , en offrant à Dieu le commencement d’une entreprife dont ils attendoient le pro- xrrez &: la fin de fon divin fecours. Toute la flotte ne faifant plus qu’un feui corps de troupes réglées, Cortez, pour le pre- mier a de- de la Charge de General , donna le mot à l’armée, qui fut , Saint rime , afin de marquer qu’il clioififlcfit ce fains DU M £ X ï QJJ E. 47 Apôtre pour être le Patron de cette expédition, ainff qu’il l’a- voit déjà pris pour celuy de toutes Tes a étions dés fa plus ten- dre jeune®. Après quoy il donna ordre à Pierre d’Alvarado de prendre le devant par le côté du Nord , pour aller chercher d’Ordaz à Guanicaqico * & apres leur jonétioo, d’attendre la flotte au Cap Saint Antoine. Les autres vaifTeaux dévoient iuivre l’Amiral en cas que le vent ou quelque autre accident les feparât , prendre la route de f ille de Çozumel , découver- te par Grijalva , & peu éloignée de la terre qu’ils cher- choient. Çortez remetto.it en ce lieu à prendre fes re- folutions , & les, melures necelîaires pour achever l’entre- prffe. Ils partirent enfin du port de la Havane, le dixiéme du mois de Février de l’année 1.519.. Le vent fut d’abord favorable : mais füi vaut fon inconfiance ordinaire, il foûleva au coucher du So- leil, une funeufe tempête, qui les mit en grand defordre. La nuit étant venue , les vaifleaux furent obligez de fe feparer, de crainte de fe biffer en fe heurtant : & ils s’abandonnèrent au gré du vent qui les forçojt. Le navire ou François de Mor- la commandoit fut le plus maltraité , un coup de mer aïant rompu fon gouvernail 5 , en forte qu’il fut en grand danger de périr. Il tira pluflçurs coups. pour avertir du , péril 011 il fe trouvo® ce qui mit en grande inquiétude les autres Capitaines, à qui l’attention, qu’ils a voient au danger qui les menaçoit, ne faifoit pas oublier celuy de leur compagnon. Chacun fit fes efforts pour s’en tenir le plus prés qu’il pouvoir - tantôt en fou- tenant la furie du vent & des vagues yêc tantôt en cedant à leur violence. Enfin* la tempête ce® avec i’obfcurité: êt lorf- que la lumière pût faire diftinguer les objets r Cortez courut le premier au vaifl'eau qui croit en danger , êc tous les autres en firent de même 5 en forte qu’avec ce fecours on raccommo- da le gouvernail, êc on ternit le navire en état de pourfuivreia route. En même tems, Âlvarado , que Cortez avoit envoie joindre Diego d’Ordaz, étant chargé parla même tempête, Le trouva au jour bien plus enfoncé dans le Golfe qu’il ne penfoit j, car la peur de brifer contre la côte l’avoir obligé à fe jetter en plèiné mer, ce qui étoit le parti le moins dangereux. Son Pi- lote connut fur fa bouffole 2 ,&,fur fa carte, qu’ils croient beau* 4 S HISTOIRE DE LA CONQUESTE coup déchus de la route qui leur étoitprefcrite, 6c fi éloignez du Cap Saint Antoine, que ce feroit une entreprife fort diffi- cile de vouloir y retourner. II propofa donc, qu’il étoit plus à propos de palier en droiture à i’Ifle de Cozumel. Alvarado 1 ailla cela à fon choix : il luy reprefenta neanmoins l’ordre de Cortez 3 mais d’une maniéré foible , 6c qui paroilToit l’en dil- penfer. Ainfi ils continuèrent leur navigation , êc arrivèrent en cette Ifle deux jours avant l’armée. Ils mirent pied à terre, à deiïein de fe loger dans un Bourg que le Capitaine ÔC quelques Soldats avoient remarqué au voïage de Grijalva : mais ils le trouvèrent fans habitans , parce que les Indiens aïant re- connu que les Efpagnols prenoient terre , s’étoient retirez plus avant dans le païs , avec le peu de hardes qu’ils a- voient. Alvarado étoit jeune 6c plein de feu , tres.brave Soldat , 6c capable d’entreprendre tout lous les ordres d’autrui 5 mais aïant encore trop peu d’experience pour en donner de fon chef. II crut qu’en attendant l’armée , il feroit honteux à un Commandant d’être fans a&ion : 6c fur ce principe, il mar- cha avec fa troupe pour recormoître le païs. Ils trouvèrent un autre Village , éloigné d’une lieu à de celuy où ils étoient logez. Les Indiens l’avoient abandonné 3 mais ils y avoient laif- fé quelques vivres, 6c des poules, que les Soldats confifque- rent à leur profit , comme des dépouilles de l’ennemi. Iis trou-; verent encore des joïaux autour d’une Idole, dans une efpece de Temple , 6c quelques inflrumens de facrifices qui étoient d’or mêlé de cuivre 3 6c tout cela parut de bonne prife. Ce- pendant cette expédition entreprife temerairement, ne leur apporta aucun profit , 6c nefervit qu’à effaroucher les Indiens, 6c à faire un obftacle au deffein que l’on avoit de gagner leur amitié. Alvarado s’apperçut, quoy qu’un peu trop tard, que ce mouvement n’étoit pas dans les réglés 3 6c il fe retira à fon premier pofte, après avoir pris deux Indiens 6c une Indienne, qui n’avoient pu fe fauver à propos. Le lendemain , Cortez arriva avec toute la flotte , aïant envoie ordre à Diego d’Ordaz de le venir joindre , jugeant, comme il étoit vrai, que la tempête auroit empêché Alvarado d’éxecuter fon commandement. Quoyque ce General eût de la joie de le voir arrivé fans aucun accident, il ne la témoi- gna DU M E X I QJÜ E 49 gna pas : au contraire , il fit mettre le Pilote en prifon, 8c fie une feverc réprimandé au Capitaine , de ce qu’il n’avoit pas fuivi Tes ordres , 8c de ce qu’il avoit eu la hardiefie d’entrer dans rifle , 8c de permettre à fes Soldats d’en faccager quel- ques habitations. Il luy fit cette leçon en public , 6c d’un ton de voix ferme 8c abfolu } voulant qu’elle fervît d’inftruc- tion pour tous les autres. Après quoy , il fit venir les trois In- diens prifonniers 5 8c par le moïen de Meichior qui luy fervoit de Truchement , fon compagnon étant mort , il leur fit com. prendre qu’il refTentoit un extrême déplaiflr du tort que les Sol- dats leur avoient fait. Il commanda qu’on rendît l’or 6c toutes les hardes qu’ils voulurent choifir^ 6c il les mit en liberté, a- prés leur avoir fait prefent de quelques bagatelles pour leurs Caciques ; afin qu’à la vue de ces témoignages d’amitié, les Indiens perdifTent la crainte qu’ils pouvoient avoir con- çue. L’armée campa fur le bord de la mer , 6c s’y repofa durant trois jours, fans faire aucune démarche , pour ne point aug. menter la fraïeur des Indiens. Après quoy Cortez aïant fait des bataillons de chaque compagnie, fit une revue generale. Il s’y trouva cinq cens huit Soldats, dix-fept chevaux, 6c cent neuf tant Maîtres de vaifTeau , que Pilotes , 6c Matelots. Il avoit outre cela, deux Chapelains ou Aumôniers , qui étoient le Licentié Jean Diaz, 6c le Pere Barthelemi d’Olmedo Reli- gieux de Notre-Dame de la Merci, qui accompagnèrent le General jufqu’à la fin de la conquête. Après cette revue, Cortez étant retourné à fon logis, ac- compagné de tous les Capitaines , 6c des Soldats les plus confi- dcrables, s’aflît au milieu d’eux, 6c leur parla en ces termes*. Mes amis & mes compagnons , quand je confidere le bonheur qui nous a réunis tous dans cette Ijle , & que je fais re flexion fur les traverfes & les perfecutions dont nous fommes échapez, & fur les dijficulteT^qui fe font oppofées à notre entreprife ; je reconnais avec refpeiï la main de Dieu qui nous a â fffte7^ dr fapprens par cette difpoftion de fa divine Providence , quelle nous promet un heureux fucce ^ d'un dejfein dont elle a daigné favorifer le commencement . C' efl le Zjde que nous avons pour luy , & pour le fervice de notre Roi , ce qui part d un meme principe , ceft ce z>ele qui nous poujfe à entreprendre la conquête de ces pais inconnus 5 & Dieu combatra «, histoire de la coKqueste tour fa calife, en combatant four nom. Mon deffetn n vous J dèzuifer les difficultés qui fe prefintent. Nous avons a foute- nir des combats fanglans & furieux , des fatigues mroiables dans Us factions , les attaques d un nombre infini d ennemis , ou vous, aurez befoin d'emploïer toute vôtre valeur. Outre que la neceffite de toutes chofes, les injures du tems, & la difficulté des chemins exerceront vôtre confiance, que I on peut nommer une fécondé va- leur, & qui nefi pas un moindre effort du courage ; puifque vous fçaveT, que la patience achevé fouvent à U guerre , ce que les armes nom pi faire. C'efi par cette voie qu Hercule a mente le nom d m. vincible , & c'efi ce qui a fait donner U nom de Travaux a fes ex- ploits Vous vous êtes accoutumes à pâtir & a combatte dans ces Ifies que vous avez, fodmifes s mais nôtre entreprife efi bien d'une autre importance , & nous y devons apporter bien plus de fermete . pmf- que la réflation fe me fur e fur la grandeur des obfiacles. Il efi vrac que nous fommes en petit nombre ; mais l union faifant la force des armées , femble encore les multiplier : & c'efi ce que nous devons at- tendre de la conformité de nos fentimens. flfi»*> mes amis , que nous n’aïons tous qu’un même avis, quand il s'agira de prendre des re, Pointions -, une même main , quand il faudra les executer : que nos intérêts fotent communs , & nôtre gloire égalé en tout ce que nous acquérirons. La valeur de chacun de nous en hlir la fureté de tous en general. le fuis votre Chef, é je ferai premier à hasarder ma vie pour le dernier des Soldats : vous au- rez, d fuivremon exemple encore plutôt que mes ordres. le puis vous affûter , que dans cette confiance je me fens affez, de courage pour conquérir le monde entier s & mon cœur fe flatte de cette ef- pnance , par un de ces mouvement extraordinaires qui upajjent nus Us prefages. le finis , car il efi tems de faire fucceder les ef- fets aux paroles. ma confiance ne vous parotjfe pas un exciz, de témérité ; elle efi fondée fur ceux qui m environnent maintenant: é tout ce que je n’ofe attendre de mes propres forces , je l efpere de "^Durant que Cortez leur infpiroit ainff par fon difcours cette ardeur qu’il reffentoit en luy même, on 1 avertit que quelques Indiens fe montroient affez près du camp ; 6c en. LAu’ils fu (lent feparez 8c defarmez, le General com. manda que les Soldats priffent les armes , & qu ils fe mff. ffnt en ordre de bataille derrière les lignes , jufqu a ce quon DU MEXIQUE, 51 èAt reconnu fi les Indiens s’approchoient , êc quel étoit leur de-flein. CHAPITRE XV. Les Habitans de Cozttmel reçoivent la paix que Cortex, leur offre. Il fait amitié avec le Cacique. On abat les Idoles par t ordre de Cortex., qui donne [es premiers foins à t introduction de la doctrine de l'Evangile par- mi ces Barbares , a retirer quelques Efpagnols qui étoient prifonniers a Jucatan . L Es Indiens étoient en petites troupes , St paroifloient con- fui ter entre-eux , comme des gens qui obfervoient les mouvemens des Efpagnols, dont la tranquillité leur donnoit de l’afïurance. Les plus hardis s’approchoient peu à peu* 6c comme on ne leur faifoit point de mal , ils étoient fuivis des autres : ainfi quelques uns vinrent infenfiblement jufques dans le camp , où ils furent reçus par le General, 6c par tous les autres fi agréablement , qu’ils appelèrent leurs compagnons. Dés le même jour il en vint un grand nombre * 6c ils fe mê- lèrent parmi les Soldats avec tant de familiarité, de douceur & de confiance , qu’on avoit peine à remarquer en eux la moindre marque de furprife: 6c on connut bien- tôt qu’ils é- toient accoutumez à voir des étrangers. Il y avoit en cette Ifle une Idole fort reverée de tous les Indiens , 6c dont la ré- putation attiroit les peuples de plufieurs Provinces de la Terre- ferme , qui venoient en grandes troupes à fon Temple , avec beaucoup de refped. Ainfi les Infulaires de Cozumel avoient un commerce perpétuel avec des nations differentes en langa- ge 6c en habillemens ; 6c c’eft ce qui leur fit paroître moins étrange l’arrivée des Efpagnols, au moins ce qui les empecha d’en témoigner leur étonnement. La nuit étant venue, ils fe retirèrent en leurs maifons. Le jourfuivant, leur principal Cacique vint falüer le General. Il avoit plufieurs Indiens à fa fuite , mais fans ordre^6e fans pro- *•11 I P HISTOIRE DE LA CONQJJESTE prêté ^ &venoit luy-même faire fonambafTade 8c (on prefent; Cortez le reçut avec joie 8c fort civilement. Il luy fit enten- dre par fon Interprète, Qu? il luy f avoit bon gré de fa vif te ; & quilluy offrait fon amitié , & celle de tous fes Soldats. Le Cacique répondit, Qffil recevait ces offres s & qu il étoit homme a en bien ufer. On entendit un des Indiens de la fuite du Cacique , qui répéta plufieurs fois en fon jargon le nom de CafiÜe:8c Cor- tez , à qui tous les divertifTemens n’ôtoient jamais l’attention, remarqua cette parole , 8c commanda à Plnterprete de s'é- claircir de ce qu’elle fignifïoit. Cette remarque, qui parut alors faite par hazard , fut , ainfi que nous le verrons , d’une tres- grande importance , pour faciliter la conquête de la Nouvelle Efpagne. L’Indien difoit, que les Epagnols refTembloient fort à certains prifonniers qui étoient dans la Province d’Iucatan,nez en un païs qui fe nommoit Caftilie. Du moment que Cortez eût appris cette nouvelle , il fe refolut de délivrer ces prifonniers , 8c de les attacher à fon fervice. Il s’en informa plus particulièrement, 8c fçût qu’ils étoient au pouvoir de quelques Indiens de gran- de autorité, dont la relidence étoit deux journées avant dans la Terre-ferme d’Iucatan. Cortez communiqua fon deûein au Cacique, pour fçavoir lî ces Indiens étoient guerriers, 8c de quel nombre de Soldats il aurait befoin pour retirer les prifon- niers. Le Cacique luy repartit fur le champ en habile homme. Que le fus four feroit de les racheter par quelques prefens , parce que que fi on y alloit par la voie des armes , on les expoferoit à être maf fierez, par leurs maîtres : & quelque châtiment quil en fjl , il les p e droit toujours fans reffource. Le General embraflà fon avis, avec admiration, de voir un fens fi droit 8c fi politique èn un Indien, à qui le peu de participation qu’il avoit du rang de Prince , devoir avoir enfeigné quelques principes de ce qu’on appelle raifori d’Etat. Il ordonna auiïi-tôt à Ordaz, de paffer avec fon vaifîeau 8c fa compagnie à la côte d’Iucatan , par le trajet le plus pro- che de ride de Cozumel, qui étoit environ de quatre lieues. 11 devoit mettre à terre des Indiens que le Cacique avoir choi- fîs, qui portoiènt des lettres aux prifonniers, & quelques piè- ces de peu de valeur pour le prix de leur rançon. Ordaz avoit ordre de les attendre durant huit jours, qui étoient le DU M EX I QJJ E. 55 terme dans lequel ils avoient promis de rapporter la ré- ponfe. Cependant Cortez marchoit avec toute fon armée, pour reconnoître cette Ifle. Il avoit ordonné qu’aucun Soldat ne quittât les rangs , de peur qu’ils ne fiffent quelques ou- trages aux Infulaires , s’ils fe débandoient. Il leur difoit , Que cette nation étoit pauvre & fans défenfe : Que la bonne -foi quelle avoit témoignée meritoit bien d’être recompenfee par un bon traite- ment i & que leur mifere ne donnoit point de tentation a l avarice. Qu'ils ne dévoient point tirer de ce petit coin de terre , d' autres ri- chejfes qu’une bonne réputation* Ne penfez, pas , ajoutoit-il, que celle que vous acquerrez, ici fe renferme dans les bornes étroites d’une miferable Ifle : le concours des pèlerins qui s y rendent en foule , comme vous le fçaveT^ portera votre nom en d’autres Pats , ou l’imprejfion quon aura de notre douceur & de notre équité , nous fera fort utile pour faciliter nos dtffeins . Ainfi nous en aurons moins à combatre , aux lieux ou il y aura plus à gagner . C’eft par de femblables difcours qu’il retenoit fes Soldats dans le devoir fans les mutiner. Le Cacique l’accompagna partout., fuivi de plufieurs Indiens, qui accouroient en diverfes troupes, à def- îein de troquer des vivres ôc d’autres provifions, contre du verre Ôc d’autres chofes pareilles, dont ils étoient fi charmez, qu’ils ne croïoient jamais les parer trop cher. Le Temple de l’Idole H reverée des Indiens n’étoit pas éloi- gné de la côte. Il étoit de figure quarrée , bâti de pierre , ôc d’une architecture qui n’étoit point méprifable. L’Idole avok ia figure d’homme 5 mais d’un air fi terrible ôc fi affreux, qu’il étoit aifé d’y reconnoître les traits de fon original. Toutes les Idoles adorées par ces miferables peuples , avoient le même air de vifag£ : car bien qu’elles fuflent differentes pour la matière ôc la fabrique , ôc même pour la reprefentation , elles étoient toutes conformes dans leur laideur abominable j foit que ces Barbares ne connu ffent point d’autres modèles - ou que le Dé- mon leur apparoiffant tel qu’il eft , laiffât cette idée dans leur imagination. Ainfi le plus grand effort de l’habileté de i’ou- - vrier confiffoit dans l’expreifion de lapins hideufe figure. On dit que cette Idole fe nommoit Cozumel , ôc qu’elle a- voit donné à l’Ifle le nom qu’elle conferve encore aujourd’hui j mal à propos , fi c’eff; celuy que le Démon s’étoit impofé: ôc G ii] Kiii h mm il Lnlj 1 iï: 54 HISTOIRE DE LA CONQUE STE cette erreur s’efl glifTce par inadvertance , & contre la raifon, en toutes les Cartes. Quand les Efpagnols arrivèrent à .ce Temple , ils y trouvèrent un grand concours d’indiens , ôC au milieu d’eux un Sacrificateur , dont l’équipage étoit diffe- rent de celuy des autres, par un certain ornement, ou cfpece de couverture qui cachoit a peine la nudité. Il femb oit qu il prêchât , ou qu’il voulût leur perfuader quelque chofepar des tons de voix , ou des gefles fort ridicules : car ilfe donnoit des airs de Prédicateur , avec toute la gravité êc l'autorité que peut avoir un homme qui laiflè paroitre tout ce que la nature même ordonne de cacher. Cortez l’interrompit j & fe tour- nant vers le Cacique, il.luy dît : gue four maintenir l'amitié qui étoit entre- eux , il faloit quil renonçât au culte de fe s idoles y afin de perfuader la meme chofe à fesfujets par fin exemple . Apres quoy il le tira à part avec Ton Interprété * &. il luy fit connoi- tre fon erreur & la vérité de nôtre Religion , par des argumens fenfibles , & accommodez à la portée de fon entendement, mais fi convainquans , que l’Indien en fut comme étourdi , êc n’ofa jamais fe bazarder d’y répondre , aiant allez de jugement pour connoître fon ignorance. Il demanda feulement la per- miflion de communiquer cette affaire à les Sacrificateurs , aux- quels il laiffoit une autorité fouveraine de décider en matière de Religion. Cette conférence aboutit à faire venir en prefen- ce du General , ce venerable Prédicateur accompagné d’au- tres perfonnes de fa profefîîon, quicrioient tous fort haut 5 Sc ces cris déchifrez par l’Interprete , étoient des proteftations de la part du Ciel , contre ceux qui feroicnt allez temeraires pour troubler le culte qu’on rendoit à leurs Dieux ^ dénon- çant qu’on verroit le châtiment fuivre immédiatement cet at- tentat. Leurs menaces ne firent qu’irriter Cortez 5 ôc les Sol- dats accoûtumez à interpréter les mouvemens qui paroifloient fur fon vifage , comprirent aufîi tôt fon intention , & fe jette- rait fur l’Idole avec tant d’ardeur , qu’elle fut mile en pièces en un moment , aufli bien qu’une grande quantité de petites ftatuës placées autour d’elle en differentes niches. Ce fracas mit les Indiens en une horrible confirmation : mais quand ils virent que le Ciel étoit fort tranquille , de que la vengeance promife tardoit beaucoup , le refped qu’ils avoient pour cette Idole fe tourna en mépris. Ils fe fâchoient de voir leurs Dieux DU M E XI QJJE. 55 fi pacifiques 5 6c cette paffion fut le premier effort que la ve- nte fit dans leurs cœurs. Les autres Temples ou Chapelles pafferent par le même deftin : 6c le plus confiderabie étant nettoie de tout ce débris de l’idolâtrie, on y éleva un Au- tel, fur lequel on mit une Image de la fainte Vierge : Et vis- à-vis de l’entrée du Temple, Cortez fit dreffer une grande Croix, qui fut taillée par les Charpentiers de la flotte, avec autant de zele que de diligence. Le lendemain on dît la MefTe fur cet Autel * 6C le Cacique y aflifta accompagné de fes In- diens , mêlez avec les Efpagnols. Ces Barbares y parurent tous d’ant un filence qu’on eût pris pour dévotion : 6c peut- être étoit-ce un effet naturel du refped qui efl: imprimé par la majeflé de nos faintes Ceremonies , ou un effet furnaturel du Myftere adorable contenu dans ce Sacrifice. Cortez occupoit ainfi fes Soldats, durant le terme des huit jours qu’il avoit donnez à Ordaz , pour attendre les Efpagnols qui étoient efclaves à Iucatan. Ordaz les attendit tout ce tems-là, 6c revint enfin, fans avoir eu aucunes nouvelles ni des prifonniers , ni des Indiens qu’on avoit envolez pour les chercher. Cortez en eut bien du déplaifir -, mais craignant que ces Barbares ne l’euffent trompé par un faux rapport, afin de s’attribuer les prefens qu’on envoïoit pour la rançon, 6c pour lefquels iis avoient tant de paffion , il ne voulut pas retarder fon voïage , ni témoigner fa défiance au Cacique. Au contraire , il prit congé de luy fort civilement , marquant beaucoup de fatisfadion 5 6c fur tout , luy recommandant la Croix , 6c cette fainte Image qu’il luy confioit 5 efpcrant , difoit- il , de fon amitié , qu'il luy froît rendre le refpecî qui luy ètoit du , jufqu'a ce qu'étant mieux inftruit de la vérité, fin efprit en reçut les lumières. { !§ 1 'îiltl HISTOIRE DE LA CONQUESTE CHAPITRE XVI. Cortez^fe remet en mer avec fa flotte , & efl obligé par un accident de relâcher â la même Jfle. Jerome à' A~ guilar , qui étoit prifonnier à lucatan , arrive durant ce fejour , & rend compte au General des avantures de Ja captivité \ C Orrez fe remit en mer dans le deflèin de fuivre la route que Jean Grijalva avoit tracée , 6c de découvrir ces ter- res où fon obeïflance trop éxa&e l’avoit empêché de s’éta- blir. La flotte avoit le vent en poupe ; 6c tout le monde (èn- tojt de la joie de cette heureufe navigation, lorfqu’un acci- dent confiderable vint troubler ce plaifir. Le vaifleau dejean d’Efcalante tira un coup de canon : & tous les autres Capi- taines aïant jetté les yeux fur ce navire, remarquèrent qu’il avoit beaucoup de peine à fuivre ^ 6c un moment après, qu’il retournoit vers l'Ifle d’où ils étoient partis. Cortez comprit d’abord la raifon de ce mouvement : 6c fans s’amufer à délibé- rer, il manda à toute la flotte de fuivre fon vaifleau. La di- ligence qu’Efcalante fit à regagner l’Ifle, étoit très. neceflaire pour fauver le navire , qui avoit une voie d’eau fi difficile à étancher, qu’il couloit à fond fans reflource , s’il eût arrivé un moment plus tard à l’Ifle, quoyque toute la flotte eût fait force de voiles pour venir à fon fecours. On mit pied à terre j 6c le Cacique accourut fur la côte, un peu embaraflé de ce promt retour : mais d’abord qu’il en eût fçû la raifon, luy ôcfes Indiens s’emploïerent avec beau- coup d’ardeur à décharger le vaifleau , 6c à le réparer : les canots des Indiens , qu’ils manioient avec une adrefle admi- rable , étant d’un très-grand fervice en cette occafion. Du- rant qu’on preparoit tout Ce qui étoit neceflaire, le General, accompagné du Cacique 6c de quelques Soldats, alla vifiter le Temple. Il trouva la Croix 6c l’Image de la fainte Vierge au même état qu’il les avoit laiflez • remarquant outre cela, avec beaucoup de joie, des témoignages de la vénération de ces DU M E X I QJQ E. j7 ces peuples dans Ja propreté de ce Temple, les parfums qu’ils y a voient brûlez , outre les fleurs Ôc les ornemens dont ils a- voient paré l’ Autel, il remercia le Cacique du foin qu’il en avoit pris j & 1 Indien s’en fit honneur auprès de tous les Ef- pagnols , dont il recevoit les complimens, pour avoir fbuffert durant deux ou trois heures au plus, que la Croix 6c l'A*utel demeuraflenc fur pied , comme fl c’eût été un effet de fa bon- ne conduite. Cet accident qui obligea Cortèz à retarder fon volage, me- nte une conflderacion particulière; car on void des cvenemens qui étant dans l'ordre des chofes poffibles de dépendantes de la fortune , ont neanmoins un caractère qui les met au de (Tus de ce qu’on appelle hazard , ou cas fortuit. Ceux qui virent interrompre le cours-de la navigation, de un navire prêt à cou- ler bas , pouvoient regarder cet embarras comme une difgra- ce qui n’avoit rien d’extraordinaire; mais quandon confidere- ra que le même tems qui étoit neceflaire pour racommoder ce navire, ne l’étoit pas moins pour donner Heu à la venue d’un des prifonniers qui étoient à ïucatan 5 que cet homme fçavoit affez les differentes langues de ces peuples , pour fu- pléer au befoin que l’on avoit d’un Truchement 5 de enfin qu’il fut un des principaux inftrumens de cette conquête 5 lors donc qu’on entrera dans ces reflexions, on n’accordera point à la fortune toute la gloire de ce fuccez : de on y reconnoicra avec refped les difpofitions de la Providence, On emploïa quatre Jours à donner un radoub au vaiffeau • de au dernier jour , com- me l’armée étoit prête à s’embarquer, on découvrit de fort loin un canot qui traverfoit le Golfe dlucatan, de revenait droit à rifle. On reconnut bien-rôt après, qu’il portoit des • Indiens armez : de tout le monde fut furpris de voir la dili- gence qu’ils faifoient pour gagner rifle, de le peu de crainte qu’ils témoignoient de nôtre flotte. Le General fut averti de cette nouveauté 3 de il donna quelques Soldats à André deTa- pia , avec ordre de fe mettre en embufeade fur la rade où ce canot devoit aborder, de de reconnoître le d: Hein de ces In- diens. Tapia prit un pofte à couvert 3 d’où aïant vu que ces hommes defeendoient à terre, armez d’arcs de de fléchés, il les laifla éloigner du bord de la mer 3 de leur aïant coupé le chemin du retour,, il courut fur eux. Les Indiens prenaient 5 g HISTOIRE DE LA CONTESTE déjà la fuite , fi un d’entre-eux ne les eût retenus. Il les rafc fûra 3 êc s’avançant vers nos gens , il cria en Caftillan , qu’il étoit Chrétien. Tapia le reçut entre fes bras , ravi de cette heureufe avanture , êc le conduific au General , fuivi de ces Indiens, que l’on reconnut être les mêmes Envoïez qu'Ordaz avoit lai ITez à la côte d’Iucatan. Le Chrétien étoit prefque nûd, n’aïant d’habits que ce qui fervoit à rendre fa nudité moins indecente. Une de fes épaules étoit chargée d’un arc êc d’un carquois j êc l’autre d’une mante en maniéré de cape, au bord de laquelle il avoit attaché des Heures de la fainte Vierge, qu’il tira d’abord, en les montrant à tous les Efpagnols , êc at- tribuant à cette dévotion qu’il avoit toujours confervée , le bonheur de fe revoir entre des Chrétiens. Chacun s’empref. foit d luy en faire des complimens , qu’il rendoit avec tant d'é- motion , qu’il ne pouvoit encore fe défaire des termes qu’il a» voit appris parmi les Indiens, êc former une période entière, fans en mêler quelqu'un qu’onû’entendoit pas. Cortez luy fit de grandes carelfes 3 êc le couvrant luy-même du capot qu’il portoit, il s’informa en gros qui il étoit, ordonnant après ce- la qu’on luy donnât un habit, êc qu’on le régalât. 1*1 publioit à tous les Soldats cet effet de fa bonne fortune qui devoir fe communiquer à leur entreprife , pour avoir tiré un Chrétien de ce miferable efclavage, n’aïant encore en vue d’autre mo- tif que celuy de la charité. Cet homme fe nommoit Jerome d’Aguilar, natif d’Ecija,. où il avoit reçu quelques Ordres fâcrez 3 êc félon ce qu’il rap- porta depuis de fes avantures, il avoit demeuré prés de huit ans en cette captivité. Il avoit fait naufrage fur des bancs que les gens de mer appellent de los Alacranes , dans une caravelle qui pafioit de la côte de Darien à l’Ifle Saint Domingue: êc comme il s’etoit jette dans Tefquif avec vingt de fes Compa- gnons , la mer les pouffa fur les côtes d’Iucatan , ou ils furent pris , êc menez en un pais des Indiens Caribes , c’eft- à-dire man- geurs de chair humaine. Leur Cacique fit d abord mettre a part ceux qui étoient les mieux nourris , pour les faerifier d fes Idoles , êc faire un célébré feflin des milerables relies de ce fa- crifice. Un de ceux qui furent refervez pour une autre occa- fion, dcaufede leur maigreur, fut ce Jerome d’Aguilar. Il fut lié rudement , êc neanmoins bien nourri , par un motif qui n’c- DU MEXIQJJE. 59 toit pas moins barbare , puifqu’ils ne l'engraiffoient que pour fervir de mets à un autre repas 5 brutalité furprenante , que la nature abhorre , 6c que l’on ne fçauroit rapporter qu’avec au- tant d’horreur. Cependant Aguilar fe tira le mieux qu’il pût d’une cage de bois, où ils l'apâtoient , non pas tant pour fau- ver fa vie , que pour chercher un autre genre de mort. Il mar- cha durant quelques jours , s’écartant des habitations , 6c fans autre aliment que des herbes 6c des racines. Enfin il tomba entre les mains de quelques Indiens , qui le prefenterent à un autre Cacique , ennemi 'du premier. Il le trouva moins inhu- main • foit qu’il voulut affeder de paroître plus honnête que fon ennemi , ou qu’il eût en effet de l’averfion pour fes coû- tumes barbares. Aguilar fervit ce dernier Cacique 1 elpace de plufieurs années. Les premières furent fort rudes , car on l’o- bligeoit à des travaux au-deffus de fes forces. On le traita mieux dans la fuite , fon maître étant apparamment gagné par le foin qu’il prenoit de îuy obeïr , 6c plus tncore par fà mo- deftie , que le Cacique éprouva en de certaines occafions qui firent éclater fa chafteté , mais dont le récit choqueroit la bien- feance ; car il n’y a point d’efprit fi barbare , qui ne laiffe pa- roître quelque inclination pour la vertu. Ain fi ce Cacique luy donna de l’emploi auprès defaperfonne $ 6c Aguilar acquit en peu de jours fon eftime 6c; fa confiance. Le Cacique en mourant le recommanda à fon fils, qui Iuy conferva fon emploi $ 6c même Aguilar trouva des occafions plus favorables d’augmenter fon crédit 6c fa faveur. Quelques Caciques voifins déclarèrent la guerre à celuy-ci , qui rempor- ta fur eux plufieurs vi&oires, dues à la valeur 6c à la conduite de l’Efpagnol. II devint donc le favori de fon maître, 6c fe vid fi refpe&é 6c frautorifé , que lorfqu’il reçut la lettre de Cor- tez , il luy fut aifé de traiter de fa liberté , qu’il demanda com- me une récompenfe de fes fervices , 6c qu’il obtint par le moïen des prefens qu’il fit comme de fon chef, quôyqu’on les eut en- voïez pour fa rançon. C’eft ce qu’il dît de fes avantures , ajoutant que de > tbu ^ : es Efpagnols qui avoient été pris avec luy , il ne reltoit qu un Ma- telot appellé Gonzale Guerrero , natif de Palos de Mo gu en Qu’il luy avoit communiqué la lettre de Hernan Cortez , 6c fait tous fes efforts pour l’amener avec foi , mais inutilement * - H ij éo HISTOIRE DE EA CONQUESTE parce que ce malheureux etot mane à une Indienne fort riche, dont il avoir trois ou quatre cnfans : Qu’au moins c’étoit (ous ce pretexte d’amour & de tcndreffe, qu 'il avoit voulu cacher fon aveuglement , qui ne luy permettoit pas de quitter un état: qui luy paroi ffoit fi heureux 5 bien qu’en effet il fût très- déplo- rable, puifqu’il en preferoit les obligations à fon honneur, 6c à fa Religion Je n’ai point trouvé en toutes les Relations des conquêtes de nôtre nation en PAmerique, qu’aucun autre Es- pagnol ait commis un crime femblable ^ 6c celuy-ci n’étoitpas digne que fon nom pafsât à la pofterité : mais je n’aurois pû l’effacer dans les écrits des autres - T 6e je ne dois point ou- blier ces exemples , qui nous inilruifent de la foibleffe de 3a nature humaine , puifqu’ils fervent à faire connoître juf- qu’à quel point de mifere elle peut aller, lorfque Dieu l’a- bandonne. CHAPITRE XVII- Cortex fuit fa route , (df vient a la rhiere de Grijalvd^ ou les Indiens sopofent a fa defcenfe . // combat- contre eux , fait débarquer fes gens. L Es Efpagnols partirent pour la fécondé fois de cette Ifle^ le quatnêmejourdeMars de l’année mil cinq cens dix-neu* 6c làns quil leur arrivât rien de confiderable , ils* doublèrent la pointe de Cotoché, qui , ainfï qu’on l’a dit , eil la partie la plus Orientale de la Province d’Iucatan, Ils fuivirent la côte jufqu’à la rade de.Champoton, ou le General mit en délibé- ration , fi l’on mettroit pied à terre. Il le fouhaitoit, afin de châtier ces Indiens de la refiflance qu’ils avoient faite à Jean de Grijalva, 6c avant luy à François Fernandez de Cordouë. Les Soldats qui s’étoient trouvez en l’une 6c en l’autre oeca- iîon, pouffez d’un efprit de vengeance , appuïoient fon fenti- ment avec chaleur :-mais le Pilote major 6c tous les autres de fa profeffion, s’oppoferent à cette refolution , par un raifonne- ment qui ne fouéroit point de répliqué. C’eft que le vent qui étoit très- bon pour continuer le voïage , étoit entièrement DU M E X I QJJ E. 61 contraire pour aller à terre. Ainfi la flotte paffa outre, 8c alla moiiiller à la riviere de Grijalva. On n’eût pas befoin de déli- bérer en ce lieu là : le bon accueil que ces peuples avoient fait aux Espagnols , 8c for qu’ils en avoient tiré, étaient des char- mes violens pour attirer tous les Soldats à terre. Gortez eut de la complaifance pour l'ardeur de fes gens 5 trouvant d’ail- leurs qu’il étoit à propos de le conferver l’amitié de ces peu- ples. Cependant il n’avait pas deflëin de Faire un long fejour en ce pais. là : 8c toutes fes vues n’alloient qu’à entrer au plu- tôt fur les terres qui dépendoient de l’Empire de Motezuma, dont Grijalva avait eu la première connoiflance en ce lieu *, car la maxime du General étoit , qu’en ces expéditions il faloit aller droit à là tête , plutôt qu’aux autres mem- bres, afin d’entamer le plus difficile avec les forces entières. Comme il connoifToit cette riviere , par le rapport qu’on luy en avoir fait, il n'eût pas de peine à faire ion ordre pour Fentrée. Il lai fia les plus grands navires à l’ancre, 8c fit em- barquer tous les Soldats bien armez fur ceux que la riviere pouvoit porter , 8c fur les chaloupes. Ils commençoient à for- cer le courant de l’eau , dans le même ordre que Grijalva a voit tenu autrefois, lorfqu’ils apperçûrent un nombre infini d’in- diens qui occupoient avec leurs canots les deux bords de la riviere, fous la défenfe de plufieurs autres Indiens qui étoient à terre, en differentes troupes. Cortez s’approchait toujours en un ordre forr ferré , aïant défendu de tirer un feul coup, ni de marquer par aucun autre mouvement, qu’on les voulût attaquer. Il imitoit encore en cette conduite Jean de Grijalva, ne cherchant qu’à bien reüffir, fans s’arrêter à la faufle gloire de paffer pour original , 8c fçachant ce$ue haz ardent ceux qui prétendent fe fraïer de nouveaux chemins, 8c qui ne vifent qu’à fè diftinguer de leurs predecefieurs. Les Indiens pouf- foient des cris horribl.es, à deflein d’épouvanter nos gens : 8c. lorfqu’on en pût entendre quelques paroles , Jerome d'Agui- Jar fit connoître qu’il entendoit la langue de cette nation, qui: étoit la même, à peu prés , que celle d’Iucatan - 8c Cortez rendit grâces à Dieu, de ce qu’il luy avoit donné un fi habile Truchement par des voies fl extraordinaires. Aguilar dit ■ qu’entre ces cris, il entendoit plufleurs menaces ^ 8c £jue fans* doute ces Indiens n’éroient pas pacifiques. Sur quoy Cortez/. H iij, 6i HISTOIRE DE LA CONQÜESTE faifant arrêter le refte de fa flotte, fît avancer feulement un efquif qui portoit Aguilar, pour demander la paix, & les re- mettre à la raifon. Il n’alla pa's bien loin 5 ôc revint dire au General , que les Indiens étoient en grand nombre : qu’ils é- toient réfolus de défendre l’entrée de la riviere 5 & fl obfti- nez, qu’ils avoient refufé fort infolémment de l’écouter. Cor- tez n’avoit pas deflein de commencer fes conquêtes par ce pais, là , 6c il ne vouloit point fe faire des embarras qui puffent retarder fon voïage 5 mais voïant qu’il étoit engagé , il crut qu’il luy feroit honteux de reculer , & qu’il feroit d’une dangereufe confequence de laiflér impunie l’infoience de ces Barbares. On approchoit de la nuit , dont l’obfcurité paroît encore plus afFreufe aux Soldats en un pais inconnu. C’eft pourquoy Cortez fe tint dans fon pofte , afin d’attendre le jour don- nant ce tems qui retardoit fon entreprife à ce qui pou- voit en aiïïïrer le fuccez , il fit venir toute l’artillerie de fes gros vaifleaux , & commanda que les Soldats priflent leurs cf- eau piles, ou cafaques piquées, qui refiftoiçntaux coups de flé- chés. Il donna plufieurs autres ordres qu’il jugea neceflàires, fans augmenter ni diminuer l’idée du péril. C’eft; ainfi que Cortez mit tous fes foins à faire reüflir cette première ac- tion, de fes troupes 5 fçaehant combien il importe de bien débuter, principalement à la guerre, où les premiers fuccez, lorfqu’ils font heureux , donnent de la réputation aux ar- mées , êe augmentent la valeur des Soldats : la première occafion aïant l’avantage d’être comme un préjugé de celles qui la fuivent, aufquelies il fcmble qu’elle communique quel- ques heureufes influences, par une vertu fecrette. Audi -tôt que le jour parut, les vaifleaux fe rangèrent fur une ligne courbe en forme de demi-lune , dont la figure alloit en diminuant jufqu’aux chaloupes, qui étoient aux deux poin- tes. La largeur de la riviere en cet endroit , laifloit aflez d’ef- pace pour s’avancer en cet ordre * ce qu’on fit avec une len- teur qui fembloit convier les Indiens à faire la paix. Cepen- dant on découvrit bien-tôt leurs canots en la même difpofi- tion* qu’ils étoient le jour précèdent , êc d’où ils faifoient les mêmes'menaces. Le General ordonna que perfonne ne bou- geât , jufqu^à ce qu’ils vinflent à la charge j difant aux Soldats, DU M E X I Q_U E. 63 Qu en cette occafion il faloit emploi' er le bouclier Avant que de fe fervir de l'épée 5 parce que la juftice fer oit du coté de ceux qui fe \ tiendroient fimplement fur la défenfve : Et afin d’obtenir encore quelque choie par la raiion, il lit avancer Aguilar une fécon- dé fois , pour offrir la paix aux Indiens , 6c les afsûrer que cet- te flotte étoit de leurs amis , qui ne demandoient à traiter aveq eux, que pour leur avantage, fous la foi de l’alliance qu’ils a- voient contractée avec jean de Grijalva: Qu’en les repouflant ils fauffoient leurs fermens, 6c donnoient aux Efpagnois une occaflon de s’ouvrir le chemin par les armes : Qu’ainfi le mal qu’ils en recevroient leur ferait imputé. La réponfe qu’ils firent à cette ambaflade fut le lignai de l’attaque. Ils s’avancèrent à la faveur du courant , jufqu’à la portée des fléchés, dont ils tirèrent tout à coup une fi grande quantité, des canots 6c des bords du fleuve, que les Efpagnois furent afl'ez embaraflez à fe couvrir : mais aïant attendu, fuivant leurs ordres , la première décharge , ils chargèrent à leur tour , avec tant de promtitude 6c de vigueur , que les canots leur laiflerent bien-tôt le paflage libre , la plus gran- de partie des Indiens épouvantez de la mort de leurs com- pagnons , s’étant jettée dans l’eau. Nos vaifleaux s’avancèrent ainfi fans obftacle jufqu’aux bords de la riviere, à main gau- che , où les Soldats defcendirent 3 mais fur un terrein maré- cageux, 6c couvert de huilions : en forte qu’ils fe virent obli- gez à rendre un fécond combat 5 car les. Indiens qui s’é- toient jettez dans les bois , 6c ceux qui étoient échapez du combat naval , fe reünirent , 6c revinrent furieufement à la charge. Les. fléchés , les dards , ôc les pierres qu’ils lan- çoient de tous cotez, augmentoient l’embarras, qui n’étoit déjà que trop grand en un terrein fi incommode. Cependant Cortez formoit un bataillon, fanscefler de combatte: car les premiers rangs faifant tête aux ennemis , couvroient ceux qui defcendoient des vaifleaux , 6c leur donnoient la liberté de fe ranger pour les foûtenir. Le bataillon étant formé à la vue des ennemis , dont le nombre croifloit à tous momens, le General détacha le Ca- pitaine Alfonfe d’Avila avec cent Soldats , pour aller à tra- vers le bois attaquer la Ville de Tabafco , capitale de la Pro- vince qui avait le même nom 6c qu’on fçavoit n’être pas ,' 64 . HISTOIRE DE LA CONQÜESTE éloignée , par ce qui avoir éré reconnu aux voïages prece- dens. Apres quoy Cortez ma>cha fort ferré contre cerre mu U tirude effroïable d’indiens , qu'il pouffa avec autant de har- dieflé que de peine.*. les Soldats combatant dans l’eau juf- qu’aux genoux. On rapporte. du General , qu’expofant fa perfonne comme le moindre Soldat , il laiffa un de fes fou- liers dans la fange, & combatit long tems en cet étar , fans s’appercevoir qu’il luy manquoit un fou lier ni en reffen- tir l’incommodité , par un généreux tranfport qui luy ôtoit l’attention pour fa perfenne, afin de. l’appliquer toute entière à fon devoir. Après que les Efpagnols eurent paffe le marais , les Indiens commencèrent à mollir, 6c difparurent un moment après, entre ces buiffbns. Leur fuite venoit en partie, de oe qu’ils avoient perdu l'avantage du-terrein, 6c en partie auffi de la crainte de perdre leur Ville, aïant découvert la marche du Capitaine d’Avila , ainfi qu’on le reconnut depuis , par le grand nombre . de ceux qui accoururent pour la défendre. Elkétoit fortifiée d’une efpece de muraille, dont ils fe fer- voient prefque dans toutes les Indes. Ce mur étoit compofc de gros .troncs d’arbres enfoncez en terre en façon de pa~ liflâdes , 6c joints de telle maniéré , qu’il y avoit des ouver- tures pour tirer leurs fléchés. L’enceinte étoit de figure ron- de , fans redans , ni aucune autre défenfe 5 6c l’extrémité des deux lignes qui formoient le cercle, étoit pratiquée en forte, que l’une de ces lignes avaiiçoit fur l’autre. Elles laiffoient pour l’entrée un chemin étroit à plufieurs retours , où ils éle- voient deux ou trois guentes , ou petits châteaux de bois , qui fervoient à loger leurs lentinelles 5 cette fortification fuffifant .contre l’effort des armes de ce nouveau Monde , où par une iheureufe ignorance on ne connoiffoit point encore ce qu’on appelle art de la guerre, ni ces machines 6c ces remparts dont: . la malice ou la neceflité ont enfeigné l’ufage aux hooi- CHAP. DU MEXIQUE. h CH AP I TR E XVIII. Les Ejftagnols forcent la Ville de Tabafo. Ils vont au nombre de deux cens reconnaître le Pats , & font pouf fè^ par les Indiens , qu ils foûtiennent avec beaucoup de valeur , & font leur retraite fans perte . C Ortez arriva à la Ville plutôt qu’AIfonfe d*Avi!a, parce que ce Capitaine avoir été retardé par d’autres marais, de des lacs qu’il avoit trouvez en Ton chemin. Le General fit rejoindre fa troupe au bataillon * de fans donner aux ennemis Je tems de Te recbnnoître , ni aux fiens celuy d’examiner le péril , il pouffa tête baiffée droit à la paliffade. Il fit feule- ment diftribuer quelques haches , ou autres inltrumens pro- pres à couper les pieux , de dît en peu de mots : Mes amis , U Ville que vous votez, doit être cette nuit%otre logement . Ceux que vous venez, de vaincre a la campagne s’y font retirez, : & cette mé- chante muraille qui les couvre , leur ote un peu de crainte l mais elle ne les défend de rien \ Suivons notre victoire , avant que ces Bar- bares oublient leur coutume dur fuir devant nous , ou que notre re- tardement leur laijfe prendre quelque afsurance. Tous les Soldats marchèrent en même-tems avec une éga- le refolution 3 de écartant la grêle des fléchés avec leurs bou- cliers, de leurs épées mêmes, ils parvinrent bien tôt au pied de la paliffade. Les ouvertures leur fervirent d’em b rafur.es ou de canonieres pour tirer ^ en forte qu’aïant éloigné les Indiens à coups d’arquebufe de d’arbalête, ceux qui ne tiroient point eurent moïen de mettre à bas une grande partie de cette fau- vage fortification. Ils entrèrent fans refiflance , parce que les Indiens s’étoient retirez au fond de la Ville 1 mais on recon- nut qu’ils avoient coupé les rues par d’autres paîiflades de même matière. En ces lieux ils firent tête pour quelques mo- mens , mais fans beaucoup d’effet, parce qu’ils écoient embar- raffez par leur grand nombre 5 de ceux qui fe retiroient en fuïant d’un retranchement à l’autre, mettoienten defordre les autres qui vouloient combatre. 66 HISTOIRE DE LA CONQUESTE Il y avoit au centre de la ville une grande place , où les In- diens' firent encore un furieux effort : mais nos gens Calant foû- tenu fort vaillamment, les ennemis lâchèrent le pied, 6c s’en- fuirent dans les bois en defordré, 6c par groffes troupes. Cor- tez ne voulut pas qu’on les fuivxc, afin de donner aux Soldats le tems de fe repofer , 6c aux Indiens celuy de fongeràla paix, dont la fraïeur pourroit leur infpirer le defîr. Tabafco demeura ainfî aux Efpagnols. Cette Ville étoic grande 6c fort peuplée , avec toutes les marques d’une Ville de guerre : car ils en avoient fait fortir leurs familles 6c leurs meu. blés , 6c y avoient fait provifion d’une grande quantité de vi- vres. Ainfî l’avidité des Soldats trouva peu dequoy fe fatisfâi- re, mais il y en avoit de refte pour la neceffité. Il y en eût quatorze ou quinze de bleffez , 6c entre les autres nôtre Hif- torien Bernard Diaz. Je l’ai fuivi en cela mêfrie qu’il rapporte de les exploits •' car on ne peut luy refufer la gloire d’avoir été un brave Soldat : # 6c le flile de fon Hiftoire fait voir, qu’il s’ex- pliquoit mieux avec l’épée, qu’avec la plume. Il mourut un nombre confiderable dTndkns: mais on ne put fçavoir au vrai ce qu’il y eut deblelïez, parce qu’ils avoient beaucoup de foin de les retirer j leur plus grand point d’honneur à la guerre, é- tant de ne point donner à leur ennemi des fujets de joie , en voïant la perte qu’il leur avoit caufée. L’armée paffa la nuit en trois Temples qui étoient fur la même place où l’on avoir donné le dernier combat. Cortez fit luy. même la ronde , 6c pofa les fentinelles avec autant de foin 6c d’éxaditude , que s’il avoit eu ençete un corps d armée puiffanr, 6c compofé de vieilles troupes j fçachant qu’on ne peut avoir trop le précaution à la guerre, où les plus grandes pertes naif- fent d’un excez de fecurité,ia défiance n étant pas moins ne- ceffaire à un Capitaine , que la valeur» i Le retour de la lumière fit voir par toute la campagne, au- tant que la vuë pouvoir s’étendre, un profond filenee, 6c nul- les marques de l’ennemi. On envola reconnoître les bois voi- fins du quartier , où l’on trouva la même folitude. Cepen- dant Cortez ne voulut point fortir de fes retranchemens : cette grande tranquillité luy donnoic des foupçons, qui s augmen- tèrent quand il eut appris que Melchior fon Truchement , qui étoit venu de Cuba , s’étoit enfui cette meme nuit, apres avoir DU M E X I Q^ü E. 6y laifle Tes habits de Chrétien pendus à un arbre. Les avis que ce deferteur alloit donner aux Indiens, pouvoient avoir de tres-fâcheufes fuites : en effet, on vérifia depuis, que c’é- toît luy qui les avoit pouffez à continuer la guerre , en les inff. truifant du petit nombre de nos gens, qui, difoit-il , n’etoient point immortels comme les Indiens fe l’imaginoient * ni leurs armes , qui leur faifoient tant de peur , n’étoient point des fou- dres. C’étoit neanmoins cette apprehenfion qui leur faifoit fouhaiter la paix. Mais ce perfide ne fût pas long-tems à jouir de fon crime : les mêmes Barbares qu’il avoit obligez à pren- dre les armes fe volant encore batus , fe vengerent de fon con- feil , en le facrifiant à leurs Idoles. Cortez ne pouvant rien apprendre de certain par des conjec- tures , fe refolut d’envoïer deux partis , chacun de cent hom- mes , commandez par Pierre d’Aivarado, & par François de Lugo. Ils avoient ordre de fuivre deux chemins que fon dé- couvroic du quartier • de reconnoître le païs j êc s’ils ren- contrôlent les ennemis, de fe retirer fans s’engager à un com- bat au-deffus de leurs forces. Ils partirent aulîî-tot : Sc apres une heure de marche, de Lugo donna dans une embufcade d’un grand nombre d’indiens , qui l’en velopperent de tous co- tez, êc f attaquèrent fi brutalement , que tout ce qu’il pût fai- re, fut de mettre fa petite troupe en un bataillon quarré, fai- fant tête par tout. Ainfi tous combatoient à la fois : tout é- toit avant-garde. Cependant le nombre des ennemis croiffànt à tous momens , redoubloit la fatigue êc le danger , lorfque Dieu permit qu’Alvarado, qui s’étoit jette dans un chemin qui l’écartoit toûjours de fon compagnon , rencontrât un ma- rais , qui l’obligeant à un détour, il revint en un lieu où le bruit des coups d’arquebufe l’avertit du combat. Al varado courut droit à ce bruit, êc découvrit les troupes des ennemis, dans le tems que les nôtres étoient dans la derniere laiïitude. II s’ap- procha autant qu’il put à couvert d’un taillis, êc dépêcha un Indien de Cuba, pour donner avis an General de cette ren- contre j après quoy il fondit fur la troupe qui étoit la plus pro- che, avec fon bataillon fort ferré. Cette attaque fut fi déter- minée , que les Indiens luy quittèrent la place , en fuïant de tous cotez , fans donner aux Efpagnols le tems de les join- dre. 63 HISTOIRE DE LA CONQUESTE Ce fecours aïant fait reprendre haleine aux Soldats de Lu- go , les deux Capitaines unirent leurs croupes, 6c doublèrent les rangs , pour charger un bataillon d’ennemis qui leur ern- pêchoit le retour au camp, afin d’éxecuter l’ordre qu’ils avoient de fe retirer. lis trouvèrent un peu de refiftance ^ neanmoins ils s’ouvri- rent un pa{Tage l’épée à la main , étant toujours attaquez , 6c quelquefois envelopez par les Indiens. Pendant que les uns combatoient, les autres reprenoient haleine : êc du moment qu’ils avançoient pour gagner du terrein, ils étoient char- gez par le gros des ennemis , qu’ils ne pouvoient joindre quand ils tournoient la tête contre-eux, parce que les Indiens fe re- tiroient avec la même vitefle qu’ils faifoient leurs attaques : 6c les mouvemens que’ cette foule de Barbares faifôit d’un côté 6c d’autre, paroifloient comme les flots d’une mer agitée par les vents. Les Efpagnols avoient fait ainfi trois quarts de lieue dans un continuel éxercice du corps 6c del’efprit, lorfquel’on décou- vrit le General qui venoit à leur fecours avec toute l’armée, fur l’avis qu’il avoit reçu d’AIvarado. A cette vue les Indiens firent alte, 6c donnèrent aux deux Compagnies le loifir de-ref.- pirer un peu. Ils demeurèrent quelque tems en vûë, faifant connoître par leurs menaces, qu’ils ne craignoient pas 5 nean- moins ils fe feparerenten plufieurs troupes, 6c abandonnèrent aux nôtres le champ de bataille. Cortez fe retira au camp , fans s’engager davantage , à caufe qu’il faloic neceiïaire- ment penfer les bleflez , qui fe trouvèrent au nombre d’on- ze dans les deux compagnies. Il en mourut deux • 6c c’é- toit beaucoup en une occafion de cette nature : 6c l’on con- fidera comme une grande perte ce que cette journée avois. coûté. DU M E X I QJÇJ E. 69 CHAPITRE XIX. Les Efftagnols comhatent contre une puijfante armée JE Ir& diens de Tdbafco & de leurs alliez On décrit leur maniéré de combatre 9 & la victoire de Cortex.* O N fit en cette rencontre quelques prifonniers, que Cor- cez mit entre les mains de Jerome d’Àguilar , pour les éxaminer feparément , 6c fçavoir fur quoy ces Indiens fondoient leur obftination, 5c desquelles forces ils pretendoient la foû- tenir. Quoyque le rapport de ces prifonniers ne s'accordât pas en quelques cireonftances j neanmoins ils convenoient, que tous les Caciques de cette contrée étoient afîembléz pour fecourir celuy de Tabafco : Que le jour fuivant ils dévoient ve- nir avec une armée tres-forre , afin d’exterminer tout d’un coup les Efpagnols :^5c que les troupes qui a voient atta- qué les deux compagnies , n’étoient qu'un petit détachement de cette efFroïable armée. Ces avis inquieterent un peu le General : cependant.il jugea qu’il devoir les communiquer aux Officiers, 6c agir par leur confeil , puifqu’iis a voient part à l’é- xecution. Il leur expofa le péril ou ils étoient , le peu de monde quils av oient , & les grands préparatifs que les Indiens avoïent faits pour les accabler q fans leur cacher aucune circonflance du rapport des prifonniers. Il leur fit conftderer d’autre part , U gloire de leurs premiers exploits , en oppofant a leur vigueur & d leur courage , la foiblejfe & la lâcheté des Indiens , & la facilité quils avoient trouvée à les batre , tant dans la Ville de Tabafco , qu du débarquement . Sur tout il appuïa ces confidèfations j de la honte & du péril qui fuivr oient la re film ion de tourner le dos pour les menaces de ces Barbares , dont le bruit fe ré pan droit bien- tôt , a la confufion des Efpagnols , par tous ces Païs dont ils entre - prenoient la conquête, pue cette perte de leur réputation les met- toit , d fin avis , hors d'efperance de reiiffir en cette entre prife .* qu ainft il filoit E abandonner , ou fie refudre d ne quitter point* ce T aï s , quils ne Eeujfent ou pacifié , ou fournis . Cependant , qu il ne propofi t cette refolution que comme, fin avis particulier , 7 o HISTOIRE DE LA CONQUESTE naUrit dejfti» de faire que ce qu'ils jugeroient le fins avanta- geux. Ils étoient tous bien informez que cette déference de leur General n’étoit point une mauvaife affe&ation 5 car il prenoic plaifir à recevoir confeil, êc à rendre à la vérité la foûmiflion qui luy eft due , lors même qu’un autre la découvre. C’eft le cara&ere d’une ame grande 6c noble > car il faut moins d’éle- vation d’efprit pour produire la raifon , que pour la reconnoî- tre dans les autres. Ainfi tout le monde dît fon avis avec li- berté • 6c ils convinrent qu’on ne de voit pas abandonner ce Païs , avant que d’avoir fournis 6c châtié les Indiens. Apres cette’ refolution, Cortez prit toutes les mefures propres à faire reüffir fon entreprife : il fit porter les bleflez dans les vaifleaux, d’où on tira les chevaux 6c l'artillerie. Enfin , il ordonna que tout le monde fe tînt prêt a marcher le lendemain à la pointe du jour , qui étoit celuy de l’Annonciation 5 jour dont la mé- moire dure encore en ce Païs, à caufe dufuccez delà bataille qui s’y donna. Auffi*tôt que le jour parut , les Efpfgnols aflifterent dévo- tement à la Melle : apres quoy le General donnant le com- mandement de l’Infanterie à Diego d’Ordaz, monta à cheval avec tous les autres Capitaines , 6c commença fa marche en fuivant l’artillerie, qui n’avançoit pas beaucoup, à caufe que le terrein étoit mol 6c gras. Us arrivèrent en cet ordre à ■l’endroit, où, félon le rapport des prifonniers, les ennemis dé- voient s’affembler. Cependant ils n’y trouvèrent perfonne dont ils puffent tirer quelque connoiflance, jufqu’à ce qu’étanupro- che d’un lieu appelle Cinthla , environ à une lieue de leur camp, ils découvrirent de loin une armée d’indiens fi nombreufè 6c fi étendue , que de quelque côté qu’on jettât la vue , on ne voïoit que des ennemis. Il eft à propos de décrire en quel ordre ils marchoient, 6c -quelle eft leur maniéré de combatre, afin de donner une idée generale des autres .actions qui fe paflerent en cette conquête, puifque toutes les nations de la Nouvelle Efpagne ont la même maniéré de faire la guerre. Leurs armes les plus ordinaires font pàrc 6c la fléché. La corde de leurs arcs eft faite de nerfs de quelques animaux, ou de poil de cerf filé. Les fléchés, faute de fer, font armées d’os pointus, ou d’arêtes de poiflbn. Ils D U M E X I Q^U E. . 71 avoient outre cela , une efpece de dard qu’ils lançoient dans ' i’occafion 5 6c quelquefois auflî ils s’en lervoient comme dune demi- pique. Quelques-uns avoient encore des épées ou des fabres fort larges , dont ils efcrimoient à deux mains , à peu prés comme nos efpadons : mais ces épées font de bois 5 êcils enchaffent 6c collent des pierres à fuzil aux deux cotez , pour en faire le trenchant. Les plus robuftes avoient encore des m aflucs fort pefantes , armées au bout de pointes de cailloux. Enfin il y avoit des Indiens qui tiraient des pierres avec la fron- de, avec autant de force que d’adreffê. Leurs armes défenfi- ves, qui n’étoient enufage que pour les Caciques 6c les Capi- taines , étoient des jupons de coton mal taillez , êc des bou- cliers ou rondacbes de bois , ou d’écailles de tortue , garnies du premier métail qu’ils pou voient trouver : l’or même étoit em- ploie en quelques-unes , par tout où nous mettons du fer. Les autres Indiens combatoient tous nuds , aïant le vifage 6c le corps peints de diverfes couleurs , dont ils fe.fervoienx par galante- rie, ou afin de paraître plus affreux à leurs ennemis ^ croïant que cette laideur les rendoit plus redoutables ». Et c’eit fur cet- te coutume de certains peuples femblables aux Indiens , que Tacite a dit , que dans les combats on doit commencer à vain - cre les yeux. La plus grande partie de ces Indiens avoir autour de la tête , une efpece de couronne de diverfes plumes élevées â croïant que cet ornement les faifoit paraître plus grands , 6c donnoit plus de relief à leurs troupes; Ils ne manquoient pas d’mftrumens propres à les rallier ,„ 6c à les animer dans les occafions. Ces inftrumens étoient des flûtes faites de ro- feaux, des coquilles de mer, 6c une efpece de tambours faits d’un tronc d’arbre creufé, 6c ratifie jufqu a ce qu’ils pu ffent en tirer quelque fon avec la baguette j ce, qui formait une mtifîque proportionnée au déreglement de leur efprity & de- leurs oreilles. Ils formoient leurs bataillons d’une troupe de Soldats en confufion , ôc fans garder aucun ordre de rangs , ni de files : 6c ils laiffoient quelques troupes de referve, afin de foûtenir ceux qui étoient rompus. Leur première attaque fe* faifoit avec beaucoup de férocité. Ce qui paroifloit le plus terrible, étoit le bruit de leurs cris 6c de leurs menaces , dont ils étonnoient leurs ennemis. Quelques Auteurs ont attribué cette maniéré; y 7 2 -HISTOIRE DE LA CONQUESTE à la brutalité des Indiens , fans prendre garde quelle étoit an- ciennement en ufage parmi plusieurs tîations, 8c que les Ro- mains même ne l’ont pas méprifée : car Cefar,dans fesCommen- taires, appouve les cris de les Soldats, 8c blâme le filence de ceux de Pompée. Et Caton le Cenfeur difoit, qu’il avoit rem. porté plus de vidoires par les cris, que par les coups - l’un 8c l’autre croïant que ces cris procedoient d’un cœur ferme 8c alluré. Je ne prétens pas neanmoins juflifier cette coutume: je dis feulement, qu’elle n’étoit pas fi barbare, qu'elle n’eût quelques exemples. Leurs armées étoient compofées des na- turels du Pais , affiliez des troupes auxiliaires qui venoient des Provinces voifines , au fecours de leurs confederez , conduites par leurs Caciques , ou par quelque Indien le plus autorifé. Elles étoient partagées en diverses compagnies ^ mais leurs Ca- pitaines ne fervoient que de guides, fans donner aucuns ordres, que ces Barbares neprenoient que de leurs pallions. Ainfic’é- toit la fureur qui leur commandoit aux occafions, & fouvent auffi la crainte : 8c dans leurs batailles , ainfi qu’il arrive tou- jours lorfqu’un grand corps de troupe combat fans ordre, ils fuïoient tous enfemble, avec autant de lâcheté qu’ils avoient témoigné de furie en attaquant. Telle étoit la milice des Indiens j 8c ceTuten cet ordre 8c cet appareil, que les Efpagnols virent approcher peu à peu cette nombreufe armée, qui paroiflbit inonder toute la campagne. Cortez connut bien le péril où il étoit engagé ; cependant il ne perdit point l’efperance de s’en tirer avec honneur. II ani- ma fes Soldats d’un air gai, 8c prit fon polie à l’abri d’une pe- tite éminence qui l’empëchoit d’être envelopé par derrière, 8c d’où l’artillerie découvroit à plaifir les ennemis. Pour luy, il monta à cheval , fuivi de quinze autres , 8c fe jetta allez avant dans un taillis, à deffiein de charger les Indiens en flanc , quand il en feroit tems. Les ennemis étant à la portée des fléchés, firent leur première décharge ^ après quoy ils fondirent lur le' bataillon des Efpagnols avec tant de furie , 8c en fi grand nom- bre, que les arquebufes 8c les arbalètes ne pouvant lesaaêter, on en vint aux coups de main. Cependant l’artillerie faifoit un horrible fracas dans leurs bataillons. Comme ils étoient fort ferrez , elle en abatoit des pelotons entiers à chaque coup: mais ils étoient fi obllinez , que du moment que la baie avoir DU MEXI QJJ E. ?3 fait fon effet, ils fe rejoignoient, pour cacher, à leur maniéré, le dommage qu’elle avoit caufé; criant avec un bruit horrible, 6c jettant en l’air des poignées de terre , afin que les ennemis n’apperçuflent point ceux qui tomboient, êc qu’on n’entendit point leurs plaintes. Ordaz couroit de tous côtez , s’acquittant fort bien des de- voirs d’un fage Capitaine , fans oublier ceux d’un brave Sol- dat: mais le nombre des ennemis étoit fi effroïable, que les Efpagnols n’avoient pas peu de peine à foûtenir leurs efforts» Déjà il paroiffoit que la partie n’étoit pas égale , lorfque Cor- tez fortit hors du bois, & donna à toute bride dans les batail- lons les plus épais. Il n’avoit pu venir plutôt au fecours des fiens, à caufe de quelques foffez qu’il avoit rencontrez. L’ef- fort des chevaux 6c des Cavaliers ouvrit bien- tôt le parta- ge. Les Indiens fe voïant renverfez , 6c bleffez dangereufe- ment, ne fongerent plus qu’à fuir, jettant les armes, qu’ils ne confideroient plus que comme un embarras qui les rendoit moins légers. Ordaz reconnut l’arrivée du fecours , en voïant mollir la fu - rie de l’avant-garde qui l’avoit attaqué, 6c qui commençoit à reculer à caufe du defordre des dernieres troupes. Il s’avança avec fon bataillon , 6c chargea ceux qui le preffoient, avec tant de vigueur, qu’il les pouffa en combatant toujours, jufqu’au lieu d’où Cortez 6c les autres Capitaines avoient déjà chaffé les ennemis. Ils fe joignirent enfemble pour faire un dernier effort: 6c il fut neceffaire de doubler le pas 3 car les Indiens fe retiroient fort vite , faifànt neanmoins toujours tête , 6c lan- çant leurs dards. Cette forme de combat dura quelque- tems 5 6c ils continuèrent à faire la retraite en ordre , jufqu'à ce qu’étant pouffez en un lieu plus étroit, 6c chargez brufque- ment , ils fe mirent en defordre , 6c prirent ouvertement la fuite. Cortez commanda qu’on fift alte, fe contentant de fa vic- toire , fans répandre encore le fang de ces miferables. Il or- donna feulement qu’on fift quelques prifonniers, aïant deflèin de s’en fervir à faire un traité de paix 3 car il n’avoit point d’autre but en cette expédition, qu’il ne regardoitque comme unmoïen pour parvenir au capital de fon entreprife. Il demeu- ra plus de Jiuit cens Indiens morts fur la place, 6c le nom- 74 HISTOIRE DE LA CONQUESTE bre de leurs bleflez fut beaucoup plus grand. Les nôtres ne perdirent que deux Soldats j mais il y en eut foixante 6c dix de bleflez. Les Auteurs qui ont parlé de cette bataille, rapportent que l’armée des ennemis écoit de quarante mille hommes : & ces gens , quoyque Barbares , 6c nuds, luivant les reflexions de quelques Auteurs étrangers , avoient neanmoins des mains Sc des armes ; Sc quand ils n’auroient pas eu cette valeur pure qui eft propre aux hommes civililez , ils ne manquoient pas de fé- rocité , qui eft le partage des bêtes. Ainfi , quoyque l’envie en ait publié , cette aéfion de Ta- bafco eft vraiment digne de la mémoire qui s’en eft confervée,. en bâtiffant une Eglife fous le nom de Notre-Dame delà Vie. tpire j ce qui marque encore le jour auquel on avoir combatut Sc ce même nom fut donné pour le même fujet a la première Ville que les Efpagnols fondèrent en cette Province. Cet heureux fuccez fe doit attribuer principalement à la vigueur des Soldats, qui fupleétent par leur fermeté Sc par leur cou- rage , à l’inégalité de leur nombre , comparé à celuy des In- diens. Il eft vrai qu’ils avoient l’avantage d’être poftez êc con. duits avec beaucoup d’ordre , contre des ennemis fans aucune difeipline militaire. Cortez ouvrit le chemin à la vieboire , en rompant avec les chevaux ce grand corps d Indiens • a&ion dans laquelle il ne témoigna pas moins de conduite que de valeur, puifqu’on ne peut nier qu’un General n’acquiert pas moins de gloire à former un grand deflein , qu à 1 executer. Il faut avouer que les chevaux même eurent part à l’adion, les Indiens aïant conçu, une fraïeur horrible de voir ces ani- maux qu'ils ne connoi fl oient pas , bc qui dans la première *ur- prile furent pris par eux pour des monftres compofez d un homme 6c d’une bête j de la même maniéré que l’antiquité fe figura des Centaures , fur quoy elle étoit beaucoup moins ex- cufable. . . , x On a écrit que l’Apôtre faint Jacques combatit ce jour* la en faveur des Efpagnols , monté fur un cheval blanc : 6c on ajoute que Cortez, pouffé par la dévotion particulière qu’il avoit, attribuoit ce fecours à un autre Apôtre, c’eft à dire à fàint Pierre. Cependant Bernard Diaz rejette ce miracle, en a Aura nt que ni luy , ni aucun autre de fes compagnons ne DU MEXIQJJE. 7f Favoient remarqué, 6c qu’il ne s’en était rien dit alors. C’eft l’excez d’un zele pieux , d’attribuer au Ciel ces évenemens qui fuccedent contre l’apparence , 6c contre ce qu’on en efpe- roit : 6c j’avouë que je n’ai pas beaucoup de penchant à don- ner dans ces excez. Je laide volontiers aux caufes naturelles ce qui peut leur appartenir dans les évenemens extraordinai- res 3 neanmoins il eft certain que ceux qui liront FHiftoi- re des Indes , y trouveront plufieurs veritez qui leur pa- roîtront des éxagerations , 6c plufieurs a&ions qui ne peu- vent attirer la creance , que fous le titre de miracle. CHAPITRE XX. On fait la paix avec le Cacique de Tabafco : Et les Eftagnols , âpres avoir célébré en cette Province la P été du Dimanche des Rameaux y fe rembarquent y & continuent leur volage. L E lendemain, Cortez fit amener en fa prefence tous les prifonniers , entre lefquels il y avoit deux ou trois Capi- taines. Ils marquoient fur leur vifage une extrême fraïeur, croïant que le vainqueur les traiteroit avec les mêmes cruau- tez que celles dont ils ufoient contre leurs captifs. Cepen- dant le General les reçut avec beaucoup de douceur : 6c a» prés les avoir raffûrez par fes difcours 6c par des carelfes , il les mit en liberté. Il leur fit même quelques prefens peu con- fiierables , en leur difant, Jpue comme ilfçavoit vaincre > il fca- voït encore pardonner. Ce témoignage d’humanité fit un fi bon effet, que peu d’heures après quelques Indiens vinrent au camp, chargez de mayz, de poules , 6c d’autres provifions, afin de faciliter par ce regale les ouvertures de la paix, qu’ils venoient propofer de la part du Cacique de Tabafco , qui é- toit fuperieur aux autres. Ceux qui portoient cette parole étoient du dernier ordre du peuple , 6c mal propres j ce qui fut remarqué par Aguilar : l’ordre de ce pais étant de ne don- ner de femblables commiiüons qu’à des Indiens du premier rang , qui venoient avec toutes leurs parures. Ainfi , encore 7 6 HISTOIRE DE LA CONQÜESTE que Cortez fouhaitât la paix, il ne voulue pas recevoir la pro- portion, qu’elle ne fut dans les formes. Il ordonna donc, qu’on renvoïât les Indiens fans qu’ils l’eu lient vu: de le Tru- chement les avertit de dire à leur Cacique , £)ue s'il foubaitoit la paix , & l’amitié du General , il faloit quil l' envoï ht demander par des hommes plus raifonnables & plus qualifiez,. Cortez fçâ- voit bien qu’on ne doit pas fe difpenfer de ces formalitez ex- térieures qui foûtiennent l’autorité, ni foufFrir que des perfon- nes qui viennent en état de fupplians, fifTent des fautes d’inad- vertance contre le refped auquel ils font obligez - parce qu’en cette forte d’affaires , les maniérés font prefque aulfi confidera- bles que le fonds. Le Cacique reconnut fa faute * & pour la reparer il envoîa le lendemain trente Indiens plus qualifiez, parez de plumes de de colliers , de de ces autres chofes à quoy toute leur magnL licence fe réduit. * Ils étoient accompagnez d’autres Indiens, qui portaient un regale fembiable au premier, mais bien plus abondant. Le General leur donna audience , environné de tous fes Capitaines, affedant un air grave de fevere- parce qu’il crut que fa douceur de fon agrément naturel n’étoient pas à pro- pos en cette adion. Ils fe prefenterent avec de grandes fou- rnirions 5 de après avoir fait la ceremonie qui leur étoit ordi- naire lorfqu’ils vouloient témoigner la derniere vénération, ils expoferent le fujet de leur ambafïade. Cette ceremonie étoit d’encenfer a vec de petits brafiers où ils faifbient brûler du copaL anime, de d’autres parfums. Leur difeours commença par des exeufes frivoles de la guerre qu’ils avoient faite , de ils le conclu- rent en demandant la paix. Le General leur reprefenta gra- vement les j u fies fujets qu’il avoit d’être offenfé de leur pro- cédé , afin que la vue de leurs fautes donnât un plus grand luftre au pardon qu’il en accordoit, avec la paix que ces Am-; baflàdeurs reçurent. Ainfi ils fe retirèrent tres-fatisfaits, de mê- me enrichis à bon marché , par des prefens de peu de valeur , de qu’ils eflimoient beaucoup. Peu de tems après, le Cacique fuivi de tous fes Capitaines de de fes alliez , vint falüer le General , failant porter un prê- tent de mantes de coton , de plumes de diverfes couleurs , de d’autres bijoux d’un or bas, de dont le travail furpafîoic de DU M E X I QJJ E 77 beaucoup la matière. Il commenta par offrir fon prefenc, comme s’il eût voulu s’en faire un mérité , afin d’être mieux reçu. Cortez le careffa fort -, 6c toute la vifite fe pafla en com. plimens , ôc en des proteftations réciproques d’une fincere ami- tié , qu’ils fe firent par le moïen de l’Interprète. Les Capitaines Efpagnols firent le même traitement aux Indiens qui accompa- gnoient le Cacique : on ne voïoit que des marques de paix , &: des démonftrations de joie êc de franchife, qui s’expliquoient par des geftes, au défaut de la langue. Le Cacique prit congé du General , après avoir marqué un jour pour une autre entre-vûë : ôc afin de fignaler fa confiance Sc fa bonne- foi ^ il commanda à fes fujets de retourner inceffam- mentàTabafco avec toutes leurs familles , pour rendre fervice aux Efpagnols. Le jour fuivant il revint au camp, fuivi des mêmes Indiens, outre vingt Indiennes fort parées à la maniéré du pais. Il dît au General, qu’il luy en failoit un prefent, afin qu’elles euffent foin durant fon voïage, d’apprêter à manger pour luy êc pour fes compagnons : Qu’elles étoient des plus habiles à aflaifon- ner délicatement tous les divers mets dont leur table étoie couverte , £c particulièrement à faire le pain de mayz , ce qui étoit un emploi deftiné de tout tems aux femmes. Elles faifoient moudre ce grain entre deux pierres fembla- bles à celles dont l’ufage du chocolat nous a donné la con- noiffance : 6c lorfqu’il étoit réduit en farine , elles en faifoient de la pâte , fans avoir befoin de levure ou de levain. Elles é- tendoient cette pâte fur des efpeces de tourtières d’argille ou terre cuite , dont elles fe fervoient pour le mettre au feu , 6c luy donner la cuiffon. C’efl ce qui tenoit lieu de pain dans toute cette partie du nouveau Monde , où le mayz croiffoit en abondance , par la providence de Dieu , qui reparoit par ce moïen le défaut du froment , dont ils n’avoient aucune con- noiffance. # Ce pain de mayz eft un aliment agréable au goût, 6c qui ne charge point î’eftomac. Il y avoit entre ces femmes une Indienne d’une condition relevée , fort bien faite , 6c d’une beauté qui pouvoit paffer pour rare. Elle fut baptifée quel- que tems après, fous le nom de Marine : 6c nous verrons dans la fuite ce qu’elle contribua à la conquête de la Nouvelle Ef- pagne* 7 8 HISTOIRE DE LA CONQUESTE Corcez tira à parc le Cacique 6c les principaux Indiens de fa fuite , 6c il leur fie un difeours , par le moïen de fon Tru- chement. Il leur apprit , Qu il étoit Sujet & Miniftre d'un Mo- narque très puijfant : Que fon dejfein étoit de leur procurer toute forte de bonheur , en leur proposant d'obéir a ce grand Prince , de reçon - noître la véritable Religion , & de renoncer aux erreurs de leur ido- lâtrie. Il appuïa ces deux proportions de toute fon éloquence naturelle , 6c de fon autorité : en forte que fi les Indiens ne fu- rent pas entièrement perfuadez , au moins fentirentdls du pen- chant à fe rendre à la raifon. Ils repondirent: Qujls s'efiime - r oient fort heureux d' obéir a un Monarque dont le pouvoir & U gran- deur fe faifoient connoitre par des Sujets d'une valeur fi extraordi- naire. Ils s’expliquèrent avec plus de retenue fur le fujet de la Religion. La défaite de leur armée par un fi petit nombre d’Efpagnols, leur étoit un motif tres-preffant, de douter fi nos gens n’étoient point affiliez par quelque Dieu fuperieur à ceux qu’ils ado- roient. Cependant ils ne pouvoient fe refoudre à le confeffer : 6c quoyqu’ils fentiflént ce doute , ils ne fe mirent pas beaucoup en peine de rechercher la vérité. Les Pilotes preffoient le départ de la flotte , difant que le retardement la mettoit en danger de fe perdre, fuivant leurs obfervations. Ainfi quoyque le General eût du chagrin de quitter cette nation , fans la voir mieux inftruite des veritez de nôtre Religion , il fe vit obligé d’avancer fon voïage. Comme on étoit proche du Dimanche des Rameaux , il marqua ce jour- labour l’embarquement, difpofant avant cela toutescho- fes, afin de celebrer cette Fête Suivant l’ufage del’Eglife : car il donnoit toujours fès premiers foins aux devoirs de la Reli- gion. On éleva donc au milieu du camp un Autel couvert de ramée en forme de Chapelle : 6c ce Temple ruftique , mais fort propre, eut le bonheur d’être la fécondé Eglife de la Nou- velle Efpagne. Cependant on embarquoit les vivres^êc les mu- nitions neceflaires pour le voïage. Les Indiens étoient d'un grand fecours • 6c le Cacique accompagnoit toujours le Gene- ral aveefes Capitaines , marquant toujours la même vénération pour luy, par une obeïfTance tres-foûmifè. Frere Barthelemi d’Olmedo, 6c le LicentiéJeanDiaz prirent plufieurs fois cette occafion, pour effaïçrde leur faire goûter les ouvertures que DU MEX1 QJJ E. # 79 le General leur avoit faites par fon difcours. Ils fefervoient adroitement de ces defirs qu’ils marquoient, d’aller à Ja vérité. Ilstrouvoient en eux une docilité de gens convaincus , de beau- coup d’inclination à recevoir un autre Dieu, mais fans vouloir laiffer aucun de ceux qu’ils reconnoiffoient. Ils écoutoient avec plailir j il paroiüoit même qu’ils fouhaitoient fe rendre capables de comprendre ce qu’on leur difoit : cependant, à peine leur volonté avoit - elle donné entrée à la raifon , que leur entendement la rejettoit. Tout ce que les deux Prêtres purent obtenir , fut de les Iaiflèr en d’affez bonnes difpofi- tions, de de reconnoître que cet ouvrage demandoit plus de tems, pour préparer ces elprits rudes à reconnoître leur aveu- glement. Le Dimanche au matin , une foule incroïable d’indiens ac- courut de tous cotez, pour voir la Fête des Chrétiens. La be- n edi dion des Rameaux étant faite avec les folemnitez accou- tumées, on les diftribua entre les Soldats * & l’on commença la Proceflion, où ils affifterent tous, avec autant de modeftie que de dévotion . fpedaclç digne de paroître aux yeux d’un peuple Chrétien , quoyqu’on puiffe dire que la vue de ces In- fidèles en relevoit l’éclat, ainfi que la lumière tire fon luftre de l’oppofition des ombres. Cependant il ne lailïa pas d’édifier en quelque maniéré ces Indiens : car Aguilar les entendit s’é- crier plufieurs fois : Ce Dieu à qui des hommes fi braves rendent tant de vefieff, doit être un grand Dieu. La vérité faifoit quelque impreffion dans leurs efpnts - y mais leurs confequences étoient mal tirées. Après la Melle, le General prit congé du Cacique de de fes Capitaines , renouvellant la paix de l’amitié par des offres obligeantes ; après quoy il alla s’embarquer : laiffant ces Peuples plus obeïffans , que fujets à l’égard du Roy ^ de à. l’égard de la Religion , en cette difpofition qui confilte à delirer les remedes, ou plutôt à ne reffentir point de répugnance pour ceux que Pan propofe. 8o HISTOIRE DE LA CONQUESTE CHAPITRE XXI. La flotte arrive à Saint Jean cCZJlm. Les Soldats des- cendent a terre ; çt) Cortex reçoit une Ambajfade de la part des Officiers de SMote^uma. (j)ui était Dona Marina. L Es Efpagnols mirent à la voile le jour fuivant , qui étoit le Lundy après le Dimanche des Rameaux. Leur route étoit au Couchant , fuivant toujours la côte. Ils reconnurent, fans s’arrêter, la Province de Guazacoalco, la riviere des Ban- nières, ou Rio de Banderas , l’Ifle des Sacrifices , & les autres lieux que Grijalva avoit découverts , & abandonnez enmême- tems. Les Soldats qui avoient fuivice Capitaine, fe faifoient un plaifir de pouvoir apprendre aux autres les diverfes avantu- res de cette expédition : &. le General les écoutoit luy-même avec .d’autant plus d’attention, qu’il s’inftruifoit encore parle récit du malheureux fuccez que cette entreprife avoit eu , de ce qu’il devoir fui vre ou éviter dans la fienne h par cette réglé de la prudence, qui nous apprend à tourner à nôtre avantage les fautes mêmes des autres. Enfin, ils abordèrent à Saint Jean d’Ulua le Jeudy Saint à midi. A peine avoient-ils jetté l’ancre, entre l’Ifle êc la Terre- ferme du côté du Nord, que l’on vid venir de la côte voifine deux de ces gros canots que les In- diens appellent Piragijas. Ils en portoient quelques-uns, qui s’avanqoient vers la flotte fans marquer aucune défiance. Ce procédé , avec certains lignes qu’ils firent en s’approchant , fit connoître qu’ils venoient comme amis , & qu’ils demandoient audience. Lorfqu’ils furent allez prés du vaiiïeau du General pour s’en faire entendre, ils commencèrent un difcours en une lan- gue inconnue à Jerome d’Aguilar. Cortez fe trouva fortem- baraiïe, de voir que fon Truchement Iuy manquoit, lorfqu’il luy étoit le plus neceffaire. Ce défaut luy parut un obftacle confiderable à fes defTeins • mais Dieu , qui fait éclater les effets de fa Providence fous ce que les hommes aveuglez attribuent DU MEXIQUE. Si mal à propos au hazard , ne luy refufà point Ton fecours en cette neceffité. Cette Indienne, que nous appellerons défor- mais Donna Marina , n’étoit pas éloignée de Cortez 6c d’Agui- lar 3 6c elle reconnut l’embaras où ils étoient , par la furprife qui paroifîoit fur leurs vifages. Elle dîtàAguilar en la langue d’Iucatan , que ces Indiens partaient celle de Mexique^ 6c qu’ils demandoient audience au General. Cortez aïant appris cela d’Aguilar, commanda qu’on les fît monter fur Ton vaif- fèau 3 6c revenant de fa furprife, il rendit grâces à Dieu, re- connoiflant qu’il étoit redevable à fa bonté infinie , du bon, heur de rencontrer , contre fon efperance, un fujet fi propre à fe faire entendre dans un païs où il avoit fouhaité d’arriver avec tant de pafïion. Donna Marina étoit fille du Cacique de Guazacoalco , Pro- vince fujette à l’Empereur de Mexique, 6c voifine de celle de Tabafco. Certains incidens rapportez diverfement par les Au- teurs, l’avoient fait enlever dés fes premières années , à Xica- lango , place fprte fur la frontière d’Iucatan , où il y avoit alors une garnifon de Mexicains. Elle y étoit élevée dans un état qui ne convenoit pas à fa naiflance , lorfque par une nouvelle injure de la fortune, elle devint, par vente ou par conquête, efclave du Cacique de Tabafco , qui en fît un prêtent à Cortez. On parloit à Guazacoalco, 6c a Xicalango la langue generale de Mexique, 6c à Tabafco celle d’Iucatan, qu’Aguilar fçavoit. Donna Marina parloit l’une 6c l’autre de ces langues : ainfielle expliquoit aux Indiens en celle de Mexique , ce qu’Aguilar luy faifoit entendre en celle d’Iucatan, Cortez étant obligé d’at- tendre que fes paroles euflent fait ce tour, jufqu’à ce que Donna Marina eût appris le Caftillan , ce qu’elle fit en peu de jours. Elle avoit l’efprit vif, la mémoire heureufe , 6c d’autres bonnes qualitez qui marquoient une illuftre naiflance. Herrera dit qu’elle étoit née àXalifco, l’amenant ainfi de fort loin à Tabaf- co , puifque Xalifco eft fur la mer du Sud au fond de la nou- velle Galice. Il pouvait avoir pris cette vifion dans Gomara : furquoy je ne comprens pas pourquoy en cela, 6c en d’autres ci rcan fiances plus efîentielles, il s’écarte de la Relation de Ber- nard Diaz del Caftillo 3 car Herrera avoit en main le manuf- crit de cet Auteur, qu’il fuit 6c qu’il cite en plufieurs endroits de fon Hiftoire. Ce fut en cette occafion que Donna Marina 8* HISTOIRE DE LA CONQUESTE commença d’entrer dans la confidence du General 5 à quoy elle appliqua toute l’adrefle de Ton efprit, en luy fervant de Tru- chement avec une fidelité tres-rare. Il eft vrai que Cortez l’y engagea par des maniérés que la pureté ne permet pas , aianc eu d’elle un fils nommé Dom Martin Cortez, qui ne Jaiffa pas d’obtenir l’habit de Chevalier de faint Jacques, en confidera- tion de la noblefie de fa mere. Les. Politiques ont beau cher- cher des prétextes pour déguifer le vice de Cortez , en difant que c’étoit pour s'aflurer d’autant plus de la fidelité d une per- fonne dont il dépendoit neceffairement. Bien loin de recevoir ces exeufes, onreconnoîten cette adion l’emportement d’une paffion déréglée j quoy qu’on Toit accoutume dans le monde a voir donner le titre fpecieux de raifon d’Etat, a ce qui n eft en effet qu’une foi b le fie de raifon. Les Indiens étant en prefence du General, luy dirent : Que Pilpatoé & Teutilè , le premier. Gouverneur de cette Province , & Vautre Capitaine General pour le grand Empereur Motez,tma , les avoient envoies au Commandant de la flotte, pou£fç avoir a quel dejfein il etoit venu moüiller V ancre en ce rivage , & ajîn de luy of- frir leur fecours , en tout ce qui luy ferait necejfaire pour continuer fort voïa^e. Cortez carefia fort ces Envoïez ; il leur fit un prefent de bijoux. On les*regala par fon ordre , de confitures & devin d’Efpagne -, 6c après avoir ainfi difpofé leur efprit en fa faveur, il leur répondit: Jpg il vendit comme ami, traiter d affaires très- importantes a leur Prince & a tout fon Empire Qu il verroit fur ce fujet le Gouverneur & le General s & qu il efperoit de leur honnêteté, un accueil aitffi favorable que celuy qu on avoitfait l annee precedente a quelques perfnnes de fa nation . Ainfi , après avoir tiré de ces Indiens quelque connoifiance generale .de la pui fiance de Mo- tezuma , de (es r.ichefies, 6c de la maniéré dont il gouver- noit fo^Etat, Cortez les renvoïa fatisfaits 6c pleins de con- fiance. . Le jour fuivant , qui étoit celuy du V endredi Saint au matin, tous les Soldats dépendirent fur le rivage le plus proche de la flotte Le General donrfa ordre que l’on tirât promtement hors des vaiffeaux, les chevaux &ï l'artillerie , 6c que les Soldats, par brigades , allaient faire des fâcines pour fe retrancher, fans oublier de mettre de bons corps de garde fur les avenues. Ii fit dre fier des barraques en nombre fuffifant , pour défendre D ü M E X I QJJ E. g 3 les Soldats des ardeurs du Soleil , qui étoient infuportables. On mit l’artillerie en un pofte qui commandoit fur toute la cam- pagne 5 chacun fut bien- tôt logé, parce que plufieurs In. diensenvoïezparTeuciîé, vinrent aider aux Efpagnols, ôdeur apportèrent beaucoup de vivres, par l'ordre exprès du Gene- ral. Ces Indiens furent d’un grand fecours à nos gens , avec leurs haches 6c leurs autres inftrumens garnis de pierres à fuzil. Ils en coupoient des arbres propres à faire des paliftades • 6c après les avoir enfoncez fore avant dans la terre , iis eritrela- çoient des branches 6 c des feü lies de palmier, 6c élevoient ain- fi en peu de tems les murailles 6c le toit même d’un logis, avec une adrefle 6c une diligence furprenantes car ils croient grands maîtres en cet art, n’aïant point, en plufieurs endroits, d'au- tre archite&ure pour leurs bâtimens , dont ils regloient la ftrtic- ture 6c la capacité fur leurs befoins 3 peut être moins barbares en cela, que ceq£ qui élevent de vaftes Palais, où neanmoins leur vanité fe trouve encore trop à l’étroit. Les Indiens appor- tèrent auffi des mantes de coton, dont ils couvrirent les barra- ques des Officiers, afin qu’elles fufient encore moins penetra- bles aux ardeurs du Soleil. Cortez choifit celle qui étoit la mieux bâtie 6c la plus grande, pour y faire élever un Autel fort piré , fur lequel il mit une Image de la tres-fain te Vierge 5 6c il fit planter une grande Croix devant la porte de cette Chapel- le. C’eft ainfi qu’il fe préparoit à celebrer la Fête de Pâques 5 6c fes foins pour le Service Divin , ne le cedoienten rien à ceux des Ecclefiaftiques. Bernard Diaz afiïire, que le jour même du débarquement on dît la Méfié fur cet Autel : mais je ne crois pas que le Pere Barthelemi 6c le Licentié Diaz fufient fi mal inftruits de l’Office de l’Eglife, qu’ils ignoraflent qu’on ne dit point de Méfié le jour du Vendredi Saint. Cet Auteur avance quelquefois les chofes fort temerairement , parce qu’il fe fie trop à fa mémoire : mais cela ne furprend pas tant , que de voir que cet article ait été copié mot à mot par Herrera 3 6c c’eft en tous les deux une méprife , que je ne rapporte pas tant à def- fein de cenfurer, que pour m’en faire une leçon fur ce qu'on doit appréhender des libertez que l’on fe donne dans la chaleur de laj:ompofition. Cortez apprit cependant par ces Indiens, que Teutilé étoit en cette Province , en qualité de General d’une armée tres- L ij g 4 HISTOIRE DE LA CONQUESTE, &c. forte , afin d’achever de foumetti*e par les armes à l’Empire de Motezuma quelques places conquifes depuis peu dans ce Gou- vernement, dont Pilpatoé avoit la conduite pour ce qui re- gardait le civil. Les offices qu’ils firent d’envoïer des vivres, 6c des hommes pour travailler, n’étoient point volontaires, ainfi qu’on en pût juger par la fuite - mais de gens étonnez , 6t pour ainfi dire étourdis par les nouvelles qui s’étoient répan- dues de l’adion de Tabafco. Ces deux Mexicains confide- roicnt prudemment, qu’ils fe trouvoient avec des forces bien moindres que celles des Caciques qui s’étoient afiemblez con- tre nous : c’eft pourquoy ils eurent recours aux prefens 6c aux honnêtetez , afin de fe créer quelque obligation , fur des gens qu’ils ne pouvoient chafTer par la force 3 6c c’efl ainfi que la crainte fçait prendre fes précautions , 6c qu’elle infpire la libé- ralité à ceux qui n’ont pas la hardiefîe de déclarer leur haine. * Fin du premier Livre, • p 8 y ffi ^ ff> $2 *%* Ç 1 ' ïï? ïfe !fe # ¥ &&&*# & ’ ! " .v. #, <£ ^ y?*^* ^i'^i <<£?> ^ V£?} tjp t|-‘. i|^ ^ HH *|H HH HISTOIRE DE LA CONQUES TE D U M E X 1 QJJ E; DELÀ NOUVELLE ESPAGNE LIVRE SECOND. CHAPITRE PREMIER, TeutiU General des troupes de Mote^uma,^ P ilpatoé G ou* verneur de la Province , viennent vifiter Çone\de la part de Motexuma. Ce qmfe pafle entr eux > & avec les Peint, es qui tirent le portrait des Çfpagriols > & de ffment leujr armée: Ette nuitée ie jour fuivant fe paflerent dans une grande tranquillité , qui n’empêcha pas qu’on ne fe tînt fort fur fes gardes. Les Indiens venoient toûjpurs au carr.p - les uns pour travailler, les au- tres pour troquer des vivres contre des merceries , fans qu’il arrivât rien de nouveau , iufqu’au jour. de Pâques^ J- ïl j. 86 HISTOIRE DE LA CONQUESTE que Teutitë 6c Pilpatoé arrivèrent , fuivis d’un grand cortege, pour faliier le General. Il les reçut au milieu de tous Tes Capi- taines , 6c des autres Officiers qui étoient autour de luy dans un grand refped, parce qu’aïant à traiter avec les Minières d’un Prince bien au-deflus des fimples Caciques , il étoit delà bien- feance de marquer plus d'autorité. Après les premiers ejmpli- mens , dont les Indiens furent prodigues , 6c Cortez plus refer- vé, il les conduifit à cette barraque qui fervoit de Chapelle, parce qu’il étoit tems de celebrer le Service Divin. AguiJarSc Marine dirent aux Mexicains, Qu avant que de traiter du fujet de fin voi'age , le General vouloit s'acquitter des devoirs de fia Re- ligion , & recommander a fion Dieu , Seigneur de tous leurs Dieux , le bjn fiuccczj de fi fropofition. La MefTe fut due avec toute la folemnité que le tems 5c le lieu purent permettre. Le Pere OSmedo officia, affidé du Li- centié Diaz, 6c de Jerome d’Aguilar. Quelques Soldat* inf- truits dans le chant de l’Eglife tinrent le chœur* 6c les Indiens affiflerent à toutes ces ceremonies avec ui^e attention , qui n’é- tant qu’un effet de la nouveauté , avoit neanmoins l’air de dé- votion. On revint de l’Eglife au logis du General , qui traita fuperbement les deux Officiers de Motezuma , crcïant' qu’il faloit donner quelque chofè à fomentation. Après le repas, Cortez prenant un air grave & fier, dît aux Mexicains* par l’organe de fes Truchemens : Jjtu'il venoit de la part de Dom Charles d Autriche Monarque de l'orient , traiter avec j Empereur Motezuma de matières de grande importance , non feule- ment à la perfionne de l'Empereur (fi à fion Etat , mais encore a tous fies Sujets en particulier : Que cette affaire ne pouvoit être propofiée quen prefience de 1 Empereur même : Qjfainfi il faloit nec>Jfiaire- ment qu'il le vid*$ (fi qtiil efiperoit en être reçu avec toute la ci- vilité çfi la confédération qui étoient dues a la grandeur du Prince qui l envoïoit. La propofition de Corte 2 donna à ces deux Offi- ciers un # chagrin qui parut jufque fur leur vifage : mais avant que d’y répondre, Teutilé commanda qu’ôn apportât un ré- galé qu’il avoit préparé * ÔC auffi tôt on vîd entrer trente In- diens , ou environ , chargez de vivres , de robes de coton très- fin , de plumes de differentes couleurs , 6c d’une grande caille ou corbeille pleine de divers bijoux d*or , travaillez avec la derniere delicateffe. Teutilé prefènta ces chofes au General DU MEXIQJJE. livre il 87 de fort bonne grâce : & volant que Cortez les recevoic agréa- blement, 6c qu’il les eftimoit, il fe tourna vers luy , 6c luy dît par la même voie des^Interpretes : uil le priait d'agréer ces témoignages de l' affection de deux efclaves de Motezuma , qui a- 4 HISTOIRE DE LA CONQUESTE pour aller reconnoître la côte, 6c chercher un port ou un ancrage plus fur : car la rade ou ils fe trouvoienç étoit ba- tuë du vent du Nord. Ils avoient encore ordre de choifîr un lieu plus fertile que celuv où ils étoient portez, afin d’y tranfporter le camp , en attendant la réponfe de Motezu- ma. Il difoit que les Soldats fouffroient trop fur ces fables brûlans , où la réverbération du Soleil rendoit la chaleur infupportable , ôc où leur repos étoit troublé durant la nuit, par une infinité de mofquites , çu coufins , qui les perfecu- toient horriblement. Cortez nomma pour Commiandant de ces deux vaifleaux François de Montexo 5 6c il choifit luy- même les Soldats qui dévoient l’accompagner , mêlant a- droitement entre les autres , ceux qui avoient paru les plus grands raifonneurs fur les difîicultez de cette expédition. Il ordonna à Montexo , d’aller le plus loin qu’il fe pour- roit , fur la route qu’il avoir déjà tenue avec Jean de Gri- jalva : qu’il marquât les lieux peuplez qu’il découvriroit au long de cette côte, fans les reconnoître de prés 5 5c qu’il revint au bout de dix jours. Ainll le General pourvut a ce qui étoit neceiïàire : il donna de l’occupation aux ef- prits inquiets , 6c entretint les autres dans l’efperance de fe voir bien-tôt foulagez. Cependant il n’étoit pas luy*même fans inquiétude , lorfqu’il confideroit la grandeur de cette entreprife , 6c la foiblefle des moïens qu’il fe trouvoit en- tre les mains pour la pouffer à bout , fans neanmoins que rien pût ébranler la refolution qu’il avoit prife d’aller juf- qu’au fond, malgré tous les périls qui fe prefentoient 5 fça chant d’ailleurs fi bien fe pofleder , que les difFerens mouvemens qui agitoient fon efprit , ne troubloient point cet air tranquille 6c gracieux qui paroiffoit fur fon vi- fage. mm mm & DU JM E X I CLU E. livre il 95 CHAPITRE III. La propofition de Corte\ efi très-mal reçue a Mexique. Qui étoït Mote'guma , la grandeur de fin Empire , £ 5 ? l'état où il fi trouvait lorjque les Efiagnols arrivèrent en ce T aïs-la. L A fécondé nouvelle de la refolution de Cortez , alarma terriblement la Cour de Mexique. Motezuma dans les premiers tranfports de fa colere , le propofoit d’exterminer ces Etrangers qui avoient l’infolence de s’oppofer à fes vo- lontez : mais apres avoir examiné de fang froid, un delTein fi violent , ce Prince tomba dans un accablement horrible 3 de la trifteffe 6c l’irrefolution fuccederent à fa colere. Il aflem. bla tous fes Miniftres 6c fes^parens , 6c tint avec eux des con- feils dont on cachoit les deliberations avec beaucoup de myf- tere. On fît des facrifïces publics dans tous les Temples 3 6c le peuple , à fon ordinaire , prit TefFroi de cette defolatiop dans l'efprit du Roi , 6c de ceux qui avoient part au gouvernement. De là il pafTa à des murmures, 6c enfin à des difeours trop li- bres fur la ruine dont l’Empire étoit menacé par des prefages qui l’annon^oient , fuivant leurs anciennes traditions. Mais il eft tems de faire voir quel étoit Motezuma 3 en quel état fon Empire fe trouvoit alors 3 6c encore le fujet de ce trouble que la venue des Efpagnols jetta dans fon efprit , 6c dans celuy de fes Peuples. L’Empire de Mexique étoit alors au plus haut point de fa grandeur , puifque toutes les Provinces qui avoient été dé- couvertes jufqu’à ce tems-là dans 1 * Amérique Septentrionale , étoient gouvernées parles Minifires, ou par des Caciques qui luy païoient tribut. Sa grandeur, du Levant au Couchant, étoit de plus de cinq cens lieues 3 6c fa largeur, du Midi au Septen- trion , s’étendoit jufqu’à deux cens lieues en quelques endroits. Le Païs fort peuplé par tout, riche , 6c abondant en toute for- te de commoditez. Ses bornes étoient du côté du Septentrion, la mer Atlantique 3 que l’on appelle maintenant mer du Nord * HISTOIRE DE LA CONQUESTE qui lave ce long efpacede côte qui s’étend depuis Panucojuf- qu’à Tucatan. L’Océan que l’on nomme Afîatique , ou Golfe d’Anian, bornoit cet Empire du côté du Couchant, depuis le Cap Mindorin jufqu’aux extremitez de la Nouvelle Galice. Le côté du Sud, ou Midi, occupoit cette vafte côte qui court au long de la mer du Sud, depuis Acapulco jufqu’à Guatima- la , 8c revient auprès de Nicaragua , vers cet Iftme ou détroit de terre qui divife l’Amérique en deux parties , attachées en- femble par cet Iftme. Celuy du Nord, ou Septentrion , s’é- tendoit jufqu’à Panuco, comprenant cette Province entière: mais fès limites étoient redorées confiderablement en quelques endroits , par les montagnes dont les Chichimeques 8c les Oto- mies s’étoient emparez. Ces Peuples farouches 8c barbares, fans avoir entre eux aucune forme de Gouvernement, habitoient,ou dans quelques trous fous terre, ou dans les cavernes des ro- chers j vivant de ce que la chaiïè leur fourni ftbit , 8c des fruits que leurs arbres produifoient fans culture. Cependant ils fe fervoient de leurs fléchés avec tant d’adrefïe 8c de force, 8c ils fçavoient fi bien fe prévaloir de l’avantage qu’ils tiroient de la fituation 8c des défilez de leurs montagnes , qu’ils avoient foûtenju 8c repoufle plus d’une fois toutes les forces des Empe- reurs de Mexique : mais ils n’afpiroient à vaincre , que pour ne devenir pas fujets , 8c pour conferver leur liberté entre les bêtes faüvages. L’Empire de Mexique avoir commencé, ainfi que plufieurs autres , fur des fondeimens peu confiderables , 8c étoit nean- moins parvenu à cette grandeur en l’efpace de cent trente an- nées 3 parce que les Mexicains, adonnez aux armes, 8c portez à faire la guerre par leur inclination , avoient affujeti par force les autres Nations qui peuploient cette partie du nouveau Mon- de. Le premier de leurs Capitaines fut un homme tres-habile 8c tres-brave, qui en fit de bons Soldats, en leur infpirant la con- noiftance 8c l’amour de cette gloire qui s’aquiert par les armes. Depuis ils élurent un Roi , donnant l’autorité fouveraine à celuy qui étoit efbmé le plus vaillant 3 parce qu’ils ne connoifïbient point d’autre vertu que ,1a valeur 3 ou s’ils en connoiiïoient quelqu’autre, ils ne luy accordoient que le fécond rang. Ils obferverent toujours inviolablement cette coutume, de pren- dre le plus brave pour leur Roi , fans avoir égard au droit de " fucceflion DU M E X I QJJ E. LIVRE fl. o > 7 fucçeflion acquis par la naifïance: neanmoins, lorfque le me- nte étoit égal, ils adjugeoient la preference à celuy qui étoit du fang Roïal. C’eft ainft que la guerre, qui faifoit leurs Rois élevoit aulîi peu à peu de augmentoit leur Empire. D’abord l’emploi de leurs armes fut foûtenu par la juftice d’une légi- timé défenfe , contre les attaques de leurs voiftns , qui vou- loient les opprimer 3 de le Ciel le» favorifa par des fuc- cez avantageux : mais à mefure que leur puiüance s’ac- crut , ils renoncèrent à la juftice , de s’érigèrent en Ty- rans. Nous verrons lesprogrez de, les conquêtes de cette Nation, quand nous parlerons de la fuite de leurs Rois , de que celle de nôtre Hiftoire en fera moins interrompue. Motezuma, félon les peintures de leurs Annales, fut l’onzième entre ces Rois , de le fécond de ce nom : de même avant qu’il fut élu , fes grandes qualitez luy avoient acquis l’eftime de la vénération de tous les Mexicains. Il étoit du fang Roïal , de dés fa plus tendre jeuneiïe il avoit fait la guerre , où par de grandes a&ions il s’étoit élevé juf- qu’aux premiers emplois, avec l’approbation generale. Com- me fà vanité trouvoit fon compte en cette haute réputation , il revint à la Cour 3 où fe voïant applaudi confideré comme le plus grand Capitaine de l’Etat, il crut qu’on ne pouvoir luy refufer le Sceptre à la première éle&ion : de il commença de fe regarder comme un homme digne de la Couronne , parce qu’il avoit ofé y porter fes penfées de fes def Teins. ^ Dés ce moment il emploïa tout ce qu’il avoit d’adrefte àfe faire des amis, qu’il confideroit alors comme le plus grand bonheur de la vie 3 fuivant en cela les maximes de la plusfine politique , qui toute fcience qu’elle eft , ne dédaigne pas quel- quefois de fe mêler entre les Barbares, ou plutôt qui en fait elle-même, lorfque ce qu’ils appellent raifon d’Etat prend le deflus fur la droite raifon.- Il afFe&oit en toute forte de ren- contres, de marquer unÊ grande obeïflance, de beaucoup dé vénération pour fon Roi.. Sa conduite étoit fage de modefte 3 toutes fes a&ions de fes paroles étoient compofées 3 fes maniérés graves 3 de fon procédé toujours égal : en forte que les Indiens difoient, que le nom de Motezuma luy convenoit fort bien, parce qu’en leur langue il lignifie Le Prince fevere 3 mais il m WW ifr yo HISTOIRE DE LA CONQJJESTE fç avoit fort bien tempérer cecce feverité , en gagnant les cœurs par Tes liberalitez. Cette conduite luy attiroitune grande confideration , qui é- toit encore beaucoup relevée par le zele qu’il témoignoit pour fa Religion , le plus fur 6c le plus puiflant des moïens dont on fe fert pour Ve rendre le maître des efprits , qui ne s’attachent qu’aux apparences. Pour cet effet Motezuma choifit le Tem- ple le plus frequente , où il fit conflruire un appartement en ma- niéré de tribune, expofé à la vue de tout le peuple, lorfqu’il em- ploïoit plufieurs heures à recevoir les applaudiflemens qu’on donnoità fa faufle pieté, 6c à confacrer entre fes Dieux l’idole de fon ambition. Des maniérés fi concertées luy attirèrent l’eftime 6c la ve-i neration de tout le monde * en forte qu’aprés la mort du Roi, il fut choifi tout d’une voix par les Eledeurs , 6c le peuple confirma leur choix par des démonftrations d'une exceffive joie. Toutes les grimaces de l'hipocrifie ne luy manquèrent pas* pour colorer une feinte refiftance : il fe fit chercher long- terns', en mourant de peur qu’on ne le trouvât pas - y 6c il ne donna fon confentement à l’éle&ion , qu’aprés toute la répu- gnance qui pouvoir le faire valoir. Mais à peine fe vit- il fur le Trône , que l’artifice cedant tout à coup , il fortit d’un état qui faifoit tant de violence à fon naturel • 6c il laifîa paroître tous les vices qui s’étoient revêtus jufqu alors des apparences de la vertu. La première adfcion ou fon orgueil fe déclara, fut en ren- voiant tous les Officiers qui compofoient la maifon du Roi, 6c qui étoient tirez des familles populaires , ou d une médiocre condition. Motezuma ne voulut plus que des Nobles pour entrer dans toutes les Charges de fon Palais , meme pour les plus vils emplois, fous le pretexte de la bien-fêance. Il ne fe lai {Toit voir par fes Sujets que très rarement, 6c par fes Mi- niftres 6c fes Domefliques, qu’autant qu’il étoit neceflaire de fe communiquer - y faifant entrer ainf? le chagrin de la folitu- de dans la compofition de la Majefté. Il inventa de nouvel- les reverences, 6c des ceremonies inufitées, pour ceux qui appro- choient de fa perfonne , en pouffant infolemment le refpedfc jufqu’aux bornes de l’adoration : ôc fe figurant que la vie 6c la liberté de fes Sujets dépendoient fouverainement de fon ca- DU M E X 1 Q U E. LIVRE ii. 99 price, il exerça contre quelques-uns des cruautez horribles, afin que perfonne ne put douter de Ton pouvoir. Il créa de nouveaux impôts , fans que la neceffité des affai- res de l’Etat l’y obligeât. Ces impôts fe levoient par têre, fur cette prodigieufe multitude de peuple , &: avec tant de rigueur , qifon forçoit jufqu’aux pauvres mendians à recon- naître leur dépendance , par le miferable tribut de quelques haillons , ou d’autres chofes de cette nature, qu’ils venoientjet- ter àfes pieds , 6c que l’on portoit à fon trefor. Ces violences avoient jette une grande fraïeur dans l’ef- prit de tous les Sujets de Motezuma : mais comme la crain- te 6c la haine ne fe feparent gueres , quelques Provinces fe révoltèrent 5 6c Motezuma voulut aller en perfonne châtier leur rébellion : car la jaloufie qu’il avoit de fon autorité , ne luy permettoit pas de mettre queîqu’autre que foi à la tête des armées 5 6c l’on ne peut douter qu’il n’eût tous les ta. lens neceflaires pour les commander. Les feules Provinces de Mechoacan, de Tlafcala , 6c de Tepeaca fe maintinrent dans la révolté : 6c Motezuma difoit qu’il avoit différé de les foûmettre , parce qu’il avoit befoin d’ennemis pour fe fournir d’efclaves , dont il faifoit les miferables vi&imes de fes cruels facrifices 5 l’inhumanité de ce Prince paroiffant juf- que dans fa tolérance, 6c lors même qu’il épargnoit les châ- timens. Il y avoit quatorze années qu’il regnoit fuivant ces ma- ximes , lorfque Hernan Cortez aborda fur les côtes de Ion Empire. La derniere de ces années fut toute remplie de prefages , 6c de prodiges affreux, que le Ciel envoïa ou permit , pour amollir la férocité de ces Barbares , 6c pour rendre moins difficile aux Efpagnols ce grand ouvrage , au- quel la Providence les conduifoit par des voies fi cachées 3 êc avec des moïens fi difproportionnez à la grandeur de l’en- treprife. 100 HISTOIRE DE LA CONQUESTE CHAPITRE IV. On rapporte les divers prodiges 3 (dfi autres /Ignés qui parurent a Mexique avant [arrivée de Cortex, g/ qui firent connoître aux Indiens que la ruine de cet A Prés avoir donné cette connoiffance de la perfonne Sc de l’Empire de Motezuma , il faut encore apprendre les raifons de la refiftance opiniâtre que ce Prince 6c fes Mi- niftres témoignèrent à rejetter les proportions de Cortez 5 cette première difficulté qui traverfa fon entreprife étant un des premiers efforts que le Démon fit pour s’y oppofer. Lorf- que jean de Grijalva aborda les côtes de Mexique, 5c que l’on reçut dans la Ville capitale la première connoiffance de cette nouveauté, tant de differens prodiges parurent en même-tems par tout l’Empire , que Motezuma en pre- voïant la ruine prochaine 6c comme affûrée , tomba dans un terrible abatement, quife communiqua bien- tôt à tous fes Une effroïabîe cornette parut durant plufieurs nuits , comme une piramide de feu , commençant à minuit , 6c s’avançant jufqu'au plus haut du Ciel, ou la veniië du SoleiHa faifoit difpa- roître. Elle fut fuivie d’une autre cornette , ou nuée claire, en figure d’un ferpent de feu à trois têtes , qui fe levant en plein jour du lieu où le Soleil fe couche , couroit avec une ex- trême rapidité jufqu’à l’autre horifon, où elle difparoiiîoit , a- prés avoir marqué la trace de fon chemin dans toute cette é- tenduë , par une infinité d’étincelles, qui s'évanoüiffoient en Le grand Lac de Mexique rompit fes digues , 6c inonda les terres qui font fur fes bords , avec une impetuofité que l’on n’avoit point encore remarquée. Quelques maifons furent em- portées par ce torrent , d’où l’on voïoit fortir comme des boüillons à plufieurs reprifes , fans qu’il fut arrivé aucune tem,; pête de vent, ou d’autre mauvais tems, à quoy l’on put attri- Sujets. DU MEXIQUE. Livre il. IO i buer un mouvement fi extraordinaire. Un Temple de la Ville s’embrafa, fans qu’on pût découvrir la caufe de cet incendie ni trouver des moïenspouren appaifer la fureur, qui confuma jufqu’aux pierres , de le reduifit tout entier en cendres. On en- tendit dans l’air, en differens endroits, des voix plaintives qui annonçoient la fin de cette Monarchie : 6e toutes les réponfes des Idoles repetoient cefunefte pronoftic, le Démon pronon- çant par leurs organes ce que la fcience qu’il a des caufes na- turelles, qui étoient alors en grand mouvement , luy peut dé- couvrir par conje&ure dans l’avenir 3 ou peut-être ce qu’il a- voit appris par l’Auteur même de la Nature , qui luy donne quelquefois pour fupplice, d’être i’inftrument delà vérité. On apporta à Motezuma plufiêurs monftres de differentes efpeces, de tous horribles à voir, qu’il regarda comme de malheureux prefages : En effet , fi ces lignes ont été nommez monftres par les anciens , à caufe qu’ils montrent ou défïgnent quelque chofe, on ne doit pas s’étonner qu’ils pafTaffent pour prefages entre des Barbares , dont l’ignorance n’étoit pas moindre que la fuper- ftition. Deux prodiges fort remarquables entre les autres, rapportez par les Hiftoriens de Mexique, achevèrent d’accabler l’efprit de Motezuma ; de l’on ne doit pas les oublier , puifque le Fere Jofeph d’Acofta , Jean Botero > de d’autres Auteurs graves de ju- dicieux , ne les ont pas jugez indignes d’être remarquez. Quel- ques Pêcheurs rencontrèrent au bord du Lac de Mexique, un oifeau d’une grandeur extraordinaire de d’une figure monftrueu- fe. Ils s’en faifirent , de crûrent qu’ils dévoient le prefenter à l’Empereur, à caufe de la rareté du fait. L’oifeau étoit hideux à voir , de il avoit fur la tête comme une lame luifante en façon de miroir , où la réverbération des raïons du Soleil produifoit une lumière trille de affreufe. Motezuma attacha d’abord fes yeux fur cette lame 5 de en s’approchant pour réxaminer de plus prés , il apperçut au dedans la reprefentation d’une nuit , de des étoiles qui brilloient en quelques endroits, d’efpace en efpace, à travers i’obfcuritéj le tout fi naturellement , qu’il fe retourna vers le Soleil , comme s’il eût douté qu’il fût jour en ce moment. Mais quand il revint au miroir , il y trouva d’au- tres objets bien plus effroïables , au lieu de la nuit. Il vit des genf inconnus de armez , qui venoient du côté de l’Orient, N iij Inl il . 11 1 1 îii , 01 HISTOIRE DE LA CONQOESTE de qui faifoienr un horrible carnage de fes Sujets. Il fit ap- pelle r fies Prêtres Ôc fes Devins, pour les conlulter fur ce prodige ^ ôc Toifeau demeura immobile, jufqu’à ce que plu- fieurs d’entre eux euffent fait la même expérience, ôc puis il s’échapa en un moment d'entre leurs mains, leur laifiant un nouveau fujet de fraïeur , par une fuite fi promte Ôc fi bruf- que. Peu de jours apres, un Laboureur , homme fimple & grof- fier vint au Palais , ôc demanda d’être introduit à l’audience de l’Empereur, avec tant d’inftance ôc d’emprefiement , qu’il parut qu’il y avoit du myftere. On tint conlèil fur ce fujet 5 3c on conclut qu’il fialoit l’écouter. Apres qu’il eût fait fes reve- rences, cet homme , fans paroîtreni étonné , ni em baratte fit un difcours en fon langage ruftique, mais avec une liberté ÔC une éloquence qui parurent être l’effet d’un tranfport furnatu- rel , comme fi quelqu'autre eût parlé par fa bouche : Seigneur , dît- il au Roi , fétols hier au foir occupé a cultiver mon héritage , lof que je vis fondre fur moi , avec irnpetuoflte , un aigle d une grof- feur extraordinaire . il me put entre fes ferres ; & m enlevant du • vaut un affez long efpace , il me mit enfin à Ventrée lune grotte , ou un homme ètoit en habit Roi al, dormant entre de i fleurs & d au- tres parfums , & tenant en fi main une paflille allumée . le pris U hardieffe de m approcher ; & je vis , ou votre figure , ou votre* propre perfonne 5 fur quoy je n oferols rien afsuter , flnon qu il me par oit encore que j’étois alors d’un fins rajfes , & fort libre. La crainte & l ere fi, pecl me poujfoient a me retirer promtement , lorfque je fus arrête par le commandement d'une voix , qui me parlant avec beaucoup d’autorité , ne me eaufa pas moins de f râleur , en m ordonnant de prendre la paflille de votre main , & de l'appliquer en un endroit de votre cuiffe qui êtoit a découvert . le me défendis autant que je le pus , de commerce une ' action qui me paroiffoit fl infolcnte 5 mais la 'même voix d’un ton cjfrolable , me força d' obéir. Moy-même , Sei- gneur , fans pouvoir reflfler a cet ordre , la flaleur me rendant har- di , f appliquai la paflille brûlante a votre cuiffe s & vous foujfnt es la brûlure fans vous éveiller , ni faire aucun mouvement* . l’ aurais crû que vous étiez* mort , fl au milieu de la tranquillité de votre fommeil , qui vous otoit le fentiment , le mouvement de la refpi ra- tion ne meàt afsâré de votre vie. Alors la voix , qui paroiffoit fi former dans le vent t me dst : C efl ainfi que ton Roi s end.oPt , en DU ME X I QJJ E. Livre IL 105 s abandonnant aux délices & aux vanité lorfque le courroux des Dieux gronde fur fa tète , & que tant d'ennemis viennent d'un autre Monde , pou détruire fin Empire & fa Religion . Dis- luy qu'il s'éveille , pour apporter a s'il fe peut , du remede aux malheurs qui le menacent . A peine la voix eut elle fini ce difcours , qui a fait une fi forte impreffion dans mon efprit , que l'aigle me reprit dans fes ferres } & me rapporta dans mon champ , fans me faire aucun mal. C'eft l' avertiffement que je vous donne , faisant l'ordre des Dieux : Reveille vous , Seigneur s votre orgueil & votre cruauté les irritent . Rev ei liez,- vous , encore une fois , & regarde^ combien votre ajfoupijfement efi dangereux 3 puifque ce feu , que votre con- fcience y applique en maniéré de cautère , ri a pas la force de vous en faire revenir ♦ Cependant a vous ne pouvez, plus ignorer , que les cris de vos Peuples ne foient parvenus jufquau Ciefi avant que d'ar- river à vos oreilles. Apres ces paroles , ou d'autres femblables prononcées par ce Païfan , ou par l’efprit qui l’infpiroit , il tourna le dos 5 6c fortit fi brufquement , qu'aucun des Officiers de Motezuma n’eut la hardiefTe de l’arrêter. Le Prince, neanmoins , fuivant le premier mouvement de fa férocité naturelle, alloit ordon- ner qu’on taillât en pièces cet infolent * s’il n’en eût été em- pêché par le mouvement d’une douleur extraordinaire qu'il fentit à fa cuifiê. Il y fit regarder • ôc tous ceux qui étoient prefens apperçûrent les marques d’une brûlure recente , dont la vûë efFraïa Motezuma , 6c luy fit faire plufieurs reflexions, fans quitter le deflein de châtier le Païfan , en le faifant fervir de vidime pour appaifer la colere de fes Dieux : D’où l’on void ces avertiflemens qui venoient du Démon, marquez du vice de leur origine^ puifqu’ils portoient plutôt à la colere 6c à lobftination , qu’à la corredion , &c à la eonnoifFance de fa faute. Deux évenemens fi extraordinaires peuvent avoir été exa- gérez par la creduiité de ces Barbares , qui les ont rapportez aux Efpagnols. La foi , en ces occafions, a toûjours fon re- cours à la vérité , qui ne nous défend pas de croire que le Démon ne mît toute forte d’artifices en ufage, pour irriter Motezuma contre les Efpagnols , 6c pour fufciter des obfia- cles à la prédication de l’Evangile : car fuppofant que Dieu luy donne le pouvoir de fe fervir de toute l’étendu ë de fa io4 HISTOIRE DE LA CONQUESTE connoifiance, il eft certain qu’il a pu feindre ou former ces fantômes , ou apparences de monllres • foie en leur donnant des corps vifibles, d’un air épaifli Ôt mêlé avec les autres éle- mens • foit en corrompant les fens, & en trompant l’imagi- nation : ce qui luy eft plus ordinaire , êc dont nous avons dans la fainte Ecriture des exemples , qui autorifent ce qui fe trouve de même nature dans les Hiftoires propha- nes. * Ces lignes , ou plutôt ces prodiges qui parurent , tant dans la Ville de Mexique, qu’en plufieurs autres lieux de cet Em- pire, avoient tellement abatu Tefprit de Motezuma, & fi fort étonné les plus fages de fon Confcil , quand la fécondé nouvelle delaréfolution de Cortez arriva, qu’ils crûrent voir fondre en ce moment furs leurs têtes tous les malheurs dont ils étoient me- nacez. Ils tinrent plufieurs alfemblées extraordinaires, où les avis furent differens : les uns vouloient que l'on traitât com- me ennemis , ces Etrangers qui entroient armez fur les terres de l’Empire , en un tems où tant de prodiges éclatoient de tous cotez j parce qu’en les recevant , & en leur témoignant de la confiance , c’étoit s’oppofer à la volonté des Dieux , qui n’a- voient envoie ces avertififemens avant de les fraper, qu’afin de leur marquer ce qu’ils dévoient faire pour éviter le châti- ment. Les autres, plus prudens ou plus timides, voulant pré- venir les malheurs qui pouvoient naître de la guerre, éxage- roient la valeur de ces Etrangers, la violence de leurs armes, êc la fierté de leurs chevaux. Ils reprefentoient le furieux carnage qu’ils avoient fait à Tabafco , dont l’Empereur avoit eu des avis bien alTurez : èc quoyqu’ils n’accordaflent point une foi entière à ce que les vaincus publioient, que les Elpa- gnols étoient immortels , neanmoins ils n’ofoient encore les confiderer comme des hommes ordinaires. Ils trouvoientmê- Aprés avoir écouté ces differentes opinions, Motezuma prenant le milieu entre l’une 6c l’autre , conclut qu’il faloit refufer abfoiument à Cortez la permifiion de venir à la Cour, me en eux quelque reffemblance avec leurs Dieux , fondée fur ces foudres qui partoient de leurs mains , pour aller ter- ra fier leurs ennemis 5 outre l’empire qu’ils avoient fur ces bêtes fi feroces, qui entendoient leurs commandemens , & qui corn- batoienten leur faveur. ÔC lu DU MEXIQUE. LIVRE II. 105 Zc luy mander qu’il eue à fe retirer au plutôt de defllis les terres de l’Empire : Zc pour l’obliger à obeïr de meilleure grâce, il refolut de luy envoïer un prefent de même valeur que le premier 3 ajoutant que fi les voies douces ne reiifiif- foient pas, on auroit recours aux violentes, en levant une ar- mée fi forte, & défi bons Soldats, qu’on n’eût pasfujet d’ap- prehender la même difgrace que celle qui étoit arrivée au Ca- cique de Tabafco. Qu’il ne faloit pas que la vue du petit nom- bre de ces Etrangers fît naître du mépris pour eux, ou une vaine confiance 3 puifque leur valeur extraordinaire Zc leurs armes épouvantables , étoient des avantages très- confidera- bles : fur tout après leur arrivée en ce Pais, en un tems fu- nefie Zc malheureux , par l’apparition de ces divers prodiges, qui dévoient redoubler l’attention que l’on faifoit fur les forces de ces Etrangers , redoutables jufqu’à ce point , que les Dieux emploïoient leurs foins à en prévenir les effets , en les annonçant. CHAPITRE V, François de Montexo revient 5 apres avoir reconnu la Ville de £)uiabijlan. Les oAmbaJfadeurs de Motezuma arrivent , & s en retournent avec peu de fatïsfaciton» Les Soldats Efpagnols Je mutinent > Cortex les ap - paije par fon adrejfe . D Urant que la Cour de Motezuma étoit occupée à ces trilles reflexions , Hernan Cortez s’emploïoit à acqué- rir tous les jours des connoiflances plus particulières de ce Païs-là , à gagner l’affeélion des Indiens qui venoient à fon camp , Zc à élever le cœur de fes Soldats , par l’efperance de cette haute fortune que le fien luy promettoit. François de Montexo revint alors de fon voïage , après avoir fuivi la cô- te durant quelques lieues, Zc découvert un Bourg d’indiens, fitué en un endroit où la terre étoit fertile Zi cultivée, Zc où la mer formoit une efpece d’ance ou de Port, que les Pilotes O ,o6 HISTOIRE DE LA CONCLUE S TE jugèrent être propre pour mettre les vaifTeaux en fureté , à l’abri de quelques rochers fort élevez qui rompoient la force du vent. Ce lieu étoit éloigné de Saint Jean d’Ülua d’environ douze lieuës > 6c Cortez le regardoit déjà comme un polie où fon armée feroit campée plus commodément : mais avant qu’il eût pris la refolution d’y aller, il reçut la réponfe de Mote- zuma. Teutilé arriva , fuivi de deux Officiers generaux de l’armée qu’il commandoit. Ils portoient des brafiers , où ils faifoient brûler un baume aromatique appelé copal. Après que leurs ceremonies fe furent exhalées , pour ainfi dire, en fumée, T eu- tilé fit produire le prefent, un peu moindre queceluy qui fut fait à la première ambaflâde , mais compofé de pièces de me- me efpece 6c valeur, excepté quatre pierres vertes , en façon d’émeraudes , qu’ils appelaient chalcuites. Le Mexicain ap- puïant fur cet article du prefent, dît à Cortez , avec beau- coup de gravité : ^ue Mote&uma envdïoit ces pièces exprcjfé- ment pour le Roi des Efpagnols , & quelles êtoient d'un prix inefi iimable. Mais on devoit faire peu de cas de ces éxagerations, en un païs où le verre paffoit pour quelque chofe de fort rare. La harangue des AmbalFadeurs fut courte 6c defagreable 5 6c la conclufion de renvoïer leurs hôtes , fans répliqué. Il étoit déjà tard : Ôc comme Cortez alloit leur répondre, on fonna i 'Ave Maria , à la barraque qui fervoit d’Eglife. Audi- tôt le Ge- neral fe mit à genoux , 6c tous les autres Efpagnols firent la même chofe à fon imitation. Leur filence, 6c cette marque de dévotion furprirent Teutilé * 6c il pria Marine de luy ap- prendre ce que c’étoit que cette ceremonie. Cortez comprit ce qu’il demandoit , 6c crut qu’en fatisfaifant à la curiofite de l’Indien , il feroit fort à propos de luy dire quelque chofe de nôtre Religion. Le Pere Barthelenn d'Olmedo embrafià cette occafion avec beaucop de joie $ 6c tâchant de s’accom- moder à la foiblefle des yeux de ces Infidèles , il leur décou- vrit quelques lumières des myfleres de nôtre Foi. Il emploïa fon éloquence à leur faire concevoir : dfuil rfy avoit qu'un Dieu , qui étoit le principe & la fin de toutes ebofes : & q u 'en a- dorant leurs idoles , ils rendoient ce culte au Démon mortel ennemi du genre humain . Il ^ppùia fa propofition de quelques-unes DU M E X I QJJ E. livre IL ïo 7 de ces raifons que Ton comprend aifément , 6c que les Indiens ccouterent avec cette efpece d’attention , qui marque que la force de la vérité fe fait fentir à i’efprit. Ce fut fur ce prin- cipe que Cortez répondit à Teutilé: Qu'un des fujets de fin étmbajjkde , & le principal motif qui obligeoit fon Roi d'offrir fou amitié à Motez>uma , étoit l' obligation que les Princes Chrétiens ont de soppofir aux erreurs de l' Idolâtrie. Qu un de fis plus ardens de fins étoit de luy faire recevoir ces infirmerions , qui conduifint à la conmiffance de la vérité , & de luy aider à finir hors de la fier - vitude du "Démon , invifible tyran de fon Empire , qui éxerçoit une tyrannie réelle fur l y Empereur même , dont il faifioit fin eficUve , quoy qua t exteneur il fut un fi puiffant Monarque , Que comme il ve- rnit d'un Pais fi éloigné pour des affaires de telle importance , de la part d'un Roi pim puffant encore que Mot tourna , il ne pouvoit fie défendre de faire de nouveaux efforts , & de pourfuivre fortement les infiartces qu'il avoit faites , jufiquà ce qu'il eut obtenu une au- dience favorable , pmfqail napportoit que la paix , ainfi quil étoit aifié de le jurer par ceux qui 1 dccompagnoient , dont le petit nom- bre ne pouvoit donner aucun ombrage > ni faire croire quil eut d'au «_ très dffeins. Teutilé eut peine à attendre la En de ce difcours : il fe leva brufquementj 6c marquant fur fon vifage de l’impatience mê- lée de chagrin 6c de colere , il dît : Que jufiqu alors le grand Mote&uma avoit mis la douceur en ufiage , en le traitant comme fon hôte : mais que s'il s'opiniàtmt a faire toujours U même rèpon- fie , ce fieroit fia faute s'il fe trouvoit traité comme un ennemi. Alors, fans attendre d’autre répliqué , ni prendre congé , il fortit à grands pas , fuivi de Pilpatoé , 6c des autres Indiens de fon Cortege. Un procédé li cavalier embaraffà un peu Cortez 5 mais il revint en un moment : 6c en s’adreflant à fes Officiers il leur dît en riant : Nous verrons comment ils fioutiendront la gt - genre. En tout cas , nom fç avons U maniéré dont ils fi bâtent s & les menaces ne font fouvent que des marques d'une prudente crainte . Et pendant qu’on ferroit les diverfes pièces du pre- fent il railloit encore , en difant : Que des Barbares nachetoient pas à fi jufte prix la retraite d'une armée Efipagnole ; & que ces ri » cheffes offertes à contre - tems , èt oient des gages de foiblejje , bien pim que de libéralité. C’eft ainfi quil fçavoit faifir jufqu’aux moindres occafions d’animer les Soldats : 6c cette même nuit O ij 1 ïfirïrfi'S - , r. • ». i'ï ïflf * .fil h ■fl», Ml m P ttfllJl io* HISTOIRE DE LA CONQUESTE il doubla par tout fes corps- de-garde , quoyqu’il ne fut pas, vrai - femblable que les Mexicains euflent une armée toute prête pour attaquer fon camp $ mais il regardoit comme pofii- bîe tout ce qui pouvoit arriver. Et en effet , jamais un Capi- ne n’eut trop de ces foins que la vigilance infpire 5 Se fou- vent les heures qu’on croit qu’il donne au repos dans fon Ca- binet, font celles qui parodient le mieux emploïées quand il en fort. Le retour du Soleil découvrit une nouveauté conffderable,. qui fit naître quelque alteration dans nôtre camp. Les In- diens qui peuploient les barraques conftruites auprès des Ef- pagnols fous l’ordre de Pilpatoé , s’étoient retirez plus avant dans les terres -, Se il ne paroiffoit pas un feul homme en toute cette campagne. Ceux des Villages ou des Bourgs voifins qui apportoient des vivres tous les jours , cefferent auffi tout d’un coup d’en apporter : Sc ces commencemens d’une neceffité que la crainte fit fentir plutôt que l’effet, furent neanmoins fuffifans pour dégoûter quelques Soldats, qui commencèrent à regarder comme une témérité mal concertée , le deffèin de peupler un Païs fi fterile. Ces murmures haufferent le ton à quelques partifans de Diego Velafquez : ils' ne fe cachoient plus pour dire dans les conventions • Que Cortez jo'ûoit a les perdre ; & que fon ambition pu mit un vol que fes forces ne pou - voient Joûtenir. Qu’on ne pouvoir fauver du blâme de témérité , le deffein de fe maintenir avec fi -peu de monde , fur les terres d’un fi pu'Jfant Monarque. Jfuil faloit que tout te monde s* unit , pour crier que le retour ètolt ne affaire' en l'ifle de Cuba , afin de fortifier U flotte & l'armée ? & donner un fondement plus affûré à cette en- tre prife. Cortez bien averti de ces bruits , empioïa tous fes amis Sc fes confidens pour penetrer les fentimens des Soldats en ge- neral • ÔC il trouva que le plus grand nombre Se les plus bra- ves étoient de fon parti. Sur cette confiance, il permit aux malcontens de venir le trouver , pour luy rcprefciiter leurs raifons. Diego d’Ordaz porta la parole pour .tous les autres 5 de d’un air allez déconcerté Se chagrin , il dît au General : Ope les Soldats étoient defefperez , & en termes de franchir les bornes de l obeïffancc & de la d fctpline ; parce quils avoient en- tendu dire , qu'on parloit de fuivre cette entreprifs ou ils fe vQÏoient DU M E X ï QJJ E. LIVRE //. 109 engagez,: & qu'il faloit avouer que leur chagrin n et oit pus tout- à- fait dérai fonnab le ; puifque ni le nombre des Soldats , ni l'appareil des vaijfeaux , ni le fond des •vivres & de munitions , navoient aucune proportion avec le dejjein de conquérir un Empire fi puijfant , dr ime Ji va fie étendue. Jfge perfimne m' êtoit ajfc'f ennemi de foi- meme , pour vouloir fe facrïfier ait caprice d'autrui : qui il è- toit necejfaire que l'on fongeat à fe retirer à Cuba , afin que Die- go Velafquez > pourvut la flotte d‘ un renfort conflderable , & re< prit le dejfein de cette conquête , avec plus d'ordre & de for- ces. Cortez écouta la harangue > fans paroître choqué , ni de la dureté de cette proportion ,■ ni de celle du ffcile dont on luy parloitj & répondit à Ordaz d’un fang froid admirables Qu’il luy êtoit obligé de fon avis , parce quil navoit point encore apris le dégoût de fies Soldats : qu au contraire il croïoit qu’ils dé- voient être contens , & pleins de confiance , pufiqu en cette expé- dition ils navoient point encore eu de fujet de Je plaindre de U fortune '■> f ce n êtoit qu ils fujfent fatigue ^ de l'cxcez, de fes ca - reflfes. Qu un voïage fans traverfes , favorife de 1a mer & des vents $ des fucce \ ^ tels que leurs defirs même ne pmvoitnt s’en figurer de plus heureux s l'afjifiance du Ciel , qui s’ é toit déclaré pour eux a Coz,umels une grande victoire J Tabafco i le bon accueil & les ré- galés qu on leur av oit faits en ce P aïs la , n étaient pas des prin- cipes dont on dut attendre une conclufion fi de f agréable : attendu meme que l éloignement fait paroître les 0 b fade s plus grands quils ne font, & que ces monjires de l'imagination fe diffipent fouvent Ÿ quand on y porte la main. Néanmoins , ■ que fi les' Soldats avaient fi peu de confiance & de courage , comme on luy difoit , ce Jeroit une grande folie de compter fur leur fe cours , dans une entre prifie do cette nature. Quil faloit donc prendre fes me Jures pour retourner à l'îjle de Cuba ainfi quils luy propofoient : mais quil vmioit bien: leur avouer , quil fe trouvait forcé a cette rejetât ion par le confcil de fes amis 5 bien pim que par l' inclination des Soldats & du menu Peuple. Il ajouta encore d’autres paroles , par lef quelles il d-e farina la malice de cette fadion.de mutinez, fans leur îaifFer aucun fujet de la faire éclater jufqu’à ce qu’il p it fon tems pour les delà bu fer : & cet art de diiTimuler , dont on permet quelquefois le* bon ufage à la; prudence , fît voir qu’il feavoit fe relâcher quand il école nçceÆaire , pour re- O ü] no HISTOIRE DE LA CONQUESTE venir avec de plus grandes forces à l'execution de fes deffeins. {jfl&i fel I I r fif) É N.Ui :W , » i i : i 1} #1 CHAPITRE VI. On publie le retour en l'Jjle de Cuba. Les Soldats que Cortex, av oit mis dans fes interets font des protefla - tions contre ce retour . Le Cacique de TLempoala re- cherche V amitié des Bjfagnols * & on fonde la Ville de Fera Cru% Q uelques heures apres qu'Ordaz & ceux de fa cabale eurent prefenté leur requête à Cortez , il fit publier par le camp , que tout le monde fe tînt prêt à s’embarquer le lendemain au matin , pour retourner à Cuba : &. il donna, pour cet effet des ordres aux Capitaines , de remonter avec leurs compagnies fur les mêmes vaifleaux qu’ils avoient déjà commandez. Cette refolution ne fut pas plutôt divulguée parmi les Soldats , que ceux qui étoient prévenus & gagnez en faveur du General, s’émurent en criant : Que Corte^les avoit trompe ^ en leur faifant croire qu'ils alloient s établir en ce P aïs - là , & le peupler . Qu'ils ne vouloient ni le quitter , ni re- tourner a Cuba : ajoutant , que s'il avoit de fin de fe retirer , il pouvoit l'éxecuter, avec ceux qui avoient pris leurs mefures pour le fuivre. ^ue pour eux , ils ne manquement point de Comman- dant j & qu'il fe trouveroit encore quelque brave Cavalier qui voudroit bien en prendre la charge. Le bruit de ces difcours s’augmenta julqu’à ce point , que plufieurs de ceux que la fa&ion contraire avoit entraînez dans fes fentimens , revin- rent au parti du General. Ces gens crièrent plus haut que les autres 5 ôc les amis de Cortez , qui avoient foûlevé ce pre- mier mouvement, fe trouvèrent embaraflez à appaifer le der- nier. Ils approuvèrent leur réfolution, & offrirent d’en par- ler à Cortez , afin de l’obliger à fufpendre celle qu’il avoit prife pour le retour. En effet, ils partirent auffi-tôt pour aller le chercher , afin de ne laifiêr point refroidir cette DU MEXIQJJE. livre IL m nouvelle ardeur. Ils y allèrent, accompagnez de la plus gran- de partie des Soldats ^ 6c lorfqu’ils furent en fa prefence , ils luy dirent : Que toute V armée étoit frète a fè foûlever , a caufi d'une nouveauté fi fiurf venante. Us fe plaignirent ( ou feignirent qu’on fe plaignoit ) Qu une refolution de cette confequenee eût été frifie fans demander l'avù des Cafitaines . Ils appuïoient fur U honte & l'injure que le nom des Bfifagnols foujfriroit , en abandon- nant une entre frifie , an fini bruit des difficulté ^ qui fouvoient s y rencontrer, & en tournant le dos fans tirer l'ê fée. Ils reprefen- toient à Cortez ce qui étoit arrivé à Grijaiva : Que le chagrin de Vela[quez> avoit été fonds fur ce que Grijaiva n avoit fas fait d' établijfement dans le Fais qui! avoit découvert : Que c étoit le fu- jet que Velafquez, avoit fris , four traiter ce Commandant de Ut- che , & four luy oter la conduite de la flotte . Enfin 5 ils n’ou- blierent rien de tout ce qu’il leur avoit luy - même di&é . il les écouta comme des gens qui le furprenoient , en luy apprenant un incident tout nouveau. Cependant Cortez fit routes les façons qui étoient necelTaires. Il fe fit beaucoup prier d’accorder une chofe qu’il fouhaitoit pafîionnément : à la fin , témoignant qu’il fè rendoit , il dît : Qu il avoit été mal informé , farce que quelques ferfennes engagées bien avant dans l'intrigue d'une certaine faéïion* ( Il ne nomma perfonne, afin de paroître difcret. ) Ces gens luy avoient ajfûrè que les Soldats èî oient defilez , , & crioient qu il faloit abfolument abandonner ce Fais , & retourner a Cuba. Que comme il avoit donné dans cette refolution contre fin goût , & far fure comflaifance four les Sol- dats , il demeurer oit en ce Pais avec une fitisfaefion d'au- tant flus grande , qu'il les votait en des fentimens qui s' accordaient farfaitement avec le fervice du Roi , & l'obligation que de véri- tables Effagnols fe font , d' aimer l honneur flm que la vie : Mais qu'ils dévoient comfrendre qu'il ne voulait que des Soldats de bon gré ; & que la guerre n étoit foint un emfloi de forçats. Quainfi , quiconque trouveroit bon de fe retirer à Cuba , le fouvoit faire fans aucun obflade \ & que dés ce moment il donner oit ordre qu'il y eût une embarcation feure , & des vivres fréfarez, four tous ceux qui ne fe fentiroknt fas diffofiz, a fuivre volontairement fa fortune . Cette refolution fut reçue avec de grands applaudiüèmens. Le nom de Cortez retentît par tout s & on vîd des chapeaux voler en l’air de tous cotez , qui elt une maniéré dont les m histoire de la conqueste Soldats expliquent leur joie. Les uns la produisent comme ils la fentoient : les autres en montroient, pour ne fe pas mar- quer par une mauvaife diftindion * &: perfonne n’ofa contre- dire la propofition d’un établiffement. Ceux mêmes qui a. voient appuie les plaintes des mecontens , n eurent plus lahar- dieffe de fe déclarer. Ils firent des excufes à Cortez, qui re- çut leurs raifons fans les approfondir , refervant à s’en plaindre en une meilleure occafion. Il arriva en cemême-tems, que Bernard Diaz étant en fenti- nelle fur les avenues du camp , avec un autre Soldat , ils vî. rent cinq Indiens qui defcendoient d’une colline du côté du rivage de la mer , êc qui s’avançoient vers le camp. Comme ils parurent à ces deux Soldats en trop petit nombre pour donner l’alarme, ils les laifTerent approcher. Les Indiens s’ar- rêtèrent à quelque diftance , & firent les fignaux ordinaires pour marquer qu’ils venoient comme amis, & comme Ambaf- fadeurs vers le General de l’armée. Diaz les prit fous fa con- duite , laifïant fon compagnon au même pofle, à,deflein d’ob- ferver’ li ces Indiens n’étoient point fuivis de quelques troupes. Cortez les reçut agréablement , & donna ordre qu’on les ré- galât , avant que de leur donner audience. Il remarqua qu’ils paroi flbient être d’une Nation differente des Mexicains, à l’air le aux habits, quoyqu’ils euffent comme ces derniers les oreil- les & la levre percées, où ils faifoient palier de gros anneaux & des pendans , qui pour être d’or , ne IaifToient pas de les en- laidir. Leur accent étoit encore different j en forte que Ma- rine & Aguilar étant arrivez , on reconnut qu’ils parloient une autre langue que celle de Mexique : 6c ce fut un grand bonheur, qu’un d’entre ces Indiens entendit parlât cette derniere , avec quelque difficulté. Ce fut par fon organe qu’on apprit, qu’ils étoient envoïez par le Seigneur deZem- poala, Province qui n’étoit pas fort éloignée, pour vifiterde fa part le Chef de ces braves hommes , dont ils avoient fçû les exploits fi admirables dans la Province deTabafco. Que leur Cacique étant Prince guerrier, & aimant les hommes de cœur , luy demandoit fon amitié j infiltant fort fur cette efli- me que fon Maître faifoit des Soldats valeureux , comme s’il eût appréhendé que l’on n’eût attribué à la peur, des avances oui n’étoient que l’effet d’une inclination genereufe. ^ Cortez DU M E X I QJJE. LIVRE IL 115 Cortez reçut avec des démonflrations d’eilime 8c de joie , les offres d'amitié 8c de bonne correfpondance qu’ils Iuy fai- foienc de la part de leur Cacique. Il regardoit comme une grâce finguliere du Ciel, l’arrivée de ces Ambaffadeurs, en un tems où il y avoitfujet de fe défier des Mexicains : 8c elle luy .parut d’autant plus fignalée, qu’il apprit que la Province de Zempoala étoit fur le chemin qu’il faloit prendre pour aller en ce lieu que François de Montexo avoit découvert au long de la côte , 8c où il avoit deffein de porter fon camp , 8c de s’établir. Il fit quelques queflions à ces Indiens , pour s’infor- mer plus particulièrement du deffein 8c des forces de leur Cacique • 8c entr’autres chofes , il leur demanda : Pourquoy étant fi voifins , ils avoient tardé fi long- tems a luy envoler cette Ambajfiade ? A quoy ils répondirent : £)ue ceux de Zempoala ne communiquoient pas volontiers avec les Mexicains > dont ils ne fouf- jroient les cruautés qu avec horreur . Cette nouvelle plut fort à Cortez • 8c en pouffant plus a- vant la recherche , il apprit que Motezuma étoit un Prince violent, 8c extrêmement haï, àcaufe de fon orgueil infupor- table, 8c de fa tyrannie , qui tenoit fes peuples fournis par la crainte, bien plus que par le devoir: 8c qu’en cette partie de fon Empire, il y avoit quelques Provinces qui ne cherchoient qu’à fecoüer le joug. Dés ce moment, cet Empereur parut moins formidable au General : tous les artifices, 8c les voies par Iefquelles il pourroit accroître fes forces par le nombre des alliez, fe prefenterent confufément à fon imagination, 8c I’animerent extrêmement. Le premier moïen qui s’offrit , fut defe mettre du côté de ces Peuples affligez^ jugeant qu’il ne feroit ni difficile, ni déraifonnable , de former un parti con- tre un Tyran, entre des révoltez contre fes injuftices. C’efl ce qu'il fe propofoit alors, 8c qu’il éxecuta enfuite j confir- mant par cet éxemple cette importante vérité : Que les plus grandes forces des Monarques font fondées fur l’amour de leurs Sujets. Cortez dépêcha donc promtement ces Indiens, à qui il fit des prefens , pour marques de fon amitié , en leur promettant qu’il iroit bien-tôt luy-même rendre vifite à leur Maître, afin d’établir entre- eux une confiance récipro- que, 8c combatre à fon côté, autant de fois qu’il auroit befoin de fon affiflance. P îi 4 HISTOIRE DE LA CONQUESTE Le General avoir deffein de pafler par cette Province , pour aller reconnoître celle de Quiabiflan , où il vouloir fonder fon premier établiflement , fuivant le rapport qu’on luy avoir fait de la fertilité de ce P aïs- là. Mais il avoir encore un au- tre but , où il conduifoit infenfiblement les elprits : fur quoy il étoit important d’avancer la refolution qu’il avoit prife y de donner une forme au Gouvernement de la Colonie , fur le lieu même où ils étoient campez. Il communiqua cette pen- fée aux Capitaines qui étoient attachez à fes interets: êcaïant réglé avec eux tout ce qui pouvoit adoucir cette propofition, on aiïembla les Efpagnols , afin de nommer les Officiers qui dévoient leur rendre la juftice. La Conférence fut courte 3 ôc ceux qui fçavoient le fecret du General, emportèrent les voix. On nomma pour Alcaîdes, ou Chefs du Confeil Souverain Alonfe Hernandez Portocarrero , Ôc François de Montexoj, Regidores. pour* Confeillers Alonfe d’Avila , Pierre ôc Alonfe d’Alva- rado , &, Gonzaie de Sandoval. Jean d’Efcalante fut Algua- zil Major, ou Lieutenant Criminel : ôc on fit Procureur Ge- neral François Alvarez Chico. On nomma auffi un Greffier^ pour tenir les Regiftres du Confeil , êt d’autres petits Offi- ciers. Sur quoy, après qu’ils eurent tous fait le ferment or- dinaire de garder la raifon ôc la juftice , fuivant qu’ils y étoient fi 1 1 _ r : J X TTYio»-» /mi T? /-vi obligez , par le iervice qu’ils dévoient à Dieu ôc au Roi prirent pofieffion de leurs Charges avec les folemnitez accou- tumées j ôc ils commencèrent à les exercer , en donnant à la nouvelle Colonie le nom de la Villa, Ricca de V er a- CruT^ qu’elle a toujours confervé 5 au lieu où on fonda la Ville. Us 1 ap- pelèrent Ville Riche, à caufe de l’or qu’ils avoient vu en ce P aïs- là : ôc lenomdelaVraie-Croixluy fut donné, parcequ’ils étoient defcendus en terre le jour du Vendredi Saint , auquel on adore la Croix. Cortez affifta à ces fondions comme un particulier , entre les autres Habitans ou Bourgeois de la Colonie: ôc quoyqu’iî luy fût difficile de feparer de fa perfonne cette efpece de fu- periorité qui confifte en la vénération que le mérité attire, il vouloit autorifer les nouveaux Officiers , par le refped qu’il leur rendoit- afin de donner à tout le Peuple un exemple de i’obeïfiance qu’on leur Revoit. Sa déference étoit encore fon- dée fur une raifon de Politique. Il avoit befoin de l’autorité • . DU M E X I QJJ E. livre il. i, y de ce Confeil, 6c de la dépendance des Sujets $ afin que le b a-, de la Juftice, 6c la voix du Peuple pûflent remplir les vuides d: la Jurifdiétion militaire, qui reiîdoit en fa perfonne, en vertu de la délégation de Diego Velafquez. Mais comme ce Gou- verneur i’avoit révoquée, il trouvoit fon pouvoir appuie fur de trop foibles fondemens , pour en ufer comme il le fouhai- toit dans une entreprife de cette confequence. Ce defaut donnoit lieu à pîufieurs reflexions , parce qu’il étoit obli- gé de diflîmuler fouvent avec ceux qui étoient fous fon commandement j 6c il avoit un double embarras , de fon- ger à ce qu'il devoit commander , 6c aux moïens de fe faire obéir. CHAPITRE VIL Cortex , , dans la première af emblée qui Je tient à Ver a - Crux, y remnce à la Charge de Capitaine General que Diego Velafquez. luy avoit donnée . La Ville & les Habitans font une nouvelle élection de fa perfonne pour commander l'armée . A U matin du jour fuivant , on aflembla le Confeil , fous prétexté de traiter des moïens de conferver 6c d’aug- menter la nouvelle Colonie. Quelques momens après , Cor- tez demanda la permiflïon d’y entrer, dilànt qu’il vouloir pro- pofèr une affaire qui regardoit le bien public. Les Juges fe levèrent tous pour le recevoir : 6c luy , après avoir fait une profonde reverence d ces Seigneurs , qui reprefentoient le Corps de Ville, alla prendre fa place apres le premier Con- feiller, 6c fit un difeours d peu prés en ces termes: SE ï G N E V R S , ce Confeil , que Dieu par fa bonté nous a per* mis d'établir , reprefente U perfonne de notre Roi , d qui nous de- vons découvrir nos cœurs & nos penfées , & dire fans déguije - ment la vérité , qui eft de tous les hommages celuy que les gens qui aiment l honneur & la vertu luy rendent le plus volontiers . le parois donc devant vous , comme fi fétois en fa prefence , fans I „* HISTOIRE DE LA CONQUESTE avoiy d'autre vue que celle de fin Jervice ; fur quoy vous me fouffri - re7 l'ambition que fai de ne le ceder à perfonne. Vous êtes affem- blez, pour délibérer des moïens d'établir cette nouvelle Colonie , trop* beureufi de dépendre de votre conduites & fai cru que je ne vous importunerais pas , en vous propo fiant ce que j'ai médité fur ce fiujet , afin que vous ne vous arrêtiez, pas à des fiuppofitions mal fondées, dont le défaut vous obligerait a prendre de nouvelles con- clu fi on s. Cette Ville , qui commence aujourd'hui à s élever fous votre Gouvernement , efi fondée en un Fais peu connu & fort lé , ou nous avons trouvé des marques de r efi fiance qui fiujfi- fient pour nous perfiuader que nous fiommes engagez, en une entre - prifie penlleufie , ou nous aurons également befioin de la tête , & des mains 3 & ou fiouvent il faudra que U force achevé ce que la pru- dence aura commencé- Il ri efi pas tems d emploi' er la feule politi- que & les confie ils de firme 7^ : Votre premier foin doit être de con- ferver l'armée , qui nous fiert de rempart ; & mon premier devoir efi de vous avertir , quelle n'a pas tout ce qui luy efi necejfaire pour établir notre fureté , & foüienir nos efipefances. Vous fçavez, que je l'ai commandée , fans autre titre que la nomination de V e- lafiqueTy f , qui na pas été plutôt expédiée en ma faveur , qu'il La revoquee. le ri examine point ici , linjuftice de fis fiupçons & de fa défiance ; il ne s agit pas de cela : Mais on ne peut nier que la Iurif- diclion militaire dont nous avons tant de befioin , ne fubfifie plus en ma perfonne , que contre la volonté de celuy qui pouvoit en difpo- fier j ainfi elle ri efi plus fondée que fur un titre forcé , qui porte avec foi la foiblejfe du principe dont il vient. Les Soldats ri igno- rent pas ce défaut. le ri ai point le cœur ajfez, bas , pour exercer en commandant , une autorité fans vigueur & pleine de ficrupules 5 & l'entre frifie que noui avons faite , ne doit point s'entamer avec une armée qui ne fie maintient dans lobeïjfance que par habitude , plutôt que par rai fin. C'efi à vous , Seigneurs , qu'il appartient d'apporter le remede necejfaire a cet inconvénient. V otre ajfemblée , qui reprefiente la perfonne du Roi , peut en fin nom, pourvoir au commandement de (es troupes , en choifijfant un fiujet qui riait point contre foi ces défauts de pouvoir. Il y en a plufiturs en cette ar- mée dignes à' un fi bel emploi ; & il fera plus légitimé-, en quelque perfonne que ce fioit , qui tiendra fion autorité par une antre voie , ou qui la recevra de vôtre main. Pour moi, dés ce moment je me dépouille de tout le droit qui a pu m en invefiir , ç? je renonce DU M E X I Q_U E. LIVRE il. 117 entre vos mains , au titre qui me La acquife , afin de vous laijfer toute la liberté du choix que vous deve'Jfaite , & de vous affeurer que toute mon ambition fe borne au bon fucceT^di cette entreprife , & que fans me faire aucune violence , cette main qui a porté le bâ- ton de General , fçaura fort bien fefervir de la pique , ou de la lan- ce ,• puifque fi on apprend d commander en obeïjfant â la guerre , il y a auffi des occafions ou le commandement eft V école de lobeïjfance . Il finie en jettant fur la table les Provisions qu’il avoit de Diego Velafquez 3 ôc apres avoir baifé le bâton de General, qu’il mit entre les mains d'un des Chefs du Confeil , il fe re- tira à fa barraque. L’incertitude de l’évenement ne devoit pas luy eau- fer beaucoup d’inquietude en cette a&ion 5 car il avoit pris fes mefures d’une maniéré qui laifToit peu de prife au ha- zard : neanmoins ,. il faut avoüer qu’il y a quelque chofe de noble & de fier en cette adrefle dont il fefervit, pourrejetter une autorité qui n’avoit plus ni force ni bien feance. Le choix d’un General ne balança pas long.tems dans le Confeil : quel- ques uns y étoient entrez fort bien préparez fur ce fuje?: 3 Sc les autres n’avoient rien à oppofer. Toutes les voix allèrent donc à recevoir la démiffion de Cortez 3 mais à condition de l’o- bliger à reprendre le Commandement general de l'armée • Que le Confeil fouverain de la Ville luy en donneroit les Pa- tentes au nom du Roi, jufqu’à ce que fa Majefté eût décla- ré fa volonté & qu’on feroit part au Peuple de cette élec- tion , pour voir comment il la recevroit 3 ou plutôt, parce qu’on ne doutoit pas que ce ne fût avec agrément. Le Peu- ple afîémbîé par la voix du Crieur public, apprit la renon- ciation de Cortez au titre de General , & l’arrêté du Confeil fur ce fujet. Ce dernier article fut reçû avec tout Tapolau- diflement que l’on avoit ou efperé, ou pratiqué. Quoyqu’il en feit, la joie éclata par de grandes acclamations : les uns fe- lieitoient les Seigneurs du Confeil de leur bon choix: les au- tres demandaient Cortez pour General, comme fi on le leur eût refufé 3 & s'il y en eût quelques-uns qui ne priûént point de parta la joie publique, leurs cris ne laifFoient pas d’en don- ner des marques , quoyque feintes , ou du moins ils clier- choient quelque pretexte à leur ûîence. Âpres cette diligen- ce f les Chefs du Confeil & les Confeiliers > accompagnez de P ûj f* Vîr ^;i 3Ëtëfc 1 1 8 HISTOIRE DE LA CONQUESTE la plus grande partie des Soldats, qui reprefentoient le Peuple, allèrent à la barraque d’Hernan Cortez, où ils Juy fignifierent : Que la Ville de *Vera Cruz, , au nom du Boi T>om Charles , ïavoit élu & nommé pour Gouverneur & General de l'armée qui et oit en la Nouvelle Efipagne , en pleine ajfiemblée de fin Confiai , avec U connoijfiance & l'approbation de tous fies Habitant 5 & en tant que befioin fier oit > elle le requeroit , & luy ordonnât de fie charger de cet emploi , puifique cela ïmportoit au bien public de la Ville , & au fier- vice de fia Uajefié. Cortez reçut cette nouvelle Charge avec beaucoup de ci- vilité , 6c même de refped.. Il l’appella toujours nouvelle } afin de marquer par le nom même , la différence qu’il faifoit dé celle-ci à l’autre, à laquelle il avoit renoncé. Dés ce mo- ment il commença à donner les ordres , avec un certain ca- ra&ere de grandeur êc de confiance, qui fit bien- tôt im- preffion fur Mprit des Soldats, pour les porter à l’obeïfTance. Les partifans de Velafquez témoignèrent peu de prudence en cette occafion:ils ne prirent aucunes mefures pour couvrir leurs pallions , êc ils ne fçûrent pas ceder au torrent qu’ils ne pouvoient retenir. Ils tâchoient de ruiner l’autorité du Con- feil , & en même-tems le crédit du General , en blâmant fon ambition , êc parlant avec mépris de ces miferables abufez , qui n’en penetroient pas le fond. Comme le murmure a un venin caché , êc je ne fçai quel droit d’autorité fur l’efprit de ceux qui l'écoutent, celuy ci faifoit un progrez fort dange- reux dans les converfadons , où il ne manquoit pas de gens qui le recevoient, êc le pouiloient en avant. Cortez fit ce qu’il put afin d’arrêter ce mal dés fa naiifance, appréhendant qu’il n’entraînât les efprits qui étoient en mouvement , ou qu’il n’y mît ceux qui étoient aifez à ébranler. Il avoir éprou- vé que fa patience n’étoit d’aucun ufage en ces occafions, ÔC que les voies de la douceur produifoient un effet tout contrai- re , êc rendoient le mal plus dangereux : ainfi il fe refolut à fuivre celles de la rigueur, qui font toujours les plus puiffan- tes contre les infolens. Il fît donc arrêter êc mettre aux fers dans les vailleaux , où ils furent conduits, Diego d’Ordaz , Pedro Efcudero , êc Jean Velafquez de Leon. Ce châtiment porta la terreur dans l’efprit de tous les Soldats j êc Cortez trouva bon de l’augmenter, en difant avec une fermeté intre- D ü M E X I QJJ E. livre il. ii 9 pide : Jjhtil les av oit fait prendre comme fediticux & perturbateurs du repos public 5 & qu il leur fer oit faire leur procez , , jufqud ce que leur tète eut répondu de leur opiniâtreté. Il fe maintint du- rant quelques jours dans cette feverité feinte , ou vérita- ble , lans les pouffer en Juftice 5 parce qu’il fouhaitoit de les corriger , plutôt que de les punir. D’abord on leur retran- cha toute forte de communication , qu’on leur permit au bout de quelques jours , par la permiffîon du General , qui ne paf- foit neanmoins que pour une fimpie tolérance. Il (h fervit a- droitemènt de cette voie pour leur détacher quelques-uns de fes confidens , qui les ramenèrent infenfiblement à la raifon ; en forte que les chagrins étant difiipez de toutes parts , ils de- vinrent les plus- fideles amis de Cortez , 6c des plus ardens à combatre auprès de fa perfonne , en toutes les occafions qui fe prefenterent. CHAPITRE VI IL L'armée marche pour aller à Ghiiabiflan , & pajfe par Zempoala , ou le Cacique reçoit les Bjpagnols avec beaucoup d’honneur . On a de nouvelles connoijfances de la tyrannie de Motexuma. A Uffi- tôt que le General eût fait arrêter ces prifonniers , il commanda Pierre d’AIvarado avec cent hommes , pour aller reconnoître le païs , & chercher des vivres , parce qu’on commençoit à fentir le befoin qu’on avoit de ceux que les In- diens apportoient à l'armée. Ce Capitaine avoit ordre de ne faire aucune hoftilité, & de n’en venir point aux armes, d moins que de s’y voir forcé par la neceffité de fe défendre. Il eut le bonheur d’éxecuter ces ordres fans beaucoup de peine, parce qu’il n’aila pas loin fans trouver quelques Villages ou Hameaux , dont les Habitans avoient laiiïé l'entrée libre, en fe retirant dans les bois. Les maifons abandonnées de leurs maîtres étoient fort bien garnies de rnaiz, de poules , &c d’au- tres provisions : de les Soldats , fans faire tort aux édifices ni aux meubles , prirent feulement les vivres dont ils avoient be- no HISTOIRE DE LA C O N QUE STE foin , commes chofes acquifes par le droit de la neceffîté 5 6c ils revinrent au camp , chargez de contens. Cortez, fans perdre de tems, donna fes ordres pour faire marcher l’armée , fuivant le deffein qu’on avoir pris. Les vaif- feaux mirent à la voile, pour aller à Quiabiflan j 6c l’armée fui vit par terre le chemin de Zempoaia. Elle avoit à droite la cote de la mer j 6c l’on fit quelques détachemens pour re- connoître la campagne, afin de prévenir tous les accidens qui pouvoient arriver en un Pais , où la confiance étoit une négli- gence condamnable. Ils fe trouvèrent en peu d’heures fur les bords de la riviere de Zempoaia, proche de laquelle on bâtit depuis la Ville de Vera-Cruz. Comme cette riviere étoit profonde , il falut raffembler quelques canots ou bateaux de pêcheurs, que l’oji trouva fur la rive , où l’armée paffa , en laiflânt nager les che- vaux. Cette première difficulté étant furmontée , les Efpa- gnols arrivèrent à un Bourg, qu’ils reconnurent dans la fuite être de la Province de Zempoaia. Ils prirent à mauvaife au- gure de voir que les maifons étoient vuides , non feulement d’Habitans , mais encore de vivres 6c de meubles 5 ce qui marquoit une retraite préméditée , 6c faite avec ordre. Iis avoient feulement laiffé dans leurs Temples quelques Ido- les , avec des inflrumens, ou couteaux de bois garnis de pier- res à fuzil -, 6c en quelques endroits , de miferables reftes de la peau des vi&imes humaines qu’ils avoient facrifiées , 6c qui caufoient en même - tems de la pitié 6c de l’hor- reur. Ce fut en ce lieu que Pon vid pour la première fois, non fans admiration , les livres des Mexicains , dont nous avons déjà parlé. Il y en avoit trois ou quatre dans ces Temples, qui contenoient fans doute les ceremonies de leur Religion. Ces livres étoient de toile , enduite d’une efpece de gomme, ou de vernis. Leur figure étoit comme celle des anciens ti- tres, compofez de plufieurs peaux de parchemins fort larges, 6c collez enfemble. Ils plioient cette toile, en forte que cha- que double faifoit une feüille , 6c tous enfemble compo- foient le volume. Ils paroifToient , autant qu’on en pût ju- ger, à la vûë , écrits de tous cotez , ou plûtôt grifonnez de cette efpece d’images 6c de chiffres , donc les Peintres de Teutilé ■ DU MEXI QJJ E. LIVRE il ni Teuti’é avoient donné une connoiÆance bien plus par- Faite. L’armée logea dans les maifons les mieux bâties. On pafFa la nuit avec quelque incommodité, aïant les armes prêtes, 6c fur toutes les avenues de bonnes fentinelles , qui pûiTent aflurer le repos des autres par leur vigilance. Le lendemain on reprit le même ordre de marche par le chemin le plus fraie , qui defcendoit vers le Couchant , en s’écartant un peu de la côte de la mer. On ne trouva en toute la matinée, perfonne dont on pût prendre langue, 6c rien qu’une folitude fufpe&e, dont le ftlence donnoit beaucoup à penfer. Enfin , à l’entrée d’une très belle prairie, on découvrit douze Indiens qui ve~ noient chercher le General, chargez d’un regale de poules, 6c de pain de mayz , que le Cacique de Zempoala Iuy en- voïoit, avec de très- humbles prières de ne laifler pas de ve- nir dans fon Bourg , où il avoit fait préparer des logemens pour toute l’armée , êc où il efperoit le traiter avec plus d’a- bondance 6c d’honneur. On apprit de ces Indiens , que le lieu de la refidence du Cacique étoit éloigné de celuy où iis étoient, d’un Soleil, c’ell à dire en leur langue, d’une journée de marche : car iis ne connoifToient point la divifion de l’efpace en lieues j 6c iis mefuroient les diftances par le mouvement du Soleil, en comptant le tems, 6c non les pas du chemin. Cortez témoigna qu’il eflimoit extrêmement le regale du Cacique 3 6c il luy renvoïa fix Indiens, retenant les autres pour luy fervir de guides , 6c pour tirer d’eux quelques lumières de ce qu’il defiroit fçavoir 3 ne fe fiant pas encore à ces démonftrations d’honnêteté, qui paroifïoient d’autant moins afTûrées , qu’elles étoient imprevûës. L’armée palFa la nuit dans un Village de peu de maifons , dont les Habitans parurent fort emprefïez à bien traiter les Efpagnols. Leur confiance 6c leur tranquillité firent juger que cette Nation fouhaitoit la paix : 6c les conjeébures ne fe trouvèrent pas faufTes , quoyque l’efperance fe flatte quelque- fois en de pareilles occafions. L’armée partit le matin , mar- chant vers Zempoala, fous la conduite de fes guides, qu’on ne fuivoit pourtant qu’avec toutes les précautions necefîaires. Sur le loir, à la vûë du Bourg, vingt Indiens équipez fort galamment à leur maniéré ? fortirent pour recevoir le Gene«» ni HISTOIRE DE LA CONQUESTE ralj & après avoir fait toutes leurs ceremonies, ils luy dirent? Jpue leur Cacique n'avoit pu venir avec eux , farce qu'il êtoit in- commodé : Qu'il les avoit envoïez, pour luy en faire fes compli- mens ; <ÿ* qu'il l'attendoit > avec beaucoup d'impatience de connol- tre des hôtes , dont la valeur faifeit tant de bruit , & de les re- cevoir dans fon amitié , comme ils étoient déjà dans fin inclina- tion . . Le Bourg étoit grande peuplé, en une très- belle fituation y entre deux ruiffeaux qui arrofoient une campagne très. fertile. Ces ruiffeaux venoient d'une montagne peu éloignée , d’une defcente aifée 6c couverte d’arbres. Les maifons étoient de pier- re, couvertes 6c crépies d’une maniéré de chaux blanche, lui- fante 6c polie, dont l'éclat faifoit un fpe&acle fort brillant aux yeux : en forte qu’un des Soldats détachez revint avec précipitation au gros, criant: £ïue tes murailles étoient d'argent. Cette vifion réjoüit beaucoup toute l’armée ^ 6c tel donna de- dans de tout fon cœur , qui fut après cela le premier à fe railler de la bévue de cet homme. Toutes les rues 6c les places publiques étoient remplies d’indiens , accourus pour voir l’entrée, en très -grand nom- 1 bre , fans aucunes armes qui pû fient donner du foupçon , 6i fans faire d’autre bruit que celuy qui naît ordinairement d’une grande multitude de peuple afTemblé. Le Cacique fortit à la porte de fon Palais. Son incommodité étoit une groffeur pro- digieufe, qui ne rembarraffoit pas moins qu’elle le défigu- roit. Il s’approcha avec peine, appuie fur les bras de quel- ques Indiens des plus nobles , du fecours defquels il paroifToit tirer tout fon mouvement. Sa parure étoit , une mante de coton fur ce gros corps tout nud : la mante enrichie de plufieurs joïaux 6c pierres fines qui pendoient en plufieurs en- droits, ainfi que de fes oreilles 6c de fes levres. Prince d’une tres- curieufe figure , dont le poids s’accordoit fort bien avec la gravité. Cortez eut befoin de toute la fienne pour empêcher les Efpagnols d’éclater de rire : 6c comme il avoit auffi à tra- vailler fur foi , il ajouta une feverité forcée , en donnant cet ordre. Mais à peine eût-on entendu le raifonnementdu Ca- cique , lorfqu’il embraffa le General , 6c qu’il falüa les au-; très Capitaines, qu’on reconnut fon bon efprit, 6c qu’il ga- gna par les oreilles ce que les yeux luy refufoient* Son dif- DU MEXIQJJE. livre il. 123 cours étoit juiie & concerté. II trencha Tes complimens en peu de paroles , qui marquoient beaucoup d’honnêteté & de difcretion 5 & conclut en difant au General : Jjhtil fie re- tirât en fin quartier pur prendre du repos , & faire les lo- gemens de fon armee : fifiil mit luy rendre vifite , afin de conférer enfemble plus commodément de leurs interets com- muns. Ces logemens étoienr préparez fous des portiques ou vef- tibules de plufieurs maifons , qui occupoient un allez grand efpace , où tous les Efpagnoîs trouvèrent moïen de fe lo- ger fans embarras , & où on leur fournit abondamment les chofes donc ils avoient befoin. Le Cacique envoïa annon- cer fa vifite par un prefent de bijoux d’or , & d’autres cu- riofitez, qui valoient bien deux mille marcs d’or. Il fuivic de prés fon prefent , accompagné d’un fuperbe cortege, fur une efpece de lit de repos que fes principaux Officiers por- toient fur leurs épaules 5 ôc fans doute les plus robulles étoient alors les plus dignes de cette marque d’honneur. Cortez ac- compagné de tous fes Capitaines , alla le recevoir hors la porte de fon logis • êt luy donnant par tout le pas & la main , il le conduifit en fon appartement , où il ne retint que fes Truchemens , parce qu’il vouloit luy parler en fe- cret. Après le difeours accoutumé fur les motifs de fon ar- rivée en ce Païs , la grandeur de fon Roi, & les erreurs de l’Idolâtrie , il ajouta : £hfun des principaux emplois de U va- leur des Soldats quil conduifiit , étoit de détruire l'injufiiee , de châtier U violence , & de fe ranger du parti de la jufiiee & de la raifon. Il toucha cet article de propos délibéré , par- ce qu’il pretendoit mettre le Cacique fur la plainte contre Motezuma , & voir ce qu’il pouvoit attendre de fon mé- contentement , fuivant ce qu’il en avoit appris. D’abord le changement qui parut fur le vifage de l’Indien, fit connaî- tre au General , qu’il avoit mis le doigt dans la plaie : mais avant que de répondre f il fit paroître par fes foûpirs , qu’il avoit de la peine à déclarer fes maux. Enfin la douleur l’em- porta j êc en déplorant fa mifere il dît : Jfue tous les Caciques de cette contrée fe trouvoient dans un efilavage honteux & mifi~ rable , gemijfant fous le poids des cruauté ^ & de la tyrannie de Uotezjuma , fins avoir ni ajfiz, de force pour s en tirer , ni QJj niny rfW 124 HISTOIRE DE LA CONQUESTE aJfeT^ de raif&n pour imaginer le remede qu'il y faloit apporter . Qu’il fe fai J oit adorer & fervir par fes vajfaux , comme un de leurs Dieux 3 & qu'il vouloit quon révérât fes injujliccs & fes violences , comme des arrêts du Ciel . t Qjfil nofoit pourtant pas luy propofer une entrepnfe aujji dangereufe qu'étoit celle de fecou- rir ces pauvres affligez. ; parce que Motezuma avoit trop de forces , & que Cortez avoit trop peu de fxjet de leur être obligé , pour je déclarer ennemi d un Prince fi pm (fiant : & que ce fier oit ignorer les loix de l'honnêteté , que de prétendre acquérir fion amitié , en luy vendant â un fi haut prix le petit firvice quil luy avoit ren- du. Coïtez entreprit de le confoler , en luy difant : jpfiil craignoit peu les forces de Motezuma , parce que les fiennes é- toient favori fée s du fecours du Ciel , & avoient un avantage na- turel fur les Tyrans : mats que comme il étoit obligé d'aller À Jpuiabifiati , ceux qui fe fini oient opprimez par quelque violen- ce , le trouver oient en cet endroit , en cas qu'ils eujfent la rai- fon de leur coté , & qu ils voulurent ï a ppuïer du fecours de fies armes , Jffiil pourvoit cependant communiquer cette propofition d fies amis çff â fies confédéré en les ajfieurant que MoteTpjma cef- firoit de les infulter , ou ne le pourrott faire , lorfique luy & fes Soldats nui oient entrepris de le protéger. Ils fe feparerent fur cette ailûrance 5 & Cortez donna auffi-tôt les ordres pour fuivre fa marche, aïant gagné le cœur, &; 1’efprit du Caci- que , & Tentant en luy- même une extrême joie de voir cet heureux acheminement à fes defleins, qui fortant alors, pour ainfi dire, des efpaces imaginaires , commençoient à paroître. poffibles. DU M E X I QJJ E. LIVRE II. rrj CHAPITRE IX. Les Efpagnols vont de Zempoala a Jéfuiabijlan. Ce qui fe pafie a leur entrée dans cette Ville , ou ton efl en* core infirmé du mécontentement de ces Peuples . Cortec^ fait arrêter fix Officiers de CMote%uma. L Es Efpagnols croient fous les armes, prêts a partir , lorf* que quatre cens Indiens , fe prefenterent pour porter leurs valifes 6c leur bagage, 6c pour ai 1er à conduire l'artil- lerie. Ce fecours fut d’un grand foulagement aux Soldats ° 6c ils le regardoient comme une grâce particulière du Caci! que , jufqu’à ce que l’on apprit de Marine, que c’étoit un ufage reg'é, que les Seigneurs affiftaflent les armées de leurs alliez de cette efpeee de fommiers , qu’ils appelloient Tamene f, qui étoient accoutumez à marcher cinq ou Ex lieues avec leur charge. Le Païs que l’on découvrit en marchant , étoit fort agréable 6c riant, couvert en quelques endroits d'arbres, dont l’extrême hauteur faifoit un fpe&acle admirable 3 6 c en d’autres, de toutes fortes de grains , femez 6 c cultivez avec foin. Cette vue réjouit les Efpagnols , qui s’eftimoient trop heureux de voïager en un E beau païs. Au coucher du Soleil ils trouvèrent un Hameau abandonné, où ils fe logèrent, afin d’éviter Tinconvenient d’entrer de nuit dans Quia- biflan , où ils arrivèrent le lendemain à dix heures duiîm tin. On découvroit de loin les maifons de ce Bourg , allez en- tendu , fur une hauteur de rochers qui fembloient luy fervir de murailles, dans une Etuation très -forte par fa nature, dont toutes les avenues étoient étroites , & en pente fort roide : &; quoyqu’elles ne fulTent défendues de perfonne , 011 ne îaiEa pas d’y monter avec allez de peine. Le Cacique 6c les Habitans s’étoienc retirez , pour s’éclaircir de loin de l’intention de nos gens 5 6c l’armée s’empara de tous les pof- tes , fans trouver perforine dont on pût tirer quelque connoif. fance , jufqu’à ce qu’une compagnie arrivant à la place , où QJ>j ixG HISTOIRE DE LA CONÇU! ESTE les Temples étoient bâtis, il en fortit quatorze ou quinze Im diens, en équipage de grands Seigneurs à leur maniéré. Ces gens, apres un long préludé de reverences êc de parfums , s’approche, rent , affectant de paroîcre en même-tems civils & aflürez,& de déguifer leur crainte en refped 3 mouvemens aifez à confon- dre, par leur reffemblance. Cortez les raffiira entieremenr, par fes caredes. Il leur fit prefent de quelques bagatelles de" verre peint de bleu ou de verd , dont ceux qui en connoif- foient la jufte valeur , ne laiffoient pas alors d’en eftimer beau- coup l’ufage. Après que ce regale leur eût ôté toute la fraïeur qu’ils difîmiulpient, ils dirent: Que leur Cacique sètoit retiré par un dejfein prémédité , de crainte d'attirer la 'guerre en défendant Centrée de fa Ville , ou de bavarder fa ptr forme , en U confiant a une Nation qu'il ne connoiffoit pas , & qui venoit le trouver les armes a la main. Jfiuil n'avoit pu retenir fes Sujets épouvantez, par cet exemple , (fi moins obligez que luy d'attendre le fer il. Jjue pour eux, qui et oient bien audeJJ'us du vulgaire , & qui dévoient avoir plus de cœur , ils av oient offert de s y exfofier. Mats qu'au moment que le Cacique & fis Sujets apprendroient U douceur & Chonnétetè de leurs botes , qu ils honoroient . déjà beau - coup , ils reviendroient dans leurs maifions , é‘ fie feroieqt un hon- neur & un plaifir , de fervirdefi braves gens, & de leur obeïr en tout - Le General leur donna toute forte d’affûrance : & d’abord qu’ils furent partis , il commanda à tous les Soldats de laiffer pader librement les Indiens , dont la confiance parut bien- tôt, en ce que quelques familles revinrent dés la même nuit * &: peu de tems après , la Ville fut repeuplée de tous fes ha- bitans. Le Cacique arriva le dernier. Il amenoit celuy de Zempoa. la pour être fon prote&eur 5 & ils étoient tous deux portez par leurs Courtifans , fur une efpece de lit de repos. Zem- poa la fit desexeufes fort adroites pour fon voifin 3 après quoy ils tombèrent d’eux mêmes fur les plaintes contre Motezffma, reprefentant vivement , & quelquefois avec des larmes, les tyrannies & les cruauteT^de ce Prince , Copprejjion de fies Peuples , & le defefpoir de fia Noblejfe . A quoy Zcmpoala ajouta cette conclu fion : Ce monflre efl fi fiuferbe & fi fier 3 qu après nous avoir appauvris (j épuifef par fies impôts , s enrichijfant de notre mifire , il veut encore entreprendre fur L'honneur de fis Vajfaux , en nous DU M £ X I QjJ E, livre IL 127 ôtant far force nos files & nos femmes , afin de fouiller de no- tre fang les Autels de fes Dieux , après avoir fa en fié ces in- fortunées vUtirnes > a d’autres ufages plus cruels & moins hon~ nètes. Cortez tâcha de les confoler, &: de les difpofer à faire une étroite alliance avec luy. Comme il s’informoic de leurs forces , & du nombre de ceux qui prendroient les ar- mes pour maintenir la liberté. , il vid entrer deux ou trois Indiens fort effraïez , qui parlèrent à Poreille aux Caciques . ce qui les jetta dans un trouble h violent , qu’ils fe levèrent auffi-tôt, pâles & éperdus, & ils fortirent fans prendre con- gé , ni achever leur difeours. La caufe de leur émotion pa- rut bien-tôt, iorfqu’on vid palier par le quartier même des Efpagnols , fix Minières de Motezuma , de cette efpece de Commifiaires ou Intendans qu’il envoïoit par tout fon Roïau- me pour recueillir les tributs. Ils étoient richement parez de plumes, & de joïaux d’or en pendans, fur des mantes de co- ton très- propres & très- fines , fuivis d’un grand cortege de ferviteurs , dont quelques-uns tenoient au - deflus d’eux des parafols de plumes , qu’ils remuoient fuivant qu’il étoit ne- cefîaire, pour donner à leurs Maîtres, par ce mouvement of- ficieux , Pair l’ombre en même-tems. Cortez , accompa- gné de fes Capitaines , fortit pour les voir , à la porte de Ion logis • & ces Indiens pafTerent fans luy faire aucune ci- vilité d’un air mêlé de colere êc de mépris. Cette fierté émût la bile des Soldats*, êc ils Pauroient châtiée fur le champ, fi le General ne les avoir retenus , fe contentant alors d’en- voïer Marine, avec une efeorte fuffifante , afin quelle s’infor- mât des intentions de ces Miniftres, On apprit par cette voie , que les Mexicains a voient éta- bli le Siégé de leur Audience en une des maifens de la Ville, où ils avoient fait citer les Caciques. Qu’ils leur avoienr fait en public des réprimandés très- aigres de leur infolen- ce , pour avoir reçu dans leurs Villes une Nation étran- gère , ennemie de leur Roi. Qu’afin d’expier cette fau- te énorme , il leur commandoit de fournir outre le tri- but ordinaire , vingt Indiens propres à être fàcrihez aux Dieux. Sur cet avis , Cortez envoïa quérir les deux Caciques par nS HISTOIRE DE LA CONQUESTE quelques Soldats, qui avoient ordre de les amener fans bruit. Lorfqu’ils furent arrivez , il leur fit croire qu’il avoit péné- tré le fond de leurs penfées , afin d’autorifer par ce myflere, h proportion qu’il vouloir leur faire , en ces termes: Jïuil fç avoit déjà la 'violence de ces Intendans , qui prétendoient leur impofer un nouveau tribut fur le fang humain , fans quils euff.nt commis aucun crime , mais feulement reçu & logé fon armée. Qu'il n étoit plus tems d'endurer de femb labiés abominations : & que pour luy , il ne fujfriroit pas qu on éxecutàt devant Je s yeux , des com- mandement qui donnoient tant d'horreur. Au contraire , quil leut ordonnoit abfolument , d'ajjembler leurs troupes , & d' aller prendre ces infâmes Miniflres. Qjd il prenoit fur fon compte , Cr fur la valeur de fes Soldats , la défnfe d'une dtion quils entreprenaient par fon ordre . Les Caciques furent embarraflez. Ils refufoient de pren- dre part à cette éxecution , aïant le cœur 5c i’efprit abatus par l’habitude des foufFrances, prêts à baifer les verges dont on les foüetoit. Neanmoins, Cortez redoubla fon comman- dement , avec tant d’autorité , qu’ils n’oferent defobeïr 5 5c ils allèrent fe faifir des Miniflres de Motezuma, avec extrê- me joie de tous les Indiens, qui applaudifToient à cette adion. On leur donna une efpece d’entraves ou de fers , *clont ils fe fervoient dans leurs priions , 5c qui étoient fort incommodes: car ils ferroient la gorge du prifonnier » 5c l’obligeoient à fou- lever à tous momens les épaules , contre la peiantéur du far- deau , afin de fe donner la liberté de refpirer. Les Caciques vinrent étaler à Cortez leur zele 6c leur vigueur en cette ac- tion, d’une maniéré qui avoit quelque chofe de fort plaifanr. Ils proteiloient de leur faire fouffrir ce jour-là même , le foppiice qui étoit ordonné contre les traîtres • 5e voïant qu’on ne vouloir pas le leur permettre , ils demandèrent au moins , qu’ils pûfTent les facrifier à leurs Dieux , comme s’ils leur eufîent fait une grande grâce. Cortez s’aflûra des prifonniers , par un bon corps de garde de Soldats Efpagnols, 5c revint à fon logis. Il fit de longues reiiexions fur les moïens qu’il devoit choifir , pour fe ti- rer de l’embarras dans lequel il étoit entré , en promettant aux deux Caciques de les protéger contre le péril qui les menaçoit , pour avoir obeï à fes ordres : car il ne vouloir pas rompre DU M E X I QJÏ E. lïVÊE II. n 9 Tompre abfolument avec Motezuma , ni perdre entièrement fa confiance j mais feulement luy donner de la crainte de la jaloufie. Ce n’étoit pas une bonne voie pour arrive*r à ce but , que d’appuïer de fes armes la delicateffe de quelques Vaffaux mécontens de leur Prince , fans être provoqué par un nouvel outrage , 6c de fermer toutes les ouvertures au raccommodement fans aucun precexte. D’ailleurs , il regar- doit comme un point de la derniere importance , la neceffi r té. de maintenir un parti formé contre l’Empereur , afin d’en & de luy témoigner fa recon - noiffance des foins qu'il avoit- pris , de luy renvoïer fes deux Ser- viteurs, en les tirant d'une fi rude prifion . Que l'offre qu'il luy avoit faite , d'en ufer avec la meme generofité a l'égard des autres, avoit été reçue de fa part avec une extrême confiance. Neanmoins y. quil ne pouvait s'empêcher, de fi plaindre aimablement > de ce qu'un homme fi brave & fi raifionnable pouvait s'accorder à vivre entre. i34 HISTOIRE DE LA CONQUESTE des révoltez , , dont l'infolence croiffoit à l’ombre de fes armes, fihî 'ap- pâter la hirdiejje des traîtres , et oit à peu près la meme chofe qu'approuver U trabijon. C èfi pourquoy /' Empereur luy demandoit qu’il s'éloignât du Païs , afin quil y put faire tomber le châtiment que des rebelles méritent . Ope l'amitié qu’il luy portoit l'obligeoit encore a luy donner un avis : fififil ne Jongeât pas à venir d fa Cour , â caufi de la grandeur des obflaclcs & des périls qui traver - fient cette entreprife. Ils s’étendirent fur cette derniere confi- deration , avec une abondance de raifons qui avoient toujours l’air my fterieux -, êt l’on voïoit bien que c’étoit là le principal ar- ticle de leur inflru&ion. Cortez fit de grands honneurs à ces Ambafladeurs, & témoi- gna qu’il eltimoit beaucoup la richeiïedu prefent. Avant que de faire réponfe, il commanda qu’on amenât les quatre In- tendans prifonniers , qu’il avoit eu la précaution de faire ve- nir. Ils le remercièrent du bon traitement qu’on leur avoit fait fur les vaifleaux : & le General les remit entre les mains des AmbafTadeurs, afin de les difpofer par cette adion, à luy donner une audience favorable. Apres quoy il leur dît : Que par la liberté quil donnoit aux Minifires de Mote^uma , la faute des Caciques de Zempoala & de fiuiabifian devoit être expiée , & luy fort heureux de trouver cette occafion de fgnaler fin zele pour f Empereur, & luy donner ce premier témoignage de fin obeïjfince . Qujl avoùoit de bonne foy , que la prife des Intendant avoit été une ail ion trop hardie , quoy quelle fe put ex eu fer par la violence de ces Minifires , qui non contons des tributs ordinaires dus a fa Couronne } demandaient de leur propre autorité vingt Indiens , def tinez, a mourir miferablement dans leurs facrifices. Qu'une f cruelle propofition étoit un abus qui ne pouvoit être toléré par les Bfpagnols , en fans d'une autre Religion , plus amie de la pieté & de la nature. Qu’il fe fentoit extrêmement obligé à ces Caciques , qui luy avoient accordé de fort bonne grâce une retraite fur leurs terres , lorfque Teutilè & Pilpatoé , qui gouver#oitnt ces provin - ces , /’ avoient abandonné fi incivil ement , en péchant contre les de- voirs de l'bofpitaUté dr le droit des gens , fins \ ordre de leur Prin- ce , qui n approuverait pas leur procédé, Quil luy en donnoit feu- lement avis , parce que n aïant en vue que la paix , il ne cher- chait point â aigrir les chofes par fis plaintes. Que le Pais & les Montagnes des Totonagues ne feroient aucun mouvement contraire \ DU MEXIQJÜE. Livre il 13 5 au firvice de Mote&uma $ & que luy - meme ne le permettroit pas , parce que ces Caciques etoient fes amis { çfi ne mépriferoient point fes ordres. Ceft pourquoy il fi trottvoit obligé d'interceder pour eux , afin que l'Empereur leur pardonnât ce quils avoient fait contre fes Minifires : n ayant d'ailleurs point de tort , d'avoir re- çu & loge fon armée. Qfijl n avoit rien a répondre au refie de leur harangue : mais lorfqu il auroit le bonheur de fe trouver aux pieds de l'Empereur , on conno étroit les motifs & l'importance de fin Ambajfide. Que les obstacles & les périls quils luy repre - fintoient , nauroient pas le pouvoir de le détourner de ce défi fie in s pane que les Efipagnols , bien loin de connoitre U peur , fintoient redoubler leur courage & leur ardeur a la vue des dan- gers , aïant appris dés leur enfance à les affronter , & à cher- cher la gloire au milieu de ceux qui font les plus redouta - blés. Ceft ainfi que Cortez répondit aux Envoïez de Mexi- que, en des termes qui découvraient alTez fa fermeté, 6c l’a- dreflè qui! avoit , de foûtenir 6c décroître toujours l’ef- time ôc la réputation. Il renvoïa les Ambafladeurs, fort ri- ches de toutes ces bagatelles que l’on fait en Caftille • avec un prefent plus magnifique, mais de mêmeefpece, pour leur Prince. On remarqua aifément le chagrin qu’ils avoient , de n’a- voir pû obtenir que l’armée fe retirât de deftus les terres de l’Empire , ce qui étoit l’unique but de leur négociation. Ce- pendant leur envoi donna une très- haute eftime à Cortez 6c aux Efpagnols, entre ces Peuples. Iis crûrent que ce Ge- neral devoit être quelqu’un de leurs Dieux , 6c même des plus puiifans , puifque Motezuma , dont l’orgueil dédaignoit de plier le genoüil dans les Temples même , le recher- choit avec tant de fourmilion , 6c follicitoit fon amitié par des prefens , qui dans leur imagination n’étoient gueres moins que des facrifices. Il refuka de cette idée , qu’ils perdirent une grande partie de la crainte qu’ils avoient de leur Prince , 6c qu’ils fe donnèrent aux Efpagnols avec plus de foûmiffion ^ 6c jufqu’à cette haute extravagance, tout fut neceftaire , pour rendre poffible un ouvrage fi ad- mirable , entrepris fur de fi foibles fondemens : Dieu per- mettant ces chofes , afin que ce defTein 11 e parût pas n’at- î 3 6 histoire de la conqjjeste tendre Ton fuccez que d’un miracle , ou qu’il ne vînt à fe dé- crier par la témérité. CHAPITRE XI. Les Xûmpoales trompent Cortex, en luy faifant pren- dre les armes contre les Habit ans de Zimpa?ingo , qui étoient leurs ennemis . Corte\ les oblige a faire la paix ? & foûmet cette Province . Q Uelque-tems apres le Cacique de Zempoala vint à Vera- Cruz, accompagné de quelques Indiens des plus confi- derables , qu’il amenoit comme pour être témoins de la propofition qu’il vouloit faire. Il dît à Cortez : Que Voccafion fe prefentott de protéger & de défendre le P aïs qui luy appartenait , parce que des troupes de l'armée de Mexique s étoient emparées de Zimpazingo , place forte éloignée de deux fileils , dé ou ils faifoient des courfes fur fes Sujets , pour ruiner les moijfons , & faire d'autres boftilitez , , par ou ils fembloient vouloir commencer à fe venger . Le G eneral fe trou voit engagé à foutenir les Zempoales , a- En de conferver fon crédit 6c fon honneur. Il crut donc, qu’il luy feroit honteux de laifler impunie cette hardiefïe des Me- xicains 3 6c qu’en cas que ce fût un détachement de leur ar- mée , il feroit bon de leur imprimer de la terreur , qui feroit perdre le courage aux autres Soldats de leur Nation. Sur quoy il refolut de marcher en perfonne à cette fadion, où il s’em- barqua un peu legerement , parce qu’il ne connoifloit pas en- core 6c les déguifemens, 6c les menteries de ces Peuples, qui ont un penchant naturel 6c invincible à ce vice. Cortez s’ar- rêta donc au vrai-femblable, (ans chercher àpenetrer le vraij 6c il offrit au Cacique, de marcher avec fon armée , pour châtier ces ennemis qui troubloient le repos de fes alliez. Il ordonna qu’on luy tînt prêt des porte- faix Indiens, afin de porter le bagage , 6c conduire l’artillerie : Ainfi après avoir réglé l’ordre de fa marche, le General prit la route de Zun- pazingo , fuivi de quatre cens Soldats Efpagnols. Le refte fut laiffé DU MEXI QJJ E. LIVRE IL 137 ] ai fie pour défendre la Ville de Vera-Cruz. En paffant à Zempoala, les Efpagnols trouvèrent deux mille Indiens de guerre, que le Cacique avoit mis fur pied pour fer- vir fous le General en cette expédition. Cette troupe droit partagée en quatre efcadronsou compagnies , avec leurs Chefs, leurs enfeignes, 6c leurs armes, fuivant leur difcipline militaire. Cortez luy fçut fort bon gré de fa prévoïance 6c de fon re- cours : 5c quoyqu’il eût fait comprendre au Cacique qu il n a- voit pas befoin de Tes Soldats , pou* une entreprife de fi peu de confequence , il les laifla venir à touf hazard j faifant valoir cette permiffion, comme s’il ne l’eut accordée que pour leur faire partager l'honneur de la vi&oire. L’armée paffa la nuit en des maifons à trois lieuës de Zim- pazingo, 6c le lendemain , à trois heures après midi, on dé» couvrit la Ville , fur le haut d’une colline détachée de ces mon . tagnes , entre des rochers qui cachoient une partie des bâti- mens , 6c qui menaçoient de loin d un accez très difficile. Les Espagnols commencèrent neanmoins à furmonter la fier- té de ces rochers, avec beaucoup de fatigue, parce qu ilscrai- gnoient de tomber en quelque embufeade 5 ce qui les obligeoit à doubler les rangs, ou à défiler, fuivant que le terrein le per- mettoit , pendant que les Zempoales , ou plus légers , ou moins embaraffez dans ces fentiers , s’avancèrent avec une impetuo- fité qui auroit pu pafTer pour valeur, quoyqu elle ne fut en effet qu’un defir de fe venger , 6c de- voler. Les troupes de 1 avant- garde étoient déjà dans la Ville, lorfque Cortez leur manda qu’ils fiffent alte, afin d’attendre fes gens. t Il s’avança fans refiftance jufqu’aux portes , ou il delibe- roit d’attaquer la place en même tems par plufieurs endroits, lorfqu’il en fortit huit Sacrificateurs fort âgez , qui dirent qu’ils cherchoient le General de cette armee. On les mena-en fa prefènee , où ils firent de profondes fourmillons : on n en- tendoit fortir de leur bouche que des fons pitoïables, qui fans avoir befoin d’Interpretes , ne marquoient que des prorefta- tions d’obeïffance. Leur habit , ou leur ornement , étoit une mante noire , dont le bord traîn«it à terre, repliée en-haut a l’entour du col , en forte qu’il en lortoit par derrière une piece en forme de capuchon , dont ils fe couvraient la tete. Les cheveux qui leur defcendoienc jufques fur les épaules, étoient 0 fjjffljrJ 138 HISTOIRE DE LA CONQUESTE horriblement mêlez, & endurcis par le fang des hommes qu’ils immoloient dans leurs facrifices, 6c dont par une étrange & abominable fuperftition , ils confervoient les taches fur leur vi- rage^ leurs mains, qu’il ne leur étoit pas permis de laver • vrais Minières de ces fales &. impures Divînitez , dont l’ordure fe découvroitpar cette affreufè difformité. Ils commencèrent leur harangue, en demandant à Cortez^ Par quelle refifiance , ou far quel crime • les pauvres Habitans de cette innocente Ville avoient mérité le châtiment & l'indignation de ces braves gens ,fi fameux par toutes ces Provinces , par la re* putation de leur clemence & de leur douceur. Le General réporî- dit : £)uil n âv oit pas dejjein de faire tort aux Habitans de cette Ville s mais quil pretendoit châtier les Mexicains qui s* en étoient emparez , , & qui en fùfoient des finies pour ravager les terres de fes amis. Les Indiens répliquèrent: Jjïue les troupes de Mexique qui étoient en garni fon à Z impact ngo , s étoient retirées par une tfi- pece de fuite , lorfquon publia la nouvelle de la prifi des Minijhès de Motez,uma a QjùabiJlan. J%ue s il avait été pou fié a leur faire la guerre par la perfuafion des Indiens qui l' accompagnoient , il dt- •< voit fçavoir que les Zempoales étoient leurs ennemis : Qu'ils l'a- voient furpris , en fetgnant ces irruptions des Mexicains , afin de le rendre l’inftrument de leur vengeance , par la ruine de Zimpa- %ingo. Le difeours de ces Sacrificateurs avait un air de vérité , que îe trouble & les méchantes exeufes de ceux quicommandoient les Zempoales découvrirent aifément 5 & Cortez reflentit leur impoflure , comme un affront fait à fes armes. Il ne fe cha- gnnoit pas moins de fa {implicite, que de la malice des In- diens : cependant fa raifon fe portant à ce qui étoit le plus ne- ceffaire*en cette occafion , il commanda d’abord à Criftophle d’Olid &; à Pierre d’Alvaraclo , d'aller avec leurs compagnies ramaffer tous Jes Indiens qui s’étoient avancez dans la Ville, & qui étant gorgez de pillage, avoient prefque tous fait quel- que butin confîderable, en or ou en meubles, enchaîné plu- fieurs prifonniers. Les deux Capitaines amenèrent tous ces pillards à l’armée, chargez konreufement de ce qu’ils avoient dérobé. Les mifèrables qu’ils avoient dépouillez jes fuivoient, chacun réclamant fon bien par de hauts cris j en forte que le General , pour les fatisfaire & les confoler , fit détacher fur le DU MEXI QJJ E. LIVRE II. i l9 champ tous les prifonniers, 5c donner le burin aux Sacrifica- teurs, afin qu’ils prifient le foin de le rendre à ceux à qui il appartenoit. Apres quoy il fit venir les Chefs des Zempoales, qu’il reprit publiquement de leur infolence, en des termes ru- des 5c fâcheux j en leur déclarant , Jguils avoient mérité U mort , pur l'avoir obligé p* un crime fumjfible , à conduire fin aimée afin d'éxercer leur vengeance. Sur quoy les Capitaines Ef- pagnols , qui étoient avertis , vinrent tous luy demander la grâce de ces coupables 5 ce qu’il leur accorda pour cette fois, apres avoir fait afïez de refiftance, afin d’encherir la faveur finguliere qu’ils tenoienr de fa bonté : quoyqu’en effet il n’o- fat pas les châtier alors par la rigueur , comme ils le merL toient -, jugeant qu’on retient bien plus fûrement les nou- veaux amis par les voies de la douceur, que par celles de la juftice. Cette a dion augmenta beaucoup l’eflime 6c le crédit de Cortez entre les Peuples de l’un 5c de l’autre Cacique. 11 commanda aux Zempoales de s’éloigner de Zimpazingo, ou il entra avec les Efpagnols , au bruit des acclamations de tous les Habitans, qui pubîioient qu’ils dévoient la vie 6c la liber- té au General des Etrangers. Le Cacique, fuivi de plufîeurs autres de cettg contrée , le vilica dans fon quartier, avec un grand appareil : 6c ils luy jurèrent tous une amitié inviola- ble ■ offrant de luy obéir, 6c de i^connoître pour leur Prince le Roi d’Elpagne, dont le nom , aimé 5c révéré entre les In- diens, leur donnoit une extrême pafhon de devenir les Su- jets : 6c l’horreur qu’ils avoient alors pour la tyrannie de Jdotezuma, fut un puifTant motif pour leur infpirer ces fen- timens. Avant que de partir, Cortez voulut accommoder les difFe- rens que ces Indiens avoient avec ceux de Zempoala. La ja- lo fie des Caciques fur les bornes de leurs Provinces, 5c fur la jorifdidion, avoit fait naître ces differens, qui avoient paf- fé jufqucs dans le cœur de leurs Sujets, 6c les entretenait dans une haine qui donnoit lieu à des hoflilitez réciproques. Cor- tez dreflà une efpece de traité de paix, qu’il propofa au Ca- cique de Zimpazingo : 6c prenant fur foi l’agrément deceluy de Zempoala, il termina toutes leurs querelles, 5c les rendit amis. Après quoy il reprit la route de Vera-Cruz , aïant for- S ij ï 4 o HISTOIRE DE LA CONQUESTE tifié Ton parti par l’alliance de ces nouveaux Caciques , 5c ap- paifé entre Tes alliez , une divifîon qui pouvoit être préjudi- ciable au fervice qu’il en attendoit. Ainli il ne laifla pas de tirer un grand avantage de cette entreprife , qu’il n’avoit pas- concertée d’abord avec la prudence : 5c c’eft le fruit que cet- te vertu fçait recueillir de l’erreur .même où elle tombe quel- quefois , 5c qui fert au moins à luy faire connoître fa foible(Te 5 puifqu’il arrive fouvent que toutes les mefures qu’elle ajufte avec tant de foin , demeurent dans la première région des- êtres. Ceft ainfi que l’Elpagnol s’explique , 5c ce qu on ap- pelle en François, la (impie (peculation. CHAPITRE XII. Les Eftagnols retournent à Zempoala , ou ils viennent a bout d’abatre les idoles , après quelque refifiance de la part des Indiens : Et le principal Temple de la change en une Eglife de la ms - fainte • . L E Cacique de Zempoala attendoit le General à quelques maifons qui n’étoient pas éloignées de fon Bourg j 5c ces maifons étoient fournies , par l’ordre du Cacique , de toutes fortes de vivres de de rafraîchiftemens^our l’armée. Il avoit cependant beaucoup d’inquietude de de honte, de ce que la fourbe avoit éclaté à fa confufion. D’abord il voulut s’ex- eufer 3 mais Cortez ne le permit pas , 5c luy dît : Que tout fon chagrin fur ce fujet et oit dljfipé , & qu il* ne fouhaitoit que Va- mendement , l’unique fatisfaBion qui foit duè aux pechez, pardon- nez,, De là ils allèrent au Bourg, où le Cacique avoit prépa- ré un autre prefent, de huit tilles parées fort galamment y entre lefquelles étoit fa coufine, qu’il deftinoit au General, afin qu’il luy fît l’honneur de l’époufer. Les autres étoient pour les Capitaines , à qui le General devoit les diftribüer comme il luy eût plu 3 afin , difoit l’Indien , que les liens de l ami- tié quils avoient contrariée entre eux , fujfènt encore plus étroite - Ville e Vierge^ DU M E X I QJJ E. livre U. 141 ment ferre^ par ceux du fiang. Cortez luy témoigna, gue les marques de fin affettion & de fit bonne volonté leur étoient.tres- agréables ; mais "qu'il n ctoit pas permis aux Efpagnols d'epoufir des femmes qui nétoient pas de leur Religion : Qu’ainfi il dïfferoit de les recevoir , jufiqua ce qu elles fujfient Chrétiennes . Il prit encore cette occafion pour le prefTer d’abandonner le culte des Idoles, parce qu’un homme ne pouvoit être parfaitement fon ami , Iorfqu’il luy étoit contraire fur un point fi eflentiel. Comme le General avoit trouvé beaucoup de raifon en cet Indien , il avoit entamé ce difeours, avec quelque confiance de le con- vaincre de de le réduire : mais le Cacique étoit fi mal difipo- fé à recevoir la lumière de l’Evangile , de à fêntir la force de la vérité, qu’il ofa bien prendre la défenfe de fes faufies Di» vinitez , fur la vaine préemption qu’il droit de la force pré- tendue* de fqn raifonnement -, qui chagrina bien tôt Cor- tez • en forte que fe laifiant emporter au zele de la Re- ligion , il luy tourna le dos avec quelque forte de mé- pris. Une de leurs plus grandes fêtes arriva juitement en ce tems- là 3 de les Zempoales s’aflemblerent dans le plus célébré de leurs Temples , le plus fecretement qu’ils purent , à caufe des Efpagnols. En ce lieu ils firent wn facrifîce d’hommes, qu’ils immolèrent par les mains de leurs Prêtres, qui faifoient cette horrible fondion avec les ceremonies que l’on rapportera en un autre endroit. On vendoit ces miferables vi&imes par pièces , que les Indiens achetoient de recherchoient comme une viande facrée: le ragoût n’étoit pas moins beftial de moins abominable que la dévotion. Quelques Efpagnols , qui vi- rent par hazard cette éxecrable boucherie , en eurent tant d’horreur, qu’ils en donnèrent avis à leur General. Sa colere éclata d’abord , par l’émotion qui parut fur fon vifage. Les raifons qu’il croïoit avoir de conferver fes alliez , cederent à la confideration d’un devoir -plus jufle de plus prefiant : de comme la colere efi: une pafiion toujours impetueufe , quand même elle effc conduite par la raifon , il ne put retenir les me- naces qui luy échaperent dans le premier emportement. Ce- pendant il fit prendre les armes à tous les Efpagnols ; de fiant commandé qu’on amenât le Cacique & les principaux Indiens qui l’accompagnoient , il marcha avec^eux &; toute f * '1 r V : O ffi mm ■If.v Ï 4 1 HISTOIRE DE LA C O N QU ESTE fa troupe en ordre de combat, vers cet abominable lieu, qu’ils appelaient leur Temple, Les Minières des facrifîees parurent à la porte 5 & comme ils avoient des foupçons de ce qui leur devoit arriver ils pouffèrent des cris effroïables , à deffein d’appeller le Peuple au fecours de leurs Dieux. Au même-tems on vid quelques troupes d’indiens armez, que ces Sacrificateurs avoient apof. tez à tout événement, ainfi qu’on l’apprit depuis : car ils fça- voient que les Efpagnols avoient pénétré le myftere de leur facrifice, ce qui leur donnoit de la crainte. Le nombre des Indiens, qui s’étoient faifis de toutes les avenues, s’augmeri- toit confiderablement 5 mais le General, qui jfavoit jamais l’efprit plus prefent qu’en ces occafions , fît crier par Marine* Qu a U première fléché qui fer oit tircc , il ferait égorger le Cacique & tous fis Court if ans y qu'il tenoit en fon pouvoir; & puis quil là- cheroit U main à fis Soldats , pour châtier cette infolence par le fer & par le feu. Cette menace fit trembler tous les Indiens Je Cacique tremblant encore plus que les autres, cria de toute là force : Qu on mît bas les armes & qu on fie retirât. Cet ordre fut éxecuté avec tant d’empreflement , qu’il fut aifé de cori- noître que les Indiens étoient trop heureux , de faire paf- fer pour obeïflànce ce quf n'étoit qu’une véritable crain- te. Cortez demeura avec ce Cacique & les Indiens de fa fui- te , qui par fon ordre amenèrent les Sacrificateurs. Il leur fit un difcours contre l’Idoiatrie , avec une éloquence au- deffus de la militaire. D’abord il leur ôta la crainte dont il les voïoit faifis , en les rafTurant par des termes qui 11e marquoient que de la douceur & de l’humanité , voulant les perfuader par la raifon , fans emploïer la violence. Il leur témoigna , Combien les erreur ou il les voïoit plongez, , luy donnoient de compaffon II Je plaignit , de ce qu étant fis amis, ils refufoient de fuivre fon confie 1 1 en une affaire de cette impor- tance. Il leur fit connoître qu il ne cherche t en cela aue leur bien & leur avantage : Et après leur avoir touché le cœur par les carefles , il pafla aux raifons qui pouvoient convain- cre l’entendement. Il leur rendit fenfibies les abus énor- mes* de leur faufle Religion : & après avoir expofé la ve* rité prefque en forme vifible , il leur dît enfin : Qu’il avpit DU M E X I Q^U E. LIVRE U. ï 43 iefolu de ruiner tous ces fimulacres du Démon 3 & que s'ils vou- laient èytecuter par leurs propres mains un fi faint ouvrage , il leur en fieroit éternellement obligé . Il voulut alors leur persua- der de monter les degrez du Temple pour aller abatre les Idoles 5 mais ils ne répondirent à cette propofîtion, que par des cris 6c par des larmes : jufquesdà, que s’étant tous jet- iez à terre , ils proteflerent : Qfiils fie laijferoient plutôt ha - cher en mille pièces , que de mettre la main fur leurs Dieux. Cor- tez ne voulut pas infiffcer davantage fur un point qui leur faifoit tant de peine : il commanda des Soldats pour en fai- re l’éxecution 3 6c ils y travaillèrent de fi bon courage, qu’en un moment on vid fauter en pièces , du haut en bas des degrez, la principale Idole. 6c toute fà fuite , accom- pagnée des autels mêmes , 6c de tous les deteftables inflru- mens de ce culte impie. Les Indiens virent ce débris avec bea^cÔup d’émotion 6c detonnement. Ils fê regardoient, comme s’ils eufTent attendu à tous momens Je châti- ment que le Ciel devoit faire de cette action : mais corn, me ils virent le Ciel fort tranquille , ils tombèrent bien- tôt dans les mêmes penfées des Indiens de Cozumel • car voïant leurs Divinitez en pièces , fans qu’elles eufTent ni la force ni le pouvoir de fe venger , ils cédèrent de les redouter , 5 c mépriferent leur foiblefle 3 comme Je moit- de reconnoît par la ruine de fes P ui flan ces , combien il étoit abufé Jorfqu’il en faifoit les objets de Ton adora- tion. Cette expérience rendit les Zempoaîes plus dociles , 6c plus fournis aux ordres du General : parce que s’ils a voient jufqu’a- lors confédéré les Efpagnols comme des hommes d’une efpece fort au-deflus de la leur, ils fe trouvoient maintenant obligez d’avoiier qu’ils étoient encore au-d&flus de leurs Dieux. Cor- tez fçae liant ce qu’il avoit acquis d’autorité fur leurs efprits par cette éxecution , leur commanda de nettoïer le Temple 3 ce qu’ils firent avec tant de joie 6c de zele, qu’ils jetterent au feu toutes les pièces de leurs Idoles , afin de faire voir qu’ils en étoient entièrement defabufez. Le Cacique ordonna à fes Architectes de laver les murailles. du Temple, afin d’en effa- cer toutes ces funeftes taches du fang des hommes facriflez, qui en faifoient le plus bd ornement. On leur donna enfuite î44 HISTOIRE DE LA CONQüESTE lin e couche de ce gez fi blanc ôc fi brillant , dont ils fe fer- voient pour embellir leurs maifons j êc on y bâtit un Autel , où l’Image de la tres-fainte Vierge fut placée, parée dune grande quantité de fleurs, 8 c de quelques lumières. Le jour fuivant on y. célébra le faint Sacrifice de la Meffe , avec toute la folemnité que le tems & le lieu purent permettre. Plufieurs Indiens aflifterent à nos ceremonies ; mais avec plus d’admira- tion que d’attention, encore que quelques-uns lé miflent à ge- noux , voulant imiter autant qu’ils pouvoient la dévotion des Efpagnols. , On ne put les inftruîre à fond des principes de notre Reli- gion , parce qu’il faloit plus de tems pour combatre leur igno- rance’ &; leur groffiereté , & que Cortez vouloit auflï commen- cer par la Cour de Motezuma , à foûmettre cet Empire à la Foi. Cependant on les laifla dans des lèntimens de mépris pour leurs Idoles , & de refpeét pourj 1 Image de Ta fres- fainte Vierge 5 offrant de la prendre pour IeurPatrone, afin d’obtenir par fon interceffion l’affillance du Dieu des Chré- tiens , dont ils reconnoifloient déjà le pouvoir parles effets, ou par quelques raïons de cette lumière naturelle qui fuf- fit pour connoît-re le mieux , & pour fentir la force de ces fecours dont Dieu affilié toutes les créatures raifonna- blés. On ne doit pas oublier ici la pieuferefolution d’un Soldat Efpagnol , qui fe voïant fort âgé, voulut demeurer feul entre ces Indiens mal réduits, afin d’avoir foin delà fainte Imagé, couronnant la fin de fà vie par ce faint emploi. Il fe nommait Jean de Torres j Cordouë étoit fa Patrie : ÔC l’a&ion de Æ Soldat, où la valeur avoit encore fa part, mérité de pafier Avec fon nom à la pofterité. CHAP. DU MEXIQUE. Itfki U. m CHAPITRE XIII. U armée retourne à Vera-Cru% On dépêche des Envoie^ â ï Empereur Charles V \ pour l'informer de tout ce qu'on avoit fait . Cortex uppaife une autre J édition , par le châtiment de quelques mutins ; fè) prend la refolution de faire échoüer fis waifeaux contre la côte. L Es Efpagnols partirent de Zempoala , qui fut appelle quelque -tems après la nouvelle Seville* & comme ils arrivoient à Vera-Cruz , un petit vaifleau vint motiiller d la rade , où la flotte étoit fur les ancres. Il venoit de fille de Cuba , Ibus le commandement du Capitaine François de Saucedo, né d Médina de Riolèco. Loüis Marin , qui fut de- puis Capitaine pendant la conquête de Mexique, accompa- gnoit Saucedo 5 & ils amenoient dix Soldats , un cheval & une jument, ce qui pafla pour un fecours confîderable en cette conjon&ure. Aucun de nos Auteurs n*a rapporté le fujet de leur voïage : & il eft vrai-femblable qu'ils étoient partis de Cuba dans le deflein de chercher Cortez , & de s'attacher a fa fortune 5 ce qu’on juge fur la facilité dont ils fe joignirent d fon armée. On apprit par cette voie , que le Gouverneur Diego Velafquez continuoit d menacer Cortez , avec une cha- leur d’autant plus violente , qu’il étoit nouvellement enflé par le titre d'Adelantado de cettelfle, aïant reçu des Lettres qui luy donnoient un plein pouvoir de découvrir £c de peupler. Il a- voit obtenu ces avantages par l’intrigue d’un de fes Chape- lains qu’il avoit envoie d la Cour, faire valoir fes fervices & fes prétentions : & fa nouvelle dignité le rendoit fier 6c inexorable , étant perfuadé que l’accroiflement de fon au- torité étoit un titre de la j u ftice de fes plaintes. Cortez apprit cette nouvelle avec allez d’indifFerence, au moins d l’exterieur } n’aîant d’ailleurs Pefprit occupé que de la grandeur & de l’importance^ du deflein qu’il fe propo- Uê HISTOIRE DE LA CONQUE STE foie : neanmoins il jugea qu'il étoit à propos de fe hâter de rendre compte au Roi de ce qu’il avoit fait pour y parvenir. Il prit fur ce fujet .des mefures avec les Officiers de Yera- Cruz , afin d’écrire à fa Majefté au nom de la Ville , 8t ren- dre à (es pieds les hommages de ce nouvel établiuement. Ils luy faifoient un détail fort éxa& , des fuccez de cette entre- prife SC des Provinces qui étoient déjà foûmifes à fon obeil- fance - de la richeffè, de la fertilité & de l’abondance de ce nouveau Monde, £c de ce qu’on y avoit avancé en faveur de la Religion. Ils ajoutèrent un projet de l’ordre qu ils s e- toient propofé de fuivre , pour rêconnôitre le rond de Em- pire de Motezuma. Le General pria inftamment les Offi- ciers du Confeil Souverain, d’appuïer principalement fur la valeur 6c la confiance des Soldats Efpagnols qui l’accomp*- gnoient , fans oublier l’injuftice 6c la violence du procédé de Velafquez 5 laiflant d’ailleurs le champ libre â chacun , de par- ler de fa perfonne fuivant ce qu’ils en penfoient, Ce n’etoit pas tant un effet de fa modeftie , que de la confiance qu’il avoit en fon mérité, plus qu'en fes paroles mêmesjoutre qu'il fçayoït bien que fes loüanges ne perdroient rien du prix qui leur étoit du, en paffant par leurs mains : quoyqu’on ne choque point la bien-feance en parlant de fes propres avions, lorfqu on ne fort point des termes de la vérité ; fur tout en la profeffion des armes où l’on pratique des vertus plus finceres , 8c qui fe trouvent allez bien récompensées , lorfqu on ne leur dérobé pas la gloire de leur nom. La lettre fut dreffée dans toutes les formes j 6c la conclu- fion étoit une très humble fupplication de la Ville 6c de 1 ar- mée , à fa Majefté , de nommer Hernan Cortez Capitaine General de cette expédition , fans aucune dépendance de Diego Velafquez • 6c d’autorifer par fes Lettres , le titre que la Ville 6c l’armée luy en avoient accordé, fous le bon plaiiir de fa Majefté. Cortez écrivit à part des lettres , qui conte- noient à peu prés les mêmes chofes , hors qu’il s’expliquoit plus fortement fur l’efperance qu’ü avoit de réduire cet Empi- re àl’obeïflance de fa Majefté, 6c fur les moïens qu’il fe pro- pofoit , de combatre la puiflance de Motezuma par fes Sujets mêmes , révoltez contre fa tyrannie. On choifit pour porter ces dépêches à la Cour , les Capiv DU M E X I QJJ E. LIVRE il i 47 taines Alonfe Hernandez Portocarrero , 5c François de Mon., texo. Il fuj refolu au Confeil , qu’ils porteroient tout l’or 5c les joïaux rares ou précieux qu’ils ^voient entre leurs mains, tant des prefens de Motezuma, que des dons ou rançons des autres Caciques. Tous les Officiers , 5c les Soldats mêmes, ce-, derent de bon cœur chacun fa part , afin d’augmenter le re- gale : 5c quelques Indiens s’offrirent volontairement à faire le voïage, pour être prefentez au Roi, comme des prémices de ces nouveaux Sujets qu’on luy acqueroit. Le General en- voïa un prefent à part pour fon pere, par un foin très- digne de fe trouver entre ceux qui occupoient alors fon efprit. On équipa en diligence le meilleur vaifleau de l’armée, dont on donna la conduite à Antoine d’Alaminos Pilote major. Le jour de l’embarquement fut marqué au feiziéme de Juillet 1519. 5c ils mirent à la voile, après avoir invoqué l’affiftance di- vine dans leur voïage , par une Melle folemnelle du Paint Ef- prit. Ils avoient un ordre précis de prendre leur route droit en Efpagne, par le canal de Bahama, fans toucher en aucune maniéré à Pille de Cuba, où les bizarreries de V elafquez étoient pour eux un écueil redoutable. Au même-tems qu’on preparoit ce qui étoit neceffaire pour ce voïage, quelques Soldats 5c quelques Matelots, gens qui ne connoiffent gueres les loix de la reconnoiffimce , firent une nouvelle brigue , pour s’enfuir par mer , 5c aller avertir Velafquez, des lettres 5c du prefent que l’on envoïoit au Roi, au nom de Cortez. Leur intention étoit de prévenir le départ des Envoïez , afin que Velafquez eût le tems de croifer fur leur paffage, 5c de prendre le vaiffeau qui les portoit. Pour cet effet ils avoient gagné les Matelots d’un autre navire, 5 c fait provilïon de vivres 5c de munitions : mais il arriva que la nuit même qu’ils dévoient éxecuter leur delîein, un des conjurez s’en repentit. Cet homme fe nommoit Bernardin de Coria, Comme il alloit avec les autres pour s’embarquer, l’horreur du crime le frapa fi vivement, qu’il fe déroba d’eux, 5c vint en donner avis au General. D’abord il courut au remede, êcdifpofa toutes chofes.avec tant de diligence 5c de lècret, que tous les complices furent faifis dans le vaifleau même, fans qu’ils pûffent defavoüer leur crime. Il parut à Cortez digne d’une puniffion exemplaire , puifqu’il ne trou» ; rv v XtCU r HUt -. : iwl H' '[p| I 4 S histoire de la conqueste voit plus de fureté en fa clemence. Le procez dura peu 3 6 c on jugea à mort deux Soldats , qui furent exécutez comme principaux auteurs de c^tte conspiration. Deux autres furent condamnez au foüet 3 &on pardonna à tout lerefte, comme à des gens qui avoient été furpris & trompez : ce fut le-pre- texte dont Cortez fe fervit , afin de n’être pas obligé de fe défaire de tous les coupables. Neanmoins il fit encore cou- per un pied au principal Matelot du navire deftiné à la fuite des conjurez : fuplice extraordinaire , qui parut conforme à la neceffité où il fe trou voit , de faire en forte que le tems ne pût effacer le fouvenir du crime , qui avoit mérité une fi rude punition 3 la mémoire en ces occafions,aïant befoin dufecours des yeux , parce qu’elle retient à regret les efpeces qui bleffenc l’imagination. Bernard Diaz de! Caftillo , fuivi par Herrera , dit qu’un Ecclefiaftique nommé Jean Diaz fe trouva embarraffé en cette conjuration * ôc que le refpeCt de fon caradere luy fauva la peine qu’il meritoit. Le même refped pouvoit l’é- xemter de cette notte injurieufe 3 d’autant qu’il eft certain que dans la lettre que Cortez écrivit à l’Empereur , datée du trentième Odobre 1520. & dont nous devons la connoiffance à Jean-Baptifte Ramufio , ce General ne dit pas un mot du Prêtre Diaz , quoyqu’il nomme tous les complices de cette mutinerie ; Ainfî , ou le crime qu’on luy impute n’eft pas véri- table , ou la même raifon qui obligeoit Cortez à le cacher, nous doit engager à ne le pas croire. Le jour que la fentence fut éxecutée contre les coupables, Cortez acompagné de quelques-uns defes amis^lIadZempoa- la, aïant l’efprit fort agité par les differentes reflexions qu’il faifoit fur I’érat prefent de fes affaires. La hardieffe de ces mutins luy donnoit de terribles inquiétudes : il la confideroit comme un retour des émotions qu’il croïoit avoir diffipées, & comme l'étincelle d’un feu mal éteint. Il le voïoit preffé d’avancer vers Mexique avec fon armée 3 ce qui pouvoit lejet- ter dans la neceflité de mefurer fes forces avec celles de Mo- tezuma : entreprife trop fortç pour être tentée avec des troupes pleines de foupçons & dedivifion. Il fongeoitàfubfifterencore quelques jours avec ces Caciques , qui luy étoient affection- nez 3 à faire quelques expéditions de peu d’importance, pour tiUi ** i.'Jij ■ | DU M E X I QJJ E. Livre il 149 donner de Inoccupation à fon armée j & à jetter plus avant dans le Pais de nouvelles Colonies , qui pu lient fe donner la main avec celle de Vera-Cruz : cependant il trou voit par tout de grandes difficultez. Enfin ces differentes agitations déterminèrent fon efprit à une a&iôn , qui fit particulière- ment éclater la grandeur de fon ame, &; la vigueur de fon courage. Il prit la refolution de fe défaire de fa flotte , en mettant fes vaiffeaux en pièces 3 afin de s'affûrerpar cette voie de tous fes Soldats , & de les obliger à vaincre , ou à mourir avec luy î outre l'avantage qui luy en revenoit, d'augmenter fes troupes de plus de cent hommes, qui faifoient les fondions de Pilotes & de Matelots. Il communiqua ce deffein à fes confidehs $ & par leur moïen , & celuy de quelques prefens qu'il répandit à propos , il difpofa les chofes en forte , que les Matelots mêmes publièrent tous d'une voix, que les vaiffeaux couloient à fond fans remede * étant entr'ouverts par le fe- jour qu’ils avoient fait dans ce port, êc par la mauvaife qua- lité de l'eau. Leur rapport fut fuivi d'un ordre que le Gene- ral donna , & qui parut l’effet d’un foin tres-neceffaire , de mettre promtement à terre les voiles , les cordages , les plan- ches, & tous les ferremens qui pouvoient encore fervir : après quoy il leur commanda de faire échoüer fur la côte tous les gros vaiffeaux , fans referver que les efquifs , pour l’ufàge de la pêche. La conduite & l’éxecution d’un deffein fi hardi , a été mife avec juflice au rang des plus grands exploits de cet- te conquête 3 & on aura peine à en trouver une de cette force, dans toute la vafte étendue de l'Hiftoire ancienne! & moder- ne* Juftin rapporte qu’AgatocIes, Roi ou Tyran de Sicile, aïmt débarqué fes troupes fur les côtes d’Afrique , fit brûler les vaiffeaux qui les avoient portez , afin d’ôter à fes Soldats la reffource qu'ils croïoient trouver dans une retraite. Polyene a célébré la mémoire de Timarque Capitaine des Etoliens, par un trait d’une pareille refolution : & Fabius Maximus nous a laifîe encore un pareil exemple , entre les autres ftatagêmes qui l'ont fait palier pour le plus habile Capitaine de fon fiecle, au moins fi nous devons ajouter plus de foi au rapport de Fron- îin, qu'au filence de Plutarque, qui ne dit rien de cette ac- tion. Quoyque l’exemple en ces occaflons n’ôte rien à la T iij b V jii i I :Jf» J I 1 ; 150 HISTOIRE DE LA CONTESTE gloire de l’exploit, fi nous confierons Cortez fuivi d’une poignée de gens , en comparaifon des nombreufes armées que les autres conduifoient • en un Pais beaucoup plus éloigné êc moins connu , fans efperance de fecours 3 entre des Nations barbares , redoutables par la férocité de leu»*s mœurs & de leurs coutumes , & aïant en tête un Tyran fi fier êc fi puilfant, nous trouverons que fon action fut foûtenuë d’une refolution ‘encore plus ferme & plus héroïque : & en taillant à ces grands Capitaines la gloire d’être les originaux , parce qu’ils l’ont précédé , nous accorderons à Cortez celle de les avoir fur- paffez en marchant fur leurs traces. On a peine à fouffrir que Bernard Diaz , avec ta maniéré ordinaire , où l’on doute s’il n’entre point autant de malice que de fincerité , fe produife comme un des principaux Con- feillers de cette grande a&ion , ufurpant fur Cortez 1 a gloire de l’avoir imaginée. Nous autres , dit il, qui étions de fes amis y luy confc illàmes de ne laijfer aucun vaijfiau dans le port, mais de les faire échouer fur la cote. Cet Auteur n’avoit pas bien con- certé fa plume avec ta vanité, puifqu’il ajoute après quelques lignes ; il avoit déjà pris la refolution de faire échouer les navi- res i mais il vouloit que là parut venir de nous. Ain fi Diaz ne peut s’applaudir que d’un confeil , qui arriva apres une refo- lution formée. La maniéré dont Herrera notte cette éxecu- tion , eft encore moins fupportable, puifqu’ü allure , J?ue les Soldats demandèrent quon fe déf it de la flotte j & quils y furent anime^dr pouffez, par la finejfe de Corte\j ( il fe fert de ce ter- me ) afin de nètre pas tout feul obligé a païer les navires , & que toute r armée entrât en cette obligation. 11 n’y a gueres d’appa- rence que Cortez fe trouvât alors en état ni en lieu de crain- dre, que Velafquez luy fît un procez (ur ce fujet 3 & cette penfée n’a aucune liaifon avec les hauts delfeins dont fon ef- prit étoit entièrement rempli. Si Herrera a pris cette imagi- nation de Bernard Diaz, qui peut l’avoir forgée dans ta crain- te de païer ta part des navires brifez , il pouvoir ta méprifer, comme une fuite de fes murmures , qui ordinairement ont une tache d’intérêt. Que fi c’eft une tonjedure de cet Hifto- rien , qui a crû fignaler fon habileté à penetrer le fond des avions qu’il rapporte , il devoit confiderer qu’il les dé- pouille de toute leur autorité , par ta baffelTe des motifs DU MEXIQUE. LIVRE il. i 5 i qa»il leur attribue -, 6c qu'il peehe contre les réglés de lapro. portion , en faifant produire de grands effets par de petites caules. CHAPITRE XIV. Cortex, étant prêt a partir , efi averti qu'il paroijfoit des navires a la cote . Il va à Vera-Crux . , & fait pren- dre fept Soldats de* la flotte de François de Garay . On fe met en marche \ & t armée , après avoir beau * coup fouffert en paflant les montagnes > entre dans la Province de Zocothlan. L E débris de la flotte affligea quelques Soldats , qui fe rendirent neanmoins à la raifon , tant par l'exemple des mutins que- l’on avoit châtiez , que par les difcours de ceux qui avoient des fentimens plus jiiftes. On ne parla donc plus que du voïage de Mexique 5 6c Cortez aflembla fon armée à Zempoala. Elle étoit compofée de cinq cens fantaflins , de quinze Cavaliers , 6c de fix pièces d’artillerie. Il laiflâ cent cinquante hommes 6c deux chevaux en garnifon à Vera-Crux, 6c pour Gouverneur Jean d’Efcalante, brave Soldat, vigilant, 6c des plus atachez à fes interets. 11 ordonna fort précifé- ment aux Caciques fes alliez , d’obeïr en fon abfenceau Gou- verneur , 6c de le refpeder comme une perfonne à qui il laif. foit toute fon autorité : d’avoir foin de fournir des vivres, êc des hommes pour travailler au bâtiment de fEglife, êc aux fortifications de la Ville, dont il prenoit un foin extrême 5 non pas tant par la crainte de quelque mouvement de la part des Indiens du voifinage , que fur le foupçon de quelque infulte de celle de Diego Velafquez. t Le Cacique de Zempoala tenoit deux cens Tamenes prêts à porter le bagage, 6c quelques troupes pour joindre à l’arméev Le General en choifit feulement quatre cens, hommes, entre lefquels il y avoit quarante ou cinquante Nobles Indiens, des plus conflderez en ce Païs- là : 6c quoy qu’il les traitât dés ce i 5 i HISTOIRE DE LA CONQUESTE moment comme des Soldats , il les çonduifoit en effet com- me des otages, qui luy répondoient de la fureté dei'Eglife qu’il laifloit à Zempoala , des Efpagnols qui demeuroient à V era-Cruz , & d’un jeune Page qu’il avoit laifle auprès du Ca- cique, afin de luy faire apprendre la langue de Mexique, & fervir de Truchement en cas de befoin. En quoy on peut re^ marquer comment fa prévoïance s’étendoit fur tout ce qui é- toit pofïible , quoyque fort éloigné. Tout étoit difpofé pour commencer la marche, Iorfqu'il arriva un Courier dépêché par Efcalante, qui donnoit avis au General , qu’il y avoit des vaifTeau* à la côte, qui ne vou- laient point fe déclarer, quoyqu’on leur eût fait des fignaux de paix , toutes les diligences ordinaires en ces occafions. Un incident de cette confequence n’étoit pas à négliger : auffi Cortez partit à l’heure-même , avec quelques-uns de fes Of- ficiers , pour aller à Vera Cruz, laiflant la conduite de l’armée à Pierre d’Alvarado , &. à Gonzale de Sandoval. Lorfqu’il ar- riva à la Ville, un de ces vaifTeaux paroifloit à l’ancre, à une diftance confiderable de la terre j & peu de tems après, on dé- couvrit fur la cote de la mer quatre Efpagnols , qui s'approchè- rent fans aucun foupçon , faifant connaître qu’ils cherchoient Hernan Cortez. Un de ces hommes étoit l’Ecrivain du vaifTeau 5 & les au- tres venoient pour être témoins d'une lignification qu’ils pre- tendoient faire à Cortez, au nom de leur Capitaine. Ils l’a- voient par écrit } & elle contenoit : J>)ue François de Garay Gouverneur de l'ijlc de la Iamai'que , aïant ordre du Roi de décou- vrir & de peupler y avoit équipé trois navires y montez, par deux cens fiixante Efpagnols fous le Capitaine Alonfi de Fineda , & pris pojfeffion'de oe Pats du coté de Panuco : & que comme il c- toit prêt d’établir une Colonie auprès de Naothlan , à dou%e ou quatorze lieues du coté du Ponent , ils le luy intimoicnt , & luy demandèrent qu’il n étendît point fes Colonies de ce coté - la. Le General répondit à c^t Ecrivain : Jjt/ilne fçavoit ce que c étoit , que requêtes & fignif cations 5 dr que cette matière ne de- vait point fe traiter par des procedures . J>)ue fon Capitaine vînt le trouver y & qui ils ajufttr oient enfemble toutes leurs prétentions , puifqu’ils étaient tous Sujets d'un même Prince j & qu’ils dévoient safffcr r DU M E X I QjUf E. LIVRE IL 15 3 s'jJJifïer réciproquement , lorsqu'il y alloit de fin fervice. Il leur dît de s’en retourner avec cette réponfe : mais comme ils n’en vouioient rien faire , ôt qu’au contraire l’Ecrivain s’empor- toit avec peu de fefpeâ; , difant : fiuil répondit en forme a fi fignification j le General le fit arrêter, ÔC le cacha avec fesgens» derrière quelques dunes ,, ou petites montagnes de fable, dont toute cette côte eft couverte. Il y paffa toute la nuit, de une partie du jour fuivant , fans que le vaifleau fîraucune ma- nœuvre , ne paroiflant avoir d’autre deflein , que celuy d’at- tendre le retour de fes envoïez : ce qui obligea Cortez à ten- ter par quelque ftratagême , s’il ne pourroit point attirer â terre ceux qui étoient fur ce navire. Pour cet effet il com- manda qu’on dépouillât les prifonniers, ôc que quatre Soldats revêtus de leurs habits , s’avançaffent au bord de la mer, à deflein d’appel 1er les gens du vaifleau , en faifant ligne de leurs capes. L’effet de ce ftratagême fut, que quatorze ou quinze hommes armez d’arquebufes de d’arbalètes , vinrent dans un efquif : mais comme les Soldats traveftis fe retiroient* ée peur d’être connus , ôc qu’ils fe cachoient le vifage en ré- pondant à la voix de ceux qui les appelaient , Ces hommes n’oferent pas débarquer 5 ÔC on ne pût en prendre que trois, qui étant plus hardis ou moins fages que les autres , avoient defcendu à terre. Les autres fe retirèrent au navire , que cet accident obligea à lever les ancres , 6c à fuivre fa route» Cortez avoit appréhendé d’abord, que ces vaifleaux ne fuE fent envoïez par Velafquez , ce qui l’auroit contraint de re- tarder fon voïage : mais il ne s’embarrafla pas des prétentions de Garay, qui pouvoient s’ajufter plus aifémerit, avec le tems, Ainfî il revint à Zempoak , avec beaucoup moins d’inquietude, & quelque profit, puifqu’fl amenoit fept Soldats à fon armée y un Efpagnol étant d’un li grand prix en cette conjon&ure, que cçsfept furent reçus avec une extrême joie , & conflderez com- me une grande recrue. Tout le mondé Fe mit en état de- partir s de le General fit fon ordre pour la marche. Il donna l’avant-garde aux Efpa- gnols j de les Indiens eurent l'arriere-garde, fous le comman- dement de Mamegi , Theuche , de Tamelli Caciques de 4 Montagne. Les plus robuftes entre lesTamenes furent char- gez de'lacopduite de l’artülerïe ; les autres portoient le ba 5 î 5 4 HISTOIRE DE LA CONQUESTE sage. Le General Métacha des coureurs , ou bateurs d’ef* trade, pour reconnoître devant foi* 5c Tannée marcha fui* vant cet ordre , le feiziéme Août de Tannée 1519. Elle fut reçue avec joie à Jalapa, Soeochima * 5c Techucla, où elle prit fes premiers logemens , 5c dont les* Peuples étoient dans nôtre alliance. On jeccoit parmi ces Indiens pacifi- ques quelques femences de nôtre Religion • non pas tant pour les in'ftruire de la vérité , que pour leur donner des foupçons des erreurs dont ils étoient abufez. Le Gene- ral les voïant fi dociles 5c fï bien difpofez , étoit d’avis qu’on plantât une Croix en chaque Bourg qui fe trouve* roit fur le paflage de l’armée , afin de les accoutumer au moins à reverer ce ligne de nôtre falut * mais le Pere OL medo 5c le Licentié Diaz s’y. oppoferent , en lu y remon- trant , ce fer oit une témérité , de confier la Croix a des Bat - bares mai inftrmts , qui pourvoient U miter avec indignité * m peut - être la fleure au rang de leurs idoles , s'ils avoieni pur elle une vénération fuperftitieufe , fans fi avoir le myf me quelle reprefentoit. La propofition de Cortez étoit urfe marque de pieté 5 & c’en fut une debonfens, de fe rendre à la raifon fans aucune refiftance. On pafla de ces Bourgs dans les chemins tres-rudes de la montagne, qui fut une des premières fatigues de ce voïa* ge. Les Soldats y fouffrirent beaucoup , étant obligez à tra- verfer durant trois jours des montagnes defertes , par des fentiers étroits , 8c bordez de précipices. Il falut pafTer TartiUerie avec des machines , 5c à force de bras : mais ce qui fatiguoit le plus, étoit un tems defefperé, par un froid cuifant, 5c des pluies continuelles. # Les pauvres Soldats, fans pouvoir élever une fçule barrâque , pafToient les nuits couverts feulement de leurs armes , marchant toûjours pour s’échauffer , 5c obligez à chercher du foulagement darîs Je travail. Pour comble de mifere les vivres manquaient , 5c leur courage s’abatoit avec leurs forces. Lorfqu on arriva au haut de la montagne , ils trouvèrent un Temple , 5c quantité de bois : mais ils ne s’y arrêtèrent pas , parce qu’ils découvrirent des habitations de l’autre cote , ou les Soldats coururent avec emprefTement, comme au remede de leurs maux. Iis y trouvèrent en effet allez de commodi- d u mexiqjje. %irm m rez , pour leur faire oublier ce qu’ils avoient enduré de mifere. . La Province de Zocothlan commençoit de cet endroits elle étoit fort peuplée de d’une grande étendue, de le Ca- cique demeuroit dans la Ville , qui donnoit fon nom à tout ce Païs , affife dans une vallée qui bornoic la montagne de ce côté d à. Cortez l’informa de fou arrivée de de fes def- j'eins , par deux Indiens qu’il luy envoïa , & qui revinrent auflî-tôt avec une réponfe favorable. Peu de tems apres on découvrit la Ville , d’une vûë magnifique , de qui oc. cupoit une grande étendue de plaine. Ses tours de fes mai- fons brilloient de loin par leur blancheur éclatante : de par- ce qu'un Soldat Portugais la compara à Caftilblanco en Portugal , ce nom luy demeura pour quelque- tems. Le Cacique , fort bien accompagné , vint au devant du Gene- ral , de luy fit beaucoup de civilitez, mais qui parurent for- cées , & di l’artifice avoic plus de part que la volonté. L'ac- cueil qu'il *fit à l’armée fut defagreable * le logement incom- mode^ les vivres fort médiocres; de on reconnut à tout, le peu de goût qu’ils ’prenoient à leurs nouveaux hôtes. Nean- • moins Cortez diffimula.le fujet qu’il avoit de fe plaindre, de retint le refTentiment de fes Soldats , de peur d’alar- mer ces Indiens pacifiques , & de ruiner la confiance qu’il vouloit'leur donner 5 puifqu’il n’avoit defTein que de palier plus avant, en confervant la réputation de fon ar- mée , qu’il ne vouloit pas augmenter par des exploits fi peu confiderables. y 5 r y L I Iffi] Fr kh f i i « •. “ i 5 é HISTOIRE DE LA CONQJJESTE CHAPITRE XV. ■$Le Cacique de Zocothlan rend une fécondé vifite d Cor - te^ , & éxagere la grandeur & la puijjance de £Mo- tczyma. On prend la refolution d'aller à Tlafcala *, rj on eft inftruit à Xacazjngo , des Peuples de cette Province , de la forme de leur Gouvernement . L E jour fuivant , le Cacique accompagné d'un grand cor- tège de fes parens 8c de Tes domeftiqucs, fit une fécondé vifite à Cortez. Cet Indien , appelle Olinleth , étoit homme d'un très- bon fens. Seigneur d’une Province fort peuplée, tenant le premier rang entre tous les autres Caciques qui étoient fes voifins, 8c qui avoient pour luy une* grande vé- nération. Le General le reçut avec tout l’éclat dont il fou- cenoit ordinairement ces a&ions de ceremonie* 8c la vifite eut quelque chofe de finguiier. Après. cette forte de complimens* que la civilité demande , fans faire tort à la gravité , le Ge- * lierai croïant trouver en ce Cacique , comme en tous les au- tres , un efprit aigri ÔC difpofé à la plainte , luy demanda s’il cto t fujet du Roi de Mexique: à quoy l'Indien repartit bruf. quement : T a- fil quelqu'un fur la terre qui ne foit gaffai ou efcLve de Mote&uma? Labrufquerie de cette réponfe , faite en maniéré d’interrogation , pouvoir émouvoir Coïtez $ mais il fçut fi bien fe pofîéder , qu’il répliqua en fondant : jiïfon aonnoijfoit fort feu le monde à Zocothlan ; puifque luy & fiMom- pagnons étaient Sujets d’un Empereur fi pu\ ’Jfant , qu il avoifplu* Jieurs Primes pour vajf-tux , plus -grands que Mctezuma. Le Ca- cique ne parut point déconcerté par cette prop’ofinon : 8c ûns entrer en difpute fur la comparaifon , il crut qu’il fuffi- foit de faire connoître la grandeur de fon Prince, fans atten- dre qu’on luy fît des queltions fur ce fujet. Il dît donc d’un ton grave : Que Motez,uma était le plus puijfint Prince dont on e h U connoijfince dans le Monde quils hahitoient. Jgite P on ne pouvait ni confirmer, ni retenir dans fa mémoire le nombre des $ D U M E X I QJ3 E. LIVRE II. i$y Provinces fourni fi s a fin Empire . yS CW Ville inacceffible , fondée dans Peau , entourée de lacs , d“ les entrées n étoient ouvertes que par des digues ou chaufsées , pées en plufieurs endroits par des ponts -levés , fur des ouvertures par ou les eaux de ces lacs fe communiquoient . Il éxagera les- immenfis tichejffes de fin Prince , 4* y»ra ^ y?/ , & fur tout le malheur de ceux qui ne luy obeïjfiient pas i puifquils ne fer - voient qua augmenter le nombre des victimes deftinées a fis fa cri - fi ce s : étant certain que plus de vingt mille hommes de fies enne- més , ou de fies rebelles , étoient immolez, tous les ans fut les Autels de fies Bteux. H n’ajoutoit rien à la vérité , que la maniéré pafîionnée dont il la produifoit. L’on reconnoifloit au ton de fa voix même , les influences de Motezuma ^ 6c que cet étalage de grandeur êc depuiflance vifoitplus à donner de l’épouvente,. que de l’admiration. Cortez n’eût pas de peine à penetrer le fond de la penfét de l’Indien : il crut qu’un peu de vivacité étoit neceflàire pour renverfer tout l’appareil de ce pompeux raifonnement. II ré- pondit donc au Cacique : Qujil étoit déjà informé de l'Empire (y* des grandeurs de Motezuma ; & que fi cet Empereur n eüt été quun Prince médiocre , luy qui parloit , ne fieroit pas venu d'un Pais fi éloigné , luy offrir l'amitié d un autre Prime encore plus grand que luy. QUe fion Ambafiade étoit pacifique s & que les armes qui étoient entre les mains de ceux qui l dccompagnoient , ne ferv oient qu'à donner plus dé autorité à fa légation , & non pas à faire au- cune violence : Mats qu il vouloit bien que Motefuma & tous les Caciques de fin Empire , fi ujfient qu il défit oit la paix fans craindre de guerre -, parce que le moindre de fis Soldats fieroit capable de dé- faire une armée de leur Empereur. Qu il ne tirer oit jamais l'épée? fi on ne l'attaquoit : mais du moment d’elle fira dehors du four- reau, je mettrai , dit -il, à feu & à fimg tout ce qui fi prefintera devant moi. La nature produira fies monfires en ma faveur , & le Ciel lancera fis foudres s puifque je viens pour fioutenir fit eau fe , en corrigeant vos vices , & les erreurs de votre Religion , & ces mê- mes* fkerifice s de fiang humain , que vous rapportez, comme une des grandeurs de votre Roi. Il fe leva en ce moment, pour rompre la vifite • 6c le tournant vers fes Soldats : Mes amis , dit- il ^ voila ce que nous cherchons $ de grands périls , & de grandes ri » ahefifes ; Celles-ci établirent la fortune > 0 J les autres la réputation. » 1)8 HISTOIRE DE LA CONQOESTE \ Ce petit difcours rabatic l'orgueil des Indiens, & releva le courage des EfpagnoIs 5 puifqu’il ne difoic aux uns êc aux au. très , que fes véritables fenrimens , fans aucune façon : car du moment qu’il eut entrepris cette conquête, Dieu remplit fon cœur d’une fermeté fi grande , que fans méprifer, ou ne pas connoicre les plus dangereufes occafions , il y entroit avec la même confiance , que s'il eût été le maître des éve- nemens. Les Efpagnols demeurèrent cinq jours à Zocothlan • 8c l'on vid bien que le Cacique avoit pour eux une autre confidera- tion : les vivres arrivoient en plus grande abondance, êc les regaies ne manquoient point à fes hôtes. La réponfe de Cor- tcz luy tenoit au coeur , 8c l’avoit jette fur des réflexions cha- grines Ôc inquiétés, qu’il droit de fon propre fond, &; qu’il communiqua depuis au Pere Olmedo. Ij confideroit que ceifx qui ofoient s’attaquer au grand Motezuma , ne paroif- foient pas des hommes bien raifonnables : mais il jugeoit d'ail- leurs, qu’ils dévoient être plus que des hommes, pour par- ler de fes Dieux avec tant de mépris, U joignit à cette corn, flderation , la différence de leurs vifages 5 la nouvelle façon de leurs armes 8c de leurs vêtemens 5 & l'obeïfîance que les chevaux leur rendoient. h luy fembh t encore, que les Efpa- gnols avoient une certaine Supériorité de* wifon/ên ce qu’ils ■propofoient contre l’inhumanité de leurs facnfices, l’injuftû ce de leurs loix , 8c cette brutale licence qu iis donnoient à la fenfuajité 5 fi dereglée entre ces Barbares, qu’ils la pouf- foient jufqu’aux derniers outrages, contre la nature même. Sa raifon droit de tous ces principes, des confequences qui lé portaient à croire qu’lis étoient conduits par quelque Divini- té ; car il n’y a point cfefprit fi borné , qu’il ne connoiffe la laideur du vice 5 foit qui la volonté i’embraflè , ou que la cou- tume le déguife. Neanmoins la crainte de la puiffance de Motezuma pofledoit ce Cacique jufqu a ce-point , qu'enco- re qu'il reconnût 8c qu’il avouât le pouvoir que ces confide- rations avoient fur fon efprit, il n’ofoit encore fe donner au- cune liberté. II fe contenta donc de fournir les chofes ne- ce fiai res à la fubfiftance des! troupes : 8c comme il craignoic de faire connoître fa richeflè, il parut fort refervé à faire des prefens 3 6c fa plus grande libéralité fut , de quatre filles ef- DU M E XI QJJ E. Livre IL 159 daves qui! ûonnaau General, pour faire du pain, 6c de vingt Indiens Nobles, qu’il offrit pourfervir de guides à l’armée. On difputa fur le chemin que l’on devoir choifir pour la marche. Le Cacique propofoit la Province de Cholula , a. bondante 6c peuplée, dont les Habitans, plus portez au tra- fic qu’à la guerre, livreroient un pafTage fur 6c commode aux Efpagnols. II confeiiloit au General , avec beaucoup d’ar- deur, d’éviter de prendre la route de Tlafcala, difànt : j>>ue ces Peuples avaient des inclinations fi farouches & fi fan gain ai- res , qu'ils faifiient confifier tout leur bonheur , a fie défaire des ennemis. Neanmoins les indiens qui commandoient les trou, pes de Zempoaia , dirent en fecret à Cortez : jjWil fe défiât de ce confeil, parce que Cholula étoit une Vide fort peuplée , de gens traîtres & de peu de foi ; & que les armées de Motezuma logeaient ordinairement en cette Ville , & dans les Bourgs qui en dépen- deient . Qujl y avoit de l'apparence que le Cacique vouloit les en- gager en quelque péril , & que fin intention n étoit pas droite >* puifi- qu encore que la Province de Tlafcala fût grande & remplie de Peuples guerriers , ils étaient adie%j& amis des Totonagues & des Z emp ga- les , qui ferv oient dans fies troupes, & toà jours en guerre contre Mo - tezuma* Que ces deux raifins dévoient luy perfuader que le paffa - ge finit plus affeurè par cette Province : & que les Efpagnols ne paroîtment point étrangers a ces Peuples , étant en la compagnie de leurs allieg . Le General approuva leur raifonnement 5 6c trouvant qu’u étoit plus jufte de fe fier à des Indiens qui é- toient fes amis , qu’à un Cacique fi attaché à Motezuma, il ordonna qu’on prît le chemin de Tlafcala. On découvrit en peu de tems les frontières de cette Province , qui bomoit cel- le de Zocothlan j 6c on n’eût aucune rencontre confiderable aux premiers logemens* Il courut enfuite quelque bruit de guerre j 6c l’on apprit enfin , que toute la Province étoit en armes , 6C qu’on faifoit un miilere de la caufe de ce mouve- ment : ce qui obligea Cortez à faire alte en un lieu médiocre- îûent peuplé, appelle Xacagingo , afin de s’informer à loifir des motifs de cet armement. Tlafcala étoit alors une Province extrêmement peuplée, 6c de plus de cinquante lieues de circuir. Son terrein inégal s’élève prefque par tout en pkifieurs collines, qui femblent naître de cette chaîne de montagnes qu’on appelle maintenant la grande *Mf 160 HISTOIRE DE LA CONQUESTE Cordeliere. Les Bourgs , dont les maifons étoient plus folides que belles, occupoient le haut de ces collines, où ces Peuples s’étoient logez, tant afin de tirer avantage de la nature de cette fituation contre leurs ennemis, qu’afin de tailleries plaines libres pour la culture. Au commencement ils avoient été gouvernez par des Rois , jufqu’à ce qu’une guerre civile leur fit perdre Pinclination qu’ils avoient à l’obeïfTance, 6t fecoüer le joug. Mais comme tous les Peuples incapables de fe gouverner par eux-mêmes, font ennemis de la foumiffion, jufqu’à ce qu’ils aient éprouvé les inconveniens de la liberté y ceux-ci reduifi- rent enfin leur Etat à une forme de Republique, 6c choifirent ainfi plufieurs princes, pour fe défaire d’un feul. Ils partagè- rent donc leurs Bourgades en une efpecede Cantons. Chacun nommoit quelque perfonne des plus confiderables , qui alîoient refider àTlafcala : 6c de tous ces Députez on formoit le corps d’un Sénat, dont ils Envoient les détifions. Exemple remarqua- ble du Gouvernement Ariflocratique entre des Barbares, qui doit rabatre quelque chofe de la fierté des maximes de nôtre Politique. En cet état ils s’étoient maintenus contre la puifTan. ce des Empereurs de Mexique; 6c ils fetrouvoient alors au plus haut point de leur gloire j parce que les tyrannies de Motezu- ma avoient augmenté le nombre de leurs alliez, 6c jette dans leur parti les Otomies, Peuple barbare entre les Barbares mê- mes ; mais extrêmement recherché pour ia guerre, où ils con- fondoient la valeur 6c la férocité. Cortez pleinement informé de ces circonftances , 6c ne vou- lant rien négliger , refolut d’envoïer quelqu’un vers cette Ré- publique , afin de faciliter le paflage à fon armée. Il donna cette commifiion.à quatre Indiens Zempoales, des plus habiles 6c des plus Nobles j 6c il les inflruifit prefque mot à mot, par l’organe de Marine 6c d’Aguilar , du difeours qu’ils dévoient faire dans le Sénat; en forte qu’ils l’apprirent par cœur. Il les choifit entre ceux qui luy avoient propoféla marche par TJaf- calaj afin qu’ils eu fient toujours leur confeil en vûë, 6c qu’ils s’mterefTaflênt dans le fuccez de la négociation. DU MEXIQÜE. IIPKM II. lét CHAPITRE XVI. Les Envoi ez. de Cortex vont à Tlafcala . La, manière dont on y recevait les oAmbaJfadeurs \ (df ce qui Je pajfe dans le Sénat fur le fujet de la paix quon leur offre de la part des Effagnols . # • L Es Indiens Envoïez de Cortez partirent auflï-tôt, revêtus de toutes les marques de leur dignité. Ces marques é. toicnt une mante ou cape de coton , bordée d'une frange treL fée avec des nœuds. Us portoient à la main droite une fléché fort large, les plumes en haut 5 6c au bras gauche une gran- de coquille en maniéré de bouclier. On jugeoit du fujet de TAmbafTade , par les plumes de la fléché. Les rouges annon^ çoient la guerre, les blanches marquoient la paix 3 comme les Romains diflinguoient par difFerens fimboles , leurs Feciales & leurs Hérauts, qui portoient le caducée. Les Ambafladeurs Indiens étoient connus 6c relpedez fur les paflages , à la vûë des marques que l'on a dit : mais ils ne pou voient s’écarter des chemins Roïaux de la Province par où iis pafloient , à peine de perdre leur droit de jurifdidion 6c defranchife 5 pri- vilèges fierez entre ces Peuples , qui obfervoient religieufement cette efpece de foi publique que la neceflîté a inventée, 6c dont le droit des gens a fait une de fes loix. Les Zempoales entrèrent dans Tlalcala avec cet équipage^ qui marquoit leur cara&ere. Du moment qu’il fut reconnu, on les conduifit à la Calpifca , lieu deftiné pour le logement des Ambafladeurs. Le lendemain le Sénat s’aflémbla dans une grande falle, où ils tenoient le Confeil : les Sénateurs é- toient affis fuivant le rang de leur ancienneté , fur des tabou- rets allez bas , faits d’un bois extraordinaire , ôc d’une feule piece. Ils les nommoient Topâtes. D’abord que les Ambafla- deurs parurent, tous les Sénateurs fe levèrent à demi de leurs fleges , 6c les reçurent en afFedant^nne certaine modération dans leurs civilitez. Les Zempoales tenoient leurs fléchés éle* X ,62 HISTOIRE DE LA CONQÜESTE vées , 8c avoient la tête couverte de leurs capes , ce qui mar- que une grande foumifTion, félon leurs ceremonies. Après a- voir fait la reverence au Sénat, ils s’avancèrent gravement jufqu'au milieu de la falle, où ils fe jetterent à genoux, atten- dant fans lever les yeux , qu’on leur donnât la permiffion de parler. Alors le plus ancien des Sénateurs leur aïant ordonné d’expliquer le fujet de leur Ambaffade,ils suffirent fur leurs jam- bes» 8c celuy qui portoit la parole, comme le plus éloquent^ lit ce difcours. ^ Noble République , braves & puijfans Tlafcdteques s le Seigneur de Zempoala , & les Caciques de la Montagne , vos amis & vos alliez Vous Jalüent : & après vous avoir foubaité une récolté abondante & ia mort de vos ennemis , ils vous font fiavoir , qu'ils ont vu arriver en leur Pais , du coté de l’Orient , des 'hommes invincibles qui fem- èlent être des Vieux s qui ont pafsé la mer fur de grands Palais , & qui portent dans leurs mains le tonnerre & U foudre, armes dont le C tels efi refervé l'uftge. Ils font les Miniftres d'un Dieu fuperieur aux no- ms, qui ne peut fouffrir ni la tyrannie , ni les ficrifces du fang des hommes . Leur Capitaine eft Ambajfadeur d'un Prince tres- pijfant , qui étant poufs è parle devoir déjà Religion , defere re- médier aux abus qui régnent en notre Pals , & aux violences^ de Mote7,uma. Cet homme , après avoir délivré nos Provinces de Pop- greffon qui les accabloit , fe trouve obligé à fuivre le chemin de Mexique par les terres de votre Rupublique , & foubaité de fi avoir en quoy ce Tyran vous a offenfez\ afin de prendre la defenfe de vo- tre droit comme du fen propre , d? de la mettre entre les autres Ju - jets qui juf fient fes prétentions . La connoijfance que nous avons de fes bons dejfeins , & I' expérience que nous avons faite de fa. honte , nous ont obligez a le prévenir , pour vous demander , & vous exhorter de la part de nos Caciques & de toute leur ligue , que vous recevie^ces étrangers comme les bienfaiteurs & les alliez de vos alliez i Et de la part de leur Capitaine , nous vous déclarons qu il vient avec un efpnt pacifique, qui ne demande que la liber - té du pajfage fur vos terres , après que vous fier e\ per fiuaàez quil ne defire que votre avantage , & que fs armes font les inf rumens de la jîiftice & de la rai fin s quelles fiutiennent la caufe du Ciels que ceux qui les portent recherchent la paix & la douceur naturelle- ment & par inclination, &n'ufint de rigueur que contre ceux qui les ojfenfent par leurs crimes , ou qui les provoquent . Alors les DU MEXIQUE. LIVRE IL quatre Zempoales fe levèrent fur leurs genoux 5 de après a- voir fait une profonde inclnation , ils fe rafiirent comme ils Té- toient durant la harangue. Les Sénateurs conférèrent entr'eux durant quelques mo- mens .* apres quoy un de l’afTemblée dît aux AmbafTadeurs,au nom du Sénat : Jpfiil re ce voit avec toute forte de gratitude la prepofition des Zempoales &> des Totonaques 3 dont on eftimoit l' al- liance : mais que pour faire une réponfe jufie au Capitaine de ces Etrangers , cela demandoit une plus mure deliberation. Sur quoy les Ambafladeurs fe retirèrent à leur logis 5 de on ferma les portes de la falle, afin d’examiner à loifir les inconveniens de les avantages de la propofition que les Ambaffàdeurs avoient faite de la part des Efpagnols. Tous les Sénateurs tombèrent d'accord de l’importance de cette affaire, qui demandoit tou- te leur attention : enfuite les avis furent partagez ■ de ce par- tage fit naître de grandes conteflations. Les uns foûtenoient que l’on devoit accorder le paflàge aux Etrangers : les autres vouloient qu’on leur fît la guerre $ afin , difoient-iîs , de s en défaire une bonne fois . Il .y eut encore un troifiéme avis , qui droit de leur défendre le paflage fur leurs terres, en leur fai; an c fçavoir qu’on ne s’y oppoferoit pas hors des limites de la Province. Cette diverfité d’opinions dura quelque tems 3 chacun crioit , fans -rien conclure, jufqu’à ce que Magifcat- z«n, le plus ancien de le plus venerable du Sénat , prit la pa- role: & aïant obtenu audience, la tradition rapporte qu’il s’ex- pliqua en ces termes : N oh’es (fi v ai llans Tlafcalteques , Vous fçave ^ bien qu'aux pre- miers fie clés de notre étabhjfemènt , nos Sacrificateurs connurent par révélât on , qui pajfe encore maintenant pour un des points de notre Religion y qu une Nation invincible viendront quelque jour , des régions orientales du Monde que notes habitons. Que cette Na- tion auroit un empire f abfolu fur les Siemens > quede fonderont des Vdles mouvantes fur Us eaux * (fi qu eüe fe fervir oit du fu (fi de l air pour foumettre la terre : (fi quoy que les petfonnes de bon fens n'aient jamais crû qutls dùjfent être des Dieux y ainfi que le vul- gaire ignorant fe le perfuade , neanmoins la meme tradition nous apprend y que ces hommes paroîtr oient de fendus du Ciels (fi qu ils feroient fi vaillant , qu'un feul en vaudrait mille des nôtres s (fi fi généreux * qnils n ' auraient point d'autre vûè que celle de nous faire i?$4 HISTOIRE DE LA CONQUESTE vivre félon U juftice & la raifort. le ne fais vous dijjhmler que mon efprit n’ait été agité, par la conformité que je trouve en ces cauCteres , avec ce qu'on nous débité far le fuj et des Etrangers qui font maintenant à nos portes. Ils viennent des Pais Orientaux, leurs armes font de feu , & leurs embarcations font des villes fur U mer. Pour ce qui eft de leur valeur , la renommée vous a appris ce oui s eft pajfé à Tabafco -, & leur generofitè vous eft connue , par les obligations dont nos confédéré z. publient qu ils leur font redevables. I)’ ailleurs, ‘ft nous tournons les yeux vers ces cometes & cesftgnes que le Ciel envoie coup fur coup fur nos tètes , ne femble t’il pas qu'ils nous parlent intérieurement , & qu’ils viennent comme les avant-coureurs de cette grande nouveauté î Que fi c eft -la cette Nation prédite par nos Prophéties , quelqu'un fe trouvera t U affef^ in filent & ajfez, téméraire , pour vouloir éprouver fe s forces contre le Ciel, & pour traiter d’ennemis , des hommes dont les armes font appui èe s de fis decrets ? Pour moi, je redouterais au moins la colè- re des Vieux , qui châtient rigoureufement ceux qui fe révoltent contre eux , & qui ne feraient envoïer leur foudre que pour nous apprendre l’ obeïjfance ; puifque la voix effroïable du tonnerre parle a, tout le monde , mais qu'il ne fait du fracas que la ou il trouve de la refit fiance. le confens neanmoins qu on appelle effets du hazard, des figues fi évident , & que les Etrangers fioient des hommes com- me nous * quel mal nous ont ils fait , pour 'nous esc citer a la ven- geance ? Sur quelle injure pouvons -nous fonder cette violence ? Elafcala , qui maintient fia liberté par les victoires , qu elle doit a la juftice & à la raifion qui accompagnent fies armes , entreprendra de gaieté de coeur , une guerre capable de ruiner cette haute eftime mon a de fin Gouvernement & de fit valeur ? Ces gens apportent la paix ? ils ne demandent que le paffage fur les terres de notre Ré- publique ; ils ne prétendent point le tenter fans notre pemijfon ; ou eft 'leur crime ? en quoy nous ont -ils offenfiè > Ils recourent a 310 tre protection } par la confiance qnils ont en celle de nos alliez ,i perdrons- nous nos amis , pour en offenfiir d autres qui fouhaitent no- tre amitié ? ^jfielt ^ tf^e nos autres alliez, diront de cette ai ion , ft cinq cens hommes nous obligent a prendre, les armes ? & pou- vons nos gagner autant de gloire à les vaincre , q*e nous perdrons de réputation pour les avoir apprehende\ } Mon avis eft, qu on les reçoive alftc toute forte d'honnêteté , & qu'on leur accorde U per - miffbon quils demandent de paffir fur nos unes ; puifque s'ils DU M E X I QJJ E. LIVRE IL ï6| font des hommes , ils ont la raifon pour eux j & s'ils font quelque chofe de plus , ils ont L volonté des Vieux , plus puiffante que U raifon. Davis de Magifcatzin fut reçu, avec applaudiflement. IL alloit emporter toutes les voix, lorfquun des Sénateurs de- manda permilîion de parler. C'étoit un jeune homme de beaucoup d’efprit 6c de cœur, appelle Xicotencal. Son mé- rité, &plufieurs bonnes adions à la guerre, l’avoient élevé à la Charge de Capitaine General. Lorlquon fut difp’ofé à l’é- couter: Ce nef pas, dit-il , en toutes les affaires indifféremment , qnon peut fonder une refolution fur l'avis d'une tête à cheveux gris , ou ion void beaucoup de reff exions & peu d'entreprife , & qui con- feillera toujours la patience , feferablement a la hardiejfe. le révé- ré autant qu aucucun autre , i autorité & les fentimens de Magif- cat&in : mais il ne vous paroîtra pas extraordinaire , qu'un hom- me de mon âge & de ma proftffion ait d' autres vues , moins rafi- nées , & peut-être plus certaines. Quand on parle de faire la guer » Ye 7 on fe trompe fouvent fur ce qu'on appelle prudence s puf que tout ce qui reffemhle a la crainte nef point une vertu , mais une pajjion . Il efl vrai qu on attend parmi nous ces réformateurs Orientaux j l'efperance de leur arrivée dure encore dans les predicüons de nos Prophètes : mais ceux .qui fouh alternent d'être détrompez, fur ce fu- jet , trouvent quelle tarde beaucoup. Cependant je n ai pas dejftin de tourner en ridicule un bruit a qui la tolérance de plufieurs fic- elés a acquis de la vénération : mais vous trouvereTfon que je vous demande , quelle fie ur été nous avons , pour croire que ces Etrangers f oient ceux quon nous a promis ? Comptez, vous pour la même cho- fe , de venir du coté de l'Orient , & de de fendre de ces régions du Ciel à' ou nous votons naître le Soleil ? Les aimes de fiu , & les embarcations que vous appelleT^des Palais fur U mer , peuvent- elles pas être des ouvrages de l'mduftrie des hommes , que l'on ad- mire parce qu on n,a rien vu de pareil ^ Qu peut-être n efl ce rien qu'une illufion , de ces preftiges qui impo fient a U vue 3 fcmblables d ceux que nous appellent fcience en nos Enchanteurs. Ce que ces Etrangers ont fait a Labafco efl une a ch on de valeur , qui leur a fait battre une armée beaucoup plus forte queux 5 mais cela pafie- til pour furnaturel d T lafcala , ou l'on fait tous les jours de plus grands exploits , avec Us feules forces de la Republique ? JQuant d la generofité dont ils ont ufé avec les Zempoales r elle peut être tm X îij. i C6 HISTOIRE DE LA CONQÜESTE artifice pur gagner à pu de frais L affection des Peuples : au moins je U cro trois une douceur fufpetfe , de la nature de celles qui fia- ient le goût pour faire avaler le poifon 3 puifqu elle n'a point de rap- port avec ce que nous avons appris d'ailleurs , de leur avarice , de leur orgueil (fi de leur ambition. Ces hommes ( fi peut être ils ne font point des montres que la mer a vomi fur nos bords ) ces hommes , dis-je , vivent fuivant les mouvemens de leur caprice , affamez* d'or (fi d’argent , (fi abandonnez* a tous les plaifirs de la ter- re. Ils attentent des nouveautez, dangereufes à la juftice (fi a U Religion : ils dètruifent nos Temples , (fi mettent en pièces nos Au- tels : ils blafphêment contre nos Vieux , (fi on les croit des hommes defeendus du Ciel 5 on doute fi nous devons nous oppofer à leurs violences ? on entend parler de paix fans fe fcandaliÇer't Si les Zem- poales (fi les Totonaques les ont reçus en leur alliance , ils font fait fans nous confulter » (fi c'efl une faute d attention dont ceux qui prétendent fe prévaloir doivent être châtiez*. Pour ce qui eft de ces impre fiions (fi de ces fign es fun efies en l’air , que Magifcat- Tfin a fi firt éxagerez * , ils doivent nous perfuader de les traiter comme nos ennemis , d'autant plus , que ces fignes annoncent tou- jours des malheurs & des affiliions. Le Ciel ne fait point de pro- diges pour nous avertir de ce que nous pouvons efperer , mais feu « lement de ce que fions devonr craindre : car le bonheur qu il nous envoie n eft point accompagné d horreur , (fi il n’allume point des cometes pour endormir nos foins , (fi nourrir notre négligence. Mon avis eft donc , d' dJfembUr nos troupes (fi d'exterminer une bonne fois ces Etrangers , pufquils tombent entre nos mains , portant L ca- valière que les étoiles nous ont marqué , de Tyrans de notre Patrie (fi de nos Dieux : (fi qu’ ai an t égard a leur châtiment . autant qud U réputation de nos armes , nous f fit ns connohre que ce n eft pas la même chefe , d’être immortels à Tabafcos , (fi invincibles a Piaf cala. Ces raifons firent plus d’impreffion fur I’efprit des Sénateurs, que celles de Magifcatzin-, parce qu’elles avoient plus de rap- port à l’inclination de ces gens, nez entre les armes, & qui ne refpiroient que la guerre. Neanmoins , lorfqu’on remit l’affaire en deliberation, onrefolut, par forme de tempéra- ment , que Xicotencal aflembieroit les troupes de la Répu- blique , 6c marcheroit afin de s’éprouver contre les Efpa- gnols : fuppofant que s’il les défaifoic , c’étoit autant de cre- DU MEXIQUE. LIVRE 11. U 7 d'it gagné pou* la Nation 5 qu’au contraire , s’il étoit batu, îa République auroit toujours une voie ouverte pour traiter de la paix, en rejettant la faute de cette infulte fur les Oto- mies, & faifant croire que c’étoit un defordre 6c un contre- tems de la férocité de cette Nation. Pour cet effet ils firent retenir les Zempoales , fans qu’il parût neanmoins qu’ils fu£ fent en prifon aïant égard à conferver leurs alliez j parce qu’ils ne laiiîoient pas de connoître le péril de cette entre- prife , qu’ils faifoient allez brufquement : braves en ce qu’ils en remettoient le fuccez fur leur valeur • 6c fages en ce qu’ils ne perdoient point de vue les accidens de la fortune , qui pouvoir leur être contraire. CHAPITRE XVII. Lés Bjfagnols prennent la refblution de s'approcher de Tlafcala , à cauje de la détention de leurs Envoie^* Ils comhatent contre un gros de cinq mille Indiens qui leur aboient drefé une embufcade -, apres quoj ils font attaque \ par toutes les troupes de la Repu T blique. L Es Espagnols demeurent huit jours à Xacozingo , attend dant leurs Envoïez , dont le retardement faifoit déjà foup~ «çonner quelque chofe de fâch* ux 5 en forte que Cortez, par le confeil de fes Capitaines êc des Chefs des Indiens , qu’il con- fultoit aufii , afin de les entretenir dans la confiance , refoluE de continuer fa marche , 6c de fe camper plus prés de Tlaf- cala, afin d’obferver les démarches de ces Indiens. Il con» fideroit que s’ils vouîoient la guerre, comme il le jugeoit par plufieurs indices, confirmez par la détention de les Ambaf- fadeurs, il étoit a propos de leur ôter le tems de faire de plus grands préparatifs , 6c de les attaquer dans leur Ville meme, avant qu’ils euffent l’avantage d’affembler toutes leurs* forces, 6c de luy prefenter la bataille à la campagne. Il fît aufii- tôt marcher l’armée en bon ordre, fans oublier aucune îé8 HISTOIRE DE LA CONQJCJESTE des précautions que l’on doit prendre en un Pais ennemi. Sa marche- cto.it entre deux montagnes , feparées par une valée fort agréable. Il n’avoit pas-encore fait deux lieues, lorfqu’il fe vid arrêté par une muraille fort haute, qui prenant d’une montagne à l’autre, barroit entièrement le chemin. Cet ou- vrage étoit également fort 6c magnifique , 6c marquoit le pou- voir 6c la grandeur de fon entrepreneur. Elle étoit de pier- re taillée en dehors , 6c liée avec de la terre- glaife , forte com- me un ciment. Son épaiffeur étoit de trente pieds , fa hau- teur d’une toife 6c demie, fini (Tant en parapet , ainfi qu’il fe pratique enftiôtre maniéré de fortifier les Places. L’entrée é- toit oblique êcfort étroite, la muraille faifant en cet endroit deux avances , qui entroient l’une fur l’autre l’efpace de dix pas. On apprit des Indiens de Zocothlan , que cette efpece de fortification marquoit la feparation des bornes de la Pro- vince de Tlafeaîa, dont les Gouverneurs l’avoient élevée au- trefois , à deflèin de fe gàrentir des invafions de leurs ennemis. Ce fut un grand bonheur , qu’ils ne s’aviferent point de la défendre contre les Efpagnols j foit qu’ils n’euifent pas eu^Ie tems de fortir, pour aller combatre à ce rempart * foit qu’ils eufRnt refoîu de les attendre en pleine campagne, afin d’em- ploïer toutes leurs troupes, 6c d’ôter au plus petit nombre l’a- vantage de combatre dans un lieu étroit. L’armée pafTa de l’autre côté , fans defordre 6c fans empê- chement j 6c après qu’elle eut reformé fes bataillons, on con- tinua de s’avancer peu à peu , jufqu’à ce qu on trouva un ter- rein plus étendu, où les gens détachez découvrirent de loin _ vingt ou trente Indiens , dont les pennaches , qui faifoient entre eux la plus grande parure des Soklats , firent connoitre qu’il y avoit des gens de guerre en campagne. On en avertit le General , qui commanda qu’on effaïât de les faire appro- cher, par des lignes de paix, fans marquer d’empreflement à les fuivre 5 parce que le pais où l’armée fe trouvoit étoit iné- gal 6c qu’on y voioit des hauteurs, 6c certains rideaux propres I cacher une embufeade. Il fuivitees gens détachez avec huit Cavaliers , donnant ordre aux Capitaines de faire avancer l’Infanterie , fans la preffer 5 puifqu’on ne trouve jamais d’a- vantage à mettre le Soldat hors d’haleine par unç trop grande diligence, 6c à entrer en une occafton avec des troupes fatiguées. DU MEXI Q^U E. LIVRE IL i6 9 Les Indiens attendirent dans leur pofleles fix Cavaliers, qui compofoient le détachement à la tête de l’armée 3 5c lorfqu’ils furent allez proche, ils tournèrent le dns, fans s’arrêter ni à leurs cris , ni aux fignes qu’ils faifoient pour leur perfuader qu’on ne demandoit que la paix. En ce moment on décou- vrit une autre troupe plus éloignée , où les premiers fe jette- je nt , 5c tous enfemble firent tête aux Cavaliers, 5c Ternirent en défenfe. Les quatorze Cavaliers fe joignirent, 5c chargè- rent cette troupe , plus pour découvrir ce qui étoit derrière eux, que pour aucune raifon qu’on eût de craindre un fi petit nombre d’indiens. Cependant ils fournirent vigoureufement le choc des chevaux , 5c fe fervirent fi bien de leurs armes que fans prendre garde à ceux qui tomboient, percez ou é- crafez , ils bleflerent deux Cavaliers 5c cinq chevaux. Un gros de cinq mille hommes qui étoit en embufeade, fe décou- vrit alors , 5c vint au fecours des Indiens. Comme l’Infante- rie des Efpagnols arrivoit de l’autre côté , elle fe mit en ba. taille pour foûtenir l'effort des ennemis , qui venoient à la char- ge avec une grande furie: mais à la première* décharge de l’ar- tillerie, qui fit un grand carnage dans leur gros, ils tournè- rent le dos 3 & les Efpagnols profitant de leur defordre , les lui. virent en bon ordre, êcavec tant de vigueur, qu’ils abandon- * nerent le champ de bataille, laiffant foixante Indiens tuez fur la place, 5c quelques prifonniers. Le General ne voulut pas fuivre la vidoire, parce que le jour baifibit, 5c qu’il avoit def- fein de les épouventer, plûrôt que de les détruire. On fefai- fit de quelques maifôns qui étoient proche du champ de ba- taille, où les Soldats trouvèrent des rafraîchifiemcns , ôc ou ils pafferent la nuit avec beaucoup de joie , fans oublier les foins neceffaires en ces occafions, où l’on fait veiller quelques Soldats , pour affûrer le repos des autres. Le jour fuivant, on fe remit en marche au même ordre , 5c on découvrit les ennemis, qui s’avançoient avec plus de précipi- tation que d’ordre , en un gros plus fort que celuy qui avoit été batu. Leurs troupes s’approchèrent de nôtre armée avec beaucoup de fierté ôc de grands cris 3 5c fans mefurer la dif- tance necefiaire à la portée de leurs fléchés , ils firent une dé- charge inutile, 5c en même.tems ils fe mirent fur la retraite, combatant toujours de loin particulièrement les frondeurs, î 7 o HISTOIRE DE LA CONQUESTE qui paroiffoient d’autant plus courageux , qu’ils étoient les plus éloignez. Correz connut d’abord , que cette retraite cenoit plus du ftratagême , que de la crainte * 6c s’attendant à un plus rude combat , il les fuivit avec toutes fes trou- pes* unies , juïqu’à ce qu'aïant paffe une hauteur qui étoit en fon chemin , il vid dans la plaine une armée , dont le nom- bre , à ce quon publie , pafl'oit celuy de quarante mille hom-, î#es. Ces* troupes étoient compofées de diverfes Nations f diftinguées par les couleurs de leurs devifes 6c de leurs plumes. .Les Nobles de Tlafcala étoient à la tête , fui- vis de tous leurs alliez. Xicotencal avmt le comman- dement general , étant , comme on l’a dit , le Chef des armées de la Republique. Ceux qui obeïffoient à fes or- dres, envoïoient des troupes auxiliaires, commandées par leurs Caciques , ou par les plus vaiilans d’entr’eux. Il y avoit de l'apparence que. les Efpagnols feroient éton- nez, de fe voir en tête une armée qui furpaffoit de fi loin leurs forces : mais l’experience qu’ils avoient faite à Tabafi co fervit beaucoup à les animer en cette occafion. Cor- tez , qui reconnut fur leurs vifages une ardeur qui les poufi foît à combatre , ne s’arrêta pas à les haranguer. Ils défi cendirent l'éminence , d’un air ferme 6c gai 5 6c comme le terrein étôit rude 6c inégal , où il étoit difficile de manier les chevaux * on eut d'abord beaucoup de peine à repouffer les ennemis. On fît tirer de haut en bas une volée de tou- tes les pièces d’artillerie, pour faire retirer les troupes qu’ils avoient détachées à deffein de difputer la defcente aux Efi pagnols : mais du moment que les Cavaliers trouvèrent un terrein favorable , 6c qu'une partie de l’Infanterie fe fut a- vancée dans la plaine , ils gagnèrent affez de champ pour placer leur artillerie. Le gros des ennemis étoit éloigné un peu plus que de la portée du moufquec : ils ne combatoient encore que par des cris 6c par des* menaces - r 6c lorfque nô- tre armée fît un mouvement pour les charger , ils .fe reti- rèrent tout à coup , par une efpece de fuite , qui n'étoit en effet qu’un autre ftratagême de Xicotencal , qui cher- ciioit à faire avancer les. Efpagnols , afin de parvenir au deffein qu’il avoit de les enveioper , 6c de les attaquer de tous cotez. On le reconnut bien -tôt $ car à peine nôtre DU MEXIQUE. LIVRE IL j 7 i armée eut-elle abandonné ia hauteur qu’elle avoir à dos, Se qui la couvroit de ce côté-là * qu’une partie de celle des ennemis -s’ouvrit» en deux ailes, qui s’étendant par la * campagne * occupèrent tout le terrein , 5c formèrent com- me un grand cercle autour ‘des Efpagnols. L’autre partie des Indiens accourut aulîï-tôt , avec une diligence incroïabîe, doubler les rangs de 1a première enceinte, qu’ils reflèrroiene toujours, étant eux-mêmes h preflez 5c fi animez, qu’on fut obligé, afin de faire tête par tout* de donner quatre faces au bataillon* 6c de fonger à fe défendre avant que d’attaquer, fuppléant par l’union 6c par le bon ordre, à l’inégalité du nom- bre. L’air frapé du fon d’une infinité de cris , qui faifoient un bruit effroïable * parut en un moment obfcurci par la quan- tité des fléchés que les Indiens tiroient fur les Efpagnols» Les dards ôc les pierres tomboient fur eux comme la grê- le j mais les ennemis remarquant que tous leurs traits fai- foient peu d’effet * en vinrent bien- tôt aux mains , avec leurs mafluës 5c leurs épées , quoyqu’on en fît un • grand carnage * qui ne diminuoit rien de leur obftination. Cor- tez à la tête des Cavaliers , couroit aux endroits où le pé- ril étoit le plus ’preflant * rompant à coups de lance , 6c difiipant ceux qui s’approchoient le plus prés. Les Arque- bufiers ne«faifoieht pas moins de mal 'aux Indiens , qu’ils leur caufoient de fraïeur $ 6c l’artillerie , qui ne perdoir pas un feul coup , abatoit par fon bruit ceux que les ba- ies avoient épargnez. Comme le plus -grand point d’hon-* neur entre les Indiens , étoit de dérober aux ennemis la connoiflance du nombre de leurs blefîèz , 6c de retirer les morts , ce foin occupoit tant de gens , que leurs troupes en diminuoient confiderablement : en forte qu’ils éclaircif- foient leurs rangs , 6c qu’ils commençoient à fe retirer , 6c* à témoigner moins de hardiefle. Sur quoy Cortez ne vou- lant pas leur donner le loifir de fe reconnoître 6c de fe ral- lier , afin de ferrer encore fa petite troupe , fe refolut de les charger avec cette partiê du bataillon qui étoit le moins fatiguée , à deflein de s’ouvrir le paflage jufqu’à un pofte, où il pût oppofer aux ennemis toutes fes troupes de front» Il communiqua fon deflein aux Capitaines 5 5c aïanc mis fes ' Y ij I 7 1 HISTOIRE DE LA CONQUESTE Cavaliers fur les aîles du bataillon , il le fit marcher à grands pas contre les Indiens , -en invoquant faint Pierre à haute voix. Les ennemis fournirent vigoureufement le premier effort , en fe fervant de leurs armes avec beau-' coup d’adreffe : mais la furie des chevaux , qui leur pa- roifl'oit quelque chofe de furnaturel , les jetta dans une fi grande fraïeur 6c un fi grand defordre , qu’en fuïant de tous cotez , ils fe heurtoient 6c fe blefloient les uns les au- tres , en fe faifant eux.mêmes tout le mal qu’ils vouloient c- viter. • Pierre de Moron , monté fur une cavale tres-vrte, mais un peu forte en bouche, s’engagea fi avant en la mêlée, que plu- sieurs Nobles Tlafçalteques , qui s’étoient ralliez enfemble pour ce fujet , l’actaquerent en le voïant feparé des autres Ca- valiers j 8c après luy avoir faifî fa lance 8c le bras de la bride , ils donnèrent tant de coups a la cavale , qu elle tomba morte fous luy. Auffi-tôt ils coupèrent la tête à cet animal : quel- ques Auteurs ajoutent que ce fut d’u feul coup d’épée * mais ces éxagerations ne rendent point l’a&ion plus confiderable. Moron reçut quelques legeres bleffûres , 8c fut faitprifonnier: neanmoins il fut fecouru par les autres Cavaliers y qui le mi- rent en liberté, après avoir tué les Indiens'qui l’emmenoient. Cet accident nuifit beaucoup au defïèin du General , parce qu’il donna aux ennemis le tems de reprendre leurs^angs , dont ils vinrent ferrer une autre fois les Efpagnols , qui étant ex- trêmement fatiguez du premier combat , qui avoit duré plus d’une heure, commencèrent à douter du fuccez de ceiuy ci. Cependant la neceffité redoublant leur courage , ils fe difpo- fo-ient à une nouvelle charge , lorfque les cris des ennemis e efferent tout à coup y 8c un fubit 8c profond filence tombant fur cette multitude de gens armez, on n’entendit plus que le * bruit de leurs petites timbales 8c de leurs cors, qui fonnoient Ja retraite à leur maniéré. On. connut en effet qu’ils la fai-. foient , par le mouvement de leurs troupes vers le che- min de Tlafcala, jufqu’à ce qu’une colline les déroba à la vue des Efpagnols , à qui ils abandonnèrent le champ de ba-^ ^ille. • m .. , r . Une avanture fi extraordinaire leur donna le ntoïen de refpi- rer.. D abord elle leur parut une efpece de miracie r parce DU MEXIQJJE. livre il 175 qu’ils ne pouvoient l’atrribüer à une caufe naturelle : nean- moins on apprit depuis, par quelques prifonniers, que Xico- tencal avoit commandé la retraite ,. à caufe qu’il avoit perdu en cette occafion la plus grande partie de fes meilleurs Offi- ciers , 6c qu’il ne fe trouvoit plus en état de faire agir ce grand nombre de troupes, privé?» de leurs Commandais. Plulïeurs Nobles Indiens périrent auffi dans ce combat, qui leur coû- ta beaucoup de fang : Neanmoins, malgré cette perte, 6c leur retraite précipitée , 6c quoyque les Efpagnols fuflent demeu- rez les maîcres du champ de bataille , les Tiafcalteques firent une entrée triomphante en leurs logçmens. Ils croïoient que de 11’être pas vaincus , c’étoit avoir remporté la vidoire 5 mais la tête de la cavale faifoit le principal fujet de leur joie , 6c tout l’appareil du triomphe. Xico tencal la portoit devant foi, fur la pointe d’une lance. Il l’envoïa bien* tôt après à Tlafcala, où il fit prefent au Sénat, de cette redoutable dépouille , qui fut regardée avec beaucoup d’étonnement^ * 6c depuis facrifiife folemneliement dans un de leurs Tem- ples : vidime fort convenable à ces Autels, 6c plus pure que les Dieux mêmes qu’ils pretendoient honorer parcefacru fice. Dix ou douze de nos Soldats furent.bîefiez, 6c quelques Zéro- poales , dont le fervice fut d’un grand fecours , l’éxemple des Efpagnols n’excitant pas moins leur valeur naturelle, que le dépit de voir qu’on avoit rompu 6c méprifé leur alliance. On découvroit à quelque diftance du lieu où on avoit combatu, un petit Bourg fur une hauteur qui commandoit fur toute cette plaine. Cortez voïant que fes troupes, extrêmement fatiguées , a voient befoin de repos , fe refolut d’occuper ce polie, ce qu’il fit fans difficulté j parce.que lesHabkans s’en étoient retirez auffi- tôt qu’ils eurent vû la retraite de leurs troupes.* Ils y avoient laifTé toute forte de rafraîehiffiemens, qui Servirent à renouveller les provifions de l’armée , 6c à ré- parer les forces des Soldats. Ils n’y trouvèrent point allez de couvert pouf toutes les troupes-, mais les Zempoaîes remedie- rent à cette incommodité, par les barraqües qu’ils confirmè- rent en fort peu de tems , où on ajouta tout ce que l’art pou- voit fournir de nouvelles fortifications à la nature de lieu, déjà fort par fa fituation % en faifant des remparts de terre 6c Y iij ; 174 HISTOIRE DE LA CONQUESTE de fâcines: 6c tous les Soldats s’occupèrent le relie du jour à cet ouvrage , avec tant d’ardeur 6c de joie , qu’ils fem- bloicnt fe delà lier par cette preuve de leur diligence. Ce n’eft pas qu’ils ne connu dent bien le péril où ils éioient enga- gez • 6c ils voïoient allez que la guerre n’étoit pas encore terminée : mais ils attendoient du fecours du Ciel, tout ce , puifi au'il était impoljible d'aller plus avant ; autrement qu ils ixecuteroient * eux memes ce dejfein , en le làiffant fans autre compagnie , que celle de fin ambition & de fi témérité. Le General entendit ce mur- mure, St fe retira à fa barraque , fans chercher à ramener les efprits chagrins St mutinez , jufqu’àce qu’ils fuflent revenus de larraïeur qui les troubloit, St qu'ils euflent reconnu l’abfurdité de leurs propofitions : car les remedes précipitez font moins propres à guérir les maux de cette nature, qu à les in iter j parce que la peur eft une paffion qui agit fur l’efpric des hommes, avec sine violence qui fait fes premiers efforts contre laraifon. « DU MEXIQJJE. LIVRE II. i8t CHAPITRE XIX. Cortex, appuifie une nouvelle mutinerie de fis Soldats . Les Habitans de Tlafcala. prennent les Efiagnols pour des Enchanteurs. Ils confultent leurs Devins ; C $ par leur confiai , ils attaquent durant la nuit le quartier des Efiagnols. L Es chagrins inquiets des mécontent devenoient contai gieux, & n’étoient plus retenus 5 ni par l'autorité des Ca- pitaines , ni par les remontrances des gens bien intentionnel lt affe&ionnez au General r en forte qu’il jugea que fa pre- fence étoic neceff'aire , pour les réduire aux tenues de la rai- fan. Pour cet effet il commanda que tous les Efpagnols s’af- femblafîent en la place d’armes , fous pretexte de délibérer fur l’état prefent de leurs affaires : &: aïanr donné ordre a» droitement , que les plus mutins fuflént placez le plus préÿ de fa perfonne, afin que cette efpeee dé faveur leur donnât plus d’attention pour ce qu’il diroit 3 il ne fi pus befiom dîc-il,. de s'étendre beaucoup fier ce que mus avons- à faire maintenant? apres avoir gagné en peu de tems deux batailles , ou votre valeur na (as moins paru , que U foiblejfie de nos ennemis, il efi vrai que les travaux de la guerre ne font pas toujours terminez par la vic- toire. La maniéré d'en profiter a aujji fies difficulté^ ; & on doit au- moins fie précautionner contre les f erils qui accompagnent fouvenfi les bons fucceT^ comme une efpeee de tribut impofié lia félicité des- hommes. ï avoue neanmoins * , mes amis , que ce n’ efi pas la le mo- tif de mon inquiétude : un befioin plus fort & plus prejfiwt me rend votre confiai necejfiaire. On m’a dit que l'envie de retourner en- arriéré » revient dans T efprifr de quelques-uns de nos Soldats ; quils s’animent les uns les autres , a faire cette propofiîion. le veux : aore qu elle efi fondée fur quelque apparence de raifon ; mais il ri efi pas honnête qu'une affaire de cette importance- fie traite four- dement , en maniéré de caballe. il faut que chacun d fe librement a qu'il penfiefiur ce fujet i afin que fon iffie pour le bien public f oit* 181 HISTOIRE DE LA CONQUESTE antorifé , lorfquil ri empruntera point la figure (fi les apparence / d'un crime. Mais afin que chacun raifoonne plus nettement fiir ce qui convient à tout le monde, il faut avant toutes chofies , tonfidc- rer l état auquel nous femmes , (fi prendre pour une bonne fois , une refolution qui ne fouffre plus de contraditfions. Cette expédition a été approuvée , pour ne pas dire applaudie , par vous autres , d'un confentement univerfel. Nous avons entrepris daller jufqrià U Cour de Motezuma : nous nous femmes en quelque maniéré facrifiez À ce dejfein , en faveur de notre Religion & de notre Roi 3 apres cjuoy il y va de notre honneur (fi de nos efperances. Les Indiens de T lafcala , qui ont voulu s'y oppofet avec tout le pouvoir de leur R epubhque (fi de leurs allie ont été vaincus (fi dijjipez s (fi fe- lon toutes les réglés de la prudence humaine , il rie fi pas poffible qu'ils demeurent encore long tems fans nous demander la paix , ou fans nous accorder le pajfage libre fur leurs terres . Si nous obte- nons cet avantage , a quel point doit il élever notre réputation ? (fi quelle place pouvons - nous prétendre dans l'eflime de ces Barbares , qui nous en donnent déjà une entre leurs Dieux ? Motezuma , qui nous attend avec tant de crainte , comme il efl aifé de le reconnoî - ira par l artifice de* ces Ambaffades qriil nous a envolées plufieurs fois , nous regardera avec bien plus de refpeél , après la défaite des Tldfcalteques , qui font les braves de fon Empire , dont ils ont fe- codé le joug par la force de leurs armes. Il y a beaucoup d' appa- rence qriil nous offrira des partis avantageux , dans la crainte que nous ne nous joignions a ces Peuples révoltez contre luy : (fi il fe peut faire aifément que les traverfes que. nous avons endurées de leur part , feront l iftrument dont Dieu veut fe fervir pour avancer notre entre prife , en éprouvant notre confiance ; puf qriil ri e fi point @bligé à faire des miracles en notre faveur , fans que nous y contri- buions notre cœur (fi nos mains. Que fi nous tournons maintenant le dos , outre que nous ferons les premiers à qui les viFloires auront fait perdre le courage , nous perdrons tout À la fois nos travaux, (fi le fruit qui les devoit fuivre. Apres cela , que pouvons -nous ef- perer, on que ne devons nous pas craindre ? Ces mêmes Peuples que nous avons vaincus , (fi qui font encore trembla ns çfi fugitifs , s'a- nimeront par notre relâchement 3 & étant les maîtres des défilez d'un Pais diffcicile , ils nous fuiviont , (fi nous déferont pendant notre marche. Les Indiens amis qui fervent auprès de nous , avec beaucoup de courage çfi de fatisfattion , fe fe pareront de nos trou- DU MEXI QJJ E. LIVRE II. i 8 3 & tacheront de sécha fer s afin d'aller tn leurs Pats , publier notre honte : Et les Zempoales & les Totonaques , qui font nos al- liez, , & tunique rejfource de notre retraite , vont confpirer contre nous , apres qu'ils 'auront perdu cette haute opinion qu'ils avoicnt de nos forces» le reviens donc à dire , quil faut confiderer tout ri- vée beaucoup d'attention , en mefurant les efperancei que nous aban- donnons , avec les périls aufquels nous nous expofons. Propofil^é* délibéré ^ ce qui fera le plus expédient : je laiffè toute forte de li- berté à vos fentimens > dr fai touché ces inconveniens , plutôt pour dtfculpeY le mien , que pour le défendre . Le General eut à pei- ne achevé Ton difcours , qu’un des mutins connoiiTant la rau fon , éleva fa voix , 6c dît à fes partifans : Mes amà , notre Ge- neral demande ce qu'il faut faire ; mais il nous f énfeigne en le demandant, il eft maintenant imp effile de nous retirer fins nous perdre. Tous les autres témoignèrent qu’ils étoient convaincus de cette vérité, 6c confefFerent leur faute. Le relie de l’armée applaudit à leur retour -, 6c on refolut par la voie d’accîama- tion ,, que l’on pourfuivroit l’entreprife. C’efl ainfi que l’or* vid ceffer pour un rems Pinquietude de ces Soldats , qui fou- haitoient de fe voir en repos dans Pille de Cuba y 6c un defîr fi mai fflndé fut une des plus grandes dif&cultez qui travail- lèrent Pefprit , 6c éxercerent la confiance de Cortez , en tour- te cette expédition. La fécondé déroute des Indiens affligea extraordinairement le Peuple de TIafcaîa. Cette nouveauté y caufoit également de l’admiration 6c de la honte. Le Peuple erioit,. que Pon fît la paix 5 6c les Sénateurs ne trouvoient plus de moïens pour continuer la guerre. Les uns propofoient de fe retirer aux montagnes avec leurs familles ries autres difoient, que les Es- pagnols étoient des Divinitez , qu’il faloit appaifer par une promte obeïfiance , 6c même par l’adoration. Les Sénateurs s’afTemblerent , afin de chercher quelque remede à tant de malheurs : mais en raifonnant fur cefujet, ils fe trouvèrent fl étourdis qu’ils avouèrent tous , que les forces de ces Etran- gers paroiffoient au-defïus de la nature. Neanmoins ils ne pouvoient fe perfuader qu’ils fufTent des Dieux, jugeant qu’il étoit contre le bon fens , de s’accommoder en cela à la cré- dulité du Peuple : mais ils retombèrent dans la penfée, que JS 4 histoire DE LACONQüESTE les exploits furprenans qu’ils faifoient , croient l’effet de quel- ques enchantemens. Sur quoy ils conclurent, d’avoir recours à la même fcience , afin de les vaincre, 8c de defarmer un charme par un autre. Pour ce fujec ils firent appeller leurs Magiciens ÔC leurs Sorciers, dont le Démon avoir introduit l’abus 8c les impoftures en ce Païs-là, où ils étoient fort rcf- pedez. Le Sénat leur communiqua fa deliberation , qu’ils ap- prouvèrent , en l’appuïant par des reflexionsYniflerieufes 3 dé- clarant qu’ils étoient déjà informez de l’embarras qu’on ve- noit de leur expliquer , 6c qu’ils avoient prévu 8c étudié cet- te matière. Ils ajoutèrent , que par le moïen de leurs figures magiques , 6c l’art de la devination , ils avoient déjà décou- vert 6c pénétré le fecrec de ce miflere, qui confïftoit en ce que les Efpagnols étoient fils du Soleil, produits par l’activité de fes influences fur la terre des régions Orientales. Qu’ain- ü leur plus grand enchantement étoit la prefence de leur pere, dont la puiflante ardeur leur communiquoit une efpece de force an-deifus de la nature humaine, qui les faifoit appro- cher de celle des immortels : mais que l’influence ceffoit lorf- que le Soleil décîinoic vers le Couchant * qu’ils devenoient a- lors folb'es 6c flétris comme les herbes des prairie^ 6c ren- troient dans les termes de la mortalité , comme Us autres hommes : Que par ces raifons il faloit les attaquer durant la nuit, 6c les exterminer avant que le retour du Soleil les rendît invincibles. Les Sénateurs donnèrent piufieurs éloges au grand fçavoir des Magiciens , avec une extrême joie de ce qu’ils avoient trouvé fenceud de la difficulté, 6c fraïé le chemin pour obtenir la vidoire. Cette maniéré de combatre durant la nuit, étoit tout à-fait oppolée à l’ufage de ces Peuples : neanmoins comme les accidens extraordinaires ont peu d’égards pour la coutume , cette importante refolution fut communiquée à Xi- cotencal, à qui on ordonna d’attaquer le camp des Efpagnols âpres le Soleil couché, 6c de les exterminer avant qu’il fe le- vât. Le General Indien commença à préparer toutes chofes pour cette adion‘, ajoutant foi à i’impofture des Magiciens, d’autant plus qu* elle alloit à fa décharge , 6c qu’il fçavoit quelle étoit autorise par l’avis du Sénat. Cependant les Efpagnols eurent diverfes rencontres de peu de çonfequence. Quelques troupes des ennemis parurent auprès DU M E X I QJJ E. 11ŸRE IL i 8 y du camp \ mais elles fe mirent en fuite avant que de combatre, 5c on les pouffa avec aflez de perte pour les Indiens. On fit des forties, à deffeinde faire contribuer les Villages voifins , donc les Habitans reçûrent un traitement favorable , qui gagnaaux Efpagnols le cœur de ces Peuples, ôc une grande abondance de vivres. Le General donnoit ainfi tous fes foins à empêcher que l’oifiveté d’un campement ne fît relâcher quelque chofe de la vigilance des Officiers , 5c de la^difcipline militaire. Il pofoit plufieurs fentinelles au loin, 5c faifoit faire la garde à toute rigueur : les chevaux étoient fcllez toutes les nuits, avec la bride à l'arçon 5 & le Soldat qui quictoit fes armes , étoit condamné à dormir armé, ou à ne dormir point. Ces réglés d’éxa&itude , qui ne paroi/lent fuperfluës qu’aux negligens s furent alors fort neceflaires a Cortez : car la nuit deftinée à l’a/faut étant arrivée , les fentinelles découvrirent un gros d’en- nemis qui marchoit vers le camp , au petit pas , obfervant un grand filence , contre la coutume de cette Nation. Us en aver- tirent fans faire aucun bruit: &c comme cet incident tomba en un tems où nos Soldats étoient fur leurs gardes dans toutes les formes accoutumées , on garnit promtement le rempart, 5c on prépara à loifir tout ce qui étoit nece/Taire pour la défenfe. Xicotencal étoit luy-même tellement enivré de la créance , qu’il donnoit au difcours des Magiciens , qu’il penfoit trouver les Efpagnols languiiTans 5c fans aucune force , 5c les tailler en pièces , avant que le Soleil en eût la moindre connoifîànce ? neanmoins il n’oublia pas defe faire fuivre de dix mille Indiens armez , pour aider à tuer les Etrangers , en cas qu’ils ne fuflenc pas encore entièrement flétris par l’abfence de leur pere. Nos Soldats les lai/Terent approcher des remparts, fans faire aucun bruit 5 Sc le General Indien ordonna trois attaques en divers endroits du quartier. Cet ordre fut éxecuté par les Indiens avec beaucoup de diligence 5c de hardiefle 5 mais ils trouvè- rent par tout une refiftance à quoy ils ne s'attendaient pas. On les reçut fi vigoureufëment, que plufieurs y perdirent la vie* 5c le refte prit d’autant plus d’épouvente , qu'ils avoient eu de confiance d’attaquer des murailles qu’ils croïoient trouver fans défenfe, Xicotencal reconnut un peu trop tard fimpoflurede fes Sorciers , 5c la difficulté de cette entreprife : mais il ne con- fulta là-deffus , que fa colere 5c fon courage. Il ordonna donc lU HISTOIRE DE LA C O N QU ESTE qu’on revînt de tous cotez à l’a (Faut , en pouffant tout le gros de Ton armée contre les remparts. On ne peut nier que ces In- diens ne témoignaient une valeur extraordinaire en ce com- bat , qui fe faifoit contre l’ufage ordinaire , durant la nuit, con- tre une place forte par Part & par la nature. Ils s’aidoient des épaules de leurs compagnons pour monter fur le rempart où ils rècevoient fans s’étonner les bleffûres , qu’ils rendoient plus profondes, en fe pouffant dans les armes des Efpagnols *. ainfi les premiers tomboient, fansque ceux qui lesfuivoient paruf- fent rebutez par leur difgrace. Le combat dura long-tems de cette maniéré , où le defordre des ennemis ne nous étoit pas moins favorable, que la différence des armes , jufqu’à ce que Xicotencal voïant qu’il luy étoit impofüble de venir à bout de fon de Hein , fit fonner la retraite. Alors Cortez,qui avoit Pceil à tout , connoiffant la foibleffe des Indiens , qui fe retiroient par troupes fans aucun ordre , fortit avec une partie de fes gens de pied & tous fes Cavaliers , qui fe^enoient prêts , aïant garni de fonnettes le poitrail de leurs chevaux , afin que la nouveauté de c£ bruit donnât encore plus de terreur aux Indiens. Cette charge imprévue jetta parmi eux une fi terrible fraïeur, qu’ils ne fongerent qu’à fuir de tous cotez , fans faire aucune refiftan- ce. La campagne fut couverte de morts , êt de bleffez qui ne purent fuivre les autres : & il n’y eut de nôtre côté , qu’un Zem- poale tué , & deux ou trois Efpagnols -bleffez $ ce qui parut un miracle à tous ceux qui virent Feffroïable quantité de fléchés, de dards 6c de pierres qui étoient tombées dans l’enceinte du camp. Les Soldats celebrerent une vi&oire qui leur avoit fi peu coûté , par des démonftrations fingulieres de joie êt de fatisfac- tion j quoy qu’ils ne fçûffent pas encore de quelle importance il leur étoit, d’avoir donné une épreuve de leur valeur durant la nuit, ni l’obligation qu’ils avoient aux Magiciens de Tlafcaia, dont la fotife leur fervit beaucoup en cette rencontre, puifqu’elle éleva la réputation des Efpagnols jufqu’au dernier point de gloi- re , & leur fit obtenir la paix, qui eft le meilleur fruit de la: guerre. & pour quelles affaires > Ils répondirent ; Qu ils é- toient envoïeT^par le Sénat & par h Republique de Tlafcala , afin de- traiter de la paix ; Sur quoy on les laiflà entrer. Cortez les reçut avec tout Papa-rat 6c la le vérité qu’il jugea neceflaire à leur imprimer du refped 6c de la crainte : 6c les* Indiens , après avoir réitéré leurs reverences 6c leurs encen- femens, expoferent le fujet de leur AmbafFade , qui fe reduifit àdiverfes excufès de ce qui s’étoit pafFé ^ 6c quoyqu’elles fuf- fmt frivoles , elles fervirent neanmoins à faire connokre leur i?i HISTOIRE DE LA CONQÜESTE repentir. Ils dirent : £)uc les Otomies & les Chômâtes , Peuples Barbares qui leur étoient alliez , , s’étoîent ajjemble^ ffi avoient fait la guerre contre la volonté du Sénat , dont C autorité riavoit pas été cjfez> puijfantè pour re primer les premiers mouvement de la férocité de ces brutaux. £>uon leur avoit enfn fait mettre bas les armes 5 dr que la Republique fouhaitoit ardemment la paix : Jjhfils ne la deman dotent pas feulement au nom du Sénat s mats Encore en celuy de la N oblejfe & du Peuple. £)ue le General pouvoit dés ce mo* ment entrer dans leur Ville , avec tous fes Soldats , qui y demeure - roient autant quil leur plairoit 5 avec cette ajfeurance , quils y fe- raient traitez, & reverez, comme les enfans du Soleil, 0 & les frères de leurs vieux. Ils conclurent ainfi leur difeours , dont tout l’ar- tifice ne put déguifer le tort qu’ils avoient fur le fujet de la guerre paflee , 6c qui ne laiffa pas de témoigner la fincerité de leur propofition à l’égard de la paix. Le General confervant toujours un air grave & fevere, & diffi- mulant la fatisfa&ion qu’il recevoit de leur foûmiffîon, répondit: £>riils dévoient être perfuadez, de ce quil leur or do nnoit de rapporter de fa part au Sénat , qui étoit , que la grâce qu on leur faifoit ri était pas une petite marque de fa bonté , qui vouloit bien les recevoir & leur don- ner audience , lorfquils avoient fujet de redouter fa colere en qualité de criminels , dr de recevoir fes loix en qualité de vaincus . Que U faix quils propofoient étoit conforme afin inclination : mais quils la recherchoient apres une guerre trop injufte & trop info lente , pour l'obtenir fi aifement , & pour ne la pas acheter. Qu on vernit com- ment ils perfeverer oient a la défit er, & comment ils agiraient pour la mériter. tàcheroit cependant de retenir la jufte colere de fes Capitaines , en dijjlmulant les raifons quils avoient de prendre les armes , dr retardant le châtiment fans baijfer le bras , afin quune promte fatisfaciion de leur faute les put faire profiter du tems quil y a entre la menace & le coup. Cortez leur fit cette réponfe, afin de prendre le tems defe guérir , & d’examiner U. fincerité de la propofition qu’ils luy faifoient pour ce fujet. Il jugea à propos de renvoïer ces Am- bafladeurs en doute du fuccez de leur négociation 5 craignant encore que les Sénateurs de Tlafcala ne fe rendirent plus fiers & plus roides , s’ils le trouvoient facile & relâché fur le fujet de l’accommodement : puifqu’aux affaires de cette nature , ce qui paroît être un détour , eft fouvent une voie DU MEXIQUE, livre IL 195 voie abrégée, & les difficultez adroites font plus que les em- preflemens. CHAPITRE XXI. De nouveaux Ambajfadeurs de Motezuma viennent au quartier , pour ejfaïer de rompre le traité avec les Tlafcalteques . Le Sénat demeure dans la rejoiution de rechercher la paix j & Xicotencal fe charge luy-méme de la négociation . L A réputation des Efpagnoîs s’accrut extrêmement par ces vi&oires : & Motezuma informé éxa&ement de tout ce qui fe paiïbit à Tiafcala, par les avis de fes Miniftres, &parîa diligence de fes Couriers, entra en de plus vives appréhendons du péril qui le menaçoit, quand il vid foûmife & vaincue par un petit nombre d’hommes, cette bdliqueufe Nation qui avoit refifté tant de fois à toutes fes forces. Il écoutoit avec admiration le récit des exploits de ces Etrangers 5 & il craignoit qu’aprés avoit réduit les Tlafcalteques à leur obéir, ils n’em. pioïaflent les armes de ces rebelles à de plus grandes entrepri- fes, contre les interets de fon Etat. Ce qui mérité en cet en- droit de grandes reflexions , efl qu'au milieu de tant d’inquie- tudes & de foupçons , ce Prince ne fe fouvint point de fes forces, & qu’il n’aflembla point d’armée pour fa défenfe, la fureté de fa perfonne. Au contraire , fans faire aucuns ef- forts , ni ofer déclarer la guerre, comme s’il eût été retenu par quelque genie fuperieur à fon efprit, il s’attachoit entièrement aux artifices de la politique, ne balançant que fur le choix des moïens les plus doux, Toute fon application en cette conjonc- ture, alloit à rompre l’union qui fe formait entre les Efpagnoîs & les Tlafcalteques : ôc cela netoit pas mal imaginé * carlorf- que la refolution manque, la prudence en efl: plus fine 6c plus éveillée. Pour cet effet il refolutd’envoier une nouvelle Am- baflade, êc un regale à Cortez, fous prétexté de fe réjoüir de l’heureux fuccez de fes armes , & de le prier de Juy aider à châ- Bb I9 , HISTOIRE DE LAC ON QU'ESTE tier l’infolence des Tlafèalteques révoltez. Cependant le mo-’ tifle plus effentiel de cette Ambaffade étoit, de faire de nou- velles inftances au General des Efpagnols , afin qu’il abandon- nât le deffein de venir à la Cour de Motezuma , en preffant ex- trêmement fur les raifonsqui obligeoient l’Empereur à ne point accorder cette permiflion. Ils avoient outre cela une inftruc- tion fecrette, de reconnoître en quel état la guerre deTlafca. la fe trouvoit : 8c en cas qu’on traitât de la paix , 8c que les Efi paenols y euflent de l’inclination , d’effaïer de faire naître tant d’obftacles à la conclufion du traité, qu’ils la puflènt empê- cher • fans neanmoins faire proître les ombrages que l’Empereur en prenoit ,8c fans abandonner la négociation , jufqu’â ce qu’ils luy en euflent rendu compte, 8c qu’ils euflent reçu de nouveaux ordres fur ce fujet. . XT , . Cinq Mexicains des plus confiderables entre les Nobles , e- toient les Chefs de cette Ambaffade,; ôc après avoir paffé avec quelques précautions furies terres de Tlafcala, ils arrivèrent au camp des Efpagnols , un peu après que les Miniftres de la Republique en furent partis. Cortez les reçut avec beaucoup de foie 8c de civilité , parce que le filence de Motezuma com- mençoit à luy donner de l’inquietude. Il leur donna une au- dience favorable , 8c témoigna qu’il étoit fort obligé à l’Em- pereur de Ion prefent , dont la valeur alloit a deux mille marcs, en plufieurs pièces d’orfevrerie d’un or fort léger’, 8c en d’autres curiolitez , de plumes , 8c de mantes de coton ? neanmoins il ne leur fie point encore de réponfe, parce qu’il vouloir qu’avant que de partir ils y viffent avec quelle foûmiffion lesTlafcalte- ques luy demandoient la paix. Audi les Ambaffadeurs ne fe preflerent point de folliciter leur dépêche , parce qu’ils avoient ordre de demeurer : mais ils ne furent pas long-tems fans décou- vrir tout le fecret de leur inftruaion, en publiant ce qu’ils dévoient taire , pa'r les queitions qu’ils faifoient à contre- tems fi indifcretement , qu’on reconnut facilement toutes les fraïeurs de Motezuma , 8c de quelle importance étoit la paix avec les Tlafcalteques, pour amener cet Empereur à la ^Cependant la Republique de Tlafcala, qui defiroit perfua-’ der les Efpagnols de fa bonne- foi, envoïa un ordre à tous les Bourgs Ôc Villages circonvoifins de porter au camp toute DU MEXIQUE. LIVRÉ 11. ^ m forte de vivres, fans en prendre aucun paiement , meme lous prétexté d’échange. L’ordre fut éxecuté ponduellemenr 5 & l’abondance parut dans le quartier , fans que les Pai- fans ofaflent recevoir la moindre récompenfe. Deux jours apres on découvrit fur le chemin de la Ville, une troupe confiderable d’indiens qui s’approchaient , avec toutes les marques de paix. Le General , qui en fut averti , ordon. m qu’on leur laifsât l’entrée libre * 6c pour les recevoir , il fe fit accompagner par les Ambafladeurs de Mexique, en leur faifant entendre qu’il confioit à leur diferetion , une choie qu’il apprehendoit qu’ils ignorafTent. Le Chef des Tlal- calteques envolez , étoit Xicotencal meme , qui avoit bri- gué cette commiffion • (oit pour fatisfaire le Sénat , en amen- dant fa felonnie par cette adion j foie qu’étant convain- cu que la patx étoit neceûaire , comme il étoit ambitieux , 6c qu’il aimoit la gloire, il ne voulut pas que la Républi- que fût redevable à quelque autre de cet avantage. Il étoit accompagné de cinquante Cavaliers de fa fadion , ou de fes parens , tous extrêmement parez à leur maniéré. Sa taille étoit au - deffus de la médiocre , allez dégagée , mais forte Ôc robufte. Sa parure étoit une mante blanche , qu il portoit d’une maniéré bizarre 6c cavalière , avec quantité de plumes , 6c quelques pierres rares aux endroits accoutu- mez. Les traits de fon vifage étoient mal proportion- nez • cependant ils ne kiiToient pas d’imprimer du refped s 6c un certain air libre 6c guerrier en rendoit la laideur ma- jeftueufe. C’eft ainfi qu’il parut en prefencc du General * où après avoir fait les reverences ordinaires , il s’aflit , 6c commença fon difeours , en avouant t juil étoit le feut coupa- ble de toutes Us hofiilitez, qui s étoient comwifes i pane quil s é- toit imaginé que les Efpagnols étoient du parti de Mote&umd , dont le nom même luy donnât de l horreur : Mais qu’à prefent il fe faifoit un grand pUfir, de venir fe rendre entre les mains de f»n vainqueur , comme aïant été le premier témoin de fes mer- veilleux exploits . c §gtil foubaitoit avec pajjion y mériter par cette fourni fion & par cette n connoijfance , le pardon de fa Républi- que , au nom & par l'autorité de laquelle il fe prefentoit , non pour propofer , mais pour demander humblement la paix , & pour U recevoir en U maniéré au il pUirçit aux Efpagnols de laccor- Bb ij sSÊSSfeÀ. Jdlli j 9 6 histoire de la conqueste dcr. fiuil U demandoit une , deux , d“ fois , 4# d» Sénat , ^ /<* Noblefie , d- ^ -P*»//* de Tlafiala 3 fa ff liant enflamment le General , qtfil luy plut honorer leur Fille de fa prefence : Qfiil y trouveront des logtmens préparez, pour fin ar- mée , & toute la vénération & tout le firvice qu'il pouvoir fe promettre d'un Peuple , • qui étant naturellement fier & vail- lant , ne croïoit pat fi faire tort , le prier 5 é; de luy obéir, fifil demandoit feulement , » qu au - tant de tems qu'il en faloit four de pécher de sA mbaffa de ur s que Mo- teZuma luy avoit envolez,. Ce difeonrs lâché comme pai ha- zard & fans deflein, ne laifîa pas d’échaufer beaucoup la né- gociation de la paix. Le General demeura avec les Am ba {fadeurs Mexicains , qui débutèrent par de grandes railleries fur le traité de paix , 6 c fur ceux qui lepropofoient. De là ils pafferent à blâmer avec trop de prefomption la facilité des Efpagnolsa fe laiiïèr periuader. En- fin , s’adreffant à Cortez , ils luy dirent , par maniéré d’inftruc- tion : Qu'ils admiroient qu'un homme fi habile ne connut pas en *• sore les Tlafcalteques , gens barbares , qui fe maintenaient par leurs rujes , bien plus que par leurs forces . Quil prît bien garde a ce quil ferait '> parce qu'ils ne fonge oient qu'à profiter de f a confiance r afin de le perdre , luy & tous fis Soldats. Mais quand ils virent Cortez ferme à maintenir la parole qu’il avoit donnée, dé- clarer qu’il ne pouvoit refufer la paix à des gens qui la de- mandoient , ni manquer à ce devoir qui étoit le but de fes armes, ils s’arrêtèrent quelque tems à rêver profondément r aprés quoy leurs perfuafions fe convertirent en prières , à ce qu'il plût au General différer encore fix jours fon entrée dans Tlafcala , afin que deux des principaux d’entre - eux euffent le tems d’aller inftruire l’Empereur de ce qui fe paffoit y pendant que les autres attendroient fes ordres.. i 9 8 histoire DE LA CONQtJESTE ,6cc. Cortez leur accorda cette grâce - parce qu’il jugeoit à pro- pos d’avoir des égards pour Motezuma, 6c de voir ce que cette diligence pourroit produire , n’étant pas impofîible qu’elle ne levât les difficultez qu’il faifoit , de fe laiiïer voir. Ainfi il mettoit à profit les differentes difpofitions des Tiafcalteques 6c des Mexicains 5 6c il encherifloit la paix , en la fartant defirer aux uns , 6c craindre aux au,, très. Fin du fécond Livre, 199 >jr :' .- At Æt :5/l 3f> A!» A£ 4f» ^ 3f>3f»3$> Afc ? A£ •*$* '•>• ^ *£ '• ^ 3£.A£ A£ •& AÉ AA histoire DE LA C O NQ.UESTE MEXIQUE-' DELA NOUVELLE ESPAGNE LIVRE TROISIEME . CHAPITRE PREMIER. Le volage des Envoie^ de Corte^a la Cour d Ejpagne* Les contradtBons fg) les embarras qui retardèrent l'expédition de cette affaire* L eft maintenant à propos de parler du voïage des Capitaines Alonfe Hernandez Portocarrero , Ôc François de Montexo, qui étoient partis de Vera-Cruz, chargez du prefent & des dépêches que Cortez envoïoit au Roi, comme le premier hommage & le premier tribut de la Nouvelle Efpagne. Leur fetsfc-* ïwMfèto&stifâ&v* :î*asua I ÎOO HISTOIRE DE LA CONQUESTE voïage fut heureux , quoyqu’ils en euffent hazardé le fuccez^' pour n’avoir pas fuivi au pied de la lettre les ordres qu’ils avoient , dont ksdnterpretations ruinent fouvent le cours d’une affaire /parce quelles fe rencontrent fort rarement avec l’in- tention du fuperieur Montexo avoit une Habitation en l’Ifle de Cuba , près de la Havane ; Sc quand le vaiffeau fe trouva à la vue du Cap Saint Antoine , il propofa à fon compagnon Sc au Pilote Ala- minos , qu’il leur feroit avantageux de toucher en cet endroit, afin d’y faire provifion de quelques rafraîchifTemens ; puifque ce lieu étant fort éloigné de la Ville de Saint Jacques , ou Velafquez refidoit, il n’êtoit pas fort important de fe relâ- cher un peu des ordres que le General leur avoit donnez , d é- viter avec foin tous les lieux de la jurifdi&ion de ce Gouver- neur. Montexo vint à bout de fon defTein, dont le but étoit de v'ifiter fous ce pretexte fon Habitation : & il rifqua ainfi, non feulement le vaiffeau, mais encore le prefent, Si toute la négociation dont il avoit la conduite. V elalquez, que la jaloulîe qu’il avoit du bonheur de Cortez tenoit fort éveillé, avoit ré- pandu des efpions en toutes les Habitations qui étoient fur la côte, afin d’être averti de ce qui fe pafferoit de nouveau. Il craignoit que Cortez n’envoïâc quelque navire à l’I fie de Saint Domingue, à deflein de rendre compte de fa decouverte , Sc de demander du fecours aux Religieux de faint Jerôme, qui gouvernoient cette Ifle : c’eft ce que Velafquez vouloir préve- nirSc empêcher. Il apprit par le moi en defes efpions , la ^def- cente de Montexo en fon Habitation j Sc auflhtôt il dépêcha deux vaifîeaux qu’il avoit tout prêts, bien armez Sc fort bons voiliers , avec ordre de fe faifir à toutes rifques , dir navire, de Cortez. Ce mouvement fe fit avec tant de diligence, qu’on eut befoin de toute la fciencc Sc de toute la bonne fortune du Pilote Alaminos , pour échaper d’un danger qui mit en grand hazard la conquête de la Nouvelle Efpagne. En cet endroit Bernard Diaz noircit avec peu de raifon , la réputation de Montexo, dont la qualité Sc la valeur meri- toicnt un meilleur traitement. Diaz le bâme d’avoir mal re- connu l’obligation qu’il devoit à la confiance de Cortez. Il dit : Que Montexo n'alla 'voir fon H abitation , qu a dejfein de retar- da le voïare , & de donner à Velafqne^ le tems de fe faiftdu navire : DU M E X I CL Ü E - h* IVRE IIL 1S > 1 navire : Qu il luy écrivit une lettre , dont un Matelot fut chargé; d° que cet homme lu poita^ nageant entre -deux eaux . Ces cif- conftancesôC quelques autres, font rapportées par cet Auteur avec fï peu de fondement, qu’il les détruit luy-meme, en fai- sant un détail exprès de la vigueur 6c de l’aélivité avec laquel- le Montexo , lorfqu’il fut à la Cour , s’oppofa aux Agens & aux Partifans de Velafquez. Diaz ajoute : £)ue les Envoïe^Je Corte2 ne trouvèrent point l'Empereur en Efpagne : 6c il avance encore d’autres particularitez , qui font conoîcre avec quelle facilité il prêtoit l’oreille à toute forte de récits, 6c avec quel difcernément on doit dire fes mémoires , furtout ce qu’il n a pas vu. Le vaiiïeau de Cortez couroit rifque , s’il n’eût pris fa route par le Canal de Bahama , Alaminos aïant été le pre- mier Pilote qui ait ofé fe commettre à la rapidité de fes*cou- rans. Il eut alors befoin de toute la violence dont les eaux femblent fe précipiter en cet endroit , entre les Ifles Lu- cayes 6c la Floride , afin de fe jetter promtement en pleine mer , 6c rendre inutiles joutes les précautions de Velaf- quez. Ils eurent un tems â fouhait, 6c arrivèrent à Seville au mois d'Oétobre de cette même année 1519. La conjon&ure ne fut pas fi favorable à leurs prétentions. Benoiffc Martin Chapelain de Velafquez fe trouva alors en cette Ville, étant venu, ainfî qu’on l’a dit, fol liciter les affaires de ce Gouverneur. 11 luy avoit envoie les provifions de la Charge d’Adelantado, 6c attendoit à Seville un embarquement pour retourner à Cuba. L’arrivée de ce vaifFeau le furprit : 6c comme il étoit déjà connu 6c in- troduit auprès des Miniftres, il fe fervit de ces avantages, a- fin de faire valoir fes plaintes contre Cortez 6 i contre fes Envoïez, auprès des Juges de la Contratation des Indes $ c’eftle nom qu’on avoit déjà donné à ce Tribunal. Martin leur re- prefentoit: Que le navire étoit à fin Maitre Velafquez* : & que toute la charge luy en appartenait , comme provenant d un ? ai s dont la conquête luy étoit attribuée en vertu de fis Commiffions. Que Ventrée dans les Provinces de la Terre ferme , $ étoit faite furtive - ment & fans autorité , par Cortez* & par ceux qui l'ac c ompagn oient, qui s étoient fouleveT^avec la flotte que Velafquez* avoit eqnipee a fes dépens , a dejftin de faire cette conquête. jQue les Capitaines Portocarrero & Montexo meritoient à' être punis five rement : Qu au toi HISTOIRE DE LA CONQUESTE moins on devait faifir leur vaijfeau & toute fa. charge , jufqua ce nuits eujfent produit les titres légitimés fur lefcjuels ils prêt envoient fonder leur Committm . -Velafquez avoit à Seviiie plufieurs pro- tecteurs , parce qu’il faifoit beaucoup de prefens • 6c cela tient lieu de bonnes raifons , fur tout aux affaires équivoques, dont le droit femble être fournis aux interprétations de la volonté. On reçut la requête du Chapelain , 6c on faifit le navire 6c fes effets ^ permettant neanmoins , comme une grâce, aux Envoïez de Cortez, d’en appelier au Roi. Les deux Capitaines êc le Pilote prirent, avec cette permif- fion , le chemin de Barcelonne, où ils croioient trouver fa Ma- jefté. Ils arrivèrent au moment que le Roi venoit de partir pour aller à la Coruna , où il avoit convoqué les Etats de Caftille , 6c fait préparer fa flotte, à deflein d’aller en Flandre, preffé par les cris de l’ Allemagne , qui l’appelloit à la Couronne de l’Empire. Us ne voulurent point fuivre la Cour , afin de ne traiter pas en courant une affaire d’un fl grand poids , qui étant mêlée avec les fatigues 6c les inquiétudes d’un voïage,perdroit l’agrément de la nouveauté , 6c le mérité de 1 attention. Les Envoïez prevoïant fagement ces inconveniens , allèrent à Me- delin , faliier Martin Cortez , afin d’effifier s’ils pourvoient ob- tenir de luy la grâce de les prefenter au Roi , 6c d’autorifer par Ja prefencé de ce venerable vieillard, les prières 6c les deman- des de fon fils. Il les reçut avec toute la tendreffe que l’on peut fe figurer de la part d’un pere afflige , qui après avoir pleuré la perte d’un fils qu’il croïoit^ mort , trouve de fi juftes fujets d’admirer fes avions, 6c d’être fatisfait de fa for. tune. Il n’eut pas de peine à fe refoudre d’accompagner les En- voïez : 6c après s’être informé de l’endroit où ils pour- roient trouver l’Empereur ( c’eft ainfi que nous le nomme- rons dans la fuite de l’Hiftoire ) ils apprirent que ce Prin. ce devoir faire quelque fejour à Tordefillas , où il étoit allé prendre congé de la Reine Jeanne fa mere , 6c dé- pêcher quelques autres affaires fur le fujet de fon voïa- ge. Martin Cortez 6c fes compagnons l’attendirent en ce fieu , où ils eurent leur première audience , qu’un heureux incident rendit très- favorable. • Les Officiers de la Con- tratation n’avoient ofé comprendre en leur faifle le pre- DU M E X I QJJ E. LIVRE III. 105 fent deftiné à l’Empereur , à qui ils l’envoïerent précifé- ment en ce tems-là , avec les Indiens du Pais nouvelle- ment conquis. Cette conjondure fit écouter avec plus de plaifir les nouveautez que les Envoïez debitoient , ce qu’el- les avoient de plus étonnant à l’oreille étant alors ap- puie par le témoignage des yeux : car ces bijoux d’or pré- cieux par leur matière 8c par leur façon, ces rares manu- factures de plume 8c de coton , 8c ces animaux raifonnables, d’une fifionomie fi extraordinaire , qu’ils fembloient établir une fécondé efpece d’hommes , tout cela paroiffoit aux Cour- tifans comme autant de témoins, qui donnoient de l’autorité à la relation des Envoïez , fans qu’ils ceflàflent de la trouver admirable. L’Empereur les entendit avec beaucoup de bonté ; 8c le premier mouvement de fon ame Roiale , fut de rendre grâ- ces à Dieu , de ce qu’on découvroit fous fon Régné de nouvelles Régions , où on pouvoit faire connoître fon nom, Sc prêcher fon Evangile. Il eut diverfes conférences a- vec les deux Capitaines 8c le Pilote : il s’informa avec foin de tout ce qui regardoit ce nouveau Monde ; du Domaine 8c des forces de Motezuma ; de la qualité 8c des talens de Cortez. Il fit même des queftions au Pilote, fur la naviga- tion 8c ordonna que les Indiens fullênt- ramenez à Se- ville ’ afin qu’ils puffent conferver leur fanté dans un air plus doux 8c plus chaud. Enfin il auroit décidé en faveur des Envoïez , félon qu’on en peut juger par l’ardeur qu’il avoir d’avancer cette entreprile , s’il n’eût été alors embar- rafle par des affaires très- importantes, qui le touchoient de plus prés. On voïoit tous les jours arriver de nouvelles lettres de la. part des Villes de Caftille, avec des propofitions peu reL pedueufes. Cette Province fe plaignoit de ce qu’on attiroit fes Etats en celle de Galice. Le Roïaume en general té- moignoit être jaloux , de fe voir moins confideré que l'Em- pire : Pobeï (Tance étoit mêlée de proteftations 5 8c cet ef- prit de licence qu’on voïoit regner dans les Communautez, s'emparait infenfiblement de tous les cœurs. Ils aimoienc le Roi, 8c ils perdoient le refped qui luy étoit dû : Ton abfen- çe les affligeoit : la crainte de ne le voir plus leur faifoit 204 HISTOIRE DE LA CONCLUES TE ver fer des larmes - Ôc cet amour naturel aux Sujets, fe tour- noie en une paffion violente, qui étant mal gouvernée, fem-' bloit menacer l’autorité du Prince. L’Empereur fatigué de ces plaintes -continuelles, voulut s’en délivrer en hâtant fon départ, comme il fit. Ilcroïoit revenir bientôt -, 6c qu’il ne luy feroit pas difficile après fon retour , d’appaifer les mau- vaifes humeurs qu’il laiffoit en mouvement. I-l en vint à bout» Neanmoins , fans éxaminer les motifs importuns qui l’oblige- rent à ce voïage, on ne peut s’empêcher d’avoüer qu’il ha- zardoit beaucoup 3 6c pour dire la vérité , ce n’ell pas un bon moïen de guérir les maux, qu’un exeez de cette confiance qui attend la derniere extrémité fuppofant qu’on ne manquera pas de remedes. Ces embarras firent renvoïer la requête de Cortez au Car- dinal Adrien , 6c au Confeil des Prélats 6c des Mimftres T qui dévoient l’affilier de leurs avis durant l’abfence de l’Em- pereur. Ils avoient ordre , après avoir confulté le Confeil des Indes , de chercher quelque expédient afin de fauver les prétentions de Diego Velafquez 5 ôc cependant, de procu- rer avec chaleur la découverte 6c la conquête de cette terre,- qui commençoit à fe faire connaître fous le nom de Nouvelle Éfpagne, Le Prefident du Confeil des Indes , formé depuis peu de jours , étoit Jean Rodriguez de Fonfeca Evêque de Burgos; Il étoit affilié de Hernan de Vega Seigneur de Grajal , de Dom François Zapata, de Dom Antoine de Padilla, tous deux du Confeil Roïal , 6c de Pierre Martir d’Angleria Pro^ tonotaire d’Arragon. Le Prefident avoit une grande con- noillànce des affaires des Indes, qu’il manioit depuis long r tems : êc tous les Confeillers cedoient à fon autorité , 6c à fon expérience. Il favorifoit Velafquez, 6c ne s’en cachoit pas j foit qu’il fût prévenu par les raifons du Chapelain , ou par Peftime qu’il faifoit de la perfonne du Gouverneur. Bernard Diaz a crû qu’il y entroit de la paffion , 6c en rapporte les motifs avec peu de refpeét, 6c trop de paroles : mais com- me cet Auteur ne dit que ce qu’il avoit appris d’ailleurs, il y en a moins, ou peut-être rien du tout. Ce qu’on ne peut nier eft, que la caufe de Cortez perdit beaucoup de fon mérité entre les mains de Fonfeca ,, qui diffama fon DU MEXIQJJE. LIVRE in. 205 expédition , en la traitant de crime, dont les confequences croient dângereufes. Il remontroit , Jpue Velafiquez, , en vertu, du titre que l'Empereur luy avoit accordé , et oit le Maître de l en- tre prife i & félon les réglés de U juftice , qu’il l'étoit encore des moïens que l'on avoit emploïe^jour y parvenir. Il appuïoit fort fur le peu de confiance que l'on devoit attendre d'un homme révol- té contre fon Supérieur, & ce quon pouvoit craindre de ces fiemen- ces de rébellion , en des Provinces fi éloignées . Il proteiloit de tous les malheurs qui en arriveroient : enfin il chargea fi fort fes remontrances -, qu’il ébranla le Cardinal, &; les Minif- tres du Confeil. Ils conoifïoient allez qu*on affedoit de donner trop de poids aux raifons de Velaiquez : neanmoins ils n’ofoient décider fur une matière de cette confequen- ce y contre le fentiment d’un Miniftre fi qualifié. D’aii- leurs, ils ne jugeoient pas à propos de defoler Cortez, con- firmé dans la poffeflk>n , & à qui on étoit redevable d’une découverte plus grande, fans comparaifon , &: plus impor- tante que toutes les autres. Ainfi ces irrefolutions retar- dèrent la décifion de l’affaire, jufqu’au retour de l’Empe- reur , & à l’arrivée des féconds Envoies de Cortez. Tout ce que Martin Cortez El fes compagnons purent obtenir, fut qu’on leur délivrât quelque chofe pour leur dépenfe fur les effets qui étoient faifis à Seville. Avec ce médiocre fe- cours , ils furent deux ans à. la Cour, Cuvant les Tribu- naux comme des prétendans difgraciez ; l’intérêt public étant devenu particulier en cette occafion , au lieu qu’en toutes les autres Emterêt du particulier tâche à paflèr pour celuy du 10 6 HISTOIRE DE LA CONQUESTE CHAPITRE II. Mote^uma fait de grands efforts pour rompre le traité de paix. Des Envoies de la République de Tlafcala viennent continuer leurs inftances pour ï obtenir. Cor- te\ marche avec fon armée > . fait fon entrée dans la ViUe . H Ernan Cortez ne fut informé de ces obftacles, que long-tems après. Nous l’avons laifïc dans fon camp auprès de Tlafcala , où il demeura fix jours , afin de tenir fa parole aux AmbafTadeurs de Mexique : cependant il connoif- foit , par de nouvelles expériences , l’ardeur que les Tlafcal- teques avoient de faire la paix , 6c la jaloufie qu’ils avoient conçue des offices 6e des foins de Motezuma. Ses Miniftres revinrent ,au jour nommé , 6c furent reçus avec les civilitez accoutumées. Leur nombre étoit augmenté de fix Cavaliers de la mai^n de l’Empereur, fuivs d’un magnifique cortege, 6e qui apportoient un prefent de même qualité , ,6c unpeu moindre en valeur , que le precedent. Un d’entr^ÆTpor- ta la parole j 6c enflant fon difcours de plufieurs exagéra- tions, il reprefenta : Que l'Empereur fiouverain de Mexique ( à ce nom ils firent tous une profonde reverence ) defiroit avec pajfi fion , être ami & allié du grand Prince à qui les Efpagnols obeïfi- Joient , & dont U Majefié paroiffioit avec tant d'éclat en la valeur de fes Sujets. Que cette pajfion portoit leur Empereur à païer tous les ans un tribut a ce Prince , & à partager avec luy les ricbejfis immenfes dont fin Pais abondoit ; parce quille rever oit comme le Jils du Solejl , ''on au moins , comme le Seigneur de ces beureufis Ré- gions d'où on void naître la lumière : Mais que ce traité devoit être précédé par deux conditions . La première , que Corte^dr fes Soldats sabftinjfint de faire aucune alliance avec les Peuples de ‘Tlafi cala J puijqu il n étoit pus raifinnable , qn après être fi obligera U libéralité de l'Empereur , ils confervajfent quelque lïaifon avec fis ennemis. La féconde , qu'ils achevaient défi perfuader que le défi DU M E X I QJJ E. LIVRÉ IIL 207 feln qu'ils avaient d'aller à Mexique fin étoit ni pojjible , ni raifon- J na ble , fuifque félon les loix de i Empire, le Souverain ne pouvoit fe laiffer voir a de J Etrangers , & que fes Sujets ne le fouffriroient pua. gu' Us dévoient bien confident les périls qui fuivr oient l'une ou l'autre de ces allions , ou ï imprudence avoij beaucoup départ: car les Tlafcalteqnes avoient tant de penchant à la trahifon & au bri uma les avoit enrichis 5 & les Mexicains étaient fi jaloux de lautoritê de leurs loix , & d' ailleurs fi farouches , que i Empereur , avec tout fon crédit , ne pourroit retenir leurs emporte - mens, ni les Efpagnols fe plaindre avec fuf lice , de ce quHs enfouf friment puifquils avoient été avertis tant de fois , du danger au- > quel ils sexpoifoient . . . - Tel fut , à peu prés, Le difcours de ce Mexicain 5 6c toutes les AaÆaàades 6c diligences de Motezuma , alloient à cet uni- que but, d’empêcher que les Efpagnols ne s'approchaient de Mexique. Il regardoit ces Etrangers avec toute l’horreur que les funettes prelages luy en avoir fait concevoir * U en fei- gnant d’obfïr à fes Dieu*, il fe faifoit une reïidon de fa crainte. Cdrtez ne fit point encore de réponfes auf propor- tions qu’on luy faifoit de fa part : il dît feulement aiA^mbaffa- deurs- Qu'il étoit a propos de les laiffer reposer, apres les fatigues de leur voïage i & qu'il les dépèeïïesroit en^eu de tems . Il vouloir qu’ils fufTent témoins de la paix .qu'il fc|^Tayec les Tiafçah tequesj U il confideroit encore, de quâ(e importance luy étoit leur fejour , dans la crainte que Motezuma fcichant fa refolu- tion , ne fongeât à s’y oppofer par la voie des armes 5 car on étoit bien informé qu’il n’avoit encore rien de prêt pour la guerre, ôc perfonne n’ignoroit la facilité qu’il avoit d’ailem- bler en peu de rems une puilTante armée. Le retardement de Cortez inquiétait terriblement le Sénat de Tiafcala , qui en attribuait la çaufe à ces Am ballades : ep forte que les Sénateurs refoinren.t , que pour donner un témoi- gnage indubitable de leur affedlion , ils iroient en Corps au camp des Efpagnols , afin de les amener dans leur Ville , ou au moins, de n’y retourner pas eux-mêmes , fans avoir convaincu le General de lafincerjté de leur procédé , & déconcerté tou- tes les négociations de Motezuma. 7-, , 208 HISTOIRE DE LA C O N QU ESTE Ils partirent avec une nombreufe &, fuperbe fuite , parez de plumes , ôt d’autres ornemens , dont la couleur annonçoit la paix. Les Sénateurs étoient portez en une maniéré de litiere, lur les épaules des Miniftres inferieurs. Magifcatzin , qui avoit toujours opiné en faveur des Efpagnols , étoit à la tête , avec le pere de Xicotencal , venerable vieillard , que le grand âge avoit privé de l’ufage de fes yeux , fans luy ôter celuy -defon efprit , qui faifoit encore rechercher fes avis par tous les Sé- nateurs. Ils mirent pied à terre , à quelque pas de la maifon de Cortez, qui les attendoit- ôc l’aveugle s’avançant le premier, pria ceux qui le conduifoient de l’approcher du Capitaine des Orientaux : c’eft ainfi qu’il nommoit Cortez. Il l’embrafîa avec une extrême joie 5 après quoy il luy paffa la main fur le vifage, êc fur differentes parties du corps, comme s’il eût cherché à le connoître par le fens du toucher* qu’il faifoit fuppléer en cette occafion, à celuy de la vue. Le General fit afleoir tous les Séna- teurs : 6c l'aveugle preffé par les prières de Magifcatzin, prit la parole , à peu prés en ces termes s Genereux Capitaine , folt que tu fols , ou non, de U race des Im- mortels , tu as maintenant en ton pouvoir le Sénat de Tlafcala , qui vient te rendre ce dernier témoignage de fin obeïjfance . Nous ne venons poipt exeufir la faute de notre Nation j mais feulement nous en charger , avec quelque confiance d'appaifer ta colere par notre fin - cerné Ce fi nous qut avions rejolu de te faire la guerre s maïs c e fi nous aujji qui avons conclu de te demander la peux* L'effet de la première refolution n a été que trop promt , lautre tarde trop 4 pa- roi tre s mais les plus meures delberat ons ont cette qualité. On n efface qu avec peine ce qui si imprime avec difficulté-, &je puis affeurer que ce retardement nous a donné une plu s parfaite connoijfance de ta valeur, & qu'il a exalté notre confiance Nous n'ignorons pas que Mote&uma s'ef- force de te détourner de notre alliance : écoute le comme notre enne- mi, fi tu ne le confidere pas comme un Tyran , tel qu'il doit déjà te le paraître , puifquil te recherche à deffàn de te perfuader une injuf- tice. Nous ne demandons pas que tu nous affifi s contre luy , nos feules forces nous fuffifent contre tout ce qui ne fera pas toy : mais nous verrons avec dépUifir , que tu prennes quelque affeurance furfet promeffes v parce que nous connoiffons bien fes artifices & fes intri- gues j & maintenant , malgré mon aveuglement , il s'offre a moy d 6 certaines lumières , qui me découvrent de loin le péril ou tu t en_ gages DU MEXIQUE. LIVRE Ut. 209 Il fe peut faire que TlafcaU obtiendra dans le Monde une illupe ré- putation , pour avoir entrepris ta défenfe : maïs laijfons au tems a te détromper s il ne faut point être Prophète pour juger ce qui peut refulier de la tyrannie de Motezuma , & de notre fidelité. Tu nous as offert la paix , fi Motezuma ne te retient. Pourquoy te retient il \ Pourquoy te refuf es- tu à nos prières ? Pourquoy ne veux- tu pas honorer notre Vide de ta prefence ? Nous venons , refiolus de gagner une fois ta volonté & ta confiance , ou de mettre entre tes mains notre liberté : choifis de ces deux partis , celuy qui te fera le plus agréable 5 car pour mus , il n'y a point de milieu entre la necejjité d'être tés amü > ou tes efclaves . C’eft ainfi que ce fage aveugle conclut fon diicours , faifant voir que le Sénat Tlafcalteque avoit auffî Ton Appuis, tel que celuy qui parla fi fortement dans le Sénat de Rome, contre le Roi d’Epire. Apres quoy on ne peut nier que ces gens n’euf- fait un raifonnement au-deJTus du commun , comme on le re- marque en la forme de leur Gouvernenent, ainfî qu’en leurs avions, ÔC en leurs difcours. Neanmoins, quelques Ecrivains peu afFe&ionnez à nôtre Nation ? ont parlé des Indiens com- me des bêtes dépourvues de raifon , croïant diminuer ainfî la gloire de nos conquêtes. Il eft vrai qu’ils admiroient avec beaucoup de fimplicité, des hommes qui leur paroiiïbient d’une autre efpece , fi differens d’eux en couleur ôc en vêtemens. Iis regardoient les barbes comme des accidensmonftrueux, à caufe qu’ils n’en avoient point. Ils donnoient de l’or pour du verre: ôc enfin , ils prenoient nos armes pour des foudres, Ôc nos chevaux pour des bêtes farouches. Mais tout cela venoit des impreffions de la nouveauté, qui ne font point de tort à l’en- tendement j parce qu’encore que l'admiration fuppofe l’igno- rance , elle ne fuppofe point l’incapacité , ôc même on ne fçau- roit proprement appeller ignorance , un défaut de connoiiîan- ce. Dieu les avoit faits raifonnables * ÔC quoyqu’il eût permis leur aveuglement fur les chofes de la Religion , il n’avoit pas laiffé de leur accorder toute la capacité ôc les avantages natu- rels , qui font neceffaires à la confervation de l’efpece , ôc dus à la perfection de fes ouvrages. Mais il eft tems de retourner à nôtre Narration , de peur de faire honneur à une calomnie groffiere , en s’amufant trop à la réfuter. Cortez ne put tenir contre ces fourmilions du Sénat : ôc d’ail- r “ Dd no histoire de la conqueste leurs il n’avoit plus de pretexte, puifque le terme qu’il avoit accordé aux Mexicains étoit paffé. Ainfi il fit une réponfe fa- vorable aux Sénateurs ; Si il les regala ,de quelques prelens, afin de les perfuader plus aifement de fa gratitude 6c de fa con- fiance. Il falut leur parler d’autorité , pour les obliger à s’en retourner : 6c il obtint enfin cela d’eux , apres leur avoir donné fa parole qu’il iroit loger dans leur Ville , fans autre retarde- ment que celuy qui étoit neceffaire à faire venir des Indiens propres à conduire l’artillerie, 6c à porter le bagage. Us fe con- tentèrent de la parole du General , après qu ils la luy eurent fait repeter , par un mouvement de tendreffe 6c daffeétion, bien plus que de défiance. Us partirent fort fatisfaits , prenant fur eux la charge d’afTembler ÔC d’envoïer des Indiens pour l’artillerie 6c le bagage. En effet , le jour fuivant commentait à peine à paroître, qu’on vida la porte du camp cinq cens Ta- menes , fi adroits 6c fi forts, qu’ils difputoient entre -eux à qui en porteroit ie plus , l’honneur fe réglant au poids de la charge. Auffi tôt on difpofa toutes chofes pour la marche r on for- ma les bataillons • 6c après avoir placé l’artillerie 6c les bagages, l’armée prit le chemin deTlafcala, avec l’ordre 6c les précau- tions qu’elle obfervoit ^ étant certain que la meilleure partie de fes conquêtes étoit dûë à l’éxa&itude de la difeipline, dont elle ne fe relâcha jamais. La campagne des deux cotez du chemin, étoit couverte d’une multitude innombrable d Indiens, accourus de tous les Villages, à un fpeétacle fi extraordinaire. Leurs cris 6c leurs batemens de mains étoient fi éciatans,qu ils auroient pu palier pour des menaces pareilles à celles dont ils ufoient en com bâtant , fi Marine n’eut averti les Efpagnoîs, que ces Peuples déclaroient ainfi leur joie dans leurs plus grandes fêtes -j 6c qu’ils celebroient alors à leur mode, le bônheur qu’ils avoient obtenu , 6c beniffoient 6c loüoient leurs nouveaux a- mis. Cette connoiflance fit fupporter l’importunité de leurs ap- plaudiflémens , dont on leur laiffa tout le plaifir. Les Sénateurs vinrent au-devant de l’armée, bien loin hors de la Ville , avec tout l’appareil 6c toute la pompe dont ils honoroient ces actions. Us étoient efeortez de tous les No- bles , qui fe faifoient honneur en ces occafions, d’affilier les Mini lires de leur République. Ils firent toutes les reverences DU MEXI QJJ E. LIVRE 1 1 I t m accoutumées en arrivant, Ôc marchèrent auffi tôt à la tête de Farinée , fans s’arrêter 5 donnant à connoître par l’cmprefle- ment de leurs civilitez , qu’ils ne defiroient rien tant que de hâter la marche, fans retarder ceux qu’ils accompagnoient. A l’entrée de la Ville , les acclamations en faveur des vain- queurs redoublèrent avec plus de bruit 5 parce que la mufi- que mal concertée de leurs flûtes , de leurs timbales 8c de leurs cors , fe mêla aux voix de la Populace. Le concours é- toit fi grand , que les Miniftres du Sénat eurent une peine fu- rieufe à percer la foule , afin de laifler un pa liage libre dans les rues. Les femmes jettoient toute forte de fleurs fur les Ef- pagnols h 8c les plus hardies, ou les moins diferetes, s’appro- choient jufqu’à leur en mettre entre les mains. Les SacrifL cateurs revêtus de leurs robes de ceremonies , attendoientnos gens au paflage, avec leurs brafiers de copal 5 8c fans fçavoir où ils adreflbient leurs encenfemens, ils témoignèrent leur joie & leurs applaudiflemens par la fumée de ces brafiers. La fince- rité de ce Peuple paroiiïoit fur tous les vifages également, quoyqu’en diverfès, maniérés. Les uns témoignoient de l’ad- miration mêlée de joie 5 8c les autres poufToient des cris, tem- pérez par le refped 8c la vénération. Le logement de l’ar- mée , fourni de tout ce quiétoit neceflaire , commode ^mê- me délicieux, étoit préparé dans la meilleure maifon de la Ville, où il y avoir trois ou quatre grands portiques fortlpa- cieux , avec tant d’appartemens , que Cortez trouva lieu d’y loger fans embarras toute l’armée , fans FafFoiblir en la fepa- rant. Le General avoir amené les AmbaflTadeurs de Motezu- ma , malgré leur refiftance : 8c il les fit loger auprès de foi , par- ce qu’ils étoient aflûrez fous fa prote&ion, 8c qu’ils ne Jaiflbient pas de craindre toujours quelque violence. Ainfi la derniere ré- duction deTiafcala, 8c le jour de cette entrée, arrivèrent le 23. de Septembre 1519. jour auquel les Efpagnols obtinrentune paix glorieufè , accompagnée de toutes les circonftances d’un triomphe, fi durable 8c d’une telle confequence pour la con- quête delà Nouvelle Efpagne, que cette Province joiiit encore de plufieurs Privilèges 8c droits d’Exemtion, quelle a méritez en réeompenfe de fa fermeté , 8c qui font des monumens ho- norables defon ancienne fidelité. 111 histoire de la conqueste CHAPITRE III. Defcription de la, Viüe de Tlafcala. Les Sénateurs fi plaignent de ce que les E/pagnols marchent avec leurs armes : ils attribuent ce procédé au peu de confiance qu on avoit en eux, Cortès^ les Jatisfait , tache de leur faire quitter le culte des Idoles. T Lafcala étoit alors une Ville fort peuplée , bâtie fur qua- tre éminences , peu éloignées les unes, des autres , qui s’étendoient du Levant au Couchant. Elles n’étoient pas d’é- gale grandeur ; 8t les fortifications naturelles de leurs rochers y avoient attiré plufieurs Habitans. Ainli ces quatre éminen- ces , qui contenoient toutes les maifons de la Ville , formoient comme quatre citadelles , ou quartiers feparez, qui avoient communication enfemble par differentes rues bordées de murs fort épais, qui fervoient de murailles à la Ville. Ces quar- tiers étoient gouvernez à titre de Fief , par quatre Caciques qui defcendoient des premiers fondateurs , St dépendoient neanmoins du Sénat, où ils affiftoient ordinairement , St dont ils recevoient les ordres en ce qui regardoit l'Etat en general, comme le Sénat recevoir les appellations de leurs Sujets en der- nier refTort. Les maifons n’avoient qu’un médiocre exhauffè- ment , parce qu’elles n’avoient point de fécond étage. Elles étoient bâties de pierre St de brique j St au lieu de couvertures de tuiles , elles avoient des terrafles , avec des coridors. Les ruës étoient étroites , Sttortuës félon lesdifferens contours dé la montagne. Enfin leur architeauren’écoit pas moins bizarre que la fituation de la Ville, où on avoir eu plus d’égard à la fureté , qu’à la commodité. La Province entière avoit cinquante lieues de tour 5 fçavoir dix de longueur de l’Orient à l’Occident, fur quatre de largeur du Nord au Sud, d’un paï.s inégal èi montueux, & neanmoins très fertile ôi bien cultivé par tout où les rochers permettoient de jouir des avantages du terrain. Il écoit borné de tous câtez DU MEXIQUE. LIVRE ni. 213 par des Provinces de l’Empire de Motezuma, hors celuy du Nord , où Tes limites étoient reflerrées , plutôt que bornées, par la grande Cordeliere , dont les montagnes prefque inac- ceffibles luy donnoient communication avec les Otomies , les Totonaques , de les autres Nations barbares qui leur étoient alliées. On y trouvoit quantité de Bourgs & de Villages fort peuplez : de cette Nation avoit dés fa jeunefiè deux inclina- tions dominantes , la fuperftition de l’éxercice des armes, à quoy ils s’appliquoient, de s’y rendoient très- habiles par émula- tion • foit que le climat leur donnât les fentimens communs à tous les Montagnards, ou que laneceffité les rendît vaiîlans* Le Païs abondoit en maiz j de le grain répondoit fi heureufe- ment au travail des Païfans, qu’il avoit donné le nom à la Pro- vince de Tîafcala, qui en leur langue fignifie Terre de pain. On admiroit la diverfité de l’excellent goût de fes fruits , de l’abondance du gibier de de la venaifon que cette Province nourrifloit. Enfin une de fes plus grandes richefles eft encore maintenant la Cochenille , dont les Peuples ne connoifToient pas l'ufage jufqu’à ce qu’ils l’eufTent appris des Efpagnols. Je crois qu'elle a tiré fon nom de cette graine appellée par les La- tins Côccus j & qui a donné parmi nous fon nom à l’Ecarlate. Cependant en ce Pais- là c’eft un infede , comme un petit ver qui naît de fe mûrit , pour ainfi dire , fur les feüilles d’un arbre fauvage de épineux, qu’ils appelaient alors Tunu fiuvage , de qu’ils preferent maintenant à ceux qui portent les fruits les plus délicats 5 puifqu’ils doivent leur plus grand commerce de leur jichefFe à la precieufe teinture de ces petits vers, qui ne cede en rien à celle que les anciens tiroient du fangde leur Murex , ou Pourpre, fi célébré entre les precieufes couleurs, fur les man- teaux de leurs Rois. Tous ces avantages de la nature étoient balancez par de •grandes incommoditez. Le voifinage des montagnes rendoir la Province fujette à des tempêtes furieufès , à des houragans terribles , de à des «inondations frequentes de la riviere appel- lee Zahual , qui fans fe contenter de ruiner les moifions , de d'arracher les a'rbres , ailoit chercher les maifons jufqu’au plus haut des collines. On dit que Zahual en leur langue fignifie Riviere galeufe , parce qu’elle donnoit cette maladie à ceux qui beuvoient de fes eaux on qui s’y baignoient ^ ce qui écoit 1I + HISTOIRE DE LA CONQUESTE le fécond effet de la malignité de ce torrent. Le défaut de fel n’-étoit pas une des moindres incommoditez de ces Peuples, puifqu’elle laifloitfans affaifonnement toutes les viandes excel- lentes dont cette Province abondoit. Ce n’eft pas qu ils n en puflènt tirer aifément des Païsfujets à l’Empire de Motezuma, en échange de leurs grains 5 mais le dégoût en leur manger leur paroifloit un moindre inconvénient , que celuy d entrer en com* merce avec leurs ennemis. . # . Cette politique étoit pardonnable à un Peuple qui naimoit que la guerre : neanmoins ces remarques , 6c d’autres encore que les Efpagnols faifoient fur la conduite de cette Nation , ne leur caufoientpas moins^d’inquietude que de furprife. Leur Ge- neral diffimuloit fes foupçons : cependant il faifoit continuer exactement la garde en fon logement ; 8c quand il alloit à la Ville avec les Indiens , il fe faifoit accompagner d’une partie de fes Soldats , qui n’oublioient jamais les armes à feu. Les Efpa- gnols ne fortoient point auffi qu’en greffe troupe, 8c avec les mêmes précautions. Ils avoient bien deffein d’établir une con- fiance' réciproque j mais d’une maniéré qui ne tint rien de la négligence. Cependant les Indiens , qui delîroient leur amitié fans artifice 8c fans affectation , fe faifoient un point d’honneur affligeant pour eux, de ce que les Efpagnols ne quittoient point les armes , 2c de ce qu’ils n’étoient pas affez convaincus de leur fidelité. Ce point fut agité dans le Sénat , qui députa Magifcatzin à Cortez, afin de luy reprefenter : £)ue ces manie- ra qui fentoient la guerre , n avoient fus bonne grâce, en un lieu ou tout étoit fioàmis & obeïjfant , & ou on ne cher choit qua luy plaire. Que ces gardes qu on faifoit dans fon quartier , marquoient qu on ne s y croïoit pas en feuretè '•> & que les Soldats qui marchaient par la. Ville avec leurs foudres fur l'épaule , quoyquils ne fijfent point de mal , offenfioient plus par cette défiance , qu'ils n auraient fait par des outrages, il conclut quon devoit regarder les armes comme une charge inutile , lorfqnelle étoit peu necejfaire , & rneme choquante entre des amis de bonne foi , & defarmez. Enfin ilfufplta *res- humblement Cortez , de la part du Sénat & de toute la Ville , qu il fit cejftr ces démonfttations & cet appareil , qui co'nfervoient en ap- parence quelques marques d'une guerre mal éteinte > ou qui pour le moins étoient des fignes d'une amitié pleine d'ombrages. Cortez répliqua : Qfiil connoijfoit la fweerite dont le Peuple de DU M E X ï QJJ E. LIVRE III. i?j TlafiaU répondait a fes bonnes intentions 5 & quïl n avoit aucun foupcon qu iis voulujfent contrevenir à une paix quils avoient fou - haitèe fi ardemment. fige l'éxaffitude des gardes qu on faifoit en fin quartier , était conforme à Puf âge de fin Raïs , ou les Soldats vi- votent toûjours comme s ils étaient a U guerre , dont ils pratiquoient tous les exercices au milieu de la paix , afin de s accoutumer aux fatigues. Q.u ils apprenaient ainfi l’obeïjfance , & fi faifiient une habitude de la vigilance . fige les armes faifiient partie de leurs or- nemens & de leur parure > & qu'ils les portaient comme des marques honorables qui difiinguoient leur profe filon . Ce fi pourquoy il deman- dait aux Sénateurs quils s affeurajfent de fon amitié , é' quils ne sojfenfajfent point de ces dèmonflrations propres aux gens de guerre, & compatibles avec la paix entre les Peuples de fa Nation. Par ces raifons Cortez trouva moïen de làtisfaire fes amis , {ans négliger fa fureté: 6c Magifcatzin qui avoit famé guerriere , 6c qui étant jeune avoit commandé les armées de la République, fè plut fi fort à ce ftile de guerre , 6c en trouva la fatigue fi noble , quau lieu de continuer fes plaintes , il refolut d’intro- duire ces exercices 6t cette vigilance parmi les troupes de fa Republique j avoüant qu’ils fervoient à diflinguer les Soldats , 6c à les rendre habiles en même-tems. Cet éclaircifFement fit ceffer les inquiétudes des Habitans deTlafcala , qui s’attachoient tous à fervir les Efpagnols avec beaucoup d'affe&ion. Tous les jours ils donnoientde nouvel- les preuves de leur bonne volonté , par des regales de toutes fortes de fruits 6c de venaifon , 6c même de mantes , 6c d’autres curiofkez de peu de prix , les plus riches prefens qu’on pût faire en cePa'fs là , où l’âpreté de fes montagnes ne laifîoit au- cune ouverture an commerce des autres Provinces , qui produi- sent l’or 6c l’argent, La plus belle fale du logis des Efpagnols fut deflinée à fervir de Chapelle. Ils y éleverent un Autel de plufieurs degrez : on le para de quelques Images , avec le plus de bien-feance qu’il fut poffible -, 6c tous les jours on y cele- broit le faint Sacrifice de la Méfié, en prefence des principaux Indiens , qui y affiftoient avec beaucoup d’admiration 6c de refpeéfc : 6c s’ils n’étoient pas dévots, au moins prenoientils un foin extrême de ne point troubler la dévotion des autres. Ils obfervoient curieufement jufqu’aux moindres ceremonies, qui avec la furprife de la nouveauté, augmentaient encore 216 histoire de la conqueste l'eftime qu'ils faifoient des Efpagnols : car ils fçavoient fore bien diftinguer avec vénération , les adions qui ont le carac- tère de la vertu , quoyqu’ils n’en fçuflent ni le nom , ni Pu-! fage j mais feulement parce quelle a des charmes pour les Bar- bares mêmes. Un jour Magifcatzin demanda à Cortez : Si/ étoit mortel} car, difoit-il , vos allions & celles de vos Soldats paroiffent furnaturel- les y & ont ce carallere de bonté & de grandeur que nous attribuons à nos Vieux. Mais nous ne comprenons pas ces ceremonies dont il femble que vous rendiez, hommage à une autre Vivinitè fuperieurc. L'appareil efl d'un facrijîce 5 cependant nous ri y volons point les vic- times ni les offrandes dont on appaife les Vieux : & d ailleurs noua fçavons qu'il ne peut y avoir de facrijîce , a moins que quelqu un ne meure pour le falut de tous les autres . Cortez prit cette occafion de luy donner quelques lumiè- res de la vérité , en fatisfaifant à fes queftions. Il avoüa ingé- nument : £)ue luy & tous fes Soldats étoient mortels pur leur naif- ftnee. Comme le General avoit delTein de leur découvrir les veritezi infaillibles de nôtre Religion > ü ne voulut pas alors tirer aucun avantage des erreurs qui les abufoient : neanmoins il ajouta $ £)ri étant nez, fous un meilleur climat , ils avaient beau- coup plus d'efprit , de vigueur & de forces , que les autres hommes. Ain fi , fans s’attribuer à faux titre la qualité d’immortel , il confervoit celle d'invincible. Enfin il dît à Magifcatzin : £jge non feulement ils reconnoijfoient un Supérieur au Ciel y ou ils ado- raient le fouverain Seigneur de tout l'V nivers : mais qu ils etoient encore Sujets dr V ajfaux du plus grand Prince de la ^ Terre , d qui le Peuple de Tlafcala obeïjfoit maintenant j puifqu étant les freres des Efpagnols , ils ne pouv oient pas s'empêcher de reconnnoître le Prince dont ils étoient les Sujets . De ce difeours il pafîa à un autre plus eüentiel : Ôc quoyqu’il parlât avec beaucoup de chaleur contre l'Idolâtrie, fon bon efprit luy fourniÆant des raifons capables de combatre de ruiner la multiplicité des Dieux qu’ils adoroient, &; l’erreur abominable de leurs facri- hces, neanmoins quand il vint à parler des myfteres de no- tre Religion, ils luy parurent dignes d’être traitez avec plus de fcience & d’inftrudion > & comme il fçavoit êe parler êt fe taire à propos, il en laifTa l’explication au Pere Olmedo. Ce Religieux eflaïa d’amener par degrez ces Infidèles à la con- ° noiflance DU MEXIQJJE. LIVRE 1 IL 217 connoiffance de la vérité, en leur dévelopant, avec autant de prudence que de dodrine , les principaux articles de nôtre creance, en forte qu’il pût échaufer leur volonté , fans fati- guer leur entendement j parce que des lumières trop vives é- bloüiflent d'abord ceux qui Portent de l’obfcurité. Neanmoins Magifcatzin, & ceux qui i’accompagnoient , donnèrent alors peu d’elperance d’abandonner leurs erreurs. Ils difoient que Je Dieu que les Efpagnols adoroient étoit très- grand , 5c p^ut- être au deflus de leurs Dieux : mais que chacun étoit le maître en fon Pais. Que chez eux , ils avoient befoin d'un Dieu con- tre les foudres ôc les tempêtes 3 d’un autre contre les déluges qui ravageoient leurs moiÆbns 5 d’un qui les aflîftat à la guerre^ 5 c ainfi dans les autres neceffitez : parce qu’il n’étoit pas poffi- ble qu’un feul fournît à toutes ces chofes. Ils écoutèrent plus favorablement la propofition de lè foûmettre à un Seigneur temporel, puifqu’ils s’offrirent à devenir fes VafTaux. Ils de- mandoient s’il ne les protegeroit pas contre Motezuma, ce qui étoit l’unique motif de leur obeïiïance : 5c en même-tems ils prioient le General avec humilité 5c empreflement , que la converfation fur le changement de Religion ne le répandit pas hors de fon quartier - y parce que fi leurs Dieux vendent a l appren- dre , ils appe lier oient les tempêtes , <à* lacberoient la bonde aux de- luges des eaux , qui Us détruiroient entièrement. C’eil ainlî que le Démon tenoit ces miferables plongez dans l’erreur , par le moïen de la crainte. Tout ce qu’on en put obtenir fut, qu’ils feroient ceflèr les facrifices du fàng des hommes - y parce qu’en les convainquit qu’ils étoient contraires à la loi de Nature, Ainfi on délivra les miferables captifs deftinez à fervir de vic- times, aux jours de leurs plus grandes Fêtes : 5c on rompit dif- ferentes prifons , ou pour mieux dire , diverfes cages , où ils les tenoient enfermez, ôt où ils les engraifToient , non pas tant à deffein de les prefenter de meilleure grâce aufàcrifice, que de les rendre plus friands dans le plat, Cortez n’étoit point fatisfait de cette complaifance , 5c dé- jà il propofoit à fes Soldats d’aller mettre en pièces les Idoles,, s’appuïant fur lefuccez qu’une pareille aétion avoit euàZem- poala - y comme fî c’eût été la même chofe, de l’entreprendre en un lieu incomparablement plus peuplé. Son zele fe trom- poit çn çela^ ÔC fon courage ne le defabufoit pas, fi le Pere 2 1 § HISTOIRE DE LA CONQUESTE Olmedo ne l'eûc ramené à la raifon , en luy remontrant avec une fermeté religieufe ; Qu il n étoit pas fans fcrupule de la vio- lence cjtion avoit faite aux Indiens de Zempoala , parce quelle ne s'accordait pas avec les maximes de l'Evangile > & qu'une atfion de cette nature étoit , a proprement parler, abatre les Autels , & bif- fer les Idoles dans le cœur. Il ajouta : ^ue /’ entre prife de con- vertir ces Infidèles , demandoit plus de tems & de douceur, gue ce n' étoit pas la bonne voie de leur faire connoître, leurs erreurs , que de décrier la vérité en les tourmentant. Qu avant que d'introduire le culte du vrai Dieu , il faloit bannir le Démon * & que cette guerre de voit fe faire d'une autre maniéré , & avec d'autres armes. Le Ge- neral fe rendit à ces raifons , & à l’autorité du Pere, en modé- rant l'impetuofité defon zele : U depuis ce tems. là, il ne cher- cha qu’à gagner par la douceur la volonté des Indiens, en leur rendant la Religion aimable par les effets 5 afin que la com- paraifon qu'ils en feroient avec leurs coutumes , les leur fît pa- roi tre plus abominables, & qu’ils connurent par cette vue la laideur & la difformité de ces monftres qu’ils appelloient leurs Dieux. CHAPITRE IV. Cortt\ dépêché les Ambaffadeurs de Mote^uma. Diego d'Orda^ efs dirent à nôtre General: Jpg ils avoient ordre de U Republique de fervir fous luy , & de fuivre fis étendafts en cette expédition , non feulement jufqud Cholula , mais encore jufqu'a Mexique , eu ils voïoient le plus grand danger de fin entreprifie . Leurs troupes étoient rangées en ba- taille à leur maniéré : 6c quoyqu’ils eufient ferré les rangs, neanmoins elles occupoient un grand terrein 3 parce qu’ils a- voient convoqué toutes les Nations de leur alliance, 6c fait un effort extraordinaire, afin de fecourir leurs amis, fuppo- Ff „é HISTOIRE DE LA CO^QUESTE fant qu’il fe trouveroit peut-être occafîon d'affronter les ar- mées de Motezuma. Les bandes étoient diftinguées par la couleur de leurs pennaches , Sc par la différence de leurs en. feignes , aigles , lions , Sc autres animaux feroces , qu'ils portoient élevez en l’air, 8C qui prétendant à la gloire des hiéroglyphes & des devifes, vouloient lignifier quelque chofe, & reprefencer aux Soldats la gloire militaire de leurs an- cêtres. Quelques Auteurs de nôtre Nation ont avance que le nom- bre de ces troupes alloit à cent mille hommes armez : d’autres fe font bornez à quelque chofe de plus vrai-femblable. Quoy- qu’il en foit,un moindre nombre ne retranche rien de la grandeur de l’adion des Tlaféaiteques , digne d’être eftimée par elle- même , Sc par fes maniérés. Cortez leur en témoi- gna fa reconnoilTance par une infinité de carefTes : apres quoy il f u t obligé de prendre un air d’autorité, pour leur faire com- prendre qu’il n’a voit pas befoin d’une fi nombreufe efcorte, puifqu’il ne faifoit ce voïage qu’à deffein d’établir une bonne paix. A la fin il en vint à bout ; Sc il les renvoïa fort fans- faits, de ce qu’il voulut bien permettre que quelques troupes le fuivifTent avec leurs Commandans , Sc que le gros fe re- fervât , prêt à marcher à fon fecours dans la neceffité. Ber- nard Diaz a écrit que Cortez ne retint que deux mille Tlaf- calteques. Herrera en met trois mille ; mais Cortez Iuy-même avoue dans fa Relation , qu’il en emmena fix mille: Sc ce Ge- neral n’avoit pas fi peu de foin de fa gloire , qu il voulût dimi- nuer celle de fa refolution , en fuppofànt qu elle auroit ete foûtenuë par un grand nombre de troupes. On ne doit pas oublier en cet endroit un incident qui Iuy appartient, Sc qui mérité de grand® réflexions. Loifque les Espagnols fortirent de Tlafcala, Cortez laiffa en cette Ville une Croix de bois , qu'il avoir fait planter fur un heu élevé Si fort découvert : cela s’étoit éxecuté d’un commun confen- tement , le jour qu’il fit fon entrée. Il ne pût fouffrir en for- tan t qu’on l'abatît, quelque cenfure qu’il eût efTu'iée fur fes tranfports de zele. Il recommanda aux Caciques de la garder avec refped : mais il étoit befoin , fans doute, d’une plus for- te recommandation , afin de maintenir entre ces Infidèles la vénération qui Iuy étoit dûë. A peine lesEfpagnols étoient- DU M E X I QJtJ E. LIVRE lîî. 227 ils hors de la Ville , qu'une nuée miraculeuse descendant du Ciel , vint prendre à la vue de tous les Indiens , la défenfe la Croix. Cette nuée étoit d’une blancheur éclatante & agréa- ble $ & elle bailla infenfiblement par la région de l’air, juf- qu’à ce qu’aïant pris Ja figure d’une colomne , elle s’arrêta perpendiculairement fur la Croix, où par une difpofition ad- mirable de la Providence, elle dura, plus ou moins vifible, l’efpace de quatre ans , que la converfïon de cette Provin- ce fut retardée par divers accidens. Il fortoit de cette nuée une lumière douce, qui imprimoit du refped , Sc qui n’étoit point affoiblie par l’obfcurité de la nuit. Ce prodige ef- fraïa d abord les Indiens, fans qu’ils en penetraffènt le miflere^ & depuis qu’ils y eurent fait plus d’attention , iis perdirent leur crainte, fans diminuer leur admiration. Ils difoienj* : j^ue ce Jtgnc venerable renfermoit en foi quelque Divinité ; & que ce ri étoit pas fins y ai fin que les Efiagnols leurs bons amis , la révé- raient, Surquoy iis les imitoient, en fe mettant à genoux lorf- qu’iïs pafloient devant la Croix. Ils avoient recours à elle dans leurs neceflitez , fans fe Souvenir de leurs Idoles , donc les Temples étoient beaucoup moins fréquentez : & cette dé- votion, fi l'on peut nommer ainfi un fentiment qui leur venoit d'une caufè inconnue, fit une fi forte impreffîon dans i’efprit des Nobles & du Peuple, que les Sacrificateurs & les Magi- ciens j pouffez d’un zeie furieux pour leurs fuperftitions, tâ- chèrent â diverfes fois d'arracher la Croix, ôc de la mettre en pièces : mais ils en revinrent toujours dans une horrible con- fternation, dont iis n'oferent parler , de peur de fe décrier dans l’efprit du Peuple. Ce miracle efl rapporté par des Au- teurs dignes de foi : & c’efl ainfi que le Ciel difpofoit l’efprit de ces Infidèles à recevoir la doCtrine de l’Evangile avec moins de refiftance 5 comme le prudent Laboureur , qui avant que de jetter la femence en terre , en facilite la production par le moïen de la culture, La marche n’eut aucune nouveauté , puifque ce n’en étoit plus une de voir le concours inombrable des Indiens qui bor- doient les chemins de tous cotez, ni ces cris qui paffoicnt pour des acclamations. Ils marchèrent quatre lieues des cinq qu’il y avoit alors de Cholula à l’ancienne Vil e de Tlafcala; & on jugea à propos de faire halte fur le bord d’une agréable ii8 HISTOIRE DE LA CONQUESTE rivicre , afin de n’entrer pas de nuit en un lieu fi peuple. Peu di^ems après qu’on eût alfis le camp , ôc donné les ordres ne- ctaires à la fureté des troupes , on vid arriver de nouveaux Ambaffadeurs de cette Ville, plus qualifiez 6c plus propres que les premiers. Ils apportoient un regale de toute forte de vivres . 6c ils firent leur compliment avec un grand appareil de revèrences , qui fe reduifit à excufer la négligence de leurs Caciques, fous prétexté qu'ils ne pouvaient entrer dans Tlafiala , farce que les Peuples en étaient leurs ennemis ; à offrir un logement qu'on avoit préparé dans leur Ville, & * èxagerer U joie que leurs Citoiens reffentoient de l'honneur dont ils aliènent jouir , en rece- vant des hôtes fi fameux par leurs grandes allions, & fi aimables par leur bonté. Tout cela fut dit d’une maniéré fort fincere en apparence , ou qui fçavoit fort bien couvrir l’artifice. Cortez reçût les excufes 8c le regale agréablement, prenant foin qu'il ne parût point d'affedation en fa confiance : 6c le jour fuivant au lever du Soleil , il continua fa marche avec autant d’ordre, 6c un oeu plus de défiance , qui l’obligeoit à le faire obferverr car on n’envoïoit perfonne de la Ville pour recevoir l’armee; 8c cette remarque ne lai ffoit pas de faire du bruit entre plu- fieurs autres indices. Enfin les Efpagnols approchoient de la Ville les armes à la main , prêts à combatre , lorlqu ils virent paroîrre les Caciques 8c les Sacrificateurs , accompagnez d’un grand nombre d’indiens defarmez. Cortez ordonna qu’on fît al te afin de les recevoir } 6c ils s’acquiterent des devoirs ordinaires avec tant de foumiffion 8C de démon ftrations de joie, qu’ils ne laiflerent alors aucune prife aux foupçons , dont on oblervoit leurs adions 6c leurs mouvemens. Néanmoins lorfqu’ils reconnurent les troupes des Tlafcalteques qui avoient l'arriéré garde, ils changèrent de vifage ; 8c il s’éleva une rumeur defagreable entre les plus conliderables de cette troupe. Cela réveilla la précaution des Efpagnols ; 8c Marine eut ordre d’apprendre la caufe de ce bruit? Ils luy dirent : £>ue les Habitons de Tlafiala ne pouvaient pas entrer en armes dans leur Ville, puifquils et oient leurs enne- mis , & rebelles à leur Empereur. Ils prièrent qu’on les obligeât à s'arrêter, ou qu'on les renvoïat en leur Vide, comme un ofiacle i la paix qui fi devait publier : ce qu’ils diloient de fe ns ralhs 8C finis emportement , marquant neanmoins , avec beaucop de DU M.EXI QJJ E. LIVRE III. 119 fermeté ,, qu’il ne leur étoit pas poffible de les fouffrir, quoy- que cette refolution n’allât pas encore au- delà des termes d’une très- humble priere. Cette demande embarraiïa un peu le General : il trouvoit quelque forte de juflice, mais d’ailleurs peu de lûreté à l’ac- corder. Cependant il chercha les voies d’appaifer ceux de Choula, en leur fai faut efperer qifon trouveroit quelque tempérament propre à terminer ce différend. Il communiqua l'affaire à fes Capitaines , qui jugèrent qu’il étoit à propos de proposer aux Tlafcalteques de camper hors de la Vil e, juf- qu'à ce qu’on eût pénétré les defïéins de ces Caciques , ou qu’on continuât le voïage. Pierre d’Alvarado éc Chriftophle d Olid furent chargez de leur faire la propofition , qui paroif. foit un peu dure. Ils s’en acquiterent d’une maniéré. où la perfuafion étoit mêlée avec l’autorité, faifant voir la ncceffité d’éxecuter cet ordre , qu’ils appuïoient de pîufieurs raifons. Ils trouvèrent lesTlafcalteques il dociles U fi obeïiïàns, qu’ils prévinrent leurs inftances ,, en difant: Qu ils ri étoient pas venus à dejfein de conte fer , mais d’obeïr • & q ri iis alloient dés ce marnent établir leur logement bers de cholula , en un endroit d ou ils pvjfent accourir prontement au fe cours de leurs anus', puifque lesEfpagnols vouloient bien rifquev leur vie , en U commettant à la foi de ces traîtres. On propofa ce parti aux Caciques, qui le reçurent avec joie. L’une & l’autre Nation y trouvoit non feulement fa fatisfaélion , mais encore dequoy dater fa vanité j ce qui venoit de l’oppoficion de leurs fentimens. Les premiers s’ima- ginoient avoir obtenu un grand avantage fur leurs ennemis,, qu’ils incommodoient en les obligeant à camper : & les autres fe perfuadoient, que la difficulté qu’on faifoit de les recevoir dans la Ville, étoit une preuve qu’on Tes craignoit. C’eft ainfi que l'imagination des hommes rend équivoques les couleurs, & l’effence même des chofes , que l’on eftime ordinairement félon qu’on les conçoit , & que l’on conçoit de la maniéré qu’ouï les fouhaite. t 3 0 HISTOIRE DE LA CO N QP ESTE CHAPITRE VI. Les Efpagnols font leur entree a Cholul^i , ou l on tache de les furprendre par un accueil agréable d texte - rieur. On découvre la trahijon que les Habitant avoient formée s 0 # difpofe toutes chojes pour les châtier . L ‘Entrée des Efpagnols en la Ville de Cholula fut accom- co-mpagnée de toutes les circonftances de celle de Tlaf- cala : un effroïable concours de Peuple, dont on perçoit la foule avec peine s des Acclamations étourdiflantes , des fleurs qu’on répandoit fur eux , & des bouquets qui leur furent pre- lentez par les femmes j tout cela mele dans une infinité de reverences de la part des Caciques , de parfums de celle des Sacrificateurs, 6c du tonnerre, plutôt que mufique, de leurs inftrumens , dont toutes les rues retentifloient. Enfin on voïpit par tout des démonflrations de joie fl bien exprimées, que ceux mêmes qui avoient lieu de s’en défier, les crurent véri- tables. La Ville parut fi jolie aux yeux des Efpagnols, qu’ils la comparoient à Valladolid. Elle étoit fituée dans une plaine découverte de tous cotez à perte de vue, 6c tres-agreable. On dit qu’elle pouvoit contenir alors vingt mille Habitans , fans compter ceux de fes Fauxbourgs , qui étoient en plus grand nombre. Il y avoit un grand abord d’Etrangers, qui y venoient ou comme à un San&uaire de leurs Dieux, ou comme en un lieu célébré pour le Négoce. Les rues etoient larges 6c bien percées, 6c les maifons plus grandes 6c d’une meilleure architec^ ture que celles de Tlafcala : fur tout leur fomptuofité fe re- marquoit aux tours , qui faifoient connoître la multitude de leurs Temples. Le Peuple étoit plus fage que guerrier, lapluf- part gens de Commerce, ou Officiers 5 beaucoup de monde, ÔC peu de diftin&ion. Le logement qu’ils avoient préparé étoit compofe de deux ou trois grandes maifons qui fe touefioient , ou les Efpagnols DU M E X I QJJ E. LIVRE III. 231 êc les Zempoales fe fortifièrent , fuivant que l’occafion le leur confeilloit , 6c qu’ils y étoient difpofez par l’habitude. Les Tlafcalteques prirent un polie peu éloigné de la Ville : êc a. prés l’avoir fermé de quelques follcz , ils poferent leurs corps- de- gardes 6c leurs fentinelles , fuivant Fufage de la guerre, donc l’exemple de leurs amis les avoir inftruits. Les trois ou quatre premiers jours il y eut de tous cotez grande tranquillité, 6c bon commerce. Les Caciques étoient pon&uels à faire leur cour au General , & cherchoient à fe familiarifer avec les Capitaines 3 les vivres venoient en abondance, êc même en profufion 3 toutes les ap- parences étoient agréables , 6c fembloient demander de la con- fiance : en forte que les bruits qui s’étoient répandus com men- aient à palier pour faux, êc pris avec trop de legereté 3 tant nôtre efprit eft difpofé à fe décharger de toute application chagrinante. Cependant on ne fut pas long-tems à décou- vrit la vérité 5 6c les Indiens n’eurent pas i’adrelïe de ca- cher leurs artifices jufqu’à ce qu’ils eulTent reülfi : car en- core qu’ils fullent diffimulez par nature êc par habitude, ils n’écoient ni alTez habiles, ni alTez fins pour ne pas laifîer en- trevoir leur di {Emulation 6c leur malice. L’abondance des vivres diminuoit peu à peu : les vilites 6c les carelTes des Caciques ceflerent tout d’un coup 3 êc lès Am- baiïadeurs de Motezuma avoient des conférences fecretes avec les Sacrificateurs. On voïoit des airs de mépris 6c de raille- rie fur les vifages des Habitans 3 ôc tous ces indices marquoient quelque nouveauté , êc reveilloient les foupçons mal endor- mis. Cortez fongeoit aux m oie ns de penetrer la vérité des def- feins de ces Indiens , lorfqu’elle fe découvrit d’elle-même , par un coup delà Providence, qui prévint toutes les diligences des hommes , ôc dont les Efpagnols reflentirent les effets fi fouvent en cette conquête. Une vieille Indienne des plus nobles êc des mieux alliées de Cholula avoit lié une étroite amitié avec Marine, qu’elle vi- fitoit quelquefois , attirée par la douceur 6c par l’agrément qu’elle trouvoit en cette perfonne. L’Indienne vint un jour voir Marine plutôt qu’elle n’avoit accoutumé, avec un air in- quiet êc efforé. Elle la tira à part 3 6c en luy recommandant beaucoup le fecret, par le ton même de fa voix , elle plaignit 231 HISTOIRE DE LA CONQUEST E le mi fer ab le efe lavage ou elle etoit réduite , (fi la prejfa de quitter ces vilains Etrangers, & de fe retirer en fon logis , qu'elle luy offrit comme un azile. Marine , qui etoit fort éclairée, ajuffca ci abord ce préambule avec les autres indices ^ 6c feignant qu’elle étoit retenue par force entre cette Nation quelle haifloit, prit des mefures pour la fuite, ôc accepta l’offre de 1 azile, avec tant de marques de fa reconnoi fiance, que la vieille Indienne prit une entière confiance , 6c luy découvrit tout fon cœur. Elle dît : Qu à tout événement elle devoit fe retirer a l'heure-meme , parce qu on approchoit du moment fignale par les Indiens pour exter- miner les E/pagnols \ & quelle auroit un grand regret , de voir périr, avec eux une perfonne de fon mente, Motezuma avoit envoie vingt mille hommes de guerre , qui n étoient pas éloignez , , afin de donner plus de chaleur à cette action- Que de ce gros il etoit déjà entré à la file fix mille Soldats choifis . Qff on avoit difiribué^ une grande quantité d'armes entre les Habitant , fait provifion de pierre s fur les terraffes , & tiré a travers les rues plufieurs tranchées , ad fond defquelles ils avaient planté des pieux fort aigus, (fi recou- vert la tranchée de la meme terre fur des appuis légers (fi fragiles , afin de faire tomber (fi efiropter les chevaux. Qne MoteTfima vou-, loit faire périr tous les Efpagnols s neanmoins qu il avoit mande qui on luy en envoïat quelques uns en vie , afin de Jatisfaire a fit curiofitè , (fi a fon devoir envers les Dieux: & qu'il avoit fait pre- fent a la Ville d'un tambour de guerre d or , dont le creux ètoit tra- vaillé avec un artifice fingulier , a defftin de les animer par cette faveur militaire . Manne luy dit : Quelle avoit bien de la joie de ce quils avoient conduit fi prudemment cette entreprife. Sur quoy elle laiffa encore tomber quelques queftions , difant: Qu il ferait bon de faire certaines chofes quelle vouloit apprendre s ÔC elle tira ainfî v une entière conno55 talité l’établiffement de la paix , 8c la parole de leur Prince. Tl -ioiica • £u'il avait non- feulement découvert cette trahtfon par fa Lctutim& par fi vigilance mais qu'U en avait fre lave, des principaux Conjurez , , qui mtem dotent s en difculperparuneU- chelé encore plus énorme i puifqu'ils avaient 1 1 faïence de dm qu ils arMient pîr les ordres & fur l'ajfiùrance du fours de MoteTama fs„ d'exterminer les EÇparnols par cette infâme voie : mais qu d Lit ni vrai-femblablé , ni croïable , qu'un fi grand Prince eut fait m fi horrible projet. Q.ue cette raifin le pouffoit a les châtier de l'injure qu'ils faifoient d l'Empereur , avec toute la rigueur de fies armes ■ & qu’il leur communiquait fin dejfein, afin qu ils en com- priffent lajuftice , & qu'ils fiâfent que le crime en luy-meme ne l of fidçoit pas tant que cette ctrconftance , de voir des perfides autmfir une trahi fon par le nom de leur Prince. ... Les Ambafladeurs feignirent, autant qu’ils le purent, qu ils ne fc volent rien de la conjuration & tâchèrent de fauver au moins l’honneur de leur Prince , en fuivant le chemin que Cor- tez leur avoit ouvert exprès , afin d’affoiblir le fujet qu il avoit de fe plaindre : car il ne vouloir pas encore rompre avec Mo- tezuma ni fe faire d’un Prince tres-puiffanc, mais reduic a diffimulèr , un ennemi redoutable & déclare. Ce fut par cette confideration que Cortez fe refolut de déconcerter les deffeins de cet Empereur , fans témoigner qu il en fut éclairci ; le con- tentant de punir le crime en la perfonne de ceux qui en etoient les inftrumens , & d’éviter le coup , fans s en prendre au bras qui l’avoir porté. Il regardoit comme une entrepnfe peu diffi- cile la défaite de ces troupes ramalTées contre Iuy : les Tiennes éroient accoutumées à faire de plus grands exploits avec beau- coup moins de forces; & il étoit fi éloigne ^ douter du ffic- cez qu’il fé croïoit fort heureux ( c eft ce qu il difoit afes amis) qu’il S’offrît une fi belle occafion d’augmenter la réputation de fes armes dans l’efprit des Mexicains. La vente eft qu il ne fut point fâché de fe voir fi fouvent embarraffé dans lespiegesque Mptezuma luy tendoit : il jugeoit fagement qu’un homme qu n’ofoit l’attaquer ouvertement , ne prendroit pas le parti le plu rigour ux ; & que toutes ces rufes ne marquoient que beaucoup de foibleirè de courage. Gg ij t 13 6 HISTOIRE DE LA CONQÜESTE CHAPITRE VIL On punit les traîtres de Cholula -, apres quoy Corte ^ rétablit la tranquillité dans la Ville , qui fe fournît entièrement > S3 reconcilie ces Peuples avec ceux de Tlafcala. L Es Indiens de charge arrivèrent au point du jour, en petit nombre, avec quelque peu de vivres • ce qui témoignoic d'autant plus leur mauvais deffèin. Les gens de guerre vinrent apres à la file s le pretexte étoit d’accompagner les Efpagnol* durant leur voïagejmais ilsavoient ordre de charger l’arriere- garde à un certain lignai, quand l’oecafion s’en prefenteroit,. Les Caciques ne parurent pas ménagers fur cet article $.au con- traire^ ils donnèrent une autre preuve de leur mauvaife inten- tion, en envoïant plus de troupes qu’on ne leur en avoir demandé. Le General les fît pofter feparément , en divers lieust de fon logement, où ils étoient comme gardez 5 en leur fai- fant acroire que c’étoit la metode que les Efpagnols obfer- voient, quand ils vouloient former leur ordre de bataille: en effet il difpofoit fes Soldats , bien inffruits de ce qu'ils avoient à faire. Pour luy , il monta à cheval , avec ceux qui dévoient le fuivre : après quoy il fit appelier les Caciques , afin de les informer defarefolution. Quelques-uns d'eux fe prefènterent, les autres s’excuferent • & Marine dît aux premiers, par l’ordre de Cortez : t fiue leur trahi fin et (rit découverte , ér qu'on en avoir refila le châtiment , dont la rigueur leur f croit connaître qu'il leur auroit été bien plus avantageux de conferver La paix,, quils rom- poient avec tant de perfidie. A peine eut- elle commenté les pro- céderions fur le mal qui leur alloit arriver, que ces Caciques fe retirèrent à leurs troupes en fuïant, &c donnèrent le fignal du combat par des injures &: des menaces , qui s’entendirent de loin. Alors Cortez commanda que fon Infanterie atta- quât les Indiens de Cholula, qu’il tenoic renfermez en piu- fîeurs endroits de fon quartier : & quoyqu’on les trouvât les # Dü MEXIQUE, LifRE in . 237 armes à la main, à defiéin d’éxecuter leur trahifon, 5c qu’ils Ment de grands efforts afin de fe réunir, iis furent neanmoins taillez en pièces 5 en forte qu’il ne s’en fauva que ceux qui pu- rent fe cacher , ou fauter pardefius les murailles, enfefervant de leurs lances, 5c de la legereté qui leur eft naturelle. Apres qu’on eut ainfi affûré le quartier par le carnage de ces ennemis couverts, on donna le lignai aux Tlafcalteques & les Efpagnols s’avancèrent par la principale rue, apres avoir laiflé une garde fuffifante au quartier. On détacha à la tête quelques Zempoales, afin qu’ils décou vrillent lés tranchées, & que les Cavaliers puffent éviter le danger. Cependant les* Habitansde Cholula ne fe negligeoient pas. Du moment qu’ils virent la guerre ouverte, ils firent venir le refie des troupes de Mexique : 5c après s’être joints à eux , dans une grande place où il y avoir trois ou quatre Temples , ils en garnirent les portiques & les tours d’une partie de leurs Soldats , de par- tagèrent le relie en plufieurs bataillons, à deffein décharger les Efpagnols , dont les premiers rangs commcnçoient à paroî- tre dans la place 5c à fe mêler avec les ennemis, jorfque le bau taillon desTlafcakeqttes vint tomber fur leur arriéré- garde. Cet- te attaque imprévue les jetta dans une fi: grande fraïeur , 5c une telle dèfolation , qu'ils ne figurent prendre aucun parti , ni de fe fauver , ni de fe défendre. Les Efpagnols ne trou voient plus que de l’embarras, 5c point de refi fiance en ces miferas- bles, qui fuïoient un péril pour fe jetter en un autre , fans* Ravoir quel étoit le plus grand. Ils n’aüoieiit en avant que' pour tâcher de s’échaper le plus fou vent , au lieu des mains, dont iis avoient oublié l’ufàge , ils prefentoient l’èftomachaux; coups. Il en demeura plufieurs en cette efpece de combat -, neanmoins le plus grand nombre fe fauva dans les Temples dont on voïoit les degrez 5c les terraffes chargées , plutôt que défendues d’une multitude d’indiens armez. Les Mexicains en avoient entrepris la défenfè : mais ils fe trouvèrent fi preffezr par la foule des Hâbitans qui s’y jetterent en défordre , qu’ils* nepouvoient fe tourner • : 5c à peine eurent-ils la liberté de tirer quelques fléchés. Le General s’approcha en boû ordre du plus grand de ces Temples, 5c commanda à fes Truchemens de publier à haute voix : feroit bon quartier à tom ceux qui âefcenâvoknt pUW i 3 8 HISTOIRE DE LA C ONQÜESTE Je rendre . Il fit répéter cela par trois fois : 6c comme il vid que fes foins croient inutiles , il ordonna qu’on mît le feu aux tours de ce Temple 5 6c les Auteurs afiûrent que cet ordre fut éxecuté à toute rigueur, 6c que plufieurs Indiens furent mile-* rablement confumez par le feu, ou écrafez fous les ruines. Ce- pendant il ne paroît pas qu’on pût aifément porter le feu à ces bâtimens , qui étoient fort élevez , avant que d’avoir ga- gné Ies degrcz du Temple j à moins que Cortez ne fe fût fervi * de ces fléchés enflâmées dont les Indiens s’aidoient à lancer leurs feux artificiels. Ce qu’il y a de certain , efl qu’on n’en put déloger les ennemis , jufqu’à ce qu’on eût abrégé cet aflaut par le moïen de l’artillerie , qui fe fit faire place : 6c l’on obfer- va, comme une chofe furprenante, que de tous ceux qui fu- rent taillez en pièces dans ce Temple, il n’y en eut qu’un feui qui vint fe rendre volontairement entre les mains des Efpagnols 5 ce qui efl une marque terrible de l’obflination de ces mife- rables. On attaqua les autresTemples de la même maniéré: apres quoy les Soldats vidorieux fe répandirent par la Ville, qui fut entièrement defoiée j 6c la guerre cefîa , faute d’ennemis. Les Tlafcalteques s’emportèrent à de grands excez en ce pillage* 6c on eut beaucoup de peine à les retenir. Ils firent plufieurs prifonniers , 6e fe chargèrent de meubles 6c de marchandifes precieufes. Ils fe jetterent particulièrement fur les magazins du fel, dont ils envoï erent à l’heure -même plufieurs fommes à leur Ville, l’ardeur du pillage n’étant pas allez forte pour leur faire oublier les befoins de leur Patrie. Il demeura dans les rues de Cholula plus de fix mille hommes tuez, tant des Me- xicains que des Habitans , fans qu’il nous en coûtât un feui homme ^ tant le General feut bien conduire cette adion, qui mérité le nom de châtiment , plutôt que celuy de vic- toire. Cortez revint enfin à fon quartier, avec les Efpagnols 5c les Zempoales, 6c on en marqua un aux Tlafcalteques dans la Ville même : après quoy il donna ordre qu’on mît en liberté tous les prifonniers , de quelque Nation qu’ils fufient. Ils é- toient tous des plus confiderables , qu’on avoit refervez com- me un butin de grand prix. Cortez les fit amener en fa pre- fence, aïant déjà commandé qu’on fît venir les Sacrificateurs DU MEXIQJJE. Livre ni. 239 qu’il avoir fait arrêter, l’Indienne quiavoit découvert la con- fpiration , & les Ambaflàdeurs de Motezuma. Il leur dît en peu de mots : Jjïuil etoit fenfiblement touche de ce que les Habi- tant de cette Ville l' avoient foujje a Us châtier avec tant de rigueur : & après avoir éxageré leur crime, & raffûré leurs efpnts en témoignant que fajuftice étoit fatisfaite Sc fa colere appaifée, 11 envoïa publier un pardon general de tout ce qui s’étoit paffé, fans aucune exception • & il demanda aux Caciques, comme une grâce, qu’ils priffentfoin de repeupler la Ville, en rappel- lant ceux qui étoient en fuite , êe en raffûtant ceux que la peur avoit fait cacher. Ils ne pouvoient encore fe perfuader qu’il fût bien vrai qu’ils étoient libres, tant ils avoient l’efprit occupé de ces cruautez dont ils ufoient envers leurs prifonniers. Enfin ils rendirent grâces au vainqueur, en baifant plufieurs fois la terre 3 &: ils s’offrirent à éxecuter tous fes commandemens , avec une très- humble foûmiffion. Les Ambaffadeurs firent ce qu’ils purent pour cacher leur confufion , en félicitant le General fur l’heu- reux fuccez de cette journée. Il leur rendit leurs complimens, en leur laiffant toute la joie de fe croire bien mafquez 5 afin de les tenir en confiance , & de fe conferver par ce beau de- hors , le fecret d’engager Motezuma à châtier luy-même fes propres artifices. La Ville fut repeuplée en peu de rems : la liberté rendue ff promtement aux Caciques & aux Sacrifica- teurs, & les éloges que ces gens donnèrent à la clemence des Efpagnols, après une ff cruelle injure, raffürerent fuffifamment les efprits de ce pauvre Peuple, qui s’étoit difperfé par tous les Bourgs du voifïnage. Les Habitans revinrent en leurs maifons avec leurs familles, on ouvrit les boutiques, on expofa les marchandées 5 & un effroïabîe tumulte fe changea tout d’un coup en une pleine tranquillité : Surquoy on ne connut pas tant la facilité naturelle dont ces Indiens paffoient d’une extrémité à l’autre , que la haute opinion qu’ils avoient con- çue des Efpagnols • puifque les mêmes raifons qui contri- biioient à juflifier le châtiment de leur faute , firent impref- fion dans leurs efprits , pour leur perfuader qu’on l’av oit ou- bliée. Le lendemain du combat, Xicotencal arriva à la tête de vingt mille hommes y que la République de Tlafcala envoïoit 24 o HISTOIRE DE LA CONQÜESTE au fecours des Efpagnols, fur le premier avis qu’on avoir reçâ de la conjuration. Comme ils en apprehendoient le fuccez, k Sénat avoir* d’abord mis Tes troupes fur pied : 6c c’efl ainû que ce Peuple embrafloiç toutes les occafions de donner des preuves de fon afFe&ion. Ils firent aire hors de la Ville,, où Cortez alla les voir, apres leur avoir envoie des rafraîchifië- mens. Il cardia fort tous les Chefs , en leur témoignant qu’il* ctoit bien obligé à leur zele 6c à leurs foins après quoy il leur fit comprendre qu’ils dévoient fe retirer , en difant à Xicotencai 6c à fes Capitaines, J>)uc leur fecours ne luy était feus necejfaire four U réduction de Cholula ; & que comme il avoit dejfein de p rendre le chemin de Mexique , il n ètoit pas 2 propos de réveiller U jaloufee de Mot exhuma , ni de l’obliger à luy dénoncer U guerre, en introduifant dans fes Provinces une fe grofee armée de Tlafcalteques , qui étoient fes ennemis déclarez*. Iis n’avoient rien à dire contre ces raifons } au contraire, ils avoüerent ingénument qu’ils en étoient convaincus : ainfî ils offri- rent feulement au General de tenir leurs troupes prêtes à marcher à fon fecours , du moment qu’il s'en prefenteroit quel- que occafion. Avant que de renvoïer les Tlafcalteques , Cortez voulut é- tablir une amitié réciproque entr’eux 6c les Habitans de Cho- lula. Il en fit la proportion 5 6c après avoir écarté toutes les difficultés , comme fon autorité était fort refpe&ée de tous les deux partis, il en vint. à bout en peu de jours. On fit un a&e autentique d’alliance 6c d’ union entre les deux Villes 6c les Peuples de leur Domaine , en prefence des Ma- gistrats, 6c avec toutes les folemnitez 6c les ceremonies qu’ils pratiquoient en de pareilles rencontres. Ce traité fut un coup d'une tres-adroite politique , par laquelle Cortez ouvroit un chemin libre aux Tlafcalteques $ afin qu’ils pufTent luy conduire avec plus de facilité les fecours dont il auroit be- foin, 6c auffi afin qu’il ne trouvât point cet obftacle à fa re- traite, s’il arrivoit que le fuccez de fon voïage ne répondît pas à fes efperances. C’eft a in fi que Cortez punit les Habitans de Cholula 5 6c voila cette a&ion qui fait tant de bruit dans les Livres des A lic- teurs Etrangers, 6c qu’un des nôtres n’a pas traité avec moins dè rigueur, obtenant par là le miferable avantage de fe voir cité DU MEXIQUE. LTV RU lit 241 cité contre ceux de fa propre Nation. Iis mettent ce châtiment entre les cruautez atroces dont on acculé les Efpagnols en ce nouveau Monde * & ils l’éxagerent comme li leurpkît, à deflein de critiquer & de condamner nos conquêtes. Ils pré- tendent attribuer à l*avarice & à la foif de for, toute la gloi- re des exploits de nôtre Nation en ce P aïs là , fans prendre garde que nos armes ont ouvert le chemin à la Religion , avec le fecours du bras du Seigneur , qui les a favorifez h fouvent de fon affiftance. Enfin ils plaignent extrêmement les pau- vres Indiens, qu’ils reprefentent comme des miferables, inca- pables de fe défendre , & fans aucune malice $ afin que ce qu’ils ontfoufFert touche davantage , par une maligne compaf- fion qui naît de la haine & de l’envie. Le récit fincere de l’a&ion de Cholula fuffit pour la défendre : on y connoîc af- fez h malice de ces Barbares, comment ils fçavoient mettre en œuvre la force & la rufe, &: la juftice du châtiment dont on punit leur trahifon. On peut juger par ce récit, avec com- bien de paffion on a chargé les autres a étions qu’on repre (en- te fî horribles, & fur lefquelles on appuie avec tant d’afFeéla- tion. Ce n’eft pas qu’on ne demeure d’accord qu’en quelques endroits de ce nouveau Monde , il 11e fe foit pafle des chofes au préjudice de la raifon êc de la pieté, qui méritent d’être condamnées: mais en quelle entreprife, quelque jufte & quel- que fainte qu’elle ait etc , n’a t’on pas été obligé de faire grâce à de certains excez?De quelle armée a- t’on pu bannir entièrement ces abus & ces defordres , que le monde appelle licences militai- res? Et en quoy ces incidens fubalternes peuvent-ils obfcurcir la gloire de la conquête en general ? Ceux qui en font les plus jaloux , doivent convenir que c’eft fur ce fondement , êc par le moïen de nos armes, qu’on cft parvenu à la converfion de ces Infidèles , êc qu’on a , pour ainfl dire , reftitué à fou Créateur cette grande partie du Monde, Maintenant fi l’on veut conclure fur les crimes de quelqu’un des Conquerans, que la conquête n’a été ni agreabie à Dieu , ni ordonnée par les decrets de fa Providence j c’eft confondre indifererement la fubftance avec les accidens : puifqu’en l’ouvrage même de nôtre Rédemption, on prefuppofe comme neceflaire au faîut de tout le Monde , la malice de ces pécheurs que Dieu toleroit , & qui par le plus grand de tous les crimes ont tra- hi h i 4 i HISTOIRE DE LACONQUESTE vaille à la compofition du plus admirable de tous les remedes. Les fins que Dieu fe propofcfont remarquables à de certaines difpofltions qui portent le caradere de fa Providence 3 mais la proportion ou l’ajuftement des moïens qui conduifent à ces fins , eft un point refervé à la Sagefle éternelle, 6c fi fort éle- vé au-defTus de la portée de la prudence humaine, qu’on ne doit écouter qu’avec mépris cesjuges paffionnez, dont les fubtili- tez prétendent pafler pour force d’efprit, quoyqu’elles ne foient en effet que des attentats de l’ignorance. CHAPITRE VIII. Les Efpagnols fortent de Cholula, Ils trouvent un nouvel oh fl acl e fur la Montagne de Chalco : & Mo- tezuma, prétend les arrêter par les enchantemens de * Jes Magiciens . O N approchoit du jour marqué pour le voïage : 5c quel- ques Zempoales qui fervoient dans l’armée demandèrent congé de fe retirer en leur Pais ^ foit que le* defTein de péné- trer jufqu’à la Cour de Motezuma leur eût fait peur - foit que l’amour de la Patrie l’emportât fur la gloire du fervice. Cor. tez leur accorda ce congé fans répugnance : il leur témoigna même beaucoup de reconnoiffance de leurs fervices, 6c prit cet- te occafion d’envoïer quelques curiofitez au Cacique de Zem- poala, en luy recommandant expreflément les Efpagnols éta- blis dans fa Province , fous la confiance qu’ils avoient en fon amitié 6c en fon alliance. Le General écrivit par la même voie à Jean d’Efcalante. Il luy ordonnoit particulièrement d’envoïer au plûtôc à l’armée, certaine quantité de farine neceffaire à faire les Hofties , 6c de vin pour dire la Méfié, dont la provifion diminuoit , 6c dont le défaut feroit une grande defolation à fes troupes, 6c à luy- même. Cortez faifoit encore un détail des progrez de fon voïage , afin d’animer Efcalante à s’appliquer d’autant plus à la garde de la Forterefle de Vera Cruz , par de nouvelles DU M E X I QJU E. livre in. 243 fortifications, tant pour fa propre fureté , que contre les foup- çons que Ton avoir de Diego Velafquez, dont l’inquietude Ôc la défiance ne laiffoient pas de faire du bruit, entre les autres foins du General. De nouveaux AmbafTadeurs de Motezuma arrivèrent en ce même-tems. Ce Prince avoit été informé de tout ce qui s’é- toit paflc à Cholula j furquoy il vouloir lever toute forte d’om- brage aux Efpagnols. Ses Ambafîàdeurs rendirent grâces à Cortez , de ce qu'il avoit puni cette /édition. Ils éxagererent vainement la colere & le relTentiment de leur Prince , qui poufloit l’artifice jufqu’à donner le nom de traîtres à des gens qui ne l’avoient mérité qu’en luy obeïfiant. Tout cela étoit doré par un riche prefent, qu’ils étalerent avec beaucoup d’oftentation. Ce qui arriva depuis fit bien voir que cette Ambaflàde avoit encore un autre but, & qu’elle vifoit à don- ner au General une nouvelle afTûrance 5 afin qu’il obfervât moins de précautions en fa marche, & qu'il fe laifîât con- duire à une autre embufcade, qu’ils avoient dreffee en fon chemin. On partit enfin au bout de quatorze jours, emploïez aux divers mouvemens que nous avons rapportez, L’armée paffa la première nuit dans un Village de la Jurifdi&ion de Quajozin- go , où ceux qui gouvernoient ce lifeu & les autres voifins accoururent , avec une afFez grande provision de vivres , 6c quelques prefens de peu de valeur, mais capables de témoi- gner l’affe&ion avec laquelle ils attendoientMes Efpagnols. Cortez trouva entre ces Peuples les mêmes plaintes qu’il avoit entendûës aux Provinces plus éloignées , contre Motezuma s & il ne fut pas fâché de voir ces humeurs fe répandre fi prés du cœur 3 jugeant qu’un Prince ne pouvoit être fort redou- table, lorfque par tant d’a&ions tyranniques il avoit perdu l’amour de fes Peuples , qui efl le plus ferme appui de la Cou- ronne. Le lendemain , l’armée continua fa marche par un chemin très- rude , fur des rqpntagnes qui s’attachoient de hauteur en hauteur à celle du Volcan. Le General marchoit en grand refped , parce qu’un des Caciques de Quajozingo luy avoit dit en le quittant : Qu’il ne fe fikt pas aux Mexicains : qu'ils luy avoient drejfé une forte embufcade a la defcente des montagnes >• é* H h ij î4 4 histoire de la conqueste quils avaient bouché, avec des f terre s & des arbres coupez, 0 le grand chemin par ou on defcend à la Province de Chalco. Vue d'ailleurs, ils avoient ouvert & applani au commencement de la deficente, un autre chemin impratiquable , dont ils avoient augmenté les précipi- ces que la nature y avoit fiormeT^ cri les cfcarpant encore à la main ’y à dejfiein de conduire infinfiblement l'armée en ces défilez, , & de la charger inopinément, en un endroit ou les chevaux ne pujfient fie retourner , ni les Soldats ajjeoir le pied pour combatte. On parvint avec beaucoup de fatigue au haut de la montagne , parce qu’il tomboit de la neige, avec un vent furieux. En cet en- droit on trouva deux chemins peu éloignez l’un de l’autre. Cortez n’eut pas de peine à les reconnoître , aux marques qu’on luy en avoit données: l'un étoit embarraiïe, êc l’autre aifé à la vue, 6c raccommodé de nouveau. Quoyqu’il fe fentît émouvoir, en reconnoifTant la vérité de cette nouvelle trahifon , il fçut fi bien fe pofleder , que fans faire aucun bruit, ni marquer d'alteration , il demanda aux Ambufladeurs de Mexique , qui marchoient auprès de fa perfonne : Tourquoy ces chemins fie trôuvoient ainfi accommodez, ? Ils luy répondirent: Qu'ils avoient fiait applanir le plus aifié , & boucher l' autre , parce quil étoit trop difficile. Çortez reprit le difeours avec la même tranquillité : Vous connoiJfieT^mal , leur dit- il , les gens qui m'ac- compagnent : ce chemin effie vous aveT^ embarrajfié ejl celuy quils vont fiuivre , par la fieule raifion quil efl difficile 5 car lorsqu'on nous donne le choix , a nous autres Efipagnols , notre inclination fie porte toujours au moins aifié. Alors, fans s’arrêter, il comman- da aux Indiens alliez de prendre les devants , ôc de débarraf- fer le chemin , en rangeant des deux cotez ces obftacles, dont on n’avoit fçû cacher l’artifice, 6c qui couvroient le chemin. Cet ordre fut promtement çxecuté , au grand étonnement des Ambafladeurs , qui fans faire reflexion à la maniéré dont le ftratagême de leur Prince avoir pu être découvert, regardèrent le choix que Corrcz fembloit avoir fait par hazard, comme une efpece de devination trouvant des fujets d’admiration 6c de crainte en la bizarrerie de fa refolutio*. Pour luy , il fît un excellent ufage de l’avis qu'on luy avoit donné : il s’écarta du péril, fans engager fa réputation , ni le foin qu’il prenoit de ne point effaroucher Motezuma, aïant trouvé le fecret de ruiner tous les defîêins de cet Empereur,en faifant femblant de les igno- rer. DU M E X I QJJ E. LIVRE I II. 245 Les Indiens qui compofoient l’embufcade fe crûrent décou- verts, au moment ‘qu’ils reconnurent de leur porte, que les Efpagnols s’en écartoient, 6c fuivoient le grand chemin. Ainfl ils ne fongerent qu’a fe retirer, avec autant de fraïeur , que s’ils euflent été pouffez par une armée vi&orieufe. La nôtre defcendit dans la plaine , fans aucun obïlacle : 6c la même nuit, elle fe logea en des maifons au pied de la montagne, où les Marchands de Mexique fe retiroient lorfqu’ils alloient aux Foires de Cbolula. On établit le quartier , avec toutes les précautions que l’on crut neceffaires , en un Pais où l’on avoit tant de fujets de défiance. Cependant Motezuma, defolé par le mauvais fuccez de fes artifices , demeuroit en fes refolutions , fans ofer mettre fes forces en ufage. Ce défaut de courage fe rourna en dévo- tion. Il s’attacha encore plus étroitement à fes Dieux : il ne bougeoitde leursTemples : il redoublait les facrifices, jufqu’à fouiller tous fès Autels du fang humain 3 plus cruel, à mefure qu’il étoit plus affligé. Mais il ne trouvoit rien qui n’augmen- tât fon trouble 6c fa defoIation 3 parce que les réponfes de fes Idoles étoient toutes contraires les unes aux autres , êc que les Efprits immondes qui parloient par leurs organes, ne s’ac- cordoient point. Les uns luy conleilloient d’ouvrir les por- tes aux Efpagnols , difant qu'il parviendroit par cette voie , au deflèm qu’il avoit de les facrifier tous enfembie, fans qu’aucun luy cchapât. Les autres voûtaient qu’il les repouffât , 6c qu'il cherchât les moïens de les exterminer, fans permettre qu’ils le vifTent. Le dernier avis étoit plus conforme à fon incli- nation : il fe fentoit offenfé de la ha raie fie que ces Etrangers avoient, de vouloir paroître à fa Cour, contre fa volonté. Il regardoit cette infolence comme,, un outrage qu’ils faifoient à fon autorité: c’eft fous ce beau nom qu’il croïoit dégui- fer fon orgueil Mais quand il apprit que les Efpagnols é~ toient en la Province de Chalco, 6c que fon dernier rtratagê- me n’étoit Tourné qu’à fa confufïon , on vid augmenter fon chagrin 6c fon impatience. Il paroiffoit hors du bon fens 3 ilne prenoit aucun* parti : 6c ceux de fon Confeil le laifîoient dans Pincertitude où les Oracles i’avoient jette. C’eft ce qui l’o- bligea d ademblcr tous fes Magiciens 6c tous fes Devins , dont la profefiion étoit fort refpedée en ce Païs-là, 5c dont plufieurs H h iij Z 4 6 histoire de la conqueste avoient un commerce effectif avec les Démons ; le défaut de 2 r cience faifant palier pour fages ceux qui étbient le plus mife- rablement trompez. Motezuma leur dit: gut leur fcience luy étoit necejfaire à retenir ces Etrangers , dont la conduite luy donnoit de fi juftes foupçons. Il leur ordonna d’aller au-devant des Ef. pagnols , afin de les' mettre en fuite, ou de les endormir par la force de leurs charmes , puifqu’ils avoient accoutumé de produire des effets plus furprenans , en des occafions demoin, dre importance. 11 leur promit de grandes rccompenfes , s’ils venoient à* bout de ce deflein : les menaçant d’ailleurs qu’il ÿ alloit de leur vie , s’ils ofoient revenir en fa prefence fans y avoir reüffi. Son ordre fut exécuté avec tant de zele, que plufieurs trou- pes de ces Sorciers fe joignirent en peu de tems , 6c allèrent au-devant dés Elpagnols , armez de toute la confiance quils avoient en leurs conjurations , 6c de ce pouvoir fouverain qu’ils croïoient avoir fur toute la nature. Le Pere jofephd Acofta, 6c d’autres Auteurs dignes de foi , rapportent que lorsqu'ils furent arrivez au chemin de Chalco , par ou notre armée s a- vançoit vers Mexique , 6c que ces Magiciens commencèrent a faire leurs invocations 6c à tracer leurs cercles , le Démon leur apparut fous la figure d’une de leurs Idoles, qu ils appel- loient Telcatlepuca , Dieu mal- faifant 6c redoutable, 6c qui fé- lon leur foie tradition , avoit entre fes mains les pefles , jes^ fa- mines, 6c les autres fléaux du Ciel. Ce Démon paroiffoit être audefefpoir, 6c dans une fureur horrible, qu’ils remarquoient à travers l’affreufe fierté du vifage de l’Idole qu’il reprefentoit. Il avoit fur fes ornemens une corde qui luy ferroit l’eftomac à plufieurs retours , afin de marquer plus pofitivement Ion af- fliction , 6c leur faire corrç prendre qu’il étoit arrêté par une main invifible. Tous les Sorciers fe profternerent, à deflein de l’adorer : 6c luy , fans fe laifler fléchir à leurs humiliations, empruntant la même voix de l’Idole dont il îmitoit la figure, leur parla de cette maniéré: Le tems efi venu , miferables Mexi- cains j ou vos conjurations vont perdre toute leur force» Maintenant tous vos pattes font rompus. Rapportez, à Motez,um%, que le Ciel 'a refiolu fa ruine , a caufe de fes cruautez, & de fies tyrannies : & afin que vous luy reptefentitz, avec plus de vivacité la dejolation de fin Empire , jctteT^ les yeux fur cette miferable Ville, déjà aban * DU M E X I QJJ E. Livre 111 . 247 4/000/1 rnr A ces mots le Démon difparut ^ ôcjfes infâmes Miniftres virent en ce moment la Ville de Mexique toute en feu , dont les fiâmes horribles à voir , s’évanouirent infenfiblement en l’air , fans faire aucune impreflion fur les édifices. Us revinrent faire part à l’Empereur de cette effroïable avanture , fur laquelle ils fondoient leur décharge , quoyqu’ils craigniiïent fa rigueur. Neanmoins les menaces de ce Dieu terrible 6c funefte, l’étourdirent fi fort, qu’il demeura quel- que. tems fans parler , comme un homme qui réveille fes ef- prits difiipez , ou qui les rappelle de peur de tomber en foi- blefîe : 6c dés ce moment, s’étant dépouillé de fa férocité na- turelle, il dit , en fe tournant vers les Magiciens 6c les autres qui étoient prefens : £gue fouvoits nous faire davantage , puifque nos Vieux nous abandonnent^ Que Us Etrangers viennent , que le Ciel meme tombe fur nous , il ne faut pas mus cacher ; & il nefi pas glorieux que le malheur nous attrape en fusant comme des lâches . Il ajouta peu de tems après: 7* ay feulement une extrême compaf Jion des vieillards , des enfans & des femmes , a qui les mains man- quent dans la necejjité de fe défendre. Cette derniere confidera- tion l’attendrit en forte , qu’il eut de la peine à retenir fes lar- mes. On ne peut difconvenir que fa première refoîution ne partît d’une ame élevée , puifqu’il fe prefentoit à découvert au malheur , qu’il regardoit déjà comme inévitable. Cette grandeur d’ame pouvoit bien auffi avouer le mouvement de cette tendrefîe, excitée par la vûë de fes Sujets opprimez : 6c ces fentimens font en effet dignes d’un grand Prince, dont l’humanité n’eft quelque- fois pas moins héroïque que la con- . fiance. Dés ce moment, on commença à traiter de la maniéré dont on devoit recevoir les Efpagnols , de la folemnité 6c de l’ap- pareil de leur réception : furquoy chacun prenoic occafion de difcourir de leurs exploits , des prodiges dont le Ciel avoir annoncé leur venue , 6c des marques qu’ils avoient d’être ces hommes de l’Orient qui avoient été promis à leurs ancêtres. Ces gens y ajoûtoient îe trouble 6c la defertion de leurs Dieux, qui félon leur penfée, fe confefioient vaincus, 6c cedoient l’Em- pire de ce Païs-là, comme desDivinitez d’une Hiérarchie in- ferieure. Ainfi tout fut neceffaire à mettre dans les termes de 24 S HISTOIRE DE LA CONQUESTE la poffibilité, cette grande 6c difficile entreprife, de péné- trer à travers une refiftance fi opiniâtre , & fi peu de monde, jufqu’à la Cour d’un Prince tres-pmfîant, abfolu en Tes refoiutions , refpe&é jufqu’à l’adoration , & qui n’avoit en- core éprouvé que de l’obéiflance ou de la crainte , de la part de Tes Sujets. CHAPITRE IX. Le Seigneur de Te%euco , neveu de Mote^uma, vient vif ter Cortex de la part de cet Empereur . On con- tinué la marche ; q) on fait alte à Quitlavaca ^ au dedans du lac de Mexique . D E ces maifons où l'armée fe logea de l’autre côté de ïâ montagne, elle pafla le jour fuivant à un petit Village de la Province de Chalco , affis fur le grand chemin , environ à deux lieues du dernier campement. Le principal Cacique de Chalco , &: les autres du voifinage , vinrent falüer le General en ce lieu. Ils apportoient des prefens, avec quelques vivres: ôc Cortez les reçut fort obligeamment , en reconnoiffant leurs prefens par d’autres qu’il leur fit, Il connut d'abord à leurs difeours, que les Ambafîadeurs de Mexique leur étoient fuf- pe&s: la converfation languiffoit, ils paroi ffoient embarrafTezj ôc ils répondoient fi mal à propos, qu’ils faifoient comprendre ce qu’ils n’ofoient dire , en cela même qu'ils difoient. Cortez les tira à part : & par le moïen des Truchemens , il les obligea bien tôt à répandre en fa prefence tout le venin qu’ils avoient fur le cœur. Ils fe plaignirent amèrement des cruautez de MotezumaV ils reprefenterent la rigueur infuportable des tributs dont il les accabioit , difant qu’il les étendoit jufques fur les perfon- nes , ôc qu’il faifoit travailler fans aucun falaire, à fes jardins, de aux autres ouvrages de fa vanicé. Ils ajoutèrent .en pleurant: cQu’il regardait leurs femme i memes, comme une contribution due a fes infâmes volufte^&i celles de fesUiniftres $ puif qu'ils les choiff foient DU MEXIQUE. LIVRE lu. 249 foient é" les enlev oient fuivant leur caprice .fans que la file fût en feureté entre les bras de fa mere , ni la femme dans U couche de fon mari. Ils faifoient ces plaintes au General comme à ce- iuy qui pouvoir apporter du remede à leurs maux, 6c qu’ils conlideroient comme une Divinité defcenduë du Ciel, avec un plein pouvoir fur les Tyrans, Il témoigna beaucoup de compaffion de leur rnifere , 6c les entretint dans Pefperance d’y remedier , en les laiffant pour quelque-tems dans cette foie vifion de Divinité, ou au moins, en ne s’oppofant que foible- ment à leur erreur : car il auroit bien voulu fe contenir dans les bornes de la modeftie en ces menagemens que fa politique fc permettoit 5 mais il ne pouvoit fe refoudre à diminuer fa ré- putation, qu’il croïoit avoir raifon de conferver, 6c qui étoit fondée en partie fur l'imagination de ces Peuples. On continua la marche le jour fuivant 5 6c l’armée fit qua- tre lieuës à travers un Païs très. agréable , dont Pair étoit doux & temperé, 6c où la beauté des arbres 6c la propreté des jar- dins étaloient à Penvi les foins de la nature 6c de Part. Elle alla loger à Amameca Bourg allez peuplé, fitué fur le bord du grand lac de Mexique, moitié en terre- ferme, 6c moitié en Peau , au pied d’une colline flerile 6c pleine de rochers. Il fe fit en ce lieu un grand concours de Mexicains , qui vinrent avec leurs armes 6c leurs parures de guerre : 6c bien qu’on crût d’abord que la feule curiofité les y attiroit , leur nombre s’ac- crut tellement en peu de tems , qu’ils commencèrent à cha* griner les Efpagnols • 6c on ne manquoicpas d’indices qui pou» voient réveiller les foupçons. Cortez fe fervit de quelques a&ions d’éclat, afin de les écar- ter, 6c de leur donner delà crainte. Il fit tirer plufieurs coups d’arquebufe , 6c on fit une décharge en Pair, de quelques pièces d’artillerie : on publia la férocité des chevaux, 6c 011 les mit en a dion , durant que les Truchemens difoient aux Mexicains effraïez , fhie ce bruit marquoit quelque chofe de fi- ni fit e. Ainfi le General trouva moïen de les faire fortir de fbn camp, avant que la nuit fût venue. On ne pût vérifier s’ils croient venus à deflein de faire quelque infultej 6c, il ne paroif- foit pas vraisemblable qu’on eût fait quelque nouveau pro- jet, puifque Motezuma s’étoit réduit à fe laifler voir, quoy- que les fenanelles enflent depuis tué quelques Indiens qui 2 co HISTOIRE DE LA CO N QP ES TE s’approchoient trop prés du camp, qu’ils paroi floient vouloir reconnoître. Il Te peut faire que quelque Capitaine des Me- xicains eût amené ces troupes , à defiein d'attaquer les Efpa- crnols par furprife > croïant que fon a&ion ne feroit pas defa- Sreable à l’Empereur, qu’il ne voïoit refolu à la paix que contre fon naturel, & au préjudice de fa Majefté. Nean- moins cela n’eft fondé que fur des prefomptions 5 puifque le lendemain on ne vid fur le chemin que l’armée devoit fuivre* que quelques troupes de Peuple fans armes , qui fe plaçoient des deux cotez, pour voir palier les Etrangers. L’armée étoit prête à marcher, lorfque quatre Nobles Me- xicains vinrent donner avis au General, que le Prince Cacu- matzin , neveu de Motezuma , &; Seigneur de Tezeuco, venoic le vifiter de la part de fon oncle. Ce Prince les fuivoit de prés, accompagné de plufieurs Nobles fuperbement couverts à leur maniéré , & qui avoient toutes les marques de la paix. Quel- ques Indiens choifis entre fes Domeltiques , le portoient fur leurs épaules , en une efpece de chaife couverte de plumes, dont les couleurs étoient diverfifiées avec delfein & propor- tion. C’étoit un jeune homme de vingt* cinq ans ou environ, d’agreable reprefentation : êc d’abord qu’il eut mis pied à terre, quelques- uns de fes Serviteurs coururent pour balaïer devant luy , le terrein fur lequel il devoit marcher , &*écarter avec beaucoup de façons, le Peuple qui étoit des deux cotez du che- min j ceremonie ridicule, qui ne IailToit pas d avoir un air d au- torité. Cortez alla le recevoir jufqu à la porte de fon lo- gement, avec toute la pompe dont il fçavoitfe faire honneur en ces occafions. Le General en l’abordant fit une profon. de reverence : à quoy le Prince répondit , en touchant la terre & enfuite fes levres, de la main droite. Il prit fa place, d’un air libre & cavalier • & il parla de fens raffis , c omme un hom- me qui ne fe laifToit point furprendre à l’admiration d’un fpec- tacle extraordinaire. La fubftance de fon difcours fut en ter- mes choifis & bien placez : £>jfil vernit témoigner au General <& à tous les Chefs de fon armée, le pUifir qu'ils fentoient de les -voir. Il appuïa fur la reconnoijfance que Moteguma avoit , de la peine qu'ils avoient prife , & fut le defir ou ilfe trouvoit , d établir une bonne correfpondance & une ferme amitié , avec le grand Pi ince de l'orient qui Us envoïoit , & dont il devoit reconnoître la grau- DU M E X I Q^U E. livre ni . 251 deur,par des raifons qu'il leur diroit luy-mème . Apres cela, com- me s’il eût parié de fon chef, il toucha , de la même manié- ré que les autres Ambaffadeurs , les difficultez qui s’oppo- foient à leur entrée dans la Ville de Mexique. Il feignit que la difette avoit été fort grande cette année «la, dans tout le P aïs» êc expofa , comme un article dont l’Empereur auroit du chagrin , que les Efpagnols fer oient mal regaleï^ en un lieu ou les Habitant memes manquoient des chofes necejfaires à leur fubjiftan- €e. Cortez, fans s'écarter de la maniéré mifterieufe dont il avoit toujours entretenu le refped àc la crainte dans l’efprit de ces Peuples , répondit : Que fon Roi étant un Monarque qui ne rcconnoijfoit rien d'égal a fiy en ces P aïs don le Soleil naijfoit» avoit aujji des raifons importantes d’offrir fon amitié a Motefuma» à* de luy communiquer des chofes qui regardoient ejfentieliement fa perfonne çfi fa dignité . ^Qge ces propofi tiens ne f croient point in- dignes delà reconnoiffance de l’Empereur. Pour luy , qu'il ne pouvait s'empêcher d e flimer infniment U bonté que ce Prince avoit , de re- cevoir fon Ambaffkde , fans que la fterïlité du Païs luy fît aucune peine ; parce que les Efpagnols n dvoient pas b e foin de beaucoup d’a- limens afin de conferv et leurs forces » puifquils étaient accoutumez, a fouffrir , (fi à méprifer les incommodité!^ çfi les fatigues , qui au- voient pu incommoder des hommes dune ejpece inferieure à la leur . Cacumaczin n’eut rien à répliquer à ces raifons : il reçut avec beaucoup de joie & de reconnoiffance, le prefentque Cortez luy ht, de quelques bijoux de verre fort bien travaillez : & il accompagna î’armee jufqu’à Tezeuco Ville capitale de fon Domaine , d’où il alla porter la réponfe qu’on avoit faite à fon Ambaffadeur. Tezeuco étoit alors une des plus grandes Villes de l’Empire de Mexique : quelques Auteurs rapportent qu’elle pouvoir être deux fois plus grande que Seville 5 &; les autres, qu'elle ledif- putoit pour la grandeur avec Mexique même , èc qu’elle fe vantoit , avec quelque fondement, d’avoir fur cette Ville l’a- vantage de l'antiquité. Les maifons s’étendoient au long des bords du grand lac , en une fort agreabie fituation , à l’endroit où la principale chauffée, par où on alloità Mexique, prenoit fon commencement. On continua la marche fur cette chauf- fée , fans fejourner à Tezeuco, parce que le General avoit refolu de paffer trois lieues plus avant, jufqu’à Iztacpalapa, HISTOIRE DE LA CONQUESTE d’où il pretendoit, le jour fuivant, faire fon entrée de bonne heure dans la Ville de Mexique. La chauffée pouvoir avoir en cet endroit vingt pieds de large : elle étoit conftruite de pierres liées avec la chaux j & on y avoit fait quelques ou- vrages fur la furface, 5c des deux cotez. On trouvoit à la moitié du chemin de Tezeuco à Iztacpalapa , un Bourg d’en- viron deux mille maifons, appelle Quitlavaca, que les Efpa. gnols nommèrent alors Venuzuela , parce qu’il étoit bâti dans beau du grand lac. Le Cacique, fort propre 5c bien accompagné, fortit au-devant du General, 5c le pria d’ho- norer la Ville de fon fejour pour cette nuit j ce qu’il fit avec tant de marques d’affedion , 5c des inftances fi preffantes , qu’il falut fe rendre à fes prières, de crainte de le defobliger. Cortez trouva meme qu’il étoit à propos d’en ufer ainfi,.afin de prendre des connoiffances plus particulières, parce que comme fl yoïoit alors le péril de plus prés , il avoit quelque crainte que les Mexicains ne rompiffent la chauffée, ou qu'ils ne levaffènt les ponts $ ce qui auroit été d’un très-grand embarras à fes troupes. On avoit de ce lieu la vue de la plus grande partie du lac, où l’on découvroit divers Bourgs, 5c pluffeurs chauffées qui le croifoient , embellies de tours ornées de leurs chapi- teaux , 5c qui paroiffoient nager dans les eaux , outre les arbres 5c les jardins hors de leur élément , 5c une infinité d’indiens qui s’approchoient dans leurs canots , pour voir les Efpagnois. Le nombre de ceux qui occupoient à mê- me deflein les terraffes des maifons les plus éloignées , étoit en- core plus grand : Ôc la vue de ce fpedacle , auffi magnifique que furprenant, devoir paroître encore plus admirable qu’elle ne l’eft à l’imagination. L’armée trouva un logement commode en ce lieu, dont les Habitans regalerent leurs hôtes , avec toute forte d’hon- nêteté 5c de bonne volonté. On reconnoiffoit à leur politef- fe le voifinage de la Cour de Motezuma. Le Cacique n’e,ut pas la force de cacher les fujets de chagrin qu’il avoit con- tre cet Empereur , ni l’envie qu’il marquoit de 'fecoüer le joug infupportable de fa tyrannie. II animoit les Soldats à cette entreprise, qu’il leur reprefentoit fort aifée , en difant aux Interprètes , afin que tous les Efp^gnols l’entendiffent; DU MEX I CLU E. tîVRE ni. 253 Que la chauffée qui alloit jufqua Mexique , et oit plus large & rmeux entretenue que celle quils avoient faffée : Qu'il n’y avoit rien à appréhender ni fur le chemin , ni dans les Bourgs qui le hordoientf Que la Ville dé l^tacpalap a , far ou ils dévoient paffer 5 ètoit faifihle > dr que fis Habitans avoient ordre de recevoir & de bien traiter les Efpagnols . Que le Seigneur de cette Ville fr- uit furent de Motez>uma 3 mais quils ne dévoient rien craindre de la fart des amù de cet Empereur , farce quil avoit l'efprit abam , dr même éperdu , par la vue des prodiges que le Ciel luy avoit envolez, , fat les ré f on fi s de fis Oracles y & par le récit des merveilleux exploits de leur armée. Quainji ils le trouve - r oient entièrement porté à la paix , & plus difpofê a fouffrirs qu’à provoquer. Ce Cacique difoit la vérité , q-uoyqu’un peu al- térée par la paffion 6c par la flatene : ëc le General , quoy- qu’il remarquât ces défauts dans les difeours de l’Indien , ne laiffoit pas de les publier 6c de les enchérir, afin d’animer les Soldats. On ne peut nier que cela ne vint fort à pro- pos , pour empêcher que les efprits de ceux qui ne fe font pas un point d’honneur de leur devoir, ne s’dFraïaflènt point à la vue de tant d'objets II differens ëc fi admirables, par kfquels on pou voit juger de la grandeur de cette Cour , 6c du pouvoir formidable de fon Prince. Cependant les rai- ions du Cacique , 6c les réflexions qu’ils faifoient fur l’acca- blement de l’efprit de Motezuma , eurent tant de pouvoir en cette occafion , que tous les Soldats fe firent un fujet de joie, de ce qui devoit caufer leur étonnement, 6c fe fer» virent de l’admiration à élever les efperances de leur for- tune. z 5 4 HISTOIRE DE LA CONQUESTE CHAPITRE X. V armée pafje jufqua Iypacpalapa , ou on difpofe toutes chofes pour faire t entrée dans Mexique . On décrit la pompe avec laquelle Motezuma finit pour recevoir les Efpagnols . L E lendemain , un peu apres le lever du Soleil , le Gene- ral mit l’armée en bataille fur la même chauffée, fuivant la capacité du terrein , où huit Cavaliers pouvoient marcher de front* Elle étoit alors compofée de quatre cens cinquante Efpagnols , fans compter les Officiers, 6c de fix mille Indiens, Tlafcalteques, Zempoales, ou d’autres Nations alliées. On continua la marche fans aucune nouvelle avanture jufqu’à Iztacpalapa , où on devoit Elire alte. Cette Ville paroiffoit au-deffus des autres, par la hauteur de fes tours 6c l’exhauf- fement de fes bâtimens , qui ailoient bien au nombre de fix mille, à deux ou trois étages, dont une partie étoit bâtie dans le lac, 6c l’autre fur le bord de la chauffée, en une fituation commode 6c agréable. Le Seigneur de ce lieu vint avec un grand cortege recevoir l’armée 3 6c il étoit affilié dans cette fonction , par les Princes de Magifcatzingo , 6c de Cuyoacan, Villes fur le même lac. Chacun de ces Princes apportoit fon prefent à part, compofé de divers fruits, de gibier, 6c autres rafraîchiffèmens en quantité, avec des joïaux d’or jufqu’à la valeur de deux mille marcs. Ils fe prelenterent enfemble, ÔC fe firent connoître , en dilànt chacun Ion nom 6c là dignité , remettant à la différence des prefens à expliquer ce qui man- quait à leur raifonnement. L’entrée des Elpagnols en cette Ville fut celebrée par ces applaudiflemens , qui confilloient au mouvement confus 6c aux cris du Peuple, dont la joie inquiété raffuroit les efprits les plus foupçonneux. Le logement de l’armée étoit prépa- ré dans le Palais même du Cacique, où tous les Elpagnols trou, verent du couvert : les autres Nations occupèrent les cours DU M E X I QJUf E. livre iii . i 55 ôc les portiques, 6c paflerent allez commodément une nuit, où on n’avoit aucun fujet de défiance. Ce Palais étoit grand & bien bâti, partagé en piufieurs appartemens hauts 6c bas, entre lefqueis il y avoit piufieurs fales, dont le plafond étoit de cedre, 6c ne manquoit pas d’ornemens: quelques-uns mê- me avoient des tapilleries de coton de diverfes couleurs , où l’on remarquoit du defiTein 6c des proportions. Il y avoit à Iztacpalapa diverfes fontaines d’eau douce, 6c bonne à boire, que l’on y avoit conduite des montagnes voifines par piufieurs canaux, qui arrofoient piufieurs jardins cultivez avec beaucoup d’induftrie. Celuy que le Cacique avoit fait drefiêr pour fon divertiiïement, furpafloit de bien loin tous les autres, par fa grandeur 6c par fa beauté II voulut y mener dés le foir même, Cortez 6c tous fes Officiers, avec quelques Soldats- afin qu’en leur rendant ce témoignage de fa bienveillance 6& de fa civilité , il fatisfît en même-tems à la vanité 6c à l’olten- tation. il y avoit dans ce jardin piufieurs arbres fruitiers , qui formoienc des allées fort larges , avec d’autres arbres plantez dans les intervales , ÔC une eTpece de parterre à fleurs , divi- fc en piufieurs quarrez par des paliilades de rofèaux fort bien entrelaffëz, 6c couverts d’herbes odoriférantes: 6c au dedans de ces quarrez, on voïoit une variété admirable de fleurs , difpofées avec ordre , 6c fort proprement entretenues. Au milieu un étang d’eau douce faifoit un quand de pierre 6c de brique, avec des degrez de tous cotez jufqu’au fond de l'eau. Chaque côté étoit de quatre cens pas 5 6c c’étoit en ce lieu que le Cacique faifoit nourrir le poiflbn le plus délicat, 6c où on voïoit piufieurs oifeaux de riviere , dont quelques uns font connus en nôtre Europe, ÔC les autres étoient d’une figure ôc d’un plumage extraordinaire: ouvrage digne d’un grand Prin- ce , 6c qui n’étant qu’une entreprife d’un Sujet de Motezu- ma, faifoit juger des richefiTes 6c de la magnificence du Sou- verain. La nuit fe pafla fort tranquillement : les Habitans rendoient toute forte de bons offices aux Efpagnols , avec beaucoup de franchife 6c de zele * on remarqua feulement qu’ils parloient en cette Ville, des aérions de Motezuma, d’un ftile tout dif- ferent de fes autres Sujets. Ils fe loüoient tous de fon Gou- vernement, 6c ils publioient fa grandeur $ foit que l’honneur i 5 6 histoire de la conqueste que le Cacique avoic de luy appartenir , leur eût imprimé cette idée $ foit que le voifinage du Tyran eût éteint toute la liberté. De ce lieu pour aller jufqu’à Mexique , il n’y avoit plus que deux lieues de chauffée : 6c l’armée partit au matin, parce que le General vouloit faire fon entrée , 6c rendre les devoirs à Motezuma de bonne heure, afin qu’il eût. du jour de relie, à reconnoître ÔC à fortifier fon quartier. On conti- nua la marche en l’ordre accoûtumé : 6c en laifffant à côté la. Ville de Magifcalzingo , fondée dans l’eau, 6c celle de Cuyoa-' can fur le bord de la chauffée , fans compter d’autres gros Bourgs qu’on découvroit fur le lac 5 on vint enfin à la vûë de la grande Ville de Mexique, qui s’élevoit confiderable- ment au-deffus de toutes les autres, 6c qui même par la hau- teur de fes bâtimens , faifoit remarquer l’Empire qu’elle avoit fur elles. Plus de quatre mille Nobles, ou Miniflres de la Ville , vinrent recevoir l’armée à la moitié du chemin ; 6c leurs complimens arrêtèrent long-tems l’armée , quoyqu’ils ne fif- fent que la reverence * après quoy ils paffoient à la file au- devant des troupes. Un boulevard de pierre faifoit face de ce côré-là, 6c couvroit la Ville. Il avoit deux petits Châteaux ou Forts, un de chaque côté 3 6c il occupoit toute la largeur de la chauffée. Ses portes étoient ouvertes fur un autre bout de chauffée terminée par un pont-levis , qui défendoit l’entrée de la Cité par une fécondé fortification. Dabord que les Nobles qui accompagnoient l’armée eurent paffé de l’autre côré du pont, ils fe rangèrent à droite 6c à gauche, afin de luy laiffer l’entrée libre 3 6c on découvrit alors une grande rue fort large, dont les maifons étoient bâties d’une même fymdtrie, 6c chargées d’une infinité de Peuple aux balcons , 6c fur les terraffes. Il n’y avoit perfonne dans la rué : 6c ils dirent à Cortez qu’on l’avoit ainfi dégagée ex- près 3 parce que Motezuma vouloit venir luy- même le rece- voir , afin de luy donner un témoignage fingulier de fa bien- veillance. Peu de tems après on découvrit la première troupe du cor- tège de l’Empereur , compofée de deux cens Nobles de fa Maifon , tous vêtus de livrées , avec de grands pennaches d’une même figure 6c d’une même couleur. Us venoient en deux files, les pieds nuds 6c les yeux baillez , avec un filence 6c une DU M E X I QJJ E. LIVRE 1 1 1. 6e une modellie remarquables , enfin toutes les apparences de quelque proceffion. Au moment qu’ils furent à la tête des troupes, ils fe rangèrent contre les murailles, 6c laifferent pa- roi tre de loin une autre troupe plus grande , plus richement parée, 6c qui paroifioit d’une plus grande dignité. Motezu- ma etoit au milieu, porté fur les épaules de fes Favoris, en une iitiere d’or bruni , qui brilloit avec une proportion bien ménagée, entre plufieurs ouvrages de plumes, dont la diftri. bution fort adroite fembloit difpute/ l’avantage avec la richefc fe de l’or. Quatre Mexicains des plus élevez en dignité mar- choient autour de la Iitiere , 6c foûtenoient une efpece de daix de plumes vertes, tifluës de maniéré, qu’elles formoient com- me une toile , avec quelques ornemens d’argenterie. Trois des principaux Magiftrats le preéedoient , avec des verges d’or en main, qu’ils levoieiat en haut de tems en tems , aver- tiflant par ce lignai que l’Empereur approchoit, afin que tout le monde fe jettât à terre, 6c que perfonne ne fût allez har- di pour le regarder 5 ce qui étoit un crime puni comme le facrilege. Cortez defcendit de cheval avant que l Empereur s’approchât j *6c en même- tems Motezuma mit pied à terre. Quelques Indiens y étendirent auffi-tôt des tapis, de peilr qu’il ne la touchât de les pieds , dont ils ne croïoient pas qu’elle fût digne de recevoir les veftiges. Il s’aprocha lentement 6c avec beaucoup de gravité, aïant les deux mains appuïées fur les bras des Seigneurs d’iztacala- pa 6c de Tezeueo , fes neveux. Il fit ainli quelques pas, en s’ap- prochant de Gortez. Get Empereur pouvoir alois avoir qua- rante ans • fa taille de moïenne hauteur, paroillbit plus déga- gée que robufte. Il avoir le nez aquilin , 6c le teint moins bazané que les Indiens ne l’ont naturellement : fes cheveux defeendoient jufqu’au-delTous de l’oreille, fes yeux étoient fort vifs, 6c toute fa perfonne avoit un air de Majefté, quoyqu’un peu compofé. Sa parure étoit un manteau de coton tres-fin, attaché également fur les épaules • en forte qu’il Iuy couvroit la plus grande partie du corps , 6c que la frange en rrainoit jufqu’à terre. Divers joïaux d’or , de perles , 6c de pierres pre- cieufes, luy tenoient lieu de fardeau, plus que d’ornement. Sa Couronne étoit une Mitre d’or leger , qui finifloic en pointe par devant j 6c l’autre- partie moins pointue , fe replioit vers le i S HISTOIRE DE LA CONQUESTE derrière de ia tête. Enfin , les fouliers d’or maffif , avec des courroies à boucles de même, qui luy ferroienc le pied, ÔC re- montoienc juiqu’à la moitié de la jambe , repreientoient fort bien la chauffure militaire des anciens Romains. Cortez s’avança à grands pas, autant que la bien-leance le put permettre, 6c fit une profonde reverence, que Motezu- ma luy rendit, en mettant la main prés de terre, êc la por- tant enfuite à fes levres. Cette civilité inoüie jufqu* alors en la perfonne de leurs Princes, parut encore aux Mexicains plus étonnante en celle de Motezuma , qui falüoit à peine fes Dieux d’un ligne de tête, êc qui affedoit un orgueil extrê- me, qu’il ne fçavoit peut-être pas diftinguer d’avec la Ma- jefté. Cette adion, 6c celle de fortir pour recevoir Juy-mê- me l’armée , épuiferent toutes les reflexions des Indiens , qui en tirèrent enfin des conclurions très- avantagées à la gloire des Efpa^nols 5 parce qu’ils ne pouvoient fe perfuader que l’Em- pereur eut fait ces démarches fans confideration , luy dont ils reveroient tous les Decrets avec une aveugle foûmiffion. Cor- tez avoit mis fur fes armes une chaîne d’émail , compofée de plufieurs pierres faufles, mais ttes-belles ôc bienmifes en œu- vre, qui reprefentoient des diamans 6c des émeraudes. Il la- voit toujours refervée , à deflein d’en faire le prefent de fa première audience : 6c comme il fe trouvoit alors proche de la perfonne de Motezuma , il la luy mit au col 5 quoyque les deux Princes qui le foutenoient euflent retenu aflez incivile- ment le General , en luy faifant connoître qu il n étoit pas per- mis de s’approcher fi prés de la perfonne du Prince. Mais Motezuma les blâma de cette adion , 6c fut fi fatisfait du pre- fent , qu’il le regardoit avec admiration , 6c qu’il l’eflimoit en- tre fes Domeftiques, comme une piece d’un prix ineftimable: aufli voulant s’acquitter fur le champ, de cette obligation, par quelque adion de libéralité éclatante, il prit le temsque tous les Officiers des Efpagnols luy fàifoient la reverence, pour envoïer quérir un colier qu’on croïoit etre la plus riche piece de fon trefor. C’étoit des coquilles' fines d’un très* beau cramoifi , fort eftimees en ce Pais-la : elles etoient difpofees en forte, que quatre écrevifles d’or, parfaitement bien repre- fentées ,’ pendoient des quatre cotez de chaque coquille.. L’Empereur voulut luy- même la mettre au col de Cortez ^ fa- • DU M E X I QJJ E. Livre ni. 259 venr qui fit encore un grand bruit entre les Mexicains. Le difcours de Cortez fut court 2c fournis , conformément au fu- jet 5 2c la réponfe de Motezuma fut aufli en peu de paroles où fà difcretion parut conferver toute la bien-feance. Il commanda à un des deux Princes fur qui il s’appuïoit, de de- meurer , afin de conduire 2c d’accompagner Çortez jufqu’à fon logement j 2c l’autre Prince le foûtint toujours , jufqu’à fa litiere, où il monta , 2c fe retira à fon Palais avec la même pompe 2ç la même gravité. L’entrée des Efpagftols dans la Ville de Mexique , fe fit le huitième jour de Novembre , confacré à la mémoire des qua- tre faints Martyrs Couronnez , l’an 1519. Leur logement étoit préparé dans une des maifons que Axayaca, pere de Motezuma, avoit bâties : elle difpufoit de la grandeift avec le principal Palais des Empereurs , 2c avoit toutes les apparences d’une Fortereffe , des murs forts 2c épais , flanquez d’efpace en ef- pace , de tours qui fervoient d’appui 2c de défenfe. Toute l'armée y trouva dequoy fe loger * 2c le premier foin du Ge- neral fut de la reconnoître luy.même éxa&ement par tout, afin de pofer fes corps- de- garde , de porter fon artillerie, 2e de fermer bien fon quartier. Quelques fales deftinées aux Offi- ciers , étoient tendues de tapiileries de coton de diverfes cou- leurs , le coton compofant toutes leurs toiles , avec plus ou moins de delicatertè. Les chaifes étoient de bois tout d’une piece, 2c les lits environnez de courtines fufpenduës en for- me de pavillon 5 des nattes de palmes étendues, 2c une autre roulée , faifoient le fond 2c le chevet du lit. Les Princes les plus magnifiques n’en connoifïoient point de plus délicat 5 2c cette Nation ne faifoit pas grand cas de fa commodité, affez fatisfaite d’avoir quelques fecours contre la neceffité : 2c l’on ne fçait point trop , fi l’on ne devoir pas féliciter ces Barbares,, de cette ignorance des fuperfluitez. Kk ij iéo HISTOIRE DE LA CONQUESTE CHAPITRE XI. Mote'zptmx vient le foir du même jour viftter Cortez^ en fin logement . Le difcours quil fit avant que de donner audience au General s & la réponfe de Cortex I L et oit un peu plus de midi, lorfque les Efpagnols entrè- rent au quartier qu’on leur avoit préparé , où ils trouvè- rent un repas magnifique, deftiné" au General 6 c à Tes princi- paux Officiers, av?c une grande abondance de viandes moins délicates , pour les Soldats ; outre plufieurs Indiens qui fer- voient à manger 6c à boire, d’une promtitude 6c d’un filence à furprendre. Sur le foir, Motezuma fuivi du même cortege, vint vifiter Cortez , qui en alant été averti, alla recevoir ce Prince dans la première cour, avec tout le refped qu’une fem- blable faveur pouvoit demander. Le General l’accompagna jufqu’à la porte de fon appartement, où il luy fit une profonde' reverence 5 6c l’Empereur paflà, 6c alla prendre fa place, d’un air dégagé 6c majèftueux. Il commanda auffi-tôt , qu’on ap- prochât un fiege pour Cortez : il fît (igné aux Nobles de fa fuite, de fe ranger contre les murailles. Le General ordonna la même chofe à fes Officiers : 6c lorfque les Truchemens fu- rent arrivez , il voulut commencer fon difcours • mais Motezu- ma le retint, en faifant connoâtre qu’il vouloit parler avant que de luy donner audience : 6c les Auteurs rapportent qu’il s’expliqua en cette fubftance. Mujlre Capitaine , & Genereux Etrangers , avant que je fui fie écou- ter f Ambajfade du grand Prince qui vous a envoies, il eft a propos que vous & moy réciproquement , nous promettions de mèprifer & d'oublier ce que la renommée à divulgué touchant nos perfinnes & notre conduite , en prévenant nos efpnts par ces vaines rumeurs , qui vont devant U vérité , & qui la défigurent par des traits de blâme ou de flaterie . On vous aura dit de moi , en quelques endroits, que je fuis un des Dieux immortels , en élevant ma perfonne & mon pou- voir jufquau Ciel, jf autres vous auront fait entendre , que la for - DU MEXIQJJE. LIVRE III. 161 tune s eft êpuffée a m'enrichir -, que les murailles (fl les tuiles de mes F niais font d'or , (fl que la terre s' aff ai jfe fous le poids de mes tre - • fors : enfin , quelques uns auront voulu vous perfuader que je fuis un Tyran cruel (fl fuperbe , qui abhorre la juflice , (fl qui ne connoît pus l' humanité. Les uns & les autres vous ont .trompe également , par leurs exagérations : & afin que vous ne vous imaginiez, pas que je fuis un Dieu , & que vous connoiffte ^ lillufion de ceux qui fi font forgé cette vif on , cette partie de mon corps , dît-il en découvrant ion bras , fiera pa^oître à vos yeux defabufiez , que vous parlez, à un homme mortel , de la meme efpece que les autres hommes , mais plus noble (fl plus puijfant queux. le ne nierai pas que mes richejfes ne foient grandes s mais V imagination de mes Sujets y ajoute beaucoup^ Cette maifn ou vous logez, eft un de mes Palais 3 regard es mu- railles , elles font faites de pierre (fl de chaux > matière vile , qui ne doit fin prix qua fin emploi : (fl par l'un (fl par l’autre de ces éxem- fles , jugez, fi l'on ne vous a pas trompé de la meme maniéré , lorf- quon vous a exagéré mes tyrannies . Au moins y fu /pendez, votre ju- gement , jufqu a ce que vous vous foyez éclairci de mes . rai fins -, (fl ne compte f point fur le langage de mes Sujets rebelles , jufqu d ce que vous aïez examiné, fi ce qu'ils appellent mifere , n eft point un châtiment , & s'ils ont droit de l’accufcr fans ceffier de le mériter . C'eft ainfi que l'on nous a informeT^de ce qui regarde vos perfon- nes (fl vos aclions. .Quelques uns nous ont ^affleuré que vous étie ^ des Dieux , que les bêtes farouches vous obeïjfiient , que vous te- niez les foudres entre vos mains fl que vous commandiez aux- élemens. D'autres nous vouloient faire croire que, vous ètieT^ mé- chans , emportez^, fuperbe s y que vous vous laifiiez^gourmander aux • vices, (fl que vous aviez une fioïfi infatiable , de l'or que notre T erre produit. Cependant , je reconnois déjà que vous êtes des hommes de U même compofition (fl de la même pâte que nous , quoyquil y ait quelque différence , qui naît des diverfes influences , que la qualité du P aïs infipire aux mortels . Ces bêtes qui vous obeijfent , font a won avis de grands cerfs que vous avez^apprivofez^, (fl infiruits de cette fcience imparfaite , qui peut être comprife par f ïnftincl des animaux ■ le conçois aujji fort bien que ces armes qui rejfimhlent à la foudre , font des tuyaux d’un métail que nous ne connoiffons pas , dont l'effet , pareil a celuy de nos firbacanes , vient d'un air greffe qui cherche à for tir , (fl qui pouffe impetueufement tout ce qui s’oppofe à fin pfffige. Le feu que ces tuyaux jettent avec un bruit K K- iij. i*i HISTOIRE DE LA CONQUESTE plus terrible, efl tout au plus un fecret furnaturel de la mémeficien - ce , que celle dont nos Sages font profejjion. Vans tout le refte de ce qu on a rapporté de votre procédé , je trouve encore , fuivant ce que mes Ambajfadeurs ont remarqué fur vos inclinations , que vous avesg de la bonté & de la religion , que vos chagrins font fondez^ en raifon , que vous fouffresg les fatigues avec joie , & qu'entre vos autres vertus , on void de la libéralité , qui ne s accorde gue- res avec l' avarice. En forte qu autant les uns que les autres , nous devons effacer les impreffions qu'on avoit voulu nous donner , & f avoir bon gré à nos yeux , de ce qu'ils ont âefabufs notre imagination. Cela étant atnfi établi , j'ai fouhaitè que vous fçufi JîmZ, avant que de me parler , que l'on n ignore pas entre nous autres , ef que nous n avons pas befoin de votre perfuafon , pour croire que le grand Prince à qui vous obeïjfiîg, defeend de notre ancien Quezalcoal , Seigneur des fept Cavernes des Navatlaques , & Roi légitimé de ces fept Nations , qui ont fondé l'Empire de Mexique? Nous avons appris par une de fis Prophéties , que nous révérons comme une vérité infaillible , conformément a la tradition des fiecles , confervée dans nos Annales 5 qu il étoit forti de ce P aïs* ci, pour aller conquérir de nouvelles terres du coté de l'Orient ; & qu'il avoit lai fié des promejfes certaines , que dans la fuite dos tems , fis defeendans vie ndr oient modérer nos Loix , & reformer notre Gouvernement , fur les réglés de la raifon . Ainfi, comme les caractères que vous porteront du rapport a cette Prophétie , çj* que le Prince de l'orient qui vous envoie , fait éclater, par vos exploits meme y la grandeur d'un fi illufite Aïeul, nous avons déjà refolu de confacrer à fon Jervice , tout ce que. nous avons de pouvoir ; & fai trouvé qu'il étoit a propos de vous en avertir , afin que vos propofitions ne fbient point embaYraffées par ce /crapule , & que vous attribuiez, les excez, de ma douceur a cette illufire ori- gine. Motezuma finit ainfi le difeours dont il voulut prévenir l’efprit des Efpagnols, 6c qu'il fit avec beaucoup d’ardeur 6c de majeïlë 5 ce qui donna a (Fez de matière à Cortez, pour luy répondre , fans s’écarter de ces illufions , qu’il trouvoit érabîies dans l’éfprit de tous les Indiens en general. ^ Il s’ex- pliqua à peu prés en ces termes , félon les Mémoires qu’on nous a donnez. Seigneur, apres vous avoir remercié humblement, de cet excez, de DU M E X I QJJ E. LIVRE IJ J. 16} bonté qui vous fait écouter fi favorablement notre Ambaffade , & de cette haute dr fouveraine connoijfance que vous emploies en notre faveur , en mèprifimt , d'une maniéré fi avantageufe pour nous , les faux préjugez, de l opinion s je puù vous dire au fil , qfa notre é- gardy nom avons traité celte que Von doit avoir devons y avec tout le refpetf & toute U vénération qui efi dué a votre Grandeur. On nous a dit beaucoup de ebofes de votre perfonne 3 dans les terres de vôtre Empire. Les uns U mett oient entre les Divinité z, 5 d'autres en noircijfoient jufques aux moindres actions : mais ces difeours s'en- flent ordinairement , par des outrages quils font a la vérité , puifque comme la voix des hommes efi l organe de la renommée y elle prend fouvent la teinture de leurs pafiîons s & celles-ci y ou ne conçoivent jamais les chofes comme elles Jont , ou ne les rapportent jamais com- me elles les conçoivent. Les Efpagnols , Seigneur , ont une vue pé- nétrante , qui fiait dijlinguer les differentes couleurs que l'on donne au difeours , & par la meme lumière les faux fêmblans du cœur. Nous n'avons ajouté foi ni à vos Sujets rebelles y ni a vos fiateursi & nous parçijfons devant vous , convaincus que vous êtes un grand Prince , aimant U juftiçe & la raifon , fans que nous aïons befoin du rapport de nos fins , pour connaître que vous êtes mortel. Nous autres femme s aufii de la meme condition , quoyque plus va ilia ns , fans comparaifon , que vos Sujets , dr d'un entendement bien élevé au-deffus du leur -y parce què nous fiommes nez, fous un climat dont les influences ont beaucoup de vertu , Les animaux qui nous oheifi- fient y ne font point aufii comme vos cerfs : ils ont bien plus de no- ble fie & de fierté 5 dr tous brutes qu'ils font y ils ont de l* inclina- tion a la guerre y dr fçaveht afpirer à la gloire de leur maître y par une efpece d'ambition. Le feu qui fort de nos armes , efi un effet naturel de lindufirie des hommes , fans que dans fa production il entre rien de cette connoijfance dont vos Magiciens font prof filon s fcience abominable parmi nous , & digne d'un plus grand mépris , que l’ignorance même . l'ai cru devoir établi f ces principes, afin de fatisfaire aux avis que vous nous avez, donne f: après quoy je dirai y Seigneur y avec toute la fourni ffion qui efi due a vôtre Ma- jefté y que je viens U vifiter en qualité d' Ambaffade ur du plus grand dr du plus puiffant Monarque que le Soleil éclaire y aux lieux ou il prend fit naijfance. l'ay ordre de vous expofer en fin nom y qu'il fouhaite être vôtre ami de votre allié , fans s' appui cr fur ces anciens droits dont vous avez, parlé y de fans autre fin que i<4 HISTOIRE DE LA CONQUESTE d’ouvrir le commerce entre vos deux Monarchies , (fi d’obtenir par cette voie le plaifir de vous defiabufer de vos erreurs : & quoyque félon la tradition de 'vos H i foires mêmes , il fût f retendre une rt- connoijfance fins poftive dans les Terres de 'votre Domaine , il ne 1 veut neanmoins ufer de fin autorité , que pour gagner vôtre crean- ce , fur des chofis • entièrement a vôtre avantage ; (fi afin de vous faire entendre que vous , Seigneur , (fi vous autres , Nobles Me - xTcains qui m écoute 7^ vivez, en un abus terrible , par la Religion que vous profejfe 7^ en adorant des bois infenfibles , qui font les ouvrages de vos mains (fi de vôtre caprice ; puifquil n’y a vérita- blement qu’un fiul Dieu , qui ri a ni principe , ni fin , (fi qui efi le principe éternel de tontes chofis. C efi luy dont la pui fiance in- finie a créé de rien cet ouvrage admirable des deux , qui a fait le Soleil qui nous éclaire , la Terre qui nous fournit des alimens , (fi le premier H omme de qui nous défendons > avec une égale obli- gation , de nconnoîire (fi d’adorer nôtre première Caufe. C’^fi cette même obligation qui efi imprimée dans vos âmes , dont encore que vous reconnût fie z^l' immortalité , vous la proft'ttuez^fi la détruifez^ 9 en rendant un culte d’adoration aux Démons , efprits immondes que ■pieu a créez , ^ & qui en punition de leur ingratitude (fi de leur ré- bellion contre luy , ont été precipitez^dans ce feu fous-terrein , dont vous avez^ quelque représentation imparfaite , en l horreur de vos Volcans. La malice (fi l’envie , qui les rendent ennemis du genre humain , les obligent continuellement a filliciter votre perte , en fi faifint adorer , fous la figure de ces idoles abominables . C’efi leur voix que vous entendeT^quelque fois , dans Us réponfes de vos Ora- cles j (fi ils forment ces illujîons , que les erreurs de l imagination in - troduifint en vôtre entendement. Mais , Seigneur , je connoà que ce nef pas ici le lieu de traiter, des my fier es d'une fi haute Doc- trine : Ce même Monarque en qui vous reconnoifiez^une (i ancienne Juperioritè , vous exhorte feulement à nous écouter fur ce point , fans aucune préoccupation 5 afin que vous puifiiez^ goûter le repos que votre efprit trouvera en la vérité , & que vous appreniez, combien de fois vous avez^ refifté à la rai fin naturelle , qui vous donnoit des lumières capables de vous faire connoître votre aveuglement . C’efi la première chofie que le Roi mon Maître fiouhaite de votre Majefié : C'efl le principal article de ma propofition , (fi le plus puifi- fant moïen d’établir , avec une parfaite amitié , l’alliance des deux Couronnes j fur les fondemens inébranlables de la Religion ., , qui fans - D U M E X I Q_U E. Livre iii. 165 laijfer Aucune diverfitè dans les fentimens , unira les efprits .par les liens d'une même volonté. C’eft ainft que Cortez trouva moïen de maintenir dans l’efprit de Motezuma , la réputation de fes forces , fans s’é- loigner de la vérité , 5c qu’il fe fervit adroitement de l'ori- gine qu’ils donnoient eux- mêmes à fon Roi , au moins fans contredire ce qu’ils imaginoient , afin de donner plus d' au- torité à fon AmbafFade. Cependant Motezuma ne parut pas fort docile fur le point de la Religion, Ce Prince obftiné dans les erreurs de l’Idolâtrie , par une miferable fuperfti- tion , fe leva de fon fiege , 5c dit à Cortez : u reçois avec beaucoup de reconnoïjfance , C alliance & l'amitié que vom me pro • pofez de U fart du grand Prince defcenàant de JOue'^alcoaL Mais je crois que tous les Dieux font bons ; le votre peut être tel que vous le dites , fans faire tort aux miens . Ne fonge\ ’ main- tenant qui vous repofer , puifque vous êtes chez , vous , ou vous ferez fervi avec tout le foin qui êft du a votre valeur , & au grand Prince qui vous a envoie. Alors il commanda que l’on fit entrer quelques Indiens qu’il avoir amenez 3 5c avant que de partir , il prefenta luy - même à Cortez , diverfes pièces d’orfevrerie , avec quantité de robes de coton , 5c d’autres ouvrages de plume fort bien travaillez 3 prefent confidera- ble , 5 c pour la valeur , 5c pour la maniéré dont il étoit offert. Motezuma diftribua encore quelques joïaux de prix aux Efi pagnols qui afîifterent à l’audience 3 ce qu’il fit en grand Prince^ genereufement , 5c fans témoigner qu’on luy en étoit obligés regardant neanmoins Cortez 5c fes Capitaines , avec une ef- pece de fatisfa&ion qui marquoit fes inquiétudes paffées a de la même maniéré qu’on connoît jufqu’où alioit la crainte, par la joie qu’on témoigne de l’avoir perdue. 2 ($é HISTOIRE DE LA CONQUESTE CHAPITRE XII. Corte\ St toutes chofes contribuoient à imprimer du refpe£t : la grandeur du Palais , les ceremonies de la réception , St jufqu’au profond filence de ce grand nombre de Domeftiques. Motezuma étoit debout, pare de toutes les marques de ^a Souveraineté, Il s’avança quelqùes pas au-devant du Gene- ral , à qui il mit les mains fur les épaules , lorfqu’il fe bailla pour le- falüer, St fit feulement un air de vifage doux St ca- reliant aux Efpagnols qui l’accompagnoient $ St puis ils affit, St fit donner des fieges à Cortez St a tous ceux de fa fuite, fans leur laiffer la liberté de les refufer. La vifite fut longue, St en maniéré de converfation. L’Empereur débuta par di- verfes queftions fur l’Hiftoire naturelle St politique des Pais Orientaux ^ approuvant à propos ce qui luy paroilioit Julie, St montrant qu’il fçavoit appuïer par des raifonnemens , les fujets qu’il avoit de douter. Il revint enfin à la dépendance, & à l’obligation que les Mexicains étoient obligez d’avoir pour le defcendant de leur premier Roi. Il s’applaudit particuliè- rement, de ce que la Prophétie touchant les Etrangers , avoit été accomplie fous fon Régné , après les promets faites de- puis tant de fiecles à fes predecefleurs * St cette creance , vaine St méprifable en fon origine St en toutes fes circonftances, ne laiiïa pas d’ctre d’une extrême confequence en cette occalion, afin d’ouvrir aux Efpagnols le chemin de s introduire en ce grand Empire. Ainfi ce qui brille le plus à nos yeux dans la con- duite de la vie , eft fouvent comme enchaîné à des principes fi foibles St fi légers , qu’il paroît ridicule à ceux qui les fçavent pénétrer. forC adroitement le difcours fur la Religion, lorfqu’entte les autres éclaircilTemens qu’il donnoit à l'Em- pereur, des Loix 8c des Coutumes de fa Nation, il parla de celles qui obligent tous les Chrétiens en general ; afin que les DU MEXIQUE. LIVRE ni. 269 vices & les abominations de lès Idoles , luy paru fient plus hor- ribles par cette oppofition. Il prit cette occafion de fe récrier contre les facrifices du fang humain , êc contre cette brutale coutume, dont la nature même avoit horreur, de manger les hommes qu'ils facrifioient: beftiaiité introduire en cette Cour, avec d’autant plus de fureur , que le nombre des facrifices étoir plus grand, & par la mêmeraifon, celuy de ces infâmes repas plus condamnable. Cette audience ne fut pas entièrement inutile , puifque Mo. tezuma, touché en quelque maniéré par la force de la raifon, bannit de deflus fa table les plats de chair humaine j mais il n'ofa défendre abfolument cette viande à Tes Sujets, & il ne fe rendit point fur l’article des facrifices : au contraire, il foûtint que ce n’étoit pas une cruauté, d’ofFrir à fes Dieux des prifon- niers de guerre , qui étoient déjà condamnez à la mort, ne trouvant point de raifon qui pût luy perfuader, que fous le nom de prochains, on comprenoit jufqu’à fes ennemis. Ce Prince donna fort peu d’efperance de fe rendre à la con- noiffànce de la vérité, quoyque Cortez & le Pere Oimedo euf- fent efiaïé , en plufieurs conventions , de luy enfeigncr le che- min qui y conduit. Il avoit afiez de lumières pour reconnoî- tre quelques avantages de la Religion Catholique , &. pour ne prétendre pas foûtenir indifféremment tous les abus de la fien- ne : mais la crainte le retenoit toûjours dans cette faufil idée,, que fes Dieux étoient bons en fon Païs , comme celuy des Chrétiens l’étoit aux lieux où il regnoit 3 &: il fe faifoic quel, ques violences pour cacher fon chagrin , Jorfqu’il fe fentoit prefie par la force des argumens qu’on luy propofoir. Ainfi il fouffroit beaucoup dans les conférences qu’on avoit avec luy fur ce fujet, parce qu’il vouloir fe rendre complaTant aux Efpagnols , d’une maniéré qui teooit de la b a (Fc fie 3 & d’autre part, il fe fentoit gêné par l’affe&ation hipocrite de cette faufle pieté qui luy avoit acquis la Couronne , & qu’il croïoit devoir la maintenir. Ceft ce qui l’ôbligeoit à craindre de per- dre l’eftime de fes Sujets , s’ils le voïoienc moins appliqué au culte deYes Dieux : miferable politique , & propre aux Tyrans, d’être fuperbes en leurs commandemens , êi lâches dans leurs reflexions. Cette reflftance ne fe faifoit pas fans oflentation *en forte qu’un Ll iij >r 270 HISTOIRE DE LA CÔNQJJESTE des premiers jours, comme ce Prince faifoit voir au General 6c au Pere , accompagnez de quelques Capitaines , 6c de plu- fieurs Soldats Efpagnols, la grandeur 6c la magnificence de fa Cour, il voulut, par un fentiment de vanité, leur montrer le plus grand de fesTempIes. Il leur ordonna de s’arrêter un peu à rentrée 5 6c il s’avança , afin de confulter avec fès Sacrifica- teurs, s’il étoit permis de faire paroître en la prefence de leurs Dieux , des gens qui ne les adoroient pas. Ils conclurent qu’on pouvoit les admettre, pourvu, qu’ils ne fifïent point d’info- lence : 6c auffi-tôt, deux ou trois des plus anciens Sacrifica- teurs fortirent , 6c apportèrent la permiffion d’entrer, 6c la prière qu’on leur faifoit. Toutes les portes de ce vafle 6c fu- perbe édifice s’ouvrirent en même-tems * 6c Motezuma prit le foin d*expliquer aux Efpagnols , ce qu’il y avoit de mifte- rieux. Il luy montra les lieux deftinez au fervice du Temple, l’ufage des vaifléaux 6c des autres inftrumens , 6c ce que cha- que Idole reprefentoit : ce qu’il fit avec tant de refpe& 6c de ceremonies, que les Efpagnols ne purent s’empêcher d’en rire, dont il ne fit pas femblant de s’appercevoir 5 mais feulement il fe tourna vers eux, comme pour retenir leur emportement par fa vue, Cortez fe laihant tranfporter au zele qui brilloitdans fon cœur, luy dit alors: Permettez-moi , Seigneur , de planter U Croix dfe Jesus-Christ, devant ces images du Viable $ & vous verrez, fi elles font dignes d’adoration, ou de mépris. La fu- reur des Sacrificateurs prit feu à cette proportion j 6c Motezu- ma en fut interdit 6c mortifié , n’aïant ni la patience de lafouf- frir , ni le courage de s’en ofFenfèr : fur quoy il prit un parti en- tre fon premier refTentiment , 6c fon zele hipocrite^ 6c afin de fatisfaire 6c à l'un, 6c à l’autre: V ous-panriez, dît- il aux Efpa- gnols, accorder à ce lieu l'attention que vous êtes obligefid' avoir pour ma perfinne. A ces mots il fortit du Temple, afin qu’ils le fuiviflent j 6c il s'arrêta fous le portique, où il ajouta, avec moins d’émotion : Mes amis , vous n’aveg^maintenant qu a retour- ner en votre quartier j car je veux demeurer ici , afin de demander pardon à mes Vieux , de l'exce^de ma patience : Sailjie remar- quable , caufée par l’embarras où il fe trouvoit , 6c expri- mée en des termes qui faifoient connoître fà refolution, 6c ce qu’il luy coûtoit à demeurer dans les bornes de la modé- ration. DU MEXIQUE. LIVRE ///. 2?l Apres cette expérience , fuîvie de quelques autres, Cortez refolut, fuivant l'avis du Pere Olmedo & du Licentié Diaz, que l’on ne parleroic plus de Religion, jufqu’à un tems plus propre j parce que cela ne fervoit qu’à irriter &; à endurcir l’efprit de Motezuma. Cependant il obtint de cet Empereur, la liberté de rendre à Dieu un culte public 5 &: Motezuma me! me envoïa les Intendans de Tes bâtimens , afin qu’on bâtît un Temple â Tes dépens, ainfî que le General le fouhaitoit : tant il avoit de paffion qu’on le laifTât en repos , fur le fujet de fes erreurs. D’abord on nettoïa un des principaux Talons du Pa- lais , qui fervoit de logement aux Efpagnols : & après l’avoir reblanchi par tout , on y éleva un Autel, où l’on mit un ta- bleau de la très, fainte Vierge, fur des gradins magnifiquement ornez. On dreiïa une grande Croix devant la porte du fàion, qui devint ainfî une Chapelle fort propre , où on difoit tous les jours la MefTe, on faifoit la priere du Rofaire, & plufieurs autres exercices de pieté & de dévotion. Motezuma y affiftoit quelque-fois, accompagné de fes Princes Sc de fes Minières, qui loüoient extrêmement la douceur de nôtre facrifice, fans reconnoître l’inhumanité & l’abomination des leurs : aveugles fuperfbtieux, à qui leurs tenebres étoient palpables , & qui fe défendoient par la coutume, contre la raifon. Mais avant que de rapporter ce qui arriva aux Efpagnols en cette Ville , il eft à propos de faire la deferiprion de fa grandeur, de la forme de fon Gouvernement &: de fa Police, & de donne/ enfin, toutes les connoiflànces neceffaires, à rintelligence ôc à l’idée de ces évenemens 3 puifqu’encore que ces peintures interrompent la narration , elles font neanmoins neceffaires à l’Hiftoire , pourvu qu’elles ne foient point hors du fujet, 8c qu’elles foient éxemtes des autres taches , qui font les vices de la digreffion. & * HISTOIRE DE LACONQUESTE i 7 i CHAPITRE XIII. Defcription de la Ville de Mexique y de fon air ] de fa fîtuation , du Marché de Thteluco , £sf du plus grand de fes Temples , dédié au Dieu de la Guerre . L A grande Ville de Mexique avoit été connue au commen- cement de fa fondation , fous le nom deTemcktithn, ou fous quelque autre approchant dè celuyJàj fur quoy les Au- teurs Ye fatiguent allez inutilement. Elle pouvoir alors con- tenir foixante mille familles, en deux quartiers feparez, dont l’un fe nommoit Thteluco , qui n’étoit rempli que de menu Peuple , bc l’autre Mexico , fejour de la Cour bc de toute la Nobieffe, bc dont par cette raifon la Ville entière avoit pris le nom. Elle étoit fituée au milieu d’une vafte plaine, couronnée de tous cotez par de très- hautes montagnes, dont les torrens bc les ruilTeaux alloient former divers étangs dans la vallée, bc au centre deux grands lacs, que la Nation Mexicaine oc- cupoit par plus de cinquante Villes on Bourgades. Cette pe- tite mer avoit trente lieues de circonférence $ & les deux lacs qui la compofoient, communiqu oient leurs eaux par une di- gue de pierre qui les leparoit , bc où on avoit pratique des ou- vertures, que l’on paffoit fur des ponts de bois. Chaque ouverture avoit des deux cotez , un portereau qui felevoit,afin dédonner de l’eau au lac inferieur, qui avoit Ibuvent befoin du fecours de l’autre. Le plus haut étoit d’une eau douce bc claire , où on trouvoit des poiffons de fort bon goût: l’autre avoit fes eaux épaifles bc falées , femblables à celles de la mer. Ce n’eft pas que les torrens dont elles étoient formées , euffent une qua- lité differente de ceux qui compofoient le lac fuperieur : la falûre ne venoit que de la nature de la terre qui renfermoit ces eaux , bc qui étoit groffiere bc nitreufe en cet endroit. Ce défaut même tournoit à un très- grand avantage, à caufe du fel Giœkitlciri^ OjrtLabiùr Aviron ,v ditLac deMexique rafeüa. /njtelciuyo J\ OJ 1 T Tejcatepec , :é- . r 4dL, Tùquïquiac ~ Capoilan, ueaejccaz mém CcrrrvjDoaUa . ; Texartep Julbang ■ 1 4 p/^ Ayatu^co DU M E X I QJJ E. LIVRE III. 273 fel que l’on faifoit par tout fur les bords de ce lac, où .ils 4 e laiffoient purifier au Soleil 3 5 c puis ils rafinoient par le feu 5 l’écume , 6c les fuperfluitez que le batement du flot avoic amafTées. C’étoit prefque au milieu de ce lac falé , que l’on avoit fon- dé la Ville de Mexique, donc lahauteureft à dix-neuf degrez treize minutes au Nord de la Ligne Equinoxiale , au- dedans de la Zone Torride , que les anciens Philofophes s’imaginoient être toute en feu, 6c inhabitable , par un raifonnement qui doit apprendre à nôtre expérience, le peu de fondement que l’on doit faire fur la fcience des hommes, en toutes ces con- noiflances qui ne s’aident point de la *voie des fens pour dé- tromper l’entendement. Elle joüiUbit d’une température d’air agréable 5c faine, où le froid Sc la chaleur fe faifoient fentir en leur faifon * mais l’un ÔC l’autre à un degré modéré : l’humidi- té, qui pou voit le plus attaquer la fanté , à caufe delà fituation du lieu , étoit corrigée par la faveur des vents, 6c par le bénéfice du Soleil. Cette grande Ville avoit des lieux très, agréables au milieu des eaux ,6e donnoit la main à la terre , par fes digues ou chauf- fées principales j fabrique fomptueufe, qui ne fervoitpas moins à l’ornement, qu’à la neceffité. La première, du côté du mi- di, avoit deux lieues de longueur . Scc’eftparoùIesEfpagnofs firent leur entrée. L’autre, du côté du Septentrion, n’étoit que d’une lieuë: 5c la troifiéme, un peu moindre, regardoit ? l’Occident. Les rues de la Ville , fort larges, paroifToient avoir été tirées au cordeau : les unes étoient d’eau , avec leurs ponts , pour la communication des Habitans îles autres de terre feule, avoient été faites à la main : enfin on en voïoit quelques-unes de terre & d’eau enfemble s la terre des deux cotez, pour le paflage des gens de pied 5 5c l’eau au milieu , pour l’ufagç des canots 5e des barques de diverfe fabrique , qui navigeoient par tout dans la Ville, ou qui fervoient au commerce, 5 e dont le nombre paroîtra *peut être incroyable , puifque les Mexicains aflùrent qu’il alloit à cinquante mille , fans compter les au- tres moindres embarcations , qu’ils appelaient A cale s , faites d’un feul tronc d’arbre , 2e capable de contenir un homme qui ramoit. Les édifices publics, 6c les maifons des Nobles, qui com- Mm i 7 4 HISTOIRE DE LA CONQUE STE pofoient la plus grande partie de la Ville , croient de pierre , 6c bien bâties j celles du Peuple baffes 6c inégales : mais les unes 6c les autres difpofces enforte , qu’elles laiffoient diffe- rentes places d’un terrein plain 6c uni , où ils tenoient leurs marchez, La place de Tlateluco ,, d’une étendue admirable , ctoit celle où l’on voïoit le plus grand concours de monde , à caufe de fès Foires , qui fè «tenoient à certains jours de l’année, où les Païfans 6c les Marchands de tout le Roïaume fe rendoient,avec ce qu’ils a voient de plus précieux, tant en fruits, ou produc- tions de la terre, qu’en manufa&ures. Ils accouroienten fi grand nombre , qu’encore que Herrera nous figure cette place une des plus grandes du Monde , elle ctoit neanmoins remplie de leurs tentes, toutes de rang, 6c fi preiïees , qu’à peine les acheteurs pouvoient ils trouver de la place entre deux rangs. Chacun connoiflbit fon pofts j 8c ils armoient leurs boutiques de cou- vertures garnies de gros coton , 8c à l’épreuve du Soleil 6c de la pluie. Nos Ecrivains s’attachent à conter l’ordre, la varié- té 6c la richeffe de ces Marchez. Il y avoit des rangs d’Orfe- vres, qui vendoient des joïaux 8c des chaînes d'un travail fin- gulier, des vafes, 6c diverfes figures d’animaux d’or, ou d’ar- gent, faits avec tant d’art, que quelques-uns de ces ouvrages ontépuifé toute l’habileté 6c toute la fpeculation de nos meil- leurs ouvriers , particulièrement de petites marmites, dont les ances étoient mobiles, quoy qu’elles enflent été fondues d’un même jet avec la marmite $ 6c d’autres pièces de ce genre , où l’on trouvoit des moulures ÔC du relief, fans qu’il y eût aucune trace ni apparence du marteau , ni du cifeau. On voïoit des rangs de Peintres , qui expofoienc des defTeins 6c des païfages d’un tres-bon goût, de cette ordonnance de plumes, qui don- noient le coloris 6c la vie à la figure : en forte qu’on a vû des ouvrages de cette efpece, où l’on ne fçavoit lequel admirer, de l’arc, ou de la patience du Peintre. Toutes les diverfes for- tes de toiles qui fe fabriquoient dans ce vafte Empire, fè ven- doient à ces Marchez : elles étoient faites de coton 6c de poil de lapin , filez enfemble par les femmes ennemies de l’oifîveté, 6c tres-adroites à cette forte de manufa&ure. On vendoit ail- leurs des buyes, des cuvettes, 6c d’autres ouvrages d'une figu- re exquife 6c d’une poterie très- fine,, differente en couleur, 6c DU MEXICO! LIVRE in. i 75 en odeur même, dont ils compofoient, avec une adreffe fur- prenante, toute forte de vaifTelIe neceflaire au fèrvice du mé- nage, &à l’ornement des chambres 5 l’ufàge n’étant point de- voir de forêt de l’argent en vaiflelle, hors le Palais de l’Em- pereur, où encore on ne s’en fervoit qu’aux jours des plus grandes Fêtes. On y trouvoit encore dans le même ordre, avec abondance, toute forte de fruits,de viande 6c de poifTons,6c enfin tout ce qui pouvoit contribuer au plaifir êc aux befoins de îa vie. L’achat 6c la vente fe faifoient par échange , chacun don- nant ce qu’il avoit de trop , pour ce qui luy manquoit. Le maiz 6c le cacao fervoient feulement de monnoie pour les cho- fes de moindre valeur. Ils ne fe regloient point par le poids, qu’ils ne connoiiïbient pas 5 mais ils avoient differentes me Cures, qui leur fervoient à diftinguer la quantité , outre l’ufage des chi- ffes 6c des nombres, par lefquels ils déterminoient le pri x de cha- que chofe, fuivant la taxe. Il y avoit une maifon où les Juges du Commerce tendent leur Tribunal, defliné à regler les differens entre les Negocians. D’autres Miniftres inferieurs alloient par les Marchez, main- tenir par leur autorité, l’égalité dans les traitez : ôc ils rappor- toient au premier Tribunal, les caufes où ils trouvoient que la fraude ou l’excez du prix meritoient quelque châtiment. Nos Efpagnols admirèrent avec juftice , la première fois , l’abon- dance , la diverfité , l’ordre 6c la Police de ces Marchez , où cette multitude prefque infinie de Peuple trafiquoit fi paifible- ment. C’étoit véritablement un fpe&acle merveilleux , qui re- prefentoit d’une feule vûë, la grandeur 6c le Gouvernement de cet Empire. Les Temples , s’il eft permis de leur donner ce nom , s’éîe- voient magnifiquement au-deflus de tous les autres édifices. Le plus grand , lieu de la refidence du Chef de ces infâmes Sa- crificateurs, étoit confacré à l’Idole Vi^lifu^ü , qui figni- fïoit en leur langue le Dieu de la guerre , & qui palToit pour le Souverain de tous leurs Dieux. On peut juger, par cet at- tribut de Souveraineté , combien cette Nation eftimoit l’art mi- litaire. Les Soldats Efpagnols appelaient cette Idole Hucbikbos , par corrruption dé nom &. de prononciation 3 6c c’eft ainfi que Bernard Diaz l’a nommée, parce qu’il trouvoit la même diffi- culté à écrire fon vrai nom. Nos Auteurs font fort oppofez les Mm ij 276 HISTOIRE DE LA CON QÜESTE uns aux autres, fur la defcription de c“ fuperbe bâtiment. Herrera s’eft entièrement attaché à celle de Gomara : ceux qui l’ont vû depuis, avoient d’autres chofesen tête j 6c les Auteurs modernes en ont formé des defTeins fuivant leur imagination. Nous fuivons le Perejofeph d’Acofta, de d’autres plus éxa&s de mieux informez. On entroit d’abord dans une grande place quarrée, 5 c fer- mée d’une muraille de pierre , où. plufieurs couleuvres de relief, entrelaffées de diverfes maniérés au dehors de la muraille , im- primoient de l’horreur, principalement à la vue du frontifpi- ce de la première porte , qui en étoit chargé , non fans quel- que fignification mifterieufe. Avant que d’arriver à cette porte, on rencontroit une efpece de Chapelle, qui n’étoit pas moins affreufe : elle étoit de pierre , élevée de trente degrez, avec une terraffe en haut., où on avoit planté fur un même rang, de d’efpace enefpace, plufieurs troncs de grands arbres taillez é- galement , qui foûtenoient des perches qui paffoient d’un ar- bre à l’autre. Ils avoient enfilé par les tempes, à chacune de ces perches , quelques crânes des malheureux qui avoient été immolez , dont le nombre , qu’on ne peut rapporter fans hor- reur , étoit toujours égal ; parce que les Minières du Temple avoient foin de remplacer celles qui tomboient par l’injure du tems : déplorable trophée , où l’ennemi du genre humain étaloit les marques de fa rage , que ces Barbares confervoient fans aucun remords de la nature , où la cruauté prenoit le. mafque de la Religion, de où la mort, accompagnée de tout ce qu’elle a de terrible, devenoit familière aux yeux par l’ha- bitude. Les quatre cotez de la place avoient chacun une porte qui fe répondoient, de étoient ouvertes fur les quatre principaux vents. Chaque porte avoit fur fon portail quatre fiatuës de pierre , qui fembloient par leurs gefles montrer le chemin , comme fi elles euffent voulu renvoïer ceux qui n’étoient pas bien difpofez : elles tenoient le rang de Dieux Liminaires, ou Portiers, parce qu’on leur donnoit quelques reverencesen en- trant. Les logemens des Sacrificateurs 6c des Mimflres étoient appliquez à la partie intérieure de la muraille de la place, avec quelques boutiques qui en occupoient tout le circuit, fans re- trancher que fort peu de chofe de fa capacité, fi vafte, que huit DU MEXIQUE. LIVRE ni. i 77 à dix mille perfonnes y danfoient commodément, aux jours de leurs Fêtes les plus folemnelles. Au centre de cette place s’élevoit une grande machine de pierre , qui par un tems ferein , fe découvroit au-deflus des plus hautes tours de la Ville. Elle alloit toujours en dimi- nuant, jufqu’à former une demi-piramide , dont trois des co- tez étoient en glacis , 6c le quatrième foutenoit un efcalier : édifice fomptueux , 6c qui avoit toutes les proportions de la bonne architecture. Sa hauteur étoit de fix-vingts degrez, 6c faconftru&ion fi folide, qu’elle fe terminoit en une place de quarante pieds en quarré, dont le plancher étoit couvert fort proprement de divers carreaux de jafpe de toute forte de cou- leurs. Les piliers ou appuis d’une maniéré de baluftrade qui re- gnoit autour de cette place , étoient tournez en coquille de li- maçon , 6c revêtus par les deux faces , de pierres noires fembla- bles au jeais , appliquées avec foin, 6c jointes par le moïen d’un bitume rouge 6c blanc $ ce qui donnoit beaucoup d’agrément à tout cet édifice. Aux deux cotez de la baluftrade , à l’endroit où l'efcalier finilToit, deux ftatuës de marbre foutenoient , d’une maniéré qui exprimoit fort bien leur travail , deux grands chande- liers d’une façon extraordinaire. Plus avant, une pierre ver- te s’élevoit de cinq pieds de haut, taillée en dos d’âne, où l’on érendoit fur le dos le miferable qui devoit fervir de vi&i- me, afin de luy fendre l’eftomac, 6c d’en tirer le cœur. Au- deftus de cette pierre, en face de l’efcalier, on trouvoit une Chapelle, dont la ftru&ure étoit folide 6c bien entendue, couverte d’un toit de bois rare 6c précieux, fous lequel iis avoient placé leur Idole , fur un Autel fort élevé , entouré de rideaux. Elle étoit de figure humaine, affife fur un trône foûtenu par un globe d’azur , qu’ils appelaient le Ciel. Il fortoit des deux cotez de ce globe, quatre bâtons, dont le bout étoit taille en tete de ferpent , que les Sacrificateurs portoient fur leurs épaules , lorfqu’ils produifoient leur Idole en public. Elle avoit fur la tête un cafque de plumes de diver- fes couleurs , en figure d’oifèau , avec le bec 6c la crête d’or bruni. Son vifâge étoit affreux 6c fevere , 6c encore plus enlai- di par deux raies bleues qu’elle avoit , l’une fur le front 6c 1 autre fur le nez, Sa main droite s’appuïoit fur une couku- ' M m fij 1?8 histoire de la conqueste vre ondoïante , qui Iuy fervoit de bâton : la gauche portoit qua- tre fléchés, qu’ils reveroient comme unprefentduCiel, &un bouclier couvert de cinq plumes blanches mifes en croix. Tous ces ornemens , ces marques 8c ces couleuvres, avoient leur li- gnification mifterieufe: fur quoy ces miferables debitoient mille rêveries , avec des reflexions dignes de pitié. Une autre Chapelle à gauche de la première , & de la même fabrique 5 c grandeur , enfermoit l’Idole appellée Tlaloch , qui reflembloit parfaitement a celle qu on vient de décrire : aufli tenoient-ils ces Dieux pour freres, & fi bons amis, qu’ils par- rageoient entr’eux le pouvoir fouverain fur la guerre ; égaux en force , 8c uniformes en volonté. C’eft par cette raifon qu’ils ne leur offtoient à tous deux qu’une même vidime , que les prières étoient en commun , 8c qu’ils les remercioient egalement des bons fuccez ; tenant , pour ainfi dire , leur dévotion en equi^ libre. . n . ,, Le trefor de ces deux Chapelles étoit d’un prix ineftimable : les murailles Scies Autels étoient couverts dejoïaux 8c de pier- res precieufes , fur des plumes de couleurs. Il y avoit huit Temples dans la Ville, aufli riches , & bâtis à peu prés de la même maniéré. Les autres moindres alloient à deux mille, ou on adoroit autant d'idoles differentes en nombre , en figure, Sc en pouvoir. A peine y avoit-il une ruë qui n’eût Ion Dieu tutelaire : 8c il n’eft point de mal dont la nature fe fait paier un tribut par nôtre infirmité, qui n’eût ion Autel , oùilscou- roient pour y trouver le remede. Leur imagination bit ileee forgeoit des Dieux de fa propre crainte, fans confiJererquils affoibliifoient le pouvoir des uns , par celuy qu’ils attnbuoient aux autres : ainfi le Démon augmëntoit fon Empire a tous mo- mens, par une horrible tyrannie fur des créatures raifonnab les, dont il étoit en poiïeffion depuis tant de fiecles 5 fur quoy il faut admirer la profondeur des jugemens incomprehenfibles du Très- haut. DU MEXIQUE. LiriE II r. 1 -79 CHAPITRE XIV. Les differentes Maifons que Mote^uma avoit pour fort dwertiffement : Ses Cabinets d'armes, fes Jardins, Je s Parcs, & fes autres bâtiment conjîderables , au- dedans ft) au- dehors de la Ville. * O Utre le principal Palais où Motezumahabitoit, 6c celuy que les Efpagnols occupoient , cet Empereur avoit plu. fieurs Maifons deplaifir, qui contribuoient a l'ornement de la Cité , 6c à l’ollentation de là grandeur. Une de ces Maifons ou on voïoit de grands coridors fur des colomnes de jafpe é- toit le lieu qui renfermoit toutes lès efpeces d’oifeaux que’ la" Nouvelle Efpagne produit, 6c qui font eltimez = foit par la beauté de leur plumage, foit par celle de leur chant. Cette diverfite en faifoit voir de fort extraordinaires, 6c dont iufqu’a- lors on n’avoit eu aucune connoiflànce en Europe. Les marins le nourrifloient en un étang d’eau falée > 8c les oifeaux de ri. vicre en avoient un d'eau douce. On dit qu’il s’en trouvoit de cinq ou fix couleurs , qu’on plumoit en certaine faifon ans les faire mourir, afin de reïterer plus d’une fois le profit que leur martre nroit de leurs plumes : marchandée tres-precieufe entre les Mexicains, parce qu’ils l’emploïoient à leurs toiles a leurs peintures , 6c dans tous leurs ornemens. Le nombre de ces oifeaux croit fi grand, 8c on les confervoit avec tant de loin , qu’il occupoit plus de trois cens hommes , habiles en la connoifTance de leurs maladies, 8c obligez à leur four, mr la nourriture dont ils fe repailToient lorfqu’ils étoient en liberté. Près de cette Maifon , Motezuma en avoit une autre plus grande, avec divers appartenons capables de loK|JÔ Dü M E X I QJJ E. LIVRE III. i 9 , l’antiquité a tant célébrées , fous divers noms. Entin tout fo mêloit en cadence, avec des cris de joie, jufqu’à ce que les fantez qu’ils le portoient l’un à l’autre ( car ils fe faifoient un honneur de bien boire à cette fête ) eufTent introduit la con- fuflon ordinaire entre les yvrognes ^ ce qui faifoit cefler la danfe, ou la convertilToit en une réjoüiffanceplus foie, & fore déréglée. D’autres- fois le Peuple s’aflembloit dans les places publi- ques, ou fur les degrez des Temples , où l’on produifoit di- vers fpe&acles ou jeux. Cetoit des défis pour tirer au blanc* ou faire d’autres preuves d’une adrefTe furprenante, avec l’arc 6c la fléché. Ils couroient auffi , ou liiitoient l’un contre l’au- tre, fous de certaines conditions • êc le vainqueur recevoir un prix aux dépens du public. Ils avoient des hommes qui dan- îoient fur la corde fans contrepoids, avec beaucoup d’agili- té 5 6c d’autres qui fautoient &, le rerournoient plufieurs fois fur les épaules de ces premiers. Un de leurs jeux étoit celuy de la pelotte : cetoit comme une greffe balle faite d’une efpece de gomme, qui fans être ni dure, ni ca flan te, bon- difïoit comme un baîon. Iis s’aflembloient un certain nom- bre , dont ils faifoient deux partis j 6c la balle étoit quel- que fois long tems en l'air, juiqu’à ce qu’un des deux partis l’eue pouflée à un certain but , 6c gagné le jeu. Cette victoi- re fe difputoit avec tant de folemnité , que les Prêtres y affifi. toient , par une fuperftition ridiculle , avec leur Dieu de la Balle 5 6c apres l’avoir placé à fon aife , ils conjuroient le tri- pot, par de certaines ceremonies, afin de corriger leshazards du jeu , fuivant leur foie imagination , ÔC de rendre la fortune égale entre les joüeurs. Il fe pafloit peu de jours où la Ville n’eût quelque divertif- fement de cette nature j 6c Motezuma fe plafloit à tenir l’efprit du Peuple égaie par ces regales. Ce n’eft pas qu’ils con- vinfTent à fon cara&ere , ni qu’il ignorât les defordres qu’il faut pardonner, ou difîimuler , en ces mouvemens d’une mul- titude agitée j mais il jugeoit d’ailleurs , qu'il étoit neccflaire de divertir ces efprits inquiets, dont la fidelité luy étoit toû- jours fufpe&e : miferable capitulation d’un Tyran avec fes Sujets, à qui il Iaifle des amorces qui les portent au vice , a- fin d’étoufer les reflexions qu’ils pourroient faire fur leur 29 2 HISTOIRE DE LA CONQUESTE mifere 3 6c maudite fervitude de la tyrannie, d'avoir un infâ- me recours à des defordres , pour introduire l’efclavage fous un mafque de liberté. CHAPITRE XVI. Les grandes richejjes de Motezuma. La maniéré dont on gouvernait fies finances y & dont on rendoit la Juftice $ £ 2 ? d'autres particularité g. du Gouvernement civil fg) militaire des Mexicains . L Es richefles de l'Empereur étoient fi grandes , qu’eEes ne fuffifoient pas feulement d foûcepir la dépenfe & les dé- lices de fa Cour 3 mais encore d entretenir fur pied deux ou trois armées en campagne, afin de dompter les rebelles, ou couvrir fes frontières, outre un fond confiderable qu’il mettoit en refer ve dans fon épargne. Les mines d’or 6c d’argent ap. portoient un grand profit à la Couronne. Les faiines, 6c les autres droits établis de toute ancienneté , n’en produiraient pas moins 3 mais le capital de fes revenus venoir des contri- butions de fes Sujets, que Motezuma avoit pou fiées jufqu’à des fouîmes exceffives. Tous les hommes de travail de ce grand Empire païoient le tiers du revenu des terres qu’ils fai- foient valoir : les ouvriers en rendoient autant du prix de leurs manufa&ures : les pauvres apportoient à «a Cour, fans aucun falaire , tout ce que les autres dévoient contribuer , ou ils re- connoiflbient leur dépendance , par quelque autre fervice per- fonnel. Il y avoit divers Tribunaux répandus par tout l'Empire, qui avec le fecours des jurifdidions ordinaires , rccueilloient les impôts, 6c les envoïoient à la Cour, Ces Miniftres dé- pendoient du Tribunal de l’Epargne, qui rcfidoit en la Ville capitale: 6c iis étoient obligez de rendre un compte éxad du revenu des Provinces dont ils avoienc l’Intendance Leurs fraudes 6c leurs négligences étoient également châtiées 3 6c il y alioit de la vie : ce qui faifoic naître les violences dont DU MEXIQJJE. LIVRE III. 295 ils ufoient à exiger les droits , puifque la mifericorde n’étoit pas un moindre crime que le larcin , en la perforine du Mi- niftre. Les plaintes des Peuples étoient grandes, & Motezuma ne les ignoroit pas : mais il mettoit i’oppreffion de fes Sujets en- tre les plus fines maximes de la politique , difant qu’il connoif- foit leurs méchantes inclinations, Sc qu’ils avoient befoin de cette charge afin d’établir leur repos, puifqu’il n’en pourroit cfperer d’obeïflance , s’il les laifToit enrichir 5 tres-habile à in- venter des prétextes ôc des couleurs qui euffent quelque ap- parence de raifon. Les Places voifînes de la Ville capitale fournifToient du monde pour travailler aux ouvrages de l’Empereur. Elles envoïoient du bois à l'on Palais , ou elles contribuoient quelque autre chofe aux dépens de leurs Corn- menautez. Le tribut des Nobles étoit , d’aflifter à la garde de la per- fonne du Prince , ou de fervir dans fes armées , avec un cer- tain nombre de leurs Vaflàux. Ils luy faifoient, outre cela, de continuels prefèns, qu’il recevoir comme des dons, fans oublier de leur faire fentir qu’ils y étoient obligez. Il avoir plufieurs Treforiers difFerens, fuivant les diverfes efpeces des choies qui entroient en fon Empire : & Je premier Tribunal délivroit tout ce qui étoit neceÔàire à la dépenfe de la Mai- fon de l’Empereur, & à la fubfiftance des armées. Les mê- mes Mimflres avoient foin de mettre à part ce qui reftoit, a- fin de le porter au trefor Roïal : ils le reduifoient en efpeces , qui puffent être confervées long-tems , particulièrement en pièces d’or, dont ils connoiffoient êc eftimoient la valeur, fans que l’abondance fît rabatre rien de fon prix : au contrai- re, les grands Seigneurs le recherchoient & le gardoient avec foin 5 foit qu’ils fuffent charmez par la noblefTe & la beauté de ce métail * foit que fa deftinée le porte à être plutôt la vi&ime de l’avarice des hommes , que le fecours de leurs befoins. La maniéré dont les Mexicains fe gouvernoient étoit con- fiderable, par le jufte rapport que toutes les parties du Gou- vernement avoient les unes aux autres. Outre le Confeil des Finances, qui s’appliquoit , ainfi qu’on l’a dit, à la difpenfa- tion des revenus de la Couronne & du Domaine de l’Empe- O o iij HISTOIRE DE LA CONQUE STE reur, il v avoir un Confeü de Juftice, où on relevoir les ap- pellations de tous les Tribunaux inferieurs j un Confeü de Guerre, donc les Officiers avoient foin de la levée 6c de la fu b fi fiance des troupes 3 6c un Confeü d’Etat, qui fe tenoit ordinairement en prefence du Prince , 6c où l’on déuberoit fur les affaires de la plus grande importance. Ils avoient encore leurs Juges de Commerce, outre plufieurs autres Miniftres , cbmme des Prevats de Cour, qui faifoienc la ronde par la Ville , 6c qui pourfuivoient les malfaiteurs. Ils avoient en main des bâtons qui marquoient leurs Charges, 6c ils étoient accompagnez de quelques Sergens. Leur Tribunal étoit en un endroit de la Ville, où ils s’affembloient pour juger les procez en première inllance. Tous les jugemens étoient fom- maires 6c fans écritures: le demandeur 6c le défendeur paroif- foient chacun avec Tes raifons Ôc fes témoins, 6c la contefla- tion étoit décidée fur le champ. On l’éxaminoit un peu plus long- teins , s'il y avoir lieu d’appel au Tribunal fuperieur. Ils n’avoient point de Loix écrites, mais iis fe gouvernoienc félon l’ufage établi par leurs ancêtres j la coutume leur tenant lieu de Loi, îorfque la volonté du Prince n’alteroit point la cou. tume. Tous ces Confeils étoient compofez de perfonnes d’une expérience confommée dans les Charges de la guerre 6c de la paix : mais il n’y avoir que les Ele&eurs dè l’Empire qui euf- fent feance au Confeil d’Etat. Les plus anciens Princes du fang Roïal montoient fucceffivement à cette dignité d Elec- teur : 6c quand il fe prefentoit quelque matière de grande con- fideration, on appelloit au Confeil les Rois de Tezeuco 6c de Tacuba, qui étoient les principaux Elefteurs , par une an- cienne prérogative , qui leur venoit par droit de fucceffion. Les quatre premiers Confeillers étoient logez 6c nourris dans le Palais , afin d’être toujours auprès de la perfonne du Roi, 6c de luy donner leurs avis fur les affaires, qu il ne prenoit le plus fouvent, que pour autorifer fes Decrets dans l’efprit du Peuple, Ils apportoient une égale attention , à récompenfer le mé- rité, 6c à punir les crimes. Les capitaux étoient, l’homici- de /le vol, l’adultere, 6c les moindres irreverences contre U perfonne du Prince , ou contre la Religion. Les autres fau- tes fe pardonnoient aifçmçnt, parce que la Religion meme DU M E X I Q_U E. LIVRE IIL 195 defarmoit lajuflice,en permettant les vices. On punifToit auffi de mort, le défaut d'intégrité dans les Minières 3 6c il n'y avoit point de péché veniel pour ceux qui éxerçoient des Offices publics. Motezuma avoit renouvelle cette coutume à toute rigueur : il faifoit des diligences fecjetes 6c exquifes , pour être informé de leur conduite, jufqu’à tenter leur defin- tereffiement par des régalés confiderables, qui leur étoient pre- fentez de la main de quelques perfonnes de confiance, dont ils ne fe défioient pas. Celuy qui faifoit un faux pas fur ce fujet, étoit puni de mort, fans remiffion 3 feverité qui meri- toit d’être éxercée par un Prince moins barbare , êc dans un Etat mieux poli : auffi doit- on convenir que les Mexicains a- voient quelques vertus morales, particulièrement celle de con. fer ver une éxa&e droiture en l’adminiftration de cette Juftice, dont ils avoient quelque notion , 6c qui fuffifoit à reparer les injures, 6c à maintenir lafocieté avec les Ciroïens 3 puifqu’on void qu’entre les abus de leurs coutumes beftiales, ils ne laif. foient pas de conferver quelque lumière de cette première é- quité que la nature a donnée aux hommes , lorfqu’ils n’a- voient point encore de Loi, parce qu’on ne connoiffoit point de crimes. Un des foins de leur Police qu’on ne peut trop eftimer, eft celuy qu’ils donnoient à l’éducation des enfans , 6c l’indu ilrie avec laquelle ils formoient leurs inclinations , après les avoir examinées. Ils avoient des Ecoles publiques, où on enfeignoit aux enfans du Peuple ce qu’ils dévoient fçavoir 3 6c d’autres Colleges ou Séminaires bien plus confïderez , où on éievoit les enfans des Nobles, depuis leur plus tendre jeunefle, juf- qu’à ce qu’ils fuffent capables de faire leur fortune, ou de fui- vre leur inclination. On trouvoit dans ces Colleges , des Maî- tres pour les exercices de l’enfance , d’autres pour ceux de l’a- dolefcence , & d’autres, enfin , pour la jeunefle. Les Maîtres avoient l’autorité 6c la confideration de Minières du Prince 3 6c c’étoit avec juftice, puifqu’ils enfeignoient les fondemens de ces exercices cjiii dévoient un jour tourner à l’avantage de la République. On commençait par apprendre aux enfans à déchiirer les caractères 6c les figures dont ils compofoient leun Ecrits 3 6t. on exerçait leur mémoire, en luy faifant re- tenir toutes les chanfons hiftoriques , qui contenoient les gran- i 9 6 histoire de la conqueste des avions de leurs ancêtres, êc les loüanges de leurs Dieux. Ils paffoient de là, à une autre dafTe, où on leur enfeignoit la modeftie, la civilité, êc félon quelques Auteurs, jufqu’à une maniéré réglée de marcher êc d’agir. Les Maîtres de cette dafTe étoient plus qualifiez que les premiers , parce que leur emploi s’appliquoit aux inclinations d’un âge qui fouftre qu’on corrige fes défauts , êc qu’on émouffè fes pallions. En même-tems que leur efprit s’éclairoit dans cette épreuve d’o- bcïflance, leur corps fe fortifioitj êc ils palToient à la troifié- me claffe , où ils fe rendoient adroits aux exercices les plus violens : c’eft où ils éprouvoient leurs forces à lever des far- deaux , êc à luiter • où ils fe faifoient des défis au faut, ou a la courfe -, êc où ils apprenoient à manier les armes , à efcri- mer de l’épée ou de la mafTuë , à lancer le dard , êc à tirer de l’arc avec force êc jufteffe. On leur faifoic fouffrir la faim êc la foif. Ils avoient des tems deftinez à refifter aux injures de l’air êc des faifons , jufqu’à ce qu’ils retournafTent habiles êc endurcis , dans la maifon de leurs peres • afin d’être appliquez, fuivant la connoifTance que leurs Maîtres donnoient de leurs inclinations, aux emplois de la paix, ou de la guerre, ou de la Religion. La NobleflTe a voit le choix de l’une de ces trois profeflions , également confiderées , quoyque la guerre l’em- portât, parce qu’on y élevoit davantage fa fortune. Il y avoit aufli d’autres Colleges de Matrones dévouées au fervice des Temples, où on élevoit les filles de qualité. On les mettoit dés leur tendre jeune fie , entre les mains de ces Matrones, qui les tenoient fous une étroite clôture, jufqu’à ce qu’elles en fortifient pour être établies, avec l’approbation de leurs parens, êc la permifïion de l'Empereur } étant tres- adroites à tous les ouvrages qui donnent de la réputation aux femmes. Les enfans des Nobles qu’on reconnoifToit portez d’inclina- tion à la guerre , au fortir des Séminaires > pafloient par la ri- gueur d’un autre examen fort remarquable. Leurs peres les envoïoient à l’armée, afin qu’ils apprirent ce qu’ils avoient à fouffrir en campagne, êc qu’ils connu dent à l’épreuve , à quoy ils s’engageoient , avant que de prendre le rang de Soldat. Ils n’avoient point alors d'autre emploi que celuy de lamene, ou de porte-faix 3 portant leur bagage fur l’épaule entre les autres, DU MEXIQUE, LIVRE III. 297 autres , afin de mortifier leur orgueil, éc de les accoutumer à la facigue. Celuy d’entre ces apprentis qui changeoit de couleur à la vue de l’ennemi , ou qui ne fie fignaloit pas par quelque ac- tion de valeur, netoit point reçu dans les troupes: c'eflpour- quoy ils tiroient des fervices confiderables de ces novices du- rant le tems de leur épreuve 5 parce que chacun cherchoit à fe diftinguer par quelque exploit , en fie jettant tête baif. fée dans les plus grands périls ; étant perfuadez que pour fe mettre au rang des braves, il faut établir fa réputation, en fiu crifiant quelque chofe à la témérité. Les Mexicains ne connoifloient point de pins grand bon- heur, que celuy qui confiftoit à acquérir de l’eftime dans les occafiohs de la guerre 5 puifque les Princes confideroient cette profeflion comme le principal appui de leur Couronne, les Sujets comme une vertu affe&ée à leur Nation. C’eft par la voie des armes que les gens du Peuple s’élevoient au rang des Nobles, & ceux-ci aux plus hautes dignitez de l’Etat. Ainfi ils s’animoient tous à fervir j au moins ceux qui fe fentoient de l’ambition êc du courage pour fe pouffer au-ddTus des au- tres , afpiroient tous à acquérir les vertus militaires. Il y a voit un tems déterminé pour le fervice, par lequel on obtenoit le. titre de Soldat, avec des privilèges qui le diftinguoient. Leurs armées s’affembloient fans peine , parce que les Princes de l’Empire êc les Caciques des Provinces étoient obligez de fe trouver au rendez-vous , avec les troupes qu’on leur or do ru noit d’amener. On remarque avec admiration , entre les gran - deurs de cet Empire, que Motezuma avoir trente Vaffaux h puiiïans , que chacun d’eux étoit capable de mettre en campa- gne jufques à cent mille hommes en armes. Ils comman- doient leurs troupes dans i’occafion , fous l’autorité du Capi- taine General , à qui ils obeïffoient , comme à celuy qui re- prefentoit la perfonne de l’Empereur quand il n’étoit pas à l’armée, ce qui arrivoit tres-rarement b parce cjue ces Princes croïoient que leur autorité foufFroit quelque diminution , lorfi* qu’ils s’éloignoient du Commandement de leurs armées , regar- dant comme un monftre en politique, de commettre fes pro- pres forces au bras d'autrui. Leur maniéré de combatre étoit la même que celle que nous pp a 9 S HISTOIRE DE LA CONQÜESTE avons décrite au combat de Tabafco , hors que les troupes Mexicaines gardoient plus d’ordre 6c de difcipiine * que le fer. vice y étoit plus éxaéfc , ôc les Soldats plus obeïflans • enfin , qu’il y avoir plus de NoblefTe, 6c bien d’autres récompenfes à efperer. Ils lançoient d’abord leurs dards , 6c leurs javelots, afin d’en venir aux mains à coups d’épées 6c de mafluëj 6c fouvent ils Te jettoient à corps perdu fur l’ennemi , parce qu’en- tre ces Peuples c’étoit une plus grande a&ion de valeur , de faire des pnfonniers , que de tuer leurs ennemis , le plus brave étant celuy qui amenoit le plus de vi&imes pour les facrifices. Les Charges de la guerre étoient fort eftimées , 6c les Offi- ciers fort refpe&ez. Motezuma ne manquoit pas de récom- penfer libéralement ceux qui fe diffcinguoient dans les occaJ fions. Ce Prince avoit tant d’inclination aux armes ,’ 6c tant d’ardeur à maintenir la réputation de fes troupes , qu’il avoit inventé des prix d’honneur pour les Nobles qui fervoient à la guerre : c’étoit comme une # efpece d’Ordres militaires , avec des habits particuliers, 6c des marques d’honneur 6c de dif- tindion. 11 y avoit des Chevaliers de l’Aigle, d’autres du Ti- gre , 6c d’autres du Lion , qui portoient la figure de ces ani- maux, comme un cofier de l’Ordre pendu au col , ou peint • fur leurs mantes. Il fonda un Ordre fuperieur, où on ne re- cevoir que les Princes, ou les Nobles qui étoient du fang Roïal : 8c il s’y enrôla luy-même , afin de donner plus de con- fideration à cet habit. Les Chevaliers avoient une partie de leurs cheveux attachez par un ruban ronge ,-êc de gros cor- dons de même couleur qui fortoient d’entre les plumes qui ornoient leur tête , 6c qui pendoient fur leurs épaules, plus ou moins , fuivant le mérité des exploits du Chevalier , que l’on diftinguoit par le nombre de fes cordons 5 6c on I’aug- mentoit avec de grandes ceremonies , à mefure que le bra- ve fe fignaloit par de nouvelles aétions : ainfi il y avoit tou- jours lieu de fe faire un nouveau mérité dans cette dignité. On ne peut^’empêcher ici , de loüeren ces Peuples l’ardeur genereufe avec laquelle ils afpiroient à ces récompenfes hono- rables, 6c en Motezuma l’adrcfie de les avoir inventées j puif- qu’encore que ce foit la monnoie la plus aifée à batre 6c à dé- biter, c’eft neanmoins celle qui tient le premier rang dans les trefors des Princes. DU M E X I QJU E. LIVRE III . 299 CHAPITRE XVII. Le ftile dont les Mexicains fe féru oient pour mefurer fç) compter leurs années & les mots : Leurs Vêtes , leurs Mariages , & leurs autres coutumes dignes d'être remarquées . L Es Mexicains avoient une metode tres-confiderable en la difpofition de leur Calendrier : ils leregioient fur le mou- vement du Soleil, dont ils fçavoient prendre la hauteur 6c la declinaifon, qui leur donnoientles différences du tems 6 c des faifons. Leur année, ainfi que la nôtre, étoit de trois cens foixante.cinq jours 5 mais ils la divifoient en dix-huit mois de vingt jours chacun, ce qui faifoit le nombre de trois cens foixante jours : les cinq qui reftoient étoient comme interca- laires j on les ajoûtoit à la fin de l’année, afin qu’elle* égalât le cours du Soleil. Durant ces cinq jours, qu’ils croïoient que leurs ancêtres avoient laiffez exprès , comme vuides 5c hors de compte , ils s’abandonnoient aux plaifirs de l’oifiveté , 6 c ne fongeoient qu’à perdre le plus agréablement qu’ils pou- voient ces reftes de tems. Les Ouvriers ceffoient leur travail, on fermoit les boutiques , on ne plaidoit point aux Tribunaux, 6 c on ne fàcrifioit point dans les Temples. Us fe vifitoient les uns les autres, 6 c ils fe donnoient toute forte de divertiffe- mens ■ afin , difoient-ils , de fe dédommager par avance des chagrins 6 c des miferes de l’année où ils alloient entrer. Elle commençoit au premier jour du printems j 6 c elle ne differoit de nôtre année folaire , que de trois jours, qu’ils ôtoient de nôtre mois de Février. Iis avoient aulfi leurs femaines, de treize jours chacune * avec des noms differens , qu’ils marquoient fur leur Calendrier, par diverfes figures. Leurs fiecles étoient de quatre femaines d’années , dont la metode 6 c la diltribution étoit faite avec beaucoup d’art , 6 c fe confervoit foigneufement j afin d’appren- dre à la pofterîté , ce qui s’étoit paffé de plus confiderabie, PP ij 300 HISTOIRE DE LA CONQUESTE On traçoit un grand cercle , divifé en cinquante- deux de- grez , 6c on donnoit une année à chaque degré. Le Soleil é- dtoit reprefenté au centre du cercle, 6c il fortoit de Tes raïons quatre lignes differentes en couleur , qui partageoient égale- ment la circonférence du cercle : ainfi on contoit treize de- grez entre chaque demi - diamètre. Ces divifions fervoieni comme de fignes à leur Zodiaque, fur lequel ils calculoient les révolutions de leurs fiecles, 6c les afpe&s du Soleil, heu- reux ou malheureux, félon la couleur de la ligne fous laquel- le ils tomboient. Ce cercle étoit infcrit dans un autre bien plus grand , fur lequel ils marquoient avec leurs cara&eres , les évenemens les plus confiderables de chaque fiecle. Ces tables des fïecles étoient comme des monumens publics , qui fervoient de preuves à l’Hiftoire : 6c bon peut mettre entre les plus belles inftitutions de leur Gouvernement, celle d’a- voir des Hifloriens qui puffent conferver à la pofterité les grandes a&ions de leurs ancêtres. Cette fupputation des fïe- cles avoir encore un motif de fuperftition , parce qu’ils avoient appris que le Monde couroit rifque de périr, lorfque le Soleil achevoit à révolution au bout de ces quatre femaines de fïe- cles : ainfi quand le dernier jour des cinquante - deux années arrivoit, tout le 2 nonde fe preparoit à cette effroïabledifgrace. Ils fe difpofoient à la mort , fans être malades : ils caffoient toute leur vaifielle , comme un meuble qui ne devoit plusfer- vir, Ils éteignoient le feu: ils couroient durant toute la nuit, comme des gens qui ont perdu l’efprit j 6c perfonne n’ofoit fe repofer , jufqu’à ce qu’il eût fçû fij’on étoit tout à bon dans la région des tenebres. Ils commençaient à refpirer, loflque le crepufcuie paroiffoit à leurs yeux , tournez fans relâche du côté de l’Orient • 6c quand le Soleil fe montroit , il étoit falüé au fon de tous leurs infirumens, par des hymnes 6c des chan- fons qui exprimoient les tranfports de leur joie. Les Mexi- cains fe felicitoient alors les 'uns les autres, de ce que la du- rée du Monde étoit déjà affûrée pour un autre fiecle: 6c ils al- loient aux Temples, en rendre grâces aux Dieux , 6c prendre de la main des Sacrificateurs , du feu nouveau , qu’ils aliu- moient devant les Autels , par une violente agitation de deux morceaux de bois fec qu’ils frotoient i’un contre l’autre $ après quoy chacun faifoit de nouvelles provihons de tout ce qui DU M EX ï QJU E. livre ni. 301 étoit necefTaire à fa fubfiflance : 6c on celebroit ce jour-là par des réjotufTancçs publiques. On ne voïoir que des danfes par la Ville , ôc d’autres exercices d’agilité confacrez au re- nouvellement du fiecle , de la même maniéré que Rome en ufoic autre- fois dans les jeux feculaires. Leurs Empereurs ne recevoient la Couronne que fous des conditions fort fingulieres. Après qu’ils étoient élus de la ma- niéré que l’on a rapportée , le nouveau Prince fe trouvoit obli- gé de fortir en campagne à la tête des troupes, êe d’empor- ter quelque victoire , ou de conquérir quelque Province fur les ennemis de l’Empire, ou fur les rebelles, avant que d’être couronné 6c de monter fur le Trône. C’eft par une obliga- tion fi confiderable, que cet Empire s’étoit étendu en fi peu de tems. Auffi - tôt que le mérité de fes exploits i’avoit fait paroître digne de regner, il revenoit triomphant en la Ville capitale, où on luy avoit préparé une entrée, avec toute la pompe 6c l’appareil ordinaires en de femblables occafions. Tous les Nobies , les Minières Ôcles Sacrificateurs I’accompa- gnoient jufqu’au Temple du Dieu delà Guerre > où il defcèn- doit de fa litiere : 6c après les facnfices propres à cette cere- monie , les Princes Eledeurs mettoient fur luy l’habit 6c le manteau Impérial. Ils luy armoient la main droite , d’une é- pée d’or garnie de pierres à fuzil , qui étoit la marque de la Juftice. Il recevoir de la main gauche , un arc 6c des fléchés, qui défîgnoient le fouverain Commandement fur leurs armées- Ôc alors le Roi de Tezeuco luy mettoit la Couronne fur la tête • ce qui étoit la fondk>n privilégiée du premier Elec- teur. Un des principaux Magiftrats 5 6c des plus éloquens , faifoit enfuke un long difeours, par lequel il congratuloit le Prince au nom de tout l’Empire, de fa nouvelle dignité : il y mê- loit quelques inftrudions , dans lefquelles il reprefentoit les foins 6c les obligations que la Couronne impofe ,, l’attention qu’il devoir avoir au bien ôc à l’avantage de fes Peuples , 6c fur tout la louable conduite de fes predeceffeurs, qu’il devoir imiter^ Le difeours étant fini , le Chef des Sacrificateurs s’approchoit avec un profond refped -, 6c l’Empereur faifoit entre fes mains un ferment, dont les circonflances font très- remarquables. En premier lieu , il juroit de maintenir la Religion de fes ancê- 302 HISTOIRE DE LA CONQUESTE très , d’obferver les Loix & les Coutumes de l’Empire , & de traiter Tes Sujets avec douceur Ôc bonté. Il juroit encore, que tant qu’il regneroit , les pluies tomberoient à propos 3 que les rivières ne feroient point de ravages par leurs débordemens* que les campagnes me feroient point affligées par la fterfité, ni les hommes par les malignes influences du Soleil. Ce pacte entre un Prince & Tes Sujets, a véritablement quelque choie de bizarre 3 8c Julie- Lipfe a trouvé bon d’en faire des railleries : neanmoins on peut dire que les Sujets pretendoient par ce fer- ment , engager leur Prince à regner avec tant de modération, qu’il n’attirât point de fon chef la colere du Ciel * n’ignorant pas que les châtimensôc les calamitez publiques tombent fou- vent fur les Peuples, qui fouffrent pour les crimes 6c pour les excez de leurs Rois. Pour ce qui ell des autres coutumes de cette Nation , nous toucherons feulement ce qui peut être rapporté dans une Hif- toire j lailTant à part leurs fuperftitions , leurs indecenees 8c leurs brutalitez , dont le récit blefle la pudeur, encore* qu*ii n’offenfe pas la vérité.* Quoyque la multitude^ de leurs Dieux fût aufTi grande, Sc leur aveuglement dans l’Idolâtrie auffi horrible qu’on l’a dit, ils ne laiffoient pas de reconnoître une Divinité fuperieure, à qui ils attribuoient la création du Ciel & de la Terre 3 & ce principe de toutes chofes étoit un Dieu fans nom entre les Mexicains , parce qu’ils n’avoient point de termes pqur l’exprimer en leur langue. Iis faifoient feulement comprendre qu’ils le ccnnoif- foient, en regardant le Ciel avecf vénération , 8c en luy don- nant, à.ieur maniéré, l’attribut d’Inéfable, avec cette manie-’ re de doute religieux dont les Athéniens reveroient le Dieu Inconnu. Neanmoins cette notion de la première Caufe, qui paroifloit devoir contribuer à les defabufer avec plus de faci- lité , fut alors de très* peu d’ufage , parce qu’il n’y eut pas moïen de les réduire à croire que cette même Divinité pût gouverner le Monde, fans avoir befoin de fecours , quoyque par leur aveu elle avoir eu aflez de pouvoir pour le créer. Ils étoienc prévenus de cette foie opinion, qu’il n’y avoit point alors de Dieux dans les autres endroits du Ciel , jufqu’à ce que les hom- mes eullent commencé à devenir miferables, à mefure qu’ils fe multiplioient : car ils regardoient leurs Dieux comme des DU MEXIQUE. LIVRE in. ,o 5 gemes favorables, & qui fe produifoient lorfque Jes mortels avoient befoin de leur affiftance, fans qu’il leur parût une cho- fe abfurde , que les miferes 6c les neceffitez de la nature hu- maine donnaient l’être 6c la divinité à ce qu’ils adoroient. Ils croïoient l’immortalité de l’ame , 6c ils reconnoiiloient des récompenfes & des peines dans l’éternité : mais ils expli- quoient mal le mérité 6c le péché 5 6c cette vérité étoit encore obfcurcie par d’autres erreurs. Sur cette fuppofirion ils en- terroient avec les morts beaucoup d’or 6c d’argent, pour fai- re les frais du voïage , qu’ils croïoient long 6c fâcheux : ils faifoient mourir quelqu’un de leurs Domeftiques , afin qu’ils leur tinflent compagnie. C’étoic une marque d’amour exquis, mais ordinaire aux femmes légitimés, de celebrer par leur mort les funérailles de leur mari. Les monumens des Princes dévoient être d’une vafteétenduë, parce qu’on enterroit avec eux une grande partie de leurs richefîès 6c de leurs DomefE- ques j l’un 6c l’autre à proportion de leur dignité. Il faloit que le nombre de tous les Officiers fût rempli : on les envoïoit ainfi efcorter le Prince en l’autre monde , avec quelques-uns de leurs flateurs , qui païoient alors allez cher , les impoftures de leur profeffion. On portait aux Temples les corps des grands Seigneurs, avec pompe , 6c un grand cortege : les Prê- tres venoient au-devant , avec leurs brafiers de copal, chan- tant d’un ton mélancolique des hymnes funèbres, accompa- gnées du fon enpoüé 6c lugubre de quelques flûtes. Ils éle- voient à diverfes fois le cercueil en haut, durant qu’on facri- fioit ces milèrables vidimes , qui avoient dévoilé jufqu’à leur ame à l’efclavage : 6c cette adion étoit horriblement mêlée de ridicules abus , 6c de cruautez atroces 6c déplora- bles. r Les mariages des Mexicains avoient quelque forme de con- trad, 6c quelques ceremonies de Religion. Après qu’on s'é- toit accordé fur les articles, les deux parties fe rendoient au Temple , où un des Sacrificateurs éxaminoit leur volonté , par des queftions précifes 6c deftinées à cet ufage. Il pre- noit enfuite dune main le voile de la femme, 6c la man- te du mari. 6c. il les noüoit enlemble par un coin, afin de li- gnifier le lien intérieur des volontez. Ils retournoient à leur maifon avec cette efpece d’engagement, accompagnez du Sa- 3 o 4 HISTOIRE DE LA CONQJfJE-S TE crificateur. Là , par une imitation de ce que Jes Romains pratiqupient à l’égard des Dieux Lares, ils ailoient vifiter le foïer , qui félon leur imagination , étoit le médiateur des diffe- rens entre les mariez. Ils en faifoient le tour (ept fois de fui- te , précédez par le Sacrificateur: 6c cette ceremonie étoit fui- vie de celle de s’afieoir, afin de recevoir également la chaleur du feu 3 ce qui donnoit la derniere perfe&ion au mariage. On exprimoit dans un a&e public les biens que la femme apportoit en dot 3 6c le mari étoit obligé à les reftituer, en cas qu’ils vinfient à fe feparer, ce qui arrivoit très - fouvent. Il fuffifoit pour le divorce, que le confentement fût récipro- que 5 6c ce procez n’alloit point jufques aux Juges : ceux qui connoiflbient les mariez le decidoient fur le champ. La femme retenoit les filles 6c le mari les garçons: mais du mo- ment que le mariage étoit ainfi rompu , il étoit défendu de fe réunir , fur peine de la vie 3 êc le péril de la rechute étoit l’u- nique remede quelles Loix eu fient imaginé contre les divor- ces , où l’inconftance naturelle de ces Peuples les portoit aifc- ment. Ils fe faifoient un point d’honneur de la chafieté de leurs femmes: 6c malgré le débordement qui les entraînoit dans le vice de la fenfualïté , on châtioit un adultéré du dernier fuplice 3 mais en cela ils avoient plus d’égard a la difformité du crime, qu’à fes inconveniens. Ils portoient auxTempIes, avec folemnité , les enfans nou» veaux nez 3 6c les Sacrificateurs , en les recevant , leur fai- foient de certaines exhortations fur les miferes 6c fur les pei- nes où l’on eft engagé en naifiànt. Si les enfans étoient No- bles, on leur mettoit une épée à la main droite , 6e en la gau- che un bouclier, que les Sacrificateurs confervoient pour ces ufages. S’ils venoient d’Artifans , on faifoit la même ceremo- nie avec quelques outils ou inflrumens mécaniques. Les filles de l’une 6c de l’autre qualité , n’avoient que la quenoüille 6c le fufeau. Apres cette première ceremonie , le Sacrificateur portoit les enfans auprès de l’Autel , ou il leur tiroit quel- ques goûtes de fang des parties de la génération, avec une épine de maguey , ou une lancette de pierre a fuzil 3 6c puis il jettoit de l’eau fur eux, ou il les baignoit, en faifant de cer- taines imprécations : en quoy il fembloit que le Démon , au- teur de ces pratiques, vouloit imiter le Baptême 6c la Cir- concifion, du Mexique, r/ram. 3 o 5 concifion , avec le même orgueil dont il tâchoit de contre- faire les autres ceremonies , & même jufqu'aux autres Sa- cremens de la Religion Catholique • puifqu’ii avoir intro- duit entre ces Barbares la confefïion de leurs pechez , en leur perfuadant qu’elle leur attiroit la faveur de leurs Dieux 5 & une efpece de communion ridicule, que les Sacrificateurs adminiftroient à certains jours de l’année , apres avoir mis en petits morceaux une mafTe de farine pétrie avec du miel figurée en Idole , qu’ils appelaient le Dieu de la Penitence! Ce même linge a voit auffi ordonné des Jubilez , des Procef»* fions, des encenfemens , 5c d’autres images du culte de la véritable Religion 5 jufqu’à vouloir que le Chef des Sacrifi- cateurs prît le nom de Pape : où l’on connoît qu’il fe fai- foit une étude particulière de cette imitation 3 foit qu'il eût deflein d’abufer de nos faintes Ceremonies , en les mêlant avec fes abominations 5 foit qu’il ne puifle fe repentir de cette afFe&ation , qui luy fait afpirer encore à fe rendre femblable au Très-haut. Les autres coutumes de ces mife- rables Idolâtres , faifoient horreur à la raifon , 5c à la natu- re même : ce n’étoit que des beftialitez , des abfurditez & des égaremens , qui paroîtroient incompatibles avec cette ré- gularité que l’on remarque d’ailleurs en la conduite de leur Etat, fi les Hiftoires n’etoient remplies de femblables abus, que la foible capacité de l’efprit de l’homme avoit intro! duits parmi d’autres Nations , moins éloignées du commer- ce du monde raifonnable , mais également aveugles dans une moins épaifTe obfcurité. Les facrifîces du fang humain ont commencé prefque auffi-tôt que le culte des Idoles . 5c le Démon les avoit établis plufieurs fïecles avant ceux des Mexicains , entre ces Peuples dont les.Ifrâëlites avoient ap- pris â facrifïer leurs enfans aux Statues de Canaan. L’hor i- fele ufage de faire manger des hommes par les hommes, mê- mes , le pratiquoit chez d’autres Barbares de nôtre Hemi- fphere , ainh que la Galatie l’avoue dans fes anciens Mo- numens , 5c. que la Scytie le reconnoît dans fes Antropo- phages. Les pièces de bois adorées, les fuperflitions , les au- gures & les furieu fes agitations des Sacrificateurs , la com- munication qu’ils avoient avec le Démon qui leur infpiroit les oracles, 5c d’autres pareilles abominations , tout cela n’é- ,o6 HISTOIRE DE LA CONQUESTE toit- il pas admis 8c confacré par d’autres Infidèles , qui fçaJ voient fi bien raifonner 8c agir fur des maximes fi concer- tées en Morale 8c en Politique > La Grece 8c Rome fe font égarées terriblement fur le fujet de la Religion 5 quoyqu’en toutes les autres chofes le refte du Monde ait reçu leurs Lofx 8c fe foit formé fur leurs éxemples. C’eft ce qui nous oblige à reconnoître que la capacité de nôtre entendement eft renfermée en des bornes fort étroites , puifqu’il ne fait, pour ainfi dire, qu’éfleurer les notions qui luy font commu- niquées par les fens 8c par l’experience, lorfqu’il n’eft pas e- clairé de cette lumière celefte qui luy découvre l’eflence de la vérité. La Religion des Mexicains étoit donc un abomi- nable compofé de toutes les erreurs 8c de toutes les cruautez que l'Idolâtrie avoir inventées en differentes parties du Mon- de. On ne dira point leurs Fêtes, leurs Sacrifices, leurs Ce- remonies, leurs Sorcelleries, 8c leurs autres fuperftitions, par- ce qu’on les rencontre à chaque pas , avec une ennuïeufe ré- pétition , dans les Hiftoires des Indes 5 outre que c’eft une inftrudion peu neceflaire , 8 C qui n’a ni agrément, ni utili- té , 8c qu’on pourroit bien fe faire une matière de Con- feffion , des libertez que la plume fe donneroit fur ce fu- j et - CHAPITRE XVIII. Mote7uma continué fes careffes & fis prefens aux Efpa- gnols. Cortex reçoit des lettres de Vera-Cru^, qui i l’in forment du combat où Jean d Efcalante a. voit ete tué, fur quoy il prend la refolution de s aféurer de la perfonne de Motexuma. L Es Efpagnols obfervoient toutes ces chofes avec admira- tion , quoyqu’fis s’efforçaffent de retenir 8c de cacher la furprife qu’elles leur donnoient ; 8c ils avoient afîèz de peine à compofer leurs vifâges en ces occafions, afin de conferver par tout cet air de fuperiorité qu’ils affe&oient avec les in*' DU MEXI Q_U E. livre III. 307 diens. Les premiers jonrs de leur arrivée fe payèrent en diver- tiffemens : les Mexicains produisent avec oftentation , ce qu’ils avoient de plus habiles gens en toute forte de jeux, à deffein de regaler les Etrangers. Ils y mêloient auffi l’ambi- tion de faire briller leur adreffe au manîment des armes leur agilité aux autres exercices. Motezuma étoit le promo- teur de ces fpedacles 8c de ces réjoüiffances 3 8c contre fa cou- tume, il fembloit avoir renoncé àfaMajefté. Il menoit tou- jours avec foi, Cortez 8c les autres Capitaines Efpagnols: fo n procédé étoit honnête avec eux 5 il y entroit même une ef- pece de vénération , fort extraordinaire en un homme de fou caradere, 8c qui attiroit beaucoup de refped aux Efpagnols de la part des Sujets , qui connoiffoient leur Empereur. Les vifites étoient frequentes, 8c rendues avec éxaditude : Cortez alioit au Palais, 8c Motezuma venoit au quartier du General, où il ne pouvoir fe laffer d’admirer tout ce qui venoit d’Ef- pagne , qu’il regardoit comme une Région ceîefte : 8c il s’é- toit formé une fi haute idée du Prince qui gouvernoit cet heureux Païs, qu’il n’en concevoir pas une fi grande de fes Dieux. Il cherchoit à gagner le cœur 8c l’affedion de tous les Efpagnols, par des prefens de bijoux & de tarerez, qu’il diftribuoit , tant aux Officiers, qu’aux (Impies Soldats , avec difcernement 8c connoifiance du mérité j faifant plus de ca- relies à ceux qui avoient le plus de difiindion , 8c fçachant proportionner le prefent , à l’importance des perfonnes qu’il vouloit obliger. Les Nobles , à l’imitation du Prince, ta- choient à fe rendre agréables, par des offices qui tenoient de la foumiffion * 8c le Peuple plioit le genoiiil devant le moindre Soldat Efpagnoh Ils goûtoient ainfi un repos agréable? c’é- toit toujours quelque fpedacle nouveau 8c divertiffant, 8c au- cun fujet de foupçon 5 mais les chagrins ne furent pas long- tems fans emploi. Deux Soldats Tlafcaiteques déguifez en Mexicains , arrivèrent à la Ville par des chemins détournez. Ils venoient chercher Cortez, à qui ils rendirent une let- tre du Confeil de Vera - Cruz } ce qui changea la face des affaires , 8c fit prendre des refolutions moins pacifi- ques. Jean d’Efcalante, qui étoit Gouverneur de la nouvelle Co- lonie, nefongeoit qu’à fortifier la Place, 8c à conferver les RS 3oS HISTOIRE DE LA CONQUESTE amis que Cortez luy avoic laiffez. Cet état tranquille dura, fans être troublé par aucun accident , jufqu’à ce qu’il fut averti qu'un General de Motezuma étoit dans la Province, avec une armée confiderable , à defTein de châtier quelques alliez des Efpagnois • parce qu’ils s’étoient difpenfez de païer à l’Em- pereur le tribut ordinaire, fur la confiance qu’ils avoient en la prote&ion de leurs nouveaux amis. Le Capitaine Mexicain s’appelloit £)ualpôpoca , ôcil commandoic toutes les troupes qui croient répandues fur les frontières de Zempoala. Il les avoit affemblées depuis quelque, tems, afin de donner main-forte aux Commiffaires qui venoient recueillir les impôts. Leurs violences ôc leurs extorfions étoient horribles • ôc la rigueur dont ils ufoient en l'exercice de leur commiffion, étoit re- doutable , par la licence des Soldats 5 l’une ôc l’autre pro- feffion étant également infatiable fur le bien d’autrui , ôc en pofîèffion de* traiter le vol comme l’affaire du Prince. Les Totonaques de la Montagne dont cette armée détrui- foit les Habitations , vinrent fe plaindre à Efcalante , ôc le prièrent de prendre les armes en faveur de fes alliez , offrant de fe mettre en campagne , avec tout ce qui leur reftoit de monde. Le Gouverneur les confola , en difant qu’il refièntoit l’injure qu’on leur avoit faite , comme fi elle s’adrefioit à luy- même : neanmoins , avant que d’en venir aux voies de fait , il fe refolut d’envoïer quelques perfonnes au General Mexicain. Il luy demandoit, comme à fon ami : Jguil fu f pendît les aBes " d'boflilité ,jufiqu a ce quil eût reçu un nouvel ordre de l'Empereur , puif qu'il n' étoit pas vrai-femblable qu'on luy eût commandé dé in* tenter une nouveauté fi préjudiciable à la paix s Motezftwa aïant permis que les AmbaJJadeurs du Monarque d'orient pajfiajfient a fia, Cour , d dejfiein d'établir une alliance inébranlable entre les deux Couronnes. Les Envoïez étoient deux Zempoales , gens de bon efprit, ôc qui refidoient à Vera-Cruz. La réponfe du Mexicain fut infolenteôc injurieufe: uilfiçavoit fort bien com- prendre & éxecuter les ordres de fin Princes & que fi quelqu'un pre - tendoit soppofer au châtiment de ces rebelles , un General de Motezy- ma pouvait foûtenir en pleine campagne fie s refiolntions quilformoit dans le cabinet. Efcalante ne put diffimuler l’outrage, ni refufer le défi , à la viië de tous les Indiens interefiez en l’affaire des Totona- DU MEXI QJJ E. Livre 117 . 309 ques, qui couroient ie même rifque queux, & qui s’appuïoient fur la même prote&ion. Après donc qu’il fut informé que le nombre des ennemis alloic au plus à quatre mille , il af- fembla un gros de deux mille Indiens de h Montagne, qui fuïoient les violences de Qualpopoca , ou qui en étant* irri- tez , cherchoient à s’en mettre à couvert auprès de luy. Le Gouverneur fe mit à la tgte de ces troupes bien armées à leur maniéré , avec quarante Efpagnols , entre lefquels il y avoir deux Arquebufiers , & trois Arbalétriers. Il fit tirer aufiï de la Ville , deux pièces d’artillerie : & forçant en campagne avec ces forces, marcha vers les Provinces qui avoient befoin de fon fecours, après avoir laifFé une foible garnifon dans la Pla- ce. Qualpopoca inflruit de tous les mouvemens du Gouver- neur, vint au-devant de luy, avec fon armée en bon ordre, jufqu’à un petit Bourg que l’on a nommé depuis A Imerie , où les deux armées fe rencontrèrent au point du jour. Le combat commença avec uneégaie refblution de part & d’autre • mais les Mexicains lâchèrent bien-tôt le pied, & fe retirèrent en defor- dre. Au même- tems les Totonaques de notre parti prirent Pépouvente , & tournèrent le dos , jufqu’à fuir lâchement 5 foie qu’ils ne fufTent pas âccoûtumez à combatre de pied fer- me j foie qu’une ancienne habitude leur eût rendu les Mexi- cains trop redoutables. Quoyqu’il en foit, cet accident fe peut compter entre les bizarreries, dont la guerre fait voir des exemples tous les jours. Les vainqueurs fuïoient d’un côté, & les vaincus de l’autre : mais les ennemis croient fi é- pûuventez, & fi occupez du foin de fe fauver, qu’ils ne s’ap- perçûrent point du defordre de nos troupes , & ne fongerent qu’à fe retirer dans le Bourg proche du champ de bataille. Bfcaiante's’en approcha avec fe s Efpagnols, & commanda de mettre le feu aux maifons en plufieurs endroits * il attaqua les Mexicains au moment que la fiâme parut , avec tant de vi- gueur , que fans leur donner le tems de reconnoître le peu de monde qui le fuivoit , il les défit, & les.poufla hors de ce lo- gement > ô* où ils fë jetterent en fuïant dans le bois. Les In- diens afliirerent qu’ils avoient vu en l’air, une Damefemblable à celle que les Etrangers adoroient comme la Mere de leur Dieu, qui les éblouiftoic, 6c leur ôtoit la force de combatre. Ce miracle ne parut point aux yeux des Efpagnols 3 nean- Qü - Jto HISTOIRE DE LA CONQUESTE moins le fuccez en a autorifé la croyance : & déjà nos Soldats étoient accoutumez à partager avec le Ciel la gloire de leurs exploits. Cetce vi&oire fut très- fignalée , mais on 1 acheta chère- ment j puifque le Gouverneur fut bielle a mort en combatant , & fept Soldats avec luy,dont les Indiens en enlevèrent un nommé Jean d’Argueîlo. Cet homme , natif de la Ville de Leon , étoit d’une taille S C d’une force extraordinaires : & après* avoir combatu avec un courage^ invincible , il tom- ba blefle mortellement , en un tems où il ne put être fe- couru. Les autres Soldats Se le Gouverneur moururent de leurs blell ûres, au bout de trois jours , dans k Ville de Vera- Cruz. , , Le Confeil rendoit compte au General , de cette perte con- fiderable, & déroutes les circonftances de faction ; afin qu’il nommât un fuccefleur à Jean d’Efcalante, & qu’il fût inftruit de l’état dans lequel il fe trouvoit. Cortez apprit cette nou- velle avec toute l'afflidion qu’elle pouvoir produire : il en fit part à fes Capitaines , fans appuïer alors fur les confequences d’une femblable perte , Se fans leur marquer tout le chagrin qu’elle Iuy caufoit. Il les pria feulement de faire reflexion fur cet accident , &de luy lailFer le tems de former quelque relolu- tion, telle qu’il plairoitàDieu luy infpirer-, recommandant en particulier au Pere d’Olmedo d’y contribuer par fès prières , Sc à tous les Capitaines de garder le iecret , de peur que cet~ te difgrace étant divulguée , ne donnât lieu aux Soldats de rai- fonner mal à propos. , Après cela , le General fe retira dans fon appartement , ou d’abord, pour ainfi dire, il laifla rouler fapenfée fur tous les inconveniens qu’un pareil accident pouvoir produire. 11 cm- braffoit ôcrejettoit avec la même incertitude, toutes les voies qui fe prefentoient à fon imagination fur ce fujet , toujours embarraffé fur le choix du parti qu’il devoir prendre, & fa- tigué même par la vivacité de fon efprit, qui luy falloir dé- couvrir le remede , & en même-tems la difficulté qu’il y a- voit à le mettre en ufiige. Les Auteurs rapportent que Cor- tez pafla ainfi une grande partie de la nuit à fe promener, & qu'il découvrit alors, par hazard, un endroit maflonne depuis peu de tems , où Motezuma avoir cacné tous les DU MEXIQJJE. livre m. 3 „ trefors de Ton pere , dont ils font un long détail : & qu’a- prés les avoir vus , il fit refermer cette cache , fans per- mettre qu’on en enlevât aucune chofe. On ne s’arrête point fur la diverfion que ce foin put donner à fes inquiétudes- ce qui apparament ne dura pas long tems , puifqu’elle cé- da bien- tôt aux diligences qu’il fit afin de fe fixer dans fa refolution , qui l’obligea de prendre les mefures que l'on va voir. _ Il envoïa quérir les Indiens les plus habiles & les plus af- fectionnez qui fuiTent à fon armée , &: il leur demanda s’ils n’avoient point reconnu quelque chofe d’extraordinaire en l’efprit des Mexicains , ôc comment l’eftime des Efpagnols fe maintenoit auprès de ces Peuples ? Les Indiens répondi- rent , que le menu Peuple ne fongeoit qu’à fe divertir dans les fêtes qu’on faifoit en faveur des Efpagnols 5 êc qu’il les reveroit , parce qu’il les voïoit honorez par l’Empereur : mais que les Nobles commençoient à devenir rêveurs êc miflerieux 5 qu’ils tenoient des conférences dont on voïoit bien qu’ils ne difoîent pas tout le fecret. Cela étoit fondé fur quelques difcours interrompus , qui pouvoient foufFrir une finiftre interprétation • comme celuy.ci, gu il finit aifê de rompre les ponts des chmjfiées , ôc quelques autres de pareille nature , qui étant joints enfemble , fuffifoient à donner du foupçon. Deux ou trois Indiens avoient entendu dire, que peu de jours auparavant on avoit apporté à Motezuma* la tête d’un Efpagnol : qu’il avoit commandé qu’on la cachât foigneufement , après l'avoir confiderée avec beaucoup d’é- tonnement, à caufe de la fierté & de la grolTeur de cette tête 5 ce qui convenoit fort à celle d’Arguelle. Cela re- doubla les inquiétudes de Cortez , parce que c étoit une marque que Motezuma avoit eu part à l’entreprife de fon Ge- neral. Après avoir fait de grandes reflexions fur ces avertiiïe- mens , Cortez alîembla tous fes Capitaines à la pointe du jour j êe il s’enferma avec eux, & quelques Soldats à qui leur qualité ou leur expérience donnoit entrée au Confeiî. Il leur propofa le fait, fans en oublier aucune circonftance : il rapporta les avis qu’il avoit reçus des Indiens , pelant fans émotion les accidens dop4t iis écoient menacez , & tou- 3 1 z HISTOIRE DE LA CONQUESTE chant avec adreflè les difficultez qui pouvoient fe prefen- ter apres quoy, fans leur expliquer fes fentimens , il laiffa à chacun la liberté de difcounr. On propofa divers partis: les uns vouloient qu’on demandât un paflè-port à Motezu- ma, afin de courir promtement au fecours de la nouvelle Co- lonie de Yera Crnz: les autres trouvoienc la retraite diffici- le de cette maniéré , ôc témoignoient plus d’inclination à for- tir fecretement de la Ville, où ils ne pretendoient point ou- blier les richeffies qu’ils avoient acquifes : la plus grande partie conclut qu’il faloit demeurer, fans faire connoître qu’on eût ap- pris ce qui s’étoit paffiéà Vera-Cruz, jufqu’à ce qu’on eût trou- vé quelque occafion de faire une retraite avec honneur. Cortez, après avoir recueilli en peu de paroles tous leurs raifonnemens, loua le zele qu’ils témoignoient à l’avancement de l'entreprife, 8c dît : £)ue U propofition de demander un paffe port à Mote&uma, ne luy plaifioit pas > parce qu après s' être ouvert par la voie des armes , le chemin pour arriver a la Cour de ce Prince , malgré fa refi fiance , il rabatroit beaucoup de fin eftime , s'il venoit à connoître quils eu fi fient befioin de fia faveur pour en fiortïr. Que s'il et oit mal inten- tionné , il pourroit ne leur accorder un paffie-port , qu'à dejfiein de les défaire en leur retraite $ & que s'il le refiufioit , ils fieroient obli - ge\de fiortir de la Ville contre fia volonté , (fi de fie je tter dans le péril , après avoir déclaré leur foiblejfie • Jfiffil approuvât encore moins le parti de fie retirer fecretement j parce que ce fieroit s' ex- pofier à la honte de paffier pour des fugitifs : (fi que Motez>uma pour- roit leur couper chemin fort aisément , étant averti de leur marche , par le moïen de fies Couriers . Qtfiainji , fiuivant fion ficmiment , U retraite n ét oit alors , ni utile , ni honorable j parce que de quelque maniéré qu'on la fît , ce fieroit toujours aux dépens de leur réputa- tion '■> (fi qu'en perdant leurs amis (fi leurs alliez ,, qui ne finbji fi oient que par elle > ils demeureroient fans trouver un pouce de terre en tout cet Empire , ou ils pujfient mettre le pied en ajfieurance. Ces con - fédérations, ajouta -t’il , me perfiuadent que ceux qui ont du pen- chant à demeurer ici , fans faire aucun mouvement nouveau , jufi- qua ce qu'on ait trouvé les moïens d'en fiortir avec honneur , (fi quon ait vu tout ce qu'on peut tirer d'une efperance fi fiateufie : ceux -la, dis je s ont pris le parti le plus conforme a la raifion . Vé- ritablement le rifique efi égal , quelque refiolution qu y on puififie pren- dre ; mais la gloire ejl fort differente : & ce fieroit un malheur que DU M E X I Q_U E. LIVRE 1 IL 31 $ des E fpagnols n’ont pas encore mérité , que celuy de mourir par choix , dm s Coccafion U plus dijgraciee . Je ne doute pus que nom ne puifl flons nous maintenir ici s la maniéré d'y parvenir tfi ce qui m cm- harrajje. le fais quelque attention fur ces bruits qui commencent à courir entre les Mexicains . Le malheur arrivé a Fera Croff de- mande bien des reflexions : la tète dé Argue llo , dont on a régalé Mo ■- te%uma , témoigne quil a eu conoijfance de l ali ion de flon General $ Cy fon fllence fur cette affaire nous avertit de ce que nous devons croire de fes intentions . Mats quand tout cela fle pre fente fous une meme vue , il me paraît que pour nous foutenir dans cette Ville , en un état moins chancelant , il faut tenter quelque chofe de grand , qui étourdijfe fes Habit ans , & qui rétabliffe l' eftime que ces accidens ont pu cbranler dans leurs efprits* Pour ce fujet , a- prés avoir rejette d'autres dejfeins , qui fer oient plus de bruit , & moins d'effet , fai jugé qu’il ètoit plus à propos de nous rendre maîtres de la perfonne de Motez,uma , en V emmenant prifonnier k notre quartier. le crois que cette refolution leur donnera de U crainte & de la retenue ; & à nous quelques conionciures favora- bles , a tirer du Prince & de fes Sujets , une compofltion qui con- vienne à la dignité de l'Empereur notre Maître , & qui nous met- te en feureté. Le pretexte de U prifon , fl mon raifonnement efl jufle , doit être la mort £ Argue llo , dont il a eu connoiflfance 3 & la perfidie dont fon General a ufè , en violant la paix. Nous de- vons déclarer que nous flmmes inftruits de ces actions, qui nous offenfent , puifqu'il ne faut point paroître ignorer ce quils j }a- vent parfaitement : d'autant plus , qui ils font perfuadeT^ que rien ne nous efl caché 3 & que cette erreur de leur imagination , avec les autres de même nature 9 fe doivent au moins tolerer , en con- flderation du feeeurs que nous en tirons , P aperçois comme un au- tre , les djficultez, & les accidens qu une entreprife fi hardie traî- ne neceffairement avec foi : maïs les exploits les plus glorieux na fient des plus grands périls ; & Dieu nous favori fera. Les mer- veilles , que je pourrons appeler des miracles évident , par lefquel- les il s' efl déclaré pour nous en cette expédition , nous obligent à croire que c'eft luy qui nous a infpiré cette longue perfeverance* Sa eau fi efl le premier motif de notre entreprife ; & je ne fçau- rois me perfuader qu'il nous ait conduits jufquici , par une grâce extraordinaire de fa Providence , à deffein de nous jetter dans un embarras infurmontable , & de nous abandonner a notre foiblejjê 3 T4 HISTOIRE DE LA CONQUE STE dans nos fins grands hefoins . Cortez s’étendit avec tant de force fur cette confideration , que la vigueur de fon coura- ge pafla dans le cœur de tous ceux qui l'écoutoient. D’a- bord les Capitaines Jean Velafquez de Leon , Diego d’Or- daz , & Gonzale de Sandoval , revinrent à fon avis 3 apres quoy tous les autres donnèrent de grands éloges au bon fens de leur General. Ils jugeoient de la bonté du reme- de , par la hardiefle héroïque de la refolution. Ils fe fe- parerent ainfi , après avoir conclu d’arrêter Motezuma , de remis la difpofition de cet exploit à la prudence de Cor- tez. Bernard Diaz , qui ne perd aucune occafion de s’attribuer la gloire d’être l’auteur des plus grands defieins , écrit que luy 6c d’autres Soldats , avoient donné ce confeil au Gene- ral , quelques jours avant qu’il eût receu la nouvelle de ce qui étoit arrivé à Vera-Cruz. Les autres Relations ne s’ac- cordent point avec la fienne 3 & au teins qu’il a marqué il n’y avoit aucun fujet de former un projet fi délicat. Il pouvoir bien remettre fon avis à quelques jours de -là, de il en auroit paru plus vrai-femblable , de moins hors de fai- fon. CH A PITRE XIX. On fe faifît de la perfonne de Mote%uma. La maniéré dont cette action fut conduite ; & comment elle fut reçue par fis Sujets. I L faut convenir que l’on n’avoit point d’éxemple d'une audace pareille à la refolution que les Efpagnols for- mèrent d’arrêter prifonnier un fi grand Monarque au milieu de fa Cour, de de fa Ville capitale. Le récit de cette ac- tion , toute véritable qu’elle elt , femble blcfier la fincerité de I’Hiftoire 3 de même il paroît outré , entre les éxagera- tions de les licences de la fable. On la nommeroit temeri. té, fi elle avoit été entreprife volontairement, de avec plus DU MEXI QJT E. LIVRE III. 315- de liberté fur Je choix ; mais un homme n’eft point appel- le tetneraire , Iorfqu’îl ferme les yeux au péril , quand il n’a point d’autre reiïource. Cortez fe voïoit également per- du 3 foit qu’il fît une retraite, qui luy ôtoit fa réputation 5 foit qu’il fe maintînt dans fon poftc , fans la rétablir par quelque a&ion extraordinaire : & lorfque l’efprit , foûtenu d’un grand courage, fe voit envelopé de tous cotez par des dangers , il fe pou (Te avec violence fur ce luy qui le prefTe le moins. Le parti que Cortez p ic , éceit véritablement le plus difficile • peut- être voulut-il voir tout d’un coup la déci- fîon de fa fortune, ou il ne s’accommodoit pas de ce qu’on appelle menagemens. On pourroit dire que le caraftere de la haute generohté eft d’avoir des vues élevées au -deflus du commun, ou que la prudence militaire ne s’éloigne pas tant des extrémitez , que la prudence politique : neanmoins, le mieux qu’on puifTe faire ell: de ne donner point de nom â fa refolution 3 & s’il eft permis d’en juger par le fuccez, de luy donner lieu entre ces moïens imperceptibles dont il a pîû à Dieu de procurer le progrez de cette entreprife, êc d’où il fembloit vouloir exclure le concours des moïens na- turels. L’heure à laquelle les Efpagnois aboient rendre vifite à l’Empereur, fut choilîe pour l’éxecution de cette grande en- treprife, afin de ne donner point d’alarme mal à propos. Le General commanda que tout le monde prît les armes dans le quartier 5 qu’on feilât les chevaux , êc qu’on fe tînt à lerte fans faire de bruit , ni aucun mouvement , jufqu’à nouvel ordre. Il fit occuper toutes les avenues des rues jufqu’au Palais de Motezuma, par des brigades de Soldats qui s’y rendaient 3 & il alla au Palais, accompagné des Capitaines Pierre d’Âîva- rado, Gonzale de Sandoval , Jean V elafquez de Leon, François de Lugo , êc Alonfè d’Àvila , fuivis par trente Soldats qu’il avoir choifîs. On ne fut point furpris de les voir entrer avec leurs ar- mes , qu’ils portoient ordinairement comme un ornement mi- litaire. Motezuma forcit au-devant d’eux, fuivant fa manié- ré : chacun prit fa place j &: les Officiers du Prince fe reti- rèrent auffi-tôt dans un autre appartement , ainfi qu’ils le pratiquoient toujours par fon ordre. Lorfque Marine §£ Rr ij E fil 316 HISTOIRE DE LA CONQUESTE Aguilar fe furent approchez , Cortez commença à fe plains dre , en laidant paroître fur fon vifage tout le chagrin dont il étoit rempli. Il reprefenta d’abord l’aftion de Qualpo- poca , appuïant fur /' infolence dé avoir ajfemblé une armee , (fi attaqué fes Compagnons , en violant la paix , & la fauve- garde Roïale fur laquelle ils fe repofoient. Il traita comme un crime dont Dieu (fi Us hommes demandoient fatisfatfion , la perfidie dont les Mexicains avaient ufe , en mafiacrant un Espagnol qu ils avoient fait prifonnier , pour vanger fur luy , de fang froid , U honte de leur défaite. Il détendit enfin fur l’article le plus tou- chant , qui étoit l infâme maniéré dont Qualpopoca & fes Capi- taines pretendoient fe décharger , en publiant qu une infulte fi déraifonnahle s étoit faite par l'ordre de l'Empereur. Cortez a- jouta : Que fa Majefté devoit luy fi avoir bon gré , de ce qu'il rien av oit rien cru ; parce que c étoit une aBion indigne de fa grandeur , de les favori fer en un endroit , & de les détruire d'un au- tre coté . Motezuma parut interdit fur cette accufation : il changea de couleur , comme un homme convaincu , 6c interrompit Cortez , pour protefter que ces ordres ne venoient point de luy. Le General le voïant embarraiïe, accourut au fecours, en difâîit : Jdfiil étoit convaincu que Motez>uma n avoit aucune part a une fi vilaine aBion : mais que les Soldats Efipagnols ne fer oient jamais fat is fait s , g$r fies Sujets ne cejfitroient point de croire ce que fon General ajfieuroit , jufqria ce qu Us luy euffent vu donner quelque témoignage éclatant & extraordinaire , qui ef- façât entièrement l'imprejjion que cette calomnie avoit faite dans les efprits. £)uil venoit donc luy demander , que fans faire de bruit , & comme de fon propre mouvement , il vînt au logement des Efipagnols , & qu'il fie déterminât â ri en ^ point fiortir , juf-^ qu'a ce que tout le monde fut éclairci qu'il n avoit point trempé dans une femblable perfidie Sur quoy Cortez luy fit beau- coup valoir cette confédération : £hfune fi genereufe confian- ce , digne dîme ame Roïale , n app ai [croit pus feulement le cha - grin du Prince qui les avoit envoie^ a fia Cour , (fi le fioupçon des Soldats ? mais quelle tourneroit â fon honneur & a fa gloire , of- fert fez, par une tache qui leur otoit bien plus de luftre , que ce quon luy demandoit maintenant. Qu'il luy donnoit fa parole , comme Cavalier (fi comme Mimfire du plus grand Prince de U k ». DU MEXIQJJE. LIVRE III. 317 Terre , qu'il fiereit traité entre les Espagnols , avec tout le ref pett du d fa perfinne 5 puifquils ri av oient point d'autre deffein , que celny de s affleurer de fi volonté , afin de pouvoir luy ren- dre leurs firvices & leur obeïffance avec plus de vénération, Cor- tez le tût : 6c Motezuma frapé de i'infolence cle cette pro^ pofition, ne répondoit rien , lorfque ie General, qui preten- doit le réduire par la douceur avant que de tenter une au- tre voie , ajouta : Que le logement qu'il leur avoit donné /- toit un de fis Valais , ou il alloit fouvent paffer quelques jours. Que fies Sujets ne s' étonneroient point de le voit changer de lo- gis afin de ‘fie juftifier d'un crime , qui en tombant fur fin compte , ferait une querelle d' Empereur à Empereur} au lieu que s'il demeurait fur celny de fin General fil fournit être réparé par le châtiment qu'il en f croit. 1 fans quon poufsdt la chofie jufqttes aux malheurs & aux violences qui entrent en la deeifion d'un droit entre deux Souve- rains. M otez tima t?.e put fouffrir qu’on multipliât les raifons dont 011 pretendoit luy perfuader une choie, impratiquable à fon avis • §c en faifant connoître qu’il penetroit les mo- tifs de cette demande, il répondit afîez brufquement .* Que les Princes de fion rang ri étaient point faits pour la prifin j çfi que quand il s' oublier oit de fa dignité , jufqu au point de fi laiffir réduire à une fi grande baffejfe fifis Sujets ne le permettraient pas . Cortez répliqua : jpue fi Motezpma prenait le parti de venir an quartier de bonne grâce 3 fans obliger les Espagnols a perdre le refi pe cl qu'ils avaient pour luy , il fie fou doit fort peu de la ref fiance de fis Sujets % contre lefquels il pourroit emploie/ toute la va™ leur de fies Soldats fi fans que l'amitié quils av oient, énfimb le en fut bleffée. La difpute dura iong-tems : Motezuma de défen- doit toujours de quitter fon Palais 5 6c Cortez vouloir le réduire 6c l’aiTûrer, fans en venir à l’extrémité. Sur quoy ce prince commençant à découvrir le péril où il fe trouvait, fe jetta. lur diverlês propositions, IL offroit dùnvoïer à l’hed- re- même, prendre Qualpopoca 6c tous les Officiers , & de les remettre encre les mains de Cortez, afin qu’il les punit comme il ie jugerok à propos. Il vouloit donner fes deux fils en otage , pour demeurer prifonniers dans le quartier des Efpagnols , jufqu’à ce qu’il eût fatisfait d fa parole ^ 6c il re- petoit , avec quelques marques de fbibleflé : Qf U n était Rr nj 318 histoire de la conqueste pas un homme a fe cacher , ni à s'enfuir dam les montagnes'. Cortez n’approuvoit aucun de ces partis , 6e l'Empereur ne fe rendoit point: cependant les Capitaines , prefens à cette conteftation , voïant le perd cù le retardement pouvoir les jetter , commencèrent à fe mutiner. Ils voûtaient terminer la queftion par les voies de fait 5 êc Jean Velafqoez de Leon dît hautement : Laijfons la les difeours 3 & il faut s'en faifiïy ou le poignarder . Motezuma le regarda , 6c demanda à Manne ce que cet Efpagnol difoit avec tant d'emporte- ment. Cette femme trouvant alors une ouverture favora- ble à luy infinuer adroitement les raifons qui pouvaient le dé- terminer à ce qu’on fouhaitort, luy dît d’une maniéré qui témoignoit qu'elle avoir peur qu’on n’entendît fon diieours; Seigneur y vous courez^ un grand rifque , fi vous ne cede^aux inflances que ces gens vous ont fanes y puifque vous connoiJfeZ^ leur refolution , & le fit cours fumât urel dont ils font ajjificz, dans leurs entreprit fes. Je fuis née fujette de votre Jîajefié , je ri ai ; point de penfees qui ri aillent a procurer fon avantage ; & je fuis ajf z, avant dans leur confidence , pour être infimité de tous leurs dejfeins. Si vous allez, avec eux , vous y fe- rez, traite avec tout le refped qui eft du à votre perfonne ; mais fi vous leur refit fiez, davantage , je ne répons pas de vbtre vie , Ce petit difeours fait avec adrefle & à propos , acheva de perfuader Motezuma 3 en forte que fans entrer en de nou- velles conteftations , il fe leva de delTus fon fiege , 6c dîc aux Efpagnols : le me confie 4. vous ; allons a votre logement : les Vieux le veulent ainfi , puifque vous l'emportez , , & que j'y fuis refolu. Il appella auffi-tôt fes Domeitiques , 6c leur com- manda de faire préparer fa Jitiere , 6c les Officiers qui dé- voient Raccompagner 3 après quoy il dit à fes Minières : £)ue par de certaines raifons d'Etat qu'il avoit concertées avec fes Vieux , tl avoit arrêté d! aller pajfer quelques jours an quartier des Efpagnols. Jgriil voulait bien leur apprendre fa refolution fur ce fujet , afin qu'ils en fijfent part à fon Peuple : A quoy il ajou- ta , JJluil y alloit de fon propre mouvement , & pour fon avantage. Il ordonna encore à un Capitaine de fes Gardes , d’aller prendre Qualpopoca , 6c tous les Chefs de fon armée qui Tavoienc affilié à l'irruption qu'on avoit faite fur les Terref DU MEXIQUE. LIVRE ni. P9 des Zempoales. Pour cet effet , il luy donna le Sceau de l’Empire, qu'il portoit toujours attaché à fon bras droit : de ce Prince avertit le Capitaine, qu'il prît des Soldats, afin de ne point manquer les coupables. Tous ces ordres furent donnez publiquement : 5c Marine les expliquait à Cortez de aux Capitaines Efpagnoîs , de crainte que les conférences de l'Empereur avec fes Officiers, ne leur donnaient de l'ombra- ge, de qu’ils n'entreprifTent mal à propos de luy faire quelque violence. Motezuma fortit ainfî de fon Palais , fans attendre d'avan- tage , avec toute la fuite qui l’accompagnoit ordinaire- ment. Les Efpagnoîs alloient à pied autour de fa litiere*. de ils le gardaient, fous prétexté de l’efcorter. D’abord le bruit courut par toute la Ville, que les Etrangers enlevaient l’Empereur : les rués furent remplies de Peuple en un inftant, avec l’apparence d'un fbûlevement general 5 parce que les Mexicains poufToient de grands cris , en fe jettant à terre comme des gens defefperez. Quelques* uns témoignoient auffi leur tendrefTe par leurs larmes 5 mais l’Empereur, avec un air gai 5e tranquille, appaifa ce tumulte, 5e les fatisfît en quelque maniéré. Il leur commanda de fe taire : 5e au pre- mier figne qu’il fit' de la main , un profond filence fucceda à la confufion de leurs cris. Il dît. Que bien loin d'être pri- fonnier , il ulloit librement pajfer quelques jours avec les Etran- gers fes amis , pour fe divertir avec eux : de cet éelairciffé- ment , qu’on ne luy demandoit pas , de dont il prevenoit leurs queftions , confirmoit ce qu’il pretendoit defavoüer. En arrivant au quartier des Efpagnoîs , qui étoit, comme on l'a dit, un Palais que fon pere avoit fait bâtir , il comman- da à fes Gardes de renvoïer la foule du Peuple qui le .fui* voit j 5c à fes Minières de publier, fous peine de la vie, que perfonne n'excitât le moindre tumulte. Il ht beaucoup de carefTes aux Soldats Efpagnoîs , qui vinrent le recevoir a* vec refped 5 5c choilit l'appartement où il vouloir demeu- rer. Le logis étoit allez grand, pour y faire toutes les fe- parations necefîaires ^ en forte que les chambres furent pa- rées en un moment, par les Officiers de l’Empereur, des plus beaux meubles de fa garde-robe : de les Efpagnoîs mi- rent de bons corps- de-gardes à toutes les avenues. On don- 320 HISTOIRE DE LA CONQUESTE bla celle du quartier : on avança des fentinelles dans les rues • &c on n’oublia aucune des précautions qu’une aélion de cette confequence fembloit exiger. Tous les Soldats a- voient ordre de laifler entrer les Officiers de l’Empereur, que bon connoiffoit tous, ainfi que les N-bles & les Minif- très qui venoient faire leur cour, avec cette relerve, qu’on n’en recevoir qu'un certain nombre, à mefure que les au- tres fortoient , (bus pretexte dévicer la confufion. Cortez alla vifiter Motezuma dés le foir même , après avoir deman- dé audience , & obfervé les mêmes ceremonies dont il u- foit lorfqu’il alloit luy rendre vifite en fon Palais. Les Ca- pitaines êe les Soldats les plus qualifiez s’acquiterent auf- fi de ce devoir , & le remercièrent de ce qu’il honoroit cet- te maifon de fa prefence , comme s’il y étoit venu de fon propre mouvement : & ce Prince fe montra auffi gai ôc auffi content avec eux , que s’ils n’avoient pas été témoins de fa refi fiance à ce changement. Il leur ddlribua de fa main, des joïaux qu’il avoit "apportez exprès, afin de leur ô- ter la penfée .qu’il luy refiât encore le moindre chagrin? êc quoyqu’on obfervât de prés fes actions &. fes difeours , on ne vid paroîire aucune foibleffe en la confiance qu’il té- moignoit aux Efpagnols * & il retint toujours la Mcjeflé d’un Empereur, en la confiance avec laquelle il tâchoit d’al- lier ces deux extrémitez , de la dépendance & de la Sou. veraineté. Il ne découvrit le fecret de fa prifon à aucun de fes Domefliques , ni de fes Miniflres , qu’on n’empêchoit point de communiquer avec luy à telle heure qu’il iuy piai- foit • foit qu’il eût honte de leur avoüer fa mifere * foit qu’il craignît pour fa perfonne , s’ils faifoient le moindre mou- vement. Ils regardèrent tous cette retraite comme un ef- fet de fa volonté : ce qui ôta lieu aux reflexions qu’ils pou. voient faire fur la hardiefle des Efpagnols , dont il fe peut faire que l’excez les ébloüit , &: la leur fit mettre entre les chofes impoffibles, qui font hors de la portée de l'imagi- nation. C’efl ainfî que Cortez entreprit &: éxecuta la refolution d’arrêter Motezuma, qui au bout de quelques jours , fe Trou- va fi bien dans fa prifon, qu’à peine luy refla-t’il aflez de courage pour fouhaiter une autre fortune. Neanmoins , fes b 1 Sujets DU MEXIQJJE. livre in. 32ï Sujets reconnurent enfin , que les Efpagnols le tenoient pri- fonnier, quoyqu’ils adoucîfTent la violence de cette a&ion, par un refped très. fournis. Les Gardes qui étoient aux avenues de l'appartement de l’Empereur, 6c les armes que l’on ne quittoit point dans le quartier , ne laiiïerent aucun lieu aux Mexicains de douter de cette vérité j cependant aucun d’eux ne fongea à luy procurer la liberté : 6c il eft difficile de s’ima- giner quelle raifon ils eurent j luy, pour demeurer fans ré- pugnance en cette oppreffion 5 6c eux, pour vivre dans la même infenfibilité , fans s’offenfer de l’injure qu’on faifoit à leur Empereur. L’audace des Efpagnols doit caufer une extrême furprife : mais on n’en aura pas moins de voir cet abatement dans I’elprit d’un Monarque fi paillant 6c fi fier , 6c ce défaut de refolution entre les Mexicains, Nation beili- queufe, 6c fi attachée à foûtenir la Majefté de leurs Prin- ces. On peut dire que la main de Dieu faifoit cette impreffion fur leur cœur : 6c cela ne doit paroître ni incroïable, ni nou- veau dans la dilpofition de fa Providence, puifque le monde j 0 fué l’a déjà vû faciliter les entreprifes de fon Peuple , en ôtant i’ef- v. 1- prit à fes ennemis. CHAPITRE XX. La conduite de MotcTtima dans fa prifon , envers fes Sujets & les Efpagnols . On amené prifbnnier JjhiaL popoca ; & Corte\ le fait punir du dernier fuplice 3 faifant mettre des fers aux mains à Mote^uma durant l éxecution de cette Sentence. L E s Efpagnols virent en peu detems leur logement chan- gé en un Palais , fans cefler de le garder comme une prfion. Leur hardielïe perdit infenfiblement avec la nou- veauté » ce qu’dîe avoir de furprenant : 6c quelques Mexi- cains irritez de la guerre que Qualpopoca avoit excitée mal à propos, loüoient fa&ion de Motezuma, 6c attnbuoient à grandeur dame, l'effort d'avour donné fa liberté pour gages , u histoire DE LA CONTESTE de fon innocence. D'autres étoient perfuadez que les Dieux, qui communiquoient familièrement avec 1 Empereur , luy a- voient infpiré le confeil le plus convenable à fa dignité. Les plus fages refpedoient fa refolution , fans le donner la li- berté de l’éxaminer -, fçachant que la raifon des Rois ne s’explique pas à l’intelligence , mais au devoir de leurs Su- jets. Cependant Motezuma faifoit les fondions de Souve- rain , avec le même ordre qu’il obferyoit lorfqu’il étoit en liberté. Il donnoit lès audiences, 8c tenoit fon Confeil aux heures ordinaires i il conferoit avec fès hliniffris , Se il s'âppliquoit au Gouvernement de fes Etats ; s'attachant fur tout à empêcher qu’on connût qu’il n’étoic pas en liberté. On apportoit fa viande du Palais Impérial ; Sc les Offi- ciers qui fervoient étoient accompagnez d’un grand nombre de Domeftiques. La quantité des plats furpafloit l’ordinai- re réglé de tout tems ; Sc ce qu’on delTervoit étoit auffi- tôt diftribué aux Soldats Efpagnols. Motezuma envoïoic fouvent les mets les plus délicats à Cortez , Sc à fes Capi- taines qu’il connoiffoit tous par leurs noms : il avoit même étudié’ la différence de leur genie Sc de leurs inclinations ; & il fçavoit fort bien mettre en œuvre cette connoiflance dans la converfation , en donnant au bon goûc & à la belle raillerie quelques traits délicats , fans bleffer fa Majefle , ni offenfer la bien-feance. Il pafl'oit avec les Efpagnols tout le tems que les affaires luy laiffoient , Sc il difoit agréable- ment : £>iiil ne fe trouvoit fine fans eux- Tous cherchoient à luy plaire y Sc rien ne le charmoit. davantage , que le ref- ped qu’ils luy rendoient. Les groffieretez l’offenfoient : Sc fi quelqu’un en ufoit avec luy , il fçavoit bien faire connoî- tre qu’il en étoit choqué , Sc qu’il y étoit fenfible ; étant ja- loux de fa dignité jufqu’à ce point, qu'il fe mit fort en co- lère d’une indecence qu’il crut qu’un certain Soldat Espa- gnol avoit commife exprès en fa prefence. Il pria le Capi- taine de la Garde , d’emploïer une autre-fois ce Soldat loin de fa perfonne -, autrement, qu’il le feroit châtier, s’il fe prefen- toit devant luy. Motezuma paflbit cjuelcpie fois les foirs a jouer avec Cor- rez , au Totoloque : c’efl un jeu où avec de petites boules d’or, ils viloient à toucher ou à abatre , d’une diftance proportion- DU MEXIQUE. LirzB III. w née , de petites quilles de même métaiî. Ils joüoient en cinq points ou marques, des bijoux, ou d’autres curiofitez. Mo- tezuma diftribuoit ion gain aux Soldats Efpagnols • & Cor- tez donnoit le fien aux petits Officiers de l’Empereur. Al- varado marquoit ordinairement 5 & comme il mécomptoit quelque-fois en faveur de fon General , l’Empereur le rail- loit galamment fur ce qu’il comptait mal : neanmoins il ne delaiSoit pas de le prier de prendre cette peine une autre fois, & de rendre juftice à la vérité. Il confervoit dans Je jeu même , les fentimens d’un Prince 5 regardant la perte comme un effet du hazard 5 ÔC le gain , comme le prix de la vi&cire. On n’oublioit pas de toucher le point de la Religion dans les converfations familières. Cortez luy en paria plufieurs fois , en tâchant de le ramener par la douceur , à reconnaî- tre les abus de l'Idolâtrie. Le Pere Olmedo appuïoit les raifons du General , avec le même zele , Sc plus de folidi- té : èc Marine expliquoit à Motezuma, les raifonnemens de ce Religieux 5 à quoy elle ajoutait, avec beaucoup d’affec- tion , (des raifons familières d’une perfonne revenue depuis peu de fon erreur, &: qui étoit encore penetrée des motifs qui l’avoient defàbufée. Mais le Démon s’étoit fi forte- ment emparé de l’efprit de ce miferable Prince , qu’il ]ne luy laiffoit pas l’entendement libre 5 & fon cœur demeura dans un endurciffement déplorable. On ne fçait pas fi le Diable luy parloir , ni s’il luy apparoiffoit comme auparavant , de- puis que les Efpagnols furent entrez dans la Ville de Mexi- que 5 au contraire, on tient que du moment que la Croix de Jesus-Christ parut en cette Ville , les conjurations des Sorciers de Motezuma perdirent toute leur force , &c que les Oracles du Démon devinrent muets : neanmoins l’Empereur étoit fi aveuglé & fi abandonné à fes erreurs , qu’il n’eut point allez de vigueur pour les rejetter, ni pour recevoir ces vives lumières qui bnlloient à fes yeux. Cette dureté d’efprit fut peut-*être le miferable fruit de fes vices 8c de fes cruautez , dont il avoit offenfé la Divine Majefté 5 ou îe châtiment de cette criminelle négligence, qui luy faifoit prê- ter l’oreille, & en même-tems refufer fon confentement à la vérité, Sf ij , 1+ histoire de la conqueste Au bout de vingt jours, le Capitaine des Gardes que l’Em. pereur avoit envoie vers la frontière de Vera-Cruz , ame- na prifonniers Qualpopoca & fes principaux Officiers , qui s’étoient rendus fans refiftance , à la vûë du Sceau Impé- rial. Le Capitaine les conduifit droit à Motezuma : ce que Cortez permit ; parce qu’il fouhaitoit que ce Prince les o- bligeât à cacher l’ordre qu’ils avoient reçu de fa part , Si qu’il vouloit l’ébloüir par ces démonftrations de confiance. Après cela, cet Officier pafla avec fes prifonniers, à l’ap- partement de Cortez, à qui il les remit, en luy difànt de la part de fon Maître ; Que l'Empereur luy envoie fi ces coupa- bles afin qu'il tirât d'eux la vérité , é qu'il les punît avec tou- te là rigueur qu'ils avoient méritée. Le General s'enferma avec eux • Si ils confefferent d’abord les crimes dont on les char- geoit : D'avoir rompu la paix de leur autorité privée ,& provoqué, par une injufte guerre , les Efpagnols de fiera Crut, : Enfin , d'a- voir caufé le meurtre d' Arguello , exécuté de fang froid par leur ordre, fur un prifonnier de guerre. Ils ne dirent pas un mot de l’ordre qu’ils avoient de l’Empereur , jufqu’à ce qu’aïant reconnu qu’on alloit les punir rigoureufement , ils tâchèrent à fauver au moins leur vie , en le rendant complice de leur crime : mais le General ne voulut point écouter cette décharge , qu’il traita comme une impofture ordinaire aux coupabies’convaincus. La caufe fut jugée militairement ; Si on les condamna à mort , avec cette circonftance , que leurs corps feroient brûlez publiquement devant le Palais Impé- rial , comme criminels de leze - Majefté. Auffi-tôt on dé- libéra fur la maniéré de l’éxecution ; & il fut conclu de ne la pas différer. Cependant , Cortez qui craignoic que Mo- tezuma ne s’aigrît , Si qu’il ne voulût foûtenir des gens qu’on ne faifoit mourir que pour avoir obeï à fes ordres , ce Ge- neral refolut de le tenir en crainte , par quelque brufquerie qui eût l’apparence d’une menace , êc qui le fît reffouvenir de la dépendance en laquelle il fe trouvoit : fur quoy il prit un parti un peu violenc, qui fans doute luy fut mfpiré par la facilité que ce Prince avoir eue, de fe laiffer conduire en prifon , & par fa patience à toutes épreuves. Cortez fie donc apporter des fers qui fervoient entre -eux aux crimi- nels ; Se il alla trouver l’Empereur , fuivi d’un Soldat qui. DU M E X I QJÜ E. LIVRE III . 315 portoit ces fers à découvert, de Marine, & de trois ou qua- tre Capitaines. Il n’oublia aucune des reverences dont il témoignoit ordinairement fon refped à ce Prince * apres quoy , élevant fa voix , il luy dit fierement : jpue Qmipopo- ca & les autres coupables ètoient condamnez, à mourir , après a- & le General meme , nétoknt la que pour luy obéir. Neanmoins il reçut la parole de l’Empereur, qu’il ne quitteroit point le logis où il etoit alors , fous prétexte que les Efpagnols eftimoient trop l’honneur qu’il leur avoit fait, pour s’en priver fi tôt. Le fujet de la fortie de Motezuma pour aller à fes Temples, donna quelques fcrupules au General : fur quoy , afin den ti- rer le parti le plus raifonnable , Cortez obtint de ce Prince , que dés ce jour- là il aboliroit les fàcrifices du fang humain* On fe contenta de remedier ainfi à la partie la plus criminel- le de ces abus, parce qu’il n’étoit pas encore tems de s’atta- cher à leur entière guerifcn : de lorfqu’on ne peut afpirer tout d’un coup à ce qui eft de meilleur, la prudence veut qu’on par- tage la difficulté , afin d’en furmonter les inconveniens piece à pièce. Motezuma promit tout ce qu’on voulut > de en effet il fit défendre par tous fes Temples, l’ufage de ces facrifi- ces : de quoyqu’on doute s’il obferva luy- même fa défenfe, au moins il eft confiant qu’ils cefferent d’être publics * de fi l’on en fit quelques-uns, ce fut à portes fermées, comme un crime dont on fe cachoit. . • • » La pemiere vifite de l’Empereur fut rendue au principal DU M E X I QJJ E. LIVRE iv. 331 Temple de Mexique , où ii alla avec tout l’éclat de toute la fuite qui l’accompagnoit ordinairement. Il mena avec foi quelques Efpagnois , qu’il nomma de choific luy- même pru- demment , avant qu’on les luy eût donnez pour luy fervir de gardes , ou de témoins. Le Peuple célébra cette première vue de fon Prince, par de grandes réjoiiifïances : chacun en témoigna fa joie, par ces démonftrations qui compofoient leurs applaudiflemens. Ce n’efl: pas qu’ils l’aimafknt , ou qu’ils euflent perdu le fouvenir de l’oppreffion dont il les char-, geoit: mais le devoir faifoit en cette rencontre l’office de la vo- lonté j de l’éclat d’une Couronne fe fait refpe&er jufque fur le front d’un Tyran. L’Empereur recevoir leurs acclamations d’un air majeflueux, de avec quelque marque de reconnoifîance. Ce jour - là , il parut liberal jufques à l’excez , par piufieurs grâces qu’il fie aux Nobles , de par des diftributions entre le menu Peuple. Il monta au Temple, appuie fur les bras des Sacrificateurs, de s’acquita des devoirs les moins fcandaleux du culte qu’il rendoit à fes Idoles s après quoy il revint au logement des Efpagnois, à qui il fit de nouveaux compiimens, en leur fai- fant comprendre que le dégagement de fa parole l’obli- geoit moins à y retourner , que le plaifir de vivre avec fes amis. Depuis ce tems-Ià, Motezuma fortit librement j quelque- fois pour aller au Palais où fes femmes avoient leur logement 5 d’autres pour vifiter fès Temples, ou fes Maifons de plaifir s il rendoit neanmoins au General cette efpece de déference, de luy demander fa permiffion , ou de le mener avec foi , lorf- que la vifite qu’il alloit faire étoit d’éclat de de ceremonie. Cependant il ne pafla jamais une nuit hors du quartier des Efpagnois , de il ne parla point de changer : au contraire , les Mexicains s’accoutumèrent enfin à confiderer cette perfeve- rance , comme une faveur qu’il faifoit aux Etrangers ; en for- te que tous les Miniftres de les Nobles de l’Empire vinrent faire leur cour au General , de rechercher fon crédit, afin d’ob- tenir des grâces du Prince : de tous les Efpagnois qu’il hono- roit de quelque bienveillance particulière, recevoient des pre- fens de des refpeds de tout le monde ; avanture ordinaire en toutes les Cours , où les prières 6c les folli citations cri- T t ij 33 i HISTOIRE DE L'A CONQÜESTE gent toujours en Idoles les Favoris. Dans l’intervale de cette efpece de repos , Cortez n’oir- blioit aucune des précautions qui pouvoient établir fa fure- té , & avancer ces vaftes & fublimes deffeins qu’il fentoitr naître dans Ton cœur , fans qu’il fe propofât encore aucun ob- jet déterminé , ni qu’il pût démêler jufqu’où il étoit appel- le par la flateufe obfcurité d’une fi belle apparence. Auffi- tôt que le Gouvernement de Vera-Cruz fut vacant par la mort d’Efcalante, & que le fuplice de Quialpopoca eut rendu les chemins libres , le General nomma pour Gou- verneur Gonzale de Sandoval : mais afin de n’éloigner pas de fa perfonne en cette conjondure , un Officier brave & d’un grand mérité, Cortez envoïa à Vera.Cruz un Soldat parti- culier , nommé Aîonfe de Grado , en qualité de Lieutenant de Roi. Cet homme étoit habile , mais inquiet, & un de ceux qui s’étoient marquez dans les mutineries paffées. On crut que le General l’emploïoit afin de Iuy donner quelque fatis- fadion , & de l’éloigner : neanmoins ce fut une mauvaife po- litique, de mettre un homme qui n’étoit pas fur, dans une Place qu’il devoit conferver comme une retraite, ôc comme un rempart contre les infukes qui pouvoient arriver du côté de rifle de Cuba. La prefence de cet Officier auroit pu pro- duire de grands inconveniens , fi les vaifieaux que Velafquez avoit envoïez afin de foûtenir & dep ouflêr fes anciennes pré- tentions , fuffent arrivez un peu plutôt : mais le procédé de Grado redifia l’erreur du choix qu’on avoit fait de fa perfon- ne j car en peu de jours Cortez reçut tant de plaintes de la part des Habitans ôcdes voifins de la Ville de Vera Cruz, qu’il fut obligé de le faire amener prifonnier, & d’envoïer le Gouverneur en Chef. Cortez prit roccafion de ces divers voïages , pour faire a-r mener de Vera-Cruz, la mâture, les voiles, la ferrure, &; les autres agrez des navires qu’on avoit mis à fond. Son defièin étoit de faire bâtir deux brigantins , afin de fè rendre maître du paflàge fur le lac - ne pouvant oublier le difcours que les Tlafcalteques luy avoient rapporté, touchant la rupture des ponts & des chauffées. Il parvint infenfiblement , à faire fou- haiter à l’Empereur, de voir ces vaftes embarcations dont les Efpagnols fe fervoient 3 .& la facilité qu’ils avoient à les mettre D ü MEX I QJJ E. LIVRE ir. 335 en mouvement : ce fut là le prétexté fpecieux de cette nou- veauté. On difoit à Motezuma , Qu ils fai foi eut travailler le vent quand il leur plaifiit , afin de Joulager les rameurs : ce on ne pouvoit leur apprendre ce fecret fans démonftration } parce que les Mexicains ignoroient abfolument l’ufage des voiles- & l'Empereur croïoit qu’il y alloit de fa grandeur , que fes Ma- telots fe rendiffent habiles en cet art. On eut bien tôt tout ce que l’on fouhaitoit pour l’appareil des brigantins , dont on commença la fabrique , par le moïen de quelques Char- pentiers de navires qui avoient paffé avec Cortez, en qualité de Soldats. Les Charpentiers de la Ville leur aidèrent à cou- per 8c à conduire le marrein neceffaire à la conftrudion du corps de ces bâtimens, fuivant les ordres de Motezuma. Ain- fi les brigantins furent achevez en peu de tems : 8c l'Empe- reur voulut en faire Iuy même la première épreuve, en s’y embarquant avec les Elpagnols - afin de s'inflruire plus éxac» ternent de tous les fecrets de cette navigation. Pour ce fujet il fit préparer une-celebre chaiFe , en un des endroits du rivage où le lac entroit le plus avant dans les ter. res • afin de fe donner tout le tems necelFaire à Fes obferva- tions. Au jour marqué par l’Empereur, tous les canots qui le Envoient ordinairement , parurent fur le lac , remplis de Fes Officiers , 8c des Chaffeurs. On avoit augmenté le nombre des rameurs, dans l’efperance de donner une grande réputa- tion à la legereté de leurs bâtimens, aux dépens de ceux des Etrangers, qui leur paroiffoient pefans, 8c difficiles à manier. Ils ne furent pas long- tems en cette erreur r les brigantins, quf avoient le vent favorable, n’eurent pas plutôt déploie les voie' les, 8c mis les rames en l'eau, qu’ils laifferent bien loin der- rière eux cette fio:te de canots, avec une furprife extrême de tous les Indiens, Ce jour eut des agrémens particuliers pour les Efpagnols, qui outre les divertilîêmens de la chaffé, dont la nouveautéécles divers incidens redoubleront le plaifir, furent encore regaîez d’un fuperbe fefbin par l’Empereur. H fe plut tellement à railler fes Canoteurs, fur les vains efforts qu’ils avoient fait en voguant après les brigantins, qu’il fern- bioit qu’il tirât de la gloire de la viéEoire des Elpagnols. Au retour , toute la Ville accourut, pourvoir ce qu’ils ap. pelloient en leur langue les Maifons dotantes. La nouveauté ' Te iij 334 HISTOIRE DE LA CONQÜESTE fie Ton effet ordinaire dans les efprits : ils admiroient fur tour, le maniaient du timon 6c des voiles , qui félon leur penfée, commandoient aux vents 2c aux eaux. Les plus éclairez lotie- rent cette invention, comme un fecret de quelque art qui ex- cedoit la portée de leur efprit : 6c le vulgaire la confidera comme l’effet d’une fcience furnaturelle , ou d’un empire fur les élemens. Ce qui en refulta de mieux , fut que l’on reçut avec un applaudiffement general ces brigantins., dont la con- flru&ion avoit bien d’autres vues : 6c cette précaution du General eut fa part du bonheur qui l’accompagnoit en tou- tes chofes , puifqu’il éxecura ce qui luy étoit avantageux, 6c qu’il acquit aux Efpagnols un nouveau degré d’efti- me. Au même-tems, le General, fuivant fa vigilance 6c fon a<£ti-3 viré ordinaires , prenoit d’autres mefures. Il infinuoit dans l’efprit deMotezuma, 6c des Nobles, qui luy faifoient la cour, des fèntimens d’eftime 6c de vénération pour le Prince qui l’a- voit envoie. Il loüoit la clemence de ce Monarque ^ il van- toit fon pouvoir: 6c ces difeours coulez avec adreffe, firent une fi douce imprefîion fur le cœur des Mexicains, qu’ils en vinrent à fouhaiter paflionémcnt l’alliance qu’on leur propo- foit , 6e le commerce avec les Efpagnols , comme une chofe avantageufe à l’Etat. D’ailleurs Cortez faifoit un fond de lumières 6c de connoiffances importantes à fon defïèin, fans qu’il parût avoir d’autre motif, que ceiuy d’une pure cu- riofité dans la converfation. II s’informoit de la grandeur 6c des limites- de l’Empire de Mexique 5 des montagnes , des ri- vières , 2c des mines les plus confiderables $ de la diftance qu’il y avoit d’une mer à l’autre 5 la qualité de ces mers , les rades, 6c les ports les plus aiï'ûrez : fi éloigné, en apparence, du moin- dre deffein en ces obfervations que le fimple hazard luy faifoit tomber dans l’efprit , que Motezuma, afin de l’inftruire plus parfaitement, fit deffiner par fes Peintres , affiliez de quelques fçavansen cette connoiffance , une efpece de Carte Géographi- que, qui reprefentoit l’étendue de fon Domaine 5 fur quoy il fit remarquer à Cortez toutes les fingularitez dignes de quel- que attention : même il permit que quelques Efpagnols allaf- fent reconnoître les mines les plus fameufes, avec les ports 6c les rades propres à recevoir des vaifleaux. Cortez luy propofa, DU MEXIQJJE. LIVRE IV. 335 cette reconnoiffance, fouspretexte de porter à Ton Prince une Relation éxa&e de tout ce qu’il y avoit de plus confïderable en cet Empire : de Motezuma n’agrea pas feulement la chofe 5 il nomma des Soldats qui dévoient accompagner les Espa- gnols , de dépêcha par tout des ordres, afin de leur procurer les pacages libres , de de pleines informations de tout ce qu’ils voudroient fçavoir : ce qui marque qu’il n’avoit alors aucune inquiétude , de que fon intention s’accordoit parfaitement avec fes paroles. Qjoyque les nouveautez fuffent extrêmement à craindre en cette faifon , où elles pouvoient ruiner la confiance de la tranquillité 5 neanmoins nos Hiftoriens rapportent ici , une re- folution des Efpagnols , fi imprudente de fi mal concertée , que nous trouvons lieu d’en douter, encore que nous n’aïons point de raifons pour la fupprimer. Bernard Diaz affdre donc, qu’on fe détermina en ce tems-là , à mettre en pièces toutes les Idoles de Mexique, de à convertir en une Egfife, le prin- cipal Temple de cette Ville. François Lopez de Gomara,qui convient quelque fois avec ce premier Auteur , fur ce qui pa- roît le moins vrai- femblable , avoit déjà avancé la même cho- fe. Ils afFûrent que les Efpagnols forment, dans la refolution d’éxecuter ce projet, malgré les prières de la refiflance de Mo- tezuma : que les Sacrificateurs prirent les armes ; de que toute la Ville fe foûleva pour défendre fes Dieux. On ajoute que cette émotion dura quelque-rems , fans aller jufques aux voies de fait :• de qu’enhn la confideration du bien public de de la paix , obligea nos gens à laiflèr les Idoles en repos 5 en fe con- tentant de préparer une Chapelle , de d’éiever dans le Temple même , un Autel , où on mit la Croix de Jésus- Christ, de une Image de fa tres-fainte Mere, de où on célébra la Melle, qui fut chantée folemnellement : Que cet Autel y demeu ra long-tems fur pied, par les foins des Sacrificateurs , quis’ap* pliquoient tous les jours à le tenir propre, Se à le parer. H er- rera confirme cette Relation , de la pouffe encore plus loin , par quelques circonftances qui outrent un peu ce qu’on appelle les ornemens de la Narration, fitanteft que îa Rhétorique de FHiltoire fe mêle d’en employer quelques-uns. Il nous re- prefênte une procefîion fort devote, quoyque faite avec les armes à la main a exprès afin d’accompagner les faintes Images 336 HISTOIRE DE LA CONQUESTE jufques au Temple. Il recite au pied de la lettre, ou il corn- pofe une Oraifon que Cortez fit devant le Crucifix j 5c il étale une efpece de miracle, produit en faveur de la dévotion du General. Il femble que cet homme anime fon zele, pour nous perfuader un fait dont je n’ai pu découvrir le premier Auteur. C’eft que les Mexicains s’émurent enfuite , fur ce que le Ciel leur refufoit le fecours ordinaire de la pluie 5 & qu’ils accoururent au logis du General , avec une impetuofi- té qui tenoit un peu de la fedition. Ils crioient que leurs Dieux avoient retiré leur affiftance, depuis qu’on avoit intro- duit dans leur Temple des Divinitez étrangères. Pour cal- mer ce mouvement, Cortez leur promit, de la part de fon Dieu, une pluie abondante en peu d’heures : 5c le Ciel prit foin de dégager à point nommé la parole du General 5 ce qui remplit d’étonnement & d’admiration, l’Empereur &tous fes Sujets. On ne fera point de reflexion fur l'embarras où Cortez fc jetta , en fe rendant garant envers des Infidèles , d’un mira- cle qui devoit être une preuve de la vérité de fa Religion: cela pouvoit naître de l’ardeur de fon zele ^ 5c le merveilleux du fuccez ne doit point nous furprendre , puifqu’il fe peut faire qu'il eût alors quelque étincelle de cette foi vive, avec laquelle on mérité 5c on obtient les miracles : mais ce fait heurte fi fort la droite raifon , qu’on luy accordera difficile- ment fa croïance , fi l’on confïdere les lumières du General 5c le genie 5c la fcience du Pere Olmedo. On fuppofe nean- moins , que l’entreprife d'abatre k s Idoles des Mexicains , en la maniéré 5c au tems que ces Auteurs le marquent , ait eu le fuccez qu’ils luy attribuent : cependant elle nous fournit diverfes confiderations , qui nous obligent, au moins, à dou- ter fi elle ne pouvoit pas en avoir un autre. En effet , puif- qu’il efl permis à un Hiflorien de hazarder quelque- fois fon fentiment fur les a&ions qu’il rapporte j ne peut- on pas croi- re que ce qui avoit été fi difficile à Cozumel, devoit être impoffible dans une Ville fi peuplée ? On étoit parfaitement bien avec Motezuma $ 5c la tranquillité dont on joüifîoit a- lors , ’rouloit fur la bienveillance qu’il témoignoit aux Efpa- gnols : cependant il n’avoit donné aucune efperance de rece- voir les veritez de l'Evangile * au contraire, il avoit toujours la même D U M E X I QJ7 E. livre iy. m h même obftination en fon attachement aux erreurs de 1*1. dolatrie. Celuy des Mexicains étoit encore plus ferme i défendre leur culte impie, avec une dureté invincible: &iPs avoient alors une grande difpofïtion à fe foûlever contre les Efpagnols. Quelle politique pouvoir donc infpirer un pareil contre-tems , contre la volonté de Motezuma ? Si Ion con. Iidere le but de cette expédition , on ne le trouvera ni folj- de, ni raifbnnable: Faut-il commencer par le débris des Ido- les, à détromper les Idolâtres } 6c traiter une ceremonie exté- rieure, 6c dont on ne tire aucun fruit , comme un triomphe de la Religion ? On ne fe contente pas de placer des faintes Images en un lieu impur 6c abominable 5 on les commet en- core à la dilcretion des Sacrificateurs Idolâtres , expofées a leurs irreverences 6c à leurs facrileges • 6c on va celebrer le divin Sacrifice de la MeiTe , au milieu des infâmes limulacres du Démon. Voila les attentats que Herrera qualifie une Fac-‘ tion mémorable : c’eft au Le&eur à décider fur cette qualiJ té. Pour nous, ni la politique du monde, ni celle du Chrif. tianifme , ne nous fournilîent aucunes raifons qui puilTent fauver ces inconveniens : 6c fans rien prononcer fur la vérité de cet événement , on voudroit feulement qu’un procédé aufîî irrégulier que celuy qu’on rapporte , n’eût jamais été commencé, ou qu’on ne donnât point de place dans l’Hiftoire, à des veritez qui paroiRent incroïables. CHAPITRE IL découvre une confpiration qui Je formoit contre les Efpagnols , par le Roi de Tezeuco. Motezuma lap- paife par fon adrejfe & par les avis de (fortes , & châtie celuy qui étoit t auteur de la trahifon . L ’Entreprife des Efpagnols roula dés fes commencemens, fur des incidens qui n’avoient aucune proportion les uns avec les autres. Le repos 6c l’inquietude fe fuccedoient four à tour : refperance l’emportoit quelque- fois fur les obftacles ' ¥u 338 HISTOIRE DE LA CON'QÜESTE qui fe prefentoient • 6c d’autre. fois la confiance faifoit renaî- tre les périls : parce que tous les défichas des hommes, & leurs fiuccez font naturellement fujets a cette condition , que les biens 6c les maux ont une liaifon fi étroite, quils fe fui- vent de bien prés • 8c nous devons croire que cette inhabi- lité étoit nécefiaire , pour corriger le defordre de nos paf- L’aveuglement des Païens attachoit cette viciffitude a la révolution d’une roue imaginaire , formée de 1 enchaînement des fuccez heureux ou malheureux , 6c dont le mouvement droit reelé par un certain fantôme indifcret 6c volage, quils appelîoient Fortune -, abandonnant ainfià la difpofition du ha- 4rd, leurs defirsôc leurs craintes : quoyqu’en effet ce foit en vertu des fages decrets de la divine Providence , que le bon- heur 6c le malheur n’ont point d’état fixe 6c confiant en cette vie • afin qu’on poffede l’un, 6c qu’on foufFre l’autre, avec mo- dération • 6c que nôtre entendement s’élève jufqu’au fejour des Bienheureux, pour y trouver quelque chofe de rée* 6c daf- fûré. t . , Les Efpaenols avoient aflez de preuves de la bonne volon- té de Motezuma , 6c de l’eftime de fës Sujets*, cependant^ au même, tems qu’ils jouiflôient d’un repos fi favorable , il s éle- va une tempête qui penfa déconcerter toutes les mefures dè leur General. Elle fut excitée par Cacumazin, neveu de Mo- tezuma , Roi deTezeuco , 6c premier Eledeur de i Empire. Ce Prince, en la fleur de fon âge, avoir beaucoup d ambi- tion , 6c peu de jugement : 6c fur le confeil de fes feules paf- fions, il forma le deflein de s’acquérir une gioire immortelle entre ceux de fa Nation , en attaquant les Efpagnols , fous prétexté de rendre la liberté à fon Souverain. Sa dignité , 6c la nobleffe de fon rang, luy paroiffoient des titres aflez a.- vantageux , pour luy faire efperer la Couronne de i Empire à la première éleclion . 6c il crut que du moment qu’il auroit tiré l’épée', il pourroit s’en approcher de fort prés. Sa pre- mière démarché fut de laper infenfiblement les fondemens du refpcd 6c de l’efiime qu’on avoit pour Motezuma, en in- finuanc que c’étoit par pure bafleüe , 6c faute de courage, que ce Prince demeuroit dans une fujetion indigne de fon ca- radere. De là , il pafla.à des arccufacions contre les Efpagnols; DU MEXIQUE. LIVRE IV. 53 ^ il reprefèntoit , l'opprejjion que l'Empereur fouffroit par leur vio* lence , & /' autorité qu ils av oient ufarpée dans le Gouvernement , comme des principes d'une tyrannie insupportable s 8c il n oublioic aucunes des raifons qui pouvoient les rendre odieux 8c niepri. fables. Il répandit depuis, cette femence de révolté entre ces petits Souverains qui regnoient fur le grand lac de Mexique; 8c la difpofition favorable qu’il trouva en leurs efprits , le con- firma dans la refoîution d’éxecuter fbn deffein. Cacumazin af. fembla donc fecretement fes amis 8c fes parens en fon Palais, où fe trouvèrent les Rois de Cuyoacan , d’Iztacpalapa , de Tacu- ba 8c de Matalcingo , avec d’autres Seigneurs 8c Caciques du voifinage, qui avoient tous beaucoup d’autorité 6 c de répu- tation j 8c qui outre le grand nombre des gens de guerre dont iis étoient fuivis , fe piquoient d’être braves 6 c grands Capitai- nes. Ce Prince leur fit un difcours foûtenu de plufîeurs raifons, afin de donner l’apparence 6c la couleur d’un zeîe defintereffé, a fon ambition. Il exagéra , l'état miferable ou l'Empereur fe trou - voit , paroijfant avoir perdu j-ufques au fouvenir de fa propre liber- té } & l'obligation quils avoient tous , comme de fi delà Sujets , de confpirer a le tirer de cette indigne fervitude. Il prouva la fince- rité de fon zeie, par les liens du fang y qui l' oblige oient a pren - dre part aux difgraces de fon oncle . Après cela , Cacumazin fè détachant contre les Efpagnols : gu attendons - mus , dît il , mes parens & mes chers amis ? & quand ouvrirons - nom les yeux fur U honte de notre Nation , & fur U bajfejfe de notre patience î Nom quifommes nez, pour les armes , & qui établirons toute notre félicité en la terreur que stout portons dans lame de nos ennemls^nous haijfons la tète fous le joug honteux d'une Nation étrangère. Leur infolence efi un reproche à notre lâcheté , & ne croit que fur le mé- pris quils font de notre tolérance . Co^f devons le progreTjjutl ont fait en fi peu de tems , & nous reconnaîtrons bien - tôt notre mauvai » fe conduite , & ce que notre devoir nous demande. Nous les a- vons vu fe jetter dans la Ville capitale , fiers de quatre viïloires , ou le peu de ref fiance leur a Uififié prendre le titre de VailUns. Ils y ont fait une entrée triomphante , en dépit de T Empereur , contre la volonté de fia Noblejfe & de fies Minifires 3 ô* ils ont introduit avec eux -, des eficla ves révoltez, contre nous , qui paroiffient devant nos yeux les urnes a la main i a l'abri de leur, protection } feulant Y u ij ,,0 HISTOIRE DE tA CO N QUE STE lux pieds la gloire des Mexicains, afin à' élever un trophée à U va- n itè des Tlafcdlteques. ils ont oie U vu a un General de l Empiré? par un fuplice public & fcandaleux, en u/urpant fur les terres d’au- trui le droit des Magiftrats , & l’autorité de faire des Loix, En- fin , pour comble i'infilence , ils ont arrêté , dans fin logis menu t„ le çrand Motezouma. Ils l' ont enlevé par force de f on P*l*} s •' y* non contons de luy donner des gardes , a nôtre vue , ils Je font dé- chaînez, juf que s à cette indignité, d'outrager fa perfonne &famajefie, en le chargeant des mêmes fers qu'ils font porter a d' infâmes vo- leurs. Cela s'efl fait , nous le fiavons s mais qui pourra le croire > & le témoignage des yeux même n’eft-il pas recufable en cette oc- cation} quoyqu enfin ce fait une vérité pleine d’ infamie pour nous , au on doit enveloper dans le fitence , ou plutôt dans un eternel ou- bit. Jpu’eft-ce donc , bravos Mexicains , qui petit maintenant vous retenir ? Votre Empereur eft en prifon , & vous navez> pas encore* les armes à la main i Cette image de liberté dont vous l'avtz^vu jouir ces jours paffez^, nef qu’un pajfage trompeur, par cu tis l’ont conduit à un efilavage encore plus honteux ; puifqu ils régnent en Tyrans fur fin efprit,& qu'ils fe font emparez, de fa volonté t ce qui eft une efpece de prifin , la plus indigne d un Souverain. C'efi par là qu'ils nous gouvernent, & qu'ils nous commandent ab- folument > puifque celuy . qui eft en droit de nous commander , leur obéît. Vous voieK. qu'il abandonne le foin de fin Etat .• qu il n eft plus appliqué- à la confirvation des Loix’, & que fin cœur, autre- fois tout Rotai , n'a plus que labajfejfe d un efilave.^ Nous autres, fur qui l'Empire fonde fin appui, nous devons prêter nos épaulés en un befoin, afin d'empêcher fa chute. Notre devoir eft de join- dre nos forces , d'exterminer ces nouveaux venus , & de mettre no- ire Empereur en liberté '* Si nous luy de plat fons , en dcJJ'eiYAnt un peu les liens de nôtre ohetffance pour fin avantage , il connaîtra Ut bonté du remede , quand il fi verra délivré du mal. S'il ne le con - noit pas , Mexique ne. manque pas d'hommes dont la tète ptiijfe rem- plir dignement la Couronne ; & U n’ eft pas le premier de nos Rois, qui pour ne ftavoir pas régner, ou pour régner avec négligence, a. laiffi tomber le Sceptre dé fis mains. Cacumazin leur fat ce dif- cours avec tant de vivacité, qu’il emporta toutes les voix. Ils lancèrent d’eftroïables menaces contre les Efpagnols, & s’of* frirent de fervir en perfonne à cette faâion , à la referve du Prince de Matalcingo , qui étant parent de l’Empereur , au D'ü M.E X 1 QJJE. LIVRE iv. 341 même degré que le Roi de Tezeuco , avoir auffi Tes préten- tions à la Gouronne. Il pénétra le motif d’intérêt qui faifoit agir Ton corival, St refolut de faire échoüer fon deffein, c\v remontrant qu’il étoit neceffaire Sç conforme à leur devoir, d’en informer Motezuma -, puifqu’il n’étoit pas raifonnable de fe jetter , les armes à la main , dans une mai fon où il refidoic, avant que d’avoir mis fa perfonne en fureté s tant à caufe du péril auquel ils expofoient fa vie , que pour éviter la fâcheufç neceffité d’aller afFommer ces hommes entre les bras de leur Empereur. Tous les autres rejetterent bien loin cette propo- rtion , comme étant impratiquabie : St Cacumazin ne put s’empêcher de brufquer Matalcingo , qui foufFrit cette inju- re, afin de l'entretenir toujours dans fes efperances. L’aflem- blée fê fepara de cette maniéré, après avoir marque le jour S&: la forme de l’execution , St recommandé le fecret. Motezuma 8t Gdrtez apprirent cette conjuration , prefqu’etï même-tems : le premier en fut informé par un avis fecret, at- tribué au Seigneur de Matalcingo 5 St Cortez par le moïen de/ fes efpions St de fes confidens. Us fe cherchèrent auffi- tôt , afin de fe communiquer un fecret de cette importance : St l’Empe- reur fut allez heureux pour s’expliquer le premier , d’une ma- niéré qui prouva fa fincerité. Il rendit un compte éxad à Cor- tez, de tout ce qui s’étoit paflë. Il témoigna une extrême colere contre fon neveu , St contre les autres Conjurez 5 St i f propofa de les châtier avec toute la rigueur qu’ils meritoient s mais le General après Iuy avoir fait comprendre qu’il étoit 1 " bien inftruit de tout, par de certaines circonftances eflentieL les, répondit à Motezuma: £)uil avait bien du dé plafir d'ètn U edufe de et foûlevement de fes Sujets j & que cette y aï fin l'obli- geoit à p rendre fur fin comfte le rente de qu'il étoit neceffaire d'y ap- porter. fihfainfi il venoit luy demander la pemijfton démarcher droit a T ?%eueo, avec les Rfpagnols ; afin de f rendre le mal a fit four ce , & de luy amener Cacumazin , pieds & poings liez,, avant qu'il fe fût joint aux autres Conjurez^ é* quilles poufskt dans la mee^téf d' emploïer des remedes plus violent. Motezuma n’approuva point ce projet: au contraire, il le rejetta abfolument , çonoifFane* 4 >ien le préjudice que fon autorité St fon pouvoir recevraient, , s’il fe fervoit des armes de ces Etrangers pour châtier des at- tentats de cette qualité, fur des perfonnes auili confklerahte» 34 i HISTOIRE DE LA CONQUESTE dans Ton Etat. Il pria le General de diffimuler fon reffenti- ment, pour l'amour de luy. Enfin, il Iuy die pour derniere re- fol ut ion : Quil ne vouloit pas, & qu'il ri étoit pas a propos que Us BfpAgnols fijfent cette démarche , crainte que Vaverfion qui obligeoit les Mexicains a vouloir fe fe parer d'eux , ne Je tournât en une opi- niâtreté invincible . Qu_il ne demandoit d etre ajjifle que de leur confeil , afin de ranger ces rebelles a la Y ai fon h & que , s'il en etoit befoin, U fouhaitoit qu'ils fijfent l'office de médiateur en cette af- faire. . r Après quelques reflexions, l'Empereur crut quil Faloit eu faïer premièrement les voies de la douceur 3 6c que la dépen- dance de refped que fon neveu avoit pour luy, pourroit ap- paifer fon inquiétude , 6c le réduire à la raifon , Iorfqu'il luy rc- prefenteroit fon devoir, 6c l’engagement qu il avoit de fe con- ferver l'amitié des Efpagnols. A cet effet ü luyenvoïa un Of- ficier de confiance , pour luy lignifier l'ordre qu’il avoit de la part de l’Empereur j 6c luy dire , de celle du General : Qu il fouhaitoit fon amitié , & de le voir , afin de luy en donner des te- moiges effet? ifs. Mais Cacumazin, qui avoit déjà rejette les confeiis de l’obeïfïance , 6c qui n'écoutoit que ceux de lambL tion , répondit à Motezuma , avec toute Tinfolence d un hom- me abîmé -, 6c à Coïtez , avec tant de mépris 6c d’emporte- ment , qu’il obligea le General à demander une autre-fois a l’Empereur, la permiflion d’attaquer Tezeuco» Mais Mote- zuma rejetta encore cette propofîtion, 6c dit à Cortez, que cette affaire étoit de la nature de celles ou la teie devoit agir, avant que d’emploïer les mains 3 6c qu’il le laiflât fe con- duire fuivant fon expérience , 6c la connoiflance qu il avoit de l’humeur de fon neveu , 6c des motifs de fon extrava* gance. . Dés ce moment, il ne parla de cette a&ion avec fes Minif- tres, qu’avec une extrême réferve -, pareiflant méprifer le cri* me, à deflein d’endormir le criminel. Il difoir : Jj)ue cette au- dace de fon neveu ri étoit qriun emportement de jeunejfe ; un mou- vement d'un étourdi Jans aucune expérience . Cependant il dref- foit une conjuration fecrete contre le Confpirateur , par le moïen de fes propres JDomeftiques , qui n’avoient pas encore oublié leur premier 6c principal devoir , ou qui en rappelle- rez le fou venir, à la vue des prefens 6c des promefles qu’on DU M E X I Q^ü E. LIVRE iv. 345 leur fie. Motezuma obtint donc par cette voie , qu’ils fe.faifif- fènt durant la nuit, de la perfonne de ion neveu, dans fon propre logis ^ & qu’ils l’embarqua fient fur un canot qui étoit prêt. Il fut ainfi amené à Mexique, fans qu’il pût fe dé- fendre : êt l’Empereur laifià paroître alors toute fa colere, qu’il a voit tenue cachée. Ainfi , fans permettre à Cacurna- zin de le voir, ni vouloir écouter fes exeufes, il le fit met- tre, fuivant l’avis de Cortez, dans la prifon deftinée à h garde des Nobles , en le traitant comme coupable d’un crime irremiffible , & digne du dernier fuplice. Un frere de Cacumazin fe trouvoit alors à Mexique : il é- toit heureufement écliapé , peu de jours auparavant, des mains de ce rebelle, qui avoir voulu Je faire afiafiiner en trahi fon , fur quelques differens afiëz légers. Motezuma i’avoit reçu dans fon Palais , 8c au nombre de fes Officiers , afin de le met- tre à couvert contre les refiêmimens de fon frere. Ce Prince etoit vaillant 8e fage, fort eftimé à la Cour de Mexique , de extrêmement confideré des Vafiaux de fon frere. Lescircon- ffances de fa difgrace redoubloient encore l’eftime de l’affec- tion. Cortez jetta les yeux fur luy : & comme il vouloir s’en faire un ami , de l’attirer à fon parti , il propofa à l’Empereur de luy donner J’inveft.iture de la Seigneurie de Tezeuco , pnif- que fon frere s’étoit rendu incapable de régner , apres avoir confpiré contre fon Souverain. Il reprefenta, fu Un y avoit point de feuretc à punir du dernier fuplice , un criminel d’une fi haute con- fédération , en un terns oit les efprits des Nobles étoient en mouve- ment 1 Qu'en le privant de fa dignité , en le puniroit d'un autre genre de mort qui f mit moins de bruit , & fer oit neanmoins ajfez, rigoureux , pour imprimer de la terreur a tous fes partifims. Jfue le jeune homme quil luy propofoit avoit de meilleures inclinations . «Qu'il luy devoit déjà la vie , & qu il luy fetoit encore redevable dune Couronne \ & d'autant plus engagé a reconnaître ce bien- fait y quil avoit a le foutenir contre fon frere. Qu enfin , par cette dif- pofition , l'Empereur donnait par avance le Roïaume a ce luy qui en devoit heriter , & confier voit à fin fang la dignité de premier Elec- teur , qui étoit d'un fi grand prix dans t Empire. Cette penfée de Cortez plut tellement à Motezuma , qufiî la communiqua auffi tôt à fon Confeil , où on donna des grands éloges à k juflice 8e à la ckmence de l’Empereur : fur qqoy 34+ HISTOIRE DE LA CCWQÜESTE les Miniftres drefferent un Decret , en vertu duquel Cacuma- zin fut dépoffedé de toutes fes dignitez , fiuivant l’ufage qui fe pratiquoit en ce Païs-là , 8c fon frere nommé pour luy fuc- ceder au Roïaume 8c à l’EIedorat. Après quoy Motezuma lit venir le nouveau Roi: 8c durant l’acte de l’inveftiture, qui fe faifoit avec pompe 6c quelques ceremonies , il luy fitundif- cours , où il paroiffoit de la Majelté 5 reduifant en peu de pa- roles tous les motifs qui pou voient, engager le plus fortement là fidelité : à quoy il ajouta en prefence de toute l'aflemblée, Qx'il «voit pris cette refoltttien pttr le cottfeil de Certes^; afin de faire comprendre à ce Prince , qu’il etoit redevable de là Cou- tonne au General. On peut s'imaginer qu’il n’ignoroit pas ,cètte obligation : la conjoncture des affaires ne fouffroit pas qu’on enterrât un bien-fait de cette nature ^ mais il cfl; bon de remarquer les foins que Motezuma fe donnoit, pour infpirer à fes Peuples des fentimens favorables aux Efpagnols Sc à leur General. Le nouveau Roi alla bien-tôt prendre polîeffion duTrone à Tezeuco , où il fut reçu 8c couronné avec de grandes accla- mations, 8c une extrême joie. Chacun s’emprefToit à celebrer fon éxaltation : les uns par amour pour fa perfonne, 8c par la compaflion qu’ils avoient fentie de les difgraces : les autres par la haine qu’ils portoient à Cacumazin ; 8c tous enfemble , afin de témoigner que Ion crime leur failoit horreur. Tout 1 Empire applaudit à ce châtiment, qui punilToit les coupables fans ré- pandre' du fang : 8c on l’attribua à l’élévation du geme des Efpagnols, parce qu’on n’attendoit pas une femblable modé- ration de celuy de l’Empereur. Ce nouveau procédé fut d u- ne fi grande conlequence pour ébranler les autres Conjurez, qu’ils rompirent auffi-tôt les troupes qu'ils avoient ailemblées, 8c qu’ils implorèrent la clemence de l’Empereur. Pour cet effet, ils eurent recours à Cortez; 8c enfin ils obtinrent leur pardon , par fon interceffion. Ainfi cette tempête qui s’étoic formée contre luy, fut diffipée fi heureufement , qu’il fortit du péril avec un nouvel éclat ; en partie par fon adreffe, 8c en partie parce que les accidens mêmes luy furent favora- bles : puifque Motezuma crut luy être redevable du re- pos de fon Etat : que le premier Prince de l’Empire fut éle- vé par fa faveur à cette haute dignité ; 8c qu’il trouva r moien DU MEXIQUE, livre IV. ?4f moïen de s’acquérir ceux -mêmes qui avaient forsgé à le détruire, ÔC de fe faire un nouveau fond d’amis & d’ obli- gez. CHAPITRE III, Mot estima prend la refiolution de r enrôler Cortex , en répondant d fin Ambajjade . // affemble les Nobles de fin Empire , & difiofie leurs e/prits à reconnaître le Roi d'Efpagne pour le légitimé h entier de cet Etat ; en arrêtant quon luy rende le devoir d'obeïjfance , & quon luy paie un tribut , comme a un F rince qui défi cendoit de leur premier Conquérant . L Orfque le calme eut fuccedé d ces mouvemens qui a- voient attiré tous les foins de l’Empereur, iUfentit ces clancemens de fraïeur que la mémoire du péril laifïe dans l’i- magination. Il fie un retour en luy- même , fur l’état auquel il fe trouvoic. Il luy parut que les Efpagnols faifoient un long fejour à fa Cour 5 & qu’ils regardoient comme un droit acquis fur là liberté , la bonté qu’il leur témoignoit : fur quoy il prit la refolution de fe familiariler moins avec eux , 6c dé pren- dre une autre conduite à i’excerieur. Il voïoic bien que le pretexte dont Cacumazin s’étoit fervi pour fe foûlever, tour- noit à làconfufion j puifqu’on attribuoit là bonté dune baflelle d’elprit : 6c il y avoit des momens où il s’accufoit d’avoir donJ né occasion à ces murmures. Ce Prince fentoit la diminution de fon autorité dont lajaloufie tient toujours un poke fort proche de la Couronne, 6c le premier lieu entre les pallions qui commandent aux Rois. Il craignoitqueles Sujets nere- îombalTent en de nouvelles inquiétudes , & qu’on ne rallumât quelques étincelles de ce feu mal éteint. Il auroit bien vou- lu dire d Cortez , qu’il hâtât le terme de fon retour : mais il ne trouvoit pas les ouvertures propres d luy faire cette pro- pofition avec bienfeance j parce qu’on n’ofe faire un libre -aveu de ces foupçons qui paroi lient une efpece de crainte, Xx 54 ue le Roi des ’Bfpagnols , Souverain de ces Ré- gions Orientales , ètoit le légitimé fuccejfeur de Qufialcoal : ajou- tait , Que ce Monarque étant celuy qui âevoit donner la naiffince à ce Prince tant fouhaité parmi les Mexicains , promis tant de fois par leurs Oracles & par les Prophéties , pour lefqtielles on avoit tant de rcfpett , ils dévoient tous reconnaître ce droit héréditaire en fi perfonne , en rendant à fin fing les hommages qu’en fon abfince on avoit déferez au droit d élection. Jpue Jî le Roi di Ef pagne é- tolt venu maintenant en perfonne , comme il avoit envoie fes Am - DU MEXIQUE. LIVRE IV. 349 y a -fadeur s, luy même qui leur fâtloit , avoit tant d'amour four U raifon & four fes Sujets , que le fins grand fien qu'il fournit leur procurer , feroit d'être le premier à Je dépouiller de U dignité qu U' pojfedoit j en remettant a fis pieds la Couronne , pour luy en laijfer U difpofition abfelue , ou pour U recevoir de fa main. Cependant comme il fe fentoit redevable a la bonté de fes Vieux 3 de luy avoir accordé le bonheur dé voir arriver de fin tems une connoijfance fi defirée , il voulait être le premier a déclarer fa joie , qui ne pou- voit être trop empnjfee en cette occafion. £h£ il avoit donc refilm d offrir dés ce moment fion obeïjfance a ce Monarque , & de luy faire quelque fervice confidetable s aïant deftiné pour ce fujet , les fins riches joiaux de fion trefior . figé il fiuhaitoit que fa Noblefe fuivit fort exemple , non feulement en s'acquittant de la même re- connoijfance $ mais encore en l’ accompagnant de quelque contribution de leurs biens : afin que le fervice étant plus grand, en parât plus é- datant aux yeux de ce Prince. Morezuma finie ainfi ion difeours , qu’iï ne prononça pas neanmoins touc d’une fuite . puifque malgré les efforts qu’il fe fît en cette a&ion , quand il vint à fe déclarer Vafîal d’un autre Prince, la déclaration luy parut fi outrée, qu’il demeu- ra quelque- tems fans trouver des termes propres à cette ex- preffion : & en la formant , il s'attendrit fi ouvertement , qu’on vid quelques larmes couler fur fon vifage, comme arrachées par force de fes yeux. Les Mexicains , qui connurent fon agi- tation, ôc la caufe don elle procedoit, accompagnèrent la douleur de leur Prince, par des fanglots pouffez avec moins de retenue 5 voulant, comme il fembloit , avec un peu de fla- terie, que leur fidelité fit du bruit. C’eft ce qui engagea Cortez à demander permiffion de parier, afin de raffiirerMo- tezuma,en difant : feus l intention de fon Roi et oit fort éloignée de le depoffeder de j a dignité , d" qu il n' avoit aucun dejfiin d infra* duire une nouvelle forme de Gouvernement en fion Empire s puifquil ne demandait prefentement que lé clair ciffemenî de fan droit , en fa - veur de fis defiendans r â caufe qu'il était fi éloigné des Régions qui compofaient ce Vafie Empire fi occupé à d autres conquêtes , qu'en ne verront peut-être arriver de très long- tems le cas dont leurs tra- ditions avoient parlé. Cette proteftation raffiira l’efprit de Mo- tezuma : il reprit un air tranquille, & acheva fon difeours, ainfi qu on 1 a rapporté. L’étonnement ôc la confufion s’ enx- Xx iij 35 o HISTOIRE DE LA CONQPESTE parèrent de i’efpric des Mexicains , lorfqu’ils entendirent la re- folution de l’Empereur. Elle leur parut difproportionnée , êc indigne de la Majefté d’un Monarque fi puiflant, êc il jaloux de Ion autorité. Ils le regardoient , fans qu’aucun eût la har- dieflé d'y répondre , ou d’en convenir 5 ne fçachant de quelle maniéré ils dévoient ajufter leur réponfe fur les fentimens du Souverain. Ce filence refpedueux dura jufques à ce que le premier Magifirat, mieux informé des intentions de l'Empe- reur , prit la parole , ÔC dit.* Que tous les Nobles qui aflf oient at * Cenfeil , remettaient Motezuma comme leur Roi, & comme Leur Seigneur naturel & Légitimé ; & qu'ils étaient dfpofez d' obeïr avec emprejfc. ment, a ce quil leur propofoit par fa bonté , & qu il leur or donnoit par fon exemple , pmfquils ne doutaient pas quil ne l'eut bien médité , & confite avec le Ciel ; & qu'ils n av oient point d’inftru- ment plus facré que celuy de fa voix > pour apprendre La volonté des Vieux- Tous fe rangèrent à cet avis : 6c Cortez prenant à fon tour l’occafion de marquer fa reconnoidance , didâ à fes Truchemens un autre difcours , qui n’étoit pas moins adroit que le premier : Il remercia MoteTgtma , & toute l'affifiance , de ce témoignage de leur bonne volonté î acceptant au nom de fon Roi, le fervice quils luy offraient : & réglant fes complimens fur ce principe, qu’il ne faloit point paroître furpris qu’ils rendirent ce devoir à fon Prince , de la même maniéré qu’un homme qui reçoit ce qui luy eft dû, fe contente d’agréer lexaditudede fon debiteur. Les larmes que Motezuma répandit ne donnèrent point en- core de foupçons au General, fur cet effort de la libéralité de ce Prince • êc il ne découvrit point que fon but étoit de le renvoïer. Sur quoy il étoit excufabie en quelque forte , de s’être laide entraîner au premier bruit -, parce quVïant trou- vé l’opinion de ces defcendansde Quezalcoal, établie entre les Mexicains, comme une vérité très - confiante • êc une ferme perfuafiom que le Roi d’Efpagne étoit indubitablement un de ces defcendans 5 l’hommage qu’ils luy rendoient ne paroiddit pas fi irrégulier à Cortez, qu'il dût le croire affedé , ou plein d’artifice. & Sur cette fuppofition,il pouvoir encore attribuer les pleurs de Motezuma, êc la douleur qu’il fouffrit à fe déclarer Vadàl d’un autre Prince, au mal qu’une Couronne fait quand on vient à la détacher, êc qu’on mefure l'extrême didance qui ell DU M £ X 1 QJO E. LIVRE IV. 35c «ntre la Souveraineté & la Sujétion : ce qui eft , à la vérité, une de ces rencontres cù l’eiprit peut être abatu , fans faire tort à là grandeur de l'ame. Neanmoins on doit croire, qu’encore que Motezuma regardât le Roi d’Efpagne comme le légitimé fuccefTeur de l’Empire de Mexique, il n'avoir pas deiïein de tenir tout ce qu’il promettoit. Sa vûë éroit , de fe débarr'a'fler des Efpagnols , 5e de gagner du tems • afin de prendre les me- Rires fur le confeii de fon ambition, fans faire beaucoup d’au rention à fa parole: 6c l’on ne doit pas s’étonner de voir entre ces R_ois barbares la diffimulàtiotf. , dont l’artifice, capable de perdre d’honneur un particulier 5 a été neanmoins confia^ cré, comme un art neceflaire pour regner, par d’autres, bar- bares en politique. Quoy qu’il en foit , l’Empereur Charles - Quint fut de ce jour-là , reconnu comme le légitimé fuccefieur héréditaire a l’Empire de Mexique dans l’opinion de ees Peuples effecti- vement deftiné par le Ciel , à prendre une pofTeffionpIus réel- le de cette Couronne. On dreffa un aéte public de cette dé- claration , avec toutes 1 es folemnitez qui parurent neceflaires,- fuivant le ftile des a&es de foi hommage qu’ils rendoient à leur Souverain. L’aveu que Motezuma 5 c fes VaiTaux en faifoient à l’Empereur,, luy donnoit quelque ehofe déplus que le nom de Roi , ôc fut comme une myfterieufe infmuation da titre qu’il acquit depuis par le droit de fes armes , fondé fur une j ufte défenfe , ainfi qu’on le verra enfuite: eirconftance particulière en la conquête de Mexique, qui fervit à juftifier l’acquifition de cet Empire f outre les. autres confiderations generales fur lefquelles -, en d’autres endroits la guerre n’effe pas feulement permife , mais encore juile & raifonnable, au- tant de fois qu’on la. réduit aux termes d’un moïen necelïaire pour introduire l'Evangile, HISTOIRE DE LA C ONQJCJ EST E 35 * CHAPITRE IV. Cortex efl mis en pojfejfwn de l'or & des pierreries qui compofoient les prefens de t Empereur & des Nobles . Mot ec^ma luy dit avec fermeté > qu il fe préparé a * partir . Corte ^ cherche à prolonger fin départ , fans répliquer à l'Empereur > au même - tems qu'il reçoit lavis que des vaijfeaux Efiagnols font arriver à la cote. M Otezuma rfépargnoit aucuns foins pour parvenir à ce qu’ii fouhaitoit refolu de ménager jufques aux mo^ mens , afin de renvoïer plutôt les Efpagnols j 6c fentant un é- tat violent en cette efpece de fujetion qu’ii croît obligé de eonferver, afin qu’elle ne ceflat point de paroître volontaire. Il mit donc entre les mains de Cortez, le prefent qu’il tenoit tout prêt , compofé de pluiieurs pièces curieufes d’or, 6c quel- ques pierreries, dont les unes fervoient à l’ornement defaper- fonne , 6c les autres à la feule oftentation -, pluiieurs joïaux d’or en figure d’animaux, d’oifeaux 6c de poifibns, dont l’ar- tifice n’étoit pas moins précieux que la matière $ grande quan- tité de ces pierres qu’ils appellent encore Chalcuites , delà couleur des émeraudes , 6c qu’ils eftimoient alors folement au- tant que les diamans* 6c divers tableaux de plumes , dont les couleurs nées avec elles , imitoient plus parfaitement la natu- re , ou avoient moins à feindre pour l’imiter : prefent d’un cœur Roïal qui fe fentoit opprefTé, 6c qui vouloir mettre à prix fa liberté. Les prefens des Nobles Mexicains fuivirent de prés celuy de leur Prince, fous le titre de contribution. Ils confiftoient en pièces d’or, 6c en autres bijoux de même qualité • en quoy ils efîaïerent de fe furpafier les uns les autres, à deffein, com- me il fembloit, de renvier fur l’obeïfïance qu’ils dévoient aux ordres du Souverain , 6c mêlant à ce devoir un peu de vanité. Tout cela étoit adreffe à Motezuma , 6c pafibit par fon or- dre au DU MEXIQJJE. LIVRE IV. îfj dre au quartier des Efpagnols. On nomma un Intendant & •un Treforier, afin de tenir compte de ce qu’on recevoir.- & on aflembla en peu de jours , une fi grande quantité d’or , qu’en refervant les joïaux de plus grand prix, avec les pierreries & fàilànt fondre le relie , il monta à la fomme de fix cens mille marcs d’or en barres , de bon aloi } dont on tira le quint pour le Roi , & un autre quint pour le General , d’un commun con- lentement de tous les Soldats, & à la charge de prendre fur fou compte les dépenfes publiques, & neceflàires àtoutel’ar. mée en general. Cortez mit encore à part la fomme pour lal quelle il fe trouvoit engagé envers Diego Velafquez , & ce qu’il avoit emprunté de fes amis en I’Ifle de Cuba : le relie fut partagé entre les Capitaines & les Soldats, y comprenant ceux gui Croient i Vera-Cruz. On fit les parts égalesàceux qui a voient quelques emplois: mais on mit quelque différence entre les fimples Fadionnai- Jes; parce qu’on donna une plus grande récompenfe à ceux qui avoient témoigné moins d’mquietude dans lesmouvemens qui s’étoient pallez : équité dangereufe, où la récompenfe eft offenfante , & la comparaifon odieulè. Elle attira aufli de grands murmures , & même des paroles infolentes contre Cor- tez & contre les Capitaines 5 parce qu’à la vûë de tant de ri- chelTes , ceux qui avoient le moins de mérité pretendoientune récompenfe égale aux autres. Cependant on ne pouvoir pas fa- tisfaire leur avarice: & il n’étoit pas à propos de publier les rai- ions de cette inégalité. Bernard Diaz a traité cet article avec peu de difcretion. Cet Auteur a gâté beaucoup de papier, apeferôt à groffir ce que les pauvres Soldats Souffrirent en ce partage $ jufquesà rappor- ter comme de bons mots, ce que celuy-ci, ou celuy-là avoient dit dans les promenades. Ce qu’il en a dit en effet, Sent plus le pauvre Soldat que l’Hiflorien : neanmoins Herrera l’a fui- vi avec beaucoup de confiance, & peu d'attention 5 puifque ce n’eft pas une moindre prévarication dans l’Hiftoire , de ne toucher qu’en pafîant les choies fur lefquelJes on doit ap- puïer , que de s’arrêter long tems fur celles qu’on pourroit fup- primer. Cependant ces deux Auteurs conviennent que le dé- goût des Soldats ceiïa, par la libéralité que Cortez fit de fbn propre fond , à ceux qui fe plaignoient «• fur quoy ils donnent Y y „ + HISTOIRE DE HA CONTESTE de ffrânds cloges à. lâ . generofite Ô£ âu deluircrefîbmeîît du General , en fe°contentant de détruire ce qu’ils n’avoient qu’à effacer de leur Narration. Audi* tôt que Motezuma , Sc les Nobles de fon Empire, eu* rent rendu l'aveu de leur obeïffance, que ce Prince avoir pro- mis dans l’a Semblée , il fit appelier Gortez , 8c prenant un air révéré, contre fa coutume , il luy dit : gu il étoit a propos quil fonrtat à s’en aller , puifqu il avoit reçu toutes fes dépêches. Que tous les motifs ou les prétextés de fon fijour aïant cejfé , apres avoir reçu une réponfe fi favorable a fon Roi , les Mexicains ne pour- raient fe perfiuader que Cortex, n’eût des visés dangereufes , s'ils le voïoient infifier fans fuj et à demeurer à la Cour ,• ni luy ne pour- roit plus fbitenir fon parti , du moment qu'il abandonnerait celuy de la ration. Cette maniéré d’infinuer fes volontez en peu de mots 8c en forme de menace , avec toutes les marques d’un delfein prémédité, furprit li fort le General , qu’il fut obligé d'appeller toute fa modération pour y répondre. Il recon- nut alors l’artifice des liberalitez de Motezuma, 8c des fa- veurs qu’il avoir étalées en la derniere aflémblée : ce qui fit naître quelques mouvemens en fon cœur , pour répliquer à ce Prince d’une maniéré ferme , en s’appuiant de cette fupe- riorité de genie qui luy donnoit quelque empire fur fon ef- prit. Soit qu’il n’eût que cette vûë, ou quevoïant Motezuma parier avec tantde hauteur , il foupqonnat qu il n eut préparé quelque fecours de referve , Cortez ordonna fecretement a un de fes Capitaines, qu’il fît prendre les armes aux Soldats, 8c qu’il les tînt prêts à recevoir fes ordres : mais une refle- xion plus modérée étant venue à fon fecours, il fe détermina tout d’un coup , à témoigner de la foûmiffion aux volontez de l’Empereur ; 8c afin de donner quelque couleur au retarde- ment de fa réponfe, il s’excula galamment d’avoir paru embar- rafle lorfquil l'avoit vu plus émû qu’à l'ordinaire , quoyque ce au il 'luy ordonnoit fut fi conforme à la rai fon. Cortez ajouta : bail allait fongtr à prejfer fin départ. Qu'il avait déjà préparé p7ur ce fuj et , toutes les chefs dont il avott befom : & que défé- rant éxecuter ce dejfein, fans différer davantage , il avait refila de luy demander congé de faire confiruire quelques vai féaux propres i une fi longue navigation 5 put fia il n ignorait pas la perte ae aux qui favoient amené fur les côtes de fin Empire, ii mar* D D M E X I QJJ E. LIVRE IV. 355 cquoit ainfi Ton obeïfîance, lorfqu’il en fufpendoit l’effet - y éc il gagnoit du tems, en fe cirant de l’embarras où on i’avoic poulie. On a dit que Motezuma avoit cinquante mille hommes tous prêts à foûtenir fa refolution , êc qu’il étoit déterminé à fe faire obeïr par la force même, s’il étoit neceffaire. Il eh: certain qu’il apprehendoit fort la répliqué du General , & qu’il ne vouloir pas rompre avec luy , qu’à toute extrémité • car il i’embralla avec beaucoup de fatisfa&ion , & loüa fa réponfe d’une maniéré qui fit voir qu’il n’en efperoit pas une pareille. Il fe fentoit obligé à Cortez , de ce qu’il luy épargnoit une occafion de fe broüiller avec luy 5 parce qu’il avoir pour fa perfonne une eftime où il entroit de l’inclination , êc même quelque forte de refped. Ainfi ce Prince , très « content de fe voir déchargé d’un grand fujet de chagrin , dit au Gene- ral : Qu il ri avoit aucune intention de précipiter le départ des Efo fagnols , fins leur fournir les cbofes necejfiires a ce volage. Qu il donnerait ordre au plutôt , a la conftruHion des vaijfeaux. Cepen- dant , que Cortez, ne devoit changer rien a fa conduite , ni s'éloi- gner de fi perfonne 3 puifquïl fuffifoit pour U fitisfa ffion de [es Dieux y & pour le repos de fes Sujets , quil eut marqué avec quelle promut ude il fouhdtoit obeïr aux premiers , & complaire aux au- tres. Le Démon fatiguait alors Motezuma, par d’horribles menaces , en fe fervant de l’organe de fes Idoles , pour l’irriter contre les Efpagnols. Cet Empereur n’étoit pas moins affligé par les nouveaux bruits qui s’élevoient entre les Mexi- cains , contre la foûmiffion qu’il avoit faite en fe déclarant Tributaire d’un autre Prince : ôc il confideroit ce dechet de fon autorité, comme une nouvelle charge qui tomberoit quel- que jour fur les épaules de Tes Vaffaux. Ainfi ce Prince fe îrouvoit combatu, d’un coté par la politique, êc de l’autre par la Religion : 5 c il ne fe fit pas un effort médiocre, en ac- cordant cette permiffion au General 5 puifqu’il n’avoit pas moins de vénération pour fes Dieux , que de fuperflition pour l’idole de fon ambition. On donna promtement les ordres neceffaires à la conftruc- tion des vaiffeaux. On publia le départ : ôc Motezuma fit commander à tous les Charpentiers qui fe trouvoient fur la côte ÿ de fe rendre àUiüa 5 marquant les endroits où on cou- Yy ÿ $6 H I S T O I RE DE LÀ CON QÜ E ST E peroit le bois , 6c les Bourgs qui dévoient contribuer des In- diens de charge , afin qu’on les conduisît fans remife aux hô- teliers. Cortez de fon côté , affedoit de fe tenir dans les ter- mes de i’obeïffimce. Il dépêcha les Ouvriers-, 6c les Officiers qui avoient conduit la fabrique des brigantins, 6c qui étoient connus à Mexique. Il difcourut en public avec eux , du porc 6c de la qualité des vaifleaux 3 ordonnant qu’ils y emploïafîent le fer, le cordage, 6c les voiles de ceux qu’on avoit enfon* cez : 6c tout cela paroiffoit fait pour les apprêts d’un voïage qu’on avoit refolu 3 ce qui affoupit les inquiétudes dont lesef* prits étoient émus, 6c ralTura.au General. la confiance de Mo t rezuma. Lorfque ces Officiers furentprêtsà partir pour aller à Vera- Cruz , Cortez parla en fecret à Martin Lopez, né en Bifcaïe, 6c qui avoit la principale conduite de cet ouvrage , où il-n'é- toit pas moins habile, qu’il étoit brave Soldat. Il luy recom- manda de ne prefler pas la conftrudion des vaiffeaux 3 6c de mener cette affaire avec, tant d’adreffe , qu’on gagnât du tems, fans faire paroître de la négligence. Le but du Gene- ral étoit, de fe maintenir en cette Cour fous ce pretexte 5 6c de fe ménager du rems jufques au retour de fes Envoïez, Portocarrero 6c Montexo. Il efperoit qu’ils luy ameneroient quelques fecours , ou au moins une lettre de l’Empereur , avec les ordres dont il avoir befoin pour la conduite de fon entre- prife 3 n’aïant jamais abandonné la refolution de la pouffer à bout * 6c en cas qu’il fe trouvât forcé de fortir de Mexique, à la derniere extrémité, il avoir refolu d’attendre ces ordres à Vera-Cruz j afin dé fe couvrir des; fortifications de cette Place, 6c de s’appuïer du fecours des Nations de fon alliance, pour: faire tête aux Mexicains : admirable confiance, qui ne fe for- fioit pas feulement entre les difficultez prefentes 3 mais qui s’ar- moit encore contre les coups du hazard; Un nouvel accident vint déconcerter toutes ces mefures , 6c donner un nouvel emploi à la prudence 6c au courage du General. Motezuma fut averti que dix huit navires étrangers: paroiffoient à la côte d ülüa-, 6c fes Officiers en ce quartier- là, luy envoïerent le portrait de ces vaiffeaux, fur les toiles qui leur tenoient lieu de miffives, avec les figures des hommes qu’on avoit pu remarquer, 6c certains caraderes qui expri- DU MEXIQUE. LIVRE IV. yyj m'oient les conjectures que ces Officiers avoient faites fur les de (Teins de ces hommes , qui paroiiïoient Efpagnols , en un tems ©ù l’on traitoit de renvoyer ceux qui croient à la Cour. On ne fçait pas l’effet que ce tableau fie fur Tefprit de Motezu- ina. Quoy qu’il en Toit, il fît d’abord appeiier le General* 6c après luy avoir montré la peinture, il iuy du : Que les prê~ \ parati fs qu'on fai fait pour fin volage ri étoient plus necejfiires , puifi que des vaifleaux de fa Nation ctoient arrivez, à la cote , ou il pourrait s embarquer. (Sortez regarda ce tableau, avec plus d’ata tention que de furprife : 6c quoi qu’il n’entendît rien aux carac- tères qui Texpliquoient, il en comprit a fiez par les habits des Soldats , 6c par le port 6c la fabrique des vaifTeaux , pour ne douter pas qu’ils ne fuffent Efpagnols. Son premier mouve- ment le porta à fe réjoüir du retour de fes Envoïez , qu’il crut fort certain , 6c du fecours qu’il efperoit d’un fi grand nom- bre de vaifTeaux. L’imagination s’attache aifément aux cho- fes qu’on fouhaite : 6c Cortez ne put fe perfuader qu’une fi puifTante flotte vînt traverfer fes defleins> parce que fa manié- ré d’agir v noble 6c fincere 5 ne luy permettoit pas d’avoir d’au- tres penfées * 6c qu’un efprit droit 6c bien intentionné , fent de ia peine à tourner fes vues fur ce qui choque la jufiiee ôc la- raifon. Sa réponfe fut : Qu'il partiroit fins remifi ,fi ces navires retournaient bientôt enEfpagne : 6c fans paroître étonné que Mo- tezuma eût reçu les premiers avis de leur arjivée, parce qu’il eonnoifToit l’extrême diligence de fes Gouriers , il ajouta : Que les Efpagnols qui demeuraient à Zempoala ne tarderaient pas à luy apprendre cette nouvelle s & qu alors on fçauroit prêcifément lk route & les dejfeins de cette flotte : & on verrait s'il et oit neceffain de continuer la fabrique des vaijfe aux , ou fi l'on pourvoit s'en pafler pour faire le volage. L’Empereur approuva cet expédient* fe rendant à la raifon , 6c fçaehant bon gré au General de fou o beï flan ce . Les lettres de Vera-Cruz vinrent bien- tôt après. Sandoval mandoit .* t Que ces navires appartenaient à Velafquez s & qu'ils port oient huit cens Soldats Efpagnols , 4 dejfein de combatte Cortez^ & de s oppo fer a fi conquête. Le General reçut cette atraque imprévu©. en prefence de Motezuma • ,6c il eut befoin de tou* te la force de fan efprit , pour couvrir le trouble où elle le j^ttoit. Il voioit naître le danger, d’où- il attendoù le fecours :■ Y y. i’j 35 § HISTOIRE DE LA CONQLJESTE la conjonéture étoit terrible , & le mai preffant de toutes parts ,5 peu ou point d’aflurance du côté des Mexicains, Scies enne- mis fur ia côte. Neanmoins il fit ce qu’il put pour raffûrer fon vifage j il cacha fes chagrins à l’Empereur, êt adoucit la nou- velle entre les Soldats : après quoy il fe retira , afin de raifonner fans paffion fur cet embarras, 6c avoir plus de liberté d’efprir pour courir promtement au remede. CHAPITRE V. On rapporte les nouvelles mefures prifes par F üafque\ pour ruiner Hernan fflorte^ F armée & la flotte que Vdafque ^ envoie contre ce General , fous la conduite de Pamphile de Narvae^ L'arrivée de ce Comman- dant a la cote de la Nouvelle Eflagne ,* & fon pre- mier effort pour réduire les Efpagnols de Vera- Cru % N Ous avons Iaiffé Diego Velafquez affiegé de foupçons de défiances , irrité d’avoir fait de vains efforts pour retenir Cortez, Sc diffamant, fous le nom de trahifon, le par- ti que celuy-ci avoit pris, de s'échaper aux violences dont on le menaçait. Velafquez cherchoit fous ce titre, à donner un honnête prétexté à fa vengeance , lorfqu’il reçut les lettres du Licentié Benoît Martin fon Chapelain , avec la qualité d’Ade- lantado, au nom du Roi , non- feulement en l’Ifle de Cuba, mais encore en toutes les Terres qui fe découvriroient , ou dont on feroit la conquête fous fa conduite. Son Chapelain iuy apprenoit encore , la bienveillance, ou la reconnoiflance dont l’Evêque de Burgos Prefident des Indes, embrafloit & défendoit fes intérêts, contre les Envolez de Cortez, qui en avoient été mal reçus: mais il luy donnoitavis en même tems, de la bonté que l’Empereur avoit témoignée à ces Envoïez, en leur donnant audience à Tordefillas • du bruit que les ri- cheffes qu'ils apportoient , avoit fait en Efpagne * & des hautes idées que l’on avoit conçâës de cette conquête § i — — iiiivjtJ DU M E X I QJJ E. LIFRE ir. 359 que Fon mettoit fore au-deflus de toutes les autres. La nouvelle dignité de Velafquez éleva fes penfées 5 les fa- veurs qu’il avoit reçues du Prefident , augmentèrent fa pré- emption : Ôc comme les pallions croilîent dans les hommes avec leur pouvoir, 6e qu’elles prennent d’autant plus d’em- pire, qu’elles fe voient foûtenuës par plus d’autorité j leGou- verneur fe crut auffi d’autant plus engagé à fe rehentir de l’ofFenfe qu’il croïoit avoir reçüë, qu’il regardoit alors avec un air de fuperiorité, qui luy perfuadoit que ce fentiment qui naiiïbit d’une pure jaloufie, ne regardoit que fa propre j unifi- cation. Les applaudiiTemens que l’on avoit donnez d Cortez, affîigeoient Velafquez, 6c outroient fa patience: 6c quoyqu’il ne fût point fâché de voir cette conquête fi avancée , parce que les réglés du devoir naturel à un Sujet, confervoient dans fon cœur la place qui eft dûë au fervice de fon Roi 5 nean- moins il ne pouvoir fouftrir qu’un autre que luy en enlevât le mé- rité , qu’il regardoit comme fon propre bien : mettant à fi haut prix la part qu’il avoit eue au projet de cette expédition ,, qu’il s’en attribuoit le nom de Conquérant , fans autre fon- dement *6c fe croïant Maître fi abfolu de toute Fentreprife, qu'il regardoit tous les exploits qui Fa voient poulfee juf- ques au point où elle ©toit, comme s’il les avoit faits luy* même. Le Gouverneur, forces principes 6c ces vi fions , refolut dç le- ver une armée , 6c de préparer une flotte, à deffein de ruiner Cortez , 6c tous ceux qui le fuivoienr. Il acheta des vaiflëaux, il enrôla des Soldats , 6c courut luy^même par touteFHle.de Cuba - vifitant les Habitations des Efpagnols, 6c animant ceux de fa fa&ion. Velafquez leur reprefentoit l’obligation qu’ils avoient de venger le tort qu f on luy avoit fait : il leur parta- geoit par avance, les grands trefor s qri ils dévoient tirer des P aïs conquis, & qui étaient alors ujurpe&{ à ce qu’il difoit ) par des re* belles fubornez , ^ qui étaient fortis en fuïant de ïljle de Cuba ; ûfifr que per forme m put douter de leur lâcheté. Ces belles efperances, , 6c quelques fecours qu’il acheta aux dépens de la meilleure partie de fon bien, luy firent afîêmbier en peu de tems une armée qu’on pouvoir appeller en ce P aïs- là, redoutable, par- le nombre 6c par la qualité des troupes qui la compofoientj elle ©toit de huit cens Eantafîins Efpagnols , quatre-vingt C’a» 3 éo histoire de la conqueste vaiiers , 6c dix ou douze pièces d’artillerie, avec une provifion abondante de vivres , d’armes 6c de munitions. Velafquez nomma pour la commander en chef, Pamphile de Narvaez, ,né à Valladolid, homme de mérité 6c fort confideré * mais .attaché à fes opinions , qu’il foûtenoit avec quelque dure- té. Il luy donna la qualité de fon Lieutenant, en prenant luy même celle de Gouverneur , au moins, de la Nouvelle Ef- pagne. Narvaez reçut encore une inflru&ion fecrette du Gouver- neur , qui luy ordonnoit de fonger particulièrement à Je fiaifir de Cortex^, & Hé h 1 ) envoler avec une bonne efcorte j afin qu’il re* çût de fia main le châtiment qu'il meritoit. Qu’il traitât de la mê- me maniéré les principaux Ojficiers qui Juivoient ce rebelle , a moins qu'ils ne fie reduifijfient a L'abandonner: & qu'il prit pojfiejjlon en fion nom , de tout ce qu'on avoit conquis , en l'adjugeant à l' étendue de fion Gouvernement . Velafquez ne s’arrêta pas beaucoup à raifonner fur les accidens qui pouvoient arriver, parce que la vûë des grandes forces qu’il avoir aflemblées , luy faifoit paroître facile tout ce qu’il fe propofoit : ôc la trop grande confiance, défaut ordinaire aux efprits outrez, ne voit les pé- rils que de loin , ou ne reçonnojc les difgcultez que lorfqu’elle en eft prefque accableé. Les Religieux de faint Jerome, qui prefidoient à l’Audience Jtoïale de Saint Domingue , furent inftruics de ce mouve- ment, 6c des préparatifs de Velafquez. Comme ils avoienc unejurifdidion fuperieure fur les autres I fl es, êc qu’ils vouloient prévenir les inconveniens qui pouvoient refulter d’une fi dan- gereufe concurrence j ils envoïerent le Licentié Lucas Vafquez d’Aillon juge de l’Audience Roïale , pour efiaïer de ramener ce Gouverneur aux termes de la raifon : 6c en cas que les voies de la douceur ne reüffiflent pas, le Licentié devoit luy lignifier les ordres dont il étoit porteur $ 6c luy commander , fous de grofles peines , de defarmer fes Soldats 6c fa Aorte, 6c de n’apporter ni trouble, ni empêchement à la conquête où Cortez étoit engagé, fous couleur qu’elle luy appartenoit, ou par quelque autre raifon ou pretexte que ce fût: 6c fuppofé que Velafquez eût quelque querelle particulière contre la per- fpnne de Cortez, ou quelque droit fur les Païs qu’il foûmet- toitàfa Maieflé, il i’expofât devant les Tribunaux defajuftice, où U du md;xî qjje. livre ir . & où il devoir erre affûré qu’on la luy rendroit dans toutes les réglés. Ce Minière étant à Cuba , y trouva la flotte prête à partir, composée de onze navires de haut bord, 8c de fept autres un peu plus forts que des brigantins , tous en fort bon état $ 8c Velafquez fort empreffé à faire embarquer les troupes. Le Licentié s’efforça de le réduire, en luy expofant en ami tou- tes les raifons qui fe prefentoient à fon efprit , pour calmer celuy du Gouverneur, êc luy donner de la confiance. Il luy remontra , Ce qu’il bazar doit , fi Certes prenait U refilmion de ■Je défendre , avec des Soldats engagez, f ar leur propre interet , à foütenir ceux de leur Commandant : le mal que cette démarche aüoit faire entre les Indiens , Peuples belliqueux , aux endroits où les Soldats s’aflembloient , 6c où l’adrefle de Cortez fit fon effet , en ce qui étoit le plus important f parce que les uns furent touchez de fes raifons , les autres charmez- de fa libéralité , 6c prefque tous affe&ionnez à la paix : en forte que la plus grande partie commença à juger fort mal de la dure- té de Narvaez; Le Pere Barthelemi d’Olmedô fumt-dé prés Guevara, 6C - trouva dans l’éfprit de Narvaez plus de fierté , que d’honnê- teté. Il luy rendit la lettre de Cortez , que ce Capitaine lût avec négligence $ ,6c fe difpofa à écouter le Pere , avec toutes les marques d*un homme qui retient fon chagrin avec peine,, faifant connoitre que la fêule confideration de 1 Ambafladeur luy faifoit fouffrir l’ Ambaflâde. Le difcours de ce Religieux fut éloquent 6c fort ; il débuta, par U devoir de fa profeffion , , qui l'oblige oit à s entremettre dans ces differens , en médiateur defin- terejfé ... il s'efforça de prouver la fencerité des intentions de C or tez^ comme en étant le fidele témoin > obligé à rendre ce refpeiï a la vé- rité. Il aflura, de la part de ce General: Qu'on en obtiendrait: aisément tout ce qu'on luy propofiroit de raifonmhle , & d'utile au fervice du Roi. H reprefenta , ce qu'on ha^ardoit en divifant ainfi les Efpagnols fes Sujets ; l'avantage qui reviendroit au droit de Ve - UfqueZ, s'il contribuait par fes armes à la perfetfion de cette con-> quête - Ajoutant , Que Narvae'f, qui pouvoir difpofer de cette ar- mée , devoit en regler l'emploi fur l état pre fient des affaires > com- me un article fuppofé avant toutes chofes enfin inftruclïon \puifl qu'on laijfoit toujours à la prudence , des Capitaines , le choix des modem qui dévoient conduire a la fin qu'on fi propofiit ; & qu ils. B U M E X I Q^ü E. LIVRE IV. 371 ê tâtent obligez, d'agir fuivant les conjonctures du tems , & des acci - dtns qu'il amenoit , four ne pas ruiner dans l'éxecution des ordres qu ils avoient reçus , le fruit que l'on en Attendait. Narvaez répondit avec précipitation, &; quelque defordre: Jîhtil ne convenait p as a U dignité de Velafquez , de traiter avec un Sujet rebelle , dont le châtiment était le premier emploi de cette armée. £>uil allait commander que tous ceux qui fuiv oient Carte ^ fujfent déclarez traîtres à* perfides . Jéfuil avoit des forces fuffi- fantes four oter cette conquête de fis mains , fans avoir b e foin de fis prétendus avertiffemens ni du confeil de gens engageT^dans le crime , qui emploi oient pour le perfuader , les raifons quils avoient de craindre le châtiment. Le Pere Barthelemi, fans fortir des termes de la modération, luy répliqua: Qu'il devoit faire beau- coup d'attention fur le parti qu'il avoit a prendre ; parce qu'avant d'arriver a Mexique , U trouveroit des Provinces entières d'indiens guerriers , amis de Carte ^ qui prendraient les armes peur fa défen - fe. Jjhttt n è toit pas aujji ai fi que PTarvae^le fippofoit , de dé- faire ce. General 3 puïfque les Efpagnols étaient déterminez à mourir près de luy , & quil avoit de fin coté Motezpma , Prince fi puijfant , qu'il pouvoit mettre fur pied autant d'armées , qu'il y a- voit de Soldats en la fienne. Enfin , qu'une matière de cette quali- té n étoit pas l'objet d'une première reflexion : qu'il l' examinât dans me fécondé 5 & qu alors il reviendrait prendre fa réponfi. Le Pere prit congé de Narvaez,, après cette efpece de bravade, qui luy parut neceffaire , afin d’abaiffer un peu la confiance qu’il avoit en fes forces , furquoy il fondait principalement Ton obfti- nation. Olmedo alla * fans perdre de tems , s’acquitter des autres devoirs de fon inflrudion , chez le Licentié Vafquez , & le ^Secrétaire Duero , qui louèrent fon zele 3 approuvant les pro- pofitions qu'il avoit faites à Narvaez, & offrant de folliciter fa dépêche par toutes les diligences neceffaires à luy faire ob- tenir la paix, qui convenoit à tout le monde : après quoy le Pere vid les Capitaines &, les Soldats qu’il connoiffoit. Il tâ- cha d’autorifer auprès d’eux les bonnes intentions de*Cortez : il leur infpira le defir d’un accommodement, &; diftribua a- wec choix les joïaux fk les promeffes dont il étoit chargé. Il ivoïoit déjà quelque jour à former un parti en faveur de Cor- dez,, cOu au moins en faveur de la paix, H Narvaez , qui fut Aaa ij 37* HISTOIRE DE LA GO'NQüESTE averti de fes pratiques,, ne les eût rompues. Il fit venir en fS» prefence ce Religieux* , qu’il chargea d’abord d’injures êCrde menaces: il l’appella mutin, & feditieux , qualifiant du nom de trahifon , le foin qu’il prenoit de femer entre fes Soldats , , les éloges de Cortez. Narvaez avoit refoiu de le faire arrêter 5 .. & il l’auroit éxecuté , fi Duero ne Pàvok empêché. Les inftan- ces du Secrétaire luy firent prendre.une autre voie, qui fut de luy ordonner de fortir à l’heure- même de Zempoala. Le Licentié Vafquez , qu’on avoit averti, vint à propos, êc foutint, qu’avant que de renvoïer le Pere Olmedo, on de- voir afTembler tous les Officiers de l’armée, afin de délibérer mûrement fur la réponfe que l’on feroit a Cortex j puifqu’d témoignoit tant d’inclination à la paix , 5 c qu’il ne paroiflbiï pas difficile de l’amener à quelque parti honnête , & conve- nable à tout le monde. Quelques Capitaines approuvèrent cette proportion 5 mais Narvaez la reçut avec, une efpece d’impatience qui dégénérait en mépris : 5 c afin de repondre tout d’un coup, a l’Auditeur & au Religieux , il ordonna en leur prefence , qu’un trompette publiât la guerre, à feu & à fang, contre Hernan Gortez , en le déclarant traître au Roi. On promit une récorfipenfe à celuy qui le prendroit , ou qui le tuëroit * & Narvaez. donna fur le.champ > fes ordres pour iku ter la marche de l’année. L’Auditeur Vafquez ne put endurer ce fâcheux contre, tems , êc il ne le devoir pas auffi * ni oublier d’y apporter quel, que remede, par fon autorité. Il commanda au Grieur de fe taire, &: fit fignifierà Narvaez*. jjhîil ne fort ît point de Zem - poala , fous peine de U vie 5 & qu'il n employât point les armes <> fans le confntement unanime de toute l armee. U défendit aux Capitaines & aux Soldats, d’obeïr à leurs Commandans 5 & ri poufla les protections & les requifitions avec tant de ferme, té:, que Narvaez- aveuglé par fa colore , &: perdant le ref- peà: qui étoit dû à fa perfonne , & au caraélere de ce Mimltre, le ft.c arrêter honteufement , &; traduire en l’Ifle de Cuba, fur un de fes navires. Le Pere Olmedo , fort feandalife de cette ac- tion, s’en retourna ainfi fans aucune réponfe : & les Capitai- nes h les Soldats mêmes de Narvaez en furent fi outrez , que les plus penetrans voïant maltraiter un Mimftre de cette qua- lité, le trouvèrent obligez à prendre fecrettement quelques DU M' E X ï QJ 3 E. LIVRE IV. 375. mefüres pour maintenir le fervice de fa Majefté • de les autres, moins fages , eurent fujet de murmurer , de de fe dégoûter de leur Capitaine. Ainfi l’infolence de Narvaez établit le bon droit de Cortez, dans l’efprit des Soldats - & les fautes de fon ennemi furent avantageufes à la réputation de ce Ge- neral. CHAPITRE VII. Motezuma continué les témoignages de fon affection aux Effiagnols. On ne peut fe perfuader fon changement v que quelques Auteurs attribuent aux diligences de Narval Cortez, prend la refolution de partir , dj téxecute , après avoir laifé a Mexique une partie de fis Soldats « Q Uelques.uns de nos Auteurs ont avancé que Narvaez avoit établi une fecrete de très- étroite corefpondance avec Motezuma, de qu’il allait fouvent des Couriers de Me*, xiqne à Zempoala ; que ce fut par cette voie que Narvaez fit entendre à l’Empereur , Jpfil vernit avec une Commiffion du Roi d'Efpagnc, afin de châtier les violences & les injufiiees de CorteT^ £Hie ce General, & tous ceux qui futvoient fes et en- dur t s , éi oient des rebelles , bannis de leur Patrie : dr qu'avant ap- pris l'oppreffion quils fai fient a la perfanne de fa Majefté , il al- loit marcher avec toute l armée qu'il commandait -, a dejfein de luÿ rendre la liberté , & une entiers & paifible pojfeffion de f es Do- maines, Gela étoit chargé d’autres impoftures , qui n’a voient pas moins de malignité r ôc ces Auteurs ajoutent, que More- zuma charmé de ces belles efperances , entretint intelligence avec Narvaez , & luy fit de grands prefens 5 fe cachant de Cortez } de fouhaitant rompre enfin fà prifon , par ce moïen. U eft difficile de comprendre comment ces avis purent ar- river à la connoiftance de l’Empereur de Mexique , puifqne N»raez n’avait aucun Truchement qui pût expliquer fe' .A a a iij. 374 HISTOIRE DE LA CONQUESTE intentions aux Indiens, 6c qu’une négociation fi concertée ne pouvoir pas s’établir fur le feul langage des mains. Il ne vint à Mexique aucun Soldat de Narvaez, que le Licentié Gue- vara 6c fes Compagnons , que Sandoval y envoïa , 6c qui ne parlèrent jamais en particulier à Motezuma.- 6c même, quand Cortez auroit eu allez d’indolence pour fouffrir de pa- reils entretiens , pouvoient-iïs s’expliquer fans l’aide de Ma- rine 6c d’Aguilar , dont la fidelité , rapportée par tous les Hiftoriens, lé feroit mal accommodée d’une telle confidences On doit croire que les Indiens Zempoales reconnurent, à plu- sieurs marques extérieures , Toppofition 6c l’inimitié qui é- toit entre les deux armées des Espagnols j 6c que les confi- dens, ou les Miniftres de Motezuma entre ces Peuples, luy en donnèrent l’avis : car on ne peut douter qu’il ne l’eût re- qû avant que Cortez en fût informé $ mais aulTi, la conduite qu’il tint en cette rencontre , donne lieu de conclure qu’il voit le cœur net , 6c fans préoccupation d’aucun fâcheux pré- jugé contre le General. On ne nie pas que cet Empereur ne fit quelques prefens .confiderables à Narvaez -, mais cela ne juftifie pas davantage l’intelligence qu’on prétend prouver , puifque les Souverains de Mexique avoienc accoutumé de regaler ainfi les Etran- gers^qui abordoient fur leurs cotes , ainfi qu’on enufa lorfque f armée de Cortez y defcendit. Motezuma pouvoir , fans au- cun artifice , ne donner point de connoiflance de cette hon- nêteté au General -, parce que c’étoit un ufage établi 6c reglé^ 6c qu’il faifoit ces prefens genereufenîent , 6c fans en tirer de gloire. Ce qu’ils eurent de remarquable, fut certaines cir- conftances qui augmentèrent fortuitement l’eftime que l’Em- pereur avoit pour Cortez j parce qu’à la vuë des prefens, Nar- yaez marqua plus de joie 6c d’attachement , que la bien-lèan- ce n’en demandoit. Il ordonna qu’on les mît a part , après avoir compté le tout avec une application trop fcrupuleufe,, 6c fans en faire la moindre gratification , même à fes confia dens 5 ôc les Soldats , qui fans faire attention fur leur propre avarice , blâment toujours fort volontiers celle de leurs Capi- taines, achevèrent de perdre le courage avec l’efperance des rieheffês qu’ils fe propofoient: 6c leur intérêt fe mêlant alors déjuger des motifs de la divifion, ils trouvoient que Cortez DÜ MEXIQUE. LIVRE TV. 375 avoit raifon, parce qu'il écoïc le plus liberal. Enfin , le Pere Olmedo revint 5 6c le General trouva dans fa relation, la confirmation de tout j ce qu’il s’étoit imaginé fur le fujet de Narvaez. Le mépris que ce Capitaine avoit fait de fes proportions , parut moins fenfible â Cortez , en ce qui touchoit fa perfonne , qu’en ce qui bldToit la juftice de fes prétentions : & il connut par l’emprifonnement de l’Auditeur, qu’un homme qui poufToit Pinfolence jufqu’à ce point- là , é- toit bien éloigné des fentimens que le fervice du Roi doit infpirer. Il écouta fans chagrin , au moins qui parût, les in- jures 6c les outrages dont on chargeoit fa conduite à l’égard de Velafquez- : 6c les Auteurs l’ont loüé avec juftice , de ce qu’encore qu’on luy eût rapporté de plufîeurs endroits, les difcours que Narvaez faifoit imprudemment contre fon hon- neur, en luy donnant à tous propos l'infame nom dê traître^ il n’y répondit par aucune injure , 6c fe contenta , lorfqu’il en parloir, de le nommer fimplement Pamphile de Narvaez : ce qui étoit l’effet d’une rare confiance, 6c la marque d’une ame fort élevée au-deffus des pallions j puifqu’on ne fçauroit trop ©ftimer un cœur qui reçoit les outrages , fans qu’ils donnent aucune atteinte à fa modération. Ce qui fervit à confbler Cortez de ces mépris, fut la con- noiffance que le Pere Olmedo luy donna , de la bonne dif- pofttion qu’il avoit trouvée dans l’efprit des Soldats de Nar- vaez, dont la meilleure partie foufiaitoit la paix , 6c avoit pets d’attachement au caprice du Commandant. Cortez en con- çut l’efperance de luy faire la guerre, ou de l’amener à l’ac^ commodément qu’il defiroit, en confideranc la valeur des Sol- dats qu’il conduifoir , 6c la moleflè ou le dégoût de ceux de fon ennemi. Il communiqua cette penfée àfês Capitaines : 6£ après avoir balancé les inconveniens qui fè prefentoient de tous cotez , ils trouvèrent que le parti le plus fûr , ou le moins ^ hazardeux , étoit de fe mettre en campagne, avec le plus grand nombre de troupes qu’il fer oit poffible d’àfFèmbler-* de faire joindre celles des Indiens qu’on avoir levez à Tl a fl cala 6c à Ghinantla , 6c de s’avancer en corps d’armée vers Zièmpoala ? mais toûjours dans la refol utiôn de s’arrêter en quelque lieu , où on pût renouer de plus prés un traité de paix, d’autant pjus avantageux , qu’on le feroit les armes à yré HISTOIRE DE LA CONQJJESTE _ la main ; ôc de fe trouver auffi en un porte, ou on put re- cueillir les Soldats de Narvaez qui voudroient abandonner fon parti. Cette délibération publiée entre les Soldats , fut reçuë avec de grands applaudiflemens. qm marquèrent leur ioie. Ils n’ignoroient pas l'inégalité qui fe trou voit' entre leurs forces celles des ennemis -, mais ils étoient fi éloignez de craindre à la vue du péril , que les Soldats les moins affedion- nez difputoient neanmoins aux autres , la gloire de fervir en cette expédition: St le General fut obligé d'ufer de pneres, & même d’autorité , lorfqu’il falut nommer ceux qui dévoient refter à Mexique ; tant ils avoient de confiance, les uns lur la prudence, les autres fur la valeur, & prefque tous fur le bonheur de leur General. C'eft ainfi qu’ils appe loient cette répétition continuelle de favorables fuccez , qui luy faifoient obtenir tour ce qu’il fe propofoit : qualité fort impeneufe fur hefprit des Soldats; & qui leferoit encore davantage, s ils lça. voient rapporter à leur Auteur, ces effets imprévus qu ils nom- ment heureux hasard , parce qu ils viennent d une eau e qu 1 S ne comprennent pas. Conez oâSTj. de cet endroit, à l’appartement de Mo te- zuma pour l’informer du voïage qu’on avoir refolu , SC qu’il vouloir colorer de quelque pretexte fpecieux , fans luy découvrir fon inquiétude. Mais l’Empereur l’obligea de fm- vre une autre metode, en commençant amfi la conversion -. Qu'il avoit remarqué, depuis quelques jours, beaucoup de chagrin fhr fon vifare , & qu'il le croïoit çaufèpar la conjoncture qui Je pre- fentoit ; aïant reçu divers avis que le Capitaine de fa Nation, qui étoit à Zempoala , avoit de mauvais defeins contre Cortex,, & con- r . fui revoient Ces ordres. Qu'il n état pas furpris qutls J DU M E X I QJU E. livre IV. tri Me la ma uval fie volonté de ces hommes , & des imprudentes .menaces de leur Chef , luy av oient mandé la vérité j & qu'il venait avec dtjfein de luy communiquer cette affaire , Qff il n avoit pu luy ren- dre ce devoir plutôt $ parce que le J?ere Olmedo nétoit venu que depuis un moment , luy donner avis de cette nouvelle • £hf encore que ce Capitaine de fa Nation témoignât quelques emportement mal à propos , on ne devoit pas le confident comme un rebelle , mais comme un homme abufie par le prétexté fipecieux du fiervice de fion Prince s parce qui il étoït envoie comme Subfiitut & Lieutenant d'un Gou- verneur mal informé , qui refit dant en une Province fort éloignée de h Cour d'Efpagne , nétoit pas in fruit de fies dernières refiolutions ., & s' é toit vainement perfiuadé que les fonctions de cette Âmbajfia - de luy appartenoient : mais que tout l'appareil de fia prétention ima- ginaire fier oit bien- tat diffipè , fans autre diligence , que celle de fi- gnifier à ce Lieutenant , les pouvoirs en vertu defiquels il avoit une pleine autorité de commander a tous les Capitaines à 3 Soldats qui aborder oient fur ces cotes :& qu avant que l'aveuglement de ce nouveau v nu l'engageat plus mal d propos , il avoit refihlu d'aller à Zem- poala , avec une partie de fies troupes s afin de donner ordre à r en- voler au plutôt les Efpagnols qui y étaient , & leur déclarer qu'ils dévoient maintenant rfaeller les Peuples de l Empire de Mexi- que , comme étant fus la protection de fin Roi,& du leur • ce qd il alloit éxecuter promtement , fi volant obligé de précipiter fion dé» part , par le jufle empreffement qu'il . avoit , d empêcher qu'ils ne yapprochaffent plus prés de fit Cour ; puifique cette troupe étant compofée de Soldats moins fiages & moins difeiplinez, que les fiens 9 cet oit une forte raifion pour ne fie fier pas entièrement à leur voifina - ge , fans courir rifique d'exciter quelque mouvement dangereux en- tre les Sujets dé fit Grandeur. Corcez întereilbit ainfi l'Empereur, dans la refolution qu’il avoit prife : Ôc ce Prince , qui fçavoit les vexations dont les Zempoales fe plaignoient avec juftice, loüa l’attention que le General avoit au repos de fes Sujets 5 approuvant fort qu’il prit le foin d’éloigner de fa Cour, des Soldats d’un procédé îi violent, Neanmoins , comme ils s’étaient déjà déclarez en- nemis de Corcez, 6c fçaehant d’ailleurs que leurs Forces é- toient fuperieures à celles de ce General, Motezuma crut qu’il y auroit de la témérité , de l’expoier au hazard d’être préve- nu par ces troupes , ôc d’en être envelopé : fur quoy il luy j-S HISTOIRE DE LA CO N QUE STE offrit d'affembler une armée, pour foâtemr la üenne en cas de- befoin, dont les Chefs recevroier.t les ordres , & feroient char. Cortez fondoit une partie de fes efperances fur Tignorance de fes ennemis en l’art de la guerre. La négligence dont Narvaez conduifoit fes troupes r , excitok divers mouvemens- en fon imagination, qui pou voienr naître du mépris que Nar- vaez faifoit du petit nombre des Soldats dé Cortez : 5c celuy- ei le connohlbit a fiez • mais il n’étoit pas fâché de voir que" ce mépris faifoit naître une faufie confiance favorable à fes- defifèins , 5c qui fembloit combatre en fa faveur : en quoy iP raifonnoit fur de bons principes • puifqu’il eft certain que cet- te efpece dé confiance, efcennemie des~p récautions , , que ce n était pas une bonne politique , ni une bonne voie de fi rendre redoutable a fin ennemi , que de luy faire connoîtve qu'on .craignait fes rafons . Ces difeours pafTerent bien-tôt des Ca- pitaines aux Soldats 5 qui s’expliquoient fi librement fur Je peu vde foin que l’on prenoit de juftifier ieur conduite en toute ■cette guerre ,, que Narvaez fut contraint , pour appaifer ces HISTOIRE DE LA CONQUESTE bruits de choifir un Officier , qui allât en fon nom , & en ce- luy de’ tous les Efpagnols de fon parti , faire quelques excu- fes fur ce qui s’étoit paflë ; & Ravoir de Cortez même, ce que Velafquez devoir propofer. Ils donnèrent cette commif. fion au Secrétaire André de Duero, qui leur parut propre pour cet emploi ; parce qu'il' étoit moins animé que les au- tres contre Cortez 5 & qu’étant créature de Diego Velafquez, il ne manqueroit pas de confiance auprès de ceux qui vou- loient empêcher un accommodement. Cependant, Cortez aïant entendu le Père Olmedo &: Jean Velafquez , reconnut qu’il n’avoitfait que trop d’avances pour obtenir une bonne paix -, & jugeant qu’il étoit tems de com. mencer la guerre , il fit marcher fon armée, à deflein de s’ap- procher de plus prés , & de s’emparer de quelque pofte avan- tageux , où il pût attendre les Chinanteques , Sc agir iuivant les occafions qui feprefenteroient. L’armée étoit en marche, lorfque les Coureurs de Cortez luy donnèrent avis que Duero venoit de Zempoala pour luy parler. Le General alla le recevoir , avec quelque elperance d’un accord dont il fe flàtoit. Ils Te (aliierent 6c s cm b raflè- rent plufieurs fois, en renouvellant les proteftations de leur* ancienne amitié. Tous les Capitaines vinrent témoigner leur joie au Secrétaire -, 6c Cortez, avant que d'entrer en matière fur fa négociation , luy fit quelques prefens , 6c luy en promit encore davantage. Il le retint jufques au jour fiiivant , après qu’il l’eut invité à manger 3 êc durant tout ce tems , ils eurent diverfes conférences tête à tête, avec beaucoup de franchife. Ils traitaient: des moïens de reünir les: deux partis ^ chacun d’eux paroiffànt fouhaiter avec paffion , de trouver quelque voie pour adoucir Isîarvaez ,,dont l'opiniâtreté étoit 1 unique obflacle qui traverfoit l’accommodement. Cortez en vint juf- ques à offrir de luy ceder la conquête de Mexique , 6c de mar- cher avec fes gens à d’autres entreprifes : 6c Duero, qui le voïoit agir fi noblement avec un ennemi déclaré, luy propofà une entrevue avec Narvaez 5 croïant qu’il pourroit l’obtenir de ce Commandant, 6c que toutes les difficultez feroient plus- aifément levées dans une conférence, où les deux Chefs s’ex- pliqueroient par leur propre bouche. Quelques Auteurs di- fent que Duero avoit ordre de propofer cette conférence 3 S& DU M E X I QJJ'E. LIVRE IV . 387 d’autres, que ce fut une penléede Cortez. Quoyqu’il en foit, ils conviennent tous qu’on régla cette entrevue auffi-tôt que le Secrétaire fut retourné à Zempoala, 6c qu’on en drefla par fes foins une capitulation autentique, désignant l’heure 6c le lieu où on devoir tenir la conférence 5 chacun des deux Corn, mandans aïant donne fa parole par écrit , de fe rendre, accom- pagné feulement de dix Officiers, afin qu’ils fufiTent témoins de ce qui feroit dit 6c arrêté. Mais au même tems que Cortez fe difpofoit à éxecüter de fa part la capitulation , André de Duero l’avertit en fecret , qu’on luy preparoit une embufcade , à deffein de le prendre, ou de le tuer. Cet avis , qui venoit de fi bon lieu , fut enco- re confirmé par d'autres perfonnes qui confervoient quelque corefpondance avec luy : ce qui l’obligea de faire connoîtreà jNarvaez , que fa trahifon étoit découverte. Ainfi dans la pre- mière chaleur de fon reflentiment , Cortez luy écrivit une let- tre , par laquelle il luy déclaroit la rupture du traité , 6c remet- toit à fon épée à tirer fatisfaétion de la perfidie de ce Com- mandant. Sans cette connoiflance, le procédé noble 6c fin-’ cere de Cortez alloit le jetter aveuglément entre les mains de fon ennemi - 6c il eut de la peine à fe difculper devant fes Sol- dats, de cette faute de précaution, 6c de cette confiance pré- cipitée qu’il accordoit à Narvaez , après avoir eu tant de marques de fa mauvaife volonté. On ne peut neanmoins ac- cufer d’imprudence la fincerité de Cortez en cette occafion - puifque le manquement de parole 6c de foi dans les traitez , cil une infamie dont on a peine à foupçonner un ennemi gé- néreux : d’autant plus que les perfidies ne tiennent point de lieu entre les ftratagêmes h 6c que ces tromperies qui donnent atteinte! l’honneur, ne font point comptées entre les furprifes que la guerre autorife. ^8 HISTOIRE D E LA C O N QU B ST E CH A PI T R E IX £onc\ s'avance jufques a une lieue de Zempoda. Nar^ vae\fe met en campagne avec fin armée ; le mau~ vais tems l'oblige à fi retirer : & fur cette nouvelle Cortex forme le dejfein de l'attaquer dans fin quar- tier* C Ortez demeura plus animé quïrrité, de cette derniera brutalité de Nàrvaez^ Un ennemi dont les fentimens* avoient tant de baffeftè, luy parut indigne deTon refTentL ment • jugeant d’ailleurs qu’un homme qui vouloit gagner une victoire aux dépens de fa réputation , n’écoit pas trop afluré de? lès troupes , ni de fà perfonne meme. Il hata la marche de? fbn armée , n’étant pas neanmoins encore bien déterminé furr ce qu’il devoit entreprendre j mais aïant le cœur plein d’une certaine confiance qui fbûtient la relblution dun General, &;« qui femble prévenir les heureux fuccez par l’efperance , il fe. campa à une lieuë ' de Zempoala y dans un polie fortifie en> tête du ruilîèau auquel ils avoient donné le. nom ■ de Riviem* des Canots, êt aïant à dos la Ville de Vera.Cruz. Les Soldats- trouvèrent' en ce lieu-, allez de maifons* pour fe mettre A: cou- vert des ardeurs du Soleil , êc pour avoir commodité de le délalîèr des fatigues* d’une marche précipitée- &■ le General fit avancer des fentineües bien au-delà, du ruilFéau. U donna, les premières heures au repos des Soldats j fe refervant a. déli- bérer avec les Capitaines , de ce qu’il faloit faire , . lui van tJes- avis qu’il attendoit de l’armée des ennemis , où il avoir gagné des amis, & où il croïoit que tous ceux qui n’approuvoient pas cette guerre , le deviendroient dans 1 occafion. Ce fut? cette fuppofition, & le peu d’experience de Narvaez , qui luy donnèrent l’aflurance de s’approcher fi prés de Zèmpoa^ 3a , fans craindre qu’on le taxât d’imprudence 5 ou de terne- arité. M-arvaez fut informé de ce mouvement, & du lieu ou ioa D ü M'EXI QJJ E. LIVRE IV. 389. ennemi écoit pofté. Alors, avec précipitation plus impetueu- fe que diligente Sc qui degeneroit en- defordre. & en confu- lion , il voulut fe mettre en campagne. Il fi t publier la guer- re, comme fi elle n’eût point été déjà publique - 6c mit à deux- mille. écus la tête de Cortez , êc celles de Sandoval 6c de Ve- îafquez à quelque chofe de moins. Ce Commandant ordon- Boit plufieurs chofes en même- tems , avec un air chagrin : fes. ordres étoient mêlez de menaces 3 êc il paroifibit de la crain- te dans le mépris qu’il témoignoit de fon ennemi. Enfin fon armée fe mit en bataille, fans qu’il en prît le foin 3 mais fes. Capitaines fe rangèrent d’eux- mêmes , par hazard , 6c fans prendre fes ordres.. Après avoir marché environ un quart de lieuë., Narvaez s’arrêta , àdeflein d’attendre Cortez à Iacam- "pagne j. lé perfuadant folement que ce General auroit allez: peu de lumière pour l’attaquer en urrpolteoùfon ennemi pou- vait s’aider avec tant d’avantage du grand nombre des Sol- dats qu’il conduifbit. Il demeura tout un jour en ce lieu, êc en cette vaine creance 5 perdant du tems , êc datant fon ima- gination de diverfes penfées, dont il droit de la joie 6c de la confiance. Il partageait déjà tout le butin à les Soldats , êC tous les trefors de Mexique à fes Capitaines : êc fans fon- ger 4 » la bataille , il ne parlok que de la vi&oire. Cepen- dant le Soleil fe coucha dans un nuage qui avança la nuit, 6c qui répandit , peu de tems après , une fi grande abondance d’eau , que les Soldats de Narvaez maudirent, la fortie, êc crièrent qu’on les ramenât au quartier. Les Capitaines eurent bien- tôt leur part de iimpatience : ôc le Commandant , qui n’étoit pas moins fenfible ài’incornmodité, ne fit pas de grands efforts pour les retenir • outre qu’ils n’étoient pas accoutumez ^Rjefifler aux injures du tems 3 6c que plufieurs avoient peu . ^inclination pour une guerre qui pouvoir avoir de fi faeheo* fes fuites. On avoit appris que Cortez fe tenait ferme en- fonpofte de l’autre côté du ruiffieau : ainfi les Soldats 6c les Officiers crurent, avec quelque forte d’apparence , qu’ils n’avoient rien à craindre durant cette nuit 3 ,6c comme on- ne trouve jamais de difficulté aux raifons que le défit infpire,. tour le monde conclut à la retraite qu’ils firent en. defordre, en- courant cher* cher, le, couvert comme des gens qui. fuient. Neanmoins C-C G iij yyo HISTOIRE DE LA CONCLU ESTE Narvaez ne voulut pas feparer fes troupes j parce qu’il prc- tendoit retourner en campagne le lendemain , plutôt que par aucune crainte qu’il eût de Cortez , quoyqu’il affeftât de prendre le pretexte du foin qu’un General doit avoir, lorfque l’ennemi elt proche. Il logea donc toute fon armée dans le principal Temple de la Ville , qui confiftoit en trois donjons ou Chapelles, peu éloignées lune de l'autre , en une fituation avantageufe &: d’une grande étendue , où l’on montoit par un efcalier fort gliflant & difficile, qui donnoit encore plus de fureté à la hauteur. On garnit de toute l’artillerie le haut de l’efcalier , qui fervoit de paillier , ou de veftibule. Le Com- mandant choifit pour fon logis le donjon du milieu, ou il fe retira avec quelques Capitaines , environ cent Soldats $ êc il partagea le refte de fon armée dans les deux autres. Il en- voïa quelques Cavaliers batre la campagne, ôc détacha deux fentinelles fur les avenues. Après ces diligences, qui à fon avis ne laifToient rien à fouhaiter dans l’art le plus rafiné de la guerre , Narvaez donna au repos le refte de la nuit $ fi éloi- gné de toute forte de danger, au moins en fon imagination^ qu’il s’abandonna au fommeil, fans aucune refiftance de la part des foucis, André de Duero dépêcha aufïbtôt à Cortez un homme de confiance , qu’il n’eut pas de peine i mettre hors de la Place • afin de luy faire Ravoir la retraite de Narvaez , & la maniéré dont il avoir difpofé le logement de fes troupes. Le deffein du Secrétaire étoit d’avertir fon ami qu il pou- voir palier cette nuit tranquillement , plutôt que de le provoquer à quelque entreprife j mais ce General ne fut pas long-tems à fe déterminer fur cet avis , à faifir 1 occafion favo- rable qui fembloit l’inviter. Il avoir médité fur tous les di- vers incidens que cette guerre pouvoit produire : & comme il eft bon quelque-fois de fermer les yeux fur les difficultez, que l’éloignement fait paroître plus confiderables, & quil y a des occafions où le raifonnement fait tort a l’execution, Cortez aftembla d’abord fes Soldats il les mit en ordre de bataille, quoyque l’orage ne fut pas encore celle : mais ces gens endurcis à de plus rudes fatigues , obéirent aufîi tor, fans fe plaindre, ni demander la raifon de ce mouvement imprévu 5 tant ils fe repofoient fur la conduite de leur Gene- DU MEXÏ QJJ E. livre lÿ. m mî. Ils payèrent le ruifîeau , dans Peau jufqu’à la ceinturer 6c après avoir furmonté cette difficulté, Ccrtez leur fit un difcours , où il leur communiqua fa refolution, fans la mettre en douce , ôc auffi fans refufer le confeil qu’on pourroit luy donner. Il leur apprit le defordre de la retraite des ennemis, que la rigueur du tems avoir obligez à fuir en leur quartier* 6c la confufion de leurs logemens dans les tours de ce Terni pie. Il leur reprefenta fortement l'indolente tranquillité de ces gens , 6c de leurs Officiers 5 6c la facilité qu’on auroit à les attaquer, avant qu’ils fe fufTent reünis pour former un bataillon : 6c voïant que fon deiïèin n’étoit pas feulement ap- prouverais encore applaudi, il pourfuivit avec une nou- velle ardeur. Cette nuit , dit- il , mes amis, le Ciel nom met entre les mains l’occafion la pim favorable, que nosdtfirs memes fe puiffent figurer. Vous allez, maintenant avoir des preuves de la confiance que fai en votre valeur 5 (fi je vais déclarer jufques a quel point elle ileve mes penfees (fi mes dejfeins » il n’y a qu'un moment que nom attendions nos ennemis r & que nous ef perlons les vaincre , h la faveur de ce ruijfeau qui nous couvroit * (fi maintenant nom Us- tenons endormis & fepare fur la foi du mépris qu’ils font de nous , (fi qui nous procure ces avantages. Cette hmteufe impatien- ce qui leur a fait abandonner la campagne pour éviter la rigueur de l’orage , qui efi un mal necejfaire , (fi d’ailleurs fort peu con fi- ■derable , doit nom apprendre de quelle maniéré le repos efi ' goûte par des gens qui le cherchent avec tant de mollejfe , (fi qui le pren*~ nent fans aucun foupçon. Narvaez^ ignore l } éx attitude que U- guerre demande :fes Soldats tout neufs nom jamais vu que cette oc ca fi on y ou la nuit ne leur fera pas favorable pour fe rallier fans dcfrâre , durant l’obfiurité. Plufieurs encore font mal fi tu fait s ek leur Commandant : quelques uns font affectionnez, a notre part fi (fi il s’en trouve un affez, bon nombre qui ont en horreur cette guerre y comme étant entreprife contre nom de gaieté de cœur , & fins* rai fon : (fi vous Jçavez^que les bras dev iennent pefins (fi engour- dis , lorfqu’ils agiffent contre le mouvement de la volonté. Nous devons traiter les uns (fi les autres cotnme- des ennemis , jufques b ce qu’ils fe déclarent s puifque c’efi la victoire qui doit décider qisi, dieux, ou de nom , doit porter le mm de traîtres, il efi vrai que là raifort efi pour nom j mais a la guerre , la raifort efi toujours contre les négligent -, & fe range ordinairement du coté dit J 91 HISTOIRE DELA CONQUE STE vainqueur. Nos ennemis viennent ufurper tout ce que vous avez acquis ; & ils n'afpirent à rien moins qu'à fe rendre maîtres de votre liberté , de vos biens ,& de vos efperances. Ils s'attribueront ■vos viBoires . les Pais que vous avez, conquis aux dépens de vitre [an? , & toute la gloire de vos expions. Ce qu tl y a de plus cruel , efi qu'en s' (forçant de mettre le pted far nos tetes , tls cherchent encore à miner le fervice du Roi , & 1er progrès de notre Religion , qui Je perdront avec nous: & quoyque ce crime fott fur leur compte, on doutera quels feront les coupables. le fiul nwicn de prévenir ces maux, efi de combatre en ce moment, avec h va- leur que vous avc7 toujours témoignée c e efi ce que vous fçauret mieux faire que je ne puis le dire. Aux armes, mes amis; la vic- toire f efi toujours déclarée peur vous. Animeront cœur , par U ■vue du fervice que vous devenu Dieu , au Roi. Aief, hon- neur devant tes yeux ; & fongez, que vous combatez, pour une ptfte ■eau Ce le vous accompagnerai dans les plus grands dangers r& f cherche moins à vous animer par mes difeours, qu'a vous perfuader ■par mon exemple. , r , c _ 1 Ce difeours de Cortez infpira une telie ardeur a les Soldats, <]u’ils Je preflerent de marcher fans retardement. Ils admi- roient tous fa prudence 8c fa refoluuon ; & quelques-uns luy procédèrent que s’il fongeoit encore à s’accommoder avec Narvaez , ils ne luy obeïroient pas. Ces paroles de gens de. terminez , ne déplurent pas au General ; parce qu elles par- 'toient du cœur. Si non pas d’un efprit de rébellion. Il for- ma , fans perdre de rems , trois petits bataillons , qui dévoient marcher à l’allaut les uns après les autres. Sandoval com, mandoit le premier, compofé de foixante hommes en comp- tant les Capitaines George & Gonzale d Alvarado, Alonfe d’ A vila, Jean V elafquez de Leon, jean Nunez de Mercado SC nôtre Bernard Diaz del Caftillo. Le Mettre de Camp Chn do. p h le d’Oüdeutla conduite dufecand.âudi de foixante hommes, affilié d’André deTapia, Rodrigue Rangel , jean Xaramille, & Bernardin Vafquez deTapia. Le General commandoit le dernier bataillon , & avoir auprès de fa perfonne les Capitai- nes Diego d’Ordaz, Alonfe de Grado , Chrittophle & Mar- -tin de Gamboa, Diego Pizarre, &C Dominique d Albuquer- que. L’ordre étoit que Sandoval , avec la troupe feroit : e, premiers efforts pour gagner l’efcalier du Temple, 6. oter DU MEXIQUE. LIVRE IV. m âtix ennemis l’ufàge de leur artillerie : après quoy il devoit par- tagerfes Soldats, afin d’empêcher des deux cotez la commu- nication des autres donjons. Cortez luy recommanda , fur tout, de faire obferver un grand fiience à fes Soldats. Olid eut charge de courir le plus vîte qu’il pourroit , attaquer à vive force le donjon où Narvaez étoit : êc Cortez devoit le fuivre, afin d’animer les Soldats, 6c déporter du fecours où iî feroit neceffaire^ faifànt alors retentir les tambours , 6c les au- tres bruits de guerre , afin que la furprife mît en defordre êC 4 39 S HISTOIRE DE LA CONQÜESTE avec une ardeur infatigable , 6c qui fongeoit particulièrement â un prifonnier de cette importance, alla le voir } quoyqu’M ne voulût pas fe faire connoître crainte de redoubler fon af- flidion. Neanmoins le refped des Soldats découvrit le Ge- neral j 6c Narvaez fe tournant vers luy ,dit d’un air qui té- moignoit qu’il ne connoifioit pas encore l’étenduë de fa difgrace .• Vous devez, , Seigneur ., Capitaine , eftimer beau- coup V avant ure qui me rend votre prifonnier y à quoy Cortez luy répondit: Mon ami , il faut louer Dieu de tout ; mais je puis vous jurer fans vanité , que je compte cette vicloire , & vofhe prifs entre les moindres Exploits qui fe foient faits en ce pats ci. On vint alors avertir Cortez , qu’un des Donjons fe défen- doit encore avec opiniâtreté , 6c c’étoit ceiuy où les Capitai- nes Salva Tierra 6c Diego Velafquez le jeune s’étoient retran- chez , 6c où ils retenoient par leur autorité 6c par leurs per- fuafions , les Soldats qui fe trouvaient enfermez avec eux. Cortez remonta les degrez du Temple, 6c les fit fommer de fe rendre, autrement qu’ils feroient traitez à toute rigueur ^ 6c voïant qu’ils étoient réfolus à fe défendre, ou à entrer en capitulation , il ordonna avec quelque colere qu'on battit ce Donjon de deux pièces d’artillerie. Neanmoins, il avertit un peu après les Canoniers de ne battre que le haut du Don- jon , à deffein d’épouventer, plutôt que de faire du mal. Cet ordre fut éxecuté- 6c il n’en fallut pas davantage pour obli- ger plufieurs de ces Soldats à venir demander quartier : laif- iant libre l’entrée que Jean Velafquez de Leon acheva de de- barafler, avec une elcoüade de fes Soldats, qui fe faifirent de Salvatierra , ôc du jeune Velafquez , ennemis déclarez , 6c dont on pouvoit appréhender qu’ils n’eufTent l’ambition de remplir la place de Narvaez 5 6c par cette pnfe la vidoire fe déclara entièrement en faveur de Cortez , qui ne perdit que deux Soldats en ce combat. Il en eut quelques-uns de bief* fez, dont on a dit qu’il en mourut encore deux autres. Quinze furent tuez du côté de Narvaez , avec un Enfeigne 6c un Capitaine : le nombre des bleflez étant encore plus grand. Le General envoïa ‘Narvaez 6c Salvatierra à Vera-Cruz avec une efcorte fufïiiante pour les garder , 6c le jeune Velafquez demeura prifonnier de fon parent , qui aïant un jufte fujet d’être offenfé contre luy, fur l’avanture de Zempoala ne # DU ME X I Q_ü E. livre ir: 399 là i fia pas de le faire penfer, 5c de Je regaler même avec un foin particulier. La-liaifon d’un même fang eut bien quelque parc à cette generofité de Jean Velafquez j mais elle ét-oit principalement due à fon inclination noble, 5c bien- fai fan te. Tout cela fut éxecuté avant le jour ; 6 c cette a&ion fut re- marquable , en ce qu’elle n’eut pas un inftant qui ne marquât la jultelïe des mefures que Cornez avoir prifes , 5c les bévûës de Narvaez-. Au point du jour, on vid arriver les deux mille Chinante- ques que Correz avoit mandez j 6c encore qu’ils fullênt venus après la vi&oire, il les remercia fort de leur affiftance , qui venoit à propos,, afin que les gens de Narvaez vident qu’il ne manquoit pas d’amis dans le befoin. Ces pauvres Soldats vaincus regardaient, avec beaucoup de honte 6c de confufion l’état auquel ils fe trouvoient alors $ 6c le jour les furprit dans ces trilles reflexions. Ils virent arriver le fe cours , 6c recon- nurent la foiblefle de ceux qui les avoient vaincus 5 ce qui leur falloir maudire la confiance de Narvaez , 6c acculer leur négligence s 6c tout cela tournoit à la gloire de Correz, dont ils ceîebroient la vigilance 6c la hardiefle , avec une égale admira- tion. La valeur acet avantage, particulièrement à la guerre , que ceux-mêmes qui luy portent envie ne peuvent la haïr ries mal- heureux relFçntent leur difgrace ^ mais les exploits du vainqueur ne perdent rien de leur luftre auprès des vaincus. La vérité de ces maximes ne parut jamais mieux , qu’en cette rencontre : chaque Soldat de Narvaez fentoit en foi- même, un fecret penchant à ? fuivre le General le plus habile 6c le plus brave , .& à fe ran- ger fous les étandarts d’une armée où les Soldats fçavoienc vaincre 6c obéir. Cortez avoit quelques amis entre les pri- fonniers 3 6c prefque tous ces Soldats étoient affeéiionnez, les uns à fa valeur, d’autres à la libéralité. Ses amis furent donc les premiers à lever le mafquedeîa di Emulation $ 6c commen- cèrent à fe déclarer par des acclamations-, qui émurent l’in- clination des bien - intenrionnez , 6c enlevèrent la meilleure partie des autres Soldats. On leur permit de fe prefenter de- vant leur nouveau General.. Ils fe feroient jetiez à fes pieds, „ s'il ne les avoit retenus dans fes bras «. fur quoy chacun s’èm- prefla de donner fon nom 5 6c ils debatoient de la preference furie rdlie. Ce qu’il y eut de finguiicr 9 elh qu’entre tous ces 400 HISTOIRE DE LA CONQUESTE Efpagnois , il ne s'en trouva pas un feul qui voulût retour- ner à Cuba: & ce fut alors que Cortez eut lieu de s’applau- dir, d'avoir obtenu l’unique avantage qu’il fe propolbit en cette expédition , où il fouhaitoit bien moins de les vaincre que de les acquérir à foi 5 fur quoy il voulut reconnoître la difpofition de leurs efprits , qu’il trouva tournez en fa faveur, puifqu’ii ordonna fur le champ qu'on leur rendît les armes! Quelques Capitaines de Cortez n'approuverent point fon .empreüèment fur ce fuj et 5 neanmoins fon action ne manquoit pas de motifs qui en aflüroient le fuccez. Les plus oonfide- rables d'entre ces Soldats de Narvaez , étoient amis &; d'intel- ligence avec Cortez 3 & les deux mille Chinanteques foute- noient puiflament (es interefts. Les Soldats prifonniers eurent une reconnoiflance finguîiere de la faveur qu’ils recevoient: ils applaudirent à la confiance de leur nouveau General , par des nouvelles acclamations 3 & il fe fit ainfi en peu de tems, une armée qui paflbit déjà le nombre de mille Soldats Efpal gnols. Outre la prife des ennemis dont il pouvoit craindre les deffèins , une flotte de onze navires & de fe pc brigantins qu’il mettoit en fa difpofition , la ruine entière de la derniere reflource de Diego Velafquez, & enfin des forces propos tionnées à la grande entreprife qu’il meditoit 3 tout cela éroit dû au grand courage , à la vigilance & à l'experience du Ge- neral, ôc encore à la valeur des Soldats, qui approuvèrent courageufement une fi perilleufe entreprife , & qui empor- tèrent à la pointe de l'épée, non-feulement la vi&oire, mais encore le but principal que Cortez fe propoloit ; puifque fui- vant le fentiment de ceux qui s'érigent en arbitres de la gloi- re & de la réputation , le fuccez ell , pour ainfi dire , le paie- ment des defleins 3 & qu'on attribue fouvent le titre de pru- dens , aux confeils les plus hazardeux. CHAP. DU M E X I QJÜ E. livre TV . 4ôt CHAPITRE XL Cortez. Journet à fes ordres la Cavalerie de Narvaez, qui étoit en campagne. Il reçoit l'avis que les Me- xicains avoient pris les armes contre les Efragnols qu il avoit laijfez. à Mexique. Il marche avec toutes fes forces , & entre dans cette Ville fans combatte. L A Cavalerie de Narvaez ne parut point durant cette nuit , où elle auroit pû caufer un terrible embarras à Cortez , fi elle avoit tenu l’ordre qu’il faloit obferver en une Place d armes , aïant l’ennemi li proche. Mais on avoir ou- blié en ce lieu. là, toutes les réglés de la guerre: & Jorfqu’un Capitaine fe laifTe tomber dans des fautes de négligence on m’elt plus furpris de luy voir faire des faux pas ; & toutes les abfurditez de fa conduite deviennent des confequences ne- ceffaires. Ceux qui avoient encore des chevaux dans la Ville s ’en fervirent pour fe tirer Lors du péril ; 8c au matin , on eut ' avis qu’ils s’étoient joints aux bateurs d’eflrade qui en étoient fortis avant la nuit , 8c qu'ils formoient un corps d’environ quarante chevaux, qui tenoient la campagne, en refolution de rendre un nouveau combat. Cette nouveauté ne fit pas beaucoup de peine ; 8c Cortez, avant que de prendre une ■plus forte refolution , envoïa le Mellre de Camp Chrifto- fhle d Olid, Diego d Ordaz, afin d’elïàïer de les réduire par les voies de la douceur : ce qu’ils obtinrent aifément, en leur infinuant qu ils f voient reçus dans l'armée avec les me - mes avantages qu'on avait accorde ^ à leurs Compagnons , dont l'exemple luffit pour obliger ces Cavaliers à venir offrir leur iervice au General, avec leurs chevaux 8c leurs armes. Aulîi- «ôt on fongea à penfer les biedez, & à loger l’armée: ce que le Cacique & le Peuple de Zempoala firent d'office; & avec beaucoup de joie ; en célébrant la viétoire de leurs anciens ajnis , avec une efpece de plaifîr mêlé de quelque intérêt , puif. 4 oi HISTOIRE DE LA C O N QUE ST E qu'ils fe tiroient des fatigues , de de Péfclavage que ces nou^ veaux venus vouloient leur impofer. Le General ne perdit point de tems à s-’affûrer de la Hotte $ ce qui étoit un point effentiel en cette conjoncture. Il dépê- cha le Capitaine François de Lugo, afin de faire mettre à terre, & conduire à Vera-Cruz, les voiles, la mâture, & lès gouvernails de tous les vaiffeaux. Il fit venir à Zempoala tous les Pilotes & les Mariniers de Narvaez 5 6c il en envoïa des Tiens, autant qu’il étoit neceffaire pour garder les corps des vaiflèaux. Leur Commandant fut un Maître Pilote , appelle Pierre Cavallero * & l’emploi a paruafïez important à Ber- nard Biaz , pour honorer cet homme du titre d’Âmiral de lai Mer. Après ces foins , Cortez prit celuy de renvoïer les Chinan- teques en leur Province: de il témoigna leur être a-uffi obligé du fecours qu’ils luy avoient amené, que s’il en eût tiré un grand fervice. On donna quelques jours aux Soldats , pour fe rafraîchir : de durant ce fejour , les Peuples de tous les Ca- ciques des environs, vinrent féliciter les bons Efpagnols, ou les Teules doux de bénins j c’eflainfï qu’ils appelaient les* Soldats de Cortez, Ils renouvelèrent les protefktions de leur obeïffance, de les offres de leur amitié , qu’ils accompa- gnèrent de pîufieurs prefens de de regales , que les Soldats de Narvaez regardaient avec admiration j commençant a recon- noître les avantages du parti qu’ils avoient pris , par les care fies > & par l’affûrance de ces Peuples , qu’ils avoient vu auparavant farouches de mal contens* Durant la plus grande chaleur de la joie , que ces heureux* fuceez faifoient naître dans le cœur de Cortez , le péril où il! avoit laiffé Alvarado de fes Compagnons fe prefentoit vive- ment à fa mémoire - puifque leur unique refîource ne confif- toit qu’en ce peu d'efperance qu’on pouvoit fonder fur la pa- role que Motezuma luy avoit donnée, de n’attenter aucune nouveauté en fon abfence. Cortez fçavoit que ce lien e fl fort décrié , aux lieux où les volontez (ont abfoîuës de fouve- raines -, parce que certains Docteurs d’Etat prétendent avoir diverfes maniérés pour en relâcher les nœuds, foûtenant qu’ils n’engagent point les Rois comme les autres hommes. Le Ge- neral pouvoit alors trouver dans ces maximes, dejuftes fujets- D û M E X I QJJ E. LIVRE IV. 403 de crainte , fans approuver par Tes foupçons cette politique, infidèle 6c lâche 3 puifqu’en ôtant aux Souverains rengage- ment de leur parole , elle les difpenlè en même - tems des devoirs les plus cfTentiels de l’honneur 6e de la Noblefle. Ainfi , aïant pris la refolution de retourner à Mexique, •'& n’ofant pas mener avec foi tant de troupes, dans la crainte d’alarmer la confiance de Motezuma, 6c d’émouvoir les efprits inquiets de fes courtifans , le General voulut feparer fon ar- mée, 6c en emploïer quelque partie à d’autres conquêtes. Il choifit donc Jean Velafquez de Leon pour aller avec deux cens hommes foûmettre la Province de Panuce , 6c Ordaz avec pareil nombre de Soldats , pour peupler celle de Guazacoal- co, fe refervant environ fi x cens Efpagnols , nombre qui luy parut fufîifant à faire fon entrée dans Mexique , avec quel- que apparence de modération, 6c une fuite de vainqueur. Mais au même tems que Correzpreparoit toutes chofes pour l’éxecution de ce defTein , il furvint un nouvel incident qui l’obligea de prendre d’autres mefures. Il reçut une lettre de la part de Alvarado , qui luy donnoit avis : Que les Mexicains àv oient fris lei armes 5 ef que malgré Mote&uma qui demeuroii toujours dans fin logement , ils aboient déjà livré plufieurs ajfauts aux Efpagnols , avec des forces fi redoutables par leur nombre , qug luy meme & tous fes Soldats étoient perdus fans rejfource , s'ils né- toient bien-toft afflfie^de quelques fecours. Un Soldat Efpagnol apporta cette lettre , accompagné d’un Ambafîadeur de Mo- tezuma ., dont la coramiflion étoit de reprefenter ; \Quil ri a- voit pas été au pouvoir de l Empereur d'empêcher ce mouvement s de remontrer la danger eufie atteinte que les mutins donnoient à fon au- torité : de l'ajfurer quil ri abandonneroit point Alvarado & les Efpagnols: & enfin de le prejfer , de fie rendre à Mexique , afin d'a- porter du remede à fies maux. Surquoi, foit que Motezuma vou- lût parler du foulevement de fes Sujets, foitqu’il défignât le péril où les Efpagnols fe trouvoient engagez , l’un 6c l’autre marquent fa confiance 6c fa fincerité. On n’eut pas befoin de délibérer fur la refolution qu’il fa- loit prendre en cette conjoncture 5 puifque tous les Officiers 6c les Soldats , s’emprefTerent à témoigner, qu’on devoir re- garder le voïage de Mexique , comme un engagement d’une neceffité indifpenfable ; Quelques-uns même alioient jufques Eee ij 4 o4 HISTOIRE DE LA CONQUE STE àconfiderer comme un heureux 6c favorable prefage, cet ac- cident qui leur fervoit de pretexte pour éviter le partage des forces de l’armée, 6c pour les ramener toutes^ entières à la Cour de Motezuma, dont la redu&ion devoit être le fonde- ment de toutes les autres conquêtes. Cortez nomma pour Gouverneur de Vera Cruz , en qualité de Lieutenant de San- doval, Rodrigue Rangel dont l’intelligence 6c la valeur l’af- fûroient delà perfonne des prifonniers , ôc d’une bonne corref- pondance avec les Indiens alliez» Il fit une revûë generale' de fon armée * 6c lai fiant* dans la place , la garnifon qui luy parût neceflaire, 6c quelques Soldats pour la fureté des vaifleaux , il trouva encore mille Fantaffins fous les armes, 6c cent Cavaliers. Il leur donna differentes toutes , afin de ne pas incommoder les peuples, 6c de pourvoir plus aiiément a la fu bfi (lance des troupes : marquant le rendez vous general en un lieu connu proche deTlafcaia , où le General jugeoit à propos d^entrer avec toutes fes forces unies. Quoiqu’il eut" envoie des Commïffaires à deffein de faire provifion de vi- vres, neanmoins leurs ioins n’empêcherent pas que les Soldats qui marchoient par des routes écartées ne foufiriffent beau- coup en quelques endroits par la faim , 6c meme par une foif infuportable. Cependant, les gens de Narvaez fuporterenc ees incommoditez fans fe décourager , ni fe plaindre ^ quoi- que ces mêmes Soldats eullent paru depuis peu fi fenfibles ai- de moindres fouffrances» ce qu’on peut attribuera l’exemple des vieux Soldats de Cortez , ou aux grandes efperances dont leur cœur étoit rempli s fans ce qui étoit du a la différence du General , dont la réputation 6c l’effime ont des influences fecrettes 5 mais très - puiflàntes fur i'efprit des Soldats , pour leur infpirer la valeur 6c la patience. Avant que de partir , Cortez répondit par écrit à Alvara- do, 6c à Motezuma par fon Ambafladeur. il les infùrmit Vun ' & l'autre de fa vié foire , de fon retour , & de l augmentation de fon armée , afin d'encourager Alvarado par Vefperance d un grandfecours ? $ de n' alarmer pas l Empereur , en le votant revenir avec^ des for- ces fi confiderables , puifque le foulevement de fes Sujets f oblige oh ■ à ne les pas fe parer. Le General réglant le tenus fur la neceifi- té faifoit marcher l’armée le plus vite qu’il étoit poffible , retranchant quelques heures au repos que fon a&ivité luy DU M E X I QJJ E. LIVRE IV. 40$ fhifoit trouver dans Iç travail même. Il fie quelque féjour au lieu du rendez - vous , afin d’attendre les troupes qui mar- choient par des routes écartées -, 6c enfin , il arriva le dix- fept de Juin à Tlafcala , avec toute Ton armée en bon ordre. L’entree fut pompeufe , 6c celebrée par de grandes rejouïf- fances. Magiscatzin reçut le General en fon logis , iêc tous les Efpagnols furent traitez 6c regalez par leurs hôtes avec beaucoup d’afie&ion , 6c même de refpect. Les Tlafcalteques avoient peine à couvrir la haine qu’ils portoient aux Mexi- cains , fous le prétexte de l’amour qu’ils avoient pour les Efpagnols. Ils éxageroient la confpiration , 6c le péril où Al- varado fe trouvoit par des circonflances , où il paroifloit plus d’afFedation que de certitude. Ils pefoient l’infolence 6c la perfidie du peuple de Mexique s animant les efprits des Efpa- gnols à la vengeance j 6c mêlant avec peu d’adreflè leurs avis avec leur paffion. Ainfi , les crimes enchéris par un zélé fuf- ped y- peuvent être des verkez dans la bouche d’un ennemi p mais il faut prendre garde que les informations qu’il en don- ne font de véritables accufations. Le Sénat refolut de faire un grand effort , 6c d’àfiembler toutes les milices afin d’affi fier Cortez en cette occafion , par une raifon d’état^qui n’étoit pas difficile à penetrer. Ils vou- loient attacher leur intérêt à la caufe de leur ami , 6c fe fer- vir de fes forces 5 , pour détruire une bonne fois cette Nation dominante* pour laquelle ils avoient tant d’horreur. Le Ge- neral enm prit aifément leur intention 3 6c après leur avoir marqué fa reconnoi fiance 6c fâ joie , il rabattit la' fierté qui lès poufloit à faire ce grand apareil, en opofant aux in flan ces du Sénat quelques raifons aparentes , qui en effet n’étoient que des prétextes contre d’autres prétextés. Neanmoins , il reçut deux mille hommes choifis , avec leurs Capitaines , ou Commandans qui fuivirent Ton armée , 6c qui rendirent de grands fervices dans les occafions. Il mena cette troupe pour rendre fon entre prife plus fûre - 6c auffi afin de fe conferver, la confiance des Tiafcalteques qui avoient déjà acquis afiez de réputation contre les Mexicains : 6c il n’en voulut pas un plus grand nombre crainte d’éfaroucher Motezuma , 6c de pouffer les révoltez dans le dernier defefpoir. Son intention éioit de faire une entrée pacifique dans la Ville capitale , 6c Eee iij. F.r’J * rlî ml; S!;l i 1 f ' 4 g6 histoire de la conqueste de voir s’il pourroit ramener le Peuple par les voies de îâ douceur , fans conlulrer alors fa colere fur le châtiment des coupables 3 voulant cflàïer d’abord de rétablir la tranquilli- té , puifqu’il efl bien difficile d’appaifer une fedition, en alarmant les efprits de ceux qui luy donnent le mouve- ment. Le General arriva à Mexique le jour de faint jean , fans avoir trouvé en chemin d'autres embarras, que la diverfitéôc la concradi&ion des avis qu’il recevoir. L’armée paffa le lac fans oppofinon , quoy qu’on eût devant les yeux certains in- dices qui pouvoient réveiller les foupçons, Les deux brigan- tins fabriquez par les Efpagnols, étoient brifez , ôcdemi brû- lez- on voïoit une grande folitude fur les remparts , ôc fur le haut de la porte: les ponts qui fervoienc à la communication étoient rompus fur les canaux 3 ôc un trille 5c morne fiience regnoit par tout ce quartier. Tous çes lignes obligeoient le General à regler les démarches de fon armée , en forte que l’Infanterie occupoit fucoeffivement les polies queT’on avoir reconnus. Ces précautions durèrent jufqu’à ce que les Efpa*. gnols qui étoienr auprès de Motezuma, aïant découvert le fecours qui leur arrivoit , pouffèrent de grands cris, qui ralfû-i rerent la marche des troupes de Cortex. Alvarado fuivi de tous les Soldats, vint les recevoir à la porte de fon logement, où ils celebrerent avec une égale joie, le bonheur dont ils fe reffentoient tous. Ils fe felicitoient fur leurs viétoires, au lieu de fe falüer. Ils parlaient tous enfemble, 5c s’interrompoient d'une maniéré où leurs fentimens s’expliquoient avec d'autant plus de vivacité , que les embraffemens 5c certains difcours confus, font, pour ainfi dire, l’éloquence de la joie, où le feui ton de la voix en dit plus que l’arrangement des pa- roles. Motezuma, accompagné de quelques-uns de fes Officiers, vint jufqu’à la première cour, où il reçut le General, avec une fatisfa&ion qui parut outrée , 5c emporta la rnajeflé. Il ell confiant, 5c perfonne ne le nie, que ce Prince fouhaitoit l'arrivée de Cortez 3 parce qu’il avoir befoin des forces 5c du confeil de ce General , afin de faire rentrer fes Peuples dans la foûmiffion 3 5c auffi parce qu’il fe voïoit privé de cette ef- pece de liberté que Çortez luy permettait, en le laiffant aL DU MEXIQUE. Livre ir. 407 1 er ou il kiy plaifoit : Et comme Motezuma n’étoit plus re- tenu en fa prifon que par la force de fa parole , il ne vou- lut jamais ufer de cette liberté durant l’abfence de ce General } les troubles où fon Etat étoit alors, l’engageant encore plus étroitement à n’abandonner pas les Efpagnols. Bernard Diaz a écrit que Cortez répondit incivüement à ces avances d’honnêteté que Motezuma luy faifoit : qu’il luv ht mauvais vifage * ôc qu’il fe retira en fon appartement, fans aller voir l’Empereur, ni foufFrir qu’il le vîd : qu’il lâcha même quelques paroles injurieufes’en prefence des Officiers de ce Prince j 6 c enfin ,, cet Auteur ajoute de fon propre mouvement que Cortez parloit alors fierement, parce qu’il fe trou voit fou* tenu d’un fi grand nombre d’Efpagnols. C’eft ainfî que Diaz s’exprime : ôc Herrera décrie encore davantage le procédé de Cortez en fon Hiftoire , puifqu’il emploie l’aveu même de ce General, à prouver fon incivilité. Plufieurs , dit-il, ontrap^ prié qu'ils avoient entendu dire à Cortez, que fi en arrivant* H o doit voir Moie^nma , ce Prince sert trouveront bien : mais qttiP k négligea , témoignant beaucoup de mépris pour fa perforine 5 parce qu'il fe voïoit en main de grandes forces. Sur quoy cet Auteur produit un paffage de Tacite, dont le fens eft, Que les heu^ veux fue ce z rendent infolens les grands Capitaines . Neanmoins Gomara en parle autrement : ôc Cortez même n’ên dit rien, en la fécondé Relation de fon expédition 5 quoyqu ? il eût été de fon intérêt de faire connoître les motifs qui l’avoient obli- gé à tenir un procédé fi irrégulier, fok pour l’exeufer * f oit pour en faire approuver les, raifons. La fincerité des Auteurs eft la réglé de la créance qu’on doit avoir pour eux 5 mais la conduite de Cortez nous permet de douter d’une malhon- nêteté fi peu vrai fèmblable ; d’autant plus que Herrera ôc Diaz même afturent , que Motezuma refifta à l’infolence de fes Sujets , & qu’il les retint toujours , autant qu’il put i-Qfiih attaquèrent malgré luy , le quartier des Efpagnols que fans- le refped quiis avoient pour ce Prince, ils auraient ma fiacre-' Alvarado fes Compagnons, Aucun Auteur n’a nié qtie le General ne fût bien informé de ces ventes: & la parole que l’Empereur luy tint lî religieufement , ne luy laiffi.it pas lieu d’en douter ; puifque la raifon ne permet pas de croire que ee Prince retint les armes qu’il avoic mifes en mouvement 3 4 aS HISTOIRE D E LA CONQUE STE ni qu’il demeurât avec ceux qu’il vouloit détruire. Ainfi 1 f'emble que c’étoit une adion indigne de la prudence de Cor- tez , de méprifer un homme dont il pouvoir avoir befoin en plusieurs rencontres: & l’incivilité qu’on attribue à ce Gene- ral comme un effet de ce bonheur , ne convient pas à Ton genie. On peut donc croire , ou au moins foupçonner, que Herrera avoit donné, fur un foible fondement, dans cette opinion , en tombant fur le Manufcrit de Bernard Biaz, in- terprète trop paifionné des adions de Cortez 5 6e il fe peut faire qu’il a adopté ce fentiment, afin de faire une vaine pa- rade d’érudition fur la maxime de Tacite : dan gereufe ambi- tion des Hiftoriens, qui eftropient la vérité, pour l’appliquer félon leur fens , aux remarques qui leur plaifent $ ignorant que c’efl un fecret de l’art très- difficile, d’accorder la vérité avec l’érudition. chapitre xii. Les motifs qui avoient obligé Us Mexicains a prendre les armes. Ordaz. fort avec quelques Compagnies 9 pour reconnoître l état de la Ville. Il donne dans une embufcade \ & Corte\fe détermine à la guerre. D Eux on trois jours avant que l’armée Efpagnole fut arrivée à Mexique, les rebelles s’étoient retirez de 1 au- tre côté de la Ville , en ceffant les hoftilitez de propos déli- béré , ainfî qu’on put le juger aifément par ce qui fuivit. L’excez de leur nombre leur avoit donné une grande con- fiance j 8c leur orgueil s’étoit élevé , par la mort de trois ou quatre Efpagnols tuez dans les combats precedens : avanture extraordinaire, où ils avoient acquis une nouvelle infolence, aux dépens de la vie de plufieurs révoltez. Ils avoient appris que Cortez s’avançoit , 6c ils ne pouvoient ignorer que fes forces ne fuffent confiderablemenc augmentées * neanmoins elles leur parurent fi peu redoutables, qu’ils uferent de ce ftratageme , en fe retirant de defiein prémédité , afin de lan- DÜ M E X I QJJ E. LITRE /K- 409 1 er l'entrée libre aux Efpagnols , & de les exterminer tous en- semble, lorfqu'ils les tiendroient renfermez dans la Ville. On r*e pénétra point d’abord ce deflein , quoyque leur retraite parut fufpeéte , 6c qu’on fe trompe raremeqé, lorfqu’on juge des adions de fon ennemi par les réglés de la ma- lice. Toute l’armée fe logea dans l’enceinte du quartier même, ou les Efpagnols 6c les Tiafcalteques trouvèrent du couvert* On pofa les corps- de gardes 5 c les femmelles , fuivant toutes les précautions requifes , en un tems où la guerre avoit cédé fans qu’il en parut de fujet: après quoy le General fe retira à part avec Alvarado, afin de s*inftruire de l’origine de ce fbulevement, 5 c deconnoitre la fource du mal, avant que d y apporter du remede. On rencontre fur ce fujet les mêmes contradictions qui ont fi fouvent arrêté le cours de nôtre plu. me. Quelques Auteurs difent que la confpiration du Peuple de Mexique fe forma par les intelligences que Narvaez avnit en cette Ville. D’autres ïoûtiennenc que Motezuma en fut fauteur, par le defir qu’il avoit de recouvrer la liberté : fur quoy il n’efl: pas necellaire de nous arrêter, puifqu’on a vû le peu de fondement de ces fecrettes négociations , qu’on au tri b unit à Narvaez $ 5 c que Motezuma n’a voit point de partà la fureur de fon Peuple. D autres en ont cherché la fource dans la fidelité des Mexicains , qui prirent les armes afin de tirer leur Prince de l’oppreïïion où il était * 5c ce fentiment s accorde plus avec la raifon , qu’avec la vérité. Enfin on a attribué cette rupture aux Sacrificateurs des Idoles, afiez pro- bablement 3 puifqu’ils fe trouvèrent mêlez fort avant dans la fedition, publiant à haute voix les menaces de leurs Dieux, 5 c infpirant aux autres cette même fureur qui les difpofoit à’re- cevoir les réponfes de ces deteftabies Oracles. Ils repetoienc ce que le Démon leur annonçoit * 6c quoyqu'ils ne* fu fient pas les premiers auteurs du foûîevement, ils luy donnèrent en effet beaucoup de chaleur, en irritant les efprits , 6c entrete- nant la fedition. Les Ecrivains Etrangers s’éloignent encore davantage du vrai-fèmblable, en mettant l’origine 6c les motifs de ce mou- vement entre les cruautez atroces dont ils tâchent de noircir la conduite des Efpagnols en la conquête des Iodes. Ce qu’il Fff 4 io H I S T O I R. E D E LA C O N QÜE STE y a de plus fâcheux , eft qu’ils appuient la malignité de leur^ récit, par l’autorité du Pere Barthelemi de las Cafas, ou Ca- faus, qui fut Evêque de Chiapa, dont ils copient ou tradui- fent les paroles, en nous chargeant par le témoignage d’un Auteur de nôtre Nation , & d'une qualité diftinguée, Il a écrit, comme on le void encore dans fes Ouvrages, que les Mexicains voulant divertir & regaler leur Empereur, prépa- rèrent une danfe ou bal public, de ceux qu’ils appellent Mi- tolesj ôc que Alvarado voïant la quantité des joïaux dont ils , étoienr parez , vint avec tous fes Soldats attaquer ces miferables ^ qu’il maftacra pour les dépouiller • & qu’en cette funefte occa- fion, plus de deux mille Nobles Mexicains pafterenr au fil de l’é- pée : ce qui , félon cette Relation , réduit la confpiration aux ; termes d’une jufte vengeance. Comme cette a&ion eft trop outrée pour tomber dans le fens d’un Capitaine, elle ne pa- roît pas feulement extravagante, mais encore impoffible : fur quoy il eft bon de Ravoir que ce Prélat folliciroit alors le fou- lagement des Indiens , êc que pour enchérir ce qu’on leur fai- foit fouffrir , il s’eft moins attaché à la vérité , qu’à l’éxage- ration. La plus grande partie de nos Auteurs l’ont convain- cu d’un défaut de lumières ôc de bonnes informations fur ces^ énormes cruautez dont il a accufé les Efpagnoîs . 5 ,& l’on eft trop heureux de le trouver ft bien réfuté qu’on n’ait nets: à démêler avec le refped qui eft du à fa dignité, La vérité confiante eft donc, que peu de tems après le dé- part de Gortez, Alvarado reconnut que les Nobles Mexi- cains relâchoient beaucoup de l'attention êc de la complaL lance qu’ils avoient pour les Efpagnoîs que cette nouveau- té l’obligea de les obferver , de veiller fur leurs démarches» Il détacha quelques-uns de fes confidens pour éclairer ce qui fe paftbit dans la Ville * êc il apprit que le Peuple devenoie inquiet & mifterieux : qu’on faifoit des affemblées en des mai- fons particulières, avec certaines précautions mal concertées, qui cachoient le projet &: découvroient l'intention. Il anima fes confidens , & reçut enfin par leur moïen , des lumières très, fûtes d’une confpiration formée contre les Efpagnoîs ,, aïant gagné quelques-uns des Conjurez mêmes, qui en ap- portèrent les avis , en deteftant la trahifon, fans oublier leurs intérêts. On approchoit du jour deftiné à une grande Fête des B ü MEX I QJJ E. LIVRE TT. 411 Ildoîes, qu’ils celebroient par ces danfes publiques, qui con- fondoient les Nobles indiferemment avec le Peuple, & qui mettoient toute la Ville en rumeur. Les Conjurez avoienc choifi ce jour-là pour l’éxecution de leur delïein, fuppofanc ■'qu’il leur feroit fort aifé de s’afTembler ainfi à découvert, Lins que cette nouveauté pût donner aucun loupçon. Leur deflein étoit de commencer le bal, afin de foûlever le Peuple, en publiant qu’il s’agifibit de la liberté de leur Prince, & de la défenfe de leurs Dieux 5 remettant à ce moment la décla- ration de l’entreprife , pour ne hazarder point un fecret de cette importance , en le confiant mal à propos à la difcretion de tout un Peuples Sc véritablement cela n’étoit pas mal ima- giné, la malice étant ordinairement foûtenuëde quelque forte d’efprit. Quelques-uns des principaux auteurs de la conjuration tinrent rendre vifite à Alvarado, au matin du jour qui pre- cedoit cette Fête folemnelle, 8c ils luy demandèrent permif- fion de la celebrer ; tâchant de luy fermer les yeux par cette foûmiffion affe&ée. Alvarado , dont les foupçons n’étoient pas encore pleinement éclaircis , leur accorda la permiflion, à la charge qu’ils ne porteroient point d’armes , êc qu’ils ne ré- pandraient point de fang humain dans leurs facrifîces : cepen- dant il apprit cette même nuit , qu’ils alloient en fecret ca- cher leurs armes , en un endroit fort proche du Temple. Alors voïant tous fes doutes levez , il prit une refolution temeraire, à la vérité 5 mais qu’on auroit pu confiderer comme un bon remede à un mal fi violent, s’il avoit été appliqué avec une jufte modération. Alvarado prit donc fes mefures pour atta- quer les Conjurez au commencement du bal, fans leur don- ner le loifir de prendre leurs armes, ni de foûlever le Peu- ple : ce qu’il fit en fortant avec cinquante Elpagnoîs , fous pretexte de venir prendre leur part du régalé, par pure curia- iité. Ils trouvèrent ces Nobles à demi yvres, tant par la fu- mée des liqueurs, que par t’excez de la joie qu’ils fèntoient pella fes Soldats, St fe retira, fans trouver aucune oppofitioir qui l’engageât à un nouveau combat. Les Efpagnols perdi- rent douze de leurs Compagnons en cette occafion 5 & ils eurent un grand nombre de bleffez de coups de pierre ou de ffeche, St perfonne de coups de main. Du côté des Mexicains, Je nombre des morts' fut fi grand , que les corps qu ils ne purent retirer , empliffoient les rues , après avoir teint les* canaux de leur fang. Le combat dura toute la matince ^ St les Efpagnols fe virent quelques - fois extrêmement prefkz. DU MEXIQUE. LIVRE 7 V. 4 ^ 'Neanmoins , l’heureux fuccez de cecre journée fut entière- ment dû à leur valeur, à leur expérience, êc à leur discipline militaire. Aucun d’eux ne fe diflingua , parce qu’ils fe Signalè- rent tous également, les Soldats ainli que les Capitaines - Ôc que leurs exploits s’effacèrent réciproquement les uns les au- tres. Les Tlafcalteques , à leur imitation , parurent vaillan s fans emportement j êc Cortez conduifît cette a&ion en brave êc prudent Capitaine, courant de, tous cotez, êc toujours avec plus d’ardeur où le péril étoic le plus grand, l’épée dans le ventre des ennemis, l’œil fur fes Soldats, êc l'elprit prefenc à tout : laifTantj en doute fl fa hardieffe avoit plus contri- bué à la vidoire, que fon admirable conduite car il poffe- doit en un fouverain degré ces deux vertus , que l’on fouhaite fans diftidion , êc qui concourent fanspreference dans un grand Capitaine. Il falut donner quelque -teins au repos des Soldats, êc à penfer les bleffèz , durant trois ou quatre jours, où on fon- gea feulement à la défenfe du quartier, qui eut toujours à (a vûé l’armée des révoltez, qui luy donnèrent quelques îegeres attaques, en fe prefentant , êc tournant le dos avec la même facilité. Durant cet intervale , le General voulut tenter quel- ques moïens pour obtenir la paix, en faifànt propofer divers partis par des Officiers deMotezuma, qu’il lailîa fortir. Ce- pendant il n’oublioit pas de prendre d’autres mefures pour la guerre : il fît conftruire quatre tours ou châteaux de bois^ qu’on menoit aifément fur des roues ■ afin de s’en fervir , s’il fe prefentoit quelque occafion de faire une nouvelle fortie. Chaque tour, qui pouvoit, contenir vingt ou trente hommes, avoit fon premier plancher garni de fortes planches , contre les pierres qu’on jettoit du haut des terrafles 5 êc fes cotez é- toient percez de plufîeurs trous , par lefquels on pouvoir ti- jer fans fe découvrir , à la façon des mantelets dont on fe fe rt à la guerre , par aller faper les murs d’une place. Cette in- vention parut alors fort propre à garentir les Soldats qui dé- voient mettre le feu aux maifons , êc rompre les tranchées qui traversent les rues • êc l’on nefçait fî Cortez n’eut point encore deffein d’épouventer les ennemis , par la nouveauté de ces machines roulantes. De tous ces Officiers qui étoient fortis pour faire des pro- Ggg >j 4 * 0 - HISTOIRE D E TA GO N QUE STE poficions d’accommodement, les uns revinrent allez maltraii tez , 5c les autres demeurèrent avec les rebelles. Motezuma en fut extrêmement irrité : il fouhaitoit paffionnément la réduc- tion de fes Sujets 5 cachant d’ailleurs , avec un artifice aifé à pénétrer , la crainte qu’il avoir qu’ils n’achevaffent de perdre le refped dû à fon autorité. Cependant on faifoit dans la Ville de nouveaux apprêts pour la guerre ; les Seigneurs qui' favorifoient la rébellion, a voient appelle leurs Sujets - 5 c les forces des ennemis s'augmentoient à tous momens. Ils ne cefToient point de provoquer les Efpagnols dans leur quartier 3 où les Soldats fe lafFoient d’endurer cette embarraffànte répé- tition de cris 5c de fléchés , qui ne laifîbienc pas d’irriter leurf patience, quoyque le vent en emportât la plus grande par^- rie. Le General trouvant les Efpagnols en cette difpofition, re- folut, fuivant l’avis de fes Capitaines & l’approbation de l’Emw pereur, de faire une nouvelle fortie contre les Mexicains, il mena avec foi > la plus grande partie des Efpagnols , 5c juf- qu’à deux mille Tlafcalteques, quelques pièces de canon , 5c les machines bien garnies 5 outre des chevaux qu’on menoit en main, afin de s’en fervir quand la commodité du terrein le permettroit. Tout étoit alors en un profond filence 5 mais * i peine eut- on commencé la marche, que l’on reconnut la difficulté: de l'entreprife, aux cris efFroïables de cette multitu- de, qui répondoient à l’horrible tonnerre des timbales 5c des * cors. Les ennemis n’âttendirent point qu’on les attaquât $ 5c vinrent au-devant des Efpagnols, avec une refolution furpre- nante, 5c beaucoup plus d’ordre qu’ils n’avoient accoûtumé d’en garder. Ils donnèrent 5c reçurent la première charge , fans perdre leurs rangs , 5c fans témoigner trop de précipitation § neanmoins ils s’apperçûrent bien- tôt de la perte qu’ils faifoient 5 fur quoy ils firent une retraite en forme, jufqu’aux premiers remparts qui traversaient les rues , où ces rebelles recommence- ment à combacre avec tant d’opiniâtreté, qu’il falut faire avan- cer quelques pièces d’artillerie , afin de les chaûer de ces pof- tes. Tous les ponts des canaux croient levez , auprès des en- droits deilinez à leur retraite : ainfi la difficulté redoubloit à tous momens j 5c on ne trouvoit point de lieu pour les char* ger à découvert. Il parut ce jour-là, que leurs mouvement DÜ MEXIQUE, livre IV. An ««oient conduits avec plus de juftefle, qu'on n’en remarque ordinairement dans les tumultes populaires. Us tiroient tous tnlemble, Sc fort bas, afin de ne point perdre leur coup dans - là refiilance des armes : ils défendoient leurs polies fans con fufion, & s’en retiroient fitns defordre jjufques à mettre des gens dans les canaux , qui perçoient en nageant les Efp a gnols à grands coups de pique. Ce qu’ils filent encore fort bien, fut de mettre fur les terrafles, des-pierres d’une pefan teur énorme , afin d’écrafer les châteaux de bois 5 jjj en vinrent à bout, en les bnfant en mille pièces. Toutes ces adions faifoient connoître que les rebelles a voient quelqu’un qui commandoit : car ils sanimoiént, fie le foutcnoient àpro- p0Sj.Sc on découvroit quelques traces d’obeïffance entre les déreglemens de cette multitude. On combatit durant la plus grande partie du jour les Ef pagnols Sc leurs alliez étant réduits à gagner le terrein de tranchée en tranchée. La Ville en fouffrit beaucoup • on y brûla plufieurs maifôns : Sc les Mexicains y verferent plus de fang qu’aux deux occafions precedentes, parce qu’ils s'appro cherent de plus prés du feu du canon & de la moufqueterie. foie qu ils neufTentpas la liberté de fuir, comme iis avaient ac- coûtumé ; ou qu’ils en eulFent été empêchez par l’obftacle de leurs remparts. La nuit s’approdioit ; & le General voïant , avec quelque chagrin , qu il étoit engagé mal a propos à une chicane inuti- ^e , en gagnant pied a pied des poftes qu*il ne vouloir pas garder , retourna en Ton logement * -laiffant , à dire vrai la ièdition plus irritée, que punie. Il perdit jufques à quaran- te Saldats^laplulpart Tlafcalteques : & plus de cinquante Jblpagnols fe retirèrent b lellez, ou maltraitez. Gortez même eut un coup de fléché à la main gauche 5 mais il portait alors dans* lame une plaie plus profonde, aïant reconnu en cette rencontré, qu’il étoit impoffible de continuer la guerre avec u:es forces h inégales, fans perdre fon armée 5 ou fa réputation. Ce fut pour la première fois que i’éfperance iuy manqua s cette nouveauté furprit fon courage, & ht foufFrir fa confian- ce. II s enferma dans fon appartement, afin de fe donner tout entier aux reflexions , quoyqu’il prit Je pretexte de fa blefMi re. Le General y trouva dequoy exercer fa raifon, durant la Gg:g ^ 4n HISTOIRE DE LA CONQJJE STE meilleure partie de la nuit : il fentoit un extrême déplaifir, d’ê- tre obligé à fortirde Mexique j 6c il ne voïoit point demoïen pour s’y maintenir. Ii cherchoit à lutter contre les difficultez 5 êc alors il voïoit que le bon fens étoit du parti de la défian- ce. Ainfi fa valeur conteftoit contre fon jugement j mais tout cela n’étoit qu’une difpute fans conclufion , où les confeils de Ja prudence devenoient fâcheux & importuns, 6c quiluy apprit ce qu'il coûte à être détrompé, avant qu’on en tire aucun avantage. CHAPITRE XIV. Motezpma exhorte Cortex a fe retirer . Ce General luy offre de finir , auff-tot que fies Sujets auront quitté les armes. Ils donnent un autre ajjaut au quartier . Motezuma leur parle de dejfius la muraille * e/l blefisé , fians pouvoir les réduire . M Otezuma n’eut pas une meilleure nuit : fon efprit flo- tant en de terribles inquiétudes , luy reprefentoit l'infi- délité de fes Sujets, 6c déchiroit fon cœur par des mouve- mens contraires , qui forçoient , ou flatoient fucceffivement fon inclination. La colere lepoufibit à la vengeance* la erain- ^ te à la modération* ôc l’orgueil hcurtoit toutes les autres paf- fions. Il monta ce jour-là fur Ja plus haute tour du quartier des Efpagnois, d’où il reconnut entre les rebelles le Seigneur d’Iztapalapa , 6c d'autres Princes qui pouvoient alpirer à l’Em- pire. Motezuma les vid courir de tous cotez , animer les Mexicains, Scies conduire avec ordre * 6c il n'avoit point en- core éprouvé une pareille infolence de la part de fà Noblefîe. Son chagrin 6c fa jaioufie augmentèrent en même-tems* mais la colere prit le deiïiis , fuivant les premiers mouve- mens de fon naturel , qui le poufioit à répandre du fang pour fe vanger. Neanmoins , faifant reflexion fur les difficultez qui fe prefentoient , 6c voïant que le Peuple foûlevé faifoit pn corps confiderable , qui marquoit une confpiration for* DU M E X I Q_U E. livre IV. 413. mce, & conduite avec ordre, il tomba dans l’abatement, demeurant fans aélion, & fans imaginer aucun remede à ce mal j en forte que l’étonnement &; la foibldle étouferent les^ mouvemens impétueux de la férocité : tant les dangers qui menacent la Couronne font affreux aux Tyrans, qui en fe ventant d’être redoutez , font d’ordinaire les plus fukepcibles des atteintes de la crainte. Enfin ce Prince faifant une effort pour chercher en fon efprit les voies propres à rétablir Ton autorité , n’en trouva point de meilleure , que celle de renvoïer promptement les Espagnols, & de retourner en fon Palais , afin d’éprouver la douceur & l’équité, avant que de lever le bras delà juflice. Il fit appeiler au matin le General r & il luy communiqua les motifs de fon chagrin, avec allez d’adrelTe. Il luy expofa l'in- folence de la N obleffe , affeclant neanmoins , de marquer quil ne la cr aigu oit pas ; quil fi fintoit plus embarrajfé du châtiment qu'il devoit impofer , quil naprehendoit les fuites de leur révolté „ Il ajouta , J>)ue ces troubles de fon Etat y demandaient un prompt remede , & quil faloit abfolument oter toute forte de prétexte aux feditieux , & les convaincre de leurs illufions \ avant que de pu- nir leurs crimes Que tous les tumultes et oient fondez fur des ap- parences de ratfon ; & que dans les préventions d'un Peuple muti- né , U prudence co nfeilloit de s introduire en cedant quelque chofe ,, afin d’établir enfuite un empire plus abjolu : Que les cris de fies Sujets étoient en quelque façon jufiifiez par leur objets puifqu.ils reduijoicnt d demander la liberté de leur Prince , étant perfuade ^ quil nen jouïffoit pas , & abufeT^feulement dans le choix des moïens qu ils prenoient pour l'obtenir : fihfon étoit en une fituation où Cortez^& fies troupes ne pouv oient plus fe défendre de finir de Mexique , fans retardement , afin quil put reprendre toute fin au- torité^ fiâmettre fis Sujets reb des , & éteindre ce feu , en éloignant la mature qui l'entretenoit. Après quoy Motezuma répétant, au General le récit de ce qu’il avoit fouffcrt pour ne pas manquer à la parole qu’il luy avoit donnée , toucha Iegers- ment les fujets de chagrin qui le tourmentaient davantage. Cependant les inftances qu’il luy fît d’obéir lans répliqué fu- rent fi prenantes, que l’on découvroit clairement les influen- ces de la crainte dans l’ardeur de fes prières. Coïtez fe trouvoit alors convaincu , que la retraite étoic 4 t 4 HISTOIRE DE LA CONCLUE S TE neceflaire , quoyqu’il n’eût point abandonné Pefperance de rétablir cette entreprife fur de meilleurs fondemens. Ainû emploïant à propos ce qu’il avoit dirigé, afin que fa propor- tion parût moins furprenante ,il répondit fur le champ à l’Em- pereur, Que fen ejprit & fa raifort s'accordoient à luy obetr avec me aveugle refgnation ; parce qu'il ri avoit point de pajjion plus for- te que celle d' exécuter ce qui et oit agréable a fit grandeur , fins exa- miner les motifs de l'ordre quelle luy donnait , ni perdre le tems à luy reprefenter des inconveniens , que fi prudence avoit fins doute prevus & confiderez s puifqri en cette forte de difiufion l'inferieur doit toujours foümettre fon jugement , & regarder la volonté du Prince comme la plus pnijfante des raiforts. Jpfiil aurait neanmoins un très fenfble regret de s'éloigner de luy , fins le laijfer en pojfefi fon d'une parfaite obttjfince de la part de fis Sujets , fur tout lorfi que la conjoncture de la déclaration des Nobles en faveur des mu- tins , demandait une attention particulière , qui méritait tous les foins de l'Empereur, puifque les Nobles aïant une fois franchi les homes du devoir , fi trouvent bien plus prés des derniers attentats ; Mais qu'il ne luy appartenait pas de faire des raifinnemens qui pufi fint retarder fon ebeïjfance , quand fi grandeur luy propofoit le départ comme un remede necefiaire , connoiffant parfaitement les maux de fon Etat . Neanmoins que fur cette fipoftion , & la refolution conf- iante de partir incejfimment avec fin armée pour aller à Zempoala > il ofeit fiplier V Empereur de faire quitter les armes à fis Sujets , avant que les Efpagnols panifient i puifque la confiquence firoit très - pernicieufe , s'ils attribuaient a leur révolté ce qu'ils ne dévoient qu'à la bonté de leur Prince : quen cela robfiination de ces rebelles le tou choit moins que la confirvatïon du refpecl deu à l autorité de l'Empereur ; puifqu il abandonnait par pure complaifince pour fi grandeur , l'emploi de châtier fis révoltez portant d'ailleurs a la pointe de fin épée & de celle de fis Soldats , tout ce qui luy éîoit ne c effrite pour fi retirer en toute fimeté . Motezùma n’attendoit pas une décifîon fi prompte en la reponfe du General. Il croïoit trouver plus de refiûance dans fon efprit -, .& même il aprehendok quelque broüiilerie fur un llijct où il s’étoit fort aheurté. Ce Prince témoigna donc à Cortez fa reconnoiflance avec beaucoup de joie • & il parut fur fon vifage & au ton de fa voix 5 qu’il commençoit à refpirer. J1 offrie de mander à fes Sujets qu’ils miflent les armes bas, approuvant DU M E X I Q J3 E. IMiteTM. ' 42 e approuvant la reflexion du .General , outre qu’il Tentait une extrême répugnance à retenir les effets de fa colere contre des gens qui avoicnt mérité Ton indignation , ne trouvant point ie moïen d’accorder les droits de la Souveraineté avec la dif. Emulation. Pendant qu’il prenoit ces mefures avec le Gene- ral 3 l’aiarme Tonna furieufement par tout le quartier. Cortez courut pour donner ordre à la défenfe, & trouva Tes Soldats occupez à foûtenir un afTaut que les ennemis leur livroieut de tous cotez. Les ETpagnols étoient toujours alerte 3 ainfî les a flaillans furent reçus à toute rigueur par la décharge du canon &c des arquebuTiers, fans qu’elle put arrêter leur furie- car ils fermoient les yeux au péril , & ils s’avan fatisfadion de fe venger , ne trouvant plus d’ennemis * parce qu’au moment qu’ils avoient vu tomber leur Prince, 6c con- nu qu’il étoit bleffé:, l’énormiçé de leur crime les épouventa jufqu’à ce point , qu’ils fuirent * fans fçavoir qui les pou (Toit : 6c croïant que la colere des Dieux alloit fondre fur leurs tê- tes, ils cherchèrent de tous cotez à fe dérober à la vue du, Giel, avec cette, efpece de terreur eonfufe 6c affreufe, que* les crimes énormes laiffent ordinairement dans les efprits,. àj Piaffant qu’on vient d’achever de les commettre., , Gortez ,. fans s’arrêter un moment, alla voir Motezuma 9 . qui avoit repris quelque connoiffance- mais avec tant d’im- patience 6c de defefpoir , qu’il falut le retenir pour empêcher* qu’il n’attentât fur fa vie. On ne pouvoir venir à bout de le penfcr, parce qu’il rejettoiç toute forte de medicamens : it pouflbit d’efftoïablfes menaces, qui fe terminoient en des ge:- miffemens la colere feifânt un effort qui degeneroit en Jâ- .. cheté : enfin les râifpns l’ôffenfoient,les confeils l’irritoient , 6c on eût dit qu'il n’a voit repris les fens , que pour perdre le j u- gementl Le General jugea, donc à propos- de donner quel- que-tems à la reflexion ; afin que cet efpnt pût fe dégager des, premieFêsdmprcffloQS'ide l’oflfenfe qu’ifavQit reçue. Il le re- commanda âXes.DQmeftfqueS} ôc véritablement ce Prince é-. toit en une pitoïable. extrémité", expofé au cruel combat de fa. fierté naturelle ,. contre i’abatement de fon efpric, 6c regar- dant comme un grand, exploit la refolution de s’ôter la vie de propres, mains ? brutale reflnurçedes efprits lâches ? . qui lue,.. DU MEXIQUE. LIVRE IV, 4 i 9 tombent fous le poids des difgraces , 6c ne Témoignent leur valeur, que contre ce qu’ils* fentent de plus foible.^ CHAPITRE X V. Motezuma meurt , fans vouloir recevoir le Baptême, Cortex envoie fon corps dans la Ville. Les Mexicains: célèbrent fes obfeques. On rapporte Us bonnes & les : mauvaifes quahtez^de ce F rince . L ’Impatience de Mbtezuma continuoit de la même force s. fes bleffûres en devenoient plus dangereufes 5 6c l’on re- marquoit à chaque moment, la funefte influence des paflions. de l’ame, fur la corruption des humeurs. Le coup qu’il avoir à- la tête, parut d’abord confiderable , 6c fon defefpoir le ren- dit bien-tôt mortel - y parce qu’il fut impofîible de luy appli- quer les remedes necefîàires, jufques à ce que l’abatement de; fes forces le mit en état de ne pouvoir plus les foûtenir, Qn avoit la même peine à le réduire à prendre quelque nourriture, , dont le befoin l’extenuoit , fans qu’il témoignât de vigueur,, qu’en cette furieufe 6c déterminée refolution de s’ôter la vie., Son defefpoir croiflant à mefure qu’il fentoit diminuer fes for- ces, on connût le danger* 6c le General, qui étoit toujours. auprés de lüy y parce, que ce Prince fe compofoir 5 & pàroifloit plus tranquille en la iprefence de Gortez ^s'attacha ferieufe- ment à luy infinuer les chofes qui luy convenoient le plus en* cette conjondure. Cortez voulut donc luy parler des veritez de nôtre Religion , eflaïant de l’amener par la douceur à la deteftation de fes. erreurs, 6c â la connoiiïance du vrai Dieu, Motezuma avoir marqué en plufieurs rencontres ,, quelque in- clination aux ceremonies 6c aux principes de la Foi Catholique.. Les abus de l’Idolâtrie le dégoûtoient, jufques à donner quel- que efperance de fa converfion - mais fa diabolique radon d'E- tat en retardait l’effet : ain fl la fu per ftition des autres fenga— geoit , lorfque la flenne i’abandonnoïc* il donnoit plus àd&i crainte d.e fes Sujets , qp’à fon refped pour fes Dieux. Hhh iijj 45 o HISTOIRE DE LA CONQÜESTE Le General fît de fa part tout ce que le devoir d’un ChrêJ tien éxigeoit de fa charité : il empioïa l’ardeur & la tendreiïè des prières , pour obliger ce Princei reconnoître le vrai Dieu , 6c à s’afTurer d’une éternité bienheureufe , en recevant le Baptê* me. Frere Barthelemi d’Omedo l’en preiToit, par des raifons plus puisantes , que les Capitaines qui avoient le plus de part à foneftime appuïoient par leurs inflantes prières 3 6c Marine, en les expliquant , y ajoûtoit encore les motifs qui l’avoient convaincue. Enfin, quoyqu’en dife l’envie, ou la malice y car elles ont fur cela même accufé les Efpagnols d’une cou- pable négligence, on n’oublia aucun de ces foins que les hommes peuvent apporter pour réduire un efprit à la connoiL Lance de la vérité : mais les réponfes de Motezuma n’étoient que des emportemens d’un efprit outré, qui ne fongeoit qu’à Te venger, à faire d’horribles menaces., 6c à fe defelperer. Après avoir chargé le General du châtiment des traîtres , il fut durant trois jours en cet horrible combat 5 après quoy ce malheureux Prince rendit fon ame au Démon, pour tou- te l’éternité, donnant les derniers foupirs de fa vie à l’efprit de vengeance 6c de férocité, 6c laiffànt au monde un terrible exemple de ce qu'on doit craindre en ces momens de la part des pallions , toujours ennemies des réglés , 6c encore plus fieres dans un efprit abfolu j puifqu’on perd la vigueur necef- faire pour les allujetir , au même-tems qu’elles trouvent de nouvelles reBources en l’habitude qu’on s'eft faite de leur obéir. Tous les Efpagnols furent également fenfibles à la funefte mort de ce Prince 3 parce qu’ils étoient tous engagez à l’aimer par fes prefens, par fes carefles, 6c par les autres grâces qu’il leur faifoit. Le General qui luy étoit le plus redevable, 6c quifaifoit la plus grande perte, en fut fi fenfiblement touché , que fa dou- leur eut quelques in ftans d’un chagrin inconfolable 3 6c toute la violence qu’il apportoit à l’empêcher de paroître fur fon vifa- ge , lailfa neanmoins échaper le fecret de fon cœur par des larmes, que fes yeux ne purent retenir. Le fondement de tons les defleins rouloit fur la fujetion volontaire de ce Prince, dont la mort déconcertoit fes mefures , 6c le forçoit à tra- vailler fur un autre plan , afin d’arriver à la fin qu’il s’étoit propofée, La plus vive douleur du General étoit d’avoir vâ D ü MEXI Q_U E. LIVRE iv, 43| - pour comble de mifere , mourir l’Empereur en ion obftination. Ce point eflentiel partageoit fon cœur entre la triitefle & la crainte , lorfque les mouvemens de fa pitié étoienc confondus dans une fi terrible idée. La première diligence de Cortez fut d’aflembler les Offi- ciers de l’Empereur, dont il choifit fix des plus confiderables à qui il ordonna de porter le corps de ce Prince dans la Ville' Quelques Sacrificateurs qu’on avoir pris dans les rencontres precedentes, croient de ce nombre 3 6e les uns & les antres avoient été témoins des blefîdres & dela mort de Morezuma. Le General leur commanda de dire de fa part , aux Princes qui donnoient les ordres aux feditieux : g£il l eu r envoïoit le corps de leur Empereur maffkcrè par leurs mains 3 & que l'énormité- de ce crime donnait un nouveau droit a la juftice. de fis armes . avant que de mourir > ce Prince l'avoit prié plufieurs fois de prendre fur fon compte la vengeance de cet attentat , & le châtiment d'une fi horrible confpiration : neanmoins -, que regardant ce malheur comme P effet dé une brutale impetuofité du menu Peuple , dont les gens d'un efprit plus f âge & plus éclairé auroient reconnu & châtié lUnfilence , il en revenoit encore aux propofitions de la paix , qu'il- éioit prêt de leur accorder . Qff ils pouvoient envoler des Député * , four entrer en conférence y & convenir enfiemb le des articles qui pal voîtroient raifonnables i mais qu'ils dévoient en memetems être- per- fuade^ que s'ils ne fie rendaient pre fient ement à la rai fon an repentir , ils feraient traitez, non feulement comme ennemis , mais comme rebelles & traîtres à leur Prince , en éprouvant fur ce pied- là y les dernieres rigueurs de fis âmes -, puifiqu* après la mort de Motezuma, dont le refpecl le retenait dans les bornes de U modé- ration , il ne fiongeroit plus qu’a defoler çf à détruire entièrement U Ville do Mexique 3 & qu'ils conno broient trop tard, par une fu- nefte expérience y la différence qui fie trouve entre une ho (h lit è qui ne tend qa a la de f en fe y puifiqu on navoit d’autre deffein que ce luv de les ramener à leur devoir > & une guerre déclarée \ ou Ion auroip toujours devant les yeux l obligation de punir un crime, de cette nature. Les Mexicains partirent auffi-tôt , portant fur leurs épaules- le corps de Motezuma 3 &. à quelques pas du quartier , les fe- ditieux vinrent le reconnoître , avec beaucoup de refped, ainfi qu’on le remarqua du haut des murailles. Ils le fui virent 4*1 HISTOIRE DE LA C'ONQUE'STE tous , en jettant leurs armes, 6c abandonnant leurs portes 5 6c en cet infiant toute la Ville retentit de pleurs 6c de gemifte- mens, témoignant que ce pitoïabîe fpedacle , qui leur repre- fentoit leur crime , î’emportoit fur la dureté de leurs cœurs. Ils avoient déjà élu un autre Empereur , comme on le fçut bien- tôt 5 ainfi la douleur n’étoit point accompagnée d’un véritable repentir : mais ces rertes de fidelité n’étoient point defagreables au nouveau Prince , puifqu’ils étoient rendus au nom , & non pas à la perfonne du Souverain. Les clameurs 6c Jes plaintes durèrent toute la nuit parmi le Peuple, qui alloit .en troupe par les rues, répétant le nom de Moteznma, avec une efpece d’inquietude tumultueufe, qui pubiioit leur delef- poir , fans perdre les apparences d’une ledit! on. Quelques-uns ont avancé que les Mexicains traînèrent te -corpr de l’Empereur , 6c qu’ils le mirent en pièces, fans par- donner à fes enfans , ni à Tes femmes. D’autres ont dit qu’ils l’expoferent à la raillerie, 6c aux outrages du menu Peuple* jufques à ce qu’un de fes Domeftiques ramartant quelque peu de bois , dont il fit un bûcher, brûla le corps en lieu écarté. On pouvoit attendre ces injures d’une Populace enragée, dont l’inhumanité rendroit femblable tout ce qui s’éloigne le pins de la raifon • neanmoins le plus certain eft , qu’ils refpederent ce cadavre , affedant de témoigner , par Les honneurs qu’ils luy rendirent en la pompe fuoebre, qu’ils étoient affligez de fa mort , comme d’une difgrace où leur intention n’avoit point eu de part : fi ce n’eft qu’ils ne fë figuraffent fatisfaire ou tromper leurs Dieux, par cette apparence de refped. Ils le portèrent au point du jour fuivant, à la montagne de Cha- pultepeque, en grand appareil : c’ert où ils celebroient les funérailles de leurs Princes , 6c où ils confervoient leurs cen- dres. Au mefrne tems , les cris 6c les gemiflemens redoublè- rent dans la Ville, de la part de cette multitude qui accou- roit ordinairement à de fem b la b les fondions. Ces circonftan- ces furent confirmées depuis par les Mexicains mêmes , qui rapportoient les honneurs rendus à leur Prince , comme des -proiiefles de leur zele , ou comme une fatisfadion ertentielle de leur crime. On n’a pas manqué cP Ecrivain s qui ont attribué au General la mort de Motezuma, ou qui ont au moins eiTaïé de 1e char- ger DU MEXIQUE. LirxE ir', 4H gcr cie ce crime, en affûtant qu’il lit tuer ce Prince, a fin de s’en debarrailèr. Quelqu’un de nos Hiftoriens rapporte quon le dit ainfi, fans rebuter ce bruit, ni en défendre la mémoire de Cortez * & quoyque cette négligence ne loir pas une preu- ve convaincante de mauvaife intention, neanmoins elle ref- ie m b le fort à la calomnie. Il fe peut faire que les Mexicains répandirent ce bruit quelque- cems après la mort de leur Em- pereur, à deffein d’exciter la haine des Indiens contre les Es- pagnols , ou d effacer la honte de leur Nation : mais ils ne di- rent, & même ils n’imaginerent alors rien qui en approchât - & on ne devoit point donner à fa plume la liberté de pu- blier un lait de cette confequence , fur un fi foibie fonde- ment. Comment fe pourroit-i! faire qu'un homme auffi ha- bile & auffi appliqué que Cortez étoit, voulut fe défaifir d’un gage qui faifoit fa plus grande fureté, lorfqu’i! avoir fur les bras les forces de tout cet Empire ? Et quel avantage pou- voir il tirer de la mort d’un Empereur ami , & prefque Sujet pour la conquête d'un Etat foûlevé & ennemi* La df grâce des grandes a&ions vient fouvent de la divcrffié des rap- ports qu’on en fait : & il eff aifé à un efpric mal tourné, d’in- venter des circon fiances , qui n’étant peut être pas capables <1 obfcurcir la vérité , l’expofent neanmoins aux atteintes de opinion , ou de 1 ignorance , en foûmettant à la temeraire cre dulité du vulgaire , ce qui eft de plus effentiel dans l’Hiftoire' Les Etrangers ont pris le foin de décrier la conduite de Cor- tez en toute cette entreprife: mais les preuves qu'il a données de fa prudence & de fon bon efprit , dévoient bien le garen- tir du foupçon d’une fi haute extravagance , quand f éléva- tion de fon ame & fa haute generofiré ne le défendroient pas de la malignité d’une fi cruelle^dion. Ainfi toute la confu- fion en demeure à l’envie , vice fans plaifir , qui fait le fu, phee de ceux qui le cachent, & i’affront de ceux qui le pro- duifent., fervantde iuftre à ceîuy qu’elle perfecute, &; de honte i l’envieux. Motezuma fut un Prince que la feule nature avoit orné de grandes & rares qualitez • d’un air agréable, &c rempli de majeftéj d’un efprit pénétrant, & d’un jugement folide , quoy- que fins aucun fècours de l'étude - 3 mais s’attachant à la fub- jftance des chofes. Sa valeur i’avoif élevé au-deffus de tous les Iii i il 4U HISTOIRE DE LA CONQUE S TE Nobles, avant qu’il montât fur le Trône * Ôc depuis s elle luy avoit acquis entre les Etrangers, la réputation la plus haute que les grands Rois puiiïent avoir. Son genie & fes inclina- tions tournées entièrement à la guerre , 1 avoient rendu tres- habile en cet art r à leur maniéré. Ainfi , lorfque l’occafiom de prendre les armes fe prefentoit y l’armée devenoit fa Cour ordinaire. Ce Prince avoit gagné neuf batailles , ou il eom- mandoit en perfonne , ôe par la conquefte de differentes Pro- vinces , étendu bien loin les limites de 1 Empire j oubliant les- brillans du Trône, pour les applaudiffemens du champ de bataille , & croïant que le Sceptre le plus ferme eft celuy qu’on fait du Bâton de General. H avoit un grand fond de generofité naturelle , qui le portoit à faire des grâces très, confiderables fans oftentation, donnant comme s’il acquittait fes dettes , &. mettant la magnificence entre les devoirs de la: Majefté. Il aimoit la juftice , & fon zeie alloit jufques à la fe- verite ,, contre les Miniftres qui la rendoient au Peuple , il paroifToit auffi fobre à la table, que refervé fur les autres plak firs i mais ces vertus , propres à fa perfonne B 1 à fa dignité,, étoient balancées & obfcurcies par de plus grands vices , at. tachez à l’une & à l’autre. Sa modération dans les plaifirs,n’ë. toit qu’une fenfualité délicate ôt rafinëe , puifque ce fut cet Empereur qui introduifit le tribut des concubines , en ren- dant par tous fes Roïaumes la beauté efeiave de fes appétits, fans que la nouveauté du ragoût put les rendre excufablest. Sa juftice alloit jufques à l’autre extrémité , où-elle êtoit fou- vent confondue avec la cruauté j parce qu il poufToit le ch ar- riment jufques à; la vengeance , donnant au chagrin la place de la raifon. Enfin , la libéralité de Motezuma fut encore plus dommageable , que genereufe ^ puifqu’elle i’ôbligeoit h charger fes Roïaumes de tributs infupportables yBc que ce fruit abominable de fon iniquité étoit converti en des profi- lions Bc des dégâts ineftimables* Ge Prince ne connoiftoifc point de milieu, entre le Sujet Bc l’Efclave , ou il n’en vou- loir point convenir 5 . & trouvant: des raifons politiques en Pop* preffion de fes vaflaux , leur crainte luy plailoit encore plus' que leur patience. L’orgueil fut fon vice capital &; dominant ; il facrifioit à fon mérité, lorfqu’il vantoit fon bonheur- & il ÿeftimoitplus que fes Dieux, quoyqu’il fût étroitement atta* DU M EX I QJJ E. LIVRE 2 V, 435 chéà la fuperftition de fon Idolâtrie. Il recevoit de frequen- tes vifites du Démon, dont la malignité forge des oracles 6c des vifïons pour ceux qui font avancez jufques à un certain degré dans le chemin de perdition. Cependant Motezuma fe fournit volontairement à Cortez , dans une prifon qui dura tant de jours , contre toutes les réglés naturelles de fon am- bition 6c de là fierté. On auroit pu douter alors de la caufe de cette fcmmifiion j mais on connoît maintenant par fes effets, que la main de Dieu s’étoit emploïée à dompter ce monftre, en luy infpirant l’efprit de douceur, afin d’introduire les EL pagnois dans fon Empire ce qui fut le principe de la conver- iion de tant d’idolâtres. Cet Empereur laifïà quelques enfans; deux de fes fils furent tuez par les Mexicains , lorfque Cortez fortit de la Ville 5 6c les filles, au nombre de deux ou trois, iè convertirent , 6c furent mariées à des Espagnols. Le plus illuftre de tous ces enfans, fut Dom Pedro de Motezuma, qui fit profefïïon de la Foi Catholique, peu de terns après la mort de fon pere, & qui reçut ce nom au Baptême. Outre Filluftre naiflance qu’il tenoit de fon pere , il avoit encore fhonneur d’être forti d'une P rince fie de la Province de Tula. Elle étoitune des Reines qui joüiffoient également des mêmes honneurs dans le Palais Roïal : 6c elle fe convertit à la Foi, a l’imitation de fon fils, recevant le nom de Donna Maria de Niagua Fuchitil , titres qui marquoient la N oblefle de fes ancêcres. Le Roi honora Dom Pedro de grandes terres ôc de rentes en la Nouvelle Efpagne , avec la qualité de Comte de Motezuma , dont la fuccefîion légitimé fe confêrve aujour- d’hui dans la Maifon des Comtes de ce nom , alliée digne- ment avec la mémoire héroïque d’une fi illuftre origine. Cet Empereur régna dix-fept ans, ôc fut le onzième Sou- verain de Mexique , 6c le deuxième du nom de Motezuma, ïl périt ainli dans un déplorable aveuglement , à la vue de tant de fecours, fi capables de le fauver. G profondeur im- pénétrable des decrets de la divine Juftice , adreffez à nôtre cœur, bien plus qu’à nôtre entendement» 436 HISTOIRE DE LA CO NQUE STE CHAPITRE X VL Les Mexicains reviennent ajjieger le quartier . forte%^ fait une fortie , & gagne un de leurs Temples , quil$\ avaient occupé. U les met en déroute , & fit le plus * de dégât quil peut dans la Pille , ^ dejfein de le& étonner , & Je- retirer plus aifément , L Es Mexicains ne firent aucun mouvement confiderable^. durant les trois jours que Motezuma languît de fes blef- Mres , quoyqu’il y eût toujours des troupes en vûë , qui fai- (oient quelques legeres irruptions , que l’on repouffoit aifé* fr ment. On auroit pû douter fi cette iufpenfion étoit un effet» de fhorreur de leur crime, ou de la crainte de leur Empe- reur, irrité par une fi cruelle ofiflnfe , fi on n avoir appris^, peu de -jours après, que ce refroidiffement procedoit du Peu- ple , qui fe trou voit en defordre 6c fans Chefs 3 parce que le&r Nobles écoient occupez à couronner un nouvel Empereur*, qui félon les informations qu’on en eut, fe nommoit Quet- Lvaca, Roi d’Iztacpalapa , 6c fécond Ele&eur de l’Empire. IL ne vêquit que peu de jours 3 6c la mémoire de fon nom a éid prefque effacée , par fa foiblefle 6c fon peu d application. Le& Mexicains qui écoient fonds avec le corps de Motezuma, ne revinrent pas 3 6c cette marque d’opiniâtreté au commence- ment d’an nouvel Empire , faifoit tirer de mauvaifes confe- quences. Cortez fouhaicoit faire fa retraite avec réputation, fuivant qu’il s’y étoit engagé avec fes Capitaines 6c fes Sol- dats, jugeant bien qu’il avoir befoin de nouvelles forces, pour revenir à Mexique, avec plus d’efperance de conquérir cette Ville : ce qu’il avoit toujours confideré comme devant arri- ver quelque jour, 6c qu’il regardoit, alors comme une oblu gation qui luy étoit impofée , depuis la mort de Motezuma, dont le refped retranchoit les defléins du General à des bor- nes moins courageufes. On ne fut pas iong.tems à être éclairci de ce que les Im DU M E X I QU E. LIVRE IV , m ]7 , dicns tramoient durant cette fufpenfion* puifqu’ils recommen cerent la guerre avec plus d’ordre de de forces au point du jour qui fuivit les obfeques de Motezuma. Les premiers raions du Soleil découvrirent aux Efpagnols toutes les rués autour du quartier, garnies d’un grand nombre d’indiens armez qui occupoient encore les tours d'un Temple peu éloigné du quartier, dont on pou voit en batre une partie , en comman- dement, à coups d’arc de de fronde. Le General auroit forti- fié ce polie s’il eut en allez de forces pour les feparer . mais- il ne vouloir pas tomber dans la béveuë de ceux qui aban- donnent le neceflaire pour s’attacher à la précaution. On montoit par cent degrez à la terrallè de ce Temple qui foute n oit quelques tours alTez fpacieufes, où cinq cens Soldats choilis entre la plus brave Noblefle de Mexique, a- voient pris leur polie, fi fort refolus de s’y maintenir , qu’iî s , s'étoient pourvus d’armes de de vivres pour plufieurs jours. Cortez trouva de l’embarras à déloger les ennemis de ce polie dominant, dont l’avantage étant une fois reconnu , au- rais en œuvre par les Mexicains pouvoir avoir de funeltes En- tes , ce qui l’obiigeoit à faire un prompt de vigoureux effort afin de les prévenir. L’ordre qu’il fuivit pour y réüffir fans bazarder beaucoup , fut de faire fortir la plus grande partie de fa troupe, dont il forma plufieurs bataillons suffi forts qu’il le jugea à propos , afin de défendre les avenues de s’opofev au fecours. Il commit l'attaque du Temple au Capitaine EL Gobar avec fa compagnie de cent autres Soldats d’élite. On commença d'abord à combatre aux avenues dont les Efpagnols- fe fipfirent-, de un moment après Efcobar attaqua le Temple,, & fé rendit Maître du Veltibule de d’une partie des degrez ? - fans réfîilance, parce que les Indiens fe taillèrent engager ex- près y de lorlqulîs virent l’occafion favorable , ils°parurenc tout à coup aux baluflres ou parapets d’en- haut , de chargè- rent les Efpagnols à coups de fléchés de de dards fifurieuie- ment, qu’ils les obligèrent à s’arrêter. Efcobar fît tirer à ceux - qui fedécouvroient • mais il ne put ffiûtenir la fécondé char- ge qui fut encore plus rude. Ils avoient préparé de groffies pierres de des pièces de bois quïls poufloient du haut de l’eL calier , de qui roulant avec une rapidité augmentée par la pen- te- des degrez , obligèrent les Efpagnols à reculer jufques à lii iij 458 HISTOIRE DE LA CONQîJESTE crois fois. -Quelques-unes de ces pièces de bois étoienc i. de- mi en damées à deffein de les rendre plus nuifibles, par une groflîere imitation de nos armes à feu,, qui devoit être un grand effort d’efprit de leurs Ingénieurs. En effet les Soldats s’ouvroient pour éviter le coup , êc lorfque les rangs étoient une fois rompus , il faloit neceffairement perdre du ter- rain. Le General accompagné d’une troupe de Cavaliers cou- toit à tous les endroits où on combatoit ; & il reconnut le defa- vantage de Tes gens : fur quoy ne confultant que fa valeur, il mit pied à terre 5 êt après avoir fortifié la troupe d’Efcobar 4 e quelques Tlafcalteques du corps de referve, êc des Cava- liers qui le fuivoient, il le fit attacher une rondache au bras où il étoit bielle : êc fe jetta fur les degrez l’épée à la main d’un air fi fier êc li déterminé , que dés ce moment ceux qui le fuivoient ne connurent plus le péril. Les obllacles de l*af- faut furent furmontez en un moment : on gagna heureufe- ment le plus haut degré, ,êc enfuite la baluftrade où on vint aux mains à coups d’épée êc de maffuë. Les Mexicains étoient tous Nobles , êc leur réfiftance marqua la différence que l’a- mour de la gloire met entre les hommes. Ils fe laiffoienc tail- ler en pièces plutôt que de rendre les armes. Quelques- uns fe précipitèrent par deffus les appuis , perfuadé que ce genre de mort qui étoit de leur choix , avoir quelque chofe de plus noble : êc les Miniffres du Temple, après avoir appelle plu- fieurs fois le peuple à la défenfe de leurs Dieux , moururent tous en combatant comme des defefperez $ enforte que Con- tez fe vid en peu de tems maître de ce pofte par le carnage de cette NobiefTe Mexicaine, fans perdre un feul homme êc avec peu de bleffez. On ne doit pas oublier en ce lieu la haute refolurion que deux braves Indiens conceurenc dans l’embar- ras de la mêlée , êc la vigueur donc ils tâchèrent d’en venir à l’éxecution. Ces vaillans hommes déterminez à facrifier leur vie à leur patrie ; êc croiiant achever la guerre par leur mort , concertèrent enfembîe de fe précipiter du plus haut du Temple avec le General. Ils marchèrent toujours unis , êc îor (qu’ils aperceurent Cortez fur le bord du précipice, ils jet- terent leurs armes à deffein de s’aprocher de luy comme des deferceurs qui venoienc fe rendre. Ils mirent le genouil en D ü MEXIQUE. LIVRE IV . 439 terre, en pofture de fuplians j & fans perdre un moment ils fe jetterent fur le General , & fe lancèrent par deflus la ba- lufirade,le poids de leur prife devant donner une plus gran- de impreflion à cet effort. Gortez s’en défît neanmoins heu- jreufement , mais avec quelque peine 5 Scieur attentat luy don^ n a bien moins de co’ere que d’admiration lorfque la mort de ces Indiens luy fit connoître le péril qu’il avoit évité r fans defaprouver leur témérité, pour la part que la grandeur du courage y pouvoir prétendre.. Cette attaque du Temple eut quelques circonftances qui en facilitèrent le fuccez avec moins de perte. Les Indiens s’épouvantèrent lorfqu’ils virent redoubler le nombre des af- fâillans , &. à leur tête ce même Capitaine qu’ils croïoient in- vincible. Ils fe prefenterent à la défenfe des degrez avec plus- de précipitation que de diligence 5 & on remarqua que 1er pièces de bois qu’ils rouloient d’en haut en travers , ce qui devoir faire le plus grand effet , pafierent toutes de leur long! entre les Efpagnols , qu’elles n’ofenferent prefque point. Cet accident fut trop fouvent réitéré pour être fortuit. Quelques- uns même l’ont raporté entre les merveilles que la divine^ Providence fit éclater en- cette conquête. La faute pouvoir venir du trouble où iis fe trouvèrent qui les empêcha- de jet- ter ces pièces avec plus de précaution j mais il eft confiant: que cet accident facilita beaucoup la prile du Temple » entre tant d’évenemens qu’on ne doit attribuer qu’à Diem feui en toute cette guerre, on peut fans poufîèr trop loin la* crédulité , balancer quelque fois entre le miracle êc le car fortuit. Cortez fit aufii-tôt tran (portera fon quartier, lès vivres dont ils avoient garni les magafins du Temple , en une quantité- confiderabîe 7 qui fut d’un grand fecours en cette occafion. M commanda qu’on y mît le feu , & qu’on rafâc les tours quelques maifons entre ce lieu & fôn logement, qui empê- choient que Tarti llerie ne commandât fur cette éminence. On> commit ce foin aux TIafcalteques qui s’en acquittèrent prom- tement. Alors le General revenant à (es troupes qui éioient engagées dans les rues, trouva qu’un gros confidèrab'e de Mexicains avoit chargé les Efpagnols par celle de Tacuba » & que fes gens extrêmement prefiez-défendoient cette prin* 440 HISTOIRE DE LA CONQUÉSTE cipale avenue avec beaucoup de peine. Cortez remonta d’aJ bord à cheval , 5c paflant le bras bleffé dans les reines de la bride , il prit une lance 5c courut au fecours. Tous les Cava- liers le fuivirent , avec la compagnie d’Efcobar j Ôc d’abord le choc des chevaux rompit ks ennemis, qu’on perçoit à coud de lance, fans en perdre un feul dans l’épaiffeur de la fouie , outre ceux qui étoient renverfez ôc foulez aux pieds. Le combat fut fangiant , parce que les Indiens qui s'écar- toient pour éviter le choc , donnoient dans l'Infanterie qui les tailloit en pièces fans beaucoup de peine. Cependant le General oubliant fa prudence , & Hâté par fes Exploits , fe laiHà emporter fi avant à l’ardeur du combat , que lorfqu’il ;fe reconnut , il vid que la retraite luy étoit interdite 5 parce que le gros des ennemis qui füioient devant l’Infanterie ve- noit tomber fur Luy , 5c le mettoit en danger de la vie par la vi&oire de fes gens même. En cette extrémité, Cortez refoîut de fe jetter dans une au- tre rnë où il crut trouver moins d’embarras 5c à quelques pas de l’entrée , il rencontra un parti confïderabk d’indiens en défordre ,qui meooient prifonnier fon grand ami André de Duero , tombé entre leurs mains par la chute de fon cheval. Le deffein qu’ils eurent d’abord de le conduire au facrifice luy fauva la vie* car le General pouffant furieufement au mi- lieu de cette troupe, écarta ceux qui tenoient Duero 6c mit les autres en defordre; enforte que ce Cavalier eut la liberté de fe dégager , Sc de fe faifir d’un poignard qu'ils luy avoient laiffépar imprudence en le defarmant. Il en tua quelques In- diens ôc regagna fa lance ôc fon cheval. Alors les deux amis fe joignirent 5e pafferent la ruë au grand galop , en perçant les troupes des ennemis ,jufques à ce qu’ils rencontrèrent leurs gens. Le General compta toujours depuis cette a&ion entre Es plus heureufes avantures 5 puifqu’au moment qu’il n’étoit pas trop affuré de fa propre vie , il fe trouva en main une occafion de fauver celle de fon meilleur ami. C’eft ainfi que fa bonne fortune , dans le lens qu’un Chrétien le doit pren- dre , l’affiftoit fi à propos , que fes fautes mêmes luy produis foient des occafions d’acquérir de la gloire. Les ennemis ecoient déjà en mouvement pour fe retirer de tous cotez j 5c le General ne crut pas qu’il fût needfaire de s’engager DU MEXIQJJE. livre tv. 44r s’engager plus avant 5 parce qu’il étoit impoffible de f u 7vre la vidoire , fans laifïer le quartier découvert. Il fît fonner la retraite 5 6e quoyque les Soldats revinlîtnt las 6c fatiguez dun combat qui avoir duré fi long-tems., il n’y en eut que peu de bleflez , 6e on n’en perdit pas un feul. Ce bonheur ajoûtoit un nouveau plailir au repos qu’ils goûtoient 3 puifque rien nefî: meilleur que la vidoire à efïuier les fueurs du combat. Gn brûla plulîeurs mailbns en cette rencontre 3 6e la perte des Mexicains donna lieu de croire que la rigueur du châti- ment pourroit les corriger. Quelques Auteurs oî^t mis cette fortie entre celles qui furent faites avant la mort de Motezu- ma j mais la fécondé Relation de Cortez même , nous ap- prend qu’elle ne fe fit qu’apres la mort de l’Empereur : 6c nous l’avons fuivie, fans nous arrêter à une plus éxade dif. cuffion 3 parce que cet incident _n’eft pa« ua de ceux dont la fituation importe beaucoup à l’Hiftftire. fié fuccez de l’af. faut du Temple étoit dû principalement â la valeur du Gene- ral 3 parce que fon courage 6c fon exemple apprirent aux Soldats que les difficultez qui les arrêtoienc k’étoient pas infurmon- tables. Il oublia deux fois ce jour-M, de qu’elle importance eû la perfbnne d’un General pour la confervition de fes troupes en fe jettant dans le péril avec plus d’ardeur que de prudence 3 6c ces excez de vivacité quoyqu’ils réiiffiifent méritent plus d’admiration que de louanges. Cette adion fut d’un fi grand éclat entre les Mexicains qu’ils la firent peindre comme une avanture extraordinaire * 6c on trouva depuis, quelques toiles qui reprefèntoicnt au naturel l’attaque des degrez, le combat fur la rerrafTe, 6c en dernier lieu leur défaite entière , fans épargner l’incendie êc la ruine des tours , ni déguifer aucune des circonflances ef- fentielles de la vidoire des Efpagnoîs j ces Peintures leur te- nant lieu d’Hifloires, où ils refpedoient la fidelité , parce qù*iïs regardoient comme un crime , d’impofer i ia pofterité. Néanmoins on remarqua fort bien qu’ils ne manquoient pas de^aiice, à feindre quelques fecoufs^ pour fauver la gloire de leur Nation. Ils avoient peint plulîeurs Efpagnoîs eftro- piez èc blefTez 5 faifant à coups dipinceau un carnage que leurs armes n’avoient pas fait , 6c honorant leur perre par le prix qu’elle avoit coûté : faute d’éxaditude, dont les Hiflo- Kxfk 44 * HISTOIRE DE LACONOJJESTE nens mêmes ne fçauroient iaver leur profeffion • puifqu’iîs fe font , pour ainfi dire , un péché d’habitude de cette efpece: de foin , qui fait prendre aux circonflances le tour de l'incli- nation qui conduit leur plume. Ainfi on lit fort peu d’Hiftoires dont le ftile n’accufe la Patrie ,. ou l’afFe&ion de l’Auteur. Plutarque, en fon traité de la gloire des Athéniens, trouve quelque rapport entre i’Hiftoire &: la Peinture ; il veut qu’om fade une vive 6 1 éxade defcription des Païs, & qu’on repre- fente aux yeux les adions qu’on rapporte : mais cette ref- femblance de la plume au pinceau n’eft jamais plus jufte,, que lorfqu’on décrit les lieux où les chofes font arri- vées , par des traits artificieux , que l’on fait pader pour des ornemens de la narration , qui font la perfpedive des tableaux , & que l’on peut appeller les lointains de la vérité. * CHAPITRE XVII. Les Mexicains propofent un traité de paix, à dejjein dk faire périr les Efpagnols par la famine . On pénétré leur intention *, & Cortex, ajfemble fes Capitaines . ils prennent la refolution de finir de Mexique cette mm même . L E jour fuivant , les Mexicains demandèrent une confé- rence j & on la leur accorda, avec quelque efperance de parvenir à un acccommodement raifonnable. Cortez alla jufques fur la muraille , pour entendre leurs propofitions $ &: quelques Nobles s’étant avancez , Iuy déclarèrent , de la part du nouvel Empereur : Qu'il fe difposkt, fans remife , à marcher avec fin ' armée vers la mer , ou fis grands canots V atten dotent i & qu'on cejferoit les attaques durant le tems dont il auroit befioin pour- ■préparer fin v otage. Que s'il ne fi déterminait promtement a pren- dre ce parti , il devoit être ajfeurè de périr , luy & tous fes Sol- dats , fins aucune rejfource i puifque les Mexicains étoient déjà convaincus , par plufeurs expériences , que les Efpagnols n étaient DU M E X I QJJ E. LIVRE IV. 44 ^ 'point immortels j (fi que quand U mort de chaque Soldat devroit Itur coûter vingt mille hommes , il leur en refteroit encore ajfe'fpour chanter la derniere villoire. Le General répondit : Que les Es- pagnols ne s étoient jamais vanté d’ètre immortels ; mais feulement d'avoir plus de courage & de force que tous les autres hommes s & fi éleveT^au dejfus de ceux de leur Nation , que fans avoir befoin d'un plus grand nombre de Soldats , il fe fentoit ajfez> de cœur pour entreprendre de détruire , non-feulement la Ville , mais encore tout ! Empire de Mexique. Qu usant neanmoins un extrême dcplaifr de ce qu'ils avoient fouffert par leur ohflination , fon dejfem ètoiî de fe retirer y puifque le fujet de fon Ambaffade étoit fini , par la mon du grand Motexpma , dont la bonté fi la confideration le retenoit à fa Cour, Qu il alloit exécuter cette refolution , pourvu que de part fi d'autre on s'ajfeurat de quelques conditions raifonnables , afin ÿu 'il eût la commodité de fe difpofer à ce volage. ' Les Miniftres du nouveau Gouvernement s’étoient aiïem- blez en prefence de l’Empereur , afin de confulter fur les snoïens de foûtenir la guerre : 6c apres piufîeurs deliberations, ils avoient arrêté , qu'afin d’éviter le carnage que les armes des Etrangers faifoient de leurs Soldats, la mort déplorable de tant de Nobleiïe., & la ruine de la Ville , il étoit à pro- pos de les afamer par un fiege. Ce n’eft pas qu’fis euilent deftein d’attendre qne les Efpagnols fe rendirent j ils vou- loient feulement les affoiblir , 6c les tailler en pièces quand ils n’auroient plus de forces. Ces Miniftres avoient imaginé ce nouveau genre de fiege, inconnu jufques alors en leur mi- lice : ôc fis n’a voient introduit ce pourparler de paix, qu’afin d’obtenir la fufpenfion d’armes qu'ils fonhaitoient - 7 fuppofant qu’ils pourroient entretenir la négociation par diverfes propo- rtions, jufques à ce qu’on eût confumé le peu de vivres qui étoient dans le quartier : Sur quoy ils donnèrent ordre aux Commandans des troupes qu’ils priftent un extrême foin d’empêcher le fecours, d’occuper de loin 6c de prés tous les paftages par où les alfiegez pouvoient s’échaper, 6c de rom- pre tous les ponts des chauftées qui conduifoient au chemin de Vera-Cruz. Ils jugeoient que la politique ne fouffîoit pas qu’on les laiflat fortir de la Ville, pour aller foûlever les 'Provinces mal fatisfaites^ ou fe refaire à l’abri des murailles de Tlafcala» Kkk ij mi 444 HISTOIRE DE LA CO N QU'ESTE Quelques-uns de ces Miniftres firent attention fur la mi- fère à quoy on expofoit plufieurs Mexicains des plus confide- rables, prifonniers dans le quartier, & qui alloient neceftaû- ment périr par la faim , avant que les ennemis en fentiflent les premières atteintes : mais ils parurent tous fi zelez pour le Public, qu’ils conclurent que ces prifonniers feroient trop heureux de mourir pour leur Patrie ; &. peut-être ce qui fit tort à ces malheureux, fut de fe trouver en la compagnie de trois fils de Motezuma, dont la mort n’auroit pas été fort regrettée en cette aflemblée - parce que l'aîné étoit un jeune homme dû. gne de regner , aimé du Peuple , êc l’unique fujet qui pou- voir donner de la jaloufie au nouvel Empereur : foiblefTe pi- toïable des Miniftres de ce cara&ere , qui fatisfbnt à leurs pallions, lorsqu’ils croient travailler au bien de l’Etat. Ce qui leur faifoit le plus de peine, étoit le Chef de leurs infâmes Sacrificateurs , qui étoit en la même prifon 5 car ils le reveroient comme* la fécondé perfonne de l’Etat : & ils croïoient qu’en le laiftant périr, ils commettroient un grand crime contre les Dieux j lurquoy l’adrefTe dont ils ufèrenc pour obtenir fa liberté , eft fort remarquable. Les mêmes Envoïez revinrent fur le foir à la conférence , & propoferene de la part de leur Prince: £)uafin d'éviter les eonteftaticns qui pourroient retarder le traité , il fer oit bon que {juelquun des Mexi- cains prifonniers , bien inftrmt de tout ee qui devoit entrer en négo- ciation , vint trouver les Miniftres de l' Empereur. Cet expédient parut aftez plaufible, & fans difficulté * & du moment qu’ils s’apperçûrent qu’on le goûtoit , ils infinuerent aux Efpàgnols, amiablement êc par forme d’avis , que perfonne ne feroit & propre à cet emploi, qu’un bon homme de Sacrificateur qu’ils- tenoient en prifon , parce qu’il fipuroit faire valoir leurs rai* fons, êc vaincre les difficultez qui fe prefenteroient. Ce pré- texte fpecieux , ôc allez bien imaginé, eut l’efFer qu’ils preten~ doient. Ce n’eft pas qu’on n’eût pénétré l’artifice de la pro- position , qu’ils negligeoient fi fort en apparence : mais com- me les vues du General alloient à découvrir le fond de leur inrention , il crut qu’il luy împortoit beaucoup moins de fe défaire d’un prifonnier abominable & embarraffant. Le Sa- crificateur fortit donc, fort bien informé de quelques condi- tions ailées à obtenir., touchant la commodité ôc la . facilité DU M E X I QJJ E. LIVRE IV. 445 des paflages , afin de parvenir aux conclurions pins effenciei- les fur le fait des armes , des otages 6c des autres articles, au retour de cet Envoie. Maison le vid 'bien- tôt défabulé fur ce fujet : les fentinelles reconnurent que les ennemis avoienc invelti le quartier de plus loin qu’ils n’avoient accoutume 5 ,6c qu’ils prenoient de grandes ^précautions en faifant des tran- chées 6c des remparts , afin de défendre les ouvertures des chauffées qu’ils avoient furie lac : des gens qui rompoient les ponts de la principale avenue, 6c qui embarrafToient le che- min de Tlafcala y 6c ces diligences découvrirent le fècret de leurs conférences. Cette nouvelle émeut le General 5; mais comme il avoir ap- pris à furmonter des obftacles plus difficiles , il revint à ion afïiette naturelle 6c dans la première chaleur de fes reflexions, qui alloient toujours aux remedes, il ordonna qu’on fit un pont de grofles folives 6c de planches allez fortes pour foutenir le. canon , afin de traverfer les coupures qu’ils avoient faites à U chauffée. Le pont étoit fabriqué d’une maniéré que quaran- te hommes pou voient fébranler 6c le conduire aifemenr, Cortez ne s’arrêta qu’autant qu’il fut neceffaire pour met- tre cet ouvrage fur les chantiers, 6c afïembla les Capitaines, afin de prendre leurs avis fur le tems auquel on devoir faire la retraite. Il leur propofa cet article avec beaucoup d’indifFe^ rence, foie qu’il n s eut rien décidé la defl'us-, foit qu’il ne vou- lût pas fe charger de l’évenement. Les avis furent partagez r les uns concluoient pour la nuit, les autres pour le jour , 6& l’un 6c Fautre parti avoir de fortes raifbns. Les premiers di- foient : Qjue U prudence & la valeur n étant point oppo fées , on de- voit choifr la voie la plus fur e. Que les Mexicains par ufage ow par fuperfiition quittoient les armes durant lanuiP : & qu'il falot P fuppofer encore que le traité de paix qui ils croïoient prefque arreté les tiendrait alon moins éveillez, que leur deffein étant d embarraf fer L fort te des Efpagnols , a'mfi qu'en le juge oit par le urs.tr avaux y ils pouvaient confident le rifque d'un combat au pajfage du lac où on n& pouvoit dr effet de rangs, ni fefirvir de la cavalerie, outre qiiils auraient - les flancs découverts aux canots des ennemis qu'ils auraient encore a > percer & a foûtenir en tète en queue. Ceux qui croient d’un autre, avis diloient .* £)fiil et oit prefque impratiquable de hasarder durant'. U mit j une marche, avec bagage & artillerie ,par un chemin incertain Kk&JiL 446 HISTOIRE DE LA CONQUESTE C? élevé fur l'eau , lors meme que la difpofition du tems couvert , & pluvieux augmentât les tenehres & ïabfurdité d'une pareille refolu- tion . Qjie l'entreprife de mettre une armée en mouvement avec tout fon attirail , & l'embarras de marcher en jettant des ponts pour s' ouvrir des pajfages , ne pouvoit s'exécuter fans bruit & fans retar- dement s & quil et oit jufte de profiter de la négligence de fon enne- mi , mais qu'on ne pouvoit jamais compter fur cette fuppofition . Jpue l'habitude des Mexicains de ne point prendre les armes durant la nuit , né toit pas fi bien fondée qu’on le fupofoit ; puifquils la - voient interrompue lorfqu ils vinrent mettre le feu au quartier & s'emparer du Temple qui en étoit proche. Ainfi quelle n’ctoit point un motif fuffi fiant a Je per fu a der qu'ils eujfent entièrement abandon- né une refour ce qui devoit attirer toute leur attention $ quil y auroit toujours moins de rifque pour les Efpagnols , de fortir en combat ant en plein jour , que de faire une retraite qui auroit l' apparence d'une fuite , afin d'aller chercher honteufement un abri chez, les nations qui leur étoient alliées ; & qui peut-être aï ant perdu l'idée de leur valeur mépriferoient leur amitié. Enfin que ce feroit toujours une méchante politique , d'avoir befoin defes amij , & d'avoir recours è fi eux après avoir perdu la réputation . La réfolution de fe retirer durant la nuit pafîa au plus grand nombre de voix • 6c Cortez s’y rendit paroiffant encore em- porté par quelque motif refervé. Tous les Officiers convin- rent qu’il faloit fe hâter , 6c on refolut de fortir cette nuit-là, c afin de ne point laiffer aux ennemis le tems de prendre de nouvelles me (lires pour embarraffer le paffage de la digue * par des remparts Sc des tranchées, dont ils avoient accoutu- mé d’en fortifier les ouvertures. Le General preffa la confi trudion du pont j 6c quoy qu’il y ait lieu de croire que fon intention eût été d’en faire conftruire deux autres .5 parce que les Mexicains avoient rompu la digue en trois endroits, neanmoins le tems ne permit pas qu’on fit cette diligence^ 6c elle ne parut pas neceffaire 5 parce qu’on fe figura qu’on pourroit tranfporter le pont d’un canal à l’autre , durant que l’armée pafferoit. Mais on reconnoît ordinairement trop tard en ces fuppolitions , la différence quife trouve entre laipecu- Jation 6c la pratique. On ne peut nier que le General ne témoignât plus d’in- diffejen.ee, 6c moins d’adio.n qu’à l’ordinaire en cette conpu DU MEXIQUE, ltvre pv . 447 réflation de fes Capitaines. On a cru qu'il étoic entré au Con- feil, prévenu de l’opinion, qui prévalut fur la vaine predic-, tion d’un Aflrologue, qui vint luy donner un avis mifterieux* de marcher cette nuit même 5 parce que la plus grande partie, de l’armée periroit, s’il laifToit palier certaine con déflation favo- rable , qui étoit prête à fe tourner en un afped infortuné. Ce Devin, nommé Boteilo , avoit une place de Soldat volon- taire, & étoit plus connu dans les troupes fous le nom de Sor- cier , auquel il répondait fans fe fâcher, croïant qu’il étoir un attribut de fon habileté. Quoyque cet homme n’eût au- cune connoiflance des belles lettres, ni aucuns principes, il fe vantoit neanmoins de pénétrer dans l’avenir 5 n’étant pas an refte fi pernicieux que ceux qui lèvent ces arts diaboliques,, dont ils font une étude j ni fi fimple ,, qu’il n’étalât quelques caraderes, nombres, ou paroles, de celles qui contiennent une abominable flipulation avec le premier impoileur. Cortez fe mocquoit toujours des prono flics de cet homme , méprifant le^fujet , à caufe de la profeffion . & il l’écouta alors avec le meme mépris; mais enfin il l’écouta, ce qui étoit prefque la même-chofe que de le confulter,lorfqu s il ne devoir confulter xjue-dàrprudence, afin de choifir le meilleur parti la faufFe predidion enleva fon efprit; tant ces gens font à craindre, & leurs obfervations dangereufes, que les perfônnes de bon fens doivent avoir en horreur, particulièrement ceux qui gouver- nent les autres j puifqu’au même-tems que l’efprit en recom noît la vanité, elles préoccupent le cœur, par quelques ef- peces qui l’entraînent vers la crainte, ou vers la confiance? & lorfqu’on arrive au moment de prendre une refolution, les impreffions ou les chimères de l’imagination fe révoltent con- tre l’entendement , & donnent toujours quelque atteinte Ma* raifon. 44* HISTOIRE DE LA CONQUESTE CHAPITRE XVIII. h armée marche en bon ordre ; ftj à Ventrée de la digue , les Indiens fe découvrent , & V attaquent de toutes leurs forces , par terre {g) par eau . Le com- bat dure long- te ms \ & enfin elle prend terre auprès de Tacuba , avec me difficulté & une perte confiée- râbles , O N envoïa fur la fin du jour un des prifonniers Mexi- cains , fous prétexté de continuer le traité , fuivant les propofitions dont le Sacrificateur étoit chargé 3 croïant que cette feinte ferviroit à tromper les ennemis , en leur faifant eonnoître qu’on traitoit de bonne-foi, 6c qu’on fè difpofoir à partir au plus tard dans huit jours. Cependant le General ne fongeoit qu’à hâter les apprêts de fon voïage , le peu de tems qu’on avait rendant les momens précieux. Il donna fes ordres , êc prit le loin d’inftruire tous les Capi- taines v en prévenant, par une éxade prevoïance, tous les ac- cidens qui pouvoient traverfer la marche de l’armée. Cortez mit à l’avant-garde deux cens Soldats Efpagnols, avec les Tlafcalteques les plus aguerris, 6e jufques à vingt Cavaliers, fous le commandement de Gonzale de Sandoval , François d’Azebedo, Diego d’Ordaz , François de Lugo 6c André de Tapia. Il commit l’arriere - garde à Pierre d’AIvarado, à Jean Velafquez de Leon , 6c aux autres Capitaines qui étoient venus avec Narvaez 3 6c ce corps étoit plus fort que le pre- mier. La bataille étoit compofée du relie de l’armée, 6c c'é- toit elle qui conduifoit les prifonniers , l’artillerie , 6c tout le Bagage. Le General fit encore un corps de referve auprès de fa perfonne, afin de porter du fecours où il feroit necellaire. Il étoit d’environ cent Soldats choifis, fous les Capitaines Alonfe d’Avila, Chriltophle d’Glid , 6c Bernardin Vafquez de Tapia : après quoy il fit un petit difeours aux Soldats, fûr les difiïcultez 6c les dangers de cette entreprife 5 fur quoy il appuïa. DU M EX I QJJE. livre IV. 449 appuia, parce que dans les converfations qu’ils avoient eniém- , kle, ^ s’éroienc prévenus de cette opinion , que les Mexi- cains ne combatoient jamais durant la nuit * & il était necef- faire de leur infpirer de la défiance , afind’efPacer cette dap- gereule iecuiite, flateufe ennemie des plus braves gens, dont elle poulie l’efprit à la nonchalance , pour ie jetter enfuire- dans le trouble 3 au lieu qu’une prudente crainte le précau- tionne contre une honteufe fraïeur, r Alors Cortez fit apporter en une chambre de Ton apparte- ment, l’or, l’argent, & tous lesjoïauxqui compoioient le tre- ior dont Chriflophle de Guzman Ton Camerier avoit la char- ge. On en tira le quint du Roi , en efpeces les plus precieu- les , 6c du moindre volume 3 6c on le mit , avec toutes les fior- maiitez requifes entre les mains des Officiers qui avoient le foin des rôiles 6c des munitions de l’armée. Le General donna une jument de fon équipage pour fervir , avec quelques che- vaux bleffiez , à porter ces efpeces , afin de ne point charger les Indiens , qui pouvoienc fervir dans les occafions. Le relie fui van t reftimation que l’on put en faire., alloit au-delà de lept cens mille écus 5 6c Cortez fe refolut, fans aucune ré- pugnance ^ à abandonner cette fomme,én protefiant publique- ment : Qu il n'ètoit pas tems de s'en emhamjfcr , çfr qu'il feroit mnteux d'occuper fi indignement leurs mains, qui dévoient être li- bres pour U defenfe de leur vie & de leur réputation. Neanmoins comme il reconnut que les Soldats touchez de cette, perte rfapprouvoient pas un definterelFement fi généreux, if dit en fortanr = U retraite qu'ils Ment faire , ne devait 'point être Mnftderee comme un aUndonnemnt des biens qu’ils avoient acauis ”j du de JT ein de conquérir cet Empires mais feulement comme 'une dijfofiwm necefaire pour revenir à cette entre prife avec plus de vi- gueur, comme t effort qu’on fait pour retirer le bras , fert à donner une plus grande impreffm au coup que l'on porte. A quoy il ajou- ta certains mots , qui firent comprendre que ce ne feroit pas un grand péché , de fie munir de ce qu’on pourroit emporter commodément 3 ce qui étoit à peu prés remettre la chofe à la diferetion de 1 avarice du Soldat, Ainfi , quoyque la plus grande partie, furtout ceux qui avoient de l’honneur, voïant ces richefTes en leur pouvoir, n’en eufîent pris que ce qui ne pouvoir les empêcher de courir aux occafions 3 les autres, 6c 4 5 o HISTOIRE DE LA C ON QUE S TE particulièrement les gens de Narvaez , s’attachèrent au pilla; ge fans aucune confideration , acculant la petite capacité de . leurs manches 8 c de leurs pochettes , 8c chargeant leurs épau- les au delà de leurs forces. Il femble que cette permiffion fut une tache à la prevoïance de Cortez , qui ne pouvoit igno- rer que le butin ne retient pas feulement le bras du Soldat, mais encore fon courage ; puifque les gens qui n’ont pas d’at- tachement à leur devoir, fe défont bien plus aifément du; point d’honneur, que de leur proie. On ne fçauroit imputer autre chofe au General , fi ce n'e fi; de s’être perfuadé qu’il pouvoit faire cette marche fans oppo- fîtion •. Sc cette confiance, qui paroît peu conforme à fon o-enie' avoit quelque relation à la predidion de l’ A Urologue; mais après avoir fait la faute de lavoir écouté, celle- ci en elf- feulement la fuite, & non pas une nouvelle erreur. Il étoit prés de minuit , lorfque les Efpagnols fortirent du quartier, fans que ni leurs fentinelles , ni leurs coureurs euf- fent fait aucune rencontre : 8c quoyque la pluie 8c l’obfcurï- té favorifafTent le deflein de marcher en grand refped , 8c la penfée que les ennemis fe tiendroient dans leurs remparts ; on o b fer va neanmors le ffiénce avec tant d’éxaditude, que l’on n’auroit pû obtenir par la crainte, ce que l’obeïfTance pro- duifit en ces Soldats. L’avant- garde pafla fur le pont- volant;, 8c ceux qui le conduifoient , le portèrent jufques au premier canal, ou il lervit-, mais le poids de l’artillerie Sc des chevaux l’engagea tellement entre les pierres qui le foûtenoient , qu’il auroit été impoffible de le tranfporter aux autres ouvertures,, comme on l’avoit fuppofé : mais on ne fut pas en cette peine 5 parce qu’avant que l’armce eut achevé de palier ce premier trajet de la digue, il falut prendre les armes, les ennemis l’aïant attaquée de tous cotez , lorfqu on les attendoit le moins. L’adreffe dont les Barbares conduifirent toute cette entre- prife, eft véritablement admirable : ils obferverent tous les.- mouvemens de leurs ennemis , avec une difïimulation fine 8C éclairée. Ils affemblerent 8c diliribuerent fans bruit la mul- titude intraitable de leurs troupes : 8c ils s’aidèrent du filen- ce 8c de i’obfcurité , afin de parvenir plus fûrement au deffein qu’ils avoient de s’approcher , fans erre découverts. Le lac ■I ■ D U M E X ï CLÜ E. LIVRE IV. 45 T -Fut entièrement couvert de canots armez, qui vinrent par les deux cotez de la chauffée, commencer le combat avec tant de fang froid 6c d’ordre, qu’au même-tems qu’on entendit TefFroïable tintamarre de leurs cris 6c de leurs cors, on fentit les coups de leurs fléchés. Toute l’armée étoit perdue fans reflource, fi les Indiens avoient gardé dans la chaleur du combat, le bon ordre qu’ils avoienttenu en attaquant $ mais la modération étoit pour eux un état ii violent, que robeïffance ceffa du moment que la colere vint à s’allumer, ôc l’habitude l’emporta. Ils chargè- rent en foule à l’endroit où ils remarquèrent le gros de l’ar- mée, avec une il horrible confuflon, que leurs canots fe met- toient en pièces en heurtant contre la chauffée 5 6c le choc de ceux qui cherchoient à s’avancer , étoit encore un autre «écueil, prefque auffi redoutable. Les Efpagn ois firent un fu- rieux carnage parmi ces miferables , nuds 5c en defordre$ mais les forces manquoient à l’exercice continuel des épées 5c des maffes : 5c un moment après , il faiut en venir aux mains à la tête de l’avant - garde , où on fit la plus grande éxecution ,• parce que les Indiens qui croient éloignez , ou qui ne pouvoient fouffrir la lenteur des rames., fe jetterent en l’eau , rf 6c s’aidant de leurs armes 6c de leur agilité naturelle , ils fauterent fur la chauffée , en fi grand nombre , qu’ils ne pouvoient fe tourner : 6e ce nouvel affaut fut d’un grand fecours aux Efpagnols , qui rompirent aifé- ment les Mexicains 5 6c après les avoir taillez en pièces pref- que tous , leurs corps fervirent à combler le canal , fans qu’on eût befoin d’autre diligence , que celle de les jetter dans le folié, où ils firent un pont à nos troupes. C’eft ce qu’aucuns de nos Auteurs ont écrit , quoyque d’autres rapportent qu’on rencontra heureufement une poutre affez large, que les enne- mis avoient laiffée en rompant le fécond pont , où les Sol- dats pa fièrent à la file, menant les chevaux dans l’eau par la bride. Quoyqu’iî en foit - car il n’eft pas aifé d’accorder ces circonftances , 6c elles ne méritent pas tant d’attention j l’in- duflrie 6c le bonheur contribuèrent également à faire furm-on- ter la difficulté de ce paffage : 6c l’avant- garde continua fa marche , fans s’arrêter beaucoup au dernier canal, parce que le .voifinage de la terre caufoit une diminution confiderable LM ij 4 5 ï HISTOIRE DE LA CONQUESTE aux eaux du lac. Ainfi on paffa aifément à gué ce qui en refl toit • 8c on confldera comme une grande fortune, que les en- nemis, qui avoient tant de troupes de refie , n'en euffent point jette quelqu’une au bout de la digue, où les Efpagnols qui gagnoient les bords du lac, fatiguez ou bîeffez, 8c dans l’eau jufques à la ceinture , auroient été obligez à diiputer d’abord, par un nouveau combat très- defavantageux : mais laprevoïan- cedes Mexicains n’alla pas jufques à cette précaution ^ 6c il fem- ble qu’ils découvrirent un peu tard la marche de l’armée, ou, ce qui efl plus certain , la confufion & l’emprefTement ne donnèrent pas le tems neceffaire à prendre tontes les mefures^ pour l’empêcher. Le Cjeneral paffa avec la première troupe 5 &: aïant ordone 1 né, fans s’arrêter, à Jean de Xaramille, de la mettre en ba*. taille à mefure que les Soldats arrivoient, il retourna fur. la chaufTée, avec les Capitaines Sandoval, Olid, d’Avila, Mor- la , & Dominiquez : là il fe jetta l’épée à la main , au plus fort de la mêlée, animant fes Soldats par fa prefcnce , & par fon exemple. Cortez fortifia fa troupe d'autant d’hommes qu’il en étoit befoin pour repoufTer les ennemis : il commanda que * l’on fit la retraite, en défilant par le centre^ St afin que le mouvement fût plus libre, il fit jetter dans l’eau toute l'artil- lerie, qui embarra Hoirie pa liage. La valeur du General eut un grand emploi en ce combat -mais fon efprit foufFrit encore davantage, lorfqu’ati milieu de cette affreufe obfcurité, le vent porta a ies oreilles les cris des Efpagnols, qui fe recom- màndoient hautement à Dieu aux derniers momens de leur vies 8c ces cris, mêlez avec les heurîemens &■ lesmenaces des Indiens, allumoient un autre combat dans le cœur de Cortez , entre les mouvemensde la colere 8c ceux de la pitié. On entendoit ces funefles voix , en un endroit de la Ville où il étoit impofiible de porter du fecours , les ennemis qui étoient fur le lac aïant eu l’adrefle de rompre le pont volant, avant que toute i’arriere- garde eût achevé de palier • & c'éfl en ce lieu que les Efpagnols firent la pîus r grande perte, parce que le gros des Mexicains vint tomber fur eux, & les obligea aie retirer en defordre dè l’autre coté de la chauffée. Les moins dfiigens furent taillez en pièces en cette occafion * 8c la plus grande partie fut de ceux ? qui oubliant leur devoir,.n’étoieia£c DU M E X I QJJ E. LIVRE IV . 453 pas dans les rangs, à caufe de l’embarras de l’or qu’ils avoienc pillé dans le quartier. Ils périrent honteufement, embraffarïC ce miferable fardeau , qui les avoit rendus inutiles au combat, & pefans à la fuite : 5 c ces miferables vidimes de l’avarice dé- crièrent encore mal à propos cette occafion , parce qu’ils fu- rent comptez au nombre des morts, comme s’ils a voient ven> du chèrement leur vie 3 quoyqu’en bonne juftice, les poltrons ne doivent point entrer dans la lifte des gens de guerre. Enfin Cortez fit fa retraite, avec tout ce qu’il put recueil- lir du débris de l’arriere- garde j & comme il pafToit fans beau- coup d’obftacle le fécond efpace de la chauffée , AI varado vint fe joindre à la troupe, étant redevable de fa vie à un effort de fa vigueur ÔC de fon agilité, qui approchoit du prodige. Ge Capitaine fe voïant chargé de tous cotez, fon cheval tué, & devant foi un canal fort large, mit le bout de fa lance au fond de ce canal , 5 c élançant en l’air fon corps , foûtenu par la feule force de fes bras, il fauta de l’autre côté : hardieffe merveiileufe , que l’on regarda depuis comme une efpece de' miracle 3 & Alvarado même, Iorfqu’il faifoit reflexion à fon avanture, à la vue du canal, trouvoit de la différence entre le fait, 5 c la poffibilité. Bernard Diaz n’a pû s’accommoder de cette hiftoire 3 ÔC il l’a combatuë afîèz mal lai fiant -cet re oirconftance, & la reprenant avec toute la défiance d’un hom- me qui craint d’avoir été trompé , ou qui fe repent de fa bonne- foi: il n’y en a point trop , à croire qu’Afvarado n’auroit pas voulu en cette conjondure, feindre une a&ion contre fa vrai-femblance de la probabilité , qui n’alloit, tout au plus, qu’a la gloire de fa legereté. C’eft pourquoy nousavons rap- porté ce que les autres Auteurs en ont crû & publié, & ce que la voix publique a autorifé, en fignalant cec endroit par- le nom du faut d’AIvarado 3 fans faire façon d’avouer qu'en cette avanture, ain.fi qu’en plu fleurs autres -, le vrai peut con- courir avec ce qui paroît peu vrai femblabie: 6c l’extrémité où ce Capitaine fe trouvoit, rend l’adion moins admirable, puifqu’elle n’étoit qu’un effort extraordinaire de la dernier® îïecefîité; *9 |Ç( fi 454 HISTOIRE DE LA CONQtJESTE Cortex marche vers Tlajcala. Quelques troupes des Villes voipnes le fuwent de loin 3 jujques a ce que s'étant jointes avec celles des Mexicains > elles atta- quent les Efpagnols , çÿ les obligent à Je retirer dans un Temple . E jour commençoit à parôitre , lorfque toute l'armée fe trouva en terre-ferme ; 6c l’on fit ake auprès de Tacu- ba , quoyqu’on eût lieu de craindre quelque infinité de la part de cette Ville , fort peuplée , 6c attachée au parti des Me- xicains. Neanmoins le General ne voulut pas encore aban- donner les bords du lac, afin de recueillir ceux quipouvoient ctre échapez de ce combat : 6c la précaution parut necefîai- re 6c bien imaginée, puifqu’elle fauva quelques Efpagnols ê£ Tlafcalteques, qui par leur valeur 6c par leur adreffie, fë jet- terent à la nage , 6c arrivèrent au bord du lac, où ils eurent le bonheur de fie cacher dans les champs demaiz quiétoienc aux environs. Ces gens apprirent au General , que la derniere partie de Tarriere garde avoit été entièrement défaite j 6c lorsqu'il eût mis toutes les troupes en bataille , on trouva qu’il manquoit .environ deux cens Efpagnols , plus de mille Tlaficalteques., quarante-fix chevaux, 6c tous les Mexicains prifonniers, qui fans pouvoir être reconnus en cette confiufion durant l’o'bfcu- rité, furent traitez comme ennemis, par ceux de leur Nation. Les Soldats étoient fatiguez, 6c étonnez parla diminution confiderable de l’armée, 6c la perte de l’artillerie^ à la veille d’être encore chargez par les ennemis , 6c éloignez du terme de la retraite. Entre tant de fiujets de chagrin , on regardoiç comme un malheur encore plus affligeant, la mort de quelques^ uns des principaux Chefs , dont les plus fignalez furent Ama- dor de Lariz , François de Morîa, 6c François de Salcedo , qui perdirent la vie , en s’acquitant de leur devoir avec une CHAPITRE XIX. D 0 MEXIQOE. LIVRE IV. 455 valeur extraordinaire. Jean Velafquez de Leon mourut auffi en cette occafion , faiiant la retraite à la queue de l’arriere- garde , accablé par le grand nombre des ennemis , 6c témoi- gnant un courage invincible jufques au dernier foûpir. La perte de cet Officier fut generalement regretée, parce qu’il ©toit refpedé de tous les Soldats, comme la fécondé perfon- ne de l’armée. Velafquez étoit en effet un Capitaine d’un très- grand fervice , autant pour le confeil , que pour l’éxecu- tion j. un peu fec en fes maniérés, mais toujours vrai &. fin- cere , fans être ni fâcheux , ni ennuïeux dans la converfation embraffant le meilleur parti-, avec tant de généralité 6c de grandeur d’ame, qu’il abandonna celuy de fon parent Diego Velafquez, parce qu’il vid que fes intentions n’étoient pas- droites. L’eftime qu’il avoit acquife , le faifoit confiderer comme un homme très - neceffaire à la conquête de Mexi- que 5 & fa perte laiffa un égal exercice à la mémoire , 6c an defir. Pendant que les Capitaines metrôient les troupes en ordre pour la marche , Cortez appuïé fur une pierre fe repofoit » , mais dans un accablement d’efprit qui n’eut jamais tant de befoin de fa force 6e de fon courage pour retenir fon reffenii- ment dans une juffe modération. Il rapeloit toute fa confian- ce , 6e demandoit quelque treve à fes trilles réflexions. Ce. pendant au même-tems qu’il donnoit fes ordres , êt qu’il ani- mait fes Soldats avec cette vivacité qu’il confervoit toujours, ..... fes yeux répandirent des larmes qu’il ne put leur cacher , par' une foibleflë de l’humanité , qui étant excitée par un fenti- ment de tendreilé pour l’intérêt commun , ne donnoit aucu- ne atteinte à la grandeur du courage. Et ce fut aflurémens- un fpedàcle digne d’admiration de voir tant d’aiflidion fou- tenu ë- de tant de fermeté , & le vifage de Cortez baigné de fés larmes fans luy faire perdre l’air d’un vainqueur. Il fe fou vint alors de la predidion de 1* A-Urologue , St de- manda ce qu’il était devenu • foit à deflein de reprocher à cet homme le confeil qu’il luy avoit donné de hâter la marche de l’armée ^ ou de faire quelque diverfion à fes chagrins , en’’ raillant le devin fur la faufleté de fon art. On trouva que ce miferable avoit péri à la première attaque fur la digue , fui- ent la deffinée ordinaire à ceux de là pjrofeffion. On ne par- fji la, l.d\ ' fi m ; i tPï 4 fé HISTOIRE DE LA G O N QU EST E Je pas ici de ceux qui poffedant à fonds les principes de cet- te fcience, fçavent encore la réduire aux termes de la raifoii; mais feulement de ees impofteurs qui prennent la qualité d’Af- trologues judiciaires ou Devins , ôc dont la plus, grande par- tie traîne une miferable vie , terminée par quelque defaltre : appliquez au bonheur d’autrui, ôc toujours chargez de mife- res ■ enforte qu’un Auteur fort approuvé a cru que le feul penchant à robfervation des afpeds heureux où infortunez des affres, marquoit un point de naiffance fous une maudite étoile. Entre tant de difgraces , Cortez eut cette confolation qui J u y fut commune avec toute l’armée , de ce qu’au milieu de cette horrible confufion, Aguilar ôc Marine échaperent du Combat. Ces deuxfujets n’étoient pas moins neceffaires alors à la conquête, qu’ils l’avoient été autrefois 5 parce qu’il étoit impohible faute' de truchemens , d’exciter ou d’attirer les es- prits des Nations, dont on fe propofoit raffiftance. Vn au- tre effet de bonheur qui n’étoit pas moins confiderable , fut que les Mexicains n’eurent pas le cœur de fuivre leur avan- tage , ôc qu’ils donnèrent aux Efpagnols le tems de refpirer t> ôc de fe mettre en marche avec plus d’ordre ôc moins d em- preffement , enlevant même tous lesbleffêz fur la croupe des chevaux. Leur retardement vint d un accident inopiné que l’on peut avec jufhce attribuer à la Providence. Les fils de Motezuma qui croient auprès de leur pere en fa prifon , ÔC les autres prifonniers qui fuivoient le bagage des Efpagnols^ furent maffacrez par les Mexicains meme $ ôc les Indiens at- tachez à piller ia dépouille des morts , reconnurent au matin ces pauvres Princes percez de leurs fléchés. Comme le peu- ple les revenait avec cette efpece d’adoration qu il avoit pour PEmpereur leur pere , cette vûë jetta les Mexicains dans une fi horrible confternation, que Les uns demeuroient immobiles 5 fans ofer dire la raifon de leur étonnement , les autres fe reti- roienc éperdus ôc faifoient place à la foule > mais perfonne ne difoit mot, la fraîeur étoufant jufques aux foupirs. Enfin le bruit de cette avanture courut par toutes les troupes ÔC y fit le même effet, fufpendant pour un tems tous les autres fen- timens , par cette efpece d’alienation que les anciens appe^ toieijt terreur panique. Les Commandans refolurent d ioLor- * mer DU M E X I Q_U E. LIVRE iv. 4 jy irser l'Empereur de cet accident j & ce Prince qui avoit befoin d’une feinte démonflration de douleur , afin de dater l'eC prits de fes Sujets dans une véritable afîlidion , ordonna que l’on fît aite par tout , & qu’on commençât la ceremonie des funérailles , par les clameurs 6c les gemilïèmens ordinaires jufques à ce qu’on eût livré les corps aux Sacrificateurs \ pour Jes conduire au lieu de la fepultuce de leurs Ancêtres. Les Efpagnols furent redevables du repos ôt du foulagement qu’ils trouvèrent apres une fi furieufe défolation &. tant de fati- gues , à la mort de ces Princes. Neanmoins ils la regrettèrent comme une de leurs plus grandes pertes j 6c particulièrement l£ General , qui refpe&oit en eux la mémoire de leur pere , & fondoit une bonne partie de fes efperances fur le droit que l’aîné avoit à la Couronne. Cependant l’aitnée s’avançoit fur le chemin de Tlafcala fous la conduite de quelques guides de cette nation. Le retar- dement des ennemis donnoit une jufte défiance 5 & comme en ce^ppccafions la crainte fait quelque fois un meilleur effet que l’affurance , on marchoit en bon ordre fans qu’aucun Sol- dat ofât quitter les rangs. On ne fut pas long-tems fans découvrir quelques troupes ^Indiens armez , qui Envoient les traces de l'armée , fans en approcher. Ils étoient fortis de Tacuba , d’Ekapuzalco 8c de Tenecuya, par l’ordre des Mexicains, à deffein d’arrêter les Efpagnols jufques à ce qu’ils fe fufïènt aquittez des devoirs funèbres qu’ils Tendoient aux enfans de Motezuma : précau- tion remarquable entre des Barbares. Ces troupes ne firent pas un grand embarras, parce qu’elles fe tinrent toujours à une dikance d’où elles ne pouvoient offenfer les Efpagnols que par leurs cris • 6c cette importunité dura jufques à ce que le gros des Mexicains étant arrivé , ces gens détachez s^y joignirent avec empreffement. Et s’avançant alors avec la kgereté naturelle aux Indiens, ils attaquèrent l’armée avec tant de furie, qu’on fut oblige de tourner tête pour les rece- voir. Le General étendit autant qu’il pût fes bataillons fur un même front, 6c mit tous les Arquebufiers 8c les Arbaleftriers aux premiers rangs, fe trouvant engagé à combatre en raze campagne , fans voir aucun lieu de retraite , ni pouvoir for- M m m 458 HISTOIRE DE LA CONCLUES TE tilier les troupes à dos. Tous les Indiens qui s’approchoient croient abatus , fans que leur mort épouvantât les autres. Les Cavaliers faifoient des irruptions fort fanglantes Cependant: le nombre des ennemis croilToit à tous momens , 8c ils incom- modoient fort les Efpagnols à coups de fléchés, & de pier- res. Nos gens commençoient à fe lafler fans efperer de vain- cre- 8t leur valeur accufoit déjà le manque de forces, lorC. que’ Cortez qui combatoit en Soldat , fans oublier les atten- tions d’un Capitaine , remarqua une petite éminence peu é- loignée Si qui commandoit de tous côtez fur la plaine. Il y avoir fur cette hauteur un bâtiment garni de tours , que l’ex- tremité où il fe trouvoit luy figura comme une fortereffij, Cortez réfolut de gagner ce pofte avantageux par fa fitua- tion • S t aïant détaché quelques Soldats à deflëin de le re- connoître, il les fit luivre par toute l’armée.- Ce mouvement donna beaucoup de peine , parce qu’il falut faire tête aux- ennemis en gagnant le terrein vers la hauteur , 8t jetter tous les Arquebufiers fur les avenues. Enfin le General viijfcheu- reufement à bout de fon deflein s parce qu’on trouva le pofte abandonné , St dans le bâtiment tout ce qu’on pouvoir s’ima- giner alors pour fe mettre à couvert. C’étoit un Temple d’idoles fauvages, à qui ces Barbares recommandoient la fertilité de leurs moiffbns. Les Sacrifica- teurs St les Miniftres de ce culte abominable l’avoient laiiîe defert, fuïant le voifinage de la guerre , contraire à leur profelfion. L’enceinte du Temple étoit aflêz fpacieufe , St Fermée d’une muraille qui étant flanquée de quelques tours,, pouvoir être roifeendéfenfe. Les Efpagnols reprirent haleine à l’abri de fes remparts , qu’ils regardoient comme une forte- relie inexpugnable. Us tournèrent en roême-tems les yeux & leurs cœurs vers le Ciel , recevant ce foulagement comme un fecours de la Divine protedion; St cette pieuté réflexion fubfifta même après le péril, puifqu’ils firent bâtir en ce lieu même, un Hermitage fous le titre de Notre-Dame des Re- mèdes’ afin de conferver dans la mémoire des hommes , l’im- portance de la reflource qu’ils rencontrèrent en ce Temple pour fe tirer d’une occafion où ils fe trouvoient réduits à la derniere extrémité : St l’on en voit encore aujourd huy les effets fenfibles, au fecours que la fainte Image procure à plu- DU MEXIQJJE. LIVRE IV. 4^9 rieurs befoins,6c en la dévotion des fideles qui viennent rendre à la tres-Sainte Vierge de très humbles grâces de ce bien fait. Les ennemis n’eurent pas le courage de monter fur la hau- teur, 6c même ils ne témoignèrent aucun defTein de tenter un afTaut. quet ioient de tems-en tems quelques irruptions coups de fléché 6c quelque fois les murs du Temple , com- me s’ils 1 eufTent voulu les punir de ce qu’ils s’oppofoient à leur vengeance. Cependant leurs cris 6c les menaces dont ils tâ- choient de fatisfaire leur faude valeur , en decouvroient la foiblefTe 5 6c on n’eut pas beaucoup de peine à les repoufTer jufques à la fin du jour , qu’ils reprirent tous le chemin de Mexique ; foit afin de garder leur coutume de fe retirer avec le Soleil , foit qu’ils fe trouvaient abatus d’avoir été en un continuel exercice depuis la minuit du jour precedent. On re- connut du haut des Tours qu’ils faifoient alte au milieu de la plaine $ 6c qu’ils tâchoient de couvrir leur defTein en fe par- tageant en^diverfes troupes : comme s’ils n’en avoient pas donné des marques évidentes , 6c publié par la maniéré dont iis fere- tiroient , que laqueftion n’étoit pas encore décidée. Le General logea l’armée avec toutes les précautions qu’on eft obligé de prendre durant la nuit en un pofle peu feur. ïi commanda que l’on changeât fouvent les gardes 6c les fenti» nelles, afin que tout le monde goûtât à fon tour un peu de repos : on alluma du feu en quelques endroits , tant parce que la faifon demandoit ce fecours , que pour confumer les fléchés des Mexicains , 6c leur retrancher cette munition. On diftribua par mefureaux Soldats le peu de rafraichifTemene que l’on trouva dans ce Jemple , 6c que les Indiens avoient pû fauver avec le bagage 5 6c les Officiers donnèrent une at- tention particulière à laguerifon des blefl'ez , qui étoit difficile en ce défaut general de toute forte de provisions. Neanmoins on inventa quelques remedes de ce qu’on avoir en main , 6c qui foulagerent au moins la douleur par vertu , ou par ha- sard 5 on tira du fil Ôc des bandes des couvertures des chevaux. Cortez appliqué à toutes ces chofes , n’en étoit pas moins attentif au péril où il fe trouvoit engagé * êc avant que de & donner quelques momens de repos, il aflembla les Capitai- M rn m ij [fl gji M . •: 1 • I 460 histoire de la conqueste nés afin de concerter avec eux ce qu’on devoir faire en cetre* conjoncture. Il avoit déjà formé fa refolution, mais il fe gar- doit bien de décider fouverainement aux occafions périlleu- fes , étant grand maître en cet art d’attirer les efprits à l’a- vis le plus raifonnable , fans découvrir fon fentiment, ni s’armer de fon autorité. Il leur propofa donc divers partis avec les inconveniens , remettant à leur choix à décider fur la facilité ou la difficulté des moïens. Il remontra d’abord: Jfuon ne retomboit pas deux fois impunément en l'extrèmtié ou ils s’ étoient trouve 7^ ce foir-là ; & qu'ils ne pouvaient fans témérité ,fe rej ester' dans l engagement de marcher en combatant avec des forces fi iné- galés a celles des ennemis , & de faire en meme tems deux motive - mens fi oppofez Il ajouta : J? uafin d'éviter une refolution dont le danger & les inconveniens étoient fi confiderables , il avoit fongé à attaquer les ennemis dans leur camp à la faveur de la nuit', mais que ce parti luy paroifbit moins avantageux , en ce qu’on dijjipercit feulement cette multitude d' Indiens , par la fuite % pour les voir rafi fembler un moment après ,fuivant leur coutume , qui f croit traîner long-tems cette guerre. Jfuil .avoit donc penfé k fe maintenir dans le pofte ou ils étoient jufques à ce que la fatigue d'un fi tge obligeât les Mexicains à fe retirer , fi la neccjjité des vivres qui commençoit a fe faire fentir , n’eut rendu cette voie prefque impratiquable. Qu'il s'offroit un autre parti , {c’étoit celuyqu il vouloit prendre ) qui étcit de mettre en marche dés cette nuit - même : enforte que le jour les trouvât a deux ou trois lieues du lieu ou ils étoient. Jpue fi les Indiens fuivant leur maniéré ne faifoient aucun mouvement jufques an lever du Soleil , les Efpagnols auroient l'avantage de faire leur chemin fans obftacle s & quand les Mexicains prend? oient la re filia- tion de les fuivre , ils ne pourroient les joindre fans être fatiguez , & il fer oit plus ai fi de continuer la retraite en trouvant moins de vigueur dans les ennemis. Neanmoins que confiderant le mauvais état de l’armée > & la lajjitude des Soldats , ce Jeroit une cruauté de Us expo fer fans aucune raifon , au travail d' une marche précipitée durant les tenebres , (je par un chemin incertain ; quoyque l occa - fi on (je la necejjltè ou ils fie trouvoient demandaffent des remedes extraordinaires , & une prompte refolution s & puifju’il n'y avoit rien de fur, il faloit pefir les difficulté^ & s'abandonner d la re~ fi lut ion , qui en auroit le moins . Sur, ce rationnement du General , tous. les Capitaines com.' DU MEXI Q_U E. lt y r B jr, 461 vinrent que le defTein le moins périlleux , & de plus facile éxecution , étoit d’avancer la marche de l’armée, fans autre retardement, que cefuy qui étoit necellaire à donner quelques heures au repos des Soldats -, 8c on conclut de partira minuit précisément. Cortez fe rendit à l’avis commun , comme sïl n’en eût pas été l’Auteur. Celt ainfi qu’il en ufoit avec adrefi. fè, afin d’éviter les difputes ,, lorfqu’on en jvenoit à la conclu- fion j 8c c’eft la metode de ceux qui fçavent l'art de décider en demandant confeil , ce qui fe fait en prévenant toutes les objections par la force de fon raifonnemenr. CHAPITRE XX. Les Efpagnols continuent leur retraite , avec une fu~ neufe fatigue & de grands obftacles , jufques à leur arrivée a la vallée d Otumba , ou toutes les forces des Mexicains furent rompues g) défaites dans un combat ; P Eu de tems avant F heure marquée r on afTembla les Sol- dats, qui dormoient en défiance, 8c qui n’eurent pas de peine As’éveiller. On leur déclara l’ordre, & les raifons qu’on avoir de Féxecuter : à quoy ils applaudirent tous , en fe difpofant & marcher. Le General commanda qu’on lai fiat les. feux allu- mez , afin de cacher aux ennemis le mouvement qu’il alioic faire 5 8c donna le commandement de l’avant garde à Diego d’Grdaz, avec.de bons guides,. Il jetta la plus grande par- tie de fes forces a l’arriere- garde, où il demeura , voulant être prés du péril , . & affûter par (es foins la tranquillité des au- tres. Ainfi l’armée fe mit en marche y, 8c Cortez ordonna aux guides de s’écarter un peu du grand chemin , afin de Le reprendre au point du jour.- Ils s'avancèrent en cet ordre plus d’une demi- lieue., fans que le fiience de la nuit fût trou- blé par le moindre, murmure. A l’entrée d’un païs inégal, 8c coupé de plufleurs. monta- gnes, les Coureurs donnèrent en une emhuicade.,. que ceux- memes qui l’avoient dreiïee découvrirent mal à propos, ôc fi M.m m iij 4*1 HISTOIRE DE LA C'O N QUE STE brutalement , qu’ils en avertirent les Eipagnols par leurs cr k 9 & par les pierres qu'ils leurs tiroient de loin. On voïoit des- cendre des montagnes Ôc Sortir d’entre les buifîbns diverfes troupes d’indiens, qui venoient inSulter les Espagnols par les flancs 5 , mais Sans aucun ordre : 6c quoyqu’ils ne fifTent pas un corps capable d’arrêter la marche, il faloit toujours lesre- poufïer, éviter diverSes embuScades, 6c diSputer quelques dé- filez. On appréhenda d’abord une Seconde irruption de l’ar- mée qu’on avoir laiflêô de l’autre côté du Temple $ 6c quel- ques-uns de nos Auteurs rapportent cette a&ion , comme une attaque de la part des Mexicains * mais leur maniéré n’étoit pas de combatre ainfî par détachemens , :6c cela ne s’accorde point avec ce qu’ils firent enfuite. Nôtre Sentiment eft donc que ces Indiens étoient ramafîez des milices de toutes les Villes voilines , qui par un ordre Supérieur venoient incom- moder la marche, en occupant les paflages 5 puiSque fi les Mexicains avoient connu la retraite des Espagnols , ils Seroient venus en gros, les attaquer par l’arriere garde, 6c n’auroient point partagé leur armée en petites troupes , afin de .conver- tir la guerre en ces hoftilitez. L’armée fît deux Iieuës, combatant ainfî avec moins de pé- ril, que d’importunité j 6c au point du jour elle fit alte, en un autreTemple, moins grand 6c moins élevé que le premier, mais afTez bien polté pour découvrir la campagne., 6c pren- dre, Suivant le nombre des ennemis, les meSures capables d’é- tablir Sa Sûreté. Le jour découvrit la quantité 6c le deSordre des Indiens ; 6c ce qu on craignoit comme une nouvelle char- ge de la part des Mexicains , Se trouvant réduit à quelques incur fions de PaïSans , on continua la marche Sans s’arrêter, i6c à deflein de s’avancer le plus qu’il Seroit poffible j afin d’é- viter , ou de rendre moins facile la pourSuite des Mexicains. Les Indiens continuoient leurs cris 6c leurs menaces , mais de loin , comme des chiens peureux , qui épuiSent toute leur colere en de vains abois , jufques à ce qu’à deux iieuës de- là, on reconnut un bourg bien Situé, 6c qui paroi Soit fort peu- plé. Cortez le deftina pour le logement de Ses troupes, 6c donna ordre qu’on s’en SaiSit à vive force, fi l’on ne pouvoir y entrer paisiblement * mais on le trouva abandonné de tous les Habitans , 6c quelque peu de vivres qu’il$ n’ayoient pA DU MEXIQJJE. Livre IV. 463 emporter, qui ne contribuèrent pas moins que le repos, à ré- tablir les forces des Soldats. L'armée s’arrêta en ce lien, un jour ou deux, félon quelques Auteurs ■ parce que l’état où lesbledez fe trou voient, ne per- mettoit pas que l’on fît une plus grande diligence. Elle fit en fuite deux autres journées de marche $ après quoy elle trouva un païs fâcheux & fterile , toujours hors du grand chemin , &: en grand foupçon des guides qui la conduifoient. Les Soldats ne trouvoient point de couvert où ils pudent pader la nuit, ôc la perfecution des Indiens ne cedoit point : ils étoient toujours en vue, foit qu’ils f 11 dent les mêmes, ou d'autres, qui fuivant les premiers ordres , faifoient des courfes en leur païs » mais;* furtout, la foif & la faim travaillèrent extrêmement les ? Efpa- gnols en ces padages , jufques à les jetter dans le dernier ac- cablement. Neanmoins les Soldats &. les Officiers s’animoient réciproquement à fouffrir , & la patience fai foit Tes efforts à l’envi de la valeur. Us en vinrent jufques à manger les her- bes & les racines, fans examiner fi elles étoient venimeufes, ou non , quoyque les plus fages les cueillident avec choix 5 fuivant la connoidance que les Tlafcalteques en avoient. Un des chevaux bledez mourut alors 5 & on oublia aifément Sc avec plaifir , le befoin qu’on pourroit en avoir , parce qu’il fut diftribué comme un regale admirable aux plus pauvres Soldats, qui celebrerent cette fête , en conviant leurs amis au feftin , où les fcrupules du goût cederent à la contrainte de la neceffité. Cette fâcheufe marche aboutit enfin a un petit Bourg, donc les Habitans laidèrent l’entrée libre , fans fe retirer comme les autres, témoignant de la joie êc de rempredement à fer- vir les Efpagnols. Ces foins & ces carefTes étoient un nou- veau ftratagême des Mexicains, tendant à ce que leurs enne- mis donnaient de meilleure foi dans le piege qu’ils leur avoient tendu. Les Indiens produifirent , fans aucune violence, les provifions qu’ils avoient, êc en tirèrent même des Bourgs voifins, autant qu’il étoit necedaire pour faire oublier aux Soldats ce qu’ils avoient enduré. Au point du jour , l’armée fe mit en ordre, afin de pader la montagne, dont la côte op- pofée conduifoit à la vallée d’Otumba , qu’il faioit necedaL rement traverfer pour gagner le chemin de Tlafcala. Qn re- '464 HISTOIRE D E LA CONQUE STE connut que les ennemis prenoient d’autres maniérés : leurs cris n’étoient plus que des railleries, qui témoignoient une efpece de fatisfadion j 2c Marine remarqua qu’ils répétèrent plufieurs fois ces mots : Allez , , Tyrans , vous ferez, bien tôt en un lieu , ou vous périrez, tous. Ce drfeours donna beaucoup à penfer aux Efpagnols 3 car il croit répété trop fouvent, pour être avan- cé temerairement. Quelques-uns fe figuroient que ces In- diens , voifins de la Province de TIafcala, voïoient avec plai- fir le péril où les„ Efpagnols alioient fe jetter 5 fuppofànt que le Peuple de cette Province n’avoit plus ni fidelité, ni affec- tion pour eux : mais le General, & les Officiers qui avoient plus de pénétration, comprirent que ce changement au pro- cédé des Indiens, étoit un indice certain de quelque embufea- de fort proche 3 2c leur raifonnement étoit fondé fur di^erfes expériences de la facilité avec laquelle ces Peuples décou- vroient fixement ce qu’ils avoient le pl us d’interet de cacher. Sur cette fuppofition, Cortez prévint l’efprit des Soldats, en les animant à fe difpofer à quelque nouvelle occafion : 2c l’on continuoit la marche, lorfque les Coureurs vinrent l’a- vertir que les ennemis s’étoient emparez de toute la vallée que l’on découvroit du haut de la montagne , en barrant le chemin que les Efpagnols cherchoient , par un nombre ef- freïa ble de troupes en armes. C’étoit la même armée des Mexicains qui s’étoit retirée de devant le Temple, 6c qui avoit reçu un renfort confiderable. Les Commandans, fui- vant ce qu’on peut en juger par l’évenement, avoient reconnu la retraite fubite des Efpagnols : Ôc quoy qu’ils euffent pû efperer de les joindre aifémenc , l’experience qu’ils avoient faite durant cette nuit, leur avoit donné une jufte défiance de ne pouvoir les défaire entièrement, avant qu’ils arrivaient aux frontières de Tlafcala , s'ils vouloient fe retrancher dans les polies avantageux de ces montagnes. Ils avoient donc dépêché en diligence à Me- xique , afin qu’on appliquât toutes les forces à l’éxecution d'un defiein de cette importance 3 6c la proportion qu’ils en firent fut fi bien reçue , que toute la Noblelîe partit au même moment, avec le relie des milices qu'ils avoient con- voquées^ Ces troupes fe joignirent à l'armée en trois ou qua- tre jours 3 2c on la partagea en divers corps, qui marchèrent à l'abri des montagnes avec tant de diligence, qu’ils prévin- rent D ü MEXIQUE, livre iv. A6< ircnt les Efpagnols, & occupèrent la vallée d’Otumba, dont le terrein fort vafte leur donnoit lieu derendre leurs batail- lons Tans embarras, de d’attendre leurs ennemis à couvert de la montagne : de véritablement, un projet concerté de éxecuté avec tant de juftellé, pourroit être envié., même en des Chefs d’une plus grande expérience, de entre des Nations plus polies. On eut de. la peine à fe perfuader que cette armée fût celle des Mexicains j &, on crut, en montant la côte, que ces diverfes troupes qui voltigeaient autour des Efpagnols , s’étoient reünies à delîein de défendre quelque pafîage, avec la foibledè de la lâcheté qui leur étoient ordinaires: mais la furprife fut extrê- me, lorfqu’on découvrit du haut de la montagne unepuiflan- te armée rangée en aCez bon ordre, dont le front occupait l’efpace entier de la vallée, ôCle fonds s'étendoit au-delà de la portée de la vue. Ce dernier effort de la puifiance des Mexicains ctoic compofé de differentes Nations, ainfi qu’on pou voit le con- noître par la diverfité , de la réparation de leurs enfeignes, de * eurs c ^ ieur ^ & de leurs plumes. Au centre de ce pVo^ digieux nombre de troupes, le Capitaine General de l’EmpiJ re paroiffoit fur fà litiere Tuperbement ornée , élevé au- deffus de tous , fur les épaules de Tes Domeftiques , afin de donner fes ordres, de de les faire éxecuter à fa vûë. Il portoit fur fa cuifie l’étendart Impérial, qu’on neconfioit point en d’autres mains que les fiennes , de qu’on ne mettoit en campagne qu’aux occa fions de la derniere importance. Sa figure étoit celle d’un filet d’or maffif, pendant au bout dame"’ pi que, de cou- ronné de plufieurs plumes de diverfes couleurs. Cet alîorti- ment a voit , fans doute , fon millere ,Tuperieur aux hiérogly- phes des enfeignes Tubalternes: & le mouvement confus de tant d’armes de de tant de plumes, formoit un fpe&acle qui con- fervoit fon agrément entre tant d’autres objets qui donnaient ; de la terreur. Pendant que les Soldats reconnoiffoient le danger qui alloit donner de l’éxercice à leur courage de à leurs forces, Cortez examinoit fur leurs vifages les mouvemens de leur cœur, avec cet air brillant d’un certain feu , qui anime mieux cent fois que tous les dilcours ■ de comme il les vid plus émus de colere, que d étonnement : Voici , dit- il, Voccafion de mourir , ou de vaincu i c'ejî U caufe de Dieu ; qui combat pur nous. Cortez n’en N n n ï-Lm ÿi 4 *é HISTOIRE DE LA CONQtTESTE 7 dit pas davantage , parce que les Soldats l’interrompirent, en demandant l’ordre décharger les ennemis. Il ne le retarda, que d’un moment, pour leur donner quelques avis neceflai- res en cette rencontre 3 6c en criant,. à Ton ordinaire , Saint Jacques & faint Pierre , il s’avança à la tête de l’armée aïant étendu le front de fès bataillons autant qu’il avoit pê , afin qu’ils ne fifïent qu’une ligne avec la Cavalerie rangée fur les> aîles , avec ordre de foûtenir l’Infanterie en flanc -, 6c à dos même, s’il en étoit befoin. La première décharge des arba-~ lêtes 6c des arquebufes fut faite fi à propos,. que les ennemis n’eurent pas le tcms de lancer leurs traies - 5c ils furent char- gez auflh tôt , à, coups de pique & d’épée, avec un grand car- nage , durant que les Cavaliers perçoient êc rompoient les troupes qui s’âvançoient à défFein d’enveîoper les Espagnols.- On gagna du terrein à cette première charge * les Efpagnols* ne portoient pas un coup fans bieffûre, 6c elles étoient tou- tes mortelles. Les Tlafcalteques fe lançoient dans la mêlée,., comme des lions altérez du fang des Mexicains ; 6c neanmoins ils confervoient tous affez d’empire fur leur colere, pour tuer avec choix , en s’adrefFant d’abord aux Capitaines, qu’ils dif* tinguoienr. Cependant les Mexicains combatoient avec une opiniâtreté fi furieufe, qu’ils couroient remplir les vuides des bataillons avec tant d’ardeur , que le meurtre qu’on faifoir dans leurs rangs, étoit un nouveau fujet de fatigue aux Ef-f pagnols j parce que ces rafraîchiflëmens les engageoient â im - nouveau combat. Toute cette foule effroïable d’indiens, fenv bloit fe retirer d’un même-tems, lprfque la Cavalerie don- noit, ou que les armes à feu paffoient à l’avant-garde de nôtre armée 5 6c après l’effort qu’ils craignoient, un autre mouvement : lés repoufïoit fur le terrein qu’ils a voient perdu , avec tant: d’impetuofité, que la campagne paroiflbit une mer agitée par: le dus 6c lé reflus de fes vagues. Le General combâtok à la tête des Cavaliers , fecouranr: ceux qu’il voïoit trop prefîez, 6c portant au bout de fa lance la terreur 6c la mort. La refiftance obflinée des ennemis iuy donnoit pourtant de l'inquietude 5 parce qu’il étoit impoffibie que cette continuelle agitation n’épuifât enfin les forces de fes Soldats : 6c comme il jettoit la vue fur tous les partis qu’il pouvoir prendre 5 afin de fè tirer . avec avantage d’une occaüon D U M E X I Q^U E. LIVRE I JV. 4 6 7 lî perilleufc, il fut fecouru en cette extrémité , par une de ces réflexions qu’il fembloic tenir en referve pour les neceflîtez prenantes. I! fe fouvint d’avoir entendu dire aux Mexicains, que tout le lecret de leurs batailles confiftoit en l’éten- darc general , dont la perte ou le gain decidoit de la victoire, pour eux , ou pour leurs ennemis : fur quoy Cortez fe fondant fur le trouble 6c l’épouvente que le mouvement de la Gava, lerie donnoit aux ennemis refolut de faire un effort extraor- dinaire , à defTein de gagner l’étendart Impérial , qu’il con- noiflbit fort bien. 11 appella les Capitaines Sandoval, Alva- rado , Ohd, 6c d’Âvila * 6c il leur propofa fa refolution , 6c la, maniéré de l’éxecuter. Alors Cortez, fuivi de ces braves Offi- ciers., 6c de ceux qui i’accompagnoient, donna au grand ga- lop, à l’endroit qui luy parut le plus foibla, 6c le moins éloi- gné du centre. Les Indiens , fuivant leur coutume, firent place à la Cavalerie * 6c avant quils fe fuflënt ralliez, le Ge- neral repouflk cette multitude confufe 6c fans ordre, avec tant de vigueur, qu’en portant par terre des bataillons entiers,, if arriva avec fon efcadron, au lieu où l’étendart de l’Empire paroifToit, efcorté de tous les Nobles de fa garde : 6c pendant que les Officiers Efpagnols écartoient cette efcorte à grands coups d’épée , Cortez poulïa fon cheval droit au General des Mexicains , qu’il fit fauter d’un coup de lance , du haut en- bas de la litiere , dangereufement blefTé. Ses gardes avoient déjà deferté * 6c un fimple Cavalier nommé Jean de Salaman- que, votant ce General à terre, defcendit de cheval, èc luy ;6ta le peu de vie qui luy reftoit, avec l’étendart, qu’il mit auffi-tôt entre les mains de Cortez. Ce Cavalier étoit Gen- tilhomme* 6c parce qu’il avoir donné la derniere main à l’ex- ploit de fon General, i’Empereur Charles luy fit quelques grâ- ces, 6c luy donna pour cimier de fes armes , le pennache dont l’étendart de Mexique étoit couronné. Au moment que les Barbares virent retendait de FEmpire entre les mains des Efpagnols , iis abatirent toutes les autres enfeignes * £c jettant leurs armes , ils s’enfuirent de tous cotez, dans les bois 6c les campagnes de maiz, où ils cherchoient à fie mettre à couvert. Toutes les montagnes furent couvertes de ces troupes éperdues de fraïeur* 6c le champ de bataille demeura aux Efpagnols. On fuivit la vi&oire à toute ri- Nnn ij 463 HISTOIRE DE LA C O N QüESTE ? ^c; gueur, en faifanc main baffe fijr ces fuïards 3 parce qu’il étoigr important de lesdiffiper , en forte qu’ils n’eu {lent plus la har- dieffê de fe raffëmbler : 6c la colere s’accordoit en cela avec les mouvemens de la prudence , 6c les réglés de la guerre»- Gortez eut quelques bleflez parmi fes troupe^ - 6c il en moiu rut deux ou trois à Tlafcaia.. il reçut luy même un coup de pierre à la tête , fi violent, qu’il perça fon cafque, 6c luy of- fenfa le cerveau, par une contufion dont il guérit avec peine.. Il lai (Ta aux Soldats tout le butin, qui fut confiderable q par- ce que les Mexicains avoient apporté en cette rencontre, tous les joïaux 6c les ajuftemens dont ils pretendoient orner leur* triomphe. L’Hiftoire dit qu’ils perdirent vingt mille hommes en ce combat, 6c elle enfle toujours le nombre des morts ea de pareilles oceafions : cependant, quiconque fera perfuadd que l’armée des ennemis alloit à deux cens mille combatans, trouvera moins de difproportion a ce quon a rapporté tou- chant le nombre des morts» Tous les Auteurs, 6c les Etrangers mêmes , parlent de cette: vi&oire, comme d’une des plus grandes que l’on ait rempor- tez en l’une 6c en l’autre Amérique j 6c s’il étoit confiant que faint Jacques eût combatu viliblement en faveur des Efpa- gnols, ainfl que plufieurs prifonniers l’aflûroient, la fanglaru te défaite de ces Barbares feroit moins furprenante, 6c paroi- troit moins éxagerée : quoyqu’à dire la vérité, il ne foie pas neceffàire d’avoir recours à un miracle fenlible , en une ren- contre où la main de Dieu s’eft déclarée par des témoigna- ges fi éclatans j puifqu’ils’eft refervé particulièrement le lue- cez des batailles, en fe nommant luy-meme le Seigneur des armées : afin que les hommes appriffent qu ils doivent re- connoitre 6c attendre les vi&oires de la difpofition de fes ar- rêts fouverains j fans faire aucun fond fur la grandeur de leurs forces $ parce qu’il fçait châtier ï’injuftice , en affiliant* iës plus foibîes : 6c encore fans- prendre trop de confiance en leur bon droit j parce qu’il luy plaît quelque-fois de corriges ceux qu’il aime, en mettant le follet entre les mains des perfora sies qu’il n’aime pas. fm du quatrième* Vivre*'. 4&9 ***###****&**##### #*#&*&£ HISTOIRE DE LA CONQUE STE M E XI OU E O V DELA NOUVELLE ESPAGNE * LIVRE CI Jsf^ri É ME. CHAPITRE PREMIER. L'armée entre dans la, Province de Tlafcala , & va, loger*’ a Qualipar . Les Caciques & les Sénateurs envoient mifîter Corte% On célébré l'entrée des Efpagnols par des fêtes publiques ; ©“ on efl afsûré de l affection de ces* Peuples, par de nouvelles preuves, O r t è z raiîembla fes troupes , que l'ardeur' du pillage avoir fait écarter • & il les remit eu ordre- de bataille dans leurs premiers polies : après quoy on continua la marche j non fans quelque foup- çon que les ennemis ne revinrent charger rarriere- g$rde 5 . parce qu’on en découvroit toujours quelques troupes - N n n iij„ 470 HISTOIRE DE LA CO N QU ESTE au haut des montagnes. Neanmoins, comme on ne pouvoir fortir ce jour là du Pais ennemi, & qu’on étoir prefle par le beloin dé penfer les bleffez, le General fie ake à quelques maifons écartées , où l'armée palla la nuit avec peu d’affiu rance. Au point du jour, die réprit fa route, fans aucun obftacle 5 les plaines voifines ne laifFant pas lieu de craindre au- cune embufeade , quoyqu’on reconnut encore que ce Pais croit ennemi, à ces cris & à ces menaces éloignées dont iis fembloient donner congé aux JEljpagnols., qu’ils ne pou voient arrêter. On découvrit bien-tôt les bornes de la Province de Tlaf- cala, que l’on connoîc encore aujourd’hui aux ruines de cette .admirable muraille que fes anciens Habitans avoient élevée, à dedein de défendre les frontières de leurs Provinces , en joignant par cet ouvrage les montagnes qui luv fervent de bornes, en tous les endroits où elles JaifToient quelques ou- vertures. Toute l’armée célébra par des acclamations l’en- trée qu’elle fit fur les terres de cette République ; les Tlaf- calteques baifoient le terrein , comme des enfin s defolçz qui reviennent entre les bras de leur mere^ & les Efpagnols ren~ doient grâces au Ciel , par de tres-humbles prières , de la faveur qu’il leur accordoit de refpirer en liberté , apres tant de fatigues. Ils allèrent tous fe mettre en pofTeiIion decette lie ureufe tranquillité, autour d’une fontaine , où ils fe.coucheu rent , & dont les eaux acquirent en cette rencontre la réputation deTanté & de delicateiTe, par les louanges qu’elles reçurent des Efpagnols , fk que les Auteurs n’ont pas oubliées - foit que le fbefoin redoublât le plaifir du rafraîchifTement , ou que le re- pos , qui n’étoic troublé d’aùcune crainte^ luy donnât çef agrément. Le General prit ce moment , pour reprefenter famiîiere- anent à fes Soldats , combien il leur importoit de conferver l’amitié du Peuple de Tlafcala, par leur modeflie, & par leur reconnoiiTan ce : qu’ainfi ils dévoient confiderer dans la Ville capitale, la plainte du moindre Habitant, comme un péril qui les menaçoit tous. Après quoy il refohit de faire quel- que fejour en chemin , afin de prendre langue , de de prepa~ ,rer leur entrée à Tlafcala, fuivant les mefures qu’on prendront .avec le Sénat. L’armée alla donc fur Je midi , loger à fès yeux -pou voient faire éclater fes fenrimens. Eès autres vin- rent après cela fàîiier le General, 5c féliciter les Gapitames 5 5C les Soldats qu’ils connoifioient mais entre la fincenïé de- ces xarefies , le jeune Xicotencal , par une fâcheufe diftinffion iaifla remarquer en fon procédé , quelque choie de farouche ou au moins de trop fier : 5c qtioyqu'on l’attribuât alors à la dfirete d urî homme élevé parmi les armes , on s’éclaircit bien- tôc que fon cœur confervoit encore la défiance d'un ami ré- concilié, 011 fon orgueil les remords d'un vaincu. Le Gene.- ral fe retira avec les Sénateurs , & trouva en leur converfation tous les égards de bien-feance & d’honnêteté qu’il auroit pü ; - fôuhaiter en des gens de la defnierepolitefié. Ils luy dirent qu ils avoient déjà a fîem blé leurs troupes , à defièin de mars cher à fon fecours > .contre leurs communs ennemis • 5c qu’ils . » m Utr ■ , Ü ù fl m 47 t HISTOIRE DE LA CONQJJEStE 3 voient trente mille hommes prêts à rompre tous les obfta- cies qui s’oppofoient à fa marche. Iis luy témoignèrent une extrême douleur de fa blefiure , qu’ils regardoient comme Le facriiege attentat d’un guerre feditieufe. Ils regrettèrent la perte des Epagnols, particulièrement celle de Jean Velafquez de Leon , que fon mérité, qu’ils avoient fçû remarquer, leur faifoit aimer. Ils detefterent la barbare perfidie des M ex icains 5 & enfin ils offrirent au General .de l’affifter-.à s’en venger , avec tout le gros de leurs milices, & de celles de leurs alliez; ajoutant, afin d’appuïer leurs offres , qu’ils n’étoient pas feu- lement amis des Efpagnols, mais encore Vaffaux de leur Prince ;î êc que ces deux motifs les engageoient .à recevoir les ordres de fon Miniftre, êc à mourir auprès de luy. Les . Sénateurs, conclurent leur difcours par cette delicateffe du point d’hon- neur, où, en difiingitant entre la qualité d’amis êc de Vaflaux, ils marquoient que leur inclination faifoit en eux le mêm.é.effeç, que la fidelité êc le devoir. Cortez répondit à leurs offres êc à leurs propofîtions, avec beaucoup d'honnêteté ; êc cette convention luy juftifia non- feulement la continuation de la bonne volonté de ces Peu-' pies en xoute fa vigueur , mais encore le redoublement de leur e filme pour les Elpagnols. La perte qu’ils avoient faite ea Portant de Mexique , paffoit pour un de ces accid.ens ordinaires à la guerre, êc étoit entièrement effacée par la vi&oire d’Q- tumba, qu’on admiroitàTlafcala , comme un prodige de valeur, êc qui donnoit un pompeux relief à toute leur retraite. Les Sénateurs propoferent à Cortez v de pafier inceffamment à la Ville, où le logement de fes troupes étoit déjà préparé : nean- moins ils convinrent aifément d’accorder quelques jours de repos aux Soldats 5 parce qu’ils fouhaitoient de leur part, de faire les préparatifs d’une entrée la plus magnifique qu’il leur feroit polfible , êc de la maniéré dont ils avoient accoutumé de célébrer le triomphe de leurs Generaux . Les Efpagnols furent trois jours à Gualipar, affiliez libé- ralement de toute forte de rafraîchiffemcns, aux dépens de là République - êc d'abord que les b le fiez fe trouvèrent en meil- leur état 9 on en donna*avis à Tlafcala , êc on fe prépara a marcher. Les Officiers êc les Soldats fe parèrent le mieux qu’ils purent pour l’entrée , en k feryant des joïaux êc des plumer DU MEXIQUE, livre V, 475 plumes des Mexicains • ces marques exrerieures donnant un nouvel éclat à leur viétoire , puifqu’il y a des rencontres où l o (tentation augmente le prix des chofes , & où l’on peche par une modeftie hors de faifon. Les Caciques & les Miniftres en corps vinrent au-devant des Elpagnols , avec tous leurs orne- mens , 6c un nombreux cortege de leurs parens. Les chemins etoient couverts d’une multitude de Peuple, qui faifoic en tendre par tout des applaudiffemens & des acclamations où la gloire des Efpagnols vainqueurs étoit relevée par les oppro- bres contre les Mexicains. A l’entrée de la Ville, les timba- les, les flûtes, 6c les cors feparez en differens chœurs, qui fe repondoient alternativement, firent une falve bruïante, mais allez agréable.; & ces inftrumens guerriers entonnoient par tout des airs pacifiques. Enfin , après que le logement de l’ar mée fut établi dans toutes les formes , le General , après un peu de refiftance , alla prendre le fien chez Magifcatzin en cedant aux inftances qu’il | U y en fit, afin deconferver fon eftime La même raifon engagea Pierre d’Alvarado à loger chez l'aveugle Xicotencal : Sc quoyque les autres Caciques vouluflent regaler auffi chez eux ce qui reftoit de Capitaines ils s’en excuferent civilement ; parce on découvre une conffiration que le f eutre Xicotencal formoit contre les Ejpagnols , L E General étoit fort en peine de ce qui paffoit a Vera-Cruz , parce que la confervation de ce porte croit une des principales bafes fur quoy il fondoit l’ctablirtement de fes nouveaux projets. Il écrivit à Rodrigue Rangel, qui étoit Lieutenant de Sandoval en ce Gouvernement 3 ôc la ré- ponfedecet Officier arriva bien- tôt, par la. diligence extraor- dinaire de fes Couriers à pied. Rangel mandoit, qu’il n’é- toit arrivé rien de nouveau qui pût donner aucune inquiétu- de dans la Place, ni fur la côte : Que Narvaez ôc Salva- tierra étoient fort bien gardez en leur prifon: ôt que les Sol- dats de la garnifon étoient contens , & fort bien traitez- parce que la bonne corefpondance des Zempoales, des To- tonaques , & des autres alliez , continuoit avec les mêmes témoignages d'affie&ion & d’éxa&itude de leur part. Ce Lieutenant donnoit encore avis à Cortez , que huit Sol- dats avec un Commandant qu'on avoit envoïez à TlafcaJa* quérir l'or deftiné aux Efpagnols de Vera-Cruz , pour leur part du prefent , n’étoient point revenus à la ville : &c Ci Je bruit qui couroit entre les Indiens étoit véritable, qu’on les avoit tuez en la Province de Tepeaca 3 il y avoir lieu de crain. dre que les Soldats de Narvaez qui étoient demeurez blef- fez à Zempoala, n’euffent péri par la même trahifon 3 parce qu’à mefure qu’ils fe fentoient guéris, ils marchoient par pe- tites troupes , avec une extrême pafïion de fe rendre à Me- xique , où l’avidité des Soldats fe figurait des nchefTes iirU menfes. Cette difgrace affligea extrêmement le General 3 parce que dans fon entreprife, il avoit compté fur ces Soldats , dont le DU MEXIQJJE. livre r. 4 , 7,7 nombre fuivant , Herrera alloit au delà de 50 y de quand il au- roitété moindre,, fi Ton en croie Bernard Diaz, ç’auroit tou- jours été une grande perte, en uneoccafion 5c en un païs, où un Espagnol valoit plufieurs milliers d’indiens. Cortcz vou- lut s’en informer des Tlafcalteques y qui confirmèrent ce que Rangel luy avoir mandé * 5c il leur fçeut bon gré de la dis- crétion qui leur avoit fait étouffer ces mauvaifes nouvelles, de crainte que le chagrin ne fiit un obflacle au. retour de fa fanté. Il étoit confiant que les huit Soldats partis de Vcra- Cruz y étoient arrivez à Tlafcala , d’où iis étoient retournez chargez de i’or qui leur étoic échu en partage , en un tems où on commençoit à. fe défier de la fidelité des Indiens de la Pro- vince de Tepeaca j qui entre plufieurs autres , s’étoient fou- rnis aux Efpagnols à leur premier yoïage de Mexique. On juflifia depuis que les uns & les autres avoient été mafïacrez en cetre Province : Ô£ on n’eut pas lieu de douter de cette perfidie , lorfqu’on apprit qu’ils avoient appelle des troupes de Mexique à deflein de les foûtenir^ Cortez fe voïoit en- gagé à la necefiité de châtier ces rebelles 5c de chafier les ennemis loin de fon voifinage -, 5c cela ne fouffroit point de remife , parce que cette Province étoit en une fituation qui rompoit le commerce de Mexique à Vera-Cruz 5 5c il faloit s’aifurer de ce pafiage , avant que de s’appliquer à d’autres deffeins. Neanmoins il fufpendit ia propofkion qu’il vouloie faire au Sénat, d’affifler les Efpagnols de leurs forces pour cette expédition 5 parce qu’il apprit que les Tepeaqnes a- voient depuis peu de jours percé les frontières de Tlafcala , en pillant 5c détruifànt quelques bourgades de cette Provin» ce : 5c il jugea qu’ils auroient recours à luy par cette même raifon. En effet le Sénat refolut que fon châxieroit cette in- foience par la voie des armes 5 5c qu’on tâcheroit d’in tereflèr les Efpagnols en cette guerre, puifqu'ils étoient également irri- tez de ofFenfez de la mort de leurs compagnons, Ain fi ce que Cortez avoit prévu ne manqua pas d’arriver, 5c il fe vid en termes d'accorder une grâce qu’il devoir demander» Un autre incident vint encore amener de nouvelles inquié- tudes. On receut avis de Gualipar , que trois ou quatre Am- baiTa.de.urs du nouvel Empereur de Mexique étoient arrivez à O o o iij 47 S HISTOIRE DE LA CONQUE STE la frontière: qu’ils étoient a dre liez à la Republique de TlaR cala 3 6 c qu’ils n’attendoient que la permiffion du Sénat pour fe rendre à la ville. La matière fut mile en délibération 5 car le cas était furprenant , 6c on ne laiffoit pas de reconnoîrre que toute négociation de la part d'un ennemi dangereux 6c puiiïànt , doit être écoutée comme une menace envelopée. Neanmoins quoyque les Sénateurs s’attend] ffent que cette Am- baflade feroit certainement contre les EfpagnoLs, êc qu’ils euf- fent arrêté conftamment , que quelque avantage qu'on leur offrît., il ne devoir point l’emporter fur l’obligation de fou- .tenir l’intérêt de leurs amis : ils conclurent de recevoir les AmbafTadeurs , afin de tirer au moins avantage de cet a&e , d’égalité, dont l’orgueil des Princes Mexicains n’avoit point encore fourni d’exemple 3 6cileftaifé de juger que le confen- tement de Cortez intervint en cette refolution 5 puifque les AmbafTadeurs furent conduits publiquement à l’audience, 6c qu’il n’eut en toute cette affaire , aucun fujet d’accu fer les Tlafcalteques du moindre defaut de fincerité. Les Mexicains firent leur entrée avec beaucoup d'éclat 6c de gravité. Leurs Tamenes marchoient à la tête en bon ordre,, 6c portaient le prefent compofè de diverlès pièces d’or, d’ar- gent, de fines étoffes du païs , de plumes 6c d’autres curiofités, avec piufieurs charges de fel , qui étoit la marchandife la plus précieufe 6c la plus recherchée en cette Province. Les Am- baffadeurs portoient en leurs mains les marques de paix $ ÔC ils étoient fu per bernent parez 6c fuivis d’un nombreux cor- tège, tant de leurs amis que de leurs domeftiques. Ils croïoient que ce pompeux apareil figuroit la grandeur du Prince qui les avoir envoïez : 6c en effet , il fèrt quelque fois à impofér aux efprits par cette vaine oftentation de pouvoir qui ébioüit ou divertit les yeux , à deffein de furprendre les oreilles. Les Sénateurs les attendirent en leur Tribunal , fans manquer à la courtoifie ni donner dans i’excez des carefles 5 mais en hommes délicats fur les droits de la Souveraineté de leur Ré- publique 3 6c qui à travers leurs civilitez laijGToient entrevoir quelques chagrins. Après avoir nommé l’Empereur de Mexique avec toutes les qualitez 6c de très - profondes foumiflions , les AmbaL fadeurs firent leur propofiaon en ces termes. Qu'il of- DU MEXIQ^Ü E, LIVRE V. 479 fioit aux Tlafcalteques la faix & une alliance perpétuelle entre les deux Nations , le commerce libre & des interets communs , à condi- tion quils prendroient incefiamment les armes contre les Efpagno/s \ ou quils fe ferviroient pour sien défaire aifément ^ de l'imprudence qu ils avoient eu de venir fe livrer entre leurs mains. Ils n’eurent pas le tems d’achever ce raifonnement^ parce qu’ils furent in- terrompus par un murmure confus, qui devint un allez grand bruit, avec des marques d’une indignation qu’on retenoit à' peine , ôc qui enleva bien.-tôt toute la gravité de ces Séna- teurs. Neanmoins un des plus anciens leur remontra l'indécence de ce procédé , contre Mage ôc la .raifon $ ôc obtint que les Ambafîadeurs feraient renvoïez à leur logis , afin d’y atten- dre les refolutions du Sénat. Après leur fortie on propofa l’afFaire j & fans prendre les avis en particulier , toutes les voix concoururent au fentimenc de ceux qui l’avoient déjà déclaré un peu indifcrettement par leurs murmures. Seulement, on polit les termes de ce refus , ôc la civilité trouva fa place entre les féconds mouvemens de la colere. On conclut donc qu’on nommeroit trois ou quatre Députez qui porteroient la repon- fe du Sénat aux Ambaiïadeurs. jgfion faifbit une extrême at- tention a la proportion de la paix , pourvu qu' die fut accompagnée de partis raisonnables & proportionnera la gloire & à U réputation de l'un & de l'autre Etat. Que les Tlafcalteques oh ferv oient reli- gicufement les loix de ïhofpitalité & quils nép fient point accou- tumez, a faire fervir la confiance d'infirument a la mauvaife fiiqfitls fie faifoient honneur de regarder comme impoffibie , ce qui net oit pas- permis , &. d'aller tout droit a U vérité des chofies s puifqnils nen- tendoient point Lufage des prétextes , & ne fç avoient point donner l ia trahifon un autre nom que le fien. On n’eut point d’ocea- fton d’apprendre la répliqué des Ambafîadeurs 5 parce que du moment qu’ils virent que leur proportion avoir étémal- reque , ils s’en allèrent chargez d’autant de fraieur , qu’ils a- voient apporté de gravité : ÔC on ne jugea pas qu’il fât B propos de les retenir , parce qu’il avoir couru entre le peu- ple , un bruit qu’ils venoient féliciter le Séna^ contre les Es- pagnols • ôc on en craignoit quelque foulevement, qui allât jüfques à ofFenfer les Privilèges de leur caradere , ÔC à ruiner l’attention des Sénateurs, au droit des gens» * 480 HISTOIRE DE LA CO'NQÜ’ESTE Quoyque cette intrigue des Mexicains eut été demêiée a la facisfadion des Efpagnols , elle ne laiiîa pas de produire un autre inconvénient qui renouvella leurs inquiétudes. Le jeune Xicotencal n’avoit point déclaré fon fentimentau Sénat, s’étoit laifTé emporter au torrent des voix : foit qu’il crai- gnît l’indignation de fes confrères, ou que le refped qu’il a- voit pour fon pere l’eut retenu. Neanmoins l’occafion de cet- te AmbafTade , luy donna lieu de répandre entre fes amis êt lès partiians, le venin dont fon cœur ëtoit rempli fur le fujet de la paix qu’ils propofoient. Ce n’eft pas qu’elle fut confor- me à ton genie , ni à fes interets j mais il vouloir couvrir de ce pretexte fpecieux , les honteux mouvemens d’envie qui l’agitoient. L* Empereur de Mexique , difoit ii , dont la puiffance formidable nous oblige d'avoir toujours les armes a la main , nous retient envclopez* dans les defàftres d'une continuelle guerre , nous offre maintenant fon amitié : & ny met point d'autre prix que la mort des Efpagnols . Il ne fait que nous propofer ce que nous devrions déjà avoir éxecuté pour notre interet & notre eonferva* tion ; puifque quand nous pardonnerions à ces nouveaux venus -, lin- tentionde détruite abfolument notre Religion 3 qui pourra fouteniri qu'ils ne projettent de renverfer nos Loix & la forme de notre Gou- vernement , pour réduire en Monarchie la venerable République des Tlafcalteques l ils prétendent nous affujettir à la cruelle & odieufe domination de leurs Empereurs 5 & ce joug efl fi pefant & fi rude , que nous ne pouvons le confiderer fans larmes , fur lé col meme de nos ennemis. Xicotencal nemanquoit ni d’éloquence pour don- ner à fes pallions une apparence de raifon , ni de hardiefle pour éxecuter ce qu'elles luy infpiroient : & quoyque plusieurs de fes confïdens n’eufTent point approuvé fon fentiment , qu’ils euffent eflaïé de l’en tirer • comme il pafïbit pour un brave Soldat , il y avoit lieu de craindre que cette fadion ne fît un corps redoutable , en un païs où il fuffifoit d’être vaillant pour avoir raifon. Neanmoins l’affedion qu’on avoir pour les Efpagnols étoit fi bien établie , que les pratiques de ce mutin n’allerent pas loin fans tomber fous la connoiflance des Ma- giftrats. On traita l’affaire au Sénat avec toute la referve re- quife en une conjondure de cette importance 3 & l’aveugle Xicotencal y fut appellé , fans que l’intérêt du criminel qui êtoit fon fils , donnât aucune atteinte à ia confiance qu’on avoir DU MEXIQUE. LIVRE v. avoit en là confiance fie tn Ion intégrité. Iis condamnèrent tous cet attentat comme une fureur ex travagante d’un efprit mutin , qui vouloir troubler la tran- quinte publique , diffamer les decrets du Sénat , & ruiner tout le crédit de la Nation. Quelques avis allèrent à la mort en punition de ce crime; fie l'aveugle fut un de ceux qui æ er T r e fe c n , tlmenc avec P lus de force > décidant de la trahifon de fon fils en juge defîntereffé , & en pere qui fiicri- fie toutes les affrétions a l'a patrie. * C "La confiance fie la grandeur dame de cet ancien Sénateur touchèrent fi vivement es ■ efprit» des autres , qu'ds adorici- a fa confideration la rigueur de la Sentence , fie les avis allèrent a punir le coupable en épargnant fa vie. Ils le firent amener au Sénat effargé de liens . fie après | U y avoir fait une fevere réprimandé fur fon indolence, ils luy êterent le bâton de General, en de privant de l’exercice & des honneurs de cette charge .avec la ceremonie de le jetter du haut en bas des degrez du Tribunal. La honte de cette dégradation l'o- bligea au bout de quelques jours, d'avoir recours à Cortez en luy donnant des témoignages d'une fincere réconciliation’ Le General emploia en fa faveur tout fon crédit avec tant de fuccez , que Xicotencal fut rétabli en fa dignité fie aux bonnes grâces de ion pere ; quoyque la férocité de fon ge- Bie le pouffât peu de tems après à de nouvelles inquiétudes qui luy coûtèrent la vie , ainfi qu’on le verra en fon lieu Ces deux ancidens auroient pû produire des maux qui me' n. çoitnt les Efpagnols de leur dermere ruine : mais la perfi- die de Xicotencal ne vint à la connoiffmce de Cortez qu'a près qu'on en eut prévenu les fuites & châtié le crime • & lin" tngue des Ambaffadeurs de Mexique, fe termina à lafttbfac- tionoe ceux qui avo.ent le moins de confiance en la fidelité des Tlalca teques , qui reçurent un nouvel éclat de l'une fie de I autre ndmn . & cette conduite de gens dont les lumières «oient fi bomees , fur ce qu’on nomme polireffe , lorfque Ls Efpagnols monquotenc de tous les moyens humains pour fe foutenir, parut tenir du miracle , au moins on la confîde- ta alors, comme un de ces effets dont on ne trouve point la ration , iorfqu’on la cherche entre les caufes inferteu- p pp 4 8i HISTOIRE DE LA CONQUESTE CHAPITRE III; On entre dans la Province de Tepeaca ; & apres' avoir vaincu les rebelles , qui étant ajfifle z des Mexicains* avaient prefenté la bataillé aux Ejpagnols , on prends leur Ville , que l'on fortifie fous le nom de Segura de la Froncera, D ürant que lè jeune Xicotencal', content de la guerre-- qu’on alloit faire à Tepeaca, cherchoit, en aflemblanc le* troupes de la République, d’effacer par fa diligence, la mémoire de fa perfidie; Cortez s’appliquoic à convaincre fes Soldats , de la neceffité indifpenfable de châtier les Indiens de Tepeaca ; en leur reprefentant la rébellion de ces traîtres» là mort des Efpagnols, St tous les motifs qui pouvoient les exciter à la compaffion, ou porter à la vengeance. Nean- moins tous les Efpagnols ne convenoient pas de cette neceffi- té • Se les gens de Narvaez s’oppoferent au deffein du Gene- ral’, avec le plus d’opiniâtreté. Le fouvenir des peines qu’ils- avo’ient endurées, leur faifoit fouhaiter plus ardemment la douceur du repos. Us parloient en foûpirant , des cabanes qu’ils poffedoient en l’Ifle de Guba ; foûtenant que la guerre qu’on alloit faire étoit fort inutile, 8t qu’on devoir plutôt fe retirer à Yera-Cruz , afin de folliciter les fecours de Saint Domingue», & de la Jamaïque, pour revenir avec moins de rifqueà l’en- treprife de Mexique. Ce n’eft pas qu’ils euflënt deffein de la< pouffer plus avant; mais ils cherchoient quelque couleur pour s’approcher des bords de la mer , où leurs cris St leur refif. tance auroient été plus foûtenus. Enfin la hardieffe de ces- mutins alla julques à ce point, qu’ils firent fignifier au Ge- neral une proteftation en forme , parée de quelques motifs plus infolens qu’effentiels , St où le pretexte du bien public St du fervice du Roi , fervoienc de voile à la crainte , St à la baflelïi du cœur. t’infolence de cet a£te piqua Cortez, d’autant plus vivet DU MEXIQJJE. livre V. 4 g 3 binent , qu’elle arrivoit en un tems où les ennemis, quiétoiênc .àTepeaca, fermoienc le chemin de Vera-Cruz, qu’il étoit im- poffible de percer, fans leur faire la guerre que ces mutins re- fufoienc. 11 les fit venir en fa prefence 5 ôc toute fa modéra- tion luy fut neceUaire, pour empêcher qu'il ne s'emportât en cette occahonj puifque la tollerance, ou Iadiffimulation d’une injure perfonnelle , eft une vertu dont un efprit bien fait fe rend capable, avec quelque difficulté: mais lorfqu’il faut en- durer les outrages qu’on fait à la raifon, par caprice, ou par ^brutalité, c'eft le plus grand effort delà patience en un hom- me d’entendement. Il leur témoigna comme il put 5 gtuil leur fîavoit quelque gré y du foin quils prenoient de la confèrvation de l'armée : <5c Tans s’amufer à leur faire comprendre les raifons qu’il avoir pour ne pas manquer à l'engagement pris avec les Tlafcalte- ques, & le rifque qu’il couroit de perdre leur amitié, en iaif- fant impunie la trahifon des Tepeaques 5 il emploïa des mo- tifs proportionez à la portée des hommes, que la raifon ne touche gueres par ce qu’elle a de -meilleur. Il leur remontra feulement £)ue comme les ennemis sétoient emparez, des défi - ieT^ de la montagne , il faloit ne ceffai rement les combatre , afin de gagner la plaine, Qge d'aller feuls a cette expédition , ce Je- roit perdre les troupes de gaieté de cœur , eu au moins les ha - garder fans raifon : mais qu'il n étoit pas à propos de deman- der du fe cours aux Tlafcalteques , & meme quils n'en accorderoient point y pour une retraite qui les defefperoit . Qu'au fi , après avoir Joûmis la Province rebelle , & ajfeurè le chemin s ce qu'on fe- roit ajf/ié de tontes les forces de la République J il leur promettoit y fur fon honneur & for fa parole , que tous ceux qui nawoient pM -la volonté de foivre fes ètendarts , pourraient fe retirer librement , avec fon congé II leur perfuada ainfi de fervir en cette guerre^, en leur failànt connoitre qu'ils n’étoient pas en état de for- mer d’autres deffdns : & dés ce moment, il prit fes mefures pour l’expédition de Tepeaca • ce qui appaifa pour quelque^ tems leurs inquiétudes. Cortez choific jufques à huit mille Tlafcalteques des -mieux faits , qui formèrent diverfes troupes à leur maniéré, fous des Capitaines dont il avoit éprouvé la valeur au voïa- ge de Mexique, Il laiffa à la diferetion de fon nouvel ami PPP j j 4*4 HISTOIRE D E LA CONQüE STE Xicotencal, de le fuivre avec le refte des troupes de la Ré- publique 3 ÔC après avoir mis Tes gens en bataille,, il trouva quatre cens vingt Soldats Efpagnols , en comptant les Capi- taines & feize Cavaliers. Les Fantaffins avoient prefque tous la pique, l’épée & le bouclier. Il y avoir quelques arbalètes- mais peu d'arquebufes , faute de poudre , qui les obligea à laif* fer la plus grande partie de ces armes chez Magilcatzin. La marche de l'armée fut applaudie , par les acclamations du Peuple. Les Soldats témoi-gnoient tous une joie qui était un heureux prefage de la vi&oire , 6c qui leur infpiroit une nouvelle ardeur, par le defir qu’ils avoient de fe venger. Cs jour là, on fie alte en un Village des ennemis, à-cinq lieues de Tlafcaïà , 6c trois de Tepeaca , Ville capitale qui donnoit - fon nom à une Province. Les Habitans de ce Village s en- fuirent à la première vue de l’armé 3 6c les Coureurs ne pu- rent attraper que cinq ou fix Païfans , que les Efpagnols tâ- chèrent d'apprivoifer à force de careÉes , malgré le chagrin des Tlafcalteques , dont la férocité leur auroit fait un accueil bien different, Au matin , le General les fit venir en la pre- fence , où après les avoir affure& par quelques prefens, il les fit mettre tous en liberté, en leur ordonnant que pour le bien ôc l’avantage de toute leur Nation t ils diffent de fa part aux Caciques, 6& aux principaux JMiniffres de Tepeaca : j^jfil ve- ndit avec cette armée , venger la mort de tant d Efpagnols qui avoient été tuez, fur leurs terres , par une infâme trahifon s & pu* nir leur révolté contre T obeijfance quils avoient jure e a fon Prince . Neanmoins , que s'ils fe déterminoient a prendre les armes contre les Mexicains , a quoy il les afi fier oit de fe s forces , & de celles des Tlafcalteques , U mémoire de ces deux- crimes fer oit efface e par un pardon general ; & qu'il leur rendrait fon amine , en leur épargnant les malheurs d'une guerre dont ils étoient jufement menacez,., com ? tne coupables * & qui V obligeront à les traiter en ennemis* Les Indiens partirent avec cette iniiru&ion , 6c meme avec des a fia rances que Marine 6c Aguilar leur donnèrent confi- demment j en ajoutant d ce que le General avoir dit, quel- ques confèils d’ami , 5c des promeffes qu'ils feroient bien re- çus au retour, encore que la proposition de la paix n eut point d’effet. Ils revinrent le jour fuivant , accompagnez de deux , Mexicains-, qui paroifibient une, maniéré, d Elpions .envoies/ D ü MEXIQ_CE. LIVRE V. 4 S t exprès, afin que les Païlâns ne puflènt altérer les termes de ia réponfe. Elle fut incivile & infolente : Qu'ils ne mandioient pïnt U paix , & quils ne tarderaient point d chercher leurs enne- mis à U campagne , afin de les amener enchaînez,, aux pieds des Autels de leurs Dieux. Ils ajoutoient à cedifcours d’autres ■cer- mes injurieux & nienaçans , de gens qui comptent fur le nom- bre de leurs troupes. Neanmoins Cortez ; n’érant pas encore fatisfait, les depecha , avec une nouvelle in (tance qu’il don- nait à fa juftification. M proteftoît , s'ils ne recevaient L f aix aux conditions qu'il leur pr&pofbit , il détruirait leur Dais par le fer & par le feu , comme une retraite de traîtres d fan Roi qu ils demeureraient efclaves des vainqueurs , qui ôteraient la li- berté a tous ceux qui ne perdroient point la vie . Le General fie comprendre cette réponfe aux En votez , par les Truchemens y & voulut qu’ils en emportaient une copie par écrit. Il fça- voit bien qu’ils ne 1a liroient pas . mais (on deflèin étoit,quV prés avoir entendu le rapport d’une dénonciation i] fevere ces paroles fans voix tracées fur le papier, redoublaient leii£’ crainte : car l’écriture 6c l’ufage de ia plume furprenoir extré- mement les Indiens, qui regardoient comme un prodige cet art , par lequel les Efpagnols fe parloient 6c s’entendoient de û loin. C’eft pourquoy Cortez voulut fraper leurs veux par ce qui touchoit leur imagination • ce qui ètoit nrol prenient leur infpirer de. la fraïeur par la voie de l’admira, tion. , Cependant fon artifice fit alors fi peu d’efïet, que la fé- condé réponfe fut encore plus infolenre que la première • elie vint au même, tems que l'avis de la- marche des ennemis qui s’avanqpient avec une diligence, extraordinaire. Cortez’ qui avoir déjà refolu d'aller les attaquer , mit auffi.tôt Ces- troupes en bataillé & en mouvement, iàns s’arrêter à les ha- ranguer ; parce qu il fçavoit que les Efpagnols étoient parfai- tement, aguerris à cette efpece de combats , & que les Tiaf- caltecpjes y couroient avec . tant d'ardeur, que toute la peine. aLloit à ies retenir. r Les ennemis avoienc dreflTë deux ou trois méchantes embuf.- cades, en des champs couverts de maiz, où* la fertilité de cet- te^ terré en produit de fi hauts & de fi épais , qu’ils auroiens. jai.yenir à. bout de leur defièin , s’ils y avoient apporté plus- P-PP. *'j 4 u HISTOIRE DE LA CONQJJESTE de précaution: mais on les découvrit de loin, au mouvement caufé par l’inquietude naturelle à ces Peuples } 6c les bateurs d’eftrade en donnèrent l'avis fi à propos , qu’on eut le tems de préparer les armes , 6c de s’approcher en bon ordre de Tembufcade avec une tranquillité qui imitoie la négli- gence. Le General étendit le front de fes bataillons , autant qu’il étoit neceffaire pour éviter d’être envelopé par le grand nom- bre j 6c on commença le combat, en chargeant les Mexicains, qui avoient Pavant- garde , 6c qui fe virent attaquez de tous cotez , au moment qu’ils fe preparoient à donner fur nôtre arriéré garde. Le premier choc les mit en defordre j 6c tous ceux qui n’évicerent pas le perd par une pr 0 mte retraite, fu- rent taillez en pièces. Les Efpagnois gagnèrent le terrein fans rompre leurs bataillons 5 6c comme les .fléchés 6c les dards des Indiens perdoient leur force dans l’épai fleur des canes de mai z , les coups d’épée 6c de pique firent une grande éxecu- tion. Les ennemis fou tinrent neanmoins une fécondé charge, après s’erre ralliez , 6c firent les derniers efforts que le defef- poir infpire : mais la vi&oire ne balança pas long- tems s parce que les Mexicains abandonnèrent non-feulement le champ de bataille, mais encore tout le Pais, en cherchant une retraite chez leurs autres alliez. Leur exemple obligea lesTepeaques à fuir avec tant d’effroi, que des Envoïez de leur part vinrent dés le foir-même, offrir de rendre la Ville, 6c demander quar- tier , en s’abandonnant £ la difcretion , ou à la çlemenee des vainqueurs. Les ennemis avoient perdu la plus grande partie de leurs troupes en cette occafion , où l’on fit plufieurs prifonniers , 6c un butin confiderable. Les Tlafcalteques y combatirent fort vaillamment ^ 6c ce qui eft plus furprenant, avec tant d’atten- tion aux ordres 6c à la difeipline militaire, qu’ils fe maintin- rent, fans perdre que deux ou trois hommes. Un cheval fut tué j 6c quelques Efpagnois reçurent des bleffures fi iegeres, qu’ils ne quittèrent poinc leurs rangs. Le jour fuivant fut ce- luy de l’entrée dans la Ville, dont tous les Magiflrats, 6c mê- me les Officiers des troupes , vinrent fans armes, comme des criminels , au-devant des Efpagnois 5 le Peuple qui les fui- voic témoignant aufii, par fon fdence 6c par fa confuflon ÿ DU MEXIQJJE. Livre V. 4 S 7 qu’ils fe reconnoiffoient coupables, U qu’ils confelToienc leur crime. En approchant , il fe jetterent tous à terre, jùfques à la tou- cher du front 3 de il falut que Cortez les rafiûrât, afin de leur donner la hardiefie de lever les yeux. Il commanda que les Truchemens publiaient à haute voix le nom du Roi Charles,. & un pardon general de là part 5 ce qui rompit les liens de la crainte, en forte qu’ils commencèrent à déclarer leur joie par des cris de des fauts. Le quartier des Tlafcalteques fut marqué hors de la Ville 5 parce qu’on appréhenda que l’ha- bitude qu’ils avoient de maltraiter leurs ennemis, n’eût plus de force fur leurs efprirs, que la foûmiffion aux ordres qu’ils commençoient à relpeder, Cortez fe logea dans la Ville, avec les Efpagnols • prenant toutes les précautions que foc! cafion demandoit , de qu’il fit continuer jufques à ce qu’il eût reconnu la fincerité de ces Peuples, qui à la vérité fu- rent pouffez de affiliez par les Mexicains, à trahir les Ef- pagnols , de à tout ce qu’ils entreprirent après cette ac- tion. Les Habitans’ de Tepeaca fe trouvaient déjà fi las , & fff affligez d avoir reçû une fécondé fois le joug infupportable de la domination des Mexicains, & fi bien defabufez de la conduite de ces gens-là, qui étant venus en amis , ne pou- voient s’empêcher d’ufurper un pouvoir abfolu fur les biens, l’honneur, de la vie même de leurs hôtes, qu’ils firent diver- fes inftances au General, de ne pas abandonner leur Ville furquoy il fonda le defiein d’y conflruire une Forterefie,. afin û afiujettir ces Peuples • -quoyqu’il leur fit comprendre que c ©toit à defiein de les protéger. Son principal motif étoit , de s afiurer le chemin de Vera Gruz-ce qu’il obtenois en fe rendant maître de ce polie, que la Nature, en le ren- dant très-fort , avoir encore difpofé à recevoir tous les fe- cours de 1 art. On ferma l’enceinte par des remparts de terre foûtenuë de facines, dônt on compofà les murs de la Vihe , en coupant le roc en certains endroits où il s’avan- «çoit 3 de fur le plus haut de la montagne, on éleva de ma- tériaux plus folides , une efpece de Citadelle , qui parut une fuffifante retraite contre tous les accidens qui pouvoient arri- ver 3 en une guerre telle que les Indiens la pratiquoient; 4 n HISTOIRE DE LA C ON QtJE S TE L’ouvrage fut ponde avec tant de chaleur 5c tant d’tmpreïFe» ment de la parc des Habitans de Tepeaca , 5c de leurs voL fins, qu’il fut achevé 5c mis en déienfe .en peu de jours. Le General commit quelques Soldats Efpagnois à la garde de cette Place, qu’il nomma Segura de la F r enter a , 5c qui fut la fécondé Ville peuplée dans l’Empire de Mexique» Avant que d’éxecuter ce deffein , Cortez s’étoic débarraf- fé de tous les pnfonmers Mexicains 5c Tepeaques qu’on avoit faits au dernier combat, en donnant ordre qu’ils fuf. fent conduits àTlafcala, avec beaucoup de loin 3 parce qu’on commençoit à les confiderer comme des meubles de prix, par l’ufage qui s’était alors introduit en ce Raïs là_, de les mettre aux fers, & de les vendre comme des dclaves Cet abus contre les droits de l’humanité , avoir commencé par les llles, où on pranquoit xette efpece de châtiment, à def- fein d’épouvanter les Indiens rebelles : mais en. cette rencon- tre l’éxemple ne fert de rien à îajuftihcation , puifque celuy qui fuir un coupable ne fait que multiplier fon crime 3 5c quel- que motif qu’on ait eu de le commettre une première fois,, limitation en eft toûjours condamnable , comme une re„ chute* Un fi grand defordre ti’aîla pas loin fans être condamné,, 6c fans qu’on y apportât le remede necellaire 3 quoyqu’il eut paru devant l’Empereur, armé de toutes les raifons qui peuvent juftifier l’efcbvage entre les Chrétiens. Ce point fut agité par de longues difputes, de vive voix 5c par é rit : ce- pendant le Prince, par le mouvement d une ame véritablement Roïale, biffant aux Théologiens le foin d’accorder leurs con- troverïes, ordonna que les Indiens feroient mis en liberté, quand les loix de la guerre le permeetroient 3 5c cependant, qu’ils feroient traitez en prifonniers de guerre , & non pas en efclaves : Héroïque decifion, que la prudence partageoitavee la pieté-, parce que la bonne politique ne fouffroit pas qu’on diminuât le nombre des Vaffaux , pour augmenter celuy des Ef- xlaves 3 & que la Religion n’enfeigne point à décrier par le fouet 5c la chaîne , l’autorité de b raifo.ru ^ ÇHÀP, D U M E X I QjU E. LIVRE V. 4^9 CHAPITRE IV. £°rte\ envoie plufieurs Capitaines , pour réduire ou châtier les If Mes révoltées , & marche en perfonne vers celle de Guacachula , une armée de Mexicains , qui défendaient leurs frontières de ce côté-là . P Eu de tems apres que les Efpagnols eurent établi leurs logemens àTepeaca, Xicotencal arriva , fuivi de fes trou- pes, qui, félon quelques Auteurs, alloient jufques à cinquante mille hommes. Il croit important de les mettre en aftion. afin de rallurer les Tepeaques, à qui ce grand nombre don! noit beaucoup d mquietude : & le General fçachant que trois f<5u quatre Bourgs de cette Province foûlevez par les Mexi- cains, .étoient encore hors de l’obeïiTance , y envoia des Ca- pitaines, accompagnez chacun de vingt ou trente Efpagnols” êc d’une forte troupe de Tlafcalteques - afin d'eiïaïer de ré- duire ces Indiens par les voies de la douceur, ou de châtier leur obftination par la rigueur des armes. On trouva par -tout de la refiftance 5 &: la force obtint par tout ce que la douceur avoir manqué, fans perdre un feul homme. Les Ca- pitaines viAorieux revinrent., après avoir fournis ces Indiens & terriblement écarté les Mexicains, qui fe yoïant batus de toutes parts , s’enfuirent de l'autre côté des montagnes. Le butin qu’on «gagna à la pourfuite des ennemis , & dans les lieux qu’on força,, fut très riche, & abondant en toute ma- niéré. Le nombre des prifonniers excedoit celuy des vain- queurs ^ &l’on a dit qu’il montoit à douze mille en la feule Bourgade de Tecamalchalec, où on fongea un peu à tenir la main, pour châtier les Habitans , parce que c’étoitle lieu où on avoir tué plufieurs Efpagnols en crahifon. On ne les nommoit déjà plus prifonniers , mais captifs j jufques à ce qu'étant mis en vente , ils pcrdoientce nom , afin de palier en un efclavage perfonnel, en recevant fur le vifage la cruelle marque d’une miferable fervitude, 9s i jloo HISTOIRE DE LA C O N QU E STE En ce tems-là , fuivanc les connoiffances qu’on en reçue depuis, l’Empereur qui avoir fuccedé à Motezuma étoit mort. On a dit qu’il fe nommoit Queflavaca, Seigneur d’Iztacpa- lapa. Les Çledeurs s’àffemblerent , & donnèrent leurs fuffra- ees au coufin ou gendre de Motezuma, appelle Quatimozin, qui fut couronné 8t inverti de l’Empire avec les ceremonies ordinaires. C’écoit un jeune homme de vingt-cinq ans , d’un efprit vif, St fi appliqué , que contre les maximes de fon pre- decedeur il fe donna tout entier au foin des affaires, vom. lanc faire ’connoître d’abord l’effet d’une autorité fouveraine, lorfqu’elle palfe en des mains qui fçavent en bien ufer. Il ap- prit ce que les Efpagnols avoient fait en la Province de Te- peaca • St pénétrant par fe s lumières dans les deffeins qu ils pouvoient former , après la réunion des Tlafcalteques , Se des ■ autres Peuples voifins de leur Province , il entra en cette ef- pece de crainte que k raifon infpire v de qui réglé les refolu- dons de la prudence. Ce Prince prie d’abord des mefures bien concertées , qur donnèrent une grande réputation aux commencemens de fon Régné. Il anima les Soldats par des récompenfes ; & par plu- fieurs privilèges, il gagna l’amitié des Peuples, en les déchar- geant de toute forte d’impôts, pour tout le tems que la guer- re dureroit ; Sc il établit un nouvel empire fur le cœur des Nobles, par une familiarité majeftueufe, qui temperoit l’ex- cez de cette adoration dont fes predeceffeurs avoient preten» du relever le refped qui leur étoit dû. Il n’épargna point les prefens Sc les grâces aux Caciques de la frontière , en les exhortant à la fidelité , St à la défenfe de leur propre Pais St afin qu’ils n’euffent pas lieu de fe plaindre qu’il les char- geoit de tout le poids de la guerre , il envoïa une armée de trente mille hommes, pour échaufer & foûtenir leurs mili- ces. Après une politique fi jufte & fi rafinée , les envieux de la gloire de nôtre Nation n’aurontils point de honte de foû- tenir qu’on avoir afaire à des bêtes brutes , qui ne s’aflem- bloient que pour ceder à l’artifice St aux rufes , & non pas à; la valeur St à la confiance de ceux qui les attaquoient? Cortez apprit que cette armée s’affembloit vers la h-ontiere 5 : & il n’en douta plus, lorfqu’il vid deux ou trois Nobles In- diens envoïez par le Cacique de Guacachula , Ville guerriers DU MEXIQJJE. LIVRE V. 49; :& Fort peuplée, fur le chemin de Mexique , 6c que le nouvel Empereur conlideroit comme un des remparts de Ton Empiré. Ils venoient demander du fecours contre les Mexicains: ilsfe plaignoienc de leur orgueil 6c de leurs violences j 8c ils of- froient de prendre les armes contre-eux, du moment que l’ar- mée des Efpagnols paroîtroit à la vue de leurs murailles. Ils montroient la facilité 8c la juftice de cette entreprife , en di- Tant que leur Cacique devoit être fecouru , comme Vaffal de môtre Prince j puifqu’il étoit un de ceux qui luyavoient voüé leurs fervices , en l’affemblée des Nobles qui s’étoit faite fous le Régné 6c par les ordres de Motezuma. Le General leur demanda quel étoit le nombre des troupes que les ennemis avoient en ce quartier-là^ 8c ils répondirent qu’il alloit à vingt 45i HISTOIRE DE LA CONQTJESTE Les Soldats marchoient avec joie 6c fort animez, à cette' expédition, lorfqu’à fix lieues de Tepeaca, 6c prefq ire autant de Guacachula, Tarmée aïant fait aire, il courut un bruit que l’Empereur de Mexique venoit en perfonne au fecours de ces Villes avec toutes les forces. Les Païfans le publioient ainfi, fans que cela parût avoir aucun fondement : neanmoins. les gens de Narvaez ajoutèrent une pleine foi à ce rapport^ 6c l’amplifièrent , fans écouter ni la raifon, ni les ordres delà. guerre. Ils blâmoient hautement l’expedition , en proteftant qu’ils n'iroient pas plus loin , avec fi peu de refpect, qu’Olid offenfé de leur procédé , leur dit fierement , qu’ils pour- voient s’én aller y mais qu’il ne leur répondoit pas des cha- grins de Cortez , puifque la honte ôc linfamie de leur retrai- te les touchoient fi peu : 6c au même . tems qu’il alloic: continuer la marche fans eux , un nouvel accident vint mettre au moins en compromis le fuccez de cette entreprife , s’il; ne donna point quelque rude atteinte à la confiance du Com- mandant. On vid defcendre du Haut dès montagnes voifines , des troupes d’indiens armez , qui s’avançoient avec une diligence extraordinaire , 6c obligèrent le Commandant à mettre fon armée en bataille, für ce qu’il crut que les Mexicains ve- noient l’attaquer 5 fuivant en cela les loix de là guerre , puifi. qu’un excez de prévoyance n’a jamais fait de tort aux armées r mais quelques Cavaliers qu’il avoit détachez pour reconnoître ces troupes , revinrent luy donner avis qu’elles étoient com- mandées par le Cacique de Guacozingo , accompagné de quelques autres Caciques fes alliez , qui venoient au fecours des Efpagnols contre les Mexicains, dont l’armée avoit rava- gé leurs frontières, 6c menaçoit leurs Etats. Olid leur man^ da de faire alte, 6c que les feuls Caciques vinifient le trouver^, ce qu’ils firent auffi- tôt : neanmoins , ce qui devoit donner de- là joie Sc de la confiance , fit un contraire effet 5 parce qu’il courut parmi nos Soldats un bruit, qui commença par les Tlafcalteques, 6c paiïa bien - tôt jufques aux Efpagnols. Les- uns 6c les autres difoient que c’étoit une imprudence dé- fis fier à ces troupes , dont l’amitié étoit feinte 6c trompeufe 6c que les Mexicains les envoïoient , à deflein de charger les Êfpagnols en trahifon. durant le combat. Ohd entra trop le- D ü m E X i QJJ e. umn r \ 4 - 9J ferement dans les mêmes fuupçons, qui 1 obligèrent à faire arrêter les Caciques , & à les envoïer à l’heure même d Te- peaca , afin que Cortez décidât de leur deftinée 5 hazardanc par cetre a&ion précipitée, de faire naître un trouble dange- reux entre les troupes qu’il conduisit, &: celles des indiens qui ven oient efFe&ivement le fecourir comme amis, fis demain rerent neanmoins, malgré ce témoignage injurieux de la dé- fiance du Commandant, au porte où ils fe trou voient , avec cette confolation , qu’on remet toit au General d jup-er de la finceritéde leurs intentions - ôc les nôtres n’oferent les inquie^ ter, jufques d ce qu’ils euffent reçu de nouveaux ordres. Les Caciques prifonniers arrivèrent bien-têt en la prefence de Cortez , & fe plaignirent modertement du procédé de Chrifl tophle d’Olid , en faifant connoître que le traitement fait à leurs perfonnes ne les mortifioit pas fi fenfiblemenr, que l’at- teinte qu’on donnoit à leur fidelité. Le General les écouta favorablement, êc leur fit ôter les fers », avec toute l’honnête- téqui pouvoir les fatisfaire, ôc regagner leur confiance f parce qu’il trouva en eux le caradcre que la vérité porte avec foi i lorfqu’elle veut fe diftinguer de la fourberie. Cependant il vid bien que cette expédition avoit befoin de fa prefence r parce que le dégoût entre des Peuples amis & alliez, & les murmures des Soldats, fembloient êcre des menaces de quel- que difgrace. II fe difpofa auffftôt à ce voïage 5 & après- avoir recommandé aux Officiers de Jüftice le Gouvernement de la nouvelle Ville, il partit avec les Caciques une petite efeorte, avec tant d’ardeur de pouffer cette entreprife -à bout* qu’il arriva en peu d’heures à l’armée. La prefence du General y ramena la tranquillité . les chofes parurent fous d'autres couleurs , & on vid ceffer cette tem-. pête qui troubloit les efprits.. Cortez ne blâma pas Olid de ce qu étant fi proche il ne l’avoit pas averti de cette nou* veauté, mais de ce qu’il avoir fart éclater mal à propos fes défiances , par remprifonnement des Caciques : & après la jonction des forces de ces Indiens aux fiennes , il prit la route de Guacachula , fans s’arrêter j ordonnant que les Envoie# de cette Ville s’avançafîent ,, afin de donner avis à leur Cadu- que, du mouvement & des forces de Tarmée, non pas qu’il beloùr des offres de ce Cacique, mais afin d’éviter l’em. 494 HISTOIRE DE LA C ON QtJESTE barras de traiter en ennemis, des Peuples qu’il vouloit foûmettre & conferver. Les Mexicains étoient campez de l’autre c-ôté de la'VilIe^ mais au premier avis de leurs fentinelles, ils prirent les armes avec tant de diligence , quils étoient déjà en bataille , à def- fein de foûtenir un combat à l’abri de la Place , lorfque les Espagnols nétoient pas encore à la portée du moufquet. Ils .firent tête j5 & vinrent à la charge d’un air fi déterminé , qu’il paroiffoit qu‘on ne dût pas voir fi- tôt la décifion du combat, fi le Cacique de Guacachula n’eut profité de cette occafion d’éprouver fa fidelité , en chargeant les Mexicains à dos , eu même-tems qu on leur tiroit de delTus les murailles 3 ce qu’il fit avec tant d’ordre & de refolution , qu’en moins de demi- fieure , les ennemis furent défaits , en forte qu’il s’en fauva fore peu , &: encore fort bleflez. Cortez prit fon logement dans la Ville , avec les Efpagnols^ on marqua un quartier hors de l’enceinte, aux Tlafcalte- ques de auxautres alliez, dont le nombre croiflbit à tous mo- mens car dés que la renommée eut publié que le General marchoit en perfonne , tous les Caciques alliez accoururent avec leurs troupes , pour fervir fous luy > en forte que fuivant ce que Cortez en rapporte luy - même , fon armée étoic de plus de fix* vingt mille hommes, lorfqu’il arriva à Guacachu- |a. Il remercia le Cacique & les Indiens , en leur attribuant tout l’honneur de la yidoirej 5 c ils s’offrirent à luy pour l’ex- pedition d’Izucan , dans la confiance qu’ils luy feroient ne- ceffaires , parce qu’ils avoient une parfaite connoilfance du pais , êc qu’on pouvoit compter fur leur valeur. Les enne- mis /fuivant l’avis que le Cacique en avoit donné, tenoient en cette Ville dix mille hommes de garnifon , fans ceux qui s’y étoient jettez après la défaite. Les Habitans ôc les Païfans voifins étoient engagez à fe déclarer a toutes rifques , enne- mis des Efpagnols * & la Place, forte par fa fituation , avoit de bonnes murailles, êt quelques ravelins qui en défendoient les avenués aux ouvertures de la montagne. Un ruifieau en baignoit le pied^ 6 c comme il faloit nccefiàirement le traver- ser , ils avoient rompu le pont , a deffein de difputer le p. Ra- ge. Toutes ces circonftances fnffifoient pour donner de la réputation à cette entreprife^ & de i’epploi à toutes les troupes. ms DD M E X I Q^ü E. LIVRE V. 495 Olid conduifoit l’avant- garde , 6c devoit tenter le paflàge de la riviere, avec une troupe de Soldats choifis. Il le trou- va défendu par la meilleure partie de l’armée des ennemis, qui ne l’empêcha pas de fe [jetter dans l’eau , 6c de gagner l’autre bord, en combatant avec une refolution fi détermi- née, ôc fi peu d’égard au danger, que fon cheval fut tué, 6c luy bleffé à la cuilfe. Les ennemis fuirent dans la Ville, qu’ils penfoient conferver, aïant fait fortir les bouches inutiles, 6c gardé feulement trois mille Habitans fort refolus, êc des vivres pour plufieurs jours. La force des murailles 6c le nom» bre des défenfeurs frapoient les yeux , ôc faifoient juger que l’affaut coûteroit bien du fimg r mais à peine Tarmée eut-elle achevé de pafier , 6c reçu les ordres pour l’attaque, que les cris des ennemis cédèrent, 6c la garnifon difparut en un mo- ment. On auroit pû apprehenderquelque furprifede la part de leur milice , dont tous les efforts fe reduifoient à certains ilrata- gêmes, fi on tfavoit découverrau même-tems la fuite des Me- xicains, qui fe fauvoienten defordre vers les montagnes. Cor- tez les fit pouflèr par quelques Compagnies d’Efpagnols, 6c par la plus grande partie des Tlafcakeques y 6c quoyque la- preté des rochers militât pour les ennemis , ils furent rompus en fi peu de tems qu’ils n’éurenc prefque pas le loifir de fe défendre. On trouva dans la Ville une fi grande folitude, qu’à peine put- on rencontrer entre les prifonniers trois ou, quatre defes ; Habitans, dont Cortez fe fervitpour attirer les autres, en les envoïant dans les bois, où ces miferables s’étoient réfugiez, promettre de fa part une entière abolition , 6c un traitement favorable à ceux qui reviendfoient inceffament à leurs mai- fons Cette diligence eut un fi bon effet, que la Ville fut re- peuplée prefque par tout dés le même jour, chacun s’empref- fant à joüir du bénéfice de la paix. Le General y demeura- deux ou trois jours, afin de leur faire perdre toute leur crain- te, 6c de les confirmer dans l’obeïllance, par l’éxempîe des Indiens de Guacachula. Au même-tems il donna congé aux troupes des alliez , après avoir partagé avec eux le butin gagné en toutes les deux a&ions ^ & il revint àTepeaca , avec les EL pagnols 6c les Tlafcakeques , laiflànt la frontière libre 6c nette, êc ces Villes foumifes 5 .( ce qui luy étoit très- avantageux } 6c le- 496 HISTOIRE DE LA CONQJJESTE coeur de ces Peuples affe&ionné aux Efpagnols , par l'expe^ rience qu’ils faifoient de leur humanité. Cortez avoir encore le plailir d’avoir ruiné les difpofitions du nouvel Empereur de Mexique en fes premiers projets , jcu’on obfer.ye ordinairement comme des pronoftics des nouveaux Régnés, &: qui animent ou abatent i’efprit des Sujets , félon la qualité des évene- ,mens. Bernard Diaz del Caftillo ne veut pas que Cortez ait affilié à cette exped non j 6c il y a lieu de douter il cet Auteur ne prétend point fe confoler ainfi, d'être demeuré Iuy-même à Segura de la Frontière , comme il l’avouë un peu auparavant^ ou s’il ne s’eil point laide entraîner, fans y prendre garde, à la paffion qu’il a de contredire en tout François Lopez de Gomara : . car tous les autres Historiens décrivent cette expé- dition ainli que nous l’avons rapportée 5 & Cortez même., dans fa lettre à l'Empereur , du trentième O&obre ijio. explique les motifs qui i’obligerent à fe mettre à la tête de l’armée. On a du regret de trouver en Ion chemin ces occa- fions de dédire un Auteur que l’on fuit ^ mais ç’auroit été une faute de Cortez , indigne de fa prudence , d’avoir négli- gé de fe trouver en perfonneiune entreprife , ou il étoitap- pellé par le dégoût de fes Soldats, les plaintes de fes alliez y l’infolence des gens de Narvaez, 5c par le penchant que Je Com- mandant a voit à entrer dans leurs chagrins 5 ce qui mettait ea grand hazard une entreprife de cette importance.Diaz nous par- donnera donc : il peut avoir écrit la chofe comme il croïoit la fçavoir j & c’eft plutôt en luy un défaut de mémoire, qu’une atteinte à la vérité du fait, ou une tache à la vigilance de foa General, GHAP; ■■■■■i DU MEXI Q_U E. Livre v. 497 CHAPITRE V. Cortex avance les préparatifs dont il avoit befoin pour l'entreprtfe de Mexique. Il reçoit par hasard un fecours de Soldats Efpagnols. Il revient À Tlafiala , où il trouvé que Magifcat'zjn etoit mort . £ N arrivant à Tepeaca , qui avoit déjà pris le nom de Segura, Cortez reçut l’àvis que fon cher ami Magifcat- zm n'avoit plus que quelques momens à vivre. Cette nou veile l'affligea tres-fenfiblement, parce que les témoignages d une affedion fincere & paffionnée qu’il avoit reçûs de la part de ce Sénateur, avoient mérité de la fienne une amitié réciproque, qu’il luy rendoit par reconnoifflmce & par incii. nation. Cortez voulant donc luy en donner des preuves les plus eflentielles, dépêcha d’abord le Pere Barthelemi d’Ol- uiedo , afin de luy procurer le fecours le plus necelTaire à (on ame en effaïant de l’amener à la Foi de l’Eglife Catholique Xorfque ce Religieux arriva , Magifcatzin, quoyque prefque accable par la force de fa maladie, confervoic encore un ju- gement libre, & un efprit difpofé à recevoir de nouvelles im- preffions ; ce grand nombre de Dieux luy fembloit fort ex- travagant- êc il étoit choqué de la barbarie de leurs facrifî- ces Le Chnftianifme luy paroilToit plus conforme aux loi* de 1 humanité &de la raifon ^ n’étant , ce femble, dans l'aveu- glement, que faute de lumière, Ôc non pas par le défaut de es yeux. Le Pere n eut pas beaucoup de peine à réduire Magifcatzin, qu’il trouva convaincu de fon égarement de pénétré du defir d’en être redrelFé : il ne fut donc queftion que d inftruire ce Sénateur , de de luy faire quelques exhor- tations, afin d échaufer fa volonté, de demettre la tranquilli- re dans fon ame : après quoy il demanda le Baptême, avec beaucoup d’empreflementj êc il le reçut avec une foi pure, employant le peu de vie qui luy reftoit en de ferventes re- ;£exions fur fon bonheur , & à exhorter fies enfans à renoncer Krr IHI iW iiî! M i i s IR 4 ^8 HISTOIRE DE LA CONQÜ ESTE au culte des Idoles, & à rendre une entière obeïflance à fora* ami Cortez, en appliquant tous leurs foins à procurer l’avan- tage & la confervation des Efpagnols v comme la leur pro- pre . parce que, fuivant les mouvemens qu’il fentoit en fon coeur , il étoit perfuadé que l’Empire de ce Païs-là, devoir tomber entre leurs mains. Les Auteurs ont traité ce difcour* dei Prophétie • Scpeut être que Dieu le luy infpiroit , ou que la prudence confommée de cet Indien le faifoit ainfi penetrer dàns Pàvenir. Ce qu’il y a de confiant , eft que la docilité qu’il témoigna en ces derniers momens, 6c une vocation fi extraor. d in aire , furent la récompenfe que Dieu^ accorda à ce que Magifcatzin avoir fait en faveur des Chrétiens 5 fa providen- ce âant choifi cet homme poür le principal inftrument de tant de reffources , dont ils étoient redevables à la Républi- que de Tlafcala : aufîi il avoit un affez grand fond de vertus ; morales,' 6c tant de capacité pour les affaires , . que. tous les autres Sénateurs recevoient avec refped fes décifions , prefque comme des, ordres abfolus } êc il f^avoit fort bien mettre en couvre cette autorité , avec toute la modération que l’on doit aux delicateffes de la liberté dans une Republique. Cortez fut touché de fa mort, comme d’une perte quijne fouffroit point de confolation , puifqu’il trouvoit à dire en fa perfonne,.non- feulement un ami à toutes épreuves y mais encore un direct teur fidde de fes deffeins , dont i’affedion 6c le refped luy avoient acquis le cœur des Tlafcalteques .- mais le Ciel , qui fembîoit prendre le foin de foûtenir ce General dans fes - difgraces , les adoucît alors , par unTecours qui releva, fes > efperances,' Un vaifleau de moïénne grandeur vint mouiller à la rade de Saint Jean d’Uiüa : il portoit treize Soldats Efpagnols, deux chevaux, 6c quelques munitionsde guerre 6c de bouche, que Diego Velafquez envoïoit à Pamphile de Narvaez , ne dou^. tant point qu’il ne luy eût déjà acquis- toutes les conquêtes de ^Nouvelle Efpagne, 6cattiréàfon parti l’armée de Cor^ tez. Le Commandant de ce vaiffeau étoit Pierre de Barba, Gouverneur de la Havane, lorfque Cortez fortit de l’Iftede • Cuba : 6c ce General étoit redevable à l’amitié de Barba, de l’a- vantage d’être forti du dernier embarras dont on avoit voulu i tsavetfet fon expeditipn» Cortez- âvoic fait Capitaine de -fô* wrrrm DU M E X I Q_U E. L IVRE V. 499 Côte Pedro Cavallero, qui n’eut pas plutôt découvert ce na- vire, qu’il lé jetta dans un efquif, pour aller le reconnoître. Il làliia fort civilement ces Avanturiers , 6c reconnut d’abord ce qu’ils cherchoient, à la maniéré emprelîée 6c refpe&ueufe dont Barba s’informa de Narvaez. Cavallero répondit fans heliter : c Que N arvaesgri ét oit pas feulement en parfaite famé , mais que fes affaires étoient en un état a donner de C admiration* Que tous ces Pais luy étoient fournis , & que Cortex, fui'oit a tra- vers les bois , avec un petit nombre de Soldats qui luy étoient refiez,. Si l’on ne peut lauver ce détour du reproche de menfonge* au moins peut on loiier la prefen.ce de l’efprit qui l'imagina* puifqu’il n’en falot pas davantage pour obliger ces Efpagnols à mettre pied à terre, avec grande confiance, 6c pour aller droit à Vera-Crnz , où ils fe trouvèrent arrêtez au nom de Cor- tez. Cependant Barba ne fçut point trop mauvais gré à Ca- vallero, de fon adrefiéj parce qu’il n’étoit pas fâché de trou- ver fon ami en une fituation fi avantageufé. On les conduifit à Segura, où Cortez célébra, avec un ex- tVéme plaifir, -cette heureufeavanture, qui augmentoit le nom- bre de fes Efpagnols , avec cette circonflance réjoüifTante^ qu’ii recevoir ce fecours des mains de fon ennemi. Il careffa. fort Pierre de Barba, 6c il luy donna le commandement d’une Compagnie d’Arbalêtriers pour marquer la confiance qu’il avoir en fon amitié. Il fit aux Soldats quelques prefens, qui les engagèrent à s’enrôler dans fes troupes, 6c lût en fecret la lettre qui s’adreffoit à Narvaez. Welafquez fuppofant que ce Capitaine étoit le maître abfolu de toute fa conquête, luy ordonnoit de s y maintenir à toutes rifques S 6c pour cet effet U luy promettoit de grands fecours. La conclufion de fà dépê- che ctoit. Que fi Cortex, ri étoit pas mort , m le luy ^env osât au .plutôt ^ avec une bonne efcorte ; parce qu'il avoit un ordre précis de d* Evêque de Bnrgos , de le faire amener prifonnier en Efpagne ; Cet ordre fe feroit tourné en arrêt fans appel , -fi on avoit laiffé l’affaire entre les mains de cet Evêque , ennemi de Cor- tez : 6c la paffion que ce Miniftre marquoit., d*obliger Ve- lafquez , donnoit lieu de craindre qu’il ne voulut faire un éxem- ple éclatant du châtiment de Cortez, en couvrant fon reffen. rtiment particulier du pretexte de lajuflice. Au bout de huit jours 500 HISTOIRE DE LA CONQUESTE d’LJlüa. II portoit un nouveau fecours à Narvaez ^ & Cavaïi lero s’en faifit encore , avec la même adrefîe. Il y avoir hui r Soldats Efpagnols, une jument ,6 c une quantité confiderable de toute forte d’armes & de munitions , fous le commande- ment du Capitaine Rodrigo Moreïon de Lobera. Ils paillè- rent tous à Segura, où ils prirent parti dans l’armée, fuivant l’exemple des premiers arrivez. Ces fecours venoient par des voies fi éloignées de toute forte d’apparence, que Cortez les regardoit comme de très - heureux prefages 5 parce qu’il luy fembloit qu’ils portoient quelque cara&ere de bonheur , dont il fè promettoit des fuites en fon entreprife. Cependant, il n’oublioit rien de tout ce qui pouvoir en avan-i cer le fuccez. Il s’étoit promis la conquête de Mexique 5 & ce grand nombre d’aliiez qui venoient fe joindre à fes troupes le confirrnoit en fa refolution. Le paffage du lac étoit la plus grande difficulté 5 &cet obftacle étoit terrible , parce que les Mexicains aïant une fois trouvé l’invention de rompre les ponts des chauffées , on ne pouvoit plus fe fier aux ponts vo- lants, qui étoient l’unique précaution qu’on pouvoit prendre, en un tems où l’emprelfement ne permettait pas de mettre en ufage d’autres expediens plus commodes & plus fûrs. En- fin Cortez s’arrêta au delfein de faire contraire douze ou treize brigantins capables de refifter aux canots des Mexicains, êcde conduire fon armeejufques dans leur Ville-même jcroïant : qu’il pourroit faire porter les pièces de ces vaiffeaux fans être affemblées , fur les épaules des Tamenes Indiens , jufques aux bords du lac, depuis les montagnes de Tiafcala, quoy- qu’il y eût au moins quinze ou feize lieues d*un chemin très- rude. L’imagination thi General étoit remplie de grandes idées- & il avoit ûne averfion naturelle pour ces efprits bornez , qui : trouvent de l’impoffibilité en tout ce qui leur paroît diffi-i cile. Cortez communiqua ce deflein à Martin Lopez , dont Pef- prit & l’habileté, luy étoient une grande relfource en de pa- reilles occafions : & voïant que non. feulement cet Officier ap- prouvoit le projet, mais encore qu’il promettoit de le faire reüffirj il luy ordonna d’aller à Tiafcala, avec tous les Ef- pagnols qui entendoient la charpenterie , & de mettre prôm- tement la main à l’ouvrage, en fe fervant auffi des Indiens DU MEXIQJJE. LIVK'E V . 5 oi dônt il auroic befoin pour couper du bois, 6c pour le refte de ce qui étoit à leur portée. Cortez donna ordre en même, tems, de faire apporter de Vera-Cruz , la ferrure , les mats & les autres agrez qui reftoient des vaifTeaux que bon avoir coulez à fonds : 6c comme il avoit obfervé que ces monta- gnes produiloient une efpece d’arbres qui donnoient de Ja poix, il les fit ébrancher, 6c en tira tout le brai, qui luy étoit neceflaire à carener fes brigantins. La poudre manquoit à l’armée : 8c la pénétration du Ge- neral luy fit encore imaginer le moïen d’en avoir d'une quali- té très- fine, en faifant tirer du foufre, dont les Indiens igno* roient l’ufage , de ce Volcan qu’Ordaz avoir reconnu- Il ju- gea que ce minerai devoit fervir d’aliment à la fiâme-êt quel- ques Soldats Espagnols, entre lefquels Jean de Laet - nommé' Montano, 6c Mefa Commandant d’artillerie, s’offrirent à ten- ter cette perilleufe avanture. Ils en revinrent avec une provi- sion de foufre luffilante à fournir abondamment toute la mu- nition aux troupes: 8c c’eft ainfi que les foins du General s’é- tendoient à tout, 8c que fon activité fembloic luy. tenir lieu de délaffemento Après qu'il eut pris toutes ces mefüres , qui avoient d’abord leur effet, il refôiut de retourner à Tlafcala , afin de hâter les préparatifs de fon expédition : & avant que de partir, il lai lia de bonnes inflrudions au nouveau Confeikde Segura , après avoir nommé François d Orozco pour Commandant de la gârnifon , qui fut compofée de vingt Soldats Efpagnols , outre les milices du Pais , qui eurent ordre d’obeïr à ce Capi- taine, r La mort de Magifcatzin obligea Cortez à prendre le deüil en entrant à Tlafcala , ou luy 6c tous fes Officiers parurent revêtus de cafaques noires deffus leurs armes. Ces cafaques étoient : faites des mantes j 6c on les avoit fait teindre exprès. L entrée n eut aucune autre pompe , que le bon ordre 6c le fi- lence qu’on fit obferver aux Soldats, qui marquaient prendre part à la douieur du General. Le témoignage qu’ils en don- noient fut applaudi par la Nobleffe 6c le Peuple de Tlafcala, dont Magifcatzin étoit révéré comme Pere de la Patrie .• 8c quoiqu’on ne puifle douter que le reffentiment de Cortez ne fut tres-fincere , 6c qu’on i’eûc entendu plufieurs fois f© R r r iij 5©i HISTOTRE DE LA CONQUE STE plaindre de cette difgrace, par les juftes railons qu’il avoit de s’-en affliger 5 neanmoins il eft encore vrai -femblable que çe deiiü tendoit à dater l’efprit de ces Indiens , ôc que cette dcmondration extérieure avoit une double vue j celle defatis- faire à fa douleur, & de donner quelque choie aux applaudif- femens du Peuple qui en était témoin. Les Sénateurs n’avoient point voulu pourvoir à la Charge de Magifcatzin , qui gouvernoit le principal quartier de la Ville , au nom de la Republique. Ils fouhaitoiçnt que Cer- tez luy choisît un fuccedeur , au moins qu’il confirmât leur choix : êc luy, faifant attention fur ce qu’il devoir à la mé- moire de fon ami , nomma le fils aîné de Magifcatzin , &: ob- tint en fa faveur tous les fufFrages. C’étoit un jeune homme, fort cfiimé par fa conduite & par fon courage , & fi bien né, qu’il entra en cette Charge, fans paroître embarraffe fur tout ce qui en regardoit les fondions. Il donna même , peu de tems apres 5 une preuve éclatante de ion bon efprit , en ce qui étoit le plus eflentiel, lorqu’il demanda le Baptême, êc qu’ii le reçut publiquement, en grande ceremonie. Il prit le nom de Dom Laurent de Magifcatzin 5 & fa converfion fut l’effet des raifons dont le Pere Olmedo s’étoit fervi , pour chafier les tenebres de l’erreur de l’efprit de Magifcatzin. Les ferieufes méditations que ce jeune homme fit fur la force de ces raifons , Pamenerent infenfiblement à la connoifiance &: à la deteftation de fon aveuglement. Le Cacique d’Izucan reçut en même- tems la grâce du Baptême : ce jeune Prince étoit venu à Tlafcala , revêtu de tous les ornemens de fa nou- velle dignité, à deffein de remercier le General,, de ce qu’il avoit décidé en fa faveur un procez , où fes parens luy con- tdloient la fucceflion de fon pere. Cortez étoit alors l’arbi- tre fouverain de tous les Caciques de ces Provinces , & même des prrticuliers , qui remettoient leurs différons entre fes mains, .& qui recevoient fes dédiions comme des loix inviolables- tantilsavoient de refpeét pour luy , 6c de confiance en fon équi- té , qui attiroit leur obeï fiance. Le bruit que ces converfions firent dans la Ville , réveilla le vieux Xicotencal , qui ne pouvant s’accommoder des abfur- ditez de i’Idolatrie, avoit neanmoins vieilli dans l’erreur, 8ç fe trouvoit en cette lâche & molle difpojition , qui ne peu£ DU MEXIQUE, LIVRE V. 503. Mtenir la moindre difficulté, ni prendre aucune refolution 5 défauts ordinaires, & prefque naturels à la vieilleffe. Cepen- dant l’éxemplc de Magifcatzin, dont l’autorité égaloit celle de Xicotencal, St la converlion de ce Sénateur à la Foi, au^ derniers momens de fa vie, firent une fi forte impreffion fur Pefprit de l’aveugle, qu’elles le rendirent capable de recevoir des inftru&ions, qui ouvrirent fon cœur aux vérités de l’E- vangile, & à ces vives lumières qui diffiperent fes erreurs h en forte qu’il fouhaita le Baptême, après les avoir deteftées pu- bliquement. Verirablement il paroît que les maximes de la Foi ne pouvoient s’établir plus à propos en ce P aïs- la , au moment de la redu&ion des Grands & des Sages de la Répu- blique , qui prenoit de leurs confeils les réglés de fon Gou- vernement j mais ce foin fut traverfé par d’autres affaires.- Cortez s’appliquoit tout entier aux préparatifs de fon expé- dition: le Pere Olmedo n’avoit point de gens qui puffent l’af- fifter • & ils étoieot également perfuadez qu’on ne pouvoir traiter avec fuccez des affaires de la Religion, jufques à ce qu’aïant impofé le joug, au Peuple dominant , on eut établi îa paix , qu’ils regardoient comme une difpofition neceffaire à ramener les efprits des Tlalcalteques à cette tranquillité qui fraie le chemin à là do&rine de l’Evangile. On laifTà donc le plus effèntiel pour une autre-fois : la chaleur des exemples fe refroidit, ôc le culte des Idoles ne ceffa point; On pou- voit neanmoins tirer.quelque fruit de cette favorable fitua- tion , en ce peu de jours que l’armée demeura à Tlafcala § mais nous n’apprenons point qu’on ait fait , ni même entre- pris quelque autre converlion, en un tems fâcheux-, où l’on ne partait que d’armes & de guerre, dont les foins ont accou- tumé d’étouffer tous les autres j la raifon n’ofant fe produire 2 lèrfque la violence de leurs maximes attire toute rattemion, 2 jo-4 HISTOIRE DE LA CONQUE STE CHAPITRE VL De nouveaux fecours de Soldats Ejpagnols arrivent à ï armée de Corte % Les gens de Narvae x. qui av oient demandé leur congé , retournent a L'ijle de Cuba . Cortex, drejfe une feconie Relation de fon expédi- tion , & dépêche de nouveaux Envoie^ kï Empereur Charles V. C Ortez Te plaignoit de François de Garay,, fur ce que ce Capitaine étant bien informé de l'entrée &; du progrès qu'on avoit faits dans l’Empire de Mexique , ne laiffoit pas de s’y établir du côté de Panuco , où ü tâchoit de faire quel- que conquête : mais l'étoile du General avoit un fi heureux afcendant fur fes concurrens , que comme Diego Velafquez luy avoit fourni des fecours par les mêmes voies dont il pre- tendoit le ruiner , êc maintenir Narvaez } ainfi les mefures que Garay avoit prifes pour ufurper quelque partie du Gou- vernement de Cortez , tournèrent à fon avantage. On a dit que les vailfeaux de Garay furent repoufTez de Panuco, lorf- que nôtre armée étoit encore à Zempoala. Ce Capitaine ré- solu du fiiivre fonentreprife, drelfa une nouvelle flotte, com- mandée par fes meilleurs Officiers 5 mais la fécondé expédi- tion n’eut pas un meilleur fuccez. A peine ces Efpagnols eu- rent-ils mis pied à terre, qu'ils trouvèrent une fi fiere refif- tancede la part des Indiens, qu’ils furent obligez de regagner leurs navires en defordre ^ & ne fongeant qu’à fuir le danger, ils firent voile , chacun fuivant des routes differentes. Ils cou- rurent durant quelques jours au hazard > &. fans fçavoir rien du deffçin les uns des autres , ils vinrent tous , prefque au.même- tems , aborder à la côte de Vera-Cruz, où ils s’engagèrent à fervir dans l’armée de Cortez , fans y être pouffez par au- cun autre motif, que par la réputation de fa valeur. Ce fecours fut attribué à une grâce du Ciel toute pure : car ■encore quil foie véritable que le trouble des Soldats ôc l’igno- .ranejg DU MEXIQJJE. LIVRE v. 50î Tance des Matelots ait pu dilperfèr ces navires , ôc les aban- donner au gré du vent, qui les pouffa vers l'endroit où Cor- tez en avoir befoin. Cependant leur arrivée, fi jufte & fi à propos pour augmenter fes troupes, eft un événement digne d’une particulière attention • puifque cette liaifon d’incidens fi heureufement enchaînez, ne fe trouve point, ou au moins fie trouve rarement , dans les termes imaginaires de ce qti on appelle cas fortuit. * Le premier de ces navires étoit commandé par le Capitaine Camargo , & portoit foixante Soldats Efpagnols. Celuy qui vint après étoit mieux armé, & rempli de Soldats plus aguer- ris , au nombre de cinquante, outre fept chevaux, fous le commandement: de Michel Diaz d’Auz, Cavalier Aragon- nois, qui fe fignala en toutes les occafions, avec tant de difl tindion , que fa feule perfonne auroit tenu lieu d’un grand •fecours. Le dernier vailTeau fut celuy du Capitaine Ramirez qui arriva un peu plus tard, avec plus de quarante Soldats^ dix chevaux, & une grande provifion d’armes & de munitions! Tous débarquèrent fans façon : les premiers, fans attendre les autres , prirent la route de Tlafcala 3 ÔC fur leur exemple les autres firent avec plaifir le meme voïage. Les avantures de cette conquête fai (oient déjà tant de bruit dans les Mes, que les Soldats en étoient enchantez , comme des gens qui fe laiffent prendre aifément aux idées d'une fortune écla- tante. Ce fecours augmenta confiderablement le nombre des Ef- pagnols , dont le courage reprit une nouvelle vigueur. Ceux de Cortez recevoient les derniers venus, avec des cris de joie, au lieu de complimens i ôc ils s’embrafibient, comme s’ils euffent été amis depuis long-tems, quoyqu’ils n’euflènt d'au- tre liaifon , que celle d’être de la même Patrie. Cortez même, oubliant la gravité d’un General , s’abandonna aux tranfports de fa joie, fans oublier neanmoins de rendre grâces au Ciel, en attribuant à Dieu, & à la juftice-de la caufe qu’il foûte- noit , tout ce que ces évenemens avoient de favorable , ôc de merveilleux. Cependant ils ne furent point capables de calmer l’inquie- tude des gens de Narvaez , qui firent de nouvelles inftances, afin d’obtenir le congé de retourner en l’ifle de Cuba : furl Sff 5 o6 HISTOIRE DE LA CONQTJESTE qaoy ils reprefentoient au General, la parole qu’il leur avoir donnée 5 6c il ne pouvoit nier qu’il ne les eût engagez fous ce prétexté, à l'expédition de Tepeaca. Cortez ne voulut donc point entrer en de nouvelles conteftations j parce qu’il voïoit- fes troupes augmentées de Soldats plus aguerris, & mieux dis- ciplinez j & qu’il n’étoit pas à propos de conduire des libertins êc des brailleurs, qui fe defoloient aux moindres fatigues , en maudiflant l’entreprife : gens pernicieux dans un camp , inuti- les dans les occafîons, ôe trompeurs dans les revues , puifqu’ils pafTent en montre comme Soldats , fans qu’on en tire aucun fer vice. Il fit donc publier partout: Que ceux qui vouât oient fe retirer en leur P aïs , en av oient la liberté J & quon leur fournirait des vaijfeaux- , avec tout ce qui leur feroit necejfaire. La plus gran- de partie des Soldats de Narvaez prit ce parti. L’hon- neur en retint quelques-uns ^ . & Bernard Diaz, qui n'a point nommé ceux-ci , en quoyil leur a fait tort , a emploie fa plu- me à deshonorer les autres , en rapportant leurs noms - quoy- qu’il parût plus conforme au bon fens , de fupprimer la mé- moire de ceux qui avoient fi fort oublié le foin de leur répu- tation. Ce qu’il dévoie marquer eft, qu’un de ceux qui tom- bèrent dans cet oubli , fut André de Duero , que l’on a vu fi attaché aux interets de Cortez , en diverfes occafions. Quoy- qu’on n’ait point publié les motifs de la retraite de cet hom- me, on peut croire que les prétextes dont il fe fervit n’étoient pas fort honnêtes, puifqu’on levid à quelque- tems de-là , fai-- faut beaucoup de bruit à la Cour de l’Empereur , en faveur de Diego Velafquez. S’il y eut quelque fujet efFedif.de rup- ture entre Cortez & Duero, la raifon devoir être du côté du General 3 n’étant pas vraisemblable qu'elle fût pour un hom- me qui ne la méprifoit pas moins que fa réputation , en Iaif- fant fon ami engagé dans une entreprife où le péril & la gloire fe trouvoient également partagez , pour fe charger d’une commifîion où il fe voïoit obligé à trahir fès propres lumières , en fe rendant efclave de la paffion & de l’injuftice de Velafquezi Le General débarrafFé de cette troupe de gens inquiets & mutins, qu’Alvarado eut foin de conduire jufques aux vaif- feaux, prit alors fes mefures fur le tems qu’il faloit emploïer DU MEXI QJU E. LIVRE V. 507 à la conflrudion des brigantins, afin d’envoïer Tes ordres aux alliez , pour le jour du départ. Il leur preferivit la provifion d’armes &; de vivres qu’ils dévoient faire, à proportion de leur nombre ^ &: aux heures que cette occupation luy laiffoit , il fe refoi ut d’achever une Relation, où il rapportoit en détail toutes les avantures de fa conquête, afin d’en rendre comp- te à l’Empereur. Son defîêin étoit d’équiper un vaifleau , êc d’envoïer de nouveaux Agens, folliciter la dépêche des pre- miers , dont il n’avoit reçu aucunes nouvelles ^ afin d’être au moins informé du tour que cette affaire avoir pris à la Cour d’Efpagne dont le filence commençoit à le mettre en peine , & à prendre place entre fes plus grandes inquié- tudes. Cortez dreffa cette Relation en forme de lettre 5 & repre- nant le plus eEentiel des dépêches qu’il avoir données aux Capitaines Portocarrero, êc Montexo, ilfaifoit un détail -fin. cere de tous fes avantages, êcaufli de toutes les difgraces qui luy étoient arrivées , depuis que l’armée étoit partie de Zem« ; poala 3 & que par fes travaux ôc fes exploits , elle étoit en- trée triomphante dans la Ville capitale : & de-là, jufques au tems où elle avoit été forcée de fe retirer à Tlafcaia, avec une perte confiderable. Il marquait qu’il efperoit être en état de maintenir fa conquête , par le nombre des Efpagnoîs qui avoient fortifié fes troupes , êc les grandes liaifons qu’il avoit prifes avec plufïeurs Nations, pour revenir affieger Mexique. Il exprimoit avec une noble & genereufe confiance, l’efpok qu’il avoit de réduire à l’obeïffance de fa Majeflé, ce nou- veau Monde , dont les bornes , du coté du Nord , étoient in- connues à ceux du Pais même. Le General étaloit la richefl fe de cet Empire, la fertilité de fes terres, êc l’opulence de Ces Princes. Il mettoit le jufle prix à la valeur & à la confian- ce des Efpagnoîs, à la fidelité & au zele des Tlafcaltequess & pour ce qui regardoit fa perfonnë, Cortez s’en tenoit à ce que fès adions pouvoient en publier* quoyque fans s’écarter des bornes d’une honnête modeflie , il donnât à la réputation de la conquête, quelques traits qui rï’effaçoîent pas la gloire du Conquérant. Il demandoit une promte juflice , contre les injuftes pourfuites de Diego Velafquez , & de François de Garay • 6c ilfaifoit de fortes inftances , afin d’obtenir prom- 7 3 Sff ij y '-'ri- ■r — ( 5 oS HISTOIRE DE LA CONQtTESTE tement nn fecours de bons Soldats Efpagnols, avec des che- vaux , des armes , & des munitions de guerre. Il appuïoit en- core plus fortement fur la necefiicé prenante , d’envoïer des Ecclefiaftiques & des Religieux d’une vertu connue: & éprou- vée, pour aider au Pere Olmedo, à la converfion des Indiens^ rapportant qu’on en avoit réduit 6c baptilé quelques uns des plus qualifiez , 6c laiRé dans l’efprit des autres quelques lu- mières de la vérité , qui faifoient efperer qu’on en pourroit ri» rer beaucoup de fruit. C’ell la fubllance de la lettre que Cor- tez écrivit alors à l’Empereur , informant fa Majefté des éve- nemens , comme ils s’étoient paffez , fans oublier aucune cir- confiance confiderable, qu’il exprimait fort fincerement, en des termes propres, 6c même choifis, fuivant. le genie de fou ficelé , dont on ne fçait fi les expreffions ne convenoient pas- mieux que celles du nôtre, à ce caraétere fimple 6c naturel que le ftile des lettres demande ^ quoyqu’on ne veuille pas nier qu’il n’v laiffât couler quelques équivoques aux noms des Provinces 6c des Villes , qui étant encore nouveaux, ne pour- voient être prononcez éxadement , ni rendus fidèlement fur le papier. Diaz nous apprend que le General confia ces dépêches aux Capitaines Alonfe de Mendoza, 6c Diego d’Ordaz : 6c quoy- que Herrera n’ait nommé que le premier , il ne paroît pas vrai-femblable que Cortez l'eût envoie tout feul, pour un emploi de cette qualité, ou il droit de la prudence , de préve- nir les accidens d’une longue navigation. L’inflrudion qu’il leur donna, écrite. de fa main , portoit qu’avant que démon- trer leur commiffion en Efpagne , ni déclarer qu’ils vinifient de fa part , ils allaffient voir fon pere, 6c les Capitaines qui a voient paffié en Efpagne l’année precedente j afin de fui vie 6c de poufièr enfemble la négociation dont ils étoient chargez, félon l’état de l’affaire. Il mit entre leurs mains un nouveau prefent pour l’Empereur, compofé de l’or 6c des autres rare- tez qu’on avoit confervées àTiafcala, de de ce qui fut ajouté par les Soldats , prodigues en cette occafion , de leur pauvre richefle. On y joignit le petit butin acquis aux expéditions deTèpeaca 6c de Guacachula: prefent moins riche, à la ve» rite, que le precedent; mais plus confiderable, pour avoir été amafîç au milieu des difgraçes, & qu’on deyoit regarder comme DU M E X I Q_U E. livre V. 509 un refte des pertes dont Cortez faifoit un fincere aveu en fâ Relation. II jugea qu’il étoit encore à propos que les Tribunaux de Vera-Cruz 5c de Segura écrivirent à fa Majeflé , puifqu’ils reprefentoient les Magiflrats en ces deux Villes. Ils deman. doient les mêmes affiftances , Ôc expofoient que leur devoir ies obligeoit d’informer fa Majefté, de quelle importance il étoit de maintenir Hernan Gortez dans la Charge de Capu taine General $ puifque l’avancement d’un fi grand ouvrage étant du à fa valeur 5c à fa conduite , il feroit difficile de trouver une autre tête , 5c d’autres mains capables de luy donner fa derniere perfection : furquoy iis exprimoient ingénument leurs penfées , 5c ce qu’ils jugeoient être Je plus avantageux en cette conjon&ure. Diaz écrit quç Cortez vid leurs lettres* voulant peut-être infinuer que cette follici- ration en fà faveur étoit mandiée. Il eft probable que ces lettres ne furent point envoïées fans la participation du Ge- neral mais il efl encore plus certain qu’elles conte noient des veritez , qui n’avoient pas befoin du fecours de la fiate- rie, ou de l'exagération* Diaz fe plaint encore, de ce qu’oie ne permit pas aux Soldats d’écrire à part, au nom de tout le corps. Ce n’eft pas qu’il eût d’autres fentimens fur ce fii- jet, que ceux des Tribunaux 5 il en convient,, 5c le répété en plus d’un endroit ; mais comme il s’agifToic de conser- ver leur General , il auroit bien voulu fe faire un mérité 1 de (j fon avis entre les autres, ôc fe diftinguer en cela , comme il fe diftinguoit effe&ivement dans les combats. Si ces> mouvemens d’ambition pour la gloire approchent du vice 3 , on doit le pardonner à ceux qui fe Tentent du mérité $ 5c ce vice , entre les gens de guerre- * refTemble fort à la» vertu. Ordaz Si Mendoza partirent fur un des vaifTeaux qui é- toient arrivez depuis, peu , avec toutes les provifions necef- faires a un tel volage. Le General refolut encore d’envcïer les Capitaines Alonfe d’Avila Si François Alvarez Chico,, aux Religieux de faint Jérôme qui prefidoient à 1 : ‘Audience- Roïale de Saint Dorpingue, unique alors en tous ces Païs- la , 5c dont la Juriftli&ion étoit Souveraine fur le reflorr des autres Ifles , 5c des nouvelles découvertes en Terre»* Sff iij 5 io HISTOIRE DE LA CONQLJESTE ferme. Il leur failoit part de tous les Mémoires qu’il avok envoïez à l’Empereur j apres quoy il leur demandoit quel- ques fecours plus promts pour i’entreprife où il fe trouvait engagé, 8c contre les vexations de Velafquez 8c de Garay* .Quoyque ces Miniftres fuffent convaincus de la juffice des raîTons de Cortez , 8c qu’ils admiraffent fa valeur 8c fa con- fiance 5 neanmoins Tille de Saint Domingue n’étoit pas alors en état de partager le peu de forces 8c de provifions qui Iuy relloient. Les Religieux approuvèrent donc tout ca que le General avoit fait : ils offrirent d’appuïer auprès de l’Empereur, la juftice de fes prétentions, 8c de folliciter les fecours neceffaires à une entrepnfe fi importante , 8c fi avan- cée 5 prenant fur eux le foin de reprimer les deux concur- rens’de Cortez , par des ordres preffans 8c redoublez. C’eff en ce fens que ces Miniffres répondirent à fes lettres $ 8c les Envoïez revinrent bien - tôt , plus chargez de belles pa- roles , que d’effets. Mais avant que de palier au récit des derniers exploits de cette conquête , 8c durant qu’on tra- vaille avec ardeur à la conftru&ion des brigantins , il eff à propos de revenir aux premiers Envoïez de Cortez, 8c à l’état de fon affaire à la Cour de TEmpereur , puifqu’on doit fouhaiter d’en avoir quelque connoiffance 5 cette efpece de di- greffion étant de celles qui font neceffaires, 8c permifes aux Hiftoriens 5 8c qui fans gâter la proportion d’un ouvrage,, eon* Iribuent à fa perfection,. DO MEXIQUE, livre y. 511 CHAPITRE VII. Les Envoies de Cortex arrivent en Efpagne , & pafenti a Medeüin , oît ils demeurent jufques à ce que les troubles de [Etat étant cejfe ils puijfent fe rendre à la Cour , où ils obtiennent la récusation de l Evêque de Cargos. N O us avons laifîe Martin Cortez avec les deux premiers Envoïez de ion fils, Portocarrero & Montexo , dans le miferable exercice de fuivre la Cour des Gouverneurs r & d’embarrafièr l’antichambre des Minières, fi éloignez d’ê- tre admis à leur audience , que fans ofer prendre la hardie fie de les importuner par des requêtes, ils fe preféntoient feule- ment dans la foule 5 fur leur paflage , trop heureux d’en re- cevoir quelque coup d’oeil jette au hazard : refiburce infor- tunée des Solliciteurs difgraciez , qui aïant la raifon pour euxj appréhendent de la détruire, en la produifant mal à propos a . L’Empereur les avoir écoutez favorablement, ainfi ; qu’on l’a* dit : & quoy qu’il eût du dégoût de l’infolence 8c des atten- tats de quelques Villes d’Efpagne, qui tâchoient de rompre fon voïage en Allemagne , par des proteflations peu refpec- tueufes , & qui avaient l’air de menaces - il prit neanmoins * le tenus de s’informer, avec une particulière attention, de ce qui s’étoit fait en la Nouvelle Elpagne, 6c d’établir quelque fondement fur ce qu’on pouvoir fe promettre de cette entre- prife. Il voulut s’inftruire de tout , fans dédaigner de faire" des queflions fur -plu Heurs chofes • Ja Majefié Roïale ne per- dant rien de fon luftre, à tirer quelque- fois de fes Sujets, des» lumières qui i’éclaircifient du fond d’une affaire, les Souve- rains ne devant pas toûjours entrer pleins de doutes dans leur ConfeiL L’Empereur pénétra d’abord , tout ce qu’on devoir fe promettre accès admirables commencemens ; •& l’idée qu’il ' fe forma du mérité de Cortez , luy parut digne de fon efiime- fa Majefté aïant une inclination naturelle pour les hommes ex# tr a ordinaires» . fit HISTOIRE DE LA CO N QEJESTE Les affaires de l’Etat, êclevoïage de l'Empereur, qui pref- foit, ne luy permirent pas de s’arrêter à quelque refolution déterminée, fur un fujet où il rencontroit tant de contradic- tions, tant de la part des Àgens de Veiafquez , que de celle des Mimftres qui appuïoient les foîlicitations de ces Agens, ou donnoient un mauvais tour aux raifbns de Cortez ^ nean- moins, le jour que l’Empereur s’embarqua , qui fut le quinze de May 1510. il recommanda particulièrement cette affaire au Cardinal Adrien, Gouverneur du Roïaume en Ton abfen- ce 0 Ce Cardinal fouhaitoit fort fincertment le bon droit de Cortez : mais comme les informations furquoy il devoit fe regler, venoient du Confeil des Indes, où l’autorité ôc la paf- Eon du Prefldent Evêque de Burgos , emportoient toutes les voix • le Cardinal le trouvoit dans un embarras , où il ne luy étoit pas aifé de fuivre fon penchant pour fe déterminer, Jorfqu’on luy prefentoit les raifons de Veiafquez couvertes du voile de la juflice , 6c les exploits de Cortez décriez fous le nom de rébellion. Le tems luy manqua , lorfqu’il luy étoit le plus neceiïaire , pour découvrir 6c examiner la venté*, 6c il attira les foins du Miniftre fur d’autres mouvemens bien plus fâcheux , 6c de la derniere importance. Quelques Villes s^émûrent , fous pré- texté de corriger ce qu’ils appelloient les delordres du Gou- vernement j 6c elles en trouvèrent d’autres , qui voulurent bien fe perdre avec elles, fans faire reflexion fur les malheurs où un fi pernicieux exemple pouvoit les entraîner. Elles ref- fentoient toutes l’abfence de leur Souverain , comme le plus grand des maux: 6c quelques-uns croïant luy rendre fervice, 6c ne point fortir des termes de Pobeïffance , prenoient c es tranfports d’un faux zele , pour des preuves de refped 6c de devoir. Le Peuple voulut foûtenir fes premiers crimes, par la voie des armes • 6c quelques Gentilshommes fe dégradèrent jufques à prendre part à cetre extravagance , faute de lumière : dé-; faut qui corrompt ordinairement les bons fentimens que la no. bleiïe du fang infpire. Les grands Seigneurs 6c les Miniflres embrafferent le bon parti, au péril de leur vie. Enfin tout le Roïaume s’ébranla j 6c il s’en falut peu, que l’autorité fou., verame ne fût ufurpée par ces fa&ions , que l’Hifloire â nommées DU M EX I QJJ E. LT y re r. *« ■nommées Communautez, lans qu’on en puiflè découvrir ia radon; puifque la plainte ne fut point commune, en un Etat ou plufieim Villes ,. Sc prefque toute la Nobleflè, foûtenoient ic parti du Roi : cependant les rebelles donnèrent ce nom à leur infolence 5 ôc le titré dont ils honnoroient leur révolté a trouvé grâce auprès de la pofterité. 5 La relation de ces mouvemens n’eft pas de nôtre fujet qui neanmoins nous obligeoit à les toucher enpaflànt, comme une . caufes qui arrêtèrent les bonnes intentions du Cardinal , ôc qui traverferent la négociation des Envoïez de Cortez. Ve» ritablement 1a faifon n’étoit pas propre à former de nouvel- les entreprifes , lorfque le Gouverneur ôc les Minières étoient h appliquez à remédier aux maux qui affligeoient le dedans de 1 Etat, que les foins du dehors ne pouvoient les toucher. Amfl Garnit Cortez ôc fes Compagnons voïant le peu de fruit qu’ils tiroient de leurs follicitations, ôc le defordre des affaires o-e- neraies, fe retirèrent à'Medeflin, refolus de lai fier paffer la tern- pete, & d’attendre le retour de l’Empereur, qui avoir com- pris leurs raifons, ôc témoigné qu’il feroit favorable à la juflice de leurs prétentions. Ils virent bien que fon autorité leur é- rt nece ^ a ’ re pour furmonter les oppofitions formées par fEvequede Burgos, ôc les autres embarras qui naiffoient de J-etat prefent des affaires. Ordaz & Mendoza arrivèrent alors à Seville après avoir fait heureufefaient leurvoïage 5 & fans fe découvrir, niparlerlde leur com million, ils s’informèrent adroitement de ce qui fe paffoir iur ce fujet. Cette précaution leur valut la liberté , puifqu’ik apprirent avec une extreme furprife , que les juges de la Con- tratation avoient un ordre exprès de l’Evêque , d’empêcher Je paflage, ôc de fe faifir de tous ceux qui viendroient de la Nouvelle Efpagne-de la part de Cortez , après avoir arrêté or , cv es autres marchandées, qui feroient pour leur compte ou^pour celuy de leurs amis. Ordaz ôc Mendoza ne foncèrent qu a mettre leurs perfonnes en fureté, ôc fe trouvèrent trop heureux de fâuver feulement les dépêches ôc les lettres qu’ils portoientj laiffànt Je prefent ôc le relie entre les mains de ces Juges , ôc à la diferetion de l’Evêque de Burgos. Ils fortirent de Seville avec beaucoup de crainte d’être con- nus ôc arrêtez, voulant aller droit à la Cour, chercher Martin Ttc ,, 4 HISTOI RE DE LA CON QU E STE Cortez, 6c les premiers Envoïez 5 afin d’en tirer des lumières < fur la conduite qu’ils dévoient tenir conformément à leur in- ftrudion: mais aïant appris en chemin, que Cortez 6c fes amis s’étoient retirez à Medellin, ils fe rendirent en cette Ville, où leur arrivée fut eelebrée , avec toute la joie que des nouvelles fi furprenantes pouvoient infpirer. Ils délibé- rèrent s’il étoic à propos de porter les dépêches de Cortezi au Cardinal Gouverneur , afin de le prévenir fur des connoif. fances fi importantes ». neanmoins , la confideration des trou- bles qui agit oient le Roïaume, leur fit comprendre le peu de fruit qu’ils tireroient d’une dil gence qui jâemandoit de l’atten- tion pour des affaires éloignées , 6c qui regardoient l’augmen- tation , 6c non pas le (alut de l’Etat. Ainfi ils refolurent de garder leur retraite, jufques à ce qu’on eût vu la fin de ces mouvemens, 6c que le devoir des Minières leur permît de par- tager leurs foins. Les troubles de la Province de Caffille s'aiîgmentoientr tous les jours : les mutins ne fe contentant pas deïoûtenir leur ré- volté, pouffbient l’infolence julques à defoler le plat pais par des courfes , êc à affieger les Villes qui confervoient leur fide- lité. La tolérance qu’on avoir pour eux -, fembloit les excD ter, 6c leur donner l’ambition de fe rendre agrefleurs. D’a- bord on avoir refolu de les ramener par la douceur 6c par la patience : mais la violence du mal ne s’accommodoit pas de ces remedes doux , dont l’operation étoit trop lente 5 d’autant plus , que les rebelles s’imaginoient avoir pour eux la force 6c lajuftice. Ils ne manquoient pas d’Ecclefiaftiques , qui fans faire aucune reflexion fur leur devoir, failoient de la Chaire une école de fedition , pour maintenir les Peuples dans l’opi- niâtreté , en leur perfuadant qu’il y alloit du fer vice de Dieu -j 6c de celuy du Roi, de corriger les abus de i’Etat. Enfin les Grands , 6c prefque tous les Nobles , fe virent obligez à pren- dre les armes • afin de rendre à la Juftice l’autorité qu’elle doit avoir , 6c d’animer les Villes qui tenoient pour l’Empereur : • 6c quoyque les révoltez euflent allez de témérité pour for- mer un corps, 6c pour mefurer leurs armes avec ceux qu’ils appelaient leurs ennemis , deux rencontres où ils perdirent beaucoup de monde ,favec toute leur réputation , 6c le fupli- ee de quatre des principaux auteurs de la révolté, abatirent DU MEXI QJJ E. LIVRE V. yrj leur orgueil, êcdiffiperent leursforces. Les plusfages, ou les moins emportez, prirent le parti de fe mettre à couvert : les Villes rentrèrent dans l’oberflance, le tumulte ce fia , ôelacon- fîderation du devoir revint dans les efprits, fuivant la deftinée des émotions populaires , qui fe foule vent 6c fe calment avec la même facilité. L’avis qu’on reçut en même-tems , du retour de l’Empe- reur, fut d’une grande confequence pour rétablir la tranquilli- té. Ce Prince, par toutes fes lettres, afliiroit qu’il avait re- fol u de lailler les autres affaires , pour courir aux lieux où les ■befoins defon üoïaume demandoient fa prefence. Cette aflu- rance acheva de remettre toutes chofes dans l'ordre: 8c Mar- tin 4 Cortez trouvant cette conjon&ure propre à renouveller fes follicitations, partit auffi- tôt avec les quatre Envoïez de fon fils , 8c fe rendit à la Cour , où après quelques remifes,, ils obtinrent enfin une audience particulière du Cardinal Gou- verneur. Ils l’inftruifirent en gros de l’état où la conquête de Mexique fe trouvoit alors , remettant le détail aux lettres de Cortez , qu’ils luy prefenterent. Ils luy produifirent les ordres qu’on avoir donnez à Seville, contre leur liberté, 8c celle de tous les Agens qui viendroiént de Mexique ^ appuïant fur la faifie des joiaux, 8c des autres pièces qui compofoient le prefent defliné à l’Empereur: ce qui leur fit naître 1 occa- sion d’expofer le fujet qu’ils avoient de fe défier de l’Evêque de Burgos • furquoy ils demandèrent au Cardinal la permifl iion de recufer ce Juge, fuivant les loix de lajuftice ordinaire* offrant de prouver les caufes de cette recufation 3 en fe fou. mettant aux peines d’une téméraire conteftation. Le Cardi- nal les écouta avec beaucoup d’application. Il parut touché de leurs difgraces $ 6c il les en confola, par des promefles de leur donner une promte expédition. Les ordres donnez a Seville, 8c la faifie, luy déplurent d’autant plus ^ que tout cela s étoit fait fans fon aveu. Ainfî il répondit à la requête des Envoiez de Cortez , contre l’Evêque, qu’ils pouvoient le pouflèr en Juflice, ainfi qu’ils le jugeraient à propos 5 8c que ipour luy , il prendroit fur fon compte le foin de les défendre,, contre les violences qu’ils pourroient appréhender dans le .cours de ce procez. C’étoit leur en dire aflez pour les ani- mer à fe jetter dans un péril aufîi redoutable , qu’efl celuy Ttc ij p 6 HISTOIRE DE LA CONCLUES TE de plaider contre une perfonne armée d’une grande aut rite: entreprife où l’on efl, pour aini dire, obligé à parler de.‘ bas en -haut, 6c où. la crainte dte beaucoup de force à la raifon. Cet heureux début leur donna le courage de recufèr le Pre- lident du Confeil des Indes, dans fon propre Tribunal. Ils • produifirent leurs raifons écrites, avec toute la modération - neceffaire pour ne point ofFenfer le refped : mais ces raifons étaient lî fortes & fi connues des autres Juges , qu’ils n’ofe- rent les rejetter par un déni de jullice , en une affaire de cette qualité , particulièrement fur le bruit qui couroit alors , du retour de l’Empereur , applaudi par tous ceux qui n’avoïentr point fujet de craindre fa prefence, 6c quiaïant porté le cal. me dans tous les efprits, répandoit encore des influences de circonfpe&ion fur celuy de tous les Miniftres. Diaz,6cceux qui l’ont fuivi, touchent un peu trop fortement les motifs- de cette recufation. Diaz rapporte ce qu’il a entendu dire* 6c les autres l’ont copié j car tous ces motifs ne parodient* pas vrai femblabîes en la perfonne d’un Prélat venerable 6c qua- lifié. II eR neanmoins confiant qu’on en prouva quelques- uns • comme , le mariage qu’il traitoit alors , de fa niece avec* Diego Velafquez - l'aigreur qu’il avoir marquée en diverfes cocalions aux Agens de Cort-ez, qu’il traitoit de rebelle ÔC de traître , iorfque fa. prudence cedoit à fa palhon Ces preu- ves jointes aux ordres donnez à Seviile, pour arrêter les En- volez, ( 6c ce fait , qui étoit public , ne pouvoit être déguiféd furent jugées fuffifantes pour autorifer 6c faire pafTer la recu- fation , après une éxa&e difculîion dans toute la rigueur du droit ^ jugement qui fut appuïé de l’avis du, Confeil d’Etar .- r 6c des concluions du Cardinal. On ordonna donc que l’Evê- que n’entreroit en aucune connoifTance des affaires entre Hernan Gercez 6c Diego Velafquez* On revoqua/es ordres.- les faifïes- furent levées 3 6c l’importance de cette entreprife attira toute la confideration des Mmiffres. Les exploits de Gortcz^ prefque effacez par le. décri de fahde'ité, reçurent les éloges qu’lis meritoient ; 6c le Cardinal, par plufieurs de- crets , recommanda la promue expédition de cette affaire» Il fit même paroître un défi r li lincere de l’avancer, qu’aiant reçiTen même tems la nouvelle de fon exaltation au Trôna DU ME X ! Q JJ E, F. 5 , r de faint Pierre , & étant parti peu de jours apres , pour s’em- barquer , il dépêcha encore quelques ordres fur ce fujet - foie que le bon droit de Cortez eut fait cette imprefïion fur fon efprir • ou que Païanc déjà rempli des foins de fa dignité, il fe crût obligé de lever tous les bbftàbles d’une conquête - 1 qui devoir ouvrir le chemin à l’entrée des veritez de l’Evan- gile , 6c faciliter la converfion de ces miferabîes Idolâtres r interêts de l’Eglife, dignes d’occuper les premières reflexions' d’un Souverain Pontife» CHAPITRE VI IL m illi Ce qui fe paffk en toute cette affaire 5 jùfques J à- fa conclu fon, T£ E nouveau Pape Adrien fîxiéme de ce nom, fe trou vois? f /alors à Vi&oria , où il croit allé , afin de donner ordre de plus prés, à fecourir les Provinces de Navarre 6c de Guipuf- coa, dont les François ravageaient les frontières, afin d’en- tretenir 6c d’échaufer les troubles de celle de Cafliile: mais les inftances redoublées de Rome, 6c déboute Fltâlïè , l’oblL gèrent. à partir -, après avoir réglé tout ce qui regardoït la Charge qu’il avoir éxercée. Peu de tems après , l’Empereur vint aborder à la côte de Bifcaye ;6c defeendantà Sant Ander, il trouva que les maux dont fes Roïaumes avoient été affligez;.- commençoient à s’appaifer» La tempête avait ceffé • mais» on entendoit encore ce bruit fourd , qui fubfHte quelque- tems entre le calme 6c l’agitation : ce qui luy fit comprendre- que le châtiment de quelques fèditieüx exceptez de l'amuIE tie generale, éroit neceflàire pour rétablir l’autoritédes Loix, 6c le repos de fes Peuples.' Il trouva encore des reflres fâ- cheux d’un autre mal , qui avoit affligé l’Efpagne durant foir* abfence. Les François avoient attaqué le Roïaume de Na- varre: 6c quoyqu’ils euflent été-batus en quelques occafions,^ ils confervoient encore Fontarabie- 6c il faloit reprendre cette Place , où les ennemis fe difp ofoient à jetter un puiiîânt fe- Ttt iij.. *5i S HISTOIRE DE LA CONQLJESTE cours. Mais ces (oins, ôc ceux que Tes autres Etats demandoien^' en Italie, en Flandres, ôc en Allemagne, n’empêcherent point l’Empereur de s’appliquer aux affaires de la. Nouvelle .Efpa- gne, pour Iefquelles il avoir une particulière attention. Il ac- corda une audience aux Envolez de Cortez: ôc quoyque les Agens de V elafquez enflent en même tems prefenté leur re- quête, comme fa Majefté avoir pris une éxa&e connoiflance du différend, fur les infttu&ions du nouveau Pape, il confir- ma s par une nouvelle fentence , la recufation de TEvêque de Burgos, & nomma entre fes Miniftres , des Commiffaires qui pufïent terminer enfin cette grande conteftation. Le .Grand Chancelier du Roïaume, Mercure de Gattinare, pre- iidoit à cette aftemblée , dont étoient Hernan de'Vega Sei- gneur de Grajal, le Grand Commandeur de Cajliile , le Doc- teur Laurent Galindez de Carvajal , le Licencié François Vargas Confêiiler ôc Camerier de fa Majefté, ôc Monfieur de la Rofe , Flamand , Ôc Miniflre d’Etat, Monfieur de la Chau, que Diaz ôc H errera ont joint à ces Miniftres., ne pouvoir mais en cette occafion il fe trompa malheureufement dans le principe .3 6c il fit de fauffes démarchés , fur les moïens dont il pretendoit fe fervir pour arriver à fes fins 3 enfin fon im- patience luy caufa la mort. Son premier aveuglement vint de la défiance : vice qui comme l’excez de la crainte , don- ne quelque fois jufques à la témérité. Le fécond vint de la coIere qui prive les hommes de l’avantage de la raifon, dont elle les rend ennemis : Et le troifieme fut caufé par l’envie qui tient lieu de colere aux âmes baffes , 6c qui fentent leur fbibiefle. On traita auffi tôt des moïens d’afïîfter Cortez . 6c l’Empe- reur commit ce foin aux Miniftr.es qui compofoient l’affem- blée. Il donna une audience favorable à fes Envoïez , té- moignant qu’il étoit fort fatisfait que lajuftice fe fut décla- rée pour eux. Il honnora Martin Cortez de plufteurs mar- ques de fa bien-veillance , en confideration du mérité de fon fils 3 dont il luy promit de recompenfer les fervices par des grâces proportionnées à leur grandeur. Cependant on nom- y uu 5*1 HISTOIRE DE LA CONQUESTE ma quelques Religieux pour aller travailler à la converfion des Indiens , qui étoit la première vue de fà Majefté , dont la pieté prcferoit toujours le foin de ia Religion aux interets de fon Etat. Il commanda que l’on tint prêt un fecours confide- rable , d’armes de de chevaux pour embarquer fur la première Flote j de confidérant de quelle importance il étoit de ne retarder point fès dépefehes de fes ordres, pendant que Cor- tez avoir encore les armes à la main , contre des ennemis^ puifîans : outre l’embarras que la jaloufie de fes concurrens ■> pouvoir apporter à fes conquêtes 5 l’Empereur envoïa d’a- bord ces ordres par diverfes lettres qu’il fît expedier. La première étoit adreflée aux Gouverneurs de à l’Audien- ce Roïale de Saint Domingue , à qui il declaroit fes intena îions, avec ordre d’aiïifter Cortez de tout léur pouvoir , de: d’écarter tous les obftacles qu’on pourroit former à fon en- treprife. L’autre lettre pour Velafquez , luy défendoit abfo- Jument de fe mêler de cette affaire, de defàprouvoit fevere- ment fes excez de la violence de fon procédé. La troifiéme adreflée à François de Garay , blâmoit fon entrée dans le Gouvernement de la Nouvelle Efpagne, de portoit une déc fenfede continuer ce deffein. Enfin la derniere dépefehe étoit : pour Hernan Cortez , remplie de ces marques d’honneur de de bien.veillance , dont les Souverains fçavent favori fer ceux dont ils ont reçu de grands fervices, lors qu’ils ne dédaignent pas d'avouer qu’ils s’en fentent obligez» L’Empereur ap- prouvoit en cette lettre, non-feulement les allions que Cortez avoit faites , mais encore les deffein s qu’il formoit pour re- prendre la Ville de Mexique s il fai foit comprendre à ce Ge- neral 5 qu’il connoiffoit toute l'étendue de fon mérité fa va- leur, fa confiance, fans oublier la maniéré adroite de pruden- te , avec laquelle il avoit fçû ménager l’efprit de fes Soldats * de de fes Alliez. Sa Majefté touchoit en peu de mots les or- dres qu’on avoit donnez pour le mettre en repos , de en feure-- té de la part de fes concurrens : de la qualité qu’on luy en- voioit de Gouverneur de de Capitaine General par tout cet Empire. L’Empereur l'afîuroit encore , de luy donner des témoignages plus folides de fa reconnoiffance : faifant un détail exprès de fort honorablg, des Capitaines de des Soldats qui fervoient fous fon commandement. IL luy recomman- DU MEXIQUE. LIVRE r. doit avec beaucoup d’afFe&ion, de bien traiter les Indiens de d’avoir foin qu’ils fuflent infiruits des veritez de nôrre Re- ligion, de confiderez comme une femence propre à recevoir la culture de l’Evangile. Il concluoic par des efperances de grands de puiflans fecoqrs * remettant à fa valeur de à fa fi- delité , l’achevement d'un fi grand ouvrage : Lettre qui ho- nore éternellement l’illultre pofterité de Cortez, comme un de ces titres , qui portant la Nobleiïe dans les Familles qui n’ont pas cet avantage d’eiles-mêmes , donnent un nouvel éclat à celle qu’ils ont reçue de leurs ancêtres. L’Empereur figna à Valladolid, toutes ces dépêchés, datées du vingt-deuxième jour d'Odobre de l’année 1522. de or- donna que deux des Envoïez de Gortez en fuffènt les por- teurs, de panifient incefiamment. Les deux autres demeurè- rent, pour folliciter le fecours, de pour attendre uneinftruc- «tion, qu’on drefioit fur diverfies obfervations, 6c fur les difpo- fitions qu’on fouhaitoit de donner à la forme du Gouverne- ment politique de militaire de cet Empire. Quoyque le récit des exploits de Hernan Cortez ait foufFert quelque interrup- tion par ce détail , nous avons cru qu’il étoit à propos de fui- vre cette matière jufques à la conclufion .j afin de ne la laifier point en l’air , de tronquée , pour ainfi dire, au péril d’être obligez d’entrer en d’autres digrefiions ■: liberté que non- feu- lement les Hiftoriens ont bien voulu fe donner, mais encore les Annaliftes, qui s’attachent par des loix plus étroites , à la fuite des tems 5 ainfi que Tacite l’a pratiqué en fes Annales, lorfque rapportant ce qui s’étoit pafie fous l’Empire de Clau. dius, il y fait entrer, de conduit jufques à la fin, la guerre faite en la Grande Bretagne, par deux Vice- Prêteurs , Ofto* rius de Didius 5 croïant qu’il y avoit moins d’inconvenient, d’in- terrompre la fuite des années , que de tomber dans la faute de delunir des,évenemens,confiderabies 0 «n* V u 11 ij p4 HISTOIRE DE LA CONQü'ES-TE CHAPITRE IX, Cartes reçoit un nouveau fecours de Soldats & de mm nitïons ; il fait la revue de fon armée. Les allie ^ en font autant , à fin imitation . On publie des Or- donnances -, & on commence la marche , a dejfein de s'emparer de Te^uco* O N approchoit de la fin de Panne ijio. lorfque Cortez: prie la, refolution d’entrer avec toutes fes forces, dans Ie^ Pais ennemi , 6c de remettre la décision de Ion entreprife, à ce que le fort des armes en ordonneroit. Il avoit depuis peu de - jours , reçu un de ces fecours que fa bonne fortune faifoit tom- ber fans peine fous fa main. Le Gouverneur de Vera-Cruz' luy donnoitavis, qu’il étoit arrivé à la côte un navire venu des> Canaries , chargé d’une quantité confiderable d’arquebufes^ de poudres , 6c d’autres munitions de guerre, avec trois che- vaux, 6c quelques pafiagers, qui venoient à defFein de ven- dre ces chofes aux Êfpagnols emploïez auxeonquétes. Les marchandées étoient déjà montées à un prix-exceffif, en tous les ports des Indes , où l’intérêt avoit effacé l’horreur que l’on avoit pour un commerce fi éloigné , 6c fujet à tant- de rifques. Cet avis fit naître au General le defir de fe pré- valoir des avantages que l’occafion luy offroit s il envoïa un CommifTaire à Vera-Cruz , avec de l’or 6c de l’argent en bar- res, 6c une efeorte fuffifante. Le Gouverneur de la Ville futr chargé? du foin d’acheter les armes 6c les munitions , au meil- leur prix qu’il feroic poffible 3 ce que cet Officier exécuta avea tant cTadreffe, 6c en donnant de fi belles idées de i’entreprife où fon General étoit engagé , qu’il n'àclieta pas feulement: toute la charge dù vaiffeand un prix fort modéré - mais en. core il perfuada au Capitaine 6c au Maître du navire, d’aller fervir en l’armée de Cortez, avec treize Soldats Efpagnols, qui venoient chercher fortune dans les Indes: impreffion qui ©tou alors en fa plus grandeTorce, 6c qui régné encore ea DU M E X I QjD E. LIPre f 2 y Pèfprit de ceux qui cherchent à s’enrichir par cette voie, fans que la perte de tant de malheureux abufez par cette faulîe cfperance, puiflè fervir d’inftru&ion pour modérer i’avidité des autres. Cortez fortifié de ce fecours-, 6c des antres qu’il avoir re* çûs contre toute forte d’apparence 5 refolut d’avancer le tems de la marche de fon armée. Il ne .pouvoir plus différer, ni attendre que fes' brigantins fuffent achevez -, parce que les» troupes de la République, Ôc celles de fes alliez, étoient ar- rivées , 6c que leur fejour luy faifoic appréhender les inconve- niens de l’oifiveté. Il affembl a fes Capitaines , afin de délibérer avec eux , fur ce qu’on pouvoir entreprendre d’avantageux à leur deffdn 3 avec les forces qu’ils avoient , jufques à ce qu’ils enflent af- femblé- toutes- les troupes qu’ils atcendoient, & qui étoienr : en marche, 6c qu’ils fe viffent ainfi en état d’attaquer Mexw que. IJ y eut divers avis , qui fe reduifirent à la refolution- d’aller droit à Tezeuco , 6c de s’emparer, à tout événement* de cette Ville,. Comme elle étoit fituée fur le chemin de’ Tlafcala , 5c prefque fur le bord du lac , elle parut propre af- faire une Place d’armes : c’étoit un pofle où l’on pou-roi t fe- fortifier , 6c s’y maintenir , tant pour recevoir avec moins d& peine les fecours que l’on attendait, que pour dèfoler par des* courfes le Païs ennemi. Ils y -trouvèrent une retraite aflurée- proche de Mexique, 6c qui -pouvoir leur être une refource- contre les accidens qui arrivent quelque-fois à la guerre. Les*- troupes- fuffifoient- à -cette expédition quoyque les canaux» qui conduifoient les eaux du lac jufques à la Ville y parufïènsc trop étroits pour recevoir les brigantins, on remit à une autre- fois à pourvoir à cette difficulté j 6c oh conclut d-’abreger h terme de ftiné pour la marche de l’armée. Le jour fuivant fut emploie affaire la revue des Espagnols, . dont le nombre fe trouva monter à cinq cens quarante- Fan-* taffins , 6c quarante Cavaliers , outre neuf pièces d’artillerie» qu’on avoir tirées des vai fléaux; La montre le fit en prefen® ce d’une prodigieufe multitude d’indiens qui étoient accou- rus à ce ipeclaelcj 6c on luy donna tout l'éclat d’une revue? generale , en faifant moins d'attention au dénombrement des Sdldats, qu’à la pompe du fpç&ade. On n’oublia rien de ce Vu u iij 52^ HISTOIRE DE LA CONQEJESTE qui aîloic à i'oftencation , comme la parure des Soldats, te mouvement des drapeaux , le manege des chevaux , & te divers maniment des armes, Iorfqu’ils fe preparoient à falüer le General ; tout cela fut éxecuté fi galamment, St avec tant de jufteffe , que les Indiens y applaudirent par des acclama- tions redoublées 5 Ôt la milice étrangère y reçut de bonnes inffru&ions. Après cela, Xicotencal , qui commandoit les troupes de la Republique, voulut auffi faire paffer tes Sol- dats en revûë. Ce n’elt pas que cette metode eût jamais été pratiquée par les Mexicains 5 mais il pretendoit faire fa cour &u General , en imitant les Efpagnols. Les timbales, les cors, & les autres inftrumens de leurmufique, marchoient à la tête. •JLes Capitaines venoient après, à la . file, fuperbement pareg d’une grande quantité de plumes de diverfes couleurs , êt de joïaux en pendants , attachez aux oreilles &. aux levres. Ils portoient fous le bras gauche leurs maffuës, ou leurs fabres avec leur garniture , & la pointe en haut * & chacun avoit un Page, qui portoit fon bouclier , ou fa rondache , où la défai- te de leurs ennemis, &: le récit de leurs exploits , étoient ex- primez par diverfes figures. Ils faiüerent à leur maniéré les deux Generaux 5 êc enfuite les Compagnies pafferent en diffe- rentes troupes, diflinguées par la couleur des plumes , & auffi. par leurs enfeignes 5 c’eft à dire des reprefentations de quel- ques animaux, qui étant élevez au bout des piques , tenoient lieu d’étendarts. Toute cette armée pouvoit monter au nom- bre de dix mille hommes choifis, quoyque la Republique en eût mis fur pied bien davantage 5 mais le refte de cette levée fut occupé à la conduite des brigantins, dont la confervation étoit d’une fi grande confequence, que le Sénat reçut comme une grande faveur, cet emploi, quhi auroitpû regarder comme une marque de mépris. Herrera foûtient que les Tlafcalteques pafferent en cette revûë, au nombre de quatre-vingt mille hommes 5 furquoy il s’écarte de Bernard Diaz , & des autres Auteurs 5 fi ce n’eft qu’il ait crû qu’il n’étoit pas important de confondre ces Peuples avec ceux de Cholula &: de Guacocingo , dont les troupes étoient campées hors de la Ville ; en effet, on ne doute pas que Cortez ne forrît de Tlafcala, fuivi de foixante mille hommes de guerre, On ne comprend point aufii ea ce DU MEXIQJJE. LIVRE V. 527 nombre , les troupes que Je* autres Nations alliées y joigni- rent , Toit durant la marche, foit au rendez- vous • ce qu’ils firent avec tant de zele, que durant le fiege de Mexique, le General vid plus de deux cens mille hommes fous fon com- mandement. Ce qui rend cette circonhance encore plus re- marquable , e fl qu'il ne s’efl point dit que les provifions aient jamais manqué, ni qu’il y ait eu aucun différend entre ces" diverfes Nations , ni enfin qu’on ait trouvé le moindre em- barras en la diflnbution des ordres, ou dans l’éxa&itude du fervice. On ne peut douter que l’adreiïe &: la prudence de Gortez n’euffent beaucoup de part à cette conduite ^ mais ib faut encore reconnoitre une caufe fuperieure. Dieu , qui vou- loit réduire ce vafte Empire à fa fainte Ldî , fe fervoit des ta» Jéns du General , &. ;Iuy facilitoit les moïens qui le conduù foient à la fin ordonnée par fa Providence, en imprimant dans ; lés efprits , la difpofition qu’il eût pii produire dans les éve- mens. On publia alors, en maniéré de ban, quelques Ofdonnan» ces que le General avoit tracées aux heures de fon loifir, à * deffein de prévenir les inconveniens qui peuvent naître de k guerre , Iorfqu’elle perd fon principal attribut , qui efl la juf- nce. Il ordonna donc, fous peine de la vie, que perfonne ne* fût afîez hardi pour tirer l’épée contre un autre,. dans le- quartier, ou durant la marche s qu’aucun Efpagnol ne maltrai- tât de fait, ou de paroles, les Indiens alliez- qu'on ne fît au^ cune violence , ni autre injure aux femmes, mêitie à celles du part] ennemi : qu’aucun Soldat ou Officier n’abandonnâr les rangs , pour aller piller les Villages , fans ordre, & fans avoir une troupe fuffifante à l’éxecution du commandement 3 ; qu’on ne jouât ni armes , ni chevaux , furquoy on s’étoit un peu relâché. Cortez défendit encore , fous peine d’infamie 6c de dégradation , les juremens , les blafphemes , &c les au- tres abus qui s'introduifent par la tolérance, fous le faux- titre de licences militaires. Les mêmes Ordonnances furent fignifiées aux- Chefs des- troupes étrangères 5 6e le General affilia Juy même à Pihter- pretation que Marine & Aguilar leur en firent, afin de leur faire comprendre que les peines ordonnées regardoient tous les gens de guerre indifféremment , que les moindres excez p.% HISTOIRE DE LA CONQDESTE de leurs Soldats feroient punis à toute rigueur. II fit palier cette parole, des Tiafcalteques aux autres Nations : 6c fa di- ligence eut un tel effet , que Ton reconnut dés ce moment, beaucoup de retenue dans le procédé irrégulier de ces In- diens 3 quoyqu’on fut encore oblige de tolerer quelques excez durant cette expédition , où ométoit forcé d’accorder quelque chofe à leur ruflicité , ou à Pufage : neanmoins , deux ou trois cbâtimens exemplaires fuffirent à les faire rentrer dans les ré- glés de la difeipline 3 6c la peine qu’ils prirent après cela , . à cacher leurs defordres, jointe à la crainte qu’ils témoignoient d’en être châtiez , fut prife , autant qu’on le put faire , pour une réparation qu’ils en faifoienc i la juftice du Gene- ral. Le jour fignalé pour la marche, étoit céîuy auquel on ce’îe- broit la Fête des Saints Innocens. Lorfqu’il fut arrivé, le Pore Oîmedo dît la Meffe , où tous les Efpagnols afîifterent 5 6c Pon fit une Priere particulière, afin de demander à Dieu un heureux fuccez. Au farcir de la Chapelle, le General com- manda aux indiens , de former leurs bataillons â la campa- gne : 6c après qu’ils furent rangez en ordre de bataille, il for-, tit de la Ville, à la tête des Efpagnols , qui marchoient à la file , afin d’apprendre aux Indiens, la maniéré de former des rangs en doublant, 6c de fe donner le loifïr neçeffaire à ce mouvement 3 un de leurs plus grands défauts à la guerre, étant l’impetuofité dont ils commençoient une adion, toujours pre» eipitée, 6c ainfi fujette au deiordre. Alors Cortez aflembla tous les Commandans de ces diver- fes Nations 3 6c il leur fit une petite exhortation ; par le moïen de fes Truchemens. Il leur recommanda d’animer leurs Sol- dats, en leur faifant connoître l'intérêt commun qui les en- gageoit à cette entreprife 3 puisqu’ils alloient combatre pour leur liberté, 6c pour celle de leur Patrie: qu'ils fe défiffent de tous ceux qui ne marchoient pas volontairemeut à cette ex- pédition qu’ils châtia ffent avec foin les excez qui fe commet- troient contre les Ordonnances. Il leur enjoignit furtout, de reprefenter aux Indiens l’obligation qu’ils avoient d’imiter les Efpagnols leurs amis, non • feulement dans les a&ions de valeur , mais encore dans la modération dé leur con- duite. DU MEXI QUE. LIVRE V. 5*9 Ils partirent pour aller execurer les ordres du General qui retourna à la tete de fa troupe, dont le licence iuy don’ noit à connoître qu’on fe preparoit à l’écouter : Mes amis & mes Compagnons , dît- il, je ne prêt en s pas vous faire fentir par des exagérations inutiles , V engagement ou vous êtes, d'agir en cette expédition comme des Espagnols le doivent faire vitre valeur m efl ajfesg connue s & fen ai reçu des preuves fl éclatantes , que je les ay regardées quelque- fois avec des fentimens de jalon fe 1 le demande feulement 5 moins comme votre General, ,que comme un de vos Compagnons , que nous jetttons tous enfimble les yeux / avec une egate attention , fur cette multitude d' Indiens qui nous fuit % qui fait fa propre eau fi de la notre. Ce témoignage de leur gele nous impofi une double obligation , digne de nos reflexions . La première ef de les traiter , comme ne* anus , en mus accommodant a U foihlejfe & au peu détendue Je leur raifort. L 'autre efl de les avertir par notre conduite , de celle qu ils doivent garder. Vous avez entendu les Ordonnan ts qui ont été publiées pour tout le monde : la moindre faute que ton commettra contre elles entre vous autres, aura, outre fa propre malice , U malignité Je l exemple, il faut donc que chacun s'applique à confiderer les funefles iwpr fiions que fin mépris répandrait fur nos ailiers ou nous ferons forcez de jetter les yeux fur l importance de les corriger , par celles qui fui - vent le châtiment. l'auray une extrême douleur , de me voir obligé a cette necefiité contre le moindre de mes Soldats : mais ce fientïment fera comme un mal necejfaire 5 & la j u/lice & U patience marcheront toujours à un pas égal dans ma conduite. Vous êtes ajfeTfnforme^ de la grandeur de l'emreprife à laquelle nous nous préparons. La conquête d'un Empire pour notre Roi, fera une action digne d être celehee dans l Hifloire. L es forces que vous voïez^ ajflemblèes , & celles qui doivent fie joindre, à nous , fieront proportionnées a cet heroique projet ; & Dieu , dont nous foutenons la caufe , marche avec nous. Il nous ^ a déjà maintenus , a force de miracles s & il n efl pas pofiible qu'il abandonne une entreprife , ou il s efl déclaré tant de fou notre Chef Suivons- le donc , & ne U de f obligeons pas. Cortez finit ainfi fon difeours , en répétant ces nermeres pa- roles : & foit que là vivacité ne Iuy permit pas d’achever, ou ou en effet il eut tout dit , il commença la marche , au bruit des acclamations de fes Soldats. La joie qu’ils témoignoient t£n le fuivanr , Iuy paroiffoit un tres~heureux augure, appu&é Xx x X'. r. . H ' - ^ ^ 'r. 530 HISTOIRE DE LA CONQUE STE par ces favorables hazards qui avoienc augmenté le nombre des Efpagnols, 6c par cette ardeur officieufe, qui poufioittant de Nations à l’affifter. Il confideroit tout cela , comme des prefages d'un bon fuccez : ce n’eft pas qu’il fît beaucoup d’attention fur de femblables obfervations ^ mais il femble que l'entendement fe relâche quelque- fois , pour laifier à l’ef- perance , le plaifir de fe divertir des fonges de l'imagina*, âon. CHAPITRE X, L'armée marche y & furmonte plusieurs oh fl actes. Le Roi de Tezçtico envoie une A mb ajfade y pour trom- per le General. On luy répond en memes termes y ce qui donne lieu de s'emparer de la Ville , fans re- flftance . L 'Armée fît ce jour-là fix lieues, 5c alla loger à Tezme. luca , dont le nom lignifie une chênaie , en la lan- gue du Païs. C'étoit une Bourgade confiderable fur les frontières de la Province de Mexique, 6c fous la Jurifdic- tion du Cacique de Guacozingo. Il y avoit fait prépa- rer des provifions fufîifantes pour toute l’armée, 6c un regale en particulier pour les Efpagnols, Le jour fuivant , on con- tinua la marche fur les terres des ennemis , avec toutes les précautions neceflaires à la fureté. On eut quelques avis que lès troupes des Mexicains croient a Semblées de l’autre côté d’une montagne, dont les défilez par un chemin tres.rude, rendoient fort difficile la route qui conduifoit à Tezeuco-, 8c parce qu’on n’àrriva en ce lieu qu’aprés midi , 6c qu’on appre- hendoit que la nuit ne vînt trop tôt, pour difputer aux en- nemis un paffiage fi mal aifé , entre des rochers , l'armée fit alte au pied de la montagne, 6c s’y logea le mieux qu’elle pût. On alluma par tout le camp , de grands feux, dont la cha- leur fut à peine aflez forte pour refiltex à l'incommodité- du froid. D U M E X I Q_U F, Z IVR E V . f3 * An lever du Soleil , les Soldats commencèrent à monter, & à percer les détours de cette montagne au petit pas , afin d’attendre l’artillerie. Ils n’avoient pas encore fait une lieuë, lorfque les avant-coureurs revinrent donner avis que les en- nemis avoient embarrafTé le chemin, de plufîeurs arbres aba- tus, 8c de pieux aigus , qu’ils avoient plantez en des endroits où iis avoient remüé la terre, afin d'y faire enfoncer les che- vaux. Le General , qui ne perdoit aucune occafion d’animer fes Compagnons , dît alors aux Efpagnols : Ces braves ne pa- roijjent pas avoir beaucoup d'envie de nous voir de prés ; puifqu ils jettent des embarras au-devant de nos pieds , crainte que nous rien venions trop tôt aux mains . Alors, fans s’arrêter un moment, il commanda qu’on fîc palier à l'a vanr~ garde deux mille Tlaf. caîteques, afin d’écarter les arbres^ ce qui fut exécuté fi pro al- ternent , que l’arriere- garde ne s’apperçut qu’à peine, de ce retardement. Quelques Compagnies s’avancèrent, pour re- connoître les défilez , où on auroit pu drefîer des embufca- des • 8c on marcha l’efpace de deux lieues, qui reposent juf- ques au haut de la montagne , avec toute la circonfpeétiom que l’on doit avoir , fur ces marques du voifinage des enne- mis. On découvroit de la hauteur, le grand lac de Mexique 5 8c le General ne manqua pas de reprefenter aux Efpagnols en cette occafion , les miferes qu’ils avoient endurées en cette Ville , 8c les richefles qu’ils y avoient pofledées, mêlanr ainfi le fou venir des biens 8c des maux $ afin de les échaufer par deux motifs tres-puifîans, celuydela vengeance, 8i celuy de l’interet. On remarquoic auffi dans les Bourgades les plus «éloignées , des fumées qui pafîoient fucceffivement de l’une à l’autre: 8c quoyqu’on ne doutât pas qu’elles ne fervifTent à donner avis que l’on avoir découvert l’armée, on ne laifîa pas de continuer la marche, avec moins de difficulté, 8c la même précaution • parce que le chemin étoit toujours rude, 8c que l’épaifleur du bois ne laifToic que très peu de terrein libre. Enfin „ après avoir furmonté tous les obflacles, on décou- vrit de loin î’armee des ennemis , qui occupoit toute la plaine, fans faire aucun mouvement , comme des gens qui fe trou- vent en un polie d’où il leur ell aifé de fe retirer. Les ££■ Xxx ij • <► 53* HISTOIRE DE LA CONQJJES’TE pagnols pouflerent des cris de joie , célébrant comme une reufe avanture , Foccafion qui s’ofFroit fl promptement de combatre leurs ennnemis. Les Tlafcalteques ne témoignoient pas moins d’ardeur : mais ellefe tourna bien- tôt en uneefpece de fureur j en forte que le General par fes menaces Ôc par Tes cris , 6c tous les Officiers par leurs foins ÔC par leurempref- fement , eurent encore aflez de peine à les empêcher de covu rir en défordre au combat. Les Mexicains étoient en bataille au delà d’une ravine qu’il faloit neceflairement pafler. Un ruifleau qui recueilloit les torrens qui tomboientde la monta- gne creufoit fon chemin au fond de cette ravine , ôc il étoie enflé confiderablement. On le paflbit fur un pont de quel- ques pièces de bois , que les Mexicains avoient pu couper fans difficulté. Mais félon ce qu’on en pût juger par la fuite, ils l’avoient confervé à deflein d’attaquer les Efpagnols à ce paf- fage étroit 5 croïant qu’il leur feroit impoflible de former un bataillon de l’autre côté du pont, lorfqu’ils fe verroient char- gez vigoureufement. C’efl: ainfi qu’ils faifoient leur compte loin du péril ^ mais quand ils eurent reconnu l’armée de Cortex fi nombreufe ôc fi brillante , d’autres idées moins, creufes fe faifirent de leur imagination : ie cœur leur manqua pour la défenfe de leur pofle j 6c comme ils afFe&oient de marquer de la valeur ÔC de couvrir leur crainte , ils prirent le parti de faire une honnête retraite , fans tourner le dos , commen- çant à reconnoître la différence qui Te trouve entre ce moiu vement ôc la fuite* Cortez preffa avec chaleur là marche de fes troupes , ôc lorfqu’il vint à reconnoître le paflagede la riviere , il fe crus fort heureux, que les ennemis s’én fufîènt écartez^ parce qu’en* core qu’on n’y trouvât point de refiftance, on ne put le paffer fans difficulté. Il fit prendre les devans à vingt Cavaliers fou- tenus de quelques compagnies dé Tlafcalteques , à de fil in d’entretenir l’éfcarmouche fans s’engager , jufques à ce que toute l’armée fût en état de combatre. Mais d’abord que les Mexicains eurent vu former les bataillons au delà du ruifleau* ils oublièrent toute leur politique, ôc ils fe mirent en fuite, en fe répandant , les uns dans les chemins les p'us écartez , ôc les autres à travers les rochers ôc les forts de la monta- gne,. D ü M E X I QJJ E. Livre r. Ce General ne voulut pas s’amufer à fuivre ces fuïards j par- ce qu’il étoit important de fc faifir de Tezeuco 3 ôc que le moindre retardement devoit être confideré comme un oblta- cle à Ton principal defiein. Neanmoins on fit en pa fiant un allez grand carnage des Mexicains qui fe trouvèrent embar^ rafiez entre i’épaifieur des haliiers , dont la montagne étoit/ couverte. L’armée pafià la nuit dans un bourg, abandonné de les habitans où elle prit un peu de repos , fans neanmoins- quitter les armes, ni oublier de mettre double corps- de gar- de fur toutes les avenues. Le jour luivant on découvrit en/ marchant environ dix Indiens qui venoient à grand pas en maniéré d’Envoïez ou déferteurs^ ils portoient une lame d’or élevée au bout d’une lance comme un étendard , ce qui fut pris pour un fignal de paix. Leur chef étoit AmbalTadeur du- Roi de Tezeuco , qui envoïoit prier le General de ne point facager les lieux de fon Domaine , affinant qu’il foûhaitoit entrer en fon alliance: que pour ce fujet,il avoir fait préparer dans la ville , un logement, commode pour tous les Espagnols qui le Envoient, & que les autres nations qui eompofoient fon armée recevroient hors des murs toutes les provifions dont - elles auroient befoin. Gortez les examina par plufieurs quefi? rions • de cet Envoie qui étoit fort- bien infirme répondit à tout fans s’embarrafièr. Il dit de plus, que fon Maître avoir lieu de fe plaindre de l’Empereur qui regnoic alors à Mexi- que j parce -qu’il cherchoit à fe venger "p>ar des extorfions infuportables , de ce qu’il luy avoit refufé fa voix lorfqu’on avoir procédé à l’éledion : que ce procédé injufte & violent obligeok le Roi de Tezeuzo à s’unir avec les Efpagnols 3 comme avec des gens qui avoienc le plus grand interet à-la- ruine de ce Tyran. Les Hiftoriens ne* nous informent point fi le frere de Caen* mazin , que nous avons laifie prifonnier à Mexique regnoit" alors à Tezeuco. On a rapporté la maniéré dont Motezuma? conféra la Couronne & la Dignité de premier Eledeur à un jeune Prince , frere de celuy qui avoit confpiré contre les Ef- pagnols, &L la part que Cortez* eut à toute cette adion. If paraît par ce qui arriva enfuite , que Gacumazin qu’on avoit dépofi'edé , étoit revenu iur le Trône : 6e on peut croire que cela s ’é toit fait par l’autorité du nouvel Empereur , la haine %x x iij 534 HISTOIRE DE LA CONQUESTE que ce Roi dévoie avoir pour les Efpagnols étant une circonf- tance très - favorable à fa reftimtion j ce qui donne plus de couleur à cette conjecture, eft la défîaace que Cortez té- moigna. .Audi tôt qu il eut donné audience à l’Envoïé il s’écarta avec fes Capitaines afin de décider dur la réponfe qu’il devoir faire. Aucun d’eux ne crut la proportion iincere : iis jugèrent que cette honnêteté ne convenait pas au caradere d’un Prince qu’on avoir cruellement offenfé : Que cependant le General devoir conhderer comme un effet de la bonne-for- tune , la liberté qu’on iuy offroit d’entrer en une ville qu’il avoir refolu d’emporter de vive-force : qu’en recevant la pro- portion il s’épargneroic autant de fang & de peine, 5c qu’é- tant une fois au dedans des murailles où on prendroit les mêmes précautions que dans une place emportée d’affaut , ils agiroient Rivant les occasions. C’efl ce qui fût réfoiu • & Coïtez dépêcha l’Envoïé avec cette réponfe : Qu'il recevait U paix & l'offre qu'il luy faifoit fur le logements &quilavoit deffe'm de répondre fincerement a la bonne volonté qui l'engageoit a deman- der fon amitié. L’armée continua fa marche , 5c alla loger en un des Faux- bourgs de la ville , ou au moins i un village qui en étoit fore proche. L’entrée fut renmfe au lendemain 5 parce qu’on vou- lut donner une journée entière à une action , qui félon fes in- dices demandait un tems confiderable. Un de ces indices étoit la foiitude qui regnoit dans le village , 5c l’autre qui n’étoie pas moins concluant , que le Cacique ne fe montroit point , àc n’avoit envoie perfonne au devant du General Cependant on n’entendit aucun mouvement , 5c tout parut tranquille juf- ques au lever du Soleil , que Je General donna ordre 6c dif- pofa fes troupes à attaquer la ville. Il fe croïoit encore eno-a- gé à cette extrémité j mais il connut bien tôt qu’il pouvoir s’en difp.enfer , lorfqu’il trouva les portes ouvertes 5c le peu- ple fans armes. Il détacha quelques troupes qui fe faifircnt des portes, Ôc toute l’armée entra fans aucune rehftance. Le General préparé à tout événement , s'avança dans les rues fans donner aucune atteinte à la paix , quoy qu’avec toutes les précautions que la guerre demandoit. L’armée marchoitau meilleur ordre qu’il étoit poffible de garder jufques à une gran- de place oùCortez forma quelques bataillons, 5c occupa par i s. D ü MEXI QJJ E. LIVRE V. fif de bons corps- de- garde toutes les avenues qui y conduifoient. Les habitans qui fe montrèrent en grand nombre en quelques endroits paroiffoient effarouchez , 8c d’un air qui avoir peine à cacher les mouvemens du cœur. On prie garde aujflî que tou- tes les femmes s’étoient retirées-, 8c ces circonffances con- formes aux premiers indices redoublèrent les foupçons. Le principal de leurs Temples étoit fitué fur une éminen- ce qui commandoit à toute la ville , 8c d’où on découvroit la plus grande partie du lac. On jugea qu’il étoit à propos de s’en emparer h 8c le General en donna l’ordre à Pierre d’AIvarado, Chriffophle d’Olid 8c Bernard Diaz. Ils y condui- firenr quelques pièces d’artillerie, 8c un bon nombre deTlaf- calteques. lis trouvèrent le poffe fans défenfe $ & Iorfqu’ils* jfiireift au haut du Temple , ils découvrirent une grande mul- titude de peuple hors de la ville , dont les uns fuïoient vers* les montagnes, 8c les autres fe jettoient dans les canots pour gagner la Ville de Mexique. Cette vue fit ceffer les dou- tes de la mauvaife foi du Roi de Tezeuco. Cortez ordonna- qu’on le cherchât 8c qu’on l’amenât en fa prefence, ce qui fît eonnoître qu’il s’étoit retiré dans l’armée des Mexicains avec le peu de monde qui avoir pu fe refoudre à le fuivre ■ & qui^ félon le rapport des habitans, n’alloit qu’à quelques mifirables- fans honneur-, parce que la NoblefTe 8c le reffe de fes Sujets JiaïfToient fa tyrannie , 8c étoient demeurez fous prétexte de chercher une occafion plus commode pour aller le joindre,-. On apprit alors que le defTdn de ce Prince étoit de carefTer les; Espagnols jufques à ce qu’il les eût jettez dans une pleine confiance, 8c d’introduire après cela les troupes de Mexique afin de les égorger tous en une nuit. Mais qu’aiant fçû par fon AmbafFadeur que Cortez venoit â luy avec de très gran- des forces , le cœur luy avoir manqué pour l’execution de cette trahifonj 8c que le parti de fa fuite luy avoir paru le plus fur , en laifTant fa ville 8c fes Sujets à la diferetion de fon ennemi. Le bonheur en cette occafion ufnrpa toute la part que Pin-' duftrie 8c la valeur y pouvaient prétendre. Le General avoit porté les yeux fur la Ville de Tezeuco, comme fur un poffe avantageux, pour y faire une Place d’armes, êc neceffaire â la reilfîite de fes défichas - y 8c la méchante politique du Prince- 53 ^ H I ST O I RE DELACONQE ES TE qui la gouvernait , iuy en ouvrit les portes ians combat. Sa Fuite délivra Cortez d’un embarras , où la, méfiance & les fonp- çons pouvoient le jetter à tons momens 5 & le mécontente- ment des Sujets de ce Tyran, les engagea fans peine dans le pam des Efpagnols. Ainû tout prend une fituation favora- ble à ceux qui lont nez pour être heureux * êc c’eil peut- Jtre la raifon , qui a fait placer cet attribut entre ceux des grands Capitaines. La valeur éxecute ce que la prudence or- donne 5 mais la valeur Sc la prudence doivent la facilité du fuccez, à ce qu’on appelle bonheur, ou fortune. Les Païens, qui luy ont donné ce nom , ne l’entendoient pas , ou ils l’en- -tendoient mal. Ils adoroient la Fortune comme une Divinité, quoyque bizarre, (à ce qu’ils simaginoient ) fans aucun diÈ rcernement, &; toujours aveugle Sc inconftante : mais c’efWous ce même nom que nous reconnoiEons les prefens que la main liberale de Dieu nous fait gratuitement. C’eil ainfi que l’on : yeétifie l’idée de ce qu’on entend par le terme de Bon- heur : que celuy de Fortune eft réduit à fa véritable lignifi- cation j êc que les perfonnes heureufes reconnoifient la vérita- ble fource des grâces quils reçoivent. CHAPITRE XI. £Ï 'armée étant logée dans Te%euco , les Nobles (viennent offrir leur fervice au General . Il rend le Roïaume à celuy qui en était le légitimé heritier , laijfant / ujurpateur fans aucune efperance d être rétabli \ C Ortez donna’fes premiers foins, a faire perdre aux Païfàns toute la crainte qu’ils pouvoient avoir conçue. Il ordon- na a les Soldats, de les traiter avec douceur, &. de ne longer qu’à gagner le cœur de ces Peuples , qu’ils dévoient confL» derer comme Sujets du Prince à qui ils obeïïToient eux- mêmes. Cet ordre fut encore donné plus précifëment aux groupe? des alliez , par l’organe de l^urs Çonimandans : ôc 1 T_..P U MEXIQUE, l ivre r. « 7 leur obéi flan ce fur ce point , fut d’autant plu > confiderable qu’ils fe trou voient alors en un Pais ennemi, inftruits à toute la violence que le droit de la guerre leur permettoit, 6c avec toute la fierté que la préemption d’être vainqueurs , infpire ades barbares. Cependant ils avoient tant de refped pour le General , qu’ils ne fe contentèrent pas feulement de reprimer la férocité de leur naturel , autorifee par un méchant ufao-e: xnais ils cherchèrent encore à fe rendre agréables à tousses Habirans de cette Province , en publiant la paix par leurs dilc-ours , 6c par leurs a&ions. L’armée pafla cette n n it dans les Palais du Roi fugitif, qui étoient fi vaftes, que les Efoa- gnols y trouvèrent cous , des logemens commodes , aiec une partie des Tlafcalteques'. Les autres troupes fe can- tonnèrent aux rues les plus voifines du Palais , fans entrer dans les maifons , afin de ne point incommoder les H a bi- ts ns. Au point du jour, quelques Mmiftres des Idoles vinrent demander un traitement favorable à leurs Dieux , 6c rendre grâces de celuy qu’ils avoient reçu julques à cette heure Ils expoferent au General , que la Nobleffe de la Ville attendoit la permifiîon, pour venir l’allurer de fou obcïfiance 6c defon aftedion. Il leur accorda l’une 6c l’autre requête , fans avoir beloin d’affedation y pour marquer combien elles luy é toient agréables 5 d'autant plus , qu’il fouhaitoit ardemment den voir l’effet Qaelque-tems après, ces Nobles vinrent, revetus des habita qu'ils portoienc ordinairement aux cere- mornes publiques. Un garçon fort jeune , 6c alTez bien fait paroi (Toit être le Chef de cette rroupe * & en effet il porroit la parole en prefentant au General ces Soldats, qui ^notent, dît-il, Jervir d 4ns fin armez, à dejfiein de mériter par leurs exploits, l'honneur de fi repofierà lombie de fies étendarts : à quoy il ajouta en peu de mots certaines expreffions vives 6c fortes , qu'il prononça d un fi bon air , que l’offre qu’il faiioit fut également approu- vée , 6c applaudie. Cortez même ne put l’écouter fans ad- miration • 6c il fut fi charmé de l’é'oquence 5c de la bonne grâce de ce jeune homme , outre l’avantage qu’il trouvoiten la propofinon , qu’il l’embrafiTa , par un tranfport de joie dont il ne fut pas le maître , en trouvant tant de fàgefle 6c de difcretion en un Indien : après quoy il reprit un air Y y-y !; r II 5*8 HISTOIRE DE LA ÇON QU'ESTE ierieux , afin de répondre avec plus de gravite à fa propor- tion. Les autres Nobles s’avancèrent alors y St apres avoir rem- pli toutes les ceremonies des premiers devoirs , le General demeura avec celuy qui fèrvoit comme de Gouverneur à ce jeune Prince , 5c avec quelques-uns des plus confiderables. Lorfque les Truchemens furent arrivez, Cortez n’eut pas de peine à tirer , par quelques queftions v la vérité de tout ce que le Cacique avoit entrepris en faveur des Mexicains • 1& trahïfhn qu’il meditoit , en offrant artificieufement de loger les EfpagnotsdansfaYillej Se la lâcheté qui l’avoit obligé à tour- ner le dos , à la première vûë du péril : enfin iis firent com- prendre que perfonne ne regrettoit fon ablence, puifqu’il étoit generalenunt haï, ôc qu’on celebroit fa retraite, comme Ie- plus grand bonheur qui pût arriver à fes Sujets., Cortez in- fifta particulièrement fur cet article * parce qu’il luy étoit im- portant de profiter de cette difpofmon , afin d’établir en ce lieu, une Place d’armes pour les befoins de fon armée t St il trouva en leur réponfe , tout ce que fes fouhaits pouvoient fe figurer de plus avantageux à ce defTein y le plus ancien de ces Nobles , qui fembloit avoir pénétré le motif de fes quef- tiions , luy aïunt dit : Que Cacumazin Seigneur de Tezeuco 3 rié- toit pas le Prince légitimé & naturel de cet Etat 5 mais un Ty~ Yan , le plus abominable que la Nature eût jamais produit entre fes- monfires . Qu il avoit maffacré cruellement de fa main , Nezabat fon frere aine , afin dé luy arracher la Couronne. Que le Prince qui venoit de luy parler au nom de tous -% comme le premier entre- les Nobles y étoit fils legitimg du Roi défunt 5 mais que la foible (fe de fon âge avoit intercédé pour luy y ou peut être attire le mépris- du Tyran : & que cet enfant bien inftruit du péril qui le menaçoit y , avoit fû étouffer fes plaintes avec tant de fagejft , que fa dijjimu - lation commençoit a pajfer pour un défaut d'efprit & de courage 9 . Que Ventreprïfe de l'affiffinat de Nezyb-d avoit été drejfée & con- duite y du confentement & par le fe cours de l Empereur qui regnoit avant Mots zuma ; & que celuy qui gouvernoit maintenant l'Etat de Mexique favorifoit encore Gacumazin, parce qu’il prête n doit emploïer fa perfidie a la ruine des Efpagnols : mais que la NobieJJè: de Te^juco avoit ce traître en horreur , & deteftoitjes violen- SM y & que ms les Peuples tmv oient fon Empire infupportable * D U M E X I QJU E. LIVRE r. parce qu'il n avoit four but que de les opprimer , aïant rejette les voies douces , qui ne vont qu'à les afifiujettir. Le vieillard s’expliqua à peu prés en ce fens : &; à peine Cortez eue il entendu fon difeours , qu’il comprit en un in- ilant tout ce qu’il avoit à faire. Il s’approcha du Prince dé- poflédé , avec des témoignages de quelque refpeét : & après l’avoir pris par la main , il fit appeller les autres Nobles, qui attendoient fa refolution • & en commandant à fes Truche. mens d’élever leur voix, il fit ce difeours : Mes amis , veut avez, devant vos yeux le fils légitimé de votre véritable RoL l'injufie Maître qui avoit ufurpè vos J hommages (fi votre obeïT. fiance par de méchantes voies , s èt oit fiifi du Sceptre de Tezeuco -avec une main teinte dans le fiang de fon frété al né : (fi comme le don de confierver V autorité Souveraine ne fi point accordé aux Tyrans , il a exercé fion pouvoir de la même maniéré qu'il l' avoit Acquis 5 en fie fouet ant fort peu de mériter la haine de fies Sujets pourvu qu'il s'en fît craindre ? en mitant comme des efcUves \ ceux qui avaient la facilité de tolerer fion crime s (fi enfin , étant àJJeT^ lâche pour vous abandonner dans le danger . Ce mépris qu'il a témoigné pour vous Jorfqu'il sagijfioit de vous défendre , vous découvre aJffeT^ la bafiejfie de fon coeur , (fi met entre vos mains le remede propre à faire cejfier vos mifieres . le pomrois , fi un devoir plus puijfiant ne me retenoit pas , tirer avantage de fa fuite , çfi ufier du droit de U guerre , en fioûmett ant cette ville , que je tiens * comme vous le vote\ fi réduite à la difcretion de mes Soldats : mais l'inclination des Ef pagne Is ne les poujfie pas aifiement a commettre des injuftices 5 & comme celuy qui nous a offenfie nétoit pat votre Roi légitimé , vous n'en devez, pas porter la peine , comme fi VOUS étiez fes Sujets : (fi ce Prince ne doit pas être privé du droit que la naïjfance lu y donne . Recevez^ le de ma main , ainfi que vous l'ave^ reçu du Ciel . Rendez luy , en ma confédération , , l'obeififiance que vous luy devez , comme au fiuccejftur de fion pere ; (fi qùil fioit porté fur vos épaules , dans le Trône de fies ancêtres . Pour moy , qui confédéré moins mon interet , que P équité & la juftice , je ne demande en cela que fon amitié ^ (fi non pas fon Roïatme s & je fiuhaite plus votre agrément , que votre foumijfion. , Cette propofition du General fut reçue par tous les Nobles , avec de grands applaudiüemens : ils obtenoienc Yyy ij H o HISTOIRE DE LA CONQJTE STE tout ce qu’ils defiroientj 8c ils fe trouvoient délivrez de leurs craintes. Les uns fe jetterent à Tes pieds pour luy rendre grâces de fa generofité ^ 8 c les autres allant d’abord au de- voir que la nature leur impofoit , coururent baifer la main de •leur Prince. Cette nouvelle fut bien- tôt publique 3 8c les cris commencèrent à témoigner la joie du Peuple , qui dé- clara fon confentement par des acclamations , des danfes, 8e des jeux , dont ils celebroient leurs plus grandes fêtes 3 fans épargner aucune de ces démonftrations, dont la joie des Peu- ples fait ordinairement la décoration de fes folies. On remit au jour fuivant r le couronnement du nouveau Roi- ce qui fe fit avec toute toute la pompe 8c les ceremonies qui étoient ordonnées par les Loix du Pats. Cortez y aflifta r comme difpenfateur, 8c pour ainfi dire , donnateur de la Cou- ronne: ainfi il eut fa part des applaudiiïemens, 8c acquit plus d’empire fur ces Indiens , que s’il les avoit fournis à force d’armes 3 ce trait de prudence 8c de vivacité étant un de ceux qui luy ont fait mériter le titre, d’un très-- fage 8£ tres adroit. Capitaine. Il luy étoit de la demiere importance , pour- l’entreprife de Mexique, d'être le maître de cette Place : ÔC- il trouva moïen de Je créer une extrême obligation fur le Roi,, par le plus grand de tous les biens que l’on puifTe faire en cette vie. Il fçut encore interefTer la NoblefFe,. à. défen- dre les droits de ce Prince, en la laiflànt irréconciliable avec le Tyran 3 gagner l’efprit du Peuple , par fon defînterefle- ment, & fon équité 3 8c enfin, établir une entière, fureté dans la. Ville , pour tout ce qui étoit neceffaire à fes troupes*., ce qu’il n'auroit pu obtenir par une autre voie, qu’avec peu- de confiance. Mais le plus grand plaifir qu'il reffentit en cette adion , fut qu'en réparant Pi njufti ce qu’on avoit faite à ce jeune Prince, il fuivoit les principes de la droite raifon 5 puifqu’if luy accordoit toujours le premier rang , quand il jettoit la vue fêr les autres maximes de fa conduite j 8c que Pélevation de fon genie 8c de fes inclinations, luy faifoient toujours preferer les mouvemens de la pure generofité , à toutes les réglés de la* prudence.. 4 BU MEXIQUE, livre r. CHAPITRE XII. Le Roi de Tezjuco reçoit le 'Baptême en public ,• (f Corteaç marche , avec une partie de fin armée , pour fie fiatjîr de la Vide d' 1-zpacpalapa , oh il a befiorn de toute fia prevoiance , pour éviter de tomber dans une embujcade que les Indiens luy avaient drefiée. C ’Eft ainfi que Cortez mérita l’eftime & la vénération de ces Peuples. La Noblefle entra dans fes intérêts & devint ennemie des- Mexicains : la Ville fe repeupla en peir de rems , par le retour des Habitans en leurs maifons . & J e Prince eut toujours tant de déferenee .& de foûmiffion pour le General , qu’il ne fe contenta pas de luy offrir fes troupes & de fervir auprès de fa perfonne en cette expédition - mais encore il ne donna aucun ordre que par fon avis : & quoy- qu’il foûtînt entre fes Sujets le caractère d’un Roi il prenoit celuy de Sujet en prefenee de Cortez , qu’il refpedoit comme fon Supérieur. Il pouvoir avoir dix neuf ou vingt ans • & il avoit l’intelligence & la raifon d’un homme ni en un Païs moins barbare. Cortez tourna adroitement cette Bonne dif- pofition , à faire entrer dans lés conterfations le fujet de la Religion ; & il reconnut , à la manière dont il écoutoit& rai. fonnoit même fur fes difcours , que ce Prince avoit dû pen- chant à s’attacher au plus fur , ce qui luy fit naître quelque confiance de le réduire. La barbarie des 1 fàcrifices de la IN a- tron ne luy plaifoit pas : la cruauté luy paroiflbit un crime" & îldemeuroit d’accord que ces Dieux , qui s’appaifoient par l’effufion du fang des hommes, ne pou voient être amis du genre humain. Frere Barthelemi d’Oimedo fe mêla dans leurs entretiens : [& comme il trouva le Prince ébranlé dans fes- erreurs, 6c penchant vers là vérité, il le rendit eh peu de^ jours , capable de recevoir le Baptême , dont la ceremonie fe fit publiquement , avec beaucoup de folemniré. Il prit, par ¥ yy üj. 54i HISTOIRE DE LA CONQJJES'TE fon propre choix le nom de Hernan , par relped pour Ton par rein On commençoit à travailler aux canaux qui portoient les eaux du lac aux refervoirsde la Ville j 6c le Prince envoïa fix ou fept mille Indiens de fes Sujets, afin de donner plus de largeur 6c de profondeur à ces canaux , à proportion de la grandeur des brigantins. Le General voulant en même- tems faire quelques progrez utiles à fon expédition , fe refolut de paffer à Iztacpalapa avec une partie de fes troupes , à caufe que ce polie étant avancé de fix lieuës, il étoit important doter cette retraite aux canots des Mexicains, qui venoient quelque fois troubler le travail des Indiens. Cette refolution étoit encore appuïée par la neceffité de donner de Péxercice aux troupes des Alliez qui ne fe maintenaient, dans l’oifiveté , que par la force d'une autorité qui ne lâiffoit pas de coûter beaucoup de foins 6c de fatigues. La ville d’Iztacpalapa étoit , comme ori Pa dit , alfife fur la chauffée par où les Espagnols firent leur première entrée 5 6c dans une telle ficuation , qu’en occupant quelque portion du terrain de cette chauffée , la plus grande partie de fes mai- fons qui alloient au delà de dix mille , étoit bâtie dans le lac même , dont les courans s’introduifoient au dedans de la Ville fondée fur la digue, par des conduits qu'on avoit pra- tiquez , avec des éclufes qui lâchoient ou retenoient les eaux fuivant les befoins, Cortez fe chargea du fuccez de cette fac- tion $ 6c prit avec foi les Capitaines Pierre d’Alvarado 6c Chriftophle d'Olid fuivis de trois cens Efpagnols ÔC d'environ dix mille Tlafcalteques : 6c quoyque le Roi de Tezeuco vou- lût l’accompagner avec fes troupes , le General ne le luy per- mit pas , en luy faifant comprendre que fa prefence luy étoit encore plus utile dans la Ville, dont il laifia le Gouverne- ment à Gonzale de Sandoval , 6c à tous deux les inllru&ions neceffaires pour établir la iûreté de ce polie, 6c pour pré- venir tous les açcidens qui pouvaient arriver en fon ab« fênce. Cortez prit le chemin de la chauffée à deffein d'attaquer la Ville par cet endroit, 6c de chaffer les ennemis des autres polies à coups de canon , feion que l’occafion s’en prefente?- roit. Cependant les ennemis furent avertis de ce mouvement ; D ü M E X I a.U E. LIVRE V. 54* car a peine l’armée parut-elle à la vue de la Ville , qu’on dé- couvrit à quelque dillance des murailles , un gros de huit mille hommes qui étoient fortis pour les défendre, avec tant de refolution, qu’encore qu’ils fuffent inferieurs en nombre r ils attendirent nos troupes jufques à mefurer leurs armes avec celles de nos Soldats , à corn barre avec allez de valeur , pour faire leur retraite en gens de guerre 6c fans defordre, jufques dans la Ville oit ils difparurent fans fermer les portes, ni er> défendre l’entrée. Ils fe lancèrent tous dans le lac , en pouffant des cris menaçans , avec la même fierté qu’ils avoient fait paroîcre au combat. Le General vid bien que cette maniéré de retraite tendoit à l’engager en un plus grand péril -, ôc il refoluC d’entrer dans la place , avec tout le refped que ces indices de- mandoient. Toutes les roaifons fe trouvèrent abandonnées • &. quoyque le bruit des cris 6c des menaces fut encore fort* grand du côté du lac, Cortez après avoir confulté les autres Ca- pitaines , trouva bon de garder ce polie 6c de sV loger r fans» s’engagera- un nouveau combat, parce que le jour manquoit. Mais au commencement delà nuit on reconnut que l’èau dé» foordoic de tous cotez hors des canaux avec tant d’impetuolï- té y qne les endroits les plus bas de la Ville étoient déjà 1 inondez. Le General reconnut d’abord que le deffëin*des' ennemis étoit de noïer cette partie de la Ville j ce qu’ils pou- voient éxecuter facilement, en fermant les éelufes du côté du- grand lac. Ce danger inévitable l’obligea à donner promte- ment l’ordre de la retraite j 6c quoyqu’on ne perdit aucun» moment, neanmoins les Soldats furent obligez à la faire dans* l’eau jufques aux genoux.. Cortez fortit ainff affez mortifié & forr chagrin de n’avoir pas prevu ce ftratagéme des Indiens , comme fi fa vigilan- ce eût pu fournir à tout j 6c que la prévoïance des mortels» ne fût pas limitée. Il conduisit l’armée vers Tezeuco où if ■ penfoit fe retirer en laiffant la conquête d’Iztacpaîapa pour une autre occafion y puis qu’il ne pouvoit l’entreprendre fans y emploïer de plus grandes forces du côté du lac, 6c avoir des vai fléaux afin de chiflèr les Mexicains de ce polie. L’ar- mée fe logea comme elle put fur une petite éminence hor& du danger de l’inondation, où elle paffa la nuit avec beau=r coup d’incomodité : les. Soldats étoient trempez y 6c ils n’% 544 HISTOIRE DE LA CONQÜESTE voient aucune dé renie contre le froid j mais leur courage étoit fi grand qu’on n’entendit pas le moindre murmure. Le Ge- neral leur infpiroit la patience par fon exemple * 6c par fes difcours il effaïoit en les animant contre les ennemis, d’tffa- cer le chagrin de fa retraite, 6c des fcrupules que cette dif- grace auroit pii jetter dans leurs efprits contre fa prévoïan- jce. Aux premiers raïons du Soleil farinée fuivit l’ordre de la retraite , comme on l'avoir arrêté j 6c on fît doubler le pas aux Soldats , afin de les réchauffer par ce mouvement , plûtôc que par la crainte d’une nouvelle infulte de la part des enne- mis. Cependant dés que le grand jour vint à paroître,on dé- couvrit une troupe pr.efque mombrabje d’indiens # qui s’avan- çoit. On ne lai (la pas de continuer la marche au petit pas 5 le deflein du General étoit de iaffer les ennemis en différant le combat , quoyque nos Soldats enflent affez de peine à marcher j 6c qu’ils témoignaffent par leurs cris, qu’ils fouf- froient avec chagrin qu’on retardât l’enyie qu’ils avoient de fe venger, les uns de l’affront qu’on avoir reçu, les autres des incomoditez qu’ils avoient endurées : chacun fuivant la paflion qui l’animoit 5 mais tous avec un même mouvement de ven- geance dans le coeur. Enfin l’armée s’arrêta 6c fit tête aux Mexicains, Iorfque Cortez s’en vid preffé. Ils vinrent au combat avec la même impetuofité qu’ils avoient témoignée à la pourfuite. Mais les arbaleftes des Efpagnols 6c les fléchés des Tiafcalteques , ( les fermes à feu étant inutiles à caufe que la poudre étoit mouil- lée, ) repoufïerent le premier effort de leur férocité 5 6c en ce moment les cavaliers firent une charge fi â propos , qu’aïant ouvert le chemin aux troupes des Alliez ; ils rompirent de jrous cptez cette multitude fans ordre 6c fans conduite , 6c l'obhgerem à abandonner le champ de bataille , avec une per- te confiderable. Cortez continua la retraite fans s’arrêter â pouffer les fuiards , parce qu'il avoir beioin de ce jour entier afin d’arriver à r on quartier avant la nuit. Mais les ennemis qui fe raliioient avec là même diligence dont ils ufoient en fuiant, revinrent enco- re par deux fois infulter l’arriere garde fans s'epo vanter du carnage qu’on faifoic dans leurs troupes, jufques à ce que la crainte DU MEXIQjUE. Livre v. cramte de s’approcher de Tezcuco, où les Elpagnols avoient le gros de leur armée , leur fit reprendre le chemin d’iz. tacpalapa , aflez bien châtiez de leur témérité • puilqu’ils perdirent en ces divers combats, plus de fix mille hommes- & quoyqu’il y eût quelques bleflez du côté des Efpagnols ' il ne mourut que deux Tiafcalteques , un cheval oui tout couvert de fléchés & de coups des épées des Indiens nié'ee" anmQ!nS ^ vi » ueur P our reclre r Ion Maître de là Cortez & toute Ton armée célébrèrent ce commencement de vengeance, comme une jufte fatisfaétion des fatigues qu’ils a voient endurees , & un peu avant la nuit, ils firent leur en- trée dans la Ville, honorez par trois ou quatre vidoires rem portées, pour ainfi dire , en chemin faifant , qui donnèrent uà rgrand luftre à cette expédition , & effacèrent entièrement 1 affront de leur retraite. , Neanmoios .il faut avouer que le ftratagême des Mexicains etoit bien concerte. Ils .firent une fortie, à deffein d'attirer les ennemis : ils fe laillerent faire une charge , afin de les en. gager , , •& ils feignirent une retraite, pour les précipiter au milieu d un péril effroiabie. Ils abandonnèrent les lieux qu’ils pretendoient inonder ; & ils avoient une grande armée toute prête , afin de ne poitft nfquer le fuccez de leur deffein Ceux qui cherchent à obfcurcir la gloire de nos exploits con- tre les Indiens , peuvent maintenant prononcer, fi leurs ar- mées etoienr, comme ils difent , des troupeaux de bêtes & s’ils manquoient de tête pour inventer des rulés de guerre’ puif quils leur accordent au moins de la férocité dans l’éxecu- tion. Toute l’acHvité de Cortez, luy fervit à peine à fe ti ter du piege qu’ils luy avoient tendu : & il n’en fottit pas fans admiration , & meme fans une efpece de jaloufie , de l’adroi- te dilpofition qu’ils avoient donnée à leur ftratagême • puif que lmvennon de ces tromperies dont on furprend fon enne- mi , elt une de ces qualitez dont les Soldats tirent le oins de gl° ire 5 croianc qu’elles ne font pas feulement utiles, mais en- core juftes , fur tout quand on les emploie dans une guerre fondée fur une jufte defenfe. C’eft neanmoins aflez, à mon avis, qu on les croie permifes , quoyque d’aflleurs on puiffe leur accorder I attribut de juftes, pmfqu’elles entrent dans le Zzz HISTOIRE DE LA CONQUE STE / châtiment des inadvertances & des négligences , qui font les > plus dangereufes fautes à la guerre. CHAPITRE XIII. Les Provinces de Chalco & d'Ommba demandent fecoun à Cortex contre les Mexicains. Il en donne la charge a Gonfle de Sandow al , (djr a François de Lugo 5 qui défont les ennemis y %) amènent des prifonniers , par le moïen defquels Cortex, propofe encore la paix b ï Empereur de Mexique x C Orte^ recevoit àTezeuco de frequentes vi fîtes des Cacu ques , & des autres Indiens voifins de cette Province , qui venoient luy offrir leur obeïffance & leurs troupes. Iis fe pîaignoient tous, des mauvais traitemens qu’ils recevoient de l’Empereur de Mexique, dont les Soldats enlevoient leurs biens, apres avoir outragé leurs perfonnes, ajoutant le méprisa l’inhu- manité. Entre ceux là , des Envoïez à?s Provinces de Chalco 6& d’Otumba vinrent en diligence, donner avis qu’une pmiïante armée des ennemis éroit proche de leurs frontières, avec or- dre de ruiner entièrement leur P aïs , en punition de ce qu’ils s’étoient alliez, aux Efpagnols. Iis témoignoient affez de re- folution pour s’oppofër à ces forces • 6c ils demandoient quel-' quefecours , qui leur aidât à foûtemr une défenfe fi légitimé. Leur requête paroifîoit non-feulement raifonnable, mais en- core importante 3 parce qu’on a voit un grand interet d’empê- cher les Mexicains de mettre le pied en ce quartier. là , où ils auroient retranché la communication avec la Province de Tlafcala , qu’on devoit maintenir en toutes maniérés. Le Ge- neral dépêcha auffitot les Capitaines Gonzale de Sandoval, &. François de Lugo, avec deux cens Efpagnols, quinze Ca. valiers , & un gros de Tîafcalteques , entre lefqueis il s’cn trouvoit quelques-uns qui avoient obtenu, par importunité,., la permiffion de mettre à couvert dans leur Ville, le butin DU MEXIQUE. LIVRE F. j 47 qu’ils avoient gagné ; ce qu’on leur avoic accordé par politi- que : puifque comme on attendoit de nouveaux fecours de cette République, il croit avantageux d’attirer les Soldats d;e cette Nation , par Tapie de l’intérêt , &, par cette efpece de liberté. Ces miferables aïant ainfi changé la qualité de Soldats en celle de Porte- faix, marchèrent avec le bagage de l’armée: 6c comme leur avarice avoit réglé le poids de leur charge , fans confulter leurs épaules, ils ne pouvoient fuivre la marche 5 ÔC ils s'arrêtaient quelque- fois , afin de reprendre haleine. Les Mexicains , qui avoient dreflé plufieurs embufeades des trou- pes qu’ils avoient fur le grand lac^ dans les champs plantez de maiz , furent avertis de la négligence des Tlafcalteques : Ôc ils attaquèrent ces traîneurs Jorfqu’ils fe repofoient, non-feule- ment à defiêin de leur ôter le butin, mais encore d’en venir â une bataille, comme il parut par les cris qu’ils jetteren t , êc par l’ordre des bataillons qu’ils formoient en même - rems* Sandoval &; Lugo accoururent aufii - tôt , au fecours 3 êc chargèrent les ennemis , avec toutes les forces unies, fi à propos , que les Mexicains tournèrent le dos à la premiers charge. Cinq ou fix Tlafcalteques embarrafiez ôc defarmez , péri, rent en cette occafion 5 mais on reprit tout le butin , augmen- té de quelques dépouilles des ennemis • & on continua la marche , en prenant le foin de faire marcher au milieu des troupes , les gens inutiles, dont l’embarras dura jufques à ce que l’armée aïant pafié la Province de Chalco, fe-vid proche des frontières de celle de Tlafcala, où ils fe détachèrent, afin d’aller mettre leur bagage en fieu de fureté, ôc délivrèrent _ainfi Sandoval des 1 foins faiiguans qu’il prenoit de les aiïifler 0 Les ennemis avoient afiemblé toutes les milices de ces Pro- vinces, à defiein de châtier la rébellion des Peuples de ChaL co ôc d’Otumba : Sc fçaehant que les Efpagnols marchaient à leur fecours , ils avoient renforcé leur armée , des trou- pes qui étoient autour du lac , dont ils formèrent un gros re- doutable , fur le chemin des Efpagnols, en une ferme refolu- tion de les combatre à la campagne. Sandoval & Lugo, bien averti? de leur projet , donnèrent tous les ordres qu’ils jugè- rent necefiaires , & s’avancèrent en bataille , fans difeond- Z z z ij 54 8 HISTOIRE DE LA CONQÜE9TE nuer la marche, à la vue des ennemis. Les Efpagnois ôc les* Tlafcalteques s’arrêtèrent , afin de reconnoître de plus prés> l’intention des Mexicains 3 les premiers avec une affûrance in-, trépidé 5 6c les autres avec une ardeur inquiété , qu’on eut peine à retenir. Les Mexicains avoient l’avantage du nombre 5 6c. l’ambition d’être les premiers à attaquer , les pouffa contre nôtre armée fort brufquement r & fuivant leur coutume, ils* lancèrent d’abord, fans garder aucun ordre de bataille, toutes leurs armes de jet. Les deux Capitaines fçûrent profiter de ce defordre ôc après avoir emploie bien plus utilement les ar- quebufes êc les arbalètes, fans en perdre un feul coup , ils firent- donner les Cavaliers, dont le choc, toujours terrible aux In- diens-, ouvrit le chemin aux Efpagnols 6c aux Tlafcalteques,^ pour fe jctter au milieu de cette multitude confufe , qu’ils: rompirent d’abord en la troublant , 6c enfuite par un horrR ble carnage. Ce ne fut, un moment après, qu’une honteufe fuite de tous cotez. Les troupes de Chalco 6c d Otumba r qui étoient forties de la Ville 7 au bruit de la bataille , vin- rent à propos pour achever la défaite, fi entièrement , que. cette grande armée de Mexicains fut diffipée fans reffource } & ces deux Provinces alliées fe. virent fecouruês , fans aucune, perte. On referva huit prifônniers , qui paroiffôient des plus confi- derables • afin d’en tirer quelques connoifîànces : 6c 1 armées alla pafier la nuit dans la Ville de Chalco, dont le Cacique,, après avoir rendu les devoirs aux Espagnols , s avança j afin de leur faire préparer un logement , otr ils trouvèrent une> grande abondance de vivres 6c de rafraîchiffemens pour tou* tes les troupes , fans oublier les acclamations fur leur viéloi- re , réduites , fuivant leur coutume , à des cris confus d une-, foie réjoüiffance. Les Peuples de Chalco étoient ennemis des Tlafcalteques « à caufe que les premiers avoient toujours- obeï aux Empereurs de Mexique, êc qu’ils avoient de perpé- tuelles conteftations fur les bornes de leurs^ frontières : mais' ces deux Nations oublièrent alors tous leurs démelez , par les avances que ceux- de Chalco firent aux Tlafcalteques , à. qui ils fe reconnoiffoient obligez , du foin qu’ils avoient pris? d’accourir à leur lecours ^ outre qu’ils reconnurent, qu afin de fe conferver la proteélion de Cortez, . ils dévoient etre araiât DU M E X I QJJE. LIVRE V. 54^ de Tes alliez. Les Efpagnols intervinrent dans ce traité : 6c après avoir affemblé les Chefs, 6c les perfonnes les plus con- fiderables des deux Nations , ils firent la paix , avec toutes Jes aflûrances 6c les folemnitez dont ils fe fervoient en ces actes publics. Sandoval s'obligea de 1 ’autorifer , par Pagre* ment du General * 6c les Tlafoalceques s'engagèrent récipro- quement, à le faire ratifier par leut République» Cet exploit aïant été fait en fi peu de tems , 6c avec tant de gloire, Sandoval 6c Lugo ramenèrent l'armée à Tezcuco accompagnez du Cacique, 6c de quelques autres Indiens, qui voulurent rendre grâces au General même , du fecours qu'il leur avoit envoie , 6c luy offrir tout ce que les deux Provinces pouvoient fournir de Soldats. Cette fadion fut extrêmement applaudie à Tezcuco • 6c Cortez en donna tout l'honneur aux- Capitaines , fans oublier les Chefs des Tlafcalteques. Il ca- reiîa les Nobles de Chalco , 6c agréa leurs offres 3. refer vaut à s’en fervir, jufques au premier avis qu’il leur en donneroit; après quoy , il fit amener en fa prefence les huit prifonmers- Mexicains. Ils le trouvèrent au milieu de fes Capitaines, af- fedant toute la feverké d’un vainqueur offenfé.- La peur 6c- la confufion paroifibient fur leur vifage , où l'on voïoit des- marques d’un efprit abatu , 6c mal difpofé à fouffrir le châ- timent, que fuivant leurs coutumes,. ils croïoient inévitable» Gortez ordonna- qu’on ôtât leurs fers - 6c comme il vouloir* profiter de cette occafion , afin de juftifier dans Pefprit de fes^ alliez , la guerre qu’il avoit entreprife , lorfqu'on luy verroit faire toutes les avances de la paix*, Sc qu'il vouloit encore* convaincre fes ennemis mêmes , de là generofité • il leur fit ce* difeours , par l’organe de fes Truchemens : Vufage établi parmb vous , dr cette efpece de fuJHce qui autorife les loix de U guerre 3 me mettent en droit de tirer fatisfaHion de Vôtre malice , en cm -■ ploïantle fer & le feu , pour vous traiter avec la meme inhuma-- nitè dont vous traitez, vos pfifenniers : mais nous autres Espagnols , < ne femmes pas per fuadef^que ce fait une faute puniffable , d'être pris en feervant fon Prince s parce que nous fç avons difeinguer les mal -• heureux , des coupables. le prêtent donc feulement , vous convain- cre de l avantage que notre clemence a fur votre brutalité , en vous * donnant en un même tems , la vie dr la libertés Allez, dés ce mo~ ment y vous ranger feus Les êtendarts de votre Prince $ dr dites- 7 *z z 550 H I S T O I R E D E LA C ONQftJ E S T E luy de ma part , puifqtte vous êtes Nobles , çfi que vous dcvez^ éb- firver la Loi attachée a la grâce qu'on vous fait , Qgc je viens luy demander rai fin de la mauvaife guerre qu’il m'a faite , lorfi que je me fuis retiré de Mexique , en rompant avec perfidie les traitez^ qui m avaient obligé à faire cette retraite, s mais principale . ment pour venger la mort de Mote&uma , qui me touche le plus finfiblement. Que je fuis fuivi d'une armée redoutable , non feu- lement par le nombre des Ejpagnols qu'il fiait être invincible s , (fi qui eft confiderablement augmenté ; mais encore par les troupes de toutes les Nations qui abhorrent le nom des Mexicains : & que fefi perc , en peu de tems , l'attaquer au milieu de fa Cour même > y portant toutes les rigueurs d’une guerre que le Ciel favorifi ; refol h de ne point relâcher dé une fi jufie cclere , jufques à ce que j'aie ré- duit en cendres toutes les Villes de fin Empire , (fi noté la mémoi- re de fion mm , dans le fang de fes Sujets , Neanmoins , que fi pouf éviter fa propre ruine , (fi la déflation de fion Fats , il fie fient en- core quelque inclination à la patx , je fuis prêt à la luy accorder , à des conditions que l’on jugera raifinables s parce que les armes de mon Roi , que les foudres mêmes du Ciel ajfifient en ces rencontres , ne blejfent que lorfqu elles trouvent de la refiftance i toujours plus difpofeesà fùivre les mouvemens de f humanité , que T impet uofité de la vengeance . Le General - finit ainfi fon difeours , & donna auffi tôt une efeorte fuffifante aux huit prifonniers , avec ordre qu’on leur fournit une barque , afin qu’ils fe-retirafTeet à Mexique par la voie du lac. Ces miferables aïant peine à croire ce changement de leur deftinée, fe jetterent aux pieds de Car- rez , Ôt luy promirent de faire fçavoir à leur Prince ce qu'il luy propofoit , Ôe de contribuer tous leurs foins à le porter à la paix } mais on n’en reçut aucune réponfe ; êc Cortez n’avoit pas fait cette avance dans la penfée de réduire les Mexicains à entrer en un traité, dont ils paroÜToient fort éloignez 5 mais feulement afin d’autorifer la juflice de fes armes , 8c de donner un nouveau lu lire à û clemence en- tre ces Barbares : vertu dont les habiles Conquérons fea- vent faire un fort bon ufàge $ puifcju’elle donne une fîrua- lion favorable , aux efprits qu’on veut afTujetir, 8c qu'el- le eft toujours aimable aux ennemis mêmes* entre lef- que)| ceux qui connoifTent la raifoji , la reçoivent avec DU M E X I QJÜ Ë. LIVRE V. 551 éloges j &: ceux qui ne la connoiITent pas, la regardent au moins avec refped. CHAPITRE XIV. Qon%çde de Sandow al conduit les brigantins a Te^cmos C5 5 durant qu on leur donne la derniere main , Q me % fort avec une grande partie de fon année y pour aller reconnaître les bords du grand lac . N ce tems, Cortez reçut la nouvelle que les brigantins f e( oient achevez 5 & Martin Lopez luy donnoit avis qu’il ai oit fe mettre en chemin , pour les conduire à Tezcuco, parce que la République de Tlafcala avoit dix mille Tamenes tout prêts j huit mille pour porter les planches , des mâts , la ferrure, &, les autres matériaux neceffaires • & deux mille, afin de relaïer les autres, quand iis feroient fatiguèz , ,fàns com- prendre ceux qui portoient les vivres &. les munitions, outre quinze ou vingt mille Indiens de guerre avec leurs Capitaines, qui n’attendoient que cette occaëon de joindre l’armée. Lo- pez niandoit qu’il partiroit le jour fuivanr, à la tête de ces : troupes 5 êe qu’il attendroit une efcorte au dernier Bourg de la Province de Tlafcala , parce qu’il n’ofoit pas , fans être foûtenu de plus grandes forces , tenter le pafTàge à travers les Fais dé l’obeï fiance de l’Empereur de Mexique. Ces brigan- tins étoient la feule chofe qui manquoit, afin de ferrer de plus prés la Ville de Mexique ^ U le General reçut cette nou- velle avec tant de joie, qu’elle fe communiqua à toute l’ar- mée. Il donna fur le champ , la charge de conduire f efcorte,, à Gonzale de Sandoval , avec deux cens Efpagnoîs, quinze Cavaliers , quelques Compagnies deTkfcaiteques , afin que ce feconrs, joint aux fôrces de la République, fut en état de^ zefifter aux infultes des Mexicains. Gn lit dans l’Hifloirede Herrera,qullfôrtstdeTIafcaIacenr quatre-vingt mille hommes de guerre , avec les brigantins» > ce qui a fi peu de vrai- femblance , qu’on croit que c’eR une- n i HISTOIRE BE LA CONQUE STE faute d’impreflion. Bernard Diaz ne compte^que quinze mille hommes 3 ce qu’on croira plus aifément , fi l’on confidere le nombre de ceux qui fervoient déjà dans l’armée de Cortez. La République donna le commandement de cette troupe à un des Seigneurs ou Caciques des quartiers, nommé Chechimecal, jeune homme de vingt- trois ans , mais d’un elprit 6c d’un cou- rage fi élevé, qu’il étoit déjà confideré comme un des pre- miers Capitaines de fa Nation. Lopez fortit de Tlafcal^, re- folu d’attendre Teicorte à GuaHpar, Bourgade 'peu éloignée des terres de l’Empereur de Mexique. Chechimecal ne goû- toit pas ce retardement : il étoit bien perfuadé que fa valeur, 6c celle de fes troupes fuffifoient à défendre’le convoi contre tou- tes les forces de Mexique 3 neanmoins il fe reduifit à obferver les ordres de Cortez, croïant que fon obeïflance luy tenofi lieu d’un grand exploit. Lopez régla la marche, en forte qu’au forcir de la Ville, coût alla d’un grand ordre. Les Ar- chers 6c les Frondeurs , foûtenus de quelques Piquiers , mar- choient à la tête, 6c étoient fuivis des Tamenes ,6c de tout le bagage. Le refie des troupes faifoit i’arriere- garde 3 6c ce fut ainfi qu’on entreprit une chofe aufli extraordinaire , que celle de faire conduire des vaiflëaux par terre : Et s’il nous étoit permis de donner dans quelqu’une de ces métaphores , donc le ftile hifiorique ne rejette pas abfoîument l’ufage, on pour- roit dire que ces vaiflëaux commencèrent alors à flotter , fur les épaules des hommes, entre ces ondes formées par les dif- ferens mouvemens que l’inégalité du terrein faifoit prendre à cette troupe: Invention admirable, que Cortez mit alors en pratique, 6c dont le récit pourroit faire pafler la vérité pour un longe, ou croire en le lifant, que les ysux font la fonc- tion de l’imagination. Cependant Sandoval , qui marchoit vers Tlafcala, s'arrêta un jour 'entier à Zulepeque , petite Ville peu éloignée de fon chemin , 6c qui refufoit d'obéir au General 5 outre que c’etoif ie lieu où ces pauvres Efpagnols, qui paiïbient de Vera-Cruz à Mexique, ayoient été trahis 6c maiïàcrez. Sandoval avait ordre de châtier 6c de loumettre cette Ville en fai fan t fon chemin: mais à peine l’armée eût elle tourné tête de ce côté- là, que lesHabitans l’abandonnèrent, 6c s’enfuirent aux mon. tagnes. Le Commandant envoïa trois ou quatre Compagnies T) XJ M E X I Q^U E, LIVRE V . & fouhaïtoient de fe faire voir aux ennemis : & que ptefsé par leurs inftances , & par celles de fon propre courage , il fupplioit très humblement le Ge- neral , de luy marquer à l'heure -meme quelque entreprife ou il put donner des preuves de fa valeur , & préluder avec les Mexicains , jufques à ce que le tems fut venu d'achever leur défaite par U deftruction de leur Ville . Cortez avoit déjà refolu de le con- duire avec foy.3 mais cette vanité hors de fâifon, ne luy plut 5)*. HISTOIRE DE LA CO N QU ESTE pas*. 6c comme il n’étoit pas trop fatisfait des faillies de ce? jeune homme , dont Sandoval l’avoit informé , il luy répon- dit avec une efpece de raillerie: Qu'il luy avott déjà préparé une’: expédition d importance , ou il pourvoit fioulager l'ardeur qui le prefi- fioit ; mais qu'il voulait l'accompagner luy- même , afin d'être témoin de fies exploits * Cortez avoit naturellement du dégoût des* fanfarons , parce qu’on trouve rarement la valeur fans la mo. deftie j neanmoins il ne laifla pas de reconnoître que ces fou- gues de courage étoient des chaleurs d’un fang échaufé par la jeunefle, 6c un défaut a (Te z ordinaire aux nouveaux Sol- dats , qui font fortis heureufement des premières occafions sr & dont le peu d’experience leur fait confondre la valeur. avec la témérité, qu’ils regardent comme TefTentiel de leur, profefïion. CHAPITRE XV,' üortez. va à lait oc An , ou il trouve de Ia refit filmai Il Jurmonte les obflacles ^ & pajfe jufques à Tacuba y. £s? Apres Avoir vaincu & défait les Mexicains en plu± fieurs combats y il fait fa retraite - . O ’N jugea qu’il étoit propos de commencer l’expedition^ par Ialtocan, Ville fituée à cinq lieues de Tezcuco, fur. un de ces petits lacs qui fe déchargent dans le grand. Il étoit important de châtier les Habitans de cette Ville $ parce que peu de jours auparavant , ils avoient maltraité &; b le fie des Envoïez qui venoient leur offrir la paix , en leur propofant' de fe foûmettre aux Efpagnols- 6e ce châtiment étoit d’une grande confequence pour les autres Indiens de ce quartier^ là. Cortez partit après avoir entendu la Méfié , où tous les Efpagnoîs affifterent 5 lardant une inftrudion particulière à Sandoval , 6c quelques avis au Roi de Tezcuco , à Xicoten- cal , 6c aux autres Nations qui demeuroient dans la ViIIe 4 . Les Capitaines Pierre d’Alvarado 6c Chriflophle d’Olid ao- eompagnerent le General, avec deux cens cinquante Efpagnols, D ü M Et X I QJJ E. livre v. -t 7 Tingt Cavaliers, 8c uns compagnie forte 8c éclatante, qui fe forma de Nobles de Tezcuco; outre Chechimecal, fui vide fes quinze mille Tlafcalteques , foûtenus de cinq mille des trou* pes de Xicotencal. Cette armée n’euc pas marché quatre lieues que l’on découvrit les Mexicains en plufteurs batail- lons , à deffein, comme il paroilîoic, de défendre en pleins campagne , la Place qu'on vouloir attaquer : mais à la pre- mière décharge des bouches à feu Sc des arbalètes, fuivie du choc des chevaux, cette armée fe mit en defordre , 8c donna lieu à nos gens de fe jetter au milieu de leurs bataillons qu’ils rompirent en fi peu de tems, qu’à peine eut-on celuy de remarquer leur refillance. La plus grande partie fe fau- va aux montagnes : les autres fe jetterent fur le lac 8e quelques-uns dans la Ville d’Ialtocan ; laiffant un grand nombre de morts fur le champ de bataille, outre les blef- fez, 8c quelques prifoniers que l’on envoïa auffi-tôt à Tez- cuco. L’attaque de la Place fut remifè au jour fuivant s 8c l’armé® alla s’emparer de quelques maifons qui en étoient fort pro. c-hes, où elle paffa la nuit fans avanture. Au point du jour on reconnut que l’entreprife étoit beaucoup plus difficile qu’otï ne 1 a voit cru. La Ville étoit fondée dans le lac meme, 8c te- noit à la terre par une chauffée , ou un pont de pierre,’ fur le- quel on pafTôit aifément l’eau à gué , mais les Mexicains, qui gardoient ce porte, avoient rompu la chauffée, Sc tiré encore un folié fi profond , qu’il étoit impoffible de le paffer autre- ment qu’à la nage. Cortez s’avançoit, avec confiance d’em- porter la Place d’emblée ; 8c lorfqu-’il rencontra en tête ce fâ- cheux obftacle, il en eut du chagrin 8c de la confufion : mai? les radleries dont les ennemis témoignoient leur aflurance c luy apprirent qu’il ne pouvoir plus s’en dédire, fans-hazarde^ la réputation. Il fongeoit déjà à remplir ce partage de terre 8c de fafciV nés lorfqu’un des Indiens qui étoient venus de Tezcuco, l’a- vertit qu’un peu plus avant on trouveroic une hauteur où l’eau du forte aroit peine à couvrir la terre. Le General le retint afin de luy fervir de guide , 8c marcha à l’heure même vers- 1 endroit défigné. On fonda l’eau 5 Sc quoyqu’on en trouvas que l'avis n’en-fuppoieic 3 .ü n*y. en avoit pas allez pou& Aaaa iijj SSAEUUW JJ9» JJKJVUf 55g HISTOIRE DE LA C ON QtJESTE empêcher qu’on ne paffât au gué. Corcez le fie tenter paï deux compagnies de cinquante à foixante Espagnols , avec un nombre d’Ailiez tel qui luy parut neceffaire , fuivant les troupes qui s’avançoient à deffein de luy difputer le paffage. Il fe tint au bord du gué avec Ton armée en bataille afin d’envoïer les fecours qu’on luy demanderait , ôc affurer la .campagne contre les irruptions des Mexicains. Les ennemis s’apperçûrent qu’on alloit gagner ce pafïage qu’ils avoient eu deffein de couvrir^ Ôc ils s’avancèrent pour le défendre à coups de, fléchés ôc de frondes, dont ils bleffe- rent quelques Soldats, ÔC donnèrent allez d’affaires à ceux qui combatoient dans l’eau , qui en quelques endroits alloit jufques à la ceinture. Il y avoit proche de la Ville un ter- rein allez étendu o/i l’e^u n’avoit pas pénétré ,5 ôc les Ar- quebufiers qui mafehoient à la tête n’eurent pas plutôt oc- cupé ce poite 3 que les Mexicains fe retirèrent dans la place ;8 de en ce peu de tems que le refte de l’armée mit à fortir de l’eau , ils la quittèrent pour fe jetter dans leurs canots avec tant d’empreflement , que nos gens y entrèrent fans trouver d’op» pofuion. Le pillage ne dura pas long-tems quoyqu’on l’eut permis , afin de rendre ce châtiment plus exemplaire 5 parce qu’on ne trouva dans les maifons que ce qu’ils n’avoient pâ emporter. Neanmoins on tranfporta à l’armée quelques char- ges de maiz ÔC de Tel , plufieurs mantes ôc quelques joiaux d’orque leurs Maîtres avoient oubliez , ou négligez. Les Capitaines n’avoient point d'ordre de s’emparer de la Ville., mais feulement d’en punir les habitans. Ainfi après avoir don- né quelque tems à poufler la .vi&oire , ils repafferent le fof- fé , aïant mis le feu au Temple ôc aux principaux édifices. Le General approuva cette conduite, fupofànt que les fiâmes de ce lieu repandroient la fraïeur dans l’efprit des Indiens ôc avertiroient par leur éclat les villes voifines du péril qui les jnenaçoir. On continua la marche ,Ôc l’armée paffa la nuit prés deCo- batitlan ville confiderable que l’on trouva abandonnée. Les Mexicains fe montrèrent encore j mais en un lieu d’où ils ne pouvoient attaquer , ni erre attaquez. La même choie arriva à Tenayuca , ôc encore à Efcapuzalco Bourgs fituez fur le bord du lac ôc fort peuplez que l’on trouva defertez. On DîJ MEXIQUE. LIVRE V. jj* coucha en l'un en 6c l’autre * 6c Cortez mefuroit éxadement les diltances 6c rem'arquoit par tout ce qui étoit avantageux à lès dellèins , fans permettre qu’on fît aucun domage aux édifices , afin de faire voir qu’il n’ufoit de rigueur qu’aux en- droits où il trouvoit de la refiftance, La Ville de Tacuba ne- toit éloignée du dernier pofle que d’une demie lieue , 6c elle le difputoit à Tezcuco pour la grandeur 6c pour le nombre de fes habitans. Son affiete occupoit rex’trémité de la principale chaufIée,où les Efpagnols effuïerent tant de hazards 6c de peine j 6c c’étoit un pofle très- avantageux , parce qu’entre toutes les villes du lac il étoit le plus proche de Mexique , & comme la clef du chemin qu’il faloit neceüairement occuper pour former le fiege de cette grande cité. Cependant le Gene- ral n’avoit pas alors defFein de s’en faifir à caufe qu’il étoit trop éloigné de Tezcuco. II vouloir feulement le reconnoître 6c obferver de plus prés ce qu’il devoit prévenir ou éviter, lors qu’il voudroit châtier le Cacique de l’injure qu’il en avoir reçue q puifqu’on ne devoir pas laiiTer impunie l’infolence de ce Cacique , 6c que la terreur de ce châtiment rendroit Ville plus difpofée à l’obeïfiance. L’armée s B èn approcha avec le même ordre que fi elle eut marché à une entreprife plus difficile 3 6c avant que de recon- noître la place on découvrit des troupes prefque inombrables- compofées de l’armée des Mexicains , qui avoient toujours fuivi la marche des Efpagnols , 6c de la garnifon de Tacuba. Ces troupes que la ville ne pouvoit contenir s’étoient poflées fous les murailles à defFein de les défendre* 6c elles s’avancè- rent feparées en divers bataillons qui chargèrent avec tant de fierté 6c de fi grands cris , qu’ils auraient pù ébranler dès gens qui n’âuroient point connu par tant d’experiences , ... quoy cela fe reduifoir. En effet lors qu’ils donnèrent dans le feu des Arquebufiers , qui les effraioic encore plus qu’il ne" les ofRnffiit * 6c que les chevaux qui n’étoient pas moins ter ribles eurent ouvert leurs rangs , iis fe rompirent avec un fi grand defordre , que le refie de l’armée aïant diffipé leur vant garde pénétra jufques au centre de ce gros , 6c obligea" les Mexicains à faire tête fans ordre 6c fans jugement , ainffi qu’on les demandoit. Neanmoins leur feule opiniâtreté difl puta affez long tems Ja vidoire jamais enfin ils tournèrent 1@> 5^0 HISTOIRE DE IA 'CON QÜESTrE dos par tout , pour fuir les uns dans la Ville , 6c les autres fans choix , en tous les lieux qui les éloignoient du péril, Les Efpagnols maîtres du champ de bataille empîoierent le refte du jour à choiffr un pofle avantageux où ils puffènt palier la nuit : cependant, à la pointe du jour, les. ennemis parurent encore en campagne, à deffein de reparer par la voie des armes , l’affront qu’ils avoient reçu. Le General ran- gea fès troupes au même ordre, 6c fît les mêmes mouvemens que le jour precedent. Il bâtit aulli les Mexicains , avec d’au- tant plus de facilité , qu’ils avoient encore la fraïeur dans l’imagination, 6c que la fuite était encore p refonte. à leur mé- moire. ' On les pou fia â grands coups d’épée 6c de lances £ jufques dans la Ville , cù les Efpagnols entrèrent après eux avec quelques compagnies de leurs Alliez. Le .General foûtint durant quelque tems le combat au milieu des rues 5 6c lors qu’il le jugea à propos , il fe retira au pofte qu’il avoit oc- cupé , abandonnant à dés -Soldats le pillage des maifons qu’ils avoient prifes, où ils mirent le feu , autant pour faciliter fa retraite , qu’afin de laifTer des marques de la colère. Cortez demeura cinq jours à la vue de Tacuba dans fon pof- te où les ennemis venaient le vifiter tous les jours : on les ra- menoit aufiî toujours batant dans la Ville 5 6c l’intention du General étoit de confumer la garnifon en ces forties j 6c lors que leur foibleffe commença à fe déclarer par le nombre qui diminuoit tous les jours , il refolut de les attaquer à fon tour. Les polies étoient déjà marquez pour l’afiaut , 6c les ordres donnez, quand on vid avancer fur la chauffée un gros confi- derable de Mexicains. Il faloit batre le fecours avant. que de forcer la Ville • ainff Cortez voulut l’attendre à quelque dif. tance delà chauffée, à deffein de charger les Mexicains, lors qu’ils entreroient en terre ferme, 6c d’en faire un plus grand carnage en ce lieu étroit 6c ferré. Ils avoient ordre , 6c l’on die que c’étoit de Guatimozin même, de pouffer quelque troupe de- vant eux qui fe laiffant faire une charge , attirât les Efpagnols fur la chauffee.Ils éxecuterent cet ordre avec une adreffe remar- cable : quelques- uns fauterent négligemment en terre ferme.j 6c formèrent quelques rangs ff mal- à- propos, que Cortez crut que .ce mouvement d’induitrie en étoit un de crainte. Il laiffa ung DU M E X I QJ 3 E. LirRU r. 561 me partie de Ton armée oppofée aux /orties de la garnilon de Tacuba, 6c marcha droit à la chauffée 5 fuppofanc qu’a- prés avoir batu ces ennemis avec facilité, il reviendroir tom- ber fur la Ville. Les Mexicains avancez en terre ferme , tournèrent le dos à la première démarche des Efpagnols, St fe retirèrent à leur gros, qui fit le même mouvement j cedant le terrein pied à pied , 6c dans une efpece de dcfordre , à def- fein d’engager nos Soldats. En effet, le General les fùivit, em- porté par ces apparences de vidoire * mais avec peu de ré- flexion , puifque le Jfuceez de la retraite dlzracpaîapa n’étoit pas encore artèz éloigné pour être effacé de fa mémoire, St qu’il ne pouvoir ignorer que les fuites des Indiens n’étoienc pas toujours finceres, St qu’ils s’en fe- voient à appeller leurs ennemis en des embufcades : mais l’enchaînement de tant de vi&oires, qui eft quelque- fois l’écueil des vainqueurs , ne luy iaiffa pas ie loifir de démêler toutes les circonrtances qui dirtinguetit une peur artificieufe, de la véritable. Les Mexicains fe rallièrent , St firent tête, lorfqu’ils virent le General engagé dans le détroit de la chauflée : 6c comme ils l’entretenoient par leur refîftance, un nombre prefque in- fini de canots fortis de Mexique , vint invertir les deux cotez de la digue j en forte que les Efpagnols fe trouvèrent en un moment, attaquez en tête St par les flancs. Alors, quoyqu'un peu tard, ils reconnurent leur imprudence, St fu- rent obligez à fe retirer en combatant ceux qui attaquoient l’avant-garde , St à défendre les deux cotez contre les canots. Les ennemis s’étoient munis de piques fort dangereufes , dont quelques-unes étoient armées de la pointe des épées des Ef- pagnols, qu’ils avoient gagnées à la première retraite que nos gens firent de nuit. Ils en blefferent plufieursj St il s’en falut peu qu'on ne perdît une enfeigne , parce qu’au moment que le combat étoit le plus échaufé , Jean Volante , qui la por- t oit, fut renverfé d’un coup de pique dans le lac : les In- diens qui étoient les plus proches, fe jetterent auffi tôt dans l’eau, où ils le prirent, St le mirent en un canot, à deiïein de le prefenter à l’Empereur. Volante fe Iaiffa conduire, fei- gnant d’être hors de combat : 6c quand il fe vid éloigné des autres bâtimens , il fè faifit de fes armes 5 St fe débarraffant de ceux qui le gardoient, dont il tua quelques-uns , il fe jetta dans Bbbb 5 éi HISTOIRE DE LA CONQJIESTE l’eau , &: fe faim à la nage , fans abandonna On enfeigne, éga- lement brave & heureux en cette a&ion, Cortez fe mêla , l’épée à la main, dans les plus grands dan- gers, &: retira enfin les troupes en terre-ferme , avec peu de' perte , après avoir tiré une allez grande vengeance de la tromperie qu’ils luy avoient faite, en l’attirant fur la chauf- fée • puifqu’il y fit périr tant d’ennemis , ainfi que dans le lac même , que l’artifice leur coûta tout ce qu’ils auroient pût perdre en une bataille. Neanmoins , comme il jugea bien qu il y auroit de la témérité à retourner à Téntreprife deTacuba,. malgré ce nouveau fecours;, qui fe tenoit toujours en vue, il délibéra de fe retirer àTezcuco j ce qu’il éxecuta fur le champ, par l’avis de fes Capitaines, fans que les Mexicains ofaifenE quitter la digue , ni (ortir de leurs canots , jufques à ce que l’éloignement de nôtre armée leur donna le courage de la fuivre de loin : mais ils fe contentèrent d’étourdir nos Soldats , par de grands cris * & toute leur vengeance fe redui- fit à cette fatigue inutile. Cette expédition fut d’une gran- de importance , tant par la perte que les Mexicains firent en ces divers combats, que par les conoiflances qu’on acquit de ce pais, dont on devoir fefaifirrôc quoyque notre Hiftorien tâche d’en obfcurcir la gloire, Cortez en tira de grands avan- tages pour Ton principal defiTein j puifqu’à peine fut-il arrivé a- Tezcuco, que les Caciques deTucapan, deMafcalingo, d Aut- îan, & ceux des autres Bourgs qui oecupoient les bords du lac du côté du Septentrion, vinrent offrir leur obeiffance êt leurs troupes : marque afiTûrée que ces exploits avoient augmenté la réputation des Efpagnols, dont l’acquifition efl une des plus avantageufes à la guerre 5 puifqu’elle emporte fur lesefprits 5 ce que toute la force des armes ne pourroit obtenir, qu’avec^ Beaucoup de difficulté. .DU MEXIQUE. LIVRE r. 5^3 CHAPITRE XVI. 'Z)n nouveau fecours d'E/pagnols arrive a Te^cuco. San - do val marche au fecours de ceux de Chalco. IL défait par deux fois les Mexicains en pleine campagne prend à force d'armes les Villes de Cuaftepeque 3 & de Capiftlan . L A répétition de tant d’heureux fuccez droit un témoi- gnage prefque vifible, que Dieu s’interefToit à cette con- quête 5 8c \\ eft encore moins poffible d’attribuer à une autre main qua la Tienne /ces favorables hazards, où la diligence des hommes n’eut aucune part, 8c qui arrivèrent en ce rems- là , mefurez fur les béfoins qu’on en avoir, avec autantdejuf- tefTe, qu’ils étoicnt éloignez de toute forte d’efperance. Un vaifleau d’un port confiderable , adreffé à Coïtez, vint mouil- ler au Port de Vera-Cruz: il portoit Julien d’Aldereté , né à Tordefillas , qui venoit éxercer la Charge de Treforier pour l’Empereur j Frere Pierre Melgareio d J Urrea , Religieux de l’Ordre de Saint François, de SevilIe* Antoine de Carava- jal , Jerome Ruis dela Mota, AlonfeDiaz de la Reguera, 8c d’autres Soldats de conlideration , avec un fecours d’armes 8c de munitions. Ils fe rendirent aufTi-tôt à TIafcala , avec les munitions portées par les Indiens Zempoales 5 St on leur don- na une efcorte, qui les conduifitàTezcuco, où ils apportèrent eux- mêmes le fecours , 8c les premières nouvelles de leur ar- rivée- Bernard Diaz prétend que ce vai Beau venoit d’Efpagne en droiture 3 8 i Herrera, qui parle de Ton arrivée, ne defigne point le lieu d’où il étoit parti, voulant peut- être cacher Ton incertitude fous cette omiffion. On void peu d’apparence à croire que ce vaifleau vînt d’Efpagne ^ adrefïé à Conez, fans aucunes lettres de fon pere, ni de Tes Agens 5 fur tout en un tems où ils n’avoient à lïnformer, que des bons Tue- rez que leurs diligences avoient produits , 8c dont , félon B b b b ij j£ 4 histoire de la conqueste ces Auteurs, il ne reçut la nouvelle que long, tems apres. On aura bien plus de penchant à fe perfuader que navire venoit de l’Ifle de Saint Domingue, dont les Gouverneurs-, ainfi qu’on l’a dit, avoient appris l’engagement où Cortez fe trouvoit : 6c la venue du Treforier ne conclud rien contre ce fentiment - y puifque le pouvoir de ces Gouverneurs s’étendoic jufques à nommer des Officiers qui euffent le foin de recueil- lir le quint dû à l’Empereur, 6c qu’ils avoient autorité fur tout ce qui dépendoit des conquêtes que l’on feroit dans les Indes: mais ce fecours, de quelque part qu’il vînt, ne pou voit arri- ver en un tems plus propre 5. 6c Cortez en reconnut bien la véritable fource , en rendant grâces à Dieu , non- feulement de ce bonheur, qui augmentoit fes forces * mais encore de la vi- gueur qu’il fentoit renouveller en fon courage , 6c de cette merveilleufe confiance, qui n’étant pas incompatible avec fa valeur naturelle, luy paroifloit neanmoins l’effet d’une influen- ce qui venoit du Ciel même. En ce même- tems , des Envoïez de Chalco 6c deThama^ nalco vinrent en diligence, demander du fecours au General, contre une puiffante armée que l’on preparoit à Mexique, afin de faire rentrer dans l’obeïffance de TEmpereur , les Villes de ces Provinces , qui confervoient encore de la fidelité pour les Efpagnoîs. Guatimozin avoit une forte inclination aux ar- mes • 6c, comme on l’a vu déjà par fa conduite, il donnoit toute fon application à cet éxercice ,. 6c tous fes foins à cher- cher les moïens d’obtenir la vi&oire fur fes ennemis. Il n’en trouvoit pas de plus afFûré , que celuy de jetter dans ces Pro- vinces des troupes allez fortes pour ôter !a communication avec celle de Tlafcala , 6c retrancher les fecours de Vcra- Cruz*. Cedeflein étoit d’une telle importance, qu’il, réduifit Cortez à. une obligation precife de fecourir fes alliez , dont la fidelité luy confervoit , contre les Mexicains, la liberté de ce paflage , qui luy étoit fi neceffaire. Il ordonna donc à Sandoval, d’y con- duire trois cens Efpagnoîs, vingt Cavaliers , 6c quelques Com- pagnies deTiafcala 6c Tezcuco, en nombre fuffilànt à foi^tenif les troupes des Provinces menacées , qui croient déjà en armes. Sandoval partit fans s’arr&er, 6c marcha avec tant de di- ligence 5, que fon fecours vint fort à propos. Les Caciques DU M EXI QJJ E. LIVREE V. 565 aboient leurs troupes fur pied , qui formèrent un gros confi- derable , lorfqu’elies furent jointes avec celle de Sandoval. Les ennemis n'étoient pas éloignez , leur armée étant logée à Güaftepeque j & le Commandant Efpagnol refolut de les attaquer, avant qu’ils fu lient entrez fur les terres de Chalco, Cependant les Mexicains , fort fatisfaits de leurs forces , ÔC inftruits que les Efpagnols étoient arrivez pour foûtenir ceux deChalco, fe pofterent derrière quelques ravines, ou chemins creux j afin de combatre en un lieu où ils n’euiTent rien à craindre de la furie des chevaux. On reconnut cette difficul- té, feulement en allant à la charge 5 . 6c toute la valeur de Sandoval 6c des Efpagnols qui le fuivoient , fut neceffaire,. pour êter cet avantage aux ennemis r ce qui fe fit à coups de main, 6e avec quelque perte 3 puifqu’il mourut en cette oc- cafion un Soldat Efpagnol, nommé Jean Dominguez, dont I’adrefie à drefler les chevaux au manege de la guerre , luy avoit acquis l’eflime de tous fes Compagnons. Les Mexicains perdirent affez de monde en ce combat - neanmoins ils fe cru- rent encore afiez forts , f pour le rallier dans la plaine: 6e San. doval aïant furmonté en peu de tems la difficulté du pafiage,, les chargea fi brufquement, qu’il les rompit, avant qu’ils euf. Lent éxecuté leur ralîiment. Leur avant-garde combatit avec fureur 6e en gens defefperez : 6e fa refiftance auroit pû palier pour un jufte combat, fi elle avoir duré un peu plus de terns"; mais le defordre où on les furprit, leur étoit fi defavantageux. que toute cette multitude fut diffipée en un moment. On fuivit la vidoire avec tant de vigueur , que la plus grande par- tie de cette armée demeura fur le champ , ou en fuïant :■& San- doval, maître de la campagne, choifit un pofte où fon ar- mée pût prendre quelque repos 3 refolu d'aller cette nuis: même attaquer Guafiepeque , où les vaincus s’étoient re- tirez. Cependant, nos troupes eurent a peine goûté le repos don¥ elles avoient befoin pour rétablir leurs forces, que les bu- teurs d’eftrade, qu’on avoit envoïez reconnaître les avenues,, revinrent en criant aux armes, avec tant d'éniprdlëment^ qu’on n’eut que le tems de mettre l’armée en bataille. Un gros de quatorze ou quinze mille Mexicains s’avan^oit en bon ©rdre ^ 6c il étoit fi proche, qu’on entendoit le fon de leurs 3 b b b iij- 5 66 HISTOIRE DE LA CONQUE STE timbales 6e de leurs cors. On jugea que c’etoit une nouvelle armée , qui venôit foûcenir les premiers qui avoient été défaits^ puifqu’il noroît pas poffible que ceux-ci fe fuiTent ralliez fl aifément : 6c l’épouvante qu’ils avoient prifê, ne leur permet- toic pas de témoigner tant de fierté. Les Efpagnols marchè- rent au devant de ces nouveaux venus , 6c les chargèrent fi à propos, qu’aïant mis leurs premières troupes en defordre , les chevaux eurent le champ libre pour entrer dans leurs batail- lons • où , fuivant leur coutume , ils portèrent tant de terreur,, 6c firent un fi grand carnage , que les Mexicains fe virent ré- duits à tourner le dos, 6c à fejetter en confufion dans le Bourg de Guaftepeque , où ils fe fîguroient être en fureté : mais les Efpagnols les fuivirentde fi prés, en tuant tous ceux qui leur tomboient fous la main , qu’ils entrèrent dans la Place avec les fuïards. Ils s’y maintinrent en combatant, jufques à ce que le refte de l’armée arriva. Les vainqueurs fe répandirent alors par toutes les rues - 6c on pouffa enfin les ennemis hors du Bourg, à grands coups d’épée. Il en mourut un grand nom- bre de ceux qui s’opiniâtrèrent au combat * 6c les autres s’enfui- rent fi efFraïez , qu’en peu de tems il n’en parut pas un feul a\x& environs de la Place. Elle étoit d’une fi vafte étendue, que Sandoval refolut d*.y paffer la nuit. Tous les Efpagnols , 6c la plus grande partie des alliez , y trouvèrent du couvert : 6c la vi&oire fut fort égalée, par la permiflion qu’on donna de faccager les maifons, avec cette referve , que les Soldats ne fe chargeaflent point d’un butin embarraffant, 6c qui les empêchât de fe fervir de leurs ar- mes - y mais feulement des pièces de prix , 6c de peu de volume. Le Cacique du Bourg arriva peu de tems après , accompagné des principaux Habitans j 6c ils prêtèrent le ferment d'obeïflan- ce 6c de fidelité, après s'être excufez fur la violence que les Mexicains leur avoient faite. Ils apportoient pour marques de leurs bonnes intentions , la fincerité avec laquelle ils ve- noient fans armes , fe rendre à la difcretion des vainqueurs. Les Efpagnols les raffùrerent par leurs carefîes • 6c au point du jour , Sandoval ayant fait reconnoitre la campagne, où •tout paroiffoit tranquille, délibéra de faire la retraite, par l’avis des autres Capitaines. Neanmoins les Peuples de Chal- co , qui étoient mieux fervis en Efpions , eurent avis que tous les DU MEXIQJÜE. LIVRE r. y $ 7 Mexicains échapez des derniers combats s’éroient réunis à Capiftlan,& protefterent an Commandant, que fa retraite feroit la même choie, que s’il les livroit à leurs ennemis: fur quoy on jugea neceffaire de diffiper cette union de fu- gitifs , avant qu’ils euflent été renforcez par de nouvelles troupes. Capiftlan n’ëtoit qu'â deux lieues de Guaflepeqtte, du cô-- té de Mexique. Cette Place, affife au plus haut d’une mon- tagne de difficile accez, pouvoir palier pour une Forterefle» parce qu’un ruiflèau defeendant des montagnes voifines avec rapidité,. lavoit le pied des précipices de ces rochers. Elle fe trouva en défenfe lorfque l’armée y arriva. Les Mexicains qui s'en étoient fai fis , avoient garni toute cette hauteur de Sol- dats armez, qui en célébrant par de grands cris la fureté où- ils fevoïoient, tirèrent quelques fléchés, plus pour attirer nos gens, que pour les bleflèr. Sandoval étoit fort déterminé à chaflér les ennemis de ce pofte, afin de laifler les Provinces yoifines fans aucune crainte d’une nouvelle invafion : & quand il eut reconnu qu’il n’y avoir que trois chemins également f⣠cheux pour aller à l’attaque, il ordonna aux troupes de Chah co & deTlafcala , de s’avancer à la tête de l’armée 5 parce que l’habitude qu’ils avoient à furmonter la difficulté de ces ro- chers , les rendoit plus propres à cette a&ion. Mais il ne fut pas obeï avec la même promtltude qu’ils avoient té» moignée en d’autres occafions ..&• la lenteur de leur meuve» ment fembloit avouer, qu’ils croïoient cet exploit au deflus de leurs forces : enforte que Sandoval , fatigué de leur retar- dement ,fe jetta dans le péril , à la tête des Efpagnols, dont la refolution donna tant d'émulation aux Indiens alliez, qu’aïant reconnu par cet exemple le tort que cette démarche faifoit à leur valeur , ils allèrent aux ennemis par l’endroit le plus difficile du rocher , montant plus facilement que les Ef- pagnols , & combatant comme eux. Le chemin étoit fi e£ carpé en pluficurs endroits qu’ils ne pouvoient s’aider de leurs mains, fans craindre que le pied ne gfiflat 5 5c les pierres que les ennemis faifoient rouler d’en- haut , étoient plus dangereu- fes , que les fléchés , ni les dards : neanmoins les arquebufes les arbalètes ouvroient le chemin aux piques &; aux épées ÿ, les aflàillans aïanc la valeur & la confiance pour eux 5 contre - I 6S HISTOIRE DE LA CONQUESTE a refiflance des ennemis 6c leur propre laffitude, ils parvin- rent au haut de l'éminence, prefque au même-tems que les Mexicains fe retirèrent dans le Bourg , fi abatus, qu’ils fe diC poferent avec peine à en défendre les murailles. Ils s’en acqui- èrent en effet avec tant de lâcheté , qu’on les pouffa jufques aux précipices de la montagne, où tous ceux qui ne firent point le faut, furent taillez en pièces. Le carnage fut fi grand en cette occaficn, que fuivant les Relations les plus finceres. le ruifieau fut teint du fang de ces miferables , en fi grande abondance , que les Efpagnols que la foif obligea d’avoir re- cours à fes eaux , furent contraints d’attendre que leur cours fût purifié, ou de paflèr par defiTus l’horreur du breuvage, par la neceflicé du rafraîchiflement. Sandoval eut fes armes faufiées en deux endroits, par des coups de pierre , 6c quelques Efpagnols furent blefiez confide- rabkment * entre lefquels André de Tapia 6c Hernan d’Ofma ont mérité d’être nommez par leur qualité, ou par leurs a Les alliez furent plus maltraitez, parce que l’endroit de leur at- taque étoit plus dangereux , êc qu’ils s’y portèrent avec moins d’ordre, 6c plus de précipitation. Sandoval honoré par trois ou quatre vidoires obtenues en fl peu detems, 5c voïant les Mexicains défaits par tout, 6c ehaf- fez de ces Provinces dont ils troubloient le repos , 6c qui avoient befoin de fon afîiftance, prit enfin le parti de retour* ner à Tezcuco , où il arriva par le même chemin qu’il avoit fait , fans aucune avanture qui l'engageât à tirer l’é- pée. Cependant, dés qu’on eut appris à Mexique la nouvelle de fa retraite , l’Empereur envoïa une nouvelle armée contre la Pro- vince de Chalco, marquant toûjours une extrême paflion de couper jaux Efpagnols le chemin deTlafcala.. Les Peuples de Chalco" eurent avis de cette irruption, en un tems où ils ne pouvoient fe promettre d’autre fecours , que celuy de leurs ar- mes. Ils afïemblererent leurs troupes à la hâte j 6c ils fe mirent en campagne, avec ce qu’ils purent tirer de leurs alliez. Le commerce des Efpagnols leur avoit infpiré quelque efpecede fermeté , 6c appris à combatre avec ordre. Le deux armées, qui fe cherchoient , en vinrent bien-tôt aux mains , avec une égale refolution. Le combat fut long 6c fanglant 5 6c ceux de Chalco DU MEXIQUE, LITRE V. Chai co en remportèrent tout l’avantage , puifqu’encore qu’ils eufïent perdu beaucoup de monde, ils en tuerent encore plus aux Mexicains , & demeurèrent les maîtres du champ bataille. Leur vi&oire reçut de grands appIaudilFcmens à Tezcuco j 5c Cortez s’en fit un plaifîr particulier, de voir Tes Al- liez en état de fe foiîtenir par eux-mêmes, &; de connoîcre que leurs propres forces étoient capables de les défendre. Cet heu- reux fuccez étoit du principalement à leur valeur • mais l’ordre & la difeipiine qu’ils obferverent au combat, y eurent allez de part. Celle qu’ils avoient eue à plufîeurs vidoires où ils s’é- toient trouvez , leur élevoit encore le courage , en leur faifant perdre la crainte de la Nation dominante, & en leur décou- vrant , par le moyen des Efpagnols , cet important fecret .que les Mexicains fe laifToient batre comme les autres hommes. CHAPITRE XVII. Cortex, fait une nouvelle Jortie , pour reconnoitre le lac du coté de ■Suchimilco. Il fait en chemin deux combats fort périlleux contre les ennemis , qui s’é- toient fortifie ^ fur les montagnes de Guafiepeque . C Ortez auroit fouhaité que Sandoval ne fut pas revenu, fans avoir percé jufques aux bords du lac du côté de Suchimilco., éloigné de quelques lieues de Guafiepeque • parce qu’il étoit important de reconnoitre ce polie, d’où .une digue allez large alloit donner la main aux principales chauffées qui conduifoient a Mexique. L’état de l’ouvrage des brigantins laiffoit encore allez de tems pour une nouvelle for- tie • ainfî on refolut de l’emploïer i cette expédition. On con- fideroit encore l’avantage de couvrir le chemin de Tiafcala, en animant les Peuples de Chalco^ qui paroiffoient appré- hender encore de nouvelles irruptions. Cortez fe chargea de l’éxecution, qu^il crut digne de fes foins. Il prit avec foy Olid Alvarado , Tapia, êc Alderete , avec trois cens Efpa- 'gnoIs J &. les troupes de Tezcuco êc de Tlafcala , qu’il crut C c c c i 57 o HISTOIRE DE LA CONQUESTE neceflaires-, fuppofant qu’il trouveroic en armes le Cacique de Chalco , & tous fes alliez. Il laifla la conduite de ce qui regardoit la guerre à Sandow- val , 6c celle du civil au Cacique Dom Hernan , toujours éga- lement fournis 6c affedioné : 6c quoyque fon âge 6c fon gé- nie Pappellaflent à des emplois plus brillans, il fçavoit bien connoîcre qu’il fe faifoic un plus grand mérité de fon obeïf- fance. Le General fortit de Tezcuco le cinquième Avril 15215 ô£ comme il ne trouva fur fa route aucune nouvelle des Mexi- cains, il marcha avec tant de diligence , qu’il arriva la nuit fuivante à Chalco. Tous les Caciques de fon alliance y étoient, fort allarmez , fur ce qu’ils n’attendoient aucun fecours desEf, pagnols, 6c qu’on avoit découvert du côté de Suchimiico une nouvelle armée de Mexicains , plus forte que toutes les autres, qui venoit à deflein de ruiner toutes ces Provinces. Leur joie égala, pour le moins , l’embarras où ils étoient : ils fejettoient aux pieds des Efpagnols 5 ils levoient les yeux vers le Ciel ^ dont la difpofition , fuivant leur idée, leur procuroit ce favo- rable retour d’une heureufe deflinée. Cortez avoit deilèin de fe fervir de leurs troupes. Il leur laiflà donc croire quil ne venoit que pour les fecourir, 6c fit ce qu’il put afin de leur ôter la fraïeur qu’ils avoient prife •: après quoy il leur perfuada qu’ils étoient les plus braves gens du. monde , a force de louanges fur la vi&oire qu’ils avoient rempor- tée. Ces Caciques avoient des fentinelles avancées, 6c certains efpions dans le Pais ennemi , qui en faifant pafler la parole des uns aux autres , donnoient à tous momens avis des moin- dres démarches des ennemis. On apprit par ce moïen , que les Mexicains inflruits que les Efpagnols alloient à Chalco 5 s’étoient retranchez fur des montagnes qui étoient fur leur rou- te, en partageant leurs troupes à la garde de quelques Forte- refl'es qui occupoient les hauteurs du plus difficile accez. Cette conduite alloit à deux fins j l’une de cacher le nombre de leurs troupes , 6c de les entretenir ainfi feparées fur ces montagnes, jufques à ce que le General fe fut retire , afin de fe détacher après fa retraite, contre fes alliez: l’autre, qui paroilloit plus probable , étoit d’attendre nôtre armée en .des lieux où.lana 2 DU MEXI QJU E. livre v. rture même militoit pour eux, par l’avantage de la firuation- Tune ou l’autre de ces vues engageoit également à les attaquer dans leurs forts mêmes , afin de ne point perdre le tems d’aller â Suchimilco. L’armée fuivant ce deffein, alla pafTer la nuit en une Bour- gade abandonne, au pied des montagnes, où les milices de Chalco ôc des autres alliez fe joignirent aux Efpagnols, en grand nombre. Ces troupes , qui formoient un gros confiderable de bons Soldats , donnèrent de l’ardeur aux autres Nations qui marchoient avec un peu de crainte vers ces defilez. On commença à s’y engager au point du jour, par un chemin étroit & allez difficile , entre deux files de montagnes , qui luy corn, muniquoient une partie de l’horreur de leurs rochers. Les Me- xicains fe montrèrent des deux cotez , 6e ils menaçaient de loing : neanmoins l’armée continua fa marche au petit pas, en défilant fuivant la nature du terrein, jufques à une petite plai- ne , ouverte en un endroit où les montagnes s’écartoient un peu , pour fe refierrer davantage fur la hauteur. On y forma quelques bataillons comme on put, parce qu’on découvroit fur l’éminence un grand Fort que les ennemis occupaient , en li grand nombre , qu’il pouvoir être redoutable en un pofle moins avantageux. Leur intention étoit d’irriter les Efpagnols^ afin de les attirer à l’attaque au milieu de ces précipices , où la difficulté des chemins n’étoitpas un moindre péril, que celuy des armes des ennemis. Les railleries qu’ils faifoient de nôtre retardement, par leurs cris moqueurs , perçoient le cœur du General j & fa patience ne put aller jufques à fouffrir les injures qu’ils faifoient aux Ef- pagnols, en les traitant de lâches & de poltrons. L’emporte- ment de la colere , qui donne fouvent de médians confèifs, l’obligea donc de conduire l’armée au pied de la montagne, où fans balancer fur le choix du chemin le plus aifé, il fit avan- cer deux Compagnies d’Arquebufiers & d’Arbalêtriers, com- mandées par Pierre de Barba, accompagné de quelques Sol- dats particuliers qui s’y offrirent volontairement , & de nôtre Bernard Diaz, qui n’étant pas encore fatisfait d’une réputation -de valeur bien établie, s’étoit érigé en pourfuivant éternel des entreprifes periileufès. Lorfque les Efpagnols coma meerent â monter, les Mexi- C c c c i j s7 i HISTOIRE DE LA CONNUE STE cains fe retirèrent, en feignant quelque defordre , afin de 1er attirer à l’endroit le plus dangereux. Alors ils revinrent , en criant horriblement • &. ils firent tomber d’en- haut une grêle épouvantable de grofles pierres , & de rochers entiers, qui* barrèrent le chemin apres avoir emporté tout ce qu’ils ren- contrèrent. Cette première charge fit beaucoup de mal, qui' auroit encore été plus grand , fi l’Enfeigne Chriftophle de Corral, & Diaz , qui marchoient à la tête, s’étant retirez au creux d’un rocher , n’euflent averti les autres de s’arrêter Sc de s’écarter du chemin 5 parce qu’il étoit impoffibie d’avan- cer, fans tomber en un plus grand péril. Le General recon- nut en même-tems, qu’on ne pou voit, continuer l’attaque par ce chemin-là : il fut même quelques momens à craindre qu’ils n’y euffent péri tous il leur envoïa en diligence un ordre de fe retirer, ce qu’ils firent avec beaucoup de danger. Cette a&ion coûta la vie à quatre Efpagnols :1e Capitaine Pierre de Barba y fut fort maltraité • &. plufieurs Soldats en revinrent dangereufement blefTez. Cortez reflentit cette difgrace en luy- même , comme un effet de fa propre imprudence 5 & devant les autres ,, comme un malheur ordinaire à la guerre: mais il fçut cacher la foibleflè de fes excufes , fous la fierté, des menaces qu’iL fit contre les ennemis.. Il refolut en même-tems , d’aller avec quelques Capitaines; chercher un chemin moins dangereux paur gagner cette hau- teur j à quoy il fe fentoit également pouffé, par le defir de fe venger , & par le rifque qu’il voïoit à continuer fôn voïage en îàiffant ces ennemis derrière foy. Neanmoins ce defièin ne fut point éxecuté , parce qu’on découvrit en ce moment une embufcade, qui luy donna une occafion plus prochaine d’en ; venir aux mains. Les ennemis qui étoient d’un antre coté de la montagne, étoient defcendus s’étant faifis d’un bois qui’ B’étoit pas éloigné du chemin , ils y attendoient l’occafion de charger l’arriere - gardé , quand ils verroient l’armée engagée dans les plus rudes défilez. Ils avoient aufii averti ceux qui étoient fur les hauteurs, d’attaquer en même-tems l’avant- garde le ftratagême de ces Barbares marque bien quels maîtres ce font , que la malice & la haine, en l’art de la guerre. t Le General fit faire aies troupes le même mouvement, que- DU MEXIQUE. LIVRE V. ÿ 7 j sh’l eût voulu continuer la marche, & découvrir le flanc aux Mexicains qui étoient en embufcade 5 & lorfqu’illes crut aflu- rez par cette démarche , il alla fondre fur eux*, mais ils fê fauverent par ces rochers avec tant de vîtefle, qu’on leur fie peu de mal. On reconnut qu’ils prenoient en fuïant le che- min de Guaftepeque : fur quoy le General détacha fa' Cavale- rie pour les fuivre, & fit avancer de quelques pas fon Infan: rerie, dont le mouvement fèrvit à faire remarquer que les en- nemis avoient abandonné leur Fort, & qu’ils fui voient par les* hauteurs la marche de nôtre armée. Cette vue fit cefler la crainte que le General avoir , de laif- ferfles ennemis derrière foy • & l’armée fuivir fon chemin , fans autre mal, que l’importunité de leurs cris efFroïâbles , jufques- à ce qu’àprés avoir fait environ une Iieuë& demie, on trouva un autre Fort occupé par les Mexicains , qui ne s’étoient avan- cez avec tant de diligence, qu’afin de s’en emparer » & quoy- que leurs cris &: leurs menaces irritaflentie General 3 neani moins on étoit trop prés de la nuit & d’une fâcheufe expé- rience, pour fe commettre avec eux , fans prendre d’autres mefures. L’armée campa dans un petit Village abandonné fur une hauteur, d’où on découvroit les montagnes des environs. Elle foufFrit en ce lieu une grande incommodité , fauté d’eau . la foif étant un autre ennemi , qui vint troubler le repos des Soldats, On trouva le matin quelque foulagement, àdesfour- ces qui n’étoient pas éloignées du camp: & le General aïant donné fes ordres , commanda qu’on le fuivît , & s’avança pour reconnoître lé pofte que les Mexicains occupoient. Il le trou- va encore plus inacceffible que le premier - parce que le che- min faifoit plufieurs retours en montant , 6c qu’il étoit par tour expofe aux traits des ennemis. Neanmoins , aïant remarqué une autre éminence à la portée de l’arquebufe, qu’ils n’avoient point garnie, il commanda aux Capitaines Verdugo, Barba,, & au ^ re ^ or ^ er Âiderete, de s’en emparer avec les Arquebufiers- . afin d oter aux Mexicains la liberté de paroître fur la hauteur. ’ Cet ordre fut éxecuté j ils s’avancèrent par un chemin à cou- : vert des ennemis, qui furent extrêmement furpris dés premier res décharges , qui leur tuerent beaucoup de monde : fur quoy ils résolurent d’abord de fe retirer à un gros Bourg , qui tenois- Gce iijy "574 .HISTOIRE DE LA G ON QU ESTE d'un coté à leur Fort. On reconnut ce mouvement à la ceffa-( tion de leurs crisjéc âu même tems que l’armée fe rangeok pour aller les attaquer , on vid de la montagne voifine, qu’ils abandonnoient entièrement leur Fort , 6c qu’ils fe jettoient en fuïant , dans l’endroit le plus defert de cette montagne. Conez crut alors qu’il étoit inutile de percer jufques à ce polie, qu’il ne prctendoit pas conferver, 6c qui n’étoit d’aiu cune importance , puifqu’il n’y avoir plus de gens pour le dé- fendre. L’armée etoit prête à marcher, Iorfqu’on découvrit au haut des murailles du Fort, quelques femmes qui demandoient la paix par de grands cris , 6c en faifanc voltiger des drapeaux blancs , quelles abaiflbient de tems en tems , avec d’autres marques de fourmilion , qui obligèrent à leur faire un appel. Le Cacique de ce lieu defcendit aulfi-tot, 6c vint offrir fou obéi (Tance non . feulement pour ce Fort où il faifoit fa refï-; dence, mais encore pour celuy qu’on avoir laiffé derrière, §c qui étoit de fon Domaine. Il fit un difcours avec la confiance d’un homme qui avoit la vérité pour foy 5 6c il rejetta la refifj tance qu’on avoit faite fur ces montagnes, fur les forces des Me- xicains , fuperieures aux fiennes. Le General reçut lès excufes, foit qu’elles luy parurent vrai-femblables , ou qu’il crût qu’il n’étoit pas à propos d’écouter tous les fcrupules de la raifon. Le Cacique marquoit un déplaifir tres-fenfible, de ce quePar- mée paffoit fur fes terres , fans recevoir le ferment de fidelité de fes Sujets 5 6c on fut obligé, pour le fatisfaire, d’envoïer deux Compagnies d’Efpagnols, prendre, au nom de l’Empe- reur , cette eipece de poffdlion , en la forme qu’on obfervoit en çe tems-là. Après cette ceremonie , qui ne retarda pas beaucoup. Par- niée pafia à Guaftepeque, Bourg très, peuplé, que Gonzale de Sandova! avoit îaifié paifible * 6c on le trouva auffi rempli d’Ha- bitans 6c de toute forte de vivres , que fi on eût été en pleine paix , 6c qu’il n’eût pas (ouffert Poppreffion des Mexicains. Le Cacique, accompagné des principaux Habitans , vint au-devant du General, Pafîürerde fon obeï dance, 6c l’inviter de prendre un logement qu’il avoit préparé dans fon Palais même, pour les Efpagnols, 6c d’aurres dans la Ville pour les Commandans des Alliez 5 offrant d’alfifter toutes les troupes* DU MEXI QAJ:E.fl p i v K\E v. $jf des vivres dont elles auroient befoin. Il s’acquita de ces pro- meiïes, avec autant de prevoïance , que de libéralité. Son Palais étoit un édifice fi fomptueuX, qui égaloit ceux de Motezuma, & fivafte que.toqs les Efpagnols y trouvèrent du couvert , fans incommodité. Au matin , il les mena dans un jardin qu’il avoit pour rQn’diverdfî^ i é^c,.qui ; ne ie cedoit en ri.em, à celuy du Cacique d’Iztacpaîàpd , gc dont la grandeur & la fer- tilité attirèrent alors Ifadmiràtion des Espagnols • parce qu'elles, pafîerent de bien loin ce qu’ils s’en étôient promis: en forte qu’on parle encore maintenant de ce jardin, comme d’une des merveil- les de ce nouveau Monde. Il avoit de longueur plus d’une de- mie lieue, de un peu moinsdékrggurj le cerreinégai de uni. par tout , étoit partagé fortregulierément.en des çpmpârpmerisdê tous les arbres & de toutes les plantes quç çette terre produifoir,, avec divers étangs qui recueilloient l’eau des montagnes vo.i fi- nes , de des quarrez à part en manierg jiepaiitér.res > • ou on -voïoit toutes les fleurs de tous les flmples qui fer vent à la Medecine, cul- tivez avec beaucoup de foin de de propreté : Ouvrage d’un gran Seigneur, qui avoit le gourde L’agriculture, de qui mettoit fon étude à donner l’arrangement de la jufleflê de l’art, aux beautez de la Nature. Cortez n’oubiia pas les prefens, pour engager ce Cacique dans fês interets 3 mais comme en entran t dans ce jardin , il reçut l’a- vis que les ennemis l’attendoientà Qcadavaça , quile rencon- troit fur fa route, il prit peu de pîaifir aux beautez de ce lieu, de fit marcher auffi tôt l’armée, non fans quelque fcrupule de- s’etre arreté en ce lieu pius qu’il ne devoir î.ZÆiferabk condition^ des foucis, dont on fe détache avçç.peiqe^ qui reviennent avec plus de violence, après un peu de diverfio-n» • . 575 HISTOIRE DE LA CONQtJESTE 'V v H ► * r » * ; > • * CHAPITRE XVIII. JL* armée pajje à Qmtla'vaca , où elle défait les Mexicains & de- là à Suchimilco,où elle obtient une autre victoire 9 avec plus de difficulté > & un extrême danger de Corte , [ . if -, Uiitlavaca étoit un Bourg fort peuple, 6c fort par fa ü- tuation entre des ravines , profondes de plus de hui# toiles, qui fervoient de fode à la Place, 6c de conduite aux ruiflèaux qui defeendoient des montagnes. L’armée y arriva^ après avoir fournis fans peine les Bourgades qui étoientfur fa route. Les Mexicains avoient déjà coupé les ponts, 6c garni les bords des ravines de tant de Soldats , que le p adage en paroif- foit impoffible. Cortez ne lai (Ta pas de mettre fon armée em Bataille ^ à une diftancé raifonnable 5 6c pendant que les Es- pagnols à coups d’arquebufes , 6c les Alliez à coups dedeches ô amufoient les ennemis par de frequentes efearmouches , il alla reconnoître la ravine. 1*1 la trouva bien moins large au-dedbus du lieu du combat 5 6c en même-tems , il fit dreder deux ou trois ponts d’arbres entiers coupez par le pied , qu’on laida tomber fur l’autre bord, 6c qui étant ademblez le mieux que l’on put, livrèrent un padage fuffifant, quoyque dangereux, à l’Infanterie. Les Efpagnols de l’avant-garde paderent en diligence , laidant auxTlafcakeques le foin d’entretenir les en- nemis par une diverfion • 6c on forma enfin , au-delà du fode, un Bataillon qui groffidoit à tout moment, parles Soldats des Alliez qui fe hazardoient de padêr. Mais les Mexicains s’ap- perçûrent bien- tôt de leur négligence , 6c fondirent fur ceux qui éroient entrez, avec tant de forces ôc de rage, qu’ils eiu rent beau coup de peine à confer ver leur polie : 6c on hazardoit fort le fuccez de ce combat, fi Cortez ne £&t accouru fort à propos , fuivi d^OSid, d’Alvarado 6c de Tapia, qui s’étant écar- tez durant que l’Infanterie padoit, avoient enfin trouvé un padage pour la Cavalerie , fort difficile > mais d’un grand feçours DU MEXIQUE, LIVRE V. 577 ïecours dans l’extrême péril où les choies étoient rédui- tes. Ces Cavaliers prirent un allez grand rour, à delïëin de char- ger les Mexicains par derrière 3 Sols en vinrent à bout, avec le Ïecours de quelque Infanterie , dont ils furent redevables à Diaz, qui nYiant confulté que fon courage, palîa le folTé à la faveur de deux ou trois arbres qui penchaient fur la ravme , 6c alloient décharger le poids qu'on leur impofoic fur le bord oppolé. Quelques Soldats Espagnols emploïez à Pefcarmou- che, fuivirent l’exemple de Diaz , 6e un nombre conliderable d’indiens qui fe mirent aux etiiers de la Cavalerie , au moment qu’elle marchoità la charge. Les Mexicains reconnoidant alors lt danger qui les menaçoit au milieu de leurs fortifications , fe crurent perdus , 6c ne fonge- gerent plus qu’à fe fau-ver dans la montagne , par les fentiers qui leur étoient connus. Ils perdirent a fiez de monde, tanta la défenfe du folié , qu’en fuï nt -, neanmoins la plus grande partie échapa , à la faveur des defilez de ces rochers , qui em- pêchèrent qu’on ne les fuivît de prés. On trouva le Bourg abandonné de fes Habitans 3 mais garni de vivres 6c de quel- ques dépouilles , dont on donna le pillage aux Soldats. Peu de rems après, le Cacique 6c les principaux Habitans appel- Jerent nos gens à la campagne, 6c promirent d fe rendre • en demandant de l’autre côté de la ravine, un fauf conduit, afin de rentrer dans leur Bourg, pour y préparer un logement à nos troupes. On le leur accorda , par l’organe des Truchemens • 6c ils fervirent utilement à donner des lumières fur le déficit! des ennemis , 6c fur la connoifiance du Païsr quoyqu’on n’eût pas d’ailleurs befoin de leurs offres, êc qu’on ne fît pas un grand fond fur leurs excufes, puifque le voifinage des Mexi- cains les mettoit dans une trop grande dépendance. Au point du jour fuivant, l'armée prit la route deSuchimii- co, place qui meritoit ie nom de Ville, afiife fur le bord d’un lac d’eau douce, qui s’écouloit dans ie grand lac. Les bâti,, mens étoient fondez en partie fur la terre, 6c en partie dans Peau , où les canots fervoient de voitures. Il etoit très-impor- tant de reconnoître ce polie , qui n’étoit qu’à quatre lieuës de Mexique. La marche fut 1res fâcheufe, puifqu’aprés avoir paffé défi é de trois lieuës , ou trouva un païs flerile 6c fec, où la Dddd 57 s HISTOIRE DELA CONQIJESTE foif augmentée par l’exercice , tourmenta cruellement les Sol- dats. Lachaieur du Soleil redoubloit encore leur fatigue, quoy- qu’ils furent entrez en une forêt de pins , qui pour cette fois perdirent jufques à l’agrément de leurs ombres, au fentiment de ces troupes defolées. On rencontra proche du chemin, quelques maifons bâties pour la commodité ou pour le divertifiement des Habitans de Suchimilco, dont elles dépendoient. L armée s y logea, & y trouva cette nuit du repos 8c du rafraiehiffement , dont elle avoit tant de befoin, Les ennemis les avoient abandonnées, à deffein d’attendre les Efpagnols en un pofte plus fort. Le General mit fon armée en bataillé au point du jour, ôc lafîe marcher, jugeant bien cfue ce qu’il alloit entreprendre étoit 8c difficile , 8c hazardeux, 8c qu’il n’y avoit pas d’apparence que les Mexicains n’euffent mis une forte garnifon dans Suchimil- co puifque la Place leur étoit de fi grande importance, 8c que tous les Soldats échapez des rencontres paffées, en avoient fait leur azile. Ses conjeduresfe trouvèrent juftes. Les ennemis parurent feparez en tant de bataillons , qu encore que ce qu on en conte puifie approcher de la vérité , on n ofe le rapporter, parce qu’il bielle la .vrai-femblance. Ils occupoient toute une plaine peu éloignée de la Ville, 8c faifoient tete fur deux li- gnes, au bord d’un ruiffeau qui tomboit avec rapidité dans le lac. \jh autre gros qui étoit le plus fort , défendoit un pont de bois qu’ils n’âvoient point voulu couper, parce qu’ils l’a- vaient barricadé en deux ou trois endroits , de planches 8c de fafcines -, fuppofant qu’encore que les Efpagnols 1 eufient gagné, ils les combatroient toujours avec avantage , au iortir d un pafp. fage fi étroit. ( . A ... , Le General reconnut le péril , fans en paroitre étonné; Il étendit les troupes des Alliez au long des bords du ruiffeau s : 8C durant qu’elles fe batoient à coups de trait, fans beaucoup d’cffét , Cortez fit donner les Efpagnols droit au pont. Ils y trouvèrent une refiflance fi obfiinée , qu ils furent répondez jufques à deux fois : neanmoins ils firent à la troifieme un fi grand effort , en fe fervant contre les ennemis de leurs pro- pres tranchées , à mefure qu’ils les gagnoicqt, qu ils fe. rençii® rent enfin maîtres du paffage. Cette perte ajoatit le codage des Mexicains 5 en forte qu’ils ne furent pas lb»g fans - DU M E X I Q^U E. LIVRE v. î79 faire une retraite précipitée, quoyqu’ordonnée par leurs Ca- pitaines , qui en firent batre le lignai ; foit afin de couvrir leur defordre , ou parce qu’ils avoient delFein de lè ral- lier. Les Efpagnols coururent pour fe failir du poOe que les enne- mis abandonnoient j &; au même- tems diverfes Co mpagnies des Alliez deTlafcalaêc deTezcuco fe jetrerent dans l’eau , pour gagner l’autre bord duruifleau, qu’ilspalïerentàla nage * & fe joignirent à leur bataillon. Les ennemis s'étoient déjà ralliez fous les murs de la Place , où ils les attendoient en bataille; mais au premier abord des Efpagnols , ils reculèrent, fans cef- ferde les provoquer par leurs cris , & par quelques coups de fléchés qu’ils tiroient au hazard, afin de montrer que leur re- traite ne fe faifoit pas fans delFein. Neanmoins Cortez les chargea avec tant de vigueur, qu’on reconnut au premier choc, que cette valeur fimuiée approchoit fort de la peur. Ils fe jet- terent dans la Ville, & on en tua beaucoup à l’entrée. Les au- tres fe mirent à couvert derrière les retranchemens qu’ils avoient faits dans les rues , où ils recommencèrent le combat & les défis. Le General laiiïa une partie de fon armée à la campagne, afin d’alTûrer fa retraite, & de s’oppofer aux attaques difde! hors. Il entreprit avec le refie, de poulîèr les Mexicains : & ordonnant à quelques Compagnies de rompre les barricades des rues, à droit & à gauche , il donna par la principale avenue, où les ennemis avoient leurs plus grandes forces. On mit à bas les barricades avec allez de peine * & Cortez s’anima jufques au point de retomber dans ces tranfports , où il entre beaucoup de hardielle, & peu de reflexion ; en forte qu’oubliant le foin de fa perfonne, dés qu’il eut l’épée à la main , il fe jetta au mi- lieu de cette foule efFroïabie d’ennemis, & fe trouva feul & envelopé de toutes parts , lorfqu’il voulut revenir au fecours de fes gens. Il fe maintint durant quelque- tems , en comba- ttant avec la derniere vigueur , jufques à ce que fon cheval s’a- batit fous luy , de pure laffitude, •& le mit en extrême danger de fe perdre. Les Mexicains qui fe trouvèrent les plus pro- ches de luy, s’avancèrent en ce moment : & -comme il étoit trop embarraflé pour fe fervir de fes armes , il alloit en être accablé , n’aïant alors d’autre défenfe, que l’envie qu’ils avoient D d d d i j 5 %o HISTOIRE DE LA CO N QU ESTE de le prendre vivant , afin de le prelenter à leur Empereur*, quand Chriffophle d’Olea de Médina del Campo v SoIdat con- nu par fa valeur, 6c qui n’étoic pas éloigné de Cortez, l’ap- perçut en cet état. Il appella quelques Tlafcalteques quicom- batoient auprès de luy * 6c donnant tête baillée à l'endroit où les Mexicains étoient prêts à s’en faifir, ce brave Soldat fit un fl grand effort, 6c fut fi bien fécondé par ces Indiens qui le fuivoient, qu’aprés avoir tué de fa main cinq ou fi x des enne- mis qui preflbient le plus fon General , il eut le bonheur de luy rendre la liberté. Cortez s’en fer vit à faire pouffer les MexR cains par tout j 6c cette derniere charge les obligea à fefauver vers le côté de la Ville qui étoit fur le lac 5 6c à quitter aux ER pagnols toutes les rués de terre-ferme. Cortez fortit ainfï de cette occafion, avec deux blefîures legeres, 6c Olea avec trois coups d’épée fort dangereux , 6c dont les cicatrices furent depuis des marques fort honorables de fon exploit. Herrera écrit que le General fut redevable de fa liberté à un Tiafcalteque inconnu, avant & après même cette aétion, à laquelle il donne un air de miracle : mais Ber- nard Diaz , qui fut des premiers à courir au fecours du Gene- ral , en attribue toute la gloire àXhriftophle d’Olea 3 6c les defcendans de ce vaillant homme ( iaifïant à Dieu ce qui luy ap- partient ) ne feront point blâmables de donner plus de creance à la Relation d’un Auteur qui écrit ce qu’lia vu , qu’à ce qu’on a débité fur des conje&ures v . Durant qu’on combatoit ainfi dans la Ville, les troupesqui étoient à la campagne, commandées par Olid, Alvarado 6c Tapia ne furent point fans exercice, Les Nobles Mexicains firent des efforts extraordinaires pour renforcer la garnifon de S’uchimilco , dont Guatimozin leur avoir recommandé parti- culièrement la confervation. Us embarquèrent dix mille hom- mes de leurs meilleurs Soldats, 6c allèrent prendre terre à un endroit écarté - fçaehant que les Efpagnols étoient occupez à l’attaque des rues, 6c à deflein de les inveflir par derrière.» mais ils furent découverts , 6c chargez avec tant de refolution, qu’on les .obligea à s’embarquer , laiflant beaucoup de leurs Soldats fur la place. Il parut neanmoins, à Ja refiftance qu’ils firent, qu’ils étoient conduits par des Capitaines braves 6c é* prouvez j 6c le combat fut fi rude , que les trois Commandans DIT MEX'I QU E. livre v. 5 Sl ET pagnols y furent bleflez , avec un nombre confiderable d’Ef- pagnols &deTiaica!teques. Ces heureux combats rendirent les Efpagnols maîtres de la campagne, & de toute cette partie de la Ville qui étoit en terre ferme. Le General mit des corps de gardes aux endroits cù on pouvoir faire une dèleente du côté du lac, & logea fes troupes fous des portiques voifins du plus grand de leurs Tem- ples, qui aïant une efpece de muraille capable de re’fifter aux armes des Mexicains , luy parut un lieu commode à- aflurerle repos de fes Soldats, & à faire penfer les bleffez. Il comman- da en même-tems quelques Compagnies , pour reconncître le haut de ce Temple , qu’on trouva abandonné. Cortez y mit un corps de- garde de vingt ou trente Soldats Efpagnols fous un bon Commandant , qui eut foin de les tenir à lerte , & de changer les fentinelles 5 afin d’obferver tout ce qui viendroit par terre , ou par eau : précaution fort necefTaire, dont on re- connut bien- tôt futilité 5 puifque fur le foir, ils donnèrent avis qu’ils avoient découvert du côté de Mexique, plus de deux mille canots renforcez , quf s’avançoient à force de rames. Cet avis donna lieu de prévenir les rifques qu’on auroit courus cette nuit: on doubla les corps- de- garde à toutes les avenues» & au point du jour, on vid le débarquement des ennemis, allez loin de la Ville , en un gros qui parut être de quatorze à quinze mille hommes. Le Ge neral alla les recevoir hors des murailles , ôcchoiCic un polie où fa Cavalerie pût combatre avec avantage'} lai (Tant une partie de l’armée à la défenfe du quartier. Les deux armées furent bien- tôt en prefence, & les Mexicains vinrent- les pre- miers à la charge } mais les coups de feu leur firent ceder allez de terrein pour donner lieu aux autres troupes d’aller à eux l’é- pée à la main , & de forcer leur refj fiance, avec tant de carnage*, qu’ils tournèrent le dos fi brufquement, qi|e cette adion fut plu- tôt une chafFé, qu’une viéloire. Cortez fejourna durant quatre jours à Suchimilco , afin de JaifT?r aux blefFcz le teras de fe guérir. On eut toujours les* armes à la main durant ce fejour $ parce que le voifinage de Mexique donnoit aux ennemis la facilité de faire tous les- jours de nouvelles irruptions, ^..qu’aux heures où ils ne pa* D d dd iij , i I 5 8i HISTOIRE DE LA CO N Q,ü ESTE roifloienc pas, on étoit encore inquiété par les foupçons de leurs entreprifes. Le jour deftiné à la retraite arriva • 6c on la fit ainfi qu’elle avoit été refoluë , fans que les ennemis ceflaiïent de fatiguer nos troupes. Ils s’avancèrent à tous les défilez , pour cher- cher quelque occalion avantageufe$ mais ilsffurentchaffezpar tout, avec peu de peine , 6c toujours quelque perte pour eux. Le General revint ainfi à Tezcuco, aflez fatisfait d’avoirob- tenu les deux avantages qu’il s’étoit propofez en cette fortie 5 ce- luy de reconnoître Suchimilco, polie qui luy étoit important pour Tes defTeins j 6c celuy d’avoir affaibli les Mexicains, par tant de défaites: neanmoins il fentoit dans i’ame beaucoup de chagrin êc de dégoût , d’avoir perdu neuf ou dix Efpagnols en cette expédition ; puifqu’outre ceux qui moururent au premier affaut de ce Fort far la montagne , les Mexicains en enlevèrent trois ou quatre à Suchimilco , en une maifon qui étoit dans l’eau du lac, où ils s’étoient écartez pour piller, 6c deux de fes Valets qui donnèrent en une embufcade , s’étant éga- rez par négligence de la route de l'armée. Sa douleur en étoit plus fenfible , par la circonftance que ces Efpagnols aïant été pris en vie, alloient fervir de vi&imes infortunées fur les au- tels des Idoles • 6c cette cruelle idée luy reprefentoit encore plus vivement le danger où il s’étoit vu , de périr par une mort auffifunefte6cauffiéxecrable, lorfque les ennemis l’eu- rent en leur pouvoir : mais les reflexions fur l’importance de conferver fa perfonne, venoient toujours ainfi à contre- tems,- puifqu’à la vue des occafions il ne fongeoit qu'à fatisfaire les mouvemens de la valeur, laiffant à un autre tems les remords de la prudence. DU MEXIQUE. Livre V . 585 CHAPITRE XIX, On châtie la confpïration de quelques Efpagnols contre la 6c Cortez lailfant à Sandovai le tenus dont il avoit befoin pour arriver à Iztacpalapa , fe chargea de l’attaque qu’on devoit faire par le lac , afin d’avoir l’œil à tout 6c de courir au fecours quand il feroit necelTaire. Il mena avec fov Dora Fernand Roi deTezcuco , 6c le frere de ce Prince , nommé Suchiel, jeune homme plein d’efprit 6c de feu , qui requt le Baptême quelque tems après , avec le nom de Dom Char- les , comme fujet de l’Empereur. Le General IailTa à Tez- cuco une garnifon fuffifànte à défendre cette place d’armes , 6c faire quelques couries , afin d’alfurer la communication ,des quartiers : 6c il s’embarqua , après avoir rangé fur une même ligne les treize brigantins , parez de bannières, deflam- mes 6c de gaillardets- cherchant par cet extérieur, à donner du relief à fes forces, 6c attirer la confideration de l’ennemi, par la nouveauté. Le defiein de Cortez étoit de s’approcher de Mexique, afin de s’y faire voir triomphant 6c maître abfolu fur le lac, ôc de fe rabatre fur Iztacpalapa , où l’entreprife de Sandovai Iuy donnoit de l’inquietude 3 parce que ce Capitaine n’avoit point de barques , ni d’autres batimens , pour fe rendre maître des rués du côté de la Ville fondées dans le lac, qui fervoient continuellement de retraite aux canots dés Mexicains : mais comme les brigantins tournoient de ce côré-là, le General ap- perçut une petite Ifle peu éloignée de Mexique , qui étoit comme un rocher élevé confiderablement au deflùs de l’eau. Le <ï-j 'y. ■ .Wÿs-M», DU MEXIQUE. Lîvre V . m le haut de ce rocher, occupé par un Château allez fpacieux^ 'étoit gardé par des Mexicains, fans autre deflein, que celuy de provoquer les Efpagnols par des injures 6c des menaces, d’un polie qui leur paroiflbit hors du rifque d'être infulté! Cortez ne crut pas qu’il fut à propos de loufFrir cette info^ lence à la vue de Mexique, dont les terratfes 6c les balcons croient couverts d’une infinité de gens, accourus pour obfer- ver les premiers exploits de la flotte. Les Capitaines fe trou, verent de l’avis du General, qui fit approcher des bords de Eifle , où il mit pied à terre, avec cent cinquante Efpagnols, qu’il partagea en deux ou trois dentiers qui conduifoienc fur la hauteur, Ils montèrent en combatant, avec beaucoup de fatigue- parce que le nombre des ennemis étoit grand, & qu’ils fe défendoient en braves gens, jufques à ce qu’aïanc perdu l’efperance de conferver toute la hauteur, ils fe reti- rèrent au Château, où ils ne pouvoient manier leurs armes, tant ils étoient prenez , 6c où il en périt beaucoup , quoyquon fit quartier à la plus grande partie 5 les Efpagnols ne voulant pas tremper leurs mains dans le fang de ces miferables qui (q rendoient à eux , méprifant d’ailleurs l’embarras des prifoniers, qui leur étok à charge. Après ce petit retardement emploie à châtier ces Mexicains, les Efpagnols revinrent aux brigantins . 6c on fe difpofoit à mettre le cap fur la route d Iztacpaîapa , lorfqu’un nouvel incident fit prendre d’autres mefures. On vid fortir de Me, xique quelques canots qui s’avançoient fur le lac, 6c dont le nombre s’augmentoit à tous momens. Ceux qui parurent les premiers alloient bien à cinq cens, qui s’approchoient en vo- guant lentement , afin d’attendre les autres j 6c en peu de tems, ceux qui fortirent de la Ville 6c ceux qui rejoignirent à cette flotte de tous les lieux voifins, firent un fi grand nombre, qu à les compter par rapport d l’efpace qu’ils occupoient s iis dévoient être plus de quatre mille : 6c le fpe&acle formé par ce grand nombre de vaifieaux , relevé par le mouvement des plumes & l’éclat des armes des Soldats, avoit quelque chofe de beau, 6c en même- tems de terrible aux Efpagnols , qui voïoient ce lac comme s’abîmer devant leurs yeux. Cortez rangea fes brigantins en forme de demi, lune , afin de faire un .plus grand front à l’ennemi , 6c de combatte F fff I 5 o 4 HISTOIRE DE LA CO N QU'ESTE avec plus de liberté. Il fe confioic en la valeur de fes Sol- dats & en la force de fes bâtimens, dont un feui pouvoir faire tête à la plus grande partie de la flotte des ennemis. Sur cette aflurance, le General s’avança contre les canots des Mexicains , afin de leur faire connoître qu’il ne refufoic pas la bataille: ôc lorfqu’il s’en vid à quelque diftance, il fit cefler de voguer, afin de donner aux Rameurs ces momens de reipiration, pour entrer à toutes rames dans la flotte des- ennemis y . le calme qu’il faifoit ce jour-là , laiflànt toute re- tendue à la force de leurs bras. Les Mexicains , pouffez peut-être par un même motif, firent la même manœuvrer cependant la divine Providence, qui s’ét'oit fi fouvent décla- rée en faveur des Espagnols, fit en ce moment lever un vent de terre , qui prenant les brigantins en poupe , leur donna toute l’impreffion neceffaire à fe laiffer tomber fur cette épaiffe foule de canots. Les coups des pièces tirées à propos dune jufte diftance , commencèrent le fracas , que les brigantins à voile & à rame augmentèrent , en écrafant tout ce qui fe trouva devant eux. Les Arquebufiers & les Arbalétriers tiroient cependant, fans perdrç un feul coups le vent même combatoit pour nous, en aveuglant les enne- mis par la fumée , & les obligeant à tourner , afin de s’en défendre. Enfin les brigantins mêmes avoient part à l’adiom ils fracaffoient en pièces les canots des Mexicains, ou ils les coulaient à fond, fans craindre leur choc , à caufe de leur foibleffe. Les Nobles Mexicains qui rempliffoient les cinq cens canots de l’avant-garde , fGÛtinrent neanmoins le com- bat avec beaucoup de valeur : Tout lé refte ne fut qu’un defordre & une confufion fi horrible , qu’ils fe renver- foienc les uns les autres , en fuïanr. Les ennemis perdi- rent la plus grande partie de leurs Soldats • èc leur flotte fut rompue & défaite fi entièrement, que les brigantins en fuivirent les miferables débris , jufques à les pouffer à coups d’artillerie , fur les quais de la Ville de Mexi- que, Cette viftoire fut d’une extrême confequence , à caufe de la réputation d’infoûtenables , que les brigantins s acqui- rent en cette occafion , êc qui répandit fes influences fur toutes les autres. Elle abatic encore le courage des Mexi- , ■ - '-/> fjif % v •fÆ : ■ . 7" r .... 7: . ; ■ - **v- ' ■ • \ y r . . ' V : v • •• /. . . I DU M E X I QJU E. livre V. < 9î cains , en les privant de cette partie de leurs forces qui confiftoit en l'adreiïe St en l’agilité du manîment de leurs canots. Ce n’étoit pas la perte qu’ils en firent qui les cha- grinoit , elle étoit peu confiderable, à l’égard de la quanti- té qui leur reftoit j mais le regret de voir qu’ils n’étoient plus d’aucun ufage , St qu'ils ne pouvoient foûtenir un choc auffi violent que celuy des brigantins. Ainfi les Efpaenols devinrent les maîtres de la navigation , & Cortez s’avança jufques aux murs de la Ville , où il fit tirer quelques coups de canon, moins pour endommager les ennemis, ‘que pour leur donner avis de fon triomphe. Il n’eut aucun chagrin de voir le grand nombre de Peuple qui occupoit les tours & & les terrafïès^de la Ville , pour voir le fuccez du combat .. & le plaifir devoir frapé leurs yeux par la vus de leur perte , luy fie paraître ce nombre , quoyqu’il fût trop grand* pour des troupes ennemies , trop petit neanmoins pour des témoins de fa vidoire: Complaifance ordinaire aux vainqueurs , qui tou- che quelque, fois les plus modérez , foie comme un orne- ment de leur triomphe,. ou comme une fuite de leur bon- heur. Pii Mi 'I ’ CHAPITRE XXI. Cortez. va reconnaître les pops de fon armée fur les trois chaupes , %) trouve par tout , que le fecours des bri- gantins étoit necef aire. Il en laijfe quatre aSandoval \ quatre a Pierre d‘ Alvarado , pf fe retire 4 Cuyoacaw, avec les cinq autres. L E General choîftt un polie auprès deTezcuco, où il pût palier la nuit, & laiffer repofer les troupes en fureté. Au point du jour , comme les brigantins fe dilpofoient à prendre la route d Iztacpaiapa , on découvrit un gros confiderable de canots , qui ramoient en', diligence vers Cuyoacan ; ce qui fit prendre la refolution de porter du fecours à l’endroit cù le pe- rd prelîoit. On ne put attraper la .flotte des ennemis • mais Ffff ij ’ il j | ■ il" HISTOIRE DE LA CONQÜESTE on arriva peu de cems apres , lorlqu Olid le trouvoit en- gagé fur -la digue , 6c réduit à combacre de front contre les Mexicains qui la défendoient , 6c des deux cotez con*- tre les canots qui étoient arrivez * en forte qu’il fe voïoit obligé à faire une retraite, 6c à perdre le tefrein qu’il avoit gagné. La neceffiré avoit enfeigné aux Mexicains tout ce que l’art de la guerre pouvoir apprendre , pour la défenfe de leurs chauffées. Ils avoient levé jufques à la Ville , tous les ponts aux endroits où elles étoient coupées, 6c par où les courants du grand lac perdoient leur force, en s’écoulant dans l’autre. Us tenoient des claies ou des planches prêtes des deux coû- tez , afin de paffer à la file par-deflus , pour aller à la char- ge j 6c ils avoient élevé des tranchées derrière ces fof- fez pleins d’eau , à deffein d’empêcher les approches. C’eft ainfi qu’ils avoient fortifié les trois chauffées en plufieurs en- droits , où ils craignoient l’infulte des Efpagnols j 6c on fut oblige à prendre par tout les mêmes raefures , pour furmon-- ter ces difficultez, Les Arquebufiers & les Arbalétriers ti- roient à ceux qui paroiffoient au haut de la tranchée, durant qu’on faifoic pailêr de main en main des fâcines , pour com- bler le foflë: après quoy on fàifoit avancer une piece d’àrtilîé- rie , qui en deux ou trois volées ouvroit le paffage ; & les dé- bris de la première fortification fervoient à remplir le foffé de- fa fui vante, ©lid s'étoir rendu martre du premier, lorfque les canotsdes Mexicains arriveront 5 mais quand ils découvrirent les brigan- tins, ceux qui étoient de ce coté du lac, firent force de ra- mes pour fuir - & ils perdirent feulement ceux qui fe trouvè- rent à- la portée du canon : mais comme lès ennemis, qui eroïoient être en fureté de l’autre côté de la digue , cornba- toient encore , le General fit ouvrir le foffé qui étoit derrière i’arriere- garde d’Q'lid - en forte que trois ou quatre brigantins aïantpaffé tous cesxanots prirent la fuite les ennemis qui défendoient la tranchée oppofée de front aux Efpagnols, fe voïant expofez aux bateries en tête & par les flancs , par terre 6c par eau , fe retirèrent en defordre au dernier rempart proche de la Ville. Les troupes prirent quelque repos durant la nuit, fans aban> D U M E X I QJJ E. LIVRE v. 59.7 donner ce qu’elles a voient gagné fur la chauffée • de au jour on continua la maiche fans aucun obftacle ,, jufques au dernier pont, qui donnoit un paffage dans Mexique. Onletrouva forti- fié de remparts plus hauts de plus épais çlk toutes les rués que l’on découvroit étoknt coupées de tranchées, garnies d’un fi grand nombre de gens armez , qu’on vid bien le rifque que l’on aiioit courir à cette attaque: mais comme Cortezfe trou- voit engagé avant que d’avoir envifagé le péril , il crut qu’il expofêroit fon honneur , en fe retirant fans donner quelque at- teinte aux ennemis. Toute l’artillerie des briganrins fit donc une décharge , de un cruel carnage de ces mherables , qui é- toicnt accourus en foule aux avenues des ruës. Cependant OJid travailloit à combler le fofîé, de à rompre les fortifica- tions de la chauffée • ce qui étant fait , il chargea ceux qui les défendoient . avec les Eipagnols qui étoient à l’avant-garde de gagna affez de terrein , pour donner lieu aux Alliez qui eombatoient fous Iuy, de fe mettre en bataille en terre- ferme. Les troupes de Mexique accoururent en même- tems au fecours de leurs gens , de firent de tous cotez une furieufe refiftance^ neanmoins elles lâchoient le pied infenfiblement, lorfque Cor- fez , quineputfouffrir la lenteur de leur retraite, fauta à terre avec trente Soldats Efpagnols, de échaufa fî fort le combat par fa prefence, que les Mexicains tournèrent le dos , de le Ge- neral fe rendit maître de la principale rue de Mexique 5 ceux mêmes qui occupoient les cerraffes de les balcons aïant pris la fuite. On retomba bien- tôt en un nouvel embarras. Les Mexi* cains s’éro.ient jettez en fuïant , dans un Temple peu éloigné de l’entrée y les tours , les degrez , le haut de le bas de ce Tem- ple étoient fi couverts de Soldats , que toute la mafïe paroiiîoit une montagne cîe plumes de d’armes entaffées. lis défioient les Efpagnols par des cris auffi fermes v que s’ils n’avoient jamais fait autre choie que de les batre en toutes rencontres. Cortez indigné de voir tant d’orgueil fuivre de fi prés tant de lâcheté, , fit amener trois ou quatre pièces des briganrins, dont le pre- mier fracas fit voir aux Mexicains, qu’ils: menaçaient mal à propos ; de bien tôt apres il falut changer de mire , pour tirera contre ceux qui fuïoient à toutes jambes vers le centre de la ¥illc. Ainfi tout ce quartier demeura libre - parce que cenm Efff iij 59 s HISTOIRE DE LA CO 'N Qü ESTE qui combatoient des terrafTes 6c des balcons, fuivirenc la fuite des autres j 6c l'armée s’avançant, s’empara du Temple fans refi fiance. Les Mexicains firent ce jour Ak une grande perte : on jetea toutes les Idoles au feu, dont les fiâmes éclairèrent la vidoire des Efpagnols. Le General, tres-fatisfait d’avoir mis le pied dans Mexique, êc volant que ce Temple étoit un pofle fort avantageux, refolut non- feulement d’y palier la nuit avec les groupes, mais encore de le mettre en défenfe pour le garder^ afin de refïerrer les ennemis, 6c d’avancer l’attaque de Cuyoa- can. Il communiqua à fes Capitaines foo deflTein , 6c les raifons que le premier mouvement de fon inclination luy fournilToit- mais ils luy reprefenterent tout d'une voix , que comme on ne fçavoit pas le progrez que Sandovai 6c Alvarado pouvoient avoir fait à leurs attaques , ce feroit une témérité de s’expofer à perdre le paflage des chamTées, 6c en même-tems l’efperan- ce des vivres 6c des munitions, dont on avoit befoin pour conferver les troupes. Que leur conduite ne dévoie pas être confiée aux brigantins, puifqu’ils ne pouvoient approcher de>s quais du quartier où ils fs trouvoient alors : qu ainfi ils feroienc obligez à débarquer les vivres 6c les munitions, à une diftam ce où on ne pourroit les recevoir, ni les tranfporter fans donner une bataille à chaque débarquement. Que les corps de l’ar- mée dévoient marcher d’un même pas en leurs attaques, afin de divifer les forces des ennemis, 6c fe donner la main, juf- ques à ce qu’ils prifTent enfemble leurs quartiers dans la Ville. «Enfin , que les refolutions prifes du contentement de tous les Officiers fur la conduite de ce fiege , ne dévoient point s’al- térer fens une mure confideration j 6c qu’il ne faloit point en- trer de gaieté de cœur en cet engagement , fans autre raifon que celle de donner une vaine réputation à la victoire qu'ils venoient de remporter : d’autant plus, que les confequences que l’on tire d’un heureux fuccez , rie font pas toujours bien •fondées $ puifqu’à la maniéré des ilateries , elles abufent fou- vent la prudence, en réjoüifïant l’imagination. Cortez vid bien que ce conteil étoit le plus fage 5 6c une de fes meilleu- res qualités étoit, de fe dégager auffi aiféraent de -l’amour qu’on a pour fes opinions , qu’il embralîoit avec piaifir le parti de la raifon. Il fe retira donc le jour fuivant à Cuyoacan , efeorté des D U MEXI QJO E. livre K 599 brigantins, qui ôrerent aux ennemis la hardieffe de venir i'm. quiecer en fa marche. Le General paflà le même jour à Iztacpalâpa, où il trouva Sandoval réduit à la derniere extrémité. Ce Capitaine s’étoit emparé de ce côté de la Ville qui étoit fur la digue, 5e a voit logé les troupes , après s’être fortifié comme il avoir pu. Ce- pendant fes ennemis , retirez dans une maifon fur le lac, iuy livroient de continuelles attaques avec leurs canots. Sando- val avoir fait un grand fracas fur ceux qui s’approchoienr ; il avoit ruiné quelques maifons, 5c repoufîé deux ou trois atta- ques que les Mexicains avoient faites par la digue. Ce jour-- Jà, les ennemis aïant abandonné une grande maifon qui ne- toit pas éloignée de la chauffée , il refoi ut de s’en faifir , à defièm d’élargir fon quartier, 5e d’en écarter les ennemis. U fir jctter plufieurs fâcines dans' l’eau , afin de rendre le pa lîà- ge plus aifé 3 5e il s’engagea dans la maifon , avec une partie des Efpagnols : mais à peine fur- U dedans , que plufieurs ca- nots qui éroient en embufcade , s’avancèrent , ôc jetterent à l’eau des troupes de nageurs, qui en écartant les fâcines , cou- pèrent à Sandoval le chemin de fa retraite. Ain fi ils le te- noient affiegé de tous cotez', 5c tir oient fur fes gens, de deffus les balcons 5c les terraffes des maifons voifines. Il étoit en cet embarras , lorfque le General arrivant , décou- vrit de loin cette quantité de canots qui occupoient les rues fur le lac du côté de Mexique. Il fit ramer à toute force, 5c joüer fon artillerie avec tant d’effet , que le débris que' les ; boulets cauferent , joint à la terreur qu’ils avoient des brigan- tins , obligèrent les Mexicains à fuir avec tant d’empreffênunr, ? pour gagner le chemin du lac par les rues écartées , 6c en fi, grand defordre, que ceux qui fe trouvoiem fur les teirafies, fan- tant dans les canots , en firent enfoncer plufieurs 3 Se les au„~ très vinrent donner à travers les brigantins , 5e tomber par une fuite aveugle, dans de péril qu’ils vouloicnt éviter. Les’ ennemis firent en certe occafion une perte qui commença à leur faire remarquer l’affoibliffcment de leurs forces : Sc com- me on reconnoiflbit cette partie de la Ville qu’ils avoient occu- pée, on fît encore plufieurs prifonniers • & on trouva quel- que butin, qui fervk an moins à réjoüir les Soldats, s’il ne les- enrichit. La vüë des difficukez que Sandoval avoit rencon- 6oo HISTOIRE DE LA CONQÜESTE rrées à la prife d’izcacpalapa , fie connoître au General qu’il étoit impoflible de faire agir les croupes que ce Capitaine com- mandoic , ni de fe fervir de la chauffée , fans ruiner entière- ment cette retraite des canots de Mexique, en jettant la moi- tié de la Ville dans l’eau : mais comme le retardement étoir dan- gereux , en l’état ou les autres attaques fe trouvoient , Cor- tez prit la refolution d’abandonner ce polie, 6e de faire palier Sandoval avec fes troupes, à celuy de Tepeaquilla, où il y avoit une autre ch au fiée plus étroite, 6c ainfi moins commo- de pour les attaques, mais plus avantageufe au deflein de re- trancher aux Mexicains les vivres, dont ils commençoient à manquer , 6e qu’ils recevoient par ce palTage. On éxecuta auffi-tôc cette refolution 5 6e Sandoval alla par terre, efeorté des brigantins , qui rangeoient leborddulac, jufquesàcequ’il fe fût lai fi de ce nouveau pofte, 6c qu’il y eût logé fes troupes fans refiftance , parce qu’il étoit abandonné : apres quoy Cortez fit voguer versTacuba. Alvarado avoit trouvé cette Ville defêrte j 6c ce fut une vic- toire de moins pour luy en commençant fon attaque. Il l’avoit poufîée avec divers fuccez,en barant des ram parts, 6e en corn-, blanc des fofTez de la même maniéré que Chriftophle d’Olid avoit conduit la fienne : mais quoyqu’Alvarado eût remporté de grands avantages fur les ennemis, qu’il en eût tué un grand nombre, Se qu’il fè fût avancé jufques à mettre le feu à quelques maifons de Mexique , il avoit perdu huit Efpagnols lorfque Cortez arriva j 6e cette perte mêla quelques regrets, entre les applaudifïemens que l’on donna à fa valeur. Le General s’apperçut alors, que les mefures qu’il avoit pri- fes ne répondoient pas au projet qu’il s’étoit formé j parce que ce fiege fe reduifoit par ces attaques Sc ces retraites, àuneef- pece de guerre, qui confumoit letems , 6c expofoit les hommes fans aucun profit, 6c à de (impies ades d’hoftilité, qui ne me- ritoient pas le nom de véritables avantages. La voie des chauf- fées avoit de grandes difficultez, à caufe des remparts Sc des fofTez, où les Mexicains relevoient tous les jours de nouvelles fortifications, 6c de la perfecution continuelle de leurs canots, qui venoient toujours en grand nombre charger aux endroits que les brigantins venoient de quitrer -, ce qui demandoit d'autres mefures pour venir à bouc de fon entreprife. Il DU MEXIQUE. Livre v. Cor Il fit donc cefier les attaques, jufques à nouvel ordre • U H s'appliqua à faire bâtir un nombre de canots fuffifant à le ren- dre maître du lac. Pour cct effet il envoïa des Officiers de con- fiance, afin d'affembler tous les canots qui éroient en refervê aux Villes & Bourgs de fes Alliez , defquels , & de ceux qu on fît à Tezcuco 8: à'Chalco, il forma un gros redoutabfeaux en- nemis. Cortez le partagea en trois,divifîons : &apréslesavoir remplis d’indiens alliez 8c propres à ce manege, il nomma des Capitaines de leur Nation, qui en commandoient chacun une eTcadre , foûtenus des brigantins ; dont avec ce nouveau ren- fort, il en donna quatre âSandoval j autant à AI varado 5 & pour fa perfonne, il alla fe joindre avec les cinq qui reftoient au Mettre de Camp Chriftophle d’OLd. Dés ce moment, on reprit les attaques avec plus' d'ordre &de facilité , parce que les infultes des ennemis ceiferent ■ le General aïant ordonné que les canots joints aux brigantins, figent la ron- de fur le lac & coururent inceflamment au long des digues afin d'empêcher les forties des Mexicains Par ce moïen, on prit à di- verfes fois plufieurs bâtimens , qui tachoient de paffer avec des vi vres & des barils d'eau 5 & on eut connoifTance de la neceffiré ©u ia Ville étoit réduite. Olid s avança jufques à ruiner les rnaifons des Fauxbourgs de Mexique. Alvarado & Sandoval firent le même progrez, chacun à fon attaque • & les heureux fuccez de ces expéditions changèrent entièrement la face des affaires. L’armee conçut de nouvelles efperances • & ] e& pies Soldats mêmes contribuoient à la facilité de Î’entreprife " entrant dans les occafions avec une efpece de confiance & de gaïeté qui rcffemble à 1 a valeur , 8c qui rend hardis ceux qui ont l’imagination remplie de l'efperance de la vidotre , parce qu’ils ont eu le bonheur de fe trouver quelque-fois avec les vainqueurs. Gggg 6oi HISTOIRE DE LA CONQJJESTE CHAPITRE XXI L Les ^Mexicains mettent en ufage divers firatagémes pour leur défenje . Ils drejftnt une embufcade de leurs canots contre les brigantins. Corte ^ efl batu dans me occafion confiderable , (gfi p 0U Jfé ft/ques À Çuyoacan, L A diligence 5c l’induflrre que les Mexicains emploïerent à défendre leur Ville, ne font pas feulement remarquables^ mais encore , en quelques circonflances , dignes d’admiration. Il efl vrai que la valeur étoit comme naturelle à ces Peuples * élevez dans l’éxerciee des armes , qui étoient l’unique voie pour parvenir aux grandes dignitez : mais en cette occafion ils pafTerent de la vaillance , aux reflexions militaires • parce qu'ils avoient befoin de nouvelles inventions, contre une forme d'at- taque faite par des gens dont les armes 6c la conduite à la guerre , étoient éloignées de tout ce qui fe pratiquoit em ce Païsdà. Ils tirèrent même quelques coups aflez jufte, pour s’ac- quérir la réputation d’efprits éclairez au - delà du commun;. On a rapporté l’adrefFe dont ils avoient ufé à fortifier leurs digues: celle qulls mirent depuis en ufage, n’étoit pas moin- dre , lorfqu’ils envoïerent par de longs détours, des canots, chargez de pionniers ^ afin de nettoïer les fofléz que les Efpa- gnols avoient comblez , 6c tomber fur eux avec toutes leurs forces, quand ils étoient obligez de fe retirer. Ce flratagê'- me fit perdre quelques Soldats aux premières entrées : 6c le tems en apprit encore un plus raflné aux ennemis , puif- que contre leurs coutumes mêmes , ils s’avifèrent de faire leurs forties durant la nuit, dans le feul deflein de tenir nos troupes en inquiétude y &L de les fatiguer en les privant dit fommeil , afin de les attaquer en cet état , avec des troupes fraîches. Mais rien ne fît tant paroître leur efprit Ôe leur habileté, DU MEXI QJCJ E. LIVRE r. 60 j que ce qu’ils imaginèrent contre les brigantins , dont ils tâ- chèrent de ruiner les forces trop puifîantes pour eux , en les defuniflant. Pour cet effet ils conftruifirent trente grandes barques , pareilles à celles que l’pn nomme Pirogues , mais bien plus vaftes, & renforcées de grofTes planches °en maniéré de pavefades 3 afin de combatre à couvert derrière cette efpece de rempart. Ils forcirent durant la nuit , avec cette flotte, pour aller fe pofler en certains endroits couverts de rofeaux que le lac produifoit, fi hauts & fi épais, qu’ils formoient comme une efpece de forêt impénétrable à la vue. Leur deflèin étoic de provoquer les brigantins, dont il y en avoir toujours deux qui alloient fucceffivemcnt en eourfe, afin d’empêcher les fecours qui entroient dans la Ville , .& de les attirer dans cette forée de^rofeaux. Ils avoient préparé trois ou quatre canots chargez de vivres , pour fervir d’amorce aux brigan- tins , &. un bon nombre de gros pieux qu’ils enfonçerent à fleur d’eau 3 afin que le choc mît en pièces nos vaifleaux: , ou au moins en un ii grand embarras , qu’il leur fut aifé de les abor- der. La difpofition de ce flraragême fait aièz connoître que les Mexicains fçavoient raifonner jufte, tant fur les moïensde fe défendre > que fur ceux d’offenfer leurs ennemis 5 & qu’ils avoient Pefprit afïèz éclairé , pour donner dans ces rafine- mens qui rendent les hommes ingénieux à la deflru&ion de leurs femblables , 6c qui fervent comme de principes à cet- te fcience , ou plutôt à ces maximes fi peu raisonnables s dont neanmoins on a compofé ce qu’on appelle raifon de la guerre. Le jour fuivant, deux des quatre brigantins qui fervoient à Pattaque de Sandoval, allèrent en eourfe de ce côté- là, com- mandez par les Capitaines Pierre de Barba & Jean Portillo. Du moment que les ennemis les eurent découverts , ils pouf, ferent à Teau leurs canots par un autre endroit 5 afin qu’a- prés avoir paru en belle prife , ils feigniffent de fuir , & qu’ils fe retiraient dans les rofeaux. Cet ordre fut éxecuté û à propos , que les deux brigantins s’élançant à force de rames fur cette prife, allèrent donner à travers des pieux, où ils s’embarra fièrent tellement, qu’ils ne pouvoienr ni avan- cer, ni reculer. En même-tems, les pirogues des ennemis fortirent , 6c G ggg »j éc4 HISTOIRE DE LA 'C.ONQUESTE vinrent à la charge avec une refolution defefperée. Les Es- pagnols fe virent a*lors en un très-grand péril: mais leur cou- rage faifant les derniers efforts , ils Soutinrent le combat, afin d’occuper les ennemis , pendant qu’ils firent deScendre quel- ques plongeurs, qui à force de bras ôc de haches, coupèrent ou écartèrent les pieux qui retenoient les brigantins. Ils eu- rent ainfi la liberté de fe manier, & de faire jouer leur ar- tillerie à travers la plus grande partie des pirogues • pour*. Suivant après cela à coups de canon , celles qui le fauvoicnt* Ainfi les Mexicains furent allez punis de leur rufe : mais les brigantins Sortirent de cette occafion fort maltraitez , & plu- sieurs Efpagnols bleflez. Le Capitaine Jean Portillo fut tué en ce combat , apres avoir contribué plus qu’aucun autre à la vi&oire, par fa valeur & Son a&ivité, Pierre de Barba y reçut auffi quelques bleflures , dont il mourut au bout de trois jours, Conez fut Senfiblement affligé de la perte de ces deux Officiers , particulièrement de Barba , fe voïant privé d’un ami également fur dans les difgraces $c dans les prof- peritez , 6c d’un Soldat braye Sans emportement , 6c façe fans foibleffe. Le General ne fut pas long tems fans trouver une occa- sion de tirer vengeance de leur mort. Les Mexicains aïanc r réparé leurs pirogues , & même augmenté le nombre, fè ca- chèrent encore au meme endroit , fortifié de nouveau 5 croïant fort temeraîfement , qu’on donneroit dans le même piege , fans qu’ils luy donnaflent une autre couleur. Cortez fut heureufement averti de ce mouvement de l’ennemi : comme il cherchoit à hâter autant qu’il fe pourroit, la ven- geance de fa perte, il envoïa flx brigantins à la file, fe met- tre en embufeade dans un autre endroit couvert de rofeaux, qui n’ëtoit pas éloigné des ennemis. Il ordonna , fur le mo^ dele de leur flatagcme , qu’un brigantin fortît à la pointe du jour • Sc qu’aprés avoir témoigné par differentes courfes,, qu’il cherchoit des canots qui portaient les vivres, il s’ap- prochât des pirogues ennemies , autant qu’il fèroit neceflài- re pour feindre qu’il les avoic découvertes , & pour tourner en, diligence , en les appellanc par fa fuite, au lieu de la contre, embufeade. La chofe reüffit comme il l’a voit ima- ginée. Les Mexicains dans leurs pirogues , pouilèrent vu DD MEXI QUE. Livré r. éoy cernent le brigantin qui. fuïoit • célébrant fa prife , qu’ils croïoient allurée y par de grands cris de joie avec une ar- deur incroïable. Lorsqu'ils furent à une diftance convena- ble, les autres brigantins s'avancèrent pour les- recevoir, ôe les falüerent de leur artillerie fi cruellement, que la premiè- re décharge emporta la plus grande partie des pirogues 5 laiflant un fi grand étonnement dans les autres qu'avant que ceux qui les défendoient euflenc pris aucun parti v ils périrent prefque tous, avec leurs bâti mens , à la fécondé décharge. Ainfi le General ne vangea pas feulement la mort de Barba &; de Portiilo , mais il eut encore l'avan- tage de ruiner abfolument la flotte des ennemis 3 reconnoife fane qu’il avoit appris des Mexicains la metode de dre fier des embufeades fur l’eau , mais avec une grande fatisfac- tion d’avoir fçu les copier fl parfaitement pour les bkw batre. On recevoir en ce tems:îa plufieurs avis de ce qui fe paflbit dans Mexique, par le moïen des prifonniers* que l’on faifoit aux attaques le General fçaehant que la faim Ôc la foif commençoient à tourmenter les afliegez & excitoient plufieurs bruits parmi la Populace, & diverfes opinions dans l’efprit des Soldats, il* donna tous fes foins à leur couper de toutes parts le paflage des vivres 5 ôc afin d’autorifer enco- re davantage la juftice de fes armes, if envoïa deux ou trois Nobles choifis entre les prifonniers , à Guatimo- zin , pour luy dire: Qu il Vinvitoit à faire U paix , en luy of- frant des partis avantageux , qui étaient , de luy laiffer fan Em- pire & toute fa Grandeur , pourvu feulement quai s obligeât a" reconnojtre la Souveraineté de l Empereur des Efipagneh , dont le droit étoit appmé entre les Mexicains , par la tradition de leur# ancêtres , & par le confient ement de tous les fie de s. G’eft en lu b fiance ce que Gortez propofa, & qu’il répéta plus d’une fois * parce qu’il avoit un extrême regret de fe voir forcé à' détruire une Ville fi belle & fi opulente, qu’il reçardoic déjà comme un riche ornement de la Couronne de foiP Pnnce. Guatimozin reçut cette propofition avec moins d’orgueil' qu’il n’en cénaoignoit ordinairement, ainfi que d’autres pri- fonniers le rapportèrent quelque terns après. Il afFembia k G ggg % 6 o 6 HISTOIRE DE LA CONQUESTE Confeil de fes Officiers & de Tes Minières, avec les Sacri- ficateurs, qui avoient la première voix dans les deliberations fur les affaires publiques. Il fonda fa propofinon fur l'état mi- ferable où la Ville fe trouvoit réduite, la perte des meilleurs Soldats, & les plaintes du Peuple fur la mifere qu’ils corn-, mençoient à endurer , 6c la deftru&ion de leurs maifons. II conclut en demandant leur confeil, 6c témoignant l'inclina- tion qu’il avoit à la parè j afin d’emporter leurs fentimens par ffaterie , ou par refpedt. Cela luy reüffit li bien , que tous les Officiers êc les Minières conclurent â recevoir les propofitions de paix, à écouter le parti qu’on luy offroit, ÔC à fe ménager du tems pour en examiner ce qui conviendroic le plus aux interets de l’Etat. Les feuls facrificateurs s’oppoferent au traité de paix, avec une opiniâtreté invincible , en feignant quelque reponfe de leurs Idoles , qui les affûroient de la vi&oire 3 i’impofture de ces faux Dieux paffant peut-être pour une vérité dans l’ef- prit de leurs Minières : parce que le Démon étoit alors fort intrigué, êc fouffloit aux oreilles de ces miferables, des fen- timens qu'il ne pouvoir infpirer au cœur de leurs Soldats. Quoyqu’ii en foit, leurs remontrances, armées du zele de la Religion , 6c de cette liberté qui fe couvre du voile de de- . vorion , eurent alors tant de force , que tous ceux du Con- feil revinrent à leur avis : ôc quoyque Guatimozin en eût dans le cœur un fujet de déplaifir, parce qu’il y fentoit déjà quelques prelages de fa ruine, il conclut neanmoins à con- tinuer la guerre 5 déclarant à fes Minières, qu’il feroit mou- rir le premier qui feroit allez hardi pour parler encore de la paix, quelque mifere que l’on fouflrîc dans la Ville- fans en excepter les Sacrificateurs même, qui dévoient foûcenir plus conftamment que les autres , le fentiment de leurs Oracles. Cortez aïant fçû cette refolution , entreprit d’attaquer Me- xique par les trois chauffées en même- tems, à deffêin de porter le fer 6c le feu jufques dans le cœur de cette Ville: êc après avoir envoie fes ordres aux Commandans des deux attaques de Tacuba 6c de Tepeaquilla , 6c marqué une heu- re precife , il marcha par la digue de Cuyoacan, à la tête des troupes 6c de Chriffophle d’Osid. Les ennemis avoient ouvert les foffez , 6c élevé des ramparts à leur maniéré or- DU MEXIQUE. LIt'RE V. 6oy limite j mais ies cinq brigantins de cetre attaque rompirent ailé ment les fortifications au même - tems qu'on comblait les fofiêz. Ainfi l'armée paffa fans aucun obitncle confiderable* On trouva neanmoins une difficulté d’une autre efpece, au der- nier pont qui touchoit au quai de la Ville. Ils a voient taillé une partie de la chauffée de foixante pieds de longueur $c fait renfler l’eau du long des. quais y afin de la rendre plus haute dans ce folié. Son bord du côté de la Ville ëtoit forti- fié de madriers , de deux ou trois rangs de groifes planches bien jointes & bien chevillées, avec de bonnes traverfes. Les troupes qui défendoient ce rempart étoient prefque inombra- bles. Cependant les premiers coups de canon brifèrent cette machine j 6e les ennemis , dont piufieurs furent tuez par les pièces du débris, fe voïant découverts 6c expofez à I’artille- rie, fe retirèrent dans la Ville, fans tourner le vifage, & auflï fans ceffer de menacer. L’abord du quai demeura libre 5 6c le General voulant gagner du tems , commanda d'abord ies Soldats Efpagnols pour s'en faifîr, en fe fervant de la commo- dité des brigantins & des canots des Alliez, qui les portèrent à terre. Les Alliez 6e la Cavalerie payèrent par -la .même voie, avec trois pièces d artillerie , qui parurent fuffifantes pour cette action. Avant que d'aller aux ennemis , qui fe montroient encore derrière les tranchées coupées à travers les rues . le General ordonna au Treforier Julien Alderete de demeurer /afin de faire combler^ de garder le foffé, Sc aux brigantins de s’appro- cher des quais, afin de faireje plus de mal qu’ils pourroienc aux ennemis. L’efcarmouche commença aufiï.tôt ] 6c Aide- rete entendant le bruit de ce combat, 6e voïant le pro^rez des Efpagnols, appréhenda que l’emploi de faire comble» un fofFé, lorfque fes Compagnons étoient aux mains, ne fit trop bas, indigne de fes foins. Il fe laiffa donc emporter indis- crètement a 1 occafion • laiffant cette fonétion à un autre, qui ne fçue l'éxecuter , ou ne voulut point fe charger d’un em- ploi fubdelegué, êe décrié par celuy-ià même qui le luy com. metroit. Ainfi toute la troupe qu'il commandoit le fuivit au- combat j Sc ce folié qu’on n’avoit fçû pafîer en entrant demeui. ra abandonné. Les Mexicains foûtinrent vaillamment les premières atta~ * éoî HISTOIRE DE LA CONQUE STE fumée au haut du Temple , pour avertir les autres Ca- pitaines de l’endroit où il fe trouvoit , ou pour s’attirer par cette démonflration , des applaudiffemens de fa dili- gence. La troupe qu’Olid conduifoit , commandée par le Gene- ral en perfonne , arriva peu de tems après à la place • 6c la foule des Mexicains qui fuïoient devant eux, vint fe jetter dans le bataillon qu’ Alvarado avoir formé à tout autre def- fein. Prefque tous ces fuïards y périrent , étant batus de tous cotez 5 6c la même chofe arriva à ceux qui étoient pouffez par les troupes de Sandoval , qui fe rendit bien-tôt après au même lieu. Les Mexicains retirez dans les rués qui conduifoient aux autres places de leur Ville, votant les forces des Efpagnols unies, coururent avec empreffement , pour défendre la per- fonne de l’Empereur -, s’imaginant qu’on alloit l’attaquer : ce qui donna lieu au General de faire fes logemens fans obfla- de. Il laiffa quelques troupes dans les rues qui étoient der- rière la place, afin de pourvoir à la fureté de fon armée de ce côté là j 6c il ordonna aux Capitaines des brigantins 6C des canots , de courir inceflàmment d’une digue à l’autre, & de l’avertir , s’il fe prefentoit quelque chofe de eonfidera- ■We. On fut obligé d’abord à débarraffer la place, des corps DU MEXIQUE, livre y. 612 morts des Mexicains j à quoy on emploïa quelques Compa> gnies des Alliez , qui les jetterent dans les rues où l’eau étoit la plus haute. On mit à leur tête des Commandans Efpngnols j afin d’empêcher qu’ils ne fe dérobafTent avec Jeur miferable charge, pour en faire ces abominables feflms de chair humaine, qui étoient la derniere fête de leurs vic- toires. Neanmoins, avec toutes ces précautions il fut impof- iihle d’arracher entièrement la racine de ce mal: mais on en bannit au moins l’éxcez 5 êc la diffi mutation en couvrit la tolé- rance. On vid venir cette même nuit diverfes troupes de Païfans à demi-morts , qui venoient vendre leur liberté pour leur fub- il (tan ce : &; quoyqu’il y eut lieu de croire qu’on les a voie chaffez comme des bouches inutiles, faute de vivres, iis fi- rent tant de pitié ^ que le General, qui fe promettait de la force de fe s armes ce qu’il n’efperoit plus de la longueur d’un fiege, ordonna qu’on leur fournît des rafraîchiflemens^ afin qu’ils eufTent la force d’alter chercher leur vie hors de la Ville. Au point du jour, on vid les rues dont les Mexicains étoient encore les maîtres, pleines de leurs Soldats , qui venoient feu- lement à defîein de couvrir les fortifications qu’ils vouloient faire, pour défendre leur derniere retraite. Le General voïant qu’ils ne l’attaquoient pas , fufpendit auffi le defîein formé de donner un dernier afîaut j parce qu’il foûhaitoit remettre fur pied le traité de paix, puifqu’il paroiffoit vrai- femblable qu’ils entreroient en capitulation, au moins quand ils connoî- troient que fon intention n -étoit pas de les détruire, en leur offrant encore quelque parti lorfque les forces étoient unies êc qu’il étoit maître de la meilleure partie de la Ville. Il donna cette co m midi on à trois ou quatre prifonniers des plus qua- lifiez i avec quelque efperance qu’elle avoir fait quelque effet, îoriqu’il vid retirer les troupes difpofées à la défenfé des rués. L’endroit que Guatimozin occupoit avec fa Noblefîe , fes M'iniftres &. le refie de fes Soldats , faifoic un angle fort fpa- cieux, dont la plus grande partie étoit entourée des eaux du lac • & l’autre peu éloignée de Tlateluco, fe trouvoit forti- fiée par toutes les avenues,, d’une efpece de circonvallation I i i i ij g I '! I 6 io HISTOIRE DE LA CONQUESTE degrodes planches garnies de fâcines , qui touchoient de partr 6c cfattre aux maifons, 6c au-devanr un folié plein d’eau & très-profond , qu’ils avoient fait prefque tout entier à la main, aïant coupé les rues en terre- ferme , afin de recevoir les eaux qui couroient au long des quais. Le jour fuivant, Cortez fuü vi de la plus grande parrie des Efpagnols, s’avança jufques aux endroits que les ennemis avoient abandonnez, 6c rencon^ trà leurs fortifications, dont toute la ligne ©toit couronnée d’une multitude prefque innombrable de Peuple ^ mais avec quelques marques de paix, qui fe reduifoient à retenir le fos* de leurs inftrumens de guerre , & le bruit de leurs cris. Il fit deux ou trois autres fois le même mouvement, en s’approchant auec les Efpagnols, dans attaquerai provoquer les ennemis: & oa reconnut qu’ils avoient le même ordre , parce qu’ils baifîoiens leurs armes, 6c donnoient à connoître par leur filence 6c par leu&' repos, que les traitez qui produifoient cetteefpece de trêve, ne leur étoient pas defagreable. On remarqua en même-tems, les efforts qu’ils faifoient de cacher la necefîité qu’ils enduroient, 6c de marquer avec où tentation , que s’ils fouhaitoient Ja paix , ce n’étoit pas faute de valeur. Ils mangeoient publiquement fur leurs terraffes^ d’où ils jettoient au Peuple quelques' tourteaux de maizj afin qu’on crût qu’ils avoient des vivres de relie : 6c de tems en tems, on voïoit fortir quelques Capitaines , qui venoient dé- fier au combat fingulier les plus braves des Efpagnols. Mais» leurs inftances duroient peu 3 6c ils retournoient bien- tôt, aulîl contens de leur bravoure, qu’ils l’auroient été de la viffoire,- Un de ces braves s’approcha un jour du quartier du Gene- ral. L’Indien paroiffoit être un des principaux, „à fa parure^ êc fes armes étoient une épée 6c un bouclier de quelque Efpagnol qu’ils avoient facrifié. Il répéta plufieurs fois fon. défi , avec une extrême arrogance 3 en forte que Cortez fati- gué de fescris ôc de. fes gefles , luy fit* dire par fon Truche- ment : £)ue s'il vouloit amener dix autres Soldats avec foy , on per* 7nettroit\ que cet Efpagnol les ccmbath tout enfemble. En diîant cela, le General luy montroit le Page qui portoitfon bouclier,. Le Mexicain fentit bien ce trait de mépris: neanmoins, fans en témoigner rien , il revint à défier avec plus d’infolence. Le Bage , nommé Jean Nugnez de Marcado , pouvoir avoir feize., DU M E X I QJJ E. LIVRE V. én ©u dix fept ans. Il crut que ce combat le regardoit; puifqu’d étoit défigné pour le faire : 6c il fe déroba fi adroitement d’anprés du General , fans qu’on s’en apperçut pour le rete- nir , qu’aïant paffé le fofie comme il pivt, il chargea le Me- xicain , qui l’attendoit- en- bonne pofture. Nugnez para fon- coup du bouclier, 6c luy porta de même.tems une eftocade y avec tant de force & de courage , qu’il le jetta mort à fes pieds. Cette aélion fut celebrée de tous les Efpagnols pa£ de grands appIaudifTemens , 6c ne s’attira pas moins d’admn ration de la parc des ennemis. Le Page revint aux pieds de fon Maître, avec l’épée 6c le bouclier du vaincu : 6c Cortex extrêmement fatisfait de voir tant de valeur en une fi gran* de jeunefle , TembrafFa plufieurs fois , & luy ceignit de fa main l’épée qu'il avoir gagnée -, luy confirmant a in fi le titre qu’il avoir acquis par fon courage , 6c qui luy donna une efi time au deflus de fon âge, entre les plus braves Soldats de l’armée. Pendant les trois ou quatre jours que cette fufpenfion d’ar~ mes dura, le Confeil de Guatimozin s’aflèmbla plufieurs fois,, pour délibérer fur les propofitions de Cortez. La plus gran- de partie des avis alloit , à entrer en quelque traité, par la con- fideration de l’extrême mifere où ils fe trouvoient réduits, - Quelques autres concluoient à la guerre , réglant leurs avis fur l’inclination que l’Empereur témoig.noit pour ce parti : 6c ces infâmes Sacrificateurs, dont les confeils étoient des com- mandemens de la parc de leurs Idoles, fortifièrent la derniere* opinion • mêlant les promefles dè la vicloire , avec quelques- menaces mifterieufes prononcées eiv maniérés d’Oracles , qui ©chauferent les efprits , en leur communiquant la fureur dont- ils étoient animez. Ainff tout le Confèii refoiut de repren-- dre les armes 5 6c Guatimozin fe rendit à cet avis , donnant à fon obflination le titre d’obeïfïance : neanmoins il ordon- na, avant que de rompre la trêve , que toutes les pirogues* 6c les canots fe rcndiiTent à une efpece de port que le lac formoit en cet endroit là -, afin de fe préparer une retraite,, en cas qu’on fe vîd pouffé- à la derniere extrémité. Cet ordre fut éxecutéj 6c une multitude cffroïable de toute-' forte d’embarcations entra dans ce port, fans être remplis* d’autres perfonnes , que des rameurs/ Les Capitaines Efpa^ lin iij/ &ii HISTOIRE DE LA CO N QEf ESTE gnols qui croient fur le lac, informèrent auffi-tôt le General de ce nouvel incident 5 & il devina aifément que lesMexicains prenoient ces mefures , afin de fauver la perfonne de leur Prince. Il dépêcha auffi-tôt Sandoval , en qualité de Capitaine Ge- neral de tous les brigantins , avec ordre d’affieger le port,, & de prendre fur fon compte tout ce qui arriveroit en cet endroit. Il mit alors fes troupes en mouvement , pour s'approcher des fortifications des ennemis , &, hâter les refoîutions de la paix , par les menaces de la guerre. Ils avoient déjà reç u l'or- dre de fe mettre en défenfe ; & avant que l'avant-garde des Efpagnols s’approchât , leurs cris annoncèrent la rupture du traité. Les Mexicains fe préparèrent au combat, avec beau- coup de hardieffe > mais ils reconnurent bien- tôt l’égarement de leur orgueil , par le débris que les premiers coups de la bacerie ürent de leurs foibles remparts. Ils ne virent plus que le pé- ril qui les menaçoit • & félon ce qui parut , iis en donnèrent avis À Guatimozin.: parce qu’ils ne furent pas long- rems fans mon- trer quelques drapeaux blancs, répétant plufieurs fois le nom de Paix. ; On leur fit entendre par les Truchemens, que ceux qui avoient quelque chofe àpropofer de la part de leur Prince, pouvoienc s'approcher. Sur cette aflurance, trois ou quatre Mexicains ^en habit de Miniftres , fe prefenterentde l'autre côté du fofTéj & apres avoir fait, fuivant leur coutume, de profondes humi- liations , avec une gravité afFedée, ils dirent â Cortez : Que la Majeflé Souveraine du puiffant Guatimozin leur Seigneur , les .avoit nommez four traiter de la paix \ (fi qu Elle les avoit envoie afin qu après avoir écouté ce que le Capitaine des Efpagnols leur propofieroit , ils revinjfent l'informer des articles de la capitulation . Le General répondit *. Jgue la paix étoit limtque but de fies ar- mes ÿ (fi qu encore qu il fût alors en état de donner U loy' à ceux qui ètoient fi long tems à conneïtre la raifion , il faifioit encore cette ouverture , afin de reprendre le traité quon avoit rompu : mais que des affaires de cette qualité s ajufioient difficilement , par la voie dira tiers s (fi qu' ain fi il étoit neceffaire que leur Prince fié laifsdt voir 9 au moins qu il s'approchât , accompagné de fies Minifires (fi de fies Confie illcr s , afin de les conflit cr fur le champ , s'il fie prefentoit quelque difficulté ■ Qu'il n’ avoit point d'autre defifein y que d'accepter tous les partis qui ne bleJfcYoient point l' autorité fi uver aine de fin Princes Bü MEXI QJJ E. livre K ^ é ' qu' à cette fin il engageoit fi parole ( qu’il confirma par un 1er- rtïcnt ) mn-JèulmenP de faire ccffer les actes d'bofiilité ,* mais d'em- ftoïer pour le fer vice de l'Empereur de Mexique , toute l'attention necejfaire à procurer U fi ur été de fa perfinne , é 1 le refpeiï qui luy, étoit du. Les Envoïez fe retirèrent avec cette réponfè, fort fatisfajts en apparence, 6c revinrent le même jour , alTurer que leur Prince viendroit le lendemain, avec (es Miniftres 6c fes Ofïh- £iers 5 afin de prendre luy- même, communication des articles du traire de paix. Leur deflèin étoit d’entretenir cette négocia- tion, fous divers prétextes , jufques à ce que tous ieurs^ bâti- mens fu fient prêts , pour affûter la retraite de l’Empereur qu’ils avoient refoluë. Ainfi les mêmes Envoïez revinrent l l’heure defignée , donner avis que Gtiatimozin ne pouvoir ve- nir que le jour fuivant , à caufe d’un accident qui luy étoit ar- rivé. On remit après cela l’entrevuê , fous prétexté d’ajufter quelques formalités fur la fceance, 6c les autres ceremonies. Enfin quatre jours fe pafTerent en ces pourparlers Correz ne découvrit l’artifice , que plus tard qu’on ne devoir attendre d’un efprit au ffi éclairé : mais il étoit fiperfkadé qu’ils fbuhai- toient la paix , ? en fe fondant fur l’état auquel ils éïoient , qu’il avoir déjà pris des mefures d’éclat Ôc d ollentation pour' rece- voir Guatimozin 3 6c lorfqu’il apprit ce qui fe pailoit fur le lac il eut quelque honte fecrete, d’avoir foûtenu la bonne- foi con- tre tant de remifes, & il ne put s s empêcher d’éclater par quel- ques menaces contre fon ennemi 5 faifant fervïr fa colere à ca- cher fa confufion , & trouvant apparament quelque différence entre l’aveu d’une offenfe qu’on nous a faite , 6c celoy d’une tromperie donmous avons été furpris. HISTOIRE DE LA CON QLJESTE CHAPITRE XXV. Les Mexicains font un effort pour fe retirer par la *voie du lac. Grand combat de leurs canots contre les bri- gantins , à deffein de faciliter la retraite de Guatimo'zin* Il efi enfin pris , & U Ville fe rend à Cortex % A U point du jour marqué par Cortez , pour Ton entrevûë avec Guatimozin, Sandoval reconnut que les Mexicains s’embarquoient à ladiâte , fur les canots qui étoient dans le port. Il en avertit aufîî tôt ie General, & aflèmbla Tes brigantins feparez en differens polies -, afin de pouvoir Te fervir de leur artillerie. En ce moment , les canots des ennemis fe mirent à la rame. Ils portoient toute la Nobleffe Mexicaine, & pref, -que tous les principaux Chefs qui commandoient leurs troupes» parce qu'ils s’étoient déterminez à faire un furieux effort contre les brigantins, &àfoûtenirlecombatàtoutes rifques,jufques à ee que la perfonne de l’Empereur fût mife en fûreté,durant cette diverfïon des forces ennemies ; après quoy chacun devoir pren- dre differentes routes pour le fuivre. C’efl ainfî qu'ils l’éxecute- -rent, en attaquant les brigantins avec tant de vigueur , que fans s’étonner du fracas que les boulets firent à l’abord, ils s'approchèrent jufques à la portée de la pique &, de l’épée. Pendant qu’ils combatoient ainfî d’une extrême fureur , San- doval remarqua que fix ou fept pirogues s’échapoient à force t de rames, par l'endroit le plus éloigné : & il ordonna au Ca- pitaine Gardas d'HoIguin, de leur donner la challe avec foe ibrigantin , & de tâcher de les prendre , en les endommageant le moins qu’il luy feroit poffible. Il confia cet emploi à Holguin, tant parce qu’il connoiffoit fa valeur & fon adivité, qu’à caufe de la îegereté de fon brigan- ftin , qui confifloit peut-, être en la force des Rameurs , ou parce que fa çonflrudion le rendoit plus coulant j ce qui importe ^beaucoup en cette forte de bâtimens. Ce Capitaine., fans em- |>lcïer d’autre tems que celuy qu’il faloit pour revirer, & don- ner .T DU M E X I Q_U E. Livre V. ^ mr un moment d'haleine aux Rameurs, les pouffa enfuite fi vigoureufement par fa diligence, qu’en peu de tems il gagna allez d'avantage pour tourner la prouë, ôc fe laiffer tomber fur la pirogue qui étoit à la tête des autres, & paroiffoit en avoir le commandement. Elles s’arrêtèrent toutes en même- terns, & haufferent les rames quand elles fe virent inverties; & les Mexicains qui étoient fur la première , crièrent qu’on me tirât pas, parce que la pehonne de l’Empereur étoit fur ce vaiffcau . ce qui fut entendu par des Efpagnols, qui fçavoient déjà quelques mots de la langue de Mexique. Les Indiens baifferent encore les armes, afen qu’on les comprît mieux & accompagnèrent leurs prières de toutes les démonrtrations de gens qui fe foûmetrenr. En ce moment le brigantin aborda la pirogue * & Holguin, avec quelques Efpagnols , fe jetta fur les prifonniers. Guatimozm s'avança le premier * 6c reconnoif- fant le Capitaine, à la déference qu’on luy rendoit •; j e fai s ^ luy dit-il , votre prifennierb & j'irai oh vous voudrez, j le vous prie feulement de faire quelque attention à l'honneur de l' Impératrice & des femmes de fa fuite. Audi- tôt il paffa dans le bngan tin, & donna la main à fa femme, pour l'aider à monter, avec une fi grande prefence d’efprit, que connoifîant qu’-Holguin étok en peine de ce que les autres pirogues feroient, il luy dit: Ne votss inquiété ^ point de ces gens de ma fuite , ils viendront tous mourir aux pieds de leur Prince. En effet, au premier ligne qu’il Et, ils laifferent tomber leurs armes, Ôt fuivirenc le brigantin comme prifonniers par devoir. Cependant Sandoval combatoit contre les canots des enne- mis j 6c on connut bien à leur refïrtance , la qualité de ceux qui les remplLffoient , & le courage de cette Nobleffe , qui avoit pris a tache de répandre tout fon fang, pour faciliter la liberté de fon Prince. Neanmoins le combat ceffa bien-tôt quand ils reçurent la nouvelle de fa prifon : 6c partant en un inrtant, de la furprife au defefpoir, les cris de guerre fe tour- nèrent en pleurs , 6c en lamentations d’un bruit encore plus confus. Non - feulement ils fe rendoient avec peu ou point de refïrtance * mais encore plufieurs Nobles s'emportèrent d paffer dans les brigantins, afin de fuivre la fortune de leur Prince. Gardas d Holguin arriva en ce moment, après avoir en. Kkkk 1 i « | 1 i i y w S • ■ ê % il I m ès il ■f ‘i il il ' 1 ■Il 1 6i6 HISTOIRE DE LA CONQUE STE voie un canot à toures rames , porter cet avis à Cortez*, fans Rapprocher de trop prés du brigantin de Sandovai , il luy fit part comme en pafTant, de cet heureux fuccezraprés quoy,. voïant ce Commandant fort difpofé à fe charger d’un prifonnier de cette importance , il fuivit fa route 5 de peur que cette in- clination de Sandovai ne devînt un ordre précis , & que la ré- pugnance qu s il avoit d’y obéir, ne fe tournât en crime. On continuoit dans la Ville à attaquer les tranchées ; & les Mexicains qui s’étoient offerts à les défendre, afin de faire une diverfion de ce côté -là, combatirent avec une confiance & une hardieffe furprenantes, jufques à ce qu’aïant appris par leurs fentinelles , le débris des pirogues qui efcortoient Guatimo^ zin, ils fe retirèrent confufément -, fans neanmoins paroîtrelâ* ches , mais feulement étonnez. On connut bien-tôt la raifon de ce mouvement , lorfque ?avis que le canot dépêché par Holguin arriva. Le Gene- ral leva les yeux au Ciel, comme vers la fource de tout fon bonheur 5 Ôcmanda auffi-tôtà tous les Commandans des atta- ques , de fe maintenir à la vûë des remparts , fans s’engager plus avant , jufques à nouvel ordre. En meme- tems, il en« voia deux Compagnies d’Efpagnols à la defcente , avec ordre de s’affûrer de la perfonne de Guatimozin 5 .& fortit allez loin hors de fon logis , pour le recevoir ce qu’il fit avec beaucoup de civilité & de reverences , ces démonftrations extérieures tenant lieu de paroles. Guatimozin répondit de la même maniéré , en produifaiat la reconnoifïance , pour couvrir fon dépit. Lorfqu’ils furent à la porte du logis , toute la fuite de I Em- pereur s’arrêta 5 &c ce Prince entra le premier , avec 1 Impé- ratrice , affeébant de témoigner qu’il ne refufoit pas d entrer en prifon. fl s’affit auffi-t ôt, avec fa femme 5 ôc un moment après il fe leva, pour faire affeoir le General Qe poffedant fi bien en ces commencemens , que reconnoiffant les Truche- mens, au pofle qu'ils occupoient, il commença la converfà- tion , en difant à Cortez : Qu attende z^vom , généreux Capitaine , pour m oter la vie avec ce poignard que vous ave^uu cote ? Des prifonniers de ma forte ne fervent que d embarras aux vainqueurs* Sortez, en promtement 0 & que faie le bonheur de monrit par vos mains puifqnc je n ai pas obtenu celuy de mourir pour ma Patrie* ✓V. DU MEXIQUE, livre v. 6 1 7 En cet endroit toute fa confiance l’abandonna • &. les pleurs «qui ctouffoient fa voix , & forçoient la refillance de Tes yeux , expliquèrent le refie. L’imperarrice les laifla cou- ler avec moins de referve * & Cortez fut obligé de faire vio. lence à fa tendreiïe , & à la compaffion que ce trille Ipe&acle luy caufoit. Il lailTa quelque tems à la douleur de ces affligez, & répondit enfin à l’Empereur : Qu il riétoit pas fin prifinmer) & que fa. Grandeur n étoit pas tombée dans une pareille difgrace , in- digne d'Elle : mais qu il èt&it prifinnier d'un Prince fi puijfant ) qu'il ne reconnoijfoit point de Supérieur en ce monda &fi bon y que Gua- timoz>in ne pouvait pas feulement efperer fa liberté , de U roïale cle- Mence de ce grand Prince , mais encore l' Empire de fis ancêtres , aug- menté du glorieux titre de fin amitié . Jguen attendant lt tems quil faloit pour recevoir fis ordres fur ce fujet , il feroit fervi & refpeclè par les Efpagnols , de maniéré qu'il ne trouver oit point de différence entre leur obeiffance , & celle de fis Sujets, Ii voulut palier de là, à quelques motifs de confolation , fondez fur l’exemple des Sou- verains tombez en de femblables dilgraces 5 mais la douleur de Guatimozin étoit encore trop tendre, pour fouffrir des reme- ttes : & le General appréhenda de le mortifier làns le réfoudre - parce qu’on n’a point encore trouvé de confolation pour les Hois dépoffedez, 6c qu’il étoit difficile de rencontrer de la relL gnation, en un efprit qui manquait de la véritable connoifiance de Dieu. Guatimozin étoit un jeune homme d’environ vingt- quatre ans , & fi brave , qu'en cet âge , il avoit acquis par les exploits par plufieurs vi&oires^ tous les honneurs quiéîevoient les Nobles au rang d’où on droit les Empereurs. Sa taille étoit fort bien proportionnée * haute fans foibleffe , 6c ro bu lie fans difformité. On voïoit fur fon teint une blancheur fi éloignée de la couleur bazannée des Indiens , qu’il paroiflbit comme Etranger entre ceux de fa Nation. Ses traits n’avoient rien de defagreable : ils marquoient neanmoins beaucoup de fierté j 6c en effet , ce Prince avoit tant d’inclination à s’attirer l’ellime 6c le refped, qu’il confervoit toute fa majellé au milieu de fon af- ffi&ion. L’Imperatrice étoit du même âge que fon mari. Elle attiroit les yeux par la grâce 6c la vivacité de fes maniérés : 6c fon vifage , moins délicat qu’il ne convient à une Dame , avoit nean- moins à l’abord quelque air de beauté , qu’il ne fflûtenoit pas- KkKK ij s : t * éi 8 HISTOIRE DE LA C ON QUE S TE mais le refpeét lauvoic ce que l’agrément n’avoic pû conferver» Elle étoit niece du grand Motezuma,ou, félon quelques Au- teurs, fa fille : êclorfque Cortez l’eût appris, il luy renouvelle les offres de fon fervice j fe tenant encore plus étroitement obli- gé à rendre à la perfonne de cette PrincefTe, la vénération qu’il confervoit à la mémoire de l’Empereur. Cependant il fe fentoit preffé de retourner à fon armée, afin d’achever de foû- mettre cette partie de la Ville que les ennemis tenoient encore* ce qui l’obligea à finir la converfation , en prenant congé fort civilement , de fes deux prifonniers , qu’il mit entre les mains de Sandoval , avec une bonne garde. Avant quele General fût parti, on vint l’avertir que Guatimozin ledemandoit, âdeffèin de luy faire quelque priere en faveur de fes Sujets. Ce Prince le conjura avec beaucoup d’ardeur : gu il ne fiuffrit point qu'on la maltraitât , ni qu'on leur fit aucune injure s puifquil fuffifoit pour les obliger à fe rendre , qu'ils fçujfent que leur Empereur étoit pris. Il avoit le jugement fi libre , qu’il pénétra la raifon qui obli- geoit Cortez à fe retirer : ôc ce foin , digne véritablement d’une ame Roïale, trouva place entre des déplaifirs fi touchans. Quoy. que le General luy eût promis toute forte de bon traitement en faveur de fes Sujets, il fouhaita neanmoins qu’un de fes Miniftres Faccompagnat : ordonnant par ce Miniftre , aux Soldats 5c m . relie de fes Vaffaux, d’obeïrau Capitaineries Efpagnolsypuif- qu’il n’étoit pas juffe qu’ils irritaient un homme qui tenoit leur Prince en fon pouvoir, ni de refufer de fe conformer aux ordres de leurs Dieux. L’armée étoit encore au même polie ou le General Ta voir laiftée, fans qu’il fût arrivé aucun mouvement conliderable 5 parce que les ennemis , qui s’étoient retirez avec tout l’étonne- ment où la nouvelle de la prife de leur Empereur les avoit jettez, fe trouvèrent alors fans vigueur pour fe défendre , 5c fans ef- prit pour dreffer des articles d’une capitulation. Le Miniftre de Guatimozin entra dans leurs quartiers : 5c à peine leur eût-il déclaré les ordres dont il étoit porteur, qu’ils s’y foûmirent, en proteftant de leur obeïflance. On arrêta , par l’interpofition du même Miniftre y qu’ils for- tiroient fans armes 5c fans bagage j ce qu’ils éxecuterent avec tant d’empreffement , que leur forne n’occupa que fort peu de tems. Le nombre de leurs gens de guerre , apres tant de pertes^ DU M E X I QJO E. LIVRE V . 6: 9 furprit les Efpagnols. Le General eut grand loin qu’on ne leur fk aucun mauvais traitement ^ Sc Tes ordres écoient fi refpeélez, que l’on n’entendit pas même une feule parole injurieufe entre les Nations alliées, qui avoient tant d'horreur pour les Mexicains, Après cela, l’armée entra en bataille, pour reconnoitre de tous cotez cette partie de la Ville, ou on ne trouva que des objets funefles d’une rnifere horrible à la vûë, Ôc qui infpiroit de trifles réflexions : des invalides , des malades qui n’avoient pu fuivre les autres , & quelques blefîez qui deroandoient la mort, accufant la pitié de leurs vainqueurs. Mais rien ne parut fîef- froïable aux Efpagnols , que certaines cours & maifons defer- tes, où iis avoiént entaffé les cadavres des hommes de confî- Aération qui étoient morts dans les combats j à defTein de ce- lebrer leurs funérailles en un autre tems 0 11 en fortoit une odeur fl infuportable, qu’on eraignoit même derefpirer $ & ve- ritabîement , il s’en faloit peu que l’air n’en fût empeflé : ce qui fît hâter la refblution de la retraite. Le General aïant donc dif» tribué des quartiers dans la Ville, à Sandoval & à Âlvarado loin d’un lieu dont la contagion étoitij dangereufe , & donné tous les ordres qui luy parurent necefiaires , fe retira avec fes prifonniers à Cuyoacan 5 menant avec foy les troupes condui- tes par Chriflophle d’Olid, pendant qu’on nettoïoit la Ville de toutes ces horreurs. Il y retourna quelques jours après, afin de délibérer fur l’ordre & la forme que l’on devoir donner à la nouvelle conquête, pour l’établir êc la maintenir fûrement enfin a ranger toutes les mefures, épuifer les reflexions qui rouloient déjà dans l’imagination, comme des fuites d’un bon» heur fi furprenanr. La prifon de Guatimozin & la reddition entiers de Mexique, arrivèrent le treiziéme jour du mois d’Août de l’année mil cinq cens vingt- un, jour & Fête de faint Hipolyte, dont pour reverer la mémoire , cette Ville célébré la Fête fous le titre de Patron. Le fiege dura quatre-vingt treize jours : êc dans û divers incidens, heureux ou malheureux, on doit également admirer le jugement, la confiance & la valeur de Cortez, le courage infatigable des Efpagnols, & encore l’union & robexf- fance des Nations alliées 5 accordant aux Mexicains , la gloire d’avoir pouffé la défenfe de leur Patrie & celle de leur Prince^, jufques aux derniers efforts de valeur & de patience. Kk-kk iij In) J | é 3 0 HISTOIRE DE LA G ON QU ESTE, &c. Après la pnfe de Guatimozin & la conquête de la Ville ca- pitale de ce grand Empire , les Princes tributaires furent les premiers à venir rendre leurs hommages & leurs fournirions. Les Caciques voifîns fuivirent bien - tôt cet exemple : ce que les uns donnèrent à la réputation des Efpagnols j & les autres, à la terreur des armes qu’on leur fit fentir. C’effc ainfî qu’on for- ma en peu de tems cette vafte Monarchie , qui a mérité le nom de Nouvelle Efpagne 5 le grand Empereur Charles- Quint ne devant pas moins à Hernan Cortez , qu’une Couronne digne de fon augufte front: Admirable conquête, 6c Capitaine tres- illuftre entre ceux que desiiecles entiers ne produifent qu’avec peine , U dont on voit fi peu d’exemples dans l’Hiftoire. &* <*& ia>> W 5cS?) ^ <^V2?) VÜ?> ^ V2?J ^ «?J VS* é£> 'dfc <$ v|^ ê|j 4 $i$<%àùf*Cfi TA B L E DES CHOSES LES PLUS REMARQUABLES contenues dans cet Ouvrage. A. A Chapts & ventes.- Ma- niéré d'acheter & de ven- dre , dont ufoient les Me- xicains , 275. Leurs lieux de commerce. ibid . Adrien Florent Cardinal , vient en Elpagne de la part de Charles- Quint, 9.. Divers railonnemens des Politiques , fur le Gouverne- ment de cet Envoie , & du Car- dinal Ximenez, ibid. & ftq, On remet à' Adrien & au Conlèil des Prélats & des Minières , la Re- quête de Cortez , 204. îl s’inte- relïè fort pour ce General, 512. Il eft élu Pape. yi 6 Aigle d’une grandeur & d’une vo- racité extraordinaire dans le Me- xique. 2S0 Alonfe dé A vila envoie par Cortez à Pille de Saint Domingue. 509. • Alonfe de Grado va pour Lieute- nant de Sandoval à Vera-Cruz. ■ 332. Alonfe Hernandez. Portocarrero por- te à la Cour d'Élpagne les dépê- ches de Cortez;- 146 Alonfe de Mendofa vient député par Cortez en Elpagne. 50 S Atnador de Larix , Trelorier du Roi , propolè Cortez pour l'ex- pédition delà Nouvelle Elpagne, 3i* Ambajfades. Maniéré de les faire chez les Indiens, i6î. Réception des Zempoales envolez par Cor- tez à Tlalcala, ibid. & feq. Am- baflade de Motezuma à Cortez, 133. Autre Ambaflàde du même Prince à ce General, 214; Des Atnbalïàdeurs de Mexique vien- nent à Tlafcala. 477 Andaloufe affligée de guerte civile. 12. André de Duero donne à connoître que Cortez eft tres-propre pour la conquête de la Nouvelle Ef- pagne, 31. Luy dreffe un Brevet- fort honorable pour -cette Corn- miffion, 33. Il s'embarque avec Narvaez , 362, Avec lequel il rompt mal-à-propos, p 6 . Il par« le en Cour, en prelèncedes Mi- nières députez par l’Empereur, en faveur de Velalquez. 519? Animaux venimeux nourris , félon queques-uns , dans un des Palais de Motezuma. 280 Années. Comment comptées par les Mexicains. 299 Antoine d'Alaminos Pilote Major, dépêché en Elpagne avec les En- mr mm TABLE DES CHOSES voiez de Cortez, 147. Il informe l'Empereur de tout ce qui re- garde le Nouveau Monde. 203 Armes. Quelles écoienc les armes ofiFènfives 8c défeniives dont fe 1 er voient les Indiens. 70. & 71. Ce qu’on doit entendre par ces armes défeniives , que les Espa- gnols nomment Efbaupiles , 8c qui furent inventées par Cor- tez. 41 Armées. Nombre des ^Soldats qui compofoient -celle de Cortez , 525. & fcej . Maniéré qu'obfèr- voient les Indiens de la Nouvelle Efpagne, tant à ranger leurs armées , qu'à combatre, 70. & lu Arragon . Ce Roïaume eft dans de grands troubles, au fujet du Gou- vernement. 12 Aftrologues. Milères ordinaires à ces fortes de Devins, 455. & 4.56 B, B Anderâs , ou Bannières. Riviere de ce nom dans la Nouvelle Es- pagne, 23. Pourquoy ainfi nom- mée, Ibid. Ce qui arriva à Jean de Grijalva, quand il y vint, Ibid. Barthelemi de las Cafas, Evêque de Cjiiapa, écrit mal-à-propos con- tre les Efpagnols des Indes , 8c fans aucun fondement. 410 Barthelemi Leonard d' Argenfola a écrie avec peu d s éxaélitude l’Hifi- toire de l'Arnerique Septentrio- nale , ou de la Nouvelle Elpa- gne, ^ s Barthçletni d’Olmedo tâche à per- fuader aux Amballadeurs de Mo- tezuma les articles de nôtre Foi , 106, Il s'oppoie au delfein qu'avoit Cortez, de planter des Croix en chaque Bourg 011 paflè- roit 1 armée, 154. Et à celuy en- core de faire abatre les Idoles dans Tlafcala , 21 8. Il porte les depeches de Cortez à Narvaez , %6>8. Tache de reconcilier ces deux hommes., 370. & 371. Mal- traite enfînte par Narvaez, 372. Il revient enfin à Mexique, avec la réponfe de fa Commiïïïon, 373. Renvoie une fécondé fois à Nar- vaez, pour traiter une paix foli- de , 384. Exhorte 8c anime les gens de Cortez contre Narvaez, 323 » Veut perfuader à Motezuma, mais en vain, de recevoir le Bap- tême a 1 article de la mort, 43 o Q Affifte Magifcatzin à la mort, 8c luy fait recevoir le Baptême, 497 * Bataille famenfe, donnée par les EC pagnols à Tabafco, 7 o. & feq. Autres Batailles données par Xi- cotencal contre les Efpagnols, 18p. *9U & 192. Bataille gagnée par Cortez dans la vallée d’Otumba, 467. & 4 68. Boiffons dont ufôient les Mexi- cains. 289 Benoîjl AL art In négocié en Cour le titre d’Adelantado , en faveur de Diego Velafquez , 145. Etant *à Seviile , il fe plaint de Cortez & de lès Envoiez. 201 Bernard Dia del Caflillo a écrit l'Hiftoire de la Nouvelle Efpa- gne avec beaucoup de paillon, 6. Il s J y plaint fort d'Hernan Cortez, Ibid. 8c 353. Il étoit bon Soldat , 66. Il fe van- te d’avoir conleiilé à Cortez, de faire échoiier tous les vaifïèaux fur la côte, ijo. Et ne veut pas avoüer le faut merveilleux que fit Alvarado , d’un folle très* large LES PLUS RE large, 453. Il veut encore que Cortez ne fe trouva point aux batailles de Guacachula & Yzu- can , 4 96* Il avance que Cortez avoit mandié la faveur de lès gens , afin qu’ils écrivaient- à l’Empereur pour luy, 509. Il va à l’auàut d’un Fort fi tué fur la montagne de Suchimilco, y/ 1. Et donne du fecours à Cortez, com- batant contre les Indiens à Quat- lavaca. 577 Botello Aftrologue : Ses prédictions, 447. Il meurt en fuyant de Me- xique. 455 Boufins entretenus par Motezuma, 2S1. & pour quel iujet. 2 S9 Brigantins . Cortez en fait conftrui- re deux , afin que Motezuma les voie , 352. ôc enliiite douze au- tres, pour parvenir à la conquê- te de Mexique, 500.. On les met à l’eau , 589. Deux de ces bâti- mens lortent d’un combat , fort maltraitez, do 4. Celuy de Garcia de Holguin prend l’Empereur Guatimoziru 615 C Acumazdn Roi de Tezcuco conlpire contre ‘les Elpagnols, 338. Difcours qu’il fait aux Con- jurez, 339. Il effc pris, ôc conduit à Mexique. 343 Calendrier des Mexicains , pour compter -leurs années ôc leurs mois. 299 Canots. Delcription de ces fortes de bateaux. 20 Çapi/llan. Defcription de cette Ville, 567. Grand carnage qui ar- riva à .la prilè de cette place , 5<*S. Capitaines. U importe beaucoup M ARQUA BLEJS. qu’ils foient heureux. pg Charles V. Prince d’E/pagne, tient là Cour pendant là jeuneffe en Flandre, 8. Les affaires de la Ca- ftille reviennent en meilleur état à l’arrivée de ce Prince, ,r. Et celles des Indes lè rellèntent aulli de Ion bon Gouvernement, ibid. Les Allemans 1 appellent, pour être leur Empereur, 202. Il don- ne audience aux Envoyez de Cor- tez, 203» Il hazarde beaucoup, en abandonnant la Caftille, 204! Ce Prince empêche qu’on ne -vende comme efclaves , les In- diens qü on avoir pris dans le combat, 488. Il revient en EU pagne ; ôc Ion retour appailè les troubles, y 17. Ordonne une afi. lemblée de quelques Miniftres , pour terminer les diffèrent qui étoient entre Cortez ôc Velaf- quez, 518. Et il honore celuy-là, du titre de Gouverneur ôc Capi- taine General de tous les Pais quil avoir conquis , 522. Il re- prend Ôc blâme Velalquez ôc François de Garay , fur leur pro- cédé contre Cortez. yi2 Catalogne. Troubles de cette Pro- vince , caulèz par la brutalité des Bandits. ^ Ceremonies . On ne doit point blâ- mer les Princes qui les .obser- vent religieulèment. 2S7 Chalco. Embulches que Motezuma avoit dreffees aux Elpagnols fur cette montagne, 244. La Provin- ce de ce nom demande du fecours à Cortez contre les Mexicains , 546. Ses Habitans contra&ent amitié avec ceux de Tlafcak, 54 $* Ch an fins. Maniéré de chanter des Mexicains, 29© lui il TABLE DES CHOSES Châteaux ou tours de bois , qu'on menoit aifement fur des roiies, conftruits par Cortez. 419 Chechimecal Chef des Tlalcalteques, accompagne les brigantms de Cortez, 5p. Etant perfùadé de fbn courage, il rafule d'attendre le relie de l'armée , qui le lîii- voit ; mais il fe rend enfin à ob- fèrver les ordres de Cortez, ibid* Il difpute avec Sandoval, le com- mandement de l'avant-garde.554- Cheval. Les Eipagnols furent un jour obligez, dans les Indes, de le fèrvir de la chair d'un cheval mort , pour leur nourriture 9 , Les Chinanteyues viennent au le- cours de Cortez. 599 Cholula, Ville où il y avoir quatre cens Temples,zz2. Les Habitans de ce lieu envoyeur des Ambafia- deurs à Cortez , 218. Et ils le prient de ne fouffrir pas que les Tlalcalteques logent chez eux, ibid. Defcription de cette Ville, 230. Ils travaillent à tromper ce General *, mais ils font décou- verts , 132.. &: punis de leur tra- hilon , 237. Cortez prie les Ca- ciques de faire revenir dans leur Ville ceux qui en étoient fortis, 239. Ceux de Cholula fe font amis avec les Tlafcalteques , par l'entremifè de ce General, 240 V Chriftophle d'Oïtd va avec une ar- mée , au fecours de Guacachula, 491. Il Ce défie du fecours que luy ame-ne le Cacique de Guaco- cingo , 491. Il fe rend au fiege de Mexique , par la chaullee de Cuyoaean, 591. Rompt Taquedue & les tuyaux qui portent l’eau douce à Mexique, 591. Et ga- rnie le dernier folfé de la chauf fée 55)7 Chrifiophlc d’Olea donne du le® cours à Cortez dans un danger prefîànt. 580 Ctemence , vertu fort recommanda- bledans les Capitaines.. 54^ Cochenille. Elle abonde beaucoup dans la Nouvelle Efpagne, 213 Communautés de Caftille. Elles fè trouvent dans de grands mouve- mens , attendu la fortie de l'Em- pereur,, 514 Infolence des mu- tins dans cette occalîon, ibid. Le tout s'appaifë ,, à la nouvelle qu’on reçut que ce Prince fèroit bien- tôt de retour. 5^ Confiance. Il eft dangereux d'en a- voir trop à la guerre, 383. Incon- veniens qui l'accompagnent ordi- nairement. 44c, Confeil de Miniftres aflemblez par Charles -Quint, pour entendre les differens qui étoient entre Cortez & Velalquez, 515. Ce Conlèil juge en faveur de Cor- tez, 519. Divers jugemens für les raifons qu'apportoient l'un & l'autre pour avoir juftice, 520. & 5 2i. Confpiration du Roi de Tezcuco contre les Eipagnols, 339. Autre «confpiration de Villaéigna , con- tre Cortez & tous fès Conlèil* lers. 5!^ Contributions. Voyez Tributs. Couronnement des Rois du Mexi- que , 8 c les ceremonies obfèrw vées dans cette occalîon. 301 Cortès. Voyez Fier tian Cortès. Couriers éxercez avec beaucoup de foin chez les Indiens, Sc difpoièz d'elpace en elpace , pour avoir promtement des nouvelles. 9 a LES PLUS REMARQUABLES. Câàtftmef du Mexique , en quoy de Cholula , ijo. De celle de fèmblabîes à celles des Chrétiens, 304. &\feq. Ces Peuples en a- voient encore d'autres , qui n’é- toient pas plus horribles que cel- les des anciens Payens. 30 6 Cffumel. On découvre fille de ce nom,i8.Et on y abat les Idoles. 54 Crimes punis fèverement chez les Indiens. 29 f Croix « F. Barthelemi d’Olmedo veut empêcher qu’on ne drelîe point de Croix parmi les Infidè- les, 154. On en arbore une à Tlafcala , qui y eft confèrvée par un miracle évident 22 6, & m- D. D Anfcs des Mexicains, appel- lées Mitotes , 290. Danfês fur la corde, fort frequentes dans les Indes. 474 Demaifelles* Maniéré dont les Me- xicains faifoient élever les filles de qualité. 296 Démon. Cet efprit malin fait tous fès efforts , pour mettre Motezu- ma en colere contre les Efpa- gnols, 101. &fcq. '224. 245. & 355. Il parle aux Magiciens en- voyez par Motezuma contre les Efpa^nols, 246. Il s’apparoît fou- vent à ce Prince, dans Ht Maifon de Deuil , 2S4. Et tâche d’imiter les ceremonies desChrêtiens,pour mieux tromper les Idolâtres. 304 Defcriptions particulières de l’Em- Î >ire Mexicain, 9. & [eq. Des Vil- es de Zempoala , 122. De Quia- bifîan , 125. De Zocothlan, ijf. De la Province de Tlafcala, 149. & 160. De la Ville de même nom, 212. Du Volcan de Popoca- tepec, fcq* De la yillc Tezcuco, 251. du Palais de Mo- tezuma, 2 66. De la Ville de Me- xique, 272. De la grande pla- ce de la même Ville , qu’on ap- pelloit ordinairement Tlateluco, 274. De fbn principal Temple, 275. & fecj. De l’armée des Me- xicains prés d’Otumba, 4 6 y De la Ville de Capiftlan , 567. Du Bourg de Quatlavaca , ^7 6. Du Jardin enfin, & du Palais du Ca- cique de Guaftepeque. yj j Dcfefpoir . On doit tenir cette fu- rie pour un grand manque de cœur, & une lâcheté parfaite. 42S Deftin. Comment doit-on prendre ce mot, pour luy donner une bonne lignification. 31 Diego d'Ordaz. prétend d’être le Gouverneur en fablence de Côr- îez, 40. Il va à Iucatan par or- dre Cortez, poür en retirer quel- ques prifbnniers Efpagnols , ji. Il monte jufques au fommet d’u- ne affreufe montagne , pour re- connoître le Volcan de Popoca- tepec, 219. Il va enfui te recon- noître la Ville de Mexique , ôc l’armée ennemie qui y étoit ; & court grand rifque de là vie, 415 & fetj. Cortez ne dédaigne pas, dans une occafion dangereufe, de faire ce qa’Ordàz fit en fè reti- rant du mauvais pas de Mexique, 417. Il effc envoyé en Efpagne par ce General, qui luy confie fès dé- pêches. 508 %)ieço V'eUfejuez. Gouverneur de Tille de Cuba, i£. Il eft fort fur- pris, de ce que Grijalva n’avoit fait aucun établiffèment dans des endroits où il avoit été fort bien ■ reçu, 28. L’accufè de lâcheté, ib. Il cherche à faire de nouvelles lui ii TABLE DES CHOSES Recouvertes, 29. Et nomme Gor- tez pour Chef de cette expédi- tion, 33. Méchant prélàge d'un fol, touchant ce choix, 34. Il lè repent d’avoir donné cette Com- miflîon à Cortez, & entre en ja- loufie contre luy, 37. Et fait tout Ion poflible pour luy ôter le Commandement de la flotte, 38. Il obtient le titre d ’ jédelantado de l’Ifle Cuba, & de tous les Pais qu’il avoit découverts,^. Il fait tous les efforts pour empêcher que les Envoyez de Cortez n’ail- lent en Efpagne, 200. L’Evêque: de Burgos entre beaucoup dans lès interefts , & le protégé ou- vertement à la Cour, 204. Il en- voie une armée pour détruire. Contez , & en. confie là conduite à Narvaezj 359. Inftruétion qu’il donne à Narvaez Chef de cette armée, 360. Il luy envoie un vaif- lèau pour le renforcer, 498. Et luy écrit que fl, Cortez n’eft pas , mort , il le prenne , & le luy en- voie avec bonne efcorte , 499., L 'Empereur defapprouve les vio- lences & le procédé de Velaf. quez, 522. Sa mort. 521 Diego F damnez, le jeune a urr dé- mêle- avec Jean Velafquez de' Leon , fur quelques paroles lâ- ches contre Cortez , 3S5. Il eft fait prilonnier de guerre à Vera- Cruz. 35)8 Dieu. Creance des Mexicains tou- chant la Divinité. 302 Digrejfions. Elles font quelque-fois permilè.s aux Hiftoriens ; ce qu’on prouve par dès éxemples. t 523 Df cours d’Hernan Cortez à fes Soldats,étant à Cozumel,49 . Au- . tre du même, en renonçant au titre de Capitaine. General, qui luy- avoit été donné par VelaC quez, ny. Réponfè qu’il fit aux Ambaflàdeurs de Motezuma, é- tant à Vera- Cruz, 134. & 13^ Autre Difcours qu’il fit aux mê- mes Ambafladeurs de Motezuma, à Cholula, 235,. Celuy qu’il fit à lès Soldats pour appailèr leur mutinerie, 181. Réponlè qu’il fit à Motezuma , après le Difcours que cet Empereur luy tint dans le tems qu’il étoitallé luy rendre vifite, 2 , 2 ( 3 . -& feq. Difcours qu’il fit à lès troupes, touchant la pri- lôn de Motezuma ,,312. & feej % AutreDilcours qu’ilieur fit, pour les ; animer contre Narvaez, 391. Reponfè qu’il fit à Motezuma, qui le prefloir de fe retirer de Mexique, 424. Difcours à les troupes, les animant à entrer une lèconde fois dans cette Ville, 529. Dilcours qu’il fit aux Vaffaux du nouveau Roi de Tezcuco, 539* Celuy enfin, qu’il fit aux prifon* niers à Chalco, pour les porter à traiter la paix entre luy & les Mexicains. 549-^ 550 Difcours de Motezuma à Cortez, lorfque cet Empereur vint le.vi- liter la première fois, 1G0.& feq. Aux principaux dè lès Etats, pour les induire à reconnoître le Roi d’Elpagne pour leur Souverain, 348. & 349. A. lès Vaffaux, pour les empêcher de faire la guerre aux Efpagnols. 426. & 427 Difcours du Roi de Tezcuco, à ceu» qui avoient conlpiré contre Mo- tezuma. . 33 p %>ïfcou's des Ambafladeurs.de Cor- tez, au Sénat de Tlafcala. 162, Difcours des Ambaflàdeurs de Mo- tezuma , fait, à Cortez dans Vera.Cruz,^. Autre des mêmes * LES PLUS REM Ambaflàdeurs à Cortex-, pour tâ- cher de le defiinir avec les- Tlaf- calteques. 106 Difcours de Magifcatzin err fa- veur des Efpagnols , adrefle au Sénat de Tlafcala. 19$. & 1 64 Difcours fait par Xicotencal le jeu- ne au Sénat de Tlafcala, contre les Efpagnols ,1 65. & feq. Autre Difcours du même à Cortez , pour en obtenir la paix avec fà République, 195. & fecj. Dif- cours à quelques Conjurez-, qu'il avoit foûlevez contre Cortex, 480. Difcours de Xicotencal le vieux, demandandant la paix pour fon Pais. 280 Difcours d’un vieillard de Tezcuco, touchant la tyrannie de Cacuma- zin. 558 Dijf mutation . Elle eft un vice tres- honteux , quand elle fè rencontre dans la per fonne des Rois.. 351 E- E Mbuches que Motezuma drefïè aux Elpagnols à Cholula, 224. ^225. Autres embûches du même Prince, à la montagne de Chalco, 243. Troifiémes embûches drelfées à Cortez dans Iztacpala- pa, 543. Elles font non-feulement utiles , mais juftes , quand on les emploie pour une jufte défen- , 545 Empire. L’etenduë & la grandeur de l’Empire Mexicain. 9 s Entendement. Cette faculté eft fu- jette dans les hommes, à diverfès erreurs. 306 Envoyez, de Cortez. Leur voyage en Efpagne, 200. Ils arrivent à Sc* yiUe, ; 2oic. De-là ils vont à Xor- ARQU A BLES. defillas , où ils font tres-bien re- çûs de l’Empereur, 202. & 203. Leur embarras, & leur fejour à la Cour , 204. & 205. Autres En- voyez de Cortez en Efpagne, 508. Leur arrivée à Seville, 5 [3.. Ils fe retirent à Medellin, ennuyez des longueurs de la Cour, ibid. L’Em- pereur remet leur affaire entre les mains “du Cardinal Adrien , 512. Ils refufènt d’avoir pour Juge l’Evêque de Burgos, 515. On coS- pofe exprès une alfemblée de Mi- niftres, pour les entendre, 518. Et ils font enfin dépêchez favorable- ment. 5 2Q Erudition. Il eft fort, difficile d’ac- corder la. variété avec l'érudi- tion , quand on fè mêle décrire l’Hiftoire. 4.0S Efpagne. Etat où fe trouvoit cette Monarchie en l’année mil cinq cens dix-fept, 7. Raifon pour la- quelle on a donné à l’ Amérique Septentrionale le nom deNou- velle Efjpagne.. jy Espagnols. Leur inquiétude , dans l’apprehenfion d’être obligez de retourner à rifle deCuba,no. & 111. Ils vont à Quiabiflan, & paü fènt par Z‘empoala,.ii9. Ils y font reverez comme des Dieux par. les Indiens , 130. & 131. Quelques- uns d’entr’eux font une brigue contre Cortez , 147. Bien que la Ville de Tlafcala leur fût amie , ils ne quittaient neanmoins ja- mais leurs armes, quand- ils y fè- jourrioient, 214. & 215. Ils fe mou quent des Idoles que Motezu- ma leur montre dans le plus grand des Temples de Mexique, 270. Ils aiment pourtant, & refî peélent tout enfèmble Motezu~ ma 3 & pourquoy , 329. Deux. LUI iij. TABLE DES CHOSES Soldats Espagnols traveftis en In- diens, entrent dans le quartier de Narvaez. , ôc en apportent des nouvelles à Cortez , 3$ i. Quel- ques Efpagnols allant à Mexique avec l’armée de Cortez , ôc mar- chant par des routes égarées , fouffrent beaucoup de faim ôc de foif, 404. Valeur des Elpagnols, dans la retraite qu’ils nrent de Mexique, 451. Ils mangent dans la neceffité la chair d’un cheval mort, 465. Ceux d’entr’eux qui ayant abandonné Narvaez, a- voient fuivi Cortez, fe retirent à Cuba. 504 Etendart. Defcription de l’Etendart Royal des Mexicains, 4 6ÿ. Cor- tez gagne cet Etendart dans une fameufe bataille. 467 Exploit militaire. Il importe beau- coup de commencer la guerre par quelque Exploit qui donne de la réputation aux armées. 61 F. F Elicitê. Elle a coutume de trou- bler la raifon. 2$ D. Ferdinand le Catholique. Sa mort , ôc ce qui la fuivit, S. Son application aux affaires qui con- cernoient les Indes.. 14 D. Ferdinand Infant de C a fille. Son mécontentement , de ce que le Roi Ferdinand ne luy laiffe pas le Gouvernement de la Monarchie Efpagnole. 9 Fêtes. Différentes fortes de diver- tiffemens , avec lefquels les Me- xicains celebroient leurs Fêtes, 290. Foires. Richelîè des Foires de Me. xique. *74 Fontaines d’eau douce qui couloient dans la Ville de Mexique, 1 Jj. Chriftophled’Olid & Pierre d’AI- varado en rompent les canaux # 591. Autre Fontaine, où les Ef- pagnols fé rafraîchirent en en- trant dans la Province de Tlafca- la. . 47® Fortifications dont fe fèrvoient les Indiens pour leur défenfè. 64 Fortune. Comment efl - ce que les Anciens entendoient ce nom For- tune , , 32 Comment on doit l’en- tendre à prefént. 536 François Ferdinand de Cordouc va de la part de Diego Velafquez à la conquête d’Iucatan : il y eft dé- fait , jk y meurt. ^ François Alvaref Chico eft envoyé par Cortez à l’Iffe de Saint Do- mingue. J09 François V trdugo ne trempe point dans la confpiration qu’avoit tra- mé Villafagna contre Cortez, _ . . François de Garay tâche d’entrer dans la Nouvelle Elpagne, par la v oie de Panuco, 152. Ses troupes l’abandonnent, ôc fè rangent fous les enfèignes de Cortez, 504. L’Empereur n’approuve pas fon procédé , ôc luy défend de rien attenter fur la Nouvelle Elpagne, 522. François de Gufman pris prifonnier par les ennemis , avec plus de quarante Elpagnols , ôc par eux facrifïez tous enfémbles à leurs Idoles. 609 François Lopef de Gomara eft le premier qui aécritl’Hiftoiredela Nouvelle Efpagne ; mais il l’a fait fans difcernement, ôc fans éxaéti- tude. $ François de Lu go court un tres- grand danger, donnant dans une . *■ LES PLUS RE cinbufcade d’indiens, 67. Il re- çoit ordre de Cortez , de faire mettre à terre les vaifïèaux de Narvaez , 8c réxecute , 402. U va mener du lècours à ceux de la Province de Chalco & d’Ocum- ba, 546. Et bat les Mexicains, qui avoient defïe in de maltraiter ces deux Provinces. 348 François de Montexo va reconnoî- tre la côte d’Ulüa, 94. Il eft en- voyé à la Cour d’Elpagne, pour porter les dépêches de Cortez, 147. Accule mal à propos, d’a- voir manqué de fidelité à ce Ge- neral, ioï. Il eft mal reçu à la Cour ; mais il eft enfin écou- té favorablement de l’Empereur, 511. Français de Sauce do arri ve à Vera- Cruz, avec un lècours pour Cor- tez. 145 François de Ado rl a perd le gouver- nail de Ion vaîflèau, 8c court un grand rifque* entre TMe de Cuba ôcCozumeL 47- X), François Ximenez de Cifneros y Cardinal 8c Archevêque de To- lède , prend toute l’autorité d\* Gouvernement de l’Elpagne, 8i Ses bonnes & mauvaises quii- tez , ibid. Divers dilcours lurfon Gouvernement, 8c celuy du Car- dinal Adrien Florent , % & 10. Il s’unit étroitememt avec celuy- ci , pour un terns^, 8c enfuite ils le divilènt, 10. Il élit prendre les armes aux Villes, Ibid. Et il en- voie quatre Religieux de l’Ordre de làint Jerome , pour Gouver- neurs dans les Pais nouvelle- ment découverts dans les Indes, M ARQUADLES. G Arcias d'Holguin donne la chafie à quelques pirogues qui fuyoient de Mexique, 624. Prend prifonnier l’Empereur Guatimo- zin fur là pirogue, 61^ Il ne veut pas remettre cet illuftre prifon- nier entre les mains de Sando- val , qui le fouhaitoit ainfî , 8c le conduit luy-même à Cortez, 6 16. Garcilajfc Jngas a écrit avec beau- coup d’éxa&itude , & d’un ftile fort poli , l’Hiftoirè du Pérou, Gafpard de G arnica Domeftique de Velafquez, arrive à la Havane, avec des ordres contre Cortez, 42. Gongale Guerrero le marie à une Indienne, 8c le Bit de la Religion de là femme. y 9. & 60 Gonzale de Sandoval eft fait Gou- verneur de la Ville de Vera- Cruz, 332. Il le làifit des En- voyez de Narvaez , 8c les fait traduire à Mexique , 364. Laille Vera-Cruz , 8c va avec là troupe 8c quelques Soldats de Narvaez, joindre Cortez, 3S2. Il mene du lècours à ceux de la Province de Chalco, ^46. U contribue de Ion côté à faire une bonne paix, entre ceux de cette Province 8c les Tlafcalteques, 549^ Il va elcorter les brigantins qu’on amenoit de Tlalcala , 551. Venge, en paftànt a Zulepeque , la mort de quel- ques Espagnols qu’on avoit tuez, dans cette Ville, 552. & 553. Cor- tez luy donne le Gouvernement de Tezeuco, 8c le charge de faire avancer la conftru&ion des bri- TABLE DES CHOSES gantins, jfj. Va une féconde fois fècourir la Province de Chalco, 564. Se làilït de la Place de Guaf. tepeqne, 566. Il revient à Tezcu- co , pour y avoir foin de ce qui appartient à la guerre, 570. Il le rend au lïege de Mexique, par Iz- tacpalapa, 55)1. Il fe trouve aifie- gé luy-même , dans un pofte que les Mexicains avoient abandon- né, J99. Il reçoit ordre de Cor- tez, d’alîïeger avec tous les bri- gantins le port de Mexique, 612. Il .combat contre tous les canots des Mexicains , qui vou- loient làuver la perlonne de leur Empereur, 624. Et donne la com- mimon à Gardas d’Holguin, de donner la chaftè à quelques piro- gues qui portoient Guatimozin, ibid. Grands de CaflHle» Ils le plaignent du Gouvernement du Cardinal, François Ximenez de Cilne- ros. n Griffon. Motezuma avoit pour ar- mes un de ces animaux , 267. Doute des Auteurs, s’il y en a ja- mais eu de véritables. ibid. Guacachula. Cette Province deman- de du lècours à Cortez, contre les Mexicains. 491 Guaftepeque. Sandoval fe làilït de cette Ville, $66. Son Cacique loge fort commodément l’armée de Cortez, 574. Defoription du jar- din de ce Cacique. £7y Guatimozin, Les Mexicains leliiènt Empereur, 490. Son application aux cho/ès qui concernent la guerre, ibid. Il fait fou poffible pour ôter aux Elpagnols.la com- munication de TÎalcala &: de Vera-Cruz, ^4. Il aftèmble Ces Minières de lès Officiers , pour les porter à recevoir les pro- polîtions de paix que Cortez luy fait, 505. & $06. Il fait acroire enfuite,que Cortez eft mort; & à quelle fin , 612. & 613. Et donne à entendre aux Peuples, que les Dieux kiy avoient annoncé que la guerre finiroit dans huit jours, 612. Il le retire au quartier le plus fort & le plus éloigné des ennemis, dans le rems qu’il eft a£ iîegé dans Mexique, 6 16. Il prend eniuite la refolution de le batre, pour avoir Je rems d.e fe làuver, A21. Il le rend prilonnier à Gar- das d’Holguin ; & 011 rapporte les paroles qu’il luy dit en fe re- mettant entre fe s mains, 6if . La maniéré dont il fe comporta, é- rant arrivé en prelènce de Cor- xez,6i6. Son portrait, & celuy de l’Imperatrice là femme J 627. & 4iS. Guacocingo. Cette Province envoie une armée au lècours des Elpa- gnols. 491 Guerifon prefque miraculeufe de toutes fortes de plaies,operée par . , lin lîmple Soldat Elpagnol, 610.. & 611. Guerre. Les Mexicains faifoient un cas particulier de l’art militaire, 297. Le fuccez de la Guerre dé- pend de Dieu ; & c eft par là qu’il «châtie quelque-fois, ou qu’il pu- nit les Princes. 46S H. H Ernan Cortez. Son pais Sc fon extraéfcion, 31. Son portrait, .32. Il s’en va aux Indes, portant des lettres de recommandation pour Nicolas d’Obando, Grand Com- mandeur de l’Ordre d’Alcan- tara. LES PLUS RE tara, ibid. Et enfuite à rifle de Cuba, ibid . Diego Velafquez le choifit pour Chef de /on armée, 33. Ses ennemis tâchent de le dé- truire, 34. Il s'embarque fous le bon plaifir de Velafquez, ibid. Ve- lafquez commence à entrer en dé- fiance de Cortez , & veut luy ô_ ter le Commandement de l’armée, 3 8. Cortez s’embarque pour la Havane, 39. Son navire court un grand danger 3 & il fait travailler avec une extrême diligence pour le fàuver, 40. C’efl: avec juftice qu’il ne veut point reconnoître Velafquez pour fon Supérieur, 43. Nombre des vaifleaux qui compo- ioient fon armée, 46. Il diftribue en partie fon armée fur chaque vailleau, ibid. Il part pour l’Ifle 4 e Cozumel , & y arrive, 47, & Il fait la revue de lès Soldats, Sc les encourage, 49.^30. Abat les Idoles dans cette Ifle,f4. Tire heu- reufèment un prifonnier Efpagnol des mains des Indiens,qui l’avoient détenu long-tems à Iucatan, 58» Iimoiiille à la riviere de G.rijalva, 8 c entre dans la Province de Ta- bafco, 61 . Il efl fi attentif dans un -combat, qu’il perd un foulier.dans un marais , fans s’en appercevoir, 64. Sa flotte arrive à Saint Jean d’Cf ii:i,S Cette arrivée vient aux oreilles de Motezuma , qui dépê- che du monde vers Cortez, ibid . Celuy^cy donne toute ;fi confiden- ce 8 c f n amitié à Dona Marina, Si» &,8i. Il débarque les gens, 81. Teutilé General des 'armées de Motezuma 0 luy envoie alu monde >our travailler, 8 c des vivres pour tè rafraîchir, 8;. Il fait faire îe- xercice à fès Soldats , afin qu’on .donnât a entendre a Motezuma la MARQUA BLES. !,’ adre(re desEI P 3 gn°K & S9. Il envoie un prefent a cet Empereur, 90. Qui luy en en- voie un autre, ibid. Autre prefenc du même Prince à ce General, 106. Il a deffein de «établir a Quiabifl lan, 105. & 114. Ou enfuite il fon- de la Ville de Vera-Cruz, 114. I] refufè defè fèrVir de l’autorité que Velafquez luy avoir donnée, & jfe fait déclarer General des troupes par le Confèil -de Vera-Cruz, n y. & f ee f' d pdïè par -terre à Zetn- poala, pour aller à Quiabiflan,i 2 o. Prefent que luy fit le Cacique de la Province de Zempoala , m. Et la maniéré dont il le reçut, 122. & 12.3* Ce Cacique informe Coïtez de la .tyrannie de Motezuma 123, Le Cacique de Quiabiflan, accom- pagné de celuy de Zempoala, vifî- te Cortez , 2 16. Celuy-cy fè fàifît de fix Minières de Motezuma,i28. Le Miniftre de Zempoala engage par fineflè Cortez à venger la que- relle de fès Sujets contre ceux de la Ville de Zimpazingo, 137. & feq. fl fait mettre .en pièces les Idoles de Zempoala , Ï43. Et il y fait bâtir un Autel dédié à la fain- te Vierge, 144.. fl revient à Vera- Cruz , & dépêche des Commiflcii- res en Efpagne, 14*, & 146. Il fait brifèr.tous fes vaiflèaux , & pour- quoy, 149. fl fè refont d’aller à Mexique par la voie de Tlafcala, 159. Il envoie fix des principaux de Zempoala , pour Ambaflàdeurs vers le Sénat de Tlafcala , 161. Il défait une armée de Tlafèalte- ques, 172. & 17 3. Il repouflè vi- goureulèment les mêmes Peuples, qui olèrent l’attaquer de nuit dans fon quartier, & en fait une grande boucherie, 1S5. & iS 6. il entre Mnimm * TABLE DES dans Tkfcala , zio. Partant de T ! .alcala> il prétend d’aller à Me- xique par le chemin de Cholula, 223. Son entrée dans la Vide de Cholula,i3o. Il découvre que Mo- tezuma y âvoit dre^fé des embû- ches contre luy, 232. 155. Maniéré dont il s’avifa , pour pouvoir châ- tier cette Ville, 234. lit il la punit de fa trahifon, 236. Sc 137. Tl rend: la paix à cette Ville , & s’en va du côté de Mexique, 239. & 240. 11 découvre de nouvelles embû- ches que Motezuma luy avoit drelFées fur la montagne de Chah co , 245. 244. Loge Ton armée à Iztacpalapa, 254. Et arrive enfin à la vue de Mexique, 256. Motezu- ma luy vient au devant, 257. Et le vifite dans fon logement , 160.:, Cortez luy rend fa vifite;, & l’en- tretient des myfteres de nôtre Re- ligion, 266. &feej. Il reçoit avis de Vera-Cruz y que Qualpopoca General de Motezuma é toit entré à main armée dans ces quartiers, 308.. Il propofè de fè rendre maî- tre de la perfbyne.de Motezuma, 31. La maniéré dont il éxecuta ce delfein, 314. & fecj. Il fait mettre les fers aux mains à cet Empereur, 325. Fait éxecuter Qualpopoca & fes complices, 325. & fecj. U ôte îtiy-même les fers à ce Prince, 327., Il pâlie dansl’efprit des Mexicains pour le Favori de leur Empereur, 331. Il s’informe des limites & de l’étendue dé l’Empire Mexicain, 334. Il fè rend garant à ces Peu- ples , d’une pluie miraculeufè , 33 6. Le Roi de Tezcuco con- fpire contre Cortez & fon armée, 338. Motezuma veut fè débarrafTer de Cortez, & ce par un artifice que cet Efpagnol ne connoiffoit pas. CHOSE S 346. Et ce General cherche à dif- férer fon départ , fous pretexte de faire conftruire des vaiffeaux, 354. Il apprend des nouvelles de l’armée que Diego Velafquez en- voyait contre luy, 337. Et en» voie le. Pere Barchelemi d’Ol- medo , avec des lettres pour Narvaez , 368. Il prend la refo- lütion de fe- mettre en campa- gne , pour s’oppofèr aux def- fèiris de Narvaez , 3 75. André de Duero vient vifîter Cor- tez de la part dé Narvaez, & 1 avertit dune embufcade qu’on luy drelîe , 385. & jeej. Surquoy il déclare la guerre à ce Com- mandant, 387. Il prétend atta- quer Narvaez dans fon quar- tier, 390.. Il l’y bat, ÔC le prend prifonnier , 395. & 39^ Et les gens de celuy-cy s’en- rollent avec Cortez , 3 9 7. Il ap- prend que ceux de Mexique fe font révoltez contre luy ,. 403. H va dans cette Ville , & y en- tre fans refiflance , 406.. Il fait une f ortie fur ces mutins qui I attaquoient , 417. Et une autre enfuite , 420. Il eft bleffé à une main , 421» Il reçoit un grand chagrin , d’apprendre que Mo- tezuma avoit été bielle , vou- lant appaifer ces feditieux , 427.. & fecj.. Il envoie le corps de cet Empereur mort dans la Ville 431. Se fàifît d’un Temple que fè s ennemis avoienr. occupé 437. Il s’engage trop avant dans le combat , 440. U prend la refolution de fè retirer de Mexique pendant la nuit , 446,. II permet à fes Soldats d’em- porter tout ce qu’il leur plai- roit, de l’or & de l’argent qu’ils LES PLUS RE UVoient rama (lé, 449. Il perd beaucoup de lès Soldats dans cette retraite, 451. Se làifït en • fe retirant , d’un Temple , 8c s’y met à 0abri de les enne- mis , 438,. II combat contre une armée très - nombreulè dans la vallée d’Otumba , 4 6 6. Prend l’Etendart. Royal , 8c remporte la vidoire ,467. Il entre à Tlafcala comme en triomphe , 473. Il le trouve en grand dan- ger , à caulè de la blcftîire qu’il avoir reçue , 474. Il appaifè la mutinerie des Soldais de Nar- vaez , qui s’oppofoient à lès detfèins, 482. & 483. Il défait les Mexicains à Tepeaca , 4 §6. Et enliiite à Guacachula , 494. Ii lè relbut à faire de nou- veaux brigantins, pour retour- ner à Mexique, 500.. Il prend le deuil en entrant à Tlalcala , attendu la mort de Magifcatzin, 501. Il envoie d’autres Députez en Elpagne, 507. Ce que fi- rent en cette Cour , tant ceux- cy , que les premiers qu’il y a- voit envoyez, $17. & fecj . Nom- bre des Soldats qui accompa- gnoient Cortez à la conquête de Mexique , 5 16. Il s en va droit à cette Ville, 329. Et fe rend maître en pafÉint , de cel- le de Tezcuco , 535. Il offre la paix à l’Empereur du Mexique, 550. Va reconnoître luy-même le pais qui eft autour du lac 8c de la Ville de Mexique, 535. donne bataille aux Mexicains prés d’Ialcotlan , 557. Il pâlie avec fbn armée à Tacuba ,559. Danger qu’il courut fur une chauftëe prés de cette Ville , f&i-r & 562. Difficultez qu’il ren- MARQUABLES. contre pour, entrer à Suchimil- co , 571. & fey. Autre difficul- té fur le même fujet , qu’il fur- monte pourtant , 377. & 37 8. Il le rend le maître de cette Ville , 8 c fe void expole à un grand danger, 578. 8 c 379. An- toine de Villafagna conlpire con- tre la vie de Cortez ,383. & fif. Et il eft puni , 586. Cor- tez fait tuer Xicotencal , qui avoir' envie de delèrter, 588. Il lèpare Ion armée en trois corps, y9°- Il entre dans le lac de Mexique ,. avec fes brigantins , 592. Il met en delordre les ca- nots des Mexicains , 594. Il en- voie du lècours à Chriftoghle d’Olid, , 393. & 396. Et paftè luy-même ( à, Iztacpalapa , pour lècourïr Gonzale de Sandoval , 399. Il fait palier Sandoval à Tepeaquilla , 6 0 0;. Séparé lès brigantins en trois efquadres., & les pofte en trois différentes atta- ques , 6 ov. E)relïe une embulcade aux pirogues des Mexicains, 604. Il fait de nouveau/propo- lèr la paix à Guatimozin , 603. Il lùlpend pour un jour les at- taques de la Place ,, 8 c pourquoy, 6 iq. Moyen dont il le iervit pour remettre lès Alliez, dans leur devoir , 8 c leur ôter toute for- te d’apprehenfion , 613. Il for- me le delfein d’entrer dans Me- xique par trois endroits difîè- rens , 8 c l’éxecute , 613. & G\G„ Ses gens lè rendent les maî- tres de la Place de Tlaceluco , 8c s’y portent „ 637. & 61B. Il fait encore un eftort pour arri- ver à la paix ,6 19. Donne le Commandement de tous les bri- gantins à Sandoval , pour avoir M m m m ij ' TABLE DES CHOSES foin du lac , 6li. Il fo trompe, croyant que Guatimozin fouhaite la paix , 625. La maniéré dont il reçut Guatimozin quand il fut pris , ôc qu’il vint en là prefence, 6a6. & feq. Il «ntre dans Mexique , 6 1 q, Et Ce re- tire avec lès prifonniers à Cuyoa- can. £29 D. Hernfln nouveau Roi de Tez- cuco , reçoit folemnellement le Baptême , Ôc prend le nom d’Hernan , 541. Cortez le làiiîè dans Tezcuco, pour avoir foin de ce qui concerne le civil. 570 &iftoriem. On les compare aux Architeéles, 2. Et aux Peintres, .442. Ils ne doivent pas obmet- tre les actions qui méritent d’être blâmées , non plus que celles qui font Ioüables , 44. Ils tombent fort fouvent dans des libertez qu’on doit appré- hender , 83. Les Hiftoriens qui ne font pas Espagnols , par- lent mal de là guerre des In- des, 24T. Et ils attribuent aux. Elpagnols beaucoup de cruau— tez dans la conquête de ce Pais., 409 . S. Hipolyte. La Ville de Mexique- fut prilè le jour de la Fête de ce Saint.. 629 * l; S Jaques, Quelques Auteurs ont •écrit que ce Saint avoit com- bat u pour les Efpagnols à Ta- bafco, 74. Et enfuite à la bataille d’Otumba. 468 Jardins . Defoription de celuy du Cacique dd ztacpalapa, 253. Et de celuy du Cacique de Guaftepe- que. 571 Idole, Celle de Cozumel donne le nom à cette Me, 53. On l’abat ,54. Et celles de Zem- poala , 143. Il n’eft pourtant pas vrai - lcmbl#)le qu’on aba- tit celles de Mexique dans le tems que le rapporte Diaz 335. Le Démon en prend la fi- gure , pour parler aux Magi- ciens de Mexique , 1 4 6, La principale Idole de cette Ville palfoit pour le Dieu de la guerre, _ 17 ^ . Jean Mi II an ,quoyque fort igno- rant , le pique d’être un fça- vant Aftrologue , ôc trompe Ve- îàlquez. 37 Jean d'Aryuello , natif de la Vil- le de Leon , meurt en corn- batant. contre les Indiens ,, 510. Jean Catalan guérit prelque mira— culeufoment toutes, les plaies ,, 610. & 611, Jean Diaz. ne le trouve point em- barrafie dans la conjuration de ceux qui veulent abandonner Cortez.. ... . H» Jean DomingHez r SoXàat fort adroit à drelïèr des chevaux , meurt dans un combat pour ceux de Chalco ôc de Thatnanâlco , 565. ■ Jean d'Efcalante établi Gouver- neur deVera-Cruz par Cor- tez,, 140. Il combat Qualpo- poca General de Motezuma , qui chagrinait les Alliez des Elpagnols , 309. Et le défait, ibi'd, Il eft bielle dans cette bataille , ôc meurt. 31® Jean d» Grijalva entre par la ri- vière dans la Province de Ta- baico , 19. Et fait dire à ces Peuples,, qu’il y entroit làns LES PLUS REMARQUABLES. deflein de leur nuire, 10. De- image de la Sainte Vierge, qu’on avoit drcflëe à Zempoa- Ia ‘ 144 Jean V elafiquez. de Leon. Gortez luy donne fon amitié , 44. ii là' il pâlie jufques à la riviere, à laquelle il donna le nom de Banderas, ou Bannières , 23. Et là il apprend les premières nouvelles de Motezuma ,25. Il defcend dans rifle nommée des Sacrifices , ibid. Il touche en paflànt-, la côte de Panuco , 8c reconnoît la riviere des Ca- noas , ou des Canots , 16 . & 27. Ses vaifleaux font en dan- ger de périr , -de forte qu’il prend la refolution de le re- tirer , 27. & 18. Il eft accu- le de lâcheté par Velafquez , 28. Jean Jufie efl maflacré à Zule- peque par les Indiens, 552. & Jean ' Nugnez. de Mercado tue en duel un Indien , qui avoit ofé défier le plus brave des Efpa- gnols k 621 Jean Portilh meurt dans une em- bufcade que les Indiens avoient dreflee fur- le lac de Mexique , _ éo 4* jean Rodrigue £ de Fonfeca , Evê- que de Burgos , fbâtiént ou- vertement Diego Velafquez con- tre Cortez , 204. Les infor- mations faites par cet Evê- que contre Cortez , font fort préjudiciables à celuy-cy , çli. De forte que les Envoyez fu- rent obligez à le' reculer pour Juge dans cette affaire.. Jean de Salamanque met entre les mains de Cortez l’Etendart Roïal de Mexique.. 467 Jean de Torres Soldat de Gor- & déjà .fort âgé , veut Ken voie vers Narvaez , pour traiter d’accommodement , 384. Il tire l’épée contre Diego Ve- lafquez le Jeune , 8c pourquoy, 385. Il meurt dans la retraite que fait Cortez de la Ville de Mexi- tez im demeurer feul entre~ les In- diens , pour avoir, foin d’une . y-f ; , • wm î Lie * , .. 45* S. Jean d’Vlüa . Jean de Grijalva découvre ce Pais, 25. Raifon par laquelle 011 l a ainfi nommé, ibid. & feq. Cortez y arrive avec là flotte. ]6 Z Jean Volante rapporte le Drapeau que les Mexicains luy avoient- enlevé dans un combat , 561. (2r j6i. Jeanne Reine de Caftilîe fe reti- re à Tordefîllas , à caufe qu’el- le avoit l’imagination bleflëe , 8 . Jerome d’Aguilar , qui fervit d’In- terprete à- Cortez , vient heu- reufèment à Cozumel , 58* Il entendoit fort bien le langage de Iucatan , 57. Mais il n’en- tendoit point celuy de Saint Jean d’Ulün, Si. Il rendit pour- tant beaucoup de fèrvices à Cor- tez , avec Dona Marina , en luy- wpliquant les langues de Pais. ’ ibid. Indes. Raifon pour laquelle an donna le nom à 3 Indes Occiden- tales à l’ Amérique, 14. Plufieurs perfonnes fè trompent lourde- ment , dans la croyance qu’ils ont- de pouvoir faire leur for- tune dans ces Pais éloignez,, SH- Indiens .. Ces Peuples changent leur. M m m m iij. TABLE DES CHOSES or, pour des bagatelles de peu de valeur, 24. Leurs fortifica- tions , 64. Leur maniéré de combatre ,70. €^297. Leur façon de bâtir , 83. Ils ne Iça- voient pas Fart d'écrire , ôc ne fe fer voient que de figures pour fe faire entendre , S 8. Leur raifonnement ôc la for- me de leur Gouvernement nous fait connoître qu’ils ne font pas bêtes, 209. Avant que les Espagnols les euflfent fubjuguez, ils connoilfoient l'immortalité de Famé , 120. Ils n’étoien t pas fi faciles à domter qu’on pourroit fe l’imaginer. 543 Jugemens. Maniéré dont les Mexi- cains ulbient en jugeant les pro- cez. 294 I^tacpalapa. Cortez loge dans cette Ville, 254. Le Palais ôc le Jardin du Cacique de cette Place ,155. Cortez s’en foifit par force ,543. Il eft obli- gé de s’en retirer 5 à caufè d’une inondation que les Habi- tans avoient procurée, ibid. L, L Ac de Mexique. Sa delcrip- tion, 272.. Surprifo des Elpa- gnols , en voyant la beauté de ce lac Ôc des bâtimens qui étoient autour, 252 D. Laurent Magifcatz.in fo fait baptifer , ôc appeller Laurent , 502. Lezcan Soldat Efpagnol,meurt dans un combat. 414 Livres Mexicains. Maniéré dont ils étoient faits , ôc qu’on pou- voit les entendre. 88. & no Louis Marin s’enrôle fous Cor- tez. 145 Luc V « ifijuez . d'slillon , Juge de l’Audience Royale , envoyé à Velafquez , pour l’obliger à déformer, ?<5o. & $61. Il s’em- barque . for la flotte du même Velafquez, ôc à quel deflein , 3 61. & 362. II e(l arrêté honteu- fement par Narvaez, ôc traduit à Fille de Cuba, 372 M. M Agifcatzdn harangue devant le Sénat de Tlafcala en fa- veur des Elpagnols , 163. & 164, Il fo plaint à Cortez de la part du Sénat de Tlafoala , de la dé- fiance qu’il montroit dans une Ville amie, 214. Doutes de Ma- gifoatzin touchant la Religion , 2K5. Il loge Cortez , 4 7 3. Sa maladie , fon Baptême, ôc fo mort , 497. Son fils prend s après la mort de fon pere 5 le Gouvernement du prin- cipal quartier de fon Pais, 502, Maifons de plaifonce qu’avoit Mo- tezuma à Mexique , ôc leur defoription , 279. Autre Mai- fon , ou il tenoit fos oifoaux ôc fon équipage de chalîè , ib. Logement pour fes bêtes fou- vages , 280, Autre appartement, pour les Boufons, Bateleurs ÔC Joueurs de Gobelets , 281. Mai- fons où on forgeoit ôc 011 on gardoit les armes de ce Prince, ibid. Autres Maifons encore qu’il avoir hors de la Ville , pour s’y divertir, 284. Son Palais quon appel loit de Tri/hjfe , ôc fo defcription. 283 Maie. Comment les Mexicains LES PLUS RE faifêient leur pain de ce grain, 77 . Mayçjpandifes.- Leur prix devient exceffîf dans les Indes» ^24 D. Marina. On la prefênte à Cortez dans la Ville de Ta— bafco 7 7 . Elle fut tres-utile à Cortez pour la connoiffan- ce du langage des Indiens , 8i a , Le lieu de là naiflànce , ion éducation , & la maniéré dont elle vint à Tabafco , ibid. Her- nan Cortez en eut un fils , 8i. Elle découvre la trahilon de Cholula , 232. Elle réduit Mote- zuma au point que le fôuhai- roit Cortez , 318. Et tâche de luy perfuader de fe faire Chrê- 43 ° Martin Carte f pere d’Hernan Cor- tez part pour la Cour dEfpa- gne, avec les Envoyez de ion fils , 202, ; Embarras qui les re- tiennent à la Cour, fans pou- voir faire expédier fou affaire 203. & Jeej, Il y retourne a- vec les quatre Envoyez de la Nouvelle Efpagne , ç 1 5» L’Em- pereur Phonore de beaucoup de marques de fa bien-veillance , 521.. Manin Cortez , fils d’Hernan Cor- tez & de Marine. 82. Martin Lofez facilite la con- ftruétion des brigantins de Cor- tez * ' 300 Mécontentement des Caftillans, 203. Des Soldats de Cortez*, 1 o 8. Autre chagrin des mêmes à Tlafcala , 1 8 1.- Ceux qui a- y oient abandonné Narvaez. ne ldnt pas plus contens de Cor- tez, 4 8 2. Autre mécontente- ment de quelques Soldats , qui les porte julques à confpîrec MARQU AB LES. contre la vie de ce General 5 * 3 - Médecine . Ufage qu’en Erifoient les Mexicains. Me fur et dont fe fervoient les MÊ- ' xicains. Mslchior , Truchement de Cor- tez , donne des avis contre fbn Maître ; & enfuite ils le facrifient à leurs Idoles, 66. & 67. • M e Xf 1 & Montan fè bazardent iur le Volcan , pour en tirer du foufre pour faire de la poudre, dont l’armée ma-nquoic r 501. . Mexicains . Leur maniéré d’écri- re , no» Ils font en peine de quelle façon ils recevront les Elpagnols , 247. Leur maniéré de iacrifier les hommes , 277»- Leur adreffè à pourfiiivre & à prendre les animaux les plus farouches, 284. Leurs Fêtes, leurs danfes , & leur agilité, 290, & fecj . Leur façon de joüer a la pelotte ,291. Leurs contributions exceffives , 2 9 2, Leurs vertus morales , 294, Education qu’ils donnoient à lajeunelîè, 293. Leurs armées, & la maniéré de les ranger,, £97. Leur Calendrier , 199, Ce- remonies qu’ils obiervoient dans le Couronnement de leurs Rois JA 501. Leur creance fur l’immor- talipe de l’ame, 3 03. Leurs mariages & leurs funérailles ibid., & fecj., Ils fe font un point d’honneur de la charte- té de leurs femmes , 304.- Ce- remonies qu’ils gardoient tou- chant les enfans nouveaux-nez, ibid. La prifon de leur Em- pereur les afflige fenfiblement, TABLE DES CHOSES y 9. Ils s'imaginent enfuite que Cortez eft le Favori de Mote- zuma , 3 31. Ils Iè plaignent de ce que leur Prince le rend y#i du Roi d'Elpagne, 349. Ils prennent les armes contre les Eipagnols , 40 8. Ils atta- quent leur quartier , & y met- tent le feu, 4 17. Ils revien- nent à l'attaque , 425. Ils mal- traitent Motezuma , & le bien- fait , 427. & feef. Ils font les funérailles de ce Prince, 43», Ils élifent Quadavaca pour leur Empereur ,43 6 . Et quelque- tems après , Guatimozin, 49p. Ils fe retranchent dans un Tem- ple , de s'y défendent , 457. Peux Mexicains tentent de pré- cipiter Cortez du haut de ce Temple , & de le jetter avec luy en-bas, 418. & 419. L armée de ces Peuples maflacre par mégarde les deux fils de Mo- tezuma ,4 j 6. Jille le divifè en plufienrs corps , pour occu- per plus facilement la vallée d’Qtumba , 464. Et eft mile en déroute par les Efpagnols, 467. La maniéré dont ils dé- fendent les chaufièes du lac de Mexique, Ils mettent en ufiige divers ftratagêmes , pour défendre leur Ville, 691. Ils fàcrifient les Eipagnols qu’ils prennent en vie , 611. Leur ef- fort pour cacher la necelïïté où ils étoient pendant le Siégé de Mexique , 6% o* Quelques,- uns d’cntre-enx invitent les Ef- pagnols à un combat particu- lier,, ibid. Leur douleur quand ils apprirent que leur Empe- reur avoir été fait prifoanier, 625. Ils Portent enfin de Me- xique fais armes de fans fou: g a ge* 618 Mexique. Les frontières & l'é- tendue de fon Empire, 96. Cor- tez y arrive , 259. Delcription de cette yille, 272. Et celle de fon Temple principal, 275. & feq. Mifares qu’on foufffoit dans cette Place, lorfqu'elle fut prifè, 629. Michel Diax. d' Aux ^ Cavalier Ar- ragonnois. 505 Miracles . On ne doit pas trop facilement y ajouter foy. 180 Motefyma lê trouble , à l’occa- fion de l'arrivée des Eipagnols, 95. Artifices dont ü favit pour devenir Souverain , 97. Il ren- voie de là Mailbn tous lès Officiers , de ne iè fait favir que par des Nobles , 9 &. & 285* Prodiges de figues vûs au Ciel , de qui épouventerent cet Empereur , 100. & feq. Relo- lution qu'il prend contre les Eipagnols , 104. & 132. Il fait tous lès efforts pour rompre la paix entre Cortez de ceux de Tîafcala , 206, & feq. Il afièm- ble lès Magiciens , de leur or- donne de Iè fèrvir de leur art, pour éloigner les Efpagnols , 2 41 * Il vient à la rencontre de Cortez, 1 p6. & 257. Son âge , là taille , de lès orne- mens ,237. Il vient vifiter Cortez dans fon appartement, 260.. Il bannit de là table les plats de chair humaine ,26 9,. Et permet -l'exercice de la Re- ligion Chrétienne dans là Ca- pitale ., 27:. Son inclination pour la chalfe, 279. & 284. Son Arcenal particulier , 281, Ses Jardins , & les herbes me - dccinales LES PLUS REMARQUABLES. Vicinales donc il les ornoit, i8z. Il a communication avec le Dé- mon , dans Ion Palais appellé de THfteffe , 284. Il invente plu- sieurs ceremonies nouvelles, z8c. Nombre de Femmes qu’il entre- tenoit chez luy comme Maî- treliès, 6c de celles qui y avoient le nom de Femme 6c d’Impera- trice , 2.S6. Sa façon de don- ner les Audiences, 287. Sa ta- ble , 3 c comme il y eft lèrvi , 188. Raifons dont il autori/bit l’entretien des boufons qu’il nourrillbit chez Foy, 289. Rai- Ions qu’il apportoit pour cou- vrir la tyrannie , 292. Divers Tribunaux établis dans les Etats, !<)].& feq. Il inftitue des Ordres ■militaires , pour récompenlèr la valeur de Tes Soldats , 298. Il fe lailîe prendre à Cortez , 3 1 j. Etant dans la prifbn , il fe com- porte Fort bien avec les Elpa- gnols , 322. <^*323. Et tout pri- sonnier qu’il eft, il fe Fâche qu’on fade des indécences en là pre- lènce , 322. On luy met des me- notes , 325. Cortez luy danne permillion de lortir de la pri- îon , pour vilîter lès Temples , 330. Il fait faire une Carte de tous Tes Etats , 334. Il Eut lài- lïr par artifice le Roi de Tezcii- co , 343. Il répond avec adrelïè a l’Ambadàdeur de Cortez, 346. Il propolè à là Noblelîè de le rendre Valîaux du Roi d’Efpa- gne ,348. Richedès qui furent données au Roi d’Efpagne , en vertu de cette reconnoidance , Ce Prince preftè Cortez de fortir de Tes Etats, 354. Et l’en- tretient de la dilcorde qui ïe- gnoit entre luy & Narvaez', yj6. Il garde religieulèment la parole qu’il avoit donnée à Cortez, mê- me dans le tems que celay-ci eft a bien t, 406- !l tâche d’appailer lès Sujets armez contre les Eli pagnols , 426. & 427. Il eft blede à la tête par ces mutins, 428. Et meurt obftinë dans fa fu- perftition , 430. Son portrait, 433. & fec f. Ses enfuis, 6c leurs delcendans. ^ Mu faite. Divers inftrumens deMu- lique , & différentes chanfons dont fe lèr voient les Mexicains, 289. & 290. N. D Nicolas d’ O b an do , Grand • Commandeur de l’Ordre d’Alcautara, protégé Cortez dans Flde de Saint Domingue. 32 Noblejfe Mexicaine. Motezuma l'introduit dans Ton Palais pour le fe rvir, 98, & 28 f. Ses con- tributions, 293. Son éducation, 29 5. Son éxamen avant que d’al- ler à la guerre, 296. Elle recon- noît le Roi d’Elpagne pour Ton Souverain. ^ g Notre-Dame combat en faveur des Efpagnols. 3 ©a O. O R. Bien que commun aux In- des, il y eft pourtant beaucoup eftimé. 293 Ordres militaires inftituez par Mo- tezuma , pour recompenlèr la Nobledè de lès Etats-. 298 Orploevres de Mexique fort habiles dans leur art. 274 Otomies , Peuples barbares, qui bor- noient. l’Empire Mexicain du N nnn TABLE DES CHOSES côté du Nord , $6. Leur façon de vivre , Ibid. Ils fervent Cor- tez dans fon armée.^ 6 14 Otumba. Infigne bataille donnée dans la vallée de ce nom, 4 66. & 467. La Province demande du fècours à Cortez contre les Mexicains. 5 4 ^ P. P Amphile de Narveiez. va pour Chef de 1 armée deftinée con- tre Cortez ,360. Il arrive à Vera-Cruz , & veut traiter avec Sandoval afin quil luy remette cette Place , 362. Il paffh a Zem- poala , 8 c pille les effets de Cor- tez dans la Maifon du Cacique, 3 69. Maniéré dont il reçut le Pere Barthelemi d’Olmedo, 370.. Il fait enlever Luc Vafquez d’ Ail- Ion , & le fait conduire à Cu- ba , 372. Il n’eft pas poflîble que ce Commandant ait eu corref» pondance avec Motezuma, 373; & 374. Ses gens inclinent fort à faire une bonne paix avec Cortez , 3%. Il préparé une em- bufcade à Cortez , dont celuy- ci eft averti , 3S7, Il & met en campagne 3 & il eft oblige de rentrer dans fon quartier , à cau- fe du mauvais tems , 389. Sa négligence dans fon quartier , 394. & 395. Il court au combat, & y perd un œil , 396* Paroles qu’il dit à Cortez dans fa prifon, 39 S. îl eft envoie prifonnier à Vera-Cruz. ibid. Paroles. Elles ont allez de force pour obliger les Rois. 4 °* Paffions humaines. Elles croiffent dans les hommes à mefure que leur pouvoir augmente, $59 peintres Mexicains . Ils copient l’armée de Cortez , pour la faire voir à leur Empereur, 88.. Leur habileté en cet art. ibid* Peintures que firent les Mexicains, de l’attaque que donnèrent les Efpagnols à un de leurs Tem- ples , 441. Ces Peuples étoient fi adroits en cet art, qu’ils fè fer- voient quelque-fois de plumes de differentes couleurs pour repre- iènter les objets au naturel. 92 Pelote , Jeu auquel les Indiens s’a- donnent fort. 29 1 Peuple. Le Peuple n’eft ordinaire- ment qu’un monftre à plulîeurs têtes. 4*5 Pierre d’Ævarado excufè fort fai- blement G ri jal va auprès de Die- go Veiafquez , 28. Il entre, fans en avoir reçu l’ordre , dans l’Ifle de Cozumel , 48. Donne du fe- cours prés de Tabafco , a Fran- çois de Lugo, 67. Cortez le laif- fè à Mexique pour fon Lieute- nant, 378. Il attaque les Me- xicains, le jour qu’ils celebr oient une Fête , 8c Cortez l’en blâme, 412. Il avoüé luy-même qu’il a- voit manqué, 413. Saut prodi- gieux que fit ce Commandant , fe retirant de Mexique , 453. Il reçoit ordre de Cortez d’atta- quer Mexique par la chauffée de Tacuba , 590.. Ce qu’il fit étant fur la chauffée de cette Ca- pitale, 600. Il arrive le pre- mier à la place de Tlateluco. 618 p^rre de Barba loge Cortez arri- vant à la Havane , 40.. Il re- çoit ordre de Veiafquez , de dé- poffeder Cortez, 8c de fe faifir de fa perfonne , 42. Refufe d’é- xecuter cet ordre , 8c paffè du côté de Cortez ,4 5 * ^ com- ^ ,/\>V *A ie - LES PLUS RE mande enfui te un vaifïèau char- gé de munitions de guerre & de bouche que Velafquez envoie à Narvaez , 498. Il eft pris avec fbn vaifïèau par Pierre Cavalle- ro , 8 c mis entre les mains de Cortez ,499, Il court grand ri/que fur la montagne de Su- chimilco, 572. Il meurt dans une embufcade que les Mexicains a- voient drefïee avec leurs piro- gues. 604 Pierre Cavallero , Capitaine de la côte de Saint Jean d'UIüa, prend prifonnier Pierre de Barba, 499. Et peu après fe fàifit de Rodrigue Mor-eïon. 500 Pierre Moron combat vaillamment à l'entrée que firent les Espa- gnols dans Tlafcala , & y perd un œil . 172 Pierre Sanchez. Farfan creve un œil à Narvaez , avec un coup de pi- que. # 597 Pilpatoé , Gouverneur de la Pro- vince de Tabafco pour Motezu- ma, vient vifiter Cortez. 8ç Pirogues* Embufcade drefïee aux EC- pagnols avec ces fortes de ba- teaux, 602* & feej. Les Mexi- cains en mettent plufieurs fur leur lac , pour fèrvir à la retraite de leur Empereur. 6 2 1 Plumes* On en trouve à Mexique quantité de diverfès couleurs , 8 c ces Peuples s'en fervent pour peindre, 92. Et pour cet efïèt on les tire fort adroitement aux oifèaux qui en font ornez. 279 PoteHe de Mexique : fà delicatefïè, * 74 - Poudre* Cortez en fit Etire avec du foufre tiré du Volcan de Popoca- tepec. foi Prédirions. Celles des fols font MARQUABLE S. quelque - fois véritables , 54. Neanmoins on doit les mépri- fèr. wid. Prêtres. Ceux des Idoles ne veu- lent point que les Indiens vivent en paix avec les Efpagnols. 606 Prodiges 8c lignes du Ciel , qu’on vid à Mexique. 100* & feq. CL Q Valpopoca, General de Mote- zuma , fait la guerre aux Ef- pagnols de Vera-Crux , 308. Cet Empereur l’envoie prendre pri- fonnier , $ 18. On le fait mourir comme criminel de leze-Majefté, 324. Quatlavaca , Bourg tres-peuplé dans la Nouvelle Efpagne : fà defcrip- tion , 576. Le Cacique 8c les principaux Habitans de ce lieu fe rendent. 577 Qustlavaca élu Empereur du Mexi- que , 436. Son peu d’habileté au Gouvernement, 8c fà mort, 490. Quiabiflan , Bourg de la Nouvelle Efpagne, 105. Sa defcription. 11$ Quitlavaca , Bourg fîtué fur le lac de Mexique, dont le Cacique donne de bons avis à Cortez. 152 TABLE DES CHOSES conquifès. 15 Riviere de Grtjalva. Cortez y vient aborder , 6 o. Et trouve de la re- fiftance quand il veut mettre pied à terre.. 1 ibid. Rodrigue Rangel demeure à Vera- Cruz, comme Lieutenant de San* doval. 404 Roü. Les Rois doivent garder in- violablement leur parole à leurs Vaftàux, 401. S.. S Alvatierra , Capitaine fous Nar- vaez , & grand ennemi de Cor- tez, 3$$.. 11 eft prifonnier à Vera- Cruz. 398 Segura de la fr dater a. Fondation de cette Ville dans la Province deTepeaca. 488 Semaines. Elles étoient de treize jours chez les Mexicains. 299 Sicile. Troubles de ce Royaume, , l 3- Siècles. Maniéré dont les Mexi- cains comptoient leurs Siècles, 8c les ceremonies qu'ils faifoient. quand leurs Siècles finilloient, 299. & 300. Soldats. Ils doivent obéir aveuglé- ment aux ordres de leurs Com- mandans , fans raifbnner, 6. Puis- que leur raifonnement jette quel- que-fois une armée dans de grands inconveniens , ^54. Les nouveaux croient ordinairement avoir de la valeur , 8c cela fans aucun fondement, 55 6. Ceux qui ne vont pas volontiers à la guer- re , font ordinairement inutiles dans les armées. 50 6 Sncce Ceux qui commandent dans les armées doivent tirer de bon- nes leçons des mauvais fuccez.615 Supérieurs. Ils doivent d’ordinaire^ marcher fur les traces de leurs predecelfeurs.. 41-7 T. T Abac. Quand & comment en ufoit Motezuma.. 289 Tabafco , Province. Jean de Gri- jalva y entre, 20. Réponfè re- marquable que luy firent les Ha— bitans de ce Pais, n. Leur Caci- que preiènte * félon quelques- uns , à ce Commandant, des ar- mes complétés d'or fin, 22. Cor- tez fe rend maître de la. Ville principale , 66. Le Cacique de- mande la paix, 75. Et fait pre« lent au General de vingt Indiens, entre lefcjuels étoit Marine^ 77 Tacite. Les Hiftoriens fe trompent bien fou vent , en voulant imites cet Auteur. 44 Tacuba. Refiftance que les Habi- tans de ce Pais firent aux Espa- gnols, 559., & fief. L'entrée que fit Alvarado par la chaulfée de cette Ville. 59a Tamenes. On appelloit ainfi les y Porte-faix des Indiens. 125 Taureau de Mexique : Sa defcrip- tion.. 280 Tegeaca. Cette Province confpire contre celle de Tlafcala, 47^ Elle refifte à Cortez , qui vou- loit attacher fès Habitans à fon fervice , 4 84. Elle eft réduite à l’obeiftance de ce General , 486. & feq. Et on y. bâtit la Ville nommée Segura de la Frontera ^ 487. & feq. Teutiléy JGeneral- de Motezuma, rend vifite à Cortez, 85. Il revient Je voir , 8c luy apporte la réponfe de ce Prince, 106. Il fe retire LFS PLUS RE avec chagrin. 107 Te’fcuco. Son Roi vient voir Cor- nez de la part de Motezuma, 250. Defcription de cette Vil- le, 251. & 252. Cortez la choi- sit pour faire une Place d'ar- mes ,525. Son Roi confpire contre les Efpagnols ,558. Il dépêche enfuite une Ambafîà- de à Cortez , à deffein de le tromper, 553. & 534. Il écha- pe à Cortez , & fe va join- dre à l'armée des Mexicains y 53 r. La Nobleflè de cette Ville fe Ibûmet à ce General ,537. Le coufïn du Roi fugitif por- te la parole pour eux , 537. & 538. Et Cortez luy donne l’in- veftiture de ce Royaume , 539. Ce jeune Prince reçoit le Bap- tême , ôc fe rt beaucoup à Cor- tez pour entrer dans Mexique, 541.(5*542. Tlajcala. Defcription de cette Province , de la Ville de ce nom & fon Gouvernement , 159. i6o„ & 2.12.. Le Sénat de cette Ville prend la refolution de faire la guerre aux Efpa- gnols , 1 66. Defcription d’une muraille tres-forre, qui défen- doit l'entrée de ce Pais , 168., Cette Ville eft honorée de plu- sieurs Privilèges par les Efpa- gnols , 21Î. Ses incommodicez, 213. & 214. Les Mexicains en- t voient des Ambaflàdeurs à cette République , 4 7 7.. Et le Sénat leur répond en faveur de Cortez , 479. Plufieurs con- versons fè font dans cette Ville,, 503. TUfcalteques. Ils viennent en corps , pour demander la paix à Cortez , 208. Accueil qu'ils MAR QU A F L E S firent à Cortez , quand il en- tra dans leur Ville, 310. Ils fe foûmettent à l 'obéi fiance du Roi d’Efpagne ,217. Ils font amitié avec ceux de Cholula , par l'entremife de ce Gene- ral, 240. Secours qu'ils don- nèrent à Cortez au fiege de Mexique, 405. Ces Peuples s'êftim oient heureux de mourir à la guerre , 473. Leur con- fternation , quand ils apprirent le danger que couroit Cortez, & caufe de fa blefïlire , 474. Le remede qu'ils apportent à ce mal , ôc la maniéré dont ils fè fervoient pour fe guérir , 475. Leur fidelité remarquable, 481. Ils fe reconcilient avec ceux de Chalco. ^8 ! ilateluco . On appelloit de ce nom la grande Place de Me- xique , 274. Les Foires qu'on y faifoit , &• la quantité des marchandifes qu'on y vendoir, Ibid. & Jecf. Toiles de coton. Les Mexicains les travailloient avec beaucoup de delicateffe. 274 Totonacjues , Peuples barbares des montagnes de Zempoala, s'unif- fent avec Cortez. 6 1 4 Tributs. Ceux que Motezuma im- pofoit à fon Peuple éroient in- fopportabîes, 29 2. Et fa Ko- hl elle n’en étoit pas exemte , 293. U enlevo*it ençore les belles filles, comme un tribut, dû à l'Empe- reur- 286 Vf AUnce. Troubles du Royau- me de ce nom , caufèz par les Bandits. ^ Nnnn iij ; V TABLE DES CHOSES Fa! eu*. File a cela de propre, qü elle fe fait admirer par ceux- • là mêmes qu’on a vaincus. 399 Vtra-Cmn. Sa fondation , 114. & 1 3 1. Elle s'appelait encore Villa * Ricca , & pour quel fu- jet , 1 1 4. Sa fituation , & la forme de Ville que luy donna Cortez, 132. Le Tribunal de cette Ville écrit à l’Empereur en faveur de Cortez. S°9 Ve riié. Elle court fouvent rifque de foufFrir quelque alteration dans les Hiftoires. 1 Volcan de Popocatepec , 219. Diego d’Ordaz va lur la mon- tagne pour le reconnoître de prés ,120. Defcription de ce goufre , ibiâ. & feq. Cortez en fait tirer du foufre pour en faire de la poudre. 5 01 X. X îc otencal le V : eux vient de la part de fa Republique, de- mander la paix à Cortez , 208. Il luy rend vifite à Gualipar , 471. Loge chez foy Pierre d’Al- varado, 473. Il condamne ou- vertement le procédé de ion fils, 481. Il fe fait baptizer, 502. & 503. Xicotencal le Jeune . Difcours qu'il fit en plein Sénat de Tlafcala contre les Efpagnols , 165. Il fè met en campagne avec une ar- mée contre eux , 170. Il s’ima- gine d avoir gagné une batail- le , pour avoir coupé la tête à la cavale de Pietre de Moron, 173. Il eft défait une féconde 8c une troifiéme fois , Ibid. & 178. Il prend la refolution d’in- veftir pendant la nuit le quar- tier des Efpagnols , iSf. & fetf m Il refufè d’obeïr aux ordres du Sénat , 188. Il eft obligé de quitter le bâton de General , 1 9 o. Sa Republique l’envoie à Cortez , pour traiter de la |?aix , 1 95. Il mene du fecours a Cortez , à la guerre de Cho- lula , 239. Son air farouche 8c trop fier, 471. Il fait une con- juration contre les Efpagnols , 480. Il eft condamné par le Sénat , à caufè de cette con- fpiration, 481. Il fe reconci- lie avec Cortez , qui intercède pour luy , ibid. Il fèrt Cortez dans la guerre de Tepeaca, 4S9. E va enfuite au fiege de Mexique , 8c fait paftèr fe s Sol- dats en revue , j 2 6. Il fait deierter plufîeurs de fès Sol- dats de Parmée de Cortez , & fè retire , 587. Cortez le fait tuer ,588. Et il n eft pas vrai-fèmblabîe qu'il ait été pen- du à la vue des Tlafcalte- ques. ibid. Y. Y Vcatart. Ce que fit François Fernandez de CordoLie dans cette Province, 16. Jean de Gri- jalva y entre ,/ 1 7. & feej. Je- rome d’Aguilar Interprète de Cortez, s'enfuit heureufèment de ce Pais. 5S Toucan. Hernan Cortez prend cette Ville fur les Mexicains , 494 * Z. Z EmpoaU . Hernan Cortez ar- rive dans cette Province ,111. LES PLUS RE Defcription dti Bourg de ce nom , izi. Le Cacique le vi- fïte , i 2 3.. lî trompe Cortez, en luy faifant prendre les ar- mes contre ceux de Zimpa- zingo , i 3 6. Cortez fait aba- tre les Idoles de Zempoa- la , 14;. Et à leur place il fait bâtir un Autel à l’hon- neur de la très - Sainte Vier- ge , 144. Méfiance entre ceux de Zempoala & Narvaez, Zimpacingo. Les Espagnols en- trent à main armée dans cette MARQUA B LE S. Province, pour fàtisfaire ceux de Zempoala. Zocotla >7. Defcription de la Vil- le principale de cette Pro- vince , 1 55. Son Cacique va voir Cortez , de luy éxage- re la grandeur de la puilïànce de Motezuma , 156. Divers ju- gemens qu’il Et touchant lès Efl pagnols. i 5 § Zulepeque. Lieu ou quelques ED pagnols furent malïàerez, 552. On trouve dans ce lieu leurs têtes léchées au feu de à la fu- mée, yjji. FIN* De l’Imprimerie de Laurent R q n b e t. i 6 9 1» Fautes a corriger . P dge 71. ligne derrière , du moment , Il fez. au moment. Pat. 79,. U g. d*™- relfentir , lif. iêntir. Pag. 128. lig. 20. Il/, une. P*£. 133, lig. dern. s'accorder, UC. s'accommoder. Pdg. 136.. lig. 25. prêt, // prêts. P^. 137. lig. 5. efcadrons, lif, \ efcadres. P*£. 141. lig . z? . h’étoit , lif. n étant. P<*£. 142. lig. 36. les, //lès. Pag. 1,2.//. 33. demandèrent, lif demandoient. P^. 57. lig. 30. dehors, lif hors." P^. 159. /j£. îo . défaire, lif. faire. Pag. 209. //£. 20. des, lif. de. Pag. 215. % 17. fa- tigue, lif. pratique. Pag. 222. lig. 8. eface^à u terîis. //£. 33. aux, lif. les. P^. 226. lig.. première , occalïon , lif. une occahon. P^, 230. %. 6. dans une , lif d'une. P^/. 243. Quajocingo , lif Guacocingo. Pag.-i^. Ug. 13. refolutions, lif. irrelolutions. P^. 247. Ug. 10. reveille, lif. recueille. Pag. 250. lig. 35 . qu'ils fentoient, // qu'il fentoit. Pag. 252* %• 19. quelle, lif. qu’il. Pag. 269. Ug. 27. quelques violences, lif quel- que violence. Pag. 270. lig. luy, lif. leur. Pag. 284. lig. dern. guerre , lif la guerre. P<*£. 290. lig. 25. Mitoles , lif Mitâtes. Id. lig. 32. entrée, lif entré. Pag. iju lig. 20. un , lif en. Pag. 304. lig. 22. plus , lif moins. P^. 3x1. %. 10. à, lif en. P