A PARIS, histoire natvreliæ ET MORALLE deslndes,tanc Orientalles qu'Occidencaücs: çhfil efl trdiBe des chofes rerndri^uahles du Oe Elemensy Métaux fFlantès e?" Animaux fi t propres de ce pays, En[emhledesmœurs:,ccren loix-y gouuernemms diens, Gompofée cïi Caftillan par loteph Acôlta traduite en François par Robert Régnault Cauxois. DEDIE' AV RÔY. Dernicre cdition,reüeuë corrigée mueau. ChezM A R G O R R Y,ruë S.îaqi au Lyon Rampant. j, m7d:c; ( \ nmm D E AV ROY TRES CHRESTIEN FRANCE ET DE NAVARRE. Henry IIII. de ce nom. , Cet admirMeO' tnmncme guemer ! ydexAndre^idh Koy des Macedomens, qui ^ar f* vdeur CT heureufe fortune, rangea fiu4 [on fournir tout es les ^rouinces de Grece,au farauat defvmes en flufeurs Cantons CTK^fMques, fuis pajfantla mer de ï autre cofté/uhmgua le tref grand Cr trefofulentl^aumede Perfes aT de la continuât plus outre Jit retentir [es armes tujques bien auant de^ danstlndeOrientallefornedefesdejfeins, CTfour lors la flm renommes CT fln^heureufi région delà terrez Entre mille grandes CT belles affeBtons qm Ugeoient en f m amegenereufe ay' guerrier e,auoit cette-cy , qu il defiroit O' de vaincre CT [urmonter tous les autreS,noff point feulement en valeur CT réputation d'armes-, mais aup en fauoir CT cognoifance des chofes : (T fur tout des terres O* régions efranges.P e telle fa^on, qu il fai-^ fostcurieujement rechercher [a^k quelque prix que cé fut ) tous les liures rares exquis qu on feuueit re- souurer de fin temps.Etluy encor fortieunei comme les ^mbafadeurs de Perfefufent venus vn iour deuersfin pere,il les enquifl fi particulièrement de la naturegran^ deur,crfituatio du S^oyaume de Perfides viHesfleuues 0*montagnesd'iceluy:mefmes des mœurs du peuple,0* 1 I . *-7 U/HArUp tnfJ.f' Cf fitiguliei Ê PI ST RE iie ce^dt Untais dej^nlf,iuJqHes.a ce qicdeut cont^uUcé grand O' florÿant Empire, de forte e^u'on pourrait dire auec raifon,cpue les proposer aduertifemets de ces ^yCm- hajfadeursfurent comme la première efimctlle,ot* caufi des grandes viBoires O' heureux fucce's qui luy amue^ rent depuis. Dequoy me refouuenantyS 1 É, (17" dela> comparaifon que plujieursfont auiourd’huy ,deja valeur^ clemcncei^honne fortune aU vofre, voire de plufeurs autres dons,cr' vertm héroïques, dont il e^oit doué, qui vous font pareillement comunes'.Outre ce que tous deux puijfans ce redoutefPrmces,e^es ijjus ( quoy qu en dt^ uers fiecles)dvn mefne ejîoc de nohlejfe,0^race de Her-* cules, luy par CaranusiEt vous,S i R Y., par charlema^ gne,qm juiuant les anciens tefnoignages , en efoit aufi defeedui &de l a race duquel vo^ efes extraiBpar leKoy S.Loysce les autres Eoys de Frace vospredeceJJeurs,iJfus delà race du mefme Charlemagne par fexe féminin:! e me fuis enhardy de traduire en langueFra^oife V B ifloirena tutelle et moralle des Jndes Orient ailes, neuuellement compofeeen Cajiillanpar lofeph ^cofa, homme certaU nement doBeO'fort curieux, pour laprefenteraux pieds devofre Majcf e, fous efpoif que celuy feroitchojèagrea- hle,pour la deleBable variété et nouueauté des ckofes qui y font contenues: Comme le croy qu*.y€lexandre mef mel'orroit fort volontiers s’il viuoit en ce prefent Jtecle} luy qui tant de fois de fin temps defra qud fuiî encor* vn autre monde, h fin d'auoir vn plus large champ d'ex-- ercer fis prouejfes. Et ce qui plus nia incité de l'entre^ prendre, a efié que les Ejpagnols,ialeux et enuieux de ce hien,ayantsfait brufier ^ar EdiB puhltc{ comme on nia aduerty puis quelque temps) tous les exemplaires de ce- fie Hifioirefifind’enprtuerlesautres nations, et leur celer U cognoifance des Indes» iay penfé que ieferjü AV Roy. faute Jîie Ulfil/ perdre d U France{Jt curlettfe deschojès rares heUes)vn fi riche loyau^c'J vnefi gentiUe Ht- fioirefejuel'^uthettr acomfofiéeJ,aflnsg^<^n^^ a 'veued^œilyO' fmles mefmes lietiXy d’vntel ordre <(sr hrieueté qu'auec home ratfon d peut efîre appelle l’He ^ radote O^le FÜne de ce monde mmellement deJçoMuert, Bref te peux dire de ce CafidanyS i R ceft vn prifennier d’entre vos ennemis Jequel tay furpns en fa terre Juy ayant appris tellement quellemettt nofire Un-> gue Françoifepeurvousleprefenteryàfinqunlvous con-^ duife O' toutes les fingulante\plm exqutfes de ce nouueau monde fans crainte cr danger de naufra- - ge.Qu^ fiycomme Alexandre fiuueram d’vnegranae Megion de l’Europe en la partie d’ Orient yA voulu tourner fies dejfemsfiur l'Inde Onentale-,^mfi voua S ï . R ^y^jfi^ de Ja mefme race y comme - luy Prince m"popfeur triumphant d’vn grand O" florijjant Royaume de kEu - rope en la partie d’ Occident yVeiUefaufii voir-cr’regar- der de plus près cesJndes OccidentalleSyencerplus riches ^ renornmees dprefent que ne furent oncq les Orient ar lessCefiuymefmc vous fferuira de guide de tres-fi’^ délie efpionypoùr vous aduerttr desportSyvilles0^ mon-r tagnesd' iceluy yO' de l’ordre nature dupeupleÿdonf il vous dira d’auant âge que ne firent sncqles ^mkajfa, deurs dePèrfé au Poy Mexandre.Jl plaira donc a vop fire Maiefie'yS i R 'E/ecemirde hone part ce trefor efira- geryque vous offre l'vn de vos humbles fidelles Jùb- setSypourtefhmgnage du feruice qu’il vous doit a voué p^ur toute' fa vie. pu Haure de Graceyle premier Décembre, 15.9 7. ; - yoftrctres-humblc,& très obeifTant fuljjjca&feraitcur, Robert regnavld. ^ iij UD FBKXISS'EM EN T D E l'autheur aux Leflturs, . Lufieurs autheurs ont cfcrit dw li-* I ares , & des narrations , du nouueau k monde & des Indes Occidentales,cf- -A-.- J quels ils defcriuent les chofes nou- uelles,& eftrangcs , que l'on a dcfcouuertes en CCS parties la, les a6bes , & les aducntures des EU pagnols qui les ont côqueftecs&peuplees.Mais iufques à prefent ie n’ay vcu aucun authcur, qui trai6fce,& déclaré les caufcs ,&raifons , de tel- les nouueautés,& merueillcs de nature,ny mcU mes qui en face aucun difcours & rccerche. le n’ay point V eu aiiiTi liure qui face mention des beftesj&hiftoiresdcsmefmes Indiens anciens, & naturels habitans du nouueau monde. A la vérité ces deux chofes font aiTez difficiles , première d’autât que font œuures de nature,qui fortent, & font contraires à la philofophic an- cienne receue & pratiquée,commc de raonftrer que la région qu'ils appellent Torri<^ > cft fort 1 fort tcoîPcrcc% aregion quiis appeuem humide, & en pluficurs endroits fort temperee, l’il pleut en icelle quand le Soleil en clt plus & qu’ii pleut en icciie quauu ie w. — i'— proche,&autres fcmblableschofes.Car ceuxqut ont efcric des Indes Occidentales,n ont pas fait profefliondetantde philofophic /voirc la plus J part d’iccux efcriuâins ne fe font pas apperceus de telle choreXà fécondé eftqu^ellc traide des belles , Ôc hiftoire propre des Indiens , laquelle chofercqueroit beaucoup de communicatiô & de progrès dans le pays auec les mermes Indios ce que la plus part de ceux qtü ont traidé dcsln- des,n’ont peu faire, ou pour n’entendre Icurl^ guCjOu pour ne vouloir recherche ,leurkantt- qüitez , tellement qu’ils fe font contentez de raconter quelque cho(è d eux qui eftoit le plus commun & fuperficiel. Defirant donc auoir quelque plus particulière cognoiflance de leurs chofes , i’ay fait diligence de 'm’informer des hommes, les plus expérimentés verfez , en CCS matières, pour tirer, & recuillir, de leurs difcours& relations, ce qui m’a femblé fuffire pour donner cognoilTancc des faits & couftu- înes de ces peuples. Et en ce qui eft du naturel du pays , & de leurs proprietez , ie l’ay apprins par l’experience de plulicurs amis , & par la diligence qu/U/f tvRAlem a Iosepho ^coJlâHt^micofermone cfimpiUram ,mfer à S^herto I^gmddo GüÜicé reddttam, K^fd LeBhrem, I luftrare nouos rctinérc cupidinc mundos, - ^ Lataq', fl Pela'gi littora noffe ciipist I Hue curfus difpone tuos, non nau- J fealædct, Neé ftomachus ciucm te vetet cfTe maris. I^il opiis cft veloarimas {àrcire carinis, Aur Magnetiaca pixide.nil opus eft. Altcr Tiphysadeft,extfemas ire per oras Edocet,& populôs',iam breuiorc via: Sidéra fub terris vetcrl non cognita fcclo, 3rcaq-, in occidno limine fîgna, refera ..périem Zonæ,qùenon habitabilis antè ludicio' veterum,tunc habita ta' tamen: Noueris in curfu quo figno vtatur, & aura, Védicet atque fibi quidquid vterquepolus. Noiieris & montes.Germaniqi oraTyphœi Igniuoma, Sepifees, flumina magna,lacus, Templa/acerdotes, verique imitaminacultus, Chriftiçolûm ritus vt coluilFe putes. Annales, faftofqilibros^elemcntâque, régna, Irapcrium,rcges, prælia, magna,duces. Terra ferax gcmmis,fulu6qircferta métallo, Sc percgrinatibiconfpicienda dabit. Pcniqlquod luftris, & fumptibus haufit iber*, ^ Bis quarto poteris parcus adiré die. AntonivsBqîidoiu I^hertum ^gin/ddum tradu^orem^ T e F rancifcis alit , quem nobis cdidit vrbs^ ' LU' Vcllerij rnofltisnoiïîine, nomen habct. BjEtica(demirans gcniiim)mutaie loquelam Inftitic.vtpptius dicereE cffefuum. Ipfctamcn patriærcducemtei'eddis’, dCjilla Qjaæ fecreta cupit , cognitiora facis. on re pœniteat tanti,Reginalde , laboris. Hoc tibi nap patriæ pignus amoris erit; Parua videre paras vidorem praemia regem Henricum,& facras contcruiire manusJ Quigrarus patriæ,tum regi,deferit auras, Re(5iiùs ille fuo munere fundtus abit. '■ Antonivs Bond o Ro \. . 'ïfi ^demdemde'mfcnptmelthn,. E Cquid iddn prima promittic frontc libellus Indos eoos occidubfquc fimul. Attamenhéfperias tantummodo dctegit oras, Nulla ferè eoi eft mcntio fada Coli Hoc,Rcginalde,typisxlcbetur , non mus e^roro (Error fi fueriE confplçicndusibi. ) Occiduus nobis,alijs orit\irus habetur Phœbus-.nil prius cft,pbftcriulve globo. Ant. Bondo^. M.CHARLES REGNAVLD, A Robert Regn AV LD son Frere^fu): la craduftionde FHiftoi- re Naturelle des Indes Occiden» taies, I I I A M. REGNAVLD SVR laVersionde l h ist Di- re des Indes de TEfpagnol de Io« fephe Acofta. SONRT. P olyclete irnager hunnoitvn viftge Sihien apres le vif que nature amitpeur Qjfelle fimblafî amir fur l'image trompeur 1.11e mefmé imite lestraiBsdefonouurage, - ^ Mais le feul Hyponte entre ceux de fin aage M efinfa ce fl ouuner deflreux que l honneur D*vn tâhleauqu il offrait retournafl au denneurl Non à l'art que l'on eufl admire d'auantage. ^infi tout Eflagnol qui veoirra que tes doigts Ont d*vn traiBp dtum fait Mofla François, Qm deuancèpar toy ne fait plus quete fuyurei Craindra que ton labeur fut du flen le tombeau T m renom fin oubly/a cendre ton flambeau Et du riche Féru les fecretsincognus, Frira que ton pinceau ne nom change fin Hure, F. l'Ep ARMENTiER. Ex(mtlitfrmlegeà;l l{oy. inar grâce &priuilege du Roy il eft permis à 1 Robert Regnauld de faire imprimer par tel . libraire ou imprimeur que bon luy fembjera, | fon Hiftoire Naturelle & Moralle des^dndcs, | tradmtte de Caftillanen François, Ôc ce pour | l’efpace & terme de dix années , & dcttenfes I font faites à tous libraires & imprimeurs de j n’imprimer ou faire imprimer ledit liure fans le confentementjde O h ÿ fur peine de cinquante efeus d’am,ende,& de confifeatiô des Exemplai- res quif en trouueront imprimez : Et ledit Ro- bert Regnauld a choifi Ôc tranfporté fon priui- j hoc à MarcOrry marchant libraire àParis.pouc Ic^empsdedix ans.Donné le i. [Décembre mil cinq cens quatre vingts dixfept.Èt de noftre ré- gné le hui6liefme. Signé H EN R Y. Et p^sbas Potier. Et feellé en dre iaunc fur limple queue. ï LIVRE PREMIER DE LHlSTOi:^E NATVRELLE & morale des Indes^tant Orientales qu’Occi- dentales. Del*opmon ,H.foftome, comme homme qui feft plus occupe \d Hebr. en l’eftudc des lettres facrees , que non pas aux fciences d’humanité , femble cftre de cefte opi- nion, quand il ferid en fes Commentaires fur l’epiftre aux Hebrieux , de ceux là qui afferment la rotondité du Ciel. Et femble que la fainde Eferiture ne vueille fignifier autre chofe, ap- pellant le Ciel , tabernacle, ou taudis, faid de la ffel.s. main de Dieu. Etfurce fubiedil paflcplus ou- demchryf. trc, difant quc ce qui fe meut & chemine, n elt 7om.6.i^, pas le Ciel, mais que c’eft le Soleil, la Lune , & cftoilles qui fe meuuent au CielEn la façon les paflireaux, & autres oyfeauxfe men- ■ uent parray l'air , tout au contraire de ce que les Philofophes penfent , qu’ils fe tournent auec le mefme Ciel,comme les bras dVne roüe, auec la mefme roüc. Theodotet autheur fort grauc Dès Indes Liv. I. 2 fuit en cefte opinion, Chryfofl:omc,& Théo- *theop.mi. phileaufîi, félon qu’il ade couftume, prefque en toutes chofes. Mais Ladtance Firmian, de- uant tous les deiTusditSjayant la raefme opiniô, Mp.%4. fc moque des Peripatetidens & Academiques, qui donnent vne figure ronde au Cieheonfti- tuans la terre au milieu du monde : pour autant que ce luy femble chofe ridicule, que la terre demeure fufjjendue en rair,comme il eft deuant [! dit. Par laquelle fienne opinion, il fe conforme à celle d’Epicure,qui tien t,que de l’autre part de la terre, il n’y a autre chofe qu’vn Chaos, ou abyfme infiny. Et femble mcfme que faind: Hierofme f approche aucunement de cefte opi- I nion , efcriuant fur l’epiftrc aux Ephefiens en ces termes : Le Phtlojophe naturel pdr Jk centemplâ- t ion pénétré iufques m hdult du Ciel^O^ de l' autre part iltrouue vngraÀ vmde^ aux profonds Cf’ ahyjmesde U terre.Von dit auffi que Procope afferme (ce que ien’ay veu toutesfois) fur le liuredu Genefc, Sixttu Se- que l’opinion d’Ariftote touchant la figure , & mouuement circulaire du Ciel eft contraire & ‘ répugnant à la fainéle Efcriture.Mais quoy que difent & tiennent là defliis tous les anciens, il . ne f en faut efmouuoir.Pource qu’il eft tout co- gncLi & approuuc qu’ils ne fe font pas tant fon- ciez des fciences &demonftrations dcphilofo- phierpourautàt qu’ils fe font occupez à d’autres de bien plus grande impôt tâce. Mais ce qui plus eft à efmcrueiller , eft queS. Auguftinmefme, /ingj.z.de tant verfé en toutes les fcienccs naturelles, voi- Genef. ad re fort dode en l’Aftrologie,& Phyfique,ncât- moins demeure toufiours en doute, fans fe pou- Aij I > ■I 3J. i i SdpUa» Histoire 'natyrelie uoif refoudre, fl le Ciel circuit la terre de rôtî- tes parts, ou non. [oucie-ie ( difoit-il ) ejue neJpenpons ^tte le Ciel, comme vne houle enferre enfiy U ferre de foutes parts ^e^ant icelle au milieu du monde, comme au peloton de fil le fondreau: ou que nous difions qu'ilneflpasainfhmaisque leciel couure la terre par 'une part feulement, tout atn fi quvn grand plat, qui cH par le dejfus. Au mefme lieu que deflus , il lemble demoftrer, voire dit clairemct qu’il n’y a demo- ftration certaine, pour affermer la figure ronde j du Ciel, mais feulement de fîmples coniedures. Efquels lieux alléguez, & en d’autres endroits mcfmes ils tiennent pour chofe douteufe le niouueraent circulaire du ciel. Ncantmoins on ne fe doit ofFenfer, ny auoir en moindre efti- me les Dodeurs de la fainde Eglifc, fi en quel- ques poindts de laPhilofophie & fcicnces na- turelles ils ont eu differente opinion à ce, qui cft tenu & receu pour bonne philofophic : veu que toute leur eftudc a efté de cognoiftre, pref- cher , & feruir le Créateur de toutes chofes , en quoy ils ont efté exccllens, & comme ay ans bie employé leur eftude en chofe plus importante, j c’eft peu de chofe en eux de n auoir cognu tou- j tes les particularitez concernantes les creatu- xcs. Mais bien d’auantage font à reprendre les ! Philofophes vains de ce fieclc , qui attaignans iufques à la cognoiflànce de 1 eftre, & ordre des créatures du cours & mouuemçnt des Cieux, ne font pas paruenus (malheureux qu’ils font)à j cognoiftre le Créateur de toutes les chofes. Et | Ecrapefehansdu tout en fes œuurcs, n’ont point | montepat leurs imaginatiôs iufquesà cognoi- | Des Indes. L i v. I. 5 ftrc Tautheur fouucrain d’icelles jain fi que nous cnfeignelafaiiiâieEfcritui'e: oubien s'ils l’onc cogneu,ne l’ont point ferui & glorifié comme ils dcuoientjaueuglez de leurs inuentions , de- quoy 1 es accufe & reprend l’Apoftrc. Qw le ciel efl rond de toutes farts yfe momant en fin tourde fi^-mejme, C H A P. II. R venans à noftrefiibieéî:, il n’y a point de doute, que l’opinion qu'ôt eu Ariftotc & les autres Peripateti- dés auec les Stoïques ( que la figure 'du Ciel eftoitrondcj&femouuoic circulairement en fon tour)eft fi parfaitement véritable que nous, qui fommes &viuons à pre- fent au Peru, le voions de nos propres yeux. En quoy l’cxpericncc doit valoir d’auantage , que toute autre demôftration philofophique , d au- tât que pour faire cognoiftre que le ciel efl: tout rond , & qu’il côprend & circuit en foy la terre de to^ coftez , Sc pour en cfclarcir tout le doute que l’on en pourroit auoir,il fuffit que i’ay e veu & contêplé en ceflui noflre hemiiphere la par- tie & région du ciel , qui tourne autour de cefle terre, laquelle n’a efle cogneuc des anciens , ou bien d’auoir veu & remarqué(comme i’ay fait) les deux pôles, cfquels le Ciel fe tourne,comme dans fes fiches.Iedy le pôle Artiqueou Septé- trionalquevoycnt ceux de l’Europe, & l’autre decèJef.ad Antarticquc oû Méridional (duquel fain t Au» Ut. caÿ. lo, A iij HiStOIRE NATVREXIE guftin eft en doubte ) & lequel nous changeons %c prenons pour le Nort icy au Peru , ayâs palPé la ligne equinoftiale. Il fuffit finalement, que i’aye couru par nauigation plus de fieptante de- grezduNortau Sud, fçauoir quarante dVn co- llé de la ligne, & vingttrois de lautre. LailPant quant à prefent le tefinoignage des autres qui ont beaucoup plus nauigé que moy , & en plus grande hauteur,eftâs paruenus prefque iufques à feptantc degrezau Sud.Qui dira que la nauire ÆppelleeVidoire,digne certainement de perpé- tuelle memoire,n’ayc gaigné le prix &c le triom- phe d’auoir le mieux dercouuert & circuy la rondeur de la terre , mefme le Chaos vain Ôc le vuideinfiny , que les anciens Philofophes di- foyent eftre,au delPoubs de la terre , ayant faidl j tout le tour du monde, & circuy l’immenfite du I grand Océan ? Qui eft donc celuy qui ne reco- j ^noiftra par eefte nauigation que toute la gran- deur de la terre, quoy qu’elle puifle eftreplus grande,qu’on ne la dépeint pas, ne Toit fubieélc j aux pieds d’vn homme , puis qu il la peut mefu- j rer? Ainfi,rans aucun doute le Ciel eft de figure ronde & parfaire. E t la terre aufli Pembrairant & ioignant aucc l’caiie fait vn globe , ou boule ronde compofee de ces deux Eléments , ayans leurs bornes ôc limites dans leur propre ron- deur ôc grandeur* Ce qui fe peut fuftifamment prouuer, ôc demonftrer par raifons de Philolb- | phie ôc Aftrologie , laiffant arriéré les fubtile-s j definitiôs qu’on peut alléguer communément. Que au corps le plus parfaiél (qui eft le Ciel) fe doit attribuer la plus parfaire figure , qui eft DES Indes. Liv- I. 4 fans doute la figure ronde. Duquel encore , le mouuement circulaire ne pourroit eftre ferme, & efgal en foy , fiil auoit quelque coing , ou de- ftour en quelque part, ou fiil eftoit tortu ( com- me il le faudroic dire par ncceffité) fi le Soleil,la Lunc,& les eftoilles nefaifoyentle tour, ôc cir-^ cuifibyent tout le monde. Mais fans confiderer toutes ces raifons,il me femble que la Lune feu- le eft fiiffifantc, en ce cas, comme vn fidelle tef- raoingdu Ciel mefme: veu que fon Eclipfe ad- ulent feulement , lors que la rondeur de la terre fioppofe diamétralement entre elle & le foleil, & par ce moyen empefehe que les ray os du So- leil no donnent fur icelle. Ce qui ne pourroit certainement aduenir , fi la terre 11 eftoit au mi- lieu du monde , circuitc & entourée de tout le . ^ a p Ciel. Il y en a eu aucuns qui ont douté iufques 24- là, fi la refplendeur , qui eft en la lune, luy eftoit c. ^ . cômuniquecde lalumierc du Soleil. Maisc’eft par trop douter,puis qu’il ne fe peut trouuer au- tre caufe raifonnable, des Eclipfes , du plain, & quartiers de la lune , que la communication de la refplendeur ôc lumicre,qui procédé duSoleil. Aufli fi nous voulons diligemment rechercher cefte matière, nous trouuerons, que l’ofifcuritc de la nuiét n’eft caufee d’autre chofe que de l’ô- bre que fait la terr€,cmpefchant la clarté du So- leil de paflèr de l’autre cofté du Ciel, où il ne ict- tefesrais. Sidoncileftainfique le Soleil n’ou- trepafie point,& ne iectc fes raiz fur l’autre par- tie de la terre, ains feulement fe deftourne à fon coucher, faifant efehine à la terre , par vn tour- noyement (ce que par force fera contraint d *ac- A iiij Histoire natvrelle corder celui, qui voudra nier la rotondité du Ciel , puis qu'à leur dire le Ciel comme vn plat feulement couure la face de la terre). Il s enfuy t clairement que l’on ne pourra remarquer la différence que nous voyons eftre entre les iours & les nuids , lefquels en quelques régions font courts 6c longs félon les faifons , 6c en d’autres Atigitji.l'th. perpétuellement efgaux. Ce que laind Augu- deGenef.ad ftfn efcrit aux liures de Genef.ad ttteram. l’on Itt.c. 10 . pourra bien comprendre les oppofitions^ con- uerfîons , cfleuations, defeentes, 6c tous autres afpeds , 6c difpofîtions des planettes 6c eftoil- les , quand nous cognoiftrons qu’elles fe meu- iient,& que neantmoins le Ciel demeure ftable ; 6c immobile. Chofe qui me fcmble bien aifec à entendre, 6c le fera à tout autre, m’eftant per- mis de feindre ce qui me vient en la phantafie. Car fî nous pofons le cas , que chaque eftoille &plancttefoitvn corps en foy,& quelle foit demenee 6c conduitte par vn Ange, en la façon Da».ï 4 , que fut porté Habacuc en BabylonciQui feraie vous prie celui tant aueuglé , qui ne voye bien que tous les afpcdsdiuers qu’on void apparoir aux planettes 6c eftoilles , peuuent procéder de ladiuerfîré du mouuement que celuy, quile^ mene & conduit , leur donne volontairement? I Ce pendant l’on ne peut dire auec raifon , que | celle cfpacc 6c région, par où l’on feint que j marchent 6c roulét continuellement les elloil- I Ics,ne foit élémentaire 6c corruptible, puis qu’il fe diuife 6c fcpare quand elles palîent , lef- quclles certainement nepalïèntpasparvn lieu vuide. lî la région en laquelle les elloil- DIS Indes. Liv. I. y les & planettes fc meuucnt , cft corruptible, par raifon donc les cftoilles & planettes ledoi- uent cftre elles mcfmes de leur propre natu- re, ôc par confequcnt fedoiuent changer, al- térer, & finablement prendre fin. Pource que « naturellement le contenu n’cft pas plus dura- ble que le contenant. Or dire que les corps cc- leftes foyent corruptibles , cela ne s’accorde point auec ce que TÊfcriture dit au Pfalmc, ^ vfaîm. 14S. Dieu lesfeit pourteuJîoursiEt encore moins le rap- porte à Tordre &conferuation de ceft vniucrs. ledyd’auantage pour confermer cefte vérité, que ce quife meut, font les mefmes deux, & en iceux les eftoilles cheminent en tournoyant. Ghofe que nous pouuons cognoiftre auec les yeuXjpuis que nous voyons que non feulement les eftoilles fe meuuent , mais auflî les régions ôc parties entières du Ciel. le ne parle point feulement des parties luyfantes & refplendif- fan tes, comme celle que Ton appelle la voyc laidtec, que le commun appelle le chemin S. lacquesj mais ie dy cela d’auantage, pour les autres parties noires 6c obfcures qui font au Ciel. Pource que nous y voyons realemcnt comme des taches & obfcuritez , qui font fort manifeftes, lefquelles ie n’ay point fouuenance auoir iamais veu en Europe , mais au Peru, en ceft autre hemilphereie les ay veües plufieurs fois fort apparentes. Ces taches font de la cou- leur ôc forme de la portion de la Lune eclipfoe. & luy reflèmblent en noirceur & obfcurité. El- les marchent attachées aux mefmes eftoilles, & toufîours dVncmcfme teneur & figure, com- HïSTOI RE N ATVREL LE ^ me nous Tauons cogneu & remarqué par ex- pericnec tres-clairc. Parauenturc cela femblc- raà quelques-vns chofenouuelle,& pourroyêc demander d’où procédé tel genre de taches au Ciel;ie ne puis certes refpodre autre chofe pour l’heure, finon que, comme difent les Philofo- phes , que la voy e ladee eft compofee des par- ties du Ciel les plus denfes & efpelTes , & qui pour cefte caufe reçoiuent plus grande lumière: ainh par contraire raifon il y a d’autres parties fort rares, déliées , & tranfparcntes, lefquelles pour receuoir moindre lumière , fe mblcnt plus noires & obfcures. Que cecy en foitlavrayc raifon , ou non , ( ic n en peux rien affermer de certain) fi cft-il pourtant véritable, que fé- lon la figure que ces taches ont au Ciel, elles femeuuent auecvnemefme proportion quant & leurs cftoillcs , fans aucunement fe feparcr d’elles. Qui eft vne expérience certaine Sc re- marquée par plufieurs fois tout exprès. Il f en- fuytde tout ce que nous auons did, que fans doubte le Ciel contient en foy de toutes parts la terre,tournoyant continuellement al entour d’icelle , fans que Ton puilfe plus propofer que- ftion làdelTus. Chapitre III* QjieU fiin^e Efiriture mvA enfeigne fieU terre eU ' mmilietidn monde. Ombic qu’il femble à Procopc, à Ga- ze,& à aucuns autres de fon opinion, que ce foit côtreueniu àlafaindeEf- DIS Indes' Liv. I. ^ criturc, de figurer la terre au milieu du monde, ÔC de dire que le ciel eft tout rond : fi eft-ce que à la vérité cefte dodtrinc, non feulement ne luy cft point contraire, mais auffi fe trouue du tout conforme à ce qu’elle nous en enfeigne. Car lailîàntàpartles termes dont vfe la mcfme Ef- criture enplufieurs endroits: La rondeur de U ter- re, {d>c ce qu’en autre endroit elle dit,que tout ce qui eft corporel, eft circuit & entouré du Ciel, & comme embralTé de fa rondeur) à tout le moins ne peut on nier, quelepafiàge de l’Ec- clefiafte ne foit fort clair, où il cft diét : Le Soleil nAi^ife couche , retourne en fin mefime heu : va recommençant à naifire,d prend fin chemin par le mi- dy fe tournant lufijues au Septentrion, ce fi efprit chemi- ne circuijfant a l'entour toutes chofes, s en retourne k finmefine endroit. En ce lieu la paraphrafe & ex- pofition de Grégoire Neocefarien ou Nazian- zcnc àiv.Le Soleil ayant couru toute la terre J en reuiet comme en tournoyant iufcjues a fin mefinepoinB et' ter- me. Ce que dit Salomon interprété par Grégoi- re ne pourroit certainement eftre vray , fi quel- que partie de la terre delaiilbit d’eftre circuite du Ciel. Et ainfi l’entend fainét Hierofmeef- criuantfur l’cpiftre aux Ephefiens,de cefte ma- niere.14 plue commune opinion afferme^ fe conformant auec l' Ecclefiafie ) e^uele Ciel efirond femouuant*en circuit alamaniere d'vnehoule. Et eft chofe certai- ne que aucune figure ronde ne tient ny latitude ny longitude,ny hauteur ny profondeur, pour- ce qu’en toutes ces parties elle cft efgale ôc pa- reille. Par cela il appert félon faind Hierof- me, que ceux qui tiennent que le Ciel eft rond. HeUer 13. Sap.x.z.j II.I8. £ P faim. ^1.7 z3.39.97- leb 37. Ecclef. I. H'itr.m cap. yad Ephef Histoire naturelle non feulement ne font pas contraires à la fain- saf. hem*J. dc Efcriturc , ains au contraire fe conforment I. hexam. ^ icelle’.atteiidu principalement que S.Bafile & fro^efinm. qui limite ordinairement aux li- ures appeliez Hexameron , fctrouuentvnpeii douteux enccpoind. En fin toutesfois ils re- uiennent à concéder la rondeur de ce monde, lleft vray que S. Arabroife ne demeure point iaccorddccefteqainteireiice. qu’Ariftote at- tribuç au Ciel. Et certainement c eft choie bel- le de voir auec quelle grâce , & quel ftyle ac- comply lafainde Eferiture traide de la fitiia- tion de la terre & de fa fermeté , pour caufer en nous vne grande admiration , & non moindre contentement fur l’ineffable puiffance & fa- geffe du Créateur. D’autant que en vn endroit Dieu nous référé , que ç’a efte luy qui a eftably Tfaim. 74. colomnes qui foufticnnent la terre, nous donnant à entendre , comme bien l’explique S. r i, Ambroife, que le poids immenfe de toute la «4^7 é terre eft fouftenu par les mains du diuin pou- uoir.La fainde Eferiture a de couftume de les appellerainfi,&vferdeceftephrafe, les nom- mant colomnes du Ciel & de la terre, non point celles de l’autre Atlas , qu’ont feint les Poëtes , mais celles propres de la parolle eter- | nelle de Dieu , qui par fa vertu louftient les j id 916. Cieux& la terre. D'auantage la fainde Efcri- | tiire en autre lieu , nous demonftre comme la j Hthr. î. terre , ou grande partie d’icelle , eft ioinde ÔC cnuironneedel’elementde l’eau, difant gene- rallement que Dieu mit la terre fur les eaux. Et en autre endroid , qu’il fonda la rondeur de la DisIndes. Liv. I. 7 terre fur la mer. Et encore que fainâ: Auguftin Augufi,»ù n'accorde pas que de ce palîage (comme de fen- tence de foy ) l’on puilfc inférer que la terre ôc l’eau face vn globe au milieu du monde, pré- tendant par ce moyen donner autre expofition à CCS paroles duPfalme. Ce neantmoins il efî: tout certain , que ce qui eft porte en ces paro- les du Ffalme, nous veut donner à entendre qu’il n yad’occalion d’imaginer autre ciment, ouliaifonà la terre , que l’elcmcnt de l’eau, le- quel, quoy qu’il foit facile ôc muable, neant- moins fouftient ôc cnccinr celle grande machi- ne de la lerre.Ce qui a efté fai6l par la fagelfe du très grand Architcéle. L’on dit que la terre eft fondée ôc baftie fur les eaux, ôc fur la mer. Mais au contraire la terre eftpluftoft audelToubsdc l’eau , que non pas dcfliis , pource que félon l’i- magination Ôc iugement commun,ce qui eft de l’autre cofté de la terre que nous habitons, lèmbleeftreaudelToubs de la terre, & par meC- me moyen les eaux ôc la mer, qui ceignent la terre de l’autre part, font au delfoubs, ôc la ter- re au delTiis. Neantmoins la vérité eft foule- ment, que ce qui proprement eft en bas, eft ce qui eft toufiours plus au milieu de l’vniuers: maislafainéleEfcriture faccommode à noftrc façon d’imaginer & parler. Quelqu’vn pourra demander , puis que la terre eft eftablie fur les eaux ( comme dit la làindle Eferiture ) for quoy font eftablies les mefmes eaux, ou quel appuy les fouftient ? Et lî tant eft que la terre ôc i’eaue ' font vue boule ronde , où fo peut fouftenir tou- te cefte horrible machine? A cela relpond en au- •■T’ H I S T O I R E N ATVRE LL Ê ^ trc cndroid la fainae Efcriture , nous donnant trc cndroiCt la laincie e-iuiiluic , üwuj bien plus grande admiration de la puilîànce dti Créateur: Et dit ces propos : La terre ieflend vers jLfulm fur vn vutde,€r demeure fedue^ur rien, p P faim. que certes cfttres-bien did, pource que reale. met il femble que cefte machine de la terre & de la mer eft affile fur rien , quand on la dépeint droit au milieu de l’air , comme en vérité elle y eft. Mais cefte merueillc que les hommes ad- mirent tantjDieu ne l’a-il pas luy-mefme efclar- • cie,demandant au raefme lob en ces termes: T>y moyfitu fiaûquiatené le flomh ou la ligne four U fabrique du monde,er auec cfuel ciment ont efléafr^ loinEls fes fondernenscBnzkmcmyâiin de nous fai- re entendre la trace & modelle de ce merueil- recncciiuic i pendue en l’air, qu’elle puifle tomber , ou con- rourner f en delTus deffoubs ; nous eftans afleu- rez fur ce point, parce que le mefme Pfalmc dit, que pour iamais elle ne fc renuerfera. Ccr- pfaîm tes auec raifon Dauid apres auoir contemple &chantél’eftâtde lî merucilleufcs œuures du Seigneur, ne cciTe de fe-refiouïr auec luy en icelles, difanc : O cmhien les œuurei du Seigneur font aggradies accreües^il appert bien cjue tout a Jont Jor~ tmde fin fçauoir. Et en vérité fi ic dois racoi^rer ce qui fe palîe fur ce propos: iedy que fouuen- tesfi)is que i’ay voyagé , pafiànt les grands gol- phes de rOcean,& cheminant par les autres ré- gions de terres fi cftranges , m’an-eftant à con- templer êc confiderer la grandeur de ces œu- ures du Seigneur, ie fentois vn admirable con- tentement de celle fouueraine fageffe & gran- deur du Créateur, qui reluy t en ces mefmes œu- ures, en, comparaifon defquelles, tous le pa- lais, chafteaux, & baftimens des Roys , enfem- ble toutes les inuentions humaines femblent bien peu,voirc chofes baflès & viles, au refpeâ: d’icelles. O combien de fois me venoit en la penfee, & en la bouche ce pafiàge du Pfeaume, quiditainfi: Grande récréation m aueXjLonné S'w-' gneutyparvos œuures y O* ne cejferaj de merefoujir en la contemplation des œuures de vos mains. Reale- ment & de faid, les œuures diuines ontne fçay quelle grâce & vertu cachee & fecrette, qui combien qu’elles foyent contemplées plufieurs - & diuerfes fois , neantmoins caufent toufîours vn nouueau gouft & contcntement:au contrai- Histoire KATVRELLf , ] rc les œuures humaines , encor qu’elles foyenf ; conftruides auec vn exquis artifice > toutesfois eftans veuës fouuent, ne font plus cftimees , au contraire deuiennent ennuyeufes, foitquc ce foyentiardins tres-plaifans , ou palais , ou tem- ples magnifiquement baftis , foit Pyramides de fuperbe édifice, foit peintures, fculptures, ou pierres d’exquife inuention & labeur , quoy qu’elles foyent douées de toutes les beautez i qu'il cft poifiblc : toufiours c’eft chofe certaine ! qu en les contemplant deux ou trois fois auec | atten tion , les yeux fe diuertiffent toft de cefte i veuë à vne autre , eftans incontinent foulez d’i- celles. Mais Cl auec attention vous confiderez la mer , ou quelque haute montagne , yftàntc hors la plaine d’vnc eftrange hauteur, ou les champs reueftus de leur naturelle verdure, ôc de belles fleurs, ou bien le cours furieux de quelque fleuue , qui fans ceflèr bat continuelle- ment les rochers en bruyant , finalement quel- ques œuures de nature que ce foyent , quoy qu’elles foyent contemplées piufieurs fois, toufiours caufent nouuelle récréation , & ia- mais nefennuycla veuë. Ce qui reflcmblc vn banquet manifique & abondant de la diuinc fagelfc , qui fans iamais ennuyer, caufe touf- iours nouuelle confideration. OntenàM U reffonfi d ce qui eïi dRegui de U fmCie^feriture contre U rondeur de U terre» Ch AP. lin. DIS Indis^ Liv. I. P ^Eucnantdonc à la figure du Ciel , ic , ne fçay de quelle audoritc delà fain- ^dbe Eferiture on ait peu tirer, qu’elle nefoitpasrondejUy fonmpuueméc circulaire, pource que ie ne voy point que ce que S. Paul appelle le Ciel tabernacle,ou taudis, que Dieu a eftably & non point Tbomme, puifi- fc eftre appliqué à ce propos. Car quoy qu’il nous dife qu’il eft faid par Dieu , l’on ne doit pour cela entendre que le Ciel tout ainfi côme vn toid, couure la terre , dVne part feulement, ny mefme que IcCiel foit bafti ians le mouuoir, comme ilièmble que quelques- vus l ’ont voulu donner à entendre. L’Apoftre en ce lieu traitoit de la conformité du tabernacle ancien de la loy, difânt là defius que le tabernacle de la loy nou- uelle de grâce, eft le Ciel, auquel eft entré le grand preftre lefus Chrift vnc fois,par fon fang, & de là f entend qu’il y a autant de prééminen- ce , du nouueau tabernacle au vieil , comme il y a différence d’entre l’authcur du nouueau, qui eft Dieu, & çil du vieil qui a efté l’homme , en- cor qu’il foit vray que le vieil tabernacle fut auflî bien bafty par la fagelfe de Dieu qui l’cn- feigna àfbn ouurier Befeleel: & ne doit on pen- ferqueces comparaifons, paraboles & allégo- ries fepuiflent rapporter en tout & par tourà ce à quoy elles font accommodées, comme le bien-heureux Chryfoftome a bien feeu dire à ce propos. L’autre authorité que rapporte S.> Auguftin alléguée d’aucuns,pour monftrer que le Ciel n’eft pas rond,eft telle en difanr , Le Ciel teJlcnÀ comme vne Dont ris concluent qu il B Hthr. %. Exod. Chryfojl. iit xO.ca^. P faim. 19}, Hijtoirê natvrelie n’efl: pas rôd, mais plat en la partie d’enhaut. A quo y refpôd fort biê&fort farnilieremét le me- me S. Dodeur, mais dônant à entendre que ce paffage duPfalmiftc,ne parle ny s’étend propre- met de la figure duCiel,mais dit cela feulemét,a de Gen.ad fin die noLîs dcmonftrcr aucc quelle facilitéDieu baftit vn Ciel fi grand,ne luy ayât efté non plus difficile debaftir vne fi immenfe couucrture, côme eft le Ciel,qu il feroit à nous de défployer vne peau double, ou bien prétendant le Pfalmi- fte nous donnera entendre, la grande maiefte de D-ieu, anquel le Ciel ferr, qui eft fi beau ÔcCi grand, de mefme façon que nous feruent les'tê- tesoucouuertures aux champs. Ce qui a efté | fort bié déclaré par yn Poê’te,difant: Letmdisdti lfak.66. Mefme le paftàge d’Ifaie qui dit,Ze Ciel me fert de chaire,^ U terre d’efiaheattpour mes f ieds. Que fi nous enfuyuons l’erreur des Anthropo- morphites,qui attribuoyent des membres cor- porels à Dieu félon fa diuinité,noiis aurions oc- cafiô fur le dernier palfage de rechercher com- ment il feroit poifible, que la terre fuft l’cfca- beau des pieds de Dieu,& côme le mefme Dieu pourroit tenir ces pieds, d’vne partie & d’autre, & plufieurs teftes tout à l’entour, puis qu’il eft | en tout & par tout le monde, qui feroit chofe | vaine & totalement ridicule Jl faut donc con- j dure que aux faindes Eferitures nous ne deuôs | pas fuiure la lettre qui tue,mais l’efprit qui viui- ficjCorame dit fainôt Paul. I BIS Indes, L IV. I. lO De U façon (^figure dn Ciel du muHean monde. Chapitre V. Lufîeurs enEurope demandent qucl- le eft la façon & figure de ce Ciel, qui eft en la partie du Sud , pource qu’il V^'«Wne fien peut trouuer choie certaine aux liurcs des anciens Jefquels encor qu’ils ac- cordent y auoirvn Ciel en celle autre part du monde, ce neantmoins n’ontpeu atteindre iu^ ques à la cognoilîànce de la façon & figuréj quoy que à la vérité ils facent mention d vriè belle & grande elloille , qui fe vôid en ces par- ties cy , laquelle ils appellent Canopus. Ceux quidenouueauontnauigé en ces parties, ont accoullumé d eferire & raconter choies gran- des de ce Ciel, à fçauoir qu’il ell fortrefplen- dilfant, y ayant grand nombre de belles elloil- ies. Et en elFed les chofes qui viennêt de loing, fe deferiuent ordinairement auec augmenta- tion. Mais il mefembletout au contraire, te- nant pour certain, que en noftre collé du Nort^ il y a plusgrand nombre d’elloilies, & déplus illullrc grandeur, ne fe voyant point par deçà clloilles qui excédent la Pouffiniere, ny le Cha- riot. Il eÜ bien vray que la Croifee de deçà eft fort belle & aggreable à voir. Nous appelions Croilce, quatre eftoilles notables & apparen- tes, qui font entre elles vne forme de Croix, B ij ca^. zi. Histoire hatvrelli âfllfes efgalcmcnt Ôc auec propordô. Les igno-' rans croyent que cefte Croifee eft le Pôle du . SudjD autant qu ils voyent les mariniers pren- | dre leur hauteur par icelle , comme nous auons icyaccouftumé de la prendre par le Nort. Mais j ils Te trompent. Et la raifon pourquoy les ma- riniers le font de cefte façon , eft, pfource que de ce cofté du Sud il n’y a aucune eftoille fixe, qui marque le Pôle, comme a noftrePole le faia l’eftoille du Nort. Et ainfi ils prennent leur hauteur par l’eftoille du pied de la Croiiec, diftante du vray&fixc Pôle Antardique ,de tre- tc degrez , comme de là l’eftoille du Nort eft diftante du pôle Ardique de trois degrez, ou ^ peu d’auantage. Et ainfi il eft plus difficile de I prendre la hauteur en ces parties , pourcc que i ladidc efioille du pied de E. Croifte doit eftrc | droide, ce qui aduient feuicment en vnc heure | de la nuid, qui eft en diuerfes parties de l’an , en j differentes heures , ôc bien fouuent en toute la iiuid,ne fè monftre:qui eft choie fort mal com- ; mode, pour prendre la hauteur. Par ainfi les i plus experts pilotes ne fe foucient de la Croi- | fee , prenans la hauteur du Soleil par 1 Aftrola- | be» pr lequel ils cognoiflènt la hauteur où ils fe trouuent.En quoy communément iesPortu- i gais font plus experts , comme nation , quia ; grand difeours en l’art de nauiger, fur toutes les autres nations. Il y a aufli de cefte partie du ; Sud d’autres eftoilles, qui en quelque façon ref- ftmblcnt à celles du Nort. Ce qu’ils appellent j la voycladee, feftend beaucoup, & eft fort refplandiirant en cc cofté du Sud , fe voyant en Des Indes. L IV. I, n icelle J CCS taches noires tant admirables , des- quelles cy deuant nous auons faidt mention. Pour les autres particularitez d’autresleS diront auec plus grande curiofité, &nous Suffit pour rheure de ce qu’auons did. 4 terre CT* mer fiuhs les âeux Pôles, Chap. VI. E ne nous ell point peu de chofe fai^» de, d’eftre Sortis de cefte matière, auec cefte cognoiffance & refolutio qu’il y a vnCiel en ces parties des In- des, qui les couure, comme à ceux d’ Europe, d’Afie & A frique.Et no^ Sert ce point quelqucsfois contre beaucoup d Efpagnols,qui par deçà foufpirent pour lenrESpagnc, ne Sça- chans dequoy parler que de leur pays , lefquels l’cSmcrucillent, voire fe fafchenr contre nous autres, eftimans que nous auons oublié , & fai- fons peu de cas de noftrc patrie. Aufquels nous refpondons , que pour cela le defir de retour- ner en Efpagnene nous tranaille point. Pource que nous trounons que nous Sommes auffi pro- ches duCicleftans au Peru, comme nous en Sommes eftans enEfpagne:commc dit fort bien S.HieroSmeeScriuanrà Pauline, Sçauoir qucla porte duCicl eft auftî proche dé Bretagne,com-- me de HieruSalem. Mais encor que le Ciel du- cuife le monde de tous coftez, il ne Saur pas pour cela penSer, que necdlâirément il y ait terre de touscoftez du monde. Car eftantainfî B iij Histoire natvrelle que les deux Eîemens de la terre ^l’eaue corn- pofentvn globe ou boule ronde, félon que la I plus part, & les plus renommez au theurs des anciens l’ont tenu (à ce que rapportePlutarque) phun.lJe & comme on le prouue par demonftrations fUchisphil tres-certaines l’on pourroit coniedurer , que la mer occupaft toute celle partie qui eftfoubs le Pôle Antartique ou Sud, de telle façon qu’il ne reftaft aucune terrej feionqueS. ment contre ceux **^^’^’^‘difant, que encor que l’on face preuue, & que l’oncroye que le monde foit de fîgureronde, côme vne boule , il ne faut inferer de cela , que | en celle autre partie du mond_e, la terre foit def- I ! couuerte & fans eaue. Et fans doubte S. Augu- flin dit fort bien en ce poindt, ce neantmoins le contraire de ce ne fe prouue, &c ne f enfuyt non plus fçauoir qu’il y aye terre defcouuerte au Pôle Antartique. CequePcxperiencenousaja monllré à velied’œilellre ainlîcômeen elFe£fc Ul’ell:. Car iaçoit que la plus grande partie du I inonde , qui ell foubs le Pôle Antartique , foit ^ occupée de la mer j ce neantmoins elle nerdl j pas entièrement: Mais y a terre , de forte qu’en ■ toutes les parties du monde, la terre & l’eaüe fe i vont embrairansl’vn l’autre, qui eft véritable- j ' mentvnechofepournousfaireadmirer&glo- rilîer l’art du fouuerain créateur. Nous fçauons Geite .1. Efcriture , que au commen- ^ cernent du monde les eaux furent allèmblces, | & fe ioignirent en vn endroit, tellement que la i terre demeura defcouuerte. D’auantage la ; j i I place en ces parties pour la Auguftin reprend fort dodle- qui tiennent les Antipodes; 1 Des Indes. Liv. I. ii mcfmeErcriturefaindenous enfeigne, que ces aflemblemcnS d'eaux f’appellerér mer, êc com- me elles font pliifieurs, ileft deneceiîitéqu’ii y ait plufieurs mers. Et non feulement eft ccfte diuerfité des mers en la mer Méditerranée, les vues f appeHans Euxine , les autres Cafpie , au- tre Erythree, ou rouge, autre Perfiqiie, autre d’italie,&ainfi plufieurs autres. Mais auiTi bien au grand Océan que l’Efcriture fainde a accou- ftumé d appelle!* abyfme, encore que reale- raent& en vérité ce ne foit qii’vne mer, mais en plufieurs Sc differentes manieres-.commeau refpedderoutlePem&de toute l’Amerique, ils appellent lync la mer duNort, & l’autre la mer du Sud. En l’Inde Orientale l’vne s’appelle la mer d’Inde, & l’autre de la Chine. Et ay re- marqué tant en ce que i’ay nauigé moy-mefme que par la relation des autres , queiamais la mer ne fe feparc de la terre de plus de mil lieues. Et quoy que fe puiireeftcndre la gran- deur de l’Océan, fi eft-ce qu’il n’outrepàlfe ia- mais ccfte mefure. le ne veux pas pour cela di- re que l’on ne nauige plus de mil lieues de la mer Oceane : qui feroit contre la vérité , puis que nous fçauons que les nauires de Portugal ont nauigé quatre fois autant, voire d’auanta- ge, que tout le monde en rond fe peut nauiger par mer,comme en ce temps nous l’auons défia veu , fans que plus on en puifiè douter. Mais ee que ie dy & afferme, eft que en ce qui eft au- iourd'huydefcouuert, aucune terre n’eft diftan- te&eflongnee par ligne direde de l’autre ter- re ferme, ou Ifles, qui luy foyent plus proches, B iiij Histoire natyrelle au plus que de mil lieues , ôc que par ainfî entre deux terres, il n’y a point plus grande efpacc de mer : le prenant par les parties des terres plus proches les vnes des autres. Pourcc que de la lin de l’Europe ou de l’Afrique & de leur co- llé, les Canaries, les Açores, les Ides du Cap de vert, ôc les autres qui font en ce pareilles, ne font diftantes de plus de trois cens lieues, ou cinq cens de la terre ferme. Defdites Ides prenantfon cours vers les Indes Occidentales, à peine y a-il neuf cens lieues, iufques aux Ides S. Dominique, les Vierges , la bien heureufe & les autres , & les mefmes Ides vont courant par leur ordre , iufques aux ides de Barlouente, qui font, Cuba, Elpaignolla, & Boriquen j D’i- celles iufqu a la terre ferme à peine y a-il deux cens ou trois cens lieues , & en l’endroit le plus proche beaucoup moins. La terre ferme court vn efpacc infiny , depuis la terre de la Floride, iufqu a la terre des Patagons , & de l’autre cofte du Sud, depuis le deftroit de Magellan iufqu’au Cap de Mendoce, court vne terre très-longue, mais non beaucouplarge: carleplus largegifl: le trauers du Peru,qui eft diftante du Brelil,d é- uiron mil lieues. En celle mefme mer du Sud, encorqu’on ne Içache rencontrer la fin, en ti- rant vers le Ponant, neantmoins il y a peu de temps que l’on dcfcouurit les Ides , qu’ils ont appellees de Salomon, qui font plufieurs & gra- des,diftantes du Peru comme huiél cens lieues. Et pour ce que l’on obferue , & fe trouue ainfi, que là, où il y a plufieurs & grandes Id es, la ter- re ferme en eft peu edongnec: de là vient que i)îs Indes. Lïv. I. Ij plufîcurs , & moy-mcfmc aucc eux, ayons opi- nion, qu’il y'a^uelque grande terre fcrnie pro- che deidites Ifles de Salomô, laquelle rcfpond à noftre Amérique, du collé du Ponant j 5c feroit poflîblc qu’elle couruft par la hauteur du Sud, iufqucs au deftroit de Magellan. On tient que la neuue Guinee cil vnc terre ferme , 8c quelques dodes la peignent fort près des Illes de Salo- mô:Dc forte, que c’cftchofevray-femblablede dire qu’il y a encorcvne bonne partie du monde à dcfcouurir , puis qu’auiourd’huy les noftres nâuigent en cefte mer du Sud, iufques à la Chi- ne & Philippines, &difons que pour aller du Peru en ces parties là,qu’ilspaflcnt vneplus lô- gue mer que non pas allât d’Elpaigne au mefmc Peru. D’auantageroncognoiftquec’ell par le tant lignalé deftroit de Magellan ,’ que ces deux mers feioignent,& continuent l’vneauec l’au- tre , (ic dy la mer du Sud auec la mer du Norr) par la partie du Pôle Antardiquequi cft en hau- teur de cinquante & vn degré. Mais c’eft vnç belle 5c grande queftion, où plulleurs felont employez , fçauoir lî ces deux mers fe ioignenr, & continuent aulîi bien du collé du Nort.Mais ie n’ay point cognoilîànce , que iufqucs auiour- d’hiiy aucun aye peu attaindre à ce poind , lî ce n’eft feulement, par ne fçay quels indices, 5c coniedures. Quelques-vns afferment qu’il y a vn autre deftroit, fous le Nortàl’oppolîtede celuy de Magellan : Toutesfoispour noftre fu- ied,il fufîît de fçauoir maintenant au vray quil y air terre de ce collé du Sud,&que c’«ft vne ter- re aulîî grande comme toute l’Europe, 1’ Alîe,& Histoire katvrelle l’Afrique mefrae, que à tous les deux Pôles du monde, l’on trouuc & rencontre tcrre,& mer, embraflees l’vne auec l’autre. Enquoy les anciés ont peu entrer en doubte & le contre-dire par Chapitre VII. i ygS^^Vis doc que c'eft cliofe cogneüe, qu’il aterreaucoftédu Sud,ou pôle An- rartique:refte maintenant devoir s’il y I ^ hommes habitans en icelle, qui a | efté au temps pafféjvne queftion fort debamc. Laftâce Firmian & S. AnguftinCc mocquent de ceux qui afferment les Antipodes(qui vautau- aj. tant à dire comme,hommes qui ont leurs pieds Aug.lié. au contraire des noftrcs) Mais encor que ces , ont celle du milteu,far l'ardeur excitée. Des chauds raids du Soleilyeji toute inhahitie. Les anciens ont fondé leur opinion commune fur vne raifon, qui leur a femblécertaines& in- expugnable. Car voyans que tant plus vne ré- gion appprochoit du midy, tant plus elleeftoit chaude, (laquelle preuue eft fi certaine en ces rcgions,que pour cefte m cfme raifon,cn laPro- uincc d’Italie la Fouille eft plus chaude, que là Tofeane, & en Efpaigne, TAndalufic plus que la Bifcayccchofc fi apparente , que iaçoit qu’il n’y ait point de différence entre IVne & l’autre de plus de huiét degrés, & encore moins, on voit que IVnc eft fort chaudc,& l’autre au con- traire, bien froide, ) de là ils inferoicntque la regiori fi proche du midy ayant le Soleil droit pour Zenith, nccelfairement deuoit eftre con- tinuellement embrafée de chaleur. Ils voyoient d’auanragc,que toutes les diuerfitez des faifons de fannée,du Printemps,de lEfté,del’ Autône, & de l’H yuer,cftoiêt caufées de l’aprochcmcnr, &efloignement du Soleil. Voyans auflî que, combien qu ils fuffènt fort cfloignez du Tro- piquc,par où chemine le Soleil en cfté,ccncanr- moins lors qu’il s’approchoit d’eux,en lamcf- me faifon ils féntoientde terribles chaleurs, &■ de la ils iugeoient que,fi ils euflent eu leSoleil fi proche d’eux, qu il cheminaft au deflus de leurs Histoire natvreele ccftcs,& tout le long de la nuée, la chaleur feroit tant infupportable, que (ans doute elle confu- meroit & embraferoit les hommes par fon ex- ccs.C’a efté la mefme rairon,qui a efmeu les an- ciens à croire que la région du milieu n’eftoit ^ point habitable, & pour cela l’appellerent ils la Zone bruflante. Et à la vérité, fi rexpcriencc oculaire,que nous en auons,ne nous euft efclar- cis fur ce point,nous dirions auiourd’hujr, que cefte raifon elloit fort peremptoire & Mathé- maticienne, d’où nous pouuons voir,combien foiblc eft noftrc entendement, pour compren- dre feulement ces chofes natuÆllesi Mais ores que nous pouuons dire qu’il eft efeheu au grand heur & félicité de noftrefieclc,d’auoirlacon- gnoiftànce de ces deux grandes mcrueilles, à fçauoir que l’on peut fort facilement nauiger la truande mer Oceane,& que foubz la Zone T or- ride les hommes iouïffènt d’vn Ciel fort tem- péré. ( Chofe que les anciens n’ont peu iamais croire. ) De la derniere de ces deux merueilles, touchant la qualité & habitation de la Zone Torride,nous en traiterons auec l’ayde de Dieu fort amplemêt au liure enfuyuant.Et par ce me fcmble conucnable de difeourir en ce liure de l’autre, qui eft de la maniéré de nauiger 1 Oceâ, d’autant que cela nous importe beaucoup pour le -fubied de ceftœuure.Maisauant que de ve- nir à ce point, il fera bon de dire ce que les an- ciens ont tenu de ces nouueaux hommes, que nous appelions Indiens. DÉS Indes. Liv. I. lï hn trame t^uel^ue cogm 'tffance de ce mmem mande dedans les Imres des anciens. Çhap. XL ^#jM^^Lprenantdoncquescç qL7i a efté mis auant cy deflbs,ilfautnecdïairc- conclure , ou que les anciens nutan.-^ C^^^pQntcreu,qu’iln’y auoit hommes psir de pladtis de là leTropiquc de Cancer (comme S. Aiigu-/'^>'^-£‘'*/’*” ftin, ôc Ladance Tont tenu ) ou que fil y en a- uoit , àtoutlcmoinsilsn’habiroientpascntre les deux tropiques (ainlî que lont affermé, Ari- ftote,& Pline,& deuant eux le Philofophe Par- menides ) dont le contraire eft a ffez prouuécy deuant, tant pour Ivn que pour lautre.Mais ce pendant, plufîeurs par curiofitfé pourroient dc- inander,files anciens n ont eu aucune cognoif- fance de cefte vérité, qui nous eft à prefent fî claire & fî notoire: D autant que à la vérité ce- * la femble vnc chofe fort eftrange,que ce nou- ueau monde eftant fî grand, comme nous le voyons oculairement, ait efténeàntmoins in- cogneu des anciens, par tant de fiecles paifez. D’où quelques vns auiourd'huy, pretendans a- moindrir en ceft endroit la félicité de noftre fîecle, ôc la gloire de noftre nation, fefforcent de monftrer que ce nouneau nionde a cfté con- gncudesanciens.Etdefaitlonne peur pas ni- cr,qu'il n’y en air quelques apparences. Sainét Hierofme efcriuantfur l’Epiftreaux Ephefîens dit. .AH’ecraifonnom recherchas ce que veut dire Hier,fupet foJhe,ences^araIles,quildtt. Fous aue\chemmévn Histoire natvreiie tempi félon le cours de ce tnoftdeyfçauoir jî d'au/inture il nous veutfMreentedreyijuily Ait vn Autre fiecleyC^ui ne foityny defpénde point de ce monde ymais d'autres modes defcjiuels efcript Clement enfonepijirefOceAny O" les mondes cjui font par delà l Océan. Ce font les tenues defaind Hierofmc.Mais àlaverité ic ne peux rrouuer , quelle Epiftre foit celle de S. Clément que citcfaindHicrormerneantmoins fans dou- te ic croy, queS. Clement l’a ercripte,puirquc S. Hierofme l'a mis en auant .Etauec raifon dit S. Clement, que par delàlamer Oceane,ilya vn autre mondcjvoire plufieurs mondes, com- me c’eft laveritéjpuifque il y a fi grande diftancc d’vnnouucau monde à l’autre nouueau mon- de. (l’entens dire du Peru & des Indes occiden- tales, à la Chine & Indes Orientales.)D’auan- ‘ tage Pline, qui a efté fi diligent rechercheur des chofes eftranges , & admirables , rapporte en fonhiftoire naturelle, que Hannon capitaine Carthaginois,nauiga par POccan depuis le de- ftroitdeGibaltar, coftoyanttoufioursla terre iufques aux confins d’Arabie, & qu’il laifla par eferit celle fienne nauigation. Q^e s’il eft ainfi commePlinefeforit,il s’enfuit que Hannon na- uiga autant, comme nauigent auiourd’huy les Portugais , trauerfans deux fois par delloubs fequinoxe,qui eft vne chofe efpouuan table. Et qui plus eft le mcfme Pline rapporte de Cor- nele Nepueu autheur fort graue , & dit que le mefme chemin a efté nauigé par vn autre hom- me appellé Eudaxius, toutesfois par chemins contraires: d’autant que ceft Eudaxius fuyuant le Roy des Latyres,fortit par la mer rouge d|j^s DIS Tndis^ Lirty L fOcean, & en tournoyant pamint iufques au deftroir deGibaltar ce que le mermc Cornelle Nepueu afferme eftreadiienu de lontêps. Com me auflî d autres autheurs graues eferment, quVne nauirc de Carthaginois pouffée par la force des vens dans la mer Oceanc, arriüa en vne rerrci qui iufques à ce temps n’auoit efté cogneüCj&qiveftant de retour à Carthage^don- iia vn grand défît* & enuieaux Carthaginois de defcouurirj& peupler cefte terreice que voyant le Sénat, par vn rigoureux decret défendit tel- le nauigation, craignant que auec le defîr de nouuclles terres,fon delaiffaftà aymer fon pays. De tout cccy Fon peut tirer que les anciens ont eu quelque cognoiflànce du nouucau mon- de encore que parlant de noftre Amérique Ôc de toute cefte Inde Occidentale, à peine en trouue Fon chofe certaine es liures des Efcri- iiains anciens. Maisjle Flnde Orientale, ic dis qu’il y en a affez ample mention , non feule- ment de celle de par delà, mais aufll de celle de par deçà,qui anciennement eftoit la plus efloi- gnée, pourcc que l’on y alloit par contraire chemin,que celuy qu’on faid auiourd’huy . Pourquoyn’eftilpasaifé detrouuer aux liures anciens Malaeà qu’ils appclloient le doré Cher- fonefe, le Cap de Comorni , qui fappelloit le promontoire de Cori, ôc la grande 6c renom- mée Ifte de Sumatre, tant cele.brée par 1 ancien nom de Taprobane? Qi^ dirons nous des deux Ethiopies , des Brachmanes , &de la grande -terre des Chinois’qui doute que aux liures des andens,il n’en foit fait mention pltifieurs fois? Histoire natvrelie Mais des IndesOccidentales,nous ne tfouuons lUn.lih. é, point dedans Pline,que en cefte nauigation l’on caf XI, pailàft les Ifles Canaries qu’il appelle Fortu- nées , la principale dcfquelles il dit auoir efté nommee Canarie, pour la multitude des chiens qui cftoyent en icelle. Mais à peine il y a aucu- ne apparence aux liures anciens de la nauiga- tion , que Ion fait auiourd huy plus outre que les Canaries, par le Golphe qu’auec fort bonne raifon ils appelloyent grand. Ce neantmoins beaucoup ont opinion que Seneque le Tragi- que a prophetifé de ces Indes Occidentales, parce que nous lifonsen fa tragédie de Medec en vers Anapeftiques,qui reduids en vers Fran-* çoisjdifcnt ainli: ^ . il viendra fur le dernier aa^e Jded.all.i, ynJiecLenouueauybien-heureuXy in firh OÙ nojlre Océan Jfacieux ^ftcndrafluslomg fonriuage, yne grand terre fe verra Nauigeant cejle mer profonde, £t lors vn autre nouueau monde ,y€ux humains fe decouunra, / La Tuüé par tout renommée Four vn bout du monde ejlongne Tantofi apres ce poinEl gaigné Sera pour voifne contrée, Cecy raconte Seneque en ces vers, &ne pou- uons bonnement nier que la prenant à la let- tre, fa predidion ne foit vcritable.Car fi l’on compte, les longues années quil dit, à com- mencer dés le temps du T ragique , l’on trouue- ra plus de mil & quatre cens ans palTez, & ^ 15MS ÏNÊIS. Lïv. î. 24 c*eft dés le temps de Mcdec , il y en aura plus de deux mil : ce que nous voyons auiourd’huy^ à veuë d’œil tellement accomply , veu qu’il n’y a point de doute que l’on n’ayetrouué le palïàgc de rOcean lî long temps caché, & que l’on a dçfcouuertvne grande terre & nouueau mon- de habitée , plus grande que tout ce continent de l’Europe & de l'Alîe. Mais ce que l’on peut cncelaraifbnnablement difputereft, àfçauoir ü Seneque a did cela par diuination , ou lî ç’a cftépocciqucment,&à la volee.Etpour en dire mon opinion , ie croy qu’il la pronoftique aucc la façon de deuiner qu’ont les hommes (âges & aduifez : attendu que en Ton temps Ton en- treprenoit défia de nouuellcs nauigations , voyages par mer. Il cognoiflbit bien aufli com- me Philofophe, qu’il y auoit vne autre terre contraire & oppofitcà nous, qui eftoit celle qu’ils appellent Antichthon. Et par ce fonde- ment il a peu confidercr que la hardiefic &in- duftriedes hommes en fin pourroir atteindre iufques là que de trauerfer la mer Oceane , Ôc l’ayant trauerfec , pourroyent delcouurir de nouuelles terres, &vn autre monde: attendu que du temps de Seneque l’on auoit cognoif- fance du fuccez de ce naufrage que Pline racon- te, par lequel on pafia le grand Océan. Ce qui appert auoir efte le motif de la Prophétie de Seneque, comme il le donne à entendre par les vers ci deuant recitezrapres lefquels aiant ache- uéd’eferire lefoucy ôc la vie peu malicieufe des anciens, il fuy t ainfi: HiSTOIEI NATTRlLtS Z>€uiourd*huy ceîî vn Autre temps, . - / CArUmer contente ou forcée. Se votd de l ’hArdj trAuerfee, Qmny prend Mcndana ôc fes cornpaignons ont nauige, eftâs partis du port Lima, Ôc fuiuy la route du Po- nant pour defcouurir la terre qui gift à 1 Eft, oà eft le Peru, & au bout de trois mois, defeou- urirent les Ifles, qu’ils appellerent îlIcsdeSa- lomon,qui font plufieUrs Ôc fort grandes. Ety a grande apparence qu’elles gifent,ioignantla | nouuelle Guynce.'ou pour le moins qu’elles sot fort proches d’vne autre terre ferme. Et enco- re auiourd’huy par le commandement du Roy, ôc de fon confcil l’on délibéré d apprefter vnc nouuelle armée pour aller à ces Ifles. Puis donc qu’il eft ainfi,pourqiioy ne dirons nous pas,quc les anciens aûflibien n’ayent peu auoir le cou- rage, Ôc refolütion de voyager par mer à mef- me deliberation de defcouurir la terre, qu’ils appellent Antidthon, opppflte à la leur, ôc que | félon le difeours de leur philofophie, deuoit cftrc auec deflein de ne farrefter iulques à la | veue des terres qu’ils cherchoient’ Certaine- ment il iry a aucune répugnance ou contrarie- | te que ce que nous voyons auiourd’huy arri- uer , foit ainfl anciennement arriué : attendu mefme que la fainde Efcriturc tefmoignequc Salomon priht desmaiftres pilotes de Xyr ÔC de Sidon , fort adroits ôc expérimentez à la mer. DIS ÎNDÊS. LïViJ> mcr 5 & <îuc par leur induftiic^l’on feit cefte na- ùigation de trois ans. A quel propos pelez vous qu elle remarque Tare des mariniers , 3c leur fcience, enfemblc Icut nauigation fi longue de trois ans, finô pour nous doner à entendre que la flotte de Salomon,nauigcoit le grand Océan? Il y en a beaucoup qui font de cefte opinion, aufqucls il fcmble que fain<5t Auguftin , auoic peu de raifon de' fefpouuenter, 3c ermerueillcr de la grandeur de l’Océan puifqifil pouuoit cô- ieâurer qu’il n’eftoit fi difficile à nauiger, veu ce qui cft rapporté de la nauigation de Salomô. Mais pour dire la vérité mon opinion cft bien autre,&nc me puis perfuader que les premiers Indiens foient arriuez en ce nouueau monde, {>arvnc nauigation ordonnée,& faite à propos. Mefmc ie ne veux pas accorder qu e les anciens ayent cogneu l’art 3c induftrie de nauiger par le moyen duquel les hommes auiourd’huy tra- uerfent la mer Oceanc de quelque partie,que ce foit à quelcôquc autre,qu’il leur prenne fan- tâfic.Cc quhls font auec vne incroiablc viftef- fe ôc refolution , attendu que ie ne trouuc en toute l’antiquité aucjjn refte, ou tefmoignagc d vne chofe fî notable , & de fi grande impor- tance. Et ne trouuc qu’aux liures des anciens foit faite aucune mention, dclVfagedelapier- re d’ Aymât, ne de 1 Efguille à nauiger, voire,nc croy-ie point qu’ils en ayent eu aucune con» gnoiffance. fî l’on ofte la cognoiflancc de l'Efguillc à nauiger. Tort çognoiftra facilement qu’il eftimpoffible qu’il^ ayent trauerfé l efté- diie du grand Oècan.Çcux qui ont quelque co- HfSTOIRE NAtVRELLE giioiflànce de la mer, entendent bien ce que ic dis.Pourcc que ileft aufli facile de croire, que les mariniers eftans en plaine mer puiflent dret- fer la proue de la nauire , où ils voudront, fi l’Elguille de nauiger leur deffaut , comme de pcnler que Taueugle puilîè monftrcr aucc le doit Ce, qui eft proche ou ce qui eft eflogne en quelque endroit. Et eft vnc chofe efmerueilla- ble que les anciens ayent ignoré par tât de téps vne fi excellente propriété de la pierre d ay mat^ de qu’elle ait efté defcouuerte & cogneu par Tlin.Uh.i.cA^s modernes. Il appert bien que les anciens ont ignoré cefte propriété, en ce que Pline, qui j(^ curieux hiftorien des choies naturelles, j hh.y.c.^. parlant de cefte pierre d Aymant, ne dit aucune chofe de cefte vertu & proprié- té, qu’elle a de faire toufiours tourner deuers le Nort lé fe r qu’elle aura touche , qui eft la vertu la plus admirable qu’elle ait. Ariftote Theo- •^•■^•phrafte, Diofeoride, Lucrèce ny aucuns hifto- ZueretJ. 6. fl^ns ny philofophes naturcls,quc i’ay veu,n en font aucune mcntion,encorc qu ils traiélent de Aug deCi- lapriered’Aymant. Sainét Auguftin eferiuant uit.Dei.c. 4 . d’autre part plufieurs 6c dmerfes proprictez, 6c \ i^erueilleufes excellences de la pierre d’Ay mat , Lures de la cité de Dieu, n en parle nulle- ment. Et eft certain,que toutes les merueilles, ; que l’on contc,de cefte pierre, ne font rien, au refped de cefte propriété fi eftrange, qu elle a de regarder toufiours au Nort, qui eft vn grand p;. . , miracle de nature.Il y a enepte vn autre argu- . | .6 ^ ^^ ment,quicftque Pline traitant des premiers inuenteurs de la nauigation, (5c racontant tous DES Indes^ Liv, L 34 les inftrumens ôc appareils,ne parle aucuncmêc der£iguilleànauiger,ny de la pierre d* Aymar: mais ie dy fe ullement que 1 art de rccognoiftrc les eftoilles, a efté inuentc des Phéniciens. Et n’y a point de doute, que ce que les anciens ont fçcu &cogneu del’artdenauiger,n’eftoit qu'au regard des eftoilles, & remarquans les riuages, Caps,& différences des terres.Q^e s’ils le troii- uoientfî auanren haute mer, que du tout ils perdiflènrla vcucdela terre, ils ne fçauoiêteii quelle part dreffer la proue per autre difeours, finon par les eftoilles, Soleil & la lune, Ôc cela leurdefFaillant,(côi1ieiladuient entêps nébu- leux , & couuert , ) ils fe gouuernoyent par la qualité du vent , & par coniedtures du chemin qu’ils pouuoientauoir fai d, fînableraétalloiéc conduits de leur inftind. Comme en ces Indes les Indiens nauigenr vn lôg chemin de mer co- duits fculemêt par leur induftrie & inftind na- turel. Et fert beaucoup à ce fubj ed,ce qu’ef. critPline,dcsinfulairesdelaTaprobane, ( que auiourd’huy nous appellonsSumatra) di4nr en cefte façon,lors qu’il traide de l’art & induftrie dontils vfoient kmvLigcr.CeuxdcUTaprobmene voyent point le Non, CT four nAuiger, fuppleet a ce def faut port ms mec eux certains peut s oyjeauxjefquels ils laijfent aller fouuent^Cr corne ces petits oyfeauxpar na- turel inïlinÜ vollet toujiours vers la terre Jes mariniers dreffet leur proUejà leur JùirteiQm doubtc dôc,quc s’ils euflent eu cognoiffance de l’Efguille, ils ne fe fufsêt aidez pour guide,de ces petits oyfeaux, pour defcouurirla terre?brefil fufïïtpour mô- llfcr que les anciens n’ont cogneu ce fecret de E ij Histoire natvrelie la pierre d’Aymanr, dcveoirque à choie fi rc- I m?frquabie,il n’y a aucun mot ny vocableLatin, j nyGrec,ny Hcbreu,quiluy {bit propre.Car vne | chofe de telle importance, n’euft point manqué i de nom en ces langues, fils reulTent cogneu. De là vient qu’auiourd'huy les Pilotes, pour faire dreficr la route,à ccluy qui tient legouiiernail, fereent'auhant dclapouppe,quieft à fin qu’il puiiTe de ceft endroit regarder l’Erguille, là ou anciennement, ils feoient en la proüe,pour re- crarder les ditferenccs des terres ôc des mers, 6c , duquel lieu ils commandoient au gouuernail. ; Comme auiourd huy l’on vfe encore, à l’entrer ou fortir de quelque port &c haurc, & pour ce- lle occafion les Grecs appelloicnt les Pilotes pour ce qu’ils fe tenoient en la Prouë. Pe U mpriete CT vertu dmlrahlede Uperre d‘^ymAnt, pur lefaitdcUndmgamn, ^ que le anciens rien ont eu con- doléance. Chapitre XVII. ] Ar ce qui e(l dit cy dclPus il appert, | que l’on doit tenir la nauiption des | Indes, fi bricfue,&fi certaine q nous | Panons de la pierre d’Aymàt. Côme j auiourd’huy nous voyons pluficurs hommes, qui ont voyagé, de Lisbonne à Goa de Seuille à Mexicque, à Panama & en toute celle autre mer du Sud^iufques à la Chine ôc au DES Tndis Liy, T. deftroit de Magellan , &ce aulîî facilement & certainement , comme le laboureur peut aller de la métairie en la ville. Nous auons veu aulîî des hommes qui ont fai6t quinxe voyages aux Indes, voire dixhniâ: , & auons entendu parler ] d’aucuns anciens lefquels ont fait plus de vingt voyvigcs, palïàns ôc repafrans'la largeiu*-de ce grand Océan, aufquels ils n’ont apperceu au- cuns relies ny apparences de ceux qui auoyen t palTe ny rencontré voyagers , à qui demander le ^ ^ chemin. Carf eomme dit le Sage) la nauire cou- pe 1 eau ôc Tes ondes, làns lailîcr vefïigcs par ou ellepalTè, ny fairechemindansles ondes. Mais par la vertu & propriété de la pierre d’aimant, il fe faicl en cell Océan comme vn chemin tracé & defcoLiuert, le tres-haulr Créateur de toutes cliofes luy ayant communiqué telle ver- tu,que par fon attouchement au fer, il luy com- munique celle propriété, d’auoir fon mouuc- nient & regard vers leNorr, fans y faillir , en quelque partie du monde que ce puilfe dire. Queiques-vns recherchent qucle dl la caufe de ceîlc propriété merueiileufe, & veulent di- re, & fimaginer ie ne fçay quelle fympathie; mais quant à moy,ie prends plus de plailîr Sc de contentement conlîderant ces merueilles , à louer lagradeur & pouuoir du tont-puilîànt, Sc me refiouyr en la contemplation de Tes œuures admirables,& à dire auec Salomon, parlant fur 54 /?.ï 4. ce propos:^ Pm», duquel U Fromdeîue gouuerne maintient vn lois, luy donnant vn chemin djfei^re'jur I 4 7ner,c^ du milieu^ des hondijfantes ondes, pour montrer que de mejme ^açon tupourrois fauuer CF deliurcr l'hd~ E iij Pfallo6. Histoire natvrelle me de tout perd nAufrage^encor qt*' dfut fins nAmre au mdieu de la mer. Mais d'autant ^uetes œuures fine pleines de fagejfc, les hommes mettet ha'Xardet leurs vies fur vn peu de hoù, c^pour trauerfer la merjefchap pentc^fe laijfent aller en vn bafleau.^l fur ce mefm c propos le Vdzlmi^càii: Ceux qmmontent fur mer en des nauires^O" e^uifot leurs affaires en trauerfmt les eaux ^ font ceux qui au profond de la mer ont veu les œu- ures du Seigneur , yitn de artifice ; & quelqucs-vns d’étreux meîmes font '^^^*** de noftre opinion , qui eft que les anciens ont ignoré ce fecret. D’auantageie diray Vne autre & plus grande memcillc de rEfguille de naui- ger , que l’on pourroit tenir pour incroyable , fi l’onnel’auoitveu &'COgncu par expérience fi aifcurce & manifefte. Le fer touché & frotte de la pierre d’Aymant par la partie d’iccllc pierre, qui en fànaiflance regarde le Sud ou^ Midy , a cefte vertu de fe tourner & incliner toufiours ôc en tous lieux vers le contrairc,qui eft le Nort : toutesfois en tous lieux il ne le re- garde pas direétemenr, mais y a certains points & climats, où il regarde droitementle Nort & f y arrefte : mais paifantou changeant de ce cli- mat ,il coftoye vnpeu, ou à l’Orient ou Ponant, tant plus qu’il fe va efloignant de ce climat, c’eft E iiij Histoiri katvrelle ce que les mariniers appellent nordefter , ou nortoefter. Nordefter, vaut autant à dire corn-. raecoftoycr, i’inclinant au Leuant, & nortoe- fter f’inclinant auPonent. Eteftchofedetellc confequencc, & qui importe tant de fçauoir ce- fte declinaifon , ôc coftoyement de l Efguille, que il Ton n’y penfoit ôc regardoit de près, (quoy quelle foit petite) l’on f’cfgareroit mer- ueillcufement en la nauigatiô, ôc arriucroit l’on €11 autre lieu que ccluy où l’on pretendoit aller. Vniour vn pilote Portugais fort expérimenté medifoitqu’ily auoit quatre points en) tout le monde, oùTEiguille fe dreflbitau Nort,’& me les contoit par leurs noms,quc ie n’ay retenus, vn d’iceux eft la hauteur de l’Ifle de la corne en la T icrcy ere, ou Alçores , qui eft chofe fort co- gneue à tous : mais tirant outre de là à plus de hauteur, il nortoefte , qui eft à dire décliner au couchant. Mais tirant au contraire à moins de hauteur, vers l’Equinoélial , il nordefte , qui eft incliner à l’Orient. Les maiftres en ceft art I pourront enfeigner de combien , ôc iufqucs ' où, de ma partie demander ois volontiers aux bachellicrs qui prefument fçauoir tout ce qui eft, qu’ils me diifentlacaufe de ceft effeâ:, ôc pour quelle raifon vn peu de fer frotté à la pierre d’Aymant reçoit tant de vertu que de re- garder toufiours au Nort : mais encor auec tel- le dextérité , qu’il cognait les climats Ôc diuer- fts fituations du monde , & où il fe doit ficher ôc dreircr,où fincliner en vn cofté ou en l’autre, | aufli bien qu’aucun Philofophc Ôc Cofmogra- phe qui foit. Que fi ne pouuons bonnement | DIS Indes, Liv. I. 37 defcouurir, la caufe ôc la raifondc ccs chofcs que nous voyons iourncllcment à l’œil, qui fans doute feroient fort difficiles à croire, fi nous ne les voyons ainfîouuertement ; Certes Tonco- gnoit bien par là noftre folie & vanité , de nous vouloir faire iuges,& aflubiedir à noftre raifoii &difcours les chofes diuincs & fouueraines. C’eft pourquoy il vaut mieux, comme dit Gré- goire Théologien, que la raifonfalfuiettifté à la fby, puifque en fa maifon racfme elle ne fe peut pas bien gouuerner.Mais cccy nous doit fuffirc, retournons à noftre propos, ôc concluons que l’vfage de l’Elguille à nauiger n’a point cfté co- gneuc des anciens , d’où 1 on peut refoudre qu’il leur a cfté impoffiblc de faire voyage de propos délibéré, parrans de l’autre pionde pour venir en ceftuy-cy par 1 Océan. Chapitre. XVIII. eff refondu a ceux qui difent qu4» temp fajfé comme autourd’huj l'on a nautgé jitr l' Océan. E que l’on allègue au contraire de ce quia efté diét, que la flotte de Salo- mon nauigeoit en trois ans, n’eft pas preuuc fuffilàntc, puis que les fain- éte$ Efcrirurcs n’afferment pas expreflement que ce voyage duraft trois ans, mais bien qu’il fcfaifoitvne fois en trois ans. Et encore que nous accordions que la nauigation duraft trois ans, ilpouuoit eftre , comme il eft plus vray-' femblablc , que cefte flotte nauigeant vers l’In- îen.io. Histoire natvrelle de Orientale, fut retardée de fa route pour la di- ueriîté des ports & régions , qu’elle aîloit reco- gnoilîànt : comme auiourd’huy en toute la mer du Sud, l’on nauige depuis Chile iufquesàla iicuucElpagne, laquelle nauigation encor qu’el- le foit plus certaine, neantmoins elle eftbien plus longue àcaufede ce tournoyement qu’elle cft contrainte de faire par les coftes , & le retar- dement qu’elle peut auoir en diuers ports. Et à la vérité ie ne trouue point és liurcs des anciens qu’ils fe foyent beaucoup aduancez & engol- phez en l’Océan , & ne peux croire , que ce qu’ils en ont nauigé ait efté autrement que de la façon qu’on nauige encor auiourd’buy en la mer Méditerranée. Qm donne occafion aux hommes doétes de croire , qu’ancicnneraent l’on ne nauigeoit point fans rames, d’autant que l’on alloittoufiours coftoyant la terre, & femblc que l’Efcriture fainde le viieille ainfi donner à entendre , quand elle parle de cefte fa- meufe nauigation du Prophète lonas, ouilell did, que les mariniers eftans forcez du temps, ramerentàterre. l'on peut comcHurer tfue les premiers peupleurs des Indes ji font amueX^ptir tourmente Cr* contre leur volonté. Chapitre XIX. jYâtmôftréqu’iln’y apointd’ap- ^ paréce de croire que les premiers habicansdes Indes y foient venus de propos delibcré,ilfcnfuytdôc que s’ils-y font venus par mer, ç’a Des Indes. Liv. I. 3S efté par cas fortuit ôc par force de tourmen- te, ce qui n’eft pas incroyable, quelque grande que foit la mer Oceane, puis qu’il en eft au- tant aduenu de noftre temps: lors que ce ma- rinier (duquel nous ignorons encore le nom, afin que vn œuure fi grand & fi important ne s’attribue point à d’autre autheur qu’à Dieu) ayant par vn terrible ôc mauuais temps reco- gneu ce nouueau monde, laifiàpour paye de fon logis où il l’auoitreceUjàChriftophle Co- lon, la cognoiflance d’vne fi grand’ chofe. Ain- fi a-il peu arriuer,jquc quelques hommes de l’Europe ou Affrique , au temps palfé ayent efté poufiez par la force du vent., & iettez à des terres incogneucs par delà la mer Occa- ne. Qui clt-ce qui ne fçait point que plufieurs, ou la plus grand’ part des régions que l’on a defcouuertes en ce nouueau monde, a efté par ce moyen, dcfquellesrondoibt pluftoft attri- buer ladefcouuerture à la violence des temps ôc orages , que non pas à l’efprit ôc indiiftrie de ceux qui les ont defcouuertes ? Et afin que l’on rccognoifte que ce n’a pas efté de noftre temps feulement que l’on a faiét Ôc entreprins de tels voiages,pour la grandeur de nos nauires, valeur &hardieficde nos hommes, on peut voir de- dans Pline, que plufieurs des anciens ont faicl de femblables voyages.il dit donc de cefte façô: l'on raconte que CaiM Cefar fiU à'^Hgujle , e^mt en charge (iir U mer ^ trahie , l'on vetd rccogneut des pièces rejies de nauires Espagnols , qm y amyent fery.'Ex. dit z^vesiNepos raconte du circuit Septentri»- ndj quel’ on apporta a Plmntm \AetclltiS Celer compa- Histoire natvrelie gnm 414 conJUUt de C4m ^jfrânm (eflant Urs iceluy Metellus Proconjùl en GduleyCertxins Indiens qm auoiet ej}e' preJènte'X^ar leB^Qi de SHeueylefquels Indiens n4ui-t gems de l’ Inde pour leur commerce ^furet iette'^en Ger- maniepdr U force des tempefies. Vom certain fl Pline dit vérité, les Portugais ne nauigent point au- iourdhiiy d’auantage que firent ceux là en FU» lîy 6 naufrages. Tvn depuis l’Efpagne iuf- cap. 11 . Rouge , & l’autre depuis l’Inde Orientale iufques en Allemagne. Le mcfme au- theur eferit en vn autre liure, qu’vn feruiteur d’Annius Plocanius , qui tenoit la ferme des droits de la mer Rouge, nauigeant la route d’A- rabie, fiiruint des vents du Nort furieux, telle- ment qu’en quinze iours il paflà la Carmanic, iufques à recognoiftre Hippures, port de la Taprobane,qu’auiourd*huy nous appelions S 4 - matre. Mefme l’on raconte d’vn nauire de Car- thaginois , qui de la mer de Mauritanie , fut poulLé d’vn vent de bize, iufques à la veiie du nouueau monde. Ce qui n’cftpaschofenou- uelle à ceux qui ont quelque expérience de la mer, d’entendre que quelquefois vne tempe- fic dure fi long temps & obftinémcnt , fans ap- paifetfafureur. Il m’eft aduenu allant aux In- des, que partant des Canaries, iay defcouuert & apperceu en quinze iours la première terre peuplée des Efpagnols. Et fans doute, ce voya- ge euft efté plus bref, fi les mariniers eufient appareillés toutes leurs voiles, à la bize qui cou- roit. Ain fi me femble-il chofè vray fcmbla- blc , qu’au temps paffé les hommes^oyent arri- liez aux Indes, contre leur inteîition , pouifez Des Indes, liv. L & vaincus de la fureur des vçnrs.lls font au Pe- ru grande mention de quelques Geans qui ont cfté en ces quartiers, les osdefquclsfevoyent e ncor auiourd’huy en M anra ôc port vieil, d’vne grandeur cnorme,& à leur proportion, ces ho- mes deuoient citre trois fois plus grads que les Indiens d’atiiourd’liuy. ils racontent que ces Geans vindrent par mcr,& faifoient la guerre à ceux du pays, qu'ils baftirent de fomptueux edi- ficeSjdont ils monftrent encor auiourd’huy vn puits fait de pierres de grand valeur. Ils difent d’auantage, que ces hommescommettans pé- chez enormcSj&fpecielcmenr cil contre natu- rc,furent embrafez &confumcz du feu qui vint du ciel.Mefme racontent les Indiens d Y ca, ôc d’ A rica,qu’ils fouloient anciennement nauiger fort loin à des Ifles du Couchant, & faifoient leur nauigation en des cuirs de loup marin en- flez. De façon qu’il n’y a point faute de tcfmoi- gnages pour mbftrcr que l’on aitnauigé la mer du Sud deuât que les Efpagnols y vinflèiit. Ainfl pouuons-noiis penfcr,que le nouueau monde a commencé d’eftre habité par des hommes qui yonteftéiettezparlatempeftedesvcnts, ôc la force du Nort, comme finalement on l’a veue dcfcouiicrtc en noftre temps. Il eft ainfi( chofe bien confiderablc ) que les ccuures de nature de grand ^importance, pour lapins grand part, ont cfté trouuees fortuitement, fans y penfer, ôc non pas par rinduftrie ôc diligence humaine La plus part des herbes mcdicinal/es,des pier- res, des plantes, des métaux, des perles, de l’or, aymant,ambrc,diamant,& la plus-parc de cho-^ !Î 1 Histoire natvreilë fes femblablesj&lcursproprietez&vertus font pluftoft venues en la cognoilTance des hommes par accident que par art,& par leur induftric. Afin que l’on voye que la gloire & louange de telles merueilles, fe doit pluftoft attribuer à la prouidence du Createur^que non pas à Fenten- dementhumainrpour autant que ce qui nous femble arriuer fortnitement,procede toufiours de fbrdonnancc & dilpofition de DieUjquifait toutes chofes auec raifon. i ; 4 Qm nerntmoms tmt ce qui a ejiê dit cy deffut eji vray-fernhUhle de penpr,queles ^re~ tniers peuqileurs des Jndesy font venMpar terre. Chapitre XX. jE conclus donc qu’il eft bien vray- Ifemblablc de penfer que les pre- jmiers , qui arriuerent aux Indes, jfuft par naufrage & tempefte de [mer : mais il fe prefentc fur ce point vnc difficulté , qui me trauaille beau- coup, qui eft qu’cncor que nous accordions, que les premiers hommes foyent venus à des terres fi cfloignées,que celles cy, & que les na- tions que nous voyons icy foyent forties d’eux, &fc foyent tellement multipliez qu’ils font à prcfènt.Neantmoins ie ne me puis imaginer, par quel moyen, ny de quelle façon,lesbcftes & animaux, dont il fetrouiic grande abondan- i D Ë s T N DE s. L I V. T, . 40 tcâux Indes,y aycnt peu arriner, n’cftant pas croyable que l’Oïi les y ait embarquez 6c por- tez par mer. La raifon pour laquelle nous fom- mcs contraints de dire,que les premiers hom- mes des Indes fons venus de TEurope ou'de l’Afic, cftpour ne contredire à la fainàc Efcri- ture,qui nous enfeigne clairement que tous les Cenef.y, hommes font fortis d’Adam: Par ainfi nous ne pouuons dôner autre origihe aux hommes qui font es Indesj veu que la mefme Eferiture nous dit,quc toutes les belles & animaux de la terre périrent, finon celles qui furent referuces en l’Arche de Noé pour la multiplication & en- tre tien de leur e^ece.De façon que nous do- uons necdïàirement référer la multiplication de tous les animaux fufdits à ceuxqui fortirenc de l’Arche de N oé aux monts d’Araraat où elle s’arrefta, & par ce moyen nous deuons recher- cher, tant pour les homes que pour les belles, ^ le chemin par lequel ils font palîèz du vieil mondeau nouueau. Sain 6 l Augullin traidrant celle quellion, pour quelle raifon l’on rrouuc en certaines I lies des loups , des tygres, ôc au- , 1 / ‘ très belles rauilfantes qui n’apportent aucun profîtauxhomeSjVeuqu’iln’yapoint de don- teque leselephans, cheuaux, bœufs, chiens & autres animaux dont ce feruent les hommes, y ont elle portez tout exprès en des nauires, co- rne nous voyons anjourd’huy quel on les por- te depuis l’Orient iufques en l’Europe, 6c de 1 Europe au Peru, encor que les voyages en foieiit 11 longs.Et par quel moyen ces animaux qui font de nul profit, au contraire font dom- Histoire natvr"^i lle mageables, comme les loups, ôc autres de telle nature farouche, ayent peu paiîèr aux Indes, fuppofé ( comme il eft certain ) que le Déluge noya toute la terre. Sur lequel traidé, ce dode Ôc faind home eflaye à fc demefier de ces difïi- cultéz , difant, qu’ils peurent paflTerà nage en ces ïfles; ou que quelqu’vn les y a portez ex- près pour Icdefduit de la chalfe. Ou bien que par la volonté de Dieu , ils eullènt efté créez tout de nouueau delà terre, enlamefmc forte Ôc mani ere de la première création, quand Dieu dift; : U terre prodtttfe tout AmmdviuAnt en fort Cenef.u genre iAnmAux^re^tiles CX hepsfiuuAges des chAmps Jelen leur ejpece. Mais li nous voulons appliquer ceftefolution à noftre propos, la chofe en de- meurera plus ambarafléej car commençant au dernier pointjiln’eft pas vray-fcmblable, félon Fordre de nature, ny n’eft pas chofe conforme à Fordre du gouuernemeiitqueDieuaeftably, que les animaux parfaits, comme les lyons, les tigres ôc les loups,fcngendrent delà terre, fans leur génération , comme F^n voit que les rats, les grenouilles , les abeilles ôc tous autres ani- maux imparfaits fengendrent communément. D’auantage, à quel propos ell-ce quefEferi- ëenef.j . turc dit,6c répété tant de fois*, r« prendras de toM les Animaux CX oifeaux du Ciel fept CT' fept^mafles CX femelleSyà fin c[tie Itmr generanon s'entretienne fisr U terre, fi tels animaux apres le Dcluge deuoient eftre créez derechef par vncnouuelle manière decreation,fanslaconjondiondu malle &fe- raelle f Et fur ce pourroit encor fc faire vne autre queftion : Pourquoy tels animauxnaif-. ©El Indes. Liv. T. 41 fans de la terre(rclonccfl:ç opinion ) il n’y çn a pas auflî bien en toutes les autres parties de la terre ferme, & es autres Ifles rpuifque nous ne dcuons pas confiderer l’ordre naturel deJa gé- nération, mais feulement la libéralité du Créa- teur. D’autre-part que l’on ait paifé quelques vnsde ces animaux, pour ledcfduitdelachaiïè ( qui cft (on autre refolution ) ie ne le veux pas tenir du tout pour chofe incroyable : d autanc que nous voyons fouuentesfois que les Prin- ces & grands Seigneurs tiennent 8c nourrif- fent en leurs cages, pour leur plaiiir ôc gran- deur tant feulement, des lyons, des ours V au- tres beftcs fanuages, principalement quand el- les font amenées de terres lointaines: mais de dire cela des loups, renards 8>c autres animaux qui n’apportent aucun profit, & qui n’ont rien de rare ny de bon que de faire dommage au be- ftiafi& de dire aiifli qu’ils ont prins la peine dà, les apporter par mer pour la chafle : certaine- ment c’eft chofe qui n’a point de raifon* Qui cft ce qui pourra penfer qu’en vne nauigation fi longue & infinie il y ait eu des hommes qui ayent prins la peine de porter au Peru des re- nards, principalementde ceux qu'ils appellent Anas,qui cft vne efpece des plus ords ëc in- fedls que Paye iamais veu - Qui voudra dire auf». fi qu’ils y ayent apporté des tigres & des lyons? certainement c’eft chofe digne de rifée 8c mo- querie, de le vouloir penfer. Car c’eftoii âlîez voire beaucoup aux ho nnn es, pouftez malgré, eux par 1 orage 8c la tempefte en vn fi lointain, ^incogneu voyage, de pouuoir efehapper du, HlStOlRE NATVHELtÉ danger dé la mer leurs propres vies /ans fama- fer à porter des renards & des loups, &les nour- rir par la mer. Si donc ces animaux font venusf par raer,il faut croire que ç’a efté à nage: ce qui fe peut faire en quelques Ifles,peu diftantes Sc efloignees des autres,ou de la terre ferme:com- me on ne le peut nier, veu Fcxpcrience certaine que nous en auons,& que nous voyons que ces animaux cftans preflez nagent iour &nuid fany felaiTcrj&enfinilsfefchappcnt de la façon. Mais cela fentend en de petits golphes & rra f uerfeSjpource qu’en noftre Océan fon Ce mo- queroit de tels nageurs;veu que les ailles fail- lent aux oifeaux, raefmes de grand vol, fur le paflàge d’vn fi grand abyfmc.Et combien qu'il fc trouüc bien des petits oifeaux quivolent plus de cent lieues , corne nous fauons veu plufieur» fois envo7agcant,toutesfois c*eft chofe impof- fiblc aux oiîeaux,à tout le moins fort difficile, de pouuoir paflèr toute la mer Oceane.Or tout ce que nous auons dit cy defliis eftant véritable par quelle part ferons-nous le chemin à cesbe- ftes fauuages Sc aux oyfiilos pour les pafièr aux lndes,& comment dirons-nous qu’ils fontpaf- fezd’vn monde àfautreîle côicdurc donc par le difeours que i’ay fait,quc le nouucau monde, que nous appelions Indes , n’eft point du tout diuifé ny feparc defautre monde;& pour en di- re monopiniô,il y a ja fort long temps, que i’ay penfé que IVne & l’autre terre le ioignent & continuent en quelque part, ou à tout le moins fauoifinent & approchent de bien prcs.Et tou- tesfois encor iufqucs à prefent n’y a aucune Des Inoès. Liv* L 4i certitude du contraire : pour autant que vers le pôle Arâ:iquc,qnc nous appelles le Nortj tou- te la longitude de la terre neR pasdercouuer^ te &côgncuë, ôc y en aplufieursquiafFermenc qu’au delïus dé la Floride, f’eftend au Septen- trion vnè terre fort large,qu’ils difent fe venir rertdrciufques àlamer Scytique Ou Germani- que.D’autresadiouftentquil y a eu vn nauire quinauigeanten ces parties, raconte auoirveu la cofte de Bacaleos, qui f’eftênd quafi iufqucs aux fins de l’Europe. D’auantage l’on ne fçaic non plus iufques où s’eftend la terre qui court au defiiis du cap de Mcndoce en \a mer du Sud, finon que l’on dit que c eft vne terre fort gran- de & qui court vne longueur infinici 6c retour- nant à raiitie pôle duSüd,iln yapashomme quifçacheoùs’arreftelaterrequi eft de l’antre Cofté du deftroit de Magellan . Vn nauire de l’E* uefque de Plaifànce qui paflà le deftroit, racon- te n’auoir perdu la veuë de la terrei le mefmc dit, Hernande Lamerpilote,qui par tourmen- te paftà deux ou trois degrez au delîus dudit deftroit.Ainfin’ya-ilraifon ny expérience qui contredife mon imagination ou opinion : Sça^ uoir eft que toute la terre fe joint & continue en quelque endroit, ou à tout le moins qu’elle s approche fort l’ vne de l’autre.Si cela eft vray, c5 me en efFcdt il y a de l'apparence, la relponce eft aifée au doute fi difficile que nousauions propofé , comment peurent palfer aux Indes les premiers peupleurs d icelles ; pour ce que l’on doit croire qu’ils ne peuuent pas tant y cftre venus nauigeans par la mer, comme che- Fij fîlSTOIRl NATVREtLI minanspar terre,5: auroientpeu faire ce chc- min/ans y penfsr.cn chaiigeans peu à peuleiirs terres & habitations. Les vus defqucis peuplas les terres qu'ils renconcroienr , les autres en cherchant d autres nouuelles , vindrent en fin par la longueur du temps à remplir & peupler les terres des Indes de tantdenations,gcns langues que nous y voyons. Ve quelle façon O" maniéré les animaux^ fliaux domeftiques ^ajferent aux Indes. ' C H A P. XXL, Es fignesScargumensquireprefen- centàceuxqui font curieux d'exami» ner la façon & maniéré des Indiens aident beaucoup à fouftenir l’opiniô fufdide;pour autant que l’on ne trouue point d hommes habitans és l£lcs,quifont beaucoup tüognees delà terre ferme, ou des autres Ifles, comme la Bermude,dontla raifon eft, pource que les anciens ne nauigeoicntque auxeoftes prochaines, & toufiours à veiiedeterre. Sur- quoy l’on rapporte qu'il ne feft trouué en au- cune partie des Indes de grands nauires , qui fuflent capables de palfer tels golphes, mais feu lement y a l’on troaué desRal{as,Barquettes ou Canoës, qui toutes font moindres que Chal- ioppes,defqucllcs fortesde vaifeaux feulement vrendeslndiens,aueclefquelsils ne pourroiéc fcngolpher en vne fi grande rrauerfe, fansvn înanifefte dagerdenaufrage,& ores qu’ils euf» fient eu des nauires fiuffifans^ils ne fçauoiét l’arc DES Indes. Liv. I. dcl E(guillc,Aftrolabc ou cadran. QueOils eul^j fenteftéhuidoiidixioursransvoir la terre, il cftoit impoflîble qu’ils ne fe perdilfent , fans pouuoirrecognoiftreoùilseuflent efté. Nous recognoifsôs plufieurs Ifles fort peuplees d’in- diens, & leur nauigatiô fortylitee, m ais c’eftoic cellequ’ils pouuoiêt faire en Canoës &Barquec res fans l'E^uilledenauiger. Quand les Indiens du Péril qui demeuroient en Tombes, veirent la première fois nos nauires Efpagnols qui naui- geoient au Pcru,&recogncurent lagrâdeur des voiles rendus, & du corps des nauires, demeurè- rent fort eftonnez, Ôc nepouuansfepeiTuader que ce fuilent nauires,pour n é auoir iamais veu de telle forme Ôc grandcur,fimaginoient que ce fulîènt des roches. Mais voiâs qu’ils aduançoiêc fans fcnfoncer,demeuroy ent tous rauis ôc tiâf- portez d’elpouuentemêtdufques à ce que regar- dans déplus pres,ils recogneurent des hommes barbus , qui chemînoyent en iceux , qu’ils efti- merent alors deuoir eftre quelques Dieux, ou gens du Ciel. D’où il appert combien c’eftoit chofe incogneue aux Indiens, d’auoir de grands nauires.il y a encor vne aütre raifob^, qui nous fait croire,&tenir pluftoft l’opinion mfdite,fça- uoir que ces animaux defquels nous difons qu’il n’eft pas croyable, qu’ils ayent efté embarquez par aucuns hommes , pour porter és Indes, ne le tiennent qu’en la terre ferme, ôc non point aux Ifles qui font à quatre iournees de terre ferme, l’ay faid celle recerche pour faire prenne de ce^ cy , d’autant qu’il m’a femblé que c’eftoit vu poinift de grande importance, pour me refou- F iij Histoire iTATyREtj.E di'C en l’opinion que i’ay di(3:e , que la terre des Indes, d’Europe, d’Aiie & d’Afrique , ont quel- que communication enfemble , ou à tout le moins qu’elles i?approchent fort par quelque partie. Il y a en l’Amerique ôc Peru beaucoup de belles fauuages, comme des Lyons (encor qu’ils nefoycnt femblables en grandcur,ficrtc, ny en la mefme couleur de roux,aux renommez Lyons de 1’ Afrique.il y a aulïi grand nombre de Tigres qui font fort cruels , 8c plus communé- ment aux Indiens , que non pas aux Efpaignols. Ilyaauffi des Ours, non pas toutefois en fort grande abondance. Des Sangliers & des Re- nards vn nombre infiny. Keantmoins fî nous voulons chercher de routes ces efpeces d ani- maux, en rillc de Cuba , Efpagnolle, lamaiquc, la Marguerite , ou la Dominicque, il ne.f’en trouucra aucuns. Tellement que efditcs Illes, quoy qu’elles fulTent fertiles & de grande ellen- due, il n’y auoir aucune forte d’animaux de fer- uice , quand les Efpaghols y arriucrent : mais à prefent y a fi grand nombre de troupeaux de CheuauX , Bœufs, Vaches , Chiens & Pour- ccaux,qui ont multiplié de telle façon,que jales troupeaux de Vaches n’ont plus de maiftre af* feur^mais appartiennêt au premier qui les tue, ôc iartiere, foit en la montagn&eu aux champs: ce que les infulaires font feulement pour auoir le cuir, dont ils font grand traffic,laiflTans perdre la chair, fans la manger. Les chiens y ont telle- ment multiplié, qu’ils marchent en troupes, ÔC endommagent fort le beftial , ôc font autant de deigali que des Loups, qui cftvne grande inco- Dis ÏNDis Liv. X 44 feditc en Gcs Iflcs là. Il n’y a pas feuîetncnc faute de beftes làuuages en ces Ifles , mais en la plus grand’ part, d’oyfeaux & oyfîllons. Pouc les perroquets , il y en a beaucoup qui ontvn grand yo1,& vont parbandes,mais il y en a peu comme i’ay dit,& d’autres fortes d’oyfeaux. De Perdrix il ne me fouuiét point d’y en auoir veu, ny entendu qu’il y en aye comme au Peru. Audi peu y a-il de ces beftes qu’ils appellent au Peru, Guancos & Vicunas,qui font comme Chieures fâuuagcs, fortyifteSj Cnl’eftomacdefquclles fc trouuc la pierre Bczaar , que plufieurs eftiment degrandpris,& fen trouue quelquesfois dàuflî. grolTesquVn œuf de Poulie , voire la moitié d’auantage. ils n’ont non plus d’autre forte de beftial,quc de ceux-là que nous appelions mou- tons d’Inde , Icfquels outre la laine & la chair, de laquelle ils fenourrÜfçnt &fc yeftent, leur feruentd’afnes, «5r de voy turcs à porter charge. Ils portent la moitié de la charge d’vnc mule, & font de peu de fraiz à leurs maiftres , pourcc qu’ils n’ont bcfoin,ny de ferrures, ny de bas, ny d’auoine, pour leur viure , ny en fin d’autre hatr nois; d’autant que de tout cela ils en font poiir- ueus de nature, qui a voulu en ccfauorifçr ces pauures Indiens. De tous ces animaux, &:dc plufteurs autres fortes , dont ic feray mention en fon lieuja terre ferme des Indes cft fort abô- dante & remplie. Mais il ne fen trouuc aux Ifles que ceux que les Elpagnols y ont appor- tez.Il eft bien vray , qu’vn de nos freres veid ,yn ‘ iour vn Tigre en vnc ifle, comme il nous a ra- conté, fur le propos d’vnc fîenne pérégrination F Histoire uatvrelib & naufrage. Mais interrogé combien ceftc Ifle. cftoit eflongnee de terre ferme,refpondir com- me de fix à huidlieuës pour le plustlaquellc tra- uerfede mer les Tigres peuuent aifemcnt paC- fer à nage.L on peut inferer par ces argumcns& autres remblablcs,quc les premiers Indiens ont palTc pour peupler ces Indes plus par le chemin de terre, que de la merj ou fil y a eu nauigation, qu’elle n’a efté ny grande ny difficile : pourcc que c’efl chofe indubitable, qu’vn monde doit eftre ioint & continué auecl’aurre , ou à tout le moins eftre en quelque endroit fort proche Wn de l’autre. Qm le des Indiens rieîî point pxfe par l'ijle renommée Ifle Atlanticque, &c de là palferent d’ifle en autre , iufqiies à paruenir à la terre fer- me des Indes: pource que leCrifiasde Platon en fon Timce , en difeonrt de ccûe façon. Car fi i’Ille A tlanticque eftoit aulfi grade com- me toutel’Afie & l’Afrique enfemble, ou bien encor plus grande, comme veut dire Platon, elle deuroit par neceflîté comprendre tout 1 Océan Atlanticque , & paruenir prefqueiuf- L y en a quelques- vns qui fuyuans l’opinion de Platon, mentionnée cy deftus, difent que ces gens là par- tirent de l’Europe ou d’Afrique, pour aller en cefte tant famenfc& DE’s lNDis Liir; L 4j ^iies auxiflcs du nouueau mondc.Et dit d auan- tagc Platon , que par vu grand & cftrange délu- ge fon Iflc Atlantique fe noya , ôc par ce mo.yen rendit celle mer innauigab e, pour la grande abondance des bancs, rochers, &impetuofitc des vagues qui y eftoyenr encore de fon temps. Mais qu’en fin les ruines de celle Illc noyee, fc ralîîrcnt ôc rendirent celle mer nauigable Cecy a elle fort curieufemenr traidé & difeouru par aucuns hommes dodes & de bon entende- ment j &neantmoins ellantdepres conlîderé, à vray dire fe treuucnr chofes ridicules , qui ref- Icmblent plus les fables ou contes d Ouide, qu’vnc hilloire ou Philofophie digne d dire mifeen auant. La plus part des interprètes ôC expofiteurs de Platon afferment que c’dl vne vraye hilloire, tout ce que Crifias raconte, de l'ellrange origine de P*fle Atlanticquc, de fa grandeur ôc prolperité, des guerres qu’ils ont eues contre ceux de 1 Europe,^: plulîeurs autres chofes. Ce qui fait croire d’auantage que c’eli hilloire vraye, font les paroles de Crifias, que Platon introduit cnfonTimcc, difanr,que le fubied qu’il vcuttraitrcr ell de chofes cllran- ges, mais qui font neantmoins véritables. Les autres difciples de Platon confiderans que ce difeours a plus d’apparence de fable, t^ic non pas d'hilloire, difenr , que l’on doit entendre ce- la par allégorie, & que ç’a ellé l’intention de leur diuin Philolophe. De celle opinion ell Procle,& Porphyre, voire Origene, lefqucls c- ftiment tant les eferipts de Platon, que quand ils en parlent , ü femblc que ce foyent les liures Histoire natvreli.i de MoiTc,ou d’Efdra$,& là où il leur femblc que les eferits de Platô ne font pas vrais femblablcs, difent qu’on les doit entendre en fens allégorie &nayftic. Mais pour dire la vérité, ie ne porte point tant de refped à Tauthorité de Platon, quoy qu’ils l’appellent diuin, qu’il mefemble trop difficile de croire qu’il ait peu efcrireccs cbofesdel’Ifle Atlantique, pour vne vraye hi- ftoire, lelquellcs pour cela ne laiffient point d’e- ftre de pures fablcs:vcu qu’il confelTe ne l’aupir appris que de Critias qui eftoit petit enfant , & entre autres chanfons chatoit celle de l Ifle At- lantique.Quoy que c’en Toit, que Platon l’ait et critpour hiftoireou pour fable, quantàmoy, ie croy que tout ce qu il a clcrit de cefte Ifje, commençant au Dialogue du Timee, &pour- fuyiiant à ccluy de Critias , ne peut eftre tenu pour chofe vraye J finon entre les enfahs dcle$ vieilles. Qui ne tiendra pour fable, dédire que Neptune Penamoura de Cly té,& eut d’elle cinq fois des gemeaux d’vne ventree, & qued’vne montagne il tira trois pellottes rondes de rner, & deux de terre , qui fc relTerabloyent fî bien, que l’on euft difl: quelles culTent cfté faiéfccs toutes en vn tour ? Qpedironsnousdauanta- ge de ce Temple de mil pas de long, &de cinq cens de large, duquel les parois par dehors e- ftoyent toutes couuertcs d argent , tout le lam- bris d or , & le dedans d’yuoire cifcllé Ôc entre- kiré d or,dargcnt,& de perles? En fin parlant de fa ruine finale , il conclud ainfi au Timee : En vn tour vne nmfl furmnt vngrxnd, âeluge ^ lequel tous nos foldats furent engloutis À monceâux dans U ter^ DES ÎNDESi Liy.: î, jfs àe cejle fdçsn Vljle Atlantique ejlant fùîmergee dij^amt en la mer. Pour certain ce fut bien à pro- pos que cefte I/le difparut fi fubircment, veu qu’elle eftoit plus grande que l’Afic ôc l’Afri- que cnfcniblc, Ôc qu’elle eftoit fai£te par encha- tement. C’eft chofe auftî de mefme fort à pro- pos, de dire que les ruines de cefte Ifle Ci gran- de fe voyent au fonds de la mer, & que ceux qui les voyent , qui font les mariniers , ne peu- uent nauiger par là. Puis il adioufte ; Pourcefîe caujè tufques ameurd'huy^cefte mer m Je naui^e pmt, ny ne feut ejlre nauigee four raijoh du banc , qui feu a feu seCl forme' en cejîe ijle fuhmergee, le demande- rois volontiers quelle mer a peuenglourir vnc telle infinité de terre, qui eftoit plus grande que toute r Afie & l’Afrique enfcmble, &qui (è confinoit iufques aux Indes , & encore len- gloutir de telle façon , qu’il n’en foit demeuré à prefent aucuns reftes ny apparences quelcon- ques : veu qu’il eft tout cogneu & e^ronué, que les mariniers ne trouuct aucun fond ( quoy >que longue foit leur fonde ) en la mer où ils di- fentauoir efté cefte Ifle. Toutesfois ce pourra fcmbler chofe indifcrerc & efloignee de rai- fon,dc vouloir dilputer ferieufement les cho- fes qui ont efté racontées par paifetemps feule- ment , ou bien fi l’on doit auoir tant de relpedb àl'authorité de Platon ( comme il eft bien rai- fonnable) on les doit pluftoft entendre, pour fignifier fimplcment , comme en peinture la profpcrité d’vne ville , & quant &: quant fa jper- dition. Car l’argument qq’ils font pourprou- uer que réellement & de faiét cefte Ifle Atlanti- Histoire NATVR.ELLS que ait cftc , difans que la mer en ces parties là retient encor auiourd’huy ce nom d’Atlanti- que,eft de peu d’importance; veu que nous fça? uons que le mont Atlas , duquel Pline dit cefte TUn.l^. c.i. mer auoir prins fon nom , cft aux confins de la &L6.c.ii. mer de Mauritanie. Et file mefrae Pline racon- te que ioignant le mont fufdit il y a vne Ifle nô- mee Atlantique, qu’il dit eftrc fort petite & de fort peu de valeur. ^ l'opinion de plujteurs cjui afferment que la premier ^ re race des Indiens vint des Imfs^ nejl point véritable. Ch A P. XXI II. SES Indes. Liv. I. . 4 ^ fhrdtetur alors Dieu monflra ps merueilles en leur m - droit ^arreflat le cours du fleuue mj^ues a ce qu'ils eufset pajféj d'autant que le chemnpour aller en cejle région efioit tres4ong,cr' d'vn an Cr deinj^O" s’appelle cefie région ^rfarcht.^lors ils y demeurèrent mfques aux derniers temps.Maintenant quand ils commenceront à reuenirp tout fuijfant retiedra derechef vne autrefois le cours du fleuue.afin quils j[mifent^aJ]erjCr'pour cejle caufe tu as veu cejle multitude auec faix, Q^lqucs vns veullent accommod^erceftecfcnturc d’Ef- dras aux Indiens, difans qu’ils furent conduits de Dieu ou iamais n’habita genre humain, 5c que la terre où ils demeurèrent eft h efloignéc, qivil y a vn an & demy de chemin pour y aller, eftanteefte nation naturcllementpailible , 5c qu’il y a de grands indices &argumens entre le vulgaire de ces Indiens , pour faire croire qu’ils defeendent delà race des luifs, d’autant que l’on lesvoit communément efchars,rabaif. fez, cérémonieux, & fubîils en menfonge. Et difent d’auantage que leurs habits rdfemblent fort a ceux dont vfoyent les Iuifs,pour ce qu’ils portent vne tunique ou chemifolle,& vn man- teau brode tout au tour, vont les pieds nuds, ou feulement auec des femelles attachées de eourroyes fur le pied, qu’ils appellét Ojotas. Et difent qu’il appert par leurs hiftoires,comme aulîî par les anciennes peintures, qui les repre- fenrent en celle façon , que ccll habit cftoit l’ancien vefteraent des Hebrieux, & que ces deux fortes d habits, dont les Indiens vfent tant feulement eftoyent ceux dont vfoit Samfon, que rEfcriturc appelle Tunicam , 5c Smdonem, HiST OIRÊ NATVREltE quicftlcmefiticqacles Indiens appellent che- mifollc 5c manteau. Mais toutes ces conieâu- res font legeres, 5c pluftoft contr’eux,quepour eux: : car nous fçauons bien que les Hebrieux vfbyent de lettres, 5c il n’y en a aucune appa- rence entre les Indiens . Les autres eftoient fort amis de largent,& ceux-cy n’en ont point de cure. Les luifs fils n’eftoient circoncis ne Veftimeroientpasluifs, &les Indiens au con- traire ne le font ny peuny point,&iamaisn’ôt vfc de ceremonie qui en approche , comme pluheurs des Orientaux. Mais quelle apparen- ce y a-il de coniedurcr cecy , veu que les luifs font tant diligens à conferuer leur langue & kursantiquitez, de forte qu’en toutes les par- ties du monde , où ils font ils different 5c les congnoit-on toufiours d’aiiec les autres , 8c neantmoins qu'aux Indes feulement ils ayent oublié leur lignage, leur loy leurs ceremonies, leur MefFic,& finalement tout leur ludaifmc? En ce qu'ils difent que les Indiens font efehars, rabaifTcZjfuperfticicux 5c fubtils en menfonge; pour le premier c’efl: chofe qui n’cft point com- mune à tous : car il y a des nations entre ces Barbares , exemptes de ces vices. Il y en a d’au- tres gcncreux 8c hardis, il y en a aufli de grof- fiers,& fort lourds d’entendement. Q^ntaux ceremonies 8c fuperftitions, les Gentils en ont toufiours fort vfé*De leur façon d’habits,com- mc il a efte defcritcydcuant,ilsenvfentainfi, pour ce que c’eft le plusfimplc 8c naturel du monde, fans artifice, & qui prcfquc a efte com- mun,non feulement aux Hebricux,maisà tou- èis Indîs. Liv. I. 48 tes les autres nations. Veu mefme que l’hiftôife d’E(3ras(fî nous deuons adioufter foy auxEfcri- tures apocryphes)eftplus contraire, qu’elle! ne fe rapporte à leur intention. Car il dit en ce |âf- fage,queles dix tribus s’elloignercnt de la mul- titude des Gentilsjpour garder leur foy ôc cere- monies,& Ton voit que les Indiens font addô- nez à toutes les idolâtries du monde. Et ceux qui ont cefte opinion mefme voyeht bien fî les entrées du fleuüe Euphrate vôtiufques aux In- des, &s’il eft neccflàire aux Indiens , de repafîèr par là,commeilcftditaulieu prcailegué. Ou- tre ce ic ne voy point comme ils fe puilfent no- iner pacifiques, Ÿeu qu ils fe font continuelle-: ihent guerroyez les vns les autres.En coiiclu' fion ie nevoy point que l’Euphrate de l’apocry- phe Efdras,foit vn pafiàge plus propre pour al- ler au nouucau monde, que renchantée Ôc fa-* bulcufcllle Atlantique de Platon. Tour quelle j'AtJôn l'on ne peut hien treuuerl origine des Indiens, Chapitre XXIIII. ,L eft plus aife de réfuter ôc contredi- te les faulfes opinions mifes en auanc fur l’origine des Indiens, que non pas d’en dire ôc arrefter vue relblutioii certaine ôc veritablerpour autant qu’il n y a au- cune clcriture entre les Indiens, ny mémoires certaines de leurs fondateurs^ Et que mefme il n eft fait aucune mention de ce nouticau mon- de és liurcs de ceux qui ont eu cognoiflànce Histôire NATVRELLI des lettres : noé anciens ont tenu qu’en ces parties là, n y auoitny hommes, ny terre, ny Ciel. A raifon dequoy celuy là fcmbleroit fort teiieraire & prefomptueux,quipcnferoitdef- couurir & monftrer la première origine des Indicns,& des premiers hommes qui ont peu- ple les Indes.Mais nous pouuons de loing don- ner iugement, par ledifcours que nous auons misenauantcy defTus,que ce peuple des Indes cft venu, faduançant peu à peu iniques à cc qu’il foit arriué au nouueau monde, & ce par l’aide & le moyen de la continuité ou voilina- ge des terres, ou bien par quelque nauigaiion. Cequimefembleauoirefté le moyen, par le- quel ils y font vcnus,& non pas qu ils ayent fait armée pour y aller de propos délibéré, ny qu il leur foit arriué aucun naufrage, outempefte, qui les y ait portez : combien quen quelque partie des Indes , aucunes de ces chofes puif- fent eftre arriuees , d’autant que ces régions cftans fl grandes qu elles comprennent en elles des nations fans nombre,nous pouuons croire que les vns y font venus pour peupler d vne forte,8c les autres d’ vne autre fa . on. Mais en finie me refouz à ce point, que la vraye & prin- cipalle caufe & moyen de peupler leslndes,a. efté pour ce q ie les terres & limites d icelles fc ioignoient &continuoicnt en quelques ex- tremitez du monde, ou qu’à tout le moins elles eftoient fort proches. Et croy qu il n y a pas pluficurs miliers dannées , que les hommes, habitent Ce nouueau monde, & Indes Occi- dentales .mcfmc que les premiers hommes qui * yen- ï> E s î N bE s. L I Ÿ. î. 4 f y entrèrent, & eftoient pluftoft hommes fau- uages,&: chaffcurs,que non pas efleuez&nour- ris en Republique ciuille& policée , ôc qu’ils arriuerent au noiiueau monde, pluftoft s’eftans perclus de leur terre, ou s’y eftans troUuez en trop grand nombre, & en neceffité d’en cher- cher vne autre,laquclle ayant trouuée, ils com- mencèrent peu à peu à la peupler, n’ayans point d’autre loy, qü’vn peu d’inftind naturel, & en- cor fort obfcur,&pour le plus quelques couftu- mes qui leur font demeurées de leur première patrie. Et bien qu’ils fuftent fortis de terres po- licées <^biê gouuernces,fi eft-ce qu’il n’eft pas incroyable de péfer qu’ils euflent oublié le tout pour la lôgucur du temps,& le peu d’vfage : veu que l’on l^it’qu’cn Efpagne &en Italie mefme, 1 on trouue des compagnies d'hommes qui n’é ont rien que la figure ôc gcft:c feulement , d’oà l’on peut conieéturc que de la façonnes mœurs barbarefqucs &inciuils,fontvenusence nou- ueau monde* / De ce que les Indiens racontent de leur origine. Chapitre XX V. E n’eft paschofe de grande importan- ce de fçauoir ce q les mefmes Indiens loiit accouftumé de raconter de leur ^-'ccmmencement &origine,yeu qu’ils reftcmblct plus leurs fonges quovrayes hiftoi- res.Ils font entr 'eux grade mérion d’vn delnge auenu en leurs pays, mais l’ô ne peut pas bié m- G Histoire KATyREtts gef, fî cc déluge eft l’vniücrfcl, dont parle liEf-* crimre, oufi ç’aefté quelque autre dcliigc, ou inondation particulière des régions ou ils font. Aucuns hommes experts, dilent que l’on voit en ces pays là , plulîeurs notables apparances de quelque grande inondation, & fuis de l’opi- nion de ceux qui penfent que les veftiges Sc marques qu’il y a de cedelugejncfontdcceluy de Noé,mais de quelqu’autre particulier, com- me de ccluy que raconte Platon, ou ccluy que les Poètes chantent de Deucalion. Quoy qu il en foit les Indiens difent que tous les hommes furent noyez en ce deluge,& racontent que du grand lac Titicaca, fortit vn Viracocha qui farrefta en Tiaguanaco , où l’on voit auiour- d’huy des ruines & veftiges d anciens édifices fort cftrangcs, & de là vintaCufco: ainfî re- commença le genre humain a fe multiplier. Ils monftrent en ce mefme lac vn petit lilet, ou ils. feignent que le Soleil fe cacha & fy conferua: & pour cefteraifon ils luy faifoient de grands facrifices en ce lieu, non feulement de brebis, mais d’hommes mcfmes. D autres racontent, que fix ou ne fçay quel nombre d hommes, Ibr- lirent d’vne certaine cauerne, par vne feneftre, qui donnèrent commencement à la multipli- cation des hommes, ôc a cefte occafion les ap- pellent Pacaritampo. Ceftpourquoy ils font d’opinion que les Tambos eft la race la plus ancienne des hommes. Ils difent que Mango Capa,lequel ils rccognoiflent pour fondateur & chef des lngas,eftoit yftu de cefte race là, & y que de luyfortircnt deux familles ôc lignages. DES Indes. Liv. I. ÿp Tvn de Hanan Cufco,& l’autre de Vrni Cufco. Ilsdifent d’auantage,que quand les Roys In- gas enrreprenoyent guerre & conqueftoienc diuerfes prouinccs , ils donnoient couleur ôc prenoycntpretexredeleur entreprinfe, difans que tout le monde les deuoit recognoiftre : pour autant que tout le monde s ’eftoit renou- ucllé de leur race & de leur patrie. Et merrae que la vraye Religion leur auoit efté rcuelcc du Ciel. Mais que îert d’en dire d ’auantage, veu que tout y eft plein de menfonge & de vanité, ôc du tout efloigné de raifoii? Qu^clques hom- mes do éleseferiuent, quetout ce dont les In* diens font mcntion,&:n’cft plus ancien que de quatre cens ans,& tout ce qu’ils difent du para- uant n’eft qu’vneconfufion embrouillée de fl obfcures tenebres qu’on n’y peut trouuer au- cune vérité. Ce qui ne doit lembler eftrangc, d’autant que les liures & eferitures leur def- faillent, au lieu defquelles ils fe feruent de leur conte de leurs Quipocamayos,qui leur eft par- ticulier. Par lequel conte tout ce qu’ils peu- uent rapporter ne peut eftre plus long que de quatre cens ans. M’informant diligemment .d’eux,pourfçauoir de quelle terre, & de quelle nation ils pafTerent autres fois, là où ils font & viuent à prefent, ie les ay trouué fî elloigncz de pouüoir donner raifoii decela,qu’ils tiennent pour certain qu’ils font creez de leur première origine en ceiiouucau monde, où ils habitent. Mais nous leur auons oflé ceft’ erreur par no- ftrefoy, qui nous enfeigne que tous les hom- mes procèdent d’vn premier homme. Il y a G y il 1 ♦ I ’l i .1 I ■ ( ; > \ . } l !• i ■\ ' HitOIRl NATVRELtB grande conicdure&fort apparente, que ccS homes par longue efpace de temps, n’ont point eu de Roys,ny de Republiques,mais que ils vi- noyent par rrouppes comme font aniourd’huy ceux de la Floride, de Chiriquanas,du Brcfil,& plufieurs autres nations qui n’ont aucuns Roys aireurcz,finon félon l’occafiô qui s’offre ou en paix ou en guerre qu’ils eflifcnt leurs Capitai- nes,comme il leur plaift. Mais quelques hom- mes, furpaffans les autres en force & induftrie, auec le temps commencèrent à feigneurier,&: commander^ comme fît anciennement Nem- Gen.io, brof.puiscroiflantpeuàpeufontvenusà fon- der les Royaumes du Péril & de Mexique, que nosEfpagnols trouuerét,& combien qu’ils fuf- fent barbares, furpafToyét neantmoins de beau- coup les autres Indiens. Voila comment la rai- fon fufdide nous demonftre,que la race des In- diens a commencé à multiplier, pour la plus grand’ part,d’hommesfauuages & fugitifs. Ce qui doit fuffire touchan t Porigine des gens dot nous parlons,laifTantlefurplus quandl'on trai- tera leur hiftoire plus àloinr. J Jï LIVRE SECOND DE LHlSTOïRE NATVRELLE & morale des Indes. Chapitre premier. Q^ce n'ejl^as hors âe^roj^os,mals necejpure^de trmtter de U mture de pE^mnoxe, OvR bien comprendre les cliofes des Indes , il eft necelEiire de co- gnoiflre la nature & dilpofition de cefte-,region , que les anciens appel- îoyent Zone T orride,& la tenoyent pour inha- bitable jven que la plus grand’ partdecenou- ueau monde que l’on a dernièrement defçou- uert, gift & eft fitué fous cefte région du milieu du Ciel. Etmefemblechofefortà propos, cc que quelques vns difent, que la cognoüTancc des chofes des Indes dépend de bien entendre la nature de l’Equinoxe: d’autant que la diffé- rence qu’il y a prefque entre l’vn ôc l’autre mo- de, procédé des proprierez de ceft Equinoxe, Et faut noter que tour ceft efpacequi eft en- tre les deux trop'iques, fe doit tenir & enten- dre proprement pour cefte ligne du milieu , qui eft l’Equinoxe, ainfî appellee, pource que le Soleil faifant fon cours en icelle , rend par tout le monde les iqurs ôc les nuids efgaux -, mefmes i' (, Histoire natvrelle que ceux qui habitent audeffous d’icelie, iouyf^ fcnt tout le long de l’annce de ccftc mefme ef- galité des iours Ôc des nuisis. Or en cefte ligne Equinoxialle, nous trouuons tant d’admirables proprietcz,que c’eft auec bonne raifon que 1 en- tendement humain le refucille & trauaille pour en rechercher les caulcs, n’eftant point tant cfmcuà ce parla doâ:rine des anciens Philo- fophes , que par la merme raifon & certaine ex- périence. /- Tour quelle rdifin la dnaens ont tenu que U Zone T tr- ride ^ourcertAin ejleit inhahiuhle. Chapitre ii. cherchant à prefent ce fubjeâ: dés ^^^^^fon commencement, aucun ne pour- nier ce que nous voyons claire- •^^^^^^ment, que le Soleil en fapprpchant crchaufc,& refroidift en fefloignant. T efmoins en font les iours & les nuids, tcfmoins l’Hyucr êc l’Efté , la variété dcfqucls & le froid & le chaud eft caufé par rapprochement ôc efloi- gnement du Soleil. D’autr^art il cftauffi cer- tain, que plus le Soleil f approche ôc iettefes rayons direétement , plus la terre en eft arfe ôc embrafee, ce qu'on void clairement en la cha- leur du Midy Ôc en la force de l’Eftc. D’où l’on peut iuger ( à ce qu’il me fcmble ) que tant plus vne terre eft cfloignec du cours du Soleil, tant plus cft-ellc froide. Ainfi nous expérimentons que les terres & régions qui fapprochent d’a- uantage du Septentrion ou Nort font les plus Dis Indes Lïv. II. froides , & au contraire celles qui Papprocîicnc daZodiaquc, où chemine le Soleil , k trouuent les plus chaudes. Pour celle caufc l’Ethiopie furpalïc l’Afrique ôc Barbarie en chaleur , la Barbarie fiirpafre l’Andalouzie , l’Andalouzic, Caftille & Arragon, & Caftille & Arragon fur- paflcnt auflî la Bifcaye & la France. Et d'autant plus quelles font Scptentrionalles, d’autant moins font elles chaudes : par confequent cel- les qui s’approchent le plus du Soleil , ôc font plus à plomb frappées de Tes rayons , fç relTen- tcnt d’auantagc delà chaleur du Soleil. Qucl- ques-vns mettent en auant vne autre raifon à celle fin , qui ell que le mouuement du Ciel ell fort foudain ôc leger deuers les Tropiquesj mais qu a l’endroit des Pôles au contraire il ell fort lent & pefant: d’où ils concluent que la ré- gion que le Zodiaque circuit &con tient ell em- brafee de chaleur, pour trois caufes ôc raifons, IVnepour le voifinage du Soleil, l’autre pour receuoir diredemcnt fcs rayons , la troilîef- me, pource qu’elle participe ôc fe relient aucu- nement de ce plus ville ôc foudain mounement du Ciel. Voila ce que la raifon Ôc le difçours nous enfeignent , touchant la caufe du froid ôc chaleur des régions de la terre. Mais que dirons nous des deux autres qualitcz, qui font l’humi- ditc&lafecherelTcî toutlemefmc. Caria' fe- chcrelïc femble cllre caulêc par rapproche- ment du Soleil, & l’humidité de fon clloigne- ment, d’autant que la nuiél eftaiit plus froide que le ipur , cil aulîî plus humide , ôc le iour ell plus fec, comme ellant le plus chaud. L’hyuer G iiii • Histoire.natvrilli pendant que le Soleil cft plus efloigné ,fcvoi<î plus froid & plus pluuieux, & l’Efté au contrat re, auquel le Soleil eft plus proche, certaine- ment eft plus chaud & plus fec. Pourcc que tout ainfi que le feu a la propriété de cuire & de brufler , auiîî l’a-il pareillement de dclTechcr rhumidité.Coiihderâs donc ce que delfus, Ari- ll:ote& les autres Philofophes attribuent à la région du Midy , qu’ils appellent Torride , vnc cxceffiue chaleur, ôc vnc fechereflTc tout enfem- ble. C’eft pourquoyils difent que ccftc région eftoitmerueilleufement embrafee & delèchec: de que par confequent elle n’aueit point d’eaux ny de pafturages,caufe pour laquelle ellcdeuoit cftre par neceflité fort contraire & fort incom^ mode à la vie humaine. U Zûne Ternde efi fort humide , cotttre l ^ mon des Anciens. ^ C H A P. III. O VT ce que nous auonspropofe ci deflus fembie certainemet cftre vray & bien à propos, & néant- moins la concluhonqu’ils en veu-^ lët tirerfe treuuc apertemet fauU fe-.d’autant que la région du Midy, qu ils appel- lentTorride, eft peuplée & habitée d’hommes realemcnt &defaiâ:i& nous raefmesyauons demeuré lôg tcmps:auftî eft-elle fort commode plaifaiite & agreable.Si donc il eft ainfi,comme on ne le peut nier, que d’vne propofttion vérita- ble , l’on ne peut tirer vne conclufton faulfc , & DES Indes Lit, II. 55 que ncantmoins cefte conclufion foit ^iifîc, co- rne elle reftjil nous eft bcfbin de retourner arriç re^par les mefmes pas, pour conridcrcr,& regar- der vn peu de plus près cefte propofitiô, & d où procédé l’erreur & la faute. Nous dirons donc, premieremét quelle eft la vérité , félon que l’ex- perience certaine nous le monftre, puisapres nousleprouuerons , (combien que foitchofe fort difticile ) & mettrons peine d’en donner la raifon, fuy uant les termes de Philofophie. Le dernier point que nous auons propofécy def- fus , que la fecherelfe eft plus grande lors que le Soleil eft plus prochain de la terre , femble cho- fe certaine & veritable,& ne Teft pas toutefois, au contraire eft totalement faulfe.Car il n’y a ia- inais plus grande abondance de pluyes en la 5 que Jors que le Soleil palîc par deflus5& en eft fort proche. C’eft certainement chofe admirable, & digne d’eftre remarquée, quel air eft plus ferain, & (ans pluyes , fous ce- Ib Zone Torride, lors que le Soleil en cftplus cflongné,& au côtraire, qu’il y aplus depluyes^ de neiges , & de brouillars au temps que le So- leil en eft plus proche. Ceux qui n ont point cfte en ce nouueau monde, parauanture tien- dront cecy pour chofe incroyable, & femblera cftrangc mefme à ceux, qui y ont efté , fils n’y ont prins garde : mais les vns & les antres f y ac- corderont volontiers, en remarquant Icxpe- nence certaine de ce qui a efté dit en ce cofté duPeru , qui regarde le Pôle du Sud ou Antar- otiquc , le Soleil en eft plus efloigné, lors & au mefrne temps qu’il eft plus prochain de l’Euro- Histoire NATVREtis pc , irçauoir,cnMay,Ium,Iuillct,& Aouft, qu’il fait fon cours au Tropique de Cancer , du- rant leCquels moys , au Peru y a vne grande fe- renité & tranquillité de Pair, & n’y tombent a- îors aucunes nciges,ny pluycs.Tous les flcuues &:riuicres y diminuent fort , & quclques-vns y tarilfent du tour, Mais comme l'annec f auan- ce,& quclc Soleil Rapproche du Tropique de Capricorne, alors commcncct les eaux, pluyes, neiges, & fe font les grandes creuës desriuie- res, qui eft depuis 0(Tobrc,iufqucs en Décem- bre, puis apres le Soleil fe retirant du Caprin corne, lors que fes rais donnchtdroittement fur les telles de ceux du Peru; c cil alors que la for- ce ôc fureur des eaucs eft grande , c’eft le temps des pluyes, neiges, & grands desbordemens des riuiercs , qui eft en la mcfijic faifon de 1 annee, qu’il y a plus grande chaleur, fçauoir depuis la- uier iulques àlaMy-Mars. Et eft chofelivraye & fl certaine, que perfonne ne le peut contredi- re. Et tout le contraire alors fe rencontre es re- oions du Pôle Arélique , outre l’Equinoxe, ce qui procédé d’vne mefme raifon. Mais voyons maintenant de la température de Panama, ôc de toute ccftecoftc, tant de la neuue Efpagnc, des Ifles de Barloucnt, de CubajEfpaignollc 6c Iamaique,que dcSainél lehan de port-riche, nous trouuerons fans faute, que depuis le com- mencement de Nouembre , iufques en Apuril, ils y ont Pair & le Ciel fprt clair & fort ferein, dont la raifon eft , pourautant que le Soleil paf- fant par l’Equinoxe , pour aller au T ropique de Capricorne , il feya çfloignapt deecs rcgions^^ CES Indes. Liv. II. plus qu en autre faifon de l’année : Et au con- traire, ils y ont de grofïcs pluyes, & de fore grands rauages d’eaux, quand le Soleil retour- ne vers elles , & qu’il en eft plus proche , qui cfi: depuis luin iufques en Septembre : pource que alors fes rayons donnent plus fort fur eux. On void aduenir le fcmblable en l’Inde Orientale, comme nous l’apprenons ionrnellement par . les lettres qui en viennent. Par ainfî' c’eft vnc réglé generalle ( bien qu’en aucuns lieux il y ait exception) qu’en la région du Midy, ou de la Zone T orride, qui eft vnc mcfme chofe, l’air y cftplusfercin, & y a plus defecherdfc alors, que le Soleil en eft plus efloigne : & au contrai- re, que quand il f en approche , il y a plus de pluyes ôc de l’humidité , & tout ainfî comme le Soleil fauancc ou fîsrctire peu ou plus, ainfila terre abonde ou manque d’eaux ou d’humi- dité. Qt£4ux régions qm font hors des Tropiques y il y a plue d‘ eaux, lors que le Soleil en e fl pl ' ' tout au contraire de ce qui eji ^ Zone Torride, Ch AP. Il II. i S régions qui font hors les Tropî- I ques. Ton void tout le contraire de ce qui eft dit ci dcfîîisrpourcé que la ' pluye fc mefle aucc le froid, & la fc- cherefle auec la chaleur , ce qui eft fort bié conu en toute rEurope&cn tout Icvieil Histoire natv relie mondé , comme on le void de racfmc façon en tout ce nouucau. Dont eft tcfmoing tout le Royaume de Cliillé , qui pour cftre dehors le Tropique de Capricorne, & en mefrac hau- teur que l’Efpagne , eft fubied aux mefmcs loix. de THyiier, ôc de l’Efté, excepte que l’Hyuer eft ■ là quand TEfté eft en Efpagne, d’autant qu’ils font en diuers Pôles. Par ainfi quand le froid eft en ces prouinees, les eaux y font en fort grà-. de abondance , qui eft quand le foleil fen efloi- gneleplus, depuis le commencement d’Auriî, iufques à la fin de Septembre. Finalement la difpoficion des faifons y eft telle qu’en Europe, fçauoir que la chaleur & fccherelfe y viennent^ quand le Sole il y retourne. De là vient que ce Royaume de Chillé approche plus de la tem- pérature de l’Europe , quîaucun autre des Iiir- des,tant aux fruids de la tcrre,qu’en la difpofî- tion du corps ôc de l’efprit des hommes. Ce qu'ils difent cftre de la mefme façon en cefte partie de terre, qui eft deuant l'Ethiopie inté- rieure , laquelle fe va eflargiffant en façon de pointe , iufques au Cap de bonne Efperancc. Ce qu’ils tiennent pour vraye caufe des inonda^ dons du Nil, qui font en Efté, defqueHes les an- ciens ont tantdifputé: d^autantqu’cn cefte ré- gion là fHyucr ôc les pluyes y commencent au mois d’ Auril, quand le Soleil pafTe défia le fi- gue d’ A ries. Et ces eaux qui en partie procè- dent des neiges , ÔC en partie des pluyes, f affem- blent ôc font de grands lacs ôc eftangs,defquels procédé par bonne ôc vraye Geograghic le fleuueduNil,Et par ce moyen va peu à peiicf- DSS îNdi^. Liv. II. largîflànt fon cours,iufqücs àçc qu’apres auoii* couru vn long chemin J il vient finablémcnt au temps de l’Efté inonder l’Egypte , qui femblc choie contre nature, Sc neantmoins eftehofe qui f y rapporte. Car au mefine temps qu’il eft Efté en Egypte fîtuce au Tropique de Cancer, î’Hyuer cft aux Iburces du Nil,qui eft en l’autre Tropique de Capricorne. Ilyaen l’Amérique vne autre & femblable inondation que celle du Nil,auParaguey, ouautremcntriuiercdela Plâtre ( qui vaut autant à dire comme riuiere d’argent ) lequel toutlcs ans receuant vne infi- nité d’eaux qui tombent des montagnes du Peru , vient à le desborder fi terriblement de fon cours,& va gagnant tellement cefte région, que les habitans font contraints , durant ces mois là, de fe retirer,& fe tenir en des Barques & Canoës , & de quitter l’habitation de la terre. ê^entrelesdeuxTrêprquesen Efté^ ou temps de chaleur ^eji la fatfon eù ily Aplus^ran-' de abondance depluyeSyauec vn dffceursdel’ffyuerO'de Ch AK V. O V R rcfolution l’Efté eft touf- iours fuiuy Sc accompagné de cha- leur &dc fechcreffe és deux région s ou Zones téperees, & l’Hyucr aufîi de froidure Sc d’i\umidiré : Mais en HiSTOI*.E NATVRELtE la Zone Torride les fufdites qualitcz ne fc trou- uent point enremblc de la merme façon, d’autac que les pluyes y fuiuent la chaleur, & le froid y eft accompagné de fechcrdlè & dVn air ferain. T’entends parle froid le defaut de chaleur cxcef- liue, d’où vient que l’Hyucr fe prend en noftrc Europe pour le froid,& le temps pluuieux & E- fté pour le temps de chaleur Ôc ferenité de l’air. Nos Eipagnols qui font au Peru & en la neuf- ue EipagnCjVoyans que ces deux qualitez ne £c trouuoient point cniemblc corne elles font en Efpaigne,appellentrhyuerlafaifon en laquel- le il y a beaucoup d’eaux & de pluyes, & l’Eftc, celle ou il y en a peu,ou point. En quoy ils fc trompent- cuidemment, quoy qu’ils vueillent dire par vnereiglecommune,querEfté eft aux montaignes du Peru, depuis le mois d’ A puril* iufques en Septembre,pourautat que les pluyes ceiïènt en ce temps là,& que l’hyuer eft depuis le mois de Septembre iufques au mois d’Auril, pource qu’alors elles y reuiennent, & parainfi il eft hyucr ôc l’Efté au Peru, lors& au mefmc téps,qu ’il l’eft en Efpagne^ De forte que quand le Soleil chemine audeiîusdeleur tefte, alors ilscroycnt que c’cftlefond de l’hyuer, pour- ce qu’il y a plus grande abondance de pluyes. Mais c eft chofe digne de rifée, comme venant de gens ignorans & fans lettres : car tout ainlî comme la diuerftté qui eft entre le iour ôc h niiid,procede de la prcfence ou abfencc du fo- lcil,en noftre hemifphcre,felon le mouuement i du premier mobile, qui eft lacaufeduiour ôc i de la nuidl, ainfi la différence que nous voyons | »ES Inoes. Liv. IL entre rhyucr& TEfté procédé de rapprôche- menr ou eflongneinent du Solcil/clonle mou- uement du mcfnie Soleil, qui en eft la propre caufe. Donquesi vray dire, il eft Elle lors que lé foleil eft plus proche,&hy lier quand il eft le plus ellongné. La chaleur, le froid, & toute au- tre température, font caufccs par neceflîté de rapprochement ou efloignement du Soleil: mais le plcuuoir &non pleiuioir,qui eft l'humi- dité & la fechereflc,ne s’en enfuiuent pas nccef- fairement. Ceft pourquoy il eft aifé de iiiger (outre cefte opinion vulgaire ) que au PerUi Lhyucr eft ferein, ôc fans pluyes.&quePEftéy cftpiuuicux, &non pas au contraire, comme pluficurspenrentquelhyuer foit chaud (ScTE- fte foit froid.Ils tombet en la mcfme erreur fur la différence qu’ils font, entre la pleine &lcs montagnes du Pcru,difans que quand il eft Efté en la montagne, l’Hy uer eft en la plaine,qui eft en Auril, May, luin, Iuillct,& Aouftrpourcc qu alors l’air eft fort clair &ferain en la mon- tagne, fans aucunes pluies ny bruines,& en ce temps là neantmoinS on void ordinairement en la plaine,dcs brouillars qu’ils appellent gua- riia, qui eft comme vnerofée fort douce,dc la- quelle eft couuerr le Soleil. Mais l’Hyuer Ôc l'Efté, comme il eft dit, font caufez de rappro- chement ôc efloignement du Soleil. Puis donc qu’il eft ainfi,qu‘en tout le Peru, tant en la m5- tâgne,comme en la plainc,lc Soleil s’en appro- che & efloigne en vn mefine, temps : iln ya donc point de raifon de dire, que quand il eft Efté en vue partie, l’Hy uer foie en vne autre. Histoire natvrelli Toütcsfois c’cft chofe de peu d’importance dé débattre fur la fignificatiô des mots, qu’ils rap- pellent comme ils voudront 5 & difent qu’il foit Efté quand il neplcutpoint, encore qu’il face d’auâtage de chaleur.Mais ce où bon doit auoir plus d’efgard,efl: à laveritédu fubieâ:,qui cft de* claré, à fçauoirquelafcchcreirej ou deffautdé pluyes,ne font pas toujours en plus grande a- bondarîce, quand le Soleil s approche le plus, ainh que l’o n voit en la Z onc T orride. Qî^ Ia Zone Tornle Abonde en eâue çZt ^AflurAges, contre l’opinion d’ ,^riJ}ote^qu A mvs en Auant le contrAire* Ghap. VL I Ar le difeours precedent l’ô peut îfacilement entédre, que la Z one IXorride n’eft feche, mais abôda- ite en eaux, ce qui eft tellement S vray qu’elle furpafle les autres re "gions du monde en abondance d’eaux fi ce n’cft en quelques endroits, ou il y a des fablôs ou terres defcrres,côme l’on trouue mefme es autres parties du monde. Quant eft pour les eaux du Ciel,l’on a défia môftrc qu il y a grande abondance de pluyes,neiges &grefles, qui fpecialemêr abôdent en la prouince du Pe^ ru.'mais pour les eaux de la terre, c5me font ri- iiiercs, fontaines, ruiircaux, puits, torrens& lacSjie n’en ay rien dit iufqucs icy,toutesfois- eftant DES Indês. LiV.il eftant chofe ordinaire , que les eaux d’embas fe rapportent à celles d’enhaut, bon doit enten- dre qu’il ne peut y enauoirfaure.Ec de vray il y a vue telle &1Î grande abondance de fourccs & de fontaineSjqu’il ne fe peut trouuer lieu, ré- gion ou contrée, dans tout le rcfte du monde, où il y ait tant de lacs,marefcagcs,& fi grandes riuieres. Car la plus grande partie de T Améri- que , eft prcfque inhabitable pour cefte trop grande abondance d eaux, d’autant que lesri- uicrcs, enflées de grandes pluycs de l’Eité, for- tent à tous coups de leur iiâ: ,• auec telle furie quelles rompent routcc qu’elles rencontrenr. éc ne peut on cheminer en plufieurs endroits,à[ caufè de la boüe & fange des marefcagcs & val- lons. A cefte occafion cêux qui demeurent ioi- • griant le Paraguey, duquel nousaùcnscy def- fus fait mention, preuoyanslacrue dufleuuc auantqu’elleaduienne, fe mettent en leurs Ca- noës auec leurs meubles & hardes, & prefque par lefpace de trois mois, ils guarantilfent leurs vies & moyens en nagean t. Puis apres le fleuué retournant en fan liét, ils reuiennent en leurs raaifons comme deuant, encor toutes moittes 8c dégoûtantes de l inondarion.Et eft ce fleuue de telle grandeur,que le Nil, le Gange, ôc f Eu- phrate, s’ils eftoient àmaftèz cnfemble , ne le pourroient pas elgaller à beaucoup près. Mais que dirons nous delagranderiureredcla Mag- dalaine,qüi s'cngolphe en la mer entre fainde Marthe & Carthagene,&’ eft appelléc auec bô- nc raifon,grâde riuiere? Nauigeanten ces par- ties là,ieftüis efmerueillé, comme foneauc, qui H HltOlkl NATVRELÎl eft rrcs-clairc, demeuroit & s’efcouloit dans la mer plus de dix lieues auanr,ayant en fa largeur deux lieues ôc d’auanrage, fans qu’elle fe mef- laft, ny peufi: eftre vaincue des vagues impe- tueufes de la mer Oceanc. Que s’il faut parler d’aüantage des fleuues, cé grand fleuue, appelle par les vns la riuierc des Amazones, par les au- treSiMaranou,& par les autres, riüicre d Ofcl- iana,laquellenosEfpagnolsnauigercnt lors de leurs defcoùuertes,doitefteindte la renommée de tous les autres. Et à la vérité ic fuis en doute fl ie le dois appellcr,ou riuierc, ou mer. il fluc depuis les montagnes du Peru, defquelles il re- çoit vne abondance infinie d’eaux, de pluyes,& de riuicres , qu'il va recueillant & attirant à • foy,puis paflànt les grandes campagnes & plai- nes de Pautiti , diiborado,& des Amazones, vient en fin s’emboucher dans l’Océan,preIque à trauers des Ifles de la Marguerite , & delà Trinité. 1 1 a fi couche fi large & fi fpacieufe, principallcmentau dernier tiers de lalongueur qu’il contient au milieu de foy plufieurs &T grandes Ifles : Et ce qui femble incroyable, quand on le nauige par le milieu, l’on ne voit que du Ciel ôc de l’eaue. On dit bien d’auanta- ge, que de ce milieu l’on ne peut pas voir, ny defcouurir à l’œil plufieurs grandes ôc hautes montagnes, qui font à fon riuage,à caufe de fa grande largeur. Nous allons apprins de bonne part la grandeur Ôc largeur efmerueillable de ce fleuue, ( qui doit bien ce me femble mériter le nom d’Empereur ôc Monarque des fleuues) qui fut par le rapport dVn frere de noftre corn- DES Indes. Liv. IL 58 pagnic,lequcl cftant icunc pour lors, le nauigea en la compagnie de Pierre d’Orfua, auec lequel il le trouua à toutes les aduantures de celle cllrangc entrée &dercouuerte,& aux feditions & pernicieux adles de ce mefehant Diego d’A- quirre,d oùDieuluy lit la grâce de forrir ôc en cllre deliuré, pour le mettre de noftre compa- gnie. T elles donc font les riuieres qui font en la region^qu’ils appellent Zone Torride , & k région feche ôc brullée, en laquelle Arillote 6c les anciens difent qull n’y a point d eaux ny de pallurages. Mais d’autant que i’ay fait mention '■dulleuue Marannon,afin de monftreiT’abon- dancc des eaux qui font en la Torridci il ne fera mal à propos de toucher quelque chofedcce grand lac, qu’ils appellent Tidcaca, qui eft au milieu dé la prouince de Collao. Il y a plus de dix fleuues, fort grands, qui fe perdent en en- trant dans ce lac,& neantmoins mapour fa vui- de,quVn feul courant d’eaue qui eft petit , bien qu’on dilè qu’il eft tres.profond, & de telle fa- çon,qu’il eft impolîible d’y baftir ou faire pour, pour la profondeur de foneaue, 6c qu’on ne le peut non plus palier par bateaux, pour la gran- de roideur & rapidité du coiirantj L’on le pafte par vn gentil & remarquable artifice , propre ôc particulier aux Indiens, qui eft auec vn pont de paille, pofé fur la mefmc eaue, lequel d’au- tant qu’il eft fait dVne matière fi legere ne s’en- fonce point, Sc neantmoins eft cepaftàge fort feur 6c fort aifé. Ce lac contient prefque qua- tre vingts lieues, trente cinq en fa longueur ÔC quin 2 elicuesaupluslarge.il y aplufieurs Ifles Histoire NAT V R EL LE qui anciennement eftoient habitées & culd- uées, mais auioutd’huy elles font dcfcrtes. Il produit vne grande abondance de ioncs,qufe les Indiens appellent Tocora,duquel ils fe fer-'' ucnt en mille vfages. Car il fert de mangeaille aux pourceaux, aux chcuaux, & aux hommes mefæes.Ils en font des maifons, du feu, & des barques. Bref les Vros rrouuent en ceftuy leur Torora,tourcedonrîls oindebcfoing', &font ces Vrds.vn peuple (i brutal & fi lourd, qu’eux rcefmes ne s’eftimentpas hommes. On raconte r d’eux, qu’eftans interrogez de quelle nation ils eftoient, ils refpondireîlt qu’ils n’eftoient pas îiommes,mais Vros,comme fî s’eftoir quelque genre d’animatix.ll s’eft trouué des villages en- tiers des Vros, habituez en ce lac feulement das leurs bafteaux de Totora, lefquels font liez cn- lemble , Sc arreftez à quelque roche, & bien foLUient changent ainft de lieu àautre, toutlc village enfemble. Par ainft qui voudroitau- iôurdhuy les chercher où ils eftoient hier,on i n’y trouucroit aucun refte ny apparence deux ny de leur village.Le cours & vuide de ce grâd • i lac, ayant couru eiTuiron cinquante lieues,fait i encor vn autre lac, moindre toutcsfois que le | premier qiTÜs appellent de Parya, & contient" aufti en foy quelques iftcttes, mais l’on ii’y voit aucune iftue. Quelques vus penfent qu’il court j deflbuz terre, & qu’il va donner en la mer du Sud, mettant en allant àcefte fin qu’il y a vn bras de fleuue que l’on voit naiftre ôc entrer en la mer fort proche du riuage, fans en cognoi- lire l’origine. Au contraire ie croy que les eaux »Es Indes. Liv. II. 5 ^ nJcGcIacfc rcfoluenc & diffipcnr dans le mef- tnclac, par l’ardeur & chaleur du Soleil. Ce difeours me femble fuflîfant, pour mordlrer qu’à tort les anciens ont tenu la région du mi- lieu inhabitable par faute d’eaux, d’autant qu’il y en a grande abondance , de du Ciel ^dc |a icrçe. Chapitre VII. la raljènpourquoy le Soleil hors des Tropiques entendre ^Uis grande qi4'antité{L'eau'és quand li eji plf0 ejloign,é^o^ pour qmy aiu, contraire ’ dedans à' iceux il en engendre il m efl plusi Khê. -, : ■ Enfant plufieui s fois à part moy d’ôà pouuoit procéder quel Equinoxe eii fi humide, comme i’ay did , pour ré- futer l’opinion des anciens , ie n’en frouue point d’autre caufe, que la grande force du Soleil en ces parties là, par laquelle il efleuc & attire à foy vne grande abondance de va- peur de toutrOccan, qui en ceft endroit eft fort grand &c fort eftendu, & ayant tiré à foy grande abondance de vapeurs, àulîî toft les rcfoult & conuertir en phiyes, 6c eft ap- prouué par plufieurs expériences certaines,que ces P uyes & torrens çcleftes prouiennent des plus grandes chaleurs du Soleil. Preinie- fement, comme nousauonsjadidcy deuanr Histoire natvrelle il pleut en ces pays là, au temps que le Soleil iette Tes yayonsdire<5temenr fur la terre, &quc encefaifant il a plus de force: mais quand le Soleil fen edoigne, la chaleur fe tempéré , & alors il n’y tombe point de pluye. D’où 1 on peut bien inférer que la force & ardeur du So- leil eft ce quicaufelespluyes en telles régions: Audi l’on obferue, tant auPeru, neuue Efpa- gne, qu’en foute la Torride, que les pluyes y Viennent ordinairement apres Midy , lorsque les rayons du Soleil font au poind: de leur plus grand’ force, Sc que c’eft chofe rare de voir pleuuoir au matin. C’eft pourquoy les voya- geurs y preuoyent , ôc commencent leur iour- iiee de grand matin , afin de l’acheuer , & fe rc- pofer à Midy , pourcei qu’ils tiennent qu ordi- nairement il y pleut apres midy. Ceux qui ont hanté ôc cheminé par ce pays là , en peuuent parler fuffifamment : car mefmes il y en a au- cuns,qui y ayans faiét quelque refidcnce, difent que la plus grande abondance des pluyes, eft ; quad la Lune eft en fon plein : encore que pour dire la vérité , ie n’en ay peu faire preuue fuffi- fànte, bien que i’y aye prins garde quelqucsfois. D’auanrage lesiours,l an & les mois donnent à entendre la vérité de ce que delfus , fçauok* qu’en la Torride l’exccfllue chaleur du Soleil caufe. les pluyes. L’experience nous enfeigne Icmefme aux chofes artificielles, comme au}t alambics , anfquels on diftille les eaues des her- bes ou des fleurs : car la vehemcnce du feu en- ferre & contraint , poufle & efleue en haut , Viîc abondance de vapeurs , lefquelles cftans j Des Indes^ Liv. II. prcflecs, & ncirouuansifîue, font conucrtics en liqueur & en eaux. Uoi^ void tout le mefmc en lot & en l’argent que l’on tire & afHne par le vif argent, d’autant que {î,lefeucftlent& pc- tit,ron ne tire quafi rien du vif argent , raais fil cftafpre & Violent, il euapore beaucoup le vif argent , lequel le rencontrant en haut contre le chapitcau(qu’ils appellent) le tournent inconti- nent en liqueur, ôc commence à dégoûter en bas. Ainfi la grand’ ardeur du Soleil produit ces deux effets, quand elle trouue matière difpofcc, qui cft de leucr les vapeurs en haut , & l’auttc de les refoudre incontinent, ôc les tourner en li- queur , lors qu’il y a quelque’ pbftacle , pour }es confumer ôc refoudre. Et bien qu’il fcmbic que ce foient chofes contraircs,qu Vn mefme Soleil dans la Zone Torride, eftanc proche caufeles pluyes, ^ que hors la Torride cftantcfloigné, il caufç vn rnefme effedt : h eft-ce que tout bien confédéré, il ne l'efl: pas réellement &de faidt. Mil effeds es chofes naturelles procèdent de r:hofe^ contraires par vn moyen diuers. Nous mettons fecher le linge au feu ôc à l’air, def- quelsneantmoinsl’vn efehauffe, ôç l’autre re- froidit. Les paftes font fechees & endurcies par le Soleil &par la gel ce. L’exercice modé- ré prouoque le dormir, fil eft trop violent, il l’cmpefche: h l’on ne met du bois au feu , fina- lement il fefteint, fi l’on y en mec beaucoup & trop, il s’efteint aufîî : car la feule proportion l’entretient & le fait durer. Pourbicn voir vnc çhofe , elle ne doit edre ny trop proche des yeux, ny trop loin , mais en diftance raifonna- ■ H iiij Histoire natvrelle bîc & proportionnée : eftant trop efloigné dV- nechofe l’on en perd la veuë, & trop proche auflî, ne la peut voir. Si les rayons du Soleil font foibles , ils n'attirent pas les pmincs des riuieresi fils font violens , auffi toft qif il a attiré les vapeurs, il les refoult ôc conforome , mais la chaleur modeiee les attire & conferue.Pour ce- lle raifon les vapeurs ne felîeuent point com- munément de nuid , ny à midy, mais au matin, quand le Soleil commence entrer en fafor-? ce. Sur ce fubied il y a mil exemples de chôlej naturelles, que l’on void procéder fouuent de chofes contraires, qui doit faire que nous ne nous deuons pas efmerueiller , h le Soleil pour eftre fort proche , engendre les pluyes ôc qu il en fait tout autant eftant fort efloigné , mais qu’eftant fon approchement modéré ôc pro- . portionné, il n’en produit ny caufe aucune- £ ment. Ce pendant il refte encor vn poind que | l’on peut demander; pour quelle raifon en la Zone Torride rapprochement du foleil caufe les pluyes , ôc hors d’icelle font caufees par fon efloignement. A ce que ie puis iuger , la raifon j eft, que hors des Tropiques en Hyuer ,1e foleil n’a point tant de force , qu il foiî fuflîfant pour i confumer les vapeurs qui fefleuent de la terre ôc de la mer. Car ces vapeurs famalfcnt en gra- de abondance en la région froide de l’air, où elles font congelees ôc efpaiflies par la grande froideur, puis apres eftans prelTees, fe refoluent ^ conuertilfent en eau. C’eftpourquoy en ce temps d’Hy lier , que le foleil eft plus efloigné, que les iours fontcourts,& les nuiéls plus Ton- ^es Tndis Liy, il gucs, la chaleur du foleil a peu de force, mais quand le foleil Rapproche de ceux qui font hors des Tropiques, qui eft au temps dTfté, la force du foleil eft défia telle, qu’elle efleue les vapeurs, & tout cnfembleles confomme, les dilfipe &■ refoult : caria chaleur & la longueur des iours font caufèes par l’approchement du Soleil. Mais au dedans des Tropiques, en la région Torride, refioignement du foleil atout autant d’effedtque le plus grand approchement :1qui (bit aux régions defdits Tropiques. Au l^noyen dequoy, il ne pleut pas en la Torride, fàlors que le foleil eft cfloigné, non plus que hors les Tropiques,quand le foleil eft plus pro- che , d’autant qu’en ceft approchement & ef- îoignement , lé foleil demeure roufiours en ■yne mefme diftance , d’où procédé vn mefme cfFed de fereniré. Mais quand le foleil eft au période de fa force en la Zone T orride , & qifil iettefcsrayonsdiredementfurla tefte dés ha- bitans, il n’y a ny ferenité ny fecherefte, com- me il femble qu’il deuroit y auoir. Mais pluftoft de grandes Ôc eftranges pluyes, d’autant que par la force excefiîue de fa chaleur , il attire & efle- ue prefque en vn inftant vne grande abondan- cedevapeursde la terre, ÔC merOccanc, lef- quelles font fi eljaaüîès & en fi grande abondan- ce, que le vent ne les pouuant difliper ny re- foudre facilement, elles viennent à fe fondre en eau, qui caufeles pluyes fi froides & en fi pande abondance, car la grande vehemence dç la chaleur peut attirer en peu de temps beaü- epup de vapeurs, lefquelles elle nepeut fi toft HiSTOIRS NATVRELIE confumcr & refoudre , & cftans attirées & aC- femblees , par leur grande abondance fc fon- dent & tournent en eau. Ce que l’on cognoi- ftra fort bien par ceft exemple domeftique & familier. Quand l’on met roftir vn morceau de porCjde mouton, ou de veau, fi le feu eft violent, & la viande enfoit fort proche, nous voyons que la graifle fe fond toft & dégoûte en bas, qui vient dcjce que la grande chrileur attire de elleue ceft humeur & grailfe de la chair,& pour eftre en grande abondance ne la peut refoudre, ôc ainfi diftille & tombe d’auantagc.Mais quad le feu eft modéré , & ce que l’on roftit eft en di- ftance proportionnee,nous voyons que la chair fe roftit proprement , fans que la grailîe diftille trop à coup, pource que la chaleur rapderce attire rhumiditc, quelle confommede refout en vn inftant.C’cft pourquoy les cuiftniers font le feu modéré , de n’en approchent la viande ny trop près ny trop loin,dc peur qu elle ne fe fon- de. On le peut voir par vne autre expérience aux chandelles de fuif de de cire , car fi la mef* cheeneftgroiîe, elle fait fondre de découler le fuif de la cire : pource que la chaleur ne peut conlbmmer cequi fefleue d’humeur : mais fila flame eft proportionnée , la cire ne fe fond ny decoulle, pource que la flame va confommant peu à peu ce qui fefleue. Ce qui me femblela vraye raifon pourquoy en l’Equinoxe , de en la Torride, la grand’ force de la chaleur caufe les pluyes , Icfquelles en d’autres régions font cau- fees par la foiblefle Ôc peu de chaleur. D ES Indes. Liv. II- Ci Cmment V on dm entendre ce qm d ej}é diB cj dejfm deUZoneTornde. . Ch A P. VI U. ’I L cft ainfi qu CS chofes naturelles '^phylîques l’on ne doit rechercher [de reigle infaillible & mathémati- que, mais ce qui eft ordinaire, & ce qu’on void par expérience, qui eft la pluspar- faidle reigle , il faut croire , que ce que nous a- uons dit, qu’il y a plus d’humidité en la T orride qu’aux autres regions,& qu’en icelle il ne pleut point lors que le Soleil en eft plus proche, fe doit prendre & entendre de mefmc : & de vray c eft bien ce qui eft le plus cpmun & le plus or- dinaire. Mais ce n’eft pas pour erapefeher les exceptiôsquc nature a voulu mettre à cefte ré- glé, rendant quelques régions de la T orride ex^ tremement feches. Ce qu’on raconte de 1 E- thiopie, & nous l’auons veu en vue grande par- tie du Peru, oi^ toute la terre ou cofte, qu'ils appellent Plaines, manquent de pluyes, voire d’eaux de la terre, excepté quelques vallees où il y a des eaues de riuiercs qui defeendent des montagnes , le furplus font fablons & terres fterileSiOÙ à grand’ peine l’on trouue des fontai- nes, mais bien quelques puits très-profonds. Mais nous dirons ( Dieu aidant) enfonlieu, quelle eft lacaufe pourquoy il ne pleut point en ces plaines ( chofe que plufieurs demandent) car à prefent ie prétends de mqnftrer feule- ment qu’il y a plufieurs exceptions aux réglés Histoire matvrelle naturelles, d’ou vient qu’il peut aduenir en quelque partie de la Torride, qu’il ne pleut pas lors que le Soleil eft plus proche, mais quand il cftplus efloignc. Bien que iufques auiourd’huy ie neTayc veu ny entendu , toutesfois fil y en a, pn le doit attribuer à la qualité particulière de • la terre; mais auffi quelquesfois fil aduientlc contraire , l’on doit auoir cfgard qu’en ces cho- fes naturelles il arriue plufieurs contrarierez & empefehemens , par lefquels elles fe changent & delFont les vnes les autres. Pour exemple , il peut eftre que le foleil caufera les pluyes, 6c que le vent les empefehera , ou bien les rendra plus abondantes qu’elles n’ont accouftumé d’eftre. Les vents ontleurs proprictez & diuerscora- mcncemens, par lefquels ils opèrent de diffe- rens efFeds , qui font le plus fouuenc contraires à ce que Tordre & la faifon requièrent. Puis donc qu en chacun endroit Ton voidarriuerdc grandes varierez en Tannée qui prouiennent de la diuerfité des mouuemens 6c alpeds despla- nettcSjCe n’eft point chofe mal a propos,de dire qu’en la Zone Torride Toh peut voir& remar- quer quelques chofes contraires à ce que nous auons expérimenté. Mais pour refolution, ce quenousauons conclu eft viie vérité bien cerr raine &experimentee, à fçauoir la grande fe- cherefte que les anciens ont penfé eftre en la ré- gion du milieu, que nous appelions Torride,n’y çftre point du tout , Ôc qu’au contraire il y a beaucoup d’humidité, &que les pluyes y font alors que leSoleil en eft plus proche. D ES Indes. Liv. IL 4: U T%rrde nefi point excefiaementchaudej mais plnjioji modérée. Chapitre IX, JV fques icy nous au5s traidc de l’Ku^» de la Zone T orridejmaintenâe fera bon de parler de deux autres •qualircz,qui font le chaud & le froid. Nous auons demonftré fur le commencemenc de ce difcours,Gomme les anciens ont tenu, que la Zone Torride eftoit chaude, & feche cxcciïî- uemcnt,ce qui n’efi: pas ainfi toutesfois; car elle cft chaude &: humide,&en la plus grand’ partie, fa chaleur n’eft pas cxceffiue,mais pluftoft rem- pcréc;Cc que l’on tiendroitpour incroyable, iî nous ne Tauions aflez expérimente. Quand ic paiîày auxlndes(iedkay ce quim’arriua) ayanc leu ce que lès Poëtes& Philofophes difent de la Zone Torride, iemepcrfnadois, quarriuantà 1 Equinoxe, ie ne pourrois y fupporter cefte ex- ccffiue chaleur. Mais il m’aduint tout au con- traire,car au temps que i’y paifay , qui fut alors que le Soleil y el1:oitpourZenith,eftant entre aufigned’Arics,àfçauoirau mois de Mars, i’y fenty fi grand froid que i eftois contraint me mettre au Soleil pour m efehauffer : que pou-- Dois ie moins fairealors, que de me rire ôc me mocquer des météores d’Ariftotc , & de ià Philofophie, voyantquaulieu, &cnlafaifon, que tout y debuoit eftrc embrafé de chaleur fuiuant fes règles, moy de tous mes copagnons ^ H IS T O I RE N AT VRI L LE auions froid?il n’y a à laverité région au monde plus douce ny tempérée, que fous l’Eqüinoxc, combien qu elle ne foit pas en tous endroits d efgale ou femblablé temperaturç,& qu’il y ait beaucoup de diuerlîtez. La Zone Torride en quelques endroits cft fort temperéc, comme en Quitto,& aux plaines du Peru,en quelques en- droits fort froide,comme en Potozi,& aux au- tres fort cbaude,commeenFEthiopie, Brefil,& aux Mollucques.Cefte diueriltédôc nouseftât certaine, & route cogncüe,nous deuons par for- ce rechercher vue autre caufe du froid & du chaud,que les raions du Soleil y font iiaiftrc,vcu qu’en vne mcfme faifon de l’annee , & en lieux qui font dVne mefme hauteur&diftâce du Polc^ & de l’Equinoxe, on y retrouue vne E grande di- ncr Eté,qu e les vns font embrafez de chaleur,les fUt.rnT'm autres de froidure, & les autres fe trouuent te- C'wïCriw. perez d Vne chaleur modérée. Platon met fa tat renomée Ifle A tlâticque foubs la ZoncT orride, puis did,qu’en certain téps de l’année clleauoit le Soleil pour Zenith, & ncantmoins qu’elle e- ftoit fort tempcrée,fort abondâte,& fort riche. TUt\.Uh.6. ditqueTaprobane, ( qu’ils appellent au- iourd huy Samatre)eft foubs l’Equinoxe, corn* me en effed elle y eft,efcriuant, qu’elle n’eft pas feulement riche,& heureufc,mais auffi peuplée d’hommes & d’animaux. D’où l'on peut facile- ment cognoiftre, qu’cncor que les anciens ayét tenu la chaleur de la Torride infupportablc, neantmoins ils pouuoient bien entédre qu elle ne l’cftoir pas tant comme ils difoient. Le très- excellent A Urologue ôc Cofmographc Ptplo- ©ES Indes. Liv. II. ^4 Sncc, & Tinfignc Philofophc&mcdecin Aui- ccnnc en ciirét meilleure refolution eftans tous deux d opinion,que fous l’Equinoxe y auoit de fort commodes habitations, lit chdmr deUTorride efl temperée,fùHrlUhon-^ dance des ^luyes^ O* four U hriefueté des ïmrsi Ch AP. X. Epuis que le nouueau monde a cfté j Fon a cogneu & fans m doubte,cc que les derniers autheurs ont tenu véritable. Maiscefl: chofe naturelle^quc quand quelque chofe qui eft hors de noftrc opinion , nous vient à eftrc cogneüc parFcxpericncCi nous voulons incontinenten rechercher la caufe. C*eft pourquoy nous déli- rons fçauoir pour quelle caufe la region^de la- quelle le Soleil eft plus proche, n’eft pas feule- ment tcmpercc,mais eft froide en pluficurs en- droits.Confideranteefte matière generalemct, ictrouuedeuxcauiesgcncralles , pour rendre cefte région tempérée , Fvne eft celle cy deuant déclarée, d’autant que cefte région eft fort hii- mide.&fubiecteauxpluyes, & n’y apointdc doute, que la pluye ne refraichilfe , pource que Fefleuement de Feaiic eft de fon naturel froid, & encor que Feaue , par la force du feu fcf- chaufFe, cencantmoins ne laiftè pas de tempé- rer l’ardeur, cauféc des rayons du Soleil pure- ment. Ce qu’on voit par expérience en h Arabie intérieure , laquelle eft embrafée du Soleil, HiStOiRE NATVRELLS pour n’y auoir aucunes pluyes qui tempèrent la furie. Les nuages & bruines empefehent que les rayons du Soleil n’oifen cent tant, & fes pluyes qui procèdent d'icelles mefmes, rafrai- chiilcnt l’air & la terre , & l’humedent auffi, quelque chaude qu' elle puilfe eftre. L’on boit l’eaüe de la pluye, &elieeftanchelafoif,com- mc les noftres l’ont bien efprouué, ayans faute d’eaüe pour boire. De forte que la raifon & rexpcricnce nous enfeigne,quelapluyede foy appaife la chaleur, &par ce moyen ayant ia mô- ftre comme la Zone Torride eftfort pluuieu- le,il appert aufll qu’il y a en icelle, choie qui peut rend re fa chaleur temperée. A cecy i’en di- ray encor vne autre raifon qui m cri te bié qu’o n entende , non feulement pour celle matière, mais audi pour plufieurs autres, car pour le dire en peu de parollesjle Soleil qiioy qu il foit fort chaud &bruflant en lEqainoxe,ceneantmoins c’eft pour peu de temps, de forte que la chaleur duiour y eftant plus briefue & de moindre du- ree, ne fait pas tant d’embrafement. Ce qu’il conuient déclarer ^ entendre plus particuliè- rement. Ceux qui font verfez à la cognoilTance de la Sphère, enfeignent fort bien, que d’autant plus que le Zodiaque eli oblique & trauerlant fur nollre hcmifphere, d autant plus les iours & les nuids font inégaux; & au contraire où la Sphere eft droitte, ôc les fignes montent droi- îement.les iours & les nuidsyfont égaux. C’clïpourquoy en toute la région qui eft entre les deux tropiques, il y a moins d’inegalite aux jours 6c aux nuits, que hors d’ieeux,& plus 1 on approcl^ tiES Indes. Liÿ, ït tpprochc de la ligne, moins y trotnie on d’inc- galirc, ce que nous aiions expenmenté en ces parties. Ceux de Qmrtovpour ce qu’ils font au deiîotibsdclaligne, n’ont point en toute 1 an- née les iours ny les nui6ts pl^ courts en vue fai- {bn qu’en l’autre, mais y font eontiuuellement efgaux. Ceux de Lyma, pour ce qu*ils font di- llâs de la ligne prefque de douze degrez, apper- çoiuertt quelque différence entre les iours &lcs nui6ts, mais c'eft fort peUjd’autant qu’en Decc- brc&cn lanuier les iourS y croiflent d vn heure, ou peu moins. Ceux de Potoziy recognoiflent beaucoup plus de différence, tant l’Hyuer que I’Eftc,pour ce qu’ils font prefque foubs le T ro^ pique.Mais ceux qui font du tout hors des T to- piques remarquent d’autant plus la briefueté des iours de THyucr, 6c la longueur de ceux de l’Eftc, qu’iîsfont elloignez de la ligne & fonc proches duPolciCOmme l’on void qu’en Alle- magne & en Angleterre les iours font plus legs ch £ftc qu’en Italie & Efpagne. C’eft chofe c^ui (c ÿoid, que la Sphère cnfcigiie, & l’expericncc Icmonftrcclairêment.llfautadiouftcr vne au- trc prûpo{îtion,quieftauiïi vraye,&bien conf* lîdcrable, pour tons les effeeffs de lanature,fça-, uoir la pcrfcuerance & continuation de fa caufe efficiente à Opérer &agir. Cela fuppofe,fi l’on me demande , pourquoy en 1 Équinoxe, il n’y a point de fi violantes chaleurs eii Efté , qu’il y a en quelques autres régions, (comme en Ande- îuzie es mois de luillct & Aouft) ie refpondray pourcc que les iours d’Efté font plus longs en Andcluzic,5c les nuids y font plus courtes, ï Histoire natvrelie iour comme chaud qu’il cft enflame & caufe la chaleur,la nuid auiïi comme froide & humide donne du rafraichiflèment . Suyuant quoy au Peru il n’y a point tant de chaleur, pour ce que les iours d’Efte n*y font pas fi lôgs, ny les nuids fi courtes, qui caufe que la chaleur du iour eft beaucoup tempérée par la fraifeheur de la nuid Mais làoù les iours font de quinze ou feize heu- res, par raifon il doit y auoir plus de chaleur, que là où ils ne font que de douze ou de treize, & où il en demeure autantde la nuid pourra- fraichiflcraent.Et bien que la ZoncT orride foit plus proche du Solei!,que toutes les autres ré- gions, fi eft-ce t outesfois,quc la chaleur du So- leil n’y demeure pas fi long tempsrcar c’eft cho- fc naturelle qu’vn feu encor qu’il foit petit, fil perfeuerc efehauife d’auantage quVn plus gràd qui durera peu,principalement fil y.furuient du rafraîchifiemenr. voudra mettre donc ces deux proprietczdela Torride en vue balance, fçauoir.qu’elleefi: plus pluuicufe au temps de là plus grande chaleur,& que les iours^y font plus courts i on pourra bien parauanture trojuucc quelles feront efgallés à ces deux autres eôtrai- res, qui font que le Soleil y eflplus proche ÔC plus droit qu es autres régions, à tout le moins qne l’pn n’y rccagnoiftra pas beaucoup d’auan- DIS Indes. Liv* II. 4ét Qi[ily A d'* autres rAÎfèns outre les âefdmttes cy dejfm, qui montrent que U T ornde ejl temperée,^rin et paie- ment en U cojle de U mer Oceme, Ch A P. XI. i Stant chofè refoluc que les^deux Iproprietez fufdides font commu- incs & vniutrlèlles à toute Ja région ' r orriide,& qu’en icelle neâtmoins il fc trouue aucus lieux fort chauds, êc les autres où il y a fort grand froîdcBr éf la té- peraturen’y èft efgâlle en tous lieux,raàisen vn mefmc cliftiar,vne partie efl:chaiide,faütre froi de,&rautré téinperee tpiit envn raefmé temps: nousfommes eôtraints de trecherchei* d autres railônSjd’DÙ procédé celle grande,diucrlîté qui fe trouue ainlî en là Torride. Dilèouf ant donc- ques fur èefte queftièn, féii trouue trois caulès apparentes & eertaines,& vue quatriefme plus oblcüre& cachee.Les caufes apparentes & cer- taines font- , la première rOccan , la fécondé lalfiête & fituation de la terre, & la troiliefme le naturel & propriété de plulîèurs & diuers - vents. Outre ces trois que le tiens pourmani-i- feftes, ie croy qu’il y en a vne autre quatriefnàè*, cachée & moins apparente, qui eft la propriété de la mefmc terre habitée, Ôc la particulière in- fluence, de fon Ciel. Qm voudra conlideret dé pte'z Ics' caüfés & faifons generales,' cyd-blfui defduités > on troüuera' qu’elles ne font Iti flj» I ii HlSfÔIRE KATVRILLÈ fantcs pour la rcfolution totale de ccftc ma- tière, vcu ce qui arriuc iournellemcnt cii di- uers lieux de 1 Equinoxc.Maiiomotapa,&'grari- de partie du Royaume de Prefte lan, fontlî- tuées delTous la ligne, ou fort prochcs,efquel- les régions ils endurent de terribles chaleurs, & y nailîcnc les hommes tous noirs j Ce qui n’eft pas feulement en ces parties de terre fer- me,efl 0 ignécs dé la mer, mais aufli en eft il de mefme éslflcsenuironnéesdelamcr. L*Ifle de faind Thomas eft foubs la ligne, les Ilîes de Cap de vert en font prochaines, & en l’vnc & en l’autre y régnent defurieufes chaleurs, & y font mefipes tous les hommes noirs. Soubs k .mefme lignc,qubicn proche d’iceUc , gift vnc partie du Peru , ôc du nouucau Royaume de Grenade, qui ncantmoins /ont terres fort tem»- peréeSjdcclinantes pluftoft à froidure, que non pas à chaleur, & les hommes qui habitent en icelle, font blancs. La terre du Brefticftenk mefoie;diftancc de la ligne que le PerUi&neâtr ipoins le .Brefil & route cefte cofteeft extrê- mement ehaude , encore qu’elle foken la mer duNortyèc l’aiurecofte du Peru qui eft en la mer duSud,eftforaempcrée. le dis donc que qui voudra confiderer ces /différences; & don- ner la r^aifon d’icelles , ne fe pourra contenter des gcnerallesjcy deffus traitrees, pour décla- rer côme la Torride. peut eftrc vnc terre tto- pcréc. E litre les caufes ôc rajfons lp.eçialesi*ay mis pour la première la mer , pour ce que-fonil doute; fonvoifinageayde à tempérer, & refroi- dir la chaleur. Car combien que foneaue foie Des Indes. Liv. IL €7 lâilec, clic eft toufiours eau tôutesfpis, ^rl’Càu de fa nature eft frpidç , &iî encore eft remar- quable que poupla profond! te de l’Occan, l’eau îicn pcutcftrecrçhaufFecj)arlâ chaleur du So- leil , comme les eaux des riuieres. Finablement toutaitift congelé Tel nitre(quoy qu’il foi t du naturel du fcl) a la propriété de refroidir l’caue: ainfî voyons nous par expérience en quelques ports & hautes qucTeau delà mery raftaifehir, ce que nous auons veu en céluydeCallao, où 1 on raettoirrafraifchirl caue ou vin pour boi- re dedans djes cruches ou flafeons mifes en la mer. D-où l’on peut (ans doute recognoiftre que l'Ocean a cefte propriété de remperer &: rafraifehir l’cxcelîîuc chaleur, Povir cefte occa- fion l’on relient d’auantage la chaleur en la ter- re, qu’en la mer, c^^teris fmhns, &communé- menties terres fttuees fur la marine J fontplus ' fraifehes que celles qui en font efloignecs c£tc^ rifparéw , comme i’ay di(ft. Ainfi la plus grande partie du nouueau monde eftant fort proche de la mer Oceane, nous pouuons dire auec raifon, encor qu’il {bit fpubs la Torride, qu’il reçoit de la mer vn grand bénéfice, pour tempérer fa chaleur, les pim hautes terres fint les pim froides^ ÇT’ ' quelle en ejl la raifon. Chapitre xir. I A is fi nous voulôs encor rechercher .particulièrement , nous trouuerons Iqu en toute cefte terre il n’y a pas v- 'ne chaleur totalement elgalle, quoy I lij Histoire natvrelie quelle foie én pareille diftance de la mer , & en mefme degré, veu qu en quelques parties d’icel- le il y a beaucoup de chaleur, & en d’autres y en a fort peu. Il n’y a point de doute que la caufe de cecy ne foit pourautant que rvnc eft plus balTe , & que Taurre eft plus haute ôc plus efle- uce , d’où vient que IVne eft chaude & l’autre froide. Ceftehofe certaine que lerommet des montagnes eft plus froid que le profond des vallées , ce qui ne procédé point feulement de ce que les rayons du Soleil ont plus de reper- culïion au.Y lieux bas êc profonds , encor qu’il en foit vnc grande raifon , mais il y en a v ne au- tre, qui eft que la région de l’air eft plus froide, d’autant plus qu’elle eft haute & elloignce de la terre. Les plaines de Collao au Peru , ôc de Popajan en la neuue Efpagnc , font preuuc fuf- ffante de cecy. Car fans doute , toutes ces par- ties font terres hautes, ôc pour cefte raifon àuflî font-elles froides,combien qu elles foyent tou- tes enuironnecs de hauts pics de montagnes fort expofees aux rayons du foleil. Mais ft nous demandons pourquoy au Peru& en la ncuftic EfpaignCjles plaines de la cofte font terres chau des , ôc les plaines de la mefme terre du Peru ôc de la neufue Efpagne font au contraire terres froides: A la veritç ienevoy point qu’il fen puifte donner autre raifon , linon que les vues font en terre balfe, Sc les autres en terre hau- te. L’expcriencc nous enfeigne que la moyen- ' ne région de l’air eft plus froide que l’inferieu- re : ôc pource tant plus les montagnes f appro- chent d’icelle région moyenne, tant plus clics ©ES Indes. Liv. IL é8 font froides, couucrtes de neiges &: de gciccs. La raiion mefrae f y accorde , pourcc que fil y a vnc fphere ou région du feu, comme Ariftote ôc les autres Philofophcs difent, la région moyen- ne de l’air doit cftre plus froide par antiperifta- 2 C , la froidure eftant repouiree,& fc rdferranc en icelle, comme en temps d’Efté nous voyons aux puits qui ont de la profondité. Pour celle occafion , les Philofophes afferment que les deux extrêmes régions de l’air, celle d’enhaut, & celle d’embas font les plus chaudes , &c la moyenne plus froide. Que fil eft ainli , comme de fait l’expcrience le ni online, nous en tirerons encor vn argument (Scraifon remarquable,pour monftrer quelaXorride eft temperee. Sçauoir que la plus grande partie des Indes eft vue ter- re haute, remplie de beaucoup de montagnes, qui par leur voifinage rafraiclri lient les terres prochaines. L’on void continuellement es fom- metsjdes montagnes dont ie parle', de la neige, delagrellc, & des eaues toutes glacées, & le froid qu’il y fait eft lî afpre, quel herbe en eft toute greftllonnee , tellement que les hommes & chenaux cheminans par là, y font tous en- gourdis de froid, Cecy, comme i’ay délia di6b,eft ^ en la Zone Torride, & aduicntleplus fouuenc quand ils ont le Soleil pour Zenith. Ainli eft- ce chofe notoire & conforme à la raifon , que les montagnes font plus froides que ne font les vallees&les plaines, d’autant qu’elles partici-^ peut de la région moyenne de l’air , qui eft tres- froide. Orlacaufepourquoylarcgion moyen- ne de l’air eft plus froide, a efté mefme dide çy 1 iiij HiSTOIHÏ NATVREttl <3euant, qui cftquela région de Tair prochaine de l’exhalation ignee , laquelle ( félon Ariftote) cft fur la Iphcrc de lair , repoulîc & reiette ar- rière toute la froidure , laquelle fe retire & rc- ferre en la moyenne région de Tair parantipc-^ riftafcjComme parlent les PhiJofophes.En apres h quclqu’vn me demande ôc veut interroger de Ariîf, Ma. cefte façon , fil cft ainiî que lair foit chaud & humide , comme tient Ariftote, & comme l’on dit.commiinément,d’où procédé ce froid qui fé retire en la tnoycnne région de l’air , puis qu’il ne peut venir de la fphere du feu î Car fil pro- cède de l’eau ou de la terre , par cefte raifon la baîfe région de l’air deuroit eftre plus froido que celle du milieu. Certes à rcfpondrc au vrayeequei en penfe, ie confefteray que ceft argument & obiedf ion m’eft tant difficile, que le fuis prefquc dîipofc 4c fuyure l’opinion de ceux qui reprouuent les qualitcz, fy mbolcs & diftymboles que met Ariftote aux clcracncs, difantquccefont imaginations, lefqucls pour cefte occafion tiennent que l’air defon naturel cft froid , de à.cefte fin ils fe feruent de plufieurs argumens & raifbns , du nombre defquelsnoiis en propoferons vn aifez vulgaire & cogneu, laiiîans les autres à part ,fçauoir qu’es iours ca- niculaires nous auons accouftumé nous don- ner de l’air auecvnefuentail, &ttouuons qu’il noiisrafraifchirs de forte que ces Autheurs af- qu<= la chaleur n'eft vnc propriété par- xï:dihaire, quieft vn vent frais:dt^gïâtieü^,yefoüftle alors. • ' ctUxi/jïii h^it enf fiuhs l' Equinoxe , vment d'ime :'o. ’'-nfUfmdk*cè'(^d'dme^ ' tl*?: r* .1. ' vt), ' - ; ' ' . . - I«eu:^quiOnt-du‘^i^fiiOn/^ ; radis terreft re jeftoi t èn l^gt i înn vf» •^^^fùlfeutconduitspaf^ difeours, ert- cor ne fémblero|ë tils point eftre du tour hors düchëmin.Non âuëie vueille refou- dcc qucle Paradis d€licieùk;$ du Créateur mefmc, 6c qu’il pafieraplusoutri , k Pfaî. lOjJ I3y.9!.9»‘ I8.8. Ioh.iî.^9. 3^.40.41, Histoire N ATVRÉitÉ Ôi parnicndra à comprendre les caufes natnrcî- les de ces œuures , il fera occupé en vn vray ex- ercice de Philofophie. Mais qui efleuera plus haut fa confideration,regardât au grand & pre- mier Architeâe de toutes ces merueillcs, co- gnoiftra lafapicncc &grandeur infinie d iccluy, pourrôs dire qu’il traidera vne cxcellétc Théo- logie, & par ainû la narration des chofes natu- relles,peut beaucoup teruir pour plufieurs bon- nes confiderations, combien que lafoiblelTe ôc débilité de plufieurs appétits ait accouftume j ordinairement defarreiier au moins profîrablej - qui eft le defir defçauoir chofes nouuclles, ap- pelle curiofiré.Lc difeours ô<:hiftoire des chofes naturelles des îndes^outre le commun conten- tement qu’il donne,il en a encore vn autre , qui eft de rrairter de chofes efloignccs, la plus part defquclles ont efté incogneues aux plus excel- lensautheurs de telle profeflion quiayentefte entre les anciés. s’iffailloit eferire ces cho fes naturelles des Indes, aufiî amplement com- me elles le requièrent bien, eftans chofes fi rc- marquablesjie ne doute pasqu on n’é peuft fai- re des œuurcs,qui ne feroient pas moindres que celles de Pline,Theophrafte & A riftote. M ais ic ne me réputé point afièz fiiffifant,& (encor que ie le fufic ) ce ne feroit mon intention, ne ten- dât à autre fin que de remarquer quelques cho- fes naturelles quei’ayveues,&cogneucs eftant aux Indes,ou bien que i’ay entédues de perfon- nes dignes de foy,lefquelles me femblent eftrc rares,& peu cogneues en l’Europe. A raifon de- quoy ie paficray fuccindement fur beaucoup DES In DE s. L l V. I I|î* 4’icelles:tant pourcc qu'elles font ia eferites par d ’autresjou bien qu’elles requièrent d’auanrage d efclaircilîcment & de difcours,que ce que ic 1 car poiirrois donner. Des vent s, de leurs différences, fro^rietêXjy' (*^fes en général. Ch AP. II. Yanttraittéaux deux liures pre- cedens ce qui concerne IcCicl, &c I habitation des Indes en general, il nous conuient parler des trois elemenSjrair, l’eau Ôch terre, 5cde leurs compofez,qui font les métaux, plantes ôc aniraaiix^car pour le regard du feu,ie nevoy cho fe fpeciàlc aux Indes qui ne foit es autres regiôs. Cl quelqu’vn ne vouloit dire que la faç5 de tirer du feu en frottant deux baftons iVn contre 1 au- tre,comme en vfent quelques Indiens, de cuire quelque chofe en des courgcs,y icttât vnc pier- re ardente,& d’autres chofes ferablables fulTcnc àremarquer,auflîenay-ieefcrit,ceque Ton en pouuoit dire. Mais de ceux qui font aux Vul- cans ou bouches de feu des Indes, dignes cer- tainement de remarque, i’en diray àlcur ordre en traittantde la diuerfité des terres, cfquelles l'on trouuêccs feuxou Vulcans.Parquoy pour commencer par les vents, ic diray premiere- mentjqae c’eft à bonne caiife que Salomon, en- tre les grandes fciences queDieu luy auoit don- nées , cftime beaucoup la cognoilïàncc de ia i Histoire NATUREL 18 force des vents, & de leurs pioprietez ceTtai- nemcnt admirables. Pour ce quelcsvns font pluuicuXjSc les autres fecs, les vns maladifs, & les autres fains, les vns chauds , ôc les autres froids, les vus doux & gratieux , & les autres rudes & tempeftueux, les vns ftcriles & les au- tres fertiles, aucc vne infinité d'autres différen- ces,!! y a des vents qui courent en certaines ré- gions ôc font comme feigneurs d’icelles, fans fonffrir l’entrée ou communication de leurs contraires. En d’autres parties ils foufflent de telle façon que tantoft ils font vainqueurs & tantoft ïont vaincus, ôc bien fouucntil y ades vents diuers & contraires,lcfquels courent en» ' fcmble^out en vn mefme téps, diuifans le che- min entr eux, Ôc quclquesfois les vns foufflent en haut d vne façon, ôc les autres par le bas d’vne autrcj quelquesfois fe rencontrent violé- mentles vns les autrcs,qui fait courir de gran- des fortunes à ceux qui font lors fur mer. Il y a des vents qui aydent à la génération des ani- maux, & d’autres qui l’cmpefchent, & y font contraires. Il y a vn certain vent de telle pro- priété que quand il fouffle en quelque contrée, il y fait pleuuoir des pulces , non point par maniéré de >dirc , mais en fi grande abondance qu’ils en troublent acobfcurcifient l’air, Ôc en couurcnt tout ie riuagcdcla mer, & en d’au- tres endroits il fait pleuuoir des petits crapaux. Ces diuerfitez ôc d’autres qui fontafflezeo- ^ gneues,fattribuent communément au lieu par oùpafTentces vents, pour ce qu’ils difent, que de ces lieux ils prennenje leurs qualicez d’eftre Des In DIS. Liv. III. 7f froids , chauds , fccs ou humides , maladifs ou fains , Sc ainh de tout le reftc , ce qui cft en par- tie véritable, & ne le peut on nier, d’autant quen peu de diilance l’on void en vn mefmc vent beaucoup de diucrfitez. Pour exemple, en Efpagne, le Solanus ou vent dcLcuanticft com- munément chaud &cnnuyeuxjeii Murcia,c’eft le plus frais & plus fain qui y foit , pource qu’il paiîè par ces vergers, 5c cefte li large campa- gne qu’on void âfTcz fraifche. En Carthagenc, quin’eft gueres efloignec de là, le mefmevent cil: ennuyeux ôc mal fain. Le Méridional , que ceuxdelamcrOceane appellent Sud., ôc ceux -delà mer Méditerranée Meziozorne , commu- nément eftpluuieux& moleftc, & en la mef- mc ville que ie dis, cft fain & gracieux. Pline 4 . raconte qu’en AfFrique il pleut du vent de Nort, &quelcvcntdcMidy yeftferain. Qui voudra ’ doncconftderer de près ce que i’ay diddeccs vents , il pourra bien comprendre qu’en peu de diftance & efpace de terre ou de mcr,vn mefmc vent a plufteurs &c diuerfes proprictez , voire quclqucsfois toutes contraires. D’où I on peut inférer qu’il tire ôc acquiert fa propriété & qua- lité du lieu par où il pafte. Ce quieft vray de ^ telle façon , que l’on ne peut pas toutesfois di- re infailliblcracnr, que ce foit la feule & princi- pallc caufe des diuerfîtez 5 c proprictez des vents. Carc’eft chofe que l'on apperçoit & re- cognoit fort bien, qu en vne région qui con- tienne cinquante lieues de circuit, ie le mets ainft pour exemple , le vent quifouftlcd’vn co- fté çft chaud ôc humide, ôc celuy qui fou|fle ' K iij Histoire natvrelle d’vn autre , eft froid êc fcc. Toutesfois cefte di- ucrnténcfctrouucpcintcslieuxpar où il paf- fc^qui me fait dire pluftoft, que les vents d’eux- mcfmes apportent quant 6c eux ces qualitez, d’où vient que Ton leur approprie les noms de CCS qualitez. Pour exemple l’on attribue au vent de Septentrion, autrement appelle Cicrço,ou Nort, la propriété d’eftre froid & fcc,& de con- fommer les bruines. A fon contraire, qui eft le vent de Midy , Leucche ou Sud, eft auffi attri- bué tout le contraire , qui eft d eftre humide & chaud,& d’engendrer des brouillats.Cccy donc cftant general & commun, l’on doit rechercher vue autre caufe vniuerfelle , pour donner rai- fon de CCS cftcéts, &ne fufïîtpas de dire que les lieux par où ils paftent leur donnent ces proprietez qu’ils ont , puis que paflans par de mefmes lieux, on void qu’ils ont appertement effeds tous contraircs.Tellcment que nous de- uons confefler par force , que la région du Ciel j où ils foufflent , leur donne ces proprietez 6c ' qualitez. Comme le Septentrional de foy eft i froid , pourcc qu’il procédé du Nort , qui eft la région plus efloignee du Soleil. Le Sud qui fouffle du Midy eft chaud , 6c pourcc que la chaleur de foy attire les vapeurs , il eft auflî hu- i mide, &pluuieux: au contraire le Nort eft fcc i 6c fubtil , d’autant qu’il ne lailfe efpaiflir les va- : peurs , & de cefte façon l’on peut difeourir des autres vents , leur attribuans les proprietez des | régions de l’air d’où ils foufflent. Mais confidc- i rant cela de plus près, cefte raifon encor ne j mepeutfatisfaire. Parquoy ie veux demande^ Des Tniies. Lîv. III. 7<ç eue fait la région de l air par où paiTcnt ces vêts, h elle ne leur attribue point fa qualité. leledy, pourautant qu’en Allemagne le Méridional eft chaud & pluuieux, & en Afriqucle Nort eft froid & fcc. Ncantmoins il eft tres-certain que de quelconque région d’Allemagne où f engen- dre le Sud, doit eftie plus froide qu aucune d’ A r- frique où f engendre le Nort. fil eft ainft donques , pour quelle raifon eft-cc que le Nort eft plus froid en A friquc,que n’eft le Sud en Al- lemagne, yeu qu’il procédé dVne région plus chaude? Lonme pourra refpondre quec’eft à caufequ’ilfouFflc du Nort qui eft froid, mais cela n’eft pas chofefuffifanteny véritable j Car fil eftoit ainfi, lors que le Septentrional fouffle en Afrique, il deuroitaufti courir & continuer Ton mouuemcnt en toute la région iufques au Nortree qui n’eft pas toutesfois, car en vn mef- me temps il court des vents de Nort fort froids CS terres qui font en moins de degrez , &des vents d’embas, qui font fort chauds és terres fituces en plus de degrez, ce qui eft tout cer- tain, couftumier & notoire. D’où l’on peur, à mon iugement , infererque ce n’eft pas raifon pertinente de dire , que les lieux par où paftent les vents leur donnent ces qualitez, nymcfmc qu’ils font diucrfîfiez,pourcc qu’ils fouffîcnr/de diuerfes régions de l’air , encor que l’vn & l’au- tre enfoit quelque raifon, comme i’aydiéfc.Mais ilcftbcfoin de fenquerir plus auant pourfça- iioir quelle eft la vraye & originelle caufe de CCS différences fi eftranges, qu’on void entre les yci^cs. Îcn’cnpeux*îimagincr d'autre, finon que K iiij Histoire katvrelle la mcfmç caufc efficiente qui produit& fait nai- ftre les vents , leur donne & imprime quant & quant cefte première & originelle propriété. Car à la vérité 5 la matière de laquelle les vents font formez (:qui n*eft autre chofe félon Arifto- tc,que rcxhalation des elernens intérieurs) peut bicncaufercn effed vnc grande partie de cefte diuerfité, poureftre plus grolTe, plus fubtile, plus feche ou plus humide. Mais ce n’cft pas pourtant vneraifon pertinente, veu que nous voyons en vne mefmc région ou, les vapeurs Ôc çxhalations font d’vnc mefmc forte 5c qualité qu’il fy efleuc des vents & effeds tous contrai- res. Parquoy Ton en doitreferer jacaufeàref* fîcient fuperieur ôc celefte , qui doiteftre le So- leil, & au mouueracnt & inffiiencc des Çieux, lefquelsparleurs mouuemcns contraires don- nent & caufent de diuerfes influences. Mais les principes de ces mouucmens & influences font fl obfcurs êc cachez aux hommes, ôc d’ailleurs fl puiffians & de fl grande efficace , que le Saind Prophète Dauid en cfprit prophétique , & le Prophète Hiereraie celebrans les grandeurs du ^ier^ïo'^’ Seigneur, en parlent ainfi, Qm profert ventos de fupsyCpài tire les vents de fes threfors. A la vérité ces principes Ôc commcncemens font des threfors bien riches ôc bien cachez: car l’Autheur de toutes chofeslcs ticnrcnfaniain ôc en fapuilîànce , quand il luy plaift les tire ôc les met dehors pour le bien ou pour le chafti- ment des hommes, Ôc enuoye tel vent qu’il veut , non pas en la façon de ceft Eolus , lequel les Poètes ont follement feint auoir la chargé BES ÎNDES. LlV. III, 77 de tenir les vents aiTcftcz & enfermez dansvn antre , tout ainfi que des belles làuuages. Nous ne voions point le commencement de ces vêts, & ne fçauons non plus combien ils doiiient du- rer,d'où ils procèdent, ny iufques où ils doiuent aller. Mais nous voyons ôc cognoilTbns fort ’ bien les diuers effeds & operations qu ils fon r, ainfrqucla fupreme vérité, autheurdc toutes chofcsnousraapprins,difant .:i’/?/r/r«y vbi vulc voçem eiVA attdis , nefeis vnde venit mt ^uovadit. L’cfprit ou vent fouffle où bon luy Icmble, & bien que tu fente Ibn foufflement, tu ne fçais pas tontesfois d’où il procédé , ny iuf- ques où il doit arriüer : afin de nous enfeigner, que comprenans fi peu és chofes qui nous font prercntcs& communes, nous ne deuons pas prefuraer d’entendre ce quieft fi haut & fi ca- ché , que les caufes & motifs du faind Efprit. Ceft pourquoyilfuffîtque nous cognoiffions Tes operations Sc cfFeéts,iefquels nous font fuf- filâmmentdefcouuerts en fa grandeur & perfe- blion , ôc d aupir en general philofophé ce peu des vents ôc des caufes de leurs différences, pro- prictez & operations que nous auons réduites en trois,qui font le lieu par où ils pafient, les ré- gions où ils foufflenr, dç la vertu celcfie,prinçi- pe& motif des vents, . HiSTOXRI NATV’RiLtl DUucmes fro^rietc^de vents qui courent M muueau monde. Chapitre III. Arfflot. 1. ’E ST vnc queftion fort difputecpar foufflc depuis le Pôle Antardiquc, ou bien tant feulement depuis 1 Equinoxe & Midy, qui eft proprement demander fi par de- là l’Fquinoxeila& retient auffi la mefrae qua- lité de chaud & pluuicux que nous voyons icy. C’eft vnpoinél fur lequel on peur, non fansrai- fon,entrer en doute. Car bien qu’il pafle 1 Equi- noxe, il nclaifle pas toutesfois d’eftrevcntd’Au- Her ou Sud, puis qu’il vient du mcfme coftedu monde, comme lèvent de Nort qui court du cofté contraire , ne laiflè pas auflî d’eftre Nort, encor qu'il pafle outre la T orride & ligne Equi- noxiale. Et femblc bien par cela que ces deux vents doiuent retenir leurs premières propric- tezdVn d'eftre chaud & humide, & l’autre froid &fcc,P Aufter de caufer les bruines&dcs pluyes & leBoreeou Nort de les confommer, & de rendre le Ciel ferain & tranquille. Toutesfois Ariftote f encline à la contraire opinion , p.our- autant qu’en Europe le Nort eft froid , pourcc qu’il vient du Pôle, région extrêmement froide, & le Sud au contraire eft chaud, pource qu’il vient du Midi, qui eft aufli la région que le foleil efehauffe d’auàtage. Par cefte raifon donc il fau- droic croire que rAufterferpit froid à ceuxqpi Met. ca^.y Ariftote , fçauoir fi le vent Aufter, que nous appelions Abreguo ou Sud Bi$ lîïDïs. Liv. ML habiter l’autre partie delà ligne , & que le Nort leur feroit chaud:car en ces parties l’Auftcr vict du Pôle, & le Nort vient du Midy. Et combien qu’il femble par cefte raifoii, que l’Aufteroii Sud doiue eftre plus froid par delà que n’cft pas le Nort par deçà , attendu que Ion rient la région du pôle du Sud plus froide que celle du pôle du Nort,à caiife que le foleil demeure fept iours d’auantage par an au'Tropique de Can- cer , qu’il ne fait pas au Tropique de Capricor- ne, comme il appert parles Equinoxes Sc fol- fticcsqu’ilfaitésdcuxccrclcs.En quoy il fem- ble que la nature ait voulu monftrer la préémi- nence & excellence que eefté moitié du mon- de qui efl: au Nort a fur l’autre moitié qui eft au Sudid’oùil femble qu’il y ait.raifon de croire, quccesqualirezdes vents fe changent en pal- fant laligne : mais à la vérité il n’en eft pas ainh, à ce que i’ay peu comprendre par l’expericncc de quelques années que i’ay efté en ces parties des Indes, quigifent au Sud de l’autre cofté de la ligne. Il eft bien vray que le vent du Nort n’eft pas fi communément froid & fercin par deIa,CQmmeilcfticy. En quelques endroits du Pcru,comme en Lyma ôc aux plaines , ils expé- rimentent que le Nort leur eft maladif & en- nuyeux, & par toute cefte cofte, qüidurcplus de cinq cens lieues, ils tiennentlc Sud pour vn ventfain ôc frais, &qui plus eft tres-ferain Ôc gracicuxjmcfmes que iamais il n’en pleut , tour au contrairede ce que nous voyons en Euro- pc,& en cefte partie de la ligne. T outesfois ce qui eft en la cofte du PerUj, n^eft pas vnc re- Histoire NATVREttE glc generale, mais pluftoft vnc exception, 8c vnemerueillcdc nature, dcnepleuuoiriamais cnccftccoftclà,&: qu’il y régné toufiours vn mefmc vent, fans donner lieu à fon contraire, dequoy nous dirons apres ce qu’il nous en fem- blera. Maintenant demeurons à ce point,quc le Nort n’a point de l’autre cofté de la ligne les proprictez que l’Aufterapar deçà, encor que tous deux foufflcnt du Midy , à des régions Sc parties du monde oppofites & contraires. Car ce n’eft pas reigle generale par delà , que le Nortfoit chaud ny pluuieux, comme l Aufter l’eft par deçà: au contraire il pleut là aufli bien lors que noftrc Aufter y régné, comme l’onvoid en route la Sierre ou montagne du Peru , en Chillé , & en la terre de Congo , qui eft de l’au- tre cofte de la ligne, & bien aduancec en la mer. Et en Potozi mefrae , le vent qu’ils appellent Tomahani,(qui eft noftrc Nort,h i’ay bône me- moirc)eft extrêmement froid, fec , ôc mal plai- faut, comme il nous eft par deçà. Il eft vray que cen’eft pas chofe couftumiere par delà, que ce Nort dillîpe les nuages comme icy : au contrai- re,(fi ic ne me trompe) il caiife fouucntesfois de la pluye. Et n’y a point de doute , que les vents ne tirent & n’empruntent cefte grande diuerfî- té d’efteds contraires , des lieux par où ils pai- fent, ôc des prochaines régions d’où ils nailîenr, comme chafque iour l’on expérimente en mj! endroits. Mais parlant en general delà qualité des vents, l’on doit pluftoft regarderaux coftes ôc parties du monde , d’où ils naifteiit ôc procè- dent , que non point , pour cftrc du cofté de de- Des Indis. Liy. IIÎ. càlaligncou autrement, commcilmcrcmble que le Philofophe en a eu opinion. Ces vêts ca- pitaux, qui font le Leuant& le Ponant, nont pointdcqualitezfivniuerfelles, ne commu- nes en ce continent , nycnfautre comme les deux fufdits. Le Solanus, ou Leuateft icy ordi^ nairemen t ennuyeux Se mal fain,& le Ponat ou Zephyre,cft plus doux &plus fain. A ux IndesAr en toute la T orridc, le vent d’Oricn r qu’ils ap- pellentbnre,eft au cotraircd’icy fort fain & dé- licieux : Du Ponant ie n’en pourray dire chofe certaine ny generalle, d’autant qu’il ne foufïlc point du tout, ou bien fort rarement en la Tor- ride,car en tout ce que fô nauige entre ces deux tropiquesjevent de la brife y cft ordinaire,mais pour ce quec’eftvnedesmerucilleufes œuures de nature, il fera bon d’en entendre la caufe 5c l’origine. les hnfes cernent tmjtmrs en U Torride, Cr Ijors d'icelle les vents d'iihas or les hrïps y font tonjîours ordinaires» Ch AP. IIIL E la mer n’eft pas comme la terre, pour retourner par OU l’on a pairé,il y a vnmefmeche- niin,ditlcPhilo{bphc, d’Athenes à Thebes quedeThebesà Athcncs,maisiln eit pasainficnlamer, pour ce que l’on va par vn ehemin Sc retourne-on par vn autre. Les pre- Bîiers qui defcouurircn t le« Indes Occidenta- Histôire KATYRILLÏ Imn JeGa- |gs yoire Orientales, trauaillcrcnt beaucoup Sc grandes difficultezàtrouucr larou- .4. fç^ jufqu«s à J.Ç qycrcxpérienccmaiftreflc de cesfecrets, leiireuftenfeigné, quedenauiger par l’Oeean,n’eftpas chofe femblablc, que de pa{Ter,en Italie, par la mer Mediterranée, ou T5 varecognoilFant au retour les mefines ports ôc caps, qu’on a veus à rallcr,&nefaîc-ontoaC- iours qu'attendre la faueur duventjqui s’y chan- ge en vn inftanr,& encor quad il leur defFaut, ils ont recours, & fe feruent fort bien de la rame, Ôc ainlî vont & viennent les galeres toufiours, en coftoyant la terre. En certains endroits delà mer Oceancl’on ne doitefpcrer autre vent, que celuy qui court, par ce que ordinairement il y dure long temps: en fin celuy quieftbon pour aller ne l'eft pas pour retourner : car en la mec outre le Tropique, &dcdâs la Torride,les vents de Leuant y régnent toufiours,foufïlant conti- nuellemcnt.fans permettre leurs contraires, en laquelle région y a deux chofes merueilleufes, l’vne qu’en icelle, ( qui eft la plus grande des cinq,enquoy ils diuifent le monde) régnent les vents d’ Orient qu’ils appellent Brife^, fans que ceux du Ponant Sc Midy,qu’ils appellent vents d’à bas,ayent lieu de courir en aucune faifon de rannee; L’autre meruille eft que ces brifes ne celLent iamais de fonfïler,&: le plus communé- ment CS lieux qui font plus proches de la ligne, cfquels il femble que les calmes dcuirent cftfc plus ordinaires, d’autant que c’eft la partie du monde plus fubiette à l’ardeur du Soleil. Mais c’eft au contraire, car à peine 1 on y voit des cal- ©ES In»is. Lïv. ni S6 mes, & fi labrifc y cft beaucoup plut froide y dure plus long temps : ce qui a efté recogncu en toutes les nauigations des Indes. Ceft donc làToccafion pourquoy la nauigation que l’on fait allant d’Efpaigne aux Indes Occidentales, cft plus briefuc& plus facillc, Voire plus afleu- rce, que celle que l’on fait au retour d’icelles en Efpaigne. Les flottes fortans de Scüille ont le plus de peine ôc de diflîculté,àpafler & arri- ueriufques aux Canaries,d autant que ce Gol- phedes Vegues, ou des iumenrs., cfl: variable, cftantbatu de plufleurs & diuers vents , mais ayant pafle les Canaries, elles vont baiflàns iuf- ques à entreren la Torride, où ilstrouuentin- continentla brilè, Ôc y nauigent vent en poupe, de telle forte,qu’à peine efl: befoing, en tout le voyage de toucher aux voiles, Pourcefte raifon ils appcllercnt ce grand Golphe, le Golphedcs Dames,pour fa douceur ôc ferenité. En apres fuyuant leur route elles arriuent iufques aux If. lesde laDominiqnc,Guadelupc, Defiree, Ma- rigualante ôc les autres, qui font en ceft endroit comme les fauxbourgs desindesi Là les flottes fe fcparent,5c fediuflent, dont les vns (qui vont cnlaneufue Efpaigne,)tirêcàmaindroite pour rccognoiftrc 1 E(pagnolle,& ayans recogncu le Cap faind Antoine, donnent iufques à faind leanDelua, leur feruant toufiours la^ mefme brife. Celles de terre ferme prennent la main gauche, ôc vont recognoiftrcla hautemontai- gne de Tayronc, puis ayant touché en Car- thagene,paflènt outre à Nombre dedyos, d’où par terre l’on va à Panama>& de là par la mer du Histoire. NATvRtttB Sud au Pcru. Mais lors que les flottes retour- nent en Efpaigne, elles font leur voyage en cefte facon.La flotte duPeru varecognoiftrelc Cap fainaAnthoinc,puisentrcenlaHauane,quicfl: vn fort beauportjdcFifle de Cubcj& selle de la neufuc Efpagne vient mefme toucher en la Ha- uanc-eftant fortiedelavraye Croix, ou de Ofle defaindlcan Deluattoutefois cen eft fans tra- iiail, pour ce que là ordinairement ventent les brifes, qui eft vn vent contraire pour aller a ce port de la Hanane.Ces flottes eftas lointes pouf retourner en Efpaigne,vont chercher leur hau- ' tcur hors desTropiques,oùincontinet ils trou- ucntdes vents d’àbas,qui leur feruent luiques a laveüedesiflcs des Açores ou Tyerccres,&dc lààScuille.De fortequils fontlcvoyagede l’al- lcr en peu de hauteur, ne fefloignans point de la ligne de plus de vingt degrés, qui eft la dam les Tropiques. Mais le retour fe fait par le dehors d’iceux Tropiques, en vingt huid ou trente de- vrez de hauteur pour le moins, ce qu’ils lont pour la raifon fufditte,d’autant que das les Tro- piques continuellement régnent desvents d O- ncnt,lefquels font propres pour aller d Elpai- sne aux Indes Occidentales, pour ce que la rou- te eft d’Oriét au Ponant, & hors les Tropiques, qui eft en vingt trois degrés de hauteur Ion nouuedesvems d’àbas,lefque!s font plusce - tains & ordinaires , plus fon feflongne de U ligne, qui font propres pour retourner des In- des, d-autant que cefont ^ r Client, qui feruent pour courir arOiient&^au DES Ind ES. Liu.IIL gj Nort. Le mefmc difeours eft aux nauigations que l’on fait en la mer du Sud allant de la neuf- ue Efpagne Ôc du Peru,aux Philippines , ou à la Chine,& retournant des Philippines ou Chine, à la neufue Efpaignc , car cela leur eft facile" pour ce qu’ils nauigent toufiours d’Orient au Ponent,proche de la ligne , où ils trouuent con- tinuellement le vent de brife , qui leur donne en poupe. En Tan quatre vingts quatre fortit de Caliao cnLyma,vn nauire pour aller aux Philip- pines , lequel courut ôc nauigea deux mil iept cents helies fans voir terre , Ôc la première qu’il defcouuritfuftl’IiledeLuiron , oùilalloit&y pnntport, ayant fait fon voyage en deux mois, lansauoir eu aucune faute de vent, nyfoufferc aucune tourmente, ôc fiitfa route prefque touf- iours fous la ligne: pourcequedcLymaquieft à douze degrés au Sud il vint arriuer à Menilla qui eft quaft autres tant au Nort. Le mefrne heur accompagna Aluaro de Màndana , quand il fut à la defcouuertedes liles appcllées de Sa- lomon , pour ce qu’il eut toufiours le vent en pouppe,iufques à la veuë de ces Ifles jiefquelles domenteftrediftantes du lieu du Peru doù ils fortirent comme mil lieües, ayant faitfa route, toufiours en vncmcfme hauteur au Sud. Le re- tour eft comme le voyage des Indes en Efpai, gnCjCar ceux qui retournent des Philippines ou Chine a Mcxicque,afin de trouuer les vents d’a- bas montent à beaucoup de hauteur, iurquesà ' mettre au droit des Ifics de lappon, Avenant a recognoiftre les Calliphornes retournent par ,1a cofte de la neufue Eipaigne ,auportd’Aca- L Histoire NATVRELLE pulcojd’où ils eftoicnt partis. De forte qu’il eft mefmc prouué par cefte nauigation, que d’O- ric?nt au Ponentj l’on nauige fort bien , dans les Tropiques , d’autant qu’il y régnent des vents Orientaux : mais retournants du Ponent en O- ricnr , l’on doit chercher les vents d’à bas ou du Ponentjhors des Tropiques en hauteur , de vingt fept dcgrcs.Les Portugais expérimentent le mefme en la nauigation qu’ils font à l’Inde d’Oricntjbicn que au rebours , pour ce que al- lant de Portugal, le voyage eft ennuyeux & de ^ traiiail,mais le retour eft plus aife , d'autant qu’à l’ailer leur route eft du Ponentà l’Orient , tel- lement qu’il leur çonuient monteriufques àcc ^ qu’ils ay é t trouué les vents generaux , qu’ils di- fcnt,qui font au deftus de vingt fept degréz. Et au retour ils recognoiffent les T yerciere s, mais , c’eft plus aifement pour ce qu’ils viennent d'O- . ricntjcnquoy les brifes , ou Norts , leur feruent, FinaÙement les mariniers tiennent ià pour ré- glé & obferuation certaine , que dans les Tro- i piques régnent continuellement les vents de Leuant,parquoy ily eft tres-facilc de nauiger au Ponent. Mais hors iceux Tropiques , il y a~ en quelques faifons des brifes , en d’autres ôc plus ordinairement des vents d àbas: àraifon dequoy ceux qui nauigent,du Ponent cnOrient procurent touftours fortir de la Torride , 5c fc mettre en hauteur de vingt fept degrés , Ôc pour ccfteraifonles hôtnesfcfont jàhazardez d’en- treprendre des nauigations cftràgcs, &à des par- ties efloignees & incogncucs. DES In DI S. Liv. III, 82 Ve U différence des hrifes CT vents d'àhas , tnfemhlc des autres vents, C H A P. V. jIen queeequiaeftccîitcydicfrusfbit ^vne chofe fî approuuec,& fi vniuerfcl- ^Ie,neantmoins il me reftc tou.fioursvn Mcfir jd’cnqucrir lacaufc dcce fècrcr, pourquoy en la T orride , Ton nauige toufiours d’Orient cnOccidér aiiec telle facilitCj&no pas au côtraired Oceidêten Orient. Qui cftlc mefi- mc^que fi l’on dcmâdoit^pourquoydes brifes ré- gnent la, &npn lesvents d’àbas.puifquelclô bo- ue PhilofophiejCequi eft pcrpetuel,vniuerfcl & de par foy (comme dilent les Philofophes ) doit auoir vue caufc propre & de par Iby.Or auâtquc de m arreftcr à celle qucftion qui me fcmble re- marquable, illera beloing de déclarer ce que nous entendons , par les brifes & vents d a bas, à caufc que cela leruiüa beaucoup pour ce fub- jcdi&pourplufieurs autres chofes & matiè- res des vcnts,ic nauigations. Les pilottcs met- tent trente deux difFeccnces de vents ,’pour ce que pour conduire leur proiic au port defiré, ils ont de befoing , faire leur conte , fort pun- diuallcmcnt & le plus diftin6lement& au me- nu qu’ils peuucnt, veuque pour peu qu'ils ti- ralîèntcn vn colle ou à l’autre , en fin de leur chemin, fc troüucroient beaucoup elloïgncz d’où ils penferoient aller: & ne content plus de trente deux vents , d’autant que ces diuifions ^ y Histoire natvrelle fuffifcnt, &nc pourroit-on auoirla mémoire pour en retenir d’auantage. Mais à la rigueur comme ils mettent trente deux vents, l’on en pourroit conter é'4. 128. & 25^» finalement al- ler multipliant ces parties iufques à l’infiny. Car le lieu où fie trouuc le nauire eftant comme le centre , & tout hemifphere en circonfcrance, qui eft ce qui empefehe, que l’on ne puiffe con- ter des lignes fans nombre , Icfquellcs fortans de ce centre, tirent droità ce cercle lineal en tout autant de parties , qui feront autant de v êts diuers , piufque ainfi eft , que le vent vient de toutes les parties de rhcmifphere , & qu’on le peut diuifer en autant de parties que nous vou- drons imaginer ? Toutesfois la fagefle des hom- mes, fe conformant à la fainde Eferiture, re- marque quatre vents , qui font les principaux de tous , ôc comme quatre coings de Tvnlucrs, que l’on ferme , en faifant vne croix aucc deux ligneSjdont l’vne va d’vn Pôle a l’autre , & 1 au- tre d’vn cquinoxeà l’autre , & fontd vn cofte le Norr,ou Aquilon, & l’ Aufter ou vent de Mi- dy,fon contraire : & de l’autre cofté l’Orienr, qui procédé d’où fort le S oleil, & le P onêt d ou il fc couche'. Et combien que l’cfcriture fainde parle en quelques endroits d'autres diuerfitez de vcnts,côme del’Eurus,& Aquilon, que ceux delà mer Océan, appellent Nort d eft, & ceux de H mer Mediterranée Gregual, duquel il eft. fait mention en la nauigation de faind Paul : fi cft-cc que la mefme Eferiture fainde rapporte ces quatre diftcrêces remarquables , que tout le monde cognoit, qui font comme il eft dit , Sep- DES Indes. Liu. III. fcntrion,Midy 50 nent,& Ponent. Mais d autae que l’on trouiie trois différences auleucr , ôc naiffancc dp Solcil,(d ou vient le nomd’Orient) à fçauoirlcs deux plus grandes dcciinaifons, qu’il a accoullumé de faire , & le milieu d’iccl- les, félon qu’ilnaiften diuers lieux en hyuer, l’Efté & en celle qui tient le milieu de ces deux làifonsjPour cefteraifon l’on conte deux autres vents qui font l’Orient d’Efté , & l’Orient de l’Hyuerj&par confequentdcux autres Ponants d'Hyuer 6c d’Efté, contraires aux dcfrufdits. De forre qu’il y a huitvcnts,cn huitpoints notables du Ciel, qui font les deux Pôles , les deux Equi- noxes, les deux folftices ,& leurs oppofîtes au mefmc cercle, lefquels font appeliez de diuers^ noms 6c appellations en chacun lieu de lamcr 6c delatcrrc. Ceux qui nauigent l’Océan ont ac- couftumcles appcllerainfî.llsdôncnt le nom de Nort,aux vents fouflans de noftre Pôle , qui re- tient le mcfmenom de Nort, 6c de Nordeft : ce- luy quiluy eftprochain,& qui vient de l’Orient cftiual, ils l’appellent Eft: celuy quifortdu vray Orient, equinoccial , 6c Sueft celuy qui vient de l’Oriét d’hyucr. Au midy ou Pôle Antardiqüe, ils donnent le nom de Sud , 6c à. celuy du cou- chant d’hyuerjc nom de Suroeft, au vray cou- chant equinoccial,le nom de oeft , ôc au cou- chant d’efté, celuy de nort-oeft. Ils diuifent en- tre eux lereftc des vents , 6c leur donnent les noms , félon qu’ils participent 6c s’approchent des autres, comme Nort nortoeft,nortnoitdeft, eft nordeft, eftfucft, fur foroeft , fufucft , oeft furoeft, oeft norto eft, de forte que par leurs L iîj Histoire natvrelie dénominations l’on eognoit d’où ils procèdent. En la mer Mediterranée encor qu’ils fuyuent la merme diuifion,& façon de contcr,neantmoins ils leur donnent d’autres noms differents , ils appellent le Nort , Tramontane Ton con- traire qui cft le Sud,Mezoiorne, ou Midy, l’Eft ils l’appellent Leuant,& l’Oeft Ponent, & ceux qui trauerfentees quatre^ilslcs nomment ainfî: lcSueft,eft,pareuxdit Xirocque, ou Xaloque, & Ton oppofîte qui eft le Norto eft,Mcftral. Ils appcllét græCjOU grcgual, le nort-deft , & le fû- roefl: Ton contraircjcuefche , lybique, ou affri- quain. En latin les quatre cognus fontjfepten- trio,Aufter,fubfoianus jfauonius, &lcscnrre- lalfez font, Aquilo , V ulturnus , Affricus ôc Co- rus, Selon Pline Vulturnus & Eurus , font vu mcfmeventjqui eftlcfueft , ou xaloque ^fauo- niu^ eft le merme que l’oeft ou Ponent , Aquilo & Ôorcas,lc mcfmcquc norteft, ougregual , 6c Tramontane, P Africus,& lybique, eft ce furoeft ou lcucfche,l’Aufter& notus,eftlefud ou midy. Corus &Zcphyrus,n’cft autre que le nortoeftp ouMeftral , & à fon prochain qui cft nortdcft ou gregual , on ne luy donne autre nom que Phénicien. Qi^lques autres les diuifenrd’vnc autre manière, mais parce que ce n'eft pas à pre- fent, noftre intention de raconter les noms la- tins 6c grecs de tous les vents , difons feulement qui font ceux d’entre ces vents , que nos mark niersdcl’OccandTndc, appellent Brifes , 6c vents d’à bas. rayefté fort long-tempsen diffi- culté fur ces noms, voyant qu'ils en vfoient fort différemment iufques à ce que i’ayc recogneu. Des Indes. Liv. ML §4 que CCS noms font plus generaux ,, que propres & particuliers. Ils appellent brifes ceux qui fer- lient pour aller aux Indes , & qui donnent quafî en poupe, Icfquels par ce moyen, comprennent tous les vents Orientaux & ceux qui en dépen- dent, Rappellent vents d’àbas ceux qui font près pour retourner des Indes, & quifoufïîent depuis le Sud iufqucs au Ponent eftiual , de ma- niéré qu ils font comme deux efcoüades des vents de chafeun codé , les Caporaux dcfqûel- les font dVne partie nortdcft,ougrcgual , & de l’autre le Suroeft ou Icuefche.Mais l’on doit en- tendre, que du nôbre des huit vents & différen- ces que nous auons cottez,il y en a cinq qui font propres pour nauigcr,& non point les trois au- tres. le veux dire que quand vn nauirc nauige en la mer, il peut aller Ôc faire long voyage, aucc IVn de ces cinq vcnts,cncor qu’ils ne luyfcruent pas efgallemcnt , mais il ne fe peut pas feruir d’aucuns des trois, comme fi le nauire va auSud, ilnauigeraauecleNort , lcnortdeft,lenorto- cft,R aucc 1 Eft,& fOeft : Car ceux des codez feruent efgallemcnt, pour l’aller & pour le ve- nir. Mais du S ud,il ne s’en pourra feruir .pour ce qu'illuycft diredement contraire,ny defes' deux collateraux qui font fueft & furoeft , qui cft vue chofe fort triuialle Se commune à ceux qui nauigent. C’efi: pourquoy , il n’eftoit befoin de le defduirc icy , fînon pour lignifier que les vents latéraux du vray Orient font ceux, qui communément foufflent en la Torride , qu’ils appellent Brifes , R les vents de Midy declinans au Ponent , qui feruent pour nauiger, d’Occi- L iiij Histoire natvrelle dent à l’Orient, ne font point ordinaires en la Torride , parquoy l’on les va chercher hors des Tropicques , ôc les appellent les mariniers des Indes communément vents d àbas. Quelle eji U edufe j^ourquoy nauigednt en U Torride^ tony tronue tonjtours des vents d'Onent* Cahp. VI. n^j^^^Ifons maintenant ce qui touche k queftionpropofée , fçauoir , quelle cftk caufcpourquoyl on nauige bic en la Torride, d’Oricnr au Ponât,6c non pas au contraire. Surquoynous deuons prefupppofèr deux fondemens certains. ‘ LVn eft que le mouuemcnt du premier mobile, qu’ils appellent rauiifantjOU diurnel, non feule- ment tire & cfmeut quand & luy les Spheres celellcs , qui luy font infcricuresj comme nous le voyons chacun iour,au Solcil,cn la Lune , & aux Eftoilles,maisauiriles elemens participent de ce mouuement, entant qails n’en font point empefehez La terre ne fc meut point à caufe de fa grande pefanteur qui la rend mobile,& qu el- le eft aufîi beaucoup efloignée de ce premier mobile. L’clcmcnt de l’eauc ne le meut nô plus, de ce mouuement diurnel, d’autât qu’il eft loint & alfemblé auec la terre ,& font enfemble vnc Sphère , de façon que la terre l’cmpcfchc de fc mouuoir circulaireracnt , mais les deux autres elemens , le feu & Fair , font plus fubtils & plus proches des régions celeftes,d‘où vient quils participent dc'lcur mouuement, & font meus I V des Indes, Liu. III. 85 & agitez circulaircmcnr, corne les mermes cor- ps celdles.Pour le regard du feu,il n’y a point de doute qu il liait la Sphcrejainlî qu’Ariftote & les autresPhilolbphes Tont tenu:mais pour Pair (qui eft le point de noftrc fubiet) ileft trefeer- tam qudl le meut du mouuement diurnel, qui eft d Orient à 1 Occident 3 ceque nous voyons clairement es Cometes qui lè meuuent d’O- xicntal Occident^montanSjdelcendans 5 ôc fi- nalement tournoyans en noftrchcmifphere, de la mefmc façon que les eftdillesfe meuuent au firmament. Car autrement, ces Cometes eftans en la région & Sphère de Pair où elles fengen- drentj apparoilïcnt&fc conlbmment , il leur leroitimpoffiblcde le mouuoir circulairement comme iis fc meuuent, fi l’element de Pair du ils lpnt,nefemouuoitdu mefine mouuement, du premier mobile. Car eftans ces Cometes d vns matière enflammee, par raifon deiiroicnt de- meurer arreftées làns fe mouuoir circulaire- ment 3 fi la Sphère où elles font demeuroit fins femouuoir,ficen eftqucnous faignionSj que quelque Ange ou intelligence chemine auec la CometCj la menant circulairement. En Tan 1577. apparutceftemerucilleufeComcte( de figure reifemblant vn plumage ) depuis 1 hori- fon prefqueiufqucs à la moitié du Ciel , ôc dura depuis le premier Nouembre iufques au hui- «ftiefmc de Décembre, ie dis depuis le premier de Nouembre, car iaçôitqu en Elpaianc onia vcid&remarqua premièrement au 5.^ de No- uembre ( fuyuântlc récit des Hiftoriens dçcc têps)ncantmoins au Peru , où i’eftois pour lors^ Histoire natvrellë ilmcfouuient bien que nous la vifmes & rc- marquafmcSjhuiâ: ioursdeuant,&tous les iouis | cnfuiuans.Pour la caiife de cefte diuerfitc , quel- ques vns la pourront dire particulièrement, | mais ie veux dire qii’cn ces quarante iours qu’el- le dura , nous 'rcmarquafm es tous , tant ceux ' qui eftoient en Europe , que nous autres auffi qui eftions alors aux Indes , qu’elle fe mouuoit chaque iour du mouuement vniuerfel, d Orient auPonanr, comme la Lune & les au très eftoil- Ics.'D’où il appert, que la Sphere de l’air , eftant fa région, il faut que le mefme élément fe meu- uc de cefte faç5. Nous recogneufmes aulïi , que outre ce mouuement vniuerfel elle en auoit en- cor vn autre particulier , par lequel elle fe mou- - iioit auec les planètes d Occident en Orient, ; car chaque nuiâ: elle deuenoit plus Orientale, | ainfî que font la Lune,lc Soleil, ôc 1 Eftoille de | Venus. Nous remarquafmcsd auantage vn troi- | fiefmc mouuement particulicr,dôt elle fe mou- noitauZodiacquevcrsleNort , d’autant que palîées quelques nuiefts , ellefe trouuoit plus coniointe aux fignes Septentrionaux. Et para- uanturc cela fut caufepourquoy ceftegrâdcCo- mette fut pluftoftveuede ceux qui eftoient plus M eridionaux, comme le font ceux du Peru. Et d’autre part ceux de l'Europe commencèrent à la voir plus tard , à caufe que par ce troifiefme mouuemenr,que i’ay dit, elle s approchoit plus^ des Septêrrionaux. Toutesfois vn chacun apeu reiuarquer les différences de ce mouuement , de < façon que l’on peut bien voir , queplufieurs & diuers corps cclcftes , donnent leur imprellîon i j DES Indes. Liu. III. 8^ à la Sphere de l’air , ainfi eft il certain que l’air fe meut du mouuemér circulaire du CieI,d’Orienc au Ponantjqui e ftle premier fonderaen t mis en auanr cy ddliis.Le fecôd n^eft pas moins certain nynotoire,quieftquele mouuemet de l’air aux parties qui Ibnt fous la ligne , ou proches d’icel- le,cH: très viftc ôc leger,&d’autât plus qu il s’ap- proche de l’Equinoxe, par confequent ce mou- uemcnt eft d’autant plus lent&pefantjqu il s'ef- loigne de la ligne en s’approchant des Pôles. La raifon de cccy eft manifefte , par ce que le mou- ^ uement du corps celefte,eftat la caufe efficiente de ce mouuement de Pair , il doit par neceffité cftre plus prompt & pluslcgerà l’endroit où le corps celeftc a Ton mouuement plus vifte. Or de vouloir cnreigner la raifon pourquoy le Ciel a vn plus viftc moiiuemét en la Torride, qui eft la ligne plus qu’en autre partie du Ciel , ce feroit peueftimerles hommes: puis qu’il eft aiféde voir envncroüe que Ton mouuement eft plus tardif & pefant à l’endroit de la plus grande cir- conférence, qu’à l’endroit de là plus petite , ôc qu elle acheuefon grand tour, au mefme efpace detemps, que la moindre acheuefon petit. De ces deux fondemens procédé la raifon pour la- quelle ceux qui nauigent grans Golphcs , d O- rient au Ponant,trouuct toufiours vent en pou- pejallansen peu de hauteur, &tantplus ils ffint proches de l’Equinoxe, tant plus leur eft certain Sc durable le vent.Et au contraire nauigcansxlu Ponant a 1 -Orient , ils trouuent toufiours vent en proue & contraire. Pour ce que le mouue- ment tres-vifte de l’Equinoxe, tire apres foy Histoire natvrelie l’elcmcnt de l’air , comme il fait le furplus des Spheres fupericures.Par ainfi l’air fuit toufîours le mouuementdu iour allant d’Orient au Po-- nantjfans iamais varier, & le mouuemct de 1 air vifte , amene mefmc apres foy les vapeurs & ex- halations qui s’eflenent de la mer, ce qui caufe en ces parties & régions vn continuel vent de Brife, qui court de Lcuanr. Le Pere Alonfo Sanchez ^ qui cft vn religieux de noftre compa- gnie,qui a voyage en l’Inde Orientale ôc Occi- dentale, comme homme ingénieux & experi- mêté,diroit, qu’en nauigeant delTous la ligne, ou proche d’icelle,auecvn temps continu ôc dura- ble , illuy fembloit que c’eftoit le mefmc air, meu du Ciel, qui çonduifoit les nauircs , ôc n’c- ftoit pas proprement vn vent ny exhalation,, maisc'eftâirefmeudu cours iournalicr du So- leil f Pour preuue dequoy il mettoit en auant, que le temps cft toufiours egal& fcmblable au Golphe des Dames , &és autres grands Gol- phes,que l’on nauige en la T orride. Pour raifon dequoy les voiles des nauircs , y font toufiours de mcfrac façô/ans aucune impetuofité,& fans qu’il foitbefoing les changer prefqiie eb routle chemin. Qi^e fi l’air n’eftoit efmeu du Ciel, il pourroit quclquesfois deffaillir , quclqucsfois fc changer au côtrairc,&quelquesfois yauroit des tourmentes. T outesfois combien que cccy foit dit dodement, l’on ne peut pas nier , que ces- nefoitvent,& qu’il n’y en aye , attendu qu’il y a des vapeurs Ôc exhalations de la mer , & que nous voyons quelqucsfoisque tantoft la Brife cft plus forte, & tantoft plus foible, ôc remifè' ©ES Indes. Liu. 1 1 1. 87 de telle façon qu’il aduient quelquesfois que l’on ne peur porter toutes les voiles. L’ondoie dond entendre, &eft la vérité que l’air efmeu at- tire quant & foy les vapeurs qu’il trouue , d’au- tant que la force cft grande , & qu’il ne' trouue pointdereiîftence, pourraifondequoy le vcnc d’Orient&Ponant cft auffi continuel &prcfque toufiours fcrnblableés parties qui font proche» delà lignc,&pi‘efque en toute laTorride,qui eft le chemin que fuit leS oleil entre lesdeux cercles du Cancer & du Capricorne. Teurqmy fort ans de U Torride en f lus de hauteur trouue ^Imjouuent des vents d^nhas. Chap. VII. ^Vi voudra biejegarder de près ce qui ^a efté dit, pourra auftî bien entendre, qu’en allant du Ponant à l’Orient , en hauteur plusoutre que lesTropiques, l’on trouue des vents d’abas ^ d’autant que le mouuemcnt de l’ E quinoxe eftant fi vifte , il eft caufe que l’air fe meut ddfouz luy fuiuant fon mouuement,qui eft d’Orient au Ponant, atti- rant quant & foy les vapeurs qui s’efleuent de la mer , de forte que les vapeurs & exhalations quifefleuentdes coftes derEquinoxe, ou Tor- ride, venansà rencontreiTe cours & mouue- ment de la Zone, font contraintes parla reper- culîîon de retourner quafi au contraire , d’où viennent les vents d’abas,& Suroeft , communs & fi ordinaires en ces parties là. Tout ainfi que I nous voyons au cours des çaues,lefquellesfiel- Histoire natv Relie les font rencontréesd autres qui foient plus for- tes,rcrournent quafi au cotraire. Et femble qu’il en Toit ainE des vapeurs & exhalatiôs , d’où viét que les vents fe tournêt & fe feparenr d Vne part à 1 autre. Ces vents d’àbas re^nét le plus cômu- nemét en la moyéne hauteur, qui eftde 27. à 37. t degrez-.côbien qu’ils ne foy et pas h certains & fi | regulicrsque lesBrifes le font en peu de hauteur. La raifon eft pour ce que les vêts d àbas ne font pas caufcsdecc mouuement propre 6 c efgaldu Ciel, corne les Brifes le fonr,eftans proches de la liçrne. Mais comme i’ay dit, ils y fontplus ordi- naires, &: bié foLiuêtplus furicux&plus tépeftu- eux.Mais en allât en pins grande hauteur, côme de quarâte degrcz,il y a aulîi peu d’alTcurance es vêts en la mcr,comme en la terre, car tantoft les Brifes,ouNorts y foufflent, 5 : tantoft les vents d’àbaSjOü Ponans, d’où vient que les nauigatiôs y font plus incertaines & plus dangereufes. Des exceptions qu'dy a en U réglé fuflite.O* desvets Cr cdmes ftily a en U mer cr en U terre, C H AP. VIII. E que nous auons dit des vents qui courét ordinairement dedans & de- hors la T ©rridc , fe doit entendre'en la haute mer & aux grads Golphcs: car en la terre, c’eft tout autremét, en y laquelle l’on trouue de toutes fortes de vents à caulè de l’inégalité qu’il y a entre les môtaignes y DES Indes. Liu. Ilf. gg 8c les vallées,legrand nombre des riuieres& des hcs,ôc les diuerfes fitiiatiôs des pays, d’où s’efle- uet les vapeurs,grofres,&erpaiircs,lerqucllcs sot efmcues de IVdc ou de l’autre part , félon la di- iierfitc de leur origine, & commencerîieiit,qui fait ces vents diuers ; {ans que le mouucmcnt de 1 air,caufé du Ciel , ait tant de puiffance que de les attirer, ôc mouuoir,quant& foy. Et celle diucrfifé de vents,ne fe trouue point feulem enc en la terre , mais auffi es codes de la mer , qui font en la Torride , poiirce qu’il y a des vents forauis.qui viennent de la terre, & marins, qui loufflcmdc la mtr, lefquels vcntsdela mer lont ordinairement plus fains , & plus eratieux, que non pas ceux del* terre , lefquels font au contraire, ennuyeux, &malfains, bien que ce loit la différence des coftesqui caufe ‘celle di- uerfite-Communementles forains , ou terriens loufilent depuis la minuit, iiifquesau Soleille- uant,& ceux delà mer,depuis que le Soleil cou- mence à s’efehauffer iufques apres qu'il ed cou- che. Dequoylacaufeell parauanture , que la terre comme matière plus grolfe , fume dîuan- taç,alorsquelaflamedu Soleil ne donne plus deHus,toutainfiquele boisvert, oumalfec, fume d’auantage en efteignant la flarae. Mais la mer comme elle ell compofée de parties plus lubtiles n engendrepointde fimiées,finon'quâd Ion 1 efehauffe; de mefmequela paille, ouïe foing,ellant humide & en petite quantité , en- gendre de la fumee , quand on les brude & lors que la dame edfe , la fumée deffaut mut auffi tod.Q^oy qu il en foit il ed certain, que le Histoire natvrille | vent de la terre (ouffle pluftoft la nui6t j & cc- ) luy de la mer au contraire durant le iour. Telle- ment que tout ainfî qu’il y a fouuentesfois des vents contraires , violents , & tempeftueux és coftcsdela mer , ainfiyvoit on de tresgrands Calmes. Quelques hommes fort expcrijaientez racontent qu’ayans nauigé pluiîeurs grandes : trauerfes de mcr,(ous la ligne, ils n y ont néant- moins iamais veu de calmes, mais que touuours peu ou beaucoup , l’on y fait chemin à cau^dc l'air efmeu du mouuemcnt celeftc , quilumta conduire la nauire donnant en poüppc, comme il fait.I’ay défia dit,commevnc nauire de Lyma,; | allant à Maniila,nauigea&: courut deux mil iept « cens lieues, toufiours fouz la ligne, à tout le | moins n’en eftant efloigné que de douze degrez | &ceaumoisde Feurier,&deMars, quieltio^ j que le Soleil y eft pour Zenit , & en tout ceft e^ | pace ne trouucrent aucuns calmes , mais touf- | iours vn vent fraiz , tellement qu en deux rnois | ils firent ce grand voyage. Mais en la Torride, ’ &hors d icelle l’on a accouftume de veoir de | grands calmes, és codes où arriuent les vapeurs | des Ifles,ou de la terre ferme. Oeft pourquoy ^ les tourbillons 5c tempeftes , 5c les inerpcrecs crmotions de l’air font plus certaines & ordi- | naires , aux codes où arriuent les vapeurs de la tcrre,que non pas en la pleine mer. 1 entens en la Torride, car hors d’icelle & en la haute mer i l’on y trouue des calmes ,& des tourbillons de | vents. Toutcsfoisilnelaificpas d yauoir quel- quesfbis entre les deux Tropiques , voire cr^a j mcfmc ligne , des grands vents ôc des pluj DES Indes. L I V. II f, 8^ bîtes, encor que ce foit bien auant dans la mer, car pour ce faire les vapeurs & exhalations de la mer/ônt aiîèz fuffirantcs,IcfqucHcs fcfmouiias aucunesfois haftiiiemcnt en fair,caufènt des tô- ncrres & tourbillons, mais cela eft plus ordinai- re près de la terre, acdcfllis la terre. Quandie n^- uigeay du Peru en la neufue E{pagne,ie rcma^ quay qu’en tout le temps que nous fufmcs en la coflcduPcru, noftre voyage fut(commctouf- iours a accoutumé) fort doux Sc facile, à caufe du vend de Sud qui y court,&auec lequel l’on va vent en poupe, retournant d’Efpagne ôc de la neufue Elpagnc. Comme nous trauerfîons le GoIplie& allions toufiours auant dans la mer, prefque toufiours foiibs la ligne,nous trouuaf- mes vn temps fraiz,paifible & gracieux,vent en poupe;mais arriuât côme proche de Nicaragua Sc de toute Celle colle, nous eufmes des vents contraires auec grande quantité de pluyes âc brouillais qui quelquesfois bruyent horrible- ment. T oute celle nauigatîon fut dans la Zone Torride, car de douze degrez au Sud qu’cll Ly- ma, nous nauigeafmes à dixfept où gill Guatul- co,port de la neufue Elpagne, ôc croy que ceux qui auront prins garde aux nauigatiôs qu’ils ont faites dans la Torride, trouueronrà peu près ce que i’en ay dit, qui lulfira pour la raifon des vêts qui régnent par la mer en la Zone Torride. ejfe^s memeiUeux âei vents qui font en qneU ques endhits des Jndes, Ch a p. I X. M H I s T O I R E N AT V R E L LE E feroic chofe fort difficile de racon- . ter par le menu les effedfcs admirables I que caufent aucuns vents en diuerfcs régions du monde 5 &d*en donner la | raifon. Il y a des vents qui naturellement trou- blent l’eaue de la mer , & la rendent vertenoire, ^ d autres quila rendent claire comme vn mi- Loir 5 \cs vns efgay ent & rcfiouyirenr de foy , ôc les autres apportent de l’ennuy & de la triftef- fe. Ceux qui nourrifTcnt des vers à foye ont grand foin de fermer lés feneftres , lors que les vents d’abas foufflent , ôc de les ouurir quand leurs contraires courent , ayans trouué par cer- . raine expérience que leurs vers fe meurent ôc ^ diminuent par les vns, s’cngraifTcnt &deuien- | lient meilleurs par le moyen des autres , ôc qui y voudra prendre garde de près , il pourra remar- | quer en foy-mefmc , que les diuerfitez des vents ; caufent de notables imprefîîons ôc changemens en la difpofîtion des corps , principalement aux I parties dolentes ôc indifpofees , ôc lors qu’elles ' 10. tendres ôc debiles. L’Eferiture appelle ^ . 4 ’; l’vn, vent bruflant, ôc l’autre vent de rofec ÔC loan. 4. plein de douceur. Et neft pas chofe efmerueil- ofee IJ. labié, que l’on apperçoiue de fi notables effcéls Dan.}, des vents es herbes , animaux , ôc es hommes, i puis que l’ô en cognoift vifiblement au fer mefi- me, qui cft le plus dur de tous les métaux. l’ay veu des grilles de fer en quelques endroits des Indes , de telle façon moulues x confommees, qu’en les preflànt entre les doigts, elles fe refol- uoyent en pouldre , comme fi c’euft efte du foin , j ou de la pailîefeichc. Çe qui procède tant feu des Indes. Lir. HL «o Jemcnr du venr,qui le corrompt du tout, Sc fans qu’on le puifFe cmpcfcher. Mais laiflant à part plulicurs autres grands & merucilleux cfFeds, 1 en veux feulement raconter deux. Lvn def- quels , encor qu’il caufedes douleurs plus gran- des que la mefme mor t , n’apporte point de mal ly d incommodité d’auantage, l autre deftruit & oHe la vie fans le fentir. Le mal de la mer dont ceux là font trauaillez , qui commencent a nauiger, eft vne chofe fort ordinaire, & neant- moinsli l’on ignoroitfon naturel, qui eft tant cogneu a tous les hommes,l’on penferoir que ce l ufl: le mal de la mort,de la façon qu’il afflige ôc Tourmente pendant le temps qu’il dure par le vomilFement d’eftomach, douleurs de tkeôc autres mil accidens fafclicux. Mais à la vérité ce mai 11 commun & fi ordinaire vient aux hom^ mes, pour la nouueautédel’airde la mer. Car combieri qu’il foit vray que le mouuemct du na- uire y aide beaucoup en ce qu’il s’efmcur plus ou moins, & mefme l’infecfHon &mauuaife odeur des chofes des nauires.Neantmoins la propre ÔC natm ellecaufe eft l'air & les vapeurs de la mer. ^ tellement le corps e^fcltornach, qui n’yfont point accouftumez, qu ils en font raerueiileufement efmeus ôc chà- gez. Car l’air cil: l’element par lequel nous vi- uons & refpirons , l’attirant dedans nos mcfmes entrailles , lefquelles nous baignons ôc arrou- ons diceluy : c’eft pourquoy il n’y a chofe qui altéré fl toft. &aucc tant de force, que lechan- gernent de l’air que nous refpirons , comme l’on Yoid en ceux qui meurent de pefte. Ccfl chofe M ij Histoirs natvrelle appronuees par plufîeurs experiêces,que l’air de la mer eft principal moteur de celle eftrange in- difpol] tiô -, l’vne ell que quand il court de la mer vnair fort, nous voyons que ceux quifontcii terre fe fenrent du mal de la raer,comme il m’ell aduenuplufieurs fois. V ne autre que tant plus auât l’on entre dans la mer,^ que 1 on s efioigne de terre, plus on efi: atteint & ellourdy de ce mal; vnc autre qu’allans le long de quelque Ille , &venans par apres à emboufeher en la plaine mer, l’on y trouue en ceft endroit l’air plus fort. Encor que ie ne vueille pas nier que le mouue- ment& agitation ne puilEe caufer ce mal, puis que nous voyons des hommes qui en font épris, palïans des riuieres en des barques, ôc d’autres qui en font de mefme en allant dans des cha- riots ou carolTes , félon les diuerfes comple- xions d’eforaacs; comme au contraire y en a d’autres , qui pour grolîe Ôc efmcuë que puilFe eftre la mer, ne fen fentent iamais. Parquoy c’eft chofe certaine & experimentee, que l’air de la mer caufe ordinairement ceft effed en ceux qui de nouueau entrent fur icelle. l’ay voulu dire tout cecy , pour déclarer vn effed eftrange qui aduient en certains endroits des Indes, où l’air ôc le vent qui y courteftourdit les hommes, non pas moins, mais d’auantage qu’en la mer. Q^lques-vns le tiennent pour fable , d’autres difent que c’eft addition , de irxa part, le diray ce qui m’eft aduenu: 1 1 y a au Peru vne montagne haute qu’ils appellent Pariaca-^ ca, & ayant ouy dire &parlcr du changement qu’elle caufoit, i’allois préparé le mieux que ie DES Indes. L IV. III. «j pouuoisfelon l’enfeignemenr que donnent par deia ceux qu’ils appellent Vaquianos ou ex- perts: mais neantmoins toute ma préparation qnand le vins à moi^ter les efcallicrs qu’ils ap- pellent qui cftle plus haut de celle monraane lefüslubitcmentatreint&rurprinsd’vn mal fi mortel & ellrange , que ie fus prefqnc fur le poinddemelaiflerchoirde la monture en ta- re, & encor que nous fuffions pluheurs de com- ' pagine, chacun halloit le pas fans attendre fon compagnon, pour fortir viftement decemau- uais pallage. Me trouuant donq feul auec vu Indien , lequel ie priay de m’aider à me tenir fur lamonture, ie fus épris de telle douleurde fan- glots &devomiiremens, queiepenfay ietter rendre lame. D’autant qu’apres auoir vomy la viande, les phlegmes & la colere, l’vneiaune & lautreverde, levinsiufques à ietter lefano- de la violence que ie fentois en lellomach , ie dfs en hn, que fl cela eut duré, ieulTepenfé certaine- ment ellrearriué à la mort. Mais cela ne dura quecommetroisouquatreheures, iufquesà cè . que nous fulïîons-defcendus bien bas^ eSc que nous- fullions arriuez en vne température plus conuenableau naturel, où tous nos com paon ôs qui efloyent quatorze ou quinze, clloyeiiîforî tanguez, quelques vns cheminans demandoient conlciTion, penfansrcallementmourir , les au yesmettoyentpiedà terre, & elloyenr perdus de vomilTement, & de force d’aller à la felle, & me fut did qu autresfois quelquesvns y a- uoyent perdu la vie de ceft accident, levdsvn hommequife dcfpitoit contre terre , fefcrianr - „ M iij / Histoire natvrelie de rage & douleur que luy auoit caufé lepalîà- 'gede Pariacaca. Mais ordinairement il ne fait point aucun dommage qui importe , autre que ceft ennuy & fafeheux defgouft qu’il donne pendant qu’il dure, & n’eft pas feulement le pas de la montagne Pariacaca , quiacefte pro- priété , mais auflî route celle cliainc de monta- gnes qui court plus de cinq cens lieues de long,* & en quelque endroit que Ton la pa(lè , l’on fent celle cil range intemperature, combien que ce foir en quelques endroits plus qu’és autres, & plus à ceux qui montent du collé de la mer, qu'à ceux qui viennent du collé des plaines. le l’ay palTce mcfme outre de Pariacaca par Lu- canas & Soras, & en autre endroit par Colle- guas ,& en autre par Cauanas, finalement par quatre lieux dilFcrens en diuerfes allées & ve- nues, ôctoufiours en cet endroit ay fenty l’al- teration &ellourdilïcment quei’ay diél , encor qu’en nul endroit ce n’a ellé tellement que la première fois en Pariacaca., ce qui a ellé expé- rimenté par tous ceux qui y ont palTc. Et n'y a point de doute que la caufe de celle intempe- rature & fi ellrange alteration ell le vent,ou l’air qui y règne, pource que tout le remede ( & le meilleur qu’ils y trouuent) cil de fe boulcher tant que l’on peut le nez, les oreilles & la bou- che, & de fe couurir d’habits, fpecialcmentl’e- ftomac, d’autant que l’air cil fi fubtil&peiî«- trant,qu’il va donner iufques aux entrailles : Sc non feulement les hommes fentent celle alte- ration, mais aufii les belles, qui quelquesfois fiarrellenr, de forte qu’il n’y a efperoii qui les. desIndes. Liu.' HT. ' 91 puifîc faire aduancer. De ma part ie tiens que celieucft vn des plus hauts endroits de la ter- re qui Toit au monde: car l’on y monte vne ef- pacedefmefuree, & me femble que la monta- gne Neuade d’E]^agnc, les Pyrenees &les Al- pesd’Italie (ont comme maifons communes à 1 endroit des h'autes tours. Parquoy ic me per- fuade J que lelernent de l air eft en ce lieu là iîfubtil & fi délicat, qu’il ne fe proportionne point à la refpiration humaine, laquelle le re- quiert plus gros & plus temperé , & croy que c eft la caufe d’alterer fi fort l’eftomac , 6c trou- bler toute la dilpofition. Les palîages des mon- tagnes Neuades & autres de l’Europe queiay veucs, combien que l’air y foit froid , Ôc qu’il trauaille & contïaigne ceux qui y palïenrdcfe ^ veftir , neantmoins ce froid n’ofte pas l appetit de manger , au contraire il le pronoque , ny ne caufe point de vomifièment en l’eftomac , mais feulement quelque douleur aux pieds , êc aux mains. Finalement leur operation eft extérieu- re , mais cil des Indes que ie dy , (ans trauaillcr ny les pieds ny les mains, ny auèune partie ex- térieure, brouille toutes les entrailles au de- dans, 6c ce qui eft plus admirable, il auiént au mefine endroit que le Soleil y eft chaud, qui me fait croire que le mal que l’on en reçoit vrênt de la qualit é de l’air que Ton y relpire, d’autant qu’il eft tres-fubtil 6c tres-delicac, 6c que fon froid n’eft pas tant fcnfible comme il eft pénétrant. Toute cefte chaine de montagnes eft communément deferte , iàns aucuns villa-, ges ny habitations des hommes, Ac'forte qu’à M iiij Histoire natvrelle peine Ton y troiiue des petites maifons ou rc- traittes pourylogerlcspaiTansde nuid. Il n’y a non plus d’animaux ^ ou bons ou mauuais , fi ce n’cft quelques Vicunos, qui font des moutons du pays , lefquels ont vnc propriété eftrange & merueilleufe, comme ie diray en fon lieu. Llier- bc y eftfouucntesfois bruflee& toute noire de l’air que ie dis , ôc ce defert dure comme vingt cinq à trente lieues de trauerfe j ôc contient de lôgueur,côme i ay did , plus de cinq cens lieues. Il y a d’autres deferts ou lieux inhabitez, qu’ils appellent au Peru Punas ( pour parler du fécond poind que nous auons promis ) où la qualité del’air îrenche les corps & la vie des hommes, fanslefentir. Au temps palfé les Efpagnols che- rainoyentdu Peru au Royaume deChillé, par la montagne : auiourd’huy l’on va ordinaire- menrparmer, & quelquesfois lelongde la co- de : & combien que le chemin y foit ennuyeux &fafcheux, il n’y a pas toutesfoistantdedan- ger, qu’en l’autre chemin de la montagne , où il y-a des plaines , au paflage defquelles pluheius hommes font morts &c péris , & d’autres en font efehappez par grande^ aduantdre, dont les vns font dèmeurez eftropiez. ^ll court en exft en- droit vn petit air, qui n’cft pas trop fort ny vio- lent, mais il pénétre de telle façon , que 1 es hom- mes y tombent morts quaf fans fefentir, ou bien les doigts des pieds & des mains y demeu'*- rent: ce qui pourra ferabler chofe fabuleufe, ôc routesfois c’eft chofe ver/table. , l’ay cogneu Sc long temps fréquenté le general Hierofme Cofeilla, ancien pcupleur de Cufco , qui aiioit DES lïÎDES. LlV.^ lîL 5,5 perdu trois ou quatre doigts de pieds , quiluy romberent en paflànc ies deferts de Chillé , par ce qu’ils auoienr cfte atteints & pénétrez de ce petit air , & quand il les vint à regarder , ils eftoient défia tous morts , ôc tomba-ent d’eux mefines fans luy faire aucune douleur , tout ain~' fi quetombedelarbre vneporaegaftcc. Ce Ca- pitaine racontoit qued’vne bonne armée qu’il auoit conduite & palfée parce lieu les années precedentes, depuis ladefcouuertcdece Royau- me fai dlc par Almagro, vne grande partie des homme s y demeurèrent morts ^ & qu’il y vid les corps tftendus parmy le defert , fans aucune mauuaifc odeur ny'eorruptiô* Adiouftât d’aiian- rage vne chofe fort eftrange^q u’ils y trouuercnt vn ieune garçon yioant, lequel eftantenquis co- rne il auoit vefeu en ce lieu ,;dift qu’il s’eftoit ca- ché en vne petite cauerne, d’où il fortoit, pour couperauec vn petit coufteau, de la chair d’vn chenal mort, & qu’il fedoitainfi fobftànté long temps, aucc ne fpy combien de compagnons, qui fe maintenoient de celle façon, 'mais que défia ils y eftoient tous demeurez. Tvn mourant auiourd’huy & demain i’autreidifant qu’il ne de- lîroit autre chofe que de rhourir làaucc les au- tres, veu qu’il ne fen toit défia plus' en luy aucu- ne difpofirion pour aller en vn autre endroit, ny pour prendre gouft en aucune chofe. l’ay entendu le raefme d’autres ,& particulièrement d’vn qui eftoit de noftre compagnie , lequel pour lors ellant feculier auoit palfé par ces ^de- ferts , Sc cil vne chofe mcrueilleufe que la qua- lité de cell air froid, qui tue Ôc conferue aufii Histoire natvrelle tout cnfemblc les corps morts fans corruption, le l’ay auffi entendu d Vn venerable Religieux de l’ordre de Saind Dominicque & Prélat d ’icellc, qui lauoit veu paffant par ces deferts,& qui plus cft, rac conta , qu’eftant contraind d’y palfer la nuidjpourfc dcffendre & remparer contre ce vent fi mortel que ie dy qui court en ce lieu , ne trouuantautrechofcà propos aflembla grande quantité de ces corps morts qui eftoientlà , ôc fit d’iceux comme vne muraille de cheuct de lid , de celle façon il dormitjes morts luy don- nans la vie. Sans doute c’eft vn genre de froid que ceftuy-là fi pénétrant qu’il cfteint la chaleur vitale en coupant fon influence: & d’autant qu’il cft aufi trésfroid il ne corrompt ny donne putre- fadlion aux corps morts , parce que la putre- faélion procédé de chaleur Ôc d’humidité.Q^ant àPautre forte d’air que l’on oit refonner foubs la terre, & qui caufe des tremblemcns , plus aux Indes qu’es autres régions , i cnparlcray en trai- tant des qualitez de la terre des Indes.Maintc- nantnous nous contenterons de ce qui cftdit des vents & de l’air , ôc paflerons à ce qui fe pre- ferjtc du fubiet de l’eaUc De l'Océan qui circuit les Indes de la mer du Nort celle De 5 Indes. Liv. III. 5,4 N T R E les eaucsjla mer Ocea- nc a la principauté, par laquelle les Indes ont efté defcouuertes, qui toutes font enuirônécs d’el* le mefme,car ou ce font Ifles de r 1' n ~ Occanc , ou bien terre ferme laquelle mefme en quelque part qu'elle fi- mlTe Ôc sacheue , cil: toufiours bornée deceif Océan. lufques auiourd’huy l’on n’a point def- couucrtau nouueau mondeaucune mer Médi- terranée comme il y en a en Europe , Afie ôc Al-nque , efquelles il entre quelque bras de ce- lte grande mer, &fontdesmers diftinéles pre- nansles noms des prouinces & terres quelles vont baignant , & prefque toutes les mers Me- direiTances fe continuent ôc ioignent entre eux &auec le mefme Océan , par le deftroitdc Oilbatar , que les anciens nommèrent Colom- nesde Hercules. Combien que la mer;Pvouac e mt eparée dé ces autres Mediterranées, nitre toute feule en l’Océan Indique, & la mer Oalpie ne feiointauec aucune autre. Doneques aux Indes, comme i’ay dit , l’on ne trouue point d autre mer queceft Océan, lequel ils diuifent en deux ,1 vn qu’ils appellent mer du Norr, ôc 1 autre mer du Sud 1 pource que la terre des In- des Occidentales , qui fut premièrement def- couuertepar l Oceap, quiarriueiufquesà l’E- Ipagnc, cil: route lîtuée au Norr; &par icelle terre ion a defcouucrt depuis vne merde l’au- je colle, laquelle ils ont appcllée mer du Sud, dautantqu’ils defeendirent, iufques à palfer la ligne, Ôc ayans perdu le Norc ou pôle Arélique, HerodolVA luutisi. Histoire natv relie qu’ils appelleient Sud : pour cefte caufe l’on a appellé la mer du Sud tour ceft Océan, qui eft de l’autre cofté des Indes Occidentales, encor qu’vne grand’ partie d’icelle Toit fituée au Nort, comme l’eft toute la colle delà ncufue Efpagnc Nuaragna,Guatimala & Panama.L’on dit que le premier defcouureur de celle mer fut vn Bla- feonunes de Balboa , & qu'il la defcouurir par l’endroit que nous appelions auiourd’huy ter- re ferme, où la terre s^ellrelTir , & les deux mers s’approchent de lî près l’vne de l’autre qu’il n y a que fept lieues de dillance Car combien que l’on en chemine dixhuid , de Nombre de Dios à Panama , neantmoins c’ell en tournoyant, pour chercher la commodité du chemin, mais tirant par la droite ligne , l’vne mer ne fe trouue- ra dillan te de l’autre de plus que iay dit. Cal- ques vns ont difeouru & mis enauantdc rom- pre le chemin de fept lieues , afin de ioindre vnc merauec l’autre, pour rendre le pafiage duPe- ru plus commode & plus aifé , parce que ces dixhuiél lieues de terre, qu’il y a entre Nom- bre de Dios & Panama, emportent plus de def- pence & de trauail que deux mil trois cens qu’il y a de mer. Sur quoy toutesfois quelques vos ont voulu dire que ce feroit peur noyer la terre, difans qu’vne mer eil plus baife, que l’autre. Comme au temps paffé l’on trouue par les hiftoires , que pour la mefmc confideration, l’on delaiifa Pentreprinfe , de vouloir ioindre & continuer la mer Rouge auec le Nil, du temps du Roy Scroftris,& depuis de 1 Empire d’Otho- man. Mais de ma partie tiens tel difcours& DES Indes. Liv. III. propofition pour chofe vaine , encor que cec inconucnienc allégué n y deuft point efchoir, lequel aulîi ic ne veux pas tenir pour certain, & croy , qu il n y a puillance humaine , qui fuft lufïirante pour rompre & abbatre ces rres-for- tes & impénétrables montaignes , que Dieu a miles entre les deux mers, & lesahiites déro- ches tres-dures , afin de fouftenir la furie des deux mers. Et quand bien ce lcroit chofe polîi- ble aux hommes , il me femblc que londeb- uroif craindre lechafiiementdu Ciel, en voulant corriger les œuures que lelCreatcur par fa gran- de prouidencc a ordonnées?, ^ difpofées"cn la fabrique^dc cet vniuers. LaifTant donc ce dif- cours , d’ouurir la terre, &vnir les deux mers enfembic, il y en a vn autre moins téméraire, mais bien difficile Sc dangereux de rechercher, fi ces deux grands abifmes fe ioignenten quel- < que partie du monde, qui fut lentreprinfe d® Fernande Magellan, gentil-homme Portugais, duquel la grande hardieffe & confiance, effi la lecherche de ce fubjed , de heureux fuccez qu ileuflen le trouuant, donna le nom d éter- nelle mémoire , à ce deflroir que iuflement l’on ^pelle,du nom defon defcoimreur, Magellan. Duquel deflroit nous traitterons quelque peu] œmme d Vne des grandes merucilles du monde! Q^lques vns ont creu, que ce deflroit que Ma- gellan trouua en la mer du Sud, n’eftoir point, ou bien qu il s efloit referré, comme Dom A- lonlc d’Arfilla eferit en fon Auracane, &aii- ^lourd huyyenaqui difent, qu’il n’y a point de teiddtroir, mais que ce font desifles, entre la Hisi^oire natvrelle mer Se la terre , pource que la terre ferme prend fin en cet Endroit, 5c au bout d’icelle font tou- tes Ifles, outre lefqnelles, fvne mer fe ioint plai- nement, auec l’autre, ou pour mieux dire eft route vnemerme mer, Mais a la vérité c eft cho- fecertaincqu’ily avndeftroit & de là teireforc longue, &fortcftenduc d’vncofté ôc d’autre: bien que l’onnayt encore peu cognoiftre, iul- ques où fepeut eftendre cela qui eft de l’autre cofté du deftroit au Sud. Apres Magellan palTa le deftroit, vne nauirede l’Euefque de Plaifance, ! DomGuitieres'jCarnaial, de laquelle ils diferrt queleMaft eft encor àLyma à l’entrée du Pa- lais, l’on alla depuis par le cafté du Sud, pour def- couurir ce deftroit, parle commandement de DomGuarciadeMendoce, qui pour lorsauoit le aouuernement de Chillé.Suyuant quoy le Ca- piuine Ladrillero,le trouua 5c le palîa.Pay leu le difeours 5c la narration, qu’il en a faide, où il dit qu’il ne fe bazarda de defembarquer le deftroit mais qu’ayant defiaÙecogneu la mer du Nort , il retourna arriéré pour lafpreté du temps , 5c que THiiier eftoit jà entré, qui caufoit que les vagues venants du Nort eftoient groftes 5c bondilPan- tes , 5c les mers toutes efeumantés de furie. De noftre temps François Drach Anglois,a pafte ce j mefme deftroit-, Depuis luy le capitaine Sar- j miento le pafta par le cofté du Sud , 5c tout der- j niercmcnt,cn l’an de mil cinq ce ts quatre vi^ts 5c fept,d’autres Anglois l’ont pafte , par l’inftru- dion qu’en donna Drach, lefquels de prefent i-audent la cofte du Peru, Ôc pource que le rapord qu’cnafaidlc maiftre Pilote, quile pafta, mc^ r LI .^ndes. Liv. tu. 56 Icmble notablcjic rinfcreray icy. _ comme l’on le ^djfa dti cojlé du> Sud, Chapitre XI. N-l’an dcnoftrc Salut mil cinq cents foixantc & dixncuf, ayant François Drach palTé le deftroit de Magellan couru la code de Chillé,& de tout lePeru, &prins lenauire defaina Icand’An- thona, où il y auoitgrandc quantité de barres d argent, IcViceroy Dom François de Tolfede - arma&enuoya deux bonnes nauircs, pourre- cognoiftre le deftroit, allant pour Capitaine d icelles , Pierre Sarmicnro homme doéte en ro ogie. Ilsibrtirentdc Callao de Lyma, an comniencementd’Odobre,&pource qu’cn ce- lte cafte il court vri vent contraire, qui {buffle touhours du Sud ,. ils saduaneererrt beaucoup en la mer, Payants nauigé peu plus de trente loiirs auecvn temps fauorable.fe trouuerent en k hauteur du deftroit. Maisd’autant quïleft fort difficile de le recognoiftre, ils s’approchè- rent de terre , où ils entrèrent en vnc grande Anle,enlaqueileilyavn Archipelague d’ffles. armienra s’obftinoit, que là eftoit le deftroit & tarda plus d vn mois à le chercher , par diiiers' en roits, montant ffir de tres-bautes montai- gnes en terre. Mais-Voyant qu’il neletrouuoit point, alarequefteque ccuxde l'armee luyft. rent, retournèrent en fînà rortirenia mer,où Histoire natvrelle il fit largue/ Le mcfmeiour furuint vn temps alTez rude.aucc lequel ils coururent , & au com- mencement de la nuid veirent ne feu de la Ca- pitaine, quiaufli toft difparut , tellement que fautre nauire ne la veidiamais depuis. Lciour enfuyuant durant toufiours la force du vent, qui eftoit trauerfain , ceux de la Capitaine re- coeneurentvnc ouuerture, qiiefaifoit la terre, de trouuercnt bon de s’y retirer a l abry *, iufques à ce que la tempelle full appaifec. C e qu il leur fucceda de telle façon, quayans recogneurou- iierture ils veirent , qu’elle alloitde plus en plus entrant dedâs la terre, & foupçonnâs que ce fuft le deftroit qu ils cherchoient, prindrent hau- teur au Soleil , ou ils fe trouuerent en cinquante & vn degré & demy , qui eft la propre hauteur du deftroit:& pour s alfeurer d auantage, mirent le briguantin hors , lequel ayant couru plufieurs lieues dans ce bras de mer fans en voir la nn, recogneutque ceftoitlà le deftroit. Et pour ce qu’il? anoient ordre de le pafter, ils laiftcrent vue haute Croix plantée là & des lettres au bas afin que fi l’autre nauire arriuoit là , elle euk nouucllcs de la Capitaine , &lafuyuift. I s pal- ferent donc le deftroit en temps fauorablc, & fans difficulté , & fortis en la mer du Nort , arri- uerentcnienefçay quelles Ifles, cuils recueil- lirent dd’eaue & fe rafraifchircnt. Çelà pnn- drcntleur route au Cap de vert. D’oulc P^rc maicur retourna auPeru , par la voyc de Car- thagenc , & de Panama , & apporta au Viceroy le difeours du deftroit, & de tout le fuccez, don* il fut recompenfé félon le bon feruicc qu il auoi 1 : des Indes. Liu. ITI. ftit. Maisk Capitaine Pierre Sarmknto, du CapdevertpalTaenSeuille.enla meftne nani- re quil auou palTele deftroit, & fut à la cour ou fa Maiefte le recompenfa, &àfon inftance fit commandement ledreflèr vne groflè armée’ qu’il enuoya foubs la conduite de Diego Fl o’ rezde Valdez pour peupler & fortifier ce deftroit. Toutesfois celle armee apres diuers ticlpencè &aifez peu deffea. Reuenantdoncàl’autrenauire Viçad- imrale, quialloitenla compagnie de la Capi- tame,l ayantperdue, auec le Temporal quei^y dit , el.e fe mit a prendre la mer , le plus qu’elle peut; mais comme le vent eftoit trauerfain & tenipeaueux,ils cuidercnt certainement périr, defortequilsfeconfeflérent tous, fe prepa- rans a la mort.ILa tempeile leur continurtrois loursfans s appaifer, &àchaque heiireils pen- loient deuoir donner en terre . mais il leur ad- umt bien au contraire , car ils falloient plus ef- ioignans delà terre , iufques àla fin du troifief- meiour.que latempeftefappaifi,. &lors pre- nants hauteur , ilsfetrouuerenten cinquLte fix devrez, toutesfois voyant qu’ils n’auoyent donne au trauers. &aucontrairc ils eftoyent efioignez de la terre, fe trouuerent tous efmer- ueillez.Dourls iu«rent( comme Hernande' Umero pilote de ladite nauire me le conta) que a terre qui eft de l’autre cofté du deftroif; com- me nousallonsparlamerduSud , ne couroit pas mefinerumb que iufques au deftroit, mais pu ellefetoutnoit vers le Leuant; Car autre- ment c euft efté chofe impoflible , qu’ils n’euf- N 'Histoire katvrilli fcnt aborde la terre , ayans couru tant de temps pouiïez de ce trauerfain , mais ils ne palîèrent point plus outre , & ne veirent non plus Ci la terre s’acheuoitlà, ( ainfi que quelques vns veu- ! lent dire ) que c’eft vne Ifle que la terre de l’au- tre codé du deftroit, & que là les deux mers de Nort & Sud fe ioignent enfcmble , ou fi elle al- loit courant vers TEft , iufques à fe ioindre auec la terre de Vida , qu’ils appellent , qui refpond au Cap de bonne Efperance.comme c’ed l’opi- nion d’autres. La vérité de îcecy n’cd encor au iourd’huy bien cogneue , & ne fe trouue aucun qui aye couru cede terre. Le Viceroy Dom Martin Henricque,me dit , qu il tenoit pour in- uentionderAnglois,lebruit qui auoit couru, de ce que ce dedroit hiCoit incontinent vne ^ Ifle & fc ioignoient les deux mers ; Pour ce que edant Viceroy delà neufue Elpagne,il auoit diligemment examiné le pilorte Portugays que FrançoisDrac y laiflà,& neantmoins n’auoit au- cunement entendu telle chofe de luy. Mais ce- doic vn vray dedroit, & terre ferme des deux co- ftez.Rctournant donc ladite Viçadmiralle, ils reco& les flots de la mer t duSud,n’yfontnon plus furieux à caufe de la profondeur qui eft en cefl: endroit , dedans la- quelle profondeur ces mefmes flots fc rompent ôc fe noyenr.Il eftbié vrayqu’en temps d’Hyuer le deftroit eft innauigeablc pour les tcmpeftes.& furies des mers qui y font alors .Ccftpourquoy quelques nauiresqui fèfbnt ingerez de paflèr ce deftroit au téps d’Hyuer,fefont perdus. fYn feul nauirc fapafle du cofté duSud,qui eft laCapitai- ne,que i’ay ditte, & ay efte bien amplement in- forme de tout ce que i’ay dit par le pilote d’icc- luy appelle Hernaridc Alonfe, & ay veu la vraye defeription ôc cofte du deftroit qu'ils firent ôc tracèrent en le palïànt,de laquelle ils apporterét lacopieauRoy d’Efpagnc , & l’original à leur Viceroy auPeru. ‘ f "DhJIhx O' rejîux de U mer O cerne es Jndes, C hap.’ XIIII. N des admirables fccrcts de nature eft le flux ôc reflux de la mer , non feulement pour cefteeftrange pro- priété , de croiftre ôc deferoiftre, mais auflî beaucoup d’auantage pour la diffe- N iiij Histoire natvrelle rcncc qu’il y a en cela en Miucr fes mers , voire en diuerfes colles d’viie mefmc rner. Il y a des mers qui n’ont ne flux ny reflux iournel , com- me l'onvoid en laMediterranée iiiterieurequi c II en lamerThyrrcnc, &toutesfois il y a flux & reflux par chafquc iour en la mer Mediterra- née fuperieure,qui ell cellede Venife , qui don- ne occafion à bon droit de s’en efmerueillcr en ce que toutes ces deux mers eftans Meditcrra- nées, & celle de Venife non plus grande que l’autre, fi cft-ce qu elle a du flux & reflux com- me l’Océan, & celle autre mer d’Italie n’en a point. Il fc trouuc quelques mers Mediterra- ncesqui manifellement croilîcnt & diminuent chafque mois , & d'autres qui ne croiflènt ny auiourny aumoys. Il y a d’autres mers comme l’Occean d’Efpagne qui ont le flux & reflux de chafque iour , & outre celluy-làils ont auflî celuy de chafquc mois qui vient deux fois, àfça- uoir à l’entrée,& au plein de la Lune, & l’appel- lent grande mer. Or de dire qu’il y ait quelque mer,qüiaye le flux 6c reflux de chafquc iour , & n’aye celuy du mois , ie n’en fçachc point. C’ell ceofeefmerueillable, que la diuerlité que l’on void és Indes fur ce fubieél : car il y a des en- droits où la mer chafquc iour monte & dimi- nue deux lieues, comme l’on void en Panama, & au haut de Teau elle monte beaucoup d*a- • uantage , il y en a d’autres où elle monte & s*a- bailTe fi peu , qu’à peine en cognoilt onja diffé- rence. Oeil l’ordinaire de la merOceaned’a- uoir fon flux Ôc reflux iournel , & ce reflux iournel ell deux fois au iour naturel, Ôc s’aduan- DES Indes. Liu.III. loi ce toufiours de trois quarts d’heure en vn iour pluftoft qu'en l’autre , fuiuant le mouucmcnt de la Lune. Parainfila mareé n’cft iamais en vne mefmc heure d’vniour , qu elle cft en celle de l’autre. Quelques vns ont voulu dire que ce flux & reflux procedoit du mouuement local de l’eaue de la mer , de forte que leauc qui vient croiflànt en vn coftc, va dccroiflànt en l’autre quiluy efl: contraire, tellement qu il eft plaine merenvn endroid lorsque la mer eft baflcen la partie oppofitc , tout ainfi que l’on void en vne chaudière pleine d’eâiic que l’on remue, quand elle panche d Vncôfté l’eaue augmente, & à l’a^utre coftc elle diminue. Il y en a d’autres qui afferment que la mer en vn mefine temps croift en tous endroits & en vn mefme temps elle y diminue tout ainfi que le bouillô d’vn pot, fortant du centre s’eftendà tous endroits, ôc quand il cefle il diminue aufîi de toutes parts. Cefte fécondé opinion eftvraye, & la peut-on tenir , félon mon iugement, certaine & expéri- mentée , non pas tant pour les raifons que les Philofophes en donnent en leurs Mcteores,quc pourl expcrience certaine que l'on en a peu fai- re. Car pour mefatisfairedecepoint &queftion iedemanday fort particulièrement au fufdit pi- lote, comment cftoient les marées qu’il trouua au deftroit, 6c s’il eftoir ainfi que les marces delà mer du Sud deferoiflbient , au temps que celles de la iT^du Nort montoienr. Etau contraire, pourquoy cefte demande eftant véritable, ilad- uenoit que le croiftre de la mer en viî endroit, cftoit deferoiftre en l’autre, qui eft-ce que la pre- Histoire natvrelle miere opinionafFerme.il nîe rcfpondit qu’il n en eftoitpas ainfi,mais que 1 ô voyoit & recognoif- foit apertemét que les marées de la mer du Nort & celles de la mer du Sud croilîoienr en melmc temps tant que les vagues d vne met, fe rencon- troicnt auec celles de l’autre & qu’en vn mefmc temps aufîi elles commençoient à defcroiftrc chacune en fa mer j difant que le monter & def- cendre eftoit chofè qu’ils voyoient chafque iour, 6c que le coup ôc le rencontre d’vn flux à l’antre fefaifoit (comme i'ay dit) aux foixante ôc dix lieues de la mer du Norr, & aux trente delà mer du Sud. D’où l’on peut recueillir maiiifeftement que le flux ôc reflux de l’Océan n’eft pur mouue- ment local, mais pluftofl: vne alteration &fer- ucur,par laquelle rcalemê t toutes les eaucs mon- tent ôc croilFent tout en vn mefme temps , ôc en autre elles s’abaiflent& diminuent ainfl que le bouillon du pot, dont i’ay parlé cy ddîus. Ilfe- roit impoflîblede comprendre ce point par ex- périence, fl ce n’eftoiten cedeftroit oùfeioint tout l’Occan d’vne part ôc d’autrc,car il n’y a que les Anges qui le peulfent voir ôc rccognoiftrc par les codes oppofites , d’autat que les hommes n’ont point la veuë allez lointaine , ny le pied af. fez vide ôc leger qu’il feroit de bcfoin,pour por- ter les yeux d’vn codé à l’autre en fi peu de temps qu’vne marée donne de loifir , qui font feule- ment fix heures. DES Indes. Lrv. III. joz J) e dtuers f&ijfons, er de U mmiere de fefcher des Indiens. Ch AP. XV, y a en lOcc.in des Indes, vue innom- brable muiritude de poifTons, les eC- *pcces & proprietcz dcfquels , le feul ^Créateur peut déclarer. Il y en a plu- lieurs, qui font de mefme genre, que ceux que voyons en la merdebEurope, comme font fain- tes & allofes, qui montent delà mer, aux riuie-' res, dorades, fàrdincs ôc pluficurs autres. Il y en a d autres , dont ie nepenfè point en auoir veu par deçà de fèmblables , comme ceux qu'ils appelIentjCabrillas, quirefemblent , de quel- que ebofe , lestruittes, & les appellent en la neufue Elpaignc, bobos, Ôc moment de la mer aux riuicres. le n’ay point veu par delà de befu- gues, nyde rruittes, encor qu’ils diient qu’on en trouue en Ghillé. De Tonineil y en a en quelques endroits de la. cofte du Peni , mais c efl fort rarement , & font d’opinion , qu’à cer- tain temps ils vont frayer au deftroit de Ma- gellan comme ils font en Elpagnc au deftroir dç Gibaltar. Etpour celle occaiîon , bon en trouue dauantage, enlacoftedeChillé, combien que celle quei’ay veuc par delà , n’eft telle que celles d Elpagne. Aux Illes qu’ils appellent de Barloué- rc qui font Cube,làind: Dominicque, port riche & lamaique,! on trouue vn poiiïbn qu’ils appel- lent Manati , cftrange clpece depoilfon , Ci poif- fon l’on doit appellcr, vn animal qui engendre Histoire natvrelle fcs petits viuants,& a des mammelles & da laiâ: dont il les nournft,pailTant l’herbe aux champs, mais en efFe£fc,il habite ordinairement en Icaue, & pour cefte occalîon ils le mangent comme poiiîbn , toutefois lors quei’en mangeay,quifut àS.Dominicque vniour de Vendredy, i*auois quelque fcrupule, non point tant pource qui eft dift, comme parce qu’en couleur & faueur, il cftoit femblable à des morceaux de V eau,& auflî cft-il grand Ôc de la façon d’vne vache, par la par- tie de derricre.Des Tiburons , ôc de leur incroy- able voracité , ic m’en efmerueillay auecraifon, lors que ic veids que d'vn , qu’ils auoient prins, (au port que i'ay dit) luy tirèrent du petit ventre vn grand coufteau de boucher, vn grand haim de fer, ôc vn morceau de la telle d’vne vache, auec fa corne entière, encorne fçay li toutes deux y eftoient point. le veids en vneanfeque fait la mer où l’on auoit pendu en vn pieu , pour palletcmpsvn Cartier de cheual, qu’en vn mo- ment vne compagnie de Tiburons vindrent à l’odeur , où afin d’auoir plus de plaifir , la chair du cheual ne touchoic pasenl’eaue, maiselloit eüeuée en l’air, ie ne fçay combien de palmes, ôc celle bande de poiffons eftoient à l’entour, qui fautoient(5c d’vne atteinte en l’air couppoient chair & os , dvneeftrange viftefte , tellement qu’ils decoupoient le mefme iarct du roulïîn comme fi c’euft efté vn tronc de lai6luc,d autant qu’ils ont les dents trenchantes comme rafoirs. Il y a des petits poilfons qu’ils appellent, ram- i bos, qui s’attachent à ces Tiburons , &lcfquels / ils ne peuuent chalTer,&: fe nourriflent de cc qui V peuuentchalTer; DES Indes. Liv. III loj cfchappe par les coftez à ccs Tiburonsr il y a d’autres petits poillons qu’ils appellent, poiC- fons vollans,lefquels l’onrrouuc danslcsTro- piques, & ne penfe point qu’il y en ait ailleurs, ils font pourfuyuis par les Dorades , Sc pour s’efchapper d’icelles fautent de la mer, &vont aflez loing en l’air , & pour celle caufe les appel- lent poilibns volans, Ilsontdes ailles comme de toillc , ou parchemin qui les fouPJenncnt quelque temps en l’air. Au nauire où i’allois en voila ou fauta vn , que ie veids , &remarquay la façon que ic dy des ailles. Il ell fouucntfait men- tion és hilloiresdes Indes, deslezards,ou cay- mans,qu ils appellent, & Ibntdc vray ceuxquc Pline, &les anciens appcücnt crocodiles , on les trouue CS colles &riuieres chaudes j car aux colles & riuieres froides,il ne s'en trouue point, Ceftpourquoyiln’y en a point entoure la co.» lleduPeru,iufqucsàPayra, mais de là cnauanî 1 on en trouu% ordinairement es riuieres. C’clî vn animal tres-fier & cruel, combien quùlfol fortlent& pefant. Il fait fachalfe, &va cher- ' cher fa proyc , hors de l’eauc , & ce qu’il y prend vif,le va noyer en l’eaue, toutesfoisil ne le man- ge point que hors de l’eaue, d’autant qu’il a Iç gofier de telle façon, qiics'ily cntroitdel caue, ilfcnoveroit facillcmenr. Cellvnechofccf- merueillable,que le combat dVn caymanr, auec le tygre , dont il y en a de trcf-cruels aux Indes Vn religieux des nollrcs me raconta, qu’il auoic vcii ces bePes combatre crucllement,l’vnc con- tre l’autre, au nuage de la mer. Lccaymant, a- uec la queue, donnoitdc fort grands coups au Histoire natvrelle rygre, & tafchoit par fa grande force de l’em- porter en l eauë, &letygre auecfes griffes rc- ffftoir au caymant, l'attirant à terre. E n fin le ty- gre vainquit & ouurit le lézard , ce deutcftre parle ventre qu’il a fort tendre & fort délicat, car en autre partie il eft fi dur , qu’il n y a lance, voire à peine arquebufe, qui le puiffe percer. La victoire qu’eut vn Indien d’vn autre cayrnant, fut encor plus excellente, lecaymant luyauoit emporté vn fien petit fils , & quant ôc quant s cftoit plongé en la mer, dont l’Indien efmeu & courroucé, fe ietta incontinent apres, auec vn coufteau en la main, & comme ils font ex- cellens nageurs & plongeurs, & que le cayrnant nage toufîours à fleur d’eauë, illebleflaauven- trc,dc telle façon que le cayrnant fe fentant blef- fé,fortithorsauriuage, & lafeha le petit enfant iàmorr. Encor plus efmcrueillable eft le com- bat, que les Indiens ont auec les balaincs , en quoy paroift la grandeur & magnificence du Creatcur,de donner à vne nation fi baffe , com- me font les Indiens , l’induftrie & la hardieffe d’attaquer la plus fiere & plus difforme befte qui foit en r.vniucrs,&: non feulement de la com- batte, mais aiiffi de la vaincre,& d’en triom- pher fl gaillardement. Confiderant cela , ic me fuisfouuenu plufleurs fois, dupaffage dupfal- mifte, qui dit de la balaine : Draco ifte.quern forma- padilludcndtim ei. Qi^llc plus grande moquefic peut-il eftre, que ce qu’vn Indien meme vne ba- leine auffi grande qu’vne montaigne, vaincue & attachec,auec vne corde î La façon & manié- ré dont vfent les Indiens de la Floride, ( félon DES Indes. Liv. III. 104 que m’ont raconté perfonnes expertes ) pour /prendre ces balaincs,dcrquelles y a grande quan- tité, eft qu’ils le mettent en vnc canoë, ou bar- que, qui eft comme vnc crcorce, & en nageant S’approchent du cofté delà balaine, puisdVnc grande dextérité ils luy fautent & montentfur le col , & là fe tient comme à cheual , en atten- dant Ion point i puis à fa commodité met vn ba- fton aifgii & fort, qifil porte auec foy , dans la feneftre delà narine de la balainc, i appelle na- rine, le conduit , ou pertuis , par où relpirent les baleines. Incontinentic pouife allant, auec vu autre bafton bien fort, & le fait entrer le plus profondément qu’il peut. Cependant la balei- ne bat funeufement la mer, &ellcue des mon- laignesdcauë, s’enfonçant dedans dVne gran- de violence, puis refforr incontinent, ne Sa- chant que faire de rage , l’Indien neantmoins demeure roufiours ferme & aflis, &pour luy payer l’amende de ce mal, luy fiche encor vn au- tre pieu femblable en l’autre narine le faifanc entrer de telle façon qu’il l’eftouppedu tout, & luy ofte la refpiration , & alors il fe remet en fa canoë, qiiil dent attachée au cofté delà balei- ne auec vnc corde, puis (e retire vers terre ayant premièrement attaché fa corde à labalaine, la- quelle il va fillant & lafchat fur la balaine,qui ce- pendant, qu’elle ttouue beaucoup d’caqc, faulrc dVn cofté & d’autre , comme troublée de dou- leur, & en fin s 'approche de terre, où elle de- meure incontinentà fec, pour la grandeenor- mite.de fon corps , fans quelle puilfe plus fc mouuoir, ny fe manier lors grand nombre Histoire natvrelle d’indiens viennent rrouiier le vainqueur, pour cueillir fes dcfpouillcs , ils acheuent de la tuer , la découpant, & faifant des morceaux de fa chair qui cft allez mauuailèjefqucls ils fcichent & pil- lent pour en faire delà poudre, dont ils vfent pour viande, qui leur dure long téps. Enquoy eft accomply eequieft ditenvn autre pfalinedela mefme baleine. Veâijh cum efu fo^ults ^thiopum. L’ Adelentadc Pierre Mendés racôtoit plulicurs fois celle pefchcrie,dc laquelle mefme fait men- tion Modardes en fonliure. Il y a vnc autre pef- cherie , dont vfent ordinairement les Indiens en la mer , laquelle , quoy qu’elle foit moindre, ne lailfe d’ellrc digne de raconter. Ils font com- me des fagots de ionc, ouvarigfcc , bien liez, qu’ils appellent Balfas , & les ayants portez fur Icursefpaulcsiufqiiesàlamer, lesyiettent, Sc j incontinent ils fc mettent delfiis , &ainli alTis j entrent bien auant en la mer , vogansaucc de | petites cannes , d’vn colle & d’autre , ils vont j vnc ôc deux lieiies en l^autc mer pour pefeher, | portails fur ces fagots leurs cordes ôc leurs rets, & fe foullenants fur iceux ils iettent leurs rets,& font la pefehants la plus grande partie de la nui£l,ou du iour, iufqufes à ce qu’ils ayent emply leur mcfurc , auec laquelle ils retournent fort contens. Certes ce m’clloit vnc grande récréa- tion, de les voir aller pelcher au Callao deLy- | ma,pourcc qu’ils elloient grandnombre, & ain- | fi chacun chcualier,ou affis , coupant les ondes | de la mer, à qui mieux mieux, lelquellesà 1 en. ^ droit oùils pefehent font grandes , & funcu-j fes, rcfcmbloient les Tritons, ouNcptunesv qu’on Des Inoes. Liv. III. loj qu’on peint ëeflbs rcaüe,& cftâs arriuez en ter- re tirent leur barque de rcaüc fur leur dos, la- quelle auiîî roft ils defFont&eftêdcnt fur le riua- gc à fin que les herbes fc fechet & cfgoutcnt. Il y auoir d'autres Indiens des vallées de Yca , qui auoientde couftume d’aller pefeher fur des cuirs ou peaux de loups marins , enflez & pleins de vent, ôc de fois à autre les fouffloient comme pelotes de vent, de peur qu’elles ne s’enfonfaf- fent. Au val de Ganete, qu’anciennement ils ap- pelIoicntleGuarco , il y auoit grand nombre depefeheurs Indiens, mais pource qu’ils refî- fterentàTlngua, quand il fut conquefter cefte terre , il feignit faire paix aucc eux : c’efl pour- quoy à fin de luy faire fcfte,ils ordonnèrent vnc pefche foIemncUe de plufieurs miliçrs d’in- diens, qui en leurs vaiflèaux de ionc, entrèrent en la mer,& au retour de l’Jngua , qui auoir ap- pareille quelques foldats couuerts, fit d’eux vn cruel carnage , & dcl à demeura celle terre tant defteupiec , combien qu’elle foit fi abondante &l:ertik. le VIS vne autre façon de pefeher où me mena le Viceroy Dom François de Toile- de: toutcsfoisce n’dloitpointcn lamer, mais en vne riuierc qu’ils appellent Grande en la pro- uince des Charcas.où des Indiens Chiraquanas le plongeoienten l’eaüe , & nageans auec vne admirable viftclfc fuiuoien t les poiflbns,& guec de darts ou harpons qu’ils portoient en la main droite nageans feulement auec la gauche bief- ^ ’ y baigner près du riuage , /«tant qu vn peu auant l'on ne pourroit fouffrir la chaleur. Au milieu de ce lac y a vn bouillon de plus de vingt piedsen quarre.quieftfa vrayefourcei&neant- înoins quoy que cefte fource en foit amfi grau- de,iamais on ne le void croiftre en aucune faço, & femble qu’il s’exhale de foy-mcfme , ou qu il ^ ait quelque iffue cachée &incogneue. On ne le | void non plus diminuer, qui cft vne autre mer- | ucillc, iaçoit que l’on en ait tiré vn gros ruifteau | DES Tndis. Liy. IIÎ. eourant pourfaire moudre certains engins pour le merai , veu que pour la grande quantité de reaüe qui en lorr,par raifon il deur oit diminuer Or laiiTant le Peru ôc pafTant à la neufuc Efpa- gne, les lacs qui s y trouuent ne font pas moins remarquables , Ipecialcment ce tant "fameux de Mexique ^ auquel 1 on trouue de deux fortes d’e- aucs , 1 Vue fallée & femblable à celledcla mer, ôc 1 autre claire ôc douce à caufe des riuieres qui y en trent. Au milieu de ce lac y a vn rocker fort plailant& délicieux où il a des baings d’caiie chaude qui y fourdent, lefquels ils eftiment be- aucoup pour la fancédl y a des iardiiis au milieu de ce lac, fondez & portez fur Peaue raefoeoù Tonvoid des parterres pleins de mille fortes d herbes& de fleurs,&font de telle façon qu on ne les peut bien comprendre linon en les voy- ant.LaCité de Mexique eft fondée fur ce lac, en- cor que les Elpagnols ayêt remply de terre tout lelieu&affiettedicclle,lai{ransfeulementqiiel- ques courants deaue, grands & petits qui entrét & tournoyent dans la ville pour voidurer ce qu’ils ont de bcfoin.comme bois,herbes^ pier- res , frui(Sts du pays , & routes autres-chofes. C^nd Cortès GonqueftaMexique il Hc Faire des briguamins , ôc depuis luy fembla qu’il dk-ok plus feur de ne s’en feruir point. Ceft pourqnoy lis vfcntdes Canoës , dont y a grande abondan- ce.Il y a en ce lac beaucoup de poilfon & de vi- uier, combien que ic n’y ay pas vCu de )poilîbn dcprixjtoutesfois ils difent que le reuenu de ce lac vaut trois cens mille ducats. Il y a plufieurs autres lacs non loin delà, d nu l’on porte beau- O iij Histoire natvrelle €OUp de poiflbn à Mcxique.La prouincc dcMc- chouacan eftainfi appcllée.pourcequec’cftvnc E roiiince abondante en poiflbn. Il y a de trcs- eatix & grands lacs , efqiiels y a beaucoup de poiffon , ôc eft ccfte terre faine & frefche. Il y a plufieurs autres lacs 5 dcfquelsil n eft pas pollî- ole faire mention , ny les {çauoir en particulier, feulement l’ont peut remarquer parce qui en a cftédifcouru auliureprccedétque fouzla Tor- ride il y a plus grande abondance de lacs qu’en autre partie du monde :& ainfi parce que nous auons dit cy deflus,& le peu que nous dirons des riuieres & fontaines , nous mettons fin à cefte matière d’eaües. Defîufears ûr* diuerjes Jeunes O* font Aines, L y a e's Indes comme es autres [parties du monde grande diuerfi- ' tédcfources , fontaines riuie- I res 5 & quelques vues de proprie- tez eftrangcs. En Guancâuelica duPeruoù font les mines du vif argent,il y a , vnc fontaine qui ictte f eaüe chaude , & en cou- | lant fon caüc fe conuertit en roche , de laquelle | roche ou pierre,! on ediftie quafi toutes les mai- fons du bourg. Cefte pierre eft molle , & aifee i a coupper,car aucc vn fer l’on la couppe, & tail- \ desIndis. L IV. III io8 le auffi facilemcnr,c6me fi c’eftoie du bois,& efi: Icgerc &de durce.Si quelques ho mmes,:ou ani- maux boyucnt de cefte eauc , ils meurent d’au- tant qu’elle fe congellc dedans leur ventre, & s’y conuertiten pierre , pouil,çefte caufe en font morts quelques cheuaux: Comme cefte eauc fc va conuertiiranr en pierre , celle qui decoul- le bouche le chemin au refte, tellement qu’elle efteontrainte de changer Ton cours, & pour çefte raifon elle court en diuers endroits,au pris que va croiirant la roche. En la pointe ou Capdefainefte Helene, y a vnefource ou fon- taine de betum, qu'au Peru. ils appellent Cop- pcy. Ce doit eftrc vue chofe femblableà ce que dit 1 Eferiture^de ce val fau nage où fe trou- uoient des puits de betiira. Les mariniers fc feruent de cefte fontaine , ou puits de Cop- pey , pour oindre & poifter leurs cordages & appareils , pourcc qu’elle leur fert com- me la poix & le bray en Efpagnc. L ors que ie nauigeoisen lancufueEfpagnc , par la cofte du Peru , le pilote me monftra Mlle qu’ils appel- lent 1 Ille des loups , où il y a vne autre fontaine & puits de Coppey , ou betum , auec lequel mefmement ils breent les cordages . Il y a d’au- tres fontaines Sc fources de goultran , que le iufilit pilote, homme excellent en fa vacation, me dit auoir veues , & qu’il luy eftoit adiienu quenauigeant quelquesfois par cefte cofte là, ils eftoit trouué fi auanten la mer , qu’il auoit perdu la veuë de terre , & ncantmoins il auoit recogneu par l’odeur du Coppey , où il eftoit, aufli certainement, comme s’il euft recogneula O iiij HiSTome katvrelie terre,téllecft Todeurqui fort continuellement de celle fourcc. Aux baings , qu’ils appellent les baingsdcl’Ingua , y a vn canal dVnc caue qui fort toute chaude & bouillante, &ioignant icel- le y en a vne autre dont l’eau cft auffi froide que neige: L’Ingua auoit accouftumé de les mo- dérer l’vneaucc l’autre, &eft vne chofe remar- quable,qii’il y ait des fources de qualitez fi con- traires , qui (ont & viennent fi près 1 vne de l’autre. Il y a vn nombre infini d’autres fources chaudes, fpeciallement en la prouincc des Char- cas , en l’eau defquelles l’on ne peut endurer & tenir la main l’elpacc d’vn Mmâ^comvat ie l’ay veu par gageure. En vne maitairie proche. dcCufcofourd vne fontaine defel , qui ainfi comme elle va courant, fc va conuertifiant en fel,qui eft blanc, & bon à mcrueilles : que fi elle cftoit en autre contrée , ce né (eroit petite ti- chefic, toutesfoisils enfontpeud’eftat , pour l’abondance du fel qu’il y a là. Les caues qui courent en Guayaquif qui eft au Peru , prefque foubs la ligne Equinoxiallc , font tenues pour falutaires , pour le mal Ncapolitain , & autres femblablcs. A raifon dequoy I on y vient de plufieurs lieux fort efloignez pour y receuoir guarifon. Et difent que lacaufe de cela cft, pour ce qu il y a en cefte contrée grande ^hon- dancc de racines , qu on appelle falcepârcille, la vertu & operation de laquelle éft fi cogneue, & qu’elle communique fa propriété aux eaux où elle cft mife, de guarir cefte maladie. Bilca- notacftvnc montagne , qui félon bopinion du commun , cft au plus haut lieu du Peru, le fom- Dés Indes. Liv. III. iof> met de laquelle eft tout couucrt de neige, & en quelques endroits , effc noir comme charbon. îl fort d’iccluy deux (burces en lieux tour contrai- res , qui deuiennent incontinent fort grands ruilîêaux , & peu à peu grands fleuries , IVn def- qucls va à Collao dans ce grand lac Titicaca, l’autre va aux Landes, &eft eduy qu’ils appel- lèntYücay, qui fc ioignant aucc vn autre, fort à la mer du Nort ^ ayant vn cours furieux & im- pétueux. Celle fource quand elle fort de la ro- che Bilcanota que i'ay dit, eftde lamcfme for- te & couleur que l’eaue de Lexiue , ayant la couleur cendrée, &iettantvnc fumée, comme de chofe bruflée, laquelle court ainfi vn long temps, iufqiiesàcc que la multitude des eaux qui y entrent, luy cllcigneiit ce feu & fumcc^ qu’elle tire de fon commencement. En la iieuf- ue Efpaghe i’ay v eu vne fource , comme d’ancre quelque peu blcüc, Vne autre au Peru de cou- leur rouge comme fang, d’où ils 1 appellent la ri- uierc rouge. Dfs Kjuitres, Ntre toutes les riuicrcs non feule- ment des Indes , mais auflî de tour le mode vniuerfei, le fleuuc Maragnon, ou des Amazones, tient la principau- té , duquel nous auons parlé au liure precedent. Les Elpagnols l’ont pluflcursfoisnauigc, pre- tendans defcouurir des terres , quifelonle bruit HiSTOTRÈ NAT V RE lie commun , font fort riches , rpccialcracnt celles qu’ils appellent de Dorado , & Paytiti. TAde- lentadelcandeSallines , fit vnc entrée mémo- rable , encor qu’elle fut de peu d’effed. Il y a vn palTagc qu’ils appellent le Poiigo , qui doit eftre vn des plus dangereux pas de tout le monde: car la riuiere cftant referrée en cet endroit , & contrainde entre deux roches tres-hautes en précipice vient à tomber droidement du haut en bas , auec vne grande roideur , où l’eaue par la cheute quelle faid de fi haut,fait vn tel bouil- lon, quilfcmbleimpoflible delcpafierfans fc noyer. Neantmoins la hardiefie des hommes a bien ofé entreprendre de pafler ce paffage, pourledefirdc ce Dorado tant renommé. Ils fclaiircrent couler du haut en bas , poulfezdc la roideur & du courant du fleuue , fe tenans bien aux Canoës ou barques , ou ils eftoient , & encor qu’elles fullent renuerfées fens defius dclfoubs en tombant , & eux & leurs Canoës s enfonçafient en l’eauej neantmoins par leur force & par leur induftrie ils fc remettoient & recournoient tbufioiuscn haut, &dc celle fa- çon efehappa toute l’armee , excepte quelque peu qui fe noyèrent. Et ce qui ell plus admira- ble , iis s'y comportèrent fi dextrement qu’ils ne i perdirent pas mefme là munition ôc la poudre | qu’ils portoient. Au retour , (pourcc que apres | auoir enduré beaucoup de trauaux, & de dan- j gers, ils furent contrainds en fin de retourner j parce mefme lieu) ils monterait par l’vne de j CCS roches tres-hautes auec leurs poigriards | qu’ils fichoient en la roche. Le Capitaine Pierre (j DES Indes. Liv. III. no d’Orfua fit vne autre entrée par le inefincflea- UC, lequel cftantmort fur ce voyage , ôc les foi- datss ’eftans mutinez, d’autres Capitaines pourr fuyuirentl’cntrcprinfe, par le bras qui vient iuf- ques en la mer du Norr, Vu religieux de no- ftre compagnie nous difoit, qu cftant feculier, il fc rrouua quafi en toute cefte entreprinfe , & que les marées monroient bien près de cent lieucsa monrle fieuuc, ôc que à l endroit où il vafe ictterdans la mer, qui eft quafi foubs la lipc, ou fort proche d’icelle, il a foixante ac dix lieues d’emboucheure, choie incroyable, & qui excède la largeur de la mer Mediterra- née; encor qu’il y ait quelques autres, qui en leuis deicriptions , ne luy donnent que vino^t cinq ou trente lieues d’emboucheure. Apres- ceftcriuicre, tient le iccond lieu en l’vniucrs la riuieredc Plata, oudargent, qui s’appelle au- trement le Paraguey , laquelle court des monta- gnes duPeru, & fc va perdre en la mer, en la lauteur de trente cinq degrez au Sud. Elle .roift, comme ils difent, énlamcfmc façon dit ^il, mais beaucoup d’auantage fans comparai- bn , 6i rend les champs qu’elle baigne comme me mer , par 1 eij^ace de trois mois , apres re- ourne à fon cours , où les nauircs montent îeaucoup de lieues à mont.Il y a plufieurs au- resfleuucs, qui ne font pas tourcsfois de telle grandeur , Ôc neantmoins cfgallent, voire fur- >alTent les plus grands de l’Europe, comme cc- □y de la Magdaleinc , proche de fainte Marthe, a riuicre grande , ôc celuy d’Alüarado en la icufuc Efpagne, &vn nombre infini d’autres. Histoire natvrelli Du cofté du Sud aux montagnes du Peru, les fleuucs communément ne lont pas fi grands, pource qu ils ont peu d efpacc de courir , & ne peuLicnt alîèmblcr tant d’eaux, mais ils font fore roides , à caufe qu’ils tombent de la montagne, & ont des a uallagcs & des crues 'fiibitcs:à raifon dequoy ils font fort dangereux, $c ont elle caufe queplufieurs hommes y font morts. En temps de chaleur,ils croifiènt & fe desbordent le plus, l’ay trauerfë vingt fept riuicres en celle cofte, dont ic ri’en ay pas palïc vnc feule à gué. Les In- diens vfent de mil artifices pour palTerlesriuie^ rcs. En quelques endroits ils ont vne longue corde qui trauerfcd’vn cofté àrautre,& en icel- le pend vn panier ou corbeille, dans laquelle fe fe met ccluy quiveiit pafler , Sc alors ils le tirenti du riuage aucc vne autre corde , tellement qu il paffe dedans cefte çorbeille.En d’autres endroits Mndien palEc commcàcheualfur vn botcau de paille, & derrière luy celuy qui veut palier, & vogantauec vn bout daix pailc de cefte façon. En d’autres endroits ils ont vn radeau de courges ou citrouillcsjfur Icfquclles ils mettent les hom- mes ou hardes qu’ils doluent pafter , & les In- diens liez auec des cordes vontnageans, & ty- rans apres eux ce radeau de citrouilles , comme des chenaux tirent vn coche, ou carofte; d’autres vont derrière poulfans les citrouilles pour leur ayder. Paftez qu’ils font, ils prennent fur leurs , cfpauUes , leur barque de citrouilles , &c retour- ner à nage, ce qu’ils font en la riuicre de la Sain- te, au Pcru.Nouspaftafmes celuy d’Aluarado en, kn^ufiie Efpaigncjfur vnc table que les Indiens( Des Indes. Liv. III. ni portoicnc fur leurs cfpaules, & quand ils per- doienc terre , ils nageoienr. Ces artifices ôc mil autres, dont ilsfe lcruent pour paficr ainfi les riuicres, certainement font auoircrain die en les regardant ôc contemplant, en ce qu^ils s’aident de moyens fi dcbiles, & fragiles ^ Mais néant- moins iis font fort aficurez. Ils n Vfent point i autres ponts , que de crins ou de paille. Il y a iefia en quelques riuieres des ponts de Pierre, 3aiHs par la diligence de quelques gouuerneurs, nais beaucoup moins qu’il ne feroit de befoin învne terre, ou tant d hommes le noyenr par àute d’iceux,& laquelle donne tant de deniis, lefquels non feulement TEfpagne , mais aufli [autres royaumes eftranges baftilTent de fuper- >es édifices?! Les Indiens tirent &deriuentdes leuues qui courent des montaignes aux vallées CS piaines,plufieurs & grands ruifieaux , pour tioulcr la terre, ce qu'ils ont accoullumé de aire d’vne telle induftrie , qu’il n’y en a pas de leilleurs en Murcya, ny à Milan mefme, ce uieftauffilaplus grande &totallerichefiedcs laines du Peru , & de pluficurs autres parties CS Indes. * Histoire natvrelte I Pela qualité de U terre des Indes en général. C H A P . X I X. peut cognoiftrc la qualité delà terre des Indes, en la plus grand’ part, (puis que c’efi le dernier des trois Elc- raensdcfquels nous auôs propofe de traitter en ce liure ) par le difeours que nous a- uons fait, auliure precedent, de la Zone Torri- de , veu que la plus grande partie des Indes le trouue fituce en icelle. Mais pour ce faire en- , tendre plus particuliercmét, i ay remarque trois j fortes de terres, eneequeiay cheminé par ces régions, dont il y en a vnc , qui eft balle , y ne au- tre très haute, & l'autre qui tient le milieu de ces deux extrémités. La terre balTe eft celle qui eft en la cofte de la mer, dont il s’en trouue par toutes les Indes, & eft ordinairement fort chaude & humide, qui caufe qu’elle n eft pas li | laine, & qu apreftnt on la voit moins peuplee,| combien que au temps paffe, elle ait eftcbieiij peuplée dlndiens , comme il appert , par le^s hi- 1 Lires de la neufue Efpaigne, & du Peru , & s y , conferuoient& viuoient, entant que la région] leur cftoit naturelle , comme ceux qui y auoienC| efté engendrez. Ils y viuoient delà pcfchedela| mer & des femences , qu’ils faifoient, tiranS deSj ruilfeaux ’des riuieres defquels ils xc feruoieiici faute de pluye,d’autant qu il y pleut fort peu , &| en quelques endroits n'y pleut point du tout.j Cefte terre baflè abeaucoupdc lieux mhabita»-j DÈS Indes. Liv.III. ixi bics , tant à caufè des Tablons , qui y Tont dange- reux, car ii s’y trouue des montaignes entières de CCS {àblons , que a caule des marcicages qui S’y font des caues defeendants des montaignes, Icfquclles ne troiuians p oint d’y flTue en ces ter- res plates & balFcs les noyent du tour, & les ren- dent inuriles.Etàlavcritc la plus grande partie de toute cefte coftede la mer, cftde cefte forte CS Indes , principalement du cofté de la mer , du Sud. L’habitation defquelles coftes eft â pre- fent fi diminuée & mefprifée , que des trente parts du peuple, qui y habitoir, les vingt neuf y leffàillent,&: à Ton opinion , que le refte des In- iiens finira auantpeu de temps. Plufieurs félon curs diuerfes opinions attribuent celaàdiuer- ès cailles, les vns au trop grand tranail^ que l'on L donne a ces Indiens , les aurres au changement k diuerfiré des viandes , Ôc boire dont ils vfcnr, [epuis qu’ils communiquer auec les Efpagnolsi :s autres au trop grand excésde boire, Mau- res vices qu ils ont. Quantàmoy ie croy que e defordre, eftlaplus grande caulc deleurdi- iinution, &n’eft pas temps maintenant d’en ifcourir d’anantage. En cefte terre baffe, (que : dy gcnerallcment eftre mal faine & peu con-* diable à l’habitation des hommes) il y a excep - on en quelques endroits qui font temperez ôc .rtilcs, comme La plus grand’ partie des plai- es du Peru, où il y a des valons frais, ôc qui font >rt fertiles. La plus grande partie de Phabira- onde la cofte , entretient tout le commerce ’Efpaigncpar mer , duquel deifpcnd tout leftat :s Indcs^ En cefte cofte il y a quelques villes Histoire natvrelle alTez bien peuplées , comme Lyma& Tmxillo, au peru Panama ôc Carthagcnc , en la terre fer- me, & es Ifles ûin£l: Dominicque,-port-richc,& la Hauane, &plufieurs autres villes, qui font moindres que celle cy , corne eft la vraye Croix, en la nçufueEfpagne, Yça,Aricgua, &autres au Peruj&: mefmes,les ports font communcméc habitez , combien que ce Toit allez petitement. La fécondé forte de terre, eft au contraire fort haute,&par confequent froide ôcfeichc, com- me toutes les montagnes le font ordinairement. Celle terre n'cft point feriile nyplaifante, mais elle eft fort faine, qui la rend peuplée Sc habi- tée.Il y a des pafturages , & en iceux beaucoup de beftiâl, ce qui fuftante , en la plus grand’ part, la vie humaine, Scaueclebeftial, ils fupplcent le deffaut qu’ils ont de bleds & femences par leurs trocs , & efehanges. Mais ce qui rend en- cor d’auantage ces terres habitées, & quelques vncs fort peuplées,eft la richefte des mines , qui fctreuuent en icelles, pource queroutobeità l’argent, & à l’or. A caufe des mines il y a quel- ques habitations d’Elpagnols &: d’indiens, qui fe fontaccreües, ôc augmentées , comme eft Po- tofi , & Guancauelicqua au Peru , & Cacatecas cnlancufueEfpaigne. Il y a auflîpar toutes ces montagnes , de grandes habitations d’indiens qui auiourd’huy fc maintiennent , voire veut-on dire qu’ils vont en augmentant,finon que le'' tra- uail des mines en confume beaucoup , & quel- ques maladies generallcs en ont mefme dc- ftruit vue grande partie, comme le Cocoliftc^ enlaneufue Efpaignc, Toutesfois l’onnes’ap* perçoitj DES Indes. Liv. III. ir. perçoit point qu’ils diminuent beaucoup. En ccftc extrémité de terre haute , froide âc fei- chcjil y a deux commodîtez , que i’ay dides des pafturages, & des mines, qui rccompéicnt bien les autres deux qui font és terres baffes de la cofte , à fçauoir le commerce de la mer , & la fertilité du vin , qui ne croift qu’en ces terres fort chaudes. Entre Ces deux e 3 ttre{mcs,yala rerre de moyenne hauteur , laquelle combien qu’elle fait en quelques endroits plus baffe ou plus haute l’vne que l’autre , ce ncantmoins elle n approche ny delà chaleur de la cofte , ny de 1 intemperaturedes montagnes. Encefte forte# de terre il croift beaucoup de femcnccs , de fro- ment, d orge , & de mays , lefquellcs ne fe trou- ucntaucunementés terres hautes , mais bien aux balles : il y a mefme abondance de paftu- rages , debeftiaî,defruids , &dcforcftsaf- ffz verdoyantes. Celle partie eft la meilleure habitation des trois , pour la fanté , & pour la récréation. C'cft pourquoy auffi ce qui eft le plus peuplées Indes , eft de celle qualité , ce que i ’ay remarqué fort curieufement en plu- fieurs chemins & voyages que i’ay faits , & ay trouuépour vray, ce que les prouinces &: par- ties mieux peuplées d’indiens , font en celÆ lî- tuation. Que Ion regarde de près en la neufuc Efpagne(quieft fans doute la meilleure pro- uincc que le Soleil enuironne ) par quelque en- droit de la cofte que l’on y entre , bon y va touf- lours montant , & encor qff apres auoir monté beaucoup, l’on commence à defeendre , tou- testois c’eft fort peu , Sc toiifiours la terre y de- P Histoire katvrelle meure beaucoup plus haute que ^celle^ de la co- ■ ftc. Tout le terroir de Mexique cft de cefte na- ture ôc fituation , & ce qui cft es enuirons du : Vulcan , qui eftla meilleure terre des Indes, ! comme auffi le font au Peru, Arcquipa, Gua- : mangua,&Cufco , combien que ce foq l’vn * plus que l’autre. Mais en fin tout y eft terre j haute, encor que l’on y defcendcà des vallees profondes , &: que l’on monte de hautes mon- i tagnes , ilsendifent autant de Quito, Sain6te j Foy,& du meilleur du nouueau Royaume.Pour refolution , ic croy que la fagefle éc prouiden- | % ce du Créateur, a pourucu cnceey , & voulu pour le mieux, & que la plus grande part de ce- lle terre des Indes fuft haute Sc cfleuce , afin qu’elle fuftd’vne meilleure température. Car eftantbaire,clle euft elle fort chaude foubs la Zone T orride , principalement cftant diftante ôc efloignée de la mer. Audi toute la terre que i’ay veue és Indes , eft auoifince de montagnes d’vn coftéjOU de l’autre, ôc quelquefois de tou- tes parts. Tellement que i’ay plufieurs fois dit par delà, que iedefirois me. voir en vn endroit, d’où l’horifon fe formait & finift par le Ciel , ÔC vne terre eltendue ôc vnic , comme 1 on voit en Efpagne en mille campagnes : toutesfois ie n ay point de fouucnance d’auoir iamais veu telles veues aux Indes,fult aux Ifles, ou en la terre fer-^ me,encor quei’yaye cheminé plus de feptcenSj lieues en longueur. Mais comme iaydit, le voifinage des montagnes eft fort a propos cn| cefte région, pour tempererla chaleur du So-; leil. Par ainfi tout le plus habité des Indes , eft! Dés lNt.ES. Liv. IIÎ. 114 de la façon que i’ay dit , ôc généralement toute cefte terre eft abondante en herbages , paftura- TEuropÉ terre belle, fi verdoyante & pîeinTJe frifcadVsI A eantmoins cefte réglé a quelques exceptions, & principalemét en la terre du Peru,qui eft d’vn naturel eftrangc, entre toutes les autres, de la- quelle nous dirons maintenant. J^espra^riete'^deUterredu Fem. Ch AP. XX. Ous entendons par le Peru , non ' point toute cefte grande partiedu monde, qu'ils appellent l’Ameri- que, puis que en icelle eft comprins le Brefil, le Royaume de Chille' , & celuy de Grenade, & toutesfois aucun d’iceux Royaumes,n’eft lcPeru,mais tant feulement ce- fte partie qui gift au coft é du Sud , commençant au Royaume de Qmtto, qui eft foubs la ligne & quiva courant en longueur iufqucs auRoyaume deChillc,lcquel eft hors les Tropiques, quife^ royent fix cens lieues en longueur, & en largeur ne contient point d’auantage que ce que com- prennent les Indes , ou montagnes , qui ibnt co- rne cinquante lieues communes, encor que en quelques endroits,comnie à Chachapoyas , il y air d’auantage.Cefte partiedu monde que l’on appelle Peru ^ eft fort remarquable , & con- P ij Histoire natvrellb tient en foy des proprictez fort eftranges, qui | font quelle fert d’exception à la règle gênera- ' le des Indes. La première eft qu en toute .la co- ! fte il ne foufle continuellement qu Vn feul I vent, qui eft le Sud & Suroeft , contraire à ce- ^ luy qui a accouftumé de courir foubs la T orri- dc' La fécondé eft ,/qii’eftant ce vent de fa natu- | re le plus violent ^ tempeftueux ôc maladif de tous , neantmoins il eft en cefte région mer- iicil'eufement gracieux, fain , & aggrcable , de i telle façon que l’on luy doit attribuer 1 habita- tion de cefte cofte , laquelle fans doute feroit , inhabitable ôc ennuyeufe, à caufede fa cha- | leur, fi parfon fouftlcmentellen’eftoit addou- cie. La troifiefme eft que iamais il ne pleut, tonnc,neige , ny grefle en toute cefte cofte , qui eft vne chofe digne d’admiration. Quartement à peu de diftance de la cofte il pleut & nei^e ter- riblement. Qmntement il y a deux chaines demontaignes , qui courent l’vnc comme 1 au- tre , ôc en vne mcfme hauteur du Pôle, néant- • moinsenl’vneyade tres-grandes forefts, & y | pleut la plus part de l’année, eftant fort chau- | de. L’autre tout au contraire eft toute nue ôc \ defcouuerte, & fort froide, de forte que l’Hy- I uerôd’Eftc font départis en ces deux monta- gnes , & les pluyes ôc la ferenité mefme. Oc j afin d’entendre mieux cecy , l’on doit confide- j rcrqucle Perueft diuifé comme en trois p'ar- ties , longues Ôc eftroittes , qu’ils appellent Lanos, Sierras, ôc Andes. LcsLanos,fontla cofte de la mer, la Sierra , font toutes monta- 1 gnes , Ôc quelques vallées , Ôc les Andes , font | DES Indes. Liv. UT, jj. montagnes afpres «rrudes. Les Lanos, ou co- ite de la mer , ont quelque dix lieues de lame en quelques endroits moins, &cn autresqu?!- que peu d’auantage. La Sierra contient com- me vingt lieues en large , & les Andes autant tantoft plus , tantoft moins. Ils courent en leur longueur Nort& Sud. & en leur largeur, dOrientauPonanr. Ceft donc chofe merueil leule.qu en fi peu de diftance , comme Ton t cin - quante heues , efgallement efloignees de la ligne &PoIc , y-air vne fi grande diuerfiré, qu envniieuilyplenue prefque roufidurs , & enlautrciln’ypleuiic quafiiamais. Une ple-it ïamais en celle cofieou Lanos,cncor 3 qn’il y tombe quelquesfois vne eaue menue , o'i’ih appellent Giiarua, &en Caftille MoIIina' Li- quelle quelquesfois s’efpaiffit en certaines gouttes d’eauc qui tombe , touresfois ce n eft point choie ennuycurc,ny telle 3 qu'il foit be-' loing de fccouunr pour cela. Les couuemues ylonrdenatesauecvnpcude terre par deiruc &leurell chofe fiiffifante. Aux Andes prerque durant toute l’année i,ly pleut , combien qu'il y aitenvntcmpsplusdcferenité qu’eu l'autre. En la Sierra 3 quigillau milieu des deux extrê- mes 3 il pleut au mefmc temps qu’en Elpagne, qui eft depuis Septembre iufques en ASril mais en l'autre faifon , le temps y dl plus fc- ram, qui ell quand le Soleil en ell plus elloi- gne &le contraire quand il en ell plus pro- che,dequoy nous auons alTcz amplement traît- re au hure precedent. Ce qu’ils appellent An- des, 6: ce qu ils appellent Sierra,fom deux Histoire natvrelle cliaines de montagnes tres-hautes ^ qui doinent | courir plus de mil lieues à veue Ivne de l’autre, &prerquecfgalement. Il y a vn nombre infini ; de vicugnes , qui naiflcnt & s’engendrent aux Sierres, qui font proprement comme chieures fauuages , fort viftes 6c fort agiles. Il y a mefmes de CCS animaux, qu’ils appellentGuanacos& Pa- cos,qui font des moutons, qu’on peut aufii bieri dire les Afnes de ce pays , dequoy il lcra traitte en fonlieu: & aux Andes fe trouuent des finges fort gentils Ôc plaifants , ôc des Perroquets en grande quantité. L’on y trouuc aiilTi îberbc, , ou arbre qu’ils appellent Coca, qui eft tant efti- \ me des Indiens , ôc la traite qu’on en fait y vaut i beaucoup d’argent.Celle qu’ils appellent Sierre, ! fait des vallées es endroits où elle s’ouure , qui i font les meilleures habitations du Peru,com- ! me eft lavallée de Xanxa,& d’ Andaguaylas,& de Yucay. En ces vallées il croift du froument du ^ mays , ôc d’autres fortes de fruits, toutesfois és vnes moins qu’aux autres. Plus outre que la cite de Cufco(quieftoit anciennement la cour des ■ Seigneurs de ces Royaumes)les deux chaines de montagnes que i’ay diètes fe retirent ôc s’efloi- gnent d’auantage les vnes des autres , Ôc laiflent au milieu vne pleine ôc large campagne, qu ils appellent la prouince de Collao, où il y a grand nombre de riuiercs,& beaucoup d’herbages & pafturages fertiles , & là eft aufti le grand lac de i Titicaca:mais encor que ce foit terre pleine, ôc à | la mefme hauteur 6c intempcraturequela Sier- ; re,6c qu’il n’y ait non plus d’arbres ny de forefts, : desIn DES. Li V.' HT. toutefois le defaut qu’ils ont du pain y eft reco- penféparlesracinesqu’ils fement, lcrquclles lis appellent Papas , & croisent dedans la terre. Cefte racine eftle manger des Indiens. Car les fe- chans & nctroyans ils en font ce qu’ils appellct Chugno.qui eft le pain& nourriture de ces pro- uinces. Il y a mefme d’autres racines & petites herbes qu’ils mangent.C’cft vne terre fainc,& la plus peuplée des Indes & la plus riche, pour l’a- bondance des beftiaux qui s’y nourrilîent, tant del eijaecc mcfnic de ceux qui {ont en Europe, comme brebis > vaches &cheures, que de celles du pays qu’ils appellent Guanacos.& Pacos,& y a des perdrix aiPez abondâment. Apres la pro- uincc de Collao vient celle de Charcas , où il y a des vallées chaudes de grande fertilité ôc des ro- ches tres-afpres, lefquellcs font fort riches de mines,tellcmcnt qu’en nul endroitdu mondcil n’y en a point de meilleures ny de plus belles. Des cAufes ils donnent pomquoj il ne pleut dux U- nos ou coJlesdeUmer, Ch AP. XXI. Autant que c eft choie rare&T ex- traordinaire qu’il y ait quelque ter- re où il ne pleuue iamais,ny tonnej les hommes défirent naturellement feauoir la caufe de telle nouiieauté. Laraifon que donnent quelques vns qui ont rcr cherchéde conlideré cecy de près, eft qu’il ne P iiij Histoire NATVRELLE s’cflcuecnceftc coftc des vapeurs allez grofTes | ^ruffifantcspour engendrer la pluye faurc de | matière : mais qu’il y a feulement des vapeurs : petites & legeres , qui ne peuuent engendrer ^ autre chofe que les- broiiillars & rofées : corn- | me nous voyons en Europe qivil y a bien fou- uent au matin des vapeurs qui s’efleucnt , lef- quellcs ne fe conuertilîènt pas en pluyes : mais s feulement en brouillars. Ce qui prouient de la matière qui n’eft point allez grolle & fuffilàntc pour fe tourner en pluye. Et difent que la caufe ^ pourquoy cela , qui n’aduient qu’aucunesfois | en Europe, arriue continuellement en la coftc | duPeru.eftpoiir cequeccfte région eft tres-fe- | chc& ne rendpoint de grofles vapeurs. On re- \ cognoiftfa fccherefle par le grand nombre de | (àblonsquiyfont, & par ce que l’on n’y trou- ue ny puits ny fontaines, finon en vne rres-grâ- de profonditc de quinze ftades, (qui eft la hau- i teurd’vn homme ou plus) ôc encor eft ce près | des riuieres , l’eauc defquelles pénétrant la ter- 1 rcjcft caufe que l’on y peut faire des puits. Tel- j lement que l’on a veu par expérience que le ] cours des riuieres eftant deftourné , les puits le \ font taris iufqucs à ce qu’elles fulfenr retour- j nées en leurs cours ordinaires , & donnent ce- s fte raifon pour caufe materielle de ceft elfcéfci mais pour la caufe efficiente ils en ont vne au- jj tre qui n’eft pas moins confiderablc , qui eft: j que la hauteur excelfiue de la Sierre , qui court par toute la coftc , porteabry àces lanos , de forte qu’elle empefehe qu’aucun vent n’yfouf- fie du coftédelaterrc, fi ce n’eft fi haut qu’il | Des Indes. Liv. III. foitpar defftis les croupes de ces montagnes, au moyen dequoy ilny court qu’vn reul vent qui eft ccluy delà mer,lequel ne trouuant point de contraire , nepreffe n y exprime point les vapeurs quisefleuent pour en engendrer la pluye , de maniéré que labry de la Sierre em- pefehe que les vapeurs ne s’efpaiffifrent , &fait qu elles fe conuertiffent toutes en bruines. Il y a quelques expériences qui Ce rapportent à ce difcours, d'autant qu’il pleut en quelques colli- nés de la cofte qui ont le moins dabry, comme font les roches d'Atico & d’Arequipa : mefmes qu’il y a pieu en quelques anne'es que les Nôrts ou Brifes y fouffloient , voire pendant tout le tcmpsqu’ilsdurerent,commeil arriua en foi- Xante &dixhuid: aux lanos de Trugillo, où il pleutabondamraent j ce qu’ils n’auoient point veupluficurs ficcles auparauant. D’anantacreil pleut en la mefme cofte es lieux où les Brifes^ou Nortsfont ordinaires, comme en Guayaquil & es lieux où la terre fe haulfe beaucoup & fé deftourne de l’ombrage & abry des monta- gnes, comme en ceux qui font plus outre que Anqua. C^elques vnsen difcourentde cefte façon, mais que chacun en penfe ce qu’il vou- dra : c’eft vne chofe certaine que defeendant de la Sierre en ces lanos bon a accouftumé de voir comme deux Ciels , IVn clair & ferain par- le haut, & l’autre obfcur , & comme vn voile gris tendu au deftbubs , qui couure route la co- fte ^ mais en cor qu’^ n’y plcuue pas, cefte brui- v ne y eft merucilleufcment profitable pour pro- duire de l’herbe, &pourefieuer^& nourrir les Histoirenatvrelle i fcmenccs ; car encor qu ils ay cnt l’eaiie au pied | tant qu’ils veulent qu’ils tirent des eftrangs ou j lacs", toutesfois cefte humidité du Ciel a vne tel- ; le vertu, que celfant de tomber fur la terre elle i caufe vne grande incommodité & diminution | aux grains & fcmenccs. Et ce qui eft plus digne | d’admiration, les fablons fecs & ftcriles par cefte | rofée ou bruine fc reueftent d’hcrbes&dc fleurs i quieftvnechofe plaifantc& agréable à voir & | de grande vtilité pour les pafturages du beftial, | comme l’on void en la montagne, qu’ils appel- \ lent de fablon,proche de la Cité des Roys. I>e U propriété de U neufueEjpdgnejdes Ijîes des au- tres terres. Chap. XXII. A neufuc Efpagnc fiirpaflè les au- tres prouinces en pafturagcs,qui cau- fe qu’il y a vn nombre infiny de trou- pes de cheuaux,vachcs , brebis & au- tres beftiaux. Elle eft fort abondante en fruids, & en toute forte de grain-, en fomme c’eft la ter- re la mieux pourueue, & la plus accomplie qui foit és Indes. Toutesfois le Peru la furpafle en vnechofe , qui eft au vin , pourcc qu’il y en croift abondamment , &debon , &dciour en iour les vignes y vont multipliant & mentant , lefquelles croiflent aux vallees fort chaudes où il y a arroufement d’eaues. Et combien qu’il y ait des vignes en la neufue Ef- pagne , toutesfois le raifin n’y vient point en fa DBS Indes. Liv. ni. nS niamrit£pr&pre & eoDoenable pour en faire du ym. U caufe eft pource qu’il pleut par delà cil luiUet & qui sit quand leraifm mcu- m : ^11; pourquoy il ne paruientà Ca maturi- té. Q^ç (Lpar emiafiré i’on vouloit prendre a peine d en faire du vin , il feroit cornme ce- luy duGeu&uoi^r&rde JCombardie, qui eftfort petit & forta^re , ayant vn gouft comme de verdjus. Les mes qu’ils appellentde Barlouen- te, qui font 1 £fpagnole._^Cube, Port-riche, ôc aut resr en ces enuirons font ornées de beau- coup de verdure &pafturages. & font abon- dantes en beftial , fçauoir eft d’e vaches & de porcs qui y four deuenus làuuages. La richeire de CCS Ides fournies engins defucre, âc les cuirs jly a beaucoup de caîTc & degingem- brc. Et eft chofe incroyable de voir le grand iiombredeces^marchandifes, que l’on enleue en vn.eflorte,neftantqualîpas vray femblable qu en toimc TEiiS^ipe uueupcuft tant gafter. Ils cnenleuêtmÆfme^dtrbois de qualité 6c de cou- eur exccllente,cômerEbene& autres qui fer- uenraux édifices ^menuyEcrie. Il en y a beau- coup quikappelent, ou Guayac propre pourguarir la ver olle. Toutes ces Illes &rcdfesqnifanr en ces enuirons qui font en tres-graud nombre , ont vn trcs-bcau & rres- plaila^ regard, pource que durant toute Lan- nee elles &Qtreueftues d’herbes de d arbres , tel- lement qu’ils ne peuucnt difçerner , quand il eft utonne,ou efté,pour la coiirrnuelle humidité ^ î^eft iQintc auec la chaleur de la Torride , & combien que cefte terre foit de cres-grande Histoirb NATVRELLE cftenduCjil yaneaiitmoins peu d habitations, d’autant que d’elle mefme elle engendre de grands Arcabutos,qu’ils appellent, qui font des bois, ou taillis fort efpais , & qu’il y a beaucoup de marefeages & bourbiers és plaines. Ils don- nent vnc autre raifon notable , de ce quelles fon t peu habitées, qui cfl: d autant qu il y cft re- fté fort peu d’indiens naturels ,par l’inconfide- ration & defordre des premiers conquefteurs & peuplcurs‘,parquoy ils fe feruent la plusgrand part de Nègres , mais ils couftent cher , acaulc qu’ils font fort propres à cultiiier la terre. îlnc croiftnypain,ny vinences Ifles, poureeque la trop grande fertilité &vicc de la terre , ne les laide grener , mais clleiette le tout en herbe fort inegallement.il n’y a non plus d’oliuiers,au moins ils ne portent point? doliues , mais beau- coup de fucilles vertes ôc plaifaiites a la veüe, qui toutesfois n’apportent aucun fruiéfc. Le pain d ont ils vfenteft delà Cacaue , de laquelle nous dirons en fon lieu.ll y a de l’or és riuieres de ce Ifles',que quelquesvns tircnt,mais c’eft en petite quantité ,par faute de naturels, qui lapprolfi- f gf^X’ay elle peu moins d vn an en ceslfl.es, &ace qui m’a efté raconté de la terre ferme des Indes, où ie n ay point efté , comme la Floride , Nica- ragua,Guatimalla,& autres , i ay entendu & ap- pnns,qu’ellecftprefqnedecefte qualité , que i ay ditte. Toutefois ie ne mets les chofes plus particulières de nature , qui font en ces prouin- CCS de terre ferme, pour n’en auoir parfaite co- gnoilfance. La terre qui plus reflemble al El- paigne,& aux régions de l’Europe, en routes les DES Indes. Liv. III. Indes Occidentales, eft le royaume de Chillé quieft hors delà réglé generallc de ces autres régions , d autant qu il eft fitué hors la Torride & le Tropique de Capricorne- Celle terre de foy cil frefehe & fertile , ôc produit de toutes les d pccesdefruicasquifont en Efpagne, ^rappor- te auffipnde abondance de pain &de vin, corn- mcmefineelle abonde en pafturages ôc beftial. LcCielyeftfain&ferain, entre le chaud &lc iroidX’hyuer &1 Eflé y cil parfaitement & sy trouuegrande quantité d’or, qui ell tres-fîn Neantmoins celle terre cllpauure&peupcu- plec,pour la guerre continuelle, que les Auraca- nos & leurs alliez y font, d'autant que ce font des Indiens robulles,& amis de leur liberté. .^^l^terremcogneue.O'deUd'merftU^vnh^^ ttcr^ciuiejimreles Orientaux cr Occidentaux. Ch AP. XXIII. L y a de grandes conieélures qu’en laZoneTcmperée, qui cil au Pôle Antarrique, il y ait des terres gran- |des 5c fertiles, mais iulqiies auiour- d huy elles ne font defcouuertes , ôc ne congnoit-on d autre terre en celle Zone, que celle de Chille ôc quelque partie delà terre , qui court d’Ethiopie au Cap de bonne Efperance, comme il a elle dit au premier liure. On fçait au ipeu J s il y a habitation aux deux autres Zo- Histoire natvrelle nés des Pôles, & fi la terre continue & paruient iufques à celle du cofté de l’ Antardiquc ouSud. L on ne côgnoit pas mcfme la terre qui gift pai- féledeftroit de Magellan, dautantquelaplus grande hauteur que l’on a cogneue d’icellc eftde cinquante fix degréz,ainri qu il eft dit cy-dcuat, & du cofté du pôle Articque,ou Nort,n’cn Içaic on non plus iufques où va la terre , qui court paftéleCapde Mcndoçin & les Calliphornes, ny les bornes & fin de la Floride , & iufques ou elle peut s’eftendre vers l’Occident. Il y a peu de temps que Ion a dcfcouuert vne nouuelle tcrre,qu’ils appellent le nouucau Mexicqiie, ou ils difcnt,qu’il y a beaucoup de peuples qui par- lent la langue des Mcxicquains.Lcs Philippines & les Ifles fuyuantes, comme racontent aucuns qui lefçauentpar expérience, courent plus dci neuf cents lieues: mais de traitter de la Chine, | Cochinchine, & Syam , & autres régions qui | font de l’Inde Orientale , ce ftroit contre i^n | intention ,qui eft feulement de traitter des Oc-i cidcntalcs. L’on ne cognoit pas mefme la plusi grand’ part de l’ Amérique qui gift entre le Peru &leBrcfil, combien que de toutes parts Ion en cognoifle les bornes. Surquoy il y a diuerlcs opinions des vns & des autres, qui dilent, que tout eft vne terre noyce , pleine de lacs & de lieux aquatiques. D’autres afferment qu’il y a; de grands & fleuriffans royaumes, s ’imagiUans que là font le Pay titi , le Dorado , & les Cæfars; oùilsdifcnt qu’il y a des chofes merueilleufcs, l’ay ouy dire à vn de noftre compagnie, ' dignedcfoy,quilyauoit veu de grandes habt-| DES Indes. -Liv UJ tarions,* des chemins autant rompus &bat tuscommefontceux de Salamanqueà Vaidla dollit,ce quoi veid alors que Pierre d’Orfua & deputsluyceuxquilujr fuccederent firent IW tree& defcouuerte, parîagrande riuieredes Amazones lefquels croyans que le Dorado qu ils cherchoien t eftoi t plus auan t, ne fe fil! rOorldo m"? *meurerent fans leDoradoqu-ilsnetrouuerentpoint , & fa„s ceftegrandeproumcequ-ilslaiiTerenr. De yray c eft chofe lurques auiourd’huy cachée nul 1 habitation de 1 Amérique , excepté les ex^re- mitez,qui font le Peru.le Brefil, dc^’cndroit oà lateirecomracnceàs’eftteflîr, qui eft en la ri Chille,&auxCharcas.Ily aforrpeu de temnt quenousauons entendu.par lettredes noftre qui cheminent en fainéle^ Croix de la 5^1^^ que I on va defcouurant de grandes prouinces’ & habitions, qui tombent en ceftepartie qu eaentreleBrefil&lePeru. Le temps I sdlf SukSn? à vouloir ciicuir le monde d vnepart & d’autre . nous pouuons croire , que toutaiiifi que l'on a def couuerttoiitce qui eft cogneu iufques rpre: fent Ion pourra de mefine defcouurir ce^ii tefte.afinquele S.Eiiangile foit annoncéàlv' nl^de^P les deux Couron- nes de Pormgal , & de Caftille . fe font rencon- treesparl’Orie„t& parle Posent, iufqS âlaveritevnechoferemarquable, quelei vus Histoire natvrblle foient paruenus iufques en la Chine & lappon par r Orient, ôdes autres aux Philippines qui rontvoyfmes&prefquc contiguës à la Chine, par l’Occident. Cardenac dcLuffon , qui eft laprincipalle des Philippines, où eftlacitc de Mammille,iufques àMacan,qui eft 1 illedeCau- ton,iln’yaquequatre vingtsou cent lieues de mer entre deux, &trouiie chofe merueilcule, qu encore qu’il y ait fl peu de diftancede Tvn a l’autre ilyancanrmoins , felonleur conte , vn iour entier de diftercnce entre eux , de iUUl CllLlCl .. qu’il eft Dimcnche à M acan , lors que a Marail- Ic il eft Samedy,& ainft du refte. Ceux de M acan & la Chine ont vn iour aduancé , & ceux des Philippines enontvn retardé.îladiiintau Pere lonfe AllonfeSanchés, duquel il eft fait mentioncy- deuant, que partant des Philippines il arriua a Macan,le deuxiefrae iour de May félon fon co- te, & voulant dire l’office de faind Athanale, trouua qu’ils celebroiêt la fefte de l’inuention Sainde Croix, par ce qu’ils contoient là le troi- fiefme de May. il Iny en aduint tout autant , en vn autre voyage qu’il fit par delà Caciques vns ont trouué cefte variation & diuerfitc cftrange, | & leur femblc, que cela procédé de la faute des ^ vns, ou des autres , ccqui n’cft pas toutesfois,, mais eft vn conte vray & bien obferuc : car fuy- uant la différence des chemins par ou ont cite les vns & les autres , il faut ncceffaircmcnt di- 1 re que.quand 1-on fe rencontre on doit auoir i vniour de différence. La raifon ett pource que; nauigeantd-Occidentàl'Orient , Ion va touf. iour^agnaijtleiour, &ttouuel on I DES Indes. Liv. III. Jeiier du Soleil, & au contraire ceux qui naui- gentchOrientau Ponant, vont toufiours per- dant le iour , & s en retirent arrière , pource que le Soleil déplus en plus leur valeuant plus tard, & comme plus ils vont approchant du Lcuantoudu Ponant , plus ils ont le iourtoft ou tard A u Peru , qui eft Occidental , au re- Ipedt de 1 Efpagnc, Ton y demeure de plus de ïîx heures arriéré ; de façon que quand il eft mi- dy en Efpagne , il eft aube ou poind du iour au Peru ; & quand l’aube du iour eft par deçà, la minuKftfetrouue eftre par delà. l’ay faidhpreii- ne certaine de cela , par la computation des cclipfes di. Soleil & de la Lune. ^Maintenant donc que les Portugais ont faid leur naulsa- tira d Occident à l'Orient , & les Caftillans d Orient en Occident, quand ils fe font venus àioindre& rencontrer, qui a elle aux Philip, pmes & Macan , les vns ont gaigné douze heu- resdaduancc, & les autres en ont perdu tout autant. Par ainft en vn mcfmepoinâ: & en vn iDdme temps ils trouucnt la différence de vins: heures, qui eft vn iour entier. Au moyen dt quoyneccfrairementles vns fontau rroi/îefme de May quand les autres content le dcuxicfme: &quand les vns ieufnct le Samedy Sain6t,lcs au- tr^ mangen t c% la chair pour le iour delà Refu r rcction.Q^ finous voulons feindre qu’ils paf. lallcnt plus outre, tournoyans encor vnc autre foislemonde,&qu’ilsvfairentdu mefme cote, quand ils rc^urneroient à fc ioindre ils fe trou- ucroicntaiÆ bien par leur mefme côte en deux urs e iffcrcncc. Car comme i’aydit,ceux qui 0 ^ Histoire natvrelle vont au Icuer du Soleil vont contant le iour plu- i lloftjXorame le Soleil leur va Icuanrpluftoft, & ceux qui vont au couchât au contraire vont c5- tant le iour plus tard, d’autant qu’il leur va fortât ' plus tard. Finalement la diuerfité des midis fait , le diuers conte des iours.Et d’autât que ceux qui vont nauigeants du Leuant au Ponent,vont châ- ! géants leurs midis fans le fentir^Sc toujours ne- antmoinspourfuiuentlemeihiecontooù ils fe trouuent quant ils partent, ilcftnecclïàirequ’a- cheuants le circuit du monde ils trouuent faute à leur conte d’vn iour entier. Des Volcms ou huches de feu, i Chap. xxiiir. I O MB I E N que l’on trouiic en d’au- | très endroits des bouches de feu, I comme le mont Ætna & Vvefuuio, quauiourd’huy ils appellent le mont de Soma , neantmoins c’eft chofe remarquable que ce qui fe trouue es Indes. Ordinairement ces Volcans font rochers ou pics de montagnes tres-hautes qui s’efleuent par dclTus lesfommets ‘ de toutes les autres montagnesflis ont en leurs fommitez vne planurc,&: au milieu vne folTe ou grande bouche qui defeend iufques au profdnd ou pied d’icclle^, qui cft chofe efpouuentable à roir.De ces bouches il fort de la fumée, & quel- quesfois du feu.Il y en a quelques vus quiiettent bien peu de fuméç,6cprcfquc n’ont aucune for- > , „ P Xndis. Lir. nr. lu me de Volcans.comme ell celuy d’Arequipa.qui eftd vnehauteurdemefurceAprefque du tout de fable qui ne fe peut monter en moins de deux "■/■^«ouuéaucuneap- parencedefeu mais feulementlesveftiges de quelques facnfices que faifoient là les Indiens lorsqu ;lseftoient Ge'tils.Etquelque peudefu- raee qu il ictte quelquesfois. Le Volcan de Me- xique.quicftproche du bourg desAnges,eftauf- fidvnehaureuradmirableoùl’onmo1i« trente lieuesen tournoyant. Dece Volcà fortmon pas cominuellementimais de fois à aiitre& prcfque hafque lour.yne grolTe exhaltation& rourbillô t^s^^r'd I P" ftitfemblableàvn re P né ''"«““«noire&obfcu- le.Plus communément ellefortaumatinaDres encoTqiti^n"*’ il fe couche, encoi quel en ay veu forrir en autres heurpç Tî orraulii quelquesfois apres ceft fomleLu coupdecendres. Defeul’onn’en a encor-veu' erres iSc dclairs fi grands que l’onvoid& oir d^uiairementences parties. Quelques Efpa QJj Histoire natvrelle faire pour dcfi:ouurir ce qu’il y auoit en ce V ol- can. Les Volcans de Guatimalla font plus renô- mez tant pour leur grandeur & hauteur, que les nauigeans en la mer du Sud dcfcouurent de fort loin, que pour rcfpouuentement & violence des feux qu’ils iettent de foy. Il arriuaau 2;. de Dé- cembre de l’an pâlie 158^. que toute la Cite de Guatimalla prefquc tomba d’vn tremblement de terre, où demeurèrent mefme quelques per- foniies. Il y auoit défia fix mois que de iour & de nuia leVolcan ne cefibit de ietter par le haut 3 c comme vomir vn fleuue de feu,la matière du- quel tombante aux coftéz du Volcan, fe con- I uertilfoit en cendre comme terre brullee(cho- , fe qui furpalTe le iugeraent humain d entendre i comme il peut tirer de Ibn centre tant de matie- j re qu’il icttoit hors de foy durant ces fix mois: | pource qu’il n’auoit accouftumé de ietter que | de la fumée & non pas roufiours, mais quelques 1 fois de petites flaramefehes. Cela mefuteferit 1 cftant en Mexique par vn Secrétaire de l’Au- : dience de Guatimalla, home digne defoy,voirc ^ ii’auoit pas encor alors celfc ce Volcan deiet- , ter ces feux que ie dy. Ces ans pafiez me trou- uant en Quitto en la Cité des R oys, le V olcan qu’ils ont proche iettoittant de cendre, quen beaucoup de lieux en circuit il pleut tant de cendre qu’elle obfcurciflbit la lueur du iour 5 c ■ en tomba telle abondance en Qmtto qu il ti e - ; ftoit poffible de cheminer par les rues. L’on a veu d’autres Volcans qui ne iettent ny flamme ny fumée, ny cendre mefme, mais l’on les void i brufier au fonds d’vne viuc flamme fans famor-i DES Indes. Liv. III. 125 rir: de telle façon eftoir celui qu en noftrc temps vn preftre cupide «Sc auaricieux fc peifuada que ce qu’il voyoic bruilant eftoient mafFcs d or , iu- gcaiit en foy mefme, que ce ne pouuoit cftre au- tre métal ny mariere,chofe qui depuis tant d’an- nées ardoit (ans fc cônfbmmer,^ eftant en cefte perfuafion, il fît de certaines chaudières & chai- Dcs , aucc ne fçay quel inftrumeiit pour cueillir & retirer lor de ce puits ou Volcan : mais le feu fc moqua de luy,pource que k chaine de fer Sc k chaudière n approchoyent pas pluftoft du feu^ quaulTiroftcllcs nefedesfilfent &fuiTent cou- pées comme iî c euh: cfté des cftoupcs.Cc néant- moins on me dih: que ce peribnnage s’obftinoit tou/îours, &alloit recherchant d’autres inuen- tionspour tirer &puiferccft orqu’il imaginoit. eif Uc4uppourquojile feua^lafrmee durent JUong temps en ces Folcans. Ch AP IX. XXV. n cft ja befoin défaire mention des autres V olcans , puiique par les delTuf- ^^^^^diéts l’on peut entendre ce qui en eh:, toutesfois c’eft chofe digne d e recher- cher quelle ch: k caufe qui fait durer le feu & k lumec en ces V olcans : pource qu’il femblc que ce foit chofe prodigieufe, voire qui excede le cours naturel de ictterdc leur cftomac tant de nammes comme ils en Yomilfent.D’où procède celle matière qui k leur donne, ou comme ell elle engendree k dedans ? Quelques- vns ont eu apinion que ces Volcans vontconfommantk iDatierc intérieure qu’ilsontde leur nature, ôc Histoire NATVRELLE croyentpour ceftecaufe que naturellement ils j prendront fin , quand ils auront confommc le I boiSjpar maniéré de dire, qu’ils ont en eux. Suy- uant ccfte opinion , l’onvoid auioiird huy quel- ques montagnes ou rochers , d’où l’on tire de la pierre bruflee.qui eft fort legere: mais fort dure, & eft excellente à faire édifices & baftimens, comme celle que l’on apporte en Mexicque pour baftir.Et en effedt il y a des apparences à ce qu’on dit , que ces montagnes ou rochers ont eu autresfois vn feu naturel,qui s’eft cfteint apres la matière confommee.Et par ainfi ces pierres font demeurées bruftees & penetrees du feu, com- | me on les void. Quant eft de moy, ie ne veux j pas contredire, qu'il n’y air eu autresfois dui feu, ou qu’en ces lieux, au temps pâlie il n’y; ait eu des Volcans. Mais ce m’eft chofe difficile | à croire , qu’il en foit ainfi de tous les V olcans, ' veuque la matière qu’ils mettent hors, eftquafi i infinie, & qu’elle ne pourroit plus eftant amaf-' fec enfemble, cftre comprinfc dans ceftecon- cauité mefm c dont elle fort. Outre cela il y a . des Volcans, qui en centaines, voire milliers d’annecs , font toufiours d’vne mefme façon, icttans côntinucllementdelafumee, du feu, & ' de la cendrc.Pline hiftoriographe naturel (félon que référé l’autre Pline Ton nepueu ) recher- chant ce fecrer pour voir comme fe paflbit ce- ftc affaire, & s’approchant de trop près de l'ex- halation du feu , de l’vn de ces V olcans mourut, & penfant en venir à bout par fa diligence , vint à bout de fa vie. Pour moy fur cefte confidera-! tion,ie pcnfc,& eft mon opinion,que comme il; DES Indes. Liv. III. 124 y a des lieux en la terre , qui ont lavertu d’atti- rer à foy la matière vaporeufe, & de la conuer- tir en eaue , qui Conx les fontaines îefquelles tôufiours découlent, & toufîours ont dequoy decouller , entant qu elles attirent à foy la ma- tière del’eaue : anjfïi de mefme il y a des lieux qui ont la propriété d’attirer à eux les exhala- tions chaudes , & de les conuertir en feu ôc en fumée, & par leur force ôc violence, iettent mefme d’autres matières efpaifles qui fe refol- uent en cendre,cn pierre de ponce, ou autre ma- tière femblable,& qui eft vn argument fuffifant, qu’és Volcans cela (oit ainfi, c’eft qu’ils iettent en certain temps de la fumée, non pas toufiours, Sc en certain temps du feu,& non toufîours, qui cft félon qu’ils ont peu' attirer à foy & digérer, comme les fontaines en temps d’Hyuerabodêt, & en Efté diminuent, voire quelques-vnes fe- chent du tout , félon la force & vigueur qu’elles ont,& félon la matière qui fe prefénte; ainfî eft il de ce que ces Volcans en diuers temps iettent du feu, plus ou moins. Les autres difènt que -c efl le feu d’enfer, & qu’il fort par là , pohr feruit d’ad- uertifîèment, afin de confiderer par là ce qui efl: cnl autre vie:mais fi l’Enfer, comme tiennent les Théologiens, efl: au centre de la terre, laquelle tient de diamètre plus de deux miHe lieûcs , l’on ne peut pas iuger, que ce feu foit du centre^ d’au- tantplus que le feu d’Enfcr, félon que SiBafîle 5c pr^i autres enfeignent,efl: fort different dc^eftui que nous voyohs,pource qu’il efHàns lümiere,&ard exam> & brufle, fans cotnparaifon plus que le noftie. QJiij.. Histoire N A TVRE LIE Ainfî ie conclus que cc quci’ay didmefemble pIusEaifonnablé. Des tremhlemensâe terre. ) *- C H A P. X X V r. Velques-vns ont pcnfé , que de ces Volcans qui font es Indes procèdent les tremblements de terre, aflez fre- qiiens par delàrmais parce qu’ils vié- nent ordinairement CS lieux qui font cfloignez de ces Volcans, ce n’en peut paseftre la caitfc totale. Il eft bien vray qu’ils ont certaine forme & fympathie les vns aueclcs autres : pource que les exhalations chaudes qui f engendrent és in- times concauitez de la terre, fcmblcnt eftrc la principale matière du feu de ces V olcans,par lef- quels mefmcs s’allume vne autre matière plus grofïc, & rend ces apparences de flâme & fumée qui fortcnt.Et ces mefmcs cxhaladôs ne trouuâs au dedans de la terre aucune fortic aifce,meuuét la terre,pour Ibrtir aucQvne grade violencc,d’ou vient le bruit horrible qu’on entend au deifoubs delà terre, &:mefmc lemouuementdelaterre, cftant agitee de cefte bruflante exhalation.Tout ainfî comme k poudre à canon és mines ôc arti- fices , ëftant réuchec du feu rompt les roches Sc les murailles: &commc la chaftaigne mife au feu faute & fe rompt en faifant bruit , lors quelle iette dehors l’air qui eft enfermé dedans foii cfcorce, parla vigueur du.feu; Audi le plus ordi- nairement ces tremblements de terre ont ac- couftumé d’aduenir aux endroits maritimes. DES Indes. Liv.III . 12, qui font voifins de leaue. Comme l’on voit en î h urope, Sc aüx Indes, que les bourgs &: villes pluselloignées delà mer & des eaux, Tentent moins ce trauail, & au contraire ceux qui font «ports de mer, es riuieres, és codes , &és lieux quien font voifins , endurent plus celle calamite. Ileftaduenuau Peru vne cliofemer- ueilleufe & digne de noter, fçaubir qu’il y a eu' des rremblemens de terre qui ont couru de- puis Chillc .iufquesà Qiiitto , qui font plus de cinq cens lieues, le dy des plus grandes dont on au ouy parler, car les autres moindres y font allez ordinaires. En la colle de Chillé ('il ne me fouuient quelle année ) fut vn tremblement de terre fi terrible , qu'il tenuerfa les monta- gnes entières & par ce moyen empefeha le courant des Heuues . qu'il conuettit en lacs, il abbaritdes villes, &tuagrand nombre d hom- mes, faifantfortirla mer de fon lieu, quelques lieues bien auant , de façon qu’elle laillUes na- uiresa fec, bien loing de la rade- ordinaire^ & P uficurs autres chofes trilles & efpouuenra- bles. Etfi bien m en fouuient, ilsdifent que le trouble & efmotion que fit ce tremblement courut trois cens lieues , le long de la colle. A peu de temps delà, quifutl'an dequatre vingts deux , vint le tremblement d’Arequipa , qui ab- batit & ruina prefque toute celle villelà. Du depuisen lanquatrevingtsfix, leneufiefmede iuillct, aduintvn autre tremblement enlacitc des Koys , lequel félon qu’eferiuit le Viceroy auoit couru e long de la colle cent foixante& du lieues, & de trauers dedans la Sierre cin. c £cclef.y Histoire natvrelie quatîtc lieues. La mifericorde du Seigneur fut grande en ce tremblement, de preuenir le peu- ple par vn grand bruit, qu'ils ouyrent quelque pcudeuantlc tremblement, &: comme aduertis par les expériences paflees, incontinent fc mi- rent en rauueté, Ibrtant és rues, places &c iar- diiis , finalement és lieux defcouuerts , par ainfi encor qu elle ruina beaucoup ladite ville, & que les principaux édifices dicelle tombèrent, ou furent à demy ruinez , neantmoins on dit ^qu’il n’v demeura que quinze ou vingt perfonnes leu- Icment de tout le peuple. U fit en la n:^r le mefrae trouble acmouuement qn auoit faict ce- luy de Chillé, qui fut incontinent apres le trem- bleraentde terre, fi que l’on veid la merfortir fiirieufe & bondilTante de fes nuages , & entrer au dedans de la terre prefque deux Mes auant: car elle monta plus de quatorze brafles , & cou- urit toute cefte plage, tant que les digues & pièces de bois qui eftoyent la , nageoyent en , feaue. En apres l’an enfuyuant, il y eut encor vn autre tremblement de terre au Royaume & cité de Quitto , & femble que tous ces notables trembleuTens de terre en celle colle , « fiic- cedé les vns aux autres par ordre, & de laidl elle cllfubictteà ces inconueniens. Ceftpourquoy encor qu’en la colle du Peru ils ne foyenttour- mentez du Ciel des tonnerres & foudres , ils ne lailTent pas toutesfois d’auoir de la crainte du colléde la terre, &ainfi chacun ^aeuantfoy à veüe d’oeil les hérauts de la diurne luftice , afan de craindre Dieu. Car, comme ditlEfcrituie, Retournant donc à nollte DES Indes. L i v. II I. nS propos, ie dy que les lieux maritimes font plus fubi^ts à ces tremblemens dont la caufe eft, comme il me femble,qucreaue bouche &eftou- pe les conduits & ouuertures de la terre, par où fe deburoyent exhaler & fortir les exhala- tions chaudes, qui Pcngendrcnt en icelle. Et mefme que l’humidité erpailîîirant la fiipcrfîcie de la terre, fait que les fumees Sc exhalations chaudes fe refferrcnt & fe rencontrent plus violemment la dedans, qui par apres viennent à rompre en s’enflammant. Q^elques-vns ont obferuc que tels tremblemens de terre ont ac- couftumé de s’efmouuoir , lors qu'il vient vn tcmpspiuuieux, apres quelques fcches années. D où vient que Ton dit que les tremblemens de terre font plus rares és lieux où il y a grand nombre Sc quantité de puits , ce qui eft approu- iiéparlexperience. Ceux de la cité deMexic- que ont opinion que le lac , fur lequel elle cft fi- tuec, caufe les tremblemens de terre qui y fur- uicnnent , encor qu ils n’y Ibycnt pas beaucoup violens, &c’eftchofc certaine, queles villes & prouinces fitiiees auant dedans les terres, & qui font jplus efloignees de la mer, reçoiuent quelquesroisdegrandsdommagesde ces trem- blements, comme la cité de Chachapoyas aux Indes , & en Italiç celle de Ferraré: encor que furccfubiedilfemblcque celle cy, pour eftre voifine d’vne liuicre , Sc n’eftrc pas auflî fort ef- loignec de la mer Adriatique , doiue pluftofl: cftre[mife au nombre des villes maritimes. En> l’an mil cinq cens quatre v ingts & vn , en Chu-, guiano, cité du Peru , autrement appellee la Histoire natvrelle Paix , arriua vn cas fort eftrange fur ce propos, c'cft qu Vn bourg,appellé A ngoango,auquel ha- bitoient plufieurs Indiens, enchanteurs & idola- i très, tomba inopinément en ruine , de forte que vne grande partie de ce bourg fut enleuée & em- portée, dont plufieurs de ces Indiés furent eftou- fez,& ce qui femblc incroyable (neantmoins at- telle par perfonnages dignes de foy ) la terre qui fc ruina & qui s’abbarit ainfi, courut & coula fur Icpays l’elpace d'vne lieue & demie , comme fî c’euft elle de leaue ou de la cire fondue de façon qu’elle boucha & remplit vn lac, & demeura ainfi cftendue parmy toute celle contrée. i amme U terreur U mers* emhrajfenf l'vn l'autre, Chap. XXVII. ! ’Acheueray par cell élément de la i latcrre,leioignantauecleprece- ■ dent de l’caue , l’ordre & embraf. | fement defquels ell de foy certai-* nement admirable. Ces deux élé- ments ont vne mcfme Sphere départie entr eux, &fcvont embralTans & accollans en mille fa- I çôns & manières. Par quelques endroits l eaue ' combat furieufement la terre , comme fon en- I nemie, & en autres , elle la vient enceindicd v- j ne façon fort douce & amiable, il y a des lieux i où la mer vient entrer dedans la terre bien a- | uant, comme venant lavifiter , & d autres el- quels la terre fe recompenfe, iettant en la mer- BES Ind ES. LîV, III. fês caps,pointes, & langues auancces, qui vont pcnctrâr iufqucs aux entrailles. En quelques en- droits Ivn élément s acheue,&Fauttc Ce cômen- cc/e donnantplacc peu àpeu iVn à 1 autre. Aux autres chafeuns d*eux(lors qu’ils fè ioignent) ont vnc tref.grande profondeur, & clîeuation, com- me il fe trouue des Ifles en la mer du Sud,&mef- me en la mer duNort,dcfquelles les nauires fap- prochent tout contre.Et quoy qu’ils y iettentla fonde enfoixantc Sc dix & quatre-vingts braf- lecs, fi eft-ce qu’ils n’y trouucntpoint de fonds. Qsfaiaiuger, que ce font comme des pics ou pointes de terre,qui montent du profond,&fcf- Icucnt en hautjcholc digne de grade admiratiô. A ceproposmedit vnPilotefort experimentéi que les Ifies, qu’ils appcllétdcs loups,&d’aurres, qui lont lur le commencement de la cofte de la neufue Efpaigne, qu’ils appellent des Cocos c- Itoient de celle mcfmc façon. D-auantage il fe trouuevnendroitau milieu du grâd Ocef, hors de la veuë de terre , & edoigné jd’icelle de plu- licurs lieues,auquel Pô voit comme deux tours, ou pics,d’vne roche fort hault cflciicz,quiforrêt du milieu de la mer,&neantmoins ioignant icel- les 1 on ne peut trouuer ny fonds ny terre. L’on lie peut encor certainemen t comprendre,ny re- cognoiftre,quclle cft la forme entière & parfaite de la terre des Indes, pour n’auoir efté les extre- mitez d icelle du tout defcoiiucrtes iufqu’àpre- lent. Ncantmoins nous pouuons dire comme à trauers,qu elle peut eftre comme vn cœur, auec Ui ehl au Pcru,Ia pointe au defiroit deMagellan Histoire natvrelie & le haut où il s’acheue eft la terre ferme, & de là commence le continent à s’cflargir peu à peu,iuf ques à arriuer à la hauteur de la Floride & terres fuperieures, qui ne font cncor bien cogncües. L’on pourra entendre d’autres particularitez de cefte terre des Indes, par les commentaires que lesEfpagnols onteferit de leurs fuccés & def- couuertes,& entre autre de la pérégrination que i’ay efcripte,qui à la vérité eft eftrange,&en peut donner beaucoup de cognoilFancc, & eft ce qui m’afemblé fuftîre à prefent pour donner quel- que intelligence des chofes des Indes,-quantaux communs éléments, defquels toutes les parties du monde font formées & compofées LIVRE QVATRIESME de LHISTOIRE NATVREL- le ôc morale des îndes. Chapitre premier. ne trois genres de mixtes.ou compofel (^ , dent ie dois tramer en cefie hijioire, Y A N t traitté au liure precedét de ce qui tou- che les elcmens, les /impies dcslndcs^nous parleros en ce prefent îiare,dcs mixtes & des compofez, entant qu’il nous sêblera conuena- ble au fubjeâ:, dot no’* voulons traicter.Efco- Die qu ily ait beaucoup d’autres gères diuers,nb^ teduiros toutcsfois cefte matière en trois^qui Ce- rôties mctaux,Ies plantes & les animaux. Or les métaux font comme des plantes couuertes&ca- chces dedâs les entraillesde la terre, qui ont quel qucre/Téblâce entre eux,en la forme & manière deleurproducîfiomd autant que l’on voic &rc- congnoift mefme entre eux des rameaux, Sc commevn tronc, duquel iisnailicnt Ôc procè- dent, qui font lesgrodes veines de les moindres, Histoire natvrelle teüeroenr qu’ils ont entre eux vne liaifbnjtclic qu’il fcmblc proprement , que ces minéraux croilTent à la façon des plantes. Non pas qu ils •ayent vne vraye vie vegetatiue intérieure, car c’eft chofe qui eft feulement propre aux vrayes plantes, mais ils fe produifent aux entrailles de laterre,parlavertu,&laforcc du Soleil, & des autres planètes , & dans vne longue efpace de temps fe vont augmentant, & prcfquc multi- pliant, à la façon des plantes. Et tout ainfi com- me les métaux, font des plantes cachées en ter- rc,ainfi pouuons nous dire que les mefmes plan- tes font des animaux fixes & arreftez en vn lieu, la vie defquclles s’entretient par l alimcntquc nature leur va fournilfant, dés leur propre naif- fance. Mais les animaux furpaifent les plantes, en ce qu’ils ont vn eftrc plus parfait, & de là aulTi ont-ils befoin d’vn aliment & nourriture plus parfaite. Pour lequel chercher nature leur a donné vn mouuement & vn fentiment , afin de le defcouurir&cognoiftre. De forte que la terre rude & ftcrille,cft comme la matière, & a- liment des métaux , & celle qui eft fertile & mieuxalfaifonnée, la nourriture des plantes. Les mefmes plantes feruent d’aliment aux ani- maux, ôdes plantes &animauxtousenfcmblc font l’aliment des hommes, feruant toufiours .lanaturcinfcricureàl’cntrcticn & fuftcntation , dclafupericure, ôc la moins parfaiéle le tub- mcttantàlaplus parfaire. D’ou l’on pcutvoir i combienils’cnfaut,quel’or,bargent , &lcs au- ; treschofes que les hommes cftimcnt tant par i Icurauaricc, foientla fin& Icbut dcl homme , auaucl I DES Indes, Liv. IIII 125? auquel il doibue tendre,puis qu’ils font tant de degrez plus bas en qualité que i1iomme,lcquel a cité crée & ordonné,pour éftrcfubicét de feruir feulement au Créateur vniucrfel de toutes cho4 fesjcommc àfaproprefin,& fon parfaid repos; ôc auquel homme^routes les autres chofes de ce monde n’ont efté propofécs,ou dclaifTees, finon pour s’en feruir à gaigner celle dcrnicre fin. Qui voudra confiderer les ebofes créées Ôc en difeou rir félon celle Pliilolophiej pourra certes tirer quelque fruit de leur cognoilîance ôc confidera- tionfe feruantd’icelles,pourcognoillre& glo- rifier leur Autheur.Mais qui fe voudra aduancer plus outre à la cognoilîance deleurs proprietez & vtilireZj&voudraferendrecuricLixde les re- chercher, celuy là trouiiera finallementen ces créatures, ce que le làge dit, qn ils fint aux peds des foUcr tgnorans,Çç^Moh des lacs, ôc des piégés où i s fe précipitent, &fe perdent iournellemenr. A 5^6.14. cefteintentiondonc&afinque le Createurfoit glorifié en fes créatures, ie pretens dire, en ce li- ure, quelques vnes deschofes,dont il y a beau-, coupés Indes,dignesd’hilloire,acdellre racon- tées, touchant les métaux, plantes &: animaux, qui font propres,& particuliers en ces parties. * Mais d’autant que ce feroitvneoEUure tres-gfâ- dc,que de traitter cecy ,exaélemét,& qui reqùeri^ toit plus grand fçauoir ôc cognoilîance, voir#^ beaiKoup plus de loyfir, que ie n’aypas,iedis, que feulement mon intention ell de traitter fuc- cintement quelques chofes, que i’ay comprinles, ôc remarquées tant par cxperiéce,queparlerap- port de gens dignes de foy, touchant ces trois Histoire natvrelle chofes que i’ay propofces,laiflant auxautrcs plus curieux &diligents,de pouuoir traiderplus am- plement de ces matières. l’ahndance grande quantité des métaux qui font és Indes Ocddentalles. Ch A P. II. M a fagelTe de Dieu a créé les métaux pour medecine & pour dcffencc, pour ornement 5 &pourinftrument des operations defhommc.Dcrquel- lesquatres chofes, l’on peut facilement donner exemple, mais la principale fin des métaux, & la derniere d’icelles, cft pour ce que la vie hu- maine n’a pas befoin feulement de fe fuftanter, comme celle des animaux, mais aufli de trauail- ler,,&ouurer félon la raifon, & capacité , que luy adonne le Créateur: &ainfi comme l’cnrc- dement humain s’applique à'diuersarts & fa- cilitez, ainfi le mefme autheur a donné ordre, qu’il y euft matière & fubieét à diuers;artifices pourlaconfcruation,reparation, feureté, orne- ment,& exaltation de fes œuures. Donques la diuerfité des métaux, que le Créateur a enfer- rés és armaires, & concauitez de la tcrre,eft tel- le & fi grande, que la vie humaine tire profit & commodité de chafeun d’iceux. Des vns elle fe fertcnla guarifon des maladies,des autres poul- ies armcurcs,&’ pour deffenfes contre les cnne- Des Indes. Liv. IIK. i^o mis; les vns font pour l’ornement & pareurede nozperfonnes, & de noz maifons, & les autres font propres à faire des vaifleaux, &fcrremens, aueclesdiucrfes façons d’inftrumcns, que l’in- duftrie humaine a inuenté & mis en vfage. Mais fur tous les vfages des métaux, qui font Amples & naturels, la communication des hommes en a trouuévn,qui ell l’vlàge de la monnoye, laquelle, comme dit le Philofophe,eft la mefurc de toutes chofes.Et combien que de foy (^naturellement, elle ne foitqu’vne feule chofe, neantmoinsen valeur(?cefHmation,l’on peut dire quelle eft tou- tes chofcs.La monnoye nous eft comme viande, vcftemêr, maifon,cheuauchure,&gencrallemét tout ce que les hommes ont de befoing. Par ce moyen tout obeift à la monnoye, & comme dit le Sagejpour faire vnéinuention , qu’vue chofe „ . fufttouteSjles hommes guidez ou poulfez d’vn inftineft naturel,clleurêcla chofe plus durable,^ plus maniable, qui eft le métal, & entre ces me^ taux voulurent que ceux la eulîcnt la preeminc- ce en cefteinuention de monnoye, qui de leur naturel eftoientplus durables, ^incorruptibles, à fçauoir l’argent &c l’or. Lefqucls non feule- ment ont efté en eftime , entre les Hebrieux, Aftyrie ns, Grecs, Romains, & autres nations de l’Europe & d’ Allé, mais aufli entre les plus cf. loignées ôc barbares nations de l’vniuers , com- me font les Indiens, tant Orientaux , comme Occidentaux , où l’or ôc l’argent eft tenu en auin grand prix & cftime,remployansenl’ou- urage de leurs temples & palais, & aux vefte- mcnts,& àccouftremens des rois, & des grands Histoire natvrelle feigneurs. Mais encor que l’on ait trouué quel- ques barbares, quinecognoilToicnr, nyl’or, ny 1 argent comme l’on raconte de ceux de Flo- ride,qui prenoient les poches, & les Tacs, où c- ftoitl’argenr, lequel ils iettoient & delaiflbient efpars par-my la terre, comme chofe inufile. Et Pline mefme recite des Babitacques, qui abhor- roienr l’or, & pour cela, renfeueliffoienr, afin que perfonne ne s’en peuft feruir. Toutesfois il fe trouueauiourd’huy fort peu de cesFlori- diens ôc Habitâcques, & grand nombre au con- traire, de ceux qui eftiment, recherchent, ôC fonteftat del’or& de l’argent, fans qudlsayent befoing de l’apprendre de ceux, qui y vont de l’Europe. Il eftvray que leur auaricen’eft point paruenuesau but de celles des noftres, & n’ont pas tant idolâtré l’or & l’argent , quoy qu’ils fulïênt idolâtres , comme quelques mauuais Chreftiens , qui ont commis plufieurs grands exceds pour l'or & l’argent. Neantmoins c’eft vnechofe fort digne de confideration, que la fageffedu Seigneur eternel aitainfi voulu enri- chir les terres du monde plus cfloignées , & qui font peuplées d’hommes , moins ciuils, & politiques, qu’en ces lieux là il ait mis le plus grand nombre de mines, ôc en plus grande a- bondance que iamais ait efté , afin d inuiter les hommes par tel moyen à rechercher ces tejres ôc IcspolTedcr, afin aulîî , fur cefte oc- cafion, de communiquer larcligion,&cultu- reduvray Dieu à ceux qui ne le cognoiflbient point J s’accomplilEant en cela la Prophétie d’ifaye, difant, que TEglifc deuoit eftendre DES Indes. Liv. III. ~ r;i fcs bornes , non feuîenient à'ia dextre, mais auT- fi àlafcncftre, qui s’entend, comme dit faina AugMM Auguftm,quc l’Euangile fe doit cflargir &eften- z- I dre, non feulement par ceux qui finceremcnt & auec vne vraye & parfaiae charité le pref- chent & annonccnt,mais auffi par ceux qui l’an- noncent , tendans à fins & intentions •tem- porelles. D’où nous voyons les terres des In- des, pour eftreplus abondantes de mines & de richefles , cftre de noftre temps les mieux culti- iiees en la Religion Chreftienne , faidant le Sei- gneur pour fes fins & intentions fouueraines denosdefirs & inclinations. Là delfus difoit vn homme fage , que ce que fait vn pere àfafil- le.pour la bien marier, eft de luy donner beau- coup de dot & de moyens en mariage, ceque Dieu a faid à celle terre , tant afpre & laborieu- fc , luy donnant de grandes richdles en fes mi- nes, afin que par ce moyen elle trouuafi; mieux qui la vint rechercher. Il y a donc aux Indes Oc- cidentales grand nombre & abondance de mi- nes de toutes fortes de métaux, comme decui- urc, de fer, de plomb, d’eftain , de vif-argent, d’argent, & d’or: & entre toutes les régions & parties des Indes , les Royaumes du Peru , font ceux qui abondent le plus en ces métaux, (pe- ciallement én argent, or , & vif-argent, ou mer- cure, ôc fy en rrouuegrand nombre, pource quêtons les iours l’on dcfcouure de noiiuelles mines. Et cft chofe fans doute, que félon la qualité de la terre, cellesquifontà defcouurir, font en plus grand nombre, fans comparaifbn, que celles que l’on void à prefent dcfcouuer- R iij PWo deGeaef. tnttnd. f.»feh.Uh.Z def>r£par. Euiing. (•' Histoire natvrelle tes : voire fcmble que toute la terre eft femee de ces métaux plus qu'aucune antre terre, qui nous foit à prefent cogneue au monde , oiT de laquelle lesautheurs anciens ayent faid mention par le palTc. Pela qualité nature de la terre ^ oùfe trcmentles met aux métaux ne Je mettent en œuure es IndeSyO' comme les In- diens fe Jermyent dheeux, C H A P. III» A raifon pourquoy il y a tant de richeffes de métaux CS Indes, fpecialement aux Occidentales du Peru, eft comme i ay did, la volonté du Créateur, qui a de- party Ces dons comme il luy a pieu. Mais venant à la raifon naturelle Sc Philo- ; fopliique , c’eft chofe bien vraye ce qu'en a efcric ; Philon homme fage, difant, que Por , l'argent & ■ métaux naiftènt naturellement aux terres plus fterilcs & infrudueufes. De vray nous voyons qu’aux terres de bonne température , & qui font fertiles d'herbes & de ffuids, rarement ou iamais on n'y treuue des mines , pource ! que la nature fe contente de leur donner yl- | gueur , pour produire les fruids plus neceflai- ! ‘ res à la conferuation & entretien de la vie des j , animaux Sc des hommes. Au contraire aux ter- j res qui font fort afpres , feiches , Sc fterilcs, j DES Indes. Liv. IIII. 1^2 comme en des montagnes tres-hautcs, &en des roches qui font afpres, ôc dVnc tempéra- ture fort rude , l’on y rrouue les mines d’ar- gent, de vif-argent, &: de l’or, & toutes ces ri- cheiïès (qui font venues en Efpagne, depuis que les Indes Occidentales ont efté defcouuer- tes)ont efté tirées de lieux comme cela , qui font afpres,penibles, defcouuerts &ftcriles. Toutes- fois le gouft de cefte monnoye rend ces lieux doux Ôc aggrcables voire habitez de grand nom- bre dépeuple. Or combien qu’il y ait aux Indes (comme i’aydiéljplufteurs veines & mines de toutes fortes de métaux , toutesfois ils n’en ti- rent ny fe feriient point dautres , que des naines d or ôc d’argent , ôc mefnie de vif-argen t, d’autant qu’il eft neceflàirc, pour tirer & affi- ner l’or 5c l’argent. Ils y portent le fer d’Efpa- gne, 5c de la Chine. Qiwnt au cuiure, les Indiens en ont tiré Ôc mis en œuurc quelqucsfois pour ce que leurs ferremens ôc armes n’eftoyenr point ordinairement de fer , mais de cuiure. Depuis que les Efpagnols tiennent les Indes, l’on en a tiré fort peu, ôc ne prennent point la peine d’en rechercher les mines, encor qu’il y en aitplufieurs,pource qu’ils s’arreftent à la re- cherche des métaux plus riches 5c précieux, 5cy employent leur temps 5c leur tr^uail.Ils fe feruent des autres métaux de cuyure 5c fer , tant feulement de ce qu’on leur en enuoye d’Efpa- gne,oubicn de ce qui refte de l’affinement de l’or 5c l’argent. L’on ne trouue point que les Indiens vfaftent cy deuant d’or , ny d'argent , ny d autre mctail pour monnoye, 5cpour prix des R iiij Histoire natv relie chofcs J mais feulement s’cii feruoy ent pour or- nement, comme il a efté did,& ainii il y en auoir grande fomme & quantité aux temples , palais, & fepulturcs , auec mil genres de vafes d’or & d’argent qu’ils auoyent. Ils ne fc feruoyent point d’or ny d’argent pour traficquer & achep- ter, mais changeoycnt & trocquoyent des cho- fcs aux autres , comme Homère Ôc Pline racon- tent des anciens. Ils auoyent quelques autres chofcs de plus grande eftime, quicouroit entre eux pour prix 5 au lieu demonnoyc, & iufques auiourd’huy dure cefte coullume entre les In- diens, comme auxprouinccs de Mcxicquc,ils vfentaulieu de monnoye du Cacao (quieftvn petit fruid } & auec iceluy acheptent ce qu’ils veulent. Au Peru ils fe feruent du Coca, pour ce- lle mefmc fin , qui eft vne feuille que les Indiens eftiment beaucoup, comme au Paragucy ils ont des coings de fer pour monnoye, & ducofton tiflii en faindc Croix de la Sierre. Finalement la maniéré de traficquer des Indiens, & leur achepr ter ôc vendre , eftoit efehanger Ôc bailler chofcs pour chofcs : ôc bien qu’il y eut de grands mar- chez, ôc des foires fort célébrés , fi cft-ce qu’ils n’ont eu befoing ny neceflîté de monnoye , ny mefmc de courratiers, pource que tous eftoyent fort bien apprins,à fçauoir combien il eftoit be- foing de donner d’vne forte de marchâdiic pour vne, tant d’vne autre. Depuis que les Efpagnols y font entrez , les Indiens fe font mefmes feruis de l’or & de l’argent pour achep ter, &au com- mencement n’y auoit aucune monnoye j mais l’argent au poids, eftoit leur prix ôc leur mon- DES Inde s. iLiv. IIî. noyc, comme Ton raconte des ancics Romains. ^UnM. Du depuis pour plus grande commodité , l’on forgea de la monnoye en Mexicque, & au Peru, toutesfoisiufqucs àprefent, en ces Indes Occi- dentales Ton n’a battu aucune monnoye de cuy- urc ou autre métal , mais feulement d’argent, & d’or : pource que la richeife d’icelle terre n’a ad- mis ny receu la monnoye qu’ils épellent de bil-^ Ion, ny autres genres d’alloy , dont ils vfent.en Italie , & aux autres prouinces de l’Europej bien qu’il foit vray , qu’en quelques ifles des Indes, comme faind Dominique, & Port-riche, ils vfent de monnoyede cuiure,qui font des quarts, lefquels ont cours feulement en ces iiles,pource qu’il y a peu d’argent & d’or. le dis peu , encor qu’il y en ait beaucoup, toutesfoisiln’yaper- fonne qui le tire ou afïîne.Mais pource que la ri- chefîè des Indes , & l’vfagc de trauailler aux mi- nes, conlîfte en or, argent , vif-argent, ie diray quelque chofe de CCS trois métaux, laiirantpour l’heure le refte. Histoire natvrelle Tîin.lih 33 . eaf. 3 . Apoc.^.& il. Can.‘^. rjalm. 67 . T/jrw. 4. %.Keg,6. Ve hr que l’on tire (ÿ* affine e's Indes. Chap. IIII. ’O R, entre tous les métaux, a efte toufiours eftimé pour le plus excel- lent , & auec bonne raifon , d’autant qu’il eft le plus durable & incorru- ptible de tous ; car le feu, qui confume ôc dimi- nue tous les autres, l’amende, ôc le rend en fa perfedion. L’or qui a paffé plufîeurs fois par le feu demeure en fa couleur, tres-fin&: très -pur, lequel proprement s’appelle, (félon que Pline dit) Obrifo , dequoy fait tant de mention bEf- criture , ôc l’vfage qui confomme tous les au- tres métaux (comme dit le mcfme Pline) n’a- moindrit aucunement l’or , ôc n’y fait aucun dommage, mefme il ne fe mange, ny nes’en- uieillit. Et bien que fa matière ôc fon corps foit fl ferme ôc fi folide qu’il eft , il fe laiftè ncantmoins tellement doubler ôc tirer , que c’eft chofe merueilleufe. Les batteurs d’or ôc tireurs fçauent bien la force qu’il a de fe laifter fi fort amenufer fans fe rompre iamais. Tou- tes lefqiielles chofes bien confiderees , auec au- tres excellentes proprietez qu’il a, donneront ; à entendre aux hom mes d’entendement , pour- | quoy enbEferiture fainde la Charité faccom- pare à l’or. Au refte , il eft peu de befoin 3c raconter fes excellences , pour le faire efti- mer ôc rechercher.Car la plus grande excellence qu’ilait,eftd’eftrcjacogneu, comme il l’eft en- tre les hommt s , pour la fuprefme puiirancc ôc Des Indis. Liv. mr. ,,, grandeur au monde. Venant donc à noflreiûjet il y a aux Indes grande abondance de ce métal, ôc Içait-on par les hiftoires certaines que les In- guas duPcrunefecontcntoyentpas d’auoir de grands &petits vafes d or,des cruches, des coup- pcs,dcs laces ôc des Hafeons, voire des tinnes ou grands vailTeaux : mais auffi en auoyent-ils des chaires, des brancars ou litières tour d or maffif: «Sc en leurs temples auoyent mis pluficurs fta- tucs &imagcs d’or maffif,derquclles l’on en trou ue encor en Mcxicquc quelques- vnes, mais non pas en telle quantité que quand les premiers conquefteurs arriuerem en l’vn & en l’autre Royaume, qui y trouucrcnr de grandes richeP- ies,& en fur encor fans comparaifon caché dans terre beaucoup d’auantagcparles Indiens. Ce leroit chofequifembleroitfabuleure de racon- ter qu ils ayent fait des fers à chenaux d aroent a fautede fer, & qu’ils ayent payé trois cens ef eus d vue bouteille de vin, & autres chofese- Itranges : ôc toutesfoisen vérité, elles font ad- uenues, voire ôc des chofes encor pins gran- des. L on tire l’or de ces parties en trois façons manières, ou atoutlemoinsi’ay veuvfer de ces trois. Car il fe trouue de l’or en paille ou pcpin , de I or en poudre Ôc de l’or en pierre. Ils appellent l’or en pépin, de pefîts morceaux d’or qui letrouucntainfi entiers, & fans meflanae dau^e métal, lequel n’a befoin d’eftre fondu ny affine par le feu:& les appellent pépins, pour ce que ordinairement ce fon t petits morceaux comme pépins ou femcnce de mêlions & ci- nouillcs, &celuy dont parle lob, quand il dit. TUn. lih. 3. thé^.S. Histoirï NATVRELLE Ime illm mmm. Co mbicn qu’il arriue quelques- fois, qu’il y en a déplus grands & de tels que i’en ay veü qui pefoy ent plufieurs liures. C eft rcxccllcncc & la grandeur de ce métal feul( fé- lon que Pline afferme) de fe trouuer ainfi pur & parfaid, chofe qui n aduient point à tous au- tres métaux , lefqucls ont toufiours de l’cfcmnc & du terreftre , Ôi ont de befoin qu’on les affine aucc le feu. l’ay veu mefmc de l’argent naturel, en façon mefmeilycn a d’autre que les Indiens appellent Papas, & qucl- quesfois il fen trouue des morceaux de tout pur & fin, en façon de petites racines rondes, ce qui eft rare toutesfois en ce métal , mais allez ordinaire en l’or. Il fe trouue peu de ceft or en pépin , au rcfpcd des autres efpeces. Ceft or en pierre eft vnc veine d’orquinaift & s engendre dans la mefme pierre ou caillou, comme l’ay veu aux inincs de Caruma au gouuernement de Sal- lines ,des pierres fort grandes toutes pénétrées &trauerfees d’or. D’autres quieftoyent la moi- tié d’or & l’autre moitié de pierre. L’or qui elt de cefte façon fe trouue en des puits ou des mi- nes qui ont leurs veines comme d’argent mais ils font trcs-difficiles à tirer. Agatarchides ef- ait au liure cinqujerme delà mer Erythree ou rou2C (aiufi raconte Phocion en fa Bibliothè- que) la façon & maniéré d’affiner l’or rire des nier es, de laquelle ont vfé anciennement les Lys d'Egypte, & cil vne chofe admirable de voir comme ce qu’il en efcrir cellcmble & fe rappofte proprement a la façon dont Ion ,,r. ILrmaLtenantàraffinerces metauxdor DES Indes. L IV. II IL 135 & d’argent. La plus grande quantité d’or que Ton tire Ôc recueille es Indes eft de celuy qui eft en poudre, qui fc trouue es riuieres ou es lieux & torrens où beaucoup d eaucs ont paife, d autant que les fleuues des Indes iont abondans en cefte cfpece d’or. Comme les anciés ont célébré pour cefte occafion le Tage en Efpagneje Paélole en i^iîe,&leGangecn rinde Orientale, & appeL loient rament A amï^ ce que nous autres appelions lor en poudre, & eftoit laplus grande quantité de 1 or qui le faifbit a prefent que ces raclcures^c poudres qui Ce trouuoient es riuieres. A prefent aux nies de BarJouente, Efpagnolle, Cube & Port-riche, y en a eu^& y en a encor en grand’ a- bondance es riuieres , mais on en rapporte fort peu en Efpagne,par faute de naturels du pays, & pourladifficulré qu’il y a de le tirer. II y en a gra- de quantité au Royaume de Chillc, de Qm?to, &aunouueau Royaume de Grenade. L’or le plus célébré eft celuy de Caranaua au Peru, & ccluy de Valdinia cnChillé, d’autant qu’il vient auecPalloy &perfeérion , qui font vingt trois quiilats & demy, voire quelquefois plus. L’on fait eftat aufti de l’or de V eragua pour eftre tres- lîn.Ilsapportentmcfme beaucoup d’or à Mexi- que des Philippines & de la Chine, mais com- munémentil eft foible & de bas alloy. L’or fe trouue mefle ordinairement ou auec l’aro^ent ou aucclecuiure.Plineditqii’iln’y aaucunor où il n y ait quelque peu d’argent ou de cuiure. Mais PlmM. celuy qui eft meflé d’argent eft communément de moins de quiilats que celuy qui eft meflé de eulure.S’il y a la cinquiefme partie d’argent. Pli- HtSTOIRE KATVRELLB ■ ne dit qu’il s’appelle proprement qui a la propriété de reluire plus a la lumière du feu que l’argent fin ny l’or fin. Celuy quicftauccle cuiure eft ordinairement du plus haut alloy. On raffine l’or en poudre en des lauoirs en le lauant en beaucoup d’eaüe,iufqiies à ce que le fable tô- be des plateaux, & l'or comme le plus pefant de- meure au fond s.L’on l’affine mefmeauec du vif argent & auec de l’eaue forte,pource que l’allun dont on fait ceftccaue,alavertu defeparer Tor d’auec l’ordure oudes autres métaux. Apres qu’il eft purifié & fondu ils en font des briques ou petites barres pour l’apporter en Efpagne,pour- ce que cftant en poudre on nelepourroittirer des Indes,car on ne le peut quinterj marquer ny cflayerqu’apr es qu’il eft fondu. Le fufdir hifto- j;iographe raconte que l’El^agne fur toutes au- très prouinces du monde cftoit abondante en des métaux d’or & d’argent, fpeciallement Gal- lice & Portugal, & fur tout les Aftures, d’où il raconte qu’on apportoit par chacun an à Ro- me vingt mil liures d’or, & qu’il ne s’en trou- uoit en aucun autre lieu vne telle abondance. M ro CcquifembleeftretcrmoignéauliuredesMa- i.mtth.z. où il eft dit entre les grandes richef- fes des Romains, qu’ils curent en leur puifTancc les métaux d’or & d’argent qui font en Efpa- gnc. Auiourd’huy ce grand threfor d’Efpa^gnc fuy vient des Indes, en quoy la diuincproui- dence a voulu qu’aucuns Royaumes feruent aux autres,^ leur communiquent leurs richef- fes à fin de participer] de leur gouucrncmcnt pour le bien des vns Sc des autres en fc corn- BïS Indes, Liv. HH. mumquantreciproquement les biens & grâces dontils, omirent. On nepeutbien apprécier ny eftimer le nombre&quantitédorquel'onap! porte desindes mais 1 onpeut bien alFermer qSe ceft beaucoup daiiantage que ce que Pline ra conte qu’on apportoit chafque an d-Efpagneà Rome. En la flotte ou le vins.qui fut l’an fjS, . h déclaration de la terre ferme fut de douze Lf! fons d or.defqiiels chafque calTon pour le moins ^foi t quatre arobes.qui font cen t liures pefant- &mil cinquante fix marcs de la neufue Efpa.zne quieftoittantfeuleme'tpourleRoy,fa„sce%uî vintpour les marchands & paniculiers.eftant nregiftre,& ce qui vint non enregiftré.comme Ion en apporte beaucoup. Cela Mc touche ror des Indes: roi-rr*.».- ^ r oles,£ Vf rar art^m commmem,s& mds («fendre & seÜniSdLf. — e..:r V 7 , tien arrê te '^mretned l <^‘‘^"f>^MferenfeJ,r. ^ congele , qui fontXli fufflitesy^^^^^^^ Histoire natvrelle profond des montagnes& és entrailles de la ter- re ou de l’arene des riuiercs,& es lieux par où les torrens ont paffé, ou bien aux très - hautes montagncsilefquelles poudres d’or delcendent & s’efeouient aucc l’eaue qui eft la plus commu- ne opinion que l’on tient es Indes. D*ou vient ’ que plufieurs du vulgaire croyent que ledelu- ; ec ayant noyé toute la terre iufques aux plus hautes montagnes , a efté caufe qu à prefent l’on trouue ceft or és riuieres, ôc en des lieux ii elîoignez.Nous dirons maintenant comme 1 on defcouure les mines d’argent, de racincs&commencemcns,dont parle lob. ht diray en premier licu,que la caufe pour laquel- le l’on donne le fécond lieu à l’argent entre les métaux, eft pource qu’il approche de l’or plus : que nul autre d’iceux, en ce qu il eft plus dura- j blc & fefent moins endommage du feu, le lail- lant aufli manier & mettre en œiiure plus faci- lement que les autres, voire il furpailelorenU clairté & fplendeur, & au Ton qu il a plus clair & plus agreable.Car fa couleur eft plus confor- me & relTemblante la lumière, & fon on e plus penetrant,plus vif & plus délicat. Aufli y a il certains lieux cfqucls ils eftimcntl argent da- uantagequenonpaslor.Toutesfoisc eft vu ar- gumelt Sc figne pour iuger que 1 or eft plus précieux de tous les metaux,en ce qu il fe trou- uc plus rarement,& que la nature fc raoftre plus efcharfcàlcproduircquenon paslcs autresien- cor qu’il y ait des terres ( comme 1 on dit de la Chine ) cfquellcs l’on trouue plus facilement dcror,qucS:rargcnt mcfmc. Toutcsfois c eft DES Indes Ltv. IHI. j,, choie plus comune & ordinaire , que l’on trou- ueplusfaalement& en plus grande abondan- cedelargem quedelor. Le Creareura pour- 0“«d“tales dVne lîgranderi- cheffed argent, que tout ce que l’on voidéshi. lloires anciennes , & tout ce que l’on dit des ar- genteries & minières d’Efpagne & des autres promnees, eft beaucoup moins qu« ceque l’on void en ces parties là. Les mines d’argent fe trouuent communément es montagnes & ro- ches très- hautes & du tout defertes : encores qu autrefois 1 on en ait trouué és pleines & câ- pagues. Il y en a de deux fortes differentes , les ^les qu ils appellent efgarées , & les autres fixes &arreflees. Les efgarées font des morceaux de métal qui fe trouuent amalTez en quelques endroits,lefquelseftans tirez & leuez , fon n’en trouue point apres dhuantage. Maisles veines fixes font celles qui en profondeur & longueur ontvne fuitte continue en façô degrandef brà- ches & rameaux d’vn arbre , & quand l’on en a louue yne d icelles , l'on en trouue ordinai- remet plufieurs autres au mefme lieu. La façon de purger & d’affiner l’argent de laquelle ' vfe les Indiens eftoit par fondure, elfondant &faifant refoudre celle malTe de métal pat le feu qui lette le terreftre d’vn collé, &parfa force feparc 1 argent d’auec le plôb , l’eftain dV ueclecuiurc &Tes autres métaux qulfe trou- uent mêliez. A celle fin ils faifbient & ballif- joientdes petits fourneaux en lieux où le vent louffloitleplus communémentAauec du boi^ du charbon qu’ils y mettoient , faifoient leur S Histoire natvrelle artifice & leur affinement , & appellent au Fera | ces fourneaux Guayras. Depuis que les Efpa- | onols y font entrez , outre celle façon de fon- i dre & d’affiner, dont ils vfent encor à prefenr, j ils affinent auffi l’argent auec du vif argent, & j en tirent d’auaiitage par ce moyen, que non pas ; en le faifant fondre & l’affinant par le feu. Car | il fe trouue du métal d’argent que Ton ne peut | affiner ny purger aucunement auec le feu, mais feulement auec le vif argent. Mais celle fortc'dc : métal ell cômunémcnr métal pauure & foible, , qui elb celuy toutesfois qui le trouue en plus i grande abondance. Ils appellent pauure celuy | qui rend & donne peu d’argent, & grande quan- | rite de métal, & celuy-la riche au contraire , qui donne & rend plus grande quantité d’argent. . C’eftvnechofe merueilleufenon feulement de celle différence & diuerfité qui fe trouue à af- | finervn métal parle feu , Ôc l’autre fans feu, | auec du vif argent , mais auffi de ce qu’aucuns } de ces iffetauxqui s’affinent au feu ne peuuent f pas bien cllrc fondus quand le feu en ell allu- i mé auec du vent artificiel comme de foufflets, ; mais feulement quand il ell fouillé & allumé i auec l’àir naturel & lè vent qui court. Et d’au- tres au contraire , qui font plus facilement fon- j dus auec l’air artificiel des foufflets , que non t pas auec l'air 5c le vent naturel. Le métal des ii mines de Porco s’affine facilement auec des ,! fouffiets, & celuy des mines de Potozi ne peut |i cftre fondu auec les foufflets , mais feulement ÿ par le moyen de l’air des Guayras , qui font de petits fourneaux aux collez des montagnes, ba- DES Indes. L IV. Il IL 138 ftis exprès du cofte du vent, au dedans defqnéis ils fondent ce metah&combien que ce Ibit cho- fedifîîcilc de donner raifon à ccftcdiuerlîtc,tou- tesfois elle ell toute ccrtaine& approuuée parla longue expérience. Tellement que l’auaricicux defir de ce métal tant eftimé des hommes, leur a fait rechercher mille inuentions &gentils ar- tifices, d’aucuns dcfquels nous ferons mention cy apres. Les principaux lieux des Indesoùron rire 1 argent font la neufue Elpagnc & le Peru, mais les mines du Peru furpalfentdebeaucoup les autres, & entre routes les autres du monde celles de Potozi, defquelles nous trairterons vn peuàloifir,pourGe que ce font des chofes plus cclcbres&plus remarquables qui foiêt es Indes. ka De U montagne mcoUine de Pote’^; O-' de fadef. couuerttire. C H A P. VI L a montagne OU colline de Potozi tant re- nommée cftfituceen laprouince de Char- cas au Royaume du Peru , diftant de l’Equinoxe vers le collé du Sud ou Pôle Antarélique de ai. degré deux tiers : de forte qu’elle tombe fous le Tropique aux confins de la Zone T orride , & toutefois celle région cil extrêmement froide, voire plus que n ell pasCalHlle la Vieille auRoy- aumed Elpagnc, &: plus encor que la Flandre mefinc, combien que par raifon elle deuil cllre chaude ou temperée, eu elgard à la hauteur à; S ij Histoire natvrellb eflcuation du pôle, où elle eft limée. La raifon | de ceftc fi froide téperature eft qucccftc mon- tagne cft fort efleuée , & qu’elle cft agitée & hantée devents qui font fort froids & intera- perez, rpccialemenr de celuy qu’ils appellent | Thomahaui,qui cft impétueux & trcs-froid. Il régné ordinairement és mois de luin , Juillet, &Aouft. Le fonds & terre de ceftc montagne cftfec, froid & fort mal agréable , voire du tout fterile qui n’engendre ny produit aucun fruidjiiy herbe ny grain , auflî eft-il naturel- lement inhabitable pour l’inrcmperaturc du Ciel&Iaftcrilité dclaterrc. Mais la force de ! l’argent qui attire à foy l’auarice & le delîr des | autres chofes a peuplé cefte montagne plus | qu’aucun autre lieu qui foit en tous ces Royau- î K: mes, la rendant fi abondante de toutes fortes | de viandes , qu’on ne peut defirer chofe qui ne | s’y trouue,voite en grande abondance, & cora- i bien qu’il n’y ait rien que ce que l’on y apporte i par voiture , neantmoins les places y font fi pleines de frui6ts,confcrues , vins exquis , foyes & toutes autres dclices , quilnes’en trouuccn autre endroit d’auantage. Cefte montagne eft , de couleur tirant fur le roux & obfcur , & eft fa façond’vnealTcz agréable rencontre à lavelic refterablant parfaitement la forme d’vn pauillo rondjou bien dVn pain de fucre. Elle s ’eficue de ' furpalTe toutes les autres montagnes & colli- ! nés quifont àl’enuiron. Le chemin par lequel ! ' on y monte eft fort afprc& fort roide , en- | cor qu’on y aille tout à chcual. Elle finit par I ' le haut en pointe de forme ronde, &aen fon | DES Indes. Liv.IIII. Died vne lieue de circuit. Elle contient depuis Je rommet iufques au pied mil fix cens vina: quatre verges communes ,lefquelJes reduites^à la mcfure des lieues dEfpagne font vn quart de lieue. Au pied dccefte montagne l’on void vneautrepetice colline qui naift d’icelle , en laquelle anciennement il y a eu quelques mi- nes de ces métaux efpartis & fans fuitte ^ qui fe trouuoientlà comme en des bourfes , Sc non pas en des veines fixes & continues , & néant - mo ins elles eftoient fort riches , encor qu’elles furent en petit nombre. Ce petit roc eftoir ap- pelle des Indiens , Guayna Potozi , qui veult di- ra je kunePotozi, au pied duquel commence l’habitation des Efpagnols Ôc Indiens , qui font vcnusàlarichelîe ôc à l’œiiure de Potozi: la- quelle habitation peut contenir quelques deux lieues de circuit 3 & toute la plus grande riMiéte & commerce, qu’il y ait en aucun lieu du Peru, le fait en celle habitation. Les mines de celle montaigne n ont point elle foiiyes ,ny defcoii- uertesdu temps des Inguas, qui eftoient les fei- gneursduPeru,auparauantquc les Efpagnols y cntralTcnt, combien qu'ils ayent fouy , ôc ou- uert les raines de Porco, aftez proches de Poto- zi,n en ellantdiftantes que de fix lieues Icule- inét.La caufe en pouuoit eftre , faute d’en auoir eu la cognoilfance^combicn que aucuns racon- tent ic ne fçay quelle fable , que comme on vou- lut quclquesfois ouurir ces mines , vne voix rut entendue, qui difoit aux Indiens , qu’ils n'y touchallènt pas, &que celle mpntaigne eftoic rclerucc pour d’autres. Devrayi’on n’euftau- S iij H"i STOIRE NATVRELLE cune cognoilîànce de Pocozi , ny de fa richcfle, i que iufqiies à douze ans apres Tentrée des Efpa- ; gnols au Peru, duquel la dcfcouiierture s’en fie ! en cefte façon. Vn Indien appelle Gualpa , de la ‘ nation de Chumbibilea, quieft vue prouincc j dcCurco,allantvniouràlachaiTe &pourfuitte de quelque! venaifon , & cheminant vers la parc du Ponant , où la befte fe retiroic , commença de courir à mont le roc, qui pour lors eftoit couuert, & planté pour la plus part de certains arbres qu’ils appellent , Quinua , & de builFons fort elpais, & comme il s’efleuoit pour monter en vn palTage,quelque peu afpre & difficile , fut , contraint mettre la main en vue branche , qui , fortbit de cefte veine d’vne mine d argent { ^ \ laquelle depuis ils ont donné le nom de riche) | qu’il arracha , & apperceuft en la folle Ôc racine ^ d’icelle le métal , qu’il recongneuft eftre fort j bon , par l’experience qu’il aiioit de ceux de i Porco: puis ayant trouué en terre, ioignant ce i fteveine quelques morceaux de métal, qui s’e- ftoient rompus & départis d’icelle , fans toutes- fois qu^on les peut bien cognoiftre , a caufe que leur couleur eftoit changée, &gaftée du Soleil, Sc de l’eaue. Il les porta à Poïco elfaycr par Guayras (quieft efprouucr le métal par le feu) & ayant rccogneu par là fa grande richeflè , ôC heureufe fortune, fouyiroic & tiroit fccrette- ment , cefte veine fins le communiqu er , ou'cn , parlera perfonne , iniques ace quvn Indien, nommé Guanca,natifde la vallée deXaura, qui cft aux limites delà Cité des Roys , lequel de- meurant au lieu de Porco, proche voifin de ce j dïsIndes, Liv. IIII 140 Gualpa , Chumbibilqua s’apperceut vn iour qu’il faifoit quelque affinement^ & qu’il faifoit de plus grands fomons &bricques, que celles qu’on faifoit ordinairement en ces lieux : pour- ce mefme qu'il augmentoit en delpence d’ha- bits, ayant iufques alors vcfciialTez pauurcraét. Poiirccfteoccafion , &que ce métal . que fon voifinaffinoit&rmettoitenœuure , eftoit dif- ferent de celuyde Porco , il penfa de defeou- urir ce fecret , & fît tantque combien que Tau- tre tint fon affaire fecrette , alitât qu’il luy eftojt poffible, neanrmoins par importunité fut con- traint de le mena- au roc de Potozi , ayant défia pafirédeuxmoisenlaiouiffanccde ce riche tre- for.Et lors l’Indien Gualpa , dit à Guanca , qu’il print pour fa part vne veine qu’ilauoit defcoii- uertc, laquelle eftoit proche delà veine riche, Sc eft celle que l’on appelle auiourd’huy , la vei- lle de Diego Centeno , qui n’eftoitpas moins riche, mais feulement plus dureà foiiir , & plus difficile à tirer. Par ainfi tout d’vn accord par- tirent entre eux le roc le plus riche du monde. Il aduint du depuis, que l’Indien Guanca trdu- uant quelque difficulté à fouyr ôc cauer fami- pt, qui eftoit tres-durc, &fautre Gualpa , ne luy voulant faire part de la fîenne , curent débat en- femblc,&pourceftecaufelc Guanca de Xau- ra, irrite de cela, & de quelque autre chofè, al- la defcouurir cefte affaire à fon maiftre qui s’ap- pclloit Vuillaroel , Efpagnol , qui lors refîdoit en Porco. Ce Vuillaroel en voulant cognoiftre la vérité , alla en Potozi, & trouuantla richeffe que foiiYanacona, ou fcruiteur,luy aiioit dit,fift S iiij Histoire natvrelle enregiftrcr l’Indien Giiança, s’eftacquant auec : luy àlafufditteveine,quifutditeCenteno, ils ! appellent cela eftacquer, qui vaut autant, que llgnallei- & remarquer pour foy la mine , & au- ; tant d’efpace , que la loy concédé & 'permet à | ccuxlàquitrouuentvnemincj ou bien à ceux qui la foüyirent : au moien dequoy apres 1 auoir monftrée & defconuertc à la iuftice , ils demeu- rèrent feigneurs de la mine , pour la fouyr &c en tirer rargent,comme de leur propre , en payant leulcmentauroy fon droit de cinquiefrae. De forte que le premier cnregiftrcracnr & décla- ration que l’on fit des mines de Potozi , fuft le vingt& vniefmeiourdu moisd’Auril 5 del an mil cinq cents quarante cinq, au territoire de Porco', par lefdits V illaroel Efpagnol ôc Guan- ; ca Indien. Incontinentapres l'on defcouurit vne autre veine qu’ils appellent veine d’eftain | quiaefte tres-riche,quoyquerude& laborieu- | fe à y trauailler , pour eftre fon métal , aufîi dur que le caillou. Du depuis le trentiefme iour d’ Aouft au mefme an de quarante cinq, la veine appelléc’. Mendiera, fur enregiftrec, qui font les quatre principalles veines de Potozi. Ils di- fent de la veine riche , la première qui fut def- couucrtc , que fon métal eftoit hors terre la hauteur d’vnel’ancc en façon de rochers , fouf- leuant la fuperficie de la terre, comme vne Cre- fte de trois cents pieds de longueur , & de treZe > delarge, & que cela demeura defcouuert , & defeharné par le deluge , ayant cefte veine com- me la partie lapins dure, refifté àla force & ' impetuofité des eaucs.Son métal eftoit fi riche i D^s Indes. Lîv. IIÎL qu’îl y auoit la moy tic d’argent, & continua ce- lle veine en fa richellc, iiifques à cinquante & foixante ftades,àrhauteurd’vn homme depro- fondeur,oil[ ellevinràdefFaillir. De celle façon furent defcouuertcs les mines de Poto^i parla prouidcnce diuine,Iaquelle a voulu, pourla féli- cite d’Efpagne,que la plus grande richelTe qif on fçache,& quiiamais ait ellé au monde , full ca- chée pour vn temps, pour la defeonurir au téps que l’Empereur Charles le Quint, de glorieufe mémoire, tenoit rEmpire,lesRoyaumes d’Efpa- gne,& la feigneuric des Indes. Incontinêt apres que la defcouucrture dePotozi,fut cogneuë aux Royaumes du Peru,pluEeursElpagnols & pref- que la plus part des bourgeois de la citéd’Argér, qui ell à dixhuiâ: lieues dePotozi, vindrétponr y prendre des mines , mefmes y vindrent pluE- eurs Indicns,dediucrfesprouinces,& Ipecialle- mentles GuayzadoresdcPorco , fi qu&en bref temps ce fut la meilleure Ôc plus grande habita- tion de tout le Royaume, VeUnchefequel^ondtirée ijr tire chacun ionr du roc ou montagne de Voto-^^. Chapit. VII. ’ Ay ellé plufieurs fois en doute, s’ilfe trouuoitaux liilloires des anciens, vncE grande richeflede mines, comme celles que nous vciie de noftre temps au P&- ru.S il y a eu iamaisau monde des mines riches Histoire NATVRELLE & renommées pour cet efFeâ: J ce ont cfté ccl- j les d’Efpagne , dont les Carthaginois ont iouy, ! & du depuis les Romains , lefquelles, comme i’aydit 5 ne font pas feulement cftimées & re- nommées par les liures profanes , mais auffi par les Eferitures fainétes. Celuy qui plus particu- ... licreraent fait mention de ces mines , au moins p/w. ; .35. Pliiie,qui efcric ainfi , en fon hi^oke nztütcWc.llfi trame de l’argent frejqiie en foutes pretimees , mdis celuy à'EfpAÿte ejî le medleur de tous, lequel cmfî O” s’engendre en vne terre fterile, aux montagnes cr' rochers, et' efl chofe certameO' infaRihle . qdes lieux ou Ion A vne fou dejcouuert aucunes de ces \ veines, il y en a d’autres qui n’en font guer es ejlotgnees, c e , quifetrouue aufi prefqueen touo autres métaux ; four cela les Grecs (à mon aduis) les affeüerent métaux, \ C’efi vne chofe ef range, que les fuit s ou trous de ces mi- | nés d’Èfpagne , lefquels on commenta k fouir du temps | deHannibalfe voyent encor k, frefent, 0 ''retiennft encor ; les mejmes noms de ceux qui les dejcouurirent, Entre ces i mines,ceîle que defcouunjl Bebello,qui en retient le nom encor auiourd huy, fut fort renommée , dlt-on qu'elle donnait O' rapportait fi grande richejfe k fin maifire Hannihal,que chaque iour l’onreceueilloit trois ces liures^ d’ argent, iufques k maint enat on a toufiours continue de trauailler k cefie mine, de telle fort e qu’elle eji àpreset ' de mil cinq ces pas de profondeur, cauée en la mont agne. Vefquelspuits neantmoinscefie grade profondeur, les Ga-^ fions qui y trauaiUet tiret l'eaue qu’ilsy trouuet ^ourles 1 afficher et' y cauer mieux kleur alfe,tout durât le temps 1 Gemlrav- que les chandelles O' l^ lumière leur dur et, en t elle abo'^ j ^ui inChro dance quil fembleque ce quils en icttent fiitvne nuiere. ! Iufques icy font les paroles de Pline , quci’ay | i DBS^ Imdis, Liv. un. • voulu icy reciter de mot à mot , pour conten- ter d auaiitage ceux qui entendent que c^eft de mines, voyant quelamcfme chofe qu’ils expé- rimentent auiourd huy, a eftéexcercée par les anciens. Et certainement la richeire de celle mine d Hannibal aux monts Pyrénées , elloit grande & bien remarquable , laquelleles Ro- mainspolïederent,y ayans continue Ton ouura- ge , luiqiies au temps de Pline, qui fut comme rmis cens ans. La profondité de celle mine citoitdc mil cinq cens pas , qui eR vn mil &de- my &-fut fl riche au commencement , qu elle valloit a fonmaillre par chacun iour trois cens Juires,dedouze onces la liure. Mais combien que celle rich elfe ait elle grande , elle n’appro- .che ncantmofns à celle qui de nollre temps s eft retrouueeen Potozi. Car comme il apoert par les regillres de la maifon de la contradà- tion de celle pouince , & comme plulîeurs hommes anciens dignes de foylatteftent , au temps quele Dccntié Polio gouiiernoit celle prouince , qui fur plulîeurs années apresladcf- couuertedecellemontagne, l’on enregillroit & tiroit pour la cinquiefme, chacun Sa^medy, cent cinquante & deux cens mil pezes , dontie ciiiquielmc reuenoir à trente & quarante mil pezes , & pour chacun an vn million & demy oupeu moins. Tellcmentque fuyuantee con- te 1 on tiroit chaque iour de celle mine , com- me trente mil pezes , dontilreuenoit au Roy pourlacinquicfme/ixmil pezes par iour. Il y a encor vue chofe à mettre en auant , pour mon- trerlaricheiredc Potozi , que k conte qui a cftéfait , neft feulement que de l’argent qui fc marquoit & quintoit , &eftchofe cogneue au Peru , que l’on a vfé long temps èn ces Royau- mes d’argent qu’ils appelioient courant , lequel n’eftoit marqué ny quinte. Et tiennent pour certain ceux qui cognoüfent ces mines , qu en ce temps, la plus grande partie de 1 argent que l’ontiroitdePotozi, nefe quintoit point , & eftoit celuy qui auoit cours entre les Indiens, ôc beaucoup entre les Efpagnols , couime le Ta y veu continuer iufques à mon temps. Par ce- la Ion peut bien croire , que le tiers de la ri- chclTedePotozi , voire la moitié ne fe mani- feftoit,ny ne fe quintoit poiiit. Il y a encor vnc autre conlîderation plus remarquable , en ce que Pline met,que l’on auoit fouy mil cinq cens pas en celle mine de Babello , & que touhours l’on trouuoitdel’eaue, quieftee qui donne c plus grand empefehement qui fort a tirer e métal des mines. Mais en celle de Potozi , en- cor que l’on y ait fouy &; caué plus de deux cens llades ou hauteurs d’vn homme en pro- fondeur, iamais on n’y a trouuéd’eaiie , quielt le plus grand heur de celle montaigne. Mais quoy ? les mines de Porco , dont le meta e rres-boii ôc tres-richc , font auiourd’huy delail- fées pour Tincommodite de 1 eau qu ils y ont rencontrée en y fouylî'ant. Pour ce que ce lont deuxtrauaux infupportables en recherchant c met^lde cauer & rompre les roches , & d en ti- rer Peaue tout cnfemble. Le premier delquels, à fçauoirde cauer la roche, donne alfez de pei- ne, voire cil trop dur & trop excelfif. Finalle- BES Indes. Liv. IîTî. 145 ment auiourd huy ùl Maiefté reçoit pour fou quint par chacun an iVn portant Tautre^vn mil- lion de fàrgcntdes mines de Potozi , fansl’au- rrcncheire.quiluyvientdevif argent , & au- tres droits Royaux , qui eft vn grand threibr. Quelques hommes experts ayans fupputé les contes difenr, que ce que Ton a apporté à quin- tercnla caifèjoudouanc de Potozi, iufques en 1 an mil cinq cens quatre vingts cinq , fc monre àcentmillionsdcpczes d’edày , dont chaque peze vaut treize rcaux &vn quart , fans conter 1 aigenr que I on a peu tirer fans quinter, Sc qui a efté quinte es autres caiïès Royalles , Sc fans I argent coiirat que l’on a mis en œuure au pais, qui n efl: point quinté , qui eft vue chofe innon- brable , combien que les premiers regiftres des quints , ne foient pas iî clairement, ou in- telligiblementefcrits, quefpnt ceux dauiour- d huyrpour ce qu’aux commencemens , Sc pre- mières defcouuertes, l’on faifoit larecepte par Romaines , tant eftoit grande l’abondance qu’il y en auoit. Mais par les mémoires & recher- ches que feir le ViçeroyDom Francifquc de Tol- Icde , en 1 année mil. cinq cens foixante Sc qua- torze fe trouua qu’il y auoit foixante Sc feize millions,iufqu'en en ladite année, talle de la montagne, comme regardans le leuer du Soleil : car en l’Occidentalle il ne s’en trou- uc aucune ^ Lcfdittes veines courent Nort & Sud,qiiieftdc Pôle en Pôle. Elles ontà hen- droit le plus large" ihe pieds , & au plus eftroit vnepaulme. Ily en a d’autres dediuerfe façon qui fortcntd’iccllcs veines , comme les grands rameaux des arbres , ont de couftume d’en pro- duire de petits. Chafquc veine a diuerfes mines qui font parties ou portions d’elle merme , di- ftindesj&fcparées, entre diuers maiftres, des noms dcCqucls elles font ordinairement appel- lées. Là grande mine contient quatre vingts vert^es, & ne peut contenir dauâtage par 1 or- donnance , & la moindre en contient quatre. Toutes CCS mines font auiourd huy fort pro- fondes.Uon conte en la veine riche , foixante & dixhuit mines , qui font profondes de quatre vingts & cent ftades , ou hauteurs d'hommes, voire en quelques endroits iufqucs a deux ccnts.L oncontecnla veine de Centeno vingt quatre mines, dont quelques vnes s’aduancent iufquesàfcptante ou quatre vingts ftades , de profond, &ainfi des autres veines de cefte mon- tacnc.L on inuenta pour remede à cefte gran- de profondité, des mines qu’ils appellent focca- bones,quifontcauesou mines faides au pie de la montaigne, Icfquelles vont traucriknt ml- ques à rencontrer les veines. Car l’ondoibt en- tendre, que cgbien que les veines courent DIS In DI S. Liv. IIII. 14J &Sud,commeii aefté dir, ncantmoins ç’eft en rabai(Tai|t depuis le fommct iufques au pied Ôc basdclalmon ragne, qui fera félon qu on croit par coniedureplus de douze cents ftades. Et à ce conte encor quelcs mines s’eftendent en tel-^ le profondeur, il refte ncahtmoins encor plus de fix fois autant d’cfoace, iufques àleur fonds ôc racine, laquelle félon qu’ils difent doit eftrc frcs-riche & abondante, comme le tronc & la fburce de routes les veines. Combien que iuf- qu auiourd’huy nous ayons veu le contraire par expérience, car tant plus haute &cïleuéc cftla veine à la fuperfîcie de la rerre,tant plus Ce troii- ue riche, plus aulîi qu’elle va en profondeur, l’on trouue fon métal plus pauure, & moindre d’al- loy. Cependant ils inuenterent les Soccabo- ns, par Icfqucls on entre & fort aifemenr, pour trauailler aux mines , auec moins de couft , de peine & de dangcr.Ils ont huid pieds de largeur &vneftade de hauteur, ôc les ferment auec des portes i L’on tire par ieeqx les métaux fort fa- cilemcnt,en payant au proprietaire du Socca- bon,le cinquicfmc de tout le métal que l’on ti- re pariceluy. Il y en a défia neufdefaids. Vau- tres que l’on a commencé à faire.L’on fut vingt neuf ans àfairevn Soccabon, qu’ils appellent, du venin, qui va fc rendre & donner à la veine riche, ayant elle commence en l’an mil cinq cents cinquante, l’vnziefme année de la dcf. couuerte,&’acheuécn l’an mil cinq cens quatre vintscinq, rvnfiefmc d’Aurilj Ce Soccabon rencontra la veine riche , à trente cinq ftades près de fafource ou racine, & y auoit de là où T Histoire NAT VR s il rencontra la veine iufquc au faut & embou- cheure de la minc,autres cent & trente cinq fta- des.De façon qu’il falloir defeendre toute cefte profondité pour trauailler à la mine. Tout ce Soccabon contient depuis Ton ouuerturc , iuf- ques à h veine de Crufero,qu"ils appellent, deux cents cinquante verges , àlaquellc œuurc furent employezjles vingt neuf ans de temps, qui ont efté dits, afin que Tonjvoy e le grand rrauail, que prennent les hommes,pour rechercher l’argent aux entrailles de la terre. Cependant ils trauail- lenrences mines en continuelles tenebres, ôc obfcurité,fansfçauoir aucunement quand il eft iour ou nuit.Or d’autantquc ce font lieux,que le Soleil nevifite aucunemcnt,il n’y a pas fculcmét de perpétuelles tenebres, mais aufli y fait vn ex- trême froid,&:y court vn air fi groflîcr,& con- traire à la nature & difpofition humaine, que les hommes qui y entrent de nouueau s’y eftour- diffent comme du mal delà mer. Ce quim’ad- uint à moy-raefmc en vne de ces raines , où ic fenty douleur de cœur, 5c fanglots d’eftomach. Ceux qui y trauaillent fe feruent de flambeaux, 5c chandelles pour leur cfclairerjcn départant le labeur, 5c l’ouurage de telle forte que ceux qui trauaillent le iour , y repofent la nuit,5c les au- tres au contraire les viennent efehanger, pour trauailler la nuit 5c repofer le iour. Le métal y eft communément dur,5c à cefte caufe,ils le tirent à coups de martcaux,le rompant 5^ cfclattant par forcc,comme fi c eftoit vn caillou. Par apres ils montent ce métal fur leurs elpaules , par des rt, ' 14 e ephtn CS â trois branches , faites de cuir de va- che retors, comme pièces de bois, qui font tta- nerfees d efchel ons de bois : de forte qu’en cha- cunede ces efchelles , l’on y peut monter & defeendre tout enfemble. Ces efchelles font longuesdedixftades, & à la fin dïcelles, en te- .commence vue autre de la mefme longueur commenceant, & finilfant chafque efchelle, à - des cfi:abhcs& plates formes de bois, où il y a des fieges.& lieux pour fe repofer , comme gal- eries d autant qu’ilya pluiîeurs de ces efcSel- les a monter, bout à bout. Vn homme y porte ordinairement, furfesefpaules, lepoixdedeux «robes de métal, auec vnetoille attachée, en feçon dvne hotte, & y montent trois à trois. Celuy qui va deuantporrevnechandelle,atta- checafonppulfeicarcommeil ell dit, il ii’y a "k n T’T > & vont fetenans àfef- chelle des deuximains pour monter fi grande efpace de hauteur, qui furpalTe communiment cent cinquante ftades de hauteur, chofe effroya- ble, & qui donne l’efpouuente feulement à y penfet, tant eft grand le defir d’argent, pour la recherche duquel les hommes efidurent tant de trauail. Et certes ce n’eft point fans raifon, que Phne traittant de celle matière s’exclame Scditainfi. Not^entrmsmPiMSMxmmUeaeUpr ■ tmc, Cf domfmrfuyuam Us nchePs sufi»es.,uxf!lTl.,, WdtW^nei^.¶pres llditainfi. C.,.x^s,sr.chenLsUsmsu.xfi„ü» 2T77n desrnxs, crLtSes ’^J^r‘f<’^‘>»‘»U*hkmrdcsch4ndfUes7ùUimr Tii Histoire natvrelle U nuiB font femhlMes,àl’on,lctirc'pour le porter par merà Aricqua ,puis à Potozi par terre.fur les moutons du pays; Il fe confume ordinaire^ ment chaque an en Potozi, pour l’affinement des métaux enuiron fix ou fept mil quintaux de Vif-argent, fans ce que l’on tire des lames, (qui eft le terreftre, bordure des premiers lauoirs des metaux,qui (c font en des chaudières. ) LeffiucU les lames ils bruaent & mettent en des four- neaux pouren tirer le vif-argçnt,qui demeure en icelles. Ed y a plus de cinquante de ces four- neaux; en la villle de Porozi,& en Tarpaya. La quantité des métaux que l’on affine i( comme quelques hommes expérimentez en ont fait le conte, ) fe peut monter à plus de trois censmil quintaux par an,des lames & terreftres: dcrquclà rciondues & rafinées , l’on peutrifer plus de deux mil quintaux de vif-argent. Ord’on doit V Histoire natvrelle ^çau6ir,qu’il y a>diuerfes fortes de métaux pour | -ce* qu’il y a quelques métaux qui rendent beau- : :gÔu|) d’argent Ôc confommentpeu de vif-argét, _&'d’autrcs au cô’ùtraire qui confomment beau- ' -coup de i^if-argent , de rendent peu d’argent. Il i iy.en a d’autres qui en confomment beaucoup, -^rendent beaucoup dargent,&d autres qui cô- :fomment peudeA'if argent, derendeut peu d’ ar- .gentr&relonrqucles hommes rencontrent en cesmetâMx^ainfiils enrichillcnt & appauurif- fent en leur traitte. Combien que le plus ordi- nairemét ibafriuc;que tout ainfi comme le fne- æal riche doni?^ plus d’argent^aufli il confomme > 'beiucoup-pltîs ^ e mercure, dé le paiïîire au con- , traire ainfi qaàl donne peu d^argent, il confom- me auffi peu de vif~argent. L’on pille & meut i prcmicrcment le métal fort ïïkehu , aiiec des ' -maires deinfiruments, qui frappent de pillent : :ceftc picrrcjcomme des m.oullins à tan,dc eftant | le métal bien pillé,ils le fafçent en des facs de i cuiure, qui font ôc rendent la poudre aulïi def- liécdcmenue,commc ceux qui font faits, de foyc <îecheual, & fafçent ces facs ,lors quils font bien accommodez ôc entretenus , trente quin- taux en vn ioûr ôc vne nuid , puis l’on met la poudre de ce met'al,eftantfafçee en des calibns ■ de buitroncs, où ils la mortifient ôc defgrailTenc auecdelafaulmure,mcttantà chaques cinquâ- tc quintaux de poudre cinq quintaux de fel , de ! font cela,pourcc que le fel defgrailîe ce métal, i & le fcpared’aucc la terre de l’ordure qu’il a , à i finquelcvif argent recueille plus facillement, j ôc attire largcnt. j^pres ils mettent du vif ar- | des Indes: Liv. IIH. genr en vn linge de HolJande cru, & le pref- lent 5c expriment fur le meral,(brtant Je vif-ar- gcntcomme vncrorée^cntournant & meflant toufiours cependant le métal, afin que cefte ro- lec de vif-argent fc communique à tour. Au pa- rauant quijseuirent inuenté les buytrones de reu, l’on amalfoit Arpaiftrifibit plufieurs & di- uerfesfois Je métal auec le vif argent, dans de grandes auges, Sc Je lailfoient ainfi pofer quel- ques iours, puis retournoient à le remefler & amalfer vne autre fois, iufques à ce qu’ils pen- loient que tout le vif-argent eftoit ia incorpo- re auec 1 argent, ce qui tardoit vingt iours & plus & quand il tardoit peu , c’eftoit comme neuf iours.Pu depuis l’on defcoiaurit, ( comme Je defir d’acquérir eft diligent ) que pour ab- bregerle temps, le feu y aidoir beaucoup pour cauier que le vif- argent recueiJlift pJuftoll l’ar- gent, & ainfi ils inuenterent les buytrones où ion mertoit des calFes pour mettre le métal auec du fel & du vif- argent, & par delTous met- toient le feu petit à petit en des fourneaux faits cxpr^es. par delfous terrc,&enrefpace de cinq ou fix lours le vif-argent incorpore à foy Par- gent puis quand ils cognoiffent quelemercu- realaitfondeuoir/çauoir qu’il a dutoutafse- a . lailfer rien arriéré, 5c qu’il s en dt imbu, comme fait l’efponge de l’eaueyl’in- jorporant auec foy , & le feparant de la terre U plomb & du cuiure,aucclefquels il s’engen- ire, puis ils le tirent & feparent du mefinevif- irgent.Gc qu’ils font en cefte maniéré, ils met- :nt le métal en des chaudières , Sc vailFcaux Vij ' Histoire natvrelle pleins dcaucjou aueedes moullinets ou roues» vont tournant tout à l’entour le métal, comme quiferoitdelamouftarde, & lors va fortant la -terre 6c ordure du metal,auecreauc qui court, 6cfargent & vif-argent , comme plus pefants demeurent au fond^de la chaudière , & le mé- tal qui demeure cft comme du fable : de là ils le tirent & portent lauer vne autre fois auec de grands plats de bois en des cuues pleines d’eaue, & là ils acheuent de faire tomber la terre ,laif- fant l’argcnt-& vif-argent feuls. Touresfois il ne lailPe pas de couler qnelquel fois vn peu d’ar- genr& vif-argent, auec la terre & ordure, 6c cft ce qu’ils appellent relaué,lequcl ils approuf- ! firent parapres,&en tirent ce qu’il refte. Aptes donc que l’argent & vif argent font nets, &qu’ils commencent à reluire, à caufe qu’il n’y refte plus de terre, ils prennent tout ce métal, lequel eftant mis dans vn linge ils le preftent & expriment très- fort, & par ce moyen fort tout: le vif-argent , qui n’eft point incorporé auec rargent,6c demeure le refte fait comme vn pain d’argent , ôc vif-argent, ainfi que demeure le marc des amandes , quand elles font preflees, pour faire de l’huyle, ôc eftant ainfi bien prelfé, le marc qui demeure contient en foy feulement la fixiefmc partie d’argent, & les cinq autres de mercure. Tellement que s’il refte vn marc de foixanre liurcs, les dix font d’argent, 6c les cin- quante de vif-argent. De ces marcs ils font des piiics,qu’ils appellent, ou pommes de pin,cn la façon de pains de fucrc , creufes par dedans,; Icfqucllcs ils font ordinairement de cent liurcs, t> E s I N D E S.Ll V. 1 1 1 L pcfântjpuispour fcparer l’argent d’auec le vif- argent, les iTiettcnt au feu violent, où ils les couurcnt d’vn vaze de terre, à la façon d’vn moulle à faire les pains de fucre, qui font com- me capuchons, & les couiirantde charbon, leur donnent le feu, par lequel le vif-argent s’exha- le en fumee,&: rencontrant ce capuchon de ter- re , la s’elpailîît & diftille,aiiii(x que fait la fumée du pot au couuercle,& par vn canal en façon d’allembicq, l'on reçoit tout le vif-argent qui fcdiftille, demeurant l’argent feul, lequel ne fc change en la forme ôc figure,mais aux poix il di- minue de cinq parts moins qu’auparauant, <5c demeure crefpu & fpongieux, qui eft vne chofe digne de voir.De d’eux de ces peinesî’on fait vne barre d argent , du poids de foixante dnqou foixantefix marcs, & de celle façon ils la por- tent ellàyer, quintér & marquer. L’argent tiré auecle mcrcure,cftrrfin,queiamais il n’abaiire de deux mil trois cens quatre vingts d’alloy, Sc cil lî excellent que pour le mettre en œuure,les orfeutires ontbefoinde l’abbailTer d’alloy, en y mettant delarouldc,Gu meflange, cÔmeaulîi Ion fait es mailbns delà monnoye, où l’argent femctenœuurelbus le coing. L’argent endure tous ces tourments ôc martyrs ( s’il faut dire ainfi)pour dire affiné: que fi l’on confiderc bic, c dl vn amas tout formé,où l’on mcut,ron s’af- çc, 1 on pailltit, l’on fait le leuain , ôc l’on cuit 1 argenttoutre tout ccla,ron le lauc,relaue, cuit, .& recuit , palTant par les pillons, facs, auges, buytrones,chcudicres,batoirs, prdToirs , fours, ôc nnablcmcntpar l’eauc Ôc par le feu. le dis cc- V iij Ecclefz, TJaLii. Histoire î4ATVRELtE cy,pour ce que voyant ceft: artifice en Porozi, ic confideroisce qucditrEfcriturcdesiuftes, que coUbit ees^C^ quaji ar^entum,ôc ce que el- le dit en autre ^5îZ,J}04t Argmtum ^urgatum terr& jjurgAtum feptuphtm.T dkmem que pour purifier l’argcnr, l’affiner & le nettoyer de k terre ôc pierre, où il s’engendre , l’on le purge & purifie fcpt fois, car en cfFcd ils le tourmentent ôc paC- fcntparles mains fept fois, voire d’auantagc, iufques à ce qu’il demeure pur ôc fin,cequieft de mefme,en la dodrine du Seigneur , ôc doi- uent eftre telles, ôc ainfi purifiées les âmes, qui doiuent participer ôc ioüii: de fa pureté diuine. Ves engins à moudre les met aux de l’ejfaji de l'argent. Chap. XIII. Our conclurre cefte matière ôc fu- iet de l’argent &dcs métaux , il nous refte deux chofes à dire , l’vne def- _ quelles, efi: de traitter des engins ôc moulins,& l’autre des eirais.l’ay défia dit,com- me l’on meut le métal pour receuoir le vif-ar- gent , laquelle moulure fe fait auec diuersin- firumens &cngins,les vns auec des cheuaux co- rne des moulins à bras, ôc les autres comme moulins à eaue, defqiielles deux fortes y a vnc grande quantité.Mais d’autant que l’eaue qu’ils ont[là communément ,n’cftquede la pluye,il n’y en a pas fuffifamment en Potozfqu’cn trois ou quatre mois,qui font en Décembre, îanuier. DES Indes. Liv. IIII. Fein‘ier,pour ceftc occafîon ils ont fait de lacs & eftangs qui contiennent de circuit v coiiame mil ôc iix cens verges , & de profondeur trois ftades, il y en a ièpt auec leurs efelufes, telle- ment que quand üeft befoin d’eaue, l’on leué vue efciufe d’où fort vn ruillèau d’eaue, lequel ils relèiTciit aux feftes. Et quand lés lacs ôc cftangs fe rcmplilîènr,& que lannec eft abonjdâ- tecnpluyeSjlemoudrey dure fîxou fept mois, de façon que mefme pour l’argent les homes dé- firent ôc dcmâdcnt vne bonne année d’eaues en Potozi,côme l’on fait aux autres endroits pour le pain. Il y a d’autres engins en Tarapaya^qui eft vne vallée diftante trois ou quatre lieiics de Potozijoù il court vue riuiercy comme mefme en d’autres endroits. Ladiuerfité qui eft entre CCS engins, eft que les vns font de fix pillons, les autres^ de douzc,& les autres de quatorze, L on meut ôc pille le métal en des mortiers où iour ôc nuiét ils trauaillent , & de là l’on porte ce qui eft moulu pour fafeer. Il y a au riuage du ruilfeau de Potozi quarante huiét inftrumenS'^ ôc engins àcaüedehui(51:,dix&douzepillGSj6c quatre autres de l’autre cofté, qu’ils appellent ’ranacognugno,en la jallée de Tarapaya,y ens à vint deux tous à eaüe,outre lefqucls y en a trcn.-l te à chenal en Pordzi, ôc plufieiirs autres; en d’autres endroits, tant a efte grand & eft encor le defir ôc induftrie de tirer l’argent. Lequel fîW nalement eft eftayé ôc elprouué par les mai- ftres à ce députés par le Roy. Pour dôner l’alloy a chaque pièce l’on porte les barres d’argent à l’eftàyeur,qui meta chacune fon numéro , pour V iiij Histoire natvrelle ce que Tonluy en porte pluficurs à la fois,il cou- pe de chacune vn petit morceau, lequel il poi- leiuftementj & le met en vn creufet , qui eft vn petit v^Ce fait de cendres d’os brûliez & battus, puis il pofe tous ces creufets chacun en fon ordre au fourneau , leur donnant le feu violêt,lors le métal fe fond, & ce qui eft plomb fc refout en fuméc,& le cuiure & eftaing fe dif- foluent , demeurant l’argent très-fin de cou- leur de feu : & eft vne chofe merucilleufc, que quand il eft ainfî raffine , encor qu’il foit liqui- de 6c fondujil ne s’cfpand point, quoy que Ton renuerlè le creufet la bouche en bas , mais il demeure toufîours fixe, & fans en tomber vne - goutte. L’elïàyeur recognoift en la couleur ôc autres lignes quand il eft affiné , 6c lors il tire les creufets du feu & repefe délicatement chaf- que morceau , regarde ce qu’il eft diminué de 'Ion poids, pource que celuy qui eft de haute loy diminue peu, 6c celuy qui eUdebalTeloy beaucoup,& ainfi félon qu’il eft diminué il voit l’alloy qu’il tient, fuiuant quoy il marque pun- ,35. Histoire nAtvrelle peut ofter. Apres viennent en eftime les rubis fins & les autres pierres,que l’on tient plus pre- cieufes que les efnicraudes. Les hommes font tant amis des fingularitez & des chbfes rares que ce qu ils voyenteftre commun ils ne l’efti- menrplus. L’on raconte d’viiEfpagnol qui au commencement de la defcouuerte des Indes fut en Italie, & monftra à vn lapidaire vne efme- raude , auquel demandant le prix d’icelle , apres que le lapidaire l’eut regardée de près & bien confiderée comme elle cftoit d’vne excellente qualité & figure, refpondit quelle valloitcent ducats.Illuyenraonllravne autre plus grande que le lapidaire eftima trois cens ducats. L’E* fpagnol eftant enyuré de ces propos le mena en ?on logis, & luy en monftra vn caftbn tout plein,lorsritalien voyant vnjfi grand nombre de ces efmerâiides,dift,Monfieur,cclles-là vou- dront bien vnefculapiece.il eneftaduenu au- tant és Indes Sc en Efpagne,quc ces pierres ont perdu Survaleur , pour la grande richefle & abondance d’icelles qui s’y en efttrouuée. Pli- ne raconte plufieurs excellences des efmerau- des entre lefquelles il dit, qu’il n*y a chofe plus atrreable ny plus falubre à la veue , enquoy il a rSfon.Maisfonauthorité importe peu,pendat | qu’il y en aura telle abondance. Laslia Romai- | ne,de laquelle il raconte qu’en vn fcoffion.& I veftementbrodé de perles & efmeraudes , elle | employa la valeur de quatre cens mil ducats, | pourroit auiourd’huy aucc ^ moins de quarante mil en faire deux paires tels que celuy-là. Il s’en cft trouué en diuerfes parties des Indes , ôc les Des Indes. Liv. IIIT. Roys de Mexique les eftimoient beaucoup,voi- reauoiciitaccoufturaéquelquc vus de fc percer les narines, d’y mettre vne excellente efme- raude. Ils les mcttoient aux vifages de leurs idoles , mais le lieu où Ton en a trouué & s en rrouue encor auiourd’huy plus grande abon- dance eft au nouueau Royaume de Grenade,' Scâu Peru, proche de Manta Sc port vieilli y a vers ce lieu vn terrouer qu’ils appellent ter- re des’efmeraudes , pour la cognoilTânce que l’on a qu’il y en a beaucoup, encor qnciufques auiourd’huy l’on n’a point conquefté celle ter- re. Les cfmeraudcsnailîent en des pierres en forme de Cryllaux,& les ay veuesen lamefme pierre, qu’ils vont comme y formant vne vei- ne, & comme il femblcfe vont peu à peuelpaif- lilfant & affinant. Pource que i’en veids quel- ques vncs qui elloientmoitiéblanches & moi- tié vertes,d’autrcs toutes blanches , & d’autres ja routes vertes & parfaites du tout. I enay vcuquelques vncs de la grandeur d’vne noix, & s’en trouue de plus grandesiinais ie n’ay point fccu qu’en noftre temps Ion en ait trouué de la grandeur & figure du plat ou ioyau qu’ils ont à Gennes, qu’ils elliment auec raifon pour ioyau de grand prix , & non pas pour relique, puis qivil n’apparoift point que ce foie vne Reli- que, mais efi: le contraire. Neantmoins, fans comparaifon, ce que Theophrafte raconte de rcfmeraude, que le Roy de Babylonc prefen- ta au Roy d’Egypte , furpalFe celle de Gen- ncs.Or elle auoit quatre couldées de long, & troisde large , & dit qu’au Temple de lupi. "Exod.!^. 39. ji foc, ti. Histoire NATVRELLE y auoic vne efguille,ou pyramide, faittc de qiiatres pierres d’ermcraudcs, de quarante cou- dées de long ,& en quelques endroits de quatre coudées de large,&de deux en d’autres endroits, & que de fon temps il y auoit à Tyr , au temple d’Hercules,vn pillier d’efmeraude. Il eftoitpa^ rauanturcjcomme dit Pline,de pierre verte, qui tiroir fur l’efmcraude: & l’appelloient efmerau- dc faufe,Commc quelques vns veulent dirc.quc certains pilliers qui font en l’Eglife cathedrallc de Cordoüe , font de pierre d'efmcraude , & y font depuis le temps, qu’elle fut mefquitte des roys Miramamolins Mores , qui regnerent en icelle.En la flotte de mil cinq cens quatre vingrs I fept, en laquelle ievins des Indes, ils apporte- ! rent deux caflbns d’efmeraudes, dôt chacun pc- zoit pour le moins quatre arrobes,d’où l’ô peut voir l’abondance qu’il y en a.L’Efcriture fàinâic i célébré les cfmeraudes,comme ioyaux fort pre- | deux, on la met entre les pierres precieufes, ! que le grand Pontife portoit en fon ephod,ou pedoral, comme celles qui ornoient les murs de lacelefteHicrufalem. Des Ferles. Ch AP. XV* ^ Aintcnant que nous traittonsdela principallc richefleque l’ô apporte 'des Indes,il n’eft pas raisônabled’ou blicr les perles, que les anciesappel- , loiét marguaritcs,ôceftoiét aux pre- SES Ind es. Liv. IIII. 159 micrs temps en fî grande eftimc,qu’il iVappartc- noit qu’aux perfonncs royallcs à en porter;mais auiourdhuyilyena telle abondance , que les NcgrefTes mcfmes en portent des chaines. Elles s’engendrent es conchesouhuiftrcs de la mer, aucc leur chair , & m cft arriuc mangeant des huiftres, d’y trouuer des perles au milieu. Ces huiftres font par dedans dVne couleur, comme deCiel,fortviue;&en quelques endroits l’on en faid des cuillieres,qu’ils appellent de nacre. Les perles font de tres-difFerentes formes , en la grandeur, fîgiire,couleur,& polilTeurc, comme auflî en leur prix elles different beaucoup. Ils appellent les vnes aue mariasjpour eftre comme les petits grains du chappellet, les autres patc- noftres, parce qu’elles fontgroffcs.Peu fouuenc l’on en rrouue deux qui foient tout d’vne gran- dcur,forme, & couleur. Pour celle occafion les Romains ( félon qu’eferit Pline) les appelloient Vnions. Qu^and il aduienr,que l’On en trouue deux, qui fe rcffemblent du tout, ilshauffenc beaucoup de prix, fpcciallement pour des pen- dants d'oreille.Pen ayveu quelques paires, qu'ils cftimoient à milliers de ducats , encor qu elles ne fuffent pas de la valeur des deux perles de CIeopatra,dcfquelles Pline raconte, qucchacu-j^i^g„,. ne valoit cent mil ducats, aücc lefquelles celle folle Roinc,gaigna la gageure, qu’elle auoic fai- dc contre Marc- Anrhoine,dcgaller,&derpen- fer,en vnTouper plus de cent mil ducats,d’autat que fur le deirert,elle mit vnc de ces perles en de fort vinaigre,puis apres la perle ellant diffoute aucc le viiiaigre,elle la beut ainii. Ils difenc que Histoire natvrelle Faiitre perle fur coupee en deux,& mife au Pa- theon de Rome, aux pendants d oreille de la fta- tue de Venus. E(bpe racôte de Clo'uiSsfils du ba- ftcleur ou comedien^qu’en vn banquet il fitpre- fenter aux côuiez entre les autres mets,achacuji vne perle riche, dilToulte en vinaigre afin de rc- dre la fefte plus magnifique. Ce font efté des fol lies de ces temps là, mais celles d’auiourd huy ne font pas moindres, attendu que nous voyons, 1 • non feulement les chapeaux ôc les cordons, mais auflî les botines,& les patins des femmes, de bafle condition , eftre touts femez de bro- derie deperles. L’on pefche des perles en di- uers endroits des Indes, mais la plus grande a- bondance eft en la mer du Sud, proche du Pana- ma, où font les Ifies qu ils appellent, pour celle occafion,lcsiaes.cles perles. Mais l’on en tire auiourd liuy en la mer du Nort, en plus grande quantité Sc de meilleures, qui eft proche de la riuiere,qu’ils appellent de la liaehe. le veids la - comme l’on en faifoit la pefche, qui fe fait auec alfez de couft, &dc trauail des panures efcla- ues, lefquels fe plongent fix,neuf,voire douze bralTcs> en la mer ,,à chercher les huiftres,lef- quelles ordinairement font attachées aux ro- chers',& grauicr de la mcr.Ils les arrachent de là, &s’cn chargent pour reuenir fur l’eaue 6c les mettre en leurs canoës, où ils les ouurent apres pour en tirer le threfor,qu ils ont dedas. L eaue de la mer eft en ceft endroit tres-froidc, mais encor ce leur eft beaucoup plus grand trauail, de retenir leur haleine, quelquesfois vn grand quart d’heure voire demie heure, en faifant leur Des Indes. Liv. IIIT. i^q pefchc.Er afin que ces pauures cfclaucs puifïènc mieux retenir leur haleine,ils leur font manger des viandes j(ccheSj& encor en petite quantité, tellement que l’auarice leur fait faire ces abfti- r»ences&: continences contre leurvolontc.L’on met des perles en œuure,en diuerfes façons , ôc les perce-dn pour fairedeschaines,6cy enaja grâd’ abondâce en quelque lieu que ce foit.Enla mil cinq cens quatre vingts fept ie veids au mé- moire de ce qui venoit des Indes pour le rov, qu’il y auoit dixhuid marcs de perles, & encore trois calions d auantagc.Et pour les particuliers il y en auoit mil deux cents foixante ,& quatre marcs,& outre tout cela fept fachets, qui ne- ftoienrpointpczez,cequeroueulltenu en au- tre temps pour fable. D« pain des I ndes: ey-’ in Majs, Ch A P. XVI, Aintenant pout traitter des plantes, r+/»ÿnous commencerons àcelles qui font optes & particulières es Indes , & puis apres de celles qui font commu- nes aux Indes , & à l’Europe.Etpour ce que les plantes ont efté créées principalkment pour 1 entretien de Tbdmme ^ & que la principalle d ontil prcn(l nourriture eft le pain, il fera bon de dircj quel pain il y a aux Indes, aedequoy ils vient a faute d’iceluy. Ils ont comme nous auôs icy, vn noiïi propre, par lequel ils defignent & Histoire natvrelle ^ fienificnt le pain, qu'ils difent au Pcru, Tanta, & j en d'autres lieux,d’vne autre fkçon.Maûî la qua- | li té & fub (lance du pain, dont ils vfoicnt aux l Indes, eft chofe fort differente du noftrc, pour- ! ce qu il ne fe trouue qu'il y cuft aucun genre de { fromcnt,ny orge,ny mil,ny deces autres grains , dont l’on fe fert en Europe , à faire du pain^au ; lieu de cela ils vfoicnt d’autres fortes de grains ôc racines,cntre lefquels , le mays tient le pre- mier lieu,& auec raifon le grain, qu’ils appellet , mays, que l’on appelle en Caftille , bledd Inde, & en Italie, grain de Turquie, Et ainfi comme le froment eft le plus commun grain , pour IV- [ faee des hommes,és régions de l’ancien monde j qui font Europe, Afic,& Afrique: Ainfi aux en- j droits du nouucau monde, le grain de mays, eft j le plus commun,6c qui prefquc s eft trouue en tous les royaumes des Indes Occidcntalles, comme auPern,enlaneufue Efpagnc, au nou- ucau royaume, en Guatimalla,en Chillc,cn tou- te la terre fcrmc.Tc ne trouue point, qu'ancien- | nement és ïües de Barlouentc, qui font -Cuba, i fainél Dominiquc,Iamaycque & fain6tlcan,ils i vfalfent diiMays , auiourd’huy ils vfent beau- ^ coup de la Yuca, & Gaçaui , dequoy nous trai- terons incontinent, le ne penfe point, que le j orain de mays foit inferieur au froment, en ror- , çc,ny en rubftance,mais il eft plus chaud,& plus , groflier, & engendre beaucoup de fang, d où j vient que ceux qui n’y font point accouftu- | mcz s’ils en mangent trop, ils deuiennent enfkz j & rogncux.il croift en des cannes, ourofeaux, chacun defqucls porte vnc ou deux g«PP«> ^ ^ aufqucllcs DES Indes Li v. IIII. i^i aurqncllcs le grain eft attaché : & combien que le grain ch foit afîèz gros , ficft-ce qu’il s’y en trouue en grande quantité , tellement qu’en quelques grappes i’ay conté fept cens grains. Il le faut femer à la main vn à vn , & non pas ef- pards.Il veut la terre chaude & humide j & en croift en plufieurs lieux des Indes en fort gran- de abondance. Etn’ell: point chofe rare èn ces pays de recueillir trois cens'âncgues ou me- fùrcs d’vne feule de feraence. Il y a de la diffé- rence entre le mays , comme il y en a entre le fromcnrvn eft gros & fort nourriffant, & l’au- tre petit â-c fec qu’ils appellent Morochc. Les fueilles & la canne verte du mays eft vn man- ger, fort propre pour les mulles auantage le plane ancien auoit le tronc fi grand, & les rameaux fi efpars, que Pline raconte d’vn Licinius , Capitaine Romain , lequel accompagné de dixhui(ft de (es compagnons , print la refeétion fort à l*aifc, dans le creux d’vn de ces planes. Et de l’Em- reur Caius Caligula, qui s’affit luy & vnze con- uiezfur le haut des rameaux d’vn autre plane, j & là leur fit vn fuperbe banquet. Les planes | des Indes,n’ont point de tels creux, troncs , ny^ i r, rameaux. Il dit d ’aiiantage que les anciens 'pla- | nés croiflbient en Italie, & en Elpagne, com- | bien qu’ils y euftent efté apportez première- | ment de GrecCj& auparauant de l’Afic : mais les : planes des Indes ne croiflent point ny en Ita- j lie , ny en Efpagnc. le dy qu’ils n y croillent | point , car encor que l’on en ait veu quelques !j vns à Seuille au iardin du Roy , ils n y croiflent, ; & ny vallent rien. Finalement la chofe enquoy ils crouucnc de la reflemWancc entre l’vn & I DES Indes. Liv. IIIÎ. Tautre cft fort differente. Car iaçoic que la fueille de ces planes anciens fuft grande , tou- tesfois elle neftoit pas telle , ny fcmblablc à ceux qui font és Indes , veu que Pline l’accom. p„„ . , „ parealafueilled vnevigne.oudellguier. Les «/is fueilles du plane des Indes font dVne merueil- leufe grandeur , & font prefquc fuffifantes pour couurir yn homme des pieds iufqucsàla tefte, tellement qu’aucun ne peut lï^ettreen doute’ qu lin y ait grande différence enfrelVn & Tau’ Maispofélecas , que ce plane des Indes loitdifterentderancien/pour cela il n’en me- me pas moindre loiiange, raaispeutcftrc encor dauantage, àcaufe des proprierez tant vtiles & profitables qu’il a en luy. C’eft vne plante quifairvncep dedans la terre, duquel fortent plufieurs reiettons diuers & feparez , fans cftrc lonits enfemble. Ces reiettons croilTent & groliillent , Laifant prefquc chacun vn arbrif- leau a part , & en croilfantils iettent ces fueil- les qui font vn vert fin , & liffé , & de la gran- deur que i’ay ditte. Quand il cft creu, comme de la hauteur d vne ftade Ôc demie , ou de deux, v il lette vn feul rameau ou grappe de fruieft , au- quel il y a quclqucsfois grand nombre de ce Iruia,&quelquesfois moins. l’cnay conte en quelquesvns de ces rameaux, trois cens, dont ““ ' chacun auoit vne paulme de long , plus ou moins, &cftoit gros comme de deux ou trois doigts , bien qu’il y ait beaucoup de différence en cela, entré les vns& les autres. L’on en ofte laeoquc,ouefcorce, tout le refte eft vne chair , ou noyau ferme , ôc tendre , qui eft bon y ij HiSTOI RE N ATVR ELLE à manger,fain & de bône nourriture. Ce fruicâ incline vn peu plus à froideur qu à chaleur. Ils ont accouftumé de cueillir les rameaux , ou grappes, que i’ay dit , eftants verts , & les mettre en des vailîeaux où elles fe meurifTcnt , eftans bien couuertes, fpeciallement quand il y a dV- ne certaine herbe , qui fert à cet effeâ: : h l’on les laiflTc meurir en l’arbre , ils en ont meilleur gouft,&vne odeur tres-bonne, comme de ca- moifleSjOU pommes douces. Ils durent prefque routlelongdel’annee, à caule qu’il y a touf- iours des reiettons , qui naiflènt de ce cep , tel- lement que quand Fvn acheuc , l’autre com- mence à donner fruid, l’vn eft àdemy parcreu, & l’autre commence à iettonner de nouucau, de façon que les vns fuccedent aux autres , ÔC ainfi y a toufiours du fruid toute l’annce du- rant. En cueillant la grappe ils couppent lere- ietton 5 d’autant qu’il n’en iette point plus d v- iie,ny plus d’vne fois , mais comme i’ay dit , le cep demeure & reiette continuellement de nouueaux reiettons , iufques à ce qu’il fe laiTe, & vieillÜTe du tout. Ce plane dure quelques années , & demande beaucoup d’humidité , & vne terre fort chaude. Ils luy mettent de la cen- dre au pied,pour le mieux entretenir, & en font desbocqueteaux fort efpais, qui leur font de grand profit Ôc reuenu,pour ce que c’eft le fruid dont l’on vfc le plus és Indes , & yeft prefque vniiierfellemcnt cômun en tous endroits, iaçoit qu’ils difent que fon origine foit venue de l’E- thiopie;Etàla veritéles Nègres en vfent beau- coup, &cn quelques endroits fen feruent au lieu BES Indes, Liv. IIIL 171 dcpain,voire en font duvin. L’on mage cefruiâ: de plane tout cm comme vn autre fruité, l'on le roitit merrne, & en fait-on plufieurs fortes de potages voire des conferues , & en toutes, ces choles,il s’accomode fortbicn.il y a d'vne efpe- ce de petits planes blan cs&fort délicats, lefqnels Ils appellent en bEfpagnoIlcDominiques.Il y en a d autresqui fontplus fonsôc plus gros,&d vne couleur rouge.Iln en croift point en la terre du 1 cru,mais Ion les y apporte des Indes, comme à Mexique, deCuernauaca,&des autresvallées En la terre ferme Ôc en quelques îlles y a de grands planarcs, qui font corne boqueteaux fort efpais. 01 la plante eftoit propre pour brufer,c’eull edé la plus vtile de toutes , mais elle n y cft aucune- ment propre.car fa focille , ny fés rameaux ne peuuet bruller,&encor moins feruirde mefrain, àcaufequec’cft vnboismoüelleux, ôc qui ira point de force. Neantmoins Dom Allonfe Dar- zillaCcommcildit ) feferuiedes fueillcs feches de ceft arbre pour efcrirevnc partie de l’Aura- cane,& a la vérité à faute de papier on fen pour- roitferuir veuque fa fueille eft de la lareeur d vne fueille de papier , ou peu moins ôc longue de quatre fois autant. 'Du CAcao de U Cocd. Chap. XXII. Açoit que le plane foit le plus prof Stable, neantmoins leCacao eft pk ^eflimé en Mexique, dda Coca au Pe riiefquelsdeux arbres ils ont beau Y iij Histoire natvrelle coup de ruperftition. Le cacao eft vti frui(^ vn peu moindre qu’amandes , & toutesfois plus gras , lequel eftantrofty napas mauuaife faneur. Ilefttanteftimé entre les Indiens, voi- re entre les Elpagnols , que c'eft vn des plus riches, voire plus grands commerces de la neufuc Elpagne, Car comme c’eft vn fruidt fcc & qui fe garde loing temps fans fe cor- rompre , ilscnamcinent des nauires chargez de la prouince de Guatimalla. En l’an palTé vncorfaire Angloisbrufla au port de Guatulco en la neufue Efpaigne plus de cent mil charges de cacao. L’on fen fcrc mefme comme de monnoye , d’autant qu aucc cinq cacaos ils acheptent vue chofe , aucc trente vnc autre , & auec cent vnc autre , fans qu’il y aye contra- didion , & ont accouftumé de les donner pour aumofnc aux panures qui leur demandent.Lc principal vfage de ce cacao eft en vn brcuuagc qu’ils appellent Chocholaté,dont ils font grand cas en ce pays , follement & fans raifon, & fait mal au cœur à ceux qui n’y font point accou- ' ftumeZjd’autât qu’il y a vne efeume & vn bouil- lon au haut qui eft fort mal agréable pour en vfer , fi l’on n’y a beaucoup d’opinion. T oures- foisc’eft vnc boiftbn fort eftiméc entre les In- diens , de laquelle ils traittent, feftoyent les Seigneurs qui viennet ou palfcnt par leur terre. Les Efpagnols & les Efpagnolles qui font ja accouftumez au pays, font extrêmement friands decechocholaté. Ils difent qu’ils font ce cho- cholaté en diuerfes façons 6c qualitez , fçauoir l’vn chaudjl’autre froid,5c l’autre tempéré , 6c y DES Indes» Lrv. IIII. mettent des efpiqs beaucoup de ce chili. MeC- mes ils en font des partes, qu’ils difent eftre pro- pres pour l’eftomach , & contre le catarrhe. Quoy qu’il en foit , ceux quiny ont point efte nourris n’en font pas beaucoup curieux. L’ar- bre où croift ce fruid: eft d’vne moyenne gran- deur &d’vne belle façon, ileft.fi délicat que pour garder que le Soleil ne le brufle ils plan- tent auprès de luyvn autre grand arbre qui luy fèrtlculcment d’ombrage, & l’appellent la mc- re du cacao. Il y a des lieux où ils font ainfi que les vignes &Ics oliuiers font en Efpagne. La prouincc qui en a plus grande abondance , pour le commerce & la marchaiidifc eft celle de Gua- timalla.il n’en croift point au Peru , mais il y croiftdclacoca, qui eft vnc autre chofe où iis ont encor vne autre plus grade fuperftition qui femble eftre chofe fabulcufe. A la vérité la traittcdelacocacn Potozi fe monte à plus de demy million de pezes par chacun an, d’autant qu’on y en vfe quelques quatre vingts dix ou quatre vingts quinze mille corbeilles par an. En l’an mil cinq cens quatre vingts & troison yen confomma cent mil, Vnc corbeille de co- cacn Cufco vaut deux pezes & demy , & trois, & en Potozi elle vaut tout contant quatre pe- zes & cinq tomincs , & cinq pezes efiayez. C’eft l’efpece de marchandife à l’occafion de laquelle prefque fc font tous les marchez & foire , parce que c’eft vne marchandife dont il y a grande expédition. La coca donc qu’ils eftiment tant , eft vne petite fueille verdc qui naiftendes arbrilfcaux qui font comme d’vnc Y iiij Histoire natvrelle braffe de haut , elle croift en des terres fort chaudes & humides, &ietteceft arbre de qua- tre mois en quatre mois cefte fucille qu’ils ap- pellent la trefmitas ou tremoy : elle requiert beaucoup de foin à la culriucr , pource qif el- le eft fort délicate , ôc beaucoup d’auantage à la conferucr,apres qu elle eft cueillie. Ils les met- tent par ordre en des corbeillôs longs&eftroits, & en chargent les moutons du pays , qui vont aucc cefte marchandife en tronppes chargez de mil êc deux mil , voire trois mil de ces corbeil- lons. On l’apporte le plus communément des Andes & vallées , efquelles il y a vne chaleur in- fupportable, ôc où il pleut toufiours la plus part de 1 année. Enquoy les Indiens endurent beau- coup de trauail & de peine pour l’entretenir, ôc bienfouuent plufîeurs y perdent la vie , parce qù ils partent de la Sierre ôc de lieux tres-foids poui-rallerculduer d: recueillir en ces Andes. C’eftpourquoy il y a eu de grandes difputcs ôc diuerfité d’opinions entre quelques hommes dodes &fages,à fçauoir fil eftoit plus expediet d*arracher tous ces arbres de coca,ou de les laif- fer,mais en fin ils y fontdcmeurez. Les Indiens reftimcntbeaucoup,&: au temps des Rois In- guas il n’eftoitpas licite ny permis au commun peuple d’vferdela coca fans la licence du Gou- uerneur. L’vfage en eft tel qu’ils le portent en la bouche ôc lemafchcnt , fueçant fans toutes- fois Faualler. Ils difent qu’elle leur donne vn grand courage, dcleur-eft vue fingulierc frian- dife. Plufieurs hommes graues tiennent cela pout fijperftition ôc chofede pure imagination. Des Indes. Liv. IIÎT. 175 De ma part , pour dire la vérité, ie me perfuadc que ce n eft point vne pure imagination, mais au contraire i en rçns qu elle opéré &donnc for- ce^ courage aux indieiisrcar Ton en voit des ef- fcds, qui ne peuuenteftre attribuez à imagina- tion, comme de cheminer quelques iournécs fâm manger auec vne poignée de coca,& autres cfrcéls (emblables. i-afaulfè auec laquelle ils mangent ce coca luy eft aflcz conuenablc,pour- ce que i en ay goiifté,& a comme le gouft de Su- macq. Les îndienslabroyentauecdcla cendre d’os brûliez & mis en poudre,ou bien auec de la chaux, comme d autresdilent^ce qui leur remblc fort appetirTant & de bon gouft , & difent qu'il leurfairvngrand profit. IlsyemployentÜbre- racn t leur argent, & fon feruent en mefme vfaee que de la inonnoye. Encor toutes ces chofes ne leroicntpointmalàpropos,n’eftoientlehazatd & rr fque qu’il y a en fon commerce, & à l’appro- ntcr,en quüy tantees gens font occupez. Les ^ eigneurs Inguas vfoient du coca comme de choie royalle & friande, &eftoit la chofe qu’ils ofiroientlepluseri leurs facrifices, lebruflans tn l’honneur de leurs idoles. ^f*Maguey,duTmdM^Cochemlle,del4mr dn CO t fon. Ch A P. XXIÎI. Emagueycft Larbredes mcrueillés, duquel les Nouueaux ou Chapeto- nés ( comme ils les appellent ésln- des)oiît accoullumc d’eferire des mi- Histoire natvrelle racles, en ce qu’il donne dercaüe, du vin, de l’huillc , du vinaigre,du miel,du firop,du fil , des cfguilles , &mil autres chofes. Ceft vn ar- bre que les Indiens cftiment beaucoup en la neufue Erpagne, & en ont ordinairement en leurs habitations quelquVn pour entretenir leur vie. Il croift & le cultiuent aux champs, ôc a les fueilles larges &groflieres , au bout def- quclles il y a vnc pointe forte ôc aigue , qui fert pour attacher comme des efplingues , ou pour coudre comme vnc efguille,& tirent aufli de ce- lle fueille comme vn certain fil, dot ils fc feruér. Ils coupent le troc qui eft grosquâd il eft: encore tendrc,& demeure vne grande (concauité , par laquelle monte la fubftance de la racine, & eft vne liqueur que l’on boit comme de l’eaüe qui eft frefehe & douce. Cefte mefmc liqueur eftant cuitte fe tourne comme vin, lequel deuient vin- aigre en lelaifiànt aigrir, & en le faifant bouil- lir d’auantage il deuient côme du miel, ÔC le cui- i Tant à demy il leur fert de firop, qui eft afiez fain &de bonne faneur , voire me femble meilleur que le firop de raifins. Voila comme ils font cuire ôc fc feruent de cefte liqueur en diuerfes façonSjde laquelle ils tirentbone quantite,d’au- tant qu’en certaine faifon ils tirent par chaque ioLir quelques pots de cefte liqueur.il y a melmc de ces arbres auPeru,mais ils ne les rendét point fi profitablescômeenlaneufucEfpagne.Le bois de ceft arbre eft creux ôc mol , Ôc fert pour con- feruer le feu, pourcc qu’il le retient comme vnc mefehe d’arquebuze , ôc s’y garde long ^temps, dont i’ay veu que les Indiens s’cn feruoict à ceft | ; desIndes. Liv. IIII 174 çfFcd. Le tunalcft vn autre ari>re fameux en la iicufue Efpagne , fi arbre nous dcbuons appel-^ 1er vn raonçeau de fucilles amafièes les vues fur les autres , lequel efl: de la plus eftrange façon d’arbra , qui foit. Pource qif il fort de terre pre- mièrement vnefucille, & d'icelle vue autre, ôc de cefte-cyvne autre, & ainfiva croilîànt iuf- ques a fa perfe6Hon,finon que comme fes fucil- les vont fbrtanten haut & aux coftez, celles, d embas s'cngrofiilïcnt , Sc viennent prefque à perdre la figure de fueilles,en failant vn tronc Sc des rameaux qui font alpres , efpineux & dif- formes , d où vient qu en quelques endroits ils 1 appellentchardon. Il y a des chardons, on tu- nauxlaiiuages qui ne portent point de fruit, ou bien il eft fort elpineux,&lânsaucunproffit. Il y a mefine des Tunaux doraeftiques , qui don- nent du fruit fort eftimé entre les lndiens,qu’ils appellent Timas, & font de beaucoup plus gra- des que les prunes de frere, êc ainfi longues. Ils en ouurentla cocque,qui eft graftè,& au dedans y a de la chair, & des petits grains femblables à ceux des figucs,qui font fort doux, & ont vn bo gouft, fpeciallcmcnt les blanches , lefquels ont vue certaine odeur fort aggreable, mais les rou- ges ne font pas ordinairement fi bons. Il y a vnc autre forte de Tunaux , lefquels ih eftiraent beaucoup dauantage, en cor qu’ils ne donnent point de fruiâr, & les cultiuent auec vn grand foing ôc diligence : Ôc iaçoit qu’ils n’en recueil- lent point de ce fruit , neantmois ils rapportent vne autre commodité &» profEt qui eft de la graine, d’autant que certains petits v'ers naif- ( Histoire natvrelle fent aux fueillcs, de cct arbre , quand il eft bien cultiucj éc y font attachez, CO uuerts d vne cer- taine petite toile deliée,Iefqucls on circuit dé- licatement, & eft la cochenille des Indes tant renommée , de laquelle Tonteinten graine.Ils leslaiircntfccher,. &ainlifecsils les apportent en Elpagne,qui eft vne groire,& riche marchan- dife. L’arrobe de cefte cochenille , ou graine, vaut plufieurs ducats. On en apporta en la flot- te de l’an mil cinq cens quatre vingts fept , cinq mil flx cents foixante dixfept arrobes, qui mon- toient à deux cens quatre vingts trois mil,fept cents & cinquante pezes, & ordinairement il envienttous les ans vne femblablc richefle. CesTunauxeroiflentés terres temperees , qui déclinent à froideur. Au Pem il n ’y en croift: point encor iufques à prefent. l’enay veu quel- ques plantes en Efpagne , qui ne méritent pas toutesfois d’en faire aucun eftat. le diray auflî quelque chofe de l’Anir, combien qu'il ne vient pas dVn arbre, mais d’vue herbe, parce qu’il fert à la teinture des draps, & que c’cftvne marcha- dife qui s’accommode auec la graine , & meflne qu’il croift en grande quantité , en la neufue Ef- pagne,d’où il en vint cnla flotte que i aydit,cinq mil deux cents foixante & trois arrobes, ouen- uiron, qui montent autant de pezez. Lecotton mefmc croift en des petits arbrifleaux , & en des grands arbres qui portent comme des pommet- tes, lefquels s’ouurent & donnent cefte filaire,& apres l’auoir cueillie la fillent , & la tirent pour en faire des eftoftes.C^ft vne des chofes qui foit és Indes de plus grand proftit,&: de plus d’vfage. DIS Indes. Liv. IIII, ,7. car il IcHrfertdelin , Ôc de laine pour faire des habits.ll croift en terre chaudeAy en a vne gra- quantité es vallces& cofle duPcru,en la neu> fue Efpagne, es Philippines,&enIaCIiinc.Tou- tesrois il y en abeaueoiip d’auantage, qu’en au- cun lieu que ie fachc,en la prouince deTucuma en celle de fainéte Croix de la Sierre, Ôc au Para- gucy,&leur eft le cottô le principalre-ucnu.L on apporte en Efpagne du cottô des Ifles deS.Do,- minique,& cnvintlannee quei’ay dit foixante & quatre arrobes. Aux endroits des Indes ou croift le cotron ils en font de la toiledont les ho- mes &: les femmes vfciitlcplus communemér, mcfmes en font leurs feruiettes de tables , voire des voillcs de nauire.il y en a de gros , & d’autre qui eft fin & délicat. Ils le teignent en diuerfes couleurs, comme nous faifons les draps de laine en Europe. ^ Des Mdme^es^Guajüuos Faites, c H A P. xxiin. Es plantcsdont nous auôs parlé font les plates les plus profitables dcsln- des, ôc celles qui font les plus nccef- fairesjpour le viurenoutesfois il yen a beaucoupd’autres qui font bonnes à m%cr , entre lefquelles les mameyes font efti- meés eftans de la façon des grofiespeft;hes, voi- re plus groffes.Ils ont vn ou deux noyaux dedas, Sc h chair quelque peu dure. Ils y en a qui font l Histoire natv relie doux & d’autres qui ibnt aucunement aigres, & on t l’efcorce forte Sc dure. On fait de la confer- ue de la chair de ce fruit , qui reiremble au coti- gnac. L’vfage de ce fruit eft allez bon , & encor meilleure la conferue,que l’on en faiA.lls croif- fent éslllesj&rn’en ay point vcuau Pcru.C'ell vn arjjre qui eft grand, & bié faitjdVn allez beau fueillage.Les Guayauos font d’autres arbres qui portent cômunement vn mauuais fruidt , plein de pépins afpres,& font delà façon de petites pômes.Ceft vn arbre mal eftimé en là terre fer- me, &auxl 11 cs,car ils difent quûla rodeur,cômc de punaifes.Le gouft& làueur de ce fruit, eft fort grolïîer,& fa fubftancc mal faine. Il y a en S.Do- minique, & és autres Illes des môtagncs toutes pleines de ces guayauos,&difenr,qu’ils n’yauoit point de telle forte d’arbres, auantqueles Efpa- gnols y arriualTcnr, mais que l’ô les y a apportez de ie ne fçay où. Cet arbre a multiplié innnimér, | parce qu’il n’y a aucun animal, qui en mange les | pepinSjOu la graine,d’où vient qu’eftans ainll fe- ; mez parmi la terrc,comme elle eft chaude &hu- mide,il y a ainfi multiplie. AuPeru cet arbre dif- féré des autres guayauos, pourcc que le fruit n’é . eft point rouge,mais eft blac,&n’à aucune mau- uaife odeur , mais eft d’vn fort bon gouft : Sc de quelcôque forte de guayauos, que ce foir,le fruit en eft aulïî bon comme le meilleur d’Elpaigne, fpeciallemcnt de ceux qu’ils appellent guayauos dematos, & d’autres petites guayauiiles blan- ches.C’eftvn fruit aflèz fain,&conuenable pour reftomac,pource qu’il eft de forte digeftion , Sc allez froid : les Pàttas au contraire font chaudes Des Indes, Liv. IIIî. &aeIicates.LéPaIto eft vn arbre grâd & de beau fueillagCjqui ale fruiét^come des grofles poires, il a dedans vn gros noyau,& tout le rcfte eft vne chair molle, tellement que quand ils font bien mcursjils font comme du beurrc,& ontlcgouft délicat. Les paltas font grâds au Peru, & ont vnc efcaille fortdure,quc l’on peut ofter toute entiè- re. Ce frui<5t eft en Mexique , pour la plus part fort,ayant 1 efcorcedclice,quifc pelle côme des pomes. Ils les tiennent pour vne viande fainc,& cômei’ay dit,qui décline quelque peu à chaleur. Ces mamayesjguayauos, &paltos,fontlcspcll chesdes pommes, & les poires des Indes , encor que ic choilîrois pluftoft celles de 1 Europe. 'Mais quelques autres par l’vfagc,ou peuteftre, par affeiftion^pourront cftimerd auantage ceux- cy des Indes. le ne doute point , que ceux qui n ontpointveu,ny goufté, de ces fruits, prendrôt peudeplaifiràlire cccy , voire fe lalfcront de 1 ouyr,&moy mefîne ie m’en Iaire,qui caufe que j abregeray en racontant quelques autres fortes de fruits. Car ce feroit chofe impoftîblc de pou- uoir traiter de tous. ~ Du Chtcoçàt^otCfdes yyfnnm conte du plane de Lydie , le creux duquel con- renoit quatre virigtsôcvn pied, & relîcmbloit pluftoft vne cabane ou maifon.que nô pas creux , d arbre,fon branchage vn bois cnticr,Fombragc ' duquel couuroit vne grande partie de la campa- gne. Par ce qui cft eferit de cet arbre, 1 on n aura point tantd occafion des’efmerueiller duTyfte- ran,qui auoit la mailon & meftierdans le creux d vrtChaftaignier.EtdVn autre Chaftaignier, fi ce n eftoit ccftuv là mefme, dcdtins le creux du- quel enrroient huidt hommes à cheual,& enre- fortoyent fans f incommoder les vns les autres. Les Indiens cxcrçoicnc ordinairement leurs | 3 D is T NDES. Liv. IHL i8^ ^ idolâtries en ces arbres, ainfi eftranges , &dif- ' formes, ainfi que faiioient mefmc les anciens Gentils, comme racontent quelques autheurs de ce temps. P es plantes Çr' fruitiers que l'on a ap^ 9 rte‘^de Efpagne AUX Indes, Ch AP. XXXI. E s Indiens ont eu plus de profit, & ont efté mieux rccompenfés es plantes que 1 on y a portées d’Efpa- gne , quen autres marchandifes, pour ce que le peu qui font venues des Indes en Erpagne,ycroifi'enrpcu,&yontf mal multi- plie, & au contraire legrand nombre que l’on a porté d’Efpagne aux Indes, y vient tref-bicn, & y font grandement multipliées. le ne fçay fi nous deuons dire que ce roit,àcaufe de la bon- té des plantes, pour donner gloire à cequieft d icy, ou bien fi nous dirons que e’eft la terre, pour la donner à ce qui cft de delà. Finablement il y a par delà , de tout ce qui Ce produit de bon cnElpagnc, & en quelques endroits meilleur, & en quelques endroits pire , commclefro- ment, 1 orge, les porees ou verdure, & toutes fortes de icgumes,aufii les leétues , choux, ra- ues,oygnons , ail,pcrfil,naueaux,paftenadcs, berengenes , ou pommes d’Amour fcariolles, betes, eljpinards, garuenecs ou poids, febucs, Aa ij Histoire natVrelle lentilles, & finablement tout ce qui croift par deçà de domeftiquc,& de profit : de (brre que I ceux qui y ont faitvoyagc,ontcftc curieux d’y | porter des fcmences de toutes fortes, & le tout y a beaucoup fruidifie encor que ç’ait efte di- uerfement, fçauoir aux vns mieux, aux autres moins.Quand aux arbres, ceux qui plus gcneral- lement, & plus abondamment y ont trudifié, ont efté les oranges, lymonniers, citronniers, Sc autre fruids deceftcfortc. Il y a défia en quelques endroits,cômme des bois, &desfo- i refis d’orangers. Ce que trouuant cftrangc,ic' demanday qui auoitremply ces champs de tant d'orangiers, fon merefpondir, que cela efioit aduenu fortuitement, d'autant que les oranges çfians tofiibces à terre,& pourries, leur femen- cc auoit germé, & de celles que les eaux auoienc emporté en diuers endroits , venoientànaifirc ces bois ainfi elpais. Ce qui mcfembla vne bonne rayfon.ray dit que c’efioit lefruid,qui gcnerallement fefi plus augmenté és Indes, pour ce que ie n’ay efié en nul endroit où il n’y ait des oranges,d’autàt que toutes les Indes font ; vne terre chauldc & humide, qui cft ce que re- ! quiert cet arbre. Ils ne croilîcnr point en la j Sierre, mais fon les y apporte des vailees ou | cofie de la mer. La conferue d’oranges clofcs qu’ils font és Ifles, efi la meilleure que i*ay vcüc par deçà,ny par delà mefmc. Les pefehes, les pre(fes,& abricos, y ont fort multiplié , & en la neufue Efpagne plus qu’en autre endroit. Il croift au Perufort peu de ces fortes de fruids, outre les pefehes, Sc encor moins es Ifics. H y Dis Indes. Liv. MIL 1S7 croift des pommes & des poires j mais c*eft fez moyennement, il y a des prunes rarement, mais des figues en abondance, principalement au Peru. Ilfe trouuc des coings en toutes les contrées des Indes,&cnlaneuue Efpagne, en telle abondance , qu'ils nous en donnoyent cin- quante à choifir pour demie reaile. Ilyaaflcz dc^renades auiïî , bien qu’elles foyent toutes doücesjcar les aigres n’y font point bien venues. Il y a de tresbons mêlions en quelques endroits du Peru. Les cerifes & les guignes iufques au- iourd huy n’ont point encor bien frudifié es Indes, ôc croy quccè n’eft pas faute de tempe- rature, pourcc qu’il y en a de toutes fortes, mais peut eftrefautedefoingjOu parce que l’on n’a pas bien rencontré fa température. En finie ne trouuc point que par delà ils ayent faute d’au- cun fruid délicieux. Q^ant aux fruids groffiers ils n’ont point de bcillotres , ny de chaftaignes, Sc nay point de cognoiflancc, que iufques au- iourd’huy ilyenait creu. Les amendes y croif- fcnt,mais c’eft fort peu. L’on y porte d’Éfpagne pour les friands, des amandes, des noix, des aucllaines, &n’ay point entendu qu’il y ait des nèfles, ny des cormes, ce qui importe peu. Me fcmble que cccy doit fuffirc pour faire enten- dre qu’il n’y manque aucune délice de fruids. Maintenant difons quelque chofe des plantes de profit 5 que l’on y a portées d’£{pagnc,&a- cheucrons ce traitté des plantes, qui cft défia ennuyeux. Aa iij Histoire naturelle DtsrâifinSyVigneSjoUuei , mtutesy (X des cannes du fucre, ' Chapitre XXXII. [’E N T E N s par les plantes profi- jrablcs celles qui outre ce que l’on [en mange au logis, apportent de ^l’argent à leur maiftre. La princi- = pale derquelles eft la vigne , de la- quelle vient le vin,le vin-aigre,le railin vert & fcc, le verjus & lefirop. Maisle vin cftceluy qui vaut le mieux. Il ne croift point de vin ny raifin es Ifles ny terre ferme, mais en la neufue Efpagne, il'y a quelques vignes qui portent du ! railiiijtoutcsfois I on n’en fait point de vin. La caufe en doit eftre pourcc que le raifin nefe menrit pas bien à caufe des pluyes qui yvien-r lient aux mois de luillet & Aouft,qui lesem- | pefchentde mcurir:ils s’en feruent tant feule- | ment pour manger.L’on y porte le vin d’Efpa- ■ gne & des Canaries , comme en tout lereftc : des Indes referué au Peru & au Royaume de Chillé,où il y a des vignes qui rapportent de tresbon vin, lefquclles vont chaque iour croift faut en quantité à caufe que c’eft vne grande richelTeen ce pays,& en bonté, parce que auec le temps ils deuiennent plus expérimentez vi^ ; gnerons. Les vignes du Peru font communes : CS vallées chaudes, où il y a des eaües,& les ar- roufent aucç la main , parce qu’il n y tombe point de pluyes du Ciel, & aux Lanos,& en la ; Sierreclleny vient pointàtcmps.llyadcscn- DES Indes. Liv. HII. i88 droits où les vignes ne font point arroufées ny du Ciel ny de latcrre,& toutefois elles ne lai{^ fentdc frudifier en grande abondance, com- me en la vallée d’Y ca, Ôc aux fofles qu’ils appel- lent de Villacuri, efquels lieux il fe trouue des folfezou terre enfoncées parmy les morts la- blons , lelquels font toute l’année d’vne in- croyable fraifeheur, fans qu’il y pleuue aucu- nement en quelque faifon que ce foi t,ny. qu’il y ait des eaüespour les arroufer artificiellement. La caufe eft parce que le terroucr eft fpon- gieux, ôc. qu il fucçc l’eaüc des riuicres qui vien- nent delà Sierre, qui humedent ces fablons, ou bien c’efl: l’humidité de la mcr(comme d’au- tres penfent ) laq lellc palfant aütrauers de ce fable, caulc quel caüe n’en eft pas fterile ny inu- tilc,ainfi que le Philofophc rcnfcigne. Les vi- gnes y ont tant multiplié , qu’à ceftc pccafioii Icsdifines des Eglifcs y font augmentez de cinq ^fix fois au double depuis vingt ans. Les val- lées plus fertillcs de vignes font Vidor , pro- che d’Arequipa, Yca , au terroucr de Lyma ôc Caraguato,au terroucr de Chuquiauo. Ils por- tent ce vin à Potozi , Cufco Ôc en dîners m- droitSjCc qui eft vn grand rcuenu : Car ,auec toute l’abondance qu’il y en a,vne bouteille pu arrobe y yaut cinq ou fix ducats , que fi c’eft vin d’Efpagne, comme on y en porte commu- nément aux flottes, il en vaut dix ou douze. L’on fait du vin comme celuy d’Efpagne au Royaume de Çhillé , pourcc que c’eft le mef* mc climat, mais il fe gafte quand l’on l’apporte au Peru. ils mangêtdcs raifins,où l’on ne peut Aa iiij Histoire naturelle boire de vin, & eft chofe admirable, que l’on trouuc en la Cite de Cufco des raifins frais tout le long dclannce, qui vient (comme ils médirent) de ce que les valleesproduifcnt du fruiAcndiuersmois de l’an, foit qu’ils entent les vignes en diuerfes faifons, ou que celle va- riété vienne de la qualité de la terre: quoy qu’il en foit, c’eft vnc chofe certaine qu’il y a quel- ques vallees qui portent du friiià tout le long de l’annce. Si quelqu vn fefmcrueille de cecy, il fè pourra crmcruciller d’auantage de ce que ie diray, & peut cftre ne le croira pas. Il y a des arbres au Peru, d’efquels hvne moitié donne du fruiél lîx mois durant , & l’autre moitié en don- ne les autres lix mois. EnMalla, qui eft treize lieiies diftante de la Cité des Roy s, y a vn fi- guyer , duquel la moitié , qui eft au collé du Sud, eft verte, & donnedufruiélvne faifonde l’annce, fçauoir quand il cil Efté en la Sierre, & l’autre moitié qui eft vers les Lanos du collé de la mer, eft verte, & donne fon fruiél en l’autre faifon contraire, quand il eft Efté aux Lanos.Cc qui prouient de la variété de la température ôc dei air qui vient d’vne part ou d’autre. Le rc- uenuduvin qui y eft n’cft pas petit, mais il ne fort point de la prouince. Mais la foye qui fc fait en la neuue Elpagnc Ce tranlporte es au- tres Royaumes, comme au Peru. Il n’y en auoic point au temps des Indiens , mais l’on y a porté des meuriers d’Elpagnc , & y viennent bien, principalement en la prouince qu’ils appellent Miftecqua, où il y a des vers à foye,& mettent en œuurc la foye qu’ils en recueillent, dont ils I DES In DEsXlV. lin. 1^9 font de tref*bon tafctas. Toutesfois ilsn’çn ont point fait iiifqücsà prefentdcdamas,de fa- tins,ny de velours. Lcfucre eftvn autre reue-^ nu plus grand, veu que non feulement on en confommc ps Indes , mais anfli Ton en apporte beaucoup en Efpagne , car les cannes croif- fent fort bien en diuerles parties des Indes. Ils ont bafty leurs engins aux Ifles , en Mexi- que J au Peru & en d’autres endroits qui leur apportent vn fort grand reuenq. L’on me dift que l’engin à lucre de Nafca foqloit valoir de reuenu, plus de trente mil pezÿ , par chacun an.Celuy deChicamajioignantTiruxillo, eftoit mcfme d’vn grand reucnii,& ccüx de la neufûc Eipagne auflî ne le font pas moins : car c’efl: vncchpfeeftrangcqueccqucron gafte"&con- fommedefucre es Indes. L’on apporta de Tlf- le defaind Dominique, en la flotte ou ic vins, huideens quatre vingts &dixhuid caflbns de fucre , lefquels eftans comme ie les vid char- ger en Port-riche, chaque caflèdeuoit cftreà mon opinion de huid arrobes pefant,qui font deux cens. Le fucre efl: le principal reuenu de ces Ifles, tant fe font adonnez les hommes à l 'ap- pétit des chofes douces. Il y a mefmc des oli- ues Sc oliuiers aux Indes, iedyen Mexique & au Peru: toutesfoisiln’y a point eu encor iuf. ques auiourdhuy aucun moulin à huille,&nc s’en fait point, parce'qu’ils confomment tou- tes les oliucs à manger , & les accommodent fort bien: ils trouuent que pour faire l’huillelc couft y cftplus grand que le profit. Ceft pour^ quoy l’on y porte tout l’huillc qu’il y a d’EIpa-» Histoire natvrelle gne. En cèft endroit i acheueray la matière des plantcsA venons aux animaux des Indes. ViiheîîUl portant des vaches. Ch A P. XXXIII. S B trouue qu’il y a troislbrtes d ani- I naux es Indes, dontles vnsy ont ; efté portczd'Efpagne,les autressôt Je la mcfrae efpecc de ceux que f nous auons en Europe, & toute- fois n’y ont point efté portez par les Efpagnols, & les autres Ton t animaux propres des Indes, & defquels l’on ne trouue point en Efpagne. De la première forte font les brebis, vaches , cheures, porcs,cheuaux,afnes,chiens,Ghats & autres tels animauxtcar il y en a és Indes de toutes ces efpc- ccs.Le menu beftial y a beaucoup multiplié, que fl l’ô y pouuoi t approfiter les laines pour les en- uoyer en Europe, ce feroit vne des plus grandes richeifes qu’ils eulEent és Indes : pource que les troupeaux de brebis ont là vn grand nombre de pafturages, fans que 1 herbe y diminue en beaucoup d’endroits., Il y a auPeru vne telle abondance de ces pafturages Sc herbages, que perfonnench polfcdeen propre, mais chacun fait paiftre fes troupeaux où il veut.Pour cefte raifonil y a communément grande abondance de chairs, lefquelles font à fort bon marché, mcfmeles autres chofes qui procèdent des bre- bis,comme le laid &lc froumage. Ils furent vn temps qu’ils laifterent perdre toutes les lai- DES Ind ES. Ll V. ini. ^50 ncs, iufquesà cc que quelques vns Ce mirent à les mefnager ôc en faire des draps & couucr- tures, qui a efte vngrandfccours pour le com- mun peuple de celle terre ; d’autant que le drap de Callille y cil fort cher.Tl y a plufieurS drapiers drapans au Pcru,& beaucoup d’auan- tage en la neufue Efpagnc, encor que les draps que l’on y porte d’Efpagne foyent beaucoup meilleurs, foit que lalaineenfoit plus line, ou que les ouuricrs foyent plus experts. Autres- fois fe font r routiez des hommes qui polîè- doient foixante & dix & cent mil telles de bre- bis, encor qu’àprefcntn’y en ait gueres moins. Que û c*clloit en Europe ce feroit vne très* grande richelîe , mais en ce pays-là ce n’cll quVne moyenne richelTe.En plufieurs endroits des Indes, & croy que c’ell en la plus grand’ part, le raenubellial ne fructifie & n'y profite pas bien à caufeque l’herbe ell hau te, & la ter- re lî vicieufe qu’il n y peut pas bien paillre con- me le grand bellial. G ell pourquoy il y a vne innumerable multitude de vachcs,derqucllcs y a des deuxfortes.Lesvnes rontdomcfliqucs,& qui vont en troupeaux, comme en la terre de Charca, & en autres prouinces duPeru, com- me mcfme en toute la neufue Elpagne. De ces vaches domelliqucsilss’en feruent&cn tirent de la commodité , tout ainlî qu’en Elpagne, fçauoir la chair, le beurre , les veaux, & les bœufs pour labourer la terre. L'autre forte de vaches font làuuagesquife tiennent es monta- gnes & forcllsrc’elt pourquoy on ne les dompte point,&n’om aucun maiftre à qui cllcsfoicnt en Histoire natvrelle propre, tant pour l’afpretc & cfjjcfTcur des fo- refts , que pour la grande multitude qu’il y en a: & celuy qui le premier les tue , en eft le maiftre, comme d vnc belle de chalTc. Ces vaches fauua- ges ont tellement multiplié en S.Dominique,& en autres endroits des ènuirons , qu elles vont à milliers par les campagnes & bois, n’ayans au- cun maiftre à qui elles appartiennent. L’on fait lachafleàces belles, pour leur cuir tant feule- ment, &fortent en la campagne des nègres ou des blancs à cheual, auec leurs coupe-iarefts, qui courent les toreaux & vaches , & quand ils i les ont frappez , êc arreftez , ils leurs appartien- nent. Ils les cfcorchent, & en portent la peau en leur maifon , laillant la chair perdue , fans qu’il y ait perfonne qui la prenne ou empor- te, à caufe de l’abondance qu’il yen a. Telle- ment qu’ils m’ont attefté en celle llte , qu’en quelques endroits l’air s’y cftoit corrompu, pour l’abondance de ces chairs empuanties. Le cuir que l’on apporte en Efpagnc eft vn des 1 meilleurs rcuenus des Illes ,&de la neuuc Ef- ' pagne. En la flotte de quatre vingts & fept, il vint de S. Dominique le nombre de trente cinq ^ mil quatre cents quarante quatre cuirs de va- i ches , & de la neufuc Efpagne foixante quatre ; mil trois cents cinquante, qu’ils eftimerent à . quatre vingts feize mil cinq cens trente deux I pezes. De forte que quand l’on defeharge vnc de ces flottes, c’eft choie admirable, devoir la riuicre dcSeuille & cet arcenatoù fe defehar- gent tant de cuirs & de marchandife. Il y a auflî des cheurcs en grand nombre, le principal profit ixES Indïs, Liv. IÎII. i^r tdefquelles cft le fuif, outre les cabrits, le autres commoditez qu’ou!en tire : d’autant que les riches , &les pauures fe feruentdccefuif pour leur cfclairer, car comme il y en a gran- de quantiréjauffi y eft ilàforc bon conte,& plus que rhuille mefme. Il eft vrayquctoiy: leftiif dont ils fereruent, n’eft pas feulement de celuy des maflcs.Ils en accommodent les marroquins pour lacbaulIeure,tputesfois ien’ay point opi- nion qif ils foient (i bons comme ceux que l’on y porte de Caftille.Les cheuaux y ont multiplié, & y font exquis en beaucoup d’endroits , voire en la plus partfycn trouue des races d’auffibôs comme les meilleurs d’Elpagne, tant pour cou- rir vne carrière & pour parade,que pour le rra- uail,& pour faire chemin. Ccftpourquoy ils fc feruent pour beftes de loüagc,& pour voyager, le plus ordinairement , des cheuaux combien qu’il n’y ait pas faute de mulles , car il y en a beaucoupjlpeciallement'és lieux, oùfe font les voitures par terre, comme en la terre ferme. Il n’y a pas vn h grand nombre d’afnes, aulli ils ne s’e feruent gueres àcetvfage, ny pour le trauail & leruice.Des chameaux il y en a quelque peu, & en ay veu au Peru qui y auoient eft portez des Canarics,& qui y auoient multiplié, mais aftèz pctitement.En S. Dominique les chiens y ont multiplié en nombre,& en grandeur,d vne telle façon que c’eftauiourd’huy la playc,&üi’aftlidio de cefte Ifle.Car iis mangent les brebis, & vont cntrouppesparleschamps.Ccux qui les tuent y ont vn tel falairc,que ceux qui tuent les loups cnEfpagne; de vrays chiens,il n’y en auoit point HlSXaiRJE natvrelle premièrement es Indes,,mais quelques animaux femblables àdes petits, chiens lesquels les Indiés appellent Alco, c’eftpourquoy ils appellent du raermenomd’Alco.leschiens,querony a por- tez d’Efpagnc, à caufe de la rclTemblanee qui eft entre cux,& font les Indiens fiamis de ces pe- tits chiens,qu’ils efpargneront leur nî%cr,pour leur donner: tellement que quand ils vont par pais, ils les portent auec eux fur leurs efpaulles ou en leur fein,& quand ils font malades ils tic nent ces petits chiens aiiec eux, fans fe feruir d’eux en autre chofe que pour l’amitie Ôi com pagnie. JDe quelques animaux de t Europe, que les E^a- ^nolstrouucrent es IndeSyC^ comment tls peuueutj auoirpajfe'. Ch AP. XXXIIII. ’Es T vnechofe certaine, que l’on a porté d’Efpagnc tous ces animaux donti’ay parlé, & qu’il n y en auoit point CS Indes , quand elles furent premièrement defcouucrtcs , il n’y a pas cent ans : car outre qüe c’eft vnc choie qui peut cftrc approuuée, par des tcfmoii^s qui viuent cnco- rcs, ce en eft vnc preuue fuffifantc, de voir que les Indiens n’ont en leur langue, aucun mot pro- pre pour fignificr CCS animaux, mais ils fefer- ucntdcs mefmcs noms Efpagnols,côbicnqu ils foicm corrompus.Pour autant que ne cognoif- bE s Indes. Li v. IIII. r<)i fans point la chofe^ ils prindrenr le mot^com- mun aux lieux, dont elle auoitefté apportée, l’ay trouué cefte reiglc bonne pour dircerner, quelles chofes auoient les Indicns.aupârauanç que les Efpagnols y vinlfcnt, & celles qu’ils n a- uoientpoinrrcarilsdonnoicntvn nom à celles qu’ils auoient , & cognoilToicnt défia, & ont donné des noms nouueaux à celles qu’ils ont eu de nouueau,qui font les merrnes noms Ç fpa- gnols le plus communément , quoy qu’ils les prononcentà leur mode, comme au cheual,aii vin & au froment. L’on y trouua des animaux delamefmc elpecc de ceux quenousauons en l’Europe fan s qu’ils y euflentefté portez par les Efpagnols, Il y a des lyons,des tigres,ours/an- gliers,renards&d’autrcs beftesfietes & fau na- ges, dequoy nous auonspropofé vn argumétau premier liure/çauoir que n eftant pas vray-fem- blable, qu’ils cuirenrpalTé aux Indes par mer, attendu , que ceft chofe impoffiblc de palier rOccan ànage, & feroit vne folie, de penfer que les hommes les euflent embarquez aucc eux, il fenfiiir que ce monde le continue en quelque endroit aucc l’autre nouueau, par où ces animaux peuuent auoirpalfé, & peuplé peu à peu ce nouueau monde :puifqueruyuant l’Ef- criture ces animaux fc fauuerent en l’arche de Noé, & delails ont multiplié au monde. Les lyons que i’ay veus ne font rouges , & n’ont point ces crains, auec lefquels on aaccouftumé de les peindre. Ils font gris,& non pas fi furieux comme on le voit en peinture. Les Indiens f amalîent , 6c fallcmbicnt pour prendre 6c Histoire natvrelle chafTer les lyons commevn circuir,qu*ils appellent chaco, dont ils les enukonnenr, puis les tuent à coups de pierres, de battons , & d au- tres inttruments', Ces lyons mefmcs ont acebu- ftumé de grimper aux arbres, où ettans montez les Indiens les tuent auec des lances , ou arbal- lettrcs,& plus facilement auec des arquebuzes. Les tygres y font plus furieux , plus cruels, ôc ont la rencontre plus dangereufe , a caufe qu’ils s’eiîancent ôc aifaillent en trahifon. Ils font tachetez, &delamefmefaçonque leshi- ftoriographes les peignent. Tay ouy quclques- fois conter que ces tygres eftoient animez con- tre les Indiens , & qu’ils n’affailloyent point les Efpagnols, ou bien peu , & qu’ils alloy ent pren- dre &choifirvnlndié au milieu desEfpagnols, ôc qu’ils les emportoyent. Les ours qu’ils appel- lent en langue de Cufco , otoioncos, font de la mcfme efpece que ceux d’icy , ôc fe territtenr. L’on y void peu de ruches, pourccque les ray s de miel qui font es Indes fc trouuent aux arbres i & ddfoubs la terre, & non pas aux ruches, côme en Cattille.Les rays de miel que i’ay veus en la prouince de Charcas, que là ils appellent le chu guanas,font d’vn couleur grife , ayant peu de fuc,&reffemblcntplusàvne paille douce, qu à des rays de miel. Ils difent que les abeilles font petites comme mouches, & qu elles iettent leur ciTaindcflbubslaterre.Le miel en ett afpre, ôc noir, toutesfois en quelques endroits il y en a de meilleur,& des rayons mieux formez, com- me en la prouince de T ucuman en Chille, ôc en Cartagcac. le n’ay point veu ny ouy parler DES Indes. Liy. IIII. 1^3 qu’il y ait des fangliers,mais des regnards & au- tres animaux qui mangent les beftes,& la volail- le,il y en a plus que les pafteurs ne voudroient. Outre ces animaux qui font furieux & domraa- geableSjil y en a d’autres profitables, qui n’y ont point efté portez par les Êfpagnols,com me font les cerfs & autres dont y en a grande abondance, en toutes les forefts.Mais la plus grande partie cftvnevenaifon fans cornes, à tout le moins ic n’y en ay point veu d’autrcs,ny ouy parler qu’oa y en aitveu,&tous font fans cornes comme cor- cos.Il ne mefemble pas difficile de croirermais cft prefquc certain,que tous ces animanxparleur legereté,& pour eftre naturellement fauuages, ayent palfc d’vn monde à l’autre, par quelque endroit ou ils fe ioignent,puis que aux grandes Ifles ôc elloignees de la terre ferme,ie n’ay point de cognoilfance qu’il fy en trouue , quoy que i aye fait recherche de le defcouuir, DesoiJèamdefardefàqmfentésJndes^O^ comment tU pmenty nuoir fajfe» Chapitre XXXV.- L *On pourra plus facilement croire qu’il en foitainfi des oifeaux, & qu’il y en a de la mefme efpece de ceux de par de çà,commc font les perdrixjles tourtcs,pigcons,ramiers,cailics& plufieurs & diuerfes fortes de faucons , lefquels l’on enuoye de la neufuc Efpagne & du Pcru,aux feigneurs d’Efpagne,d’autant qu’on en fait gran- Bb Histoire kat'vrillb de cftime.Il y a mcfme des Hérons, &dcs Aigles I de diuerfes fortes, &n y a point de doute que ces cfpcces d’oifeaux & autres fcmblablcs,n’y ayent palTc bien pluftoft que les lyons les tigres , & les ^erfs.Ilfetrouucaufliés Indes vn grand nom- bre de Perroquets , fpeciallement aux Andes | du Peru,& es Iflcs de Port-riche,&: S. Doraini- | que, où ils vont par bandes , comme font les | pigeons par deçà. En fin les oyfeaux auec leurs | aiflesjvont où ils veulent, & certainement plu- ! fleurs efpeces d’iceux pourront bien paffèr le J ' Golphc,puis que c’eftehofe certaine , comme TîinM.io Pline l’afFerme, qu’il y en a beaucoup qui paf- cap.z}. fentlamcr,&vont en des régions fort eftran- ges, combien que ie n*aye point leu, qu’aucuns oifeauxpalîent auvolvn fi grand golphc, com- me eftceluy de la mer Oceane des Indes. Tou- tesfois neleticns-ie pas pour du tout impoflî- ble,puisque l’opinion commune des mariniers cft , qu’il f en trouue deux cens lieues , voire beaucoup d’auantageloing de la terre. Et que mefme,commc Ariftotelenfeigne, les oifcaiix endurent facilement cftre dans l’caue, d*autant deVnrt.mi ont peu de refpiration , comme nous maUap.t. ^^^^s aux oifeauxmaritimes,lefquelsfe pion- J gcnt,&font vn long temps dedans l’eaüe. Ain fi | pourra-ondire,quelcs oifeaux qui fe treuuent à prefenten la terre ferme,& es Ifles des In- des, ont peu pafler la mcr,fc delalTans en des . mettes, & en des terres , qu’ils recognoiffent ' par vninftina: naturel, ( comme Pline raconte . de quelques vns ) ou parauanture , fc laifiTans i tomber cnrcaüc , quand ils font fatiguez de ©ES I N D E S. L I V. I 1 1 r. 194 voiler, &apres reprenans Ie^vol,quand ils Ce font repofez quelque pcu.Q^âtaux oifeaux que Ton voidés Ifles,crquellesil n’y a point d animaux terreftres ié tics (ans donte,qu’ils y ontpafle par vnedes façons furdites. Mais pour les autres oi* féaux qui Ce trouuct en la terre ferme, principa- lement ceux qui on, tvn petit vol, il eftplusaifé de croire qu’ils y ayent efté comme les animaux dcla tGrrc,quifontdela mefme cfpece de ceux d Europe. Car il y a aux Indes de grands oifeaux fortpelants,commc les Auftruclies.dont il y en a fort au Peru, lefquclles ont accouiluméd'ef- pouuanter quelque fois les moutôs du pays qui vont chargez.Maislaiflànt ces oifeaux , qui fe gouuernent d eux mefmes/ans que les hommes en ayent le foing,fi ce n’eftpour la chailè, parles dcsoilèauxdomeftiques. Iç mefmerueille des poulles,artendu qu’il y en auoitaux Indes,auant queles Efpagnolsyarriuaffenr, ce quiefl: affez prouue,parcc qu elles ont vn nom propre du pays,& appellent la poulie Gualpa, & leur œuf Ponto, ôc ont en vlagcle mefmcproucrbe que nous auonsicy, d’appellcr poulie vn homme couard. Ceux qui furent à la defcouuerte des Ifles de Salomon racontent, qu’ils y ont vcii des poulies fcmblables aux noftres. L’on peut entendre que la poulie citant vn oifeau (i do- meftique, & fi profitable comme elle cil , les hommes les y ont peu porter auec eux, quand ils pafièrent d’vn lieu en autre , comme nous voyons encor auiourd’huy , & que les Indiens en voyageant portoient leur poulie , ou poul- let fur la charge qu’ils portent fur leurs elpaul- Bb ij Histoire natvrelie les,& mcfmcs les portent facilement en leurs poullicrsj&cages de ionc,oude bois. Finalement il y a es Indes beaucoup d’efpcce d’animaux ôc d’oifeaux de ceux de l’Europe, que i’ay dittes , ÔC d’autres fortes que d’autres pourront raconter. Comme il efl fo^thle es Indes ^ueU t^ues fortes d' ammauXjdent il ri y atP f oint ailleurs, Chap. XXXVI. l’Eftchofe plus difficile de môfficr j ôc prouucr, quel commencement ont eu plufieurs & diuerfes fortes d’animaux qui fe trouuét es Indes, . J de fefpece defquels nous n’auons point en ce conrinét.Car fi le Créateur les a pro- duits en ces parties, il ne faut point alléguer, ny auoir recours à l’Arche de Noé , Ôc n’eftoit point de befoing de {àuuer alors toutes les efpe- cesd’oifeaux&animaiiXjfi d’au très deuoient c- ftre créées denouueau:d’autreparton ne pour- roit pas dire,que le monde euft elle fair&acheiic CS fix iours de la création, fil y euft eu encor d’autres nouuellcs eipcees àtormer, & princi- palement des animaux parfaits , ôc non moins excellents, que ceuxqui nous font cogneus. Si nous difons donc que toutes les cipeccs d ani- maux furent conferuecs en farche de Noé , i I Des Indes. L IV. II Iî. 19 j s’enfuit que les aniraaux^dc refpecc defquels il ne s’en trouue en d’autres endroits, qu’es In- des , yayent palTé de ce continent, tout ainfî commcnousauons dit des autres animaux, qui nous font cogneus. Cela fuppofé, ie demande comme il cft poffiblc qu’il n’en foit reftc par deçà aucun de leur cfpece , & comme il s’en troujie feulement par delà, ou ils font comme voyagers & eftrangers. .C’cft à la vérité vnc ^ queftion qui m’a long temps tenu en perplexi- tc.Iedy pour exemple,!! les montons du Peru, & ceux qu’ils appellent Pacos,& Guanacos, ne fetrouuent point en d’autres régions du mon- de,qui les aportezau Peru,ou comment y ont ilseftc, veu qu’il n’eft demeuré aucune appa- renccjtiy refted’iceux en tout ce monde? Que fi ils n y ont point palîc dVne autre région, comment fe font ils formez ôc produits par delà? Parauanture Dieu a-il fait vne autre nou- uelle création d’animaux f Ce que ie dy,deces Pacos, & Guanacos, ie le dyde mil autres dif- férentes efpcces d oifeaux & d’animaux de fo- rcftjquiiamais n’ont efté cogncus,ny de figure, nyde nom,& defquels il n’eft fait aucune men- tion,fbit entre les Latins, foit entre les Grecs, ou quelques autres nations de ce monde.ll ^ut donc dire, que combien que tous les animaux foyent fortis de l’Arche , neantmoins par vn inftind naturel , Ôc prouidcnce du Cicl,diuers 'genres d’iceux s’efpartirent en diuerfes régions, en aucunes defqueîles ils fe trouuerent fi bien, qu’ils n’en voulurent pointpartir j ou s’ils en fortirent,nefeconferuerent, ou bien en fin de Bb iij Histoire natvrelle temps ils périrent totallement , comme î on voit arriuer en beaucoup de chofes : car fi l on y veut regarder de près, on trouuera que ce n’eft pas tant feulement vue chofe propre & particulière es Indes , mais aufli generalle en beaucoup d’autres régions & prouinces de bA fie, d’Europe, & d’AfFrique, efqnelles l’on dit qu’il y a de certaines cfpeccs d animaux, qui ne le trouuent point en d autres régions , au moins s’il s’cn trouue ailleurs 1 on rccognoift qu’ils y ont cfté portez de là. Puis donc que ces animaux fontfortis de l’arche , comme! pour exemple , les Elephans que Ton trouue feule- ment en l’Inde Oricntalle,& de là fe font com- muniquez en d’autres régions , nous en pour- rons dire autant de ces animaux du Peru, & des autres des Indes qui ne le treuuent en autre partie dumondc.L’on peur bienaulîi confidc- rer fiir ce fubiet, fi tels animaux different en efpece , & cflentiellement de tous les autres, ou fi cefte leur différence eft accidentalle , la- quelle peur y auoir cfté cauféepar diuçrsacci- dens,comme nous voyons au lignage des hom- i mes , que les vns font blancs, ôc les (autres fon^ ^ noirs, les vns geans,les autres nains, & en j l’efpece des finges, les vns n ont point de queue, j 6c les autres en ont, entre les moutons , les vns ! font ras , ôc les autres vellus , les vns grands ôc forts, qui ont le col fort long, comme ceux du Peru,&lcs autres foibles & petits, ayans le col court comme ceux de Caftillc. Mais pour en parler plus fainement , qui voudra par ce du- cours, en mettant feulement ces différences DES In DEsXlV. III I. accidcntalles , confcrucr la propagation des animaux es IndcSa&lcs reduiréà ceux d’Euro- pe, prendra vne charge, de laquelle il pourra raalaifement fortir à fon honneur. Car u nous deuons iuger les elpeccs d’animaux par leurs proprictezjceux des Indes font fi differents, que c’eft appellcr l’œufchaftaignejdc les vouloir ré- duire aux efpeccs cogneiies de l'Europe. V es font propres es Indes, Ch AP. XXXVII. X y a aux Indes de plufîeurs fortes jd’oifeaux remarquables, foit qu’ils |foient de la mefmc efpece de ceux ,*,,,,,,„^j»d’icy, ou autres differents. Ils appor- tent de la Chine certains oifeaux, qui n’ont point de pieds aucunement, ôc toutlcur corps cftquafî plume. Ils ne s’allient point enterre, mais ils fe pendent aux rameaux par des fillets, ouplumes qu’ils ont,&ainfi fe repofent conime des mouches, & chofes aeriennes. AuPeruily a des oy féaux qu’ils appellent Tomineios, fî pe- tits que beaucoup de fois i’ay douté,lcs voyant voler,fi c’eftoient abcillcs,ou papillon: mais à la vérité, ce font oyfeaux. Au contraire ceux qu’ils appellent condores,y font d’vnc extrefme grandeur , & d Vne telle forçe , que non feule- ment ils ouurcn t & dcfpccent vn mouton, & le mangent, mais auflî vn veau tout entier. Ceux qu’ils appellent Auras, & les autres poullazcs, (îefqucîics ic croy quant à moy eftrc du genre Bb iiij HiSTOIItË NATVRELIË «3cs corbeaux) font d’vne cftrange Icgcrcté , & ont la vcüc fort aiguë, cftans fort propres pour nettoyer les Citez, d’autant qu’ils n y lailfcnt aucunes charongnes, nychofesmortcs.ïlspaf- fent la nuit fur les arbres,ou liir les rochers, & au matin viennent aux Citez fe mettans fur le fommctdcs plus hauts édifices, d’où ils efpient & attendent leur prife. Leurs petits ont le plu- mage blanc, comme l’on raconte des corbeaux, & changent le poil en noir. Les guacamayac, font oy&aux plus grands, que perroquets, & leur reflcmblenten quelque chofe,ils Ibntcfti- j raez pour la diuerfe couleur de leur plumage, qui eft fort beau, 5c fort aggrcable. En la neufue j Elpagne,il y abondance d oyfeaux, d’vn excel- ! lent plumage, deforte qu’il ne s'en trouue point | en Europe, qui en approchent-.comme l’on peut | voir parles images de plumes, qu’ils apportent i dclà,Iefquels aucc beaucoup dcraifon,fontpri- | fez & eftimez , donnans occafion de s’cfmer- uciller que l’on puifiè faire auec des plumes d’oifeauxjvne œuure fi délicate, & fi parfaite- ment e{galle,qu’ils femblent proprement eftrc de vrayes couleurs de peinture, & ont vnœil, &vn regard fi gay,fi vif, & fi agréable, que le peintre n’en peur pas faire de fi beaux, auec fon pinçeau, ôc fes couleurs. Quelques Indiens, bons ouuriers & experts en cet art,pourtraycnt de CCS plumes , âc reprefententparfaidement ce qu’ils voyent peint auec lepeinçeau, de telle façon, que les peintres d’Efpagne n’ont en ce point aucun auantage fur eux. Le précepteur du Prince d’Elpagnc Dom Philippe, luy donna ! DES Indes. Liv. III I. 1^7 trois cftampes, ou pourtraits faits de plume, comme pour mettre en vu breuiaire, Icfquellcs fon AltefTe môftra au roy Dom Philippe noftre heur, fon perejlcfquels fa majefte contemplant, & regardant de prés, dift, qu’il n’auoit iamais veu en œuure fi petite, vne chofe de Ci grande perfedion &excellence.Cômeon euftvn iour prcfcntéàlaSaindctéde Sixte cinquicfmc, vn autre quatre plus grand, où eftoic pourtraitS. François, & qu’on luy euftdit, que les Indiens faifoient cela de plurac,il le voulut efprouuer, touchant des doigts le tableau,pour voir fi c’e- ftoit plume, d’autât que cela luy fcmbloit cho- fe merueillcufe,d’eftrc fi proprement agençé, que laveiic ncpouuoitiugcr,&difccrncr fic’e- ftoient couleurs naturelles de plume, bu fi elles cftoient artificielleSidc pinceau . Ceft vne cho- fe fort belle, que les rays, & regard que iette vn vert,vn orengé,commcdoré,&: autres cou- leurs fines, ôc vne chofe digne de remarquer, que lesregardansd’vneautrefaçoq^ on les voit comme couleurs mortes.Ils font les meilleures & plus belles images de plume, en la prouince de Mcchouacan,& au bourg dePafearo. La fa- çon eft qu’au ec de petites pinces delicattes, ils arrachent les plumes des mefmesbifeaux morts, & auec vne colle defiiée qu’ils ont , les vont at- tachantlegercment,& poliement. Ils prennent CCS plumes fi délicates, & petites de ces oy- fcaux,qu’ils appellent au Peru, Torpineios,ou d’autres femblables , qui ont de tres^parfaides couleurs en leurs plumes. Les Indiens outre CCS images, fe fcruoicnr des plumes en beau- / ■ Histoiri natvreile coup d’autres ouurages fore précieux , fpccial- lement pour l’ornement des roys & feig^eurs de leurs templcs,& idoles. Car il y a auili d’au- tres grands oy féaux , qui ont des plumes excel- lentes, & tref-fines,dequoy ils faifoient des pan- naches, & plumages biguarrez , fpcciallement quand ils alloient en guerre, les enrichiflànt d’or &d’argent,fort artificieufement,qui eftoit vne chofe de grand prix. Les mefmes oyfeaux y font encor auiourd’huy, mais ils n’en font pas tant curieux, & n’en font plus tant de panna- ches,nydegentillcires comme ils fouloicnt. Il y a aux Indes d’autres oyfeaux du tout contrai- res àceuxcy,dcfîrkhe plumage, lefquels ou- tre ce qu’ils font laids ne feruent d’autre cho- fc,que de faire de la fiente, & neantmoins ne font ils pas peut cftrc, de moindre proffit. lay confideré cela m’efmerueillant de la prouiden- cc du Createur,qui a aiiifi ordonné, que les au- tres créatures feruent aux hommes. En quel- que Iflcs,ou Phares, qui font ioigtiant la cofte du Pcru,l’on voit Icloingdes pics, & montai- gnes toutes blanches , & diroit-on à les voir que ce feroitdcla neige , ou que toutyeftvnc terre blanchc,mais ce font des monceaux de la fiente de ces oyfeaux marins qui vont là conti- nuellement fienter, & y en a fi grande abondan- ce qu’elle fe haufTe pluficurs aulnes, voire plu- fieurs lançes en haut: ce qui femblc chofe fabu- leufc.lls vont auec des bafteaux à ces Ifles, feu- lement pour charger cefte fiente, pourcc quil n’y a autre fruit,grand ny petit en icelles j Et eft cefte fiente fi comnaode,& fi proffitable, que la Des Indes. Liv. IIII. 19S tcrrCjqui en eft fumécji'apporte du fruit en fort grand abondance.lls appellent celle fiéte guano d’où a prins le nô la vallcc,qu’ils difent de lima- guana, es vallées du P^u^où ils fc feruent de ce- lle fîcntc,& ell la plus fertile de ce terroir. Les coings, grenades Ôc autres fruiéls y excédent en grandeur & bonté tous les autres, 6c difent que c'eftpourcequel’eaüe,auec laquelle ils les arroufent, palïc par de la terre, fumée de celle fiente, qui caufcla beauté de ce fruiél. Telle- ment que ces oifeaux n’ont pas feulement la chair pour feruir de viandc,le chant pour lare- creation,la plume pour lorncment 6c gaillar- dife: mais aulîi leur fiente fert pour engrailïèr la terre. Ce qui a elléainli ordôné parle Créa- teur fouuerain pour le feruice de l’homme, à fin qu’il fe rclTouuienne de recognoillre & cllrc loyal à ccluy duquel tout fon bien procédé. Veshejiesdechajfe. Chap. XXXVIII. V T R E les animaux de chafle, dont l^noLis auons parlé , qui font com- , muns és Indes 6c à l’Europe, il y en >a d’autres qui fe trouuent par delà, dontic ne fçache point qd’ify en ait par deçà, linon que parauanture ils y ayent cllé apportez de CCS parties là. Ils appellent Sainos , des ani- maux qui font faits comme petits porcs qui ont celle chofe ellrange d’auoir le nombril fur l’efehine du dos. Ceux- là vont par les bois en Histoire natv relie trouppes,ils font cruels Tans eftre aucunemenr craintifs , ru contraire ils alTaillcnt & ont des crocs comme rafoirs , auec lefquels ils font de dangereufes bleflTeures & incifionSa fi ceux qui les chafient ne fe mettent enlieudefauue- té.Ccuxqui les chafient pour les tuer plus feu- lement montent en des arbres ou incontinent les fainos ou porcs accourent & arriuent cti trouppe à mordre l’arbre quand ils nepeuuent nuire à l’homme, & alors du haut auec vnc lan- ce ils blefient ôc tuent ceux qu’ils veulent. Ils font très-bons à manger, mais il eft befoin auf- fitoftleurofter & couper ce rond qu’ils ont au nombril de l’elpine,car autrement dans vn iour ils fe corromproient. Il y a vue autre race de petits animaux qui refièmblent à des cochons de laid, & les appellent Guadatinaias. le doute s*il y auoitaux Indes auanr que les Efpagnols y vinffent,des porcs de la mcfme cfpcce de ceux d’EuropCjd’autant qu’en la defcouuerte des If- les de Salomon, il eft dit qu’ils y trouucrcnt des poulies ôc des porcs d’Efpagne.Maisquoy que ce foit, c’eft vne chofe certaine que ce bcftial a multiplié prefquc en toutes les parties des Indes fort abondamment. Ils en mangent la chair fraifehe, la tiennent aufli faine & bon- ne comme fic’eftoit du mouton, comme en Carthagene en quelques endroits ils font de- uenus {auuages& cruels,&leurfait-onlachaf- fecommeàdes fangliers,ainfi que l’onvoiden fainârDominique,& és autres Ifles où le beftial i s’efi: habitué aux forefts. En quelques endroits i ils les nourrilîent auec le grain de raays, ôc ils | DES Indes. Liv. IIIL 195 {•cngraiflcnt mcrueilleufemcnt àfin d en aiioir le fain,dôr ils vfent à faute d huillc:cn aucuns lieux Ton en fait des iambons, comme ca Tolluca de la neufuc Efpagne,& en Paria du Peru, Retour- nant donc à ces animaux de par delà, tout ain fi corne les {àinos font femblables aux porcs,quoy qu’ils foient plus petitsrainfi les dantes reifem- blent aux petites vaches, combien qu’ils reiîèm- blent mieux à des mulles, pour 11 auoir point de cornes.Le cuir de ces animaux eft fort cftimé pour des collets & autres couucrtures, ôc font (î durs qu’ils relîftent à quelque coup que cefoir. Et comme les dantes font deffendus par la force ôc dureté de leur cuir, ceux qu’ils appellent ar- madillos le font auffi par la multitude des cfcail- les qu’ils ont , lefquels f’ouurent ôc fe ferrent comme ils veullent en façon de cuirafTc.Ce font des petits animaux qui vont par les bois,lefqueIs ils appellent armadillos , àcaufcdeladeffence qu’ils ont femettans dans leurs coquilles, Ôc les defcouurant quand ils veulcnt.l’en ay mangé, & ne me fcmble pas chbfe de grand’ valeur: mais la chair des yquanas eft vn meilleur manger, com- bien qu’ils foient hy deux ôc horribles à la vcüc; car ilsreflcmblentaux vrais lézards d’Efpagne, encor qu’ils foient d’vn genre ambigu ôc dou- teux, d’autant qu’ils vont à l’eaiie, ôc fortans en terre montent aux arbres du riuage, ôc comme ils fe iettentdes arbres en l’eaüe, les batteaux fe mettêt deifous qui les recueillent. Les chinchii- les eft vn autre genre de petits animaux comme efeurieux. Ils ont vn poil merueilleufemct doux 6 c lilfé , Ôc porte l’on leurs peaux comme yné . Histoire NATVRELIE chore cxquife &: falutairc pour efchaufFcr Fcfto- mach ôc les parties qui ont belbin de chaleur modérée. Ils font des couuertures& des caftcl- longncs du poil de ces chinchilles, 8c fe trouuét .j en la Sierre du Peru,où il y a merme vn petit ani- i mal fort commun qu’ils appellent cuyes, que les 1 Indiens eftiment pour vntref-bon manger, ôc ^ ont aceouftume d’offrir fouucnt en leurs facrifi- J, ces ces cuycs.Ils font comme petits connins, & |i ont leurs creux & tanières dans la terre , & en J quelques lieux ont mine toute la tcrredesvns sot 4 gtis,les autres blancs ôc les autres meflez. Il y a j d’autres petits animaux qu’ils appellent Vifea- i chas,qui font comme des Heures , combiê qu’ils j foientplus grandsjaufquels ils font la chafic, ôc lesjnangent.Des vrais Heures il y en a affez grad j nombre pour la chaffe en quelques endroits. < L’ontrouuc auflîdcs connins ai'i Royaume de Quitte mais les bons y font venus d’Efpagne. ■ C’eft vn autre animal eftrange, que celuy lequel ' pour fon exccfïîue pcfantcur ôc tardiueté à fc : moiiuoir,ils appellent Perico-ligero , ou petit I Pierre le Leger.Il y a trois ongles à chaque main ôc meut fes pieds ôc fes mains comme par com- ^ pas ôc fort pefamment,& relfemble de face à v- ne gucnon.Il a vn cry hautin,il môte aux arbres, ôc mange des formis. DIS Indes. Liv. III I, D« Mim mguemm des Indes, Chap/XXXIX. ioo R toutes les montagnes de ces Tflcs 'de la reiTC ferme,& des Andes il y a vn inôbreinfînyde Micos ou guenons qui ^ font de la race des fingesjmais differcns en ce qu’ils ont vne qiieüe,voirc fort longue. Et y en a entr eux quelques races qui font trois fois plus grands,yoire quatre que les ordinaires, les vns font du tout noirs jes autres bay s, les autres gns,&lcs autres tachetez, 5anenez.Lcurlceere- t^e&lcur façÔ de faire eft admirablc,pour ce qu’il lemble qu’ils ayent de la raifon & du difeours à cheminer par les arbres,en ce qu’ils veulct pref- qucimirer les oifeaux. En allant de Nom de Dieu en Panama ie vids en Capira qu Vne de ces guenons fauta dVn arbre en l’autre qui cftoit de l’autre collé de la riuierc, ce qui me fît beau- coup efmerueiller. Ils fautent où ils veulent fentortillans la queue, en vne branche pour l'cshranler & quand ils veulent fauter en vn lieu efloigne , & qu’ils ne peuuentd’vn fauty atteindre , ils vfent alors dVne gentille façon qui efl qu ils f attachent à la queue les vns des autres, & font par ce moyen comme vn chaî- ne de plufîeurs , puis apres ilsfcflanccnt&fo lettentauant , & le premier eftant aidé de la force des autres atteint où il veut, & fatrache en vn rameaux, puis il aide & Ibuftient tout le Histoire natvrelle rcftc iufqucs à ce qu’ils foient tous parucnus attachczjcommci’ayditjàla quciie les vus des autrcs.Ce feroit chofe longue à raconter quel- les folies, embufehes & trauerfes, & les ieux &: gaillardifes qu’ils font quand on les drefle: Icfquelles ne fcmblent pas venir d’animaux bru- taux, maisd’vn entendement humain.l’envids i vnen Carthageneenla raaifon du Gouuerneur ! tellement drefle, que les chofes qu il faifoitjCem- , bloicnt incroyables. Ils l’enuoyoient ala tauer- > nepour auoir duvin, ôc luy mettoient en vnc , main de l’argent ôc le pot en l’autre , ôc n eftoit pas polîible de luy tirer Target de la mainiufques à ce qu’on luy euft donné le pot plein devin. Si les enfans le rcncontroicnt par la rue ôc qu’ils le vinlTcnt agafler ou luy ietter des pierres, il met- toit bas le pot d’vn cofté ôc fur les pierres, ruant de fa part contre les enfans iufques a ce qu’il euft alTeurc le chemin: puis retournoit à porter fon pot;& qui plus cft, encor qu’il fuft bon beuueur devin ( comme pluficurs fois ic luyenay veu boire lors que Ion maiftre luyen iettoit d’éhaut) | neantmoins il n’y euft iamais touché qu’on ne ; luy en euft donné congé. Ils me dirent mefmc j que fil voyoit des femmes fardées , il fe iettoit ! fur elles ôc leur tiroir la coiffeure, les dcfaccom- j modant ôc les voulant mordre. Cccy pourra c- j ftre additiô pource que ie ne l’ay point veu:mais ie ne penie point qu’il y ait animal qui plus ap- proche de la conuerfation humaine que cefte ra- ce de guenons.Ils en racontent tant de chofes, que de peur que Ton ne penfe que i’adioufte foy à des fables, ou que Tô ne les tiéne pour telles, ic trouuc DES Indes. Liv. IIII. 2 ©i îrouue meilleur de laiiîèr c&fubjeâ: ôc conclure celle marierc^en benilTantfautcur de toures cré- atures de ce qu’il a voulu créer vne efpece d’ani- maux feulement pour la récréation & le plailîr des hommes. Quelques vns ont eferit que l’on apporroitcesmicos ou guenons à Salomon de 1 IndeOccidentale,mais ic croy demapart que ceUoit de l’Orientale. Des vlmgnes tAru^ues du féru, C H A P. XL. kN T R E les cliofes remarquables Mes Indes du Peru font les vieugnes & moutons du pais qu’ils appellent, /qui {ont des animaux trâiâ:able"s & ‘ de beaucoup de profit. Les vieugnes fontfauuagesj&lesmoutons^eftvnbeftialdo- meftique.Quelquesvnsont penféqueles vicu- gnes font cequ’Ariftote,Pline& autres autheurs traident,quandilsefcriuentdc ce qu’ils appel- lent Capreas,qui font cheures fauuages, &c\ç.m cap.^%. portent certainement quelque relfemblance pour la legereté qu’ils ont à aller par les bois & montagnes, & pour relfembler aufii en quel- ^ que chbfe auxeheures, mais en efFed elles ne ^ font point d'vnc mefme elpece j car les vieu- gnes n’ont point décernés , mais celles là en ont,comme Ariftote raconte. Ce ne font point non plus les chieures de finde Orientale, de l’ef. pecedefqucls ils tirent les pierres de bezaar: car fils font de ce genre, ce feroitvneeipece Ce Histoire natvrelle diucrfe : comme en la race des chiens refpece du maftin eft autre que celle du Icuricr. Les vi- eugnes du Peru ne font point auffi les animaux qui portent la pierre de bczaar en la prouincc delaneufueEfpagne, lefquels ils appellent là bezaars, d'autant que ceux-là font de Tcfpecc des cerfs &venaifon. Neantmoinsicnc fçachc autre partie du monde où il y aye deccsani- I maux linon au Peru & en Chillc, qui font pro- i uinccsioignantesrvncdeTautre. Les vicugncfr font plus grandes que les chcures,& plus pettics que les veaux. Ils ont le poil tirant à couleur derofefeche, quelque peu plus claire; ils n’ont J oint de cornes comme les cerfs & capreas. Ils pailfent & fc retirent es endroits les plus hau- tains des montagnes, qu’ils ^pcllcnt Pugnas. La neige ny la gelée ne les ofrenfe point,au con- traire il fcmblc qu’elle les recrée. Ils vont en troupe & courent tref-lcgerement. Quand ils rencontrent des voyageans ou quelques be- lles, ils fenfuyent commebeftes fort timides, & en fuyant ils chalfcntdeuant eux leurs petits. L’on ne fapperçoit point qu’ils multiplient beaucoup. Ceft pourquoy les Roys Inguas auoient defFendu la chafle des vicugncs,fi ce n’c- ftoit pour leurs feftes, & par leur comraande- ment.Qi^lques vns fc plaignent que depuis que les Efpagnols y font entrez, Fon a donné trop deliccnceàlachalfedesvicugnes,& qu’ils font diminuez pour celle occafion. La maniéré de chafler dont les Indiens vfent ellde ccchaco, qui eft qu’ils famalFcnt plulicurs hommes cn- fcmblc,quclquefois iufqucs à mil ou trois mil. DES Indes. Lrv. IIîî.‘ loz voire dauantage,& entourant vn grand efpace debois^vont chafTanclavenaifon ,mfques à ce qu’ils fc foient ioints de tous coftez , par ce moyen il fc prennent d’ordinaire de trois àqua- tre cens ou enuiron7&Iors ilsprcnnent ce qu’ils veulcnt,laiirans aller le refte , fpecialement les femelles pour la mnltiplicatiô. Ils ontacconftu- iné de tondre ces animaux, &de faire de leur lai- ne des couuertures & caftelognes de grand prix, pourcc que celle laine ell comme vne foye blan- che qui dure long temps, &: comme la cou leur, eft naturelle &nô point de teinture, cilcrcll per- pétuelle. Les edoffes faites de celle iâinè font fort fraifchcs&: fort bonnes pouf le temps de chalcurs,& ticnét qu’elles font profitables pour l’inflammatiori des rcins,&.autrcs parties tepe- rans la chaleur excelîîueLa mcfmc vertu à celle laine quand elle ell luifc en des ma telas, ^ ' C’ell pourquoy quelques rns en vfent à celle fin,pour l’experience qu’ils en ont. Ils difent d’auantat^e, que celle laine ou couuerture faite d’icelle cil medecinallepour d’autres indirpofitiôs,commc pour lagoutteitoutefois ie n’ay pas cognoilfance qu’on en ait fait aucuneexpcrience certaine. La chair de ces vicugncsn’ellpas bonne encor que les Indiês la mâgcnt,& qu’ils en fôt de la cccinc ou chair fcchce,pour les clFeds delà medecine, lediraycequci'ayveu cheminant par la Sierre duPeru,i ’arriuay en vn tambo ouhollcllerie vn foir,ellât affligé d’vnc terrible douleur des yeux, tellement qu'il me fcmbloit qu’ils vouloient fortir dehors ( qui dl vn aeddent lequel ordi- Ce ij Histoire natvrelle mircracntaduienren CCS parties-là d’autat que l’on pafle des lieux couiierts de neige , qui caia- fent ceft accident en les regardant.) Eftant donc couché auec telle douleur que ie perdois pref- que patiêce,arriua vne 1 ndiêne qui me dift,Perc, mets toy cela aux yeux,& tu feras guary:c’eftoit vn morceau de chair de vieugne tuée nouuclle- raenr^ôc encor toute fanglante. iVfay de cefte medecine,& incontinent cefte douleur fappaifa & peu de temps apres me quitta du tout. Outre les chacosquei’ay dit^quieftla façô gencraleefl pas feu- lemétpour doner cognoifance de ce qui fe pajfe aux Indes mais aup pour acheminer cefie cognoifsace,au fruiH que l'on peut tirer d'icelle, qui ejl d’aider a ce peuple , a faire leurfalut,erglorifor le Créât eureyr redepteur,qui lésa tire'Xpest entres trefobfcur es deleur infidélité, ^leur a communiqué l'admirable lumière de fin Euangile. Fartant pemierementiediray en ces hures fuiuans,^ce qut touche leur religion, oupperJhtion,leurs coujlumes, leurs idptries,0' l eurs facrifices,puu apres ce qui ef de leur police éT gouuernement , de leurs letx , coujîu^es ^delemfaits.EtpeurcequeU mémoire s\fl confr- uee entreU nation Mexiquaine, de leurs commencemets, rttcceJsidns,guerres^O" autres chojês dignes de raconter^ outre ce tpui fera traitte au lime fxiemcyi ëferay vn pro- pre er particulier difcoursau hure feptiefme, mfques 4 montrer la difpoftton & augures (jue ces nations eurent dumuueauEoyaurhe de Chri^ynofire Seigneur, qmfe démit eftendre en ces terres, CT les fuhmguer Àfiy,co^ me il a fait en tout le rejîe du mondes Qui a U vente ef vne chofe digne dégradé confderation dç voir comme U diurne preuidence a ordonne, ifue la lumière de fa parole, trouuafentreeauxdernieresfinsiX homes de la terre. Ce n'ef point chofe (pui fit de mo proiet,d’efcrire mainte- nant ce que les E^agnols ont fait en ces parties la,car d y 4 affe^de liures efirits fur cefie matière, CT non pim , ce que lesferuiteurs du Seigneur y ont trauaille O" f^^^~ fé,d’autdi que cela requiert vne autre nouuelle diligece, le me contenteray feulement de mettre cefte hifloire, ou relation, aux portes de l'Euangile,puis qu’elle ejî défia toute acheminée, afaire cognoifire les chofes natureUes Crmoralles des lndes,afin que leJ}mtuel,a^leChri(iia- ntfmey fit planté (T augmenté, comme dejl amplemet expliqué aux hures que nom auons efcrit, de procura- dalndiorumfalute. Qm f quelqu vn sefmerueilU d’ aucunes fa^ons,(T couftumes des Indiens, O" les veut meÿrifer comme idiots,ou les auoiren horreur, comme gensinhumdmi diaboliques , qud prenne garde fe fomienne que les mefmes chofes, voire depires,ont ejte 'veues entre les Grecs CT les Eomains,qm ont^ commande il tout le monde. Comme H on pourra facilemet entendre, non feulement denos ^utheurs,Eufehe de Cefaree,Cle- ment Mexandrin,Theodoret ,CT Autres , matf aufsdes leurs mefmes,comme Pline, Denis Halycarnajfe, cr Plu- tarque, tArqHe.CdrleJrinceâestenehresesîm le chef âe toute infideUte,cen ef pas chofenouueJleydetrouuer entre les infidèles des cruautel(^des immondices, CT des folies,pro - presCTconuenahlesÀ vn tel mdifire.Et iaçoit fte les anciens Gentils ayent de beaucoup Jurpajfé ceux cy du nouneau monde, en valeur O' fcience natureUe,neant- moins peut-onremar^uer en eux plufieurs chefes dignes de mémoire. Mais enfin le plus qu'il y a efi comme de ^ens barbares, lejquéls pnue'Xfie la lumière fispernatu- relie, ont eu aufii defaut de la Philofiphie ^ doHrine naturelle. ïth.itl.. Z/4.I4* LIVRE CINQVIESME D E LH ISTOIRE NATVREL- le & morale des Indes. Ç H A P I T R E P R E M £ E À. l 'orgueil O' l'enuie du Dt/éle^A ejlilâ Uufeâe l' idolâtrie. ’O R G V E I L&Ia prcfbmp tion du Diable cft fi gran- de & fi obftinéc, que tou- fiours il appette & fief- force, de fie faire honorer pour Dieu,& tout ce qu’il peut defrober &fiappro- prier de ce qui appartient au tref-haut Dieu, il ne celle de le faire aux na- tions aueugles du monde, lefquclles la lumière, & rcfplcndeur du faindt Euangile n’a point en- cor efclaircies. Nous lifons en Iob_>de cet or- gueilleux tyran.qu’il met fies yeux au plus haur, & qu’entre tous les fils de l’orgueil il eft le Roy. Les diuines eferitures nous enfcigncnc fort clairement fies mauuaifes intentions , & fia trahifon fi outrecuidee , par laquelle il a pré- tendu efgaller fbn throTne à celuy de Dieu, iccluy difiant en Efaye : Tu difiif en fty ’mejme DES iNDEÿ. LlV. V. ^ 210 ùmonterÂj/mffies mCid.cr mettray ma ch dre fi^r toutes les ejloilles du Ciel , CT" m'’djfoirray au fom~ met du firmament, s âelAiJfe le Dieu qm f je%jp^Hels U cogmijsance de Dieu ne Je trouuejpemtf veto ifudsn ont pa^pett coj^noijlre celujtqui ejlypar les chofes mefmes qiu leur fembloient ejlre bonnes. Et üçsit quds cent empUf sent fes æuureSy ds nontpMtoutesfok attaint mfques a U cegnoifsAnce de l'autheurO^ oùurier d’tcellesmak ds ont creu que lefeUyle vent f Air Agité Je circuit des EfloilleSylesgrAdeseAÜeSy le Soleil CT' U Lune ejioient Dieux Cf gouuerneurs du monde, s’efîans rendus amoureux de U beauté de telles chofes, d leursï^ hloitqu'ds les deuoient eflimer comme Vieux.OeftAÏ- fn qu’ils confderent de combien plus beau ejl leur Crea^ îeur,puis que c’efi celuy qui donne les beaute’fgy' qui 4 fait ces mejmeschofes.ï)' Autre part fds ont eu en Histoire natvrelle mm lapmjfmce esfaperfiti6ns,dont tk vfiienp mec les msrts , , Ch APiT. VII. E s Indiens du Peru ontereu com> munement que les am es viuoient apres celle vie , & que les bôs eftoiéc en la gloire, &lesmauuais en la pei- ne: tcllementqu’ily a peu de difficulté, à leur perfuader tels articles. Mais ils ne Ibnt pas par- ucnusiufquesaupointdccongnoiftre, que les corps deuoient refufeiter auee les âmes. C’cli pourquoy ils employoient vne exceffiue dili- gence, comme il a ellé dit, à conferuer les corps lefqucls ils honoroient apres la mort , à cefte fin leurs fuccelTeurs leur bailloient des robes, Sc leur failbienr des làcrifices: ipcciallement les roys Liguas, en leurs enterrements debuoient cftrc accompagnez de grand nombre de ferui- teurs & femmes pour ffiii feruice çn l’autre vie. ^arquoyle iour qu’il decedoit , l’on mettoit à mort les femmes qu’il auoit le plus ay niées, fes feruiteurs & officiers , afin qu’ils l’allaifent fer- uir en l’autre vie.QuandGuanacapa mourut,qui futpercd’Atagualpa,au temps duquel entreiéç les Efpagnols , l’on mit à mort mil Ôc tant de perfonnes, detousaages, & conditions pour fon fcruice, ^ pour l’açcôpagncr en l’autre vie<, E c iiij Histoire natvrelle ils les tuoient apres plufieurs chanfons^&yuro- gneriesj&ces deftinez à la mort Te tenoient bien heureux. Ils leurfacrifioient plufieurs chofes, fpeciallementdesperits enfans , &de leur fang faifoient viie raye au vifage du defFundt d’vne oreille en l’autrci Cefte melmefuperftition , & inhumanité de tuer des hommes5& des femmes pour accompagner & fcruir k deffunt en l’au- tre vie, a efté fuy uie d’autres , & cft encor à pre- fent vfitée parmy d’autres nations barbares; VoirecommecfcriptPollôjcllea efté prefque gcneralle en toutes les Indes. Le vénérable Bc- da mefmc raconte , que les Anglois au parauant que fc conuertir à l’Euangilc, auoienc cefte mefi- mecouftumede tuer des hommcs,pouraccom- pagner & feruir les deffunts. L’on raconte d’vn Portugays , qu eftant captif entre les barbares, auoit rcçeu vn coup de flefehe, dont il perdit vn œil,& comme ils le voulurent facrifier , vn ioiir pour accompagner vn feigneur defFund , il ref- pondit que ceux qui demeuroient en Pautre vie, fcroientpeud’eftatdudefFunét, fi on luy don- noit pour compagnon,vn home borgne, & qu’il eftoit meilleur luy en donner vn qui euft fes deux yeux, & cefte raifon eftant trouiiée bonne par les barbares , fuft caufe qu’ils le laiflèrenr. Outre cefte fupcrftition de làcrificr les hommes aux dcfFumfts dont l’on n’vfequ’à l’endroit des grands feigncurs,il y en a euvne autre beaucoup plus commune & gencralle en toutes les Indes, qui cft de mettre à boire, & à manger fur les ic- pultures des defFunéFs , croyâs qu’ils fc nourrif- foient de cela , qui a mefmc efté vn erreur entre DES Indes. Lîv. V. 221 les andens,côme cfcrip tS. Auguftin. Et pour cet cfFcâ:,dc leur donner à manger & à boire. Au- iourd’huy plulîeurs Indiens infîdellcs , tirent de terre fecretrement leurs defFunds des cimerie- res,& les enterrét en des collines,ou en des paf^ fages des montaignes , ou bien en leurs propres maifons.Ilsont mefme accouftumé dcleur met- tre de 1 argenr;,& de l’or en la bouche^aux mains &au fein&deles reueftir de robes neufues,&da rables,doublees,&pliees,pa r deiîbubs le lit mor tuaire.Ils croyct que les âmes des defFunds vôt vagabondes,& endurent le froid, la Foifjla faim, & le trauail j & par celle occalîon , ils font leurs anniuerfaires, en leur portant des habits à man- ger âc à boire. A raifon dequoy les Prélats , en leurs fynodes aduertilïènt fur tout que les pre- ftres donnent à entendre auxlndiens,qiie les of- frandes que l’on met aux Eglifesfur les fepulm- res,nc font pas le manger ny boire des défends mais pour les pauures & pour les feniftres , & que Dieu ell feul qui fuftante les amès en l’autre vie,puifque ils ne mangent ny ne boyiient aucu- ne chofe corporelle,& importe beaucoup qu’ils fçaehentbien cela afin qu’ils ne conuertillent cet vfage rcligicux,en fuperftition gentille, com- me Icfontplufieurs. Histoire natvrelle De U fdçon d'inhumer lesdejfunts,entre lesMexiqudms (CT* autres nattons. Ch AP, VIII. g Y ant raconté ce que plufîeurs nations f du Peru ont fait aucc les deffunts,ü ne S fera mal à propos, de faire mention ; particulière desMexiquains en cet en^ droit, les mortuaires defquelseftoientfort fol- lemnirez<5c pleins de grandes folies.C’eftoit l'of- fice des prcftres,& religieux en Mexique(car il y en aiioit qui viuoient en vne cftrange obferuâcc, cômeilferadircy apres) d’enterrer les morts, ôc faire leursobfeques.Les liçux où ils les enterroi- cnr,eftoir en leurs iardins , & aux courts de kur maifons propres , les autres les portoiét çs lieux des facrifices,qui fe faifoient es montagnes. Les autres les brufloient,& apres enterroient les cè- dres en leurs têples,& les enterroient tous, aucc tout ce qu’ils auoient d’h^^bits , de pierres , & de ioyaux. Ilsmettoientles cendres de ceux qu’ils brufloiét en des pots , Sc auec icelles les ioyaux, pierres, & afficquets des defFunts , quelques ri- ches, & précieux qu’ils fulTent. Ils chantoient les offices funebres , comme refponfes , & le- noient les corps des defFunts beaucoup de fois, faifans plufîeurs ceremonies. En ces mortuai- rcs ils mangeoient , de beuuoient , & ficeftoit perfonnes de qualité, l’on y donnoit des habits ^tousçeux qui efloient venusa 1 enterrement. Des Indes. Liv. V. 221 î <^and quelqu’vn mouroir, ils le mettoieDt, ¥ î T cftenducnviiechâbre^iufqucsàcequedetODS i ^ ‘ coftezlcsparens&amisfuircntvenusjcfquels V > I apportoienrdespre(entsaumort,&Iefalüoiêt j ' :; i, commcs^leuftcfté envic. Etli c eftoit vnroy, ^ !' oufeigncurdeqaelque ville,ils luyofH-oien^ j } " deseclaucspourcftremisàmonaiiecb^ II. I de 1 aller feruir en laurre monde i Ils faifoienc t' ' mourir auffi le preftre ou chappelkin qu’il auoic ’ (car tous les feigneurs auoient vn preftre, qui | i , aansleurs maifons leur adminiftroit les cere- ■ ' monks ) & le tuoient alors , afin qu’il allaft ad- miniftrer fon office au mort. Ils tuoienr le cuy- , limer Je fommeliier,les nains,&les bollus, def- qucls ils le feruoient beaucoup , & ne pardon- noienr pas mefmes aux freres du deffund, qui i auoientkfplus Tcruy. Car c’eftoitvnc grandeur entre les kigneurs, de fc feruir de leurs freres, &desdeffiifdits. Finalement ils tuoient tous ceux de fon train, pour aller entretenir fa mai- on en 1 autre monde : & de peur que la pau- urcte ne les vint acueillir , ils enterroient Lee eux plufîeursricheires,d or,d’argent, depierre- iics,de courtines d Vnouurage exquis, de bra- celets d’or, & d’autres riches pièces. Que s’ils brufloientledeffundkils en faifoient auSntde tous fes fcruitcurs,^ ornements qu’ilsluy bail- loient pour l’autre monde: Puis ils prenoient toute celle cendre laquelle ils enterroient auec vne grande follemiiité. Les obfcques duroient dixiours, auec des chants de pleurs Ôc de la- memation, (Sdespreflres emportoient les def- lunds auec tant de ceremonies , ( Cdqn qu’on ( Histoire N AT VR EL LE les ch requcroit)&en fi grand nombrcjqù on ne les pourroitprefque conter. Ils mettoient aux Cappitaincs,& Seigneurs leurs marques d’hon- neur,&lcurs Trophées/elon leurs entreprinfes & la valeur, qu’ils auoict employée aux guerres, & es gouuerncméts.Car pour cet efFcd ils auoi- ent des blafons , de armes particulières. Ils por- toient ces marques & blafons,au lieu ou il defi- roit eftre enterré, ou bruflé , marchant deuant le corps, & l’acompaignant comme en proceflion, où les preftr es , & dignitez du T cmple alloient auec diuers ornements, & appareils. Les vns eji- . cenfans,les autres chantans,&les autresfonnats de fluftes triftes,& de tambours,ce qui augmen- | toit beaucoup les pleurs des vaflàux& parens. Le preftre qui faifoit l’office eftoitorne des mar ; ques de Rdole,que le Seigneur auoit repreffin te: ; car tous les Seigneurs reprclentoient les idoles, ; ôc en prenoient le nom de quelqu’vn , & à cefte , occafioneftoient eftimez & honorez. L’ordre ' de Cheuallerie portoir ordinairement ces mar- ; ques deffijfdiaes.Ccluy qu’ils debuoiêt brufler, i eftant apporté au lieu a ce deftine, ils 1 enuiron- i noient de bois de pin,& tout ce qui eftoit de fon baguaîye , puis y mettoient le feu comme iay | ^ ditci-dcffiis, l’augmentant toufiours auec du : bois gommeux,iuîqucs à çc que le tout fuft con- . uerty en cendre. Incontinent fortoitvnprcftrc ^ en habité ornement de diable, ayant des bon- ; ches à toutes les iointurcs , & pluficurs yeux de | miroirs,&: tenoit vn grand bafton,auec lequel il | mefloit toutes les cendres fort audacieufement j &auecvngefte, &vnc reprefentation fi terri- ! i DES In DES. Liv. V. 225 blc,qü’ücfpouuentoic touslcs afîîftans. Qiicl- qucsfois ce miniftrc auoit d’autres habits difFe- rcns, félon qu’cftoit la qualité du mort. lay fait telle digreffion des obfcques 6c funérailles fur 1 idolâtrie & luperllition qu’ils âuoientauxdef- funds, maintcnantilell raifonnablcde retour- ner à l’intention principale, &d’acheuer celle matière. Vu tfmtriefme Cr' dernier ^enre d’idolâtrie^ dont les Jndiens ont ’^J^JpeaddementlesMexfqHains^enuers les ma^es cr flmtues. Ghap. IX. Ombien que véritablement Dieu foit grandement ofFenfé en ces ido- lâtries fufdites, où. l’onadoroit les créatures, fiell-ceque leS. Efprit reprouue 6c condamne encor d’a- uahtâgevn autre genre d’idolatrie, qui ell de ceux qui adorent feulement les images &figiires faites de la main des hommes , Icfquellcs n’ont autre chofe en elles, que d’cllre vn bois, ou pier- rc,ou métal, &la ligure que Dieu leur a vouludo ncr.C'cllpourquoyle Sage parle ainfi de telles gens: Malheureux font ^ entre les morts fe peut con- ter l'efperace de' ceu^i ont appelle les æuures des mams des hommes Dieux, hr, l’argent , cr l'muenùon de U xp.44- Hter.io. IBaruc. 6 . Pfal. 115 . ÔJee. Histoire N AT VRE LIE femhUnce dUnimaux, ou vne pierre inutiUe qui ri A rié» ^ (tuant Age que d'ejlre vne ^ntiquatUe. Et pour fuie diuinement ces propos à l’encontre de cet er- reui-j & folie des Gentils . Comme aufli le Pro- phète Efaie, le Prophète Hieremie , le Prophè- te BaruCj& le S. RoyDauid, en traittenc am- plementi Et eft neceifaire & conuenable que le miniftre de Chrift , qui reproitucles erreurs de l’idolâtrie i aye bonne veüè, .& qu’il confidcrc bien ces paiTages, & les raifons que le Erprit touche fi viuemcnt en iceux,& comme toutes fe reduifent en vne brefue fcntence , que met | en auant le Prophète Ofée : Celuy qm l’afait a efté vn ouurier,pArqucy d nejl point Dteu.Le veau donc de S Am Ane, fer mr A AUX miles d' Araignées. Reuenant : donc,ànofire propos , ily â eu aux Indes vne | grande curiofité de faire des idoles & peintu- î resdediiierfes formes , Ôc de diuerfes matie- ; res , lerqucllês ils adoroient pour dieux , & les | appelloient au Peru Guacas , eftans ordinaire- ment des beftes laides & difformes, au moins celles que fay veue, eftoient toutes ainfi. le : cro y certainement que le diable, en 1 honneur duquel fon faifoit ces idoles , prenoit plaifir de fe faire adorer en fesdiffbrmitez. Et à la vé- rité il fe trouuoit aufli , que le diable parloit &refpondoiten beaucoup de ces Guacas , ou idoles , & fes preftres & miniftres venoient à ces oracles du pere de menfonge , ôc quel il eft, ; tels eftoient fes confeils , aduis ôc prophéties. C’aeftcésprouinces dclaneufue Efpagne , en | Mexiquc,TeIcuco,Tlafcalla, Cholula, ôc aux j parties voifincs de ce Royaume , ou ce genre j DES Indes. Liv. V. ^ 12. d’idoIatrie a efté le plus pratiqué, qu’en R oyaù- _ medu monde. Et eft vne chofe prodigieufe, d ouïr conter les fuperftitions qu'ils ont eues en ce point; toutesfôisil ne fera pas mal plai- fantd'cn raconter quelque chofe. Le principal idolede Mexique eftoit, comme i’aydit , Vie zilipuztli. Ceftoirvncftatuede bois tailleé en lemblanced vn homme aiïrs en vn efeabeau de couleur d azur, pofé fur vn branquard, de cha- que coing duquel fortoitvn bois, ayant la fof. me dVne. telle de ferpenr. L’efeabeau denot- toir qu’il eftoit affis au Ciel , cet idole auoit tout le front azuré , & eftoit lié par delTus le nez dvne bande de couleur d’âzur , qui pre., noitd vne oreille à l’autre, Il auoit fur la telle vn riche plumage , en façon d'vn bec de petit oileau, qm eftoit couuert parle haut d’vA or bien bruny II auoit en la main gauche vne ron- delle blanche, auec cinqfofmesde pommesde pm faites déplumés blanches, qui y elloient pofœs en croix , & du haut fottoit vn guaillar- det d or ayant aux collez quatre fagettes , Icf- quelles(aud,re des Mexiquains) aLyent efté cmioyeesdu Ciel, pour faire les aéles & prou- ellcs, qui fedirontenCon lieu. Il auoit en la mamdextrevn ballon azuré , qui eftoit taillé en façon d vaecouleuure ondoyante. Tout cet ornement :& le telle qu’il auoit , pottoit fon léns.amfi queledêclaroyteut les Mexiquains. l;, gauche de p^ reluifante. lediraycyapres du Templefuper- be deÿcrifices , feftes . & ceremonies de ce g and idole , qm font cho/cs remarquables. Histoire natvrelli Mais à prcfent il fera feulement dit, qucceft idole vcftu 5c orné richement , eftoit mis en vu autel fort haut, en vne petite piece, ou encaftil- Icment, fortcouucrtedelinceux , de ioyaux, de plumes & d’ornements d’or , aucc beaucoup de rondelcs déplumés , les plus belles & plus gentilles qu ils pouuoient recouurcr , & auoit loufiours deuant foy vne courtine, pour plus arande vénération. loignant la chambre, ou chapelle de cet idole , il y auoit vne pièce qui eftoit de moindre ouurage,& non pas fi bien ornée, où il y auoit vn autre idole , qu’ils ap- , pelloient Tlaloc. Ces deux idoles cftoient ' toufiours enfemble , pour ce qu’ils les repu- ' toient compagnons, 5c d’vneclgalle puiflànce. Jly auoit vn autre idole en Mexique, fort cfti- | mé, qui eftoit le Dieu de pœnitence & desiu- : bilez Sc pardons des pçchez. Ils appelloiem ceft idole Tezcallipuca , & eftoit fait d vne pierre fort reluifante & noire, comme layel, eftant veftu de quelques gentils affiquets a leur mode.ll auoit des pendans d orciileS d oc & d’àrgcnt , & en la Icure d'embas vn petit ca- non de cryftal, de la longueur d’vn xeme ou demy pied, Dans lequel ils mettoient quelque fois vne plume verte , & quelquesfois vne azu- tée,quilefaifoit telTembler,tantoft vne clrac- raude tantoft vne turquoife il auoit les che- ueux ceints & bandez aiiec vn lifet d’or , brur ny , au bout duquel pendoit vne oreille d or, auec deuxbrandons de fumées peintes en iceb; lc,quiftgnifioicntlcs prières des affligez & pc- , chez qu’il oy oit , quand ils fe rccommando^icnt i UES Indes. Liv. V. zij a luy.Eiître les deux oreilles pendoient vn nom- bre deperitsherons.Ilauoicvn ioyau pendu au col,lî grand qu’il luy couüroit l'eftomach. Aux deux bras des bracellets d’or, au nombril vne ri- che pierre-vcrre,& en la main gauche vn efilan- tail de plumes prccieufes vertes, azurées, & iauL nes,qui Ibrroicnt dVn chafton d’or rcluifant, ôc fort bruny,tellement qu’il fembloit que ce fuit vn miroir, qui iîgnifîoit que dedans ce miroir il voyoit tout ce qui Te faifoit au moqde.îls appel- loientcc miroir ou chafton d’oii’,Itlacheaya, qui vcurdircfonrcgardoir.ll tenoitcn la main de- xtre quatre fagettes, qui fignifioientle chafti- ment qu'il dônoir aux mauuais,pour les péchez. Ccftpourquoyc’cftoit l’idole qu’ils çraignoicc le plus, de peurquilncdcfcouiirift leurs fautes &delits.Ilyauoitpardondepechez en fafcfte, qui fe faifoit de quatre ans enqüatre ans,commc ilferaditcyaprcs.ïls renoient ce mefme idolb Tezcatlipuca pour le Dieu de la fecherefle, de la famine , ôc fteriliré,& de la péftiicnce. Pat-' quoy ils le peignoyent auiîî en vne autre for- me, a fçauoireftant affis auec beaucoup de ma- iefte , Ihr vn clcabeau entouré d’vne Courtine rouge, peinte &: elabourée de teftès & os de morrs.En la main gauche il aiioit vne rondelle auec cinq pines , ou formes de pommes dêpiii raittes de cottoii , ôc cnladroitte vncdardille, comme d’vn gefte mcnaïîànt, & ayant le bras eftendu, comme qui la voudroir ietter,&dela rondelle fortoyent quatre fagettes. Il auoitle vifage âc apparence de courroucé, Ôc de cole* Histoire natyrilee rc,Ic corps oint tout de noir , & la tefte plei- ne de plumes de cailles. Ils vfoyent de gran- des ruperftitions enuers cet idole, pour la grand crainte qu’ils auoient de luy.En Cnolula, qui c- ftoit vnc republique de Mexique, ils adoroient vn fameux idole,quieftoit le Dieu des marcha- difeSj pour ce qu’ils eftoient grands marchands, & encor auiourd’huy font ils fort addonnez au commerce, ils l’appelloicnt Quetzaalcôalt Ceft idole eftoit en vne grande place, en vn temple fort haut , & auoit autour de luy de l’or,de lar- gent,desioyaiix,des plumes fort riches, & des habits de diuerfcs couleurs.il auoit le corps en forme d homme, mais le vifage d’vn petit oy- fe^u auec vn bec rouge , ôc au dclTus vne ,crefte, pleine de verrucs,ayant des rangs de dents, & la langue qui luy fortoit dehors.il portoit fur la te- lle vnc mittre pointue de papier peinr,vne faulx en la main, ôc beaucoup d’affiquets d’or aux iambes , & ( mil autre folle inuentions , qui ^ toutes auoient leur lignification , & l’ado- royent par^ice qu’il faifoit riche ceux qu’il vouloir, comme Mcmnon&Plutus. Etàla vérité ce nom que les Choluanos donnoient àleur Dieu eftoit bien à propos, encor qu’ils ne l’cntendilfent pas. Ils l’appelloient Qîfet- zaalcoalt, qui lignifie coulcuure de plume ri- che,car;tçl ell le diable de l anarice. Ces bar- bares ne fe contentoyent point d'auoir des Dieux , mais aullî ils auoyent des Déclics comme les fables des Poètes les introdui- sent, Sc faueugle Gentilité des Grecs ^ des Des Inües. Liv. V. ikî R oitiains, les ont vénérées. La principale des Deeircs quils adoroient , eftoir appelléeTo- zi, qui veut dire noftre ayculle, laquelle com- me racontent les hiftoires de Mexique , fut Fi- le du Roy de Culguacan , qui fut la première quils cicorchcrcnt par le commandement de Vitzilipuztli, laquelle ils confàcrcrentdeceftc façon , pour eftre fà fœur, ôc des lors ils com- mencèrent a efcorchcr les hommes en leurs fà- ci'ifices , & de veftir les viiians des peaux des facrifîcz , ayans appris que leur Dieu feplai- foitenccla , comme merme d'arracher le cœur de ceux qu'ils (àcrifîoient , ce qu’ils apprin- drent de leur Dieu , lequel tira & arracha le cœur de ceux qu’il chaftia en T ulla , comme il fera dit en fon lieu. L'vne de ces Deeflès qu’ilsadoroycntcutvnfîlsgrand chalTcur, que ceux de Tlafcalla depuis prindrent pour Dieu, & ceux làjeftoient le party contraire des Mc- xiquains , auec l’aide defqucls les^Eipagnols gagnèrent le Mexique. La prouinccdçTlaf- eallacftfortproprepourlachairc, 6c le peuple fort addonné à icelle. C’eftpourquoy ilsfai- foyent vne grand fefte à cet idole , lequel ils pcignoyenrd’vnc telle forme, qu'il n’eft ia be-- foing de perdrc lc temps àladcfcrite. Mais la fefte qu'ils luyfaifoycnteftoit plaifante , 6c en celle façon. Ils fonnoyent vne trompe fur l’aube du iour, au fon de laquelle ils falîem-^ bloyent tous aucc leurs arcs,flefches , fîllets, 6c autres inftrumcnts de chalTc , 6c alloycnt auec leur idole en proccllîon , fuyuis d’vn grand nombre de peuple à vue Sierre haute, Histoire NATyR-HLii au fommct de laquelle ils auoient drcffc Rac- commode vnc fucillce, &au milieu vn autet trel^richement aorné, où ils metroyent l’ido- le. Ils alloyent cheminans auec vn grand bruit de trompettes, de cornets, de Autres 3 Rdc tambours, 6c paruehus au licu,ils circuiAbient RenuironnoycnttouslescoAczdc ccAc Sicr- re ou montagne , où ils mettoyent le feu par tous les endroits, au moyen dcquoyfortoicnt plufieurs & diuers animaux., comme cerfs, connils. Heures , regnards & loups , Iciqucls alloyent vers le fommct fuyants le feu. Ces chaAcurs couroycnr apres auec de grands cris & bruits de diuers inAruments , les chaffans iufqucsaurommct deuant l’idole, où arriuoit vn tel nombre de beftes de chalîe, en A grand prcAc, qu’elles fautoyent les vnes fur les au- tres, fur le peuple, 6c fur l’autel mefme , cn- quoy ils prenoient vn grand plaiAr, & reAouif- fance. Alors ils prenoyent vn grand nombre ! de ces beftes, 6c facriAoient deuant l’idole les cerfs, R.grands animaux , leur arrachant le cœur , auec la mefme ceremonie dont ils vfoyent an facriAce des hommes , ce qu’eftant J achcué , ils prenoyent toute cefte chafFe fur i leurs efpaules , & fe retiroyent auec leur ido- le de la mefme façon qu’ils y cftoyent venus, Rentroyenten la cité chargez de toutes ces chofes , fort reAouys auec grand nombre de | muAquCjdebuccines , R de tambours , iuf- j ques à arriucr au temple où ils mettoyent leur idole, auec grande reuercnce,R follemnitc. Ils alloyent tous incontinent accommoder les DS S In d IS. Lx v. y. 11-7 diairsdcccftc chalTc, dcguoy ils faifoicnt vu banquet à tout le peuple , Se apres difner fai- foyent leurs farces, reprefen tâtions, & dan- ces deuant Tidolc. Ils auoyent vn autre grand nombre d’idoles, de Dieux & Dedfes, mais les principales cftoyent en la nation Mexiquai- ne , ôc aux peuples voifins , ainfi qu’il a efté dit. P’z/«e efitAnge f4con d*tdoUtrte frati^uée entre lei Mexiquains, Chapitre X. Omme nous auos dit que les Roys înguas du Peru , firent faire à leur fcmblance,de certaines ftatues que ils appclloyét leurs Guaoiquies,ou freres, &leurfai(bient porter au- tant d’honneur qu’à eux mefinesrainfî en ontfait les Mexiquains dclcurs Dieux, maisils onrpaf- fcpIusoutrc,pourcequc des hommes vifs, ils fairoyentdesDicux,quieftoiren celle maniéré, llsprcnoyentvn captif, tel qu’ils aiîiroient bon cftre,&auparauant que de le lacrifier à leurs ido- Ies,Iuydonnoyent le mefinc nom de l’idole , au- quel il deuoit eftre facrifié, & le veftoient & ornoyent des mefmes ornemens que leur ido- le,difans qu’il reprefen toit fc mefme idole. Et pendant toutlc temps que duroit celle reprefen- tation ( qui eftoit d Vn an en certaines felles, end autres de fix mois, Sc en d’autres moins) «s ladoroient & yeneroient de la mefme fa-* Histoire NATVRELiB çon que le propre idole , ce pendant il matî- geoit 3 beuuoic & fc refiouilîoit. Quand il alloit par les rues, le peuple for toit pour l’adorer, ôc tous luy ofFroyent beaucoup d’auraofnes,& luy portoyencles enfans, &les malades, afin qu il les guarift & benift , ôc luy laiflbient en tout faire fa volonté, fauf qu’il eftoittoufiours accompagné de dix ou douze bommes, de peur qu’il ncs’enfuift.Et luy afin que l’on luy fift rer^ uercnceparoùilpalfoir, fonnoit de fois à au- tre, dVne petite flufte, afin que le peuple s’ap- preftaft pour l’adorer. La fefte eftant venué, Ôc luy eftant bien gras, ils le tuoient, l’ouuroicnt, & le mangeoienr, faifans vn folcmnel facrificc de luy- A la vérité c’eft vne cliofe pitoyable de confidercr la façon de laquelle Satan tenoit ces gens en fa puiftance,& tient encor auiour- d’huy plufîeurs qui font de femblables cruau- tez ôc abominations , aux dcfpcns des triftes ames,& des miferables corps de ceux qu’ils luy offrent, ôc luy fe moque Ôc rit de la bourde & moquerie qu’il fait aux panures malheureux, lefquels mentent bien par leurs pcchez, que le très haut Dieu les delaiflc en la puiflancc de leur cnnemy , qu’ils ont choifi pour Dicu,& pourfoufticn.Mais puis que i’aydit eequifuf- fit de l’idolâtrie des Indicns,il s’enfuit que nous traitrionsde leur religion , ou pour mieux dire fupcrftition , de laquelle ils vfent en leurs fa- crifices, temples ôc ceremonies, ôc ccq'ui tou- che le refte. IBIS Indes^ Liv. V. 218 Chapitre XI. J V A N T que de venir à ee point,! o doitconfidercr vne ehofe, quieft fort digne de regarder de prés, qui eft que comme le diable, par fon orgucil,aprins party & s’eft rendu contraire à Dieu, ce que noftre Dieu par fa fagef- fe,ordonne pour fon honneur & fcruice,& pour le bien & faliit de rhommé,le diable s csforce de rîmirer.& le periicrtir,pour cftre honoré& faire que rhôme en foit condamné.Car comme nous voyons que le grad Dieu a des facrifices,des pre- ftresjdes Sacrements,dcs religieux, desProphe- tcs,& des gerts dédiez à fon fcruice diuin,& fain- tes ceremonies , ainh le diable a fes facrifices, preftreSjfos façons de Sacrements , fa gent dé- diée, fes reclus,&£àintetez faintes , auec mille fortes de faux Prophètes, tout ce qui fera plai- fant d’entendre, cftanr déclaré en particulier, & non point de petit fruit, pour celuy qui fe fouuicndra,comrae le diable eft Icpere demen- fonge, ainfi que la vérité le dift en 1 Euangilc, parquoy il procure vfurper, pour foy la gloire de Dieu & contrefaire la lumière , par fes tene- bres. Les enchanteurs d’Egypte, enfeignez de ' leur maiftre Satanas,s csforçoient de faire d’au- tres iqerucilles fcmbkblcs à celles de Mpyfe Ff iiij îùhî» Hl S TOI RI NATVRELII & d*Aaron, pour s’crgallcr à eux. Nous lifons auliurc des luges, de ce Micas preftre du vain idole qui fe Teruoit mefmc des onicments dont on vfoit au Tabernacle du vray Dieu,comme de Tephod du Seraphin,& des autres chofes. Soit que ce foit , à peine y a il chofe inftituéepar le- fus^Chrift noftrc Seigneur,cn faloy Euangeli. que,qucle diable ne layc fophiftiquee en quel- que façon,& portée afagenrilité, comme l'on pourra voir en lifantee que nous tenons pour certain J par le rapport de gens dignes de foy, des couftumcs,& ceremonies des IndienSjdef- quellçs nous traiterons en ce liurc. Destemfksqm fifint trottue^ és Indes. ■ Chap. XIL I Ommençant donc par les Temples, \ tout ainfi que le grand Dieu a voulu qucronliiy dediafl: vnc maifon, oà Ibn S.Nôfafthonorc,(5c qu’elle fuil particulièrement voüee àfonferui- cc,ainfi le diable par Tes mefehantes intentions, perfuada aux infidcllcs qu’ils luy filFent de fuper- bcs temples, & des particuliers adoratoires , & lânétuaires^En chaque prouince du Peru,il y a- uoitvn principal guaca,ou maifon d’adoratiô,& outre icelle y en auoitvne yniuerfelle par tous les royaumes des Inguas , entre Icfquelles il y en a eu deux fignallees , & remarquées , 1 vne qu’ils appclloient de Pachacama> qui eftà qua- DES Indes. Li'V’. V. jtrç liciics dcLy ma, où l’on voit cncor airioür- d’hiiy les ruines d’yn trcs-ancien, & grandedi- , fice,dnquel François Pizarre & les Sens tirè- rent ceftericheire infinie des vafes, &dcs cru- ches d’or,& d argent, qu’ils apporterent,quand ilsprindrentl’Ingua Altagualpa.Ily a certains mempircs & difeours is iNBEt. Lit. V. 255 cft pofcc par vn cftraïige artifice. Au bout de ce- fte verge eft attachéevne balancc,dont les cfcail- les font fi grandes^ ^u’en vne d'icelles Te peut af- fooirvii h5me,&JiesGbq^uis, (qui font des dia- ble^ en figure huinaine) commandêrquc vndc ces pèlerins y entrét les vns apres les autres/ans qu’il en refte vn feul,puis aucc vn cngin&m- ftrument qui fe remeiie,moyennantvne roüe^ils font que cefte verge de fer,ea laquelle la balan- ce eftpenduc/orte dehors, & demeure toute fuipendue cnrair,efi:ant afiislVn des Xamabu-j jiisen IVn des plateaux descelle ballancc. Etcôr me l’efcaillc où eftaflîs l’homme, n’a point de contrepois de l’autre cofté,incontinent ellepcd en bas,& l’autre f efleue iufques à ce qu’elle ren^ contre & touche à la verge. Alors les Goquis leur difent du rocher, qu’ils fe confeflent,& diêr tous les pechez qu'ils auront commis, dont ils fc fouuicndront, & ce à haute voix, afin que touÿ les autres qui font là le puificntouyr. . Inconti- nent il commence à feconfefler, pendant quoy quelques vns des affiftans fe rient des pechez qu’ils oyenr,& les autres engemiiîent Etàeha- quepeché qu’ils difentjEautre efcaillc de la bal- lance baille vn peu, iufques à ce que finablemêt ayant dit tous CCS pcchez, la vuide demeure cf- galle à 1 autrCjOÙ eft le trille pœnicenr , puis les Goquis refont tourner la roue, & retirent vers eux la verge & ballance d’où fort le pèlerin, & * apresyen entrcvnaucre,iufquesà ce que tous y ayentpaïTé.Vn lapponnois contoitcela aprcs> qu’il fuft ChrelHen,dilàntqu’ilauoit efté en ce. pèlerinage, & entré en la ballance fept^ fois, où Histoïri natvrelie piibliquementilfeftoit confdré.Il difoit mcf- mc,qae fi dauanture quclqu vn de ceux qui font mis en ce lieu, ne raconte le peché,commc il cft paflcjOU qu'il en celle qiielquVn , fefcaillc de U ballance vuidc,ne fabbaifle poinr,&f il f obftinc apres qu’on luy a fait inftance de fc confelTer, & ne vueille defcouurir tous ces pechezJesBoquis le iettent & font choir du haut en bas, où en vn moment il eft rompu & brife en mille pièces. Neantmoins ce Chrefticn nommé lean nous difoir,qn ordinairement la crainte &trcmeur de ce lieu, eft fi grande à tous ceux qui f y mettent, , & le danger que chacun voit à fœil, de tomber de la ballance, ôc eftre defrompu ôc brifé en bas, qu’il aduient fort peu fouuent qu’il y en aye, qui ne defcoLiùrent tous leurs pechez.Ce lieu cft ap- pelle d’vn autre nom Sangenotocoro,qui veut dire lieu de confcflîon. L’on voit bien claircmct par ce difcours,comme le diable a prétendu vfiir per pour foylc fcruice diuin,en faifant de la con- feflîon des pechez( laquelle le Sauueur a infti- tueepour le remede des hommes ) vne fuperfti- tion diaboIique,pour leur grand dommage & pcrdition.EtneJ’a pas fait moins à Tendroit de la Gentilitc du lâppon, qu’à rédroit de celle des prouinccs de Collao au Perur' V ©ES liîOES. Liv. V. Be lUhominAUe onBion, dont vjoyent les frejîres Mexiftâins cr AîttresnaümSÿ de leur fortUeges, C H A P. XXVI. B leu ordonna en la loy ancienne , ia façon comme Tondeuoit confacrer la perfonnne d'Aaron &c les autres preftres , & en la loy Euangelique tiouSauons mefmeleS.Chrefme,& on6lion,dequoy 1 on vfe quand l’on nous làcrc preftres de Chrift.ll y auoit mefme en la loy an- cienne, vnc certaine compoftrion odoriférante, . que Dieu deffendoit d’employer en autre choie qu au ferüice diuin. Le diable a voulu contre- faire toutes ces choies à là façon, comme il a accouftumé , ayant inuentc à celle lin des cho- fes hordes, Scfifalles, qu’elles monUrentaf- fczquelcn eft l’Autheur.Les preftres des ido- les en Mcxique,foignoyentcn celle manière. Ils 1 oignoient le corps depuis les pieds iulques à la telle, & tous les cheueux aulli, lelquels leur demeuroient en forme de trelTes rcircmblans a des crins de cheual , à caufe qu’ils y appli- quoyent celle ondlion humide & mouillée. Les cheueux leur croilToient tellement auec le temps , qu’ils leur tomboient iufques aux ia- rets, lipefants qu’ils leur donnoient beaucoup de peine à les porter, car ils ne les coupoyenr, ny tondoient point, iufques , à ce qu’ils mou- rullent , ou qu on les en dilpenfall pour leur ) ' Histoire natv^rilli grande vieillcire, ou bien qu’on les employai aux gouuernements & autres offices honora- bles en la république. Ils porroien t leurs che- nellurcstreirecSjdcfix doigts de large , & ft ' noirciiîoient & teignoyent auec de la fumee de bois de pin, ou raifine,pour ce que de toute antiquité entre eux, ç’a efté roufiours vnc of- frande qu’ils faifoient à leurs idoles* Et pour cefte occafion elle eftoit fort eftitnec & reue- ree. Ils eftoient toufiours noircis de cefte teinture,depuis les pieds iufques à la telle , tel- lement qu’ils refTembloyent àdes Negresfort rcluifants , & celle la eftoit leur ordinaire on- dlion. Toutesfois quand ils alloyent facrifief & ençcnfer dedans les montaignes , ou aux fommets d’icelles, ôc auxcauernes obfcures Sc rencbreufcs,où eftoyent leurs idoles, ils vfoient d’vne autre onélion fort differente, faifant de certaines ceremonies pour leur ofter la crain- te, & augmenter le courage. Cefte oélionfe faifoitauec diuerfes bcftiolles vcnimcufes,com- me d araignées, defeorpions, de cloportes, de fallcmandrcs & de viperes , Icfquelles les gar- çons des Colleges prenoyent & amalToycnt, à quoy ils eftoyent fi adroits , qu’ils en eftoient toufiours garnis , quand les preftres leur en demandoyent. Le principal foii^ & foucy de cesgarçons,eftoitd’allcr à la chaflc de ces be- ftioîlestque fils alloient autre part, & que da* uanturc ils rencontraflent quelqu’vne de ces beftiolles, ils farreftoyent à la prendre , auec autant de peinc,commé fi leur propre vie euft defpendii de cela* A raifon dequoy les Indiens Dits T N® ES. Liv. V. Me Craign6yent point ordinairement ces be- ftiollcs vcnimeufcs ^ n’enfaifans non plus d’c- ftat que fi elles ne l’eulîènt point efté, d’autant qu’ils auoient tous efté nourris en cét exerci- ce. Pour faire cet vnguent de ces bcftiollcs, ils les prenoyent toutes enfcmble , & les brufi. loientaufouyerdu templc/j qui eftoit deuanc lauteljiufquesàce qu’elles fulFcnt rcdüittes en ccndrcjpuislesmcttoienten des mortiers auec beaucoup de Tauaeo,ou betunij (qui cft vn hcr- bcjdont celle nation vfe pour endormir la chair, & pour ne fentir point le rrauail)aucc lequel ils mefloient ces cendres, qui leur faifoit perdre la force. Ils mettoient mefme auec celle cendre, quelques fcorpions,araignes & cloportes viues, mcflans &amafiànsle toutenfemble, puis ils y mctfoycntdVncremence toute moullüe, qu'ils appclloyent01oluchqui,dcquoy les Indiens foc Viibreuuagc,pourvoirlcsvifions, d’autant que l’cffcdl de celle herbe,ell d’oller&priuer l ’hom- me du lèns. Ils moulloycntraefineaûec ces cen- dres, des vers noirs & velus,defquelslepoiireu- lemen t ell venimeux , & amalîbyent tout cela cnlcmble auec du noir, ou fumée de rezine, le mettans en des petits pots,lefquels ilspofoycnt deuant leur Dieu , difans que c’elloit là leur viande. C’ell pourquoy ils appclloycnt cela manger diuin. Par le moyen de cet oignement ils deuenoyent ibreiers, & voy oient , & par- loyent au diable. Les prellres cllans barbouil- lez de celle pafte perdoient routecrainte,pre- nanscneuxvnelprit de cruauté.' A raifon de Kk f Histoiri katvrelle cjuoy ils tuoient les hommes aux facrificcs fort hardiment , & alloyent de nuidl tous feuls aux montaignes & dedans les cauernes ob^ feures J mefprifans les beftes fiercs, tenans pour certain & approuuc, que les lions, tigres, ferpens,& autres beftes furieufes, qui fengen- drent aux montagnes & forefts, fenfuyroient d cux,par la vertu de ce betum de leur Dieu . Et àkveritéjficcbetumne les pouuoit faire fuir, c’eftoitchofe fuffifante pour ce faire , que le pourtrait du diable enquoy ils cftoient tranf- formez. Ce betum feruoit mcfmc pour guarir les malades & les enfans , parquoy tous lap- pelloient la médecine diuine, & ainh de toutes parts venoient ils par deuers les dignitez & preftres,comme vers leurs Sauueurs, afin qu’ils îcur applicaltent la mcdecine diuine, ôdesoi- gnoyent d’icelle, par les parties denllantes. Ils afferment qu’ils fentoient par ce moyen vn notable allégement, ce qui deuoit eftre à caufe queleXauaco, & Ololuchqui, ont d’eux mef- mes cefte propriété d’endormir la chair, cftans appliquez en façon d emplaftre , ce qu’ils doi-r lient operer , à plus forte raifon,eftans mcflea; auectelspoifons.Et pourcc qu’il leur araortif- foit, & appaifoit la douleur , il leur fembloi t que ce fuft vn effeâ: de fanté, & de vertu diui- ne. Ceft pourquoy ils accouroient à ces preftreSjComme à des houjimes, faints , Icfqucis entretenoient en cet erreur , & csblouyfle- ment les ignorans , leur perfuadans ce qu’ils vouloicnt, & les faifans venir à leurs médeci- nes , & ceremonies diaboliques , par cc qu’ils Des In ü e s. L i V. V. ifî iuoieht telle aüthorité, qu’il (liffifoit qu’ils lé diircnt pour le faire tenir comme article de foy. Et àinfi ils faifoient parmy le vulgaire mille ruperftitions, en la façon d’offrir l’cn* ccnSjCn la façon de leur couper les cheueux, ca attachant de petites bûchettes au col , & des fillets auec des petis os de couleuures,leur com-^ mandant qu’ils fc baignaircnt à certaine heure* quils veillafîènt de nui(5t au fouyer , de peur que le feu ne feftaignift, quilsncmangeafTent point d’autre pain que celuy qui aüoit cfté of-^ îert à leurs dieux, qu’ils, fc rctiralîènt en leur befoing incontinent par deuers les forciers, lef- quels auec certains grains iettoyent les forts ôedeuinoient, regardans endescuucs,& poel- les pleines dcaue. Les forciers &miniftresdu Diable * àuoient accouftumé mefrne de em- badurnbfer,bcaucoup. Et efl: vue chofe infinie de la grand’ multitude, qu’il y a ciie décès de- uins, fortilleges, enchanteurs, dcuinctirS & au- tres fortes de faux prophètes. Au iourd’huy il i-efte encor de ccfte peftilence , quoy qu’ils fè tiennent fccrets counerfs, ri ofàns oüuerte- ment exercer leurs facrilegês , & diaboliques ceremonies,& fuperftitions, mais leurs abus & maléfices font defcouuerts plus ail long , & particuliefement aux confeflîorinaires faits parles Prélats du Peru. Il y a vn genre de Cor- ciers, entre les Indiens permis par les Roys Inguas, qui font comme deuins, Icfquels pren - nent vnc telle forme ôc figure qu’ils veulent, allans & faifans par l’^ir beaucoup decherairt en fort peu de temps , de voyoient ce qui fc Histoire natvrelie palïbit. Ils parlent auec le Diable , lequel leur refpond en de certaines picrrcs,ou autres chofes qu’ils vencrent beaucoup. Ils feruent de deuins , ôc pour dire ce qui fcpairecndes lieux les plus efloignez, aüantquclanouuellc en vienne, ou puilFe venir. Comme merme il cft encor arriué depuis que les Erpagnols y font qu en diftance de plus de deux ou trois cens lieues , l’oH a fçeu les mutineries , les ba- tailles, les rebellions, les morts, tant des ty- rans, comme de ceux qui eftoient du cofte du Roy, & des perfonnes particulières, ce que Ton a fçeii du meflneiour, que les chofes arri- uerenr, ou bien le ioiir enfuyuant , qui eftoit chofe impolîible , félon le cours de nature. Pour faire celle diuination, ils fe mettent en vne m^ifon fermee par dedans , & fenyurent iurques à perdre le iugemcnr, puis vn iour apres ils refpondcnt à ce que l’on leur demande. Quelques vns aflerment quils vfent de cer- taines ondions. Les Indiens difent , que les vieilles exercent ordinairement cet office de fortilleges , Ôc particulièrement celles d’vne prouincc, quils appellent Coaillo, dVne autre ville, appcllée Manchey, & delaprouince de Guarochiri. Ils enfeignent mefme oùfontles chofes perdues & defrobees. De toutes ces fortes de lorciers, il y en a eu en tous endroits, vers lefquels viennent ordinairement les Ana- conas , ôc Cyuas , qui feruent aux Lfpagnols quand ils ont perdu quelque chofe de leur maillre , ou qu’ils défirent fçauoir quelque fuceex des chofes palïècs,ou aduenir, Commç BIS Indes. Liv. V.' 25^ quand ils dcfccndcnt & vont aux citez des Ef- pagnols pour leurs affaires particulières, ou pour les publiques , ils leur demandent fî leur voyage fc portera bien , fils feront malades, fils mourront ou retourneront fains , fils ob- tiendront ce qu’ils prétendent, Scies forciers, ou deuineurs reipondent, ouy , ou non , ayans premièrement parlé auec le Diable, en vn lieu obfcur , de manière que ces Anaconas oyent bicnlcfbn delà voix , mais ils ne voyent paH qurles diuins partent , ny n’entendent pas ce qu ils difenr. Ils font mille ceremonies Ôc la* crifices pour cet effeéf , auec Icfquels ils inuo- quent le Diable , & fenyurent brauement. Et E our ce faire ils vfent particulièrement dVnc erbe, appellce Villea, le fuc de laquelle iis mettent dedans le Chica,ou le prennent d’au- tre façon.L on peut voir par cecy, combien eff grand le malheur de ceux qui ont pour mai^. ftres, les minillrcs de ccluy la, duquel l’office cil: de tromper. Et eft vne choie approuuée qu’il n’y a rien qui empefehetant les indiens, de rcccuoir la foy. du S. Euangile,&dcperfc- ucrer en icelle , que la communication de ces Ibrcicrs qui ont efte , ôc y font encor en très-» grand nombre , bien que par làgracedu Sei- gneur ôc diligence des Prelats,& des preftres, ils vont diminuant, & ne font plus ffpreiudi.cia- bles. Quelques vns d’iccnxfe font conuertis & ont prefehé publiquement , defcouurans ôc blifmans eux- mefmes leurs erreurs ôc trompe- ries , ôc dcclarans leurs finedes ôc mcnieries, dequoy on aveu fqrtir de grands fruids,CQn:!(.- iij »)- Histoire natvriiie mertefmc nousfçaiions par lettres du lappon, qu il en eft arriué de mefmeen ces parties, le tout à la gloire & honneur de noftrc Dieu âc Seigneur. JPes antres ceremonies ^ coujlumes des Indiens font femhUhles attx nojîres, Chap. XXVII. Es Indiens ont eu vn nombre infîny d’autres ceremonies & couftumes, pluficurs delquellcs refembloyent à la loy ancienne de Moyfe^ les autresà celles dont vfent les Mores , & les autres ap- prochoienr dclaloy Euangelique, comme les baingSjOU Opacuna, qu’ils appellent, qui eftoit qu’ils fe lauoyent en reaüe,pourk nettoyer de leurs pechez^ Les Mexiquains auoycnt auffi entf eux quelque forte de bapterme , qu’ils faifoyent aucc ceremonie , qui cftoit quilsin:* cifoyent les oreilles le membre viril aux pe- tits enfansnouuéaux nez , contrefailàns aucu- nement la Circôcifion des luifs.Ceftc ceremo- nie fe faifoit principalement à l’endroit des fils des Roys,& des Seigneurs. Incontinent apres leur naiirance les preftres les lauoient, de leur mettoyentvne petite efpée à la main droitre, ôc àla gauchevnerondelle,&âux enfans ducôrau & vulgaire, ils leur mettoyenr les marques de leurs offices,& aux filles des infiruraens à fillcr à tiltre , & à rrauailler Et duroit cefte ceremonie quatre iours,qui fe faifoit deuant quelque idole Ils côtradtoyent leurs mariages à leur modc,dôç 1> E s I N D E S. Ll V.' V. 2^0 îe liccnti Polo a efcrit vn Traitté tout en- tier, & cn diray cy apres quelque chofe.Én au- tres chofes , mefmes leurs ceremonies & cou- ftumcs auoienc quelqué apparence deraifon. Les Mexiquains fe marioicnr par la main de leurs preftres en celle façon. L’efponx & ef- pouze Ce mettoient enfemble deuant le pre- ftre , lequel les prenoit par les mains , de leur demandoit füs fcvouloient marier, puis ayant entendu la volonté de tous deux, il prenoit vn coing du voile, dont la femme auôit la telle couuerte,&vn autre coing de la robe d.e I kom- mc, lefquels il attachoit enfemble , faifant vn nœud, & les menoit ain lî attachez à la maifon ^ de l’elpouze, où il y auoic vn foyer allumé, & lors il faifoit faire à la femme fept tours à l ’en- tour de ce foyer , puis lés mariez fe feoy en t en- femble, ôc parce moyen elloit conrradé leur mariage. Les Mexiquains elloicnt trcf-ialoux de l’intregrité de leurs femmes & elpouzes,tcl- lement que fils fapperceuoient quelles ne fuirent telles qu elles deuoienr ellre (ce qu’ils rc CognoilToicnc par lignes ou par paroles cfhoii- tées ) ils le faifoient incontinent entendre aux peres & parens de ces femmes, à leur grand hô- te &deshonncur;parce qu’ils n’auoienrpasbié prins garde fur elles. Mais ils honoroient & ellimoient beaucoup celles qui conferuoient leur honnelleté, leur failansde grandes fellcs, &c donnoient pluliçurs prefents à elle & à fes parens. Ils faifoient pour celle occafioii de grandes offrandes à leurs Dieux , & vn ban- quet folemnel en la maifon de la femme, & vn Kk üij Histoire NATVRELtE autre en la maifon de l’homnic. Qiund on les menoie en leur maifon ils mettoient par mé- moire tout ce que rhomme & la femme appor- roient enfcmblc de prouifîons de maifon , de terre , de loyaux ôc d’ornejnents , lequel mé- moire chafquepered’iccux gardoit par deuers luy,pource que fi d*aucnture ils venoient à fai- re diuorcc (comme il eftoit ordinaire entr’eux) ne fe trouuans bien iVn aucc l’autre , ils par- toient leurs biens , félon que chacun d’eux en auoit apporté, ayant chacun d’eux liberté, en tels cas , de fe remarier auec quibonluyfem- blcroit , & bailloient les filles à là femme, & à d’homme les fils. Ils leur defFendoientexpref- fément fur peine de mort de fe remarier en- femb/e, ce qu’ils obferuoicnt fort rigoureufe- menr. Etiaçoic qu’il fcmble que plufieursde leurs ceremonies,faccordent auec les noftres, ncanrmoins elles font fort differentes,pourlc grand meflange d’abomination qui y efttouf- ioiirs. C’efi: vne chofe commune & generale en icelle, qu’il y a ordinairement vne de ceS’ trois chofes, ou de la cruauté, ou dcl’ordurci ou de la pareffe : car toutes leurs ceremonies eftoient cruelles ôc dommageables, comme de tuer les hommes, & de refpandre le fangrou el- les eftoient ordres & falles,comme de boire & de manger a4 nom de leurs idoles , ôc d’vriner mefme en leur honneur, les portans fur leurs cfpaulles , df foindre ôc barbouiller fi laide- ment, ôc de faire mille autres fortes de vile- nies qui eftoient pour le moins vaincs ou ridi- cules ôc oifeufes, &■ qui reirembloicntplus œu- - BBS ImdBS. LïvIV. 2^i urcs d’enfans , que d’hommes. La caufe de ce- la cft la propre co ndition de l’cfprit malin , du- quel Imtention cft toufîours drelfcc à faire mal, prouoquantles hommes à des homicides & ordures, ou pour le moins à des vanitezSc occupations inutiles. Ce qu’vn chacun peut af- fez bien cognoiftre ^ en cônftderanc attendue/ ment les adioiis & comportemens du diable, à l’endroit dexeux quhl va dcceuant. Car en toutes fesillufîons l’on y trouue toujours méf- iées toutes, ouquelquVnc de ces trois chofes. Les Indiens mcfme depuis qu’ils ont laJumie- rc denoftre Foy le rient, & fe moquent des folies & inepties , cfquclles fleurs Dieux les tenaient occupez , Ôc aufquels ils fciHoienr beaucoup plus de crainte qu'ils auoient d’eux, qu’ils ne leur fiilent du mal , en ne leur obeyf- fànt point en toutes chofes , que non pas pour bamour qu’ils leur portoient. Combien que quelques vns , voire en grand nombre, vef. quiflent trompez & deçcus de vaines efperan- çes de biens temporels : car d’eterncJs ils n’en auoient point cognoiftànce. Et certainement là'oùla puilfance temporelle feft plus agran- die , là feft plus accrcue& augmentée la hiper- ftition. Comme l’oh void aux Royaumes de Mexique & de Cufco , où e’eft vnexhofe in- croyable que le nombre des ado ratoires qu’il y auoit : veu que dans l’enclos de la Ci té de Me- xique il y en aupitplus de trois cents, Mango- Ingua Yupangui , entreles Roys de Cufco, a efté celuyqui ale plus augmenté le ièruice de leurs idoles ^ inuentant mille diuerfjtczde f^- HiST 01«.E NATVRlttB erificcs, fcftcs & ceremonies. Autant en fit ca Mexique le Roy Ifcoalt , qui fut le quatrief- me Roy. Il yauoit aufli grand nombre de fii- perftitions & facrifices en ces autres nations d’indiens, comme enlaprouincedeGuatimal- la,aux Ifles, au nouucau Royaume, en lapro- uincc de Chillé,& aux autres qui eftoient com- me Republiques & Gomunautez* Mais ce n’eftoit rien auTefpedl de Mexique, & de Cu^ feo, où Satan eftoit comme enfaRome,&en fa Hierufalcm , iufqucs à ce qu’il ait efteietté . dehors contre fa volonté, &ait efte pofee ôc colloquée en ion lieu la faiçiéle Croix, ôc que le Royaume de C h r i s t noftre Dieu ait occu- pé celuy que le tyran auoit vfurpé. Ve (Quelques fejles celehrées par ceux de Cupo, ^ cmiy ment le dfahle a voulu mefme imiter lemyjiere de U tres-famHe Trinité, ^ Chapitre XXV fti. O V R conclure ce qui touche la ■Religion, il refte de dire quelque :hofe des feftes &£blennitcz que :elebroientlcs Indiens, lefquelles f pour ce qu’elles font diuerfes,& en grand nôbre,ne pourront pas eftre toutes raeôr tées.Les Ingiiasfcigneurs du Peru auoientdcux fortes de feftes, les vues qui eftoient ordinaires, & qui efeheoient en certains mois de l’année, & d’autres extraordinaires,qui fe faifoiétpour çau- Des lïTpEs. Liv. V. z6z fcs occurrcntcs&d’uîîportanee,commc quand l’on couroniioir quelque nouucau Roy , quand l’on commençoie quelque guerre d’importan- ce, quand il y auoit quelque grande neceffité d"caue,ou defecherdre,ou d’autres dîofesfem- blables. Pour les feftes ordinaires . Ton doiten- tendre/que chafque mois de l’an, ils faifoîcnt des feftes & làcrificcs differents , & encor que tous cuftcntcela defemblable quel'on y oftroic cent moutons, toutesfois en la couleur, 6c en la forme les moutons deuoienteftre fort diffe- rents. Au premier mois qu’ils appellent Rayme, qui eft le mois de Décembre , ils faifoient la première fefte qui eftoit la principale de tou- tes,&pour cefte^occafîon ils l’appelloient Ca- pacrayme, qui eft à dire, fefte riche ou princi- pale.En celle fefte fon offroit vn grand nouir bre de moutons & d’aigneaux en facrifice, Ôc les brüfloit-on auec du bois taille & odorifé- rant, puis ils faifoient apporter de l’or & de l’ar- gcnr,delTus certains moutons, &mcttoient les trois ftatues du Soleil ,6cks ^rois du tonnerre, le pere , le fils èc lefrere.En ces feftes l’on de- dioit les enfans Inguas,cn leur mettant les Gua- ras ou enfeignes , 6c leur perçoient les oreilles, puis quelque vieillard les^ fouetoit auec des fondes , 6c leur oignoit le vilàge auec du fang, le tout en ligne qu’ils deuoienteftre Chcualiers loyaux de l ’bigua.Nul eftrâger ne pouuoit eftre enCufcOjdurantcemois 6c celte fefte, mais fur la fin ils y entroient,& leur donnoit-on alors de CCS morceaux de maySj^auec du fang du facrifi- cc,quils mangeojent en ligne de côfederatiç>ii Histoire N ATVREL LE , aucc ringua,commc il a cfté dit cy dcfliis.C cil I rnc chofc cftrangcquc le Diable fclonfa mode ait mefmc introduit , en ridolatrie,vnc Trinité: I car les trois ftatucs du Soleil, cftoicntappcllces Apomti,Churiintî, ôc Intiquaoqui , qui ngnifie lepere ôc feigneur Soleil, le fils Soleil, ôc le frere Soleil , de la merme façon ils nommoient les trois ftatues de Chuquilla, qui eft le Dieu qui prelide en la région de Tair ,où il tonnc,pleuc i Ôc ncige.ll me fouuient ,qu cftant en Chuquifa- ca, vn preftre honorable me monftra vne in- formation , que i’cuz allez long temps entre ! mes mains, où il cftoir prouué qu’il y auoit vu certain Guaca, ou oratoire, où les Indiens ado- ! roient vneidolc,nommé Tangatartga, laquelle ils difoient eftrc vne en trois, ôc trois en vne. Bt comme ce preftre eftoit cfmerueillc de cela ie luy dy que l,e diable, par Ton infernal ôc obfti- né orgueil, par lequel il prétend toufîours le faire Dieu, delroboit tout ce qu’il pouuoit de ! la vérité, pour l’employer à fes menfonges, 6c ! tromperies. Reuenans donc aux feftes du fe- | cond mois, qu’ils appellent Caraey, outre les i facrifîces qu’ils faifoicntjils iettoient les cendres ’ aualvnruilïèau,allanscinq,ou lîx lieiies apres, i aucç des bourdons, ou ballons, le priant qu’il i les portail iufques à la mer, pour autant que le Viracocha y debuoit rcceuoir ceprefenr. Au , troi(ielme,quatriefme, & cinquiefme mois, ils | offroient cent moutons noirs mcllez, Ôc gris, | auec beaucoup d’autres çhofes , que ie lailTc , de j peur d'eftre ennuyeux. Le fixiefme mois fap- j pelle Haruneuzqui Aymorey , qui rçfpond ^ [ BES Indes. Liv. V, May, auquel l’on facrifîoit cent autres moutons de toutes couleurs,cnceftc Lune , & mois, qui eft quand Ton apporte le May des champs en la maifon, l’on failoit la feftc qui cft encor au- iourd’huy fort en vfage entre les Indiens ôc rappellent Aymorey. Ceftc feftc fe fait en ve- nant depuis la Chacra, ou métairie iufqucs à la maiiôn, difàns certaines chanfons,où ils prient que le Mays puifle durer long temps, & l’appel- lcnt,Mamacora. Ils prennent certaine portion ^ du plus fécond Mays , du creu de leurs metai- rics,Icquel ils mettent en vn petit grenier qu’ils appellent Pirua , auec certaines ceremonies,^ veillants trois nuits, & mettent çe Mays dans les plus riches habits qu’ils ayenr, &dcs qu’il cft ainfî cnueloppc & accommodé, ils adorent eefte Pirua, & l’ont en grande vénération, di- fantsqueceft lamcrcdu Mays deleurs hcrita- ges,& que par ce moyen le Mays augmente, ôc fecohferue.Encemoisilsfontvn facrificc par- ticulier, ôc Ics fbrciers demandent àkPirua,iî elle a de la force aflez poUfc durer iufques à I an à venir, Ôc fi elle reipond,quenon,ils por- tent le mais brufler à lamctairic,d’oùils l’ont apporte, félon la puilfance d’vn chacun, apres ils font vne autre Pirua, auec les mefines cere- monies, difans qu’ils la renouuellent, afin que la femcncc du Mays ne periflè, ôc fi elle refpond qu’elle a de la force aflèz, pour durer d’auanta- gc,ils la laifient iufqucs à Tautre année. Ceftc fotre vanité dure iufqucs aiiiourd huy , &eft fort commune entre les Indiens , d auoir ces Piruas, ôc fiürc la fefte d’ Aymorey . Le feptiefmc HiSTOIrI NA TV relie mois rcfpond à luin, & Rappelle Aucaycuzqüî întiraymijcniccluy ils faifoientlafcftc , appel- iéelntiraymijOÙ l’on facrifioit cent moutons, guanacoSj& difoient que c’eftoit la fefte du So- leil:cn ce mois ils faifoient vn grand nombre de ftarues de bois de qninua taille toutes vc- ftueâ de précieux habits , & fe faifoit le bal qu’ils appclloientCayo. En celle fcllc Fonef- pandoit beaucoup de fleurs par le chemin, & y vcnoientles Indiens, fort barbouillez , & les feigneurs y eftoient ornez aüec de petites pla- tines d^or à la barbe, & y chantoienttous, &* doit-onfçaiioir que celle fellc tombe quafl au n^efmc temps, que nous autresGhreftienSfai- fonslafollemnitéaufaind Sactement, qui luy f eiremble en quelque chofe, comme aux dan- ses, chants & reprefentations. Et pour celle raifon, il y a eu, ôc a encor entre les Indiens (kfquels celebroient vne fcllc aucunement femblable à celle que nous célébrons du faindfc Sacrement ) beaucoup de fuperllitionsàcelc- brer celle fclle ancienne, de Tlntiraymi* Le huitiefme mois ell appelle, Chahua, Huarqui, auquel ils brulloient cent autres moutons,-tous grisjdc couleur de Vizcacha,felon l’ordre fuf- dit, lequel mois refpond à nollre luillet. Le neufîefmc moisfappclloit Yapaguis , auquel l’onbrulloit cent autres mourons, de couleur dcchallaigne,&:couppoit-on la gorgc,&bruf- loit-on auflî mil Cuyes, afin que la gcllée , ny rcaüe,ny l’air, ny le Soleilne filfcntaucun mal aux metairies,& refpond ce mois à l’ Aoull. Le dixicfmc mois, fappeUoit Coyaraymi, auquel I 1 I i DE Indes. Liv. V. 2^4 rori brufloit cent autres moutons blancs, qüi eftoient vellus.En ce mois qui refpond à Sep- tembre l’on faifoit la feftcL appclléc Situa, en celle forme.îlsr«alTembloient le premier iour de la Lune,auantqu elle leuall. Et en la voyant ilsl^efcrioient hautcment,portas en leurs mains . des flambeaux de feu, & difans,que le mal f en aille dehors, en s'entre-frappans les vns les au- tres, auec ces flambeaux. Ceux qui faifoienr ce- la s’appelloicnt Panconcos. E t apres auoir achc^ ué, s’en alloient en baing general, aux ruilTcaux & aux fontaines, chacun en fon propre èllang. &rcmcttoient à boire quatre iours durans. En ce mois les Mamaepmas du Soleil faifoient gra- de quantité de petits pains„faits auec le fang des fàcrihces, & en donnoient vn morceau àcha- eüii des eftrangers &forains,mefmeils en cn- uoyoient aux Guacas,ellrangers,de toiitle roy- aume,&à plufieursCuracas, en ligne de confé- dération, & loyauté au Soleil ôc à Tlngua , com- me il a elle ià dît.Les baings, yurogneries, Sc quelque relies de celle fcllc Situa , demeurent encor auiourd’huy en quelques endroits , auec des ceremonies quelque peu differentes, ce qui ellfccretcmenttoutcsfois,parce que ces feiles principalles, & publicques ont celfé. L’vnfief- mc mois,Homarayrai Punchaiquis, auquel ils facrifiQientccntautrcsmoutons.Etfilsauoicnt faute d’eaue pour vnremede , ôc afin de faire plcuuoir, ils mettoient vn mouton tout noir, ^ attaché au milieu d’vne plaine elpandant beau+ coup de Chica tout autour de luy , & ne luy donnoient point à manger , iufqucs à ce qu’ü Histoire natvrellb pleuft, ce qui cft encor praticquc auiourd’huy en pluiîeurs endroits, en ce mefme temps qui cft Odobre. Le douzicfme , & dernier mois (’appelloit Aymara, auquel l'on facrifioitcenc autres moutons , & failbient la fefte appellcc Raymicaiitara Rayquis.Enccmois quirefpond àNouembre, l’on appareilloit ce qui eftoit ne- . ceilaire pour les enfans qui fè debuoient faire nouiccs,le mois enfuiuant, & les enfans auec les vieillards faifoient vne certaine monftre auec quelques tours , & cefte fefte eftoit appellcc Iturâymijlaqueilefc fait ordinairement quand il pleut trop , ou trop peu,ou qu’il y a de la pe- ftilence. Entre les feftes cxtraordinaircs,qui y cftoientaulE en grand nombre, la plus fameu- fe eftoit celle qu’ils appelloient Y tu. Cefte fe- fte Ytu n’auoit point de temps ny de faifon ar- reftée, autrement, que en temps dcneceflité. | Pour fe préparer à icelle tout le peuple ieuf» ; noitdenxiours durants , aufquels ils ne tou- choient point à leurs femmes ny ne mangeoient point de viande auec le fel,ny ail, 6c ne bcuuoiét point de Chica. Tous ftaircmbloicnt en vne place,où il n’y auoit aucun eftrangcr, ny aucun animal, -& auoient de ccrtainshabits 5c orne- ments , qui feulement feruoient pour cefte fe- fte. Ils marchoient en proceflion fort douce- ment, les teftes couuertcs de leurs voiles, bat- ^ tans des tambours fans parler 1 vn à 1 autre.Cela duroit vn iour ôc vne nuid.puis le iour enfuy- | uant,ils danfoicnt,& faifoient bonne cherc, par j ' deux iours ôc deux nuits continuellement, di- (àns que leur oraifon auoir efté acceptée. Et. encor ôES Indes, Lit. V. encor que cefte fcfte ne fe face auiourd huy aucc toute cefte ceremonie ancienne. Ci cft-ce que communément ils en font vne autre^qiii eft fort femblable,laquelle ils appellent Ayma, auec des vefteraens,qui feruent feulement à ceft effed,& font cefte maniéré de proceflîon aüec leurs tâ- bours, ayans auparauant ieufnc,puis apres fe mettent à faire bône chere: ce qu’ils ont de cou- fturae de faire en leurs vrgentes neceftîtez. Et combien que les Indiens ayêt delailTé en public de facrifier des beftes , & autres chofes qui ne le peuuent cacher desEfpagnols,neantmoins ils fe feruent toufiours de plufieurs ceremonies qui ont leur origine de ces feftes & fupcrftitionsan- ciennes.Car ils font encor auiourd’huy couucr- temêt cefte fefte de iTtu aux dances de la fefte du Sacrement, en faifaits les dances de Lyamal- lama,& dé Guacon , & d’autres félon lenr ccred monie ancienne : à quoy Ton doit bien regarder de près. L’onafaitdes Traittezplus amples de ce qui concerne cefte matière , pour les lieux oà ileftneedraire remarquer les abus & fuperfti- tions qu’auoient les Indiens lors de leur gcntil- litéjà fin que les Preftres &Curez y prennet gar- de.Suftifedoncàprefent d’auoir traitté de l’e- xercice, auquel le diable occupoit fes deuots , à fin que contre fa volonté l’on voyc la différence qu’il y a del a lumière aux tenebres,& de la véri- té Chreftienne au mefonge Gétil,quoy que l’en- nemyde Dieu& des hommes ait tafehé auec tous fes artifices de contrefaire les chofes de Dieu HiSÎOIRE NAT^^R.ELLE Pe U fcjle dtf lukléqfte cdehroient les Mexiqmms, CüAF. XXIX. 'Es Mexiquains n’ont cftc moins cu- ' rieux en leurs feftes&fc biens , mais d Vn grand coüft de lang. humain. Nousauons cy delTus parlé delà fefte principale de Virzilipuzeli ^ apres laquelle la fe- fte de Tezcalipuca,eftoitla plus folemnifce.Cc-^ fte fefte tomboit en May,& en IcurKalêdrier ils l’appelloiencT oxcoltjelle efeheoit de quatre ans en 4. ans auec la fefte de pénitence, où il y auoic planrere indulgence & pardon des pechez.En ce iourilsfacrifioicnt vn captif, qiüauoit la fem- blanee de ridole Tezcalipuca,qui eftbit le 157. deMay.Enlaveillede cefte fefte, les fêigneurs venoient au temple , & apportoient vn verte- ment neuf femblable à celuy de l’idole, lequel lespreftresluy veftoient, luy ayans première- ment ofté les autres habits , lefquels ils gardoiéc auec autant ou plus de reuerencç , .que nous fai- fonslesornemens. Il y auoir aux coffres de l’i- dole plufîeursornemens, ioyaux , affiquets, & autres richeftes , de bracelets , de plumes pre- cieufes, qui ne feruoient d’autre chofeque d’e- ftrelà, &adoroient tout cela comme le mef- mc Dieu. Outre le vertement , auec lequel ils adoroient l’idole ccioar-là , ils luy mettoient DES Indes. Lïv. V. 2^^ dè certaines enfeignes 'de plume , des garde- foleils , des ombrages , Ôc autres chofes ; l’ayans ainiî reueftu & orné , ils oftoient la courtine ou ( voile de la porte,à fin qu’il fuft veu de tous , Sc alors fortoit vne des dignitez du temple, ve- ftudelamdrac façon que l’idole, portant des fleurs efi la main, & vne petite fleute de terre, ayan tvn Ton fort aigu, & fc tournant du cofté derOrient ilia touchoit , puis retourne vers rOccident, le Norc & le Sud , il faifoit le fem- blablc. Et apres auoir ainfi fonné vers les qua- tre parties du monde ( dénotant que les pre- fens & abferts royoient)ilmettoitledoigt en ' l’aire, accueillant de la terre d’icelle, la mettoit en fa bouche , & la mangeoit en figne d adora- tion. Autant en faifoient tous ceux qui y cftoict prefens , & en plcurans fe profternoient inuo- quansrobfcuritc de la nuiét & les vents , les prians qu’ils ne les dclailTaflcnt ny oublialTenc pointjou bien qu’ils leuroftaflènt la vie, pour ^donner fin à tant de trauaux qu’ils enduroient en icelle. Les larrons , les fornicatcurs , les homicides, actous les autres delinquans auoient grande crainte ôc triftdlecneux pendant que cefte fleute fonnoit : tellement que quelques vns ne pouuoient diflîmuler ny cacher leurs délits. Par ce moyen tous ceux-là ne deman- doient autre chofe à leur Dieu , fmon que leurs délits ne fuflent point manifeftez , efpandans beaucoup de larmes, & aucc vne grande re- pcntance Ôc regret , offroient quantité d'en- cens pour appaifer leur Dieux. Les hommes courageux ôc vaillans , ôc tous les vieux fol- Histoire natvrbeie dats qui fuiuoicnt l’art militaire , en oyant cc- ftefleute demandoient auec vne grande deuo- tionàDieule Créateur, au Seigneur pour le- quel nous viuons, au Soleil, & à d’autres leurs Dieux, qu’ils leur donnalTent vidoirc contre leurs ennemis , & des forces pour prendre beaucoup de captifs , à fin d’Honorer leurs fa- crifices. La ceremonie fufdiâ:e fc faifoit dix ioursauparauantlafefte, pendan%lefqucls dix iours Icpreftrc fonnoit celle fleure , à fin que tous fifl'ent celle adoration de manger de la terre , Ôc de demander à leur idole ce qu’ils voudroientr & faifoient chafque iour oraifoa les yeux hauflez au Ciel auec des foufpirs & gemiflemens , comme perfonnes quife contri- lloicnt de leurs fautes &pechez. laçoit que celle contrition ne full que par crainte de la peine corporelle que l’on leur donnoit,& non pas pour crainte de l’eternelle , parce qu’ils croyoient pour certain qu’il n’y auoit point de peine fi ellroitte en l’autre vie. C eft pour- quoy ils foffroient à la mort volontairement, ayans opinion que c’elloità tous vn repos af- feuré. Le premier iour delà fefte de cefl ido- le Tczcalipiica ellant venu , tous ceux de la Cités’aircmbloienten Vne cour pour célébrer auflîla fcllc du Kalendrier , dont nous auons parlé, qui s’appelloit Toxcoalth, quifignifie chofefeche: laquelle fefte nefe faifoit à autre fin, que pour demander de l’caiie en la façon que nous autres folemnifons les Rogations; ôc ainfi celle fefte cftoit toufîours en May, qui eft le temps que l’on a plus faute d’caües t)Es Indes. Liv^/V. xSy en ce pays-là. L’on commençoit à la Cclebrci: le ncufiefme de May , finiirant le dixneufiefmc. Le dernier iour de la fefte au matin les preftres tiroient vn brahquart ou litiere fort bien or- née de courtines, &dc fandos de diuerfes fa- çons. Ce branquart auoit autant de bras (5c te- nons, qu’il y auoit de miniftresquile dcuoienc porter. Tous lefquels fortoient barbouillés denoir, leseheueux longs. trefTes par la moi- tic auecdeslizctsblancs, ôcveftus de la liiirce ded’idolç. DelFus ce branquart ils mettoient le perfohnàge de l’idole , député pour celle fe- fte , qu’ils appelloicnt femblance du Dieu Tes. calipiica , & le prenans fuiTeurs efpaules le ri- roient en public au pied des degrez , & incour tirtent fortoient les ieuncs hommes , & les fil- les reclufes de ce temple , portans vne grofié Corde torfe de chaifnes de mays rofty , auec laquelle ils enuironnoient le branquart , & mettoient au col de l’idole vue chaifnc de mel- me, &enlateftevnc guirlande. Ils appellent la corde Toxcalt, dénotant la fechcrclTe , & fte- rilité du temps. Les ieunes hommes fortoient entourez auec des courtines de red, des guir- * landes, & des chaifnes de mays rofty. Les filles cftoient veftues d’habits & ornements tous neufs , portans au col des chaifnes de mays ro- fty , & en leurs teftes des T yares faiéles de ver- getres toutes couucrtes de ce mays. Ils auoient les pieds couuerts de plumes , & les bras & ioucs colorées de fard. Ils apportoient aufti beaucoup de ce mays rofty , & les principaux fc les mettoient à U tefte ôc m col , prenans L 1 iij HiSTÔI RE N ATVR E tt E des fleurs en leurs mains. Apres que l’idole cftoitmis enfon branquart & litière , ils fe- moientpar tout au tour grande quantité de ra- meaux de raanguey,lcs fucilles duquel font lar- ges ôc efpineufcs. Ce branquart mis fur les ef- paules des deirufdits religieux, ils le portoient en proccflîon par dedans le circuit de la cour, & deux preftres marchoient deuant aucc des brafiersou encenfoirs, encenfans fortfouueut l’idole , 6c chafqiie fois qu’ils mettoient l'en- cens ils hauflbient le bras le plus haut qu’ils pouuoicnt vers l’idole 6c vers le Soleil , leur di- îans, qu’ils efleuaflènt leurs oraifons au Ciel, comme cefte fumée fefleuoit en haut. Alors tout le peuple quieftoit en la cour alloit & ic tournoit en rond vers le lieu où alloit l’idole, portans tous en leurs mains des cordes neufues de fil de manguey,d’vne braffe dclong, ayans vn nœud au bout , 6c auec icelles fe deiciplinoient ftndonnans de grands coups fur les clpaulles, | de la façon que l'on fe difeipline icy le Içudy Saindt. Toute la muraille delà cour 6c les cré- neaux cftoient pleins de rameaux 6c de fleurs, fl bien ornez , 6c auec telle fraifeheur qu’ils donnoientvn grand contentement. Celle pro- ceflîon eftant acheuce, ils rapportaient l’ido- le au lien où il auoit accoullumé d’ellrc : puis apres venoit vne grande multitude de peuple auec des fleurs accômodéesdediuerfes façons, | dont ils rempliflbient le temple 6c toute la cour, de forte qu’il fcmbloit ornement d’oratoire. Tout cela elloit accommodé 6c mis en ordre parles mains des preftres , les ieuues hommes DES Indes. I,iv. V. 2^S idu Temple leur baillant , & feruant ces chofes de dehors. La chapelle ou chambre de l’idole demeuroit ce iour là defcouuerte fans y mettre le voile. Cela fait chacuij venoit offrir des cour- tines, des fandaux , des pierres precieufes , des ioyaux,de l’encens, du bois gommeux , des gra- pcs,ou eipics de Mays 3 des cailles, ôc finable- mentjtout ce qu’ils auoient accouftume d’offrir en telles follemnitez. Qi^ndils offroient ces cailles,(qui eftoit l’oflrande des panures ) ils faî- foient cefte ceremonie , qu’ils les bailloientaux preftres, Icfqiiels les prenants , leur arrachpient latefte , &aufli toftlcs iettoient aux pieds de l’autel , où ils perdoient leur fang , ôc autant en faifoicntils des autres qu’ils offroient. Chacun offr oit félon fon pouuoir , d’autres viandes , &: fruits lefquels eftoient aux pieds de l’autel des miniftresduTemple, & eftoient ceux, qui les rébueilloieiit , & les portoient en leurs cham- bres, Cefte follemnelle offrande faite, lé peu- ple s’en alloit difiier, chacun en fon bourg & en famaifbn/laiffansainfila fefte fufpendue, iuf- ques apres difncr. Pendant ce temps les ieiines hommes & filles duTemple , auec les ornemêts fufdits s occupoientàferuir fidoie, de tout ce qui luy eftoit dédié, pour fon manger. Laquelle viande eftoit appreftée par d autres femmes qui auoient fait vœu de s’occuper ce iour la, à faire le manger de l’idole , ôc d’y feruir tout le iour, C’eftpourquoy toutes celles qui auoient fait le vœujvenoient au point du iour, s’offrans aux dé- putez du Temple, afin qu’ils leur cômandafTent ce qu’elles deuoient faire , ôç racçpmpliffoienr Ll iiij Histoire natvrelle fort diligemment. Elles faifoient & appreftoiéc tant de diuerfitez & inuentions de viandes , que c’eftoit vne chofe admirable.Ceftc viande eftanc accommodée,& l’heure du difner venue, heures CCS filles fortoient du Temple , en proceffion ' chacune vn petit pannier de pain,en la main, Sc en l’autre vn plat de ces viandes, & marchôic deuant elles vn vieillard , qui feruoit de maiftre d’hoftel,auccvn habit afTezplaifant •, il eftoie •vcftudVnfurplis blanc, qui luy venoit iufqucs au mollet des iambcs,fur vn pourpoint fans mâ- ches de cuir rouge, à la façon dVne tunicque. Il portoit des ailles, au lieu de manches, d’où for- toient des lifets larges , aufquels pendoit , fur le milieu des clpaulles, vne moyenne callabalîe, ou citrouille, qui eftoit toute remplie, & cou- uerte de fleurs, par des petits trous qui y eftoiér, écau dedans y auoit plufieurs chofes de fuÿr- ftition. Ce vieillard marchoitainfi accommo- dé deuant l’appareil , fort humble , & trille , a- yant la telle baiiréc ,& en approchant du lieu, qui eftoit au pied des degrés, il faifoit vne gran- de humiliation , &reuerence, puis fe retirant d’vn collé les filles s’approchoient auec la vian- de , & lalloient prefenter de rang , & par ordre les vues apres les autres , auec beaucoup de re- uerence. Puis ayants prefenté toutes cesvian- des, le vicllard s’en retournoit comme deuant, &remenoit les filles en leur Conuent. Cela fait , les ieunes homes , & miniftres de ce T em- ple fortoient, &recueilloicnt celle viande , la- quelle ils portoient aux chambres des dignitez & preftres du Temple , lefquels auoient ieufnc Des Indes. Liv. V. pari’erpace de dnq iours , mangeaiis feulement vnc fois le iour j & s’eftoient abftenus de leurs femmcSjfans fortir du Temple , duranttes cinq iours, pendant lefquels ils fe fouettoient rigou- rcufemenc , auec des cordes , & mangeoient de cefteviandediuine (ainfil’appelloientils) tout ce qu’ils ponuoient, & n’eftoit licite à aucun d’en manger,linon à eux. T out le peuple ayant acheué dcdifner, fe ralfcmbloitàlacour pour célébrer & voir la fin de la fefic , ou ils faifoient venir vn captif qui par l'efpacc d’vnan, auoit TepreCenté 1 idol;;, eftant veftii , orné & honoré comme le raefme idole , & luy faifans tous ré- férencé, le mettoient entre lés mains des facri- ficateurs , lefquels fe prefenr oient au raefme temps, & l’alloient faifir par les pieds, & mains», Le Papa luy fendoit Ôc ouuroit l’cftomac , luy arrachant le- cœui\,'>puis hauflfoit la main tant qu’il pouuoit, le monftrant au Soleil , & à Pido-^ le^commeilaeftéditcy deuant. Ayans ainfi fa- crifié celuy qui reprefentoit 1 idole , ils s’en al- loienten vn licuconfacré , &: député pour cet cfFet,où arriuoieht les ieunes hommes , & filles du Tcmplc,aucc les ornements fufdits, lefquels cftans mis en ordre, dançoient & chantoient à l'entour des tambours , & autres inftrumcnts, dont les digihcez du T emple iouoyen t , & (bn- noient.Puis venoient tous les Seigneurs , ayans les mefmes enfeignes , & ornements , que les ieunes hommes, lefquels d ançoient en rond, autour d’iceux. L’on ne tuoit point ordinaire- ment en ce iour d’autres hommes , que le facri- fiéjtoutesfois de quatre ans , en quatre ans feu- Histoire N ATVRELLE Iciment,ron en auoit d’autres auecluy,qui eftoit en Tan du lubilé&indulgence planicrç. Apres fc Soleil couché, chacun cftât côtenF de fonner de , manger & de boire, les filles s’en alloiêt toutes à leur Côuentj&prcnoient de grâds plats de terre, | pleins de pain paiftry de miel , qui eftoient cou- uerts de petits panniers ouurez & façonnez de ' teftes,&: os de mort,ôc portoient la Collation, à ridolc,montans iufques à la cour , qui eftoit de- uant la porte de TOratoire , Ôc l’ayants poféc en ce lieu elles defeendoient auec le mefme ordre, qu’elles y auoient môté,lc maiftre d’hoftel allant toufiours deuant. Incontinent fortoiét tous les jeunes hommes en ordrc,auec des cannes ou ro- feaux,és mains , qui commençoient à courir au hault les degrez du T épie , à l’enuie iVn de l’au- tre,pour arriuer les premiers aux plats de la col- lation. Cependant lesdignitez rcmarquoient cc- luyqui auriuoit le premier,recond,troifiefme,5c quatriefine, fans faire eftat du refte. Cefte colla- tion eftoit auflî toft cnleuee par ces ieunes hom- mcSjlaquelle ils emportoient , comme grandes ' reliques. Cela faid les 4. qui premiers eftoient arrinez, eftoient mis au milieu des dignitez Ôc anciens du Temple, & auec beaucoup d’hon- . neur les mettoient en leurs chambres , les loiias ' leur donnans de bons ornemens , & de là en auant eftoient reuerez Sc honorez comme hô- * mes fignalez. La prinfe de cefte collation eftant acheucc , Ôc la fefte célébrée auec beaucoup de refiouiiïànce,&dc crieric,ils donnét côgé,à tous ces ieunes hommes, & filles qui auoient feruy ! l’idole,aû moyen dequoy il s’en alloient les vus [ DES Indes. Lïv. V. 27® apres les autres , au temps qu’elles fortoient. Tous les petits enfans des colleges, & cfcholes cftoient à la porte de la cour,auec des pellotcsdç ionc &: d’herbes , aux mains , Icfquelles ils leur icttoicntrcmocquans,&rians d’dlcs, comme de perfonnes , qui fc retiroient du fermice de H- dolciils fortoient auec liberté de dirpofer de foy à leur volonté, & auec cekprenoit fin la fefte. - Ve U fef^e des MArehàinds celehrolent ceux de ■ Cholutecas, Chap. XXX. Ombien que i’aye alTez cy dcflüs parlé du feruice que les Mexiquains faifoient à leurs dieux , fi effc-ce que ie diray encor quelque chofe de la fefte de celuy qu’ils appclloicnt Quctzacoaalt,quieftoitleDieu des riches , la- quelle fe follcmnifoit en cefte forme. Quarante iours auparauant les Marchands acheptoientyn cfclaue,bienfair>fansaucunviceny tache, tant de maladie , comme de blcfteure , lequel i)s ve- ftoient des ornements de l’idole afin qu’il le re- prefentaft quarante iours. Auantquc de le ver ftirilslc purifioient le làuant deux fois en vu lac qu’ils appclloicnt lac des dieux , ôc apres qu’il eftoit purifié, ils le veftoient, demefme que l’idole çftoit vcftu. Il eftoit fort reueré,du- Histoire katyreii-e . tant quarante iours , à caufc de ce qu’il rcpré- fentoit. Ils rcmprifonnoicnt de nuit( comme ilaefté ditcy-delTus,) de peur qu’il ne s’enfuift & le matin le tiroient de la prifon, Icmettans en vn licucminent,oùilsle teruoicnr , en liiy donnant à manger des viandes exquifes. Apres qa’ilauoit mangé ils luy mettoient des chaînes de fleurs 'au col, & beaucoup de boucquets aux mains. Ilauoitfa garde fort accomplie , auec beaucoup de peuple qui l’accompagnoit & al- îoitauccluy parla Cité. Il alloit chantant Sc danfant par toutes les rues ,afin d’eftre cogneu pour la femblance de leur Dieu , & lors qu il commençoit à chanter , les femmes petits enfansfortoiehtde leurs maifons , pour le (a- lucr , & luy faire leurs offrandes comme a leur Dieu. Deux vieillards d’entre les dignitez du Temple, venoientpardeuers luy, neuf iours auparauant la fefte , Icfqucls fhumilians deuant ÎLiy,luy difoi'cnt d vne voix fort humlDle, & baf- fe , Seigneur ru dois fçauoir , que d icy a neuf iôurSjS'acheüele trauail de danfer , & de chan- ter, car alors tu dois mourir , & il deuoit ret- pondre qué ce fuft à la bonne heure. Ils appcl- loiét cefte ceremonie Neyolo Maxiltleztli,qui veut dire l’àduerrifremét,& quand ils l’aduertif- foient, ils prenoiêt garde fort ententiuemét , fil fé contriftoir point , &fil dançoit auffi ioyeu- fement, qiiedecouftume, ques’ilne le faifoit auec vne telle gayeté qu’ils defîroycnt, ils fai- foycntvnefotte fupcrftition en cefte manière, lis s’en alloyenf incontinent prendre les ra- foirs des facrifices , lefqucls ils iauoyent j ôc :bEâ ÏNDtS. liv. V. -lyi mettoycnt du fang humain , qui y rcftoit des fa- crifîces paflèz. E t de ces laueiires luy faifoy ent vn breuuage mefle auec vne autre liqueur fai- te de Cacao, &luy dpnnoientàboirc , & dû foyent que ce breüuage auoit^ telle operation en luy, qu’il luy feroit perdre la mémoire de tout ce que l’on luy auoic dit , ôc que cela le rendroit prcfqueinfenlîblc’, & retourneroit à Ion chant , & gayeté ordinaire. Ils diTcntd’a- uantage, qu’il foffroit allègrement à mourir, fftant enchanté de ce breuuage. La caufe pour- quoy ils tafehoyent de luy ofter cefte triftelTc, cftroit pour autant qu’ils tenoyent cela pour vnmauuais augure, 6c pour vn pronofticq de quelque grand mal. Le iour delà fefte cftant venu, apres luy auoir fait beaucoup d’honneur* chanté la mulique, &luy auoir prefenté l’en- cens , les facrificateurs fur la minuid le pre- iioycnt & le facrifioyent à la façon fufditte, faifans offrande de Ton cœur à la Lune, lequel ilsiettoyent apres contre fidolc, laifTant tom- ber le corps au bas des degrez du temple , où ceux qui fauoycnt offert le releuoyent , qui cftoyentics marchands , defquels eftoitla fc- fte. Puis fayant porté en la maifon du plus no- table d’entre eux , lefaifoyent apprefter en di- uerfes faulces, pour célébrer à faube du iour le banquet ôc difhé delafeflc, ayans premiè- rement donné le bon iour à l’idole , auec vn petit bal qivils faifoyent pendant que l’aube lortoit, éc que l’on accommodoitle facrifié. En apres tous les marchands s’afTembloyent à ce banquet , Ipecialcmcnt ceux qui faifoyent le A Histoire natvreilê èommcrccdcvcnducj & acheter des efclaucs,’ quiauoyent en charge d’offrir par chacun an I vnefclaue , pour la femblahce de leur Dieu. j Celle idole cftoit vn des plus honorez de ce- lle rerrejComme f ay dit , c’efl pourquoy le tem-^ ^ pie où il eftoit , elloit de beaucoup d’auihor ité. Il y auoit fùixa:nte degrez pour y monter , 6c au deffus d’iceux y auoit vne cour de moyenne largeur, fort proprement accommodée 6c pla- llrée au milieu de laquelle il y auoit vne gran- de piece ronde , en la façon de four , ayant fort entrée bafrc,& eftroittc , tellement que pour y , entrer , il falloir fcbaiffcr bien fort. Ce temple . | auoit fes chambres, ouchappelles , comme les | autres, où il y auoit des conuents de preflres, ! dcieufnes hommes, de filles , 6c d’enfans , com- | meilaeflédit, & toütesfois il n’y auoit qu’vu I feul preflre qui refidoit continuellement là , 6c | cfloit comme femainier. Car combien qu’il y j eufl en chacun de ces temples trois ou quatre j Curez &dignitez, chacun y feruoit fà feraai- î ne,fans en forrir L’office du femainier du tem- j pic c apres auoir cndoélriné les enfans ) efloic | de battre vn grand tombour tous les iours à j l’heure que fc couchoit le Soleil pour la raef- | me fin que nous auons accouflumé de fonner | l’oraifon.Cc tambour cftoit, tel , que l’on en en- 1 rendoit le fon enroue de toutes les parts de la ! Cité , alors vn chacun ferroit fa marchandife, 6c fe rctiroit en fa maifon-, 6c y auoit vn fî grand filcncc, qu’il fcmbloit qu’il n’y euft hom- me viuant dans la ville. Au matin , lors que l’au- be du iour commcnçoitàfortir, ilrecommc»- Des îïîdês. Lty. V. çoità battre ce tambour , qui cftoit le fîgne que le iour commençoir , au moyen dequoy les Voyagers & forains s’arreftoyent à ce lignai pour commencer leurs voyages , pource qu jl n’eftoit point permis iufqucs à ce temps ^ de forrir de la cité. Il y auoit en ce temple vnc cour de moyenne grandeur , en laquelle l’on faifoît de grandes dances , ôc rcliouilTances, aucc des farces, ou entremets , le iour delà fe- ftedel idole. Pour lequel elFedî: il y auoit au mi- lieu de celle cour vu petit theatre de trente pieds en quarre, fort proprement agence , le- quel ils accommodoyent de fueillagcspourcc iour, auec tour Fartifice Sc gentillelTe qu’il elloit polîîble,ellanttoutenuironnc d’arcades de di- ueiTcs fleurs , ôc plumages , ôc y tenoy ent atta- chez en quelques endroits beaucoup de petis oifeaux, connils, & autres animaux pailîbles. Apres difnertoutlc peuple falfembloir en ce lieu , ôc les baftellcurs fe prefentoyent , ôc iouoyent des farces , les vns contrefaifoyent les fourds , Ôc les enrumez , les autres les boi- teux, les aueuglcs, ôc les manchots, lefquels venoyent demander guarifon à l’idole. Les fourds refpondoyent du coq à l’afne , les cn- ruhumez toulfoientjlesboiteux clochoyent,ra- Gontans leurs miferes Ôc ennuis, dequoy ils faifoyent beaucoup rire le peuple , les autres fortoyent en forme de bcftiolcs , les vus eftans {. veftus comme efeargots , les autres comme cra- paux , ôc d autres comme lézards ^uis fehtre- rencontrans racontoyent leurs offices , Ôc Ce rctirans chacun de fon colle , ils touchoyent de Histoire natyreile petites flu ftes , qui cft oit chofe plai fante à ouy r | Us contrefaifoyent meCme des papillons , & des ! petits oifeaux, de diuerles couleurs , & cftoyent ; les enfans du temple, qui reprefentoyét ces for- j mes, puis ils montoyent en vne petite forcft,qui j eftoirlà plantée exprès, où les preftres du tépie, { les tiroyenr aucc des farbacanes.. Et ce pendant ils fc difoyent plufieurs plaifans propos , les vns ] en attaquant, & les autres en deffendâr, dequoy j les aififtans eftoiét ioyeufement entretenus. Ce- | la acheué ils failoiét vn balou mommerie, auec | tous ces perfonnages , Ôc par ce moyen s ache- i uoitlafeftc. Ce qu’ils auoient accouilumé de j faire aux plus principallcs feftes. | Qmlj^rojît l'onfeut tirer du traitté des fu^erjîitions des Jndes. Ch A P. XXXI. ; Equi a efté dit fuffife pour eiitêdre le foin , & la peine que les Indiens employoientà feruir & honorer leurs idoles, & pour mieux dire le diablercar ce feroit vne chofe infi- nie , & de peu de profit , de vouloir raconter cn- ticrcmét ce qui s"y palTe,veu mefme qu’il pour- ra femblcr à quelques vns qu’il n cftoit point de befoing d’en dire tant,côme i’ay faitjEt que c^’eft perdre le téps,comme l'on fait en iifant les côtes que feignent les Romans de Chcualerie. Mais h ceux qui ont cefte opinion y veulent regar- der de près , ils troqueront qu’il y a grande dif- bES Indes. Liv. V. 175 ferenee entre l Vil & l’antre , & recognoiftrone que ce peur eftre vne chofe vtile, pour pluficürs confiderations d’auoir la cognoilïàncc des c«u- ftumes & ceremonies, dont vfoienc les Indiens. Premièrement ccftecognoifîàncen’eft pas feu^ leraent vtile mais aulïîneceiraire aux terres oà ils ont vfé de ces (üperftitions,afitl que IcsChre- ftiens^& maiftres de la loy de Chrift, fçachêt les erreurs &rupcrftitions des anciens, pour voir lî les Indiens en vfent point encor auiourd huy ouuertement.ou couucrtemenr. Pour celle oc- calîon plufieurs doutes & lîgnallez perlbnnagcs onteferit desdifcoursaircz amples,de ccquifé cil trouué, voire les Conciles proinciaux, onc commandé que l’on les efcriue,& imprime, co- rne on a fait en Lima, oùvn difeonrs a elle fait pP ample, que ce qui en eft icy traitte. C’efl pour quoy c’ell chofe importâte pour le bien des In- diens, que les Efpagnols eftans en ces parties des Indes,ayêt la cognoillànçe de toutes efes chofes. Celle narratiô mefme peut feruir aux Efpagnols dedelà,& à to® autres en quelque endroit qu’ils foyent pour remercier Dieu nollrc Seigneur, & luy rendre grâces infinies d’vn fi grand bien que celuy que nous a departy,&: va donnant fa fain- élc Loy,laqnelle ell toute iulle, toute nette, ôc toute profitable.Ce que l’on peut cognoillrc en la comparant auec lesloix de Satan, outâtde malheureux ont vefeu fi miferables. Elle peut mefme feruir pour defcouurir l’orgueil, Icnuie, les tromperies, & les embufehes du diable, qu’il exerce contre ceux qu’il tient captifs, veu que d’vn collé il veut imiter Dicu,&:fairc côparaifon Mm Histoire natvreiie âucc luy,& fa faindc Loy, & d’autre cofte il tremefle en fes adcs,tantdevanitez, d’ordures, & de cruantez, comme celuy qui n’a point d’au-* treexcrcice,quederophiftiquer, & corrompre toutcequicftbon.Finablemét qui verra leste- nebres acTaueuglemenc auquel tant de grandes prouinces,&Royaumes,ontvefcu Ci long temps & que beaucoup de peuples, voire vne grande partie du môde,viuent encor deçeus de fembla- bles tromperies, ne pourra, (fil ale cœur Chre- ftien ) qu’il ne rende grâces au tref-haut Dieu, pour ceux qu’il appelle de fi grandes tenebresà l’admirable lumière de fon Euangile, fuppliant Êimmcnfe charité du Créateur qu’il les côferue, si augmente en fa cognoilTance,& en fon obeif* fancé,& que de mefme aufli il fe contrifte, pour ceuxquitoufîoursfuyuentle chemin de perdi- tion Æt qu’en fin il fupplie le Pere de mifericor- de, qu’il’ leur defcouure les threfors,&richeire$ de lehis Chrift, lequel auec le Pere, & le S. Ef- prit, régné par tous les ficelés Amen, •?£» m livre sixiesme de LHISTOIRE NATVREL- Ic & morale des Indes. ' Chapitre premier. l opnion de ceux là ejl faufe tiennent qj4.e les In- • diens ont faute d* entendement. Y A N T traitté cy uant de la religion dot vfoientles Indiens, ic prétends eferire en ce liure de leurs couftu- mes,police,& gouuer- nemêt.poiir deuxfîns, IVneafind’ofterlafau fe opinion, que l’on a communément d’eux, qu’ils font homes grolîîers & brutaux, ou qu’ils ont 11 peu d entendement, qu’à peine meritenc ils qu’on die qu ils en ayent.D’où vient que l’on leur fait plufieurs excez & outrages en fe feruàs d’eux prefque en la mefme façon,que fi c’eftoiet belles brutes, Sc les reputans indignes d’aucun refpea:, qui eft vnfi vulgaire , & fi pernicieux erreur ( ainlî que le fçauent fort bien ceux qui auec quelque zele, & confideration , ontehe- miné parmy eux, & qui ont.veu & cogneu Min ij Histoire NAivRELiE leurs fecrcts , & confciis) & d’autre part le peu de cas que font de ces Indiens, plufieurs qui j penfentfçauoir beaucoup , & neantmoins qui ! font ordinairemenL les plus ignorans, & plus j prefomptueux , que ic ne voy point de plus > beau moyen pour confondre celle pernicicu- ; fe opinion, qu’en leur deduifant l’ordre & fa- j cou de faire qu’ils auoient au temps qu’ils vi- i noient encor fonbs leur loy, en laquelle com^ ; bien qu’ils eulfent beaucoup dechofes barba- res,& fans fondement, neantmoins ils en auoiét beaucoup d’autres dignes de grande admira- | tion , par lerquellcs l’on peut entendre qu’ils : ont le naturel capable de rcceuoir toute bon- ^ ne indrudion , & de fait ils furpalîent en quel- | ques chofes plufieurs de nos Republiques. Et \ n’cft point chofe de merucillc, qu’il y ait eu en- ( tr’eux de Û grandes & fi lourdes fautes , veu j qu’il y en a eu aulfi entre les plus fameux legif- J lateurs , & Philofophes,( voire fans excepter j Lycurgue ny Platon.)Et entre les plus fages Re- i publiqueSjComme ont ellé la Romaine, & l’A- 1 thenicnne, où l’on peut recognoillredcs cho- | fes fl pleines d’ignôrance, Ôc fi dignes de rifee, qu’à la vérité fi les Republiques des Mexi- i quains & Inguas eulfent efté cogneues en ce temps des Romains, & des Grecs, leurs loix 8c gouuernemens, eulfent |fté beaucoup eftimez ; d’eux. Mais nous autres à prefent ne confide- | rans rien de cela, y, entrons par l’efpéc,fans les j oLiyr, ny entendre , nous perfuadans que les chofes des Indiens ne méritent point qu’on en face ellimc autre, que comme l’on fait dvnc Di« Indes. Liv. VI. 275 vcnaifon prinfe en la foreft,qui ait efte amenée pour noftre feruiec & palTetemps. Les hom- mes plus profonds , & plus diligents , qui ont pénétré & atteint iufqùes à la cognoiflanec de leurs fecrets, couftumes &gouuernemcnt an- cien , en ont bien autre opinion. & f cfinemeil- lenr de Tordre , ôc du dilcours quia efté entre eux. Du nombre dcfqnels eft, Polo Onde^ guardio , lequel ie fuis communément au dif- coiirs des chofes du Peru,& pour celles de Me- xique IcandeToüar ,quiauoiteu vnepieben- dc en 1 Eglife de Mexique , &auiourd’buy efi: religieux de noftre compagnie de leftis , lequel parle commandement du Viçeroy Dom Mar- tin Enrriques , a fait vn diligent(& ample re- cueil des hiftbires decefte nation, & pluiîeurs autres graues & notables perfonnages, lef- quels tant par parole , que par eferit, m’ont fuffifamment informé de toutes ces chofes, queie raconte icy. L’autre fin ôc intention, & Je bien qui fe peut enfuiure par la cognoifTan- ce de ces loix , couftumes , & police des In- diens , eft afin de leur aider,& les régir par les mefmes loix & couftumes, attendu qu’ils doi- uent eftrc gouuernez félon leurs couftumes Ï >riuileges , entant qu’ils ne contreuiennent à aloy de Chrift , & de fa fainde Eglife,qu’on leur doit conferucr & entretenir, comme leurs loix principales. Car Tignorance des loix ôc couftumes a efté caufe , que Ton y a commis plufieurs fautes de grande importance: parce que les iuges, Ôc Gouuerneurs ne fçauent pas bien comment ils doiiient donner iugeraent,6ç iij Histoire natvrelle y régir leurs fuiets. Et que outre ce que c’efl: leur faire vn grand tort , & aller contre raifon, ce nous eft choie preiudciable & dommagea- | ble , par ce que de là ils prennent occafion de nous abhorrer , comme gens qui en tout foit i au bien ou au mal, leur auonsefté, Ôc fommes toufiours contraires. Ve U JiiffutAtîon des temps , du lÇaîe»dner du- ipuel vfoyent les Mexiquams. Chapitre I î. Our commécer donqitcs par la di^ uifion &fupputation des temps, ; que les Indiens faifoycnt(enquoy * certes lo peut recognoiftre vn des ; plus grands lignes de leur viuacirc, ; & bon entendement) iediray premièrement de quelle maniéré les Mexiquains côtoyent & di- uifoyent leur année, de leurs mois,de leur Ka- lendrier , de leurs contes , des lîeçles & des aages . Ils diuifoyent l’an en dixhuit mois, à cha- cun defquels ils attribuoyent vingt iours, en- quoy les trois cens foixante iours font accom- I pliSjfans comprendre en aucun de ces mois les , cinq iours,qui relient du fyrplus, faifant 1 accô- plürementdel’an entier.Mais ils les contoyent ; à part,& les appelloyent les iours de rien,duraiit ^ lefquels le peuple ne faifoit aucune chofe , 6c j n’alloycnt pas mcfmes en leurs temples, mais ils ; foccupoyent feulement à fe viliter lesvns les j autres,perdansainlile téps, &lesfacrilicatcurs i du temple celToient aulïi defacriher. Aptes ces ! DES Indes. L IV. VI. cinci iours paiTcz , ils rccômcnçoient leur côte de Tan , duquel le premier mois,& le cômcnce- menteftoit enMars,quandles fueilles cômen- çoient à reuerdir, encor qu ils prinlTcnt trois iours du mois deFeurier.car leur premier iour de l’an citoit corne le vingt fixiefmede Feurier, ainfî qu’il appert par leur calendrier, dedans lequel mefme le noftre eft comprins, de em- ploie d’vn fort ingénieux artifice,& fut fait par lesanciens Indiens, qui cogneurent les premiers Efpagnols. l’ay veu ce Kalendricr, & l’ay encor en ma puiffance, qui mérité bien d’eftre veu, pour entendre ledifcours, de l’indufttie(, qua- lioient les Indiens Mexiquains. Chacun de ces dixhuid mois auoitfon propre nom,& fa pro- pre peinture, qu’il prenoit communément, de la principalle fefte qui fe faifoit en ce mois , ou de la diuerfité du temps, que l’an caufe en iceux. Ils aupient en ce Kalendrier , certains iours marquez ôc deftinez pour leurs feftes, & con- toient les fepmaines,de treize iours,en y remar- quâts les iours, par vn zéro, qu’ils multiplioient iufques à treize, & incontinent recômençoient à conter , vii deux ôcc. Ilsremarquoicnt aufli les années' de ces roues , par quatre lignes., ou figures,attribuans à ^haain an vn ligne , donc IVneftoit d’vne maifon,l’autrc d'vnconnin, le troifîefme d’vn rofeau, & le quatriefme dvn caillou. Ils les peignoient,de celle façon,deno- tans par icelles figures l’an quicouroit, difants à tant demaifons,ouà tantde caillous , de telle roiie,fucceda telle chofe. Car l’on doit fcaiioir, que leur roiie, qui efloit coiume vn fiecle , con^ Mm iiij \ /À Histoire natvreilb tenoit quatre fepmaînes d’annees, eftant cha- cune fepmaine de treize ans^qui accompliflbicc en tout cinquante deux ans. Ils pcignoient au milieu de cefte roue, vn Soleil, d’oùfortoient en croix, quatre bras ou lignes iufques à la cir- conférence de la roüe, dcfaifoienrlcur tour en telle façon que la circonférence cftoit diniféc en quatre parties cfgalles , chacune dcrqucllcs auec Ton bras, on ligne , auoit vne couleur par- ticulière, & differente des autres , & eftoient les quatre couleurs, vert,azuré;rougc &iaunc. Chaque portion de ces quatre , auoit treize fe- paradons,qui auoient toutes leurs fîgnes,ou fi- gures particulieres,dcmaifon,oudeconnin, ou derozeau ou de caillous, fignifiant parchafquc ligne vne année,&en tefte de cefigne, ilspei- gnoient ce quieftoit arriuéceftanlà.Ceftpour quoyie veids auCalendrierVquei’ay dit, l’an- née, en laquelle les Efpagnols entrèrent en Me- xique , marquée par vne peinture dVn homme veftu de rougCjànoftre mode,car tel eftoit l’ha- bit du premier Efpagnol, qu’enuoya Fernand Cortès, au bout de cinquante deux ans, que fe fermoir, & accomplilFoit la roüe. Ils vfoient d’vne plaifante ceremonie,qui cftoit que la der- nière nuit, ils rompoient tous les vafes,&vten- files qu’ils auoient, &eftaignoient tout le feu, 6c toutes les lumieres,difans, que le monde de- uoic prendre fin, à raccomplilïèraentd Vne de ces roues, & qued’auanture , ce pourroiteftre celle où ils fe trounoient.Car (difoient ils) puif- que le monde doit alors finir, qu’eft-il plus dé befoing d’ajpprefter de viande, ny de manger? I i DIS ÎNDESÎ LiV. VL '277 Ccft poiirquoy ils n’auoiejit plus que faire de vafes, ny de feu. Sur çefte opinion ils paflbient jtoutc la nuid , en grande crainte, diians, quç peult cftre il ne viendroit plus dciour,&veil- foient tous fort attentiuement pour voir quand ieiour viendroit : maisvoyans quel’aubeconn- rnençoit à poindre, incontinent ils battoienc plufieurs tambours fonnoient des buccines, des fleutes, & autres inftrumens de refiouiiran- ce 6c allegreflè , difans que défia Dieu leural- longeoit le temps d’vn autre fiecle,quieftoient cinquante deuxans.EtaJorsils recommençoiéc vneautre roue. Ils prenoieht , eh ce premier ipur, 6c commencement duriecle,dufeunou- ueau, & achetoient des vafes,&:vtenj[iles neufs pour apprefterla viande,&alloient tous quérir ce feu nouueau, chez le grand Preftre, ayants fait auparauantvncfollemnelle proceffion,d’a- diondegraccs pour la venue du iour, & pro- longation dVn autre fiecle. Telle eftoitleur fa- çon, &maniere de conter les années, les mois les ftpmaines,&les fiecles. Comment lesE^is îngunu contoientles Çr lei mots, Chap. III. Ombien que cefte fuppuration dcf temps, praticquee entre les Mexic- quains foit allez ingenieufe 6c cer^ taine,pour des hommes , qui n’a- toutesfofs. Histoire natvrelie il me femble qu’ils ont eu faute de difeours , & de confidetationiii’ayants point fondé leur con- te fur le cours de la Lune ny diftribué leurs mois félon icelle, enqiVoy certainement ceux du Peru les ont furpaflczjpource qu’ils partoient leür an en autant de iours, parfaidlemét accomplis,cô- me nous faifonsicy, &lc diuifoient en douze mois, ou Lunes, efquels ils employoient, & con- foramoient les vnze iours, quireftentdela Lu- ne, ainiî que l’efeript Polo. Pour faire leur con- te de 1 an feur 6ccertain,ils vfoient de cefte indu- ftrie*, que aux montagnes, qui eftoient au tour de la Cité de Cufco ( où fe tenoit la cour des Rois î nguas,& le plus grand fanduaire des roi- aumes, Comme fi nous difions vue autre Rome) il y auoit douze coulomnes, affifes par ordre, en telle diftance,lVne de l’autre, que chafquç mois, vne de ces coulomnes remarquoit le le- uer, & coucher du Soleil. Ils les appelloienp Succanga,& par le moieii d’icelles, ils enfei- gnoient, &annonçoient les feftes, (Scies faifons propres à femer, à recueillir , & à faire autres chofes, Ilsfaifoientde certains facrifi.ces à ces pilliers du Soleil, fuiuant leur fuperftition. Cha- que mois auoit fon nom propre, & fes feftes particulières. Ils comraençoientran parlan- iiier, comme nous autres, mais depuis vnRoy Ingua, appellé Pachacuto,qui fignifie reforina- teurdu Temple, fit commencer leur an par Dé- cembre, à caufe(comme ieconiedure) qu’alors le Soleil commence à retourner, du dernier point de Capricorne, quicftle Tropique, plus proche d’eux. le ne fçay point,queles vus ny DES Indes, Liv. VL 27S les autres, ayent remarqué aucun Bifexte, con- bien que quelques vns dient le contraire. Les fepmainesque contoient les Mexicqiiains n’c- ftoientpas proprement fcpmaines, puisqu’el- les n'eftoient pas defeptiours, auflî les Inguas n’en firent aucune mention, ce qui n’eftpas de mcrueilie, attendu quelecontedclafepmaine, n’eftpas fondé fur le cours du Soleil , comme celuy delan,ny fur le cours delà Lune,commc celuy des mois, mais bien entre les HeLrieux eft fondé fur la création du monde, que rappor- te Moyfe,& entre les Grccs,& les Latins, furie nombre des fept Planètes , du nom defquelles mcfme, lesioursde la fcpmainc ont prins leur nom. Ncantmoins c’eftoit beaucoup à ces In- diens, eftans hommes fans Hures, & fans lettres comme ils font , qu’ils eulPcnt vnan,des faifons &desfeftes, fi bien ordonnées, comme il eft ditcy delîus. Qml'onr^A ^oïnt trouué Aucune nAÙm d'indiens t^ui vfajl de lettres. Ch A P. IIII. Es lettres furent inuentées pour reprefenter & fignifier proprement les paroles que nous prononçons, ainfi que les paroles raefmes ( félon le Philofophe) font les fignes & marques pro- pres des conceptions & penfées des hommes. Et l’vn & l’autre ( ie.dy les lettres & les mots) ont efté ordonnez pour faire entendre les cho- fes.La voix pour ceux qui font prefents, (Scie? Histôire NATVRELLE lettres pour lesabfcns,& pour ceux qui font à venir. Lcs'fîgncs Ôc marques qui ne font pas propres pour fignifierles paroleSjmaislcscho- feSjne peuucnt eftrc appeliez, ny nefoint point à la vérité des lettres , encor qu’ils foent; ef- crits. Car I on ne peut dire quvne image du Soleil peint , foit vne efcriturc du Soleil, mais feulement vne peinture : autant en eft- il des autres lignes & charaderes qui n’ont au- cune reflèmblance à la chofe, mais qui feruent tant feulement de mémoire. Car celuy qui les inuenta ne les ordonna point pour fignifier des paroles:mais feulement pour dénoter vne cho- fe. On n’appelle point aulïices charaderes let- tres n y eferitures , comme de fait ils ne le font pas . mais pluftoft des chiffres ou mémoires, ainfi que font ceux dont vfent les Spheriftes 6c Aftrologues.pour fignifier diuers fignes oùpla- nettes de Mars, de Venus, de Iupiter,&c.TcIs charadercs font chiffres 6c non -pas lettres, pourautantque quelque nom que Marspuiffe auoir en Italien , François,cnEfpagnol, touf- iours ce charaderelc fignifierce qui ne fe trou- ue point es lettres : car iaçoit qu’elles déno- tent les chofes, c’eft par le moyen des paroles: D’où vient que ceux qui n’en fçauent la lan- gue, ne les en tendent pas, comme pour exem- ple, le Grec ny l’Hebrieu ne pourra pas com- prendre ce que fignifie ce mot Sol, iaçoit qu’ils levoyent efcrit,pour ce qu’ils ignorent le mot Latin. Tellement que l’efcriture & les lettres font feulement pratiquées par ceux, qui auec icelles fignifient des mots ; car fi irntriediate- DES Iî 4DES. tiV. V t mctit elles fignifîcnt les chofes , elles ne font plus lettres ny efcritureSjtnais des chiffres ôc des pcintureSjdecjuoy l’on tire deux chofes bien no- tablcs.L’vne ,que la mémoire des hiftoîres&an- tiquitez peut demeurer aux hommes par Ivné de ces trois maniérés, ou par les lettres&efcritu- res,commcil a efté pratiqué entre les Latins les Grecs; les Hebrieux & beaucoup d’autres na- tions, ou par pcinturc,comme l’on a vfc prefque en tout le monde-.car il eft dit au Concile de Ni- ce fécond. Lafe'mmreefivn Hure four les idiots qui neJçAuent ItreyOn par chiffres& charaâ:ereSjCom'- me le chiffre fignifie le nombre de cent, de mil & autres fans fignifier cefte parole de cent,ou de mil. L’autre chofe notable que l’on en peut tirer eft celle qui f eft propofée enccchapitre,àfça- uoir que nulle nation des Indes defcouuertes de noftre téps,n’a vlé de lettres ny deferiture, mais de deux autres manieres,qui en fontimages&fi- gures. Ce que i’entens dire non feulement des Indes,du Pei u&: de la neufue Efpagne,mais auf- fi du lappon &de la Chine.Et bien que ce que ic dis parauanture pourra fembler à quelques vus cftrc fauxjveu qu’il eft rapporté par les difeours qui en font eferits, qu’il y a de fi grandes Librai- ries & vninerfîtez en la Chine & au lappon , & qu’il eft fait mention de leurs Chapas, lettres & expéditions, toutesfois ce que ie dy eft chofe vé- ritable, ainft qu’on pourra entendre par le dif- eours fuiuant. Histoire natvrelié Ve U façon des lettres 0* des Hures dont vfoientles chinois. Ch a p. V. Ly enaplufieursqnipenrenr, &eft bien la plus commune opinion, que les efcritures dont vfent les Chinois font lettres, comme celles dontno** vfons en Europe, & que par icelles i on puilTe cfcrire les paroles Ôc difcoucs, & que feulement ils different de nos lettres & efcritu^ j resenladiuerfitédes charadtercs , comme les î GrccsdifterentdesLatins, & les Hcbreux des Chaldeâs.Mais il n’en eft pas ainfi,pource qu’ils n’ont point d’ Alphabet, ny n’efcriuent point de letrres,mais toute leur efcriture n’efl: autre cho- fc que peindre & chiffrcr,& leurs lettres ne fi- ■ gnifîent point des parties de didUons, comme font les noftres, mais font des figures & repre- fentations des chofes, comme du Soleil, du feu, d’vn homme de la mer, & des autres chofes. Ce qui appert euidemment, parce que leurs efcri-_ türcs ôc Chapas font entendues d’eux tous, co- bien que les langues, dont parlent les Chinois, foienten grand nombre, 5efort differentes entre ' elles, en la mcfme façon que nos nombres de chiffre font entendus cfgallement en François, en Efpagnol,& en Arabie. Car celle figure 8. ou • , quecefoitfignifiehui6b,encorque le François appelle ce nombre d’vne façon, 6c l’ElpagnoI DES Indes. Liv. VI. . 2S0 dVneautre.D’où vient que les chofes eftans de foy innumerablesjes lettres aiiffi ou figures dot vfent les Chinois jpour les dénoter fon t; prefque infiniesitellementque celuy qui doit lire ouef- crire à la Chine(commc fôtles Mandarins) doit fçauoir & retenir pour le moins quatre vingts cinq mil charaderes ou lertrcs,& ceux qui font parfaits en cefte ledure en fçauentplusde fix vingts milChofe prodigieufc ôc cftrange, voire qui feroit incroyablejfi elle n’eftoit atceftée par des pcrfonnes dignes de foy, comme les peres de noftre compaguie , quifontlàcontinuellc- menrjapprenans leur langue &efcriture, & y a plusdedixans,quedenuid&de iour ils feftu- dientàcecy,auecvn perpétuel trauail. Car la charité de Chrift,& le defir de la faluation des ames/urmonteeneux tout ce trauail & diffi- culté, qui eft la raifon,pour laquelle les hom- mes lettres font tant eflimez enla Chine, à caufe de la difficulté qu’il yaàles comprendre, ^ ceux la feulement ont les offices de Manda- rins,Gouuerneiirs , luges & Capitaines. Pour cefte occafioii les peres prennent beaucoup depeine de faire apprendre à leurs enfans à li- re &efcrire.ll y a grand nombre de ces efchol- les où les enfans font inftruits,& où les mai- ftres les font eftudier de iour, & le pere de nuit en la maifon . T ellement qu’ils leur endomma- gent beaucoup les yeux, ôc les fouettent fort fouuent auec des rofeaux , bien que ce ne foit pas de ces rigoureux, defquels ils fouettent les mal-faideursj Ils appellent cela la langue Ma- darine,quiabefoinderaagc dVn homme pour Histoire natvrelle eftrc comprinfe : & doit-on fçaiioir qu’cncor que la langue,de laquelle parlent les Mandarins foie particuliere,& differente des vulguairesjcf^ quelles font en grand nombre,& qu’on y eftudic comme Ton fait par deçà en Latin ôc en Grec,& que les Ictrrcz qui font par toute la Chine lafça- uenr,& entendent tant feulement: fi eft- ce tou- tesfois que tout ce qui cft eferit en icelle,eft en- tendu en toutes les languc?,&iaçoit que les pro- uinccs ne fentr’entendent point de parole les vnes les autres, toutesfois par cfcritilsfentr’- cntendentfvnfautre,carilnyaqu Vneforte de figures ou carad:eres pour toutes, qui fignifie v- ne mefmc chofe, mais non pas vn mefmc mot | ny prolation , veu que comme i ay dit, ils font 1 feulement pour dénoter les chofes, & non pas j les paroles, comme l’on peut facilement enten- j dre par Tcxcraple des nombres de chiffre. C’eft i pourquoy ceux du lappon ôc les Chinois li- i fent ôc entendent fort bien les eferitures les î vns des autres : combien que ce foient des na- tions, & des langues fort differentes. Que s'ils parloicntce qu’ils iifent, ou eferipuent, ils ne le pourroient pas entendre. Telles font donc les lettres, & les liures dont ^tfent les Chinois fi renommez au monde. Pour faire leurs im- prefïîons , ils grauent vne planche, des figures qu’ils veulent imprimer.Puis en eftampent au- ; tant defueillcs de papier qu’ils veullent, de la I mefmc façon que l’on fait icy les peintures, qui | font grauées en du cuiure, ou dubois. Mais quelque homme d’entendement pourra deman- der , comment ils pcuuent fignifier leurs con- ) ceptions Dis Indes. Liv. VI. 281 ceptîons par des figures qui approchent, ou refi- femblent à la chofe qu’ils veulent reprefentcr, CGpïîme de dire que le Soleil efchauffe, Ou qu’il a regarde le Soleil, ou que leiour eft du Soleil. FinalementjCommentillcur eft pofîible de^'dc- noter par de mefines figurcs,les cas, les conion- âions,& les articles qui font en plufîeurs lan- gues Sc efcritures.Ie rcfponds à cela,qudlsdi- ftinguenr,&fignifientccftevarieré par certains poinds rayez & difpofitions delà figure.Mais il eft difficile d entendre cotnment ils peuuent ef- < crire en leur langue des nomspropres, fpcciale- mentd’eftrangers,veu que ce font chofes que ia- mais ils n’ont vcues,& qu’ils ne peuuent inuen- ter des figures qui leur foient propres, l’en ay Voulu faire l’cxpericnce me trouiumt en Mexi- que auec des Chinois, ôc leur dy qu’ils eferiuif- fent en leur langue cefte propofition. lofcph d’Acofta eft venu du Peru,&: autres femblables, furqUoy le Chinois fur vn long temps penfif^ mais en fin il fefcriuit.Ce que d’autres Chinoisi leurentapres,bicnqLi’ilsvariairentvn peu en la prononciation du nom propre. Car ils vfertt de ceft artifice pour eferire le nom propre,qu’ils cherchent quelque chofe en leur langue qui aye relfemblanceàcenom, & mettent la figure de cefte chofe. Et comme il eft difficile entre tant de noms propres, de leur trooüer deschofès qui leur portent reircmblance en laprolation : auffi leur eft-ce chofe fort difficile & fort laborieufe d’eferire tels noms.Sur ce propos le pere Allon., fe Sanchez nous contoit que lors qu’il eftoir en ia Chine,6c que i on le raenoit en diuers Tribu- ' ' Nn Histoire natvrelie naiix, de Mandarin en Mandarin ,ils eftoieni fort long temps à mettre Ton nom par efcrit en leurs Chapas,toutesfois ils rcfcriuoient en fin le nommans en leur façon, & tellement ridicule, c façon de peindre ou chiffrer. Ve U façon des lettres O' eferitures dmÿ .Chap. vil ’On trouuequ’il y a entre les nations de la neufucE^agnevne grand’ co- gnoiffance, & mémoire defantiqui- té. C’eftpourquoy, recherchant de quelle façon les Indiens auoient conferué leurs hiftoircs, ôc tant de particularitez,i’apprisque encor qu’ils ne fuffent point fi fubtilsny fi 4 :u- ont vfe les MexK^mms, DES Indes. Liv. VI. lîi deux comcfotît les Chinois & les lapponnois, fl cft-ce qu’ils auoient entr eux quelque forte de lettres & de liures, par lefquels ils confer- uoient à leur mode les chofes de leurs prede- celTeurs En la prouincede Yu-latan,oùcftl’E- uefehé, qu’ils appellent de Honduras il y auoit des liures de fueillcs d’arbres à leur mode ployez & efquarris , efquels les fages Indiens tenoiçnt comprinfes & defduittes la diftributio de leurs temps, la cognoilfancedes Planettes, des animaux ôc des autres chofes naturelles, auec leurs antiquitez: chofe pleine de grade eu- riolitc &diligence.ll femblaà quelque Pédant que tout cela eftoicvn enchantement & art d,c' Magie,&fouftint obftinémenc que l’on Icsde- uoit brufler, de forte qü’ils furent mis au feu. Ce que du depuis non feulement les Indiens recogneurent auoir efté mal fait, mais aulli les Efpagnols curieux qui defiroient cognoiftre lesfccrets du pays. lien eftarriuc autant es au- tres chofes , car les noftrcs penfans que le tout fufl: fuperftition,ont perdu plufeurs mémoires des chofes anciennes & ficrées, qui pounoient beaucoup profiter* Cela procédé d’vn zelefoi & ignorant, qui fans fçauoir ny vouloir enten- dre les chofes des Indiens , difenc ( comme à charge clofc ) que ce font toutes forcelleries, & que tous les Indiens ne font que des yuron- gnes , qui font incapables de fçauoir ny d’ap- prendre aucune chofe. Car ceux quife font voulus diligemment informer d’eux, y ont trou- ué beaucoup de chofes dignes de confidera- tipu. Vu de noftrc conupagnie de l £ s v s, hom- Nn iij Histoire natvrelle me fort accort & expérimenté, aflcmblacnk prouince de Mexique les anciens de Tefcuco, de Tulla,&de Mexique,& conféra fort ample- ment aiicc eux, lefquels luy monftrerent leurs liurcsjhiftoires, & Calédriers, qui eftoient cho- fes fort dignes de voir, pource qu'ils auoient leurs figures, & Hieroglyficqucs, par Icfquelles ils reprefentoient les chofes en celle maniéré. Celles qui auoient forme, ou figure eftoient re- prefentees par leurs propres images, & celles qui n’en auoient point, eftoient reprefentees par des charaéleres qui les fignifioient,& par ce moyen ilsfiguroient, & eferipuoient eequiis vouloienr.Etpour remarquer le temps auquel quelque choie arriuoit, ils auoient ces roiies peintes, car chacune d’icelles contenoit vn fic- cle,qui eftoit cinquante deux ans,comme a efte dit cy-ddîus,& au cofté de ces roiies, ils pei- gnoient,auec ces figures & chara6leres,àl’en* droit de lanncCjles chofes mémorables qui ad- ueiioient en icelle. Comme ils remarquèrent hannee , que les Efpagnols entrèrent en leur pays,en peignant vn homme aucc vn chapeau, ôc vne iuppe rouge, au figne du rorcau,qui cou- roit alors. Et ainfi des autres accidens. Mais pource que leurs Eferitures & charaderes n’e- ftoientpas fi ruffifans, comme nos lettres &ef- cricurcs, ils ne pouuoicnt exprimer défi prés les parolles , ains feulement la fubftance des conceptions.Et d’autant qu’ils auoient accou- ftumé de raconter par cœur des difcours,& dia- logues compofez par leurs Orateurs, & Rheto- riciens ancicns,& beauco^up de Chapas drdîcz;. isis Indes. Lfv. VI. 284 jparlcurs Poetes ( ce qui cftoitimpofîîblc d’ap- prendre par les Hiéroglyphiques , ôc charade- res) les Mexiquains cftoient fort curieux, que leurs enfans apprinflent par mémoire ces Dia^ logucs âc comportions. Araifon deqiioy ilsa- uoient des efcholes & comme des colleges, ou reminaires,où les anciens enfeignoient aux* enfans,ccsoraifons,& beaucoup d’autres cho- fes, quife conferuoient entr’eux, par la tradi- tion dcsvns aux autres, aulli entièrement com- me fi elles euffent efté coüchées par eferit. Spe- ciallemenr les nations plus renommées auoient foing,que leurs enfims ( qui auoient inclination pour eftre rhctoricicns & exercer l’office d’o- rateurs J apprinfiènt de mot à moi ces haran- gues. Tellemewt que quand les Efpagnols vin- drent en leur pays,& qu’il? leur eurent enfeigné à lire ôc eferire noftre lèttre , plufienrs de ces Indiens efcriuirent alors cef harangues , ainfi ^ que le refmoignent quelques hommes graues qui les leurent. Ce qui eft dit poiirce que ceux qui liront cnlhiftoire Mexiquaine, detelsdif- cours longs ôc elegans , croiront facillement qu’ils font inuentez des Efp3gnols,& non pas reallement prins , ôc rapportez des Indiens. Mais en ayant cogneula vérité certaine, ils ne laifieront pas d’adioufter foy , comme c eft I.1 raifon,à leurs hiftoircs.lls eftriuoient auffi ces mefmes difeours, àleurmodc, par des images, & charadlcres , ôc ay veu pour me faisFaireen cet endroit, l«s oraifons du Pater nofter^ ôc Aue Maria, Symbole , &confeffion generalle, efcriptes en cefte façon d’indiens. Et à la vérité Nn iiij Histoire natvreiie quiconque les verra, s’en ermerueillera. car , pour fîgnifîer ces paroles, MÏS ÎND.Es' Liv. VL filez qui me femble^rcnc quelque peu «îifferens, clic me dijft que c’eftoient certaines circon- ftanccs,quc le péché rcqueroit pour eftre cn- rieremeiit confeffé. Outre ces qiiipposdefil, ils ont vne autre comme maniéré d’eferire auec de petites pierres, par le moyen derquelles ils apprennent punduallement les paroles qu ilç veulent fçauoir par cœur.£teft vne chofe plai- fante de voir les vieillards & caducs, auec vns rôtie faite de petites pierres, apprendre le Pater^ nofler^ auec vne autre Maria, Ôc auec vne autre le Creds^Sc de retenir quelle pierre eft qui futconçeuduS. Efprityôc hqueWe, J9u0itfiu{>s Ponce eftaulïl vne chofe plaifante,deles voir corriger quand ils faillent, car toute la corre- dion ne gift , qu’à contempler leurs petites pierres , & feroit vne de ces rodes fumfante pour me faire oublier tout ce que ie fçay par cœur. Il y a vn grand nombre de ces rodes aux cimetières des Eglifes , pour cet effed. Mais c’eft chofe quifemble enchantement , de voir vne autre forte de Quipos, qu’ils font de grains de mays.Carpour faire vn conte diffici- le , auquel vn bon Arithméticien feroit bien empefehé auec la plume, & pour faire vne par- tition , afin de voir combien vn chacun doit contribuer , ils tirent tant de grains d’vn co- fté , & en adiouftent tant de l'autre, auec mil autres inuentions Cesindiçns prendront leurs grains , ôc en mettront cinq d’vn cofté, trois d’vn autrCj&huiden vn autre, & changeront vn grain d’vn cofté, & trois d’vn autre. Tellc- luent qu’ils fqrtept auec" leur conte çcruin^ Histoirï NAT?RELLE fans faillir dVn point* Et fè mettent pluftoft à laraifon par ces Quippos^ur ce quvn chacun doit payer, que nous ne pourrions faire nous autres aueclaplun:;ie. Par cela l’on peut iager filsontderentendemcnt,& fi ces hommes font beftes. De ma part ie tiens pour certain qu’ils nous furpaflenc és chofes où ils fappliquenc. Del* ordre ([u>e les Indiens temj/ent en leurs efentures. Ch AP. IX. L fera bon d’adioufter icy, ce que jnous auons remarqué, touchant! les Icfcriturcs des Indiens: car leur façon [n’eftoit pas d ’eferire auec vne ligne -fuyuie, mais du haut en bas , ou cii rond. Les Latins & Grecs efcriuoyent du cofté gauche au droit, qui eft la commune, & vulgaire façon dont nous vfons. Les Hebrieux au con- traire commençoyent de ladroite à la gauche, c’eftpourquoy leurs liures commencent où les noftres finiïLent.Lcs Chinois n’efcriuent pas,ny comme les Grecs , ny comme les Hebrieux, mais de haut en bas, car comme ce ne font pas des lettres, mais des diétions entières, & que chaque figure, ou charaétere fignifie vne cho- fe, ils n’ont point de befoing d afièmbler les parties des vnes auec les autres , & ainfi peu- uent ils bien eferire du haut en bas. Ceux de Mexique pour la raefme raifon n’efcriuoient pas en ligne, d’vn cofté àTautre, mais au re- bours des Chinois commcncans en bas mon- BES IndÎs., Liv. VL i§7 toieftt toujours cil haür.lls fe fcruoient de cefte façon d'efcrircjaucontc des iours,& du refte des chofes qu'ils rcmarquoyent.Côbien que quand ils efenuoient en leurs roues, ou lignes, ils com- mençoient du milieu où ils peignoient le Soleil, ' &dclàalloient montans parleurs années, iujP- ques au tour, & circonférence de la roiie. Fina- blement il Ce trouue quatre differentes fbrteS d ’eferire, les vns efcriuans de la droite à la gau- che,les autres de la gauche à la droitte, les vns de haut en bas,& les autres du bas en haur,cn- quoy l’on voit la diuerfîté des entendemens hu- mains. Comment les Indiens enmjoient leurs ntejsagers, G H A P. X. Our. acheuer la façon qu’ils auoient d’eferire , quelqu'vn pourra douter auec raifon , comment les Roys de Mexique, & du Peru, auoient cognoif- farice de tous leurs Royaumes qui eftoient fi grands, ou de quelle façon ils pouudient defper- cher les affiiires qui fe prefenroiét en leur Cour, veü qu’ils n’auoiéntl’vfage d’aucunes lettres, ny d’eferire mifliucs.Sur quoy l’on peut eftrc fatif- fait dece doute,quâd on fçaura que par paroles, par peinturesjoupar ces mcmoriaux,ils eftoienc •fort fouuent aduertis de tout eequifepaffoir. Pour cet effeâ: il y auoit des hommes fort viftes, &difpos, qui feruoient de courriers,pour aller &venir,ldquclsilsnourriffoienten cet cxerci- Histoire natyreIlb Êe de courir dés leur enfance, & prcnoient peine qu’ils fulféc de lôguc halcine,afîn qu’ils peiilTent monter en courant vne montagne fort haute, fans fe lafiTer. C’eft pourquoy en Mexique ils donnoient le prix aux trois & quatriefmes pre- miers, qui montoient ces grands degrez du tem- ple,comme il a efté dit au liure precedent. Et eij Cufco,lors que fe faifoit leur foleranellc fefte de Capacrayme,lesnouices montoiét à qui mieux mieuxlerocde Yanacauri, &generalement l’e- xercice de la coLirfe a efté& eft encor fort en vla- ge.entre les Indiens. Q^nd il fe prefentoit vne affaire d’importance, iis enuoyoient dépeinte aux feigneurs de Mexique la chofe dont ils les vouloientinformer,ainfi qu’ils firent, alors que les premiers nauires Efp’agnols parurent à leur veüe,& lors qu’ils prindrent T oponchan. Ils e- ftoientau Perufort curieuxdes coutriers,&l’IiT gua en auoitpar tout Ton Royaume, comme des portes ordinaires, appeliez Chafquis , defquels fera traitté en fon lieu. De U façon degomernementyO^ des E^ys qu'ont eu les Indiens. C H A P. XI. \L ert affez expérimente que la chofe ’enquoy les Barbares monrtrent plus |lcur barbarifme ,eft en leur gouuer- ^lemenr , & façon de commander, pour ce que tant plus les hommes approchent »1S In D ÉS. Liv. Vî. zU âé la raifon, tant, plus leur gouuerncment cft humain,& moins infolent, &-lcs Roys &fei- gncursfontplustraittables, & faccommodenc mieux auec leur valTaux , en recognoilFants qu’ils leur font cfgaux en nature, 6c toutesfois inferieurs , en 1 obligation d’auoir foingdela Republique.Mais cntreles Barbares, tout y elt contraire, d’autant que Icurgouuernement elt tyrannique, & traittent leurs fubiets comme beftes , & de leur part veulent eftre iraittez comme Dieux. Pour celle occallon plulîeurs peuples & nations des Indes, n’ont point fouf- fert de Rop, ny de feigneurs abfolus, &fou- uerains,mais viuenten communauté, 6c créent & ordonnent cîes Capitaines, & Princes pour certaines occalions 'feulement , aufquels ils obeilTent durant le temps de leur charge , 6c apres ilÿ retournent à leurs premiers offices. La plus grande partie de ce nouiieau monde, où il n’y a point de Royaumes fondez , ny de Republiques ellablies , ny Princes, ou Roys perpétuels, fe gouucrncnt de celle façon jiaçoit qu’il y ait quelques feigneurs 6c principaux hommes, qui font elleuez entre le vulgaire. Ain£ ell gouucrnée toute la tcrredcChil!e,en laquelle les Auracancs,ceuxdcTcucapel, 6c an- rres,ontpar tant d’années refillé contre les Efo pagnols.Er de mefmcauffi toutlcnouucau Pvoy aume de Grenade, celuy de Guatimalla , les Ifles,toüte Ja Floride, le Brefij,Luiron, 6c d’au- tres terres de grande ellendüc, excepté qu’en plulîeurs de ces lieux , ils y font encore plus barbares, vai qu’à pcincy rccognpilîènriis de Histoire natvreile chef, mais tous commandent , & gouuerncnt en commun, n’y ayant autre chofe, que de la volonté , de la violence , de finduftrie , & du defordre, tellement que ccluy qui peut d’a- uanrage, commande & y a ledellus. il y a en Miide Orientale de grands Royaumes , bien fondez, & bien ordonnez, comme cftceluy de Sian,celuy deBifnaga, & autres, qui peuueut aifembler ôc mettre en campagne quand ils veulent, iufques à cent & deux cens mil hom- mes. Comme auffi le Royaume de la Chine,le- quel en grandeur &pui(ranccfurpafrc tous les aiitres,& dont les Roys, félon qu’ils racontent, ont duré plus de deux milans, pour le bel or- dre&gouuernementqu’ils ont. Mais en 1 Inde Occidentale, Ton y a feulement trouué deux Royaumes, ou Empires fondez, qui cftoient celuy des Mexiquains enlaneufue Efpagne,& ccluy des înguas au Peru. Et ne pourroispas dire facilement lequel des deux a efté le plus puÜÏânt Royaume , d’autant que Motecuraa fiirpaflToit ceux du Peru en édifices, & en la grandeur de fa cour. Mais les Inguas auffi fur- pafToient les Mexiquains en threfors , richef- fes,&en grandeur de prouinccs. Pour le re- gard de l’antiquité, le Royaume des Inguas l’eft d’auanrage , bien que ce ne foit pas de beaucoup, & me fcmble qu’ils ont efté efgau)^ en faits d’armes, & en viétoires. C’eft vne cho- fe certaine , que ces deux Royaumes ont de beaucoup excedé tout le refte des feigneuries des Indiens , defcouuertes en ce nouue au mon- de, tant en bon ordre ôc police,qu’cn pouuoir DÉS ÏN&ESl LtV. Vr. & richclîe,& beaucoup dauantagccn fùperfti- tion & feruice de leurs idoles , ayans plufîcurs chofes fcmblables les vues aux autres. Mais en vne chorc ils eftoyent bien différés, car entre les Mexiquains la fucceffion duRoyaume efloit par cfleâion, comme l’Empire Romain, & entre ceux du Peru^le cftoit héréditaire, Ôc fuyuoic fordre du fang , comme les Royaumes de Fran^ ce,& d’Efpagne. le traitteray donc cy apres de CCS deux gouuerncments , ( comme de la chofe principale, &■ plus CôgneUe d’entre les Indiens,) en tant qu’il me femblcra eftre propre à ce fub- ied,laifrantplufieurs chofes menues & proli- xes, qui ne font pas d’importance. c. VugoHuernement des ^s.O'Jngmsdi^ Pem, Chapït. XII. Ingua qui regnoit au Pera , cftant fils légitimé luyfuccedoir, & tenoyent pour tel , celuy qui eftoitnédcla principale femme de ringua , laquelle ils appelloyent Goya. Ce qu ilsonttoufiours obferué, depuis le temps d’vn Ingua , appelle Y upangui , qui efpoufa Ta foeur. CafcéSjRoys reputoyent pour hon- neur,d’cfpoufer leurs fœurs. Et bien qu’ils euT lent d autres feinmes, ou concubines, routes- fois la fijcccfiion du Royaume appartenbit au fils delà Goya. Il eft vray que quand le Roy Oo Histoire natvrelië | auoit vn frcre légitimé, il fuceedoit au deuant da £îls , & apres luy Ton nepueu , & fils du premier. Les Curacas & Seigneurs gardoyent le mefmc ordre de fucceflion, eu leurs biens ôc offices. Et faifoy ét à leur mode desceremomesj&obfeques | exceffiuesaudeffimd.Ils obferuoyentvnecou- ! ftumc,veritablemétgrande,& magnifique, qu’vit Roy,qui entroit auRoyaumc de nouueau,n'hc- i ritoit point d’aucune chofe des meubles , vten- ^ fi les, & tbrefors de Ton predecelTeur , mais il de- uoit eftablir fia maifon de nouueau,& afièmbler j de bor,de l’argent , ôc les autres chofes qui luy | cftoyent neceflaires , fans toucher à celuy du deffund , qui eftoit totalement dédié pour fon adoratoire , ou G uaca , & pour l’entretien de la famille qu’il laifibit , laquelle auec fa fuc- ceffioii s foccupoit continuellement aux fa- crifices , ceremonies , ôc feruice du Roy mort. Carauffi tofl: qu’il eftoit mort, ils le tenoyenc ^ pour Dieu,& auoit fes facrifices, ftatues , ôc au- tres chofes femblables. Pourcefte occafionil yauoitauPcru vnthrefor infiny, car vn cha- cun des Inguas , f’eftoit efforcé de faire que fon oratoire ôc threfor furpaffàft celuy de fes predeceffeurs, La marque , oU enfeigne , par laquelle il prenoit la poffeffion du Royaume, eftoit vn bourrelet rouge , d’vnc laine plus fine que foye , lequel luy pendoirau milieu du front 3 n’y ayant que Flngua feul , qui le pou- uoit porter, pour autant que c’eftoit comme la couronne , ôc diademe Royal. Toutesfois l’on poLiuoit bien porter vn bourrelet pendu au cofté, proche de l’oreille , comme quelques Î)es Indes. Lit. VL l'^o âigneurs en portoyent , mais Mngua feul le poimoicpoftei*au milieu du front. Au temps qu’ils prenoyent ce bourrelet / ils faifoyent desfeftesfort foîemnelles, &plufîeurs facrifi- ces , auec grande quantité de yafes d’or , & d’argentjgrand nombre de petites formes , ou images de brebis , faites d’or & d’argent , grand abondance d’eftophes de Cumby , bien efla- bourees, de fine ôc de moyenne , plufieurs conches de mer de toutes fortes , beaucoup de plumes riches ,& mil moutons, qui deuoyent eftre de diuerfes couleurs. Puis le grand pre- ftre prenoit vn enfant entre fes mains , del’aage defixàhuiétans , & prononçoit ces paroles, auec les autres miriiftrcs, parlant à la dame du Ymcoch^ySei^neurnétff t'ejfrens cela, afn.qudm nous tiennes en rtpos , er nous aides en nos guerres , «»- ferue mjîrefeigneur l’ingua, en fagrandeur , ejîat quil Aille toufiours augmentant, CT luy donne hauem^ de j^amir afin qu'il nous gouuerne.tlfc trouuoitdes hommes de tout le Royaume , &de tous les Guacas , & fanduaires à cefte ceremonie , ôc ferment. Et fans doute l’affedion & reueren- ce que ce peuple portoit aux Roy s Inguas^ cftoit for t grande, car il ne fc trouue point que iamais aucun des fiens luy ayé fait trahifon: pour autant qu’ils procedoyent en leur gou- uérnement, non feulement auec vnepuifiàncc abfolüe , mais aulTi auec vn bon ordre & iufti- ce, ne permettant pas qu’aucun y fuft foulé. L’Ingua pofoit fes gouuerncurs en diuerfes prouinces , entre Icfquels les vns eftoyent fu- pciicurs^ ôc qui ne recognoifibyent autre que O O ij O HiSTO 1 Rt NAT'y^REL LE îiijr, d’autres qui êftoyent moindres , & d’autres plus particuliers,aucc vn (i bel ordre, & vnc tel- le grauité qu’ils ne Fcnhardilïbycnt pas de fen- yurer,ny de prendre vn clpy de mays deleurvoi- lîn. Ces Inguas tenoyent pour maxime qu’il conuenoit touiiours entretenir les Indiens en occupation , de là vient que nous voyons encor auiourd’huy des chauflees des chemins , & des œuuresd’vn fort grand rrauail,lefquels ils difent auoir efté fai tes, pour exercer les Indiens,de peur qu’ils ne demeurafïènt oyfifs.Quand il conque- ftoitvne prouincede nouueau > il auoit ac-> eouftume d’enuoyer incontinent la plus grande parr,& les principaux des naturels de ce pays,en d’autres prouinces,ou bien en fa cour, & les ap- pellent auiourd’huy au^eru, Mitimas. Puis au lieud’iceux,ilenuoyoit d’autres de la nation de Cufco/pecialemcnt les Orciones , qui eftoyent c6me les Cheuallicrs d anciéne maifon. Ils cha- ftidyét rigoureufement les crimes, & délits, c’ell pourquoy ceux qui ont cogneu quelque chofe de cela font bien d’opinion qu’il n’y peut auoir de meilleur gouucrncmcntpour les Indiens^ ny plu? affeiiré que celuy des Inguas. I I I B ES Ind es* Liv. VL’ 2fl VeîéàifirHutionfieîes Ingu/i^fAifoienPde lenrs VAjfAUX, Chap, xiir. L ' . O V R p^rticularifer d’auantagc ce que [ i ay dit cy deflüs,ron doit fçauoir que ; la diftributiôn quefairoient les haguas Ide leurs valTaux, elloitü exaéte dc.pai!- ticulierc , qu’illes pouuoic tous gouuerner fort facilement , combien qüe fon Roypme fud: de mil lieues d’eftendiie : car ayant conqnefté^vne prouince , il rediiifoit incontinent les liadiés en villes &commuiiaùtez^, lefquelsil diuiroit.cm bandes. Sur ehaciinc dixaine d’Jndiens il en commettoit vn pour en auoir laicbarge^fur cha- que centainevn autre, fur phaque millier vn au- trCj & fur dix mil hommes ÿn autre , -lequel ils appelloient Hump , qui eftoit yme des grandes charges , & par delTus tous ceux-là encor ^ en chaque prouince il y auoit vn Gouuernedr de •la maifon des Inguas , auquel tous les autres obeiflê)ient,&luyrendoienrcontc tous les ans par le menu,dc tout ce qui elloit arriué , à fça-^ uoir , de ceux qui eftoient nez , de ceux qui eftoicntmorts,des troupeaux &.des femcnces. , Les Gouuerneurs forroient par chacun an de CufcQjOÙ eftoit la cour , & y rctournoient pour la grande fefte du Rayme , en laquelle ils ap- portoienttoutletributdu Royaume à la cour, &nypouuoient rentrer qua çefte condition. Tout le Royaume eftoit diuifé en quatre par- O O iij ' ■ Histoi re N A TVR B Lt E tics, qu’ils appelloientTahuantinfuyo, rçauoir GhinchafüyOjCollaruyo , Andcfuyo & Condc- fuyo,fuiuant les quatre chemins qui fortoiét de Cufco où refidoitla cour, & fe faifoient les af- femblées generâles du Royaume. Ces chemins & prouinces correlpondantes à iceux cftoient vers les quatre coings dti monde , Collafiiyo au Sud>Chinchafiiyo au Nort , Condefuyo au Po- îient,^ Andefuyo au Lcuanu En toutes les vil- les & bourgades il y auoit deux fortes de peu- ple qui el^ient de 'Hananfaya & V rinlàya , qui cfteomme dire , ceux d’enhaut ôc ceux d’embas. Quand Ipn coinmandoit de faire quelque œu- ure, ou dcibtirnir quelque chofè à ringua,les officiers fçauoieht auffi roft de combien cha- que prouince, ville & partialité y deuoit con- tribuer, dont ledepartemenr ne fe faifoit point par partsdgalles , mais par cottifation félon la qualité & moyens du pays. Tellement que fil falloir cueillir, par maniéré de dire , cent mil fa- negues de mays, l’on fçauoir auffi toft combien il falloit que chaque prouince en baillaft , fuft la dixiefme partie, la feptiefmeou la cinquiefme, A utant en eftoitdes villes ôc bohrgades, & Ail- les ou lignages.LesQuipoeamayos,qui eftoient les officiers & ,intendans, tenoient le conte de tout auec leurs filez & neuds , fans y faillir au- cunement ,rapportans ce que l’on auoit payé, iufquesà vncpoulle & vne charge de bois, & envn moment voyoit-on parleurs regiftres ce que chacun deuoit payer. Daitimensqiie Icsln- guas ont faits en temples & fottëref- feSjCliemins i'màifons des cîiàitlps & autres femblables: qui ont efte en grand nombre &d’vn exceffi# 'trauaib/dôramte l’on peut voir encor auiourd buy pàr ]es-ruy- nes & veftiges qui en reftènt , tant en Güfco qu’en Tyaguanaco , Tambo & en autres 'en-: droits , où il ya des pierres -d^vn gr'andèur dc- mefurée :de forte que l’on ne peut penfèp c^m- me elles furent couppées , -amenées affifés au lieu où elles eftoient. Il Vendit vn gr^i'd 'nom- bre de peuplé de toutes- lés prouinces pôliî tra- uailler à ces édifices & fortèrelfes que Tlngua faifoit faire en Cufco ,-ou en d’autres parties de fon Royaume:d’autât quétèls ouuragéS élîbienc eftranges , 8c pour efpoüuen ter ceux qui les contcmploient, iis n vfoient point de mortier ou cyraent , & n auoient point de fet nÿ d’acier pour couper & mettre en œüuire les pieliffcs. Ils n auoient non plus de ihaGbincs, ny d’autres îwd ftruments pour les apporter toutesfois cl- ics eftoient fi propremét mifes enœuurc , qu’en beaucoup d’endroits à peine voyoit-'on la ioin- ture des vnés aucc les autres : &y a plufieurs de ces pierres fi grandes, comme il eft dit, que ce fc- roit vue chofe incroyable fi on ne les voyoir. le niefuray à Tyaguanaco vne pierre de trente Oo iiij Histoire natvrelle il uid pieds de long, de dixhuid de large , & fixd’efpais. Et en la muraille de la forrereirc de Cufco , qui eft de Moallon , il y a beaucoup de pierres qui font çncor d Vnc plus eftrange gran- deur , 6c ce qui eft plus cfmerueiliable eft que i ces pierres n’eftans point taillées ny efquarries pour les accommoder > mais au contraire fort inegallcs les vnes aux autres , en la forme 6c grandeur, neantmoins ils les ioignoient &en- | chaflbient les vues aucc les autres , fans ciment ' dVnc façon incroyable. Tout cela fe faifoità. | force dcrpeuple, , ^ aüec vne grande patience à y rrauailler, Car^pour enchaiîèr vne pierre auec l’autre , félon qu’elles eftoient adiuftées, ileftoit .befoin de les eflayer , 6c manier plu- lîeurs fois la plus-part d’icelles , n’eftans pas ef- galles ny ynies. L’Ingua ordônnoit par chacun an le nombre du peuple qui dcuoiç ivenir pour trauailler aux pierres & édifices , 6c en faifoient les Indiens le departement entre eux comme des autres chofes, fans qu’aucun Tuft foulé. Neantmoins encor que ces édifices fuirent grands, ils eftoient communément mal ordon- nez 6c incommodes j 6c prefque ^cpmme les Mofquittes ou édifices des barbares. Ils n’ont (çeu faire d’arcades en leurs édifices ny de ci- ment pour les baftir. - Quand ils.yirent drçlTer des arcs de bois en la riuicrede Xaura, ^ apres que le pont fut acheué qu’ils virent- rompre le bois, tous commencèrent à fuir, penfans que leponf,quieftoitdepierrcde caille deuft tom- ber à l’inftanc: & comme ils curent veu qu’il demeuroit ferme , 6c que les Elpagnols mar- DES Indes, Liy. VI. 295 choient deiïti s , le Çacicque dit à fes compa-* gnons : llejl bi.en rAifinque nom fermons 4 ceuxey qmfimblent bienefre aU vérité fils àu> Soleil, Les ponts qu'ils faiioient eftoient de ioncs tilTus, qu'ils atcachpient au riuage auec de forts pieux, d’autant qu’ils ne poüu'oiêt faire aucuns pots de pierresny de bois. Le pont quieft auiourd’huy au cours de l’eaüe du grand lac de Chiqiiit- toen Collao eft admirable : car ce bras d’eaüe eft il profond que Fpn n’y peut alïèoir ^ucuii fondement ,& ü large , qu'il n’eft pas poffiblc d’y faire vue arche qui le rrauerfe : tellement qu’il cftoit du tout impoffible d’y faire aucun pont,, fuft de pierre ou de bois. Mais Fenten- dement & induftriex des Indiens inuenta le moyen d y faire vn-pobt alTez ferme & afleuré, çftant.fak feulement de paille : chofe gui fetxi- ble fabûleüfe 5 & toutesfois qui eft véritable. Car comme nous auons ditcy deflus , ils amaf- fent ôc attachent enfcmble certaines bottes de.jonces ôc d’herbiers qui fengendrent au lac qu’ils appellent Torora ; & Comme c’eft vne matière fort legere , &qui rie fenfonce point enl eaiie jilsicttent deftiis vne grande quanti- té de ioncs, puis ayans arrefté ôc attaché ces bottes d’herbiers d’vncofté êc d’autre de là ri- uiere, les hommes & les; beftes chargés paf- fent par deftiis fort à l’aife. le me fuis quelques- fois efmcrueillé en paftant ce pont de Faftifîce des Indiens , veu que dVne chofe fi facile Ôc ft commune ils font vn pont meilleur ôc plus af- feuré quen’eft pas le pont de batteaux de Se- uillea Triane. l’ay mefuréla longueur de ce Histoire N AT VRÉ LIE j5ont, & fi bien m’en fijuuient,il cftoitdeplüs de trois cens pieds , &direntque la profonditc de ce courant eft tres-grandc, & femble par def- fiis que l’eaue n*a aucun mouuement: toutesfois ils difent qu’au fonds il avn coursfuricux&vio- Icnt.Cecy ruffifepourlesedifices.- -v reuenu de l‘ln^uA^0* de l'ordre des tributs H imj^ofôtt itùxjndiensi Chap. XV. A ricbêlîe des Inguas eftôit incom- parablCjCar bien qu’aucun Roy n’he- ’ rkaft point des moyens & threfors ^ defon pre^eceiTeur ,neântmoins ils auoicntà leiir volonté toutes les fiebeflés qui eftoient en leurs Royaumes , tant d’argent & d’orjComraed’eftofFe J de Cumbi & be-ftianx,- enquoy ils eftoient rres-abondans , & la plu$> grande nchcire de routes eftoif rinnumerablo mulrirudede vafianx qui eftoiêt fbüs occupez & attentifs à ce qui plaifbit au Roy* Ils appor- toient de chaque prôuinceceqifil auoit choifi pour fon tribut. Les Chichas luy enuoyoient du bois odoriferant'& riche j les Lucanas des brancarspour porter fa litiere ; les Chumbil- bicasdes danceurs, & ainfi tour le refte des prouinces luy enuoyoit de ce qu’ils auoient en abondance, & ce outre le tribut general au- quel tous côtribuoient.Lcs Indiens qui eftoient nommez pour cet effet, tranailloient aux mines DES Indes. L IV. VI. d’argent, & d’or, qui cftoienc auPeruen grande abondance, lefquelsl Ingua entretenoic de ce qu’ils auoienc de befoing, pour leurs defpcns, ôc tout ce qu'ils tiroicht d’or , & d’argent , eftoit pour luy.Par ce moyen il y a eu en ce Royaume de fi grands threfors,qucc’eftropinion de plu- fieurs,que ce qui tomba entre les mains des Ef- pagnols , combien que ç’ait cfté vn grand nom- bre,côme nous rçauoiis,n’eftoit pas la dixiefme partie,de ce que les Indiens enfoüyrent , Sc ca- cherct/ans que l’on l’aye peu dercouurir,neant- moins toutes les diligences , que lauarice y a cnreignécs,pourcefaire. Mais la plus grande richefiede ces barbares, eftoit que leurs vafi- faüx eftoient tous leurs-efclaues , du trauail def- qucls ils iouilloicnt à leur contentement : Ôc ce qui eft admirable, ilsfè (cruoient deux d’vnc telle façon que cela ne leur eftoit pas feruitu- de, mais pluftoft vne vie fort delicicufe. Or pour entendre l’ordre des tributs que les In- diens paypient à leurs Seigneurs , l’on doit fça- uoir,quc lors que l’Inglia conqueftoir quelques villes , il en diuifoit toutes les terres en trois parties , la première d’icelles eftoit pour la reli- gion,& ceremonies , de telle forte, que le Pa- chayachaqui,qui eft le Créateur , &■ le Soleil , le Chuquilla, qui eft le T onnerre , le Pachamaraa, &lcs morts, & autres Guacas & fanduaires enflent chafeun leurs propres terres , ôc le fruid defquellesfegaftoit, & confommoit en facrifi- Gcs , & en la nourriture des rainiftres ôc pre- lires. Caril yauoit des Indiens députez pour ehafquc Guaca , Ôc fanduaivc , ôc lapins grande iu i Histoire natvrelli partie de ce reuenu, fe dcfpendoit en Cufco , oà cfl:Gitrvniuerfel& general fanéluaire, Sc l’au- tre en la mefme ville, où il fe cueilloir : pource que à 1 imitation de Cufco , il y auoit en chaque ' villçdes Guacas , & oratoires du mefme ordre &auccles.mefmes fiinâ:ions,quieftoicnt fer- «is delà mefme façon , & ceremonies que celuy de Cufco, qui eftvnechofe admirable, & dont l’on eft bien informé,comme l’on l’a trouué, en plus de cent villes , Ôc quelques vnes diftantes deux cents lieues de Cufco j Ce que l’on femoit &recueilloit en ces terres, eftoit mis en des maifons , comme depofîtaires , bafties pour cet effet; & eftoit cela vnc grande partie du tribut, que les Indiens payoient. le ne peux dire com- bien femontoiteefte partie, pource qu’elle c- ftoitplus graadc en des endroits qu’en autres, & en quelques lieux eftoit prefque le tout , & ceftepartioçftpitla première que l’on mettoit à proftît.La fécondé partie des terres , & héri- tages, eftoit pour l’Ingua, de laquelle luy ôc fa maifbn eftoient fubftahtez , mefmes fes parens, les SeigheurSj-les garnifons , ôc foldats, C eft pourquoy ç’eftoit laplusgrande portion de ces tributs, ainfiqu il appert par la quantité de for, de l’argent,& autres tributs qui eftoient és mai- fons,àce députées ,Iefquelles font plus lôgues, ôc plus larges , que celles où l’on garde les reue- nusdes Guacas. L’on portoitCe tribut fort foi- gneufement en Cufco, on bien és lieux , où il en eftoit de befoing pour les foldats, &quandily enanoit qu.antité,l’on legardoitdix, & douze anssiufqiîésau temps de neceffué. Les Indiens Ï5ES Indes. LiV'. VI. cultiuoicnt & approffîtoienc ces terres de Tin- gua a ajpres celles des Guacas, pendant lequel tcmpsjils viüoient J & eftoient nourris aux défi pens dcl’Ingua, du Soleil , ou des Giiacas , félon les terres qu’ils labouroient. Mais les viellards, les femmes ôc les malades eftoient referuez êc exempts de ce tribut , & combien que ce que lonrecueilloitences terres, fuftpour l'Ingua, ou pour le Soleil, ouGuacas,neantmoins la pro^ prictc en appartenoit aux Indiens , 6c leurs prç^ decdreurs.Latroifîcnnc partie des terres, eftoit donnée par ringua, pour la communauté, 6c n’a on point defcouuert,lîccfte portion eftoit plus grande , ou moindre que celle de l’In- gua,ou Guacas: toutesfois il eft certain que l’on auoitefgard àce quellcfuft fuffifante, pour la fuftentation & nourriture du peuple. Aucun particulier ne poftèdoit chofe propre decefte troifiefme portion, ny iamaisles Indiens n’en polfederent, ficen’cftoitpar grâce fpecialledc Iln^ua, & toutesfois cela ne pouuoit eftre en- gagé, ny diuifé entre les heritiers. L’on depar- toit par chafeun an ces terres de communauté en baillant-à vn chafeun , ce qui luy eftoit de befoing pour la nourriture de fa perfonne , & famillc.Par ainiî félon qu’augmentoit, ou dimi- nuoit la famille, l’on haulîbitou retranchoit la part: car il y auoitdcs mefures , dcterminces pour chaque per Ibnne. Les Indiens nepay oient pointdc tribut, de ce qui leur eftoit departy. Car tout leur tribut eftoit de cultiuer, &main- ^nirenboncftatles terres de l’îngua , ôc des & de mettre les fruiéts d’icelles aux de- MiStOIRE NATrREIIE |)ofîfaires.Quand l’annee cftoit ftcrile l’on doiî- noit de ces mefmes fruicls airifî referuez aux iieceffiteux J d’autant qu’il y en auoit toufiours defuperabondanr.UIngua faifoirla diftributiô diîdîelHàlainfi que des terres , qui cftoit de le conter,& diuifer, puis ordonner les pafturages & limites, pour le beftial des Guacas , de l’In- gua,& de chaque ville. C’eft pourquoy vne par- tie du reuenu , eftoit pour lareligion , vne autre pour le Roy,& lautre pour les mefmeslndiens. Le mefrae ordre eftoit gardé entre les chaG Leurs, neftant permis d'enleuer ny de tuer des femelles. Les troupeaux des Inguas & Guacas eftoient en grand nombre,& fort féconds, pour cefte caufe ils les appclloient,Capaëllama, mais ceux du commun &public , eftoient en petit nombre, Sc de peu de valeur , parquoy ils les ap- pelloient Bacchallama. L’Ingua prenoit vn grand foing, pour la conferuation du beftial, d'autant que c’eftoit,& eft encor toute la richef- fe de ce Royaume, & commeil a efté dit , ils ne facrifioientpointde femelles, & ne les tuoient point ny ne les prenoient àlachafle. Sila cla- uelléc ou rongne, qu’ils appellent carachc , ve- noit à quelque befte , elle debuoit eftre à l’in- ftant enterrée toute vifue , de peur qu’elle ne baillaftle mal à d’autres. Ils tondoientle beftial enleurfaifon,&en diftribuoientà vn chafeun pourfiller , &tiltredela matière & eftophe, pour le feruice de fa famille,y ayant desvifiteurs pour fenquerir fils l’accompliftbient, lefqucls chaftioient les negligens. L’on tiftToit & faifoit des eftophes de la laine du beftial de l’Ingua, ' iss Indes, Liv. ŸL 29^ pourluy&pourîesficnsjl'vne fort fine, & à deux faces,qii ilsappelloient èumbi ,& l’autre groffiere Sc moyenne, qu’ils appelloict Abafca. Il n’y auoit aucun nombre de ces eftofFes,oufaa- bits arreftéjfinon ce que l’on departoit à vu cha- cun. Lalaine quiL*cfi:oit,eftoit mifeaux maga- fins, dequoy les Erpagnols les trouuerent encor tous pleins,& de toutes les autres chofes neçef- (aires à la vie humaine. Il y aura peu d’hommes d ’entendcmerir, qui ne foienr cfnierueillez d’vn fi notable & bien ordonné gounernement, puis- que les Indiens, ( fans eftre religieux, ny Chre- (tiens; gardoient en leur façon, celte perfection, de ne tenir aucune chofe en propre , & de pour- uoir à toutes leurs necelîitcz, entretenas fi abô- damment les ciiofes de la religion , & celles de icur roy & (eigneur. JPfs arts^elit mJHce^L6iX(Hÿ^ peines que les Inguas ont ordonne'^ de leurs marïagesi, Ch AP. XVIIL O V T ainli comme ceux qui fai-' foienr quelque bon ferufce en guer- re, ou à î’adminiftration de la Repu- bliqueieftoienthonorcz' & recom- penfez de charges pübliques,de ter- tes qui leur eftoienr don nées en proprc,d’arnîes ëc marques d’honneur, de mariages auec fem- mes du lignage de l’ingûa ; Ainli donnoicnt-ils de leueres chaftimens à ceux qui eftoicntdefo- bcilîàns&couîpables.Ils.puni'iroient dé mort les homicideSjles larcinSjles adultères, & ceux qui commetroientincefte auec les afeendâs ou def- cendansendroitte ligne cftoienc aulîî punis de iV-OVt. Mais ils ne tenoierit point pour adultère d auoir plufieurs femmes oii conci^ines, êc el- les néncourôicnt point la peine de mort pour dire trouucçs auec d’aiitres,ains iculcmcnt celle qui eftoit la vraye & légitimé £fpoufe,auec la- quelle proprement ils contraétoient mariage. Car ils n’en auoient point plus dVnc,laquelle ils cfpoufoicnt & receuoienr aüec vne parti- culière rplemnité & ceremonie, qui éftoit que l’eCpoux fe tranfportoit à la maifon d 'elle, & de ia la menoit auec iuy,luy ayant premièrement m^is au pied vncoitoya.ils appellent ottoya la cnauireurr dont ils vfent par delà, quieft vu Chauiîôn ôa fàuîjcr ouücrt comme ccuxdes fre- h 5 Histoi re N-A tvre lie | rcs de S. François. Si l’efpoufe cftoit pucelle^fon | ottoya eftoit de lainc,mais fi elle ne l'cftoitpoint j ilcftoirfairdeionc. Toutes les autres femmes i ou concubines du mary honoroicnt & feruoict celle là comme femme légitimé, qui feule aufli apres le decez du mary portoitledueildenoir l’efpaced’vnan,&nefe marioit point qu'apres ce temps paifé & cftoit communcmét plus icu ne que le mary.Llnguadonnoitdefa main cc- fte femmeà.fes gouuerneurs ôc capitaines,^ les gouuérncurs 3c Caciques afiebloiêt en leurs vil- i lesjto^lesieuneshômcs&ieuncsfillcs envncpla j ce,& leur donnoiêt à chacun,fa féme aucc la cc-^ remonie fufdite,de luy chauffer ceft ottoy a,& de celle façon contradoient leurs mariages.Si ce- lle femme eftoit trouuce aucc vn autre que le raary,elle eflok punie de mort,& l’adulterc auf- fi:& bien que le mary leur pardonnafl,clles ne laifToient pas d'eflre punies,mais elles efloient difj3eiifécs delamortftlsdonnoientvne femblà- blepcincàceluy quicommcttoirinceflc auec la iï>ere,ayeulle,fille,ou,petitc fille. Car iln’clloic point defFendu cntr’eux de fe marier, ny de con- cubiner auec les autres parentes, mais le pre- mier degré feulement eftoit deflendu. Ils ne permertoient point aulïî que le frère eull co- gnoilTance auec fa fœur,enquoyceuxdu Pcm le trompoiencfort, c oyans que les Inguas & feigneurs pouuoienc légitimement contraéler mariage auec leurs fœurs , voire de perc & de mere : car à la vérité il a toufiours efté tenu pour illicite entre les Indiens, &’'dcfFepdu de contrader au premier degré: ce qui dura iuf- ©ES Indes. Liv. VL / 2^9 qiies au temps de Topa Ingua Yupanguij perc de Guaynacapa & ayculd’Atahualpa,au temps duquel les Efpagnols entrèrent au Perii , pour- cc que ce Topa Ingua Yupangui fut le premier qui rompit cefte coufturae,& fc maria auec Ma- maoeliofalœurdu coftè paternel, & ordonna que les Seigneurs Inguas fe peuiTent marier auecieurs fœurs de perc,&non point d’autres. Cequilfitdelà part: ôc de ce mariage eut pour fils Guaynacapa, 6c vne fille appellée Goya Cufi- fillim^j fe fentant proche delà mort il com- manda que lès enfans de^cre &de metefema- riallènt enfemble & donna permifiion aurefte des principaux deion Rôyaume de fe pouiioir marier auec leurs fœurs de pere.Et d’autant que ce mariage fut illicite ôc contre la loy naturel- le, Dieu voulut mettre fin au Royaume des In- guas , pendant le régné de Guafear Ingua , ôc Atahualpa Ingua, qui cftoit le fruiét procréé de ce mariage. Qui voudra plus exaélemcnt en- tendre la façon des mariages entre les Indiens du P cru 3 qu’il lile le Traittéque Polo en a cC- crit a linftancc de Dom Hierofme de Lôaifa Archeucfque des Roys, lequel Polo enfitvnc fort curicuferechcrchejcomme il a fait deplu- fieurs autres chofes des Indiens.Ce qui impor- te bien d eftre cogneu pour cuiter l’erreur ôc inconuenient oùplufièurs tombent,quine fça^ chans quelle femme entre les Indiens, eftl’ef- .. poule légitimé ou la concubine, font marier 1 Indien baptizé auec fa concubine, enlailPant la la légitimé efpoufe. Par là voit-on auffi lepcu deraifon qu ont eu quelques vns qui ont pre- Pp iij Histoire natvrelle tendu dire, que l’on deiioit ratifier le mariagiç de ceux quifebaptifoienc, encor qu'ils fufienç frere &fœur. Le çontraire a efté déterminé par ,1c Synode prouincialde Lyma,auec beaucoup .de raifon: puis qu’il eft ainfi qu’entre les Indiens mefme ce mariage n’eftoit pas légitimé. P el' Online dçs Inguoi/eignenrs di4 Pem^ (Tdeleun conquejîes c^viBoires. ChapitreXIX. ^ A R le confmandement de la maie- Catholique du RoyDom Philip- l’on a faitla plus diligence &exa- recherche , qu’il a efié poflible de l’origine, couftume,& priuileges des Inguas, ce que 1 on n’a peu faire, fi bien comme l’on eufi: defiré.àcaufe que ces Indiens n’auoient point d eferiptures : toutesfois l’on en a recouuré ce que i’endirayicy,par leurs quippos & regiftres, lefquels comme i’ay dit, leur feruent deliures. En premier lieu, il n’y auoir poin t anciennetnêt au Pera,aucjjn royaume ny leigneur à qui tous obeiirenr,mais eftoient comrnunautez^comme il y a encor auioiird'hiiy au royaume dé Chillé, & prefque en Toutes les prouinccs,qncles Ef- pagnols ontconquifcs,en ces Indes Occiden- tales, excepté le royaume de Mexique. Parquoy I on doit fçauoir qu’il s'eft trouué aux Indes, trois genres de gouuernemenr, & façon devi- urc.Le premier, & meilleur a efté de royaume ou monarchie, comme fur ccluy deslnguas,^ DES ÏNDÎS. LlV. VI. 3©o ccîuy dcMorcciima, corabicn qu’ils jFiiflent cit la plus part tyranniques. Le fécond eftoit de cominunautcz, où ilslc gouucrnoienr par l’ad- uis & authorité de pluneurs qui font comme Confeillcrs.Ccux la en temps de guerre eilifoiét vn cappitaine, à qui toute vne nation ou pro- uince obeilToit,& en tempsdepaix chaque vil- le ou congrégation fe regiiToit , ôc fe gouuer- noit Coy mefmey ayant quelques hommes prin- cipaux, que le vulgaire refpecle, & quelques fois, mais peu fouuent, aucuns d’euxfaffemblcnt pour les afîaires,qui font dnnportance, afin d’a- uiier ce qui leur eftconiienable. Le troifiefmc genre de gouuerneméteft du tout barbare, qui cft compofé d’indiens fans loy,fansroyj, Sc fans lieu arrefté,qui vonfpar rrouppes, comme be- lles fauuages.A cequei’aypcu comprendre, les premiers habitans des Indes eftoient de ce genre,Gomrae le font encor auiourd’hny, vne grande partie des Brefilliens, Chyraguanas, Chunchos, Yfcaycingas, Pilcoçones, & la plus grande partie des Floridiens, & tous les Chi- chimaquas en laneuftie Efpagne. Pe ce genre fe forma l’autre forte de gouuernemêt en com- munaurez , par l’indu llrie , & fçauoir , de quel- ques principaux d’entr’eux, efquels iljya quel- que peu plus d’ordre , 5c qui tiennent vn lieu plusarrefté , comme le font auiourd'huy ceux d’Auracano,& de Tcucapel en Chillé, ôc c’e- lloient,au nouueau royaume de Grenade, les Mofcas,&les Ottomittes, en la neufue Elpa- gne:&cntousccux-cyilya moins de fierté , & beaucoup plus de raifon qu’és autrcs.De cegen- Pp mj Histoire natvrelii re par la vaillanrife, & fçauoir de quciqnes ex- cellens hommes {ortie l’autre goiiucrnement plus puiflant,qui inftituale Royaume, & la mo- narchie,quenous trounarmes en Mexique & au PcrUjpource que les Inguas mirent toute ce- fte terre en leur fubieâ:ion,& y eftablircnt leurs loix & gouLiernement.il le trouue par leurs mc-^ moires que leur règne a duré plus de trois cents aiis,mais ma pas atteint iufquesà quatre cents, combien que leur feigneurie ait efté vn long temps , fans s’eil:endre plus auanr,quc cinq pu liz lieues, au tour deCufco.Leur commence- ment & origine a efté en la vallée de Cufco, . doù peu à peu ils conquefterent la terre que nous appelions Peru, 5c pafterent plus outre: queQmctOjiufqucs à la rîuiere de Pafto, vers le Nort,& pamindrent iufquesà Chilléversle Sud, qui feroientprefque millieüès delong. Il s’eftendoit en largeur iiifqucs à la mer du Sud qui leur eftauPonent, & iulques aux grandes campaignes qui font de l’autre part delà chaî- ne des Andes,où l’on voit encor auiourd huy le chafteaii,qLhfe nomme, le Pucara de l’Ingua, quieft vnefoi'terefte, qu’il fit baftir pour def- feacc,&- frontiereversTOricnr. Les Inguas ne s aduencerenr point plus outre de cefte part, pour l’abondance des eaux, marercages,lacs,e U manière de R^puhU^ue qtittutient \ les Mexft^uasns. | Chapitre XXIII I. Ombien que l’on pourra voir par l’hiftoire qui fera eferite duRoyau me,fucceiîîô,& origine des Mexi- quainSjlcur manière de Rcpubli- quc&gouuernemenr,fi cft-ce tou- tesfois q ic diray icy sômaircmét ce qui me fem- blera plus remarquable en general, dôtil fera cy apres plus amplement difeouru en l’hiftoirc. La première cnofe par laquelle on peut iuger DIS • Indes. Liv. VI, *507 que le gouucrnciticnt des Mexiquains a cfté fortpolitic, eft i’ordre qu’ils auoyent J &gar- doyent inuiolablement d eflire vn Roy, Pour ce que depuis le premier qu’ils eurent, appelle Acamapach, iufques au dernier qui fut Mote- çuma , fécond de ce nom , il n’y en eut aucun qui vint au Royaume par droit de fuccclîîon, ains feulement y venoyent par vue légitimé nomination , & efledion. Cefte alledionau commencement eftoit aux voix du commun, combien que les principaux fulfent ceux qui conduifoyent l’affaire. Du depuis au temps d'YfcoaltquatriefmeRoy,par le çonfeil tor- dre dVn fage & valeureux homme , qu’ils a- uoyent appelle Tlacael , il y eut quatre efle- âcurs certains & arreftez , lefquels auec deux feigneurs, ouRoySjfubiets au Mexiquain, qui cftoyent ccluy de Tefcaco, ôc celuÿ deXacu- ba, auoycnt droit de faire cefte efledtion. Ils eflifoyent ordinairement pour Roys, des ieu- ncs hommes, pour ce que les Roys alloycnt touliours à la guerre, & eftoit prefque la prin- cipalle occafion pourquoy ils les vouloyent, C’eftpourquoy ils prenoyent garde qu’ils fuf- fent propres Ôc idoines à la guerre, 5c qu’ils prinfent pUiftr, & fe glorifiaffent en icelle. Apres l’efledion ils faifoyent deux maniérés de feftes , l’vnc en prenant pofleflîon del’cftat Royal,pour laquelle ils alloyent ^u temple, 5c faifoyent de grandes ceremonies, ôc facrifices fur le bralîer appelle diuin , où il y auoit touf- iours dufeudeuant l’autel de l’idole, & apres quelques rhetoriçiens qui f eftudioyent en cela. " Histoire NATVRELLi faifoicnt plufieurs oraifons & karangucs. L’au- tre fefte & la plus folemnelle, eftoic de fou ' coLironnemcnr , pour laquelle il deuoic pre- mièrement vaincre en bataille , & amener vu certain nombre de captifs , que l’on deuoit fa- crifier à leurs dieux, ôc entroit en triomphe auecvne grande pompe, luy faifansvncfolem- nclle réception , tant ceux du temple, lefquels alloyent tous enprocelTion,touchans &iouans deplulîeurs fortes d’inftrumens, ôc encenfans Ôc chantans comme les fcculiers , ôc les Gour- tifans, qui fortoient aucc leurs inuentions à re- j ceuoir le Roy vidorieux. La couronne & en- ■ feigne Royalle eftoiten façon de mitre parde- | uant, &eftoit par derrière coupée , de forte qu’elle n’eftoit pas tout ronde , car le deuant eftoit plus haut,& alloit fefleuant comme en | pointe. LèRoy dcTefcuco auoit le priuilege de couronner de fa main le Roy de Mexique* | Les Mexiquains ontefté fort loyaux ôc obeif- j lansà leurs Roys, &ne fe trouue point qu’ils ; leur ayent fait de trahifon. Les hiftoires racon- j tent feulement , qu’ils tafeherent de faire mou- , rir par poifon, leur Roy appelle Ticocic,pour | auoir efté couard &de peu d’effeâr.Maisil ne j fetrouucpointqu’il yaiteu entr’eux de diflenf- { lîons,& partialitez par ambition, combien que ; ce foie chofe alTez ordinaire es communautez: i au contraire elles racontent, comme l’on verra j en fon lieu,qu vn homme le meilleur des Mexi-s i quains,refufa le Royaume , luy femblant qu’il eftoit expédient à la Republique d'auoir vn au- tre Roy.Aucômcncementqucles Mexiquains DIS Ind 1$. Ll \r* VT. 50S cftoient encor pauurcs, & afTêz petits compa- gnorts^ky^oys eftoient fort modérez à leur en- tretien, & en leur cour, mais comme ils augmé- terent en pouuoir,ils augmentèrent auffi en ap- pareils & en magnificence, iufques à paruenir à ia grandeur de Moreçu majequd quand il n’euft €U autre chofe que la maifon des animaux , c e- ftoitvnechofeafTezfuperbc, & telle qu’on neii aiamais veu dVutre femblable.Car il y auoit en cefte ficnne maifon de toutes fortes de poiflbns, d’oifcauxdeXacamamas,& de beftes, comme en vne autre arche de Noé. I^ur les poifîbns de mer il y auoit des eftangs d eaüe fallcc, &c pour ceux des riuieres, des cftangsd'eaüc dou- ce. Les oifeaux de proye y auoient leurs vian- des, & les beftes fieres aulïi en fort grande abon- dance, & grand nombre d’indiens eftoient oc- cupez à entretenir ces animaux.Quand il voyoit qu’il n'eftoit pas poflible d’entretenir ou nour- rir quelque forte de poilîbn, d’oifeau, ou de befte fauuage , il en faifoit faire l’image & la femblance richement taillée en des pierres pre- cieufes, en argent, en or, en marbre ou en pier- re: &poiir toutes fortes d’entretiens, il auoit des maifons & palais diiiers , les vns deplaifir* les autres de deuil & trifteire, 5 (: les autres pour y trairter les affaires du Royaume.il y auoit en ces palais plufîeurs chambres, félon la qualité des feigneursquileferuoient auccvnc cftrangc ordre & diftinélion, Qj iiij Des titres CT dignite’\^(^m ejioient entre les Mextqmtns. E s Mexiquains ont cfté fort c«- départir les grades & di- gnjtez entre les nobles & les fei- gneurs , afin que l’on recogneuft ceux d .inr'eux, aufquels l’on deuoit faire plus d’honnciÿ La dignité des quatre efle- deurs , eftoit celle qui eftoit la plus grande Sc la plus honorable , apres le Roy, & leselli- foit- on inconnnent apres l’efledion du Roy. Ils choient ordinairement freres ou fort pro- ches parens du Roy, & lesappelloientTlaco- hccalcalt, qui fignifie Prince de laces que l’on iette ou darde, qui eft vnc forte d’armes, dont ils vfoienr fouucnt. La dignité d’apres eftoit celle de ceux qu'ils appelloicntTlacatecati,qui eftàdire,circoncifeursou coupeurs d’hommes. La troifiefme dignité eftoit de ceux qu’ils ap- pelloient Ezuahuacalt , qui fignifie efpandeut de fangpar efgratignebent. Tous lefquels til- très &dignitez eftoient exercez par des hom- mes de guerre.Il y auoit vn autre quatriefrae intituléTlilancalqui,qui vaut autant à dire, que feigneurdela maifon noire, ou de la noirceur, àcaufed’vn certain encre, duquel les preftres foignoient, ôc quiferuoit en leurs idolâtries. Toutes ces quatre dignitez eftoient du grand Cionfeil, fans Taduis defquels le Roy ne faifpi ç ? MS Indes' Liv. VI. 509 ny pouuoit faire aucune chofe d’importance, & le Roy eftant mort l’on en deuoit cllire en fa place vn qui fuft en quclquVne de ces qua- tre dignitez.ll yauoit auflî ou|re ceux-là d’au- tres confcils, & audience, (^difent quelque-s viis qu’il y ei^auoit autant comme en Efpagfle, & qu’il y auoit diuers fieges ôc iurifdidions auec leurs Co’nfeillers & alcades de cour, & d’autres qui leureftoient foubmis,commecor- rigidors, alcades maieurs,Licutcnans & Algua- fits maieùrs, & d’autres, qui eftoient encor in- ferieurs &foubfmis àceux-cy.auecvnfort bel ordre. Tous lefquels dcfpandoient des quatre premiers Princes qui aififtoient au Roy. Ces quatre tant feulement auoient la iurifdidion 6c puiflànce de condamner à la mort,&les autres leur enuoyoient des mémoires des fentcnces qu'ils donnoient: Au moyen de quoy en certain temps l’on faifoit entendre au Roy tout ce qui fe palToit en Ton Royau me. Il y auoit mefme vn bon ordre 6c police eftablie fur le reuenu du Royaume : c^r il y auoit des officiers départis par toutes les prouinces,cômedes Rcceucurs, 6c T reforiers, qui recucilloient les tributs & rc- tes Royales. L’on portoit le tribut en la cour pour le moins de ipois en mois, lequel tribuç eftoitde tout ce qui croift & f’engendre en la terre , & en la mer tant de ioyaux 6c d’habits, que de viandes. Ils eftoient fort foigneux de mettre vn bon ordre eW ce qui touche leur rc- ligion,fuperftitioii 6c idolâtries : 6c pour cefte occafion y auoit vn grand nombre de miniftres qui aupient la charge d’enfeigner au peuple les Histoire NATVREiti couftumes & ceremonies de leur L07, C*cft pourquoy fur ce qu Vn preftteChreftien vn iour fe plaignoit que les Indiens n’eftoient pas bons Chreftiens, & ne proficoient point à la loy de Dieu; Vn vieillard Indien luy rcfponditfortà propos en ces termes: QueUs^refires ( dift-il ) em~ fUjent mtmt de foin CT de diligence à fatre les Indiens Chrejhens^que lesminijiresdes idoles emploient à enfii- gner leurs ceremonies. cAr auecUmoinédufom^uilsy prendront yils mm rendront les meilleurs Chrefhens du mode^fourcequeUloydelefmChrifi ejl heÀuçoup rneil- leureimAis les Indiens ne l'apprenenf point àftute deges qui U leur enfagnent. E nqiioy certainement il dift veritéjà noftrc grand’honte & confufion. Comment les Mexiquainsf^ti (oient U guerre, cy’de leurs ordres de Cheudlerie. Ckjlv, XXVI. . Es Mexiquains donnoient le pre- rnier lieu d'honneur à 1 art &profcf- fion militaire : c'eft pourquoy les S nobles efioient les principaux fol- dats, & les autres qui n'eftoient point nobles par la valeur 6c réputation qu’ils acqueroient cil guerre, paruenoient en des dignitez& hon- neurs : de forte qu’ils eftoient tenus pour no- bles. Ils donnoient de belles rccompêfes à ceux qui auoient fait valcureufcmcnt, lefquels iouif- foientdc priuileges que nul autre ne pouuoic auoir : ce qui les encourageoit beaucoup. Leurs armes eftoient des rafoirs de caillons aigus ôc rrcnchans, qu’ils mcttoicnc des deux coftczdVn DES Inde?. Lit. VI. 310 feaftôn, qui cftoit yne arme fi furieufè, qu’iîs af- ferment qucdVn feul coup iis cncoupoient le cola vnclicual. lls auoient de fortes &pcfan- tes maflucSj des lances en façon de piques, 6c d autres façons de dards à ietter,à quoy ils cftoienr fort adroits, 6c faifoiçnt la plus-part de leur combat auec des pierres. Il auoienc pour armes defFenfiucs de petites rondelles ou efeus , 6c quelque façon de fallades ôc morions enuironnez de plumes. Ils fc veftoient de peaux de tigres ou lyons, 6c d'autres animaux fauua- ges. Ils venoient incontinent aux mains auec renncmy,5«: eftoient fort exercez à courir & à lutter. Car leur principale façon de vainpre n’eftoit pas tant en tuant comme en prenant des captifs, dcfquels ils fe feruoient en leurs fa- crifices, comme il a efté dit. Motcçumamitla cheuallerie à fon plus haut poin6I, en inftituan t certains ordres militairs, comme de Comman- deurs , auec certaines marques 6c enfeignes. Les plus honorables d’entre les Cheualicrs eftoient ceux qui portoient la couronne de leurs cheueux attachée auec vn petit lizet rouge, & auec vn riche plumache, d’où pendoientfur leurs cipaullcs des rameaux de plumes, 6c des bourlets demelmc. Ils portoient autant deces bourlets comme ils auoient fait d’aétes fignalez en guerre. Le Roy mefmeeftoit de ceft ordre de Cheuallerie, comme l’on peütvoiren Cha- pultcpecjoù eftoient Moteçuma &fon fils ac- couftrez de ces façons de plumaches, taillez en ^ne roche, qui eft vnc chofe dignedevoir.il y auoitvn autre ordre de Cheuallerie, qu’ils ap- Histoire nat vrille pelloient les lyons & les tigres, lejfqucls cHoiet communément les plus valleureux,& qu’on rc- marquoit le plus en guerre, où ils alloientpor- tans toujours leurs marques & armoiries. Il y auoit d’autres Cheualiers , côme les Cheualiers Gris, qui n’eftoient en telle eftime côme ceux- cy,lefqucls auoientles cheueux coupez en rond par delfus loreille.lls alloientà la guerrc,por- tans de mefraes marques que les autres chcual- licrs, toutesfois ils n’eftoient point armez, que iufques à la ceinture , mais les plus honorables larmoient entièrement. Tous les cheualiers , pouuoient porter de Tor & del’argentj& fe vc- ! ftir de riche cotton , fe feruir de vafes peints Ôc j dorez, & porter des foiiliers à leur modcimais ! le commun peuple ne pouuoitfe reruir,quedc vafes de terrc,ncleur eftantpas permis dépor- ter des fouliers , & ne pouuoient fe veftir que deNequen,quieftvne matière groflîere. Cha- cun ordre de ces cheualiers auoit fon logis au Palais , marqué de leurs marques , le premier | cftoit appelé,le logis des princes , le fécond des ■ Aigles,le troificfme,des lyons, & tygrcs,& le 4. des gris.Les autres officiers communs , eftoient 1 en bas,logez en de moindres logis : & fi quel- ! qu Vnfc logeoit hors defon lieu,il enepuroit | peine de mort.. I Des Indes. Liv.^ Vt. ^îï leurs enfans.Car ils recognoiflbient biê,que tou te la bonne cfpcrance dVnc Republique, con li- fte en la nourriture & inftitution de la icunclTè, ce que Platon iraidc alfez amplcment,en fes li- urcs delegihus.Et pour celle occaliô ils Peftüdie- renr & prindrent peine d;clloigner leurs enfans^ dcsdelices,& delaliberté,qui font les dcujf pe- ftes de cet aàge,cn les occupans en des exercices honneftes, &c profitables. Pour cet clFe(5l,il y auoit aux Temples , vue maifoii particulière d enfans , comme des cfchollcs , ou collegesy quieftoit feparce de celle des icunes hommes, & des filles du Temple, dont nous auons am- plement rraidc cy-dcuant. Il y auoit en ces el^ cholles, vn grand nombre d’enfans , que leurs pères y raenoient volontairement , lefquels a- uoient des pédagogues & maillres, qui les cn- feignoient en tous louables exercices, à élire bien nourris* porter refped aux fupericurs,à feruir ôc à obéir, leur donnans à celle fin cer- tains préceptes & cnfcigncments.Et afin qu’ils Chap. XXVII. jLn’yachofe,quim’aye donne plus Jd’occalîoq d’admirer, ny que iaye icrouécplus digne de loiiange & de ^mcmoirc,que l’ordre & le foing,quc Ues Mexiquains auoient à nourrir Histoire natvrelle fuflent aggrcablcs aux Scigncurs,ils leur appre- noicnc à chanter, & à dançer,& les dreiroicnc aux cxerciçcs de la guerre, qui à tirer vneflcf^ che, vn dard, oubafton bruflépar lebout,&à bien manier vne rondelle & vnc cfpce. Ils ne les laiiïbient gueres dormir, afin qu’ils faccou- ftumafiTent au trauail dés fcnfancc, 5c qu’ils ne fufiènt point hommes de dclices.Outre le nom- bre commun de ces enfans, il y auoit aux- mefi- mes colleges, d’autres enfans des Seigneurs, & nobles,lefquels eftoient plus particulièrement traiébez.On leurportoit leur manger ôc ordi- naire de leurs maifons,& eftoient recomman- dez à 'des vieillards & anciens, pour auoir cf- gard fur eux, lefquels continuellement les ad- monneftoientd’eftre vcrtueux,de viure chafte-. ment.d’eftre fobres au manger, de icufner,& de marcherporémenr,&auecmerurc. Ils auoicnr accouftumede les exercer au trauail, 5c en des exercices laborieux : 5c quant ils lesvoyoient inftruitsentousces exercices,ils confideroienr attentifueraent leur inclination, 5c fils en voi- oient quelques vns auoir rinclination à la guer- re, apres qu’ils auoient atteint l’aage fuffifanr, ils rcchcrchoient l’occafion de les ciprouuer, en les enuoyant à la guerre, foubs couleur de porter des viurcs,5c des munitions aux foldats, afin qu’ils veiirent là ce qui C'y paffoif, 5c le tra- uail que l’on y enduroic.Et afin qu’ils perdiirent la crainte, ils les chargeoient aulîî de pezants fardeaux, afin que monftrans leur courage eft cela ilsfuffcntplusfacillementreccuscn la cô- pagnie des foldats. Par ce moyen il auenoità x> ES Indes. Liv. VI. plulîeurs, daller chargez à l’armce , 6c retour- ner Capitaincs,aüce mar<^uc$ d’honneur. Quel- ques V ns d'iceux Te vouloicnt teUement faire paroiftre, qu’ils demeuroient prins ou morts, & tenoient pour moins honorable de demeu- rer prifonniers.C ’elbpourquoy ils le fîifoienc pluftofl: mettre par pièces, que de tomber cap- tifs entre les mainsde leurs ennemis. Voilà co- rnent les enfans de Nobles qui auoicnt rincli- nation àla guerre y eftoient cmpIoyez.Les au- tres qui auoient leur inclination aux ehofes du Tcmple,(Sc pour le dire, ànoftremode ,à eftre Ecclefiaftiques, apres qu’ils auoient atteint l’aa- ge fuffifant,efl:oient tirez du coilege,& lesmet- toit-on au logis du Temple, qui eftoit pour les Religieux, & leur donnoit-on alors leurs or- dres & marques d’Ecclelîaftiqucs.Làils auoient leurs prekts & maiftres, qui leur enfeignoient ccquicftoit de la profeffion , où ils debuoienc demeurer, y ayants elle dédiés. Ces Mexic- quains prenoient vn grand foing à nourrir les enfansiquefi auiourd’huy ils fuyuoient encor ceq ordre, en fondant des maifons & colleges, pour linftruélion de la ieunelTe, fans doubte que la Chreftienté floriroit beaucoup entre les Indiens. Quelques perlônnes pieufes l ontcô- mence, &lc Roy & fon Confeil l’ont fauorifé, mais d’autant que c’eft vne ehofe , où il n y a point deproffir, il s’aduance bien peu, de y Va l’on alTezfroidemét, Dieu nous vueille cfclar- cirlesycux,afinqueiious voyons, que cela cft ànoftreconfufion, veu que nous autres Chre- ftiens ne faifons point ce que les enfans des te- Histoire natvrelle ftcbrcs faifoicnc à leur perdition, enquoy nous nous oublions de noftrc deuoir. VesfeJieSjCr danses des Indiens Chap. XXVIII. ^'Autant que c’eft vne chofe quideC- topend en partie du bon gouuernemér, a “^^Wd auoir en la Republique quelques ^^ieux, & récréations , quand il en eft temps, il ne fera mal à propos,que nous racon- tions fur celle matière, ce que faifoient les In- diens, principallement les Mexiquains. L’on n a ' point defcouuert es Indes, aucune nation qui viue en communantez , qui n’ayt fon entre- tien, & fa récréation, en ieuXjdançcs, & exerci- ces de plaifir. l’ay veu au Perudesieux quils faifoient,en façon de combat, aulquels les hom- mes des deux collez fenflamboient quelques fois d’vne telle façon, que bien fouuent leur Paella ( qui cftoit le nom de cet exercice) ve- noic à ellre dangereufe. l’ay veu aullî plufieurs fortes de danfes, efquelles ils conrrc-raifoienr, & reprelêntoient certains melliers, & offices, comme de bergers, laboureurs, pefeheurs, & chaircurs,&faifoientordinairement toutes ces danfes,auecvnfon ôc vn pas fort pefant, ôc fort graue.îl y auoit d’autres danfes &Snafcarades, qu’ils appclloicnt guaconcs, dont les mafques, & les gcllcs cftoienr pures reprefentationsdu Diable.Il y auoit mefme deshommes,quidan- foient fur les efpaulles les vns des autres en la façon DES Indes. Liv. VI. façon qu’ils portent en Portugal, ce qu’ils ap- pellentles Paellas.. La plus grande partie de ces danfes eftoient fuperftitions êc cfpeces d’ido- latrie, pour ce qu’ils honoroient leurs idoles &Guacas en cefte façon. Ponreefte occafioii les Prélats fe font efforcez de leur ofter , le plus qu'ils ont peu de ces danfes , combien qu’ils les lailfenràcaufe qu’vne partie ne font que ieux de récréation, car toufiours ils danfent, Ôc bal- lent à leur mode.Ils vfent en ces danfes , de plu- licurs fortes d’inftruments , dont les vns font comme fleutes ou petits canons, les autres coii- me tambours, 5cles autres comme cornets en- tortilles j^-mais communément ils y chantent tous à la voix,& y en a vn ou deux qui chantent premièrement la chanfon , puis tous les ^autres luy refpondent. C^elques vues de ces' chan- fons eftoient fort ingenieufement compofées, & contenants des hiftoires : d’autres eftoient pleinesdcfuperftitions,&lesautres n’eftoient que pures folies. Les noftres qui conuerfent entr'eux , ont eflaye de mettre les chofes de no- ftrefainde Foy en leur façon de chant. Ce qui a allez bien profité, d’autant qu’ils employent les tours entiers aies chanter & reciter , pour le grand plaifir & contentement qu’ils pren- nent a ce chant. Ils ont mis mefinesà leur lan- gue de nos compofitions de raufique , comme des Hui61ains,Chanfbns ôc Rondeaux, lefquels ils ont fort proprement tournez, qui eft à la vé- rité vn beau ôc fort necelfaire moyen pour in- ftruire le peupie.lls appelioient communément auPerudes dances Tagui,és autres prouinces Rr HisTOÎRE KATVREttl Areittos , & en Mexique Mittotrcs. Et n*y% point eu en aucun autre lieu vne telle curiofi- té de ces ieux & dances , comme en la neufue E(pagne,oùion voit encore auiourd'huy des Indiens fi braues fauteurs , que c eft vne chofc admirable. Les vnsdancentfur vnccorde,les autres fur vn pieu haut & droit en mille façons. Les autres aucclaTpianre des pieds & les iarets, manient, iettent en haut & reçoiuentvn tronc fort pefant: ce qui femblc incroyable , fi ccn’cft en le voyant. Us font plufieurs autres démon- (Irations de leur grande agilité, en fautant, vol- tigeant, faifantdesfouples-fauts , tantoft por- | tans vn grand & pefant faix , tantoft endurans des coups qui feroient fuffifants pour rompre du fer. M ais l’exercice de récréation le plus vfité entre les Mexiquains , eft le folcmncl Mittotté , qui eft vne forte de bal qu’ils efti- moient fi brauc &fi honorable, que le Roy rnefmcydançoit quelques fois , non pas tour tesfois par force comme le Roy Dom Pedro; d’Arragon,auecleBarbier de Valence. Ce bal ! ou Mittotté fc faifoit ordinairement es cours du temple, &en celles des maifons Royallcs ; qui eftoient les plus fpacieufes. Ils polbientau milieu de la cour deuxdiuersinftruments , vn j quieftoit en façon de tambour, & l’autre en | façon d vn baril fait tout ’d’vne pièce , & creu- j fé par dedans , Icfquels ils mçttoient fur vne fi- gure d’homme , ou d'animal, ou deftus vne cou- lomne. Ces deux inftruraents eftoient fi bien accordez enfemblc , qu’ils rendoient en leur fon vne aflez bonne harmonie, & faifoient aucç. ©BS Indes, ri V. VI. 514 keit înftrumcns plufîcurs & diucrfcs fortes d’airs &dc chanfons. Ils chantoient & bal- loient tous au fon & à la cadençe de ces in- ftrumens, dVn fi bel ordre & d’vn fi bel ac- cord , tant aux voix qu’au mouuement des pieds , que c’eftoit vne chofe plaifantc à voir. Ils faifoient en ces danfes deux cercles ou roues , 1 vn dcfquels eftoit aulnilieu , proche des inftrumens , auquel les anciens & leigneurs chantoient & danpient fansprcfque fc raou- uoir : l’autre eftoit du refte du peuple à l’cn- rour,alIez efloigne du premier, auquel ils dan- çoient deux à deux plus legerement,&: faifoient diuerles façons de pas , auec certains lauts à la cadence. Touslelquels enlemble faifoient vu fort grand cercle. Ils feveftoient pour ces dan- ses de leurs plus précieux habits & loyaux , fé- lon le moyen &pouuoird’vn chacun, eftimans cela vne chofe fort honorable : & pour cefte occafion ils apprenoient ces dances dés leur enfance. Et combien que la plus grande part d icelles Ce faifoient à I honneur de leurs ido- les, ncantmoins cela n’eftoit pas d’inftitution, mais comme il a efté dit, c’eftoit vne récréa- tion & pafîe-temps pour le peuple. C cft pour- quoy il n’eft pas propre de les ofter du tout aux Indiens, mais on doit bien prendre garde <^uils n’y méfient parmy quelques fupcrfli- tions. l ay yen faire ce bal ou Mittotté en la cour defEglife de Topetzotlan , qui eft vn bourgafeptiieüesde Mexique, Ôc me fcmbla des lorsque c’eftoit chofe bonne d’y occuper Sc entretenirles Indiens es iouirs dcfcftesjpuis Histoire nATvRELti qu’lis ont befoin de quelque récréation: & d’au- tât plus que celle-là eft publicque,& fans le pre- iudice d’autruy,il y a moins dlnconueniétqu’cn d’autres qu’ils pourroient faire eux feuls-, (i l’on leur oftoit celles-là. Ceft pourquoy il faut con- clure,fuiuaiitleconfeil du Pape Grégoire, que c’eft vue chofe fort propre de lailfer aux Indiens ce qu’ils ont de couftume & vfages, pourueu , qu’ils ne foient point meflczde leurs erreurs an- eiens,& de faire en forte que leurs feftes & paf- fe-téps facheminent à Fhonneur de Dieu, & des ; fainds defquels ils celebrent les feftes. Cecy | pourra fuffire en general des mœurs & couftu- ' mes politiques des Mexiquains. Et quant à leur | origine , accroilîement & Empire , d’autant que I c'eft vne matière plus ample , & qui fera belle ôC | plaifantc d’entendre dés fon comracncemcnti nous en traitterons au liure fuiuant. 3i; LIVRE SEPTIESME DE LHISTOÎRE NATVREL- Ic & morale des Indes. c ejî vne chofe vtile d entendre les aBes des Indes ^frinapdetnent ceux des Mexicjutuns, .f»„C hapitre premier. O V T E hiftoire véritable bien eferite eft toufiours profitable au Ledeur. Car comme ditle S âge ; Ce qui a ejlé eJl ce qui Jèra, e^î ce qui a ejle. Les chofes humai- nes ont entr’clles beaucoup de reflfemblaiice, &lcsvnsrefontfages,parce qui arriue aux autres. Il n’y peuple fi barbare qui n ait en foy quelque chofe de bon , & digne de loliange,ny Republique fi bien ordonnée, où il n’y ait quelque chofeà reprédrc.C’efl pourqiioy quand il n’y auroit autre fruid en Lhiftoirc & narration des faits des Indiens , que celle com- mune vtilitcd’eflrc vne hiftoire & relation des chofes , lefquelles cnefFedde vérité font aduc- nues,clle mérité afTezd’cflre rcceùe comme cho- fe vtile, ^ ne I^ doit-on pas rciettetj pourtant fi îlr iij Histoire UATVREtLE cc font chofcs des Indiens. Comme nous voyos ^ue les aiithcurs qui traittêt des choies naturel- leSjefcriuent non feulement des animaux géné- reux, des plantes fignallees & des pierres prcci- eufes,mais auffi des animaux vils,des herbes co- munesjdes pierres & chofes vulguaires, d’autant qu'il y a toufiours en icellesquelques proprictez dignes d'eftre remarquées. Ainfi quandil.n’y au- roit autre chofe en cecyquç ie traittc,que d’eftre vnehi{loire& non point des fables &: fixions, c’efl: touhonrs viifubied; qui n’eftpas indigne d’eftrecfcrit.nyd’eftrcleu.llyaencorvne autre raifon plus particulière rc’eft que Ton doit d’a- uantage eftimeren cecy ce quieftdignede mé- moire, d’autant que c’eft vne natiô peu cftimée, & d’autant mefiTie que c’eft vne matière difFeré- te de celle de noftreEurope, comme aufli le font ces nations : enquoy nous deuons prendre plus | de plai(îr& de contentement d’entendre le fond de leur origine, leur faconde viure , leurs heu- reufcs&nialheurcufcs aduatures.Et n’eftpas ce- lle matière feulement plaifantc& agréable, mais auffi eft vtile ôc profitable, principalemét à ceux qui ont la charge de les regir& gouuerner :car la -cognoiftancc de leurs aéles inuite à donner cré- dit aux noftres,&cnfeigne en partie comment ils doiuêteftre traittez, voire elle o.fte beaucoup du commun, & fol mefpris,auquel ceux de l’Eu- rope les ont, ne iugeans pas que ces peuples ayet aucune chofe de raifon.Car certainement on ne peut mieux trouuer l’efclarciftement de cefte opinion, que par la vraye narration des faits : geftes de ce peuple, le traiélcray donc aueç i »is Indes. Liv. VIT. 3i'f l’aydc du Seigneur , le plus brefuement que ie pourrayjdel’origiije,progres , & faits notable?, des Mexicquains, par où Ton pourra cognoiftrç le temps, & ladifpofition quelehaiir Dieu vou- lut choilîr,pûur enuoyer à ces nationsja lumiè- re de rEuangilc de lefus Chrift Ton fils vnique noftrc Seigncur,lcquelie fiipplie acheminer no- ftre petit trauail , de forte qu’il puilfe reufiir à la gloire de (à diuincgrandcur,& à quelque vtilité de CCS peuples, aulquclsila cômuniqiié fa faill- ie loy Euangelique. Des Amiens hAhltAns de U neufm EjpAgne^c^ comment les NdHAtUcAij vindrent. Ch AP. IL Es anciens, & premiers habiransdes prouinces,qucnous appelles neufue Efpagne, furent des homes fort bar- barcs,& fauuages,qm viuoiet & fen- tretenoient feulement de la chalTc. A celle oc- cafionelloient appeliez ChichiraccquaS. Ils ne (emoientjiiy ne cultiuoicnt point la terre , ôc ne viuoient point enlcmble , d’autant que tout leur exercice , eftoit de chafier , enqiioy ils e- ftoient fort adroits. Ils habitoient aux plus af- pres lieux des montagnes viuants belliailemenc fans nulle police, & alloient tous nuds. Ils fai- foienc la chafîè aux belles rondes, aux heures, ■ Rr iiij Histoire N AT VREL LE connins,bclletccs,raiipes,charsrauuagcs J & aux oifeauxjvoire aux beftcs immondes , com- me aux coulcuures , lézards, locuftcs , & vers dont ils fenourri{Toient,auec quelques herbes & racines. Ils dormoientauxmôragnes,endcs cauernes,& en des builFons: Sc les femmes mef- mesa!loientàlachaire,auccleurs maris , laif- fans leurs petits enfans attachez aux rameaux d vn arbre , dans quelque petit pannier de ionc, qui fe paflbient d’eftre allaittez iufques à ce qu’elles retçurnafTent de la chalTe. Us n’àuoienc i aucuns fupericurs, ôc ne recognoilToient, ny n’adoroient aucuns dieux, & n’auoient point de couftumes ny de religion. Il y a encor auiour- dliuy en laneufuc Efpagne , de cefte forte de gens, qui viuent de leur arc ôc flefchesylefquels font fort dommageables : pour-autant qu'ils faiîemblcnt par compagnies, pour faire quel- que mal-ou vollerie,& n'ont peu les Efpagnols parforce,ny findrcs,lcs réduire à quelque po- lice ôc obeiiîance. Car comme ils n'ont point villes,ny de refîdences , combatte auec eux , cft i proprement, chalîèr aux belles fauuages, qui fefeartent , & fe cachent aux lieux les plus af- 1 près, & couuerts delà Syerre. Telle eft la façon | de viure encor auiourd’huy en beaucoup de j prouinces des Indes, &ell traitté principallc- | ment de cefte forte d’indiens , auxliures de fro- curanda indiorum fdute.hn lieu où il eft dit, qu’ils ontdcbefoing d’eftre contraints ôc alfubicdis par quelque force honnefte, ôc qu'il eft nccef- faire de les enfeigner premièrement à eftre ho- mes, puis apres à eftre Chreftiens. L’on veut di^ d£s Indes. L IV. VIL 317 rc,qne ceux qu’ils appellent enlaneufueElpa- gne,Ottomics, eftoieiit de Gcftc forte, lefquels communément font de panures Indiens habi- tans en vne terre afpre & rude , & neantmoins font enalîëz grand nombre, &viucnt enfem- ble ayants entre eux quelque police , ôc ceux quilescognoilfent,neles trouiient pas moins idoines , ôc capables es chofes de la Chreftien- té,que les autres, qui font plus opulcns , ôc que l’on tient pour mieux policéz. Venans donc à noftre fubied, les Ghichimccas , ôc O ttomics, qui eftoient les premiers habitans delà neufue Elpagnc,d autantqu’ils nefemoient, ny labou- roient la terre, larlîcrent le meilleur & le plus fertile de celle contrée, làns le peupler , ce que les nations^ qui vindrent de dehors occupèrent, lefquels ils appelaient Nauatalcas , d’autant que c eftoit vne nation plus ciuile , Ôc plus poU-. tiquc,&fignifieceraot, peuple qui parle bien, au relped des autres nations barbares , ôc fans raifon.Ces féconds pcupleurs Nauatalcas, vin- drent des autres terres cfloignces , qui gifenc vers le Nort , où l’on a maintenant defcouuerc yn Royaume , qu’ils appellent le nouueau M e- xique. Il y a en celle contrée deux prouinc.es, l’vneappelléeAztlan, qui veut dire lieu de hé- rons, l’autre Tuculhuacan , quifignifie terré de ceux qui ont les ayculs diuins. Les habitans de ces prouinces ont leurs maifons , leius terres labourables, dieux , couftumes , & ceremonies, auec le mefme ordre , ôc police , que les Naua- ftalcas , &font diiiifèzcn fept lignages ou na~ tionS; ôc pour ce qu’il y a vn vfàge, en celle pro- Histoire natvrelir Bince,quc chafcun de ccs lignages a (on lieu , ÔC fon temtoire (èparc , les Nauatlacas peignent leur origine , ôc premier territoire en figure de cauerne, ôc difent qu ils fortirent de fepr caucr- nes.pourvenirpeuplcrla terrede Mexique, de quoy ils font mention en leur hiftoirc , oùil* peignent fepteauernes, &lcs hommes qui en lortcnr. Par la fupputation de leurs liurcs , il y a plus de huit cents ans, que ces Nauatlacasfor- lirét de leur pais , qui feroit le reduifant à noftre conte j’annee de noftre Seigneur , hui cents vingt. Q^nd ils partirent delcurpays,pour i venir en Mexique, ils tarderét quatre vingts ans ' en chemin, & lacaufe qu’ils demeurèrent fi log temps en leur voyage , fut que leurs dieux, ( Ict quels (ans doubteeftoient diables, quiparloient vifiblementàcux) îcurauoient perfuadé qu’ils àllaflent recherchants de nouueiles terres, qui cufientdc certains fign es. Ceft pourquoy ils venoientrecognoifians toute la terre, pour rc- i chercher les figues , que leurs idollcs leur a- | uoient donne, &és lieux qu'ils trouuoient de j bonne habitation. ils peiiploient ôc labouroienc la terre , & comme ils defcouuroient toufionrs ' de meilleures contrées , ils dclaiiroicnt celles | qu’ils auoientainfi premicremen.t peuplées, y ! laifiàns neantmoins roufiours quelques vns, , principalement les vieillards malades, ôc fati- ^ guezjmcfmes y plantoient,& baftifibienr, dont I l’on voit encor auiotird’huy des reftes par le ! chemin qu’ils tindrent, Remployèrent quatre vingts ans en celle façon de cheminer fi à loifir, •e qu’ils eufient peu faire en vn mois, par ce des^-Jndes. Liv. VIL' moyen ris entrèrent en la terre de Mexique, ca l’année de neuf cents deux félon noftrc conte. ^tmment les jtx lignages de N AuatlMcas peuplèrent U terre de-Mexupte, Ch AP. III. Es fept lignages que i'aydir,nc forti-r rent pas tous enfcmble, les premiers furent les Siichiinilcos,quifignifîe gent de femenccs deflcurs.Ccux-là peuplèrent le riuage du grand lac de Mexique,verslc Midy,&: fondèrent vneCitc de leur nom & plufîeur s-bourgades. Long temps apres arriucrentceuxdii fécond lignage appeliez Ghalcas, qui fignific gent des bouches , Iciquels fonderêt auffi vne autre Ci\é de leur nô,depar- tans leurs limites, & territoire , auec les Suchi- mücos. Les troihefmes furent les Tcpanecas qiiifignifie, gent du pont, lefquels peuplèrent le riuage du lac, vers 1 Occident, & Faccreurent tellement qu’ils appellerent le chcf& métropo- litaine de leur prouincc Azcapuzalco , qui vaut autantà dire, que fourmilliere,&furent vn long temps fprtpuilîants. Apres ceux-là vindrent ceux qui peuplèrent T ezcuco , qui font ceux de Cuihua , qui veut dire gent courbée, pource qu’en leur pays il y auoit vne montagne fort re- courbée. Et de cefte façon fut ce lac enuironné de ces quatre nations , pcuplans ceux cy TO- ticntjSc les Tcpanecas le Norr. Ceux de Tez« Histoire natvrelle cuco furent eftimez fort courtifans. Car leur îangue,& prononciation eft fort douce, & mi- gnardc. Apresarriuerentles Tlalluicas,quifî- gnifiegentdela S verre. Ceuxlàcftoiét les plus rudes , & groffiers de tous , ôc comme ils trou- uerent toutes les plaines occupées , autour du laciufqucs aux Syerres , ils palTerent de lautrc coftédelaSyerre, où ils trouuerent vnc terre fort fertile, fpacieufe , & chaude , en laquelle ils fonderêt & peupiereilt plulieursgrâds bourgs, appellans la Métropolitaine de leur prouincc Quahtmachua , qui vaut autant à dire que lieu, où fonne la voix de l’aigle,^ que noftre vulgaire appelle, & par corruption , Quernauaca , & eft cefte prouincc celle que l’on appelle auiour^ d’huy lè Marquizat. Ceux de la lîxiefme géné- ration , qui font les Tlafcaltecas, qui vaut au- tant à dire que gent de pain , paflerent la Syer- ^ revers 1 Oriwnt traueiTans toute la Syerre Mc- nade, où cft le fameux Vulcan , entre Mexique ôc la Cite des Anges , où ils trouuerent de bori pays,& fi eftendirent bien auant plufieurs édi- fices. Ils y fondèrent pluheurs ville% ôc Citez, dont la Métropolitaine s’appella de leur nom Tlafcala. Cefte-cy efi: la nation qui fauorifa les Efpaignols, à leur entrée, & par Tayde defquels ilsgaignerent ce pays , parquoy iufques auiour- d huy ils nepayent point de tribut , ôc iouifïçnt d vne exemption generale. Lors que toutes ces nations peuplèrent ces pays, Jes Chinchi- mecas, anciens habirans neleur firent aucune iefiftance,raais ils fenfiiyoient , ôc comme tous e^ouiientez ils fc cachoyent au plus couuert DÉS Indes. Liv. VII. 51^ des rochers. Mais ceux qui habitoyentdei au- tre cofic delà Sierre,où les Tlafcaltecas fha- bituerent, nepermirent point ce que le refic des Chichimecas auoycnt permis : au contrai- re ils fe mirent en deffènce,pour côferucr leur pays, & comme ils cftoyentgeans, félon que raconte leur hiftoire, ils voulurent ietter par force les derniers venus , mais ils furent vain- cusparla rufe& finelfe des Tlafcakecas , lef- quelsfaignirentdefaire ^aix auec eux , puis les conuierenten vn grand banquet, & lors qu’ils eftoyent occupez à leurs yurongnerics , il y eut des hommes qui auoyent elle mis en cm- buichea celle fin , qui leur delroberent fine- ment leurs armes , qui elloicnt de grandes maf- fuesjdeslrondellesjdesclpeesdebois, & autres telles fortes d’armes. Cela fait ils le ietterent à l’impourucii fur eux , & les Chichimecas fc voulans mettre en delFenfe , & ne trouuans pointleurs armes, fenfuirent aux montaf^nes &forells prochaines, où mettanslamain^aux arbres, les rompoyent & arrachoyent , comme fi c’eulTcnt ellé fueilles de laidues. Mais en fin comme les TlafCaltecas alloyent armez, & en ordre ils deffirent tous les geans , fans en lailfer vnfeul en vie. Ce qu’on ne doit trouucr ellran- ge , ny pour fable de ces geans , car on y trouuc encor auiourd’huy des os d’hommes morts, d’vnc incroyable grandeur. Lors quei ’clloisen Mexique, en Lannec de quatre vingts ôc lix,l’on trouua vn de ces geans enterré en vne de nos métairies), que nous appelions lefiisdu Mont* duquel l’on nous apporta vnedentà veoir , la- Histoire natvreili quelle fans y adiouftcr jcftoic aulîî grande que le poignet dVn homme, & felonccftcproportio tout le refte, lequel ie vey, 8c m’efmcrueillay de eefte difforme grandeur. Les Tlafcaltecas donc par ccftcviâ:oire,demeurcrcntpaifiblcs,& tous les autres lignages aufïî. Ces lix lignages que i ay ditjconleruerent toufiours amitié entr’eux, marians leurs enfans les vns aueeles autres , 8c deparrans leurs limites paifîblement,puisfeftu' dioyenr parvnchôneftc émulation d^accroiflrc 8c d’illuftrcr leur republique. Les barbares Chi- chimecas voyans ce qui paifoit , eômencerêt de prendre quelque police,& à fe vcfl;ir,ayans hôte de ce qu’auparauat, 8c iufques alors ils n’auoyét i efté hôteux, 8c ayans perdu la crainte par la cô- i munication de ces autres peuples , côraencerét i d apprendre d’eux plufieurs chofes , & faifoient | deha leurs maifonnettes , ayaus’quelqiie police i &gouiiernemét. Ilsefleurêtaulîi des feigneurs, ' | qu’ils recognoifToient pour chefs, 8c fupericurs: | au moyen dequoy ils fortirent pref^e entierc- mctde cefte vie beftiaIlc,toutesfois ils refîdoyéc ■ toufiours aux montagnes,&en la Sierre feparez des autres. Neâtmoins ie tiens pour certain que cefte crainte eft prouenuc des autres nations, 8c prouinces desIndcs,dont les premiers furet ho- mes fauuagcs,lcfquels ne viuasque de chafle en- trèrent, penetrans les terres 8c pays fort afpres, dcfcouurans vn nouueau monde, & habitans en iceluyprefque corne beftes fauuages,fans toids, i & fans maifons,fans terres labourables,fàns be- j ftialjfans Roy,loy ,ny Dieu,ny raifon.Du depuis | quelques autres cherchas de meilleures de non- | B^ES Indes. Lî y. VÎL 510 oelles terreSjpeuplerent le pays fertile, inrrodui- fans vn ordee poliric,& quelque façon deRepu« bliquCjCncor qu elle fuft fort barbare. Par apres CCS mcfnle homes, ou d’autres nations, qui euréc plus d’entendemét & d induftriç que les autres, rcmploycrct à alîîïbiettir&opprimerles moins puiirans,iufqucs à fonder des Royaumes,&dcs grands Empires. Ainfi'en aduinten Mexique, au Peru, & en quelque endroit où le trouucnc des citcz,&dcsRepubliques fondées parmy cesBar- bares.Ce qui me confirme en mon opinion,Ia- qucllci ayamplemêtdefduittcau idiurc,que les premiers habitans des Indes Occidentales vin-' drent par terre, & que par confequent , route la terre des Indes fc continue, aucc celle d’Afic, d Europe, & d Afrique, Sc le nouucau monde auec lcvicil,(côbicn quefon n’ait encor defeou- uer t à prefent aucun pays qui touche& fe ioigne auec les autres mondes jou que fil y a mer entre deux, elle eft eftroittc,que les beftes fiercs&fau- uages la peuücnt facillcmenr pafTer à nage,&lcs hommes en de mefehans bafteaux. MaislaifTans celle philofophie retournons à nohre hiftoirç. Hîstoirenatvrelle VeU [ortie des Mexiquai?is,de leur chemin^ dU feu^lement de ceux de Mecheuacan, Chàp. IIII. ^ Rois cens deux ans apres que les i^fix lignages furdits furent fortis jde leur payspôur peupler là neu- fuc Efpagne, le pays eftani défia fortpeujné & réduit à quelque forme dè police, ceux de la 7. cà- uerne,ou Iignceayarriuerét,qui eft la narionMc- xiquâine, laquelle comme les autres fortit de la prouincc de Aztlan ôc Teuculhuacan , nation politique, courtifane,&fort belliqucufe.Ils ado- royêt f idole VitziliputzU, duquel a efié fait am- ple mention cy deuanr, & le diable qui cftoit en cet idole parloit & regiflbit alfez facilement ce- lle nation. Cefte idole donc leur commanda de fortir de leur paySjIeur promettant qu’il les fe- roit Princes &feignenrs de toutes les prouinceSj qu’auoient peuplé les autres fix natiôs^qu’il leur donncroitvne terre fort abondante beaucoup d’or,d’argcnt,depicrresprccieufes,depluraes;& de riches mantes,fuyuantquoy ils fortirent por- tails auec eux leur idole dansvn coffre de ionc, qui eftoit porté par quatre des principaux preftres,aufquelsilfecommuniquoit , & leur rcueloit en fecret le fuccez de leur chemin & voyage , les aduifant de ce qui leur deuoit ad- uenir. Il leur donnoit mefmes des loix , ôc leur enfeignoit les couflumes, ceremonies, & facri- fices Des Înd’es. Liv. VîL 521 èccs qu’ils deUoicnt obfcrucr. ils n’aJuan- çoient ny ne fe mouuoient aucuneraent, fans l’aduis & commandement de cct icfole. Il leur dilbit quand ils deuoient cheminer, & quand en quelque lieu ils deuoient farrefter, enquoy ils luy obciiroient du tout. La première chofe qu'ils faifoient, où que ce fud qu’ils arriualîènt, cftoit d ’edifîer Vnc maifon.ou tabcrnaclc,pour leur faux Dieu, qu’ils dreiïbient toujours au mi- lieu du cattïp,& y mettoienrl arche fur vn autel, dcla mefmefaçonquiOn en vfe en la faindle E- glifcChreftiennc.Celafairilsfaifoicnt leurs fe- mences de pain, & des legumes dont ils vfoient & cftoient li addonnez à 1 obeilîance de leur Dieu, que fil leur commandoit de recueillir ils recueilloicnt , mais fil leur commadoitde îcUerleeamp,toutdemeuroitlà, pour femence & nourriture des vieillards,malades & fatiguez, qu’ils àlloientlaiiïans à tout propos de lieu en. autre, afin qu’ils peuplaircnt.Pretendanspar cc moyé que toute la terre dcmeurcroir peuplée de leur nation. Celle fortie & pérégrination des . Mcxiquâins, fèmblcra parânancure femblable à la fortie d’Egypte,&au chemin que firent les en- fans d Ifrael, veu que ceux-là, comme ceux cy, furent admonnellcz dè fortir,& chercher la ter- re de promilîion,& lesryns,& les autres porroiéc pour guide leur Dieu, çonfolrok‘nti’arche,&:luy faifoieni tabernacle, déifiés udUifoitjleur don- nant des Ibix de des cepctâ'Oftîer:delcs;vns, de les autres ConfammerenG^viii ^ând nombre d’an- uecs fur"c£voyagcdè'lëU 5 i*üeErc'promife,oU l’on recognoiii de la relfcmbllàHèié'de plufi^ très HîStOIRE NATVRIILI chofes, en ce que les hiftoires des Mexiquains racontent, & ce que la diuine Eferiture rapporte des Ifraelites.Et fans doute c'eft vnc choie veri- table,quc le Diable prince d’orgueil, Eeft efforce par les ruperftitions de cefte nation, de contre- faire &enfuyurc ce que le trcf-haur,&vray Dieu fit aueefon peuple. Carcommeila eftétraitté cy deffiis, Satan a, vne eftrange enuie de fe com- parer ôc f egallcr a Dieu, d où cet ennemy mor- tel a prétendu faulfementvfurper la commun!- cation, & familiarité qu’il Uiy a pfeu auoir auec les hommes. S ’eftiliamais veudiablejquîcon- ucrfaft ainfi auec les hommes,commc ce diable Vitzilipuztli? L’on peut bien voir quel il eftoit, ! par ce que I on n a iamais vcu,rty ouy parler, de j eouftumes plus fiipciftitieufes, ny defacrificcs i plus cruels & inhumains, que ceux que ceftuy j enfeigna aux fiens.En fin elles furent inuentees ' par 1 ennemy du genre humain. Le chef & Capi- I taine que ceux cy ruyuoient,auoitnom Mexi, j d’où vint par apres le nom de Mexique, & celuy ,de fa nationMcxiquainc.Cc peuplcdoncchcrai- nant ainfi à loifirjcommeauoient fait lesfix au- . très nations, peuplans & ciiltiuans la terre en di- uers endroitSjdont ya encor auiourd’huy desap- parenccs, & ruines, & apres auoirenduré beau- coup de trauaux 3c de dangers , vindrenr en fin arriuer eh la prouince de Mechoacan,qui vaut i autant à dire què rerredepoi(ron,pour ce qu’il j y en a grand’ abondance en de beaux ôc grands | lacsioù fe contetans de la fituatipn,& frailcheue de la terre, ils fy voulurent repofer (Srarrefter, Toutesfois ayans côfulté leur idole fur cepoinr^ i)ÉS Indes. Liv. VII. 5U & voyans qu’il n’en eftoir pas contentais luy de- mandèrent qu’il leur permift à tout le moins d y laiflcr de leurs hommes, qui peuplalTent vne il . bonne terre,cc qu’il leur accorda, leur enfcignat le moyen comment ils le feroient.Qui fut com- me les hommes Ôc les femmes lcroient entrez pour ce baigner en vn lac fort beau,qui l’appel- îoit Pafcuaro,çeux ci^ui refteroicnt en terre leur defrobaiTcnr tous leérs habics,&:incontinentlè- ùalïcnt le camp, &,f en allaient fans faire aucuîi briiiif. Ce qui fut ainlî fait, & les autres qui ne pcnloicnt en la tromperie, pour le contentemêt qu’ilsprenoientàlèbaigner,quand ils foitirehc &fe trouucrentdelpouillezde leurs habits, Ôc ainfi moquez & delailîè'z dé leurs compagnons, ils demeurèrent fort mal contensy&indignez die' cela,de forte que pour fai re demonftration dé, la haine qu’ils conçeurét contr’eux,ils difent qu’ils changeren t de façon de viure, voire de langa-’ ge.A tout le moins c’eft vne chofe certaine, que toulîours lesMechpaçanes ont efté ennemis des Mexiquains, e’eft pourquoy ils vindrent con- gratuler le Marquis de Valley apres lavidoire obtcnue,qiiand il gagna Mexique. Histoire natvrelle De ce c^m arnua. en Malmdco^en Tula, CT' en Chd^dtepec, . C H AP. V. !t y a de. Mexouacquan en Mexique, fvlus-de cinquante lieiies,& furie che- toin cft MaiinalcOjOÙ il Icuraduinti ^ue fe plaignans à leur idole d"vne femrne rref-grande forciere, qui venoken leur compagnie , >pôrrant le nom de fœur de leur Dieu pour ce que auec fes maüüais arrs,elle leur faïfoit de grâïïds dommages,pretendânc par.cer- wins rnoyeus^ fc faire adorer d eux,copime leiir Deefl^;fidole'pariaenfonge à l’vndc ces viéil« >ards qui portoient l’arche, 6e iuy eornanda que de'fa part ihcQnfôlaft le peuplejlcur'fairànil dd Mpuueau de^grundes promelfes,& qu’ils lâiffaf- feut cefte fîennle fœur; auec fa famille, commè criiellc Ôc maàoâife,en leuât le camp de nuid en grand lilenceifans lailfer aucune apparêce par ou ikalloiér.ikdeiireiîr ain fij&la forcierc fe trou- uantfeule auecî^ famille, delaillèe de la façon peupla là vue ville qui fut appellee Malinalco, ôc les habitans de laquelle font tenus pour de grands forcici^jeftans ylTus d’vnc telle mcre.Lcs Mexiquains , d’autant qu'ils feftoient beau- coup diminuez par ces diuifions , ôc pourlc nombre des malades, 6c gens fatiguez qu’ils al- loycntlaiirans, fe voulurent reffaire,farreftans en vn lieu, appellé Tula , qui fignifie lieu de ioncies. Là leur idole leur commanda qu’ils ■e\‘ Des Ikdes. Ltv. VII. 32; arrcftaflcntvne grande riuicrc , afin qu’elle fe rclpandift dedans vne grande plaine, &auec le moyen qu’il leur enfeigna , ils enuironnerent d’caüevnecqlline appellée Coatepec, & en fi- rent vn grand- lac , lequel ils planrercnc tout à l’entour de faux, d’ormes, fapins, & autres a^ bres.Il commençaàfy engendrer beaucoup de poiiîbn, & y venir plufi'eurs oifeaux, de forte qu’il f y fit vn lieu delicieu|. C’eftpourquoy raflîett^ de ce lieu, leur femblant alTcz agréable, ôc eftans laflèz de tant cheipiincr,pli]fieiirs par- lèrent de peupler là , ôc ne palfer pins outre, dequoy le diable fe fafcha fort , ôc menaffant les preftres de mort, leur commanda qu ils re- miflent lariuiere àfon cours. Et leur dit qu’il ~ donneroit celle nuid le chaftiement à ceux qui auoient cfté defobciflàns, td qu’ils le me^' litoyent. Orcommelc mal faire eft fi propre au diable, & que la iuftice diuine permet bien fouuent queceux là foyent mis entre les mains dVn tel bourreau, qui lechoififlent pour leur Dieu : ilarriua que fur la minuid ils ouyrent en certain endroit du canâp, vn grand bruit, & au matin allans celle part, ils trouuerent morts ceux qui auoyent parlé de demeurer là. La fa- çon comme ils auoyent cfté occis , fut qu’on leur auoit ouuert l’eftomach, ôc en auoiton ti- ré le cœur.Etdc là ce bon Dieu enfeigna à ces pauures malheureux, les façons des faciificcs qui luy plaifoyenr,quieftoitenouurant l’efto- mach, dcleur tirer le cœur, ainfi qu’ils l’ont de- puis pratiqué en leurs horribles facrifices-Ayâs, vçiice chaftiment ainfi fait, &que la çampa- Histoire natvreile gnc f’eiloit dcfcchcc > à caufc queiclacPcftoit vuidé, ils confukcrent leur Dieu de fa volonté, lequel leur commanda de palferourrejCe qu’ils firent, & peu à peu aduanccrcntjiufqucs àarri- ucr à Chapulrepec , à. vne lieue de Mexique, lieu célébré pour fa récréation , & fraifehenr. Ils fc fortifièrent en ces montagnes, pour crain-* te des nations qui habitoyent cefte contrée, Icfquelles leur,eftoient toutes contraires, prin-» , cipalcmcnt d’autant quVn nommé Copil, fils de cefte forciere laiflee en Malinalco , auoit blafmé, & mal parlé des Mexiquaiiis. Car ce Copifpar le commandement de famcre,quel- quetêps apres vint à la fuitie des Mexiquains, & feftorça d’inciter contre eux les Tapanecas, & les autres circonuoifins,iufques aux Chalcâs> de forte qu’ils vindrent en main armée pour de- fiiruire les Mexiquains. Le Copil cependant £ç mit en vne Colline qui cft au milieu du lac,ap- peilée Acopilco, attendant la deftruétion de fes ennemis, & eux par l’aduis de leur idole zU lercnt contre luy,& le prenants au defpourueq le tuerent, 6c en apportèrent le cœur à leur Dieu, lequel commanda qu’on le iettaft au lac. Et feignent que de là f eft engendree vne plan- te , appellée T unal , ou du depuis fut fondée Mexique. Us vindrent aux mains , auec les Chalcas, ôc autres nations , Sc aiioyent les Me- xiquains efleu pour leur capitaine ,vn vaillant homme, appellé Vitzilonilti,qui en vne char- ge fut prins &tué par les ennemis, mais pour celales Mexiquains ne perdirent pas courage, ains combattans valeureufement, malgré leurs lit. »if Indes. Liv. VÎI. ^24 ennemis rompirent leursefcadrons,&menahs au milieu, Si corps de la bataille les veiilards, femmes & petits cnfans,pafïèrcnt outre iufqucs 'à Atlacuyauaya, ville des Cuîhuas, lefquels ils trouucrent (olcmnifans vne.fefte, auquel lieu ils fc fortifièrent. LcsChalcasny les autres na- tions,nc les fîiyuircnt plus, mais ellans dcfpitez , de fc voir derfaits par vn fi petit nôbrede gens, eux qui eftoient en fi grande multitude, fe retir rerenten leurs villes. De U guerre & adions de grâces au Créateur, & à leur grand Dieu Vitzilipuztli, qui en toi^t leur eftoit perc,& leur auoit toujours dit vérité. Ils ap^ pellerént pour celle occafion la Cité qu’ils fon- dèrent là Tenoxtiltan, qui lignifie Tunal en pierre, & iufqucs auiourd’huy ils portent en leurs armes vue aigle fur vn Tunal,aucc vnoi- feau en vne griffe, &aflisderautrefurvnTu- nal.Leiourfuiuantparla commune opinion ils , firent vn Hermitage ioignant le Tunal de lai- gle, à fin que l’Arche de leur Dieu y repofall, | iufques à ce qu’ils euflènt le moyen de luy fai- 1 re vn fomptucux Temple, & ainfi firent ceft Hermitage de guazons Sc de mottes qu ils cou- iirirent de paille , puis apres ayans confulté leur Dieu, ils delibererent d’acheter de leurs voifins’de la pierre, du bois ôc de lachaux,en | troc de poifTons , de grenouilles & de chc- j urettes, raefme aulïi de canards, poulies d'eaiie, j courlieux Ôc autres diuers genres d’oifeaux ma- rins. Toutes lefquelles chofes ils pefcHoient ! &c chalToient auec grande diligence en ce lac, j auquel il y en a en grande abondance. Usai- j loient auec ces chofes és marchez desvilles^^ ; Citez des Tapanequas, &C de ceux dcTezcuco i leurs circonuoifins, & auec beaucoup d’artifi- I ceaircmblcrentpeuà peu ce qu’ils auoient de j befoing pour l’edifice de leur Cité : de forte ! qu’ils baftirent de pierre & de chaux vne meil- îcurç chappclle pour leur idolc^, ôc f employé- Des Ikbes. Lit. VII. 327 rent à f emplit auec desplanches &: dabloc,vnc grandepartic decelac.Cela fait l’idole parla vnc Muid à vn de fcs prêtes en ees termes: IdexlejUAins (^uelesfetgneUrsfeâimfint chamn auecjes parens CT” tfiidsp fepdrent en quatre quartiers principatix a l'entour de la maifin que m'auet^pute pour mon repos^ que chaque quartier édifié en^fon quartier félon fa volant é.Qt qui fut mis en executiô,& ceux là fonties quatre quartiers principaux deMexi- que>'que l’on appelle auiourd’huy Sain d lean, Sainde Marie la Ronde, Saind Paul, & Saind Scbafticn. Apres cela les Mexiquains cftans ainfî dioifez e-n ces quatre quartiers, leur Dieu com- mâda qu’ils repartirent entr’eux les Dieux qu’il leur dcclàrcroir, 5c quils nommalicnt à chaque quartier principal des quatre d’autres quartiers particuliers où leurs Dieux fuflTent adorez. Par àînii fous- chacun de ces qnatrc,quartiers princi- paux il yen auoitplufiéurs petits qui y eftoienc couaprins félon le nombre des idoles, que leur Dieù)éin*eommàda'd’adorer,Icfquels ils appel- lererit^Gâlpultetco, qui vaut autant â dire que Dieii dés quartiers.En ceie maniéré la Ciré de M çxtqùéjTenoxtiltan-fut fondée, 5cv.int à gran- de augmcntationi ' ■ il/, O Delàfie'd'fion de ceux d'é Tlatelulco, premier Ciÿ/À P. VI I I. c'a E siT^É dinifioiicdCs quartieys eftant faidc ^ éil Pordre ddîtifdk^ qiielquesi vieillards Histoire NATVRiLtE âtjcicns eurciit opinion qu’au departement des lieux , l’on ne leur auoitpas porté le ref- pcâr qu’ils meritoient , pour cefte occalîon eux ôc leurs parens Te mutincrent & allèrent rechercher vnc nouucllc refidence : & com- me ils alloicnt parlclacilstrouucrent vnc pe- tit terre ou tcrralTc qu’ils appellent Tlotelo- li , ou ils peuplèrent , luy donnans le nom de Tlatellulco, qui cft à dire lieu de terrafle. Cela fut là troifiefmc diuifion dçs Mexiquains, de- puis qu’ils partirent de leur pays; celle de Me- chouacaii ayant efte la première , 5e Celle de | Malmalco la fécondé. Ceux-là qui fe feparc- | rent & fen allèrent en Tlatellulco eftoient des hommes renommez & d’vn màuuais naturel: par ainli ils exerçoient enuers les MexiquainS leurs voilinSjle pire voi finage qu’ils pouuoicnt Ils ont eu toufiours des débats contr’eux,& iuf- ques auiourd’huy durer encor leurs inimitiez & ligues anciennes. Voyâs doc ccux de Tcnoxtilta, j que ceux de Tlatellulco leur eftoient fort con- j traircs , & qu’ils alloient mulciplians , curent | crainte qU’auce le temps ils ne vinflent à les j furmonter, & fur ceft affaire faftemblerent en | confeil, ou ils aduiferent qu’il eftoit bon d’ef- j lire vn Roy , auquel ils obeiftent, & qui fuft | craint de leurs enncmis,d’aUtât que par ce moyc | ils feroient plus vnis & plus forts entr’eu x, & les ennemis ne fe hazarderoient tant en leur endroit. Eftansjadcliberezd’cflirevn Roy,ils prindrent vn autre aduis fort vtile&afleurc, de nel’eflire point d’entr’eux, pour cuiter lesdif- fendons, & pour gagner auec le nouucau Roy quclquVnc des autres nations voifincs , def- DIS IpiDis. Li r. VIT. 51Î quelles' ils fc voypicnt drçuis, cuxdeftituei de roue fecours. Tout confidcré,ranr pour ap. paifer le Roy de Culhuacan,qu ils auoient gran* deraent ofFence, ayansTué & efcorchc la fille de fon prcdeceflèur , & luy ayans fait vne iî lourde moquerie , comme mefnie pour auoir vn Roy qui fuft de IcurfaiigMexiquain, de la génération defquels il y en aiioit beaucoup en Culhuacan^quiy reftoient encor du temps qu’ils vefeurent en paix auec cüx,ilsarreftcrcntd’cr- Jire pour Roy vn içunc homme appellé Aca- mapixtli, fils d vn grand Prince Mexiquain, Ôc d Vne Dame fille du RoydcCulhuacan. Incon- tinent ils luy enuoyerent Ambafîàdeurs auec vn grand prefenr pour demander ceft hom- me, Icfquels firent leur ambafiàde en cester- mesiGrand Seigneur^Nom Autres vos vafaux cr fir^ uiteurs,les 2\dexiquAmsmû cr refere\dedansUs hef- bters (T rofeaux du Uc ,feuls CT déUijfe\de te^es les nations du monde, mAÛ feulement conduits CT achemi^ nel(^pAr nojire Dieu au heu ou fimmes, qui tombe en U fun/diBion de vos limites d‘ ^Jiapufalco CT de Tejeu-. feiores que vous nowaue^ermisd'ejlre o^de demeu^ rer en iceluy,notu ne voulons feint ny nefifos raifinna- He de vmre fans chef cr fans Seigneur qui nom corn, mande, mm corrige €T gouuerne, nom infruifanf en m^e façon de vture,^ Gr mm deffende de nos ennemis, Fartant mm vemnsàvem,fçachansquen vofire Cour Cr maifon il y a des enfansde nopregeneration,affaren^ teXer allieX^auec U vofire, qmfontfortisdenosen^. traïUes CT des voftres fie nofire fang gt du vofire,entre[ lefquels nom auons cognoijfance d*vn petit fils vofire GT mfire, appelle ^camapmli, Nm vom fupphom Histoire natyreilb ’ doncé^ae vom mV le donme^X^our S eigneur JecjuelnMf eJhmerons,comme d mente,fuii (^u'd e(i de U lignee des Seigneurs MextcjUfAîtis ^ des de CulhuActin. Lc Roy ayant mis l’afFairé en deliberation, & trou- uant que ce ne luy eftoit point chofe mal a pro- pos de l’allier auec les Mexiquains qui cftoient vaillans, leur refpondit qu’ils menaffent Ton pe- tit fils à la bonne heure, combien qu’il adiou- fta, que fi c’euft efté vnc femme qu’il ne leur euft pas baillée, lignifiant l’aétc Ci énorme ra- , conte cy deffus, & aclieua fon difcours endi- i lant:^’^» dille mjn petit Jiis,(ju djèrue vofîre Diea^CT* foit fin Liei4tenAnt,(^tdd Tegijfe gmuerne les crea.tu - rèsde céluy pour (jui now vtuonsfii^eur de Id nuiClydu tour des vents, (^u'd àille CT fiit fetgneur de l eaue 0^ de Id terre, quil pofiede Id ndtion Mexiqudme, emmene'X^le k U bonne heureyty dye^Jefiin de le trait- îer comme fils 0" petit fils mien. Les Mexiquains luy rendirent grâces, & tout enfemble luy de- mandèrent qu’il le mariait de la main,arailon j deq^îoy il luy donna pour femme vne Dame des plus nobles d’entr’cux.Ils menèrent knoii- ueau ïloy & la Royne aucc tout l’honneur qui | leur eftoit poffible, & leur firent vne foleranel- | le réception, fortaris tous iiifques aux pluspe- j ris,aà voir le Roy, lequel ils menèrent en des | Pala^qui pour lors eftoient aflez panures. Et < les âyàns aflis enleursthrofnes Royaux incon- < tin en tfe leua vn de fes vieillards Sc Rhetoii- ciens qu’ils eftimoient beaucoup, qui leur par- la en celte manicre;Mo» filsjei^neur cr Boy nofire , . tu fiû le bien venu k cefie pauure mdifion 0" Cite, entre ■> ces herbiers CT fanges ou tes pmures peres , ayeulx CT* • parent Des Indes. Liv. VIL 32^ pArens endurent ce qmfçait leSei^neur des chops créées, i^egardeps^neur^que tu viens icy psure^re la defft nce, l’ombrage l’abry de cefie nation Mextquaine, O" pour (flre U rejfembldce denoffre Dieu ritlpiptiXtli^À l’oC' capon dequoy Le commandement Ct' uirifdiBion i do- ne, T Hpau que notts ne fommes point en m^re pays^ puis que Ut erre que nom pojfedons autourd'huy efl d'au - truy^ nefçamns ce quijera de nom demain ou vn au- tre lour.'par amp cenpdere que tu ne viens peint pour te refiopr nj/ recreer, mais plupo fi pour endurer vnnou- ueau trauaiL en vne charge p pesate^qui te doitteupours faire tr auMller^ef at efclaue de toute cefe multitude qui t ef tombée en fort j O" de tout ce peuple circonmipn^ lequel tu doibs mettre peine de le gratifier , Ct' les rendre contens , pwfquetupais que nom vimns en leurs terres, Cr dedans leurs limites. Et achcua répétant CCS mots : T U fois le bien venuyoy Cf la goyne nofre mal- jirejfeacefuy vosîre l^oyaume. Telle futia Haraii- gLie du vieillard, laquelle, & les autres Haran- gues que celcbrent les hiftoires Mexiquaines, les enfans auoientaccouflumé d apprendre par cœur , & ainfi fè conierucrenr par tradition, & y en a quelques vnes d’icellesqui méritent bien d'eftre rapportées en leur propres ter-, mes. Le Roy leur refponditen les remerciant & leur offrant fa diligence, &foucyàlcs def- fendre, & Ibn aide en tout ce qu'il pourroir. En apres ils luy firent le ferment, &luy mirent félon leur mode la Couronne Royale fur la te- lle , qui efl femblable à la Couronne de la fei- gneurie de Venife. Le nom d'Acamixtli pre- mier Roy , lignifie poignée de rofeaux : c’efl Te Histoire natvrellé pourquoy ils portent enleurs armes Tnemairr tenant plufieurs fagettes de rofeau. Ve l'e(ltiinge tribut que les Mexiijiiams^aj'oienf à ceux Ch AP. IX. L Es Mcxiquains rencontrèrent E bien en Tcf lediondcleurnouueauRoy, qu’en peu de temps ils commencèrent à prendre forme de République, & à fe faire renommer parray les e ftrangerSjà caufe dequoy leurs voifins meuzd'é nie &de crainte traitrerent de les fubiuguer/pe- cialement les Tapanecas,quiauoient pour Ciré. Métropolitaine Azcapuzalco, aulquels les Me- xiquains paioient tribut comme hommes ve- nus de dehors, & demeurans en leur terre. Car le Roy d’Azcapuzalco craignant leur puiflàn- ee qui alloit croilîanr,voulur opprimer les Me- xiquains, & en ayant délibéré auec les liens en- noya dire au Roy Acamixtli que c eftoit trop peu de chofe que le tribut ordinaire qu’ils luy payoientj&qucdclàenauant ils luy deuoienc aiiifi apporter des fapins &c des faulx , pour les édifices' de fa Cité, & outre cela qu’ils luy de- uoieiit faire vniardin en l’eaüe, femé de diuer- fes herbes ôc de Icgumes, & luy deuoienr ame- ner pair eaiie, ainli accommodé par chacun an, fans y manquer : que fils y failloient,illesde- cla^ero^^ fes ennemis, &: les raleroit du tour. Les Mexiquains reccurent beaucoup d’cnniiy DES Indes, Lîv. VIL ‘ 15® &de fafchene de ce commandementjteDar pour ç.ho{è impoffibîe ce qu’il leur deinandoic , & que ce n’eftoit autre choie qiiedeccrcher vne bccafion pour les ruiner ; mais leur Dieu Vir- ^ilipuztli les confola, fapparoiiranr celle nuiéh àvn vieillardjauquelilcômanda qu’il dift de fa part au Roy Ion fils, qu’il ne lift point de diffi- culté d accepter le tribut, & qu’il leuraideroit ôc rendroit le tout facile : ce qui aduint de- puis.^ Car eftant venu le temps du tributjes Mexîquains portèrent les arbres que l’on leur auoit commande, & quipluscll, ieiardin fait en 1 eaüe , ôc porté en icelle , auquel y auoit beaucoup de mays, qui ell leur bled délia grc- nq auec les clpics. Il y auoit aulliduchilliou axi, des blettes, tomates, frilblles, chias, cour- ges ôc beaucoup d’autres, chofes toutes par^ çrcues ôc en leur faifon. C’eüx qui n’ont point veu les inrdins qui fefont au lac en Mexique au milieu de i’eaiie,ne croiront,& tiendront pour contes ce que l’efcris, ou fils le croient, ils di- ront que c ell vu enchantement du diable qu’ils adoroient. Maisreallement & de fait ceft cho- fe fortfaifable, ôc à l’on veu plulieurs fois faire de cesiardinsmouuans en l’eaüe.Carilsiettent de la terre delîus du ione ôc du glayeul,d’vne telle façon, qu’elle ne fe deffait point en l’eaüe, ôc fement ôc cultiucnt celle terre : de forte que legrainycroift&meuritfoft bien. Luis apres ils l’enleucnt d’vn lieu en autr,c. Mais il eft bien vjay qué de faire fadleraent ce iardin grand, & que les fruids y croiirent bien, ell choie qui fait juger quii y aÜGit du faitdc \dtzilipuzdi| Histoire natvrelle lequel ils appellent autrement Patillas , prin» | cipalement n en ayant iamais- fait ny veu de femblables. Le Roy d’Azcapuzalco fefmcr- | ueilla beaucoup quand iividaccomply cequ’il auoit tenu pour iinpoffible ^ ik dift aux liens que ce peuple auoit vn grand Dieu qui leur rendoit tout facile , difant aux Mexiquains, que puifque leur Dieu leur donnoit routes cho- fes parfaites , qu’il vouloir quefannée enfui- uant au temps du tribut, ils iuy apportalfent dans le iardin vue cane &vn heronauec leurs œufs coLuicz, qui deuoient eftre de telle forte, qu elles efclouilfen rieurs petits en arriuant. fans y faillir aucunement , fur peine d’encourir fon indignation. Les Mexiquains furent fort trou- blez ëc trilles dVn fi fuperbe & difficile corn- ; mandement qu’il leur faifoit : mais leur Dieu, comme il auoit accouftuméjes côforta de nuid par vn des liens, & leur dill qu'il prenoit roue cela en fa charge , qu’ils ne perdilfent point courage, mais qu ils crculîenr pour certain qu’il viendroit vn temps que les AzcapuzalcoS paye- 1 oient de leurs vies cesdefirs denouueaux tri- buts. Le temps du tribut cftantvcnu,comme les Mexiquains portoient tout ce que fon leur auoit demandé de leurs iardinages, l’on rrouua parmy les ioncs ôc glayeuls du iardin, fans fça- uoir comment ils y eiloient demeurez, vne cane & vn héron couuans leurs œufs, Ôc cheminans, arriuerent à A zcapuzalco,où incontinent leurs œufs furent efclos. Dequoy le Roy d’Azcapu- zalco ellanr efmerueillé ourre-mefure, dill de- rechef, aux liens, que ces chofes elloient plus ©ES Indes. Lrv. VIL 531 qu'hamaines,& que les Mexiquains commen- çoient. comme pour fe faire Seigneurs de tou- tes cesprouinces. Neantmoins il ne diminua aucunement l’ordre de ce tribut, & les Mexi- quains, pour nefetrouuer allez pnillans,endu- rerenc ôc dt:meurerent en celle fubiedion & fcruitudciefpace de cinquante ans.Ence temps le Roy Acamapixtii mourut, ayant augmenté fâ Ciré de Mexique de pluHeurs édifices, riies, conduits deaües , & de grande abondancede munitions. Il régna en paix ôc repos quarante ans , ayant toufiours eilé zélateur du bien & augmentation de fa République. Comme il elloit proche de fa fin , il fit vne chofe mémo- rable, qui fut qu'ayant des enfans légitimés, aufquels il euft peu laiircr la fucedfion du Royaume, neantmoins ne le voulut pas faire mais au contraire, il dift librement à la Répu- blique, que comme ils l’auoient librement ef- leu, ainfî qu’ils efleufient celuy qui leur fem- bleroit^llrelcplus propre pour leur bongou- uernement, les admonn^ant qu’en ce faifant ils eulïèntclgardau bieh^ la République, ôc fe monftraiît fafehé de né les lailTer libres du tribut (Scfubicélion trefpalla, ieurayaaH recom- mandé fa femme & Tes enfans, ôc lailTaloAit Ton peuple defeonforté pour fa mort. ^ ' 'r Tt iij Histoire ’natv relie Du fécond de ce qui Aduïnt enfin régné. Ch A P, X. H s obfeques du Roy defFundt aclie ^ nées, les anciens, les principaux du Royaume,& quelque partie du peu- ple f’alTembierent pour eilireWn Roy, ou le plus ancien propofa la necdlite en laquelle ils eftoienr, & qu;il conuenoit efliré pour chef de leur Cité vne perfonne qui euft pitié des vieillards , des femmes veufues & des orphelins , & qui fuft pcre de la RepubliquCj pource qu'ils deuoient eftre les plumes de Tes aillesjles fourcils de Tes yeux , Sc la barbe de Ton yifage : qu’il eftoit necelïàire qudl fu fl: valeu- reux, pource qu’ils auoient befoin debien tofl: fe preualoir de leurs bras, fclonqueleur auoit prophetifé leur Dieu.Leur refolution en fin fut d’eflirepoLir Roy vn fils du predeceircur,vl‘ans enuers luy d vn aufii bon office, en luy donnant fon fils pour fuccefléur, comrneil fit enuers fa RepubliquCjfe confiant en icelle. Ce ieune ho- me fappelloit Vitzilouitli , qui fignifie plume riche ,ils luy mirent la Couronne royale & l’oi- gnirent, comme ils ont accQuftumé de faire à tous leurs Roys, aucc vne onéfipn qu’ils ap- pelloient diuine , d'autant que c’eftoit la mefme onélion, de laquelle ils oignoient leur jdolé. ! Incontinent vn Rhetoricien fit vne elegante | haranguejl’exhortantd’auoir bon courage pour | les tirer des trauaux/eruitude & mifere,efquél- |es ils viuoienr, eftans opprimez desAzcapuzal- €OS,&: icelle acheuée tous luy firent l'hommage BEs Indes. Liy. VIL '53 £ & îarecognoifTancc.Ccroy n’feftoit point ma- rie, & fon Confeil fut d’opinion qu’il fcroic bon de le marier ancc la fille du Roy de Azcapuzal- co,afin del auoir pour amy,& d’obtenir parce- fee alliance quelque diminution de la pefantc charge des tributs, qu il ieurimpofoit,combien quils curent quelque crainte, qu’il ne defdai- gnaft de leur donner fa fille, à caufe qu’ils eftoiet fes valîàux : touresfois le Roy d’Azcapuzalco f’y accorda, apres qu’ils luy eurent demandé fort humblement, &auec des parolleshonne- ites, lequel leur donna vnefienne fille appeliéc A y anchigual, laquelle ils menèrent auec gran- de fefte écrefiouilTance en Mexique, de "firent la ceremonie, & folemniré du mariage ,- qui e- ftoif d attacher & nouer vn coing du manteau, de rhpmme,auec yn autre du voile de la femme en figne de lien de mariage. Cefiie Royne en- gendra vn fils, le nom duquel ils furentdemanr- dèr à fon ayeul,le Roy d’Azcapuzalco, &ict- tans les forts comme ils auoient accoufiume, ( pource qu’ils obferuoient fort les Augures, principalement fur le nom de leurs enfaris }il voulut que fon petit fils fappcllaft Ghimalpo. poca ,qui fignifie rondelle qui iettefumee. La Royne fa fille voyant le contentement que le Roy d’Azcapuzalco monftra de ce petit fils, printdelà occafionde luy demander, qu’il luy pleuft de foulager les Mexiquains, de la charge Il pelante des tributs, puifqu’il auoit défia vn pe- tit fils Mexiquain,ceque le Roy fit de bonne volonté, parle Confeil des liens, leur lailfant au lieu du tribut qu’ils payoicnc vnefubieéUoiî Tt iiij Histoire NATVREitB de luy porter chacun an vnc couple de canards &des poiironsen recognoiirancc quils eftoient Tes fabiecls & qu ils habitoicntcnlarerrc.Par ce moyen les Mexiquains demeurèrent fort foulagez& contens, mais le contentement leur dura bien peu, pour ce que laRoyne, leurpro- tedrice mourut peu de temps apres, & l’année enfuyuante mourut aulîî leR.oyde Mexicque, Vitziloiiitli , lailfant fon fils Chitaalpopoca, aagédedixans. Il régna treize ans, & mourut aagé de trente ans,ou peu plus 11 fat tenu pour vn bon Roy & diligent au feruice de fes dieux, defqucls ilsauoient opiniô que les roys eftoiee les re'remblances,& que l’honneur que l’on faifoirà leur Dieu, fefaifoic au Roy, qui eftoit fa femblancc. Cefl pourquoy lesroys ontefté fi afFedionnez au feruice de leurs Dieux. Ce Roy fut curieux de gâigner les volontcz de fes voifius, & de trafficquer auec eux, enquoy il augmenta fa Cité, fai fanr quelesficnss’exerçaf- ! fcnt en chofes de guerre, parmy le lac, preparats, &difpofins les hommes pour ce qu’ils preten- doient obtenir ,comme bien tofl: l’on verra. Pütreijtejme Chimdpopocaydeja cmeHemort, ^ de l’occajîon de U guerre que firent les Mexiqmins. Chap. XI. L e s Mexiquains pour fuccelTeur du Roy ' j mort, cfleurent fon fils Chimalpopoca, par vn ment aduis Ôc deliberation çommünc| i Des Ikdes.Liv. Vïl.“ encor qu’il ne fur qu’vn enfant de dix ans^ ayans opinion qu'il clloir toufiours necelîai- rc, de conferiicr la grâce du Roy de Azeapu- zalco, enfaifant fon petit fils Roy. Par ainfiils le mirent en fon throfne,Iuy donnant des cn- feignesde guerre auec vn arc , & des flefehes en vne main,& vne efpcc de rafoirsfdont ils ont accouftumé d'vfcr)cnla droidc, fignifianspar cck,commeilsdirent,queparlesarmesilspre- tendoientfe mettre en liberté. Ceux de Mexi- que auoient grande difetted’caiie, pour ce que celle du lac eftoitbourbeufe &fangeufe,& par confcquentmauuaifeà boire, pour à qiioy re- médier, ib firent que le Roy enfant enuoyaft demander à fon aycul, leRoyd’Azcapuzalco, l’caucdela montagne de Chapultepec, qui eft à vne lieue de Mexique, comme ila efté did cy dclTus, ce qu’ils obtindrent facilement, &par leur diligence firent vn aqueduc, de fafeines. glaieul,& gafon, par lequel ils firent venir l'cauc en leur Cité. Mais d’autant que laCitéeftoic fondée fur le lac, ôc que l’aqueduc le trauerfoir, il fe rompoit en beaucoup d’endroits, & ne pouuoienrs efiouir del’eaue, comme ils defi- roient & auoient de beroing,Surceftcoccafion foit qu’ils la recherchaflent tout exprès, pour quereller les Tapanecas , ou fiift qu’ils f’e meulfent fur peu d’occafionjcnfin ils enuoye- rent vne cmbalTade au Roy d Azcapuzalco, fort refoIue,difansqu’iIs nepouuoicntfaccom- moderdereaue,dontilleur auoit fait grâce , à caufe que le canal fieftoit rompu en beaucoup é’endroits ,partantluy demandoiept , qu’il Histoire natv relie pourueuft de bois, de chaux Sc de pierre, 8c qu’il leur cnuoyaft fes ouuriers , afin que par leur moyen ils filîent vn canal de pierre 5 & de chaux qui ne fc peuft rompre* Ce mefiTage ne pleur gucres au Roy,& encore moins aux fiens, leur femblant que c’eftoit vn melTage outrecuidc, &des propos fort infolens, pourdcs valfauxà Tendrciâ: de leur Seigneur. Les principaux du Confeil doneques cftants indignez de cela, di- foientque ceftoie délia beaucoup dehardielPe, puis que ne fe contenrans de ce que l’on leur ; aiioit permis de demeurer en terre d’autruy & : qu on leur auoit donné de l'eaüe , ils vouloient ' d’aiiantage, que l’on les allall feruir.Q^lIe cho- i feeftoitcela, ôc dequoy prcfumoitvnc nation | fugitiue & enferrée entre les bourbiers, qu’ils 1 leurfcroicnt bien entendre, fils eftoient pro* près pour cftre ouuriers, & que leur orgueil f abbailTeroit , en leur oftant la terre & la vie. Sur CCS termes & colère ils fortirent laiflans | le Roy, lequel ils auoientvnpeu pour fufpeét à caufe du petit fils Etcuxfeparement conful- | terent de nouueau ce qu’ils debuoient faire , ou ils delibererent de faire crier publicq^iemenr, que nul Tapanecqua euft à traiéter, ny faire commerce aucc aucun Mexiquain, qu’ils n’al- ‘ laffentenleur Cité , & ne les rcceuircnt en la leur, fur peine de la vie.Par où l’on peut enten- dre , que le Roy ne commandoit pasabfolue- j ment fur ce peuple , & qu'il gouuernoitplus en ! façon de Conful, ou de Duc.que de Roy,com- bien que depuis auec la puÜîance, faugmenta aiîffi le commandement des Roisjufques à de-. DES Indes. Lïv. VIL 334 uenir Tyrans parfaidls, comme l’on verra aux derniers Roys. Carçaefté toujours vne cho~ fc ordinaire entre les barbares, que telle qu’a efté la puiiïàncc , tel a eflé le commandement, voire en noz hiftoires d’Efpagne fe troime en quelques Roys anciens , la façon de regner, dont CCS Tapanecas vferenr. Et les premiers Roys des Romains furent de mefme,faufqi.ie Rome, des Roys déclina aux confuls &rvnfe- nat, iufques .à ce que du depuis ’elle vint à la puiRance des Empereurs. Mais ces barbares, de Roys modérez déclinèrent à Tyrans. Et e- ftantlVn & lautrc gouùernement, le meilleur ôc plus feur, eftle regne modéré. Or retour- nansà noftrehiftoire , le Roy d’Azcapuzalco, voyant la deliberation des liens , qui eftoit de tuer les Mexiquains,lespria quepreinicrement ils defrobâlTent fon petit fils le ieune Roy, Sç apres qu’ils fiffent au Mexiquains ce qu’ils voudroient. Prefque tous faccorderent en ce- la pour donner côtentement au Roy,& pour la pitié qu’ils auoientderenfanr,mais deux prin- cipaux y contredirent bien fort, affermans que ceftoit vn mauuais confcil,pQurceqüeChimal- popoca,bié qu’il fuft de fon fang,eftoit du cofté delà mere , & que le cofté du pere deuoit eftre préféré. Parquoy ils conclurent que le pteniier qu’il conuenoit tuer , eftoit Chimalpopoca, Roy de Mcxiqne,& protégèrent d’ainfile fai- re. Le Roy d’Azcapuzalco fut fi fafehéde celle refillancequ’ilUuy firent, & du confeil &re- folution qu’ils prindrenr, que de là à peu de temps , de douleur & de defpit il tomba iiaaia- Histoire natvrellh de,dont il mourut. Par la mort duquel les Ta- panecas f’achcuans de refondre , commirent vne grande trahilon. Car vne nuiét le ieune Roy de Mexique dormant fans garde, &fans fe douter de rien , ceux d’Azcapuzalco entre- gent en fon Palais, & le tuèrent foudainement, Peu retournans fans eftfe apperceus. Le matin venu que les nobles de Mexique furent falüer le Roy, comme ils auoyent accouftumé, ils le trouuerent mortauec de cruelles bldrcures, & lors ils feferierent, efleuans vn pleur qui rem- plift toute la cité, & tous aueuglezde colerefe mirent incontinent en armes, pour venger là mort de leur Roy. Comme ils raarchoyenc défia pleins de fureur, & fans ordre, leur fortit au deuant vn des principaux Chcualiers des leurs, tafehant de les appaifer, parvnefagcre- monftrance. Oh Æe7^vms[ dit-il) o MexiqnAms^ rep0pl(jv9S cæHrSyregArde'Xjlu-e les chofes qm font faites fans csnjUeraitony ne font pas bien conduittes, ny n'ont point de bon fsccéT^ pe^rimel^vojire doHleHr^conJtde- rans qii encor que vofre I\oy fait mortyl^dlufre fang des MexiqHams n'ejî pas finy en luy. Nous amns des enfans des Koys deffnntls^ par laconimtte defqHelsfHCcedans dH poyamie , vous fere^nieux ce qne pretendél^ayans ynchefqmvoHSgmde a vojlre entrepnfe. N' aHelf pas . amf aueugleX^^ deporte^^ vous, CT cjlife'?^ première- ment vn poyyCP" feignenrqm voHSgmdc,cr' encourage contre vos ennemis. Ce pendant difimuley^ difcrette- mentfaifanslesobfeques de voJlrej{oy mort, dont vous •voye-^le corps prefent. Car par cy apres il fe treuueravne meilleure occafion d'en faire la vangeance. Par ce moyen les Mexiquains ne palTerent point plus Des Indes. Liv. VÎT. ^55 outrc,5c Farrefterent pour faire les obfeques de leur Roy. Aqiioy ils conuicrent les feigneursde Tefcuco,& ceux de Culhuacan, Si leur racontè- rent 1 ade 11 enorrae & fi cruel, que les T apane- cas auoient commis, lesinuirans à auoir pitié d’eux,&à Findigner cotre leurs ennemjs.à quoy ils adioufterent que c’eftoit leur intention de niourir,ou de venger vne fi grande mefchâceté, leur demandans qu'ils ne fauorifalïcnt le parry fi iniufte de leurs contraires,& que de leur part ils ne les requeroient point qu’ils leur aydaffent de lenrsarmes, &hommes, mais feulement qu’ils fu fient attentifs à regarder ce qui fe paircroit,& qu’ils defireroient pour leur entretien, qu’ils ne leur bouchaircnt ny empefchafientle commer- ce, comme auoient fait les Tapanecas. A ces rai- fons ceux de Tefcuco, & Culhuacan,leurde^ monftrerent beaucoup de bonne volonté , 6c qu’ils en eftoient fort fatisfaitSjleurofFrantleurS' Gitcz:&tout le commerce qu’ils en defi reroiér, afin qu’à leur volonté ils fepourueulîent depro- uifions, 6c de munitionspar terre, & par eaüe. Apres cela ceux de Mexique les prièrent qu’ils demeurafi'çnt auec eux, & alliftairenr àl’cfiediô du Roy qu'ils voiiloient faire ce qu ils accordè- rent aufiî pour leur donner contentement. , I^lSfO'lRE KATVRELLÉ Î)h cjUAtnejmeKoy nommé TXaalty O' là^erre con~ tre les TA^AnecaSo Ch AP. Xïî. , . I Eux qui fê deubient rrouuer en l’et Icdion, eftastoiisairemblez/ele-^ uavn vieillard, tenu pourvn^rand orateur dcquel félon que raconter les hiftoires, parla en celle manié- ré Lwmers de vosyc’j^x vom mdnqne o MexiquAins^ mdx celle du cœur, car poféle cAi,que vous Aue’t^ perdu celuy qui ejioit U lumière, le guide de cejle J{e-, publique Mexiquaine,celle du.cœur neAtmoins 'vous e^ demeurée, pour cofiderer que s'ils ont tué vn home, d' Au- tres font demetiréjjipres luy qui pourront fuppleer fort Aduantdgeufement U faute que nous auons dc luy.Lq no- Uejfe de Mexiquenejipas finie pour cela,ny le sag I{oyal efiemt.TourneTfesyeux (CT^Ÿegardefautour de vous,^ _ 'VOUS voirct^ la Noblejfe Mexiquame mife enordre,non point vn deux, mais plufîeurs cyr exccliens princes, fils du ^cAmapAxtli,nofire vray CT légitimé feigneur.îcy ; 'VOUS pourreT^choifir A vofire volonté ,difimt le veux ce- ' fiuy cy,Ct' non cet autre. Que fi vous auefperdu vn \ pere, icy voi^s trouueréXfcre iÿ^mere. Faites efiat,» MexiquatnsJ que leSoleiis’efi eclipfé^ obfcurcyfurU terre pour vnpeu de temps, qu incontinent retourn e- va U lumière fur icelle.Si Mexique a eFlé obfcurciepar U mort de vofire Pfy , forte bien tofi le Soleil, efiife'?^ vn au- \ tre Roy. Fegarde'^bien a qui, fur qui vous letteref lesyeux CT enuers qui s'incline vofire cœur, car cefiuy- là ejî celuy que vofire Dieu Fit^ilipuKgli a esleu. E t di- làraîic encor ce difeours, cec orareur achêua au DES In D ES. Lï V. VIT, contentement dVn chacun. En fin pat la refoU lution de ce confeil, fut efleuRoy Ifcoalt, qui fignifie couleimre de rafoirs, lequel eftoic fils du premier Roy Acamapixdi,quilauoiteu dV- ne ficnne cfclaue : &bien qullnefutpaslegh- dme, ils le choifitcntjpour ce qu’il dioit plus auantagcux que les autres, en meurs, valeur,& magnanimité de courage. Tous monftrerent quils en eftoienr foncontens, & fur tous ceuj^ deTefcuco : pour autant que leur Roy eftoic marié auec vne fœur d’ifcoalr. Apres que ce Roy fut couronné, & mis en fon fiege Royal, fe IcLia vn autre orateur qui traitta de l’obliga- tion que le Roy auoit à fa République , & dii courage qu’il deudit raonftrer aux trauaux.di- fant entre autres chofes: Kegardey ayant entendu, il euft voulu y enuoyerincon- i tinent fon armee pour combattre contr’eux: mais Tlacaellec eftimant peu cefte guerre, ôc reputantchofehonteufe de mener vne armee contre ceux-là , il s’offrit de les vaincre auecles cnfansreuls,& le mita effed.Il s’en alla au tem- ple , & tira du conuent ceux d’entre les enfans, qu’il trouua propres à ceft affaire , aagez depuis dix ans iufques à dixliuiét , lefquels fçauoyent | guider & mener des batteaux ou canoës, & | leur enfeigna certaines ruffs. L’ordre qu’ils tin- i drent à cefte guerre fut qu’il s’en alla en Guida- s uaca auec fes enfans , où par Ces rufes il prefla j fes ennemis en telle façon qu’il les fit fuyr, & comme il les pourfuiuoit, le feigneur de Cuitla- iiaca luy vint au deuanr,& fc rendit, luy, fa cité, &fon peuplerpar ce moyen ceffa la pourfuit- te. Les enfans retournèrent auec beaucoup de j defpouilles & plufieurs captifs pour leurs fa- | crifices,qui furent receuz folemnellement auec j vne grande proceflîon, mufique Sc parfums, ôc | allèrent adorer leurs dieux en prenant de la terre qu’ils mangeoyent, 6c fe tirant du fang du Des Indes. Liv. VII. 345 deuant des iambes auec les lancettes des pre- llres , & faifans d’autres fuperftitions qu’ils a- uoycntaccouftimié de faire en telles folemni- tez. Les enfans furent fort honorez & encou- ragez, & le Roy les embralTa & baifa, & fes pa- rens & alliez les accompagnèrent. Le bruit de celle vidoire courut par tout le pays, comme Tlacacllcc auoitfubiugué la cité de Cuitalua- ca, auec des enfans, dont la nouuelle&conlî- deratio^ des chofes palfces ouurit les yeux à ceux de Tezcuco , nation principale & fort ac- corte,poUr leur façon de viure. T ellement que le Roy de Tezcuco fut le premier qui fut d’o- pinion qu’ils fedcuoyentaîîubiettir auRoyde I^exique,& l’y conuier auec fa cité. Parqiioy de l’aduis de fon confeil, ils enuoyerent des Ambafladeurs bons orateurs aqec des prelèns honorables pour s’offrir aux Mexiquains com- me fubieds, leur demandans paix ôc amitiexe- la fut accepté grarieufement , combien que par le côfeil de Tlacaellec, pour effeduer cela, il fît vnc ceremonie que ceux de T ezcuco fortiroiêc en armes auec ceux de Mexique, ôc qu’ils fc co- battroyent &rendroyent incontinent qui fur vn ade & ceremonie de guerre, fans qu’il y eut aucun fang refpandu d’vne part ny d’autre. Par- quoy le Roy de Mexique demeura fouuerain feigneur de T ezcuco , & ne leur ofta point leur Roy , mais le fit de fon confeil priué , tellement qu’ils fe font toufiours conferuez de celle fa- çon iufques au temps de Meteçuma fécond, du- rant le règne duquel les Efpagnolsy entrèrent, Ayans affubietty la terre ôc la cité de T ezcuco. Histoire natvrelle M exique demeura dame de toute la terre & des villes qui font à l’entour du lac où elle eft fon- | dee.îfcoalt ayant donc iouy de celle profperité, | & régné douze ans 5 mourut laülànt le Royau- i me que l’on luy auoit donné , bien augmenté par la valeur & confeil de fon nepueu Tlacael- lec ( comme a efté raconté ) qui fut d’aduis & trouua. meilleur que l’on elleut vn autre Roy que luy , comme nous dirons cy apres. Dtiancjuiejme de Mexique appelle Mote^umd cuco & au Roy de T acuba,par fpecial priuilege, Tlacaellec alfembla ces fix perfonnagcs, com- me celuy qui auoit la fouueraine authoritc, aufqucls ayans propofé l’affaire, fut clleu Mo- teçuma premier de ce nom , nepueu du mcfmc Tlacaellec. Son elleélion fut fort agréable à tous , à l’occalîon dequoy ils firent des feftes trcs-folemnelles & plus magnifiques que les precedentes. Incontinent qu’ils l’eurent elleu, ils le menèrent auec grande compagnie au tem- ple,ou deuant le foyer diuin qu’ils appelloyent, (où il y auoit toufiours du feu iour& nuiél)lc mirent en vn throfne royal , le reueftans d’or- nemens royaux. Etcftantlà,le Roy fetirad(' fang des oreilles Ôc des iambes , aueedes ongles premier de ce mm. Ch AP. XVI. ’Av TANT que l’efleélion du nou- ueau Roy appartenoit aux quatre Efleéleurs principaux ( comme il a efté dit)& auec eux au Roi de T ez- DES Indes. Liv. VIL 344 ou griffes de tigres, qui eftoit le fàcrifîce, au- quel le diable fe plaifoic d’eftre honore. Les preftres, les anciens & les Capitaines luy firent leurs harangues , le congratulans tous de Ton cfledion. Ils auoyentaccouftumé en telles efi- ledions de faire de grands banquets & des dan- ces, où ils confommoyent beaucoup de lumi- naires. Du temps de ce Roy fut introduite la couftunac qu’ils auoient que le Roy deuoit aller en perfonne faire la guerre à quelque prouince, d’où il amenaft des captifs pour folemnifcr lafeftedefon Couronnement, & pour lesfo- Icmnels facrificcs de ce iour là. Pour celle cau- fc le Roy Moteçuma alla en la prouince de Chalco, les habitans de laquelle felloycntd'e- clarez fes ennemis, où ayant combaru valcureu- j fement,' il amena vn grand nombre de captifs, defquels il offrit ôc célébra vn notablefacrifi- celeiourdefon couronnement, combien que pourlorsilnc fubiugua pas toute la prouince de Chalco , d’autant que c’elloit vne nation fort belliqucufe.Plufieursvenoient à ce Cou- ronnement de diuerfes proninces , tant pro- ches qu’elloigneespour voircelle fefte,en la- quelle tous ceux qui y venoyent elloient abon- damment & magnifiquement nourris & reue- Ilus, principalement les panures , aufquels l’on donnoit des habits neufs. Pour celle caufe l’on apporroit ce iour là en la Cité les ti'ibuts du Royauecvnbcl ordre & appareil, qui confi- lloiten des elloffes àfaire des habits de toutes fortes, du Cacao, de l’or, de l’argent , de riches pliimaches , de grands fardeaux de cotton , de Histoire natvrelie îaci , cîes concombres , de plufieurs fortes de le-, gumes, de plufieurs fortes de poiflbns de mer, & de riuiere , d vne quantité de fruiéts , & delà venaifon fans nombre, fans faire compte dVii nombre infiny de prefents, que les autres Roys êc feigneurs enuoyoiêt au nouueau Roy Tout ce tribut marchoit de rang félonies prouinces, &au dquant les maiftres d’hoftcl, &les rece- ueursauecdiucrfes marques & enfeignes dvn fort bel ordre, tellement que c’eftoit vne des plus belles choies de la fefte , que de voir Tcn- treedes tributs. Le Roy eftant couronné, il s’employa à conquefter plufieurs prouinces, & d’autant qu’il eftoit vaillant & vertueux, il alla toufiours augmentant déplus en plus, & fe feruoic en toutes fes affaires du confeil & de l’induftriedc fon general Tlacaellec, lequel il aima & eftima toufiours beaucoup , c5me il en auoitaufii bien occafion. La guerre où il s’oc- cupa le plus , & qui luy fut plus difficile fut cel- le de la prouincc de Chalco , en laquelle luy ad- uint de grandes chofes , dont il y en a vne entre autres fort remarquable , qui fut que les Chal- chas ayans prins en guerre vn frère de Mote- cuma, ilss’aduiferent de lecreer &eflircpour leur Roy , parquoy ils luy firent demander fort courtoifements’il vouloit accepter cefte char- ge. Il leur refpondit apres qu’ils l’en eurent fort importuné, & qu’ils y perfiftoyent tbuf- iours, que fi à bon efeient ils le vouloyent efli- repour Roy, qu’ils plantaflcnt en la place vn arbre ou pieu fort hault, auquel ils nfient ac- commoder ôc drefler comme vn petit théâtre au , DES IWd'es. Liv. vil 34J au coupcau où l’on peuft monter. Les Chalcas- penfans que ce fuft quelque ceremonie pour le fa ire d'auantage valoir, le mirent incontinenc àeffed, & luy alfemblant tous fes Mexiquains au tour du pieu, monta au coupcau , auec vti chappeau de fleurs en la main:& de là il parla aux Sens en celle façon. O vdeurenx Mexiqmms^ tetix-cy me veulent ejltre four leur J{py,mais les Dieux ne veulent fus Permettre que four ejîre I{oy te commette aucune trahifon cotitremonfays, au contraire te veux que vom affrcmc\Âe moy^quil conuient fluflofi enàu^^ rer U mort, que d'aider a [es ennemis. Difanr cela fe iettaduhaut enbasfe brifant en mille pièces, duquel fpedacle les Cbalcas eurent telle hor- reur & defpit, qu’incontinent ils feietterent fiip les Mexiquains , qu’ils mirent tous à mort à coups de lances, comme hommes qu’ils efti- merent trop hautains , fuperbes & inexorables, difans qu’ils auoient les cœurs cndiablcz. Ilad- uintque la nuidt enfuiuante ils ouyrent deux chathuants qui cryoient de trilles cris : ce qu ils interprétèrent pour figne malheureux , & pour vn prefage de leur prochaine deHrudion , com- me il aduintî car le Roy Moteçuma alla en per- fonne contr’eux auec toute fa puiflàncc ,où il les vainquit, &ruyna tout leur Royaume : pàlTant outre la Sierre Mcnade, il allatouliours conqueftant iufques à la mer du Nort. Puis rc- tournantverscclleduSudil gagna & afluiettit plufieursprouinccs , tel lera en t qu’il fe fit tres- puiflant Roy, le tout auec l’aide & confcil de Tlacaellcc^, quiaprcfque conquis toutfEmpi- rc Mexiquain. T oiitcsfois il fut d’opinion ( ce Xx Histoire nÀ^vrelle qui fut accomply ) que l’on ne conqueftaft point laptouince de Tlaîcalla, à fin que les Mexi- quains cuirent vne frontière d’ennemis où ils exercafient & tinflent toufiours en allarmc h ieunelTe Mexiquaine , & à fin mefme qu’ils euf- fent quantité de captifs pour faire les facrifi- ccsàleurs idoles , efqüels comme il a efté dit, ils confonuïioientvn grand nombre d hommes qui deuoient cftrejprins en guerre, & par force. L'honneur fe doit attribuer à ce Moteçuma,ou pour mieux dire à ce Tlacacllec fon general , du bel ordre & police qui eftoit en ce Royaume Mexiquain , comme aufli des confeils 6c belles enrreprinfes qui fyfont exécutées, mefimes du grand nombre des luges ôc magiftrats qui y cftoient autant bien ordonnez qu’en aucune République, voire qui fuft des plus florilTantes deFEurope. Ce mefme Roy augmenta beau- coup la maifon Royale , & luy donna beau- coup d’authorité, ordonnant plufieurs Sc di- uers officiers , defquels il fe kruoit auec vu grand appareil & ceremonie. Il ne fut pas moins remarquable, touchant la deuotion âc feruiceMefes idoles , d’autant qu’il accreut le nombre des miniftres , leur inftituant de nou- uclles ceremonies , aufquelles il portoit vn grand rcfped. Il édifia ce grand temple dédié à leur Dieu Vitzilipuztli, duquel il a efté fait mention en l’autre liùrc. Il facrifia en la dedi- cation de ce temple vn grand nombre d’hom- mes qu’il auoit prins en diuerfes victoires. Fi- nablementiouUrant de fon Empire en grande profperitc il tomba malade Sc mourut, ayant DES Indes. Liv. VII. ^4^ rcgné vingt huid ans, bien autre que ne fut fon fuccctTeiir Ticoçic , qui nelüy reîfembla ny en valeur ny en bon* heur. Comme TUcaellec refufi d'effre de l'eJle^ionO* gejlesde Tico^ic. Chapit. XVII. E s quatre députez FalTemblercnr en confeîl auec les feigneursdeTezcuco &de Tacuba , ou prefidoitTlacacl- lec,& procédèrent à lefledion dVn Roy , en laquelle Tlacaellec fut efleii par toutes les voix, côme méritant mieux celle charge que nul autre.Il la refufa fourrât , leur perfuadât par jtaifons pertinente s, qu’ils en deuoient ellire vn autre pource qu’il difoit qu'il elloit meilleur & plus çxpediét quVn autre fuHRoy,&que luy fut s5 cxecutcur&coadiuteur,come il auoit ellé iuf- ques alors,que nô pas de le charger de tout,puif que fans eftre Roy , il ne fc tenoit pas moins ob- ligé de trauailler pour faRepublique,que s’il l’c- ftoif. C’ell vne chofe fort rare de refufer la prin- cipauté & le commandement, & de vouloir bic porter la pleine & le foucy , fans en auoir Thon - ncnrÔdapuilTanCe. Et y en a bien peu qui veu- lent quitter à vn autre la puilTancc & l’authori^ té qu’ils peuuent feulemét retenir en leur main, encor que ce full chofe profitable à la Républi- que. Ce barbare furpalîà en cela les plus fages d’entre les Grecs & les Romains , & ell vne le- Xx ij Histoire natvrellï çon cju’on peut faire à Alexandre & à Iules Cc« iar, dcrquelsl’vn eftimoit peu dechofede con- mander à tout vn monde, & fît cruellement per- dre la vie à Tes plus chers & plus fidelles ferui- teurs , pour quelques légers foupçons , qu’ils vouloient regner : Ôc l’autre fe déclara ennemy de fa patrie, difantjC^ue fil eftoit permis à Thom- me de faire quelque chofe contre le droit 5rla raifon,cedeuoiteftre pour regner : telle cft la foif & le defir que les hommes ont de comman- der. Bien que ceft ade de Tlacaeliec pouuoic auflî procéder d’vne trop grande confiance de foy , luy fembknt que fans eftre Roy il Ic- ftoit allez , veu qu'il commandoir prefque aux Rois eux luy permettoient porter certaines enfeigneSjCÔmevn tiare, qu’il leur appartenoit de porter feulement. Neantmoinscctadc mé- rité beaucoup de loliange , ÔC d eftre bien con- fideré en ce qu’il auoit opinion de pouuoir d’a- uantage aider à fa République , eftant fiibied qu’eftant fouuerain Seigneur. Et tout ainfi qu’en vnc comedie , celuy-la mérité plus de gloire , qui reprefente le perfonnage qui im- porte le plus, encor qu’il foit dVn pafteur ou dVn payfàn, &lailTc celuy du Roy Ôc du Ca- pitaine à celuy qui le fçait faire. Ainfi en bon- ne Philofophie, les hommes doiuent auoir ef- gard fur tout au bien public , ôç fappliquer en fefïicc ôc eftat qu’ils entendent le mieux. Mais celle philofophie eft la plus efioignéede ce qui fe pratique auiourd’huy. Cependant venons à noftrcdifcours , ÔC difons qu’en rccompenfc dckmodeftie: & pour le refpcd que luy por- ©ES Indes. Liv. VIL 347 foicnt les cflcâ:eui;« Mexiquains^ils demandè- rent à Tlacaellec , que puis qu’il ne \rouloit regnerj qu’il dift celuy qui luy fembloit pro- pre, & il doua fa voix à vn fils du Roy defFumS', qui pour lors efioic encor fort kune, appelle . Ticoçic, furquoy ils. répliquèrent que fes cf- paullcs efioient bien foiblcs pour vn fi grand fardeau. Tlacaellec refpondit que les fiennes eftoient là pour luy aider à porter la charge, comme il auoit fait aux defFunds. Au moyé dc- quoy ils prindrent leur refolution , &c fut eflcu Ticoçic, auquel furent faites toutes les cere- monies accouftumées. Ils luy percerent la na- rine , & pour ornement ils y mirent vnc cfme- raude,quieftlacaufepourqupy aux linres Me-' xiquains , ce Roy eft denotté par la narine per- cée. Il fut fort difFerent de fon pere & predecef- feur, ayant cfté remarqué pour borne couard & peu belliqueux. Il alla faire la guerre pour fon Couronnement en vne prouince quï fcfioit re- bellée, où il perdit beaucoup plus des fiens, qu'il ne prînr de captifs. Neantmoins il retourna , di- faut qu’il amenoit le nombre des captifs qu’il cftoit requis pour les faciifices de leur Couron- nemçnty & ainfi il fut couronné auec vne gran- de folemnité.Mais les Mexiquains , mal contes d’auoir vn Roy fi peu guerrier, traitterent de îuy auancer la mort par poifoii. Pour cefte oc- cafiô il ne dura point au Royaume plus, de qua- tre ans,d’où Fon voit bien que les enfans ne fuy- uent pas roufiours le fang&la valeur de leurs peres,& que tant plus grande a cfté la gloire des predecclTeurs, plus abominable eft la lafchcté de ^ . Xx iij Histoire natvrelle pufillanimitédcceuxquilear fuccedcnt au co- mandement 5 & non pas au mérité. Mais ccftc perte fut bien reftaurée,par vn frère du deffunt^ qui cftoir auffi fils du grand Moteçuma, appelle Axayaca,& lequel fut efleu parfopinion de Tla- caellcc , où il rencontra mieux qu’au precedent. VeUmm àeTUueüec, des aBes d’ ^XÀydca 7 , J{py desMexic^udim, Chap. xviir. N ce temps Tlacacllec efioit défia fortvieil,&à caufe de (à vieilleflTe,! ô le portoit en vne chaire , fur les ef- paullesjpour fc trouuer an confeil&: aux affairesqui Ce prefentoiêt.En fin [il tôba maladejOÙ le nouueau Roy , qui n'eftoit pas encor couronné, le vifitoit fouuent , &ref- pandoit beaucoup de larmes , d’autant qu’il luy lémbloit qu’il perdoit en luy fon pere, ôc le pere de la parrie.Tlacaellec luy recommanda affeélu- eufement fes enfans,principalemenc l’ailni, qui . s’eftoit montré valeureux aux guerres pafièes, le Roy luy promit de l’auoir pour recomman- dé, & pour confoler d’auantage le vieillard j il luy donna en fa prtfence la charge & les enfei- gnes de fon Capitaine general ,auec toutes les prééminences defon pere,dequoy le vieillard demeura tellement content, que fur ce conten- tement il achcua fes iours. s’ils ne fulïcnt DES Indes. Liv. VII. 54^ paflfez de ccfte vie en l’autre , ils eiilTent peu fc tenir bien heureux, attendu que d’vne fi petite, & fi pauure Cité , en laquelle il nafquit , il fit Sc cftablit par fa valeur , Sc inagnaniraité vivfi grandyfi riche,& fi puilîant royaume. Les Me- xiquains îuyfircnt des obfeques,comme au fon- dateur de cet Empire, plus fomptueufes , & plus magnifiques qu’ils n’auoient fait à aucuq des Royspredecefiéiirs ,& incontinent apres Axa- yaca, pourappaiferlc dueil,que tout le peuple Mexiquain portoit de la mort de fon capitaine, délibéra de faire le voyage, comme il eftoit de befoingpour fon couronnement. C’eft pour^ quoyilmcna fon armée auec grande diligence en la prouince de T equantepec diftantc de Me- xique de deux cent lieues , Ôc là il donna la ba- taille à vnpuilTant exercite, & nombre infiny d’hommes,qui s’eftoient afièmblez , tant de ce- fte prouince, comme des circonuoifincs pour s’oppofer aux Mexiquains. Le premier de Ion camp qui s’aduança,pour (e méfier au côbat,fur le mefrac Roy défilant fes ennemis , defquels il faignit fuir , lors qu’ils le chargèrent , iufques à les attirer, en vnc embnfche , où il y auoit plu- ficurs foldats cachez foubs de la paille , lefquels fortirentà l’impourucu , & ceux qui alloient fuyants tournèrent tefte , tellement qu’ils arre- fterentau milieu d’eux ceux de Tequantepec, Sc les chargèrent fort viuement, en faifant d’eux vue cruelle boucherie. Et pourfuyuant leur vi- ctoire ils raferent leur Cité , &leur Temple, chaftierentrigoureufement tous les cirçonuoi- fins,puis ils tirèrent outre, Sc fans s’arrefter au- X X iiij Histoire NATVREtLE cuncmenc, allèrent conqueftans iufques à Gua- tulco , qui eft vn port aiiiourd’huy fort cognea en la mer du Sud. Axayaca retourna dccevoya- ge à Mexique auec de grandes delpouilles, & ri- cheires.ou il fut honorablement couronné auec defomptueux,& magnifiques appareils de fa- crifices,detribitts,& autres chofes,oùplufieurs vindrentvoir Ton couronnement. Les Roysde Mexique recepuoient la couronne de la main des Roysde Tezcuco ,qui auoient cefte préé- minence. îl fit beaucoup d'autres en ircprinies, où il obtint de grandes vidoires , ellant touf- iours le premier , qui conduifoit fon armée , ôc alîàilloit fes ennemis, d’où il acquit le nom de très valeureux Capitaine , & non content de fubiuguerles étrangers, il reprima, & mift le frem aux fiens qui s eftoient rebellez , ceque iamais aucun de fes predeceirenrs n’auoit peu, ny ofé faire. Nous auons défia dit cy deuant co- rne quelques feditieux s’eftoient feparez de la république Mexiquaine, qui fondèrent vnc Ci- té,proche de Mexique, laquelle ils appellcrent Tlateluico, & fut à l’endroit , où eft auiour- d hny faind Jacques. Ceux la feftans reuoltez tindrent vnparty àpart ôc faccreurent, ôc mul- tiplièrent beaucoup, ne voulans iamais recon- gi oidre les Seigneurs de Mexique ny leur pre- fter obeifiance. Le Roy Axayaca les enuoya donc requérir qu’ils ne fuirent diuifez, mais que puis qu’ils eftoient d’vn mcfme fang,& vn peu- ple, qu ils fe ioignilîent ôc recongneulfent 1« Roy de Mexique. Surquoy le Seigneur de Tla- relulco,fitvne rclponcc pleine de grand mef- H ‘ DES Indes. Xiv. VIL 54^ pris &: orgueil , deffiant le Roy de Mexique à combattre en duel , & incontincUt alïembla fes hommes, commandant à vnc partie d’ieeux qu’ils allaient Ce cacher dans les herbiers du iac , afin d’eftre mieux couuerts. Où pour fe mocquer d’auantage des Mcxiqiiains , il leur commanda prendre des figures de corbeaux, d’oyes , & d'autres animaux, comme des gre- nouilles , & autres femblablcs , penfans par ce moyen furprendre les Mexiquains, lors qu’ils pafleroientparles chemins&chauirees du lac. Ayant entendu lcdefïi & la ruze de fon con- traire, il partit fon armée , donnant vne partie à fon general fils de Tlacacllec,^& luy comman-» da de rompre, & décharger fur cefte embufea- dc du lac , luy d’autre cofté , auec Ir refte de fes gens par vn chemin qui n’ertoit point hanté, s’alla camper dcuantTlatelulco Incotntincnt il fitappellci^ç^eluy qui l’auoit défié , afin qu’il ac- complift fa parole , & côme les deux Seigneurs dcMexique &de Tlatclulco ,faduancerent ,ils cbramandierent chacun aux liens , qu'ils ne fe remuafrent iufques apres auoir ven lequel des deux feroit le vainqueur, ce qui fut fait , ôc toiit au flîtoft ces deux Seigneurs vindrent Fvn con- tre l’autre valeiireufement , où ayans longue- ment combattu , en fin celuy de Tlatelulco fuft contraint tourner les efpatilles , d’autant que celuy de Mexique le chargeoit plus furieüfe- ment qu'il nepouûoitfupporter. Ceux de Tla- telulco voyansTuir leur Capitaine, perdirent courage,& tournèrent aufiî le dos: mais les Me- pciquains lesSuyuants de prés les chargèrent Histoire natvrelie furieufcmcnt. Ncantmoins le Seigneur de TIa- telulcOjn’efchappa"pasdcs mainsd’Axayaca.Car fè penfant fauuçr , il fe retira au haut du temple où Axayaca le (uyuit de prés, qui l’attaignit & le faifîtd vne grande force, puis le ietta du haut du téple en bas, & fit mettre le feu puis apres au teraple,& à la Cité.Cependat que cela fe palToic àTlatclulcOjlegencralMexiquain eftoitfort ef- chauffé à la vengence de ceux qui l’auoient pré- tendu deffaire parruze,&partrôpcric, & apres les auoir forcez par armes de fe rendre, & de luy demander mifericordc , le general leur difl qu’il ne leur pardonneroit point, que premièrement ils n'eulTent fait les offices des figures qu’ils re- prefentoient , parquoy il vouloir qu’ils criaffent corne les grenouilles,& les corbcaux,&chafcun félon les figures qu’ils auoient prinfes d’autant qu’ils n’auroiétpoint de côpofition qu’en ce fai- fant.Ce qu’il fift pour les afFrôter,6rmocquer de leur ruze.La crainte & neceffité enfeigne toutes chofcsjtellemét qu’ils chaterenr, &crierétauec toutes les différences de voix que l’on leur com- manda, pourauoir leurs vies fauues, côbien que ils fuffent fort defpitez du pafletemps que leurs ennemis prenoyent d’eux. Ilsdifent que iufqnes auiourd’huy durent encor les brocards desMexiqnains enuers IcsTlatelulcos , qui le portent impatiemment, lorsque l’on leurra^ mentoit ces chants & cris d animaux. Le Roy Axayaca prit plaifir à cefte rifée , & incontinent apres s’en retournèrent en Mexique, en gran- de uefiouilîânce. Ce Roy fut eflimé pourvu 4es meilleurs qui ayent commadéen Mexique. ' BES Indes. Liv. VII. iso Il régna onze ans , & luy rucceda vn qui fat be- aucoup moindre que luy en yalcur& vertus. Des faifis ^Bes Z.Bjy de ^ . Mexsi^tte. Chap. XIX. |Ntrc les quatre cflcâ:eiirs de Mexi- |que,qui comme il a efté dit, auoycnt 'le droit d’eflire au Royaume celuy I qu’ils votîloyent , il y en aüoit vn doué deplufieurs perfc(5Hons, nom- mé A utzol. Ceftuy ftjt efleu des au tres,& fut cc- fteelcdion fort aggreableàtoutlc peuple, car outre ce qu’il eftoit fort vaillar, tous l’eftimoyét courtois, Sc officieux enuers vn chacun , qui eft vnc dcsprincipalles conditions requifes à ceux qui gouuernent, pourfe faire aimer & obeïr, Or pour célébrer la fefte de Ton couronne- ment, ils’aduifadc faire le voyage , ôc aller chaftier loutrecuidatice de ceux de Quaxulat- lan,prouince fort riche & abondante , qui eft auiourd’huy la principale de la neufue Efpa- gne. Ceux-là auoyent voilé les officiers & mai- ftres d'hoftel qui apportoient le tribut à Mct xique’, &auec cela feftoyent rebellez. Il ent de grandes difficultez à réduire cefte nation, pource qu’ils s'eftoyent mis envn lieu, où vn grand bras de mer empefehoit le palîàge aux Mexiquains. Pour lequel trauerfer Autzolhc auec vn eftrange trauail ôc induftrie fonder en H I s T O I R E N AT V R E L I E Teauc^comme vneiflcttedefafcincs,de tcrrc/& autres mareriaux , parle moyen duquel œuure ilpcutluy &fes gens pafler vers fes ennemis, ^leur donner bataille, où il les vainquit , & cbiiftia à fa volonté, puis fen retourna à Mexi- que en triomphe , & auec grandes richelTes, poureftre couronné Roy , felonlcur couftu- ine. Autzol cftendit Ton Royaume, par plu- lieurs conqueftes qu’il fit , iufques à paruenir à Guatimallajquieftàtrois cens lieues de Mexi- que. Il ne fut pas moins liberal, que vaillant, car lots que les.tributs arriuoyent,( lefquels comme il a efté dit , venoycnr avtec vn grand appareil, & abondance) il fortoit de fon palais, & faifoit afTembler en quelque lieu tout le peupIe,puiscommandoitque l’on apportaft là tous les tributs , Icrquels il departoit à ceux qui auoyent necelîitç. Il donnoit aux pauures des cftoffesàfaire deshabits, des viandes, & de tout ce qu’ils auoycnr de befoing en grande quantité, & les chofes de prix, comme l’or , l'ar- gent, les ioyaux , ^les plumaches eftoient dé- partis entre les Capitaines ,foldats, & ferui- teui-sdefamaifon , félon le mérité d’vn cha- cun.Cet Autzol fut raefmc grand politic ,&fit abbairc les édifices mal ordonnez , & en ree- dificr de nouueau d’autres fort fomptueux. Il luy femblaque la Cité de Mexique auoit trop peiid-caùe , & que le lac eftoitfort bourbeux, parquoy il fe délibéra d’y faire venir vn gros cours d-’eaüe, dont feferuoient ceux de Guyoa- can. A celle fin il fit venir vers luy le principal decçftecité,quieftoiç yn fameux forcier , & DES Ikdes, Lir. vn. Ï5X luy ayant propoféfon intention, leforcicrluy dift qu’il regardai!: bien ce qu’il faifoit ,^our cc que celle afeirc eftoit de grande difficulté, Sc qu’îlentendift, que s’il tiroitee ruilleau de fort coLfts ordinaire, & le faifoit aller en Mexique, iinoyeroit la cire. Il fembla au Roy que ces cxcules n eftoyent que pour euiter feffed de fon delfein , parquoy en cftant irrité le renuoya, ôc quelques iours apres enuoya à Cuyoacan vn preuoft pour prendre le forcicr, lequel ayant entendu pour quelle occafion venoyent les miniftres du Roy, les fit entrer en fa maifôn, puis fe transforma 5c fe prefentaà eux en for- me dVn aigle terrible , dequoy le preuoll: Sc fes gens efpouuentez , s’en retournèrent fans le prendre. Autzol irrité en renuoya d’autres, auf- quels il fe prefenta en figure d’vn tigre rres- furieux , &ne luy oferent non plus toucher. Les troiûefmes y furent, Sc le trouuerent en forme dVn ferpent horrible , dont ils curent grande frayeur. Le Roy efmeu d’auantage de ces façons défaire , eniioya dire à ceux de Cuyoacan , que s’ils ne luy ainenoyent le for- cierliéjilferoitrafer leur cité; pour crainte de- quoy, oufoit quc luy de fa volonté , ou foit qu’ilyeuftefté forcé des fiens, en fin fe lailfa emmener au ^oy,qui le fit incontinent eftran- glcr , puis apres il accomplir fon dcifcinjfai- fànt carier vn canal , par où celle eaüc peut cou- ler à Mexique , parle moyen duquel il fit venir vn gros cours d’eaüe au lac, lequel ils condui- rent auec de grandes ceremonies Sc fuperftr- Eioiis,où il y auoic des prefttes qUialloycnt en- Histoire natv relie çcnfansle long du riuagejes autres facrifians des caillas du fang dcfqucllcs ils oignoycnt les bordsduc^nal, & les autres fonnans des cor- nets accompagnoycnt l’caüc de leur mufiquc. Vn des principaux alloic v^cftli dvn habindc la i^açon qu’ils attribuoy cnt à kDcede de l’eaiie, & tous la ralubient,luydi(ans qu*elle fuft la bien venue. Toutes Icfquelles chofes font peintes 6c figurées és annales de Mexiquc,Ieliuredefquel- les cft auioLird’huy à Rome , qui a efté mis en la (acrée Bibîiotheque,ou librairie Vaticanc,où vn pere de noftre compagnie qui eftoit venu de Mexique le vid , ôc les autres hiftoires lefquel- les il expliquoit , & faifoit entendre au Bibli- othécaire de fa Saindeté, qui le plaifoit infini- ment d’entendre ce liure lequel il ii auoit iamais peu côprendre. Finalemêt l’caûe fut amenée en Mcxique,mais elle yfourdit en telle abondance, que peu s’en falluft que elle ne noyaft la cité co- rne l’autre auoit predit^deen effed elle ruina vne grande partie d’icelle, à quoy incontinent ils rc- mcdierêt,par rinduftried’Aurzol. D’autSt qu’il . fit faire vn canal ôc iirue,pour en faireîcoulcr les eaux , au moyen dequoy il repara les baftimens | qui eftoycnttôbezd’vnouurage exquis, eftans | au parauant de raefchâs édifices. Par ainfi il laif- i fa fa cite enuironnéed’eaüc, comme vne autre V enife, ôc fort bien baftie. Son tegne dura onze ans,qui s’acheua au dernier&plus grand fuccef- feur de tous les Mexiquains. D«s Indes. Liv. VII. 35^ Vc r ejle^ion du^rdnd MoteçttmA dernier de Mexique, Chap. XX. |V temps que les Efpagnoîsenrrcfcnt ' en la ncufueElpagne,qui fut en l’andu [Seigneur mil cinq cens dixhuid, Mo- 'tcçtiraa fécond de ce nom , Ôc dernier R oydesM exiquainSjie dy dernier,car iaçoit que ceux de Mexique , apres fa mort en elîeurenc vn autre,^voire duviuât raeli-ne dcMotcçuma, qu’ils déclarèrent ennemy de la patrie,c 5 me l’on ver- ra cy apres. Mais celuy qui luy fucceda Ôc celuy qui vint captif entre les mains du Mar- quis de Vallé , n’eurent que le nom&: tiltre de Roys , d’autant que le Royaume eftoit ia prefque tout rendu aux Efpagnols. Tellement qu’auec raifonnous cotons Moteçuma, pour le dernier Roy ,& corne tel il vint au période de la puilFance Ôc grandeur des McxiquainSjCe qui cft admirable pour eftre arriué entre b’arbares. A ce- lle caufe,& que celle là eftoit la faifon,que Dieu auoit choifie , pour enuoyer la cognoilFance de fpn Euangilc, ôc règne de lefus Chrift , en cefte côtree,ieraconterayplus diftindemél lesades de Moreçuma,que des autres. Auparauant qu’il fuft Roy, il eftoit de Ton naturel tort graue , ôç fort pofé , ôc parloir peu , tellement que quand il opinoitau priué confeil, où il affiftoit, Tes propos ôc difeours faifoyent admirer vn cha- cun , ft bien que deflois il eftoit craint , ôc ref- HiSTOI RE N ATVRItlB j pcAc. Il fe rctir oit ordinairement en vnc cha- pelle, qui luy eftoitdellinéeau temple de Vic- zilipuztli , où ils difoyent que leur idole par- loir auecluy, & à cefte occahon eftoiteftiraé | fortreligieux , ôc deuot. Pour fes perfedions donc, &■ pour cftrc trcr-noble,& de grand cou- | rage,(bh efledion futbriefue, & facile, comme d’vme perfonne fur laquelle tous auoyentles | yeux fichez , pour eftre digne dVne telle char- ^ ge. Ayant entendu Ton efledion , il fe cacha au i temple,en cefte Chapelle , fiift qu il fift par | difeours ^ & qu’il apprehendaft vne charge fi ardue , & difficile, comme efioit de régir vn tel peuple: ou fuft comme ic croy par hypocrifie, &pour môftrcr qu’il ne defiroit eiirien l’Em- pire. En finilsletrouuerentlà, & le prindrent & menèrent à Ton confilloire, l’accompagnant aucc toute la refiouiirance qui leur fut poflî- ble. Il marchoit aucc vne telle grauicc , qu’ils difoyent tous, que le nom de Moteçumaluy conuenoit fort bien, qui vaut autant à dire que | feigneur courroucé. Les Efledeurs luy firent vne grande reuercnce, luy faifans entendre qu’il i auoit efté cfleu. De là il fut mené deuant le foyer des Dieux, pour cnçcnfer , où il leur offrit facrificcs^en fe tirant du fang des oreilles , & , des mollets des iambes , félon leur couftume Ils le reueftirent de fes ornements Royaux , & ^ luy ayans perce les narines par le cartilage , ils ; y perdirent vne efmeraude très riche, couftu- j me certes barbare & fafeheufe , mais le defir d« | çoramandcr,empefche de fentir telles chofes. j Apres qu’il fut afiis en fon throfnc , il ouy t les | orai- I Des Indes. LiVi VIL 35I braifons & harangues que l’oii luy hrjefquel- Jes auffijfèlon qu’ils aboient accouftumé, eftoiéc cleganreSj&arEificieures. La première futpro^ Jioneeeparlc Roj? de Tffcuco , laquelle ayant efté conferueejpour la fraifehe memoirej& eftâc bien digne d’eftre ouyetiela refereray icy de mot ^moi,Ôcàii 2 im(\\Laconcordance cr vmté âes voix< Jkr ton ejleBion , donne ajfe'^a entendre{tres-7iolUadolej^ cent)le grandheur que tout le Koyaume en don recemir, tatitpour dusir mente'yC^ ejîe' di^ne que tu luy comma,-^ dâjfes que pour Id rejîeuijimce Jî gener aile que tom de^ monfirçnt^a cAufe d’ icelie.En quoy kU vente' ils ont ke de U raijon: car dejia l'Empire de Mexique Je va tellemet dilatant, que pour gouuerner vn monde ^comme il ejl, porter vne charge jipejante^il ifefl pas de hejomg d'vne moindre dextérité, CE magnanimité, que de celle qui re~ Jide en ton ferme CE valeureux cœur, ny d'vn entende- ment moins repofé CE de moindre prudence que de la tie- ne.le voy CErecognoy clairement, que le Dieutout-pmjk faut aime cejle Cité, puis qui il luy a donné la clarté, de choijir ce qui luy ejloit conucnable. Car qui ef ce luy qui ne croira qu'vn Prince, qui auat que dè regner, auoit pé- nétré les neuf voûtes du Ciel ,ne doiue aujli bien obtenié amourd'huy les chofs qui font terriénes^pour fecounrfon peuple, en s'aidant à cejle fin de fon entendement f bo CE fi fubtilyVeu qu'ily eïl obligé, par le deuoir CE la char- ge de Poy? Qui ne croira aufique le grand cour age,que tu as tou four s valeur eufement monfré en affaires d'im- portanceme te manquera point auiourd’huy és\chofes ou tu en as tant de befoingtQmpenfera qu'en vne telle va- leur puiffe deffaiütr l'aide CE lefecoim a la veufue CE Àl'orphelin? Qm ne fe perfuadera que l' Empire Mexi- ' ' Yy HlSTOfllÉ NATVRÉLtE qudm ne joit ^Aruenu au fommet de jon authomé,pûU que le Seigneur dés chofes créées/ a departy vne telle ey* Jî grande grâce, que par ton feul regard, tu fats ejmer- ueiller ceux qui te contemplent?B,elieuy toy donc, o terre heureufe/ qui lé créateur a donne vn Prince, qui te fera vne coulonrie ferme fur laquelle tu feras appuyee,qui fera ton pere, y' ta deffence, duquel tu feras (ecourue au be^ foi?ig,quifera plus que frereenuers les fens, par pieté (y* facumence. Tu au vn Roy,quiacaufedefon ejlatnefe donnera point aux delices, y qui ne demeurera point eftendu en vnlicl occupéynvices, y enpajfetemps'.au contraire, au milieu de fonplm doux y plus prof od fem- me, fine œùr trefaïdira, y fi refueillera,pourlefeucy qu il doit auoir de toy,yne fient ira point legoufe du plus fauoureux mets de fin difné, ayant l efpnt feufpedu en Ih- magmation de ton bien.Dy moy donc Royaume bien heu- reux, fi ïe n'ay pas raifen de dire que tu te refeowJfes,yte recreée k prefent ,d\iuoir trouue vn tel ]\oy: Et toy gene - . reux adolefeentyy trefpuijfant feigneur noJlre,ayes co^ fiance y bon cour âge, que puifquele Seigneur des chofes créées t adonné ce(h charge/ te danera aufei U prouefe la magnanimitérequfe pour l’ exercer, y peux bien efe per er, que celuy qui au temps pafsé a vféde ji grandes li- béralité fenuers toy, ne te déniera point fis plus grands dons, puis qu il t'a mu en vne charge fi grande, de laqud lepufsetu louyr plufeeurs années. Le RoyMotecuma fut fort ententif à ce difcoi^rs, lequel eftlnt a- chciié,ils difent qu’il fe troubla dVnc telle forte, que voulant par trois fois refpondre il ne peuc parler, eftant vaincu des larmes quel’aile&lc co- rciitement à bien fouuér accouftumé de caufer, cndemonftrarion de grande humilité. En fin,c- ftant rciienuafoy,il dilt brefuemenr ,7e ferais tro^ DES Indes. Liv. VIL " ' 554 meublé Jfm E^oy de TeX^HCoJiie ne cognoifsoii, en- tendéi^jqHe les chofeS' que v6u6 m aue^'^dittesjont vne ^ure faueur qu'il vous qtUîJl me greffer, q>uù qu'entre tant d'hommes fi nobles ^ O' f généreux, qutly a en ce Èsyaume, vous asie\jjleu le moins fuffifmt, qm ejl mey , 0 ^ a la vérité, le me fens tellement incapable d'vne charge de Ji grande impoi'tance, que le ne f^ay que faire, autre chofe que de fupplier le Créateur des chefs créées, qu'il me fauortfe, eCT demande a tous qutls le fuplient ^owrwojy.CesparoIesdices il recommanda aere» chefà pleurer. \ Comment Moteçuma of donna le feruice d^ fa maifon, O" de la guerre quil fit pour [on couronnement, C H A P. X X L y Ekiyiàquicn fon efledion fit vnc telle demonftration d'humilîtc, Sc douceur, fe voyant Roy commença incontinent à defcouiirir Tes hautes penfees. La première fut qu’il com- manda qu’il n’y euft aucun Plebeian qui feruift en fa maifon, ny euft office Royale, ainfi que fes predccclfeurs en auoient vféiufques alors, Icf» quels il blafma de s’eftre feruis de gés de balïè c5 dition, & voulut que tous les feigneurs de plus illuftresperfonnages defon Royaume, demeu- ralfcnt ai fon palais^ & exerçalFent les offices Jy Histoire natvRelle dêfa cour & defa maifon. A quoy foppofaviî vieiHard de grande authorité , qui auoit cfté fon précepteur, kiy diiant qu’il regardaftbien à ,ce qu’il faifoir, & qu’il fe mettoit en danger dVn grand inconuenienc, d autant quec^ifoic ^ feparer de foy & eiloigner tout le vulgaTre,& gent populaire, tellement qu’ils neroferoienc regarder en la face, fe vqyans ainfireiettez de luy. Il répliqua que c erfoit ce qu’il entendoic faire, & qu’il ne permetttoit pas que les Plé- béiens allaifènt aipd mefiez parmy les nobles, comme ils auoient fait iufques alors. difant que le feruice qu’ils faifoient eftoit félon leur con- dition, qui caufoic que les Roys ne gagnoient aucune réputation, & ainfi demeura ferme en fa refolution. Audi toft il fie commander à ceux de fon confeil,qu ils oftadenr tous les Plebeiens des offices & charges , qu’ils exerçoient, tant en fa maifon qu’en fa Cour, & qu’ils en pour- ueudent des Ciieualiers,ce quifurfair. Apres iiallaenpcrfonneà l’entreprife necelfaire pour fon couronnerac;ic.Encetempss’ed:oic reuol- té contre la couronne vneprouince fort efloi- gnée, vers la mer Oceane du Nort,où il mena auec luy la fleur de Ces hommes, fort Ieftes& bien accommode2;. Il y firlaguerre,auec vnc telle valeur & dextérité , qu’en fin il fubiuga route la prouince,& chaftiarigoureufement les rebelles, retournant auec vn grand nombre de captifspourlesfâcrifices, & beaucoup d’autres defpouilles. Toutes les Citez luy firent de fo- lemnelles réceptions à fon retour , & les fei- ' gneurs d icelles luy donnèrent Peaue à lauer. DES Indes. L IV. VII/ 555 îuy faifans offices de feruiteurs, chofe noft en- cor vfitee par aucun de fespredecefieurs. Telle cftoit la crainte & le refpeçT qu’ils luy por- toyenr. L’on fit en Mexique les feftes de foh couronnement aucc vn tel appareil de dances, commedies,entremcts,luminaires, & inuenriôs parplufieurs &diuersiours; Et y ardua vne fi grande richefîè de tributs apportez de tous fes Royaumes, qu’il y vint des cftrangers inCo- gneus à Mexique , & leurs ennemis mefmes y vindrent en grand nombre, en habit didimulé, pour voir CCS feftes, comme ceux de Tiafcalla, (5c ceux de Mechouacan. Ce qu’ayant eftédef- couuert par Moteçuma,il commanda qii’onles logeaft ôc traidtaft benignement , & honora- blemenr,comme fa propre peiTonnc. Uieur fit mefme faire de belles gaîleries pareille^/ aux fiennes, defquelles ils peuftent voir &:'Gôntieni- pler les feftes. Par ainfi ilsentroyent demüidt en ces feftes, comme le Roy,, faifans leurs deux &marcarades.Etpour ce que i’ay fait mention de ces prouinces, il ne fera mal à propos d’en-* tendre, que iamais ceux de Mechouacan-, de Tlafcalla; & deTapeaca,nc fevouliTrènt ren- dre aux Mexiquains,mais au contraire comba- tirenc toufiours valeureufement contr’eilx, voire quelquesfois les Mechouacans vainqui- rent ceux de Mexique, comme firent aufti ceux de Tapeaca. Auquel lieu le Marquis Dom Fer- nand Cortès , apres que luy & les Efpagnols eurent efté chaflez de Mexique,pretendif fon- der la première Cité d 'Efpagnols, <^u’il appèlla fi bien m enfouuiét,Segura delà Frôntieré,rnais Y y iij 1 Histoire natyrelie ceftepeupladedura peu de temps , par ce que ayant depuis reconquefté Mexique , tous les Efpagnols y allèrent habiter. En fin ceux de Tapeaca,de Tlafcalla , & deMcchouacan ont toufioürsefté ennemis des Mexiquains, encor que Moteçuma dift à Cortès, qu’il ne les auoit pas fubiuguez tout à propos , afin d auoir en eux vn exercice de guerre, & nombre de captifs. Des mœurs cr grmâeur de Moteçvtmi, Chap. XXII. ERoy fiadonna à fe faire refpe(fl:er, voire quafi adorer cômeDieu.Nul plebeien ne le pouuoit regarder en face, que fil le Iaifoit,il eftoit puny de mort. Il ne mettoit iamais fes pieds en tene,mais eftoit toufiours porté fur les efpauUes de quelques feigneurs,&s’ildefcédoit, ilsluymettoicnt de riches tapis, fur lefquelsil marchoit.Quand il faifoit quelque voyage , luy &Ies feigneurs de fa compagnie, alloient com- me dans vn parc ou circuit qui eftoit fait tout a propos,& le refte du peuple ailoit hors du parc, fenuironnantd’yn cofté & d’autre. Jamais il ne veftoit vn habit deux fois, ny mangeoii,ny beu- uoit en vnvafeou plat plus d’vne fois, tout y deuoit eftre toufiours neuf,&donnoit à fes fer- uitcurs ce qui luy auoit feruyvne fois;, de façon qu’ils eftoient ordinairement riches.& magnifi- ques.Il eftoit extrêmement diligent à faire ob- feruer les loi.x,dc quand il retournoit victorieux DES Indes. Liv. VIL 35^ quelque guerre, il faignoit aucunesfois de f’aller esbattre, puis fe derguiToit pour voir lî les liens, penlâns qu’il ne full prefenr,laiiroient &obmettoienr à faire quelque chofe de la fe- ftc ourcceprionrque fil y anoif^-quelquc exccz ou quelque dcffauit , ilenfiifoït la punition ri- goureufcmenc. Et à fin de cognoiftre rnefrae comment fies miniftres faifoient leurs offices, il federguifoir bien foiiucnt, & enuoyoit offrir des dons STprefcns aux luges, les prouoquanc a faire quelque cho'e de mal. Que fils tom- boient en faute , ils efloicnc incontinent punis de mort fins rcmiffion,& les faifoit mourir fins auoir cfgard qu’ils fulfent feigneurs oiîfès>pa- rcns, voire de les propres freres. llconuerfbît &fe familiarifoit peu aüec les fiens,&peu fou- uent fe Iaifroitvoir, eftcint ordinairement, reti- ré pour penfer atrgouuernement de fôn Royau- me. Outre ce qu'il eftoit grand, iuftidcr & -fore braue, il fut fortbelliquenx gc bien fortubé'àu moyeu de quoy il obtint 'de grandes ’ viéloiresi &paruinr à^ccfce grandeur, qui eff defèt1te''aux fiiftoires d’Efpagne. De laquelle il me f&mbf<& que ccferoit chofe inutile d’çfcrire d auantagei feulement i’auray foin (fê' réciter cy apt^s'^ce que les liufcs & hiftoifes' des Indiens racon- tent , ôc dequoy nos'efcriuaiifs Efpagnâls ne font aucune mention,' pouï'-n’auoir {uffifam- raent entendu les fccrets de cefte contrée , qui font chofçs fort dignes d ’eflre cogneiies , coii>- mel’pn verra cy apres. ' ’ ■ - ' Yy iiij ■ Histoire natvrelle De$ préfacés er prodtges eflrmges qm adu 'mdrenten M.exi.que. iUtant que leuY Empire prmjljin, C H A P. XXIII. OmbiEn que l’Efcnturc Sainde ions deffende dadioufter foy aux 5 & prognoftications vainss, * ic que S.HierofiTic nous aduertilîè HkroKio craindre point les fignes du ’ Cielcô'iTiefontlesGeniilsrNeantmoinsIaincr- me Ecriture cnfcigne,que les fignes môftrnenx 6 prodigîeux,nc font pas du tout à mefprirer,& que bienfoiiuent ils ont accouftumé de précé- der quelques châgenients vniuerlels, & les cha- Lih dé de > que lere- Jof/i ' ‘"l'narque fort bien Kufebe de Cefaréc, d’autant Euan^, que le mefme feigneut du Ciel Ôc de la terre demonji.i. enuoye de tels prodiges de nouueaiuez au Ciel, aux elemens , aùxànjmaux,& en Tes autres créa- tures fiu qu’en partie cela ferue daduertiire- menf:àMxliommes,(Sc en partie qu’ils foient vu Gôrafi'nçncemenr deJaipeine & du.chaftiemenr, WpQUiiememen'D qu’ils appor- tent.Il eft eferit au feecyidliurè des Machabées, qu’auparauant ce grand changement & perfe- - CLitiondu peuple d’jlfrael, qui fut cauféeparla tyrannie d’ An tiochu'S , furnommé Epiphanes, lequel les faindes; lettres appellent racine de péché , il arnua quçpar quarante iours entiers IMacv grands efea- drons de Cheualiers en l air, lefquels auec des armes dorées, leurs lances (5çefcus, é^ fur des DES Indes? Liv. VII. '557 cheuaux furieux, ayants leurs efpécs tirces fe frappoient & ofteufoient, efcarmouchans les vns cotre les autres, & difent que ceux dcHie- rufalem voyans cela , fupplyoient Dieu qu’il appaifaft Ton ire, &que ces prodiges rournaf- fent en bien. Il eft eferit mefme au li tire de Sa- ^ ^ picnce. que quand Dieu voulut tirer fon peu- pled’Egypte écchaftier les Egyptiens, quelques vifion terribles ôc erpouucntablcs fapparu- rent à eux, comme des feux, qui furent^veiiz lior? heure en formes horribles. lofepheau/liuredej la guerre des luifs , raconte plufieurs & grands prodiges quiprecederentladeftru6HondcHie- rufalcm,&ladernierecaptiuiredcfonmalheu- , " i'eux peuple, que Dieu eut en horreur pour iu- fte occafion, duquel Eufebe de Cefarée &les autres racontent les mefmes paflages , auihori- g^y^^y,-^ fans fesprognoftics.Les Hiftoriens font pleins deEcd.htfi. de femblables obfcruadons aux grands chan- - gemens d’Eftats ou Republiques, comme Paul Orofeqiii en raconte plufieurs, & fans doute celle obleruationnefi: pas vaine ny inutile : car iaçoitque cefoit vanité,voirefuperlUtiondcf- fendueparlalpy de nollrc Dieu , de croire lé- gèrement à ces prognollics de fignes, toutes-’ fois es chofes fort grandes, comme ,és change- mens de nations. Royaumes & loix fdftnota- blesrcen ell pas chofe vaine, mais bien plulloll certaine & bien alfeiirée de croire que la là- gefie du Très-haut ordonne & vueilîe permet- tre ces" chofes , qui donnent quelque nouuelle de prefage de ce qui doit arriuer,,pQLuTeruir, cpmme i’ay dit,d'aduertilîemcnt aux vns, de de .kX, tîh.r. Lu « 4 . HiSTO'iRE NATVRELLE chafticment aux autres, & à tons de tefmoigna^ ge que le Roy des Cieux a foucy des affaires des hommes, lequel toutainfî qu'il aordonné de très-grands & efpouuentables prefages,pour le plus grand cliangementdu monde, qui fera leiour duingemcnt, ainfî luyplaift-il de don- ner de merueilleux prefages pour dénoter d’au- tres changemens moindres en diuers endroits du monde, qui ftmt toutesfois remarquables, kfqnels il difpofe fclon laloy de Ton éternelle Sagelîe. L’on doitaufH entenda-e, que combien que le diable foit pere de rnenfonge , néant- moins le Roy de gloire luy faitjbien fouuent confefTcr la vérité contre fa volonté , laquelle il a déclarée plufieurs fois de pure crainte, co- rne il fit au defert par la bouche desdemonia- queSjCdantque I e s v s eftoit le S A v v e v r, qui efioit venu pour le deftruire: Comme il fit par la Pytlioniffe, quidifoit que Paul prefehoit k vray Dieu. Comme quand il f apparut & tour- menta la femme 4e Pilate , laquelle il fit inter- céder pour I E s V s, homme iufte.Et comme plufieurs autres hiftoires,outre les facrces,rap- portentdjuerstefmoignages des idoles, en ap- probation delà Religion Chrefticnne, dequoy LadtancCj Profpere, & autres fqnt mention. Quel’on'life Eufebe aux liurcsdelaprcparatiô Eqangelique, 6c ceux dçfa Demonftration,ou il efi: traitté amplement de celle matierç. l’ay dit cecÿ. tout à propos, à fin qu’aucun ne mef- prifece qye racontent les Hiftoires 6c Annales" des Indiens touchant les prefigcsdc prodiges cTtrahges qu'ils eurent de la prochaine fia 6c Djes Ind es. Liv. Vn. 358 ruynç àe leur Royaume, & du Royaume du dia- ble qu’ils adoroient tout enfemble. Lerquels me femblent dignes d’eftre creus , & que l’on y adipuftefoy,tanrpouceftre aduenus y a peu de temps, & que la mémoire en eft encor toute frefehe, que pource que c’eft yne chofe fort vray-femblable, que le diable fe lamentaftdVn Il grand changement, & que Dieu par vnmef- me moyen commenvaH: àchaftier des idolâtres lî cruels ôc abominables. Ceft pourquoy ,ie les raconteray icy comme cliofes vrayes. Il aduinc donc que Moteçuraa ayant régné plufîeurs an- nées en grande profperité , & tellement efleiié en Tes fantahes , qu’il fe faifoit feruir & crain- dre, voire adorer comrne fil euftefté Dieiide feigneur Tout-puilfant commença de le cha- Jftier ôc de l’adnertir auffi, permettant que les mefmes diables qu’il adqroit luy annonçalTent les trilles nouuelles de la perdition 5 de Ton. Royaume , ôc le tourmentairent par des pro-, gnoftics qui n’auoicntiamais efté veuf,dcquoy il demeura h trifte «5c h troablé,quil endeuint tout hors de Ton fehs. L’idole de ceux de Chol- lola, qu’ils appelloient Quetzacoalt, annonça qu’il venoit vne gent eftrangc pour pôlïeder ,fes Royaumes. Le Roy de Tezcuco, qui efto^c grand Magicien &aupit accord auec Iç diables vint vn iour viliter M oteçuma à heure extraor- dinaire, ôc l’alTeura que Tes Dieux luy auoient dit ,qu’ily auoirde grandes pertes qui s’appre- floient pour luy Ôc pour tout Ton Royaume., Pluheurs forciers «5c enchanteurs luy en allcienc dire autant , entre iefquels il y en eut vn qui luy Histoire natvrelle annonça fort particulièrement ce qui luy ad- / uint du depuis.Et comme ileftoit auec luy, 1 ’ad- uertit que les poulces des pieds & des mains luy deft'ailloienr, Moreçuma ennuyé de telles nouuciles faifoic prendre tous ces forciers: mais incontinent ils difparoillbientenla prifon,de- quoy ilprenoit telle rage, que nelespouuant tuer , il faifoit mourir leurs femmes & leurs en- fans , de deftruire leurs maifons ôc leurs moyês. Orfe voyant importune ôc agité de ces aduer- iiirements,il voulut appaifer l’ire de fes Dieux, ôc pour celle caufe il s’efforça de faire appor- ter vnegrandc pierre, pour fur icelle faire dé j grands facrifices. Pour en venir à bout il cn- uoya grand nombre de peuple pour l’amener auec des engins ôc inftruments , lefquels ne la peurent aucunement mouuoir , bien que fy eftans obftinez ils y eulfent rompu piufieiirs engins. Mais comme ils perfeueroient touf- iours de la vouloir enleuer, ils ouyrent vne voix ioignant la pierre, qui difoit qu'ils ne tra- uaillaffènt point en vain , ôc qu’ils ne la pour- j roient point enleuer, pource que le Seigneur des' chofes créées ne vouloir plus queronfifl: ces'chofes-là. Moteçumâ ayant entendu cela, Con;j'manda que l’on nft'les facrifices en ce lieu, ôc difeiît que la voix parla derechef difant. Ne vom ay te pas dttyque cen ejî point U voloté àu> Çeigneur des chofis crbces,qHe cela fe fajfey;de c’a efté pour la predi&ation & conuerfionde ces peuples , que la grandeur de ces deux Empires que lay ci , pour la grande difficulté que loua expcrinieji- tée,à réduire en Chrift les Indiens , qui ne reco- gnoiffoient point vn feigneur , s en aide en a Floride, au Brefibaux Andes, &en pluiieurs autres endroits , où par la prédication Ion na pasfaiavnteleffed,en cinquante ans , com- me opafaitauPeru , Sc en la neuue Elpagnc en moins de cinq. S’ils veulenr dire que la ri- cheffe de cefte terre en a efté caufe, ie ne le nie pasdutout,touresfoisileftoit impoffible qudl y euft tant de riebeffe , Sc qu’ils 1 eulPcnt peu cô- feruer,s’il n’y euft eu Monmxhie. Cela mefme eftvnackeminement de Dieu, pour ce temp? cy, auquel les prédicateurs de l'Euangile font k froids & Il peu zelcz, qu’il y aye des marchands 'lefquels aucc la chaleur de 1 aiiai ice , & le denr , du commandement , cherchent & defcoimrent de noiiueaux peuples , ou nous pallions auec iioftremarchandife.CarcommeditS.Auguftin, la prophétie d’Efaye eftacccomplie, en ce que^^ PEghfede Chrift feftdilattée, non feulement ^-5 ' en la dextre,mais auffi en la fcneftce,qui cft con- mc il déclaré s’accroiftre par des moyens hu- mains, & terriens, que l’on cherche plus ordi- nairement que lefus Chrift. C’a efté auffi gran« Aaa liij Hl STO I R E N A T V R E LL E de prouidence du Seigneur, que quand les pre- miers Eipagnols y arriuerent, ils rrouuerent de l’aide entre les mcfmes Indiens,àcaufede leurs partialitez& grandes diuilîons. Celaell: tout cogneiiauPeru,queIadiuilîon d’entre les deux i freres Arahulpa,& Guafca,eftant nouuellemenr { décédé le grand Roy Guanacapa leur pere, fuft caulededonnerl'entreeau Marquis Dom Frâ- çoisPizarre & aux Efpagnols, d’autant quVn I chacun d’eux defiroit ion alliance, & qu’ils e- lloient occupez aie faire la guerre IVnà l’au- tre, L On n apasmoinscxperimetéenlaneufue Efpagne, que l’aide de ceux de la prouince de Tlafcalla , à cauié de la perpétuelle inimitié qu ils auoient contre les Mexiquains, caufaau Mai quis Fernande Cortès , & aux liens la vi- j Gloire, & ieigneurie de Mexique , & ians eux ij leur euft efté impoiîîble de la gaigner , voire lèulement de fe maintenir au pays. Ceux là fe trompent beaucoup qui eftiment peu les In- diens, & quiiugcnt queparl auantage , que les Eipagnols ont fur cux,dc leurs perfonnes ,che- uaux & armes ofFenlîues,& dcfFeniîues,ils pour- ront conquefter quelconque terre, ôc nation d’indiens, Chilleefl: encor là , ou pour mieux direAranco,& Teucapcl, qui font deux villes, lurlequelles nos Eipagnols n’ont pas fçeu gai- gnervn pied de terre, combien qu’il y aye plus de vingt cinq ans , qulls y font la guerre fans s’y elpargner. Car ces barbares ayans vne fois per- du la crainte des cheuaiix & des arquebufes , 6c fcachant que l’Elpagnol tombe aüllî bien qu'vn autrcjdvncoupde pierre, pu aiiec vne fléché. ' DES Indes. Liv. V lî. 37$ Ils fe hafardent & entrent dans les piques , fai- fans leurs entre prinfcs. Combien d’anneesya jlque Fonlcuedes hommes eri la ncufue Efpa- gne , que Fon mene contre les Chychymequos, qui (ont vn petit nombre d’indiens tous nuds^ armez feulement de leurs arcs, & Eefehes , toU:..,. tesfois iufques auiourd’huy ils n'ont peu eftrc vaincus, au contraire de iour en iour ils deuien- nent plus hazardeux& déterminez. Mais que dirons nous des Chucos , des Chyraguanas , 6c des Pilcocones , ôc de tous les autres peuples des Andes ? toute la fleur du Pc ru n’y a elle pas efté, menant auec foy fl grand appareil d’armes & hommes comme nous anons veu ? que firent ils ? auec quel profit retournèrent ils ? Ils en r e- uindrent certainement bien heureux de n y a- noir laifle la yie , y ayans perdu leur bagage & prefque tous leurs cheuaux. Qu’aucun n’eltitne pas,qu’cn parlant des Indiens, l’ondoibue en- tendre des hommes de rien, mais s’il lé penfe qu’il vienne, & en face l’efpreuue. Il en faut donc attril^uerla gloire à qui elle appartient, qui eft principalement à Dieu , & à fon admira- ble difpofltion, -car fi Moteçuma en Mexique, ôc l’Ingua au Peru fefuflent employez à refî- fterauxEfpagnols, & leur empefeher l’entrée^s Cortès , êc Pyzarre y euflènt peu profité, encor qu’ils fuflent excellents Capitaines , d’auoir mis feulement pied en terre. C’a efté mefmc vii grand ayde pour faire recepuoir aux Indiens la loy de Chrift , que la grande fubieéHon qu'ils a.- uoientàleurs Rois,& feigneurs, & mefmeU fubîcdioDo & feruflude qu’ils aupknt au Dk- Histoire natvrelie èle,à Tes tyraiinies , & à (on iougfi pezaiit. Ce fur vne excellence dirpofition delà fapiencedi- uine, laqui°Iletiredu profHt du mal pour vnc bonneiïn, &i*ecoitfon bien du mal d’autriiy qu’elle n’a pas femé. Il eft certain qu’il n’y a au- cun peuple des Indes OccidentaIes,quiaiceflé plus idoine a fEuangile, que ceux qui ont efté plus fubiers à leurs leigneurs , &qui ontefté diargez déplus grandes charges, ranr de tributs &reruices,coramedecouftumes, & vfaacsfan- guinolems. Tout ce que poiïederent les Roys M exiquains , & ceux du Peru , eft auiourd’huy leplusGultiLié de la Chreftienté , Ôc où il y a moins de difficulté au gouuernement , & police EcdefiaftiqueXesIndiens eftoient défia fi lafiez d’endurer leioug tres-pefant , & infupporrable des loix de Satan , des facrificcs 6c ceremonies, dont nous auons parlé cy-defiiis , qu’ils confiii-, toient entre eux de chercher vue autre loy , ôc^ vn autre Dieu , à qui ils fer ni fient. Ceft pour- quoylalôy deCbriftleurfembla, &leur fem. ble encor auiourdhuyiufte, douce, nette, bon- ne,^ route pleine de biens. Et ce qui eft diffici- le en noftre Loy , qui eft de croire des niyfteres fihauts ôc fbuuerâins, aefté bien facile entre cux,d’autant qucle Diable leur auoitfait com- prendre dTiures chofes plus difficiles. Et ces mefiiies chofes qu’il auoit defrobées de no- ftre loy euangelique,com>rie leur Eicon de com- muniondc confclfioiî , leur adoration de troix ürnvn, & telles autres chofes fèmblabies , ief- queiies contre la volonté de l’ennemy ont’aydé à faire plus faciieraenç rcceqoiiTa veriréà ceux pis Indes. Lïv. VIT. 374 qui les auoient receus en la menterie. Dieu en routes Tes œuures eft fagc , & admirable , lequel furmonte laduerfairc auec fes propres armes, l’arrefte auec Ton lacs , & l’efgorge , auec fa pro- pre efpée. Finalement noftre Dieu, ( quiauoit créé ces peuples, bc qui fembloit (î long temps lesauoirmisen oubly ) quand leur heureaefté,, venue a voulu faire que les melmes Diables en- pemisdcs hommes qu’ils tenoîent faulfemene pour dieux, donnallènt termoignage contre leur volonté de fa vraye loy,du pouuoir de Chrift 6c du triomphe de fa Croix , ainh qu’il appert clai- rement par les prefages , prophéties , fignes , & prodiges çy deifus racontez auec plufieurs au- tres qui font aduenus en diuers endroits, & que les mefmes minières de Satan,forcicrs, ma- giciens,& autres I ndiens l’ont confeifé. E t ne peut-on pier ( car c’eft cliofe tres-euidente , & notoire par tout le monde ) quèle Diable n^ole hfïler ,& que les pratiques , oracles , refponces, Sc apparitions vilibles ,qui eftoient Ci ordinai- res en toute ccfte infidélité, ont ceffé és lieux, qù le figue de la Croix aefté planté , où il y a des Eglifes,6«: où l’on a côFdfé le nom de Chrift. Que s’il y à encor auiourd’huy quelque fien mi- niftre maudit, qui participe encor de quelque çhofedecela, çen’eftque dedans les cauernes, fomniets dés montaignes , & aux lieux cachez 6c du tout efloignés du nom ôc communion des Chreftiens. Le Seigneur fouuerainfoit bénir, pour fes grandes mifericordes , ôc pour la gloi- re de fon fiinét nom, & à la vérité , Ci l’on gou- pcrnoic §ç t'egiffoit ce peuple , tant temporelko Histoire N AT VREL LE ment que {pirituellemenr, de la façon que por- te la loy de lefus Chrift.auec vn ioug fi doux , & vne charge fîlcgere 5 & qu'on neleur donnaft point plus de poix Sc de charge que ce qu’ils ( peuuentporterjainlî qu’il eftporté,(Sçcomman- de,par les patentes du bon Empereur de bonne mémoire , & queauec cela ils prinflTentla moy^ tiedufoucy, qu’ilsemploiencàfaire profïîtde leurs pauures fueurs, & rrauaux , pour leur ay- deraleurfàlut ,ce feroit la Chreftienté la plus paifîble,&heureufe de tout le monde. Mais noz pechez bienfoiiuent fontoccafion, que Dieu ne départ pas Tes grâces fi abondamment qu’il feroit. Toutefois ie dy vne chofe qui eftvraye, & le tiens pour certain j que iaçoit que la pre- mière entree de l’Euangile 5 en beaucoup d’en- droits n’a pas efté accompagnée de fincerité , & de rnoiens Chrefiiens defquels on fe deuoit feruir, fi eft-ce que la bonté de Dieu , a tiré du bien de ce mal, & a fait que la fubieéHon des Indiens, leur aye efté vn parfait remede , & fal- uation. Que Ton confidere vnpcu ce que de noftre temps Ion a de nouueau conuerty en la Chreftienté, tant en Orient qu’au Ponent , & combien il y a eu entre eux peu de feureré , & de perfeuerance en la foy,& religion Ghreftien- | ne , es lieux , où les nouueaux conuertis ont eu entière liberté de difpofer de foy , félon leur li- beral arbitre. La Chreftieté fans doute va croif- fant(Sc augmentant , & rapporte chaque iour plus de fruit entre les Indiens alfiibiea-is, &au contraire, va fe diminuant , & menaçant ruine, és autres qui ont eu des çommencemens plus •s. DES lîtDES. Lsv. VÎL 571 heureux : 6c encor que les commancemens âyent efté laborieux és Indes Occidentales, tou-^ tefoisle Seigneur n’a laide d’enuoyer inconti- nent de bons ouuriers ôc fîdeles hiiniftres liens, hommes lain ts ÔC apollolîques , 'comme furent frsre Martin de Valence, de lordrcde S. Fran- çois-, frere Dominique de Getançois , de l’ordrC de S. Dominique , frere lean de Roa , de 1 ordre de S. AugülHn,auec d’antres feruiteUrs du Sei- gneur, quiontvefcufain61:ement,& y ontou- urédes chofcsplus qu’humaines. Des Prélats mefmes fages, ôc des preftres fort faindls , ^ di- gnes de mémoire , defqucls nous oyons d^s mi- racles irmarquables& propres adtes d’Apoftres Voire en noftre temps en auons cognu , ôc com- muniqué de celle qualité. Maispource quemo intentiô n a efté plus outre que de traiter ce qui touche l’hiftoirc propre des mefmes Indkns, ôc devenir iufque au temps quelc.Pere de noftre Seigneur leius Chrift voulût leur communi- quer la lumière de fa parole, ie ne palTeray plus 'outre, laillaiitpourvn autre temps, ou pour vn meilleur entendement, l^difcours de l’Euan- gile aux Indes Occidentales, lûppüant le Sou- ucrain Seigneur de tous,& priant fes lèruitenrs quilsfupplient humblement fa diuine maiefté qu’il plaife à là bonté vili ter fouuent, ôc angmé- rer ,par fes dons du Ciel , la nouuelle Chreftien- té,quc les derniers lieclesonc plantée aux bor- nes de la terre. Soit au Roy des liecles gloire, honneur & empire ,pour toulîouts &àiamais.- Amen. FIN* table des choses PLVS REMARQUABLES CÔN- tenues en cefte hijftoire naturel- le 5c moralle des Indes; - A Bondafice 4 ^aux fous laZone Tor- ride. fi|7. Abfurcîirezdcriile Atlantique dePlatô'.f. 4(3.3 Abus des Efpagnols ad PciTi, prenans l’Efté pour THyuer. • %j;.b Acamapach i. Roy de Me- xique. 507.3 Accord fait entre le Roy de Mexique ôc Ton peu- ple deuât qu entrepren- dre V ne guerre* £358. a. b Adlaguagi efpece de mo- naftere de femmes, fol. 233.b.& 254 A des généreux de Fer- nande Codtes. £5^5.3* A(dion de grâces folemnel- les apres vne vi(doire. £j4î,d Adoration des morts com- mencée & augmentée, f. 218. b. & 2 15?. Adultefcs punis de mort £ apS.b' Agilité des guenons & de leurs rtaits prefqüe in- croiables. f.aoo.a. b* r Aigle fus vnTanaî,armoi^ ries deMexique,&pour- quoy 32^. a. b l’Ail fort eftimé des Indi-, ens. f. K^j.â. b‘ l’Air combien necçlîàire à la vie de l’homme, fol, 71. b l’Air cfm'eu de moüuemenf celeftcfuffitfousla ligne Equino(dialle pour con- duire vn Nairire. f.8(3.b. &88.b A } eos petits chiensdont les^ Indiens ont vn foin ih- ■ cro'iabie. f.iyf.h TABLE. Araaro Ingua exécuté par les Efpaghols dans Cufco. ^06. h Ambre efpecé de gom- me medicinalle , & odo- riférante. _ f.iSi.a.b Amendes GroUfans dans les Cocos. f.iyS.a.b' Amendes des Chacapoyas tenuëspourle plus raie fruitqui foirau monde. F. 17b. b les Anciens n’ont peu fai- re vn voyage de propos deliberéjfaure d Eguille* F. 57. a les Anciens ne nauigepyet (ju'aucc rames. f.37.b Anciens dodeurs plus ftu- dieux des faindes 1er-; très que des demo nilra- tions de Philofophie. f.2.b Animaux venimeux con- uertis par art dii( Diable, en bonne nourriture. Animaux parfaits ne peu- u'enc êilre engendrez comme les imparfaits fdon l'ordre de nature. 40-, b . r pluiîeurs efpeGes d’ Ani- maux fe troimcist esK deSjdontiln’yenapoiîîE en l’Europe. Aanona fruit appcüé pr les Efpagnois blanc mâ- ger à caufe de quelque reiTemblancc, ij 6 -h l’An des Indiens diuiie en dixbiiid mois. t75«,b' l’An des Peruiîens plus par fait &c plus approchant du noilre qneceioy dés Mexiquains. ' 2^7. a b' Apopanaca c’eftoit le perinrendant des mo- , nalleres des femmes. Apacliitas fommets de montaignes adorez, iié Arbre d’en orme grandeur, TArc du ciel auec deux: coleuufes .çiloyeîlt les armes de Ihigua Roy' du Peru. - zi4.a Arcades aux baftimensiii- incogneuës aux Indiens. 2^2.a,b , l’Argent poiirquoy apres , roreil prifé far tous les autres métaux. 135’. b' i’Argenx plus prifé. en csi-» TAB tains endroits que non pas l’or. i36.b- l’Argent plus commun or- dinairement que l’or comment on affine l’Ar- gentpar le feu. ify, a. & comment auecle vif ar- gent. 137. b. 154. &IJ5. (diuerfes fortes d’Ateent. i47.a ^ ciTayde l’Argent comment fe fait. i5^.b Ariftore no réfuté par La- drance touchant le lieu de la terre. ï5,b Armes des Mexiquains, 305?. & 310 Armee en l’air prefàges d’vne grande ruine. 3y6f & 3 ) 7 . Art militaire fort honoré des Maxiquains. 309. b Art de recognoiftre les eftoilles inuenté parles Phéniciens. 34-a chafque Indien fçauoit tous les Arts needfaires à la vie humaine , fans qu'il luy fnft befoin de fe feruir d’autruy . 296. b les A lires félon quelques Dodeurs de i’Eglife fe meùuentdeux mefmes.; i.b Auanrage que les Chre- lliens eurent aux Indes pour y planter la foy. 247. a.b. S. Augullin doute fi le ciel circuit la terre de toutes parts. 2 S. Augullin beaucoup plus fubtil que Ladance. 15. b Aufteriiez exer.ceespar les Mexiquainspour confer- uer leur pudicité. 238 cupide Auaricc d’vn certain Prellre penfant tirer de l’or d’vn Volcan. 123. a Axi efpicerie d’Inde. 167. &i68 l’Aymant trace comme vn - chemin en l'eau. 3y.a IMymant cômunique vne vertu au fer de regarder roufiours vers le Nord. 35 .a l’vfage de la pierre d’Ay- mantà nauiger n’ell an- cien. ' 35,a B Al folenncl en Mexi- que où le Roy mefme dançoit TABLE. danfoit.' 3^?*^ Balâce terrible où le Dia- ble faifoic confelFer les lapponnois. 25?. a. b Balaine commet prife par lesînciiés,& aiiec quel- le induftrie. 104. a. b comme iis la mangent, là mefme. Barques des IndienSjap- pellees Canoës. 42,.b Bataille fans efpadre fang, faite feulemét pour ce- remonie à la reddition deTcfcndo. 343 - a Baufme de Palcftine& ct~ iuy des Indes fort diffc- rens. i8j.il fertde chref- me és Indes aux Sacre- raensdeBaptefme,Con- firmation &: autres.181 b. le blanc meilleur que le rouge. 18 2. a Belle occafion aux Efpa- gnols d'affubiedHr les Indiens par douceur li leurs pechez l’culTenc permis. 261.3. b Befaar pierre qui fe trou- ue en l’cftomac de quel- ques animaux, trelïmi- ueraine contre le poi- fon. 20J. b. d’où elle naift.ao^.b. côme elles s’appliquent & quelles font les plus excellent tes,î07.a.furquoy elles fe for men t. 2 o 7 . b Bcftail foigneufemêtcon- ferué par les Inguas. 255: b. Belles lauuages adorées par les Indiêsj&poiir- quoy. 2î7.a Bctum didCpppey en In- dien. loS.a BilTexte incognu aux In- .diens. 278. a Bochas& Suches poifsôs lîgnaliez du lac de Titi- caca. io7 Diuifion du Peru és La- nos, Sierras, 8 c Andes. ii 4 .b Diuilion du peuple. 291. a.b Diuifiôde la ville de Me- xique en 4. quartiers, faidepar le comman- dement de leur Dieu. 3i7.a TABLE. Comment fe diuifoyent les terres coiiqueftees par les Inguas.a^q.a.b Piuinations cxercees par les les indiens, &,coramér. iS7.a.b Diuoices pranquezenrre les Mexiqüa.hîs& com- menr. 2 57.a.b Diuorces pratiquez en- tre les Mexiquains, &: comment. i 6 o.b les fainds Dodeurs non " à reprendre pour eftie difterens en opinions xPhilofophiqiies. i.b Doradd' grande terre in- cogneue. iio.a le Drach Anglois de no- ftre temps apaflelede- ftroit de Magellan, Sc d’autres depuis luy. 5 > 5 * E L ’Eau de mer reFraiE- chit bien qu elle foi t faliee. 67.3. Eaues de Cuayaquil tres- fouucraincspourle mal Napolitain.'^ 208. b EclipFe de la Lune preiiue certaine de la rondeur, du ciel. 4, a Effets naturels procédez de caufes toutes con- traires. ; 55>.a.b Elemens participent me Fuie s du mouuemér du premier mobile. 84 .b Enfans facrifîez au Soleil z 25 .b / Enfans de l’Ingua dediez pour eftre chaialiers'i 262.3 Entrée des Efpagnols en la neufue Efpagne fut l'anijiS,. 3)2.a Entrée de Cortès en Me- xique. 36y.a.b Erreur des Antbropomor- phites. 5)6 Erreurs de l’imagination. 14 ^ ^ PajOTage d^Efaye expliqué, pour ramplification de l’Euangilc. 130. & 131 Efchellesdecuir de ^'ach® pour monter hors des mines. , 146.3 Hiftoired’Efdras Apocry- phe. . 48.3 les Electeurs du Roy de Mexique cftoient ordis nairement fes parens. 3oS.b Bbb iiij TA •Eflediodes Roysde Me- xique, &des feftes qui fefairoyêt à leureftablif- feraent. 307. & 508 Efledion du premier Roy de Mexique.328. &329 l’Efcriture des . Chinois cftoit du haiir en bas, & celle des Mcxiquains du bas en haut. iSé". & 287 CS Efcriptures faindles faur fuiiire leiprit qui viuifie,non la lettre qui tue. ^.b l’Ermeraude ancienneméc plus prifé qu'auiour- d’huy. jj7.ab rare ioyau dVn plat d’Ef- meraudc qu’ils ont à Gennes. ijS.a les Mexiquains fe per- çoyêcl«#narines , pour y pendre des Efmerau- des. i5S.a 1 bfpagnol chafque an l’vn portant l’autre tire vn million d argent de Pottozi. i4^.a Efpagnols nays aux Indes appeliez Crollos. 17(5. b Efpagnols tenus pour Dieux. 43.a zé'z. Ôci 6 ^ Elpagnols appeliez- des BLE Indiés Viracochas en- | fans de Dieu^ & à quel- ; leoccafion, 305-b l’Elguillc feul guide du ' Nauire. 55 trois fortes d’Eftoftes fai- lles de laine. 29.?. a Eftoilles àdorees des In-, dienspourdiuerfes rai- fons. 214. a. b Eftrange différence de deux régions proches, , d ont IVne fait le Di- manche quand l’autre fairleSamedy.i20,b. & 121. a.b 1 Euangile enfeigné aux Indiens lors , qu’ils ont efté plus puiffans, com- me il fut aux Romains leur empire eftanr à font plushaut periode.37i.b Euangile accreu à dexrre & feneflrc, que lignifie. 37 ia. Exercices aufqueîsontap- prenoit la ieunefle. 51!. b Explication d’vn pafiàgc de S. Paul allégué con- tre la rotondité du ciel. Explication du Pfalme TABLE ï05.furle mermefuiet. F F a miliere raifon pour prouuer à vn Indien que le Soleil neft point Dieu. iiy.b.&iiS. Fertilité infertile des Ifles de la neufue Efpagne. iiS.b Fers de chenal d’argent à . faute de fer. i54.a Fede des marchands ac- compaignee de diuerfes fortes de ieux. 270. 271 272. . Fefte dé'H’idole Tlàfcalla. 22^.a. b Fefte pour demander de l’eau. 265 Feftes ordinaires & extra- ordinaires des Indiens; 26 Z. a Feftes de chafque moys. 265. & 264 Feuille du plane merueil- leuferaentgrande.270.a Feuille de plane propre à efcripre. 17**^ Feu tiré de deux baftons frottez Tvn contre l’au- tre par les Indiens. 74.a Feu d’enfér fort different dunoftre. Î24. a Feu du ‘ciel qui confuma quelques Geans pour leurs pochez. 37. a Fontaine merueilleufe,ier- tant l’eaii chaude qui fc conucrtit en rocher. 107. b Figuier admirable dont la moiétié porte fruit en , vne faifon , ôi l’autre partyeenl’autre. i!bS:b Fille du Roy deCulhnacâ, raadacré par les Indiés, qui fut occaftô de guer- re. 324.&32J Fleuue de la Magdelaine, appellé grande riuiere, entre fort auant dans la mer fans mefler fon eau. 57. a. b emboucheure du Fleuue des Amazones large de foixante & dix lieues, iio.a grands Fleuues le moin- dre furpaflant les plus grâds de l’Europe. iiG a les Fleurs de l’Europe viennent mieux aux In- des qu’icy mefme.179 a les Floridiens ont efté fans co^noiftance del of, ï;9»b TABLE. le Flux 5 c reflux n’eft pas moüueraent local, mais vne alteration ôc fer- iieur des eaux. loi.b diuerflté de Flux Ôc re- flux des mers. 100. b Fontaine de betum. loS.a Fontaine de fel en Cufco. loS'b Foreft horriblement ef- paifles és Indes. 184. a.b Forefl: d’orangers es In- des.187. les Cerifcsonc peuproffité aux Indes^ ôc pourquoy. iS/.a Forme de ce qui eft def- couuert en la terre du Peru. iiy.a.b François Hernandes au- teur d Vn rare liure,où toutes les plantes, raci- nes Ôc liqueurs medici- nallcs des Indes font pourtraidies. 185 Froidure de la Zone Tor^ ride qui rend digne de moquerie l’opiniô d’ A- riftote. 6 3. a Fmits d’Europe qui ont tresbieir multiplié és Indes. 186.4 G G Eansarriuez ancien- nement au Peru. 35 >.a Gommes & huilies medi- cinalles ôc odoriféran- tes auec leurs noms. i82.b.&t83. Gonzallés Pizarre vaincu &defFair, où fonauari- ce luy auoit fait com- mettre tant de cruautez fur lés Indiens, 3024 Gouuerneurs des prouin- ces comment eftabÜs par les Inguas. 2510. b Guacas ou fanétuaircs fort bien entretenus. 295.4 Guaca adoratoire des In- diens. iij.b Guancos ôc Occunas • Chieures fauuages.44.a Guayac appellé lignnmfM- Bum: Il 8. a Guayaquil , chelne d’In- de fort odoriférant. •185.4 Guayauos fruit d’Inde af- fez bon. 175 b Guaynacapa grand ôc va- ^ leureux Ingua,^ de fa vie. 304. b. ôc 505.il fut ' adoré corne Dieu eftant J TABLE. encore en vie.là mèfoie Guayras fourneaux pour affiner. i47.b Guerres des Mexiquains le plusfouucnt neftoié t qü’affin de prendre des captifs pour facrifier, ^ 243a. b.& 24é.b H H Abit detefte fortdi- uers en diuerfes pro- prouinces des Indes. 2 cjy.a. vn Indien ne pou uoit changer l’habit de faprouinceencore quil f en allaft vmre'cnvn’au- trc.làmcf. Harangue desMexiquains au Roy de Culhuacan, dernandans fon petit jfils pour Roy. 32.8.a Harangue d’vn vieillard faide à Acamapixtii, premier Roy de Mexi- que. Harangue d’vn Qheualier Mexiquain, pour rete- nir le peuple irrité du cruel mafiacre de leur Roy. 334’t> Harangue d’vn vieillard Mexiquain pour l'efle- dion dvn Roy non- Harangue du Roy de T cz- cuco faide à Moteçu- rna fur fon efledion. 3î3.a.b HardielTe merueillenfedes hommes au paflTage de Pongo. lo^.b Hatuncufqui Aymorey fi- xicfmc raoys des Indifs rcfpondant à May. 26 i.b Hiftoirc Indienne non à mefprifer,& pourquoy. 3i5.a.b Hiftoire de Mexique mi- fe pour fingUlarité en la Bibliothèque du Va- tican. 3p-b Hiftoirc de Mexique con- meiit compofee. 283-b Hommes & femmes fa- crifîezàlamortdes In- guas pour les aller fer- uir «raurre vie. 220. a.b Hommes faits dieux, puis facrifiez. 225. a.b Hommes facrifiez mangez; par les Preftres. 24^. a Humeur des Tuifs con- traire à celle des In- I TABLE diens. 4y.b Hypocrifie de Motcçu- ma dernier Roy deM e- ,152.3 b Î AIouzie des Indiens les vus contre les aurpes pour le renom de vail- lanrife. ^ ;oi.a lardins portez Tur î eau au milieu d’vnlac. 107.3 lardins faits fut l’eau d’vn inerueilleux artifice , & qui fe peuuent mou- ) noir & mener où ou veut. 33o.a Jdolc porté par quatre preftres 3 pour condui- te, lors que les Mexi- quains cerchoient vne meilleure terre , com- me d’autres enfans d’If- tael. 310.&51I Idoles des Roys Inguas reuerces comme eux mefmes. 127 leuneirè fort foigneufe- mentinftrnideen Me- xique. 2H.6C5IZ ïeufnes des Indiens de- uant lafefted’Yta.zjS.b ïeufnes des Indiens fe faifoyent lans toucher à leurs femmes.; 2^4. Ignorante dodrine des Philofophcs anciens i-5 Imagination vieille folle. 14. b , ; Immortalité de l’ame crue par les Indiens. 220. a Indes , que fignifie, Sc ce qu’entendons par vn tel mot. 27. SciS l’Inde Occidentalle aefté pour la pluipart gou- uernee par le peuple, &n'ya eu en tout que deux Royaumes. 288. a.b 1^5 Indes font terres lai- des richement dorees de Dieu , pour eftre mariées à l’Euaneile. c> 151. a Indiens fort peu defireux de l’argent. 47- b les Indiens ont vefeu en trouppes fans Répu- blique , comme font ceux de la Floride, du Brefil & autres. 50. b Indiens braues nageurs. 105,2 \cs Indiens en toutes fe- TABLE. ftes portent des bou- quets. ly^.b les Indiens n’ont point eu de mot propre pour di- re Dieu. 211. b les Indiens font de plus grâd entendement qu’ô ne les eftime. 275. â Jnguas Roys du Peru a- dorez apres leur mort. 219, b les, Inguas eftoyent mer- ucilleureiTient relpc- 6Iez du peuple, & pour- qiioy. 2i»8.a îe régné des Ingas a du- ré plus de trois cens ans. 3oo.b Inguas elpoulbyent leurs fœurs. 2 89. a. ils îVheritoient point des meubles de leurs pre- deceffeurs mais fài- foient vn mefnage nou- ueau. la mefme. b. 8c 301. b. & 302.3. Inondation du Nil , chofe naturelle, quoy qu’elle fcmblc contre nature, yy.a ^ Intégrité des femmes fort honorée des Mexi- quains. 26o,a Inuentions fuperftitieil- fes de Y upangui Ingua, pour auoir occalion d’ofter le Royaume à fon pere Ôc à fon frere. 303.3. b loncs appeliez Totora pat les Indiens. 8y.b louer le Soleil auant qu’ii naiiPe , Prouerbe , & d’oùfilefl: venu. 229.de 230. lours & nuiébs efgaux toute i’annee fous l’E- quinoxe. 5î.a.b lours d’efté fort courts au Peru. (j5 cinq lours de l’annee fu- perdus, aufquels les In- diens ne faifoient rien. 275. b e de Sumatre, celebree fous le nom de Tapro- bane. 23.3 e A tlantique de Platon, où elle fe peut prendre, 25.3 rifle Atlantique de Pla- ton n’eft qu’vnc purefa- ble, quoy qu’il femble l’auoirdefcripte comme véritable. > 4^. h Ifle de Eifdnes faite auec TABLE. rn f rauail exceflîE pour paf fer vnc armee fur mer. ,?fo.a.b liles- fortunées ponrquoy appellees Canaries, lyb îufticc par qui cxercec en Mexique. ^os.a. lufticc fort cxaâre de Mo- teçuma dernier Roy de Mexique. L Ac trefehaud au mi- lieu dVne terre froi- lOif.b Lac de Mexique ayant de deux fortes d’e^. 107. a reuenu du Lac de Mexi- ' loy.a gands Lacs au haut des montaignes, Sc d’où ils nailfent. lo^.a.b Laitance fe rit de l’opi- nion des Peripateti- ciens touchant le ciel. 2. a Ladance réfuté touchant les Antipodes. 14.&15 LangueMandarine cftlEf cripturc des Indiens qui ifeR que par charade- rcs. zSo.b Les Legiflatcius les plu;» fameux ont erre. 274; Liberalitezd’AurzoI: 8. | Roy de Mexique.jj.b i Liure des Indiens com- ment peuuêt eftre faits fans lettres. igo.b Lyons duPeru fort dilfem.- blables à ceux d’Affri- que. 4^.b Lyons gris 6 c fans crins. M AÆ contre J.VX les Chrelliês. «ô"?. a,b.&3(j4 Maifon admirable, rem- plie de toutes forres d’animaux, comme vnc autre arche de Noc. 30 §.a Malaca autrefois appelle le doré Cherfonefus 25 .a Mamacomas eftoient les anciennes & comme meres des filles renfer- mées. 233. b Mameys fruit refièmblant auxpefehes. i75,a à quoy il fert. Monati monftreux poif- fon qui paift auxchâps loi.a. il relîèmblc fore TABLE. cftre chair lors qiCon en mange. loz.b Mandarins officiers In- diens,auec combien de difficulté fe peuuent ré- dre capables de tels e- ftatS. aSo.a Mangocapa premier 1 1 n- gu 3 ,&ce qu ils feignent deluy. 4p.b.3oi.b Manguey arbre de mer- ueilies. lyî.a.combien de chofes il fournit. I55.b Mariage illicite des i Li- guas auec leur feur. Mariages des Indiens’, Sc comm'ent ils (q. cele- broienr. i^o.a Mariages entre les In- diens detfendus feule- ment au premier degré. ajjS.b Marque certaine pour difeerner ce qui aefté porté aux Indes depuis qu’elles font defeou- uertes, & dont il n’y en auoit point anparauant. Marques^ de quelques na- âiigatipns des anciens. 58. Le^matin plus aggrcable ^ en Europe ôc le plus ennuyeux au Peru. 7 c Matines de minuit prati- quées par les miniftres du Diable. 232. ôc 255 Mays bled d’Inde. 16^0. a. b. comme ils le man- gent. 161. a. comme ils fen feruent à faire leur boilTon. itJi.b leMays (Sdebeftail férue t de mille chofes aux In- des. i6’i.a M echoacanes ennemis des M^xiquains, & pour- quoy. 322. a Médecins fort experts au- trefois és Indes. i%.a la Mer aux anciens tenue pour non nauigable ou- tre le deftroitde Gibal- rar.iô.b le Mal' qu’on endure fur mer d’où caufé. 90. a Mer Occane PrincelTe des eaux. 54.3 Mers chaudes, ôc d’autres froides. 6^,Ôcyo deux grandes Mers pro- ches de fept lidies. 94. b. p’rcfomptueux def- TABLE (èiii de les faire ioindre, là mefrae, . diaerfirédes Mers, ii.a iamais la Mer ne s’efloi- gne de la terre de plus de mil le lieues. iz.a Mefnagedes Indiens pour la draperie. Z03. & 204^ Métal pauure, Ôc métal rf- che quels. ijy. b le Métal plus il eft pro- che de la fu perfide de la terre^plus il ell riche: & plus profond il eft , au contraire. i45.a les Métaux pourquoy creez 125». b les Métaux ne fe trouuent qu’en terres fteriles , & pourquoy. 131. i]z leaucmpefche fort la trai- de des Métaux. T 4 2. b Meuriers plantez par les Efpagnols en la neufue Efpagne ont merueil- leufementproftité pour les versde foye. 188, b Mexi chef des peuples qui vindrent peupler laMe- xiqucduquel ils ont tiré leur nom. 23r. b Mexique ville fondée fur vnlac. 107.3 Miel d’Inde fort alpre, & comme il naift. 142. b les Minéraux imitent les plantes en leur façon decroiftre. u8. a.b Mines elgarees : d'autres fixes. ' ]37.a richelfe de quelques Mi- nes anciennes qui n’ap- proche pourtant à cd- ledePotozi. 141. & 142 trauail trop excefiif des Mines. 145. &i4 Monde nouLieau félonies anciens inhabitable 1. a imaginé d’eux comme | vue màifon couucrtedu ciel. eoclem. b gran- TABLE, grande partie du Monde encor à dcfcouurir. !3,a Monnoye mefurc de tou- tes chofes. i^o.a la Mort eftoit la punition des filles referrees qui failloient. 134.&135. Mort volontaire de plu- fiffirs Indiens pour aller feruir leurs Roys enl >u- trc monde. 304* Mort de Chimalpopoca ieune Roy de Mexique tué traiftreufement par lesTapanecas. 334. ab. Mort de Moteçuma der- nier Roy de Mexique. Moutons au Peru feruans d’afnes à porter des char- ges. 44.b Moutons d’Indes profita- bles fur tous autres ani- maux^ 205.ab, troupes de Moutons char- gez de diuerfcs marchai- difés ainfî que des mil- lets. 204.a Moyenne rcgiô de l’air plus froide, 6^ pourquoy. ^8.a N Arineperceeàvn Mc xiquain, pour y pen- ^ dre vne efmeraude. 347.a.352.b ^ la Nature inferieure lert tou fiours d’entretien à la fu- pcrieure. 228, b Nauatalcas peuples qui poli cerent la ncufue Efpa- gne. . 57-a Nauirc appellée Viéloire fit toutie^toiir de la ter- re. ‘ ^ 5-b Nauigatiô auiourd’huy fort facile. 34*& îJ* Nauigation de Salombri quelle peut eftre.57.a.b Nauires"^ Efpagnols tenus des Indiês pour rochers à la première vcüe. ■ 45 *^ Neuue Efpagne quelle; Il 7. b le Nita-e refroidit rcau, (jy.a ^ , Noblefîè Mexiquainé màf^ ‘ facree en vn bal par les Efpagnols., 3^^.^ Noix des Indes fort mal plaifantes/ont appcHèes par les Indiens, empoi-, ibnnees. ï77*® Ccc TAE Nort vent fec & froid* 78.b Noftre Damé fecours des Efpagnols pourfuiuis des Indiens. ^ 6 ^. a. Nordcfter que fignifie , & Nortoeder. h Nouueau monde prefque tout iîtué fur la Zone tor- nde. au Nouueau monde ne fen: point defcouLiert de mer Medirerannee. - 9 ^ 3 . Nuits dEfté fort frai fcheff , au P-eru au refped de celles de l Éurope. - 7'Orb • Nui( 5 t de iix mois en lare-' gmnPoIiaque. iS.b la Nuit comment caufee. 4-a ■ - O ; O Bicdtion contre Ari- ftûte iàny folution. ■ 6-8d/ *' ■; V Oecarioh de guerre entre les Tapanecas ôc Mexi- quairis. 3j3,a.b 1 ©cean aux Indes eft diüifé^ r enda mer du Nqrc &la' merdüSud.-* /. 131^3 Oignémcîiî donc* vfoicftt -E. les Indiens pour Ce ren- dre capables de parler au I)iable. 257. a. ce merme Gignemét armoit de cru- auté les Preftres, &leur faifoit perdre toute crairi fc. làmefmc Onebion de Vitzilouitli fé- cond Roy de Mexique. % viiguét fait de petites belles, dont les Preftres Indiens eftoientoiiids. • -, V- • Ophir cft en l’IndeOrienta- . ^ -ty.a Opinion d’aucuns que le _ Paradis terreftre eft fous ^ l’Equinoxe,non fans rai- son. tT 5 ).a.b,& 7 i.a.b l Or fe trouue en trois fa- . çons, en paille , en pé- pins, & enpierrc.i34.& d 3 l. L 1 0 r dc Carauana leplus cé- lébré du Peru. . - . 1 l’Orf& l’argent, cftinié. par - jou t le monde. , 13 o.a l’Or Sc l’argent;, ne feruoit aux Indiens que d^orne- menr. _ iji.ty ks Indiens n’vfent point d’autre monnoye que tÀBLE, tî’or& d’argent. 13?. a i’Ôr*pourquoy prifé fur . tous les métaux. 135 b î’Or & l’argent en nature combien de degrez au delîbubs de l’Kô me. u S b.&u9.a comme on raffine l’Or cii poudre. î3^.b d Orient aü Ponent fur mer on a rpufioUrs lé vent en pouppe,dii Po- * nent à fOrient au con- traire & pourquoy.86. . a.b Ofdres difFerans des Pre- ftres de Mexique, &'de leur office ordinaire.^ . 252 .a-b Ordre de h Chcualerié Mexiquaioe , ôc des marques qu’ils auoient les O y féaux endurent fa- cilement de demeurer dans l’eau, & pourquoy Oyfcaux merueillcufemét petits & d’autres mer- ueilleufcmêt gtadsoi^!^. s.. Ôyfeaux extrêmement bic Variez en côiiléurs. b images de plume d’Oy-=- féaux faits d’vn artifice admirable. \^6.S>Ci97 Oyfcaux laids à merueille mais fort profitables pour leur fiente. 197’^* &ic> 8 .a Oyfiueté chalTee comme fort dângereufe par les Inguas , pour contenir plus facilement le peu- ple- i^o.b P P Acbacamac grad San- ctuaire des jndiens. iii.b _ . ^ Paios animauxopiniaftres, 8c comme on les gou- uerne. 2.05. a Pain de Mays que les Pre- ftres doiinoicnt folem- nellement aux eftran- - gers, image de la Corn - inïïnion. . , Palais diuer s de teef earion & d’affliCtion. _ 3 5 9, b , Pallifiade horrible toute de tefte de nîbr ts'. 231a Papas racines dont quel- ques Indiens font de certain pain qu’ils ap- pellent Cugno. né. a Ccc i| I TABLE. Papas eipcce de pain. 163. b i.b Plaifant traiâ: d’vn Portu- gais par lequel il s’exem- pta d’cftrefacrifié. iio.h le Plane produit fruit toute l’annee. lyo.b rdfemblancc &di(Temblan- ce des Planes des In- des aux Planes anciens. i(Çf).a.b les Planètes nefe mcuuent d’eux mefmes en Vîi corps corruptible. 4&5 - , -r Pourquoy nos plantespror- fitenf^mieuxaux Indes, que celles de delà en Eu- rope. ^ Ccç iij ^1 V '■I I' 1 \ i ' 1 •j T A Pîcbeiens exclus du feruice du Roy, & de tout office jparMoteçuma.354.a. b. iis u’ofoycnt regarder le Roy en face fur peine de mort. ' 3^'y.b Pline meurt en vne trop cu- rieufe recherche, izj.b Pluyes caufees par la cha- leur en la Torride. 55.b il ne Pleut, neige, tonne, ny ne grefle iamais au Peru. ii^.b Plufieurs chofes rares en nature cogniies plus par hazard que par indurtrie. onsvolans. loj.a le Pôle du Sud n’eft marqué ' d’aucune eftoille fixe. TO.b Pôles Arélique & Antar- élique.j, a. ceftuy cyre- uoqué en doute par S. Auguftin. eod. aux deux Pôles il y a terre & mer. i3,b Pongo pafiTage des plusdâ- gereux du monde fur le , fieuue des Amazones, ' io5>.b Pont de paille fort alTeu- B L E. ' répourpafTervn courant d’eau rapide. 58.^ Portugais fort experts cii l’art de nauiger. 10. b Pottozi montaigne célébré pour fes riches mines.158 comment fes mines fu- rent defcouuerres & en- regiftrees. ï40.&i4i Pouiles trouuées aux Indes à la defcduuerte, lefqucl- lesils appelloyent Gual- pa, & leurs œufs Ponto, 194 .a Prefages menacàns la rui-. ne des cftats ne font point à raefprifer com- me chofes vaines. 557. a.b Preftres commeaumofniers près de chaque Seigneur Indien. 121. a comment les Preftres des idoles confultoient leurs Dieux. • 2zf).a Pi'erexte des Inguas pour aggrandir leur feigneu- rie, fut leur Religion, ‘qu’ils difqient la meil- leure. 30ï.à Principes des vents infi- niment cachez aux hom- T A iïics. 7^-^ Proccffions des Indiens. - i5o.b Proceffion pcnitendelle faidc pour obtenir par- don des pechcz.2é7.a.b Prodiges horribles de en grand nombre arciuez deuantlaruinc de Me- que. 559.&5<îo. Profits qui fc pcuuent ti* rerde la leàure de ces exécrables fupcrftitiôs Indiennes. 275.a.b Propriété plu« rare del’ Ai- mant ignorée des An- ciens. 35 *^ ' prouince proche de Mexi* que laiffec fans conque- fter , pour exercer touf- iours la icuneffe à la ^ue- re,&pour auoir aufli où prédre des captifs pour facrifiei*. 3 45-^» Ptolomee& Auicêne ont ' tenu la Torride fort ha- bitable. ^ 4 *^ Puîias , defert du Peru, où l’air tue les hômes & les animaux mefme. Pyramide de feu apparue ' au ciel l’efpace d’vnan, ^euant la ruine de l’Em- BLE. pire Mexiquain. 359.0 Q Valitez, TymbolesSc difiyrabales impreu uecs. 6 8. b Quantité d’or qui» vient tous les ans des Indes cnEfpagne. Quatre principales veines à Potozi,& leurprofô- • difé. i 44 -t> Quetzaalcoalt Die odes roarchad,s,& où il eftoit adoré. Qmppos, rameaux feruans corne deregiftres pour mémoire de ce qui fe palîbitau Peru. 285 à.b R diueiTes TJ Affines fort profitables és lpdes. é 4.b Racines adorces par les I n dienl noftre Raifon ignorance mefme és chofes natu- relles. 37 -a Rayme premier mois des Indiens , Si fe rapporte au mois de Décembre. 262. a Régions fort delicieufes des Indes, yx.b Ccc iiii TA Regiôiis fous TEquinoxc fort temperees. ^5.b la Religion feruoir aux In- diens de prctexre pour faire la guerre. jo.a Remede contre le chan- gera ent^que caufelevêt en Pariacaca. c^i.b Rencontre de deux riuie- res honorées des îiidiês par vn particulier ref- 141. a.b Richcflè de quelques If. les de la neufue Efpa- 118. Richefîc incroyable des Periilîens lors qu’ils fu- rent prins par les Eipa- 294,3 Ris^fort commun es In- 1Æ4.3 Rtuicrc des Amazones nommee diuerlemenr. 57* h di(5le Monarque des flcuues. ibic|. ; Fleuucs admirables en la Vorride. Riuiere des Amazones,di- ’6teMaragnon. jo6.a Riuieres, collines, gran- despierres & fora mets den-iôtagnes adorez par les Indiens, ii^.b BL,R Rochesefleuces au milieu de la mer, fans qu’on y puifîc trouuer fondau- Ror"'* Koles comment venues és Indes. 175?. a b Rotondité du ciel incon- gneue à quelques Do- reurs d&.rEglifc,i.&u- de mefme le mouuemér cod. , Roue des' Indiens où c- ftoiét marquées les an- nées. ^^(j.a.Ieur opinion que le monde deuoit fi- nir à lafîn de cefteRoue, 27.a.b Solanus vent de Leuant. 7^.a le Soleil plus il eft proche de nous, plus il efehauf- fe&brufle. 5i.b contraires cfFcârs du So- leil en la Zone Torride, & aux terres hors les Tropiques* 54. a.b la grande force dü Soleil caufe l’humidité foubs l’Equinoxe. Soleil adoré fort commu- nément par les Indiens ,215-b , Sorçicre foeqr de Tidole qui fonda la ville de Ma- linalco,où n’y arien que des Sorciers. 322. b cftédts admirables d’vn Sorcier. 3ji.a Sorciers en grand nôbre, & de rempefehement qu’ils ont donné à l’am- plification de l’Euangi- le, table. Source du Niî reccrchec parCefar. i^.a Source cômebleüe, autre rouge comme fang.io^. Sources chaude & froide Ivne contre l’autre aux ’baings deringua, joS.b Sujet du quatriefme liurc. î25>.a \ Succhiles bouquets des Indiens. 379. a. ils en font fort amateurs, & cnofFrcnit par honneur auxgî:ads& à leurs ho- ftcs.‘ i7^.a.b Superftitions fàides à li conduite d’vne eaüc au trauers de i^exiquç. 3Jï.a.b T T Abaco arbrifleau qui porte vn contre-poi- fon. i83.b Taches noires eq la voyc Jadee ducofté du Sud. 10. & ir. Jharfis en quelques en- droits lignifie îa pierre Chryfoliteou lacinthe, autresfois la mer qui ell: de celle couleur à la rc- uerberation du Solpl. fS.'b Tharfisde l’Efcriture n cft pasTharfo ville de Ci- licie. ig.a Tharfis Sc Ophir , mots generaux en la S. Efcri- r«re. zy.b Tharfis Sc Ophir entédus pour vue roefme prouin ce en l Efcriture. zy.a* Tlafcaltecas lixiefme ge-' neratiô des Mauatalcas, ^ fut celle qui dona en- trée âUjçElpagnols 518, b.comment ils vainqui- rent les geans de la Sier- ra. 3i5).a Tlâcaellec leplus vaillant Capitaine qu’ayét eu les Mexiquains,& de fa bel lererolution.337,&538. fa valeur ôc fa rufe guer- rière contre les Cuyo- cans. 340.a.b deffi de Tlacaellec fait au Royd’Arcapuzalco537.b fafubtilité pour remar- quer le nombre des pri- fonniers qu’ilauoit pris. 34i.a.fa côquefte d vue ville auec des enfans feu lement. 342. a.b. com- me il refufa leCourqn- ne, 34(^.a.b TABL Tembos félon l’opinion des Indiens, race plus an - ciennc des hômes.49.b Traflic des Indiens n c- ftoit qu’efchangc fans argenr. i^2.«b Tauaco herbe qui endort la chair. i 57 -a •Température toute con- traire en moins de cin- quante lieues. ny.a T cmple de Cufco fem- blable au Panthéon de Rome. 2i9.b beux maritimes plus fub- ie( 5 ts ai)x trcmblemens, & ppurqupy, 11^. a Tremblemés, de terre fort eftranges. ii5,a.b la Terre comment foufte- nue. <^'b ia Terre du Pôle Antardi- que n’eft pas toute cou- . uerte d’eaux, ii.b la Terre en fa longitude eft touf ours de femblable tcniperature , mais en fa latitude non. ig.a Terre d’excellente tem- pérature encores à def- couurir. lo.b 4 Terre auec l’eau fait vu globe. <^ 5-0 le continent des Terres fç ioind en quelque en- droit , ou pour le moin s s’auoyfine de fort près. 4 <.b Terres encore à defeou- urir. 4 -*^ illes fort eflpignees de la Terre ferrne ne font point habitées. 42-b Terres du Preftre-Ianfort chaudes. ' Terres encores incogne^ lies. 119. a.b Te Z callipuca Dieu desiu - biles de Mexique, ôcéc fesornemens. 2i4.b Tiburon poilfon merucil- leufement gourmand, loi.b Tiricacajac d’ermerueilla- ble grandeur. 88.a.b Trinité imitée par le Dia- ble Ôc adoree par les In- diens en trois ftatues du Soleil. i6z.h la Torride peuplee &d'a- greable demeure, con^ tre l’opinion des Phi- iofophes. 5^-b la Torride pourquoyteni- peree. é4.a.î:)«(><3.a.b^ T en la Torride lonnauigc ^ facilement de l’Orient en Occident, non^au- conrraire,Ôc pourquoy. qu’en la Torride mefmela _ proximité du Soleil ne caufepastoulionrs tant d'humidirez. (îi.a.b la Torride fort haSitec, 20. a quelques endroits de la ■'^Torride extrêmement fecs , bien que le refte j[oit fort humide, fé'i.a quia meu les Anciens de croire la Torride inha- bitable. ' 2i.a 1 ^ Torride eft plnuieufe lorsquele Soleil eneft plus proche. 5^. a Troisfortes d’animaux qui fc trouuent es Indes, 189. b Trois fortes de terres es Indes.iii.b. leurs quali- . rez. ii2.a T ozi principale Dcefie des Mexiquains. 2z6.a Trois chofes ordinaire- ment mcflees en toutes ' les ceremonies des In- L B L E. diens. i^o.ôCK^i Trois genres de gouuer- nemens rccognus ésln- des. 299. & 50a T nnal arbre d’eftrange for me. 174.3. de combien de fortes il y en a. là mefme TygftsauPcru plus cruels criuers les Indiens que les Efpagnols, 45.b Tygres peuuent palTer fepe ' ôchuiél lieues de mer à nage. 44.b Tygres furieux contre les Indiens, non contre les Efpagnols, , 192. b^ V V Aches recherchées feulement pour le cuir. ^3.b Vaches domeftiques* ôc . fauuages. 19©. a. b. de ces vaches fauuages fe tire vn grand reuenuen cuirs. 19 O. b troupeaux de Vaches fans maiftre és Ifles de Cu- ba,Iamaiquc ôc autres. 43. b Valeurs des Indiens. 572.,h Vaîlees plus chaudes que TABLE. ' les montagnes,&’ poui'- foufïlattt fait plcunoic quoy, 67,h despulces. ^ 74-b Vallees, meilleures habita- le V eut du Sud rend la co- tions du Peru. iiy.'b fte du Peru habitable.. Variété de têperature des 214. terres Equinoébiales. Vn mefrne vent f acquiert 66 .h diuerfes proprietez fe- Vcncs d’à bas contraires ion le lieu où il court. aux verts de foyc. '^i’.a “yy.a Vent dangereux qui tue diuers Vents en la terre de » & conferue les corps laTorride. 88. a fans cocruption. 93. trente deux Vents pofez a.b par les Pilotes. Sz.a.b leVentduponent nefouf- trois principales caufes fie point en la Torride deladifterence &diuer- y^.a fes proprietez des V^ts Vents appelez brifes en la 77*^ Torride viennent d’O- ' effranges diuerfitez deté- rient. ' 7«j.a pcraturccaufees parles quatre Vents principaux. Vents. 70- g, b Viétoiresdes Meziquains hulRVêts en huid points furies Tapanecas.j?9.a notables du ciel,&leiirs Vieugnes efpcce de mou- noms. 85.a tonsfauuages.2or.VeE- ies Vents de terre en la tude leuiTaine. idz.'a. Torride fouillent plu- la chair eft fortfouue- ftoft de nuit que de raine pour le mal des iour,& ceux de mer au ^yeux. là mefme, contrairej&poLirquoyi le Vif- argent fuit les au- 88.a.b très métaux , hormis Je Vent corrompt mefme l’or & l’argent. 149. b le fer. 89.&9P le Vif argét fe tourne en propriété d’vn Vent qui fumée, puis la fumee fe T AB toufne en vif-argent. 1^0. a le Vif-argcnrS^^leVermcil- lonnailîènt enviiemef mepierrci ■ i^o.a îe Vif-argent vraÿ métal, & plus pefant que tous autres.- . 148 propriété rtîcmeilleufe du Vif-argent à^fcioindre autour de l’or. 148. b combien fEfpagnol tire des mines du Vif-argét. îyi.a vignes' fins friiiét eU la neufuc Efpagne. iiy.b Vignes du Peru& de Chil- lé portent tref-bon vim iSy.b • Vignes de la Vallee d’Yca qui viennent fanseilfe iamais arroufées d’aucu ncpluyc,&commentil ■ fe peur faire. 188. a Vignes qui portent fruidt tous les mois del annee. i88.b pourquoy lo ne fait point de Vin du raifin qui croift en la neiifiie Ef- pagne.. «Sy.b Viracocha,nom que les Iii diensdonnoiéc au Dieu LE. fiiprerme,auec d’aufres excelïens &fignificatifs d Vn grand pou uoir. Vitzilipuztlj principale i- dole de Mexique, & de to^fes ornemens.iz4.b Viûrespofczi au tombeaii des mortspbur les nour rir apres la mort, lii.â V oix entendue prefageant la ruine de Moreçuma. îjS.b Voracité des Tibùrons. I02.b' V olcan de Giiatimala plus admirable que tout au- trci 1 2i.b matière qui entretien t les 'Volcans. ^ 124 a.b Voyage d’Hannon Car- thaginois abmirablc en fon temps.,,,. 21. h Voyclad:ec,appellee che- min S,ïaquc$. y. a Vros peuples brutaux qui ne f eftiment pas hom- mes, yS.b Vtilité de toute hiftoire naturelle. , yy X Amabois pèlerins co traindtsde dire leurr’ TABLE. pcciiez fur vrie roche. 2J4. &2Î5;. Ÿ Y Ca& Anç^,&lcur fa- çon de nauigcr en des cuirs. 59*a Ytu grande fefte des In- diens qu’ils faifoient en necçflîté,& des prépa- ratifs à icelle. 264 Ÿupanguilngua a efté en Mexique comme vn au tre Numa àRonïe,pour ■ l’eftablilfement desîoix i45.b.&i6’i. Z . Z Ephyreventdôüx& fairt. , 79, a izione Torride' aux an- ^ ciens inhabitabie,& les raifons pourquoy. î 7 .b , la ZoneT oriidé en des en- endroits temperec , en d’autres froide, en d’au - très chaude. 6 j.b