I 'S® *-9 ‘ 20 gï— £ 9^1 êîzdp^ 'o§-«ï *9pg; 9 ‘ dîtjDiripssSja "^PM, ïï9iïy9tii3S[{B aap sjiuïunD'^ jtiz êiinîïajuy ( ‘q *P%A a^n iBjauqnif ‘ uaqn^x ‘ P%A aSiUBuaqi^^ -Suig ^ 9§nJBsSuTJI9^dg -g 'pgr Ç pSo^ 9§q.lBU3q^jq P 01 ^p§OAqnK)j ' Sanippt^ ‘ pSq^ -c -p^ -ajaïqiaSn^g *|/6 *Jj ‘pjjoD 'di ‘zdprq ‘njDjdn-;^ *^^in ’og-ai *®P9[ 9 ‘ acuouoqaQ p “paaSnp ^ jauuTîtu^s.ioj .inj siapuosaq ‘SuTuqapqisqpg u -flOApun ujaqDipnap anz qonqpuejj uig 'uaqDp^ Xajp u spuBjqosïnaQ; aiipiqas^âjiqej^ aSizinaupoiaS {'M’f) ’zL \jj Bizdprj *og-ur «apg g ‘ siiapunqjqep uaîaqaziqoB s “i9jj ua^sêrp.inMquap jap appoiaâsaaqarj ajaessa ja^ur '^Z MJ 'iQLl U *og-UT -apo; P ‘ U9IÎÎZÎS aaqn ajaug ( f£ sogi iiBpajg ‘og-tiT ^ Bdojng; uoa suaisQ sap aiqoiqe âunjaîn^pg jnz ‘ iiai-ï[apay aqaspT.iq-qosuoîSïq Cg *6 MJ ’iUBpjaisray * 09-111 ‘ uaSaesa^ Zl i saqasqi^pi up ‘ aspjuadjy aip japo siBuaqiJB^ ( sur£ y IPU 2 ; 'apO[OTS^qj aîp jnj Anpjy 2Jd}{ pun ( -^ -p) •9 MJ 'Lo^i n * îPH 'PÇI ‘uaSuiqnj;^ UOA uaipjsuy uaqasiuTjq^ t apunqpajj aqasriqejd aip anj aqansaa^ { \fl ’H jT ) J '9 sogi Sfzdpi ‘ najJOAiîua aqanB.TqaSjeAtjjj ranz pun uaSunsapio^ nz * ?| .lap qanqpuBjj pun -aqarj aapo ‘ ajqapsmi'^^^ jap •D 'ZZ MJ -JJ g6ii uaâuqjp^ *o9-ui *{;j^ a *qx •* 'qîqy ‘i -qx ‘^î^jn-qqD aap waisXg (•/) \ DE LA I^ATURE. I#; A Tübingxje , chez J. G. COTTA, De l’Imprimerie de L. Haussmanw , rue de la Harpe , n^. 8o. yi\- ■ TABLEAUX DE LA NATURE, OU CONSIDÉRATIONS SUR LES DÉSERTS, SUR LA. PHYSIONOMIE DES vÉgÉTAUX, ET SUR LES CATARACTES DE l’oRÉNOQüE J Par a. de HUMBOLDT. TRADUITS DE l’aLLEMAND , PAR J. B. B. EYRIÈS. TOME PREMIER, PARIS, \ Chez F. SCHQELL , libraire , Rue des Fossés-S t.-Germain-l’Auxeirois, n, 29% PRÉFACE DU TRADUCTEUR. Ijes Tableaux de la Nature par M. de Humboldt , ont obtenu en Allemagne le succès le plus flatteur. Le nom de l’auteur, et l’art avec lequel il unit dans ce sujet intéressant une éloquence brillante à des connoissances profondes , doivent faire es- perer que cet ouvrage ne recevra pas en France un accueil moins favorable. Je me suis efforcé de rendre ma traduction digne de l’o- ij préface DTJTRA.DUCTETTR. riginal. Si dans quelques endroits elle s’écarte du texte allemand, je dois avertir les lecteurs que M. de Humboldt ayant eu connoissance de mon travail , a bien voulu m’indiquer des cbangemens qu’il se propose d insérer dans une nouvelle édition. Je dois lui témoigner à ce sujet toute ma reconnoissance ; car je sens bien que la sorte de sanction qu’il a donnée par-là à paa traduction , est pour moi un gage presque assuré de l’indulgence du Paris , I mai , l8o8é A MON FRÈRE , Guillaume de HüMBOLDT, A ROM£^ I’AüTEÜB. PRÉFACE DE L’AUTEÜn. J’offre en hésitant au pu- blic une suite d’opuscules inspirés par l’aspect d’une na- ture grande et majestueuse, sur rOce'an , dans les forets de l Orénoque, dans les sa- vanes de Venezuela , dans la solitude des montagnes du Pérou et du Mexique. Quel- ques fragmens isolés ont été écrits sur le site même qui me les dictoit , et ensuite fondus ensemble pour for- y] PRÉFACE mer un tout. Je voulois suc- cessivement offrir la consi- dération en grand de la na- ture , la démonstration de l’action simultanée de ses forces, la peinture des jouis- sances toujours nouvelles que la présence de ses impo- sans tableaux procure à l’homme doué de sentiment. Chaque mémoire devoit com- poser un tout , dans tous on devoit aussi sentir l’unité du but auquel ils tendent cons- tamment. Cette manière de traiter l’histoire naturelle présente de grandes difficuî- DE l’auteür. vij tes que n’ont pu toujours vaincre l’énergie et la sou- plesse de la langue allemande dans laquelle j’ai écrit mon ouvrage. Les richesses répan- dues sans nombre autour de l’observateur, font éclore une foule d’images partielles , brillantes sans doute , mais qui , par leur entassement meme, détruisent le repos, et nuisent à l’impression totale du grand tableau de la na- ture. Parlant ausentiment et à l’imagination , le style dé- génèi'e aisément en une prose poétique. Ces idées n’ont Vlij PRÉFACE pas besoin de plus grands développemens ; les feuilles suivantes n’offriront que trop d exemples des égaremenset des inégalités dont j’indique ici la source. Puissent mes tableaux , malgré ces fautes, qu’il m’est plus facile debien sentirque de corriger , faire éprouver au lecteur une partie de la jouissance que ressent un esprit emu par la contempla'- tion de la nature. Comme cette jouissance s’augmente avec la connoissance de la les divers ressorts de la na- ture , j’ai joint à chaque mé- moire des additions et des : , éclaircissemens relatifs aux sciences. 1 Partout j’ai dirigé la pen- sée vers cette influence éter- nelle qu’exerce la nature | physique sur les dispositions l moi^ales et sur les destinées l de l’homme. C’est aux âmes | froissées par le malheur qae | cet ouvrage est principale- f ment consacré. Que celui j qui veut échapper aux orages ! I t V X PRÉFACE DE L’auteur. de la vie me suive dans 1 épaisseur des forêts, à tra- vers les déserts , et sur les sonuuets élevés des Andes i TABLEAUX DE LA NATURE, T. Z CONSIDÉRATIONS SUR LES STEPPES ET LES DÉSERTS. , ■ i’ h r CONSIDÉRATIONS SUR LES STEPPES ET LES DÉSERTS. Au pied de la chaîne de monta- gnes de granit qui résista à l’action violente des eaux, quand, au pre- mier âge de notre planète, leur ir- ruption forma le golfe du Mexique , commence une vaste plaine qui s’é- tend à perte de vue. Lorsque l’on a laissé derrière soi les vallées de Ca- raccas et le lac de Tacarigua ( i ) 6 CONStDlERATIOPrS parseme d’iles , et dont les eaux reflètent l’image des bananiers dont il est entoure ; lorsque Ton a quitte les campagnes ornees par la tendre verdure de la canne à sucre de Tafti , ou les bosquets ombrages par l’épais feuillage des cacaotiers , la vue se porte au sud sur des steppes ou déserts qui s’élèvent insensiblement , et terminent l’horizon dans un lointain sans bornes. En quittant ces lieux ou la na- ture prodigue la vie organique , le voyageur frappé d’étonnement entre dans un désert dénué de vé- gétation. Pas une colline , pas un rocher ne s’élève comme une île au milieu de ce vide immense. La SUR LES STEPPES. 7 terre présente seulement ça et là des couches horizontales fracturées qui souvent couvrent une espace de deux cents milles carres et sont sen- siblement plus ëlevees que tout ce qui les environne* Les naturels du pays les appellent des bancs (a) et semblent par cette expression devi- ner lancien état des choses, ou ces élévations formoient des ëcueils de la grande mer intérieure dont les steppes ëtoient le fond. Encore aujourd'hui une illusion nocturne nous retrace souvent ces grands traits du monde primitif. Quand à leur lever et à leur coucher les astres brillans ëclairent le bord de la plaine, ou quand leur image tremblante paroît dou- 8 Goisrsî Diéïi ATiONs lee(5), dans la couche la plus basse des vapeurs onduleuses , on croit y vorr l’océan sans bornes. Ainsi que lui, les steppes remplissent 1 esprit du sentiment de l’infini. Mais l’aspect de la. mer est em- belli par le perpétuel roulement des vagues écumeuses; et sem- blable à la pierre nue , enveloppe d’une planète désolée , le désert dans sa vaste étendue , ne présente que le silence et la mort. Dans toutes les zones , la nature offre de ces plaines immenses ; dans chaque zone elles ont un ca- ractère particulier et une physiono- mie déterminée par leur élévation au-dessus du niveau de la mer, et par la différence du sol et du climat. SUR RES STEPPES. g Dans le nord de l’Europe on peut considérer comme des step- pes ces bruyères qui sont couvertes d’une seule espèce de plantes dont la végétation étouffe celle des au- tres(4), et qui s’étendent depuis la pointe de Jutland jusqu’à l’em- bouchure de l’Escaut. Mais ces steppes étendues et parsemées de collines ne peuvent se com- parer aux llanos et aux pam- pas de l’Amérique méridionale, ni aux savannes du Missouri (5) , où erre le bison au poil flocon- neux, et le bœuf musqué armé de longues cornes. Les plaines de l’intérieur de l’A- frique développent un aspect plus lO CONSIDÉRATIONS grand et plus imposant. Comme la vaste e'tendue du grand océan , ce n’est qu’à une époque encore ré- cente qu’on s’est hasardé à les par- courir. Ces plaines font partie d’une mer de sable qui sépare des régions fertiles, ou qui les entoure entière- ment comme des lies 5 tel on voit le désert voisin des monts basalti- ques d’Harutsch (6), ôU l’Ôasis de Siwa , riche en datiers , recèle les ruines du temple d’Ammon , in- dices vénérables d’une ancienne civilisation. Aucune rosée , aucune pluie ne vient humecter cette sur- face déserte ni développer le germe de la vie des plantes dans le sein brûlant de la terre ; car de toute sa superficie s’élèvent des colonnes SUR LES STEPPES. H d’air embrasé qui dissolvent les vapeurs , et engloutissent les nuées à leur rapide passage. Partout où le désert s’approche de l’océan atlantique , comme en- tre Darah et le cap Blanc , l’air hu- mide de la mer se précipite comme en torréns dans l’intérieur du pays pour remplir le vide occasionné par les courans d’air perpendiculaires ; des brises fraîches de l’ouest vivi- fient les collines qui bordent le dé- sert. Au milieu de ces parages que rend semblables à des prairies le varec qui couvre les eaux, quand le navigateur dirige sa route vers l’embouchure de la Gambie, se voyant tout-à-coup abandonné par le vent alisé de l’est ( il de^ 12 CONSIDÉRATIONS vine le voisinage de ces sables ou se réfléchit la chaleur dans une étendue sans bornes. De légers troupeaux d'autruches et de gazelles , des hordes altérées de lions et de panthères remplis- sent cet espace immense de leurs combats trop inégaux. Quelques groupes d lies , riches en sources , et nouvellement découvertes dans Cette mer de sable, vojent leurs rives verdoyantes fréquentées par les essaims nomades des Tibbos et des Tuaryks ( 8 ) , mais le reste du désert de l’Afrique ne peut être con- sidéré comme habitable. Les peu- ples civilisés qui l’avoisinent , ne se hasardent à y pénétrer qu’à cer- tiàines époques périodiques. C’est SUR LES STEPPES. ï5 en suivant des routes fixées depuis des milliers d'annëes dune ma- nière invariable par les relations de commerce , que la longue cara- vane marche de Tafilet à Tombut pu du Fezzan au Darfour : entre- prises hardies dont la possibilité repose sur lexistence du chameau ^ le navire du désert (9), comme l’appellent les chroniques de lo- rient. Ces plaines d’Afrique occupent un espace près de trois fois égal à celui de la mer Méditerrannée. Elles sont situées sous le tropique et dans son voisinage, et cette po- sition détermine leur caractère. Au cjontraire, dans la partie orien- l4 CONSIDÉRATIONS taie de lancien continent, le même phénomène géologique est par- ticulier à la zone tempérée. C’est sur le dos des montagnes centrales de l’Asie , entre l’^Utaï et leMustag (lo), depuis la grande muraille de la Chine jusqu’au lac d’Aral^ que s’étendent, dans une longueur de plus de deux milles lieues , les steppes les plus élevées et les plus vastes du monde. Quel- ques-unes sont des plaines cou- vertes d’herbes ; d’autres se parent de plantes salines , toujours vertes , grasses, et articulées. Un grand nombre brillent au loin d’efflo- rescences muriatiques qui se cristallisent en forme de lichens SUR LES STEPPES. 13 et (jui couvrent le sol glaiseux de taches éparses semblables à de la neige nouvellement tombée. Ces steppes Tata res et Mongoles séparent, des peuples encore gros- siers du nord de l’Asie, la race des hommes anciennement civili- sés , qui , depuis un temps immé- morial , habitent le Thibet et l’In- doustan. Elles ont exercé aussi de l’influence sur les diverses desti- nées de l’espèce humaine. Elles ont refoulé la population vers le sud , intercepté les rapports des [nations bien plus que les cimes glacées de Sirinagor et de Gorka , et dans le nord ont opposé des bar- rières insurmontables à l’introduc- ï6 c ON s I D É R A T I O N s tioii de mœurs plus douces , et au genie créateur des arts. Mais ce n est pas seulement sous ces rapports que Thistoire doit con- sidérer les plaines de l’intérieur de l’Asie. Elles ont plus d’une fois ré- pandu sur toute la terre le mal- heur et la dévastation. Les peuples pasteurs qui les habitent , tels que les Avares , les Mongols j, les Alains et les Uzes , ont ébranlé le monde. Si dans les temps anciens la pre- mière culture de l’esprit, comme la lumière vivifiante du soleil , a diri- gé sa marche d’orient en occident; à une époque plus récente la bar- barie et la grossièreté des mœurs ^ suivant la meme direction , ont me- SUR LES STEPPES. I7 nàcé de voiler l’Europe d’un nuage e'pais. Une race de pasteurs basa- nés (ii), les Hiongnoux, habitoit sous des tentes de peau la steppe éle- vée deGobi.Elle s’élança, impétueu- se , des parties les plus reculées de l’est de l’Asie, et parut soudain, se- lon une tradition obscure , comme horde guerrière et sous le nom de Huns , d’abord sur le Wolga, puis en Pannonie , aux bords de la Loi- re, et enfin sur les rives du Pô, dévastant ces belles campagnes si richement plantées , où depuis le temps d’Anténor le travail de l’homme entassoit monumens sur monumens. Ainsi des déserts de la Mongolie s’échappa avec furie un souffle mortel qui vint étouffer sur le sol Cisalpin la fleur délicate des l8 CONSIDERATl ONS arts cultivée avec tant de soins pen* dant une longue suite de siècles. Quittons les steppes salines de TAsie , les bruyères de l’Europe ornées en été de fleurs rougeâtres abondantes en miel, et les déserts de l’Afrique dénués de plantes. Re- tournons aux plaines de l’Améri- que méridionale, dont j’ai com- mencé à ébaucher le tableau. L’intérêt que ce tableau peut inspirer à l’observateur , est pure- ment celui qu’il tient de la nature. On n’y rencontre point d’oasis qui rappelle le souvenir d’ancier s habi- tans , point de pierres taillée s (12), point d’arbre fruitier devenu sau- vage qui attestent les travaux de SUR LES STEPPES. rg générations éteintes. Ce coin du monde , comme s’il etoit etranger aux destinées des hommes , et qu’il n’existât que pour le présent , est le théâtre de la vie libre des animaux et des plantes. steppe s’étend depuis la chaîne côtière des montagnes de Carac- cas , jusqu’aux forêts de la Guaja- na ; depuis les monts de Merida oii des sources sulfureuses et bouil- lantes sortent de dessous des neiges éternelles , jusqu’au grand Delta que rOrénoque forme à son em- bouchure. Elle se prolonge au sud- ouest comme un bras de mer (i 5), au-delà des rives du Meta et du Vichada, jusqu’aux sources non visitées du Guaviare, ou même 20 CONSIDÉR ATI ONS jusqu’à ce groupe de montagnes isolées , que les guerriers espagnols, par un jeu de leur active imagina- tion , appelèrent le Paramo de la summa Paz , comme s’il étoit l’heureux séjour d’une paix per- pétuelle. Ce désert occupe un espace de plus de vingt mille lieues carrées. Le défaut de connoissances géographi- ques l’a quelquefois fait représen* ter comme s’étendant sans inter- ruption jusqu’au détroit de Magel- lan j on ne faisoit pas attention aux chaînons( 1 4)que les Andes envoient à l’est , et qui séparent les plaines boisées de l’Amazone , au nord, des steppes herbeusesdel’Apoure, et au sud de celles du fleuve de la SVK LES STEPPES. Plata.Celles-ci appelées Pampas de Buenos -Ayres égalent trois foi§ les Llanos en superficie. Leur éten- due est si prodigieuse, qu’au nord elles sont bornées par des bosquets de palmiers, et au sud par des neiges éternelles. Les touypus, oiseaux de la famille des casoars, sont indigènes de ces pampas; ainsi que des hor- des de chiens devenus sauvages^i5) qui vivènt en société dans des an- tres sou terrains , et qui souvent atta- quent avec acharnement l’homme pour la défense de qui combattoient les auteurs de leur race. Ainsi que le désert de Sahara, les Llanos , ou les plaines plus septentrionales de l’Amérique du sud , sont sittiées dans la zone tor- C O D E R A T I 0 N 5 ride. Deux fois chaque année, leur Aspect change totalement ; tantôt nues comme la mer de sable de Ljbie , tantôt couvertes d un tapis de verdure comme les steppes éle- vées de TAsie moyenne. Cest un travail sajisfaisant , et cependant difficile pour la géogra- phie générale, de comparer la consti- tution physique des contrées les plus distantes , et de présenter en peu de lignes le résultat de cette cam- paraison. Des causes multipliées , et en partie encore peu dévelop- pées (i 6) contribuent à diminuer la chaleur et la sécheresse dans le nouveau monde. Le peu de largeur de ce conti- nent découpé de mille manières , SÜR LËS STSPPES. ^3 sa prolongation vers les pôles gla- cés; l’océan dont la surface non interrompue est balayée par les vents alisés ; l’applatissement de la côte orientale ; des cou- rans d’eau f très-froide , qui se portent depuis le détroit de Ma- gellan jusqu’au Pérou ; de nom- breuses chaînes de montagnes rem- plies de sources , et dont les som- mets couverts de neige s’élèvent bien au-dessus de la région des nuages ; l’abondance de fleuves im- menses qui , après des détours mul- tipliés , vont toujours chercher les côtes les plus lointaines; des dé-^ serts non sablonneux et par consé- quent moins susceptibles de s’im- prégner de chaleur ; des forêts im- pénétrables qui couvrent les plai^ ^4 CONSIDÉRATIONS nés de lequateur remplies de ri- vières , et qui , dans les parties du pays les plus éloignées de l’océan et des montagnes , donnent nais- sance à des niasses énormes d’eau quelles ont aspirées ou qui se for- ment par l’acte de la végétation j toutes cescauses produisent , dans les parties basses de l’Amérique , un climat qui contraste singulièrement par sa fraîcheur et son humidité avec celui de l’Afrique. C’est à elles seules qu’il faut attribuer cette végé- tation si forte, si abondante, si riche en sucs , et ce feuillage si épais qui forment les caractères particuliers du nouveau continent. S’il est vrai que sur l’un des côtés de notre planète l’air est plus hu- mide que sur l’autre , la comparai- snm LES STEPPES; 25 son de leur état actuel suffît pour re'soudre le problème de dette ind-. galite. Le physicien n a pas besoin de couvrir du-- voile de fables géo- logiques l’explication* de pareils phénomènes,' de supposer que ce n’est qu’à des époques différentes qu’a cessé sur notre planète la lutte destructrice des élémens , ou enfin d’avancer que, semblable à une île marécageuse, séjour des serpens et des crocodiles j l’Amérique n’est sortie du sein des eaux que long- temps après les autres parties du monde (i y), ' ^ .. L’Amérique méridionale a, sans doute , une ressemblance frap- pante avec la péninsule sud-ouest de l’ancien continent, par sa forme, ' 26 CONSIoiaATIONS ses contours , et la direction de ses côtes. Mais la structure intérieure du sol , et la position relative des régions i voisines occasion- nent en Afrique cette aridité étonnante qui , dans un espace immense,, s’oppose au développe- ment de la vie organique. Les quatre cinquièmes de l’ Amérique méridionale sont situés au-delà de l’équateur, et par conséquent dans un hémisphère qui , a raison de ses grandes masses d’eau , et par une infinité d’autres causes, est plus frais et plus humide (i8) que notre hé- misphère boréal j et c est a celle-ci qu’appartient la partie la plus con- sidérable de l’Afrique. Les steppes de l’Amérique mé- SÜR LES STEPPES. 27 ridionale ou llanos ont , de l’est à l’ouest, trois fois moins d’e'tendue que les dëserts de l’Afrique. Les premières sont rafraîchies par les vents alises J les seconds, places sous le même parallèle que l’Arabie et la Perse méridionale, ne sont visités que par des courans d’air qui ont passé sur de vastes régions d’où se réfléchit une chaleur brûlante. Déjà le respectable père de l’histoire, Hérodote , dont le mérite a été si long-temps méconnu, vraiment pé- nétré de ce sentiment qui porte à observer la nature en grand, a dé- peint les déserts du nord de l’Afri- que, ceux de l’Yémen, du Kerman, du Mekhran ,( la Gédrosis des an- ciens ) et même ceux du Moultan dans l’Inde antérieure , comme une a8 CONSIDÉRATIOIYS seule mer de sable (19) continue, A l’effet du souffle embrasé des vents de terre , se joint encore en Afrique , autant du moins que nous la connois^ons , le manque de grands fleuves , de lacs , et de hautes montagnes. On ne voit des neiges éternelles que sur la partie occidentale (20) de l’Atlas, doptla chaîne rétrécie , aperçue de profil par les navi^teurs anciens, leur parut une masse aérienne et isolée, destinée à sôutenir le ciel. Prolon- gée à l’est jusqu’au Dakul , où fut cette dominatrice des mers, Car- thage dont les ruines même ont disparu , et , formant , à peu de distance des côtes , une chaîne , barrière de la Gétulie, cette mon- tagne arrête le vent frais du nord. SUR LES STERpeS. :2g et les vapeurs qu’il a balajëes à la surface de la Me'diterrannëe. C’est probablement aussi au- dessus de la limite inferieure des neiges , que s’élèvent les Monts de la lune (21) , a/ komri , dont on rapporte sansxaison que de l’est à l’ouest ils forment une chaîne entre les plaines ëleve'es del’Habesh ,( le Quito de l’Afrique , ) eLentre les sources du Se’negal. La cordillère de Lupata même , qui longe la côte orientale à Mosambique , comme les Andes serrent au Pe’rou' la cote occidentale de l’Amérique y est couverte de glaces éternelles. Mais ces montagnes riches en sources , sont très-éloignées de l’é- norme désert qui s’étend depuis la 3o C O NS ID É Pi AT ION s pente niëridionale. de l’Atlas jus- qu’au Niger y dont les eaux cou- lent vers l’Orient. Ces causes réunies d’ariditë et de chaleur n’auroient peut-être pas été suffisantes pour changer le plateau de l’Afrique en une affreuse mer de sable , si quelque grande révolution de la nature , par exemple une irruption de rOcean , n avoit pas enlevé à cette surface les plantes et la terre végétale qui la couvroient. Quelle fut l’époque de cette catastrophe ? Quelle force détermina cette irrup- tion ? c’est ce qui est profondé- ment caché dans la nuit des temps. Peut-être fut-elle un effet du re- mous (a a), de ce courant impétueux ‘ SVh. I^ES STEPPES. 3l qui pousse les eaux échauffées du golfe de Mexique au-delà du banc de Terre-Neuve , jusques .sur les côtes de notre continent ^ et qui charrie les cocos des Antilles sur les rives de l’Irlande et de la Nor- vège. Encore aujourd’hui ^ au moins un des bras de ce’ courant se dirige des Açores au sud est , et va frapper avec violence la côte occidentale du nord de l’Afriauei 1 Tous les^ rivages de la mer, ( et je citerai entr autres ceux de la côte du Pérou ^ entre Coquimbo et Amotape) prouvent combien, dans les régions de la zone torride , oü sous un ciel d’airain ni les ni aucun autre lichen (^S) ne peuvent végéter , il s’écoule de siècles , et peut-être de milliers 52 CONS I DE R ATI O NS d anneés avant tier qui mettent le bœuf fatigué k SUR LES STEPPES. 53 l’abri des rajons du soleil La même espèce d’animaux qui, dans l’est de l’Europe , combat les ours et les loups, est sous un autre parallèle expose'e aux attaques du tigre et du crocodile. Ce ne sont pas seulement les crocodiles et les jaguars qui , dans l’Ame'rique méridionale, dressent des embûches au cheval. Cet ani- mal a aussi parmi les poissons un ennemi dangereux. Les eaux ma- récageuses de Béra et deRastro (4o), sont remplies d’anguilles électri- ques, dont le corps gluant, par- semé de taches jaunâtres, envoie de toutes parts et spontanément une commotion violente. Ces gymnotes ont cinq à six pieds de longj ils H CONSïDÉRATlO]>rS sont assez forts pour tuer les ani- maux les plus robustes , lorsqu’ils font agir à-la-fois et dans une di- rection convenable leurs organes ^ armes d’un appareil de nerfs mul- tipliés. A Uritucu on a été obligé de changer le chemin del^L steppe^ parce que le nombre de ces an- guilles s’étoit tellement accru dans une petite rivière , que tous les ans beaucoup de chevaux frappés d’en- gourdissement se noyoient en la passant à gué. Tous les poissons fuient l’approche de cette re- doutable anguille. Elle surprend même l’homme qui , placé sur le] haut du rivage ^ pêche à l’ha - meçon ; la ligné mouillée lui communique souvent la com - motion fatale. Ici , le feu élec- SUR LES STEPPES. 55 trique se dégage même du fond des eaux. La pêche des gymnotes procure un spectacle pittoresque. Dans un marais que les Indiens enceignent étroitement, on fait courir des mu- lets et des chevaux, jusqu’à ce que le bruit extraordinaire excite à l’at- taque ces poissons courageux. On les voit nager comme des serpens sur la superficie des eaux, et se presser adroitement sous le ventre des chevaux. Plusieurs de ceux-ci succombent à la violence des coups invisibles ; d’autres haletans , la cri- nière hérissée , les yeux hagards , étincelans et exprimant l’angoisse , cherchent à éviter l’orage qui les menace# mais les Indiens , armés 56 , CONSIDÉRATIONS de longs bambous , les repoussent au milieu de l’eau. Peu-à-peu l’impe'tuosité de ce combat inégal diminue. Les gym- notes fatigués se dispersent comme des nuées déchargées d’électricité; ils ont besoin d’un long repos et d’une nourriture abondante pour réparer ce qu’ils ont dissipé de force galvanique. Leurs coups de plus en plus foibles donnent des commo- tions moins sensibles. Effrayés par le bruit du piétinement des che- vaux , ils s’approchent craintifs du bord du marais ; là on les frappe avec des harpons; puis on les en- traîne dans la steppe au moyen de bâtons secs et non conducteurs du fluide. SUR LES STEPPES. 67 Tel est le combat surprenant des chevaux et des poissons. Ce qui forme larme vivante et invisible de ces habitans de l’eau; ce qui, développe par le contact de par- ties humides (40 et hétérogènes, circule dans les organes des ani- maux et des plantes ; ce qui dans les orages embrase la voûte du ciel ; ce qui lie le fer au fer , et détermine la marche tranquille et rétrogradé de l’aiguille aimantée , découlé d’une même source , comme les couleurs variées du rayon réfracté : tout se réunit dans une force unique et éternelle qui anime la nature , et règle les mou- vemens des corps célestes. Je pourrois terminer ici le ta- 58 COiySIDÉRATIONS bleau phjsique du dësert que j ai tenté d’esquisser. Mais de même que sur l’océan notre imagination aime à s’occuper de Fima ge des côtes éloignées, de même avant que le désert échappe à notre vue, jetons un coup-d’œil rapide sur les régions qui l’environnent. Le désert du nord de l’Afrique sépare deux races d’hommes, qui originairement appartiennent à la même partie du monde, et dont la lutte toujours subsistante paroît être aussi ancienne que la fable d’Osiris et de Tjphon (4^)« Au nord de l’Atlas vivent des hommes à cheveux longs et non crépus, ayant le teint jaunâtre et les traits deshabitans du Caucase. Au sud du Sépégal et du ^ SUR LES STEPPES. 5g côté du Soudariyon trouve des peu- plades de nègres parveniies à dîf^ férens degrés de civilisation. Dans TAsie moyenne, les steppes de la Mongolie sont la ligne de démar- cation entre la barbarie de la Si- bérie, et Tantique civilisation de rindoustan. Les plaines de T Amérique sont aussi la borne oîi s’arrête le domaine de la demi-civilisation européen- ne (43). Au nord, entre la chaîne des montagnes de Venezuela et la mer des Antilles on rencontre, pressés les uns contre les autres y des villes industrieuses , des villages char- mans , et des champs soigneu- sement cultivés. Le goût des arts 6o CONSI dératioks et des sciences y est même deVe- loppé depuis long-temps. Au sud, la steppe est entourée par une solitude sauvage et effrayante. Des forêts âgces de milliers d’an- nées, et d’une épaisseur impénétra- ble, remplissent la contrée humide située entre rOrénoque et le fleuve des Amazones. Des masses im- menses de granit , couleur de plomb (44) 9 rétrécissent le lit des rivières écumeuses. Les montagnes et les forêts retentissent incessam-. ment du fracas des cataractes , du rugissement des jaguars , et des hurlemens sourds (45) du singe barbu qui annonce la pluie. Dans les endroits ou les eaux Sun LES STEPPES. 6l plus basses laissent un banc à dé- couvert, un crocodile est étendu sans mouvement comme un ro- cher et la gueule béante. Son corps écailleux est souvent couvert d’oi- seaux (46). Le boa à peau tigrée, la queue attachée à un tronc d’arbre , et le corps roulé sur lui-même, sür de sa proie ^ se tient en embuscade sur la rive. Il se déploie avec promptitude pour saisir au pas- sage le jeune taureau ou quelque animal plus foible ; après l’avoir enveloppé d’une humeur visqueu- se, il le fait entrer avec effort dans son gosier dilaté (47). Au milieu de cette nature grande Ô2 CONSIDÉRATIONS et sauvage^ viyent des peuples de races et de civilisation diverses. Quelques - uns séparés par des langages dont la dissemblance est etonnante, sont nomades, entiè- rement etrangers à l’agriculture, se nourrissent de fourmis, de gomme et de terre ( 48 )? et sont le rebut de l’espèce humaine j tels sont les Otomaques et les Jarures. D’autres, comme les Maquiritains et les Ma- kos, ont des demeures fixes, vivent des fruits qu’ils ont cultives, ont de ^intelligence et des mœurs plus douces. De vastes espaces entre le Cassiquiare et l’Atabapo ne sont habites que par des singes réunis en société et par des tapirs. Des figures gravées sur des rochers (49) prouvent que jadis cette solitude a SV K LES STEPPES. 63 été le séjour d’un peuple parvenu à un certain degré de civilisation j elles attestent les vicissitudes qu é- >prouve le sort des peuples, de même que la forme des langues qui appartiennent aux monumens les plus durables de Ihistoire des hommes. Dans la steppe^ c’est le tigre et le crocodile qui combattent le cheval et le taureau ; sur ses bords garnis de forêts, et dans les ré- gions sauvages de la Gujana , c’est Thomme qui est perpétuellement armé contre Thomme. Là, avec une avidité féroce , des peuplades en- tières boivent le sang de leurs en- nemis; d’autres les égorgent non armés en apparence, mais prépa- 64 CONSIDÉRATIONS res au meurtre (5o^ par le poisoii dont est enduit l’ongle de leur pouce. Les hordes les plus foibles, lorsqu’elles entrent dans la région des sables, effacent soigneusement avec leurs mains la trace de leurs pas timides. Ainsi l’homme se préparé à lui- même une vie inquiète et orageuse, soit que sa grossièreté tienne encore à celle des animaux, soit que l’éclat apparent de la civilisation lui assigne le degré le plus élevé. Le voyageur qui parcourt le globe , l’historien qui s’enfonce dans la nuit des âges , rencontrent sans cesse le tableau uniforme et dé- solant des dissensions de l’espèce humaine. SUR LES STEPPES. 65 Cest pourquoi celui qui, au milieu des discordes des peuples, cherche à reposer son esprit, porte volontiers ses regards sur la vie paisible des plantes et étudié les ressorts mystérieux qui meuvent lunivers ; ou bien , se livrant à cette noble impulsion dont le cœur de l’homme fut toujours anime, par un pressentiment secret il porte la vue vers les astres qui obéissant aux lois immuables de l’harmonie, poursuivent leur carrière éternelle. 66 O ONSIDÉRAT U)NS ECLAIRCISSEMENS ET ADDITIONS, (i) Le lac de Tacarigua^ p, 5. Lorsque l’on pénètre dans l’inté- rieur du continent de l’Amérique méridionale, depuis la côte de Garaccas ou de Venezuela, située sous le dixième parallèle nord, jusqu’aux frontières septentrio- nales du Brésil , sous la ligne , on traverse d’abord une chaîne de SUR LES STEPPES. 67 montagnes très -haute dirigea de louest à l’est^ ensuite la grande step- pe deserte etdènuee d arbres (ou la plaine appelée llanos ), qui s’étend depuis le pied des montagnes cô- tières jusques sur la rive gauche de rOrénoque ; puis la ligne mon- tueuse appelée Sierra de laParime, qui occasionne les cataractes d’A- tures et de Majpure , et court entre les sources du Rio Esquibo et du Mao vers la Guiane fran- çoise ; enfin une partie de la plaine boisée ou le Rio Negro et l’Ama- zone ont formé leur lit. Celui qui voudra approfondir davantage ces rapports géographiques , pourra jeter un coup-d’œil sur la' carte de la Cruz Olmedilla, qui en a produit tant de plus récentes , et qui ce- 68 considérations pendant , d après mes observa- tions astronomiques pour déter- miner la position des lieux, doit subir des changemens essentiels. La chaîne côtière de Venezuela s’étend depuis les montagnes de Sainte-Marthe, couvertes de neige et situées à l’ouest de Carthagène des Indes , jusqu’au cap cle Paria j leur hauteur moyenne n’est pas au- delà de 700 toises. Cependant quelques sommets isolés , tels que celui nommé Silla de Caraccas ou Cerro de Avila, orné de befaria, s’élèvent à i 3 i 6 toises au-dessus du niveau de la mer. Le rivage de la Terre-ferme porte partout des traces de dévastation. On re- connoît partout l’effet de l’action du grand courant qui se dirige SUR LES STEPPES. 69 d’orient en occident , et qui, après avoir morcelé les îles Caraïbes , a creusé le golfe des Antilles. Les langues de terre d’Araja et de Chuparipari , et surtout la côte entre Cumana et la Nueva Barce- lona, offrent au géologue un as- pect très - remarquable. Les îles de Boracha , de Caraccas et de Chimanas sortent de la mer comme des tours, et attestent la redoutable puissance des flots des- tructeurs sur la chaîne de monta- gnes décharnée. Peut-être la mer des Antilles fut-elle jadis , comme la Méditerranée,une mer intérieure qui soudainement se réunit à l’O- céan, Les îles de Cuba, de Saint- Domingue et de la Jamaïque ren- ferment encore les restes des hautes yO CONSIDERATIONS montagnes de schiste micacé qui bornoient cette mer dans le nord. C’est une chose frappante que, dans les points où ces trois îles sont le plus rapprochées les unes des autres, se trouvent les cimes les plus élevées. On pourroit sup- poser que le principal noyau de cette chaîne de montagnes étoit situé entre le cap Tiburon et la pointe Morant. Les montagnes de cuivre ( montanas de cobre ) près de Saint-Yago de Cuba n’ont pas encore été mesurées j mais elles sont vraisemblablement plus éle- vées que les montagnes bleues de la Jamaïque , dont la hauteur sur- passe celle du passage duSaint-Go- thard. J’ai développé' mes conjec- tures sur la forme du lit de 1 Océan SUR LES STEPPES. yi atlantique et sur l’ancienne jonc- tion des continens , dans^ un mé- moire composé à Cumana, inti- tulé : Fragment d’un tableau géo- logique de l’Amérique méridionale, et inséré dans le Journal de phy- sique de messidor an g. La partie septentrionale et cul- tivée de la province de Garaccas est un pays de montagnes. La chaîne le long de la côte est par- tagée, comme les Alpes de la Suisse, en plusieurs rangées ou chaînons qui renferment des vallées allon*- gées. La plus célèbre est la vallée d’Aragua, qui produit en abon- dance de l’indigo, du sucre, du coton , et , ce qui est plus surpre- nant , le froment européen. L ex- trémité méridionale de cette vallée est bornée par le beau lac de Va- lencia , dont le nom indien est Tacarigua. Le contraste qu’offrent ses deux rives lui donnent une ressemblance étonnante avec le lac de Genève. A la vérité, les montagnes désertes de Guigue ont un caractère moins sévère que les Alpes de la Savoie , mais le côté opposé , couvert de forêts de ba- naniers , de mimosa et de triplaris , surpasse en beauté pittoresque les vignobles du pays de Vaud. Le lac a à-peu-près huit milles géogra- phiques de longueur; il est rempli de petites iljes qui^ prennent de l’accroissemeiitjpar^e que la quan- tité des eaux affluenles n égale pas celle des eaux qui s’évaporent. SUR LES STEPEe S. Depuis quelques années, des bancs de sable sont presque devenus des îles : on leur donne le nom de las apaiecidas, qui est très- convena- ble, car il signifie îles nouvelle- ment vues. Dans l’île de Ciu;a , on cultive l’espèce remarquable de solarium dont les fruits sont bons à manger, et que M.Wildenow a dé- crit sous le nom de solanum Hum- boldti (Hort. Berob Fasc. 1 1). Le- lévation du lac au-dessus du ni- veau de la mer est de 204 toise<^. Il offre les scènes les plus belles et les plus agréables que j’aie vues dans tous les pajs que j’ai parcourus. En nous J baignant , IVI. Bonpland et moi , nous e’tions souvent efl'rajés par l’aspect du bava, espèce non décrite de crocodile long de trois ' I- ■ 4 y4 cONSIDÉRATIOHS à quatre pieds ^ d une figure hor- rible, mais qui ne fait pas de mal à rhomine» Nous ayons trouve dans le lac de Valencia un typha entièrement identique avec l’espèce européenne appelée an gustifolia , fait singulier et très-important pour la géographie des plantes. Dans les vallées d’Aragua voisines^ du lac , on cultive les deux variétés de canne à sucre, la commune appe- lée canna creolia , et la canne de Taïti , nouvellement apportée des iles du grand Océan. Celle-ci est d’un vert plus tendre et plus agréable ; de sorte qu’à une grande distance on distingue facilement un champ planté en cannes de Taïti. Cook et Forster ont les premiers fait connoitre ce végétal; SUR UES STEPPES. y5 mais on voit dans le Traité de Forster sur les plantes du grand Océan utiles pour la nourriture, qu’ds n’ont pas assez connu la valeur de cette précieuse produc- tion. L’intrépide et infortuné capi- taine Bligh apporta la canne à su- cre de Taïti et l’arbre à pain à la Jamaïque, d’où ils furent trans- portés à Saint-Domingue, à Cuba, à la Trinité, et de cette dernière île si proche du continent, la nou- velle canne est arrivée sur la côfe de Caraccas ; elle est devenue pour ce pajs un objet plus important que 1 arbre à pain , qui ne fera pas renoncer à un végétal aussi bien- faisant et aussi abondant en subs- tance nutritive que le bananier- La canne de Taïti contient plus de yô CONSIDÉHÀTIONS SUC , et , sur une surface égale de terrain, elle donne un tiers de plus de produit que la canne commune, dont la tige est plus mince , dont les articulations sont plus rappro- chées , et que l’on suppose venir de l’orient de l Asie. Dans les iles An- tilles , ou l’on commençoit à éprou- ver une grande disette de combus- tibles, puisqu’à Cuba on chauffe les chaudières à sucre avec du bois d’oranger , la nouvelle canne est d’autant plus intéressante que sa tige exprimée (bagasso), est plus compacte et plus ligneuse. Si son introduction dans les Antilles n’é- toit pas arrivée à la même époque ou commença la guerre sanglante des nègres à Saint-Domingue, le prix du sucre auroit atteint en Eu- SÜR LES STEPPES. rope un taux encore plus ëlevë que celui OLi 1 ont portë la destruction des sucreries et du commerce. Une question importante se présente } savoir si la canne de Taiti , arra- chée a son sol natal , ne dëgënërera pas insensiblement ^ et ne devien- dra pas entièrement semblable à la canne commune. Lexpërience ap- prend que cette dëgënëration ^ si elle a lieu, est à peine sen- sible dans un laps de six ans. Dans lîle de Cuba, une cavalleria, ou superficie de 54,969 toises carrëes, rend 870 quintaux de sucre lors- qu’elle est plantëe en canne deTaïti. Celle-ci produit la moitië des :25o mille caxas ou du million pesant de quintaux de sucre qu’exporte aujourd’hui l’île de Cuba. Il est assez singulier que ce végétal inté- ressant des lies du grand Océan soit précisément cultivé dans la partie des colonies espagnoles les plus éloi- gnées de cette mer. On se rend en vingt-cinq Jours du Pérou à Taïti , et cependant la canne à sucre de cette île est encore inconnue au Pé- rou et au Chili. Les habitans de nie de Pâques , qui éprouvent une grande disette deau douce, boi- vent le jus de la canne à sucre , et, ce qui est un phénomène lrès~re^ marquable en physiologie, l’eau de la mer. La canne d’un vert clair et à tige épaisse, est généralement cul- tivée dans les îles des Amis , de la Société et de Sandwich. Outre les deux espèces de -cari"» SUR LES STEPPES. yg ne dont nous venons de parler, on en cultive encore en AmeVique une troisième, qui est rougeâtre, et qui vient de la côte d’Afrique : on la nomme canna de Guinea , elle contient un peu de suc de plus que la commune ; on assure que ce- lui qu’elle rend présente plus d’a- vantages pour la fabrication du rhum. Dans la province deCaraccas, le vert clair de la canne de Taiti contraste agréablement avec l’om- bre épaisse des cacaotiers. Peu d arbres des tropiques ont un feuil- lage aussi touffu que le theobroma cacao. Cette belle plante aime les vallees chaudes et humides. L’ex- treme fertilité du sol et l’insalubrité 8o CONSIDÉRATIONS de lair sont, dans l’Amérique et dans l’Asie rne'ridionales , deux cir- constances inséparables. On ob- serve que plus la culture d’un pays augmente , que plus les forêts di- minuent , et que plus le climat et le sol deviennent secs, moins aussi les plantations de cacao réussissent. Elles deviennent moins nombreuses dans la province de Caraccas, tandis qu’elles augmentent rapidement dans les provinces plus orientales de la Nueva Barcelona et de Cu- mana, et surtout dans la contrée boisée et humide située entre Ga- riaco et le golfe Triste. (2) Des bancs , p. 7. Les llanos de Caraccas sont SUR LES STEPPES. 8l couvertes de grès de formation ancienne qui partout s’étend en couches presquehorizontales. Lors- qu’en sortant des valle'es d' dragua on descend le chaînon le plus méri- dional des montagnes côtières de Guigne et de Villa de Cura, pour aller à Parapara , on trouve le bord de la grande plaine marqué par de petites collines d’amjgda- loïde , de diabase et de porphjre phonolithique. Des rochers cé- lèbres et de forme grotesque, les Màrros de San~Juan, forment une espèce de Mur du diable. Mais ils sont situés sur le penchant des montagnes, et non dans les llanos même , comme le préten- dent les habîtans de la côte. Ainsi on doit moins les considérer comme 8a CONSIDÉRATIONS des îles de lancien golfe, que comme une partie de la chaîne cô- tière. J’appelle les llanos un golfe, parce que si l’on fait attention a leur peu d’élévation au-dessus du niveau actuel de la nier , a leur forme appropriée au mouvement de rotation du courant ,enfinàl’ap- platissement de la côte orientale vers Tembouchure de l Orénoque y on ne peut révoquer en doute que jadis la mer nait rempli tout le bassin situé entre la chaîne côtière et la Sierra de la Parime , et à l’ouest n’ait battu le pied des mon- tagnes de Merida et de Patn-- plona. De plus, la pente ou la- baissement des llanos est dirigée de l’ouest à l’est. Leur élévation à Calabozo, à cent milles de la mer, SUR LES STEPPES. Q3 est à peine de trente toises. Leur superficie est tellement parallèle à 1 horizon, que dans des espaces de plus de trente milles carres, on ne trouve pas un point qui paroît eleve d’un pied au-dessus d’un autre point. Si on ajoute le man- que total d’arbustes, et même dans la Mesa de Paeones le deïaut de palmiers isoles, on peut se faire une idée du singulier aspect qu’of- fre cette surface plane, déserte et semblable à celle de la mer» Aussi loin que s’étend la vue, elle ne peut se reposer sur aucun objet elevé de quelques pouces. L’état des couches inférieures de l’air, le jeu de la réfraction de la lumière, et les bornes de l’horizon toujours indéterminées et mobiles comme 84 C O N s I D E R AT toiss les vagues J empêchent seules qu’on ne prenne hauteur par un instru- nient de réflexion sur le bord de la plaine ^ comme à l’horizon de la mer. Cette disposition parfaite- ment horizontale de l’ancien lit de la mer^ rend l’existence de ces bancs plus surprenante. Ce sont des cou-* ches horizontales fracturées ^ qui s’élèvent à deux ou trois pieds au- dessus de la roche qui les entoure, et qui s’étendent uniformément dans une longueur de lo à 12 milles géographiques. Ils donnent naissance aux petites rivières de la steppe. En revenant du Rio-Ne- gro, lorsque nous traversions les llanos de Barcellona , nous ren- contrâmes de fréquentes traces ^’éboulemens de terre. Au lieu SUE. LES STEPPES" 85 des bancs ëlevés, nous vîmes des couches gjpseuses isolées , plus profondes de 3 à 4 toises que la roche voisine. Plus loin à l’ouest, près de la jonction du Caura avec rOrénoque, un grand espace cou- vert de bois , auprès de la mission de Saint Pierre d’Alcantara , s en- fonça lors du tremblement de terre de 1790. 11 s y forma un lac qui a plus de trois cents toises de diamètre. Les arbres éleves, tels que les desmanthus, les hjrne- nea et les waria, conservèrent long- temps sous l’eau leurs feuilles et leur verdure. (^')Leur image tremblante paraît doublée , p. 7- L’aspect lointain des steppes / /A 86 CONSIDÉRATIONS surprend d’autant plus, que dans l’epaisseur des forêts on a e'te' plus habitué à un horizon resserré, et a la vue d’une nature richement paree. Ce sera pour moi une im- pression ineffaçable que celie que me firent éprouver les llanos , lorsque , à notre retour de l’Oré- noque supérieur, nous les revîmes pour la première fois dans un grand éloignement, du haut d’une montagne voisine du Capucino, vis-à-vis l’emBouchure du Rio- Apure. Le soleil venoit de se cou- cher. La steppe nous parut bombée comme un hémisphère. Les astres qui se levoient se réfléchissoient dans la couche la plus basse des vapeurs. Car, lorsque la plaine a été extraordinairement échauffée SUR LES STEPPES. 87 par l’effet des rayons perpendi- culaires du soleil , le jeu de la re'- fraction de la chaleur et du cou- rant d’air qui s’élève, dure même pendant la nuit. (4) TJne seule espèce de plantes dont la végétation étouffe celle des autres^ p. g. Voyez la note ig, et ma Ge'o- graphie des plantes , p. 17. (5) ^ux savanes du Missouri , pag- 9- Depuis la pente occidentale de l’Alléghany jusqu’aux rives du grand océan, ou au moins jusqu’à la chaîne escarpée des StonyMoun- tainSy visitée par Mackenzie, et où 88 c O KTS I D É R ATION 5 les ^'fleuves Columbia et Unjigali ou de la Paix, prennent leur sources, chaîne qui vraisemblable- ment tient aux Cordillères du Mexique par la Sierra de Tim- panogos et par la Sierra de la Grulla, toute la partie du nord de l’Amérique septentrionale est une vaste plaine, remplie de couches secondaires de pierre calcaire du Jura, de sel gemme et de grès. Depuis le Rio-del-Norte , que les Etats-Unis d'Amérique voudraient regarder comme la limite qui sé- pare le Mexique de la Louisiane j jusqu’au Missouri et au Rio-Co- lorado de Nachitos, s’étendent de riches savanes , où paissent des troupeaux de bisons ( bos ame- riéanus) aux petites cornes , qui ' / b. SUR LES STEPPES. 8q pèsent quelquefois deux mille li- vres^et des bœufs musqués (bos moschatus.) Ces deux animaux, les plus grands du nouveau monde, servent à la nourriture des sauva- ges nomades Apaches-Llaneros et u4paches-Lipanos, Le bison, appelé cibolo par les Mexicains, n est recherché que pour sa lan- gue, mets très - délicat. Ce nest peut-être qu’une variété de Yurus de l’ancien monde. Ne trouve-t- on pas en effet, sur les deux con- tinens, comme une preuve de leur ancienne union, et les hommes trapus des régions polaires , èt plusieurs espèces d’animaux , tel- les que la renne et lelan ? Les Mexicains donnent , en dialecte aztèque ^ le nom èèoquichqua- 90 CONSIDÉRATIONS quatre au bœuf européen, ce qui signifie animal cornu , du mot quaquaçitl ^ corne. Les cornes monstrueuses qu’on a trouvées dans de vieux édifices mexicains près de Cuernavaca, au sud ouest de Mexico, me paroissent appartenir au bœuf musqué. On peut appri- voiser le bison canadien, et le ren- dre propre à l’agriculture. Il pro- duit avec le bœuf d’Europe j mais on ne sait pas encore si cette race mélangée est féconde et peut se propager. La nourriture favorite du bison est le tripsacum dactj-^ loïdes y plante graminée appelée huffalo gras (herbe au bison), dans la Caroline du nord , et une espèce de trelfle voisine du trijo- lium repens^ que M. Barton a dis- SUR LES STEPPES. QI tinguëe par le nom de trifolium hisonicum {puffaloclover^y Ireffle du bison. (6) Voisin des monts hasalti^ ques dHarutsch , p. i o. En Egypte , auprès des lacs de Natron (Birket al Deuara) situes non loin du château ruine de Kasr, et qui du temps de Strabon n ë- toient pas encore divises en six rë - servoirs , s’ëlève une chaîne de collines escarpëes ; elles se dirigent d’orient en occident , au-delà du Fezzan, oii elles paroissent se rëu- nir à l’Atlas. Elles sëparent dans le nord-est de l’Afrique , comme l’Atlas dans le nord-ouest, la Lybie d’Hërodole habitëe et voisine de g2 CONSIDERATIONS la mer, du pajs des Berbères ou Biledulgerid, fécond en animaux. Sur les confins de l’Egjpte mojen- ne , toute la région , au sud du trentième parallèle, est une mer de sable, ou l’on ne trouve que trois oasis, ou îles riches en sources et en végétaux ; la plus septentrio- nale de ces oasis , la troisième des anciens, étoit le nome ammonique, état gouverné par la caste des prê- tres , et lieu de repos pour les cara- vanes ^ elle renfermoitle temple de l’Ammoun cornu (a) et le puits du soleil, dont l’eau devenoit plus fraî- (a) Diodore distingue le temple situé dans le fort , du temple de la forêt 5 près d\i puits du Soleil. ( Diod. edit. Wessel. p. 689. ) t sim LES STEPPES. qS che k certaines époques périodiques. D’après les recherches de Brown et d’Hornemann , l’oasis de Siwa, fé- conde en dattes , en bananiers , en pêches, en grenades et en olives, est Y udmmonium des anciens. Les rui- nes d’Ümmibida appartiennent in-- contestablement au caravanserai fortifié du temple d’Ammon, et par conséquent aux plus anciens mo- numens de la première civilisation humaine qui soient parvenus jus- qu a nous. Le mot oasis est égyptien , et a la même significaljon qu’Auasis et Hyasis {à), Abulfeda appelle l’oasis {a) Strabon , L XVII , p. ii 4 o. ed. Almeloveen. — Hérodote j 1 . III. p. 207. ed. Wessel. 1 94 CONSîDERATIOrrS al-wahat. Sous les derniers em« per^rs romains , on envojoit les malfaiteurs dans les oasis. On les exiloit dans les île? de la mer de sable^, de même que les Anglois et les Espagnols les déportent au- jourd’hui à la Nouvelle-Hollande et aux îles Malouines. Il est plus facile de s’échapper par l’océan, que par le désert qui entoure les oasis. Leur fertilité diminue par l’em- piétement (a) progressif des sables. La petite montagne d’Harutsch est composée de collines de ba- salte de forme grotesque. Suivant {a) V oyez la nouvelle édition alle- mande de l’ouvrage de M. Heeren , Idées sur la politique , etc. vol. 1 1 « p. 523. Rennel , c’est le mons ater de Pline. Ce basalte , dans un calcaire du Jura, me paroît analogue à ce- lui du Vicentin. La nature repète le même phénomène dans les ré- gions les plus distantes.Hornemann trouva dans ce calcaire du Jura d’Harutsch une qüantité prodi- gieuse de têtes de poissons pétrifiées. Les minéralogistes modernes ont trouvé en Egypte de la sjenite et du diabase primitif, mais point de basal- te. Les Egyptiens auroient-lls tiré de ces montagnes , situées à l’ouest de leur pays , le véritable basalte qui leur a servi à faire ces vases et ces statues que Ion trouve encore aujourd’hui ? Y auroit-il aussi dans ces régions delà pierre obsidienne, ou bien faut- il chercher le basalte g6 considératiows et la pierre obsidienne auprès de la mer rouge? (7) Se voyant tout-à-coup ahan- donne' parle vent alise de l’est, pag. II. Un phe'nomène remarquable, mais généralement connu des na- vigateurs, c’est que, dans les pa- rages voisins de la cote d’Afrique, entre les îles Canaries et du Cap- Verd, et particulièrement entre le cap Bojador et l’embouchure du Sénégal, le vent d’ouest se fait sentir au lieu du vent d’est ou alise, qui est général entre les tropi- ques. La vaste étendue du désert de Sahara est la cause de ce vent. L’air se raréfie au-dessus de cette surface de sable échauffé, et s’élève SUR LES STEPPES. gy en direction perpendiculaire. L’air de la mer se précipité vers la terre pour remplir cet espace raréfié, et produit ainsi ,1e long de cette partie de la côte occi.dentale d’Af rique,un vent d’ouest contraire aux navires destines pour l’Ame’rique. Les ma- rins, sans voir le continent, e'prou - vent 1 effet du sable qui re'llécliit la chaleur rajonnante. C’est la même cause qui produit le changement des brises de terre et de mer, qui sur toutes les côtes, soufflent alter- nativement à des instans de'termi- ne's du jour et de la nuit. Près des îles du Cap Vert, la mer est couverte d’une quantité' prodigieuse de varec (fucus na- tans ). On voit d’autres amas de I- 5 q5 considérations varec dans des parages plus au nord-ouest , presque sous le méri- dien des îles Açores CuerPO et Flores J entre les vingt troisième et trente -cinquième parallèles nord. Les anciens connoissoient ces pa- rages, semblables à des prairies. « Des navires phéniciens , dit i( Aristote ('a;, pousses par le vent (a) Aristot. de mirabilibus , p. 1 167. ed. de Duval. Paris. Dans ce passage important , il n’est pas question des îles du Cap- Vert , mais d’un endroit peu pro- fond , situé vers le trente-quatrieme ou trente-sixième parallèle, a Le varec , dit Aristote , est rais à dé- couvert par le reflux , et le flux le recouvre ». Ces bas-fonds ont-ils disparu par quelque révolution svn LES STEPPES. 99 d est, arrivèrent, après une navi- « gation de trente jours, dans un « endroit oii la mer ètoit cou- f( verte de roseaux et de varec (^d-^vûv iceti (pvîtoç))). Quelques per- sonnes pensoient que cette abon- dance de varec ëtoit un phénomène qui prouvoit l’ancienne existence de l’Atlantide engloutie. Il paroît que du temps de Christophe Colomb ces faits ëtoient oublies; car ses compagnons furent saisis d’effroi en voyant si abondante en plantes cette partie de la mer que les Portugais appeloient jnar de Sargasse, Les parages couverts de volcanique; ou bien sont-ce les ro- chers vus au nord de Madère par le capitaine Vobonne ? ÏOO CONSID Ér AT IONS varec aux environs des îles du Cap- Vert sont de'crits dans le përiple de H Scylax/éZ^, La mer au-delà de c< Cerne , n est plus navigable à H cause de son peu de profondeur , U des marécages et dçs varecs. Le « varec a une coudée d’épaisseur:^ H son extrémité supérieure est « pointue et piquante ». Si Cerne, comme le suppose le célèbre anti- quaire M. Idler, est Arguin, ce pas- sage du périple de Scjlax a rapport aux îles du Cap Vert, (8) JLes essaims nomades des Tibbos et des Tuaryks ^ p. 12. Ces deux peuplades habitent le (fl) Ed. de Gronovius. P. 126. SÜR LES STEPPES. lOl désert entre le Fezzan et la basse Egypte. C est Hornemann qui , le premier, les a fait connoître. Les Tibbos ou Tibbous errent dans l’est , et les Tuaryks dans l’ouest de la grande mer de sable. On distin- gue deux races de ceux-ci; celle d’Aghades et celle de Tagazi. Ils parlent la même langue que les Berbères, et appartiennent incon« testablement aux habitans primi- tifs de la Lybie. Ils offrent un phé- nomène physiologique bien remar- quable; car quelques-unes de leurs tribus sont, suivant la nature du climat, blanches , jaunâtres , ou presque noires ; mais sans avoir les cheveux crépus ni les traits nègres. 102 CONSIDÉRATIONS (9) Le navire du désert , p. i3. Dans les poe'sies orientales, le chameau est appelé le navire de terre ou du désert. — Voyez le Voyage de Chardin, t. 1 1 , p. 192» (10) Entre VÆtdi etle Mustag, p. 14. Le plateau des montagnes de l’Asie, qui renferme la petite Bu- karie, leTurkestan, le petit Thi- bet et le pays des hordes kalmou- kes , tatares et éluthes , est situé entre les trente - unième et qua- rante-huitième parallèles nord. La chaîne de l’Altaï comprend toutes les montagnes entre l’Yrtisch et le Jeniseï. Au sud, on trouve leS monts Alak, qui se réunissent à SUR LES STEPPES. Io5 l’Altaï par le chaînon de Bogdoj plus loin , à l’ouest de Cashgar , ou les Romains avoient un etablisse- ment pour commercer avec les Sères, est le Mustag (a) de Strah- lenberg, qui séparé la petite Bulga- rie du Thibet ^ ensuite viennent la chaîne d’Hindou-Roh et de Kelash, et enfin les monts Himala ou Hi- malek, qui enceignent comme d’un (a)Le Mustagj selon Rennel (Des- cription de rindostan — Atlas pl. i6. ) sépare la Scythie extra et intra Iriiaum. En tatare , mus ^ signifiô neige^et^Æg^j montagne. Les Chinois appellent cette partie montueuse de l’Asie moyenne SiucscTian , qui veut dire aussi montagne couverte de neige. ( De Guignes 5 hist. des Huns, t. i.p.4.) r I04 CONSIDERATIONS mur le pays de Cachemire. Ils font partie de llmaüs, sur Fétendue duquel les anciens a voient des idëes obscures , quoiqu en appa- rence systëhiatiques. Selon Lax- mann , le petit Altaï n a que mille quatre- vingt-treize toises d’ëleVa- tion. Mais de toutes ces chaînes de montagnes^ quelle est la plus hau- te? L'Himalahj à l’ouest de Sirb nagor ou , est couvert de neiges ëternelles ; ce qui , d’après sa latitude, n’exige guère qu’une élé- vation peu supérieure à celle de l’Etna, c’est-à-dire environ mille huit cents toises. Est-ce l’Himalah qui forme réellement la chaîne centrale et la plus élevée , ou cède- t-il sur ce point au Mustag et au Musart ? Ce dernier traverse , se- SUR LES STEPPES. Io5 Ion Pallas, le dësert de Gobi. Des envojes anglois se sont fait porter en litière au travers de l’Inde sep- tentrionale jusqu’au Thibet. Ils venoient de Calcutta , ou les baro- mètres sont très-communs, et ce- pendant nous ne savons encore rien sur l’ëlëvation de ce pays. Je crois qu’en Europe on n’en a que des idées très-exagérées , et que le Thibet est beaucoup plus bas que le plateau de Quito. (il) Une race de pasteurs b a-* sanés ^ les Hiongnoux^^. 17. Les Hiongnoux, que de Gui- gnes et plusieurs autres auteurs croient être les Huns, habitoient l’immense contrée de la Tatarie qui confine à l’est à Uo-leang-ho , 106 CONSIDERAT I ON s le territoire actuel des Mantscheou ; au sud à la muraille de la Chine j à l’ouest à U-siün^ et au nord au pays des Eluths (a).\x^ nom dHiong- noux est tatar , cependant il a aussi une signification en chinois , celle d’un malheureux esclave. Les Huns septentrionaux , pasteurs grossiers qui ne connoissoient pas l’agriculture ^ ëtoient d un brun fonce 5 les Hiongnoux ou Hajate- lahs plus méridionaux ^ sont les nations des Euthalites ou Nephta- lites, dont il est souvent fait men- tion dans les écrivains byzantins j ils habitoient sur les côtes orien- tales de la mer Caspienne ; et (a) De Guignes , hist. des fluns. t. X. ch. a. S¥R LES STEPPES. IO7 avoient le visage assez blanc. Ils exerçoient Fagriculture et demeu- roient dans des villes. On les ap- pelle souvent Huns blancs , et d’Herbelot dit que ce sont des Scy- thes juifs (a), ^\xv Punu ^ le chef ou le tanju des Huns, et sur l’ex- trême sécheresse et la famine qui eurent lieu l’an 46 après J. G. , et qui occasionnèrent la migration d une partie de la nation , vers le nord, voyezDe Guignes, t.i, ch. 1 1. oint de pierres taille es ig. Sur les bords de l’Orenoque , près du Gaicara, ou la contrée boi- sée confine à la plaine, nous avons (a) De Guignes , hist. desHuïis , t. 1. ch. a. Io8 C ON s I D É R A T I ON s effectivement trouve des figures du soleil et d’animaux gravées sur les rochers; mais dans les llanos y on n’a pas découvert de vestiges de ces monumens grossiers d’anciens babitans. On doit regretter de n’a- voir obtenu aucun renseignement satisfaisant sur un monument , qu’on avoit envoyé en France au comte de Maurepas, et qui , se- lon le récit de Kalm avoit été trouvé par M. de Verandrier dans les savanes du Canada, a 900 lieues à l’ouest de Montréal, dans une expédition aux côtes du grand océan. Ce voyageur rencontra au milieu de la plaine, des masses (a) Voyage de Kalm , — t. 5. — p. 4iô delà traduction allemande. SUR LES STEPPES. IO9 prodigieuses de pierre, élevées par la main des hommes; sur lune d’elles on vit quelque chose, qu’on prit pour une inscription tarta- re (a). Comment un monument aussi intéressant n’a-t-il pas été examiné? Devoit-on y voir réelle- ment des lettres, ou bien un ta- bleau historique , comme ce qu’on a appelé Tinscription phénicienne trouvée sur les bords de la rivière de Taunton, dont Court de Ge- belin {b) a donné la gravure et (a) Archœoldgia or miscellaneous traits publishedbythe society of anti- quarians of London, t. 8 . p. 3 o 4 . (^) Court de Gebelin , Monde pri- rnitif , t.^ 7. p. 57-595 et 561-567. I^ota. Il appelle constamment la ^rivière Jaunstan, IIO CONSIDÉRATIONS Texplication ? Je pense avec Val- lencej que , très-probablement, des peuples ciYÜises de l’Asie ont jadis parcouru cette plaine- Mais reste- t-il des monumens qui attestent leur passage? Verandrier fut ex- pédié par le chevalier de Beau- harnois , gouverneur - général du Canada, à-peu-près vers Tan 1 746. Plusieurs jésuites de Quebec assu- rèrent M. Kalm qu’ils avoient tenu l’inscription dans leurs mains ; elle étoit gravée sur une petite tablette, que l’on avoit trouvée fixée dans un pilier sculpté. J’ai engagé plu- sieurs de mes amis en France à faire des recherches pour décou- vrir ce monument, dans le cas où il auroit existé dans la collection de M. de Maurepas. M. de Yeran- % SUR LES STEPPES. lH drier prétendoit aussi avoir dé- couvert , dans les savanes du Ca- nada occidental J durant des jour- nées entières , de longues traces de sillons de charrue ; d’autres voya- geurs avant lui disoient avoir i e- ‘ marqué la même chose. Mais la charrue étoit un instrument entiè- rement inconnue aux habitans pri- mitifs de l’Amérique; de plus le manque de bestiaux, et le vaste espace que ces sillons occupent dans la savane , me font conjec- turer que c’est par le mouvement d’une grande masse d’eau, que la surface du sol a pris l’aspect sin- gulier d’un champ laboure. (i 'S)Comme un bras de mer, p. i g. La grande steppe, qui s’étend de J IÎ2 CONSIDER ATIOWS lest à l’ouest depuis l’embouchure de l’Ore'noque , jusqu’aux monta- gnes couvertes de neige de Mërida, tourne au sud sous le huitième pa- rallèle, et remplit l’espace situe entre la pente orientale des monts elevës de Nueva-Granada , et les* rives de l’Orënoque qui, dans cet endroit , coule au nord. Cette par- tie des llanos arrosée par le Meta , le Vichada, le Zama et le Gua- viare, unit le bassin de l’Amazone avec celui de l’Orëiioque. Dans les colonies espagnoles , on appelle paramo toutes les montagnes qui s’élèvent depuis 1800 jusqu’à 2200 toises au-dessus du niveau de la mer, et dont le climat est dur et inhospitalier. Chaque jour voit tomber de la neige et de la grêle , r SUR LES STEPPES. Il3 durant des heures entières , sur le haut des paramos. Les arbres y sont rabougris , étendus en éven- tail, mais leurs branches noueuses sont ornées d’un feuillage frais et toujours vert; la plupart ont un aspect qui rappelle celui du lau- rier et du myrthe. Uescallouia tiibary Xescallonia myrtilloïdes , les freziera et notre myrtus mi- crophylla {a) y peuvent donner une idée de cette physionomie des plantes. Au sud de Santa-Fe de Bogota on trouve le fameux paramo de la summaPaz^ groupe isolé de montagnes, oii, suivant la tradition des indigènes , il y a ( a ) Hiimboldt et Bonpland ^ plantes écpiinoctiales, vol. i. p. 19. Il4 CONSIDÉ RATIONS de grands trésors caches. De ce paramo sort un ruisseau qui ^ dans le ravin d’Ycononzo^, roule en écu- mant sous un pont naturel très- remarquable. (i 4 ) On ne faisait pas attention aux chaînons y p. 20. L’espace immense qui s’étend de la côte orientale de l’Amerique du Sud jusqu’à la pente orientale des Andes, est partagé par deux masses de montagnes qui séparent les trois plaines ou bassins de l’O- rénoque inférieur, de l’Amazone et du Rio de la Plata. La plus sep- tentrionale de ces deux masses , la chaîne des cataractes ou du Do- rade ^ semble sortir des monts de SUR UES STEPPES. n5 Pamplona , qui se prolongent beau- coup dans l’est.Elle est interrompue parles llanos de Meta, et ce n est que sous le 70“'. degré de longitude que ces montagnes atteignent une grande hauteur. La chaîne de Pacarayma la réunit aux colli- nes granitiques de la Guiane fran- coise. La carte de l’Orénoque, que j’ai tracée d’après des observations astronomiques , représente fidèle- ment cette jonction. Les Caraïbes , qui, des missions de Carony , se rendent aux plaines du Rio Mao ^ et jusqu’à celles des frontières du Brésil, franchissent dans ce voyage les chaînes de Pacarayma et Qui- miropaca. La seconde masse de montagnes qui sépare le bassin de l’Amazone de celui du Rio de la I Il6 CONSIDERAT IONS Plata est la chaîne de Chiquitos et de Santa-Cruz de la Sierra. Elle joint les Andes du Potosi et de rOruro aux montagnes de Matto- Grosso, situées dans le Brésil. Plus à l’est, elle paroît moins elevëe, surtout entre les sources du Rio Tocantines et du Rio Parana. L’une de ces rivières se jette dans le fleuve des Amazones ; l’autre dans celui de la Plata. Les mon- tagnes du Dorado et celles de Chi- quitos se prolongent de l’ouest à l’est ^ mais leur composition géolo- gique n’a pas encore été examinée assez exactement, pour qu’on puisse les considérer comme des chaînes qui, sortant des Cordillères, seC tendent sans interruption jusqu’à la côte orientale. Nous pouvons SUR LES STEPPES. JÎJ espérer des renseignemens pré- cieux sur les monts de Chiquitos, ou les rivières de Puruz et de Béni prennent leur source, d’un bo- taniste allemand , M. Thadée Hænck , élève de Jacquin , qui , depuis quinze ans , habite la pro- vince de Gochabamba , une des contrées les plus belles et les plus fertiles du monde. (i 5 ) Des hordes de chiens de çenus sawages ^ p. 21. Dans les savannes ou Pampas de Buenos- Ajres , les chiens d’Eu- rope sont devenus sauvages. Ils vivent en société dans des trous ou les petits se cachent. Si la société devient trop nombreuse , quelques Il8 CON SininATlONS familles la quittent et fondent une nouvelle colonie. Le chien d Eu- rope , devenu sauvage , aboyé aussi fort que le chien indigène de 1 A- mérique. Garcillasso rapporte que, avant l’arrivée des Espagnols , les Péruviens avaient l’espèce de chien appelée perros gosquez. Il donne au chien indigène le nom d allco. Pour distinguer ces deux animaux dans la langue des Qquichuas, on appelle le dernier Tiincillco , chien indien. Ce ronaZ/co paroit n’être qu une simple variété du chien des bergers. Il est plus petit, a le poil long avec des taches blan- ches et brunes , et les oreilles droi- tes et pointues. Il aboyé beaucoup , mais il ne mord que tres-rarement. L’inca Pachacutec, dans une de SUR LES STEPPES. I IÇ) ses guerres religieuses, ayant vaincu les Indiens de Xauxa et de Huan- ca , et les ayant convertis par vio- lence au culte du soleil, trouva e'tabli chez eux le culte des chiens. Les prêtres faisoient une sorte de cor avec le crâne du chien. Les fidèles mangeoient en subs- tance la divinité du chien (aj. Ijovs des e'chpses de lune, les chiens du Pérou jouoient leur rôle : on les baltoit jusqu’à ce que l’éclipse fût finie. Le seul chien muet, mais entièrement muet, était le techichi du Mexique , variété du chien commun appelé chichi. Peut-être le mot techichi vient -il du mot (a) Commentarios reales , t. i . p. 104. 1:20 CONSIDÉRATIONS radical de la langue aztèque techi- chializtlij attendre ou guetter 1 en- nemi. Les habitans , ainsi que les Tatares^ se nourrissoient de ce chien muet. Cet aliment etoit si necessaire aux Espagnols mêmes ^ avant rintroduction des bestiaux , que peu -à -peu toute la race en fut détruite (a), Buffon confond le te- chichi avec le coupara de la Guya- ne (b). Ce dernier est identique avec lursus cancrivorus, ou l’a- guara-guaza mangeur de moules de la côte des Patagons (c). Linné, {a) Clavigero storia di Messico , t. 1 . p. 73 . (^) Bnffon J tom. i5 j p. i53. (c) Azara sur les quadrupèdes du Paraguay j t. 1 . p. 3i5. SUR LES STEPPES. 121 au contraire , confond le chien muet avec ntzcuinte-potzoli , es- pèce de chien encore assez impar- faitement décrite , et qui se distin- gue par une queue courte ^ une tête très-petite et une grosse bosse sur le dos. Ce qui m’a extrêmement surpris en Amérique , et surtout à Quito et au Pérou , c’est le grand nombre de chiens noirs sans poil que Buffon appelle chiens turcs CaJ^ Cette variété y est très-commune, mais , en général , très - méprisée et très-maltraitée. Ces chiens exis- toient-ils dans le Nouveau-Monde avant sa découverte par les Euro- péens? Les Portugais les y ont-ils apportés d’Afrique, ainsi que d’au- ( a) Canis ÆgyptiusLinnæi. I. 6 122 CONSIDERATIONS très productions de cette contrée ? ou bien est-ce l’influence du cli- mat qui a créé cette variété dans le nouveau continent ? Cette dernière conjecture est à-peu-près invrai- semblable ; car tous les chiens d’Eu- rope se propagent très - bien en Amérique , et si l’on n’y trouve pas d’aussi Jolis chiens, cela tient au peu de soin qu’on en prend, et peut-être aussi à ce qu’on n’y a pas introduit les plus belles variée tés, telles que les levrettes et les danois mouchetés. Dans les colo- nies espagnoles, on regarde le chien sans poil comme venant de la Chine : on l’appelle perro chinesco ou chino, et on croit que la race en a été apportée de Canton ou de Manille. Un animal indigène du SÜR LES steppes. I aS Mexique ëtoit le loup appelé xaloitzcuintli, très - grand , en- tièrement dénue' de poils et ressemblant au chien. M. Bar- ton (^a) J trouve une ressem- blance frappante entre tous les noms qui, dans l’ancien et le nou- veau continent, désignent le chien. Le mot latin ccinis a évidemment de l’analogie avec le mekanne des W uanaumeehy nation canadien- ne, et avec le kannang des Sa- mojèdes asiatiques. Il j avoit aussi des chiens européens devenus sau- vages dans les îles de Cuba et de (a) Smith’s Barton ’s fragraents of the natural history of Pensylvania , 1 . p. 34. I i 124 CONSIDÉRATIONS Saint-Domingue lors de leur con- quête par les Espagnols {aj. (16) Des causes multipliées et en partie encore peu déi^elop- pées^Ÿ* J’ai essaye de rassembler dans un tableau les nombreuses causes de l’humidité et du moindre degré de chaleur de l’Amérique. On com- prend bien qu’il n’est ici question que de la constitution hjgrosco- pique de l’air en général, ainsi que de la température de tout le nou- veau continent. Quelques contrées, par exemple l’ile delà Marguerite, les côtes de Cumana et de Coro , {a) Garcilasso, t. p. 826. ■ ' I y - SUR LES STEPPES* 1^5 sont aussi chaudes et aussi arides qu’aucune partie de l’Afrique. Le maximum de la chaleur, lorsque l’on prend un grand nombre d’annëes , se trouve presque égal sous tous les parallèles du monde , sur les bords de la Newa, du Sénégal, du Gange et de rOrënoque, c’est* à-dire qu’il est toujours entre le trentième et le trente- deuxième degré de Réau- mur. Il ne s’élève pas plus haut, si l’on fait les observations à l’ombre , loiii de tout corps solide qui réflé- chit la chaleur, et non dans un air rempli d’une poussière échauffée, ni avec un thermomètre à l’esprit- de-vin qui absorbe la lumière. La température moyenne des ré- gions du tropique ou du climat des palmiers est entre le vingtième 12Ô CONSIDÉRATIONS et le vingt - deuxième degré de Réaumur, et l’on ne remarque pas de différence entre les observa- tions recueillies au Sénégal ^ à Pon- dichéry et à Surinam. La grande fraîcheur , l’on pour- roit même dire le froid qui règne presque toute l’année le long de la côte du Pérou sous le tropique , et qui fait baisser le thermomètre à I O degrés^ n’est nullement , comme j’espère pouvoir le démontrer, un effet du voisinage des montagnes couvertes de neige; mais est due plutôt à ce brouillard (garua) qui voile le disque du soleil , et à ce courant très-froid d’eau de mer qui porte avec impétuosité vers le nord, depuis le détroit de Magel» SUR LES STETPES. I37 lan jusqu’au cap de Parinna. Sur la côte de Lima, la tempeVature du grand Océan esta 120, 5 ; tandis que, sous le même parallèle, mais hors du courant, elle est à 21®. Il est singulier qu’un fait aussi sur- prenant n’ait pas encore été re- marqué. (17) udmériqiie est sortie Æ Veiii^eloppe aquatique du chaos y p. 26. Un naturaliste très- ingénieux , M. Smith Barton faj , a déjà dit avec beaucoup de justesse : u Je « ne puis considérer que comme (a) Fragments of the natural his- tory of Pensylvania , t. i.p. 4* l- r 128 COItSIDERATIONS (( puerile^ et nullement prouvée U par Fëvidence naturelle, la sup- « posiîion qu’une grande partie de c( 1 AmeVique est sortie du sein des cc eaux plus tard que les autres <( continens ». Qu’on me permette de citer aussi un passage d’un mémoire que j’ai compose sur les peuples primitifs de l’Ameri- que faj, r Des écrivains justement célébrés ont trop souvent répété que l’Amérique est , dans toute Té- tendue du mot, un continent nou- veau. Cette richesse de végétation, cette masse de fleuves immenses, ces grands volcans toujours en fer- mentation, annoncent, disent-ils, (a) Berliner Monatschrift , t. i5. p. 190. SUR LES STEPPES. 129 que la terre, sans cesse tremblante et non entièrement se'che'e , y est moins éloignée de l’étcft primitif du chaos que dans l’ancien continent. Des idées semblables long-temps avant mon vojage , m’ont paru aussi peu philosophiques qu’op- posées aux lois généralement re- connues de la physique. Ces ima- ges de jeunesse et de désordre, ainsi que d’une sécheresse et d’un manque progressif de vigueur de la terre vieillissante, ne peuvent naître que chez ceux qui s’amu- sent à saisir des contrastes entre les deux hémisphères , et n’embrassent pas d’un coup -d’œil général la constitution de notre planète. La partie sud de l’Italie est-elle un pays plus nouveau que la Lombardie , l5o CONSIDÉ RATIONS parce quelle est presque conti- nuellement troublée par des trem- blemens de terre et des éruptions volcaniques? D’ailleurs, que nos volcans et nos tremblemens de terre actuels sont de petits phéno- mènes auprès de ces révolutions de la nature que le géologue doit sup- poser , lors de la dissolution et du refroidissement des masses qui ont formé les montagnes quand la terre étoit encore à Fétat de chaos ! Des causes différentes doivent, dans des climats éloignés , faire varier les effets de l’énergie de la nature. Dans le Nouveau-Monde, les vol- cans, au nombre de cinquante- quatre , ont dû peut-être brûler plus long temps, parce que la chaîne des montagnes élevées ou ils sont SUR LES steppes. iSi si tues est plus près de la mer, et parce que ce voisinage et la neige e'ternelle qui les couvre paroissent modifier d une maniéré encore peu appré-» cie'e 1 energie du feu souterrain.Les tremblemens de terre et les érup- tions y coopèrent pe'riodiquement. Présentement le désordre physique et la tranquillité politique régnent dans le nouveau continent, tandis cjue, dans l’ancien, les discordes des peuples forcent à chercher du repos au sein de la nature. Peut- etre viendra— t-il un temps où une partie du monde prendra la place de 1 autre dans ce singuher con- traste entre l’énergie physique et l’énergie morale. Les volcans se reposent pendant des siècles, avant de se rallumer de nouveau. L’opi- l5a CONSIDERATIONS nioii que, dans les régions plus anciennes , il doit régner une cer- taine paix dans la nature, n est fondée que sur un jeu de notre imagination. Un côté de notre pla- nète ne peut pas être plus vieux ou plus jeune que lautre. Les îles produites par des volcans , telles que les Açores , ou formées peu-à- peu par les mollusques du corail, comme plusieurs îles du grand Océan, sont, en général, plus ré- centes que les masses de granit de la chaîne du centre de TEurope. Une contrée peu étendue , comme la Bohême et plusieurs vallées de la lune , entourées circulairement par des montagnes , peut rester long- temps couverte d eau par suite d’inondations partielles , et former 4 SUR LES STEPPES. 1 55 un lac. Après qu’il se seroit entiè- rement écoulé, on pourroit, par métaphore, donner le nom de ter- rain de nouvelle origine à celui-ci ou les végétaux s’établiroient par degrés. Mais une enveloppe aqua- tique , telle que le géologue se la représente lors de la formation des montagnes secondaires , ne peut , d après les lois de l’hydrostatique , se supposer que comme existante à-la-fois dans toutes les parties du monde et dans tous les climats. La mer ne peut pas séjourner sur les plaines immenses del’Orénoque et de l’Amazone , sans ravager en même-temps les pays situés autour de la mer Baltique. L’enchaîne- ment et l’identité des couches se- I V I î34 CONSIDERATIONS condaires près de Caraccas^ dans la ^ Thuringe et la basse Égypte^ prou- vent^ comme je le développe dans mon Tableau géologique de l’Amé- rique méridionale, que cette grande opération de la nature s’est faite à la même époque sur toute la terre.» ( 5 ) Et plus* frais et plus hu- mide , p. 2^6. Le Chili , Buenos- Ayres, la par- tie méridionale du Brésil et le Pé- rou , tiennent , du peu de largeur du continent qui va en se rétré- cissant vers le sud , un climat sem- blable à celui d’une île , c’est-à-dire des étés frais, et des hivers doux.Ces SUR LES STEPPES. l 55 avantages de l’heniisphère austral se font sentir ijitsqu’au 4o'. parallèle sud; mais au-delà ce nest plus qu’un désert inhospitalier. Le dé- troit de Magellan est situé par le 53 *. et le 54 ^ parallèle ; cependant dans les mois de décembre et de janvier, oii le soleil est dix-huit heures sur l’horizon, le thermo- mètre ne s’élève qu’à quatre de- grés. Le soleil éclaire tous les jours la plaine, et la plus grande cha- leur que M.Ghurrucay ait observée en décembre 1788, c’est-à dire en été, n’alloit pas au-delà de neuf degrés. Le cap Pilar^ dont les ro- chers escarpés n’ont que 218 toises de haut, et qui forme au sud l’ex- trémité de la chaîne des Andes, I l56 CONSIDÉRATIONS a presque le meme degré de lati- tude que Berlin (a). (19) Vne seule mer de sable con- tinuer^. 2^. Si l’on peut considérer ces bruyè- res toujours pressées en groupes, qui se prolongent depuis l’embou- chure de l’Escaut jusqu’à l’Elbe, et depuis la pointe de Jutland jus- qu^ux montagnes du Harz, comme une phalange continue de plantes, on peut suivre aussi comme une mer ces sables qui s’étendent à travers l’Afrique et l’Asie, depuis 1 ^ cap Bojador jusqu’au-delà de (<2) Belacion del viage al estrecho de Magellanes , appendice 1793 ? p« 76. SUR LES STEPPES. iS-J rindus , dans une etendue de plus de 1400 milles. La région sablonneuse d’Hërodote, appelëe par les Arabes desert du Sahara, traverse comme un bras de mer desséche l’Afrique entière, entre le i8e. et le pa- rallèle boréal. Sa plus grande lar- geur du nord au sud, comme le remarque le judicieux Heeren (a), est entre Maroc et Tombut. C’est au contraire entre Tripoli et Cash- na que le désert est le plus étroit , et qu’il est le plus fréquemment coupé par des cantons riches en sources. La vallée du Nil est à l’est la limite du désert de Ljbie, dont le pays de Berdoa et de Bilma sont (æ) Heeren , Idées, etc. a®, édi- tion allemande. la partie la plus fertile. Au-delà de 1 isthme de Suez^ au-delà des ro- chers de porphyre, de sj ënite et de diabaze du mont (a) Sinaï, com- (a) Les moines de cette montagne montrent encore aujourd’hui aux étrangers les tables de la loi de Moïse. M. Hosier, élève du célèbre Dolomieu , possède des morceaux de ces tables , qui sont de syenite abon- dante en amphibole. Cette syenite paroit etre posée sur du porphyre à base depétrosilex. Plus avant dansla plaine , près de Nedsjed , on trouve du schiste primitif , de la wacte grise , et une brèche ancienne dans laquelle sont enchâssées des masses de granit et de porphyre. Cette brèche étoittrès-estiméepar les sculp teurs anciens. SUR LES STEPPES. I 3g mence le désert de Nedsjed, qui occupe toute la partie intérieure de FArabie , et qui est borné à Fouest et au sud par les pays fertiles et plus heureux de FHedjaas et de FHadramaut , situés le long des côtes. L’Euphrate termine à Fest les déserts d’Arabie et de Syrie. Des sables immenses coupent toute la Perse, depuis la mer Caspienne jusqu’à celle des Indes, et com- prennent aussi les déserts d’Ajemi, de Rerman et de Mekran , abon- dans en sel et en kali. L’Indus sé- pare le dernier désert de celui de Multan, arrosé par la riyière de Caggar. La surface occupée par cette mer de sable, depuis la côte occidentale d’Afrique, jusqu’à De- balpour et Pattoun dans Flnde,me CONSIDÉ HATIONS paroît être deplas de trois cent mille lieues carrées, en fais ant abstraction des cantons fertiles ou oasis. (^o) La partie occidentale de VA.tlas^ p. 28. M. Bory Saint-Vincent (a) a de nouveau agité la question relative à la position de l’Atlas des anciens. En faisant cette recherche, il ne faut pas confondre les anciennes tradi- tions phéniciennes ,avec ce que les Grecs et les Romains ont débité sur 1 Atlas à une époque moins re- culée. M. Ideler, qui réunit la connoissance approfondie des lan - (æ) Essai sur les îles Fortunées ^ p. 427. SUR LES STEPPES. I/^l gués, à celle de lastronomie et des mathématiques, a le premier dé- brouillé ces notions confuses. J’es- père qu’on me permettra d’insérer ici ce qu’un savant aussi éclairé m’a communiqué sur ce sujet im- portant. (( Dès le premier âge du monde, les Phéniciens se hasardèrent à passer le détroit de Gibraltar. Ils fondèrent, sur les côtes de l’océan atlantique en Espagne , Gades et Tartessus,et en Mauritanie Lixus et plusieurs autres villes. De ces établissemens ils naviguoient le nord jusqu’aux îles Cassitérides , d’oii ils tiroient de l’étain, et jus- qu’aux côtes de Prusse oii ils trou- voient de l’ambre. Dans le sud ils 1 y 1^2 C ON SIDERAT î ON S savançoient au-delà de Madère jusqu'aux îles du Cap -Vert. Ils fréquentoient surtout larchipel des Canaries. Là, ils furent surpris à la vue du Pic de Tènëriffe , dont la hauteur déjà très-considérable paroît encore plus grande, parce qu’il s’élance immédiatement au- dessus de la surface de la mer. Les colonies qu’ils envoyèrent en Grèce, et surtout celle qui , conduite par Cadmus, aborda en Béotie, por- tèrent dans ces contrées la connois- sance de cette montagne élevée au- dessus de la région des nuages. Ils y firent connoitre les îles fortunées qu’elle domine, et qu’em- bellissent des fruits de toutes sor- tes, entr’autres des pommes d’or (oranges). Cette tradition se pro- SUR LES STEPPES. pagea en Grèce par les chants des poetes , et arriva jusqu’au temps d’Homère. Son Aflas connoit les profondeurs de la mer ; il porte les grandes colonnes qui séparent la terre du ciel (a). Les Champs- Elysees sont dépeints comme une terre enchanteresse situe'e dans l’ouest. Hésiode parle d’At- las à-peu-près de la même ma- niéré, et dit qu’il est voisin des nymphes Hespérides (c). Il nomme île des bienheureux les Champs- Elysees, qu il place aux extrémités (a) Odyssée , lir. i. y. Ô2. (5) Iliade , liv. 4 . V. 56i. Le mot est d’origine phénicienne , et signifie séjour de joie, (c) Théogonie , liv. 5. v. 5i;t. l44 CONS ID £R ATI ÔNS de la terre, à loccident (a). Des poètes moins anciens ont embelli et orné les fables d’Atlas , des Hes- peVides, de leurs pommes d’or, et des îles des bienheureux qui sont le séjour des hommes justes après leur mort. Ils ont aussi réuni les expéditions de Mélicertes, dieu du commerce chez les Tjriens , et celles de l’Hercule grec. Ce ne fut que très-tard, que les Grecs com- mencèrent à rivaliser dans la navi- gation avec les Carthaginois et les Phéniciens. Ils visitèrent à la vérité les côtes de la mer atlantique, mais il ne paroît pas qu’ils s’j soient avancés bien loin. Il est douteux qu’ils ajent vu le pic de Ténériffe (a) Opéra et Dies j v. 167. SUR LUS STIÎPPES. l45 et les îles Canaries; car ils pen- s'oieiit qu’il falloit chercher sur la côte ouest de l’Afrique l’Atlas , que leurs poètes et leurs traditions leur avoient représenté comme une montagne très-élevée, et située à l’extrémité occidentale de la terre. C’est aussi là que \e transposèrent Strabon ^ Ptolémée et les autres géographes. Mais comme on ne trouve dans le nord-ouest de l’A- frique aucune montagne d’une hauteur remarquable, on fut très- embarrassé pour connoître la véri- table position de l’Atlas. On le chercha tantôt sur la côte , tantôt dans l’intérieur du pays, tantôt dans le voisinage de la mer médi- terranée, tantôt plus au sud. Au premier siècle de notre ère, époque I, 7 i46 considérations à laquelle les Romains portèrent leurs armes dans l’inte'rieur de la Mauritanie et de la Numidie , on prit l’habitude de donner le nom d’Atlas à la chaîne de montagnes qui, au nord de l’Afrique, s’étend de l’est à l’ouest dans une direction à-peu-près parallèle à celle des côtes de la Méditerranée. Cependant, Pline et Solin sentoient bien que les descriptions de l’Atlas, faites par les poètes grecs et romains, ne con- venoientpas à cette chaîne de mon- tagnes. Ils pensaient donc qu’il fal- lait placer dans la terre inconnue du milieu de l’Afrique ce pic dont ils faisaient un tableau si agréable d’après les traditions poétiques.Mais l’Adas d’Homère et d’Hésiode ne peut être que le pic de Ténériffej SVK les steppes. 147 tandis que c’est dans le nord de I Afrique qu’il faut chercher l’Atlas des géographes grecs ou romains. » J’ose ajouter quelques remarques à ces e'claircissemens instructifs de M. Ideler. Suivant Pline et Solin, l’Atlas s’ëlèvedu milieu d’uneplaine de sable e niedio arenarum ), Des ële'phans , que certainement on n’a jamais connus à Tënëriffe, paissent sur ses flancs. Ce qu’au- jourd hui on désigné par le nom d Atlas est une longue chaîne de montagnes. Comment se fit-il que les Romains crurent reconnoître dans cette chaîne le pic isole' d He’rodote ? La cause n’en seroit- eUe pas dans cette illusion op- tique d’après laquelle une chaî- 1/^8 CONSIDÉRATIONS ne de montagnes vue de profil dans le sens de sa longueur, paroit un pic retrdci? Étant en mer , jai sou- vent pris des chaînes prolongées pour de& montagnes isolées. Selon Hoest, l’Atlas , près de Maroc, est touiours couvert de neiges. Far conséquent , sa hauteur , cet en- droit, doit être de plus de dix-huit cents toises.Une chose qui me sem- ble remarquable, c’est que, suivant Pline, les Barbares ou les anciens Mauritaniens appeloient 1 Atlas, Djris. Aujourd’hui encore, la chai- ne de l’Atlas porte , chez les Ara- bes , le nom de Daran, mot qui a les mêmes consonnes que Dy- ris. Hornius (a) croit, au con- (a) Hornius de originihus Amen- -eanorum , page i85. SUR LES steppes. traire, reconnoitre le mot Djri dans le nom guanclie du pic d< 1 enenffe, Aja-Djrma. (2i)Zes Monts de la Lune, Ml- koniri, p. 29. Les montagnes de la Lune, de Ptolemee, ou l’Al-komri d’Atul- leda, sont représentées sur les car- tes de Rennel et d’Arrowsmith comme une chaîne enorme, non interrompue et parallèle à l’équa- teur. Leur existence est certaine, mais leur étendue et leur direction sont encore trop prohlématiques pour les tracer d’une manière aussi positive qu’onthasardé de le faire es deux géographes anglois. L’Ha- l5o CONSIDERATIONS besch est un plateau très-élevë, comme le Quito; et, s’il faut s’en rapporter aux mesures que Bruce dit avoir prises avec le baromètre , les sources du Nil sont élevées de seize cent cinquante quatre toi- ses au-dessus du niveau de la mer. Une partie du Sennaar a huit cents toises d’élévation. Un fait digne d’attention, c’est queMeroe, cet état où les hommes furent civilises à une époque si reculée, netoit pas éloigné de ces pays montueux. Ainsi, en Afrique comme dans le nouveau continent, c’est sur les montagnes ou dans leurs environs qu’habitèrent les premiers peuples piviüsés. Dans ia partie septentrionale de 1 Océan atlantique^ entre l'Europe, 1 Afrique du nord et le continent du Nouveau-Monde, les eaux sont poussées par un courant qui, re- venant sur lui-menie, forme un véritable remous. Entre les tropi- ques, le courant general, qu’on pourroit appeler le courant de rotation , suit , comme le vent alise, la direction d’orient en occident. Il accéléré la marche des navires qui \oguent des Canaries a l’Amerique méridionale. Il rend presqu’impos- sjble la traversée en ligne directe de Garthagena de Indias à Gutnana, i f./ ï 52 COWS IDÉrA T IONS traversée dans laquelle il faut vain- cre lé coürafit. Le nouveau conti- nent, à partir de l’isthme de Panama jusqu a la partie septentrionale du Mexique, forme une digue qui ar- rête le mouvement de la mer vers l’occident. Depuis Veragua , le courant est forcé de changer sa di- rection pour suivre celle dü nord , et de se plier à toutes les sinuosités des côtes de Gosta-rica, de Mos- quitos , de Gampéche et de Tàbas- co. Les eaux qui entrent dans le golfe du Mexique par l’ouverture qui se trouve entre le cap Gatoche et nie de Guba, après avoir éprou- vé un grand remous partiel entre la Vera-Gruz,Tamiagua, l’embou- chure du Rio Bravo del norte et la Louisiane, retournent dans i’O- SUU LES steppes. i53 cean par le canal de Bahama. Elles y forment ce que les marins appel- lent le courant du golfe, qui est comme un torrent d’eaux chaudes qui courent avec une grande vi- tesse et qui s’éloignent ins^sible- ment de la côte de l’Amérique sep- tentrionale en suivant une direc- tion diagonale. Lorsque les navires qui viennent d’Europe et sont des- tinés pour cette côte, ne sont pas surs de la longitude où ils se trou- vent ; ils peuvent s’orienter dès qu ils ont atteint le courant du golfe , dont la position a été exac- tement déterminée par Franklin , Williams etPownalLDepuis le qua- lâîitc-uniemc parâllele^ ce long cou- rant d 031 ÎX cliâudes se dirige vers l’est en diminuant peu-à-peu de l54 CONS IDE P,. AT 10 NS ■vitesse et en augmentant de lar- geur. Avant d’arriver aux plus oc- cidentales des Açores^ il se partage en deux bras, dont, au moins à certaines époques de l’annëe, l’un se porte sur l’Islande et la Norvège, et l’autre sur les lies Canaries et les côtes ouest de l’Afrique. Ce remous de rOcëan atlantique , dont je traite amplement dans le second volume dé mon voyage aux tro- piques, explique clairement pour- quoi , malgré les vents alises , des troncs de cedrella odorata sont poussés des côtes d’Améri- que sur celles de Ténériffe. Dans le voisinage du banc de Terre- Neuve, j’ai fait plusieurs expérien- ces sur la température du courant du golfe. 11 charrie avec une grande SUR LES STEPPES. i55 rapidité les eaux chaudes des pa- rallèles moins élevés , dans des la- titudes plus septentrionales. Aussi la température du courant est-elle de deux à trois degrés R. plus élevée que celle des eaux voisines qui en forment les rives et dont le mouvement est nul. Ces phéno- mènes sont analogues à ceux que nous avons observés sur la côte du Pérou , et dont il est fait mention dans la note seizième. ( 25 ) Ni les le'cidées ni aucun àutre lichen y p.3i. Voici les lichens dont la terre dénuée de végétaux commence à se couvrir dans les pays du nord : Bacomyces roseus ; B. rangife- î56 CONSIDERATIONS rinus, Lecidea muscdrum, L. ic« madophila ; quelques autres crjp- îogamés s j joignent pour préparer îa végétation des herbes et des plantes. Entre les tropiques, ou les mousses et les lichens ne crois- sent abondamment que dans les endroits ombrages , quelques plan- tes grasses, telles que le sesüvium ou le portulàcca , suppléent aux iichens terrestres, ( 24 ) L^éducntion des animaux qui donnent du lait ^ p. 35. Deux animaut de lespèce du bœuf, c’est-à-dire le bixon et le bœuf musquë , dont nous avons déjà parle, sont indigènes du nord SUR LES STEPPES. l5^ de l’Amérique*; mais les natu- rels Quels neque mos, neque cultus eratjiiec jung-erc tauros ^ • • . • . . norant. Virg, Aen , , viii , 3 1 6. buvoient le sang fumant et non le lait de ces animaux. M. Barton a émis une opinion assez proba- ble (a) ; c’est que quelques tribus du Canada occidental elevoient le bizon à cause de sa chair et de sa peau. On sait qu’au Pérou le llama est un animal domestique ; on ne le rencontre nulle part dans son état sauvage primitif; ceux qu’on trouve sur la pente occidentale du Chimborazo sont devenus sauvages {à) Fragments , t. i. p. 4. î58 coüysïderations lorsque Lican ^ Fancienne resî-* deiice des dominateurs de Quito , fut détruite et réduite en cendres. Au sud de la rivière de Gjla ^ qui se jette dans le golfe de Cali- fornie ( rnar de Cortez ) avec le Rio Colorado ^ on trouve ^ dans une steppe solitaire , les ruines du palais des Aztèques , que les Espagnols appellent les casas grandes. Lorsqu’environ vers Fan I i6o,les Aztèques, sortant du pays inconnu d’Aztlan , parurent dans 1 Anahuak (a) se fixèrent pen- (æ) Un fait digne d’attention , suivant la remarque du célèbre histo- rien J ean de Müiler , c’est que pré- cisément à la même époque j de SUR LES STEPPES. iSq dant quelque temps sur les bords du Gj^la. Garces et Font, deux moi- nes franciscains , sont les derniers qui, en iy75,aient visite les casas grandes. Ils racontent que ces rui« nés occupent une ëtendue de plus d un mille carré. Toute la plaine est en outre couverte de têts de vases de terre peints avec art. Le palais principal , si une maison bâtie en briques non cuites peut mériter ce nom, a quatre cent grandes émigrations eurent lieu dans le nord de l’Asie. L’irruption des Tar tares Niüsche força les empe- reurs chinois de la dynastie de Süm a transporter leur résidence à Line- gan, plus au sud. (De Guignes intro- duction à l’hist. des Huns , p. 83). l6o eONSïDÉRATIONS vingt pieds de long et deux cent soixante de large (a). Le tajë de la Californie, dont le père Venegas donne la description , paroît différer peu du moufflon (b ) de l’ancien continent. On a aussi vu cet animal dans les Slonj - moun- tains, aux sources de la rivière de laPaix. Le petit ruminant. du genre de la chèvre ou de l’antilope, qui est taché de noir et blanc , et qui se trouve sur les bords du Missourj (a) Voyez l’ouvrage rare imprimé à Mexico 5 intitulé Cronica serafica 4el Collegio de Propaganda fede de Queretaro por Fray Domingo Arri- civita. (^) Capra Ammori. SUR LES STEPPES. l6l ét de la rivière des Arkansaw, pa- i^oît être un animal entièrement diffèrent du precedent ; il est à sou- haiter qu on en fasse une descrip- tion exacte. ' (^ 5 ) Des plantes cere'aleSy p. 34. C est certainement un phéno- mène surprenant que, sur un des côtes de notre planète , il existe des peuples à qui le lait et la farine tiree des graines des graminées ( à épis étroits ) sont entièrement in- connus, tandis que l’autre hémi- sphère offre presque partout des nations qui cultivent les céréales et élèvent des animaux qui leur donnent du lait. Ainsi la cultu- re des graminées caractérise les 1Ô2 CONSIDÉRATIONS deux parties du monde. Dans le nouveau continent, nous voyons que , depuis le quarante-cinquième parallèle nord jusqu’au quarante- deuxième parallèle sud , on ne cultive qu’une espèce de grami- née , le maïs. Dans l’ancien conti- nent , au contraire CaJ^ nous trou- («) Ceux qui dans la fable da 1 Atlantis croient reconnoître des relations obscures d’un grand pays situé à l’Ouest , ou de l’Amérique , verront avec plaisir un passage tiré du troisième livre de Diodore de Sicile, p, i3o, édition de Wesse- ling. Les Atlantes n’ont pas connu les fruits de Cérès , parce qu’ils se sont séparés des autres hommes avant que ces fruits n’eussent éli SUR LES STEPPES. l63 vons partout, et dans les temps les plus recules dont l’histoire fasse mention, la culture du froment, de forge, du seigle et de l’avoine, en un mot de toutes les plantes cereales. Diodore de Sicile (a) fait mention du froment sauvage qui croît dans les campagnes de Leon- tium , ainsi qu’en plusieurs autres endroits de la Sicile ; Cërès fut trouvée dans les prairies d’Eiina, si abondantes en violettes. M.Spren- gel a récemment recueilli plusieurs passages inteVessans qui rendent montrés aux mortels. Les Gnancbes des îles Canaries cultivoient l’orge dont ilspréparoieiitle gofio, (a) Diod. Sic. I. 5 , p. 199 et 222 , ed. Wèssel. l64 CONSIDÉRATIONS assez Vraisemblable l’opinion que la plupart des espèces de blè d’Eu- rope sont originaires du nord de la Perse et de I Inde , où elles crois- sent spontanément j le froment d’e’té croît naturellement dans le pays des Musicains , province du nord de 1 Inde (a); l’orge, appelé' par Pline antiquissimumfmmentum, se trouve, suivant Moïse de Cho- rène (b) , sur les bords de l’Araxe ou du Kur en Géorgie , et suivant Marc Pol, dans le Balascham dans l’Inde septentrionale (c) ; l’épeau- tfê près d’Hamadan, suivant Mi- (a)Strabon,]. i5,p. 1017. (é) Geogr. Armen , p. 36 o. (c) Ramusio , t. 2, p. 10. SUR LES STEPPES. l65 chaux (a). — J ai autrefois doute de l’existence du blé sauvage en Asie (bj ^ et j’ai cru qu’il n’j étoit devenu tel qu’après j avoir été cul- tivé. Mais l’observation de M.Spren- gel , que le blé qui devient quel - quefois sauvage en Europe, ne continue pas à se propager dans le même endroit , détruit ces objections. Un esclave nègre de F ernand Cortez fut le premier qui cultiva le froment dans la Nou- velle-Espagne. Il en trouva trois grains parmi du riz qu’on avoit apporté d’Espagne pour l’approvi- («) La Marck , Encyclopédie mé- thodique 5 t. 2 , p. 56 o. (é>) Essai sur la géographie des plantes, p. 27. ï66 CONSIDERA TI ONS sionnement de larmee. Dans le couvent des Franciscains de Quito on conserve prëcieusement^comme une relique , le vase de terre qui renfermoit le premier froment dont Fray Jodoco Rixi de Gante, moine franciscain , natif de Gand , fit des semis dans la ville. On le cultiva ' d’abord devant le couvent , sur la place appelée plazuella de San- Francisco , après qu’on eût abattu la forêt qui s’ëtendoit de là jusqu’au pied du grand volcan Pichincha. Les moines que je visitois sou- vent durant mon séjour à Qui- to , me prièrent de leur expli- quer l’inscription tracée sur le vase de terre, et dont ils supposoient que le sens avoit quelque rapport caché avec le froment. Mais je n’y SUR LES STEPPES. 167 trouvai que la sentence écrite en vieux dialecte allemand; Que celui çui me vide oublie pas le S ei--^ gneuri Cet antique vase allemand avoit pour moi quelque chose de respectable. Que n’a-t-on conservé partout dans le nouveau continent le nom de ceux qui , au lieu de le ravager, l’ont enrichi les premiers des présens de Gérés I (26) Craignant une température moins froide,^. 55. Au Mexique et au Pérou, on trouve partout, dans les plaines élevées des montagnes , des traces d’une grande civilisation. Nous avons vu ; à une hauteur de seize à l68 CONSIDÉRATIONS dix- huit cents toises, des ruines de palais et de bains. Des colons du nord pou voient seuls se plaire dans un pareil climat. (27) Hypothèse peu favorisée par la comparaison des lan- gues, p. 36. D’après ce que nous savons sur les langues d’Asie et d’ Amérique , et même sur les dialectes de peu- ples qui habitent les côtes voisines et opposées des deux continents, il n’y a pas même autant d’analogie entre elles qu’entre le persan et l’allemand. M. Barton a cru avoir découvert quelque ressemblance entre les mots radicaux de certaines peuplades du Canada et du nord de SUR LES STEPPES. l6g l’Asie. On a surtout remarque cette analogie dans le langage des na- tions qui habitent sur les bords de la mer Caspienne, et par conse'- quent très-loin de la côte orientale de lAsie. Mais toutes les langues du monde paroissent avoir une certaine quantité' de mots com- muns, dont l’origine est plus sou- vent due à des causes physiques , à 1 harmonie imitative et au hasard, qu’à une source commune. Les mots scheuTie et slahli, qui dans le dialecte thehaïque de la langue copte , signifient , suivant Zoega , le premier une grange, le second du fer , ressemblent entièrement aux mots allemands qui de'si- gnent les mêmes choses. Dans le tîiot phallus , palus , on recon— I- Q lyO CONSIDÉRATIONS noît Tü/Zicppte, précédé de l’ar- ticle aus den klinischen Anstalten von Tübingen. Bd. I. Heft 1. in-8^ Tübingen 1807. fr. 3 . Autenrieth ( 7 . H. F.) und Reil Archiv lür die Physiologie. Yoyez Reil. Raggesen {Jens) Partlienaïs oder die Alpenreise , ein idyllisches Epos , in 12 Gesangen , in-8°. Amsterdam, fr. 9. Bandtke ('G. S.J historlsch-kritische Analeklen , zur Erlâuterung der Geschichte des Ostens von Europa , in-8°. Breslau 1802. Bartels (J. H.) Briefe über Kalabrien und Sizilien , 3 Bde. in-8°. Gottingen I791. fr. 24. ( iS*. ) intéressante Lebensgemàlde der denkwürdigsten Per- sonen des achlzehnten Jahrhunderts , 6 Bde, in - 8®. Leipzig i 8 o 3 . ff. fr. 72. Bechstein {J.M.) gemeinnützige Natiirgeschichté Deutschlands nach allen drey Reichen. Ein Handbuch zur deutlichern und voll- standigern Selbstbelehrung, besonders für Forstmànner , Jugend- lehrer und Oekonome , 3 Bde. in-8°. mit ilium. Kupfern. Leipz. 1801. Pap. collé ^ fr. 94* Bd, I. Sâugethiere. Bd. 2. Vogel , Einleitung Rauln o^el , specht- und krâhenartige Yôgel 5 Bd. 8. Sperlingsartige , Sing- und schwalbenartige Yogel , Tauben , liùhnerartige Yôgel. B&ck {Ch. D.) Anleitung zur Kenntnifs der allgemeinen Welt- und Yôlkergeschichte , 3 Bde. in-8°. Leipzig 1787 — 1802, fr. 25 . k ' 9 j » A