y/i c'rnûi'yi) -^r ^ VOYAGE DES PAIS septentrionavx. Dsns Jetjuel (*e void les mœurs, maniéré de vivre , & fuperftî- nons desNor^eguiens ,Lappons, Kiloppes , Borandiens,Sy beriens, Samojedes, Zembliens, & Iflan- dois, enrichi de plufîeurs figures. Parl'efmr û e t a M A r t r ni e r ej A P A RI S, Ch« L O U I s V E N D OS M E, Libraire dans la coure du Palais, proche l’Hoftel de Mt le Premier Prefiden^au Sacrifice’ d Abraham. 1671. P^ipTLlqT~^' :B.orr iPJC' A MESSIEURS LE PREVOST des marchands ET ESCHEVINS DE LA VILLE DE PARIS. BSS/ErRS, Contemplant ce IÇavire fourni de tout fon attirail^ voilant enpleine Mer^ qui font EPISTRE. les Armes de cette fameufe V~ille, que vous • gouvernez^par vos prudentes deliberations ^ en ejlant les principaux appuis ^ où vous fai- tes paraître ^que vous vous acquitez^avec ad- vantage de l'excellence de vos Charges-^ m'oblige de vous prefenter ce Vogueur J^arwand ^ pour exciter les Parifiens de voir les Mers , afin que dans leurs navi- gations ils fe rendent auJB recommandables par leurs indùfiries fur les eaux , comme ils le font fur terre\^ que leur Vide nataüe en | foit d'autant plus renommée , bien qideUe le fait déjà beaucoup par les foins que vouspre- nez^^ ^parles charitez^ que vous y exercez^ qui font connaître , que vous efies fort inté- grés ^ eclairez^par les foins que votes em- ployez^en la confervation publique ^ fans y mefervos interefts particuliers y comme vrais Magiftrats , que je puis comparer a, ces bons Pilou es y qui employent toutes leurs indu- firies à bien conduire les Vaiffeaux qu'ils prennent en leur charge. Puis que vous de mefne, M ESS/EVJiS, par votre ver- tu ^ économie y vous vous montrez^ les Peres de vos Compatriotes^ En eflant du ^PJSTRE. nombre^ ^ de ceux aujjî qui profitent de vos bons Re^lemens. IDefirantvous le témoigner^ permettex^que je me dife en tous endroits^ MESSIEURS, Vôtre tres-humb!e & très- obeïflànt ferviteur, DE LA MaRTINIERE. LE libraire AV LECTEVR. T h eft peu de Livres qui foient plus conformes ^au temps où nous vivons que celuy.cy,dans lequel vous pouvez remarquer les Paï$ les plus recherchez, principalement pour lesFourures. &pour les diverles chofes que l’on tire des Monftres de Mer.Mt de Clecac, Avocat auPar. lement de Bordeaux, écrit que cent ans avant la navigation de Chriftophle Colomb, les Fran- çois avoiein fait voile vers Baccalaos & le ^ord de 1 autre Hemifphere . & que fi les Eltrangers n avoient pas dérobé à nôtre Nation la gloire d avoir découvert les Indes Occiden- tales, lis auroient advoüez avec Magin, que ce- Juy qui porta la première nouvelle du nouveau Monde cftoitvn François,qui avoit voyagé au Septentrion. Prefentcment il n’y a pas moins de voyageurs curieux qu’il y çn avoir alors. Monficur dela Martiniere eft en cela préféra- ble aux autres, en ce qu’il n’a pas tant recber- che le gain , qu obfervé les chofes curieufes, pour lefquelles vous reprefenter & vous les relire plus agréables , j’ay fait faire fur les dellcins qu’il m’en a donnez les corporances & veftemens des Nations differentes , les ani- maux, & les autres particularitez qu’il a veucs. A PITRE I. Embarquement de l’Au- V^teur à Coppenhaguen dans un Vaifleau de la Compagnie du Nord, pour le Roy de Dan- nemarcK, & de fon arrivée à Chriftiania en page I. Ch AP. II, Particulacicez des environs de Chriftiania, mœurs & maniéré de vivre des Paifans Norweguiens. page 6 Chap. III. De la chaire de l’Elend, ridicule opinion de la vertu de fon pied, de la valeur de la NoblelTe Norweguienne, & de fonautori- te. ^HAP. IV. Rembarquement de PAutlieur a Chriftiania , de fon arrivée à Berguen en Norwegue, & desparticularicez de cette Ville. P* ^ 3 Chap. V, Rembarquement de l’Autheura Berguen, & de fon arrivée à Dronthem. p. i e Chap. VI. Départ de l’Auteur de Dronthenl pour aller voiries mines de cuivre Sc d’argent qui appartiennent au Roy de DannemtrcK. _ P* 1 7* C H A P. VlI.Particuiaritez des mines de cui- vre & d’argent qui font en NouwegUe. p. g o . TABLE. • ÇhAp. VII I. Du régal que receuc T Au- teur d’un T?üïfan Norwegiiien, retournant des mines d^argent 5c de cuivre à Dronthem.p.2 6. C H A P. IX. Rembarquement de TAutheur à Dfonthem : Comme le; Mariniers furent con- traints d’acheter le vent, & le danger qu’i! y a denaviger fur !a Mer du Nord. p. 28. Ch A P, X. Du danger qu’encouru TAuteur par unecempefte. Pv?2. Chap. X î. Arrivée de l’Auteur à Varangcc dans la Lappotiie Danoife. P* 35 * Chap. XÎI. Des moears, maniéré de vivre, fupecftitions & habillemensdes Lappons Da- nois, p. ^ y, C H a P. X 1 1 1 , Départ de l’Auteur de V a- ranger pour aller au MourmausKoimore.p 43, Chap. XIV. Comme Ton eft mené par des Rennes dans la Lapponie, &desparticu!aritez de céc animal. p. 46. Chap. XV. Arrivée de l’Auteur dans le MourmansKoimorc, & de quelques particula- rirez du pais. P* 5 » !• Chap. XVI. Voyage de l’Auteur dans le pais jdesKiloppes, 6c de leur maniéré de vivre. p.j 3 . Chap. X VIL Arrivée de l’Auteur dans la Lap- ponie Mofcovite,du négoce, mœurs & maniéré de vivre de ces Lappons. 56. Chap. XVIII. Arrivée de l’Auteur à Kola, de la fuaation de cette Ville, ftrufture de fes TABLE. ba(l:imens,& autres particularitez* p. éi. Ch A P. XIX, Départ de l’Auteur dekoa pour retourner à Varanger , & des plaifantes funérailles des Lappons Mofeovites. p. 6 2. Chap. X X, Du travail des Lapponnes Mof- eovites, & autres particulariiez. p. 6 8 . Chap. XXI- Rencontre d'un Lappon Mof- coviceallant à la chafTe, p. 7 o. CH AP. XXII. Retour de l’Auteur à Varan- ger,de ladexterité’des Lappons à jeeter le dard & à tirer de l’arc , & autres paiticularitez. P ‘7 3 - CHAP. X X 1 1 1 . Sortie de l’Auteur de la Mer de Varanger , delà continuation de fa naviga- tion, & autres pacticularitcz. P *7 7 * C A HP. XXIV. De l’entreveue des Danois avec lefquelseftoit party l’Autheur d,e Danne- marcK qui ayoient efté feparez par la tempefte, & du récit de leurs avantnres. p. 8 I* Chap. Delà refolutipn que prirent les Danois aveclefquelseftoic l’Auteur, d’aller chercher à négocier dans le Boranday. p«83. CHAP. XXVI. Corporance,veftemens>-ftru- âure des habitations , maniéré de vivre des Boraodiens . & autres particularitez. p, 85 . CHAP. XXVII. Regai qoe firent les Danois aveclefquels eftoic l’Auceur aux Borandiens, & de fon voyage dans le Horanday. p. 88. CH AP. XXVIII. Suitedu voyage deTAutcur TABLE- dans le Boranday, & de quelques pardculari* rezdes Borandiens, P* 94 * Chap. XXIX. Rencontre d’un Seigneur Bo- randien avec deux de fes ferviteurs, rçtour- nans de lachalTe, & de leurs vétemens. p.97. ChAp. XXX. Départ de l’Auteur de Vitzora» pour aller a Potzora^ & du négoce que firent ceux avec qui il eftoic. p. I o 2 ^ Chap. XXXI. Départ dePAiiteur de Poc- ïora pour aller en Syberie, de la rencontre qu’il fit de cinq exiliez du grand Knez, de leurs xniferes > ôc de fpn arrivée a Papinogorod, ^ . p. 108. ^HAP. XXXIt. Réception que le Gouver- neur de Papinogorod fit aux Danois, avec lef- quels eftoit TAuieur. p, 1 1^. Chap. XXXIII. Négoce que firent les Da- nois avec lefquels eftoit l’Auteur dans Papi- nougorod, ficimion de cetee Ville, mœurs & habillemens des Syberiens & Mofeovires. ^ p. I. Chap. XXXI V. Départ de l’Auteur de Pa- pinougorod pour retourner retrouver les vaif- feaux Danois par la Samojeffie, mœurs, manié- ré de vivre, vétemens, & autres parcicularicez des Samojedes. p. I 2 5 . Chap. XXXV. Départ de TAuteur du Bo- randay pour aller en la Zemble, de la veuë dune troupe de ZembÜens adorans le Soleil, TABLE. êc de deux adoransune Idole de bois, appelléc Fctizoc. p.131. Ch AP. XXXVI. D"une maladie appellée Scorbuth, de laquelle fuc atteint TAuteur, Sc la pluspart desDanois avec qui il eftoit.p. 135'* Chap. XXXVII. De la pefche du Cheval Marin, & de la perte de deux Matelots , qui furent noyez par le remuement de la queu'é d’un deces poiflbns. p. 138. Chap. XXXVlH. Hardieffe des Ours des montagnes du Voygat, & de la prife de cer-» tains Oyfeaux que les Danois nomment Pin-* goins. p. Chap. XXXIX. D’un^emblien qui penfa cftre pris des Danois avec qui eftoit TAuteur, d’un autre Zemblien & une Zemblienne pris dans leur Canoe^& de laftruiîluredece bafti- ment. P- 149* Chap. XL. Prife d’un autre Zemblien, 6 c d’une Zemblienne, de leurs veftemens, armes & maniéré de vivre. p. I54. CiîAp. XLI. Départ des Danois avec qui eftoit l’Auteur de la Zemble,.pour retourneit en DannemarcK,deleurarriuéeen Groenland,, de la pefche de la Baleine*, & comme il s’en lire l’huile. p, I y 9, Chap. X LIT. Départ des Danois auec qui eftoit l’Auteur, de Groenland, de trois Soleils qui leur parurent furla Mer^ & d’une tempeft® .TABLE qui les obligea d’aborder- les côtes dTflande P I 6 ^ Ch Ap.XLIII. Arriuée de l’Aateuc àki c icebar, de fon voyage en Hecla.du danger qu U encourut , & des mcrueilleux elFecs de deux fontaines qui fortent dece Mont,&âu- très particulatitez. . p*. 1 64. Chap.X LIV, Habitations, maniéré de vi- vre, &ittpetftitions des Iflandois, & antres particularitez. p. 17 2 ^ ^ Départ des Danois ave/ qui dtoit i Auteur du Cap Hori , de leur arrivée a Coppenhaguen . & du prefeut que rent Mef- lieurs de !a Compagnie du Nord des deux cor- nes de Cheval Marin, qu’ils croyenteftre Li- cotne. P I 7 C Ch A P. X L V I Abus de la Licorne , & dL’ vertus de fa corne. 17g, t ChAp, XLVir. Reflexions de l’Auteur fut la faute des Ceographes du placement de la Zembîe 6c de Groernand , rSc de certains qui ont crir du V oygalt S? des Samoje des p. 1 8 < 5 . ÈxtraiB du privilège du Roy. P A R Lettres Pattenccs du Roy, données à Parisle 5 Mars 1671. Signé, Paele Roy éii fon Confeiî, D’ A L E N C E\ Il eft permis à Louïs Vendofme , Marchand Libraire, de faire imprimer, vendre ôc débitée le F'oyagedes fais Septentrionaux du Sr de la Martiniere* en quelque forme , caradere , & autant de fois qu’il -voudra , pendant le temps & eù pace de dix années, à compter du jour qu’il fera parachevé d’imprimer pour la première fois , avec très exprefles defenfes à toutes perfonnes 'de quelque qualité & condition qu’elles foient, d’imprimer ou faire imprimer ledit Voyage fous les peines portées par lefdi- tes Lettres* RegtHre fur le Livre de la Communauté des Im^ primeurs & Libraires de cette VilU de Paris ^ U 2rj^ouft 1671^ fuivantr ^rrefi delà Gourde Par^ kmentdu S ^Avriliési* Signéj T 1 E R R Y,‘ SyiiJic, Achevé d’imprimer pour la première fois lé 20 Aouft i6ji. VOYAGE DES PAIS SEPTENTRIONAVX: cHAPiraE I. Embarquement de l'Auteur à CoppenhaZ guen dans un Vaiffeau de la Compagnie du 27 ord pour le Roy de Dannemarck^ defonarrivéeàChrifiiania en 'Norwe^ue, ’A N mil Ex cent quaran- te-fept Fridrich, troifié- me du nom, Roy de Dan. nemarcK, curieux de l’a. vancemenc de fes Sujets & duCommerce, fît établir deuxCom- A s P'oyage des pa'ts pagnies dans Coppenhaguen , capi- tale Ville du Royaume, l’vne d’Iflan- de & l’autre du Nord, laquelle ayant remarqué que le trafic de Norwegue luy avoit efté avantageux, obligea les intereflez de cette Compagnie,raii mil lîx cens cinquante-trois à la fin de Fé- vrier, de reprefenter à Sa Majefté Da- noifele profit qu’il en pourroit venir, lî l'on alloit plus avant que l’on n’avoit efté , ôc que l’on en rapporteroit fans doute diverfes marcbandifes. Sa Majefté ayant prêté l’oreille à cét avis y confentit j ce qüi obligeât Meflieurs de cette Compagnie de faire équiper trois Navires pour faire ce voyage. Eftant pour lors à Coppenhaguen, & apprenant que Sa Majefté avoit don- né ordre à ceux qui dévoient faire ce voyage de faire des recherches exactes des terres qu’ils aborderoient, Sc d’en rapporter plus de curiofitez que faire fe pourroit , afin de le rendre plus recom- mandable, eft ce qui m’obligea d’aller Septentrionaux. ^ trouver un de mes amis, qui eftoic un des principaux interelPez, que je pria v de m^faire accepter de la Compagnie pour Chirurgien d’un de ces VailTeàux ce qu’il fit. * ^Eftans nninis de tout ce qiril nous eftoit neceflaire, nous nous embarquâ- mes llx jours apres, ôc ayantlevé l’an- de Sud Eft cmgians jufques au Kat nomme par les François Trou du chat, détroit qui fepare l’Occean Ger ^amque delà Mer Baltique, lieu très', dangereux a paffer pour les ecueiJs qui S’y rencontrent, & qui contient qua- rante lieuësfçavoir depuis Helfeneur jufques a Schagerhort. A/f a vis de Maeftrand, qui eft une petite Ville & Port de Mer, à environ trente Iieuës de Coppenhaguen,un vent du Nord nous prit avec telle impetuofiré , qu'il nous fie reculer environ dix lieuës • ce niii nous^obligea de chercher Port,’sc reti rerftnis les côtes de Schllor, iù nous Aij r X V Voyage des fa'is nous ymîmentàlabry fous le Châteati, qui ne paroia qu’une vieille mafure in- habitable, abandonné depuis plufieurs années , quoy que fignalé a caufe dé les promontoires. Avant là demeuré à l’ancre deux iours entier^, le troifiéme une heure devant Soleil leué un vent d’Ea ve- nant, fit que nous levâmes 1 ancre pour continuer nôtre route. Nous neûmes pas vogué quatre heu- res, qu’un vent de Nord Nort-Ea s é* leva fi fort, que nous fûmes contraint de quitter les côtes de Gottenbourg OU nous eftions, nous pouUant tout à fait à celles de Jutiand : Commedece côté-là il y a quantité de Bancs de la- bié il nous falut à tous momens jetter la fonde. Allans ainfi une boimée^ de vent nous pouffa en un endroit, ou u n>y avoir que trois braiïes & demie d’ku, où là nous euffions effé échouez -fans doute, fi noffre PiUote qui effoic fort adroit n’eût fait promptement dé- tourner le Vaiffeau, ôc prendre- la %eptentYionauiî] j reüf du vent, qui nous pouiTa enfuite en un Heu où demi-heure apres trouvâ- mes par la fonde quinze bradés d’eau; ce qui nous obligea dé tenir la Mer â la bouline le mieux qu’il nous fut poflî- ble pour ne pas retourner en arriéré. Eftans éloignez environ de deux iieuës du banc où nous avions penfé échoiier , nous nous apperçeumes eftre fur un tournant d’eau, qui nous arrelloit tout court , comme lî nous avions efté ancrez, nonobftant le ventj ce qui nous obligea de ployer les voi- Jes , ne lailTant que celuy de Mizaine pour tâcher de nous en retirer, & fûmes en cette peine prefque douze heures, où nous y aurions efté encore d’avanta- ge, s’il ne fe fut élevé un vent fort du Sud-Sùd-Oüeft , qui nous obligea de tendre tous nos voiles, pour avec fa faveur nous retirer de ce méchantlieu, cinglant vers les côtes de Bahus. Apres avoir vogué quelques jours 8c quelques nuits avec plaifir, nous dé- couvrîmes fur les huit heures du mati'^ Aij g Voyage des ■pais les Promontoires de Chriftianfand, pe- tit village renommé pour la commodi- té de fon Port, & fur la nuict du lende- main arrivâmes à Chriftiania, CH AP. II. 'Tartlculantcz^des environs de Chrijîiania^ moeurs ^ maniéré de vivre des Paifans Iporss/egmens, E S T A N s entrez dans le Port de Chriftiania nous y débarquâmes pour aller porter des Lettres à deux Marchands affbciez de la Compagnie qui y demeuroient, lefquels apprenans par icelles l’entreprife que l’oii avoit faite pour l’augmentation du négoce du Nord du confentement de Sa Maje- fté Danoife, nous reçeurentaveç joye, &. nous traitterent magnifiquement. Un de çes Marchands , voyant que j’eftois eftranger , & apprenant auflî quej’eftois recommandé d’un des prin- cipaux interefle j pour me faire voir le plus de particularité^ que l’on pour- Septentrionaux. ^ yoit, Commande à uti de fes doracfti. ques qui parloit François, de me mener à deux ou trois lieu ës dansde païs pour en obferver les particularitez j ce qu’il fit des le lendemain de bon matin, me faifant monter fur utf cheval, & luy fur un autre , & nous allâmes enfemble à WiÆy, quieftun grand Village à trois heuës de Chrtftiania, bâti entre des Montagnes, dont les maifons font fort ballès, faites de bois fans aucun ferre»* ment, fans feneftres, le jour ny entrant que par une lucarne, qui eft au milieu du toi^, font toutes couvertes de gazons de terre. Les Païfans Norweguiensfont Am- ples & bons hofpitalierSjtous peclieurs ne faifans trafic que d’Harans,Moluës^ Merluches, S tockfifeh ,& autres pedf! lons,tant frais, falez,.que fecs, & font tous efclaves de la Noblefie. Femmes Norweguiennes font fort belles, quoy que roulTes, aiment Jes Eltrangers, & font bonnes menaee- res, elles fillent,&: font de la toille pour ^ yoya^e des pah Jeur ménage, & gouvernent le bétail, Jeqiiel y eft en quantité de toutes for- tes d’efpeces, comme en France : il y a auflî force gibier , comme Elends, Cerfs, Chevreuils, Sangliers, Chamois, Boucs fauvages, Lapins, Lièvres, & de toutes efpeces de volatilles , Sc auffi quantité de Loutres, Caftors, Lynx, Chats fauvages de diverfes couleurs. Toute la Norwegue eft un païs mon- tneux, qui ne peut-eftre enfemencé de grains , dequoy on puilTe faire du pain , quoy qu’il y en ait quantité qui leur eft apporté des pais eftrangerspar Je moyen de la navigation j toute- fois abondant en tres-bon pâturage ôc en bois. Septentrionaux^. s. CH AP. III. De la chajfe de l'Elend, ridicule opinion dt la vertu de fon pied, de la valeur de 4# d^oblejje Nor^e^uienne^ de fojl autorité. S O RT AN S de Wilby pour retour-^ ner à Chriftiania nous fifraes ren- contre d’un Gentil-homme, fuivy de deux valets, qui avec des chiens alloic à la chafTej lequel comioilTant la per- Ibnneavec quij’eftois luy demanda, s’il vouloir avec moy avoir leplaifîrdela chafle de l’Elend, ce que nous acceptâ- mes; Ayans enfemblc cheminé environ un quart de lieuës, nous rencontrâmes unChafleur,desdomeftiquesde ceGen- til-homme , accompagné de dix oit douze païfans, qui nous menèrent en- core environ trois quartsde lieuës delà vers un grand bois fort touffu, à l’en- trée duquel nous mîmes pied à terre, donnans à garder nos chevaux à utï des fes valets. ïi? P'oyage des pa'is La chafle ayant efté préparée le jour de devant par les Sujets de ce Genril- iiomme , ne que nous ne fûmes pas à plus d’une portée d'un coup depiftoleç dans le bois, que nous avifames un Elend, qui courant devant nous, tom- ba tout d’un coup fans avoir efté tire, ny avoir entendu tirerj ce qui m’obli- gea de demander à mon guide & inter- prète, d’où venoit que çét animal eftoit tombé de la fortej à quoy U me répon- dit, que c’eftoit du mal caduc, duquel tous ces animauv font affligez, qui eft la caufe pour laquelle on les nomment JElends , qui veut dire miferables, Cét animal eft de la hauteur d’un grand Cheval, le corps fait comme celuy d’un Cerf, niais plus gros gc long, les jam- bes hautes, le pied large fendu, le bois grand, velu, êc large comme celuy du Daim , non pas lî fourny de çornir chons que celuy du Cerfj & n’eftoit ce mal qui le fait tomber, on auroit de la peine à l’attraper i Ce que je vis peu japrés que le Gentil-homme Norwei- Septentrional. ÿ/ guien eut tué cét Elend dans Ton mal, en pourfuivant enfuite un autre pen« danc plus de deux heures fans le pou- voir attraper 5 & que nous n’aurions jamais pris fans qu’il tomba comme le premier du mefme mai caduc, après avoir tué trois des plus forts chiens de ce Gentil. homme avec les pieds de de- vantj ce^i le fâcha fort, 6e ne voulut chflitr d’avantage : Jl envoVa quérir un charriot à une mettairie qu’il avoit à demie lieuë de là , pour emporter la chalTe, qu’il fît mener à fbn Chafteau, lequel elloit bâti à l’antique, comme font tous les autres du païs, où flous fûmes avec luy à une grande lieuë plus loin qué Wifby, où lïil nous ré- gala fplendidemenf, Ce Gentii-hommeapprenant de ce- Juy qui m’accompagnoic que j’eftois eftranger , &; recommandé de Mef- heurs de la Compagnie du Nord efta- blie à Coppenhaguen, l’obligea pour témoignage d’aniijié de me donner les pieds gauches d§ derrière des Elends /t Voyage des pah qu’iJ avoit tué , me faifant entendre quec’eftoitun remede fouverain pour ceux t]ui tombent du haut- mal 5 à quoy Je répondit en riant, que je m’efton- «ois que ce pied ayant tant de vertu, l’Animal qui le portoitne s’enguerif- foit pas, Tayant toujours avec foy. Ce Gentil-homme faifant reflexion fur ce .-Cjue je difois fe prit-à rire, &dit qiie l’a vois raifon , en ayant dormé a lîeurs perfonnes affligées de pareil mal, ^ui n'en avoient pas efté gueries j & qu’il reconnoilToic auffi bien que moy que cette prétendue vertu du pied d’Elend eftoit une erreur populaire. Le lendemain de grand matin après fevoir dejeuné avec ce Gentil-homme, nous le remerciâmes de fes côurtoifîesj & ayant pris congé de luy reveimmes à Chriftiania. Ayant parlé au Chapitre précédant ; "«des mœurs des païfans Norweguiens, Je diray que les Nobles y font accors, magnanimes , poflTedent les plus hau- Charges du Royaume , font Sou- Septentrionaux, veraîns Fur leurs terres, tiranilTent leurs Sujets, font bons Soldats tant par Mer que par terre, & voyagent volontiers. CHAP. IV. ^Rembarquement de l'Auteur à Chnfiianîdl de fon arrivé'e d Bergen en Bforweyte^ ^ des particuldriiexjie cette Ville, A P R E s avoir demeuré quatre olî cinq j ours à Chriftiania, nous prî.| mes coUgé des deux Marchands de lâ Compagnie du Nord ^ qui confir- mèrent nos ordres, nous fouhaitans ua bon voyage 3 Sc nous eftans rembara ^uez nous levâmes l’ancre pour fortir |du Port, & pourfuivîme nôtre route à ? la faveur d’un vent de Nord-Eft, qui pnous continua jufques à Stafanger, oài là un calme tout plat nous prenant^ nous obligea , ne pouvans avancer ' de nous mettre à pefeherpour palier le temps. Les côtes de Nor^f^egue eftant fore V'oydige des pais abondantes en toutes fortes de poif. fonsj fit que noüs en prîmes une telle quantité, que nous fument obligez de faire Carefme. Ayant demeuré en cét endroit cinq jours entiers, fur la nuiéb du fixiéme il juous vint un beau frais du Sud.Eft, qui nous poufla en peu de jours à Ber- guen, où nous devions aller pour dé- charger des marchandifes que nous avions pour ce lieu la. Eftans entré dans le port de Ber- guen, quieftun des beaux de l’Europe^ - nous y encrâmes, St tandis que l’on dé* çhargeôit je fus voir la Ville, laquelle eft grande comme Abeville, haute Sc balTe, partie eftant bâtie fur des ro- chers, & l’autre à la rive de la Mer, çc fore marchande, qui eftoit autrefois un Archevefché; mais qui depuis la refor* ^ ination de Religion a eftéaboly, le Pa- lais Epifcopal ayant efté donné aux trois Villes Anciatiques-,qui font Ham. | bourgjLubeckSc Bremen,pour y eftà- i Jbiir leur contoir ou magazin, privilégié ^ Èeptentrionausi. duRoy deDannemarck pour le négoce. Ce contoir ou magazin fe nomme Cloître, & les negocians qui l’occu- pent Moines , quoy qu’ils n’en portent pas l’habit, ic n’en obfervent pas les réglés, finon le célibat, lequel ne pou- vans garder Ce voulans marier, faut qu’ils abandonnent le Cloître pour ja- mais, fe retirans en un autre lieu, pou- vans toutesfois trafiquer Ôc correfpon- dre avec leurs confrères, defquels tout le négoce ne confifte qu’en Harangs, Moluës , Merluches & Stockfifch-.^ qui eft un poiflon rond ôc fec, quf fe débité en quantité par toute la Mofco- Vie, Suede, Pologne, Dannemarck, Allemagne, Hollande, ôc autres païs. CH AP. V. RetnbuT(jüeïne'Ht de l' AuteuT d & de [on arrivée à Bronthem. L O N n avoir pas encore déchar- gé toutes les marchandifes, que? té Voyage des pa'is nous avions pour Berguen, que je ren- tray dans le Vaiffeau, & demie heure apres le vent s'eftanc changé en un pe- tit Sud-Oüeft:, qui nous eftoit favora- ble, nôtre Patron fît lever l’ancre & tendre les voiles pour cin^ er douces ment entre les côtes du côté de Dron- them où nous devions aller pour y iaif. ferla moitié de nôtre charge, qui fe dévoie livrer à l’Intendant des mines de Cuivre êe d’Argent pour faire du pain & de la bierre de provifion pour les mineurs. ' lEftans àpeu prés à la moitié du che- min le vent fe fortifia de telle forte, <]ue quinze ou fcfze heures apres nous nous trouvâmes vis à vis de Store5 mais en uninftant le vent s’abaifTa, ce qui nous fit avoir un grand calme. Comme il n’y a rien de plus en- nuyeux aux Mariniers que le calme, ne fçaehans à quoy s’occuper, ils réitè- rent la pefche, &: prirent un tel nom- bre de Klippen-Fifch , qu’ils furent ^contraints d’en faller une grande par- Septentrionaux. 2 ^ tiCj qui nous fervy bien apres. Ce poifTon efl: une efpece de MoIiiéV plus grofle que celle des Terres Neuf- ves, qui pour n’abandonner jamais les rochers le tenans toujours au fond 6c tout contre, c’eft ce qui luy a fait in?- pofer en Langue Allemande ce nom de Klippe Fifch^ qui veut dire , Poifïon de Hocher. Ayant demeuré dans ce calme queC ques jours, un vent d’Oüeft Sud OiieÆ fe leva, qui nous aida fort pour aller a Dronthem, où nous arrivâmes trois jours après fur la nuict. C H A P. V I. Départ dè l' ji4 Ut eur de Dronthem pour aller voir les mines de Cuivre ^ a Arxcnt qui appartiennent au Roy de Dannentarck. A Y A N s mis pied à terre, nous ai- lames rendre les Lettres que nous avions pour l’Intendant general des Minières, que nous priâmes de faire B jg y ûy âge des pais recevoir an plvitôt le grain que noiià luy devions livrer: A quoy nous répon- dant, qu’il n’avoit point de Commis pour lors en ville , eftans tous aux mi- nes , où il faloit qu’il envoya un hom- me exprès pour en faire venir un, ciii’il ne pouvoir recevoir le grain au- paravant qu’il fut venu *. Ce qu enten- dant,je priay lePatronde notreNavùe de me permettre d’aller avec le méfia-» ger, que l’on devoir envoyer és mines pour les voir J ce qu’il m’accorda. Le lendemain de grand matin nous partîmes le meflager 8c moy, tous deux a cheval, 8c fûmes jûques à Steckby, qui eftun grand village à fix Ijcucs de Dronthem, où nous fûmes obligez de demeurer, tant à caufe que la nuia commeneoit à nous prendre , quoy qu’il ne fut que deux heures apres mi- dy qu'à caufe qu’il y avoir un grand bois à paffer tres-dangereux pour la rencontre des Ours , Loups-cerviers êcLynxqms’y trouvent en grand nom- bre. Septentrionaux. -a Le Jeddemain à Soleil levant nous partîmes de Stcckby, continuant nôtre thcmin vers les mines, où nous y arri- vâmes fur Januia, & prîmes logis aine Forges, ôu nous y fûmes receu? félon a coutume du païs, avec du tabac, de 1 eau de vie de bled & de la bierre, de- quoy falut faire débauclle. Trouvant U un Commis, <^ui pour avoir efté en France valet de Chambre d’un Gen- gl-homme Nôr^»eguieri parloit boù François, je luy contaÿ comme la eu nofite m avoit invité de venir où i’c ftois pour voir les mines, & le priay dé me faire cette courroifie qtie dem’V faire entrer,ce qu11 me pronnt pour lé kndemainj & apres une couple d’heu 20 T/oya^e. des fats CH AP. VII. JParticttlantsz, des mines de Cuivre. & d' Argent qui fonten Norweÿte. Y È lendemain dés la pointe du jouf I .le niefTaget avec lequel j’eftois venu ôc un Commis, ne manquèrent de partir pour Dronthem,me laiflans là, à la charge d’un Maître mineur, qui devoir auffi le lendemain allera Dron- them, avec lequel jedevois retomner. Eftant levé je fut trouver ce Corn- lïiis, qui parloir François, lequel avoir fait apprefter le déjeuné, tant pour luy, TOov que ce Maître Mineur, auquel ©n nvavoit donné en charge pour me remener. Ce Commis le prie de me faire defcendre dans les mines pour y voir travailler. ^ , Si tôt que nous eûmes dejeüne, nou alâmes à cinquaiite pas des Forges qui font fur une haute montagne, l’entrée de la mine, fur le bord de la-_ ( Septentnendux. 1 1 quelle eft une machine, que les Fran- çois appellent Gruë, que deux Hom- mes tournent, par le moyen de deux grandes roues où ils fe mettent, l’un dans une, ëc l’autre dans l’autre pour tirer les pièces des mines, tant en pier- re qu’en terre, ainlî que l’on tire les pierres de taille & la terre à faire des pots, aux environs de Paris, Nous nous m|mès le Maître Mineur 6e rnoy dans une cuve de bois, accom- modée avec des bandes de fer, atta- chés fous les exelles , & fûmes ainfi delcendus dedahstld mine , laquelle a voit bien cinquanfé toifes de profon- deur. Eftant tout au bas , il me lembloit eftre dans le R oyaum^^ Pluton, ne voyant de tous côtez què*des cavernes épouvantables, des feux allumez 6c des Hommes, qui font les mineurs, reflem- blans à des Diables, cous vêtus de cuir noir, ayansfurla celte un camail, com- me portent nos Preltresen Hyver, une pièce du mefme cuir, allant ep pointe. Ko.yage des pais qui leur ceint Je vifage au deJTus du nez, deJcendant jufques fur la poitrine, avec un tablier de mefme, commie vous voyez en la figure fui vante, Chacun travaille dans ces mines dif- féremment, les uns cizellans 6c coupan? la pierre de cuivre , les autres furetans, tant; pour chercher les veines de cui- yre, que pour fonder, afin de découvrir Septefitrionam. 2^ lieu de l’eau j quiquelquesfois eft ca- chée dans les entrailles de la terre, la- quelle les noyeroit s’ils n’y prenoient garde, venant à débonder tout d’un, coup. Le Maître Mineur, qui m’avoit fait defcendre dans la mine, appercevanc que je m’eftpis épouvanté, & qu’un grand froid m’avoit faifi, fonna la clo- chette pour donner avis en haut, qu# l’on eut à nous retirer} ce qui fut fait au/fi-tôt, de mefme que l’on nous avoir delcendu, 5c retournâmes aux Forges, où nous trouvâmes le Commis qui par- loir François, qui nous attendoit pout dîner. ‘^'‘’tAprés avoir dîné, pe Commis fît feller trois Chevaux pour aller aux mi- nes d’argent, quieftoient à deux liéuës ■de là, fur lefquels nous montâmes, luy, le Maître mineur & moy, oùy eftans ar- rivez defeendîmes à la mai Ton de l’In- tendant , qui nous receut avec joye, nous donnant à boire à chacun un grand verre d’eau dé vie, .en ayant beu 2^ Voyay: des p a is un le premier pour nous faluer , puis nous ne apporter du tabac 6c de la bierre. Après nous avoir traittez de la forte, il nous mena aux Forges, qui font à un quart de lieues de fa maifon, dans lef- quelles, ainfi qu’en celles de cuivre, il y avoir plufîeurs ouvriers, dont les uns piloient les pierres, les autres l’avoient, les autres fôndoient 6c rafiinoient, 6c les autres fabriquoient des pièces mp- noyées pour Sa Majefté Danoife, Des Forges nous fûmes à la mine qui eft tout contre, fur une montagne, fort haute, cornue de tous cotez, dans laquelle je defeendis, comme en celle de cuivre avec le Maître mineur, oùje ne vis autre chofe que ce quej’avois veu dans celle de cuivre, les Mineurs çftans vêtus de même , ne travaillent dedans les mines pas plus long-temps les uns que les autres^ fçavoir au Prin- temps éc en Autopne trois heures le matin , 8c trois l’aprefdinée , en Efté quatre le matin, & cinq l’aprefdinêe,6f < i i ii Septentrionaux. pp ierefte du temps ils fe réjouïiTetit, &: danfent au fou d’haubois , violons 6c autres inftruraensj ce que j’eu leplaifir de voir dés le foir mefme que j’arrivay aux Forges de cuivrC} 6c pendant les trois mois de l’Hy ver^ ils ne travaillent point du tout, 6c fi. ne laiflent ils d’efire payez, conime quand ils travaillent, à raifon de trois liures par jour. Ayans tout yeu les particularité? des mines d’argent , nous retournâmes au logis de l’Intendant, ofi nous foupâ- mes Sc couchâmes } 6c le lendemain après avoir dejeuné, ayans pris congé de luy, montâmes à cheval pour retour- ner aux mines de cuivre, où là nous di-' nâmesj puis ayans pris congé du Com- mis qui parloir François, nous parti- mes, le Maître mineur ôç moy,pour aï- ieràDrpnthem. 26 Voyay: des pa ïs CH AP. VIII, Du re^al que receut l’Auteur d/ un Païfan d^orweguien^ retournant des mines d/ar~ gent de cuivre à Dronthem, N Ous neiimes pas cheminé pfus de deux lieuës & demie, que la nuid nous prit ; ce qui nous obligea d’aller à un village en la maifon d’uii païfan de la çonnoiirance du Maître mineur avec qui j’eftois, qui nous re- ceut fort honorablement félon fan pouvoir , nous donnant pour foupcr deux Faifâns ëc un Lievre qu’il avoit tué il y avoit une heure à la chafle-, la- quelle eft libre à chacun en ce quartier- là, nous ayans donné en entrans dans fa maifon du tabac, de la bierre, & de l’eau de vie de grain. Après le fouper nous nous mimes à fumer comme des dragons, 6c boire à qui mieux mieux de beau de vie 6c de |a bierre, continuans cette débauche Septentrionaux. ly prefque toute Ja nuid. ' Le païfan voyant que le Maître mi- neur s’eftoit foulé, pour luy faire hon. neur, fut tellement rayy, que cela l’o- bligea d'en faire de me/me, Eftans en cét eftat on leur fît une li- tière au milieu de la chambre, furquoy on les coucha, &«je me mis auprès d eux en attendant lejour, Le Soleil eftoitlevé, que le Maître mineur & le païfan eftoient encore dans un profond fommeil. Comme i’a- yois volonté d’aller coucher cette jour- nee-là à Pronthem, & voyant que nos chevaux eftoient prefts, & le déjeuner qui nous attendpitje les reveillay puis nous nous mimes à table; 5c à la fortie. ayans remercié noftrehofte,nousmon- tam^s à cheval. & allâmes fl bien, que nous arrivâmes à Dronthem , la nuic^ n eftanc pas eqepre clofe. J^oyctf^e des ^a'is 2 ,^ Ç H A P. IX. Rembarquement de l'auteur a "Dronthetn: comme les Mariniers furent contraints d'acheter le vent^ ^ le danger qu* il y a de naviger fur la Mer du Nord. D Eux jours après , ayans déchar- gez, & receusles provifions que l’Intendant general des mines eftoic obligé de nous livrer, le vent eflant bon, nous nous embarquâmes, ôc quel- ques heures après limes voile pour con- tinuer noftre chemin. Nous vogafmes quelques jours fort heureufement jufques au deflbus du cercle Polaire Artique, où là un grand, calme nous prit, proche des colles, Sçaehans que ceux qui habitent le païsdedeffus le cercle, ainfi que les ha- bitans des côtes du Finifche Scher ou Mer de Finie prefques tous Sor- ciers, & difpofent ^es vents à leur vo- îpnté, nous lit mettre la chalouppe eq Septentrionaux. 2p Mef fiour en aller acheter à un village Je plus proche, noos adreflans au prin- cipal Nigromencien du lieu ; auquel ayans dit où nous voulions aller, ôc de- mande s’il ne noos en pouvoir pas four- nir pour jufquesauMourmansKoimore, nous répondit que non^fon pouvoir ne s’eftendant que juiques aux promon- toires du Rouxella j d’où voyans que nous en eftions encore fort éloignez, & que de là nous pouvions facilement aller au cap du Nord , eft ce qui nous obligea de le faire venir fur nôtre Vaif.; feau pour faire marché avec luy j & pour céc effet prit un efquif de pef- clieur, dans lequel il fe mit arec trois defes camarades, ôe entrerènt à nôtre bord, où y eftansnous convînmes avec eux pour le vent,de la fomme de dix Kronen ,• qui valent vingt livres de France, ôc une livredeTabac que nous leur donnafmes : Et eux pour nôtre argent & tabac attacl\erent à un coin de nôtre voile du màft d’avant- un lambeau de toile, de longueur d’u« des pays tiers d aulne, l’arge de quatre doigtS' auquel il y avoir crois nœuds, puis fe retirèrent dans leur erquif pour seiï retourner. Ils ne furent pas pluftoft forcis de noltre bord, que noftre Patron défie le premier nœud du lambeaiq ce qui ne fut pas pluftoft fait, qu'un vent d Ouëft Sud-Ouëft s’éleva, le plus agréable du Inonde, qui nous poiïlîà, 8c les autres vaifieaux de noftre Compagnie à plus de tren te lieües au delà du Maelftroom . fans eftre obligé dedenoüerle fécond nœud. ^ Ce -Maelftrooni eft un tournané d’eau le plus grand de toute la Mer de Norwegue, ou les Navires perillenceri approchant de trop preftj pour lequel fujecceux qui en ont la connoiflance, & qui fçavSnt la route s’en éloignent de huit oudix lieuës, tenans la hauteur de la Mer, pour éviter grand nombres de rochers , & pareils tournans d’eaux qui le rencontrent, éloignez des edtes de cinq, ftx & fepe lieues. Septéntrionauxt pz Le venc commençant à varier, 6 c Ce Voulant tourner au N ord,nôrfe Patron denoüa le fécond nœud 5 ce qui fît que ie vent nous demeura favorable juf- qiies aux montagnes dedevant Rouxe- ia, où apres avoir pafl'é le coin, nôtre boulTole fe détourna de plus deiîx li- gnes^ ce qui nous fit conjecturer qu’il y avoir de. l’Aymanc dans ces Monta- gnes , Ôc ni’eut efté que nôtre Pilote eftoit fort expert nous nous ferions fourvoyé. Sçacnaffs que les autres vaifleaux eftoient dans la mefme peine que nous, nôtre Pilote fit fermer la bouflble, & par un pavillon qu’il fk mettre au haut du malt de Mizaine, donna fîgnal aux autres de le fuivrc; ce lieu luy eftant fort connu pour y avoir voyagé avec les Hollandois, gouvernant le vaifleau -par la carte marine feulement, Nous fumes dans cette peine deux jours 5c deuxnuicts, après quoy eftans éloignez des montagnes, la bouflble re- J>rit fon centre : ce qui nous fit connol- ^2 p'oya^e dèspap tre que nous approchions du Cap, où lé vent nous venant à itianquer nôtre . Patron dénoüale troifiéme nœud. CHAP.X. D» danger qu'encouru l'Auteur far une temfejle; L É dernier néeud eftaht dénoué, il s’éleva quelque peu après un vent de Nord Nord Oüea,fi furieux, qu’il fembloit que le firmament vouloir tom- ber fur riousj Sc que Dieu par uneÉ^^tc vengeance nous voulôit exterminer, pour la faute que nous avions commifey d’avoir adhéré aux Sorciers- 6cne pou- vans tenir aucuns voiles, nous fumex toOtraints de nous abandonner à la mercy des flots, qui nous agitoientd ù* ne yehemence fi grande, que nous n’ati. tendions autre ojiob? que d’y eftre aby- mtz, ' , , Quoy que nous ne fuffiohs qu a en- viron douze lieuës des coftes, ayans Septentrionaux- p ^ peine de tenir la Mer, nous üe croyons J^as toucesfois que la tourmente nous en jetteroic plus prés ; mais nous fu. mes trompez : car le troifiéme jour fur iemidy, il nous furvint une bourafque, qui nous jetta tout d’un coup fur uii rocher à environ trente lieuës au de^- fts du Cap , & quatre des côtes, ou la chacun fe mit à crier , deman- dans pardon à Dieu de bon cœur, croyans que c’eftoit le jour de nôtre fini & je puis afleurer que je n’ay ja- mais eu plus grand peur, ainfi que tous les autres avec qui j’eftois, qui auffi bien que moy s’attendois que nôtre vaifleau alloit fe rompre en mille piè- ces : Mais par un bon heur extraordi. naire la force & agitation des vao-ues nous dégagea & jetta à une porrée de piltolet du rocher, fans que ttoftre vaif- deau eût autre mal, qu’au deffbus delà quille , ou il y eut un trou paroù beau entroïc, & au fond de calle quelques planches de fenduës ^ ce qui nous obligea de pomper de niomens en niomens. ‘ y-* t^oya^e des pa'is Le quafriéme jour le vent eftanf appaifé, ne voyans plus les autres vaif- feaux de noftre Compagnie] cela nous affligea fort, croyans qu’ils eftoient pe- risj ce qui ne nous empefcha pas toutes- fois de pourfuivre nôtre route, le vent nous eftant en quelque façon favora- ble. Voyans l’eau qui entroit dans noftre* baftiment, Sc qui nous donnoit bien de la peine à la tirer, nous obligea de chercher quelque port commode pour le racommoder, & recalfeutrer; mais comme par tout le Nord il y a quanti- té de rochers dans la Mer, un peu éloi- gnez des côtes; ce qui rend les ports &c les autres lieux inacceffibles, nous fu- mes contraints de naviger encores deux jours fans pouvoir découvrir aucun lieu propre : mais le quatrième du ma- tin eflans és coftes de W ardhus, qui eft un Chafteau que les Danois ont fait baftir, où ils tiennent encore garnifon, & un Commis pour faire payer les droids aux Eftrangers qui vont ou qui s eptentrionaüx, ,p Viennent d*Arcangelj fîcuë en la Mer bl^che; lequel Commis nous laifla palier fans envoyer apres nous , nous ^connoillans Danois s tanc'par no. itre pavillon ^ que par le lalut que nous filmes d’un coup de canon paffanc devant le Chafteaiï,&entrîmcs Sans h Mer de Varânger où nous moùillâ. mes l'ancre à demie lieuë du Bourg. CH AP. XI. Arrivée de V Auteur k T^aran^ier dam U XaUpoîiîe Danoijb. S l'toft que nous fumes entrez, nous mimes la chaloupe en mer; mais n’y ayant perfonne d’entre nous qui eut paroilToit fort fauvage, nous nous azar- dames hmt^ en comptant le Patron, tous bien armez, d’afler un peu avant voir, Il nous ne trouverions pas un lieu encore plus commode, & s’il y habitoic des gens qui nous peulTent aider. C ij V"oyage des pats Ayans cheminé environ demie lieuS entrâmes en un Bourg fort peuplé^ où il y a un tres-beau Port, qui eft Varan- ger, dont les habitans ftirent eftonnez de nous voir en cét équipage , nousre- gardans par admiration. Noftre Patron entendant qu’ils par- loient la langue du Nord, qu’il fçavoit fort bien, leur demanda s’ils vouloient bien nous permettre d’entrer dans leur Port pour racommoder nôtre vaifleaii Apprenans que nous eftions Mar- chands , qui alloient à la pefche du "^al-Rus, que les François nomment Cheval Marin^wows, firent offre de leur affiftance, que nous acceptâmes 5 puis ayant reconnu la commodité du Port, retournâmes à noftre bord, oii fi-toft arrivé, levâmes l’ancre pour y aller, où y eftans, déchargeâmes noftre left, qui n’eftoit que du fable pour fervir de contre-poids , & quelques caifTes de tabac , avec des ballots de toile, que nous avions avec nous, pour negotier, fl l’ôccafton s’en prefentoit. Septentrionaux, Tout eftant déchargé , Ton rnic le tabac & la toile dans une cabane qui eftoit là proche , que le Patron Sc le Commis des Marchands firent fermer. CHAPITRE XII. I)es ntceurs,^ maniéré de vivre ^JuperJîitiûn$ Ô" habillemens des Zappons Danois. P O U», eftre en bonneintelligence avec ces habitans, qui comme je l’ay dit cy-devant font Lappons , nous leurs partageâmes quelques roulleaujç de tabac, qu’ils receurent avec plus de joye, que fi on leur eut donné de l’or} & eux pour revanche nous regallerenc auffi de ce qu’ils avoient, qui n’eftoit que du poiflbn fec, qu’ils mangent au lieu de pain, de la chair de Renne, qui eft un certain animal qu’on ne void que dans la Laponie , Boranday , Samo- jeffie Si Sibérie , d’Ours, Sc d’autres fauvagines, que nous ne connoiffions pas : comme^aufii du poilTon frais, cuiç 3^ Voyage des pais fans Tel, qu’ils trempent les uns dans de l’huile de poiflbn, les autres dans une ligueur aigrette, qui eft leur boiflbn. IMais cenime pas un de nous n’aymoit ces ragous, nous fumes obligez d’avoir recours aux provilîons que nous avions apportées, qui eftoit du bifcuit & de la chair falée, defquelles nous leur Cnpre- fentâmes 5 mais dés qu’ils en eurent goûtez, uos ragous leur parurent aulîi ridiculs que nous les leurs, n’en pou- vans goûter, ils beurent tputesfois de noftre bierre & de l’eau de vie, mais non avec tant de delice qup leur boif- lbn ordinaire , qu’ils bralTent & font avec del’eau commune, de la graine de Genevre, d’une autre femblableaux lentilles,dünt jene me fouyient pas du nom, qui croift en abondance comme le Genevre parmy les fueilles d’une plante femblable à la feugere , mais qui eft plus haute ôc tpulFuë, laquelle je n’ay veuë chez aucun Herborifte, & font auffi de l’eau de vie dans des cha- pelles de cuivre au bain marie, avec Septentrionaux,. 39 les me fines grains, qui fait les me fines effets que nôtre eaude vie,j6c leur boif- fon ordinaire que du vin. Ces Lappons, quoy que Luthériens deReligion,& qu’ils ayent des Preftres pour les inftruire , ne laiflent pas que d’adherer au Diable, eftans prefques cous Sorciers, &; fi fuperfHcieux, que s’ils rencontrent un animal qui leur foit fufped, ils s’en retournent, & ne Portent de leur logis de toute la jour- nécj & fi à la pefche ayans jette leurs rets, les retirans ils ne prennent qu’un poiflbn , tenansceU àinauvaife augu- re, ils s’en retournent de niefine lans plus vouloir pefcher. Tant Hommes que Femmes, Ibntde petite taille, mais renforcez &: adroits, & ont le vifage large, plat , bazané 6c camus, mais non tant que les autresSep- tentrionaux , ont les yeux femblables aux cochons,les paupières fort retirées verslesrempes,ront ltupides,fans civili- té, &: fort lafcifs,principalemêt les fem- mes, s’adonnans à tous venans, quand 4 ° Voyayi des pa'h eJles le peuvent, à l’infçeu de leurs ma^ ris, font vetuës les unes de. gros drap, & les autres de peaux de Rennes, le poil en dehors, ayans les bas de mefme & des fouliers faits de peau depoilTon, les efeailles y tenans, n’ont point d’o- reilles comme des labots, font coiffées comme les N orweguiennes , portant les cheveux en deux nates, dont l’une leur pend fur une épaule , & l’autre fur l’autre, & fur leur telle ont une coëfFe cornette de toile de Serpilliaire, ainfi qu’efl tout leur lingej & d’autres oqt une pieçe de pelice, large de huit doigts, qu’ils lient derrière leur telle, ainlî que les Egyptiennes, comme voyez en la figure i, Quant aux hommes, leurs habits font tous de peau de Rennes, le poil en dehors, &: courts, ne confillant qu’en une camilble, qui defçend juf. ques à la moitié des cuilTes , & un haut de chaullé, &: pour çholTure des bas de la mefme peau, auffi le poil en dehors, & par delTus des bottes de peau de poif Septentrionaux. 4/ fon,0 bien faites, quoy que groffieres, que l’on n’en peut pas voir la couture. Il y en a plufîeurs qui ne portent point, de bottes, mais des fouüers de mefme que les femmes 5 & pour coëlFure ont un bonnet tout rond à la matelotte, auflî de peau de Rennes, le poil ende- hors, bordé parembas d’une bande de peau deRenardjles uns blancs,8des au-; très g ris co mme vous voyez la figure a, Les logemens de ccs Lappons font de 4* Voyage des pays mefmeque ceux du territoire de Cbri- ftiania, n’ayans le jour que par le haut. Ils ne fe fervent point de Jiebs pour fe coucher, non plus que tous les autres I.appons, Borandiens, Samoïdes, Sibé- riens, Zembliens, qu'Iflandois, & au- tres nations Septentrionnalles ,eften. dans tous les foirs parterre au milieu de la chambre des peaux d’Ours, fur lef- quelles ils fe couchent, le maître, la Maîtrell’e, les enfans, les valets & les fervantes pefle-mele fans aucun feru- pule; & le lendemain eftans levez ils remettent ces peaux ou ilsles ont prifes. Dans chaque maifon il y a un gros chat noir, duquel ils font grahd ellîme, parlant à luy comme s’il avoir ^ la raifon, ne font rien qu’il ne luy com- rnunique , croyans qu’il leur aide en leurs entreprifes, ne manquans tous les foirs de fortir de leurs cabannes pour le içonfuIter,& les fuit par toti^où ils vont, rant à la pefehe qu’à la ^alTè, Quoy que cét animal ait la £gure d’un chat par fon regard, qui eft epou- Septentrionaux. 45 yanrable, j’ay creu & croy encore que p’eft un Diable familier. CH A P. XIII. J^épartde l' Auteur de Varan^er pour aUet au Mourmanshoimore, L e lendemain de nôtre arrivée d Varanger, nôtre vaiiTeau eftane tout à fait déchargé, les Habitans de ce lieu nous aidèrent à le renverfec pour le racommoder j & le Patron y reconnoiflant le mal beaucoup plus: grand qu’il ne fe l’eftoit imaginé, pria ces Habitans de luy trouver du bois propre pour le racoramoderj ce qu’ils firent, en allant couper fur une monta- gne qui eftoit proche. Le Commis des Marchands, voyant que l’on feroit quelque temps pour ra- commoder nôtre bâtinaent, trouva a propos d’aller dans le païs, voir fi l’on n’y troyveroif pas quelque cho/e à ne- gorier. Pour cét effet me choifit, Ô£ Voyage des pais deux autres encore, afin de Taccompa- gner, & dés ie lendemain au matin, qui eftoir le douzième jour de Mars , nous primes du tabac & des toiles pour tra- fiquer , du bifcuit , de la chair faléeSc priâmes trois de ces habitans d’aller avec nous, tant pour nous montrer les chemins, que pour nous aidera porter nos marchandilés & pro vidons jufques au premier bourg ou village que nous trouverions 5 ce qu’ils nous odroye- tent, & partîmes, cheminans à travers bois, montagnes & valons, fans rencon- trer ame qui vive, jufques à environ- quatre heures du foir que nous appeV- ceumes deux Ours blancs, d’excellive grofleur , qui venoient à nous tout ef- farouchez5 ce qui nousefFroya. Nos conduéleurs voyant la crainte que nous avions, nous dirent de n’avoir pas peur, que nous n'avions qu’à tenir nos armes en eftat pour nous defendre en cas qu’ils nous approchaflent de trop prelfl: 5 ce que nous fîmes, rafraif- chiffans d’amorce nos f uzilsj lefquels Septentrionaux', foit pour en voir la lueur^ ou pour fen- tir la poudre , ils s’enfuirent de telle vitefle d’un autre côté, que nous les perdîmes de veuë 5 & une heure après defcendans une montagne, nousvimes au bas une douzaine de maifons fore éloignées les unes des autres, & plus loin, deux troupeaux d’animaux , faits comme des Cerfs, que nos guides nous direnteflre des Rennes. Eftans arrivez au village,’ nos guides nous menèrent dans une cabane , en laquelle nous nous repofames , eftans fort arraftez, tant par la pefanteur de ce que nous avions apportez, que pour le chemin que nous avions fait par des lieux trés-facheux : Nous donnâmes à nôtre hôte un morceau de tabac, qu’il prit avec joye, nous affurant qu’il y avoir plus de neuf mois , qu’on ne luy avoir fait un prefent fi confiderables, pour recompenfe dequoyil nous pre- lenta de fon eau de vie, une piece de chair de Renne, cuite fans fel, & du poifibn fee, que nous donnâmes à nos 4 6 Voyage des faîf guides, lerquéls en firent un bon repas, & nous de nos provifîons foupâmes} apres quoy nous nous couchâmes fut des peaux d’Ours blancs à la mode du pais. CH AP. XIV. Comme l’on efi mené far des Rennes dans la Zaffonie^ ^ des particularitex^de cét animaU L e lendemain eftans réveillez, nous fimes demander à nôtre hoile, s’il ii’avoit rïen à troquer contre du tabac & de la toilej lequel nous dit avoir des peaux de Loups, de Renards, &; d’Ef- curieux blancs, & que fes voifîns eil avoient auflî, qu’ils troqüeroient vo- îonticrsj nous flous fimes montrer tou- tes ces peaux, ôe auflî quatre habits de peaux de Rennes, pour nous garentir du froid, dequoy ils nous en donnèrent pour une partie de tabac, ôc pour l’aua tre de la toile. SeptentHoiiaüx. f^’y ayant plus rien à troquer dans ce lieu- là, nous demandâmes des Rennes à noftre liofte pour nous mener plus avant^ Sc auffi-tofl: prenant un cornet, il fortit de fa cabane, Ce mettant à Ton- ner pour appeller les Rennes, lerquelJes vinrent au nombre de quatorze ou quinze , fix defquelles il attella à iîx traineaux, faits comme des gondolles, foutenuës fur quatre petits chevrons, qui font attachez à unepiece de bois,, plus longue de deux pieds que le traî- neau , nous mimes nôtre marchandife dans un , & ayant congédié deux de nos condudeurs, que nous payâmes de tabac, nous en retînmes un, qui avoic efté dans la Lapponie Mofcovite, &c qui en fçavoit parler la langue, comme aulTi celle des Killoppcs, pour venir avec nous, & nous fervir de guide.Nous eftans mis chacun dans nôtre traineau, habillez à la Lappone des habits que nous avions troquez , on nous couvrit encore de chacun d’une peau d’Oursj, puis nous ayans liez d’une bande d# 4 8 Voyage des pats cuir de Renne par cieffous les aiflelles au derrière du traineauj on nous don- na enfuire à chacun une couple de verres d’eau de vie; puis on nous misa chaque main un bâton ferré par le bas; en cas que fi nous rencontrions quel- ques louches, tronçons de bois, ou pier- res, empefcher avec de nous renverfer. Eftans prefi: à partir , nôtre hôte à qui ces Rennes appartenoient,, leur marmotaà l’oreille à chacun quelques parolles, leur difant, à ce queje croid Je lieu où ils nous dévoient mener, 6i fl toft prirent un eflant fi grand , que nous creumes être emportez de dia- bles , continuant ainfi leur eourfes par monts 5c par vaux , fans tenir de che- main frayé toute la journée jufques à fept heures du foir, nousmenansà vn village afle grand , mais fort champê- tre , fitué entre des montagnes proche d’un grand Lac ou elles s’arrêtèrent tout court à la quatrième habitation du lieUjfrapantes toutes la terre d’un pied, çe qu’entendu du maître du logis & de Septentrionaux. 9 Je Tes ferviteurs, ils forcirent pour nous Jécacherj&unaportaun petit broc de 5ois de Genevrier, plein d’eau de vie, de‘ aquelle il nous en donna à chacun à ?oire une pleine taiTe, faite auifi de néme bois, avant que defcendre des :raineauxpour nous remettre, fçachant )ar nôtre gui de que nous étions faifis Je peur,d’a voir efté tirez fi vice par çés inimauXj-ajfec lefqüelles nous n’avions )^as coqtumejde voyager. Ces bêcès tant mâles que femelles jortent un bois un peu plus haut que :eluy des cerfs, mais plus^ courbé, velu . Sçquin’a pàs içânt de cornichons, font le la même cpuléur les Cerfs, pas >luagroiIes, lésîpieçI^fehjJus démême^ ;raud-s comme ceuxd.es bœufs, neman- ;enKqqeiéê Ja’ moufle, qui eft abon- lance <îans-^t|^rtavs-]à'.Les femelle^ ! ohien t d u îM^^^TOmé’^sVa ches ,de- [uoy l’on fait du heure Se du fromage, |ui eft très. bon. L’on attelle ces ani- (taux à deux limons, qui tiennent au raineau avec une bande de cuir de D 5® Voyage des fdïs Renne, à peu prés comme font attelejf nos chevaux de earrofles,&: tirencainfi, avec une viteffe incroyable, v-ous me- nant tout droicït d’eux-méme au lieu où vous devez aller, fans eftre gouvernez, comme voyez en la figure fuivante. ' ' Septentrionaux. ■ jr CH AP. XV. Arrivée de l'Auteur dam le Mourmans- koimore.^ ^ de quelques particularités^ du païSi E S T A N S defcendus de nos trai- neaux, nous entrâmes dans la ca- bane de nôtre hôte 5 laquelle comme toutes les autres du lieu eftoit fort pe- tite, balTe 6c couverte d’écorce d’ar- bre, n’ayant comme celles de Norwe- "gue le jour que par en haut. Ges Lappons-là avoient l’habit plus long que ceux d’où nous venionsjeflans de peau de Renne, le poil en dehors, les Femmes eflant auffi vétuës de même peau, ayans les cheveux natez, comme les autres j portant pour coëffure un bonnet tout rond, auffi de peau de Ren- ne, le poil en dehors^ comme leurs ha- bits. Nous donnâmes aü Maître de la ca- bane un bout de tabac de la longueur D ij j2 yoyage des pa'is de deux doigts, qu’il prit avec grande joye, nous en remerciant, 6c en donnâ- mes auffi à tous les habitans de ce heu- là, à chacun un petit bout, afin d’être en meilleure feureté, les rcconnoiflant plus fauvages que ceux que nous avions quittez, puis foupâmes des provifioris que nous avions apportez, 6c nptre gui- de mangea du poiflbn fec 6c de la chair de Renne cuite fans fel. Luy deman- dant combien nous avions fait de lieuës cette journëe-là, il nous dit, plus de trente,6c que nous étions dans le Mour- mansKOimorp , les habitans parlans’ d’une autrC”^ langue qu’à Varanger, que nous n’entendions pas. Après avoir foupé, nous nous cou- châmes fur des peaux d’ours, a la rnode du païs, ayans auparavant troqué nos habits contre des leurs , qui étoient plus longs, 6c une centaine de petit gris qui fe trouvèrent dans ce lieu-là contre du tabac. Septentrionaux. rs CHAP. XVI. Voyage de l'Auteur dam le pah des Ki~ loppes.^ ^ de leur maniéré de vivre, L e lendemain quatorzième May, nous fîmes dire par nôtre truche- ment à nôtre hôte, qu’il nous prépara des train.eaux pour pafler plus outrej ce qu’il fit, ôc les autres habitans vin- rent pour nous accommoder , àppor- .tans de l’eau de vie pour boire avec nous pour nous dire adieu. Ils attellerent fix Rennes à fix trai. neaux , dans un defquels nous mimes nôtre marchandife , puis montâmes dans les autres, où on nous y accom- moda, comme je l’ay déjà décrit j & ayans parlé à l’oreille des Rennes félon la coutume , nous partîmes en diligen- ce , courrans jufques à deux heures après midy, fans rencontrer aucun lieuj & fur les trois atteimmes un petit vil- lage de huit cabanes, bâty fur une hau- Voyage des fais te montagne, proche d’un bois, où nos bétess’arreterentj ce qui nous fit croi- re qu’il y avoit du mondcj mais comme nous vimes que perfonne ne venoit, nous finies repaître nos animaux de moufie, que nous y trpuvârnes en quan- tité; & cependant nous mengeamesdu bifcuit & de la chair falée que nous avions^ & nôtre truchement du poif- ibn iec, 6c un morceau de chair de Ren- ne, 8c beumes de l’eau de vie que nous avions, que les derniers Lappons nous avoient donné. Ayant là demeuré environ une heure, nôtre truchement qui fçavoit com- ment faire aller les Rennes, aufli bien que les autres Lappons, eut bien de la peine de les faire palTer outre, ce lieu leur étant borné; ce qui le contraignit de faire des ceremonies étranges , al- lant dans le bois feul, puis revenant parler à l’oreille de ces animaux, 6c cela par quatre ou cinq fois, après quoyeL les fe mirent à aller, ne courant pas fi fort qu’auparayant. Septentrionaux. ff Nous luy demandâmes d’où venoic que nous n'avions trouvé perfonne dans ce village 5 à quoy il nous répon- dit, qu’il ne falloit pas nous en éton- ner, étant habitations de Kiloppes, qui font certains Lappons plus faurages que les autres, qui changent fort fou- vent de demeuré, fuyans la prefence des étrangers, & qui ne vivent que de la chaiTe. Pourfuivans nôtre chemin, defeen- dans une montagne fur les neuf heures du foir, apperceumes quatre Kiloppes, qui revenoient de la chafle dans des traîneaux, tirez par des Rennes , qui fe détournèrent de nous, prenans un autre chemin, de aulîî-tôt entrâmes dans un bois long à pafler, au milieu duquel entendîmes des cris 8c heurle- mens épouvantables fans rien voir. A la fortje de ce bois defeendans une montagne, nous apperceumes au bas un village, où nos bêtes nous menè- rent, prenant logis 'où il leur plût s’ar- refter, 8c là après y avoir pris nôtre rç- j6 Voya<^e des fais feâ:ion des provifions que nous avions nous nous couchâmes- CHAP. XVII. Arrivée de V Auteur dans la Laponie Mof- covite, du ney>ee^ mœurs ^ maniéré de vivre de ces Zappons. E lendemain eftans levez, nous demandâmes à nôtre truchement combien nous avions fait de lieuës le jour precedent ; lequel nous dit que nous en avions fait pour le moins qua- rante i qui valent environ cent foixan- te pareilles de celles de Paris à Lyon, chaque lieues de ce païs Jà eftant aulîî longues que celles d’Allemagne, qui vallent chacune quatre de celles d’au- tour de Paris , un homme de cheval tant bien monté qu’il foit, n’en pou- vant faire plus de cinq) -, & nous dit aulîî que nous étions dans la Lapponie Alofcovite. Nous luy fîmes demander aux habi- Septentrionaux. // tans de ce lieu, beuvant avec eux de l’eau de vie, & leur donnant du tabac en recompenfe, s’ils n’avoienc rien à trafiquer avecnousj à quoy nous ayant répondu, qu’ils avoienc quelque pelle- terie, nous leurs demandâmes à les voir, ce qu’ils firent. C’eftoit des peaux de Renards blancs, d’autxes noires, d’au- tres grifes, & quelques Soublines, non de fi belle couleurs, que celles qui fe prennent au Boranday, en.la Samojefi. fie Sc en Sibérie, avec quelques petits gris. Cette marchandife nous duifant, nous la primes pour du tabac que nous leurs donnâmes en échange. N ôtre marché eftant fait, nous fîmes la débauche enfemble , dans laquelle nous reconnûmes qu’ils n’eftoient pas fi fauvages que les autres, avec lefquels nous avions négocié, quoy qu’aufîî ru- des dans la converfation, ôc Fort indif- crets , commettans devant nous des incivilitez que la bien-fceancc m’em- pefche de reciter. /^e des pafs de vie, du poiflbn fec, & de Ja chair de Renne, pour boire U manger par le chemin, le voyage eftant très long â faire. Enfuite ils allumèrent tout au- tour de fon cercueil force racines de fapins brûlantes, comme des chandel- les, pleurans Sc fe lamentans, & faifans des geftes étranges. Tout eftant ainfi accommodé, ils fi. vent plufieurs tours tout autour de luj en proceffion , luy demandant pour, quoy il eftoit mort, li fa femme l’avoil ojBFenfé, fi on luy avoit laifle avoir be> foin de quelque chofe, s’il avoit ev faim, s’il avoit eu foif, s’il avoit eu di déplaifir à la chaffe, ou à la pefehe, & s’il n’avoit pasefté bien vêtu, pleuran tous, clocbans, 6c faifans plufieurs au très poftures, comme des gens hors d fens, un de leur Prêtre eftant là fpeda teur de cette adion funebre, jettoit d temps en temps avec un efpargeoir d l’eau benite fur ce corps, les pleureu en faifant de même. l’oubliois de dire, qu’ayant Saint N. Septentnonauic. ^7’ lias en grande vénération, pour eftra imme les Mofcoviftes, Nicolaïftes ; Religion , ils en mettent la figure iprés de leurs morts au lieu de Cru- fix. Ce Saint n’eft pas cét Evêque donc 1 fait la Fefte en France^ mais ce Ni- )las, un des fept Diacres mentionné IX Actes des Apôtres, duquel ils habil- ntTImage en Pelerin, ayant une Ion- je robe, un camail abaiflê, ceint d’u- ; ceinture large au milieu du corps, rec un bâton en fa main, c.onwïie voyé 1 la figure fui vante. i^oya^é des pÆ ég CHAPITRE XX. Bu travail des Zapponnes Mofcovites^ é*, autres particularitex^ E S T O V RÜ I s do bruit , & las voir ces ceremonies funèbres, nousf fortimes du logis du mort pour retour- ner au nôtre, où nous y trouvâmes nô- tre hôtefle, qui eftoit fortie du lieu où fbn mary favoit fait aller a notre arri- vée. Si-tôt qu’elle nous vid, & croyant que fôn mary eftoit avec nous, s en vou- lut! retourner : Maisnôtre guide & in- terprette luy fâifànt entendre c|u il eftoit demeuré, & .,qp’il nereviendroit pas fi-tôt, elle demeura , nousconfide- rant les uns après les autres , en nous donnant plufieurs fignes d’amme, s’afic auprès de nous, nous montrant un bon- net qu’elle bï'ddoit d’etirn en laoie, file fur du fil fort artificiellement. Le travail de toutes ces Lapponnes, n’eft qu’a faire des habits , tant pour Sepuntrionaax, elles que pour leurs hommes qu’enfans, tous brodés auxextremitez d’étim , le- quel pour être fort doux , elles le tire entre les dents en lames, aulfi vnies que les Tireurs d’or peuvent faire les leurs d’or ôc d’argent par leurs filières , avec beaucoup de grâce, eftant belles, bien- faites de agréables, quoy qu’un peu ca. inufes; de n’eftoit qu’elles çonnoilîënt la jaloufie de leurs maris , dont elles craignent là fureur, elles fe proftitu- roient volo^jdejrs. Caufe pour laquelle ils les font retirer en un igiutre lieu, lors que les étrangers arrivent. Tandis que nôtre hôte eftoit empef- ché à rendre les derniers honneurs à fon yoifîn, nous tirâmes de nôtre provifion, dequoy nous en donnâmes à nôtre hô- teffe, qu’elle prit, en goûta, de trouva bon, principalement le pain d’épice, "beu deux traits de nôtre eau de vie, puis s’en retourna d’où elle efloit ve- nue, craignant que fon mary ne la trou- va avec nous 3 ce qui luy àuroic mis martel en celle, de fait maltrairrer. B iij ’'^9 Voyage des p^S Nôti'e hôte eftanc de retour, falut boire encore avec luy, & prendre une pipe de tabaCjpuis foûpâmes enfemble, nous donnant de fa viande, de fon heu- re, qui elloit falé, duquel nous man- geâmes avec du pain, à la referve de nô- tre guide, quife contenta de manger du poiflbn lèc, & un morceau de chair d’Our, que nôtre hôte luy donna, qu’il fit griller fur des charbons. Toutes les habitations de ce lieu font comme les autres, faites de bois, cou- vertes de gazons de terre, mais enjoli- vées, tant par dehors que par dedans d’oflemens de poilTons. Apres avoir foupé nous fumes coik cher fur des peauxd’Oursà l’accoutu- mé. CH AP. XXL Kenaontre d'un Zappon Mofcovite allant, à là chajje. L e lendemain dix- huitième May de bon matin, nôtre hôte nous Septentnonattü. yt Hyant fait préparer des traîneaux, nô- tre marchandife eftant accommodée dans un, nous nous mimes dans les au- tres, puis partîmes , nos Rennes nous menant avec autant de vitefle que cel- les que nous avoir fourny nôtre hôte de Kola, fi bien qu’en deux heures, nous nous trouvâmes ayancez de plusse fîx lieues. ..i'ài"' -, Pa/Tans entre deüx couteaux, appei*- ceumesà la defeente d’une vallée un Lappon qui alloit ’â la chaffés lequel nous aborda, glifladt fur la neige, aullî vice que nous, fans enfoncer, avec des pâtirons faits d’ccûrce d’arbre, longs d’enuironfepe pieds & demy, larges de quatre doigts feulement, plats par def- fous, & creux où fes pieds efîoient liez, habillé comme les autres de peau de Rennes, le poil en dehors, dont le bon», net, les mitaines, le jufte-au-corps, le. haut de chaude, 6c les bottes eftoient brodées d’étein, 6c ceint parle milieu du corps d’une ceinture auffi de peau de Renne; avoit en une main un dard. Septentrionaux, Retour de l'Auteur à yaranger, de la dex- térité des Zappons k jetterle dard^ ^ à tirer de Parc, & autres partkularittx^ N O ST a E Châfleur Lappon nous ayant tenu compagnie environ demie lieuë, il nous quitta à la montée d’une montague, allant d’un côté , & nous de l’autre > fi bien que trois jours apres fur les neuf heures du foir, qui eftoit le vingt-un de May, nous arrivâ- mes à Varanger, ayant tenu le même chemin, & pris les memes commoditcz, fans qu’il nous fut arrivé aucun acci- dent, ny fait aucun tort. Les Lappons, quoy que fort neceffiteux, brutaux, Sc la pluspart Sorciers, eftans fort fidels^ & point adonnez en aucune façon au larcin, qui eft la plus grande de toutes leurs vertus, font fi adroits à jetter le dard, que de trente pas ils donneront dans un écu blanc , Ôc perceront un Y4- Voyage des pa'is iomme. de part en part tant ils le jet- lent rudement. A l’arc, fçavent attein- dre l'anîmai c|,u’ils chaflent à quel en- droit il;> veulent. Ne vont pas volontiers à la guerrej ce qui fait, que foie le Roy de Danne- JT>arcK, de Suede, ou le Grand Duc de iMoicovie, quand ils ont befoin de Sol- dats, & les y voulans faire aller , laif- fenc leurs habitations, 6c s'en vont dans les bois. Ils ont delà volatille, comme oyes, cannes, poulies, 6c autres, qu’ils nour- rilTent, non de geoievrp, mais de l’au- tre graine dont ils font leurs boiflbns, êc depoiflbn. JLa pluspart de la fauvagine de Lap- |)onieeft blanchejComme Ours, Loups, Renards, Lievres, 6c autres, memejuf- ques aux Corbeaux , qui égallent en hlancheur, le Cigne n’ayant de noir que le bec 6c les pieds. Le poiflon qu’ils font feçher pour manger au lieu de pain eft fort gros, 6c | long de deux à trois aulnes de France, . Septentrionaux". // fans arrêtes, à la referve de la grofle, que je puis nommer en terme de Mé- decine, medulle efpinalle, qui eft d’un aflez bon gouft, fort fubftancieux, gros, nommé RaiF. Pour l’autre poiflbn qu’ils mangent cuit, eft de toutes fortes d’efpeces. Ils ne Ce fervent pour vaiflelles que de cuivre & de bois. Qupy qu’ils n’ayent paslefel en ufage, 6c qu’ils l’haïftenr, ils ne laiflent pas de faire cuire toutes leurs viandes en eau de Mer^ Leurs chiens font fi- petits, que le plus grand n’â pas plus d’un pied 4c longueur, haut d’une palme de main, le poil long d’un doigt , d’un blanc roufâtre, heriffe, 6c rude, ont les oreil- les droites, faites comme celles des Loups, la tefte6clemufeau comme un rat, fort propre à attraper des fouris, qu’ils mangent , 6c leur font la chaffe comme nos chats j c’eft pourquoy les Lappons les eftiment,quoy qu’ils foient fort laits, 6c ont la queue recroquebil- lée, reftemblante à celle des cochons, 7<^ P’o^age des fats comme voyez en la figure i. Il s’y trouve auffi une efpece d’oy fauuage, de çoiilcur d’un gris de perle,^ pos & grand comme un mouton, ayant la ccftc faite comme qm chat, les yeux fort ctincellan?, & rouges, le bec com-- mc un Aigle, les pieds &: les gnflres de meme, dont ils en emportent des Liè- vres, & autres Gibiers, comme yoyé en |a figure i. SeptentHohduM CH AP. XXIIL Sortie de l' Auteur dé U Mer de yataftgef-^ I de la continuation, de fa navigation, ^ I autres particularité;^ L a journée que noüs arrirâmes à Varanger , le Pacroû de cotre Vaiffeau avoir commencé à le faire goderonner^ 6c le lendeftiaiii le fit pa- rachever 6c redreffer, puis fit recharger le left. En attendant nousrcgalames les habitans avec de l’eau de vie 6c du ta- bac, afin qu’ils ne nous fu fient pas con- traires en nôtre départ, ôc qu’ils nous fifl'ent avoir bon vent. Dequoy mé femble qu’ils furent reconnoiuansj car cinq jours après, qui eftoitlc vingt-fix de May, fur le matin il s’éleva un vent le plus agréable du monde, & propre pour fortir de cette petite Mer-, ce qui nous obligea de lever rançfé, 6c partîj mes fur les fept heures du foir. Comme le vent fe renforciiroit,ayans ployage des f ah crainte des rochers qui font au pafla- ge de l’entrée delà grande Mer, c’eft ce qui nous obligea de mouiller fous une côte vis à vis l’Iflede WardhuSjOÙ là le Commis du Château nous ayant apperceu, fçachant qui nous eftions, vint avec une chaloupe dans nôtre bord, où nous le régalâmes de ce que nous avions, puis s’en retourna, prenant congé de nous. Le lendemain vingt-fept, environ une heure après minuit, le Soleil fai- fant voirfes rayons, nous levâmes l'an- cre, cinglant en pleine Mer à la faveur d’un beau frais, qui nous fit tendre tous nos voiles, tenant nôtre cours au Nord Nord-Eft. Nous neumes pas vogué trois fois vingt- quatre heures, qu’il ne nous pa- rut plus de nuit, le Soleil ne fe perdant jamais de nôtre veuë, re montrant tou- jours devât,derriere,ou à côté de nous. Le dernier jour de May découvrant les montagnes nommées Spitz Bergen, «n vent de Nord s’éleva avec une telle I Septentrtànam. fp ftnpetuoiîté , que ne pouvafls tcnîr !a Mer, nous fumes contraints de les Jaif- fer au Nord Nord-oüeft, prenant nô- tre coursa TEft Sud-Eft, pour tâcher d'attraper des côtes pour nous y mettre à l’abry. Nous cinglâmes ainfî trois fois vingt quatre heures , fort incommodez des glaces, qui pour cftre rompues & agi- tées par la tempefte, battoient de telle rudelTe la poupe de nôtre bâtiment, 6c les côtez , qu’à tout moment il nous fembloit qu’il alloit eftre fracalTé. Le quatrième luin , appercevafe à' l’Eft de hautes montagnes, nous y dref- famés nôtre cours pour y aborder, & nous y mettre à couvert fous quelques promontoires : Mais le vent de Nord le renforciffant, nous obligea de virer vers les côtes du Boranday, que nous approchâmes quelques heures après, 6c entrâmes en une baye que nous dé- couvrimes. Port tres-commode, pour eftre à l’abry de tous vents, où il y âvo|^ douze OU treize bralTe d’eau. ^ à Voyage de; paÎ! Nous n’y fumes pas plutôt ancrez, que nous vîmes deux vaifleaux qui y eftoient , éloignez de nous d’environ une portée de moüfquet, lefquels re- connoiflTâns eftré lès nôtres qui nous avoient quittez par la tempefte, au def- flts du cap du Nord , que nous avions creoeftre perdus, cela nous réjouît, ôé obligea de leur donner fignai de nôtre arrivée par la décharge de trois canons que nous tirâmes, avec la grande ba-» niere que nous tendimes fur la poupe. ^ Eux pour nous donner a connoître la jôye" qu’ils avoient auffi de nous revoir, ayant creu que nous avions efté fubmer- gez par la tempefte, qui nous avoir fe- parez , nous falucrent de quelques coups de canons, 8c ornèrent leurs na- vires de tous leurs pavillons, 8c nous en fîmes de mêmes, fouhaittans les uns les autres de pouvoir mettre la chaloupe enMer pour nous parlerjmaislarigueué du vent s’oppofant à nôtre defir, nous obligea d’attendre qu’il fut adoucy, ce qu’il fit vingt quatre heures après ou environ. Chap. Septentrionaux. it CHAP. XXIV. JDe l'entreveuê des Danois avec lesquels efloitparty P Auteur de Dannernarck, qui avaient ejiè feparez^par la tempejle^ du récit de leurs avantures. L e grand defir qu’avoienc ceux des deux autres vaifleaux, de fça-. voir où la tempefte qui nous avoic fèparé nous avoir jette, leur fît met- tre chacun une chaloupe en Mer pour venir à nôtre bord, où y eftans entrez, ce fut des réjouiflances nompareilles, tant d’une-part que d’autre, croyans que nous avions eftéfubmergez, & que nous ne nous révérions jamais. Ils nous firent récit comme le vent les avoienc chafTezaux côtes de luhorski, proche d’une Ifle, où n’y pouvant ancrer à cau- fe des écueils qu’ils y avoiêt remarqué, y dire par la fonde, s’eflant trouvez juf, ques à deux brafles &: demie d’eau fu- rent obligez fe voyans fi bas de virer, F Si t^oyage des fa'is promptement, prenant leurs cours a là faveur d’un quart d’Efl: Nord-Eft, te- nant la Mer du mieux qu’ils peurenc avec bien de la peine, 6c qu’au bout de trois jours ils vinrent mouiller l’ancre en la baye où nous les trouvâmes fous les promontoires du Boranday, à huit ou neuf lieuë de i’Ifle nommée Kildo- movia. Nous leurs fimes'auffi récit du dan- ger que nous avions couru, & comme' nous avions efté contraints d’entrer dans la Mer de Varanger, & d’aller hioüiller l’ancre devant le Bourg pour y raccommoder nôtre vaifleau , & le remettre en eftat de faire voile, ayans penfé périr : Et auffi du voyage que nous avions fait dans la Lapponie tant Danoife, Suedoife, que Mofcovite, du négoce que nous y avions fait, Sç de nos avantures. Septentrionaux. 8 ^ CH A P. XXV. Delà refolution que prirent les Danhok avec le [quels ejioit l'Auteur^ d’aller cher- E récit que nous leucs fîmes leur fit prendre refolution, à nôtre imitation, d’aller voir à terre fî l’on trouveroic gens pour négocier avec eux. Pour cet effet nous ceimmes con- feil, dans lequel il fut condud fur le :hamp, qu’un Patron, un Commis, Jeux fous- Commis, qui l(javoient la angue du Nord & le RufTe, vingt Ma* :efots & moy, bien armez , & fournis Je munitions pour quelques jours, rions, * Cela eftant arrêté, l’on nous apprê- a deux chaloupes, dans lefquelles nous 30 US mimes pour aller à terre, où y ;ftant, nous montâmes fur un monticu- e pourvoir fî nous découvririons quel- juss habitations. N’en voyans point. cher à ney>cier dans le Boranday. Voyage des pays nous cheminâmes vers une montagne si environ demie lieuë, de deffus laquelle découvrîmes à deux ou trois portée; de moufquet plus loin, cinq ou fix per fonnes, dans des brouflailles, venan; vers nous, qui rebroulTerent chemit nous appercevans , &; fe perdirent d< nôtre veuë tant ils s’enfuirent vifte. Nous fîmes fî bien en forte, fuivan la pifte de ces gens, que nous avion, veus, allans vers lelieu oùnousjugeon qu’ils eftoient allez , que deux heure «prés defcendans la montagne, nou . vîmes dans un valon tout proche quel ques habitationsv vers lefquelles nou allâmes, où nous y trouvâmes trente o quarente perfonnes, armez de darc & de fléchés, qui nous attendoient d pied ferme, en eftat de fe battre conti nous, croyans nous voyans vne fi grat de troupe, que nous allions pour lei faire du tortj ce qui nous ooligea c nous arrelfer tout court, tenans coi feil entre nous, fi nous retournerions nos vaifleaux,jVoyans des gens fi Jauv SeftS’i/itTÎondux'. / 1res 5c hardis, defquels nous craignions lia fureur. ! Un Sous~commis qui eftoit avec nous is’ofFric d’aller vers eux luy feul, leur té- moigner que nous eftions de leurs amis &: Marchands, qui cherchoient à trafi- quer avec eux , s’ils avoienc quelque chofe qui nous fut propre, &, nous autre chofe à leur donner pour. Cette propofition ayant efté receuë de tous, il s’en va vers ces habitans avec deux roulleaux de tabac , ôc un petit baril d’eau de vie. Eftant proche d’un qui eftoit le plus apparent , luy de- manda en langue Mofcovke, qui nous eftions, & ce que nous délirions d’eux, Juy ayant répondu que nous eftions Marchands de leurs amis, qui ne déli- rions autre chofe que leur amitié , 6c à négocier avec eux, s’il y avoit moyen, defallarma les autres , leur ayant fait entendre le fujet de nôtre venue, nous faifant ligne avec la main d’approcher, nôtre envoyé pareillemen t,ce que nous fimes. F iij T^oya^e des pays 86 CH A P. XXVI. Corporance^ veJlemens^firuBure des habita- tions , maniéré de vivre des Borandiens-^ ^ autres particularïtet^ E stant proche d'eux, je fut tout eftonné de les voir beaucoup plus petits que les Lappons, les yeux de mê- me, dont le blanc eft d’un jaune /ou- geâtre, la face plate ôc large, la tefte grolfe, le nez fort^camu, bazannez au- tant qu’il fe peut, & les jambes gro {Tes. Leur veftement cdnfîftoit en un haut de chauffe fort eflroit, Scune camifole allant jufques aux genoüils, des bas Sc un bonnet tout de peau d’Ours blancs, le poil en dehors, èc des fouliers d’é- corce d’arbre. Leurs maifons font toutes bafties,& couvertes d’os de poiffbn's, fort baffes, & en ovales , dans lefquelles le jour n’entre que par la porte, qui eft faite comme la gueule d’un four. Septentrionaux'. Ces gens-làne vivent que de la pef- che Se de la chaffe , mangent toutes leurs viandes rôties Se fans Tel, avec du poiflon (ec, boivent de l’eau commune, dans laquelle ils laiflent pourir de la graine de genievre, qui la rend aigrete k. agréable, en une cuve de bois de gç- nevier. Les Femmes font auffi laides que les Hommes, habillées demefme, qui vont â la pefche Sc à la chalTe, auffi bien qu’eux. N’ont point de Religion, vi- vans comme des belles. Nous troquâmes contre eux tout le tabac Se nptre eau de vie que nous avions pris pour nôtre provifion contre des peaux de Loups, de Renards , Sc quelques Hermines qu’ils nous donnè- rent, Ayans encores beaucoup de peaux qu’ils defiroient troquer contre du ta- bac Se de l’eau de vie, nous leurs dimes de venir avec nous à nos vaiiTeaux, ôc que nous leurs donnerions toutes fortes de fatisfadions. Ce qu’ils acceptèrent. yoyage des f ah & les ayânt toutes prifes, nous accôpa- gnerent tous jufques au bord de laMer, où là ils demeurèrent , admirans nos batimens , aufquels nous fîmes fîgne, afîn que l’on nous vint querirj ce que l’on fît, nous eftant envoyé de chaque Vâifïeau deux chaloupes, dans une def- quelles je me mis , nôtre Commis, le Sous. Commis, qui s’eftoic azardé de leur aller parler , celuy qui l’a voit re- ceu , ôc un autre Borandien , qui fça- voit auffi la langue Mofcovite,pour y avoir efté, tous les autres demeurans au bord de la^Mér. CHAP. XXVII. q^ue firent les "Dannois avec lefquels efi:oit l' jluteur^ aux Borandtcns, ^ de fion voyage dans le Boranday. E S T ANS à nôtre bord, nôtre PaJ tron apprenant la rencontre que nous avions faite de ces gens du Bo- randay, qui font fort fauvages ôC bru- Septentrionaux. taux. Pour les apprivoifer Bc tacher qu’ils nous rendiflent quelque fervice, leur donna à chacun un bouc de tabac de la longueur d’un doigt, qu’ils pri- rent, èc leur donna auffi à chacun plein une calle d’eau de vie, qu’ils beurenc avec unejoye nompareille,ayans quel-, ques peaux, on leur donna pour, du tabac 6c de l’eau de vie : Et leurs ayans demande , s’ils nous trouveroient des eommodicez pour voyager dans le païs, afin d’y négocier, nousaffeurerenc que ouy; mais qu’il ne faloit pas que nous pretendiffions y trouver autre cho- ie que de la pelleterie, A quoy ayant répondu, que nous ne cherchions que cela, nous afieurerent de nous en faire trouver allez pour du tabac, de l’eau de vie, ôc de l’argenrj:Ô£. que pour ce fujet ils nous meneroient jufques en Sibé- rie. Il convint avec eux pour cét effet de leur donner à chacun deux roulleaux de tabac , & quatre pinces d’eau de vie pour nous mener 6c ramener, Bc promit de les recompenfer de d’a^ yoyd^e des pats vantage fi nôtre négoce nous eftoiî avantageux par leur moyen ; ce qu’ils nous promirent , à la charge de payer ce qu’il faudroit par defius pour les ]R.ennes qu’ils nous trouveroienc pour nous mener, à quoy nôtre Patron s’ac- corda. Nôtre marché eftanc fait, & leur ayant donné encore à chacun un traie d’eau de vie, on les remit dans une cha- loupe pour les mener à terre , afin de nous aller chercher des commoditez pour faire nôtre voyage, 6e y eftans, ils fe mirent à courir pour trouver ce qu’ils nous avoient promis. Si bien que huit heures après ils revinrent à nous avec fix traifneaux , atteler? à autant de Rennes. Pendant que nous regalions nos deux Borandiens , ceux des autres navires firent porter à terre de l’eau de vie 6c du tabac , pour troquer contre les peaux qu’avoient les autres, ne voulans pas S’embarquer dans les chaloupes pour eftre emmené dans nos vaifleaux, Septentrionaux. pî ayans quelque crainte -, ce qui obligea tous les Patrons, pour les apprivoifêr, de faire porter encore quelques barils d’eau de vie pour boire avec euxj ce qu’ils reccurent avec tant de fatisfac- tion, que pour marque d’amitic , les prièrent d’aller fe regaler en leurs ha- bitations, qu’ils nous oôroient plus par ligne, qu’au trement , nul n’entendanî: leur langage. Nos deux Borandiens ellansarrivez vers nous avec leurs Rennes , nous leurs demandâmes pourquoy ils n’ea avoient pas amenez d’avantage; à quoy ils nous répondirent, que c’eftoit tout ce qu’ils en avoient peu trouver. Les remarquant plus grofles que celles de Lapponie, nous leurs demandâmes fi elles eftoient plus fortes, ils nous répon- dirent qu’ouy , &: que celles de Lap- ponie ne pouvans trainer qu’un Hom- me, que celles-cy en trainoient deux facilement, 6c qu’auflî chaque traineau eftoit fait pour deux. Ce qu’entendant nos Patrons ayans tenu confeil, conclu- ‘ü j rent qu*il faloit que nôtre Commis, les deux Sous. Commis, qui fçavoient la langue RuiTe, moy &; un matelot de chaque vaiiîeau, irions avec ces deux Borandiens traHquerj & pour cét effet firent charger une Renne de tabac , d’eau de vie, d’or, d’argent, & de cuivre, fe montant à la fomme de ïdixante mille livres, je me mis dans un de ces traineaux avec nôtre Commis, i’un affis à un bout, f autre à l’autre, nous regardans, un Sous- Commis avec un de ces Borandiens, l’autre avecl’avu tre, deux Matelots dans un autre, l’autre Matelot dans l’autre traineau; lequel pour eftre feul on mit avec luy quelques barils d’eau de vie, Se du ta- bac, puis parcimes. Ces Rennes nous menoient avec au- tant de vireffe pour le moins, que celles de Lapponie , Sc courrumes ainfî pen- dant huit heures entières à travers cam- pagnes, montagnes & valées, fans trou- ver aucune perfonne ny habitation, A la fin approchans d’un bois de fa^^ I Septentrionauif. pj pîn, nous en avifames cinq ou fix, éloi- gnées les unes des autres d’environ cent pas, proche une defquelles nous finies manger de la mouffe à nos belles, 6c nous" rafraichimes , mangeans du bif- cuit ôe de la chair falce, nos Boran- diens du poiflbn fec, trempé en huile de poilTon, qu’ils avoient pour provî- fîon, ne pouvans manger de pain ny de viandes talées, Sc beumes de l’eau d’u- ne fource qui efloit proche, & enfuite à chacun une petite talTée d'eau de vie, puis montâmes dans nos traineaux,cou- rans encore trois heures. Après quoy, nousapperceumes au bas d’une monta, gne plufieurs habitations , proche les unes des autres, où nous rames pour nous y repofer. Eftans là, nous fumes obligez denous feparer, nous mettans dans deux cabanes , nos guides ayans dcfateilé nos Rennes, pour les laiiTer paitlre 6c repofer auffi bien que nous. Vcya^ des fais CHAP. XXVIII. Suite du voyage de l' Auteur dans le Bo-^ randay , ^ de quelques farticuliaritez^ des B orandiens. S I X ou fept heures apres, ayans bien repofez fur des peaux d’Ours, que nos hôtes nous avoienc efteadus par terre pour nous coucher. Leur ayant fait demander, s’ils n’avoient rien à trafiquer avec nous, ils nous montrè- rent plufieurs peaux de Loups, Renards blancs, deux douzaines d’hermines, en- viron trois cens de petits gris, fept pai- res de foubiines, ne voulans point de tabac que fort peu, pour n’en eftre pas frians comme les autres qui habitent les côtes de la Mer, ne vivans que de la chalTe, mangeans tout l’Eftéde la vian- de fraiche cuite, rôtie fur les charbons, ' fsâis fel, & en Hyver rien que de la fe- che, dequoy ils font provifion l’Efté, ' la faifant fecherau Soleil par rouelles i Septentrionaux^^ ^ pj- fur la couverture de leurs maifons, lef, [quelles font toutes faites de branches d’arbres, ôc de gazons de terre, fort balTes, ne recevans la clarté que par la Iporre, qui comme les autres font faites de mefiTie que la gueule d'un four. Ces Borandiens-là, à ce que nous di- rent nos guides, changent de demeure le temps en temps, corne les Küoppês, Is vivent beftiallement, fans connoifl ànce de Religion , font fort fbupides, nal-faits de corps comme les autres lyans des fouliers d’écorce d’arbre* eurs chauffés, haut-de-chaufles, bon- lets êc robes, qui leur vont julques au )âs des gras des jambes, ceint d’une :einture, large de quatre doigts, tout le peau d’ours blancs, le poil en dehors. ..es femmes ne fe pouvant difcerner des ffommes que parieurs cheveux, qu’el- es ont nattez & pendans j font auffî dioites que les Hommes à la chade, le portant pour toutes armes qu’un )âton pointu , qui eft d’un bois fort lur, un arc de bois, dont la corde n’eR Voyity; des fais que de pelure d’arbre, 6c un carquois plein de fléchés, 6c une pierre qui cou- pe comme un razoir , pendue à leur ceinture. N’y ayant plus rien à négocier, nos guides nous ayant accommode no; Rennes, nous montâmes tous en trai neaux, ayans auparavant pris chacur un petit trait d’eau de vie, & coutume; neuf ou dix heures entières avant qu< d’atteindre aucune habitation. En ap- percevant trois ou quatre, nos guide, firent aller nos Rennes de ce coté-lài & qiioy que nous n’y crouvaiTïes peiion ne, lions ne laiffames pas que de nou; V arrefter, pour faire repaiftre nos ani maux de mouiTe, laquelle eflen abon dance dans tout ce païs-là. Cependam nous prime- nôtre refedion, 6c nou nous repofames dans ces cabannes pa terre eiWiron trois heures, après quoi nous remontâmes dans nos tra' pour continuer notre voya 'epttntrionaHx, Rencontre d'un Seigneur B^randien avec deux de fes ferviteurs.^ retoufnans de la t^àffe^ ^ de. leurs vétemens. Q V 1 N Z E heures après, ayans toû- jours courru (ans nous arrêter,que pour faire manger de ia moufle à nos animaux une fois feulement, fans avoir trouvé aucune habitation, nous apper- ceumes trois chafleurs qui alloient de- vant nous , que nous atteinmes proche d’une coline, dont l’un eftoit vêtu d'u- tte grande robe à laMofcovite, quiluy pendoit jufquesaux talons, ceint d’une ceinture, large de quatre doigts , toiM: de peaux de loups, le poil en dehors, qui eftoit blanc comme meige, l’extre- mité de la pointe noir comme Gez , un bonnet tout rond à la matelote, d’une peau de Renard noir, fon hairt-de- chaufle & fes bas de peau de Renne, 6c fes fouliers de peau depoiflon,fembla- G Voyage des fais ble à ceux des Varanguiens, Et les deus autres avoient leurs vétemens fait d( même, auffi de peau d’ours blancs, 1< poil en dehors, & des fouliers de peai de poilTon , chargez chacun d’um douzaine de peaux d’Ours , d( Loups ôc de Renards blancs, de quel ques hermines & zoublines tres-belles & par deflus ces peaux avoient chacut un derrière d’our, qui tenoit encore à la peau. Pour celuy qui êftoit veftu d( peaux de Loups & de Rennes , il n< portoit rien qu’une douzaine de cor- beaux blancs , & fept zoublines , pen- dues à fa ceinture. Eftans proche de luy. Un de nos gui- des s’arrefta pour parler à luy^puis de£ rendit du traineau, à la place duquel il fe mit, avec un de nos Sous-commis: ce qui m’eftonna , Sc ie Commis avec qui j’eftois aulîî. Il courut avec nouj encore bien une heure , fans apperce- voif aucune habitation ^ après quoy nousvimes de deflus une haute monta- gne où nous eftions, une Mer à gauchCi Septentrionaux. & au bas de la montagne plufîeurs ha- bitations, bâties les unes proche des autres, faifant comme un petit bourg, où nos Rennes nous menèrent, & y defeendimespour nous y repofcr, dans la cabane de celuy qui avoit pris la pla- ce de nôtre guide, que nous, reconnu- mes eftre d’autorité, parlefervice que nous firent tous les habitans de ce lieu, appelle Vitzora, accourans pour nous détacher des traîneaux. Il troqua contre de nôtre tabac & de l’eau de vie toutes les peaux qu’il avoit, à la rcferve des peaux d’Ours que nous ne voulûmes pas, êçdeszou- blines qu’il le conferva , niellant pas permis de les vendre, le Grand Duc de ^lofcovie, qu’üs nomment leur zaar^ !e les confervânt toutes, nul n’en ofant rendre dans tous les païs de fon obeïf- ^ance que par fon ordre,ou par lesCom- •nis qu’il a aux places des magazins, fur peine de punition corporelle. Et aulfi quand ils en vendent quelqu’une par biazard, ce n’eft qu’en cachette- & ceux G ij Voyage des qui les acheptent les doivent bien ca.2 cher J car lî les Commis ou Gouver- neurs des places où les marchandifes fe vificentjil fe trouvoitparmy des zou- blines qui euflent efté vendues d’autre que du Grand Duc, ou de ceux qui ont droit de luy pour les vendre, cela fe-. roit confifquer toutes les marchandi- fes. Ce Borandien ayant troqiié toutes les peaux contre nous , fçaehant que nous en délirions d’avantage , envoya deux de fes ferviteurs par toutes les au- . très cabanes , dire que fi l’on vouloir ■ nous apporter les peaux qu’ils avoient, que nous leurs donnerions du tabac Sc de l’eau de vie pour, ÔC que leur maî- v tre nous avoir vendu toutes celles qu’il .'’, avoir. A cette nouvelle eftans tous | bien aife, ils nous apportèrent tout ce-i qu’ils en avoient , que nous achetâmes f de nôtre tabac ôc eau de vie. Ayans pour le moins mille cinq cens peaux, de differentes fortes, nous de- mandâmes à nôtre hôte, s’il ne nous' Septentrionaux. zio îourroit pas faire avoir une barque jour renvoyer un de nos matelots avec a marchandife que nous avions, vers nos navires, nous dit que ouyj & auffi- tôt en fit préparer une qui luy apparte- noit, faite en forme degondolle, large au milieu, & pointue par les deux bouts^ toute de bois, fans aucun doux ny fer- rement, y ayant un maft au milieu de bois de fapin, auquel eftoit attaché un grand voile quarré de toile tifîuë de fil, tait de pellitre d’arbre, les cordages auflî de pellured’arbrCj & dedans cette barque il y avoit aulïi deux ancres de bois fort pefans, attachez à des cables, auffi faits de mefme matière que les cordages. Nous ayant donné deux honiraes pour conduire la barque avec nôtre matelot , & les voyant preft à partir, nous montra en cachette trente paires de zoublines,que nous achetâmes pour de l’argent a alTez bon compte, & ne fumes pas maris d’attraper cela, qu’il ne ndus aurqit pas autrement vendu,!] G iij . 102 y'oya^e des paîs nous n’avions pris une barque de luy, & qui ne fut promptement partie pour aller à nos vailleaus, où ilfçavoit qu’il n'y avoir point de vîfiteur, fçachanc bien que s’il euft efté découvert, il n’en auroit pas eu feulement punition cor- porelle, mais luy & toute fa généalogie auroit efte envoyée en efclavage en Sibérie. Nôtre matelot eftant party avec la marchandife , ôc les deux Borandiens, nôt|reCommis,6c nos deux Sous- Com- mis firent Ja débauche avec luy, 6c nos guides, pendant quoy je fus vifiter Je bourg avec nos deux matelots, j’admi- ray fa conftru^tion fitué entre deux montagnes, d’environ une lieuë de hau- teur, dont toutes les habitations font ^faites d’os de poi/Tons, très- artificielle- ment .couvertes aufli d’os de poiflbns, & étoupées de mouiî’e, par defius, 6c autour accommodées de gazons de ter- tej dje telle forte qu’il ne peut entrer aucun vent dedans, fi ce n’eft par le^ portes, lefquelles font faites comme Septentrionaux. jo^ des gueulles de fours, & par le haut du :oi6k, où il y a une feneftre ou lucarne par où entre le jour. Ty vis quantité' de femmes & d’enfans travailler, les uns à des rets pourpefcher, qui n’eftoient ^ue de pellure d’arbres, d’autres à des «toiles pour naviger, reffemblantà de la natte fine,d’autres à des haches d’ar- mes, des couteaux, pointes de dards 8e de fléchés d’os de poiflbn, & d’autres faifant des habits de peaux d’ours, cou- fus de fil de pellure d’arbres avec des aiguilles qui font faites d’arrétes de poiflbns , tous eftans fort laids, petits, camus, & bafànnez, CH A P. XXX. "Départ de l'Auteur de F~itxpra pour aller a Potifira, ^ du négoce que firent ceux avec qui il efioit. E S T A NT de retour en l’habitation de nôtre hôte , nôtre Commis 6c nos Sous. Commis prirent refolution . Voyage des pat! de renvoyer un de nos guides avec les Rennes, &: prendre une barque, à eau- fe de la commodité de i’eau , pour aller à Potzoraj ce qui fut exécuté. Nôtre hôte fe mettant avec nous avec deux de fes gens, Se à la faveur d’un vent d’Oüeft nous cinglâmes du côté de Potzora, où, nous arrivâmes quinze heures après qui eft une petite Ville iîze fur le bord d’une petite Mer , gui porte fon nom. Nous fumes au ■Châ- teau voir le Gouverneur , qui propre- ment n’eft qu’un Commis du Grand Kenez, tous les Gouverneurs des places que pofledent le Grand Duc de Mos- covite ne font point d’autres gens, n’y ayant aucune nqblelTe parmy les Mof- covites : Ce qui fait, à ce que je croy, qu’ils font tous rulHcs , incivils 6c ja- loux, chofe que la noblefle ne peut foufFrir. Ce Gouverneur eftoit Mofeovite, vêtu à la mode de fon pa'is d’uq drap de couleur, tirant fur le violet Sc le rouge, avec lequel nous fîmes la débau- Septentrionaux. joy che d’hydromelle, fort excellant, doux &: piquant comme le vin d’Erpagne,6c d’eau de vie, avec du pain d’épice. Ayant l’Intendance da niagazin des zoublines pour le grând Zaar, nous Juy demandâmes s'il nous en vouloir ven- dre, il nous dit qu’ouy. Et nous ayant demandé combien nous en voulions, nous luy repondimes, que nous achè- terions tout ce qu’il en avoit, moyen- nant qu’il nous en voulut faire prix rai- fonnable. Surcelail nons mena au ma- gazin, où il n’y avoit que cinq zimmer, qui font cinquante paires , cnti*e lef- quelles il y en avoit deux zimmer des plus belles qui fe puilTe voir, naturelle- ment noires comme du Gez , qui nous coûtèrent cinq cens ducas, qui fonttrois mille livres de France, & les trois autres zimmer quatre cens ducas, qui font huit cens écus , monnoye de France. Luy ayant payé I^Dutes les peaux qu’il avoit, marquées du cachet du Grand Zaar, voulut nous traitterj ôc pour cét to6 Voyage des pats efFec envoya promptement deux cha- Jüupes pefcher pour avoir du poiflbn frais, fit tuer une Renne qui eftoic toute jeune, 6c avec des oyfeaux que fes gens Juyavoienc apportez de la chafle,nous fit un-fellin magnifique en chair 6c poifldn, 6c de bon bifcuitde Mofcoviej 6c après avoir tenus table huit heiires, les fumées de l’hydromelle ôc de l’eau de vie que nous avions beu, nous mon- tant à la telle, nous obligea d’aller tous coucher fur des peaux d’Ours , n’y * ayant point d’autres licls. Après nous ellre repofez fix ou fept heures, nous beumes tous chacun une talTéed’eau de vicj puis allâmes par la Ville avec un Commis que le Gouver- neur nous donna, qui nous fit trouver de plufîeurs maifons deux mil petits gris , quatre douzaines d’Hermines, cinq cens Renards , la plus grand part blancs comme nege,, 6c d’autres d’un gris noir, lix vingts peaux de Loups blancs, deux cent Martres de couleur d’un gris cendré, le tout nous coûtant Septentrionaux , lof quatre cens ducas , que nous payâmes en monnoye de cuivre, qui nous emba- rafl'oir, & retournâmes au Château, y faifant porter nôtre ntarchandife, que nous emballâmes dans des nates faites de pellures d’arbres. Nô.tre marchandife eftant ainfî -ac- .commodée , nous délibérâmes , qu’un de nos Sous- commis s’en retourneroiç à nos vaiffea^ux pour la conduire } ponreefujet nous priâmes nôtre hôte^ qui eftoit le Gouverneur, de nous faire avoir une barque pour le mener, ce qu’il fit, &. deux heures après il partit avec trois Borandiens qui le menèrent, defquels le Gouverneur nous avoit ré- pondu, qu’ils ne manqueroient pas de le rendre fain & fauf avec la marchan- dife à nos bâtimens, moyennant lafçm- me de dix ducas que nous luy donnâ- mes, ôç quelque petit prefent de tabac que nous finies à ceux qui le dévoient mener, &: à leur retour le Gouverneur promit de les payer. Nôtre Sous commis s’eftant embar- Voyays des fais qué&party à la faveur d’un vent d’Eft Sud-Eft, nousreïterames à faire la. dé- bauche avec le Gouverneur nôtre hô- te, fie celuy de Vitzora, qui beuvoit de telle forte, que je ne fçay où il mettoit l’eau de vie êc rhidromelle qu’il ava- loic. Cette débauche dura encore plus de quatre heures , après laquelle nous nous en allâmes repofer quelques heu- res. C H A P. XXXI. J^èfart de l' Autheur de Potxora four aller en Sibérie^ de la rencontre qu il fit de cinq axillezjia Grand Knez^.^ de leurs mi fire s., ^ de fon arrivée d Pafinoyrrod. E Stans tous reveillez, nôtre Com- mis pria le Gouverneur de Potzo- ra de nous faire trouver des Rennes pour aller en Sibérie : Il nous en four- nit fepr, fçavoir une pour nôtre Com- rnis, une pour nôtre Sous-commis, une pour moy, deux pour nos deux mate- I Septentrionaux. lof jJôts, une pour nôtre guide, & l’autre pour mettre nôtre tabac 6c eau de vie, l&des provifions qu’il nous donna pour aller jufques à Pupinougorod, nôtre. Commis prenant l’argent avec luy. Ayant fait atteller fes Rennes à au-’ tant de traineaux, il en fit encore atteU 1er une autre pour un autre guide de jlès domeftiques, qui devoir aller avec nous jufques à un certain lieuj où nous devions changer de Rennesj pour ra- mener les fiennes} 6c pour tout cela nous luy donnâmes quatre ducats, &c avant que de partir beumes cinq ou fix taflees d’eau de vie chacun pour nous feparer, 6c ayant remercié nôtre hôte de Potzora, comme auffi celuy de "Vit- zora, du bon accueil qu’ils nous avoient fait, nous montâmes en traineaux j 6c ayans pris congé d'eux partimes , fui- vans la riviere par des lieux tres-fa.; cheux, fans fuivre aucun chemin frayé, fumes bien quatre heures fans trou- ver amevivate que quatre Ours blancs,’ d’excelfive grofleur , qui nous coupe. J 16 P'oyage des pays rent chemin , fuyans de k riviere où ilseftoient dans un bois, nous apperce- vans, & deux heures après fumes vers fèpt ou huit habiranons, où nous n’y trouvâmes perfonnes , les habitans eftans allez à la chaiïè. Là nous defeendimes de traineaa pour y prendre nôtre refeèfcion , pen- dant quoy, cinq ou fix Hommes avec leurs Femmes 6c enfans revinrent de la chalTe, qui leur avoir efté tres-bonne, en apporcans fix peaux d’ours, quatre de loups, fept de renards blancs, une couple d’hermines, & huit zoubiines. Ces^gens furent furpris de nous voir, 6c s’en fülTent fuis, n’eut efté que le gui, de que nous avoir donné le Gouver- neur de Potzora fut vers eux, & les ayans afteurez que nous eftions de leurs amis. Marchands, qui alloient à Papinogorod, 6c que nous achèterions leurs peaux, vinrent vers nous , nous confiderans par admiration , tant à caufedenos habits qui eftoient diflem- blables aux leurs, que de nôtre corpo- ‘Septentrionaux t. 3xz rance, & de nôtre langage, qu‘ils n’en- tendoient en aucune façon , non plus que nous le leur, 5c fi ne laiflames pas que de négocier eDremble,par le moyen de nôtre interprète, 6c nous fournirent de Rennes pour aller jufques à l'em- boucheure de la riviere de Papinougo- rod. Ayans quitté il y avoir environ deux ou trois heures la riviere de Potzora, fuivant celle dePapinougorod,pardes chemins aflez fâcheux, nous vimes for- tir d’un bois cinq Hommes vêtus de peaux d’oursàlaMpfcovite,ayans cha- cun fur leurs épaules un fuzil , une gi- becière à Ieurcôté,6caufllun contèaü en une gaine, à la façon de nos chaf- feufs, venans vers nous; ce qm nous obligea de fair£ arrêter nos animaux par nôtre guic^ pour fçavoir qu’elles gens c’eftoit. Un d’eux nous rcconnoif. lâns dire eftrangers, nous donna le bon jour en Allemand, fouhaitans d’avoir pareille liberté que nous. Nôtre Com- mis, qui efloit bas Saxon , entendant ‘jj2 Voyap des pays parler fa mefme langue, luÿ demanda de quel païs il eftoit; à quoy cét Hom- me luy répondity & fe trouvanceftre de fa connoifTance , il defeendit du trai- neau, & l’embrafTa, luy demanda pour- quoy il eftoit làj à quoy il luy répon- dit^ qu’il eftoit un des exiliez du Grand Kenez,pour chafîer aux zoublines , qui eft un châtiment dupais, comme en France d’envoyer aux Galleres, les uns y eftans pour dix ans, les autres pour iix, &; les autres pour trois , plus ou moinsj après quoy ayans fait le temps à quoy ils font condamnez, ils fout francs. Cette connoifTance, auffi bien que les autres, m’obligea de defeendre de traineaui & je n’eus pas pluftoft mis pied à terre, qu’un d^ces cinq me re- connoifTant me vint4nibrafTer en fou- pirant, me demandant en langue Fran- ^oife d’où je venois, & où j’allois; ce qui m’eftonna fort, ne le reconnoifîant pas tant à caufe de fbn vêtement, de fà grande barbe , fa telle pellée , que dècharnure Septentrionaux'. j/J décharnure de fon corps, n’ayant que la peau & les os, ce que voyant me dit îilre ce GentiLliomme Lorrainj Co- omnel d’un Régiment de Cavalerie ^ofeovite, qui m’avoit traitté tant dé dis àStoKolm, & qui m’avoit voulu inener avecJuy a MoIkou.Lc bcléqui» >age dans lequel je l’avois veu, Je ref- >ecl qu’on luy portoit, tant a caufe du ûen, que de la Charge qu’il polTedoitj lu commandement qu’il avoit, que de a bravoure, 6c l’eftat pitoyable où je le oyois, me fit larmoyer Ôc foupirer en 'embraJTant derechef, luy demandant - fujet de fa difgrace , qu’il me dit rovenir de foubçon qu’avoit eu le îrand Knez de là fidelité, que pour ce ijet l’avoit exilé en Sibérie pour trois ns. Qu -il devoir foufFrir des maui qui e peuvent s’exprimer, parles dangers il tous ces exiliez font expofez, allant la chafie, par la faim 6c les violentes gueurs du temps qu’ils endurent, par rencontre de quantité de belles fau- ages qu’ils rencontrent, qui faute de H jr/^ Voyd'ge des p(ûs pafturage en d’aucuns endroits , les viennent attaquer, ce qui les contraints defe defetidre. Et qu’entre tous ces maux, s’ils ne prennent pas le nombre de zoublines , qui leur font ordonnez de prendre, font rigoureufement châ- tiez de coups de cengles^ d’un cuir fort épais & rude, fur la peau nuë, par tout le corps. L’amy de nôtre Commis luy dit la mefme chofe ^ & les autres qui parloient bon François 6c Allemand, dont l’un eftoit un des grands Commû du Grand Knez, l’autre un Lieutenant General, 6c les autres gens confidera. bles déploroient leurs miferes, nou; afTeurans que quand ils auroient fait leurs temps, 6c qu’ils auroient recou- vert leur liberté, ils fe retireroient et des endroits où jamais le Grand Knej n’auroit pouvoir fur eux. Pour confo 1er ces malheureux, nous primes de no: provifions, 6c nous alTimes tous fur d( la moulTe, nous regallans, leurtémoi o-nant le defir que nous avions de le delivrerj dequoy ils nous remercièrent Septetitnondûii'. //j- ïioüs reniontrans qu'il leur eftoic im- jpoffible de fe fauver, attendu qu’ils eHoient connus de tous les Gouver- neurs des Forts par où il nous falloit pafler de neceflîtéj ce qui nous feroit perdre la vie ,.6c à eux auflî par d’hor- ribles tourmens , que l’on nous feroit fouffrir. Cétadvis engregea encore d’ai vantàge là doùléiir que nous avions dans le cœur, de ne les pouvoir foula- ger en la mifere où. ils elloient. Ce qui fit, qu’aprés quatre bonnes heures dé conférence, nous primes refolution de les quitter, leur ayant donné à chacun prés de demie livre de tabac , après avoir bien beu avec eux de nôtre eau de vie, &; mangé du bifcuit, du pain d’é- pice, que nous avions de Potzora,& de la chair falée , montâmes en traineauxj & après leur avoir dit adieu, Sc fouhai- té que Dieu leur donna de la force pour fouifrir, dans refperance de les revoir en bon état un jour, nous parti- mes & courrumes trois heures enderes avant que de trouver d’habitations, ’^iiê yoya^e des faîs puis en trouvâmes cinq ou fix où nous? fumes, & il y avoit dedans environ une douzaine deperfonnesjaufquelles nous £mes demander, s’ils n’avoient rien à trafiquer, nous montrans des peaux,; MOUS les achetâmes de nôtre argent &c d’eau de vie , dequoy ces peuples-Jà font fort frians. Nous pourfuivimes ainfî nôtre che- min, fuivant la Riviere , trouvans des? cabanes par cy parla, dans quelques- unes perfonnes , & dans d’autres dù monde, à qui nous acheptions le® peaux que nous leurs trouvions pour de l’argent & eau de vie, à la reierre des zoublines qu’ils ne nous vouloient point vendre, de crainte d’eftre dé- couvert du Gouverneur de Papinougo- rod où nous allions, qui ne manque ja- mais de faire vifiter toutes les niarchan- difes, pour voir s’il n’y a point de celle- là. Nous paflàmes les montagnes qui feparent le Boranday delà Siberie,tres- facheufès & difficiles à caufè de la de- fertitè des lieux, qui ne peuvent eftre /■ -, Septentrionaux'. iî7 habitez , tant à caufe de fon frucluofité, que des neges qui y font, qu’auffi à caufe des Ours & Loups blancs, qui y font en fi gande quanti- té , que nous n’eumes pas peu de crain- te de pafler ces endroits , attendans toujours l'heure d’eftre. attaquez dé ces animaux-]à , quoy qu’ils euflenfi autant de peur que nous, les voyant fuir les uns d’un côté, les autres d’un autre de nôtre veuë, croyans peut-eflré à caufe de la lueur de nos armes que ^ous eftions des ChaiTeurs, quoy que Marchands. Et après beaucoup depei- ae qu’eurent nos animaux de nous re- ‘irerde ces montagnes, que nous fûmes lix ou douze heures à pafler, nous def- :endimes dans un village dé Sibérie, lont les habitans font couverts de )caux d’Ours, le poil en dehors, por- ans du linge &: des bonnes ferréesj ce Jui nous fit connoiftre qu’ils eftoient )lus polis que ceux que nous venions le quitter. Auflî nous receurent-ils plus civilement, nous demandans qui H iij '//# Voyap des pays nous eftiQûs, d’où nous venions, & où nous allions. Noüs beumes & mangeâ- mes avec eux de ce que nous avions , nous apportans aulîî de ce qu’ils avoienc, qui eftoit de la chair deLoups & d’Ours Talées , avec du pain d’épice & de Teau de vie , ôc nous leurs ache- tâmes de nôtre argent les peaux qu’ilr. avoient, à larefervedes zoublines^puis ayans repofez dans une de leur habita- tion, faite à la Laponne , fur des peaux d’Ours, environ cinq heures, nous treu.; mes à chacun un trait d’eau de vie, & montâmes en traineaux , pourfuivans nôtre chemin vers Papinougorod , où nous y arrivâmes environ vingt heures après , nous ayans repofé par inrerval pour faire manger nos animaux. 'Seftentrîonauxl CHAP. XXXI. Réception que le Gouverneur àe Papinougq-, 'rod fit aux Danois^ avec lefiqt^s efioit l'Auteur, L e Gouverneur de Papin^igorod ayant apris nôtre arrivée, nous fit venir dans fon Chafteau, tant pour fçavoir qui nous eftions , le fujet qui nous amenoit là, & d’oùnous venions. A fon commandement, nous y entrâ- mes, le fumes faluer, luy donnant fatis- fadion de tout ce qu’il defiroit fçavoir par nôtre Sous-commis, quifçavoit la langue Mofcovice, Apprenans que nous eftions Da- nois & Marchands , qui cherchoient à achepter de la pelleterie , nous re- ceut fort civilement j & pour témoi- gner l’afFedion qu’il avoir de nous ren- dre fervice, nous reconnoiflans amis, fit donner avis à là femme qu’elle eut, à venir nous faluer; ce qu’elle fiCjappor- 120 Voyage des pa'h tant avecfoy,fuivant la couftume de Mofcovie, une bouteille d’eau de vie en une main, & en l’autre une tafTe d’ar- gent, avec une tranche de pain d’épice, <][u’elle donna à tenir à une fille qui là luivoit, &: nous fialuant à leur mode, qui eft un baifiement de telle , defFail le poignet de la manche delà chemile N ' O s T R E achapt eftaat fait, qui fut de quantité de peaux de loups & renards bîancs, Se d’autres noires, de Lynx, zoubiines, Hermines, & petits gris, qui faifoit avec les autres peaux <5ue nous avions achetez depuis Potzo. ra, la charge d’un traineau , ôc encore d’avantage. Ayansbeaucoup de tabac, & quelque cinq mille ducats de refte, nôtre Commis nôtre Sous-commis defirans faire encore valoir cela , Sc en avoir des peaux , prirent refolu- tion de prendre la route pour l'etour- net' à nos vailîeaux par la Samojeflîe. Pour cét effet achetèrent de nôtre hô- Septenttionaùièi f te, le Gouverneur de Papinoügordd^de l’eau de vie Se des providons fuffifam- ment pour nous douze jours. Nôtre marché eftanc fait , comme auffi pour nous fournir, de Rendes , ôc i’ayanc payé, faluc faire !a débauche avec luy, qui dura plus de dix heuresj apres quoy nous nous en allâmes repofer pendant prés de huit heures, & nos beftes eftanc attellées, nos marchandifes emballées- & chargées avec nos provifîons, mon- tâmes en traineaux , & ayant remercié nôtre hôte nous partîmes, 6c courru- mes environ dix-fept heures, achetans^ des peaux des Syberiens jufques aux monts Riphées, que nous paftames en lîx heures, entrans dans la Samojeffie* qui eft un païs tout defert, monta- gneux, pleins de genévriers, de pins,‘ lapins, ôi abondant en moufle, aulîî bien- qu’en neige, 6c etf loups, ours 6c re- nards tous blancs , que nous rencon- trions à tous momens, ce qui ne nous donnoit pas peu de crainte. A la defeente du mont Stolpoheiij '■3'i-S Voyage des païs d’où fort la (burce de Borfagatz, nous' trouvâmes huit ou neuf habitations, vers Jefquelles nous fumes , tant pour y faire paiftrenos belles., que poumons y rcpofer, avec les habitans duquel lieu Mous troquâmes de nôtre eau de vie contre des peaux de loups & renards, les unes noires , les autres blanches, d’autres peaux de Caftor, Loutres, Viet- fras, & quelques hermines, ayans plus de deux zemer de zoublines , qu’ils ne nous voulurent jamais vendre, nonob- ilant toutes les proteflations que faifoic pour nous nôtre guide Borandien, qu’ils n’avoient que faire de craindre, eftans marchands qui nous en alloienc en nos vaifleaux , fans crainte d’eftre vifitez, pour ne vouloir pafler par aïK. cun lieu de paflage, ny de vifîte, à quoy ils ne voulurent entendre , qu’aprés «juC nous les eûmes foulez , qu’ils nous vendirent leurs peaux de zoublines, les vapeurs de l’eau de vie ayant eu ce pou- voir fur eux, plus que tous les difcours 6c s’enfuirent , comme ceux que nous avions veu adorans le Soleil fur iebord de la Mer. I: iij I : ‘i i- 1 des pats Nous courrumes le plus vite qu’il nous fut poffible pour les attraper; mais lis gagnèrent un bois de fapin, avec tant de diligence, que tiousnepeumes Jçavoir de quel côté ils eftoient allez, & retournans vers nos bords, enavifà. mes de loing deux autres adorans une pareille Idole, comme voyé en la figure iiiivantc, quelles Zembliens nomment Fetizot, dans laquelle le Diablefe mer, rendant les oracles, à ce que nous dit nôtre Patron. Septentrionaux, CHAP.ICXXIV. D'une maladie appeüie Scorbuth^ de la^ ipuelle fut atteint 1‘ Autheur^ ^ la plusm, part des Danois avec qui il efoit, S E PT ou huit heures apres que je fut rentré dans nôtre VaiiTcau,il me prit un grand mal de telle, & uïi vomilTementjqui me dura deux ou trois heures. Après quoy me vint un mal de gorge, qui me donnoit de la peine d’a- valler mes Amigdalles, eftant fort en- flées, accompagné d’une grande ébu- Jurion de fang , & dénrangeaifon par tout le corps, mes gencives s’enflerent & feignerent abondamment , avec ébranlement de dents, me femblant â tout moment qu’elles alloient tomberj ce qui m’empefehoit de manger aucune choie dure. Tout mon corps devint ex- traordinaireniét foible, avec fièvre len- te , mon haleine courte & d e mau vaife udeur , accôpagnée d’vne grande foifj Voyage des f dyi pour laquelle appaifer je beuvois fou. vent de l’oxicrar. Quinze heures après voyant que ce mal me eonrinuoitj con- /ideranc qu’il me venoit en partie du grand froid que j’avois eu, & de nourri- ture de viandes lâléej ce qui avoit irri- té ma glande pituitaire , Sc envenimé de celle forte, que la pituite avoir infe- élc mes autres humeurs, fît que je m’a- vifày de boire au lieu d’oxicrat de l’eau de vie, avec de l’eau douce, & fit auffi du fy rop de reglifre,duqqel j’en avallois d’heure en heure une cuillerée, ne man- geant q[ue du poifTon frais, gargarizant fouvent ma bouche, tantôt d’eau de vie, & tantôt de vinaigre pour raffer- mir mes gencives & frotois auffi mes dents,demiel rofat.La pluspart del^eux quieftoient dans nôtre bâtiment eftans atteints de ce mal, auffi bien que moy, je les traittay de mefme, & fit fi bien, qu’en quinze jours je me guéris, Sc tous Jes autres que je penfay. Ceux des autres vaifTeaux ne furent jpas plus exempts que nous de cette ma^ Septentrionaux. JadiC} fi bien que les Chirurgiens furent obligez d’eftalier leur f^ience, pour guérir ceux qui en eftoient atteints, par purgations ôcfcignéesj ce qui lesfaifbit pluftoft empirer qu’amander j fi bien ■que deux Matelots en moururent, trois de l’autre vaifleau, ôc un Sous- Commis en fix joursj & il en feroit bien mort d’autres, lî on n’eut fuivy mon confeil, qui fut de fe fervir des remedes dont je me fervoiSjSc d'abandonner les feignces purgations, qui en cette maladie font tuë-Hommes. Ce qu’ont pen remar- quer les Médecins de France dans l’Hy- ver de l’année 1670, que cette maladie' que l’on prenoit ppur Pefte,en attaqua pluHeurs par la rigueur du froid, de la- quelle quantité en moururent par les purgations & feignées. Eftant en Alger , il prit à plufîeurS une maladie, appellée auffi Scorbuthi de laquelle ceux qui en eftoient atteints avoient les Amigdalles fi enflées, qu’i| leur fëbloit avoir un morceau de chair dans la gorge , ayant auili les mérne^ Voyap des fais fymptomes que cy. devâc eft dit, engen- «îrez auffi d’une pituite acre & mordi- cante, qui iiifede les autres humeurs, & principalement la maffe du fang’ tout ainfî que la groflc verolle,en eflant une efpece, que les Indiens appellent Pieans. C’eft ce qui m’obligea de trait, ter ceux qui en eftoient atteints, com- me veroliezj ainfî qu’il fe void dans mon Hsjioire de l'Ejlat des Hoyaumes i Al^er^ de Couque, de Teman , & dans mon Traitte de la Maladie Vene- Tienne. CHAP. XXXV. "De la fefche d» Cheval Mann, (ÿ- de la perte de deux Matelots, qui furent noyet^ far le remuement de la queu'è d'un de ces foijfons, A Y A N s demeuré quinze ou feize jours à i’anchre aux côtes de la Zemblcj pour ia commodité desmala- l’aiitre, lafchans les cordes à eftoienc arrachez, fè retirans Septentrionaux. jjp des, tous eftans guéris, à la referve de quelques-uos qui s’en féntoienc encore, hps Patrons voyans le temps beau, fe refolurent de lever l’anchre pour aller plus avant vers le Voygattàla pefehe du al- Rus y qui efl: ce poiflbn que nous appelions Cheval- Marin y ôc cin- glâmes en pleine Mer environ trois iieuës, où nous demeurâmes à croifer de côté ôc d’autres fans nous éloigner d’avantàge, ayant mis nos chaidupes en Mer avec les Harponneurs & Cou- peurs de poilTons; fçavoir luùcen cha- cune, contant les rameurs. Au bout de trois fois vingt quatre heures que nous avions efté fans rien prendre , nous vîmes venir deux gros poilïbns, dont l'un avoir une corne d’af. fez belle longueur, que nos pécheurs fe mirent en efî:at de prendre, 6c l’ayant approché d’un jet de pierre loin , nos Harponneurs iuy jetterent leurs ppns, les uns d’un côté, & les aut mm 1 1 i J-^9 Voyage des fais geneCj comme voyc en la figure füivan- ce. Ayans atteints nôtre bçrd, voyans que le poifîbn aüoit fur l’eau, qui eft h marque de fa foibleflc, ils le tirèrent Septentrionam. ■petit à petit par les cordes quiefiioicnt aux harpons J ce qu’il foufFritfansfe dé- battre, n’cn ayant pas ia force, pour avoir perdu tout fon fan g; ôc les cou- { >eurs faifans leur office luy coupèrent a telle, que nous gardâmes, & le relie fut jette en Mer, n’eftant propre ny d manger , ny â faire de l’huiîe ; La pef che de ce poiiTon ne le faifant que pour avoir les dents, qui fervent à faire tou- tes fortes d’ouvrages, comme l’yvoire, & fe vend la livre beaucoup plus cher, tant à caufe de fa blancheur, qui fur- palTe celle de Ty voire, q^u’à caufe au lE que les ouvrages qui en lont faits ne le rouifilTent pas II tôt. La corne de ce poiflbn que nous prî- mes elloic bien de dix pieds de long, fort lourde, tournée en limaçon, grof- fe comme le bras en fa racine, vers la telle allant çn raptifîant jufques au haut , qui faifoit une pointe comme d'une aiguille. Une chaloupe ayant approché de trop prell l*autre ppilTon , cq luy jejc- 1^3 ^ Voyage des pays tant rharpon, fe fentanr blefTé, donn; lin ü grand coup de fa queue contre Jj cha.oupe en fe débattant, qu’iJ laren. verfa, & les autres ne peurent fi hier faire pour les aller fecourir, qu’il n’y en eut deux de noyez ; ee qui nous ftfchj fort, le poifion fur pns, tV eut la telle coupee comme le nôtre, que je fus voit trois ou quatre heures après fa prife- i] n avoir pas de corne, mais enrecompen. ^ro^e ^^oient beaucoup plus Nous fumes bien quatre fois vinepart des Danois avec ^ui efioit l'Auteur de Gtoenland^ de trois Soleils qui leur pa» furent fur Mer y d'une tempejîe qui lès obligea d'aborder les cofles d'iflanUe. A Y A N T demeuré deux jours en Groenland, un vent Nord-Eftfe levant , fit que nous levâmes i’anchre pour continuer nôtre route, prenans nôtre cours à l’Ouëft-Sud*Ouëft, te. nant la hauteur de la Mer.Le vent nous efiant favorable toute cettejournée-lâ, jufques au lendemain cinq heures du liiàtin, qu’il nous devint contraire, vî- mes paroître vers l'Eft,Sud.Eft trois Soleils élevez l’un fur l’autre , de telle forte que nous ne pûmes difcerner le véritable d’avec les deux autres. Etplus avant au Sud, nous viines que le temps s’oSfcurcilToic J qui fit dire à nôtre Patron & au Pillore, que nous aurions vne grande cempeftej ce qui les obligea de faire abaifler la plus grande part des Voiles^& tirâmes un coup de canon pour i l mes en priere, en attendant la volonté de Dieu. { I Quelques heures après nous vint un i I vent impétueux de Sud Sud-Eft, avec ‘ ) une pluye, accompagnée de tonneres fî I grands , que nous croyons eftre la fin du inonde, & la Mér d’autre part s’agitoic horiblement, de maniéré que nous ne pouvions tenir d’autres voiles que celuy de Mizaine, encore la vergue eftoit- eile bien balÉe^ôc deuxMatelots eftoienc contraints de tenir l’Aviron avec des cordes, ayâns bien de la peine de gou- I vernerle vaiffeau. I Ayans vogué ainfi tout le refie du jour Septentrionaux, jêp d’autre, dit qu’il voyoità l’Ôùëft Nord- Ouëft un grand feu; ce qui fit dire à nô- tre Piloté que c’eftoic Héda, nlonta- gne d’Iflande; & quoy que nous n’y cuffions que foire, le vent nous eftanc contraire, & des bourafques nous ba- tans continuellement, qui nousempefo clioient de tenir la A'îer,nous fit prendre refoiucion d’y aller chercher à nous y mettre à couvert. Èn prenant la route arrivâmes proche des côtes fur le foir„ d’où toute la nuid entendimes de^ bruits étranges, comme des décharo-es d’artillerie , & vîmes des feux Ôc des flanies fortir en abondance du mont ,HeçIa. La. quantité des écueils que nous ren- contrâmes à l’abord de cette Ille, ÔC ■» agitation de la' Mer, nous faifoic crain. dre d’en approcher^ mais par l’adrells & vigilence de nôtre Pilote, nous fu- mes anchrcr fous le Cap Hori fans au- cun mal , un des vailTeaux de nôtre Compagnie qui n’avoit pas un condu- cteur iî adroit ny fi expert, rompit 26^ Voyage des pays deux pas de nous une partie defonelpe- ron contre un roc, & courut grand rif- que d’eftre brifé. Qi^nt à l’autre, il n’eut point de mal non plus que nous. CHAP. XXXXL Arrivée de l'Auteur à Kirkebar ^ de fort voyage en Hecla^ du danger qu'il encou~ rut, & des merveilleux effets de deux Fen- - t aines qui fartent de ce Mont, ^ autres particularités^ A y A N s mis pied à terre , je fut avec nôtre Patron, nôtre Com- mis, & autres , au nombre d’une quin- zaine, tant de nôtre vailleau, que dès autres, au Village appelle Hori, quieft à environ une lieuë & demie de la Mer, & delà fumes àKirkebar, petite villet- te ou gros bourg d’Iflande, où là nous y trouvâmes un Commis, & fept ou huit Marchands Danois , qui furent tous eftonnez de nous voir, nous receurent ‘âvecjoye^ Scnous racontèrent comme Septentrionaux. 26 jp Je jour precedent toute iTfle avoir trem- blé, ôc avoient crus abimer. Ils nous re- gallerent de bon vin, de bon pain, & de bonne viande fraifehe, y ayant quanti- té de beftail , qui pour le gouft qu’il prend au paflurage, dont les campa- gnes font toutes remplies, il faut que les habitans les faffent paître par mefure, afin d’empefeher qu’il ne crevej ce qui arriveroit fi on le lailToit manger à difi. eretion, comme on fait aux autres païs^ Nôtre Patron, nôtre Commis, 6c d’autres, témoignans au Commis de Kirkebar la volonté qu’ils avoient de voir les particuiaricez de l’ifle, fit pré- parer des chevaux pour les mener. Je té- moignay vouloir eftre de la partie, ce qu’ils m’accorderent. Nous montâmes buit que nous eftion? -à cheval, laiflant les autres qui n’eftoient pas curieux, 6c partîmes accompagnez d’un des dome- iliques du Commis de Kirkebar, 6c de deux Iflandois, qu’il nous donna pour nous fervir de guides, avec un cheval chargé de vivre. Nous marchâmes deux téé T^oyage des pays jours entiers par des chemins mon J tueux, difficils, raboteux, & non fré- quentez vers leMonc Hecla, où y eftant à environ une lieuë & demie preft, nous trouvâmes la terre toute couverte de cendres & pierres ponces, à travers lefqueile s nous cheminamesjufques au pied du Mont. Le temj)s eftant fort ferain & calme, &ne voyans point fortir de la monta! gne aucun feu ny ftames, nous primes refolution de monter jufques au haut} mais nos guides pour nous en détour- ner, nous firent entendre, que fi nous paflîons outre , que nous tomberions dans des gouffres de feu , d’où jamais nous n’en revienderions. Cela ayant donné de la crainte à toute la compa- gnie , qui eftoit prefte de retour- ner fur fes pas , me fit leur dire, que fi l’on vouloir m’attendre,que j’iroismoy feul, ce qu’ils me promirent. Un Marchand de ceux que nous avions trouvé à Kirfcebar, qui eftoit ve- nu avec nous par curiofitc, dit me vou- loir tenir compagnie. Septentrionaux. Nous mimes pied à terre, donnans ïios chevaux à tenir à nos guides , qui demeurèrent avec les autres, & montâ- mes à travers les cendres Sc pierres pou- pes, y entrans jufques à my jambes,pre- tendans d’aller jufques au haut, où nous y vimes voler quantité d’oyfeaux noirs, qui eftoient des corbeaux & vau- tours qui y nichent. Ayans monté environ demie lieuë, nous fentimes la terre trembler fous nos pieds, & entendîmes un gromelle- ment & tintamarre fi grand dans les en- trailles de cette montagne, qu’il fcm- bloit qu’elle vouloir s’enfondrer,&dans ce mefme temps parut de tous cotez au tour& tout proche de nous des fentes, d’où fortoient des flammes bluacres, puantes & Tentant le foufFre brûlé,; ce qui nous Ht rebroufler chemin crainte d’en eftre confommez. Ayans defcendus une trentaine do pas, une bouffée de cendre fortic de ce mont fi grolTe,quele Soleil s’en obfcur- çit, ôc nous couvrit de telle façon, que ployage des pays nous ne nous voyons pas l'un l’autre, qui, nous donna encore plus de frayeur, fut de voir fbrtir de moments en mo- mensde derrière nous des bouffées de feux, de cendre & de pierres ponces, quf toqîboienc fur nous comme grefle, & des gromellemens fous nous , qui nous faifqient jetter des cris épouvanta- bles, croyans que toutes les Furies in- fernales fortpient de ce mont pour nous accabjer, attendans à tout momens que la terre s’ouvrit pour nous englou- tir, ne laidans toutesfois de courir en- defcendans tant que nous pouvions pour fuir le danger ou nous avoir mis nôtre curiofité. La peur nous donna tant de force aux jambes & d’agilité de corps, qu’un bon quart d’heure après nous arrivâmes proche de nos gens, qui fe prirent tous â rire, de nous voir changez & fi bien ajuftèz, que l’on auroit dit qu’on nous avoit plongez dans du noir à noircir: Mais ce ris leur pa fia auffi tofl: qu’ils nous virent tomber à leurs pieds, éten- Septentrionaux. z6p dus comme morts, les efprits & la pa- role nous manquans, pour lefquels fai- re revenir nous frottèrent les tempes, les narines, & les mains de vinaigre. Eftans revenus, l’on nous donna à chacun une tallèe de vin d’Efpagne, qui reftabiic tous nos fens, puis parti- mes, cocoyans cette montagnCi à quel- que cent pas de laquelle allans vers deux fontaines , dont Pune bout toù- jours, & l’autre eft fi froide, qu’elle congelle toutce qui elt mis en pierre. Nous trouvâmes une pierre pôce, grof- fe comme un nuiid , qui avoir efté jet- tëe de cette montagne il y avoir peu, laquelle admirans, nos guides nous di. rent qu’il en eftoit jette déplus groiTes, en ayant veu que dix Hommes n’au- roient pas peu remuer Je moins du monde, & nous dirent auffi, qu’il for- toit d’autres fois au lieu de feux, fiâmes, cendres & picrresponces, comme nous l’avions veu, des jets d’eau chaude com- me des tonneaux, d’autres fois rien que des fiâmes, d’autres rien que de la cen- ^70 yoyd^e des fats dre,& d'autres fois rien que des pierres^ Ayans chemiqc environ trois heures Arrivâmes proche ces deux fontaines, qui font à environ trente pas l’une de 1 autre 5 & comme nous trouvâmes la froide la première, j’y mis dedans une baguette queq’avois, & l’ayant retirée, je fus furpris d’en voir le bout qui avoir touché au fond, comme metarnorphofé en fer, & auffi pefante.DeLà fumes vers la bouillante, de laquelle environ de dix pas loin vimes des animaux gros comme des plongeons, la pluspart rou- ges, qui fautoient & fe joiioientenfem- ble, ce que nous admirâmes, nous arré- tans une petite efpace de temps j mais ll-tôt que nous en fumes proche, nous n’en vimes aucun, & nous en éloignans recommencèrent à fe montrer & fe joiier comme auparavant5 ce qu’ils font quand ils ne voyent perfonne auprès d’eux, & quand l’on en approche s’en- foncept au fond de cette fontaine, qui a plus de foixante brafle de profon- deur, à ce que nous dirent nos guides. Septentrionaux. j/t Delà cheminâmes vers la Mer, où en eftant à environ demie lieuë preft, commençâmes d’entendre un certain bruitjCommedevoix plaintives, que nos guides me vouloient faire croire comnpie aux autres, eftre lamentations des dam- nez, quel cDiable tourmente,les rafraif. chifTans en des glaces qui font là , après les avoir rôtis dans lesflammes d’HecIa. La curiofiré nous porta tous d’aller voir ces glaces, n’y en. ayant point au- tour de rifle qu’en cét endroit, où y eftant tout preft, je vis que ces lamen- tations imaginaires de damnez prove- noient de ces glaces, agitées par le vent & l’eau, fe choquans les uns contre les autres, & contre des écueils. Ces glaces, à ce que nous dirent nos guides, ne manquent point de venir là fur la fin du mois de Juin, & dedifpa- roiftre le quinze Septembre, qui eftoit le furlendemain que nous y étions. Delà repriment nôtre chemin pour retourner à Kirkebar, où nous y arrivâ- mes trois jours aprçsj & de là nous re- CH A P. XX XX II Voyage des fais vinment vers nos bords, où nous y rcns- contrâmes le Gouverneur de Tlfle, ac- compagné de l’Evefque de Scalholt, qui eftoient venus voir nos vaifleaux en ayan$ appris l’arrivée, Sc que nous ve- nions de Ja Zemblc. îfahitdti(ws^ manière de vivre ^ ^ fuper- fiitions des Jjlandois^ autres farticu- laritez^ L es Iflaiidois habitent la pluspart dans cavernes entaillées dans des rocs, & les autres dans des cabanes, conftruites comme celles de la Lapo- nie, les unes faites d’os de poifîbns, 6c les autres de bois, couvertes de gazons de terre, leur belïail 6c eux couchans fous un mefme toiéfc, font fort laids, 6c leursFemmesaüflî, 6c bazannez, fe vê- tent la pluspart comme les Norwe- goiens , leurs chemifes eftant de toilie de farpillaire , 6c aucuns fe vêtent de Septentrionaux. peau de Veau-marin le poii en dehors. Ils vivent fort (Implemen tous les autres Septentrionaux, xc cou- chent fur de l’herbe feche, 6c quelques peaux pardelTus tout habillez, ne qu’un lict pour tout ce qu’'l une maifon. Tout leur travail eft la pefche, font làlles, incivils, brutaux, 6c prefque tous forciers,adorans un Diable, qu’ils nom- ment Kobalde, qui leur apparoift fort fouventen forme humaine, 6c auflî une Idole de bois, entaillée avec un cou- teau, aflez mal baftie, 6c fort hideufe, qu’ils montrent rarement, crainte qu’el- le neleurfbit prife des Preftres Luthé- riens qui les inltruifent en la Loy Chré- tienne tâchans de les délivrer de l’ef. clavage de Satan. Ils ont prefque tous des Trclles^ qui font Diables familiers y qui les fervent commeiîdels ferviteurs,les advertiflant des accidens 6c maladies qui leur doi- vent arriver, les reveillent lors qu’ils dorment pour aller pefcher quand il y ^7^ Voyage des pays fait bon, & s’ils y vontfàns leiiravif ils ne prennent rien. lis font fi experts en l’Art Magique* qu’ils font voir aux eftrangers ce quife pafle en leurs maifons, mefme leurs pè- res, roeres, parents & amis qu’ils défi- rent ,foient vivans ou morts, & ven- dent auffi le verit aux navigeurs pour âller où bon leur femble. Le Commis de Kirkebar & d’autres m ont afiliré que ceux qui font à la pef. che au bas d’Hecla le jour qu’il fe don- ne quelque bataille en quelques lieux dé l’Europe que ce foit , voyant des Diables entrans & fortans de cette montagne , y menans des âmes, & en allans quérir. S’il arrive que quelques-uns de leurs amis foit mort, Sc qu’ils en foient en peine, lès clierchans s’apparoiflent à eux tout triftes, leur racontans comme ils font morts, & au Diable, qui leur eft un rigoureux maître, que l’on n a que faire de fe mettre en peine d’eux, qu’ils vont en Hecla. SepicntriomuK. i-rp Les campagnes 4’Iflande quoy qu'elles foient belles , 6c pleines de pa turage , ne peuvent produire de bled ny autres graines propre à faire du pain, à caufe du grand froid qu’il y fait , 6c du Nord-Eft , que nous ppel- Jons vent debize, qui y eftveliemenr^ CHAP. XXXXIlf. Départ àei Danois , avec qui efioit VAifi, teur^ du Cap Hori^de leur arrivée à Cop^ penhayien^ é' du prefent que firent Mie fi fieurs de la Compapiie du Nord des deux cornes dé Cheval’- Marin 3 qu'ils croyerit efiire fiicorne, T R O I s jours apres que nous fumes de retour à nos vailTeaux de nôtre voyage d’Hecla,qui eftoit le vingt-deux Septembre, un vent de Nord nous ve- nant favorable, nous levâmes l’anchre, 6c partiiUes , prenans nôtre cours au Sud Sud Eft. Ayans vogué quelques Voydge des pays jours un grand frais nous prit venant du Nord- Nord-Oucft, qui nous poufîa jufques aux côtes de Norwegue , où reconnoiflant les promontoires de Tal- fo, quieftune petite Ville, bâtie fur une éminence , en laquelle il y a un fort beau Château, à quatre grande lieuë de pleine Mer, nous fumes joyeux , éf- perans de voir bien-tôt la fin de nôtre voyage; mais nous n’eumes pas vogué douze heures le long de la côte, que le vent changea avec la Lune, qui nous obligea de reprendre la hauteur de la Mer pour la tenir, crainte de retourner en arrierej ce qui n’empefcha pas non- obftant tout le loin que nous peumes apporter, que le vent ne nous fit recul- 1er de plus de quarante lieues, & apres il s’abaifià, & nous donna un grand calme, qui nous fit demeurer tout court. Pendant ce temps-là, nous apperceu- mes au Sud-Sud-Oucft un Sielon très- grand, qui fit beaucoup craindre nos Mariniers , & les obligea de ployer promptement tous les voiles, & d’abaiC fer Septentrionaux. fer les vergues jufques au bas, croyans qu’il viendroit Ce verfer fur nousj mais il n>en approcha pas de plus de deux lieuës, ou nous le vimes tomber. Ces Sielons font certaines nuées faites en colomnes fort noires, qui paroiflentdu Ciel a la Mer, & qui tombans furies Navires les font périr par l’abondance de l’eau donc ils l’emplilTent , les fub- mergeans par ce moyen en les enfon- çans dans la Mer, s’ils en font pris à plonb. Apres ce calme un ventdeNord Nord Eli: vint à nôtre faveur, qui nous aida à parachever nôtre roucej E bien qu au bout de dix jours nous arrivâmes à la rade de Coppenhaguen, où apres après avoir falué le Château , nous y mouillâmes l’anchre, & auflî-tôc on mit la chaloupe en Mer pour mettre pied à terre. Eftans encrez dans la Ville, Sa Maje. lie eut avis que nous avions des habi- tans de la Zemble, qu’il nous fit com- mandement de Iiiy mener, ce que nous «mes, ôc les voyant les admira tant en M //