RELATION DE CE QVI S'EST PASSE' dans leslfles &Terre Ferme de l’A- merique , pendant la derniere Guerre avec l’Angleterre , & depuis en exe- cution du Traitté de Breda. AVEC VK IOVI{KAL Du dernier Voyage du Sienrde la Barre en la Terre-Ferme, & Tille de Cayenne ; accom- pagné d’une exaéfce defcription du Pays, mœurs & naturel des Habitans. Le tout recueilly des Mémoires des principaux Officiers qui ont commande en ces Pays. Par J. C. S‘ D. V • ' Où eft joint le Iournal d’un nouveau Voyage fait en Guynée , l’annçe prefente , qui con- tient le Traitté de Commerce , & alliance, fait avec le Roy d’Ardres j avec l>Jwa^ d’un Ambailadeurdece Prince enyFr$afce. SE COKDE PAB^TIEj ^ [ & A P A R I S, || Clicz G ER V A I S C LO V Z 1 ER, ail Palais^ la féconde boutujue , fur les deviez en montant pour aller à la Sainte Chappelle\ rjJ a » Voyageur. \ M. D C. L X xT N, ï& AVEC PRIVILEGE D V RO r\ S EXTRAIT D V PRIVILEGE du Roy. % P Ar grâce & Pri vil ge du Roy , donné à Paris le feptiéme jour de Septembre 1670* Signé Bovchard, il cil permis à Gervais Clovzier Marchand Libraire à 'Paris, d’imprimer ou faire imprimer un Livre intitulé , Relation de ce qui s'eB pafji dans les Ijles & Terre -Ferme de F ^Amérique , fendant la demiere Guerre avec F\Angle terre , Ct depuis en execution du Traite de Breda ; arec un Tournai du dernier Voyage du Sieur de la Barre en la Terre-Ferme^ l ljle de Cayen- ne ) accompagne d'une exaBe Description du Pays > mœurs & naturel des habit ans : le tout recueilly des mémoires des principaux Officiers qui ont commande en ces Pays > par I-C.S.D.V. Où eft joint le Iournal d*un nouveau Voyage fait en Guytice l'année prefente > qui contient le Traitte de commerce > CjT 1 ^Alliance fait avec le I{oy d'Ardres) avec l’envoy d’un lAmbaJjadeur de ce Prince en France » en telle marge 3 c ca-^ raétere que bon luy femblera , durant le temps & efpace de cinq ans , à compter du jour qu’il fera achevé d’imprimer pour Ja première fois. Et defFences font faites à tous Imprimeurs 3 c Libraires de l’impri- tuer , vendre ny diftribuer pendant ledit temps , fans la permUïïon dudit Clouzier, à peine de l’amande portée par iceluy Pri- vilège : comme aufiî aux charges plus à plein porté par lefdites Lettres. Achevé d'imprimer peur la première fois le i. larmier t6;i. Rcgi&ré fur îe Livre de la communauté des Im- primeurs & Marchands Libraires de cette Ville de Paris, fuivant l'Arreft de la Cour de Parlement du B, Avril & ce aux charges , claufes & conditions portées os prefentes Lettres * le virage ~ quatriétne Novembre 1670. Signé , Louis S £ v £ s t r s , Syndic. TABLE des chapitres CONTENVS en cette fécondé Partie. Chapitre T jOyage du Sieur c(e la Barrer XXV. V dUX 1 fl es de Guadeiouppe & Martinique ; d’ou à fon retour il y a re. connoifre l Ijle de Mont-Sarrat de fort- prés. > , page Chap. XXVI. Difpoftion des chofespour l’at- taque de Mont-Sarrat > en fon attaque <£* prife fur les ^ tnglois . H Chap. X£ViI. Arrivée des nouvel' es des J (les en France , <ùr les effets qu'elles y pro - duifrent . A J Commijfton de Lieutenant General pour Mon— fieur de la Barre. S 1 Lettre de Cachet de fa Majeflè aux Gouver- neurs des J fies. < ’ i Chap. XXVIII. Ce qui fi paffe en Angle- terre ? & les ordres qui y furent donner^pour lefecturs desljles Angloifes de B Amérique. Chap. XXIX- Ordres donner, dans leslfles Francoifes j fur les nouvelles des préparatifs qui fie faifioient en [Angleterre. jt Chap. XXX. Départ du Sieur de la Barre , de Saint Chrijiophle * & fin combat contre la fregate de Colcefler . c? i Chap XXXF. Arrivée du Sieur de la Barre À Sainte troix r d’où il depiche en France* * & fin départ de cette Jjle pour la Martini- que* 112 Chap. XXXII. Voyage du Sieur CreinJJen ? Commandant l'efcadre des navires de guerre Hollandois 5 en Amérique. ntf Chap. XXXI II- Arrivée de quatre vaiflèaux. François aux Ijles ; & U refilution prifie d’aller combattre la flotte A ngloifi. 133 Chap. XXXIV. Combat naval donné devant Nieues > entre l $ deux flottes 3 avec k fe cours de faim Chrijiophle. 149 Chap* XxXV* Départ de la Flotte defaint Chriflophe : Séparation des Zelandois d'avec elle : Son retour aux. J fl es du Vent 3 où elle e fl inutilement fuivie par la Flotte A ngloi- fi. 1.7 o Chap. XXXVI. Attaque défia nt Chriflo - f he par les Anglais 5 & la grande victoire obtenue fiur eux par les François • 1 S 8 CHAP.XXXVü.tf/f0«r des. Anghis a Nieuës apres leur défaite Arrivée du Chevalier Alarmant leur Admirai ? avec un grand ren- fort ; &• fia refilution . z i 6 Chap. XXXVI 1 L. flefio lut ions delà F un ce y furie fecom des-TJks : & fis négociations Avec r ^Angleterre • 2 2 2 Ch ap. XXXIX. Kaifins four lefquelles les. jinglois nont pas reüjji > avec toutes leurs forces , dans les Ijles. ~ 's s Ch ap* XL* Mrivèe de la F lotte de l/dmi - rai Harmant devant la Martinique, dr fis diverfis attaques faites auxvaijjèaux Fran- çois. . - Lettre du Sieur H armant^ dmiral^d nglois zrj j Rèponfe à laLettre de lJ.dmiral Harmant * 178 Chap. XU .Départ de la Flotte Jingloife, & comme le fieur de la Barre fauva les vaijjeaux François échoue 1 ^ I V Chap. XLII .Retour du Chevalier Harmant a FHeués : fa refolutiou daller , pendant la faifon des Houragans, attaquer Cayenne, <$• furprendre Suriname • i ^ ^ 7 Chap* XLIII* Les Ijles font affliges d'un fâcheux Homagan de fieur de U Barre fie fer t de cette conjoncture pour faire pajj'er un fis- cours de vivres a Saint Chrifiophe^ z 9 7 Chap. XL1V. Ordres que donne le Sieur de la Barre, pour avituailler Saint Chrijto - phe. Prifi de Cayenne par la Flatte Jlngloi- fe. 3 0 6 Chap. XL Y. Arrivée des premières nouvelle de U conclufion de la Paix avec l' Angleter- re. Conduite du fieur de la Sarre pour en profiter. “ i lé Chap. XL VI. Les ordres pour la publication & execution de la Paix > arrive^ aux Lies > Ct* ce qui sj fit en confie que nce • 330 humai du voyage du Sieur Delble 3 Commifi- fiaire general de la marine , aux Isles 3 dans la cofie de Guy née y pour V etablifiement du Commerce en ces pays 3 en l'année 1669* la prefiente : Avec la Deficription particu- lière du Byyaumé d'Ardres 3 & de ce qui sefi pafii entre les Cran fois ? & le \oy de ce pays. 3 47 L'Imprimeur au LeBeur. ' 473 injtruSHon du Sieur Carolof y pour les Capital nés des vaifieaux qui feront le voyage de Guy nie • 47 S Fin de la Table* for AGE î VOYAGE DV SIEVR de la Barre , Jfles de la Guadeloupe (jdy Martinique ; d'où a Jon retour il l’a recon- naître l ijle de Mont - Sarrat de fort prés. CHAPITRE XXV. ôus avons laiiïe le fieur de la Barre à la voile, au delà deNieuës, ou ayant apperceu deux Navi- res qui s’efforçoient détenir le vent , & croyant que ce fuf- fent quelques-uns de ceux qui étoient partis de Nieues leiour precedent, il chaffa fur eux, II. Partie, A 1 Relation de ce qui s'ejlpajîé & les ayant obligez d’arriver, reconnut que c’étoit le faint Anthoine , & leChafTeur, fai- fant routte de la Martinique, à faint Chriftophe , le premier chargé aux deux tiers pour France : de forte qu’il continua fa routte pour la Guadelonp- pe, où étant arrivé le lende- main, il trouva les chofes en a fiez bon état , hors que le fieur du Lion luy témoigna qu’il avoir du chagrin de ce que le fieur de Clodoré avoit agy, comme de fon chef à Antigue, quoy qu’il ne le deûr faire que comme Commis par ledit fieur de la Barre, pour cette entre- prife , félon que l’on en étoit convenu ; que même il avoit donné en fon nom une Sauve- dans les Ifles de /’ Amérique, 3 garde à cette Ifle, comme Fran- çoife , &c fait des deffenfes à tous les Sujets du Roy , de faire aucun tort , ny dommage à fes habitans; luy difimt qu’il ne connoifloit point de pareils or- dres^ que les gens de fon Gou- vernement n’en recevoient point du fieur deClodoré: à quoy le fieur de la Barre luy dit j fans fnrprife , ny émotion, qu’il falloit reformer la cho- fe -, 6c que fins l’aigrir , & mê- me en parler davantage il 11’é- toit queltion que de leur en- voyer une Sauve garde de luy; ce qu’il fit à Imitant , ôc appai- fa ce commencement de di- vifion : apres quoy il mit à la voile pour la Martinique , où étant arrivé , il apprit avant A ij ✓ 4 Relation de ce qui s’ejlpajïê que de débarquer , que le fieur de Clodoré s’étoit expliqué à quelques perfonnes, en des ter- mes de chagrin contre luy ^ ce qui fit qu’il prît refolution de tenter tous moyens , pour ra- mener Ton efprit & empêcher la mefintelligence. Pour cét effet., étant débarqué le matin, & lé trouvant à la defcente de fa chalouppe , il luy propofa d’aller enfemble à la Meffe , après laquelle l’ayant tiré à part , il luy témoigna le dé- plaifir qu’il reffentoit du dif- férend qu’il auoit eu avec les Officiers des trouppes du Roy., | àAntigue, & qu’il prenoit part au chagrin qu’il en avoir re- ! ccu , Je priant ffir tout d’ex- eufer le petit emportement j dans les Ijles de l'Amérique. / qu’avoit eu contre luy le fleur Dorvilliers, qui ayant elle fort blâmé des Capitaines de Na- varre & de Normandie , de luy avoir cédé le Commandement au premier voyage cl’Antigue, s'étoit dans ce chagrin laiffé emporter à l’efprit de ces Offi- ciers , dont il avoit bien du dé - plaifîr , ôt fouhaitoit le luy faire connoiftre : Ce qu’ayant dit ; il fît approcher le fleur Dorvilliers qui étoit en la compagnie^qui ayant fait quel- ques excufes au fîeur de Clo- doré; aufquelles il répondit auffi fort civilement l’afTeu- ra qu’il defîroit fon amitié fur toute chofe. Le fleur de la Barre joignit encore à cet- te précaution une familiarité . A iij 6 Relation de ce qui yeftpajïê qu’il crut devoir tout à fait obliger ce Gouverneur, qui fut de luy propofer daller palier le refte de la matinée en fon logis : Mais tout cela ne m pé- cha pas une furieufe broüilîe- rie qui arriva en fuitte entr’eux, & qui a efté la four ce des dé- mêliez , dont une partie de la France a eu connoififance , ôc qui ont efté jufques à fa Ma- jefté , & ont eau fé de l’atten- tion à quelqu’un de fes Mini- ftres , mais defquels j’eftime qu’il eft à propos de me taire, ne voulant point donner lieu de plainte à l'un , ny à l’autre par le récit que ie ferois de ce que i’en ay appris de bonne part. Le fcjoiir du fleur de la Barre dans les Jjles de l'Jlmerique. y ne fut pas long à la Martini- que, il y fournit fes trois vaif- feaux corfaires de tout ce qui leur étoit neceffaire pour deux mois , puis les fit mettre à la voile pour la Barbade^ & ayant donné les ordres qu’il croyoit importans pour la feureté de cette ifle , il en partit pour la Guadelouppe , où étant arri- vé j il jugea qu’il étoit de la derniere confequence , pour l’execution de fon deffein lur l’ille de Mont-Sarrat , de 1 al- ler reconnoiftre de fort prés, afin de pouvoir mieux choifir les lieux par où il voudroit l’at- taquer, & profiter de tous les avantages que la connoifian- ce du terrain luy pouvoit don- ner , pour la difpofition de A iiij 5 Relation de ce qui s’efl pajîê fes vaifleaux , pour le choix de la defcente , & de la détermi- nation des lieux ; de la vraye garnie de huit pièces de ca- non j ils en firent deux de’char- • ges fur ce navire , fans autre dommage que de l’avoir percé en quelques endroits de ion bordage , au deifus des cein- tes: le fécond fort., fit la mê- me chofe , avec auifi peu de fuccés j en forte que le fieur de la Barre put facilement, pen- dant deux heures qu’il fut le long de la coite , à la petite portée du fufil , reconnoiftre les retranchemens des Enne- mis,& leurs forces:Ce qu'ayant fait exactement , il arriva le 17. à faint Chriftophle , où il pro- poia l’attaque de cette 1 fie de Mont-Sarratjaux fieurs de faint Leon, Marefchal de bataille &c Commandant le corps deNa- A v 1 o Relation de ce qu' s’ejï p a jîé varre , & de faine Laurens, Gouverneur de cette Me; Y & l’autre embraflerent ce fein avec toute la chaleur leur zele pour le fer Roy., leur pouvoir infpirer forte qu’il ne fut queftion de travailler aux prepar neceffaires pour cette en prife 5 ce qui ayant efté fait peu de iours , il mit à le 29. Janvier, avec dix-t vires de haut bord , fep ques , & le Brigantin , l’émc- rillon : le fieur de faint Lau- rens , jugeant cette entreprife digne de la prefence , voulut y aller en perfonne pour com- mander cinq cens hommes dé- tachez de faint Chriltophe. dans les Ijles de l' Amérique. n DISPOSITJON DES chojes pour l'attaque de Mont- Sarrat ) en jon attaque prife fur les An fois. Chapitre XXVI. L E fleur de la Barre , ayant crû qu’il étoit de la der- nière importance de furpren- dre les Ennemis , afin de les attaquer avant la jonétion de toutes les trouppes de Pille > avoit donné rendez vous a la pointe du Nord de la Guade- Iouppe , où tous les Navires dévoient aller moiiiller , pour venir en fuite , vent arriéré , fur les Ennemis , & faire la def- cente en fe prelèntant devant iz Relation de ce qui seji paj?é eux : mais les vents , 8c la mer ne furent pas plus favorables cette fois, qu'ils Favoient efté fix femaines auparavant : la flatte fut feparée , & aucun des Navires ne put gagner cette pointe de la Guadelouppe, ali- gnée pour rendez vous, L’Admirai, avec les Fréga- tes, la Indice, & le Florif- fant, apres avoir battu quatre iours la mer , mouillèrent le 2 . Février au matinàune poin- te qui s’avance à l’Oueft de l’ifle de Mont Sarrat; & payant elle joints de trois autres Na- vires, deux Barques , & le Bri- gand n , le fleur de la Barre en- voya aufli-toft ce dernier au rendez vous, à la Guadeloup- pe, avec ordre à tous les bâ~ dans les Ijles de l’ Amérique. r j timens qui y feroient arrivez, de fe rendre fous le pavillon de T Admirai : il revint le 4 . & il le dépêcha àl’inftant pour faint Chriftophe , afin de faire re- venir les Navires qui y auroient relâché; & s'ils ne pouvoient gagner, faire venir les troup- pes fur des barques : Ce iour, au foir, trois Navires, & trois Barques, qui avoient efté juf- ques à la Guadelouppe, rejoi- gnirent la flotte : fi bien qu’a- prés ce renfort , en attendant les nouvelles.de faint Chrifto- phe , il fut refoiu d’aller bat- tre le fort des Ennemis ; 5c comme l’on ne pouvoit s’en approcher qu’en louvoyant, chacun fit fon devoir pour en aller moiiiller le plus proche U 14 lactation de ce qui s'cfl pajïé qu’il fe pourroic : Le Capitaine Gauvain, commandant la Iu- ftice, gagna & moiiilla le pre- mier à la portée du piflolet: le Capitaine la Iaunaye com- mandant le Floriflant , fut le fécond qui gagna &c moiiilla proche de la Iuftice., l’un Sc l'autre de ces Navires , receut trois ou quatre décharges de la batterie des Ennemis, avant que l’Admiral eût moiiillé; Gauvain eut fon Navire percé de quinze ou feize coups , fans perte d’hommes -, la Iaunaye en eut deux tuez du canon des Ennemis , & n’en fut pas quit- te a meilleur marché pour fon Navire , que celuy de Gau- vain , ayant efté percé de plu- (ieurs coups de canon. dans les Ijles de t Amérique. 15 L Admirai ayant moiiillé, avec trois ou quatre autres Na- vires , le grand feu de tous les vaiifeaux , fit cefTer celuy des Ennemis ; & toute la nuit du /. où la Lune étoit fort belle, & le matin du 6 . fe pafferent en coups de canon , dont il fut ti- ré plus de mil à douze cens volées des vaiffeaux ; leur feu euft duré davantage, fi fur les dix heures du matin il n’euft paru trois Navires à la pointe du vent de fille , qui d’abord furent pris pour François, mais enfuite furent connus à leur Manœuvre pour ennemis : cela obligea le Leur de la Barre , de lever l’ancre , Sc d’envoyer l’ordre à tous les vaiffeaux de faire le même j au Capitaine /' ï6 Relation de ce qui s'eji pafîê Gauvain, commandant la Ju- ftice j ôc Ferrand j comman- dant le Soucy , de le fuivre ; & au Capitaine de la Iaunaye, daller avec le reftede la flotte moüiller à la pointe de lOueft de llfle j prenant- la précau- tion de ne point faire fuivre la flotte en fachafle, de peur de la feparer une féconds I fois. La cliaffe du fleur de la Bar- te ne dura que jufques à la nuit, qui fe voyant à plus de quatre lieues des vaiffeaux En- nemis , & craignant de trop s’e'carter de Mont-S arrat , & manquer fon entreprife , il re- mit à Fautte Bord , pour re- joindre la flotte; ce qu’il fit le 7 . & trouva le brigantin arri - dans les Jjles de t Amérique, ij vé , avec le heur de la Girau- diere, &fix vingcs hommes de Normandie, qui avoir relâché Ton Navire, ayant eu Tes deux hunieres emportez : Quelques heures apres arriva une bar- que eu le lîeur Sam Ton s’étoit jette avec cinquante hommes de Navarre, ayant relâché de mafté ces barques expédiées avec toute la diligence pofïi- ble, par le heur de Chambrey, Intendant : Peu de temps apres ayant reconnu un Navire qui avoit peine à gagner y il en- voya deux barques pour aller quérir les hommes qui étoient dedans : ce qui fut fait , & elles amenèrent le fieur des Fon- taines, Capitaine de Norman- die, avec foixante hommes . Ic 18 Relation de ce qui s'efl paJZé Navire ayant enfuite efté obli- gé de relâcher à faint Chrillo- phle : Toutes les forces join- tes ^ il fut relolu de ne plus re- tarder la décente que le fieur de la Barre avoit déterminée eftre faite à une petite ance , à f la portée du fufil, & au vent du Fort eu batterie des Enne- mis. On mit la voile le 9. au ma- tin , tous les Navires & Bar- ques furent a leur pofte,hors le Mercier qui ne put fi-toft gagner : ce qu’étant fait, le fieur de la Barre envoya fom- mer les Ennemis de remettre Tille fous l’obeïifance de fa Ma- jefté. ils répondirent en braves gens, ôc de quion devoit at- dans les Ijle s de l' Amérique. 19 tendre une défenfe des plus vi- goureufes , ce que leur conte- nance devoit d’ailleurs afiez per- fuader, tirans peu à peu Se te- nans leurs retranchemens bien, garnis , avec grand ordre & fi- lence. Le Mercier , n’ayant moiiil- lé que fur les deux heures , l’at- taque fut remife au lendemain matin : elle fe fit en cette forte. Le fieur Samfon comman- doit les hommes détachez de Navarre j avec les fieurs DalTy & Doffemont , Lieutenant, éc Enfcigne : il e'toit foûtenu par les fieurs de la Noue Beau- mont , Capitaines en ce Régi- ment , ôc par le fieur Dorvil- liers, Commandant Poitou, qui io Relation de ce qui s'ejî pajlê bataillon noie avec Navarre , 8c fai foient l’attaque de la droite. Le fleur l’Efcoffois coœman- doit les hommes détachez de Normandie, avec les fleurs du Ménil , Lieutenant , & Vei- gnon, Enfeigne : ilétoit fou- tenu des fleurs de la Boiffiere, des Fontaines , & de la Girau- diere , Capitaines , & faifoient 1 attaque delà gauche ,1a plus proche du Fort. Le fleur Giraud , Capitaine, commandoit les hommes dé- tachez de faint Chriftophe, avec les fleurs Geoffroy , & de faint Amour Enfeignes : il étoit foutçnu du fleur de faint Laurent, Gouverneur , avec les fleurs Guillou , Preciaumont, 8c Daigremonc , Capitaines, 8c dans les Ifles de l' Amérique, h faifoit l’attaque du milieu, avec Ton bataillon de près de cinq cens hommes : Celuy de Navarre en pouvoir faire trois cens : & celuy de Normandie, deux cens ; Le fieur de faine Leon faifoit la charge de Ma- refchal de bataille fur toutes les trouppes. Le lignai de la décente, don- né par un pavillon rouge au mats d’Artimont , toutes les Chalouppes & Barques parti- rent , les unes de leurs bords, les autres de leurs poftes, char - gées de trouppes pour aller à terre : le Brigantin en moüilla à un jet de pierre, fur la droite; & le heur de la Boilfiere , qui étoit deffus, fit faire un fi grand feu de fa moufqueterie , & de zz Relation de ce qui s’eflpajîé fon canon , qu’il délogea les Ennemis d’un boyau qu’ils avoient fur la droite au long de i> • • P 5 N i ance , qui voyoït 1 attaque a revers : les autres barques ne firent pas fi bien leur devoir, car elles moüillerent trop loin pour bien favorifer les Cha- louppes de leur feu. A l’approche des Chaloup- pes,les Ennemis firent la meil- leure mine du monde , & at- tendirent qu elles fuffent à la portée du piftolet, pour faire leurs décharges , & firent lors un fi grand feu , qu’il s’en eft veu peu de pareil, pour le nom- bre quils étoient. il arriva dans ce .moment, que les Cha- louppes où étoient les hom- mes détachez, n’étant pas les dans les Ifles de l' Amérique. 13 premières , parce qu’elles a- voienc eû de leurs Matelots tuez, celles qui étoient devant ceflerent un inflant de ramer, pour les lailfer palfer , & ce petit relâche penfa nous arra- cher la victoire des mains, don- nant cœur aux Ennemis , & leur donnant temps pour une fécondé décharge : mais la Chalouppe , où étoient les heurs Doffemont ôc Daify , ayant paflfé les autres, &c crié que l’on les foutint, ces deux braves Gentils- hommes fau- tèrent à terre, à la tel/te de tout, avec un courage & une vi- gueur qui doit trouver par tout des admirateurs ,- s’étant lancez feuls au milieu des En- nemis , qui les recevans fans 2.4 Relation de ce qui s 'ejl pafîê s'émouvoir , tuèrent le heur Doffemont , à quatre pas du bord de la nier; & Daily 1 ayant voulu fecourir , apres avoir efté bleffé, donna jufques fur le bord de la tranchée , où apres avoir tire' Ton coup de piftolet, & rais l’e'pée à la main, il fut tué comme Ion camara- de , au moment que le heur Dorvilliers, qui étoit avec le Major de Poitou & deux de fes Officiers , dans un petit feut , fauta à terre ; & ayant ralié à luy quatre ou cinq fol- dats de Navarre , entra luy neufie'me dans la trenchée: apres avoir tué le Major de l’lfle, qui la défendoit le fabre à la main , & qui avoir tué le heur Daffy : il fut bien-toft fuivy dans les Ijles de l’Amérique, ij fuivy du fîeur de Beaumont, Capitaine de Navarre , & des hommes détachez des Corps , qui ayant fait un peloton de leurs gens, pouffèrent les En- nemis hors du front de toute l’attaque j & toutes les troup- pes ayant enluite mis pied à terre , & ayant eflé mifes en bacaille par le fîeur. de faint Leon , les, Ennemis ne paru- rent plus devant elles. Le bataillon de Normandie marcha droit au Fort, Navar- re gagna la hauteur ; & le ba- taillon de faint Chriftophe , à la telle duquel étoit le Cheva- lier de faint Laurent , fuivoit la routte que les Ennemis a- voient prife en fuyant : tandis qii’ils commençoient à mar- II. Partie. B z(» Relation de ce qui s'ejl pafîê cher , le fieur de la Barre, apres avoir ralieàla décente , le relie des trouppes qui n’avoit en- core pu mettre à terre, Te mit à leur telle, prenant le che- min par lequel il avoit veu les Ennemis Te retirer , & ayant joint en peu de temps le fieur de faint Laurent, & le batail- lon de faint Chriflophe , & confideré le terrain , il jugea à propos d’aller occuper une hauteur au delà d’une ravine, où les Ennemis pouvoient s’eilre retirez , ce qui l’obli- gea d’envoyer fes ordres au iieur de faint Leon pour le venir joindre en ce pofte , avec le bataillon de Navarre , & Poitou , & au fieur de la Boif- fiere , de faire le même , aveç dans les Ifles de l' Amérique. 17 celuy de Normandie j apres quoy il marcha vers cette hau- teur, où il fit mettre Tes troup- pes en bataille , qui furent bien-toft jointes de tous les Corps , même du lieur de Prail- le j qui ayant elle' commandé, avec fa Compagnie, & quel- ques habitans de fàint Chri- ftophe , pour faire une fauffe attaque, une lieue fous le vent du Fort, avoit forcé les En- nemis, fans avoir eu que deux hommes bleffez. Etant en ce pofte, le fleur de la Barre fut aver.ty qu’il paroiffoit cinq vaiffeaux vers la pointe du vent de fille, de les ayant découverts, il recon- nut que c’étoit ceux qu'il a- voit envoyé croifer vers la Bar- z8 Relation de ce qui s'ejl j>afîé bade , qui revendent avec deux prifes , lefquels mirent encore le foir cent cinquante hommes de Poitou à terre. Toutes les trouppes étant en bataille , le heur de la Barre détacha divers petits partis pour avoir, nouvelle des Enne- mis j Sc s'avança avec vingt hommes détachez & quel- ques Officiers , pour chercher un lieu propre pour le campe- ment de fa petite armée coin- pofée de prés de douze cens hommes ; & ayant heureufe- ment rencontré proche le lieu où les trouppes croient en ba- taille, une belle habitation où paffoit un mifTeauafTez fort j il y fit marcher & camper toutes cçs trouppes. A peine avoient- dans les Ijles de l' Amérique. 19 elles pris leurs poftes , qu’il apprit que les Ennemis avoienc paru au coin d’un bois., à un petit quart de lieue du cam- pement : ce qui l’obligea de, détacher les fleurs Samfon, Ca- pitaine de Navarre , l’Ecoffois de Normandie , ôc Giraud de faint Chriftophe , avec cha- cun foixante hommes , pour les aller pouffer jufques dans le bois: ce qui fut fait, les En- nemis setant retirez à leur veuë. Le 11. fur l’avis donné que les Ennemis s’étoient retirez au nombre d’environ fept cens hommes, dans un lieu appelle le Iardin, entre deux monta- gnes , le fleur de la Barre fît marcher toutes les trouppeS, B iij 30 Relation de ce qui s'efl pafié & s’étant mis à la telle , avec le fieur de faint Leon , Maréchal de bataille , il commanda de faire halte à l’entrée du bois ou les Ennemis avoient paru le tour precedent, pour jetter devant luy trente hommes dé- tachez de tous les Corps, com- mandez par le fieur de la Tour, Lieutenant de Navarre, qu’il fifivoit immédiatement: Ils pafi ferent un défilé d’un quart de lieue dans un bois fort épais, au bout duquel ayant trouvé un pais découvert , & marché une lieue , l’on reconnut les Ennemis qui s’étoient pofiez fur une haute montagne pref- que inaccefiible J & qui avoient un petit Corps de garde de- vant eux, que l’on voyoit feu- dans les Ijles de 11 Amérique. 31 lement du lieu ou étoient les trouppes : Elles y firent halte , & en fuite on les fit camper dans un bel endroit , à demie lieue de là , d’où l’on détacha divers partis, qui rapportèrent que les Ennemis s’étoient Ré- parez : ce qui fut confirmé par plufieurs Irlandois qui fe vin- rent rendre, aufquels on fit le meilleur traitement qu’il fut polfible: cela obligea le fieur de la Barre de faire fejourner les trouppes en ce pojfte.,d’où elles partirent le 13. pour re- tourner au premier campe- ment' Il avoit cependant dé- taché le fieur Dorvilliers,avec cent cinquante hommes, pour aller foumettre les quartiers les plus éloignez de l’ifier ce B iiij 3£ Relation de ce qui s'eftpajîê qu’il fit avec tant de liiccés, qu’il prit la femme du Gou- verneur prifonniere > avec plus de quatre-vingts Anglois , o- bligea le Gouverneur , & la meilleure partie des Officiers, & plus de deux cens Anglois, de fie venir rendre : à quoy il fut aydé par environ trente Caraybes , qui etoient venus joindre les François, avec dix Pirangues , ayant fiçeu qu’ils a- v oient forcé l’ifle : Ces fortes de gens, qui ne Içavent com- battre que les fuyars , & qui broutent dans les bois , com- me des belles fauvages , fer vi- rent fort à en faire fiortir' les Anglois. Ces choies furent faites en fix iours , pendant lefquels on dans les J fie s de l'Amérique. 33 tira de Fille trois cens Anglois capables de porter les armes; & on fit prefter le ferment de fidelité à cinq cens Irlandois qui y relièrent , qui avec leurs femmes & enfans , ne faifoienc pas moins de deux mil perfon- nes : il y eut feize pièces de ca- non prifes j avec force Negres , chevaux , & belles à cornes, qui furent diftribuez aux troup- pes y plus de quarante fucre- ries détruites, parce qu’il n’y en avoit point qui appartinf- fent aux Irlandois la chaleur des foldats , en fuite de la dé- cente , fnt telle qu’ils mirent le feu à plufieurs magazins pleins de riches marchandées, fins les avoir reconnues, ayant plûtoft envifagé la deftru&ion B v 3 4 Relation de ce qui s’efî pajïe des Ennemis , que leur profit, particulier ; ôç comme leur prompte fuite empêcha le car - nage, ils exercèrent leur colè- re fur ce qui fe prefenta devant eux. Il y avoir à la décente, neuf cens hommes des Ennemis op- pofez à nos forces, dont plus de quatre cens faifoient front à l’attaque; il en fut tué une tren- taine des noftres: nous y perdî - mes , outre les fleurs Dafiy,, & d’Offemont - y le fleur Geof- froy , Lieutenant de faint Chri- ffophe , fix ou fept foldats , &: huit Matelots , environ une vingtaine de bleffez: Tous les Officiers y firent leur devoir,, ainfi il ne faut fçavoir que leurs, noms , pour leur donner la. dans les Ijle s de l'Amérique. 3 j gloire de ce fuccés, auquel le fleur de la Barre fe trouva de fa part avoir beaucoup con- tribué tant par le choix qu’il avoit fait du lieu de la décen- te , le plus avantageux qui fut en toute l’Ifle, 8c où il s’opi- niâtra de la faire malgré l'o- pinion de pluheurs OÆciers f qui la trouvoient trop prés du Fort , 8c trop expofée à fon canon , qu’en ce qu’il infîlta fortement pour faire la décen- te , 8c mettre pied à terre , plu- fieurs ayant efté d’avis que l’on fe retirât fans la tenter,, après avoir veu la bonne con - tenance des Ennemis : à quoy le fieur de la Barre s’oppola avec tant de force 8c même tant d’indignation qu’il dit B vil t Leon H lance collez, , dans .aurent avoure a cou- 3 6 Relation de ce qui s'eft que ceux qui ne fèroie de cét avis pourroient rer dans lesvaifleaux, a ment qu'il donneroit à avec ceux qui le voud fuivre : le fleur de faine y agit avec grande vi & marcha toujours à fes à la telle des trouppes , l’ill'e: le fleur de faint Laur n’obmit rien de fa bravo êc de la grandeur de fo rage , qu’il a fait paroîtr toutes les autres occaflons cette guerre : Tous les autre Officiers des trouppes y firent leur devoir ; mais on ne peut o 'omettre l’aélion du fleur Dorvilliers , qui voyant les deux Officiers détachez de Navarre, tuez , fauta à terre à dans les Ijles de l Amérique. 37 la telle des Enfans perdus , ôc avec douze ou quinze d’iceux, fe rendit maiftre de la tran- chée des Ennemis , après avoir tué les iieurs HaFquin, & Rent- ley , Capitaine & Major de l’Ifle, dont l’un étoit venu tuer le fieur Dofïèmont jufques. proche de la lance: Les Vo- lontaires y firent fort bien leur devoir , & entr’eux le fieur de Geimofai , Lieutenant du Régiment de Champagne -, les fieurs Pinon^de Quincy , Cam- pagne, & Terré , qui ne don- nèrent pas moins de marques de leur courage en cette oc- cafion , qu’ils avoient fait à Antigue. Le Gouverneur & les prin- cipaux Officiers, étans entre les Relation de ce qui s'eft pttjîé mains des François, le fleur de la Barre prit la refolution de partir pour S. Chriftophe , laif- fant le fleur de Praille avec quatre - vingts hommes dans; rifle , pour regler les affaires des Irlandois, & la Fregatte de ['Hirondelle , pour le porter lors qu’il auroit achevé; il arriva le dix - neuf à Saint Chrifto- phe, chargé du butin & des dépouilles des Ennemis , ou il fit embarquer les Prifonniers- de Guerre dans un Vai/Teau > pris depuis peu de jours furies Anglois , ôc les envoïa à la Iamaïque , afin qu'ils ne puf- fènt plus revenir aux lfles du Vent j renforcer ceux quil avoir à combattre. Il reconnut devant Nieuës* dans les I(les de /’ Amérique. 35 que les trois Navires qu'il avoir chaffez y eftoient arrivez ôc fçeut par le Maiftre d’une Bar- que qu’il avoit prife deuant Mont-Sarrat , qu’outre les provifions de bouche , ils avoient elle' fecourus de qua- rante Barils de poudre , de cinq cens Fuzils , & trois mille Boullets.. Eftant de retour à Saint Chriftophe j il examina les Prifonniers des deux pri- fes Angloifes,dont l’une étoit un petit Navire fort vieil de cent vingt Tonneaux , qu’il donna aux habitans Anglois, de Mont farratj pour les por- ter à la Iamaïque , & l’autre, vne Barque.. Par la leéture des Lettres , trouvées dans ces baftimens , & par le rapporc 40 Relation de ce qui s'ejl pajlé des Prifonniers , il conneut que les Anglois étoient dans une extrême confternation .*• Mais qu’ils attendoient incef- fammetàla Barbade un fecours d’Europe allez confiderable.. Les Capitaines des VailTeaux François qui venoient de cour- fe , rapportèrent qu’aïant ap- proché à la petite portée du Canon de la Radde de la Bar- bade, devant la Ville du Pont fous Pavillon Anglois : ils avoient reconneu à leur aife l’état des forces navalles des ennemis , èc qu’ils n’avoient remarqué que deux VaiiTeaux d’environ trente pièces de Ca- non , parmi un grand nom- bre de petits, dont une partie .tvoient leurs mats de hune bas. dans les Ijles de /’ Amérique. 41 que les forts aïans remarqué quils n’avoient pas fait les fi- gaaux accouftüimez par les A11- glois , leur a voient envoie plu- sieurs voilées de Canon , qui leur a voient fait à 'l’inftant ar- borer pavillon blanc : tant à: leurs va i faux, qu’à leurs pri- fes j ce qui avoit donné l’alar- me fi chaude à toute la Bar- ba de , que pendant deux jours quils avoient tenu fur la cô- te, ils ma voient veu que Ca« vallerie & Infanterie, marcher & poler des Corps de Garde à divers lieux, d’où ils conje- éhiroient que ceux de cette lile efloient dans une gran- de apprehenfion.. Le buttin pris à Mont-farrat ne fe trouva pas confiderable. 4 i Relation de ce qui s'efl pafîê parce que chacun des Offi- ciers en avoir détourné quel- que chofe en particulier , & comme il fe crouvoic chargé des recompenfes des blefTez } Sc de ceux qui l'avoient pris & emmené au Corps de garde , ainfî que du payement des Chirurgiens , le fieur de la Bar- re creut qu’il eftoit plus avan- tageux de l’abandonner au» Officiers & Soldats destroup-, pes, & de Saint Chriftophe, pour les mettre en curée & leur donner defir d’entrepren- dre autre chofe, que d en faire un partage , dont ils 3uroient fait de grandes plaintes , & duquel la Compagnie auroit tiré peu d'avantage : ce fut ce qu’il exécuta , referyant feule- dans les Ijles de l'Jmerique. 43 ment un petit fonds , pour l’a- chapt de quelques poudres , qui le trouvèrent dans des Na- vires Flamands. ARRIVEE DES NOV- pelles des Ijles en France (èf les effets quelles y froduifnent. Chapitre XXVII. C E s chofes fe pafïoient dans les lfles , lors que les dépêches , portées par le Capitaine Afchart, arrivoient à Paris , où elles apportèrent beaucoup de joïe, non feule- ment aux Directeurs de la Compagnie , mais même à tou- te la Cour , qui n’aïant eu que du defavantage en Europe au 44 Relation de ce qui s’eftpafié commencement de cetteDecla- ration de Guerre contre les Anglois , tant par la prife du Navire de fa Majefté , la Vi- ctoire, commandé par le Che- valier de Sertanies , que par celle du Ruby, monté par le fieur de la Roche Gafteliers, l’un des meilleurs Officiers de Mer de là Majefté s que de la chaffie donnée au Bourbon , &: au Mazarin , par fix Fregattes Angloifes , jufques fous Te ca- non du Havre de Grâce , fut très fatisfaite de voir quelques advantages remportez fur cet- te Nation, en un pays que les Anglois confiderent beau- coup , pour l’importance du commerce qu’ils y font ; plus de deux cens V aifteaux , v al- J j dans les Ijles de l’ Amérique. 4$ lans chaque année chargez de marchandifes d’Angleterre, ôc en revenans remplis de celle que produit le Pays. De forte que les exploits de la prife des lfles d’Antigue ôc de Saint Euftache , v firent J J autant de bruit qu’auroit pû faire une conquefte en Italie , ou en Catalogne , ôc attirèrent la confîderation de la Cour fur ces Païs, quelle avoitaffez négligez. Les raifons du fleur de la Barre y furent examinées ôc trouvées juftes , l’on reconnut la faute qui avoit eflé faite, de n’avoir pas donné un pou- voir plus abfolu à celuy qui devoir commander le Païs,&: l’on eût bien du chagrin de 4 <3 Relation de ce qui s'ejl pajïé voir qu’elle eût empéené l’at- taque de fille de Nieues, que la Cour apres avoir examiné les raifons de ceux qui avoient contrarié cette entreprife,trou- va fi importante , quelle de- voir être preferée à tout autre delfein , meme à la conferva- tionde Saint Chriftophe, puis- que cette lfle ne fe peut con- server , qu’avec beaucoup de peine, & de dépence dans une Guerre déclarée, lors que cel- le de Nieues, fera occupée par les forces Angloifes : De for- te que pour remedier à ce mal. Le Roy refolut d’envoyer in- cefiamment au fîeur de la Bar- re une Commilfion de Lieute- nant general dans les Armées, tant de Terre que de Mer, dans les J fies de l'Amérique. • 47 pour commander en cette qua- lité à toutes les forces qui fe trouveroient en l’Amenque 3 la preuve que l’on avoir de fon courage , & la vigueur avec laquelle il avoir commencé d’agir, ayant furmonté lesdif- ficultez que Ton avoit pu julte- ment faire , d’élever à cette di- gnité , une perfonne qui avoit prefque toute fa vie fait profef- fion de la Robe , & qui n’avoit que depuis 3. ans mis une épée à Ion «collé: les Commillionsen furent expédiées, avec des Let- tres de Cachet, pour le regle- ment du commandement des Gouverneurs , avec les Offi- ciers des Trouppes du Roy, cy tranfcrites. -^8 Relation de ce qui s’efl pafié M onsieur de U Bar- re , pay efié bien fia fis fait d’apprendre le fiuccês qu’ont eu mes armes dans l Amérique 3 par la prifie des J fie s d' Antigue 3 fiaint Sufiache j çy Tabac ; çy ie 'vous fiais cette Lettre pour 'vous témoi- gner le gré que ie 'vous fiçay de la bonne conduite gy diligence que r vous aveifi apportée en cette expé- dition j d autant plus que de tous les vaijfieaux fffi trouppes qui é- toient partis avec vous des -Ports de mon Royaume , vous et ie^ ar- rivé j avec vofire fieul vaijjeau : mais à prefient que le tout vous aura joint , ie ne doute point que vous nayefi attaqué 11 fie de Nie u es , que les Anglois tiennent encore a la veuë de celle de fiaint dans les JjJes de i' Amérique, 49 Cbriflopbe 3 afin d'affèurer une fioi s cette ifile , & réduire les Anglais dans celle de la Barba de j (9* en cas que cette attaque ne fiât point encore faite 3 par la différen- ce des avis des Officiers de mes trouppes j & Commandant dans les l file s , qui font fur les lieux ; je vous fiais cette Lettre pour vous dire 3 que mon intention efi 3 quauffi- tofi que vous l'auref receuë 3 â moins que tous les Officiers unani- mement 3 nenfiuffient point ci avis 3 ou que vous y vijfieidf des dif- ficulté ^ infurmontables , vous ayefi a faire l'attaque de ladite J fie , fiÿ en cbajfier les Ennemis à force ou- verte : Cependant ie vous don- ne avis que j'ay refolu d' envoyer le fleur de Baas 3 Lieutenant ge- neral en mes armées 3 pour corn- 1 1 . Partie, C j o Relation de ce qui s' eji paflé mander toutes mes forces , tant par mer 3 que par terre , dans ce pais ; que j'envoye avec luy cinq ou flx f . vaijfeaux de guerre , avec vingt Compagnies d’infanterie 3 des meil- leures trouppes de mes armées ; que toute cette flotte partira dans quinze tours ou trois femaines ; que ie luy donne ordre de fe rendre à la radde , l’Jjle la Martinique 3 ou ie veux que vous fajfie^ ajfem- bler tous les vaijfeaux (fiÿ les troup- pes qui font dans lejdites Ifles 3 auffi-tofi que vous aure% fait l’at- taque de celle de Nieues : tf) afin de vous donner d'autant plus de moyen de bien fervir en des occa- flens fi importantes , au bien de mon fervice ; je vous euvoye mes ordres 3 pour fervir en qualité de Lieutenant general en mes armées , dans les Ijlcs de /’ Amérique, jt fous le commandement dudit fieur de Baas 3 enfa prefence 3 (fiÿ mefme pour le reglement des rangs , (dp du commandement 3 tant du Jîeur de faim Leon , que de tous les Gou- verneurs des Ifies , afin que vous ne receviez aucune difficulté dans /' éxecution des ordres que vous leur donnerez pour le bien de mon fer- vice. Sur ce j je prie Dieu qu'il vous ait y Àfonficur de la Barre 3 en fa faïnte garde. Ecrit a faint Germain en Laye 3 le 31. Ianvier 1667. Signé 3 LOUIS y (dp plus bas 3 D E v Ly o N N e. OVIS PAR LA GRACE de DieuRoy de France et DE N AV A RR E : A tous ceux qui ccs prefentes Lettres 'ver- ront ; Salut. Dans U refolution ou nous Jommes de ne rien obmetire de ce qui efl en noflre pouvoir j non feulement pour maintenir (flÿ con- ferver ce que nos armes ont acquis dans les I fies de l' Amérique , mais aujjipour y faire de nouveaux pro- pres } & y étendre noflre domina- tion autant quil fe pourra en re- pouffant les forces des Barbares , QT autres qui voudront s'oppofer à nos jufles dejfeim , qui nom pour dans les If es de l' Amérique, but que l'accroiffment du Chrifia - nifme 3 l'avantage &• augmenta- tion du commerce : bious avons donné nos ordres pour faire pajjer audit pais un bon nombre de trouppes j outre celles qui y font déjà j- enfemble une armée Navalle } <£r tout ce que nous avons crû ne- cejfaire pour l'execution de nos en - trepnfes ; Cf nous avons fait ex- pédier noflre pouvoir au feur de Baas , l’un de nos Lieutenans ge- neraux en nos armées , pour en la- dite qualité commander a tous nos gens de guerre , tant de cheval 3 que de pied 3 François , Cf étran- gers ; élans } (fÿ qui front cy-aprés ■ dans lefdites If les de /’ Amérique dans la Terre -ferme , ft) autres pais de nofre obéiffance de ce co fê- la j. enfemble aux Ojfciers qui y C iij 54 Relation de ce qui s'efl paflé commandent pour Nous , 0 aux babitans de f dite s lfles , 0 paï s s comme aujji à noflre armée navalle, 0 aux vaijfeaux de la Compa- gnie des Indes Occidentales ; & conflderant que dans les occupa - fions quun employ [i conflderable ft) de Jt grande étendue donnera au fleur de Baas 3 it ejl necejfaire de le faire foulager par un Lieute- nant general qui puiffe s'employer & agir fous fes ordres , 0 par tout ou il pourra fe trouver en perfonne y d tout ce qui fera à faire pour te bien denojlre fer vice , 0 l' employ utile de nos armes , Nous avons jette les yeux fur la perfonne du feur de la Barre , Gouverneur, 0 noflre Lieutenant gênerai en l'If le de la Cayenne , 0 Terre -ferme de b Amérique > fachant que Nous dans les Ijles de l' Amérique, /y ne pouvons, four cette fin , faire un meilleur choix , farce qu'outre la connoiffance qu'il a du fais Cf de fa fil tuât ion, il a toutes les bon- nes qualité ^ neceffaires four s'en acquitter dignement ; ayant aujfi une confiance particulière en f'a valeur, courage , diligence , pru- dence , Cf bonne conduites Cf en fa fidelité Cf ajfettion a noflre fer vice , dont il a donne des preu- ves en diverfes Charges emplois , mefme dans les commandement qu'il a exerce % depuis qu il efl au- dit f ais ; ce qui nous donne lieu de croire quil s'acquittera bien de ce- luy-cy: Sçavoir faisons, que Nous , pour ces caufes , Cf au- tres confdcrations à ce nous mou- vantes, avons ledit feur de laBarre , fait , conjlitué , ordonné, Cf S 6 Relation de ce qui s'efl paflê bly ; faifons 3 confiituons 3 ordon- nons , ($f établirons par ces pre- fentes 3 fignées de nojlre main } no-- tre Lieutenant general 3 représen- tant nojlre perfonne , pour en l'ab- fence dudit fteur de Baas 3 ZA fous jbn autborité , en fa prefence 3 com- mander a tous nos gens de guerre 3 tant de cheval 3 que de pied 3 François 3 $J Etrangers 3 qui font dprejent 3 & qui feront cy -après ejdites ïjles , & païs de ï Améri- que ; enj érable aux Officiers qui y commandent pour Mous , et 1 aux habitant dcfdites Jfles & pays ; comme au fi a nojlre armée navaüe 3 qui y fera envoyée » aux vaif- feaux de la Compagnie des Indes Occidentales j ordonner aux Gou- (fy nos Lieutenant ge- verneurs , neraux y par nous établis auj dites dans les Ijles de /’ Amérique. 57 Ijles , fÿ pays ; Gouverneurs particuliers des Gilles , Places 3 ©r Ports i.QT aux habit ans , e» , tout ce qu'ils auront a faire pour nojlre fervice , exploiter 3 & faire agir nofdites trouppes ©r nof redite armée navalle y mefme Us vaiffeaux de ladite Compagnie des Indes Occidentales , par tout & en la maniéré qu'il verra eflre d propos peur le bien (fy avantage de nos affaires (fÿ fervice 3 & l'ef- fet de nos intentions ; entrer dans les Pays (fj Ports des Ennemis ; affieger ftj faire battre les Forts , Gilles j Chafleaux 3 Bourgs , & toutes les Places qui refuferont de nous obeyr ; y donner affaut 3 les emporter de force , s'il efl pojfble 3 ou les prendre parcompoftion ; com- battre nos Ennemis , tant par terre, C v 58 Relation de ce qui s’efpafê que par mer s leur livrer bataille 3: rencontres 3 ejcarmoucbes 3 (Af faire tous les autres a die s & exploits de guerre que bejoin fera pour le bon fuccês de nos dejjeins ; faire for- tifier les Places qui front réduites en noftre obeyffance 3 y laijjcr des garnifons fufff antes pour leur con- fervation ; faire conduire (fy ex- ploiter des pièces d’ artillerie par tout ou bcfoin fera , & ou. l' importan- te des lieux le requierera 3 ft) éta- blir nofre authoritê dans les pays qui l pourra conquérir 3 affujettir îy) foûmettre d nofre obeyfanco les peuples d’iceux 3 les eonferver par nos forces , faire faire les Mon- tres (Sy Reveues de nofdits gens de guerre 3 par les Commiffaires 3 ft) Controolleurs ordinaires de nos guerres ; ff en leur abfence y en dans les Ifles de t Amérique . commettre d'extraordinaires ; faire 'vivre lefdits gens de guerre en bon- ne police & difciplme , fuivant nos Reglemens & Ordonnances j les faire entretenir & garder invio - hhlement en tous les lieux ou nof- dites armées feront employées 3 faire punir (éf ch a fier Je ver e ment ceux qui oferont y contrevenir ; ordonner les payemens de nos gens de guerre } tant de cheval j que de pied , fuivant nos EJlats s com- me aufft de toutes les autrerdépenfes ordinaires extraordinaires qui feront a faire prés defdites troup - pes ; & expedier toutes les Ordon- nances necejjaires ; $ générale- ment faire & ordonner par ledit fieur de la Barre , en ce que dejjus , circonjlances & dépendances , en ïahfence dudit feur de Baas , ft) éo Relation de ce qui s’ e fl paflé flous flon authorité en fla prefencs 3 tout ce que nous -meflmes ferions 3 où flaire pourrions 3 fl nous y étions pre- flens en perflonne 3 jaçoit que le cas requit mandement plus fpecial quil riefl porté par cefldites preflentcs : Si DONNONS EN mandement a tous nos Officiers dej dites / fies , ffl) Terre-flerme de l’Amérique , aux Gouverneurs particuliers des Ailles 3 Places 3 & Forts defldits Pays j aux habit ans oticeux 3 aux ■ Maréchaux 3 . çy Maiflres de nos Camps Colonels , Capitaines , Chefs 3 & Ofliciers commandans & conduiflans nojdits gens de guer- re 3 Ofliciers de noflre artillerie 3 & autres de noflre dite armée : comme auflî au Lieutenant general , Chefl' déflditss efadres 3 Capitaines de nos vaijjèaux 3 gr autres de noflre an- dans les Ifles de I Amérique. 6 l mée navalle ; enfemble aux Ca- pitaines des vaifjeaux de ladite flompavnle defdites Indes Occiden- tales, de reconnaître ledit fleur de la Barre , éf de luy obeyr çy en- tendre en tout ce qu’il leur com- mandera ft) ordonnera pour noflre fervice , çy pour l execution de nos de (feins y tout ainfi qu ils feraient a noflre propre perforine en l’abfen- ce, comme dit efl, dudit fleur de Baas, y fous flon anthorité en flt prefence : Car tel efl noflre plai- flr ; en témoin dequoy Mous avons fait mettre noftre Seel a cefldi- te s pre fentes. Donné à faint Ger- main en L aye , le premier tour de Février 166 j. & de noflre régné le vingt -quatre. Signe , LOUIS: & plus bas , leTeluhr. LETTRE DE CACHET de fa Majefté , aux Gouver- neurs des ifles. M ONSIEVR, Ayant donné au feur de Baas 3 la Charge de mon Lieutenant gene- ral , pour commander a toutes les trouppes j tant d'infanterie , que de Caojallerie y élans > & qui feront cy- après aux J fie s de 1 Amérique , Terre- jerme , autres Places de ces quartiers- la ; comme au fi d tous les Ojfciers generaux , particuliers étant aufdits Pays, aux hahitans d'iceux ; enfemble d l'armée nanjalle que j'y envoyeray y & aux 'vaijfeàux appartenant d la Compagnie des Indes Occiden- tales : I'ay au mefme temps fait dans les Ijles de t Amérique. 6$ expedier un pouvoir au Jieur de la Barre } mon Lieutenant general en C Amérique , pour en l’abfence dudit fieur de Baas 3 &fous fon au - thoritê en fa prefence 3 commander à mef dites trouppes , tant fur terre, que fur mer j & voulant leur don- ner moyen de fe bien acquitter de’ leur employ 3 & de faire agir uti- lement mefdités trouppes , je vous fais cette Lettre , pour vous dire que mon intention efl , que vous aye% à reconnaître lefdits feurs de Baas , & de la Barre ; & a obeyr audit feurde Baas ; en fon ab . fence 3 & fous fon autbori té 3 en fa prefence , audit feur de la Barre y efdîtes qualité f de mes Lieutenans généraux ; voulant que vous com- *mandief , & foye Z reconnu , tant dedans les If es tenues par nos ar - ^4 Relation de' ce qui s'efl pafê mes j qu'autres ou mes trouppes fe- ront ensemble y comme Colonel d'infanterie s- quhors de celles de vofire Gouvernement, vous fervie% fous les ordres defdits fleurs de B arts, <& de la Barre , du fleur de fkint Leon j Sergent de Bataille en mes armées 3 et 3 f°us ceux du fleur de Clodoré , Gouverneur de la Mar* tinique ; du fleur Du Lyon , Gou- verneur de la Guadelouppe ; & du fleur Chevalier de faim Laurens T Gouverneur de faint Chriflophe , comme plus anciens Colonels r que lors que mefdites trouppes fe- ront employées , agiront dans l’Ifle de Marie- Galande , ou vous commande % , fit pour la défen- fe d'icelle , ou autrement , vous sbeyljle % feulement aux ordres àef- dits fieurs de Baas } & de la Bar ~ dans les J fie s de t Amérique. 6$ re commandiez à tous autres ; ' vous afeurant que les ferviccs que 'vous me rendrez dans les occafons qui s en offriront , me feront en pa- re die considération. Sur ce , ie prie Dieu qu'il vous ait en fa fainte garde. Ecrit d faint Germain en Laye , le premier lourde Février 1667. Signé, LODIS : & plus tas, le T el l 1 er. L’on ne (c contenta pas de cela; car comme Ton avoir eû avis d’Angleterre, à la Cour de France, qu’il s’y preparoit un puiftànt fecours pour l’Ameri- que , fa Majefté refolut de ne pas abandonner ce pais , & d’y envoyer des forces fuffifantes, pour relifter , & poui deftrui- rej s’il fe pouvoir, celles qui y arriveroient d’Angleterre. A 66 2{elation de ce qui s’eftpapê cét effet, les ordres furent ex- pédiez pour tirer vingt Com- pagnies d’infanterie, des vieil- les trouppes du Roy , des Pla- ces & garnifons voilïnes de la Rochelle, & les faire marcher en cette Ville, pour eftre em- barquées fur huit vaiffeaux de guerre de là Majefté,que Mon- sieur l Admiral eut ordre de dé- tacher de l’armée navalle; èc le fieur Colbert du Terron , In- tendant general de la Mari- ne , de pourvoir de toutes les chofes neceffaires pour cette entreprife, le tout devant eftre conduit ôc commandé par le lîeur de Baas , ancien Lieute- nant general des armées de fa Majefté : Et comme les Di- redeurs de la Compagnie des dans lesljles de l’émeri que. 67 Indes Occidentales appréhen- dèrent , avec quelque raifon, que ce fecours ne fut pas fi- toit preft qu’il auroit efté necefiai- re pour laconfervation du païsj les avis d’Angleterre portans que les vaifieaux commandez pour les Antilles , étoient .prefts pour faire voile-, ils en- voyèrent ordre aux Directeurs particuliers de la Rochelle , de faire incefiamment partir trois vaifieaux quarrez de trente 2 trente- deux pièces de canon, avec une flûte de huit pièces qui s’appreftoient en ce lieu., & de les charger de toutes les armes , vivres , & munitions qui avoient efté demandées par le fieur de la Barre , ordon- nant mefme d’y faire embar- éB Relation de ce qui s’ejl pajüê quer vingt milliers de poudre,' outre l'armement des vaifleaux, & force boulets & grenades? ce qui fut exécuté à l'exception de la poudre , dont le manque a penfé çaufer la perte de tou-* tes les llles. Ils envoyèrent en rnefnié temps ordre en Hollande , de faire depéciier une grande flû- te en Norvegue, pour y char- ger des mats , planches de fap, bray , goudron , & autres cho- fes neceflaires pour le radoub des vaifleaux., & ce que le ficur de la Barre leur avoit deman- dé. L’on peut dire avec railon, que cette prévoyance fut le fa- lut de la plus grande partie de leurs navires. dans les Ijles de ï Amérique. 69 CE QVI SE PASSE EN Angleterre , (*r les ordres qui y jurent donne % pour le jeeours des Ifles Angloijes de \ Améri- que. Chapitre XXVIII. P Hndant que cesproui- fions fe faifoient du cotfé de France , l’Angleterre nede- meuroit pas les bras croilez : & fi toft que l’on eut avis cer- tain de la perte du Millord FrançoisVviloughby,car on en douta encore , quelques mois apres Ton naufrage ; Sa Ma- jefté Britannique refolut de. faire palier en ces pais > le Md - or.d Guillaume Vviloughby 7 o Relation de ce qui s'efîpajïé fon frere, avec quatre fréga- tes de guerre , & le Régiment du Colonel Breifeis, pour luy donner moyen de reconqué- rir ce qui avoit efté pris fur luy par les François : mais comme elle crut que ce fecours ne feroit pas allez toft preft pour empecher les François de continuer leurs progrez , elle ordonna que l’on fit partir en toute diligence les frégates, le Colcefter, ôc IaBonne-avantu- re ; la première de quarante, & l’autre de cinquante pièces de canon, avec les navires , la Co- ronarien de cinquante- deux pièces , le Oueft-Inde Mar- chand; lelean Thomas, & le QuaKers , tous de quarante à quarante-deux pièces, lefquels dans les IJles de 1 ‘ Jmerique. 71 curent ordre de mettre mcef- famment à la voile , chargez d’armes & munitions de guer- re, fans attendre les trouppes, ny le Millord Vviloughby ; ce quelles firent dans la fin de Janvier 166 7. ORDRES DONNEZ dans les I fie s Franço'tfes fur les nouvelles des préparatifs qui fe faifoient en Angleterre. Chapitre XXIX. C Omme ces chofes fe paf- foient en Europe , le fieur de la Barre , qui avoit eu avis, comme nous avons dit du pre- mier fecours qui devoit par- tir d’Angleterre , jugea, iiiv^ yz Relation de ce qui s’eflpajîé portant de le combatte , avant qu’il fût arrivé à la Barbade, de qu'il eût joint f armement qui s’y falloir pour le fcc ours de Nieues. Pour cét effets il fit mettre en état les navires , le Lys , la luftice , le Florifiant , le Paint Chrifiophe , les armes d’Angleterre la Vierge’, de l’Hirondelle , pour aller atten- dre ce fecours fur l’avenue de la Barbade , du collé d’Euro- pe : Et comme il manquoit d’hommes , de de munitions pour les mettre en état d’exe- cuter cette entreprile , il fit embarquer deux cens hommes de PoitoUjdelfus ces bâtimens, de manda au fieur de Clodoré d’y fiire embarquer au moins cent cinquante volontaires de j fon dans les Ifles de Y Amérique. 7$ (on Iflc , pour en renforcer l'ar- mement luy écrivant de faire fournir à ces vaiffeaux trois milliers de poudre , des fix qu’il avoir retenus de celle du Roy; &c que pour les gens de fon Gouvernement, qui sera- barqueroient outre la fubfî- ftance, ou ils auroient la part au butin , ou la folde à raifon de quinze francs par mois. Il avoir eu penfée de s’embar- quer fur cette petite flotte pour cette expédition : Mais les démélez arrivez dans faint Chriftophe., entre les Officiers des trouppes du Roy , & le Chevalier de faint Laurent, auquel les Officiers de ce Corps avoient efté obligez de cé- der le commandement, depuis D 74 Relation de ce qui s’cfl pajïê 1’arrivee des provifions du Roy , de Gouverneur , qu’il avoic receuës ; ce qu’ils n’a- voient fait qu’avec beaucoup de peine & de chagrin, 1 obli- gèrent à relier dans cette Ifle; ce qu’il fit , afin d’empecher que cette divifion ne pafiaft des Officiers aux foldatSj & du Gouverneur aux habitans , & ne formait comme deux par- tis dans l’Jlle, d’ou il euft pu naillre quelque defordre con- liderable. Cela étoit d’autant plus à appréhender , que le Heur Sanl’on , l’un des Capitai- nes de Navarre, avoiteû allez d’imprudence & d’emporte- ment , pour faire une efpece d algarade auChevalier de faint Laurent, dans i’Eglife, la veiN dans les Ifles de l'Amérique. 75 le de Noël , ôc qu’il s etoit nou- vellement emporté à cét ex- cès , qu’affiftant à la grande Meffe, avec le fieur de li Bar- re, de faint Leon , & de Cham- brey, il avoit efté arracher le panier du Pain- bénît , au Mar- guillier , & en étoit venu luy- même diftribuerà cous les gens de quelque marque qui é- toient prefens , paflant devant le Chevalier de faint Laurent avec derifion , fans luy en of- frir , ny prefenter -, ce qui avoit obligé le (leur de la Barre de l’arrefter luy- même au fortir de l’Eglife } & le faire embar- quer dans un de fes navires : de lorte que fe voyant contraint de fe priver de la fatisfaétion d.’ aller à cette entreprife, il s’at- Dij •j6 Relation de ce qui s'ejî pajïé tacha à faire partir en toute di- ligence fes vaifleaux , qui mi- rent à la voile les derniers iours de Février. Ils ne pouvoient encore eftre devant la Martinique^ quand il arriva une barque de laGuade- louppe, depéchée par le heur du Lyon , Gouverneur de cette lfle , qui luy apportoit les let- tres & dépêchés qui s croient trouvées dans une prife An- gloife amenée en ce lieu par le Capitaine la Glace Flelïingais: par leur leéture., il apprit que les fix navires partis d’Angle- terre , en Janvier, étoient arri- vez à la Barbade., où l’onat- tendoit deiouràautre leMil- lordVvilrughby, venant d’An- gleterre avec quatre fregattes dans les Ijles de /’ Amérique. 77 du Roy ; elles afleuroient ceux de Nieues, qu'en cas qu’il ne lût arrivé le zj, de Mars , que ce jour-la il partiroit une flotte pour leur fecours , eompofée de onze bons navires, le moin- dre de trente pièces de canon, & d’un brûlot , qui feroient en état de faire changer la face des affaires , & de. les rendre maîtres delà mer , fans contre * dit , & les mettroient en état de tout entt François. Ces nouvelles firent chan- ger tous les deffeins, & ayant mis beaucoup d’épouvante dans les efprits de ceux qui é- toient à faint Chriftophe, o- bligea le fieur de la Barre , dans une affemblée du Confeil ge- D iij eprendre contre les yS Relation de ce qui s' ejl pajïê neral des Officiers des ttoup- pes j & des habitans., de donner les mains à une proportion qu’ils firent de rappeller tous les navires François en leur radde, 8c de mettre les cliofes en état, par des batteries de ter- re, de les y eonferver , contre l'effort des Ennemis : il jugeoit bien l’ablùrdité de cette propo- rtion, mais s’agiflant de rafleu* rer les efprits , il y acquiefça fans conteftcr, leur difant .au contraire, qu’il croyoit non feu- lement leurs forces fuffifantes pour garantir leur Ifle , mais àuffi pour défendre la flotte Fra-nçoifèi & pour les encoura- ger davantage , fit fa depéche en leur prefence , 8c donna or- dre au Capitaine du petit na- dans les Ijles de l'Amérique. 79 vire le Soucy , de partir incef- fammcnt pour Tallet porter aux vaiffeaux , qui dévoient eftre arrivez à la Martinique , auquel il dit feulement à l’oreille, d’or- donner de fa part aux Capitai- nes , d’en différer l’execution pour deux jours, ôeainfi fepara ce confeil fort encouragé -à O bien faire, & beaucoup moins épouvanté de l’approche des Ennemis, qu’il n’étoit aupara- vant, qui fut un coup de pru- dence 8e de jugement, dont les confequences n’ont point be- foin d’eftre expliquées : En fui- te, il envoya quérir le Maître du petit brigantin l’Emerillon, bâtiment tenant bien le vent, 8c bon de voile, luy ordonnant àc fe tenir preft pour partir D iiij 8o \elanon de ce qui s'efl pajïê au premier commandement. Le lendemain matin , il fit affembler les fleurs de faint Laurens , faint Leon , la Noüe, laBoilfiere, Dorvilliers, & de Chambrey , aufquels il remon- tra qu’il n’y avoir aucun lieu dans la radde de faint Chrifto- phe , où les vaiifeaux puffent eltre le moins du monde dé- fendus des batteries de terre; qu'il n’y pouvoit faire venir la flotte fans eltre, pour ainfi dire, alfeuré de fa perte; outre que- tant obligez de détacher des hommes pour fa défenfe , ce feroit autant affoiblir les po- lies de fille 3 qu’il faîloit gar- der que les Ennemis l’ayant une fois battue , feroient en état de tout entreprendre y juf- dans les Ijles de /’ Amérique. 81 ques aux moindres defeentes,* au lieu que s’ils la fçavoient au vent d’eux, en état de leur tom- ber à tout moment fur les bras, ils feroient obligez de fe tenir toujours en corps , de peur d’une furprife , & n’oferoienc entreprendre de les attaquer qu’aprés de grandes précau- tions ; & leur découvrant la rai- fon qui luy avoit fait donner les mains au eonfeil du iour precedent j conclut qu’il falloit envoyer ordre aux vailfeaux de fe retirer à la Martinique, de renvoyer à faint Cliriftophe les trouppes de Poitou, & à tous ceux qui étoient en radde , d’y aller pareillement. Apres avoir oiiy fes raifons , ils y donnèrent tous les mains, D y Si Relation de ce qui s’efl pajïé & le brigantin fut depéche avec fes ordres , & particuliè- rement celuy de faire revenir la fregatte , les armes d’Angle- terre, pour rapporter les troup- pes à faint Chriftophe , d’où tous les vaifleaux François é- j tans en rade , mirent à la voile fans delay ; mais le vent & la marée les ayant gourmandez aufli-bien que les fept partis pour aller en courfc, trois relâ- chèrent au bout de dix ou dou- ze jours , fçàvoir le Floriflant: le premier , qui apres s’eftre pourveu d’eau , remit à la voile au bout de deux jours, & fe ren- dit à la Martinique ; le faine Jean de Nantes , & le Lyon d’or j flûtes, qui pour n’avoir pas fait pareille diligence , fu- dans les If es de l' Amérique. 83 rent furprifes en radde parles Ennemis, Le fîeur de la Barre e'crivit au fieur deClodoré , parle bri- gantin , qu’il luy envoyoit cous les vaifTeaux de la Compagnie, à. l’exception des armes d’An - gleterre , qu’il gardoit pour le porter au premier joui* en Ton J fie ; qu’il tint cependant eon- feil avec tous les Capitaines, pour voir en quel lieu ils fe re- tireroient ou du Carénage , ou delà radde du Fort faint Pier- re, & qu’aprés la refolurion pri- fe , on prit toutes les précau- tions pofïibles pour leur defen- fe , au lieu où ils fe feroient re- tirez , puis que de ce foin dé~ pendoit une partie dufalutdc toutes les lfles, D vj $4 Relation de ce qui s'ejïpajié Ces ehofes ordonnées x il s'attacha à faire achever de charger les fiâtes, le faint Mi- chelle Chafieur , & l’Afriquai- ne;en forte qu'il les fit partir pour France, & la Bergere pour Hollande, le n. de Mars: ce- pendant les armes d’Angleter- re , & le brigantin arrivèrent avec les hommes détachez de Poitou y qui mirent ce Corps en état de former un bataillon de prés de trois cens hommes, êc qui furent poftez & campez entre Navarre , & Norman- die. Comme ces ehofes fe paf- foienràfaint Chriftophe, tous les vaiffeaux François qui ené- toient partis , dont la plu (part avoient couru jufquds à la Gre- t htm les Ijles de l y Amériques S f nade, hors les deux flûtes donc fa y parlé arrivèrent à la Mar- tinique j où le fleur de Cto doré Ht tenir un confeil, compofé de tous les Capitaines des na- vires , pour délibérer du lieu que l’on choifiroit pour la re- trait ted es vaiflfeaux -, le&avis fu- rent differens, les uns étoient pour la radde du fort faint Pier- re , & les autres pour le Caré- nage: les raifons des premiers étoient que cette radde étoit bonne, de difficile accès , & qui pouvoir recevoir un grand re- cours des batteries de terre., puis que les vaiflëaux en pou- voient eftre approchez à un jet de pierre ; en forte qu’ils ne croyoient pas que les Anglois euflent une flotte capable de Î6 Relation de ce qui s'ejl paJÜé forcer ce qu'ils croient de vaif- feaux fous cette defenfe - y que l’on devoir confîderer qu’ils étoient au commencement de la guerre , que fi bon mettoic les vaiffeaux dans le Carénage, lieu reconnu pour très- mal la in , la plufpart de leurs équi- pages venant à mourir, com- me il arrive tous les ans aux vaiffeaux qui s’y retirent dans la faifon des Houragans , ils ne feroient plus en état de pou- voir fervir dans les befoins que l’on pourroit avoir de leurs fecours ; que de deux mauxj il falloit éviter le plus certain; qu’il n’y avoir nulle apparence que les Ennemis les deuffent venir chercher à la Martinique, toutes leurs penfées tournant dans les Ijles de V Amérique. 87 fur faint Chriftophe & quand ils le feroient , il y avoir lieu d’efperer qu’ils les batteroienr, au lieu que dans la retraitte du Carénage, la perte de leurs é- quipages leur étoit certaine & affeuréeiCeux de l’autre avis di- foient, que travaillant à faire des batteries aux endroits pro- ches du Carénage , & difpofant un bâtiment , a eftre coulé bas dans la palTe des vaiffeaux , le lieu e'toit inaccelhble aux for- ces Ennemies j & qu ainii il fal- loit preferer la feureté des vail- feaux , aux maladies & morta- litez qui pourroient arriver aux équipages , que l’on pourroit peut-eftre empêcher, les reti- rant de l’oifivetéj & les faifant travailler aux batteries & pla- gf Relation de ce qui s’ejl JtaJîé tes - formes qu’il falloit faire pour la défenfe de ce lieu : Le fleur de Clodorè penchant à cét avis, il prévalut, & les na- vires s’allerent mettre dans le Carénage , où le terrain fut di- llribué aux équipages de cha- cun des vailfeaux , pour tra- vailler aux. défenfes neceflai- res. Le heur Blondel y avoir tra- cé un Fort, auquel travailloient une centaine de prifonniers Angloisj mais la foüille fe trou- va de telle nature qu’il fallut abandonner l’ouvrage , les vi- fîtes & ordres qu’il avoir don- nez dans les autres Illes n’ayant pas eu un meilleur fuccés hors la Grenade , où il s’eft bâty un. petit réduit. Pendant que le dans les Ijles de F Amérique. 89 mois de Mars s’écouloit , il ve* noie à faint Chriftophe di- vers avis , qu’il e'toit party de Zelande une efeadre de vaif- feaux de guerre pour 1 Améri- que , &: qu’il y avoit à la mer des croifeurs de cette nation allez forts:,ce qui tenoit le fleur de la Barre fort al erte dans la penfée de profiter de l’occa- fîon du moindre renfort le faifoit difpofer a quitter faint Chrifl;ophe,pour aller à la Mar- tinique, au moment qu’il pour- roit y eftre utile y rendre quelque fervice conflderable; Les chofes. étoient en cet e'tac en toutes les lfles , lors que le z. Avril , il arriva à faint Chriflo- pheun navire FlefTingois, qui apporta nouvelle au Leur de fo Relation de ce qui s*efl pajîê la Barre j deslfles delà Matini- que.,&: de la Guadelouppe, qu’il y avoir plulîeurs navires Ho- landois , armez en guerre , tant efdites Ifles , que vers la Barba- de 5 & comme il avoir eû avis que quelques fregattes An- gloifes croifoient vers l’avenue d’Europe, à la Martinique , ôc qu’il fçavoit d’ailleurs que la flotte Angloife devoit tous les jours arriver à Nieues , il creut de la derniere confequence de fe tranfporter à la Martinique, pour raflembler la flotte des vaifleaux de la Compagnie des Indes Occidentales ;• & les joi- gnant, avec quelques Navires Hollandois , Faire telle aux En- nemis • ce qu’il avoit jufques à ce temps différé de faire. dans les Jjles de t Amérique. 91 n’ayant pas crû devoir quitter faint Chriftophc dans la di- vifion qui regnoit entre les trouppes, & les habitans, ayant donné ordre à Ton embarque- ment pour le lendemain ma- tin j dans la petite fregatte ^ les armes d’Angleterre qu il av oit refervée exprès. DEPART DV SIEVR delà Barre 3 de feint Cbriftophe , çrr fen combat contre la jregat- te le Colcejler. Chapitre XXX. L E 3. à la pointe du jour , il eut avis qu’il paroiffoit de- vant le Fort de Nieucs , une grande fregatte , qui ayant fait 5>i Relation de ce qui s'eft pafîê les f gnaux de reconnoiffance, avoit tiré plufieurs coups de canon de falut , & en avoir re- ceu de même ; ce qui obligea plufieurs des Officiers & prin- cipaux habitans de l’iflejde s'ef- forcer à le difluader de s’em- barquer : à quoy il ne put don- ner les mains étant certain que dans la grande apprehen- fion où chacun étoit du feul nom de fregatte Angloife , la moindre aétion de timidité de fa part , mcttroic une épouven- te univerfelle dans les efpritSj, où la divifîon avoit déjà jette de l’alteration : De forte qu’il crut eftre plus avantageux an fervice de courir la rifque d'un périlleux combat , que de donner aucun lieu de croire I dans lesljles de l’Amérique. 93 que la prefence de l’Ennemy fut capable de l’épouvanter, ny de faire changer une refolu - tion qui avoir efté jugée ne- ceffaireau fervice. Pluneurs le confeilloient de s’embarquer de nuit ; mais comme il crut que cette fregatte pouvoir eftrefuivie de quelques autres, il eftima plus à propos de paf- fer la pointe de Nieues de jour, afin de découvrir devant foy, que de hazarder à fe jetter de nuit au milieu des vaiifeaux des Ennemis ; ce qui fit qu’il mit à la voile fur les deux heu- res après midy , emmenant a- vec luy le fieur de la Noue, Ca- pitaine commandant le Régi- ment de Navarre , qu’un grand demélé pour le commande- 5? 4 'Kjîation de ce qui s'ejl pajlé ment , avec le fleur de faint Leon , ne permettoit pas au fleur de la Barre de lai lier à faint Chriftophe , fans les ex- pofertous deux. Il ferra le vent , rengeanc la pointe des faiines de faint Chriftophe , & approcha à de» mie lieue des vailfeaux Enne- mis , fous la radde de Nieuës. Il reconnut la fregatte qui e- toit arrivée le matin , elle luv parut grande ôc toute neuve, larguant en fuite pour doubler la pointe de Nieuës., avec fon brigantin , & une barque qui l’accompagnoient ; il la dou- bla fans que les Ennemis fif* fent aucune mine de le vouloir fuivre -, mais lors cette fregac- te appareilla en un moment dans les Ijles de /’ Amérique. 9 f avec deux barques Ennemies, luy donna chafie , toutes Tes voiles hors. Il connut bien d’abord qu’il falloir neceflairement combat- tre , quelque inégale que fût la partie, fon navire n étant que de cent vingt tonneaux , mon- té de cent dix hommes, & de vingt- quatre pièces de canon: & celuy des Ennemis paroif- foit de plus de quatre cens ton- neaux , & au moins de quaran- te - quatre , ou quarante - huit pièces de canon : Etant donc refolu à faire ce qui fe doit en de pareilles occaiions , il don- na les ordres necefiaires ; & par un petit difcours, fit connoî- tre'afes gens qu’il falloit vain- cre ou mourir, fans qu’il y eût S)G Relation de ce qui s'ejlpafîé d’autre party à prendre: un Vo- lontaire de fa trouppe luy dit lors, qu’en une pareille occa- sion le Lieutenant general Vvi- loughby , fe voyant preffé par nos vaiffeaux , avoir quitté ion navire , & s’étoit fauve dans une barque ^ qu’il avoit fon bri- gantin proche, & que cette re- traite luy étant également fa- cile & avantageufe , il ne de- voit pas négliger une occafion fi favorable. Le Leur de la Bar- re luy répondit fièrement, qu’il n’étoit pas le Lieutenant gene- ral Vviloughby , & en même temps cria au brigantin de larguer, & de fe fauver à faint Chriftophe, commandant aufîi de coupper l’Amarre de fa cha- louppe qui étoit à la touë, tant pour dans les Ijles de l' Amérique. 97 pour ofter aux fîens toute efpe- rance de fe fauver par une au- tre voye j que par la victoire, que pour donner un manie- ment plus libre à Ton petit vaif- feau : après quoy il prit chaffe larguant une brade d’efcou te, pour éloigner les Ennemis de leurs terres , ôc pour avoir plus de temps pour fe préparer au combat. Lafregatte Angloife, quié- toit des meilleures voilieres,fut en moins de trois heures à bord: comme elle eut approché dallez prés, fur les neuf heu- res du foir , les Ennemis criè- rent de la voix -, D’où eft le na- vire : mais il ne leur fut fait de réponfe que par deux coups de canon de l’arriere , aufquels II. Partie. E 98 Relation de ce qui s'efl paflé il ne fut point répondu de leur part ; mais toutes voiles hors , ils vinrent pour aborder les ar- mes d’Angleterre par le travers; j ce qui donna lieu au fieur de la Barre., de craindre que lafre- gatte Ennemie ne le coulât bas fous elle, par le grand avantage quelle avoit fur fon vaifTeau : pourl’éviter, il commanda auPi* lote d’arriver promptement ; ce qu’il fit , & par ce moyen il é- vita l’abordage qu’il craignôit; en forte que le navire Ennemy ne put l’aborder qu’en coulant, fon beau pré paflant le long de fes hauts bans d’Artimont, ôc perçant la grande voile. Dans ce moment il fiit faliié de tout le feu de fa moufqueterie, qui fut très- grand & de fort dans les Ifles de /’ Americjue. 99 prés : Ilavoit donné ordre, que Tes canons de bas fulTent char- gez de double charge, & qu’ils ne tiraflent qu a l’eau ; ce qui fut bien exécuté , tandis qu’il efîuyoit le feu des Ennemis , à la faveur duquel plufieurs fauterent aux portes , hauts bans , & aux efcottars -, les Vo- lontaires, & fàmailon, quié- toientavec luy fur la chambre, firent leur devoir , de les re- pouflfer à coups d’épées , 6c de piftolets : il étoit au milieu du Château d’arriere , appuyé fur la lice , le fufil à la main , ani- mant par fes paroles & par fon exemple, des gens déjà bien in- tentionnez , eftimant que dans le petit nombre qu’ils étoient , il ne devoir pas s’épargner plus E ii oo Relation de ce qui s' eflpajïé que le moindre foldat : Ce fut en combattant dans ce polie qu’il fut bielle de deux mouf- quetades, l'une à la cuilfe, & l’autre qui luy perça la main droite en deux endroits, qui le mirent hors de combat -, fes habits furent encore percez de cinq autres, qui ne le touchè- rent point: Ses blelfeures l’o- bligèrent de defeendre fur le pont , où le bruit de fa mort a- voit déjà ébranlé plufïcurs fol- dats qui fe retiroient vers le Corps de Garde, &vers lesef- coutiles mais la prefence, & la vigueur & conduite du lieur Coulombier,Lieutenant auRe- giment de Poitou, qui les corn- mandoit, leur firent bien toit reprendre leur polie, & fe ran- dans les Ijles de /’ Amérique, io ger le long du bord, où ils fi- rent à bouc , portant plufieurs décharges de moufqueterie fur les Ennemis j qui étoienc furie beaupré, dans l'éperon, & furie Château d’avant de la fregatte Ennemie , en difpofition de fé- conder ceux qui s’attachoient aux manœuvres du navire Fran- çois j le commandement que le fieur de la Barre avoir fait, de ne point tirer qu’aprés qu’ils fe- roient abordez ayant fort bien reüffi : Cependant le fieur de la Noue répondant à ce que l’on devoit attendre defonex- perience & de fon courage., prit fa place fur le gaillard , 5c tua de deux coups de piftolets., un des Officiers Ennemis, qui du beau pré,vouloit fauter dans E iij loi Relation de ce qui s’ejl pajüê fon vaiffeau ; en fuite dequoy, luy , & les fieurs Picot du Char- nay, De Boilevé, Bardet, de Rouvelct , Benoît, Perreau, & tous les domeftiques du fieur de la Barre , repoufTerent vi- goureufement les Ennemis le- pée à la main , qui furent tuez, ou contrains de rentrer dans leur bord, apres une heure de combat opiniâtré , avec perte de grand nombre des leurs. Le vaiffeau ennemy dérivant fon beaupré , ayant rompu la grande voile du François , le prolongea , & tira plufieurs coups de canon fur luy , qui ne firent pas grand effet } puis fon arriere-étant tombé fur l'avant par le moyen de la dérive , bri- fa fon avantage , & emporta dans les Ijles de /’ Amérique. 10 } fon beaupré : En ce même temps , les Ennemis firent une fécondé falve de leur moufque- terie , & de tout leur canon chargé de cartouches & de bal- les à deux telles , dont ils mi- rent en un inftant trente hommes hors de combat ; ils jetterent force pots & lances à feu qui le portèrent dans la mi- fenne, & lattacherent au mats d’avant du navire François : le Capitaine Bourdet,qui le com- mandoit , & qui a palfé en cette occafîon tout ce que l oi^pou- voit attendre d’un brave & ex- périmenté homme de mer, voyant le mal que faifoit le Château d’ariere des Ennemis, après avoir fait éteindre le feu de fes voiles,& de fon mats, prit E iiij 104 Kelavion de ce qui s’eft pafïé luy-même la mèche d’un fol- datj& mit le feu aux quatre piè- ces délavant, chargées de bal- les de moufquet& déballés à deux teftes^ce qui fit ceffer l’ef- fort des Ennemis: Pendant que fa batterie baffe continuoit de tirer à l’eau, avec tant de furie 8c de vigueur, que les effets firent bien toff connoître , que de ce foin dépendoit un des plus feurs moyens de fon falut, les Ennemis ne laifferent pas de fe prefenter une fécondé fois fy: leur Château dariere, pour fauter dans fon avant -, mais toutes les trou pp es* ani- mées par la voix du fleur de la Barre , ayant fait leurs déchar- ge#, soppoferent une troi- fiéme fois à eux lepée à la dans les Jjles de l’Amérique, ioj main , avec tant de vigueur & de refoiution , qu’aucun ne mit le pied dans Ton vailfèau, le- quel dérivant peu apres, débor- da celuy des Ennemis. On les vent, &c cette première en é- toit d’environ une portée de fufil., lors que le grand mats de celle des Ennemis , chargé de toutes Tes voiles > tomba à, la mer j ce qui ayant excité un E v 106 Relation cle ce cjui s’ejl pajïê grand cry dé joye dans le vaif- beau François , fit que*iîx ou fept perfonnes feulement vi- rent la fregatte Angloife s’en- foncer par l’avant , & couler bas en un moment. Le fieur de la Barre n’avoit point de chalouppe,& étoit fous le vent, 6c ainfi il luy futimpoffible de fauver aucun de ceux qui mon- toient ce vaiffeau nommé le Colcefter, quiétoient au nom- bre de trois cens hommes. Pendant tout ce combat, le heur de la Barre refta fur le pont,alïis fur un matelas rédou- blé , & appuyé contre le bord du navire , prefque nageant dans Je fang , qu’il perdoit de fes blelfeures ; mais il falloir que {àprefèncefbûtintla refo- dans les Ijles de l’ Amérique. 107 lution des fiens , & fervift de balance aux grands avantages que les Ennemis avoient fur luy j aufli n’hezita-t-il pas à preferer le foin de fa vicb&ire, à celuy de fa vie , qu’il aban- donna aux Chirurgiens apres que l'on eut veu le grand mats des Ennemis tombé. Ce combat étant de la nâtu- re de ceux où la feule valeur le peut emporter fur la force Ôt fur le nombre , il fufïit que l’on fçache le nom de ceux qui y étoient j pour leur donner tou- te la gloire qu’ils méritent : Le fleur Picot de Charnay y fut tué , furpaflant ce que l’on recite des plus braves -, le fieur de Boiflevé y receut une bleffeure mortelle , le fieur des Evj 108 Relation de ce qui s'ejl pajïé Lauriers , Maître d’hoftel du fieur de la Barre , & deux de Tes domeftiques, y furent bleflez , ainfi que le Pilote du navire , à moft : un Caporal, un Sergent, & deux foldats de Poitou , y furent tuez • le vallet de cham- bre du fieur de la Noue, un ca- nonier, & trois matelots ; & *•*«■*• foldats, que 1 cutpenféle il fit appeller fa chambre , t de fon vaif- mupar ladef- en fit , qu’il vent , le Beaupré étant empor- té , le mats de Mifenne fort en- dommagé, toutes les voiles ne pouvoit gagner les Ifies du dans les lp.es de l’émeri que. io d’avant, ou brûlées ou déchi- rées de coups de canonja gran- de voile en fort mauvais état, & la plufpart des hauts bans couppez -, il luy commanda de mettre à la cape , pour fe rac- commoder , & tâcher de rega - gner la pointe de deiïous le vent de faint Chriftophe ; ce qu’il s’eflForçoit de faire , lors qu’au point du jour, l’onap- perceut du haut des mats onze voiles Ennemies , razans la pointe des falines de faintChri- ftophe , ôc faifant leur routte pour gagner Ja radde de cette lfle : elles étoient trop avan- cées., pour que le lîeur de IaBar- re pût joindre la terre avant qu’elles l’euffent couppé > ce qui l’obligea de donner ordre iio Relation de te qui s’ejl pajïé de faire vent arriéré , pour ga- gner l’ille de fainte Croix , afin d’y faire raccommoder fon vaifTeau,&: fe faire traiter de fes blefieures. II. courut tout le matin a- vec bon frais, & fur les deux heures fa garde apperceut un vaiffeau au vent,à environ trois lieues , qui luy donnoit chaffe: la chofe rapportée au fleur de la Barre, il fe fit lever , 8c apres l’avoir confideré, & qu’il luy eût paru fort petit, il donna les ordres neceffaires pour fc pré- parer au combat ; les chofes é- toient prefque en état , quand le fleur de la Noue le vint trou ^ ver à fon lit, & luy dit qu’il é- toit d’avis que l’on mit cofté en travers pour attendre ce bâ- dans les Ijles de riment, jugeant de fe battre de y tendre la nuit -, le Capitaine Bourdet fe trouvant de ce fen- timentaulfi-bien queluy , l’on fit carguer les baffes voiles , & mettre codé en travers^ ce qu'é- tant apperceu du navire qui les chaffoit , il tint le vent , & fit la routte , lailîànt faire la fienne à la fregatte Fran- çoife. l'émeri que. ni plus à propos >ur , que d’at- kAKKIVZIE dv s/evr Chapitre XXXI. E fieur de la Barre arriva à fainte Croix, le 5. A- vril , ou il trouva le fieur du Bois , Gouverneur de cette Ifle, fous les armes , & en état & en refolution de refiler aux En- nemis j fi ion vaifTeau, &une flûte de la Compagnie, qui fe fauvoit de fàint Chriftophe , êc parut en même temps que la fregatte., fe fufTent trouvez An- glois ; n’ayant rien obmis de d'où il depécheen France : & [on départ de cette Jjle , pour U de la Barre , a fainte Croix n \ 1 1 / i ' dans les Ijles de l' Amérique. 113 tout ce qui pouvoir fervir àfa- vorifer les liens dans la défe'n- fe d’une defcente , & de ce qui pourroit nuire aux Ennemis, lors qu’ils entreprendroient de la faire : mais comme ce Gou- verneur a autant de prudence , que de vigilance, il avoit bien préveu que le nombre d’habi- tans qu’il avoit, en état de por- ter les armes, ne feroit pas fufïi- fant pour refifter aux forces des Anglois , s’ils formoient une entreprife confiderable fur fon Ifle ; ôc pour favorifer la refo- lution qu’il avoit prife de dé- fendre jufques au dernier poul- ce de fon terrain , il avoit , au milieu des bois, préparé , de- puis fïx ou fept mois , une re- traite où il avoit faitamaflcr U4 Relation de ce qui s'ejî pafîc des vivres du Pais, & difpofé un-lieu pour y nourrir des be- ftiaux, & en même temps a- voit fait coupper toutes les a- venuës de cét endroit, & aba- tre des arbres dans ceux où le bois n étoit pas affez épais -, en forte que vingt hommes, connoiflants les routtes, & le pais , pouvoient en arrefter cinq cens fur le cul , en tous les lieux où le paffage étoit le plus, facile. Ce't Officier fut fort furpris, d’apprendre que le fieur de la Barre étoit dans ce navire , & encore plus du combat qui fe venoit de donner : il ne fe con- tenta pas d’en témoigner fa- j oye -, mais avec un zele & une charité extraordinaire , il vou- dans les Jjles de ï Amérique, iij lut opiniâtrement que le lîeur de la Barre allât fe Faire traiter chez luy , il fit fervir la maifon de retraitte à tous les Officiers, & Volontaires , tant fains, que blelfez , & donna Tes Foins à ce que jufques au moindre fol- dat, matelot , aucun ne man- quait des chofes necelTaires à la vie , & utiles pour la cure de leurs blelTeures : il fit plus j car il prêta Ton brigantin au fieur de la Barre , pour le depécher à faint Chriftophe , pour y por- ter de fcs nouvelles , mandant au lîeur de faint Laurent, d’en- voyer aux autres Illes, & faire rendre fes lettres à tous les Gouverneurs , aufquels il écri- voit , & qu’il jugeoit à propos qui fulTent promptement in- li 6 Relation de ce qui s’ e fi p a fié formez , que fes ble fleures é- toient fans péril, & qu’il feroit bien toft en état d’aller parta- ger le péril & la gloire de la dé- fenfie de leurs lfles, avec eux: il receut , peu de jours après fon arrivée, des nouvelles delaint Chriftophe , par lefquelles on luy mandoit que la flotte en- nemie., compofée de onze fre- gattes , étant venue le matin du 4. à la pointe du jour , rangeant les terres de cette Ifle, avoir attaché un brûlot, à un navire Flamand ^ qui étoit àlaradde de la bafle-terre ; & apres l’a- voir canoné trois heures, l’a- voir brûlé , ainfi qu’une flûte de la Compagnie , nommée le faint Iean , qui n’avoit pu fe retirer fi promptement , que le dans les Ijles de /’ Amérique, wj Lion d’or j qui avoir fuy , & s’é- toit fauve par lèvent de. .rifle: Que c’étoitoù l’exploit des En- nemis s’étoit borné , une autre flûte de la Compagnie s’étant fauvée en la mêmelfledefain- te Croix $ & un vaifleau Fla- mand, qui étoitàlaraddedela pointe de fable , s’étant pa- reillement échappé de leurs mains * que leurs vaiffeaux é- toient grands, de qu’il y avoir deux fregattes de cinquante pièces de canon, deux de qua- rante-quatre à quarante huit ; le refte, depuis trente, jufqucs à quarante. Ces nouvelles ne firent qu’é- chaufer le defir que le fieur de la Barre avoit de fe mettre à la mer -, il prefla pour cét effet le Ii8 Relation de ce qui seji pajïé Capitaine Bourdet , de mettre fon vaifTeau en état au plûtoft, ne faifant point de difficulté de s’embarquer avant la gucri- fonde Tes bleffieures^ mais com- me le radoub, qui luy étoitne- ceflaire , étoit conûderable, il ne put eftre prcft qu’en vingt- cinq jours. Pendant ce temps, la petite fregatte la Noftre- Dame de bon voyage, & fon brigantin, le vinrent joindre; la première , venant de France, luy apporta des Lettres duRoy, de une Commiffion de Lieute- nant general de Tes armées, a- vec la nouvelle d’un puiffimt fecouis que l’on avoit lieu d’at- tendre tous lesiours, puis que l’on luy marquoit , que le fïeur de Baas , qui le devoit com- dans les Ijles de l' Amérique. 119 mander , étoit déjà à la Ro- chelle., avec vingt Compagnies de vieilles trouppes du Roy, 6c qu’il y attendoit à tous mo- mens huit vaifleaux de guerre de fa Majellé , commandez pour ce Païs. Enfin , la petite fregatte , les armes d’Angleterre, étant ra- doubées 6c en état de faire voile ; le fieurde la Barre, quoy quenon guéri de fes blefTeures, après avoir donné des marques de fa gratitude au fieur duBois, des foins, 6c des bons offices qu’il luyavoit rendus, & à tous les fiens , luy avoir témoigné la fatisfa&ion qu’il avoit du bon ordre qu’il apportoit, tant pour la police 6c augmentation de fon lfie , que pour fa défenfe, lio Relation de ce qui s’ejl pajïé & i’avoir encouragé à perlîfter dans certe vigoureufe refoiu- tionj & pour luy donner les moyens de les mettre à execu- tion , luy avoir laifle quelques poudres j & promis de luy en- voyer le refte des munitions de guerre dont il avoit befoin , s’embarqua le premier May, ayant fait partir pour France, le navire l’Oranger , qu’il avoit fait charger en partie de ce qui étoit dans le vaiffeau du Roy David , fretté par la Compa- gnie que l’on fut obligé de dé- grader à fainte Croix pour n’eftre en état de faire le voya- ge de France,coulant bas d’eau: ïl envoya par ce navire ^ le fîeur de la Noue , fous prétex- té de porter la nouvelle de fon combat: dans les Lfles de l' Amérique, m combat : mais en effet, pour le tirer d’avec le fleur de faint Leon, avec lequel il avoir eu différend pour le commande- ment , tel qu’il s’étoit veu en état de ne pouvoir les empê- cher d’en venir aux mains,- & une partie des Officiers, tant de Navarre, que de Norman» die, prefts à prendre party cha- cun pour fon amy ; ce qui le neceflita tellement, à éloigner le fîeur de la Noué, que fans cela il couroit rifque de voir une divifion entre les troupe pes, qui eutiffms difficulté en- tièrement ruïné les affaires. Etant à la voile, il vintre- connoître rifle de. faint Eufta- che, ou ayant eurconnoiffan- ee de deux grandes fregattes II. Partie. F Tu Relation de ce qui s’ejl pafié Angloifes, qui croifoient entre cecte Ifle , ôc celle de faine Chriftophe , il commanda de larguer , pour éviter le péril d un combat inégal -, & le vent le favorifant j il le trouva le 8. au matin j en veue de la terre de la Martinique , àladiftance de trois bonnes lieue's, où étant pris de calme, il quitta fa fre- gatte, pour fe jetter dans fon afin de gagner la feurement & plus :nt à la rame : T ous fies efforts, la marée étant con- traire, ne purent le faire tou- cher à terre avant onze heures du foir : Il ne fut pas fi toft dé- barqué , que le fieur de Clodo- ré. Gouverneur, le vint trou- ver , & luy témoigna eftre dans brigantin , terre plus promptemi dans les Ijles de l'Amérique. 125 in fore grand embaras , à l’oc- :afîon des lettres qu’il avoit re- mues de faintChriftophe, pat [efquelles on le prefloit avec inftance de fecourir cette Ifle, de vivres ; & pour luy en faire paroître la facilité plus gran- de , on luy faifoit la flotte An- gloile bien moins forte qu’elle ne l’étoit en effet , & que tous les avis le portoient : Il etoic arrivé à la Martinique trois na- vires de guerre Zelandois, qui î’offroient de fe joindre aux vaifleaux François , pour le fe- cours de cette Ifle; & le fleur de Crinflcn , qui les commandoit, avoit bien voulu fe donner la peine d’aller voir les vaifleaux François dans le cul de facq , pour juger de leur force -, mais F Iz'4 Relation de ce qui s'efî pafïê il eftimoit qu’elle n’étoit pas fuffifante pour aller aux Enne- mis,qui quoy qu’apparammant moins forts en nombre de vaifTeaux, l’étoient beaucoup plus en effet par la grandeur de ceux qu’ils avojent, par le plus grand nombre d’hommes dont ils étoient pourveus , & par la greffe artillerie do nt ils étoient montez -, en un mot. les vaifTeaux François n’étoient que vaifTeaux marchands , & les Anglois en avoient au moins cinq de guerre d’une force confiderable.Ces raifons frappèrent le fîeur de la Barre* mais il fut déterminé par deux autres plus fortes , l’une étoit le manque de poudre j dont il n’y avoir pas fuJÈfammentdans dans les Jjles de /’ Amérique, t*. j les vaifleaux pour fournir à un combat un peu opiniâtré , une journée fouvent ne décidant pas ceux qui Te donnent fur la mer , quand les deux parties font dans un même deflein : & l’autre j qu’il ne jugeoit pas à propos de rifquer toutes leurs forces dans l’attente prochai- ne où l’on étoit du fecours de France , qu’il croyoit devoir arriver vers les premiers jours de Iuin , parce qu’ils étoient comme afleurez que ce fecours étant arrivé, les Ennemis n’o- feroient- attendre leur flotte ; au lieu que s’il arrivoit apres la perte d’un combat , & trou- vant les affaires en mauvais c- tat, & les Ennemis enflez dû l’heureux événement d’un bon F iij né Relation de ce qui s'ejl paj$ê fucces, il ne {croit pas en état de les rétablir. VOYAGE DV Si EV R CreinJJen , commandant l’ejca- dre des navires de guerre Hol~ landois 3 en Amérique. Chapitre XXXII. I L femblc ne pas eftre Hors; de propos , de dire icy ee qui avoir amené le Leur Creinf iéin , aux Illes. Les Etats de Zelande irritez de ce que les Anglois avoient pris Si enva- by fur eux toutes les terres qu’ils pofledoient en l’Amé- rique , hors la riviere de la Berbice refolurent de faire une tentative, pour avoir leur dans îesJjles de l’ Amérique, 117 revanche^ ayant confideré les portes qu’ils poürroient atta- quer , ils eftimerent que celuy de la riviere de Suriname, é- toit confiderable , facile à en- lever, & aifé à fortifier : ces raifons leur en firent refoudre I’éntreprife; & pour l’executer, ils firent équiper trois navires de guerre , de vingt -huit à trente-deux pièces de canon -, une petite fregatte , de quator- ze ;& une hourque, de huit* & firent embarquer defliis, ou- tre les équipages allez forts, trois cens folaàts choifis,fous le commandement du S r de Liec- temberg: toute cette petite flot- te , commandée par le fieur de Creinflen , ayant pour Vice- Amiral le fieur de Cuvelard, F iiij; \ n8 Relation de ce qui s ejîÿafîe partit de Zelande vers la fin de Ianvier ^ & C’étoit les navires de guerre dont avoir parlé le Zelandois , arrivé le i. Avril à faint Chrifèophc , & toucha à Cayenne dans le mois de Mars,; où elle donna une forte alar- me, étant prife pour Angioi- fe : les Officiers du fieur de Crinflen qui furent à terre, trouvèrent le fieur de Lezy, commandant avec les Officiers François de cette lfle , &lesha- bitans en fort bon état , parce que rien ne leur manquoit des chofes neceffaires à la vie , ils y firent de l’eau , & y prirent ce dont ils avoient le plus de be- foin -, puis , fans décou vrir leur deffein aux François, firent voile pour Suriname : le fieur dans les Jjles de /’ Amérique: ii$ de Creinflén en entrant dans la riviere , fit prendre pavil- lon Anglois à Tes vaiffeaux* & arriva julques fous le fort deParamorbo, trois lieux haut dans cette riviere , fans eftre pris pour Ennemy y mais ayant efté reconnu au defaut des fignaux j & le Fort ayant com- mencé à tirer fur luy , il luy répondit des bordées de tous fes va i (féaux , ayant arboré le pavillon Flamand , &; fit en même temps mettre fes trou- pes à terre: Les Anglois, qui avoientvécu long- temps dans leur confiance accoutumée, eau fée par la prefomption or - dinaire à cette nation , (è trou- vèrent foibles , & leur Fort n’eftre pas en défenfe du coté F v 130 K dation de ce qui s’ej} pafîé de terre: & comme leurs ha- bitations font répandues le long de la rivière, jufques à plus de trente lieuës haut, ceux qui étaient dans ce Fort, n’en pou voient eftre fecourus que par eau , où les Zelandois etans maî très,: ils fe voyoient réduits à tirer toute leur dé- fenfe de leur feule force , &; de celle de leur voifinage qui étoit peu confiderable : fi bien qu’il ne faut pas s’étonner , fi; voyant les Zelandois à terre, & prefts à donner , ils fe rendi- rent, & firent une capitulation; pour tous les habitans An- glois de cette rivière de Su- riname, ainfî què pour ceux-; de celle.de Kamonieque,par la- quelle tous ceux qui poffe- dans les Ifles de l' Amènent. 131 doient des habitations -, dé- voient en jouïr paifiblement en pleine & entière proprié- té j en prêtant forment de fide- lité à Meilleurs des Etats de Zeîande -, les habitations de ceux qui fëroient abfens 6 c celles appartenantes au feu Milord Vviloughby , demeu- rans confifquées au profit dè Meflieurs des Etats j & que tous les foldats , & autres gens n’ayans point d’heritages , re- fteroient prifonniers de guer- re, tous les Anglois étans te- nus de remettre leurs armes' entre les mains du Comman- dant des Zelandois. Cette capitulation exécutée, - le fieur de Creinffen fit char- ger fur une flûte quil avoir F v j 1 32 Relation de ce qui s’efî pafîé prife dans la rivière , tout ce qu’il trouva de meilleur butin dans les lieux confifquez , 8 c fit embarquer dans une autre, tous ceux qui dévoient eftre prifonniers de guerre j. puis ayant fait travailler pendant prés d’un mois à achever les fortifications du Fort & laifle dedans le fieur de Rame, avec fix vingts hommes, il mit la voile pour .les Ifles. V a. dans le s Ifle s de t Amérique. 13$ AKKI VtE D E QVATRE 'vaijfeaux François , aux Ifles;, & la refoluxion prife d’allen combattre LflotreAnglotfe. Chapitre XXXIII. 1 . ' Arrivée des quatre vaif- j féaux que la Compagnie des Indes Occidentales avoit fait préparer à la Rochelle,, comme nous avons dit, & les nouvelles qu ils apportèrent,, ainfi que celles que l’on ap- prit d’Angleterre , par une pri - fe que fit le Capitaine Ra- phaël Court,. d’un navire qui en venoit , changeant la face des affaires , fit changer de fentiment au fleur de la Barre: 13 4 Relation de ce qui seflpafîé îi fceut par les vaifTeaux partis ; de laRochelle les derniers jours de Mars , que le fecours que Ion en attendoit j ne pouvoir y arriver que dans fix femai- nes au plûtoft j puis que les vaifleaux qui dévoient embar- quer le {leur de Baas , & les trouppes du Roy , net oient, pas encore partis de Breft , pour fe rendre en cette ville , ou ils dé- voient prendre une partie de leurs' vituailles & munitions'; même il Te difoit en ce lieu,, que le chois n en étoit pas em core determinéjMonfieur l’Ad-i mirai n’étant pas encore con- venu avec Mônfieur Colbert du Terron : il apprit en même temps que Ton avoir équipé quatre fregattes de guerre en dans les Ijles de 1‘ Amérique. Ijjj Angleterre , qui étcïent for- ties de la Tamize les derniers jours de Février , avec le Mi- lord Vviloughby , quelles a- voient fouffert un rude coup/ de vent dans là Manche , qui; en ayant demafté une, & in- commodé une autre, les avoir toutes obligées de relâcher Pleymout ^ d’où elles pour- roient partir dans là fin de Mars , &. que l’on en équipoir quatre autres qui dévoient; partir vers la fin d’Avril , fous'' lé commandement du Cheva- lier IeanHarmant, qui -devoir commander toutes les forces navalles dès Anglois en 1 Amé- rique. . Ces nouvelles l’obligerent de faire affembler le Conleil X$ entre les deux flottes 3 avec le fecours de Jaint Chriflophe. Chapitre XXXIV. L E zo. à la pointe du jour, la flotte le trouva entre Nieuës, & la Redondcj où elle apperceut la garde des Enne- mis , qui e'tant très bonne voi- lier e s s’en debarafla , & fe reti- ra fous le Fort de la pointe de Nieuës , nonobftant la chafle qu’on luy donna , tirant plu- fieurs coups de canon qui a- vertirent les Ennemis & les empêchèrent d’eftre furpris. Le lieur de la Barre s’avan- G iij ijo Relation de ce qui s’ ejlpafîê çoic toujours pour doubler la pointe de l’Ouefl budoueft de cette Ifle , lors qu’il vit la flot- te ennemie qui fortoit à la voile de deflous cette pointe, compofée de dix-fept vaifTeaux, dont 1 J Admirai portoit cin- quante-deux pièces de canon, le Vice- Admirai , & contre Ad- mirai , de quarante-huit } les autres douze vaifleaux paroif iânt de vingt huit à trente- flx ‘pièces , hors une petite fregat- te admirable de voile , qui a- vec deux Brûlots faifoit dix- fept voiles. Et comme l’affaire principa- le du fleur delà Barre, étoit de ravitailler faint Chriftophe, il avoir joint pour cét effet à fa flotte , une Flûte , une Galliot- dans les ijles de ï Amérique, iji :e , & plufieurs barques char- gées de toutes fortes de vivres pour y jetter , & afin de ne rien rifquer : Il leur ordonna de prendre le large, & de courir à toutes les voiles fur terre , pen- dant le combat ; ce qui fut aufli beureufement exécuté , qu’il lavoit projetté , afleurant par là, contre tous les évenemens d’un combat douteux, le grand fecours qu’il portoit à cette ! fi e j avec lequel feul elle fe trouvoit en état de peu crain- dre tous les efforts des Enne- mis pendant un affez long- temps. Après ces ordres, il donna le fignal du combat , comme iî ivoit fait auparavant aux bru- lots, celuy d’apprefteï leurar- G iiij 15 1 Relation de ce quîs'efi pafîê ti fi.ce j ôc envoya ordre au fleur de Clodoré , de faire l’avant- garde , foûtenant le Capitaine Seguin fon matelot. Les Ennemis faifant un front qui s’étendoit de la pointe de Nieuës , vers l’Oueft* à deflein de barrer la routte de faint Chriftophe, le fleur de là Bar- re voulut aufli faire un front* ; mais moins large que celuy des Ennemis'* afin de coup- per leur flotte en deux* & d’en mettre la moitié' fous le vent*, entre faint Chriftophe , & nô- tre fécondé efeadre : Il prit pour cét effet la droite du fleur de Clodoré, avec fes deux ma - telots, la Iaunaye J & Bourdet, êc fon Brûlot j donnant ordre au fleur du Lyon* fuivy du fleur dans les Ijles de l Amérique. ijj Hinfelin^dc lefoûtenir, avec les Capitaines Iamain, & Pin- gault , Samfon , & du Vi- gnaud»- Cc fut en ce temps que ['Ad- mirai Anglois fit aufli fes fi~ gnauxpourle combat, en fui- te defquels une partie de ù, flotte rengea plus prés la- pointe de Nieues , pour fè conferver le vent, & tomber plus aifémemt fur noftre pre- mière eicadre , quand elle fe- roit mélée. Le fieut de la Barre prévit d’abord fon deffein , & voulant le prévenir , il changea l’or- dre du combat j & au lieu d’al- ler de front aux Ennemis , il fit marcher fes vaiffeaux de file*, ferrant le plus prés qu’il fut i J4 Relation de te cjui s’ejtpa fie poffible la Caye de îsheuës, pour conferver l’avantage du vent à toute fa flotte, & com- manda de bouche au fleur de Clodoré , de foûtenir le Capi- taine Seguin , luy ordonnant d’aborder , & qu’il le fuivoit, beaupré fur pouppe. Le Capitaine Seguin , qui avoit l’avant-garde de tout, ayant donné fa bordée à la portée du moufquet, au navire^, F avant-garde des Ennemis , foit qu’il voulût trop ferrer le vent , ou autrement , prit vent devant, & fut obligé de virer, & mettre à l’autre bord -, le Ca- pitaine Gauvin qui fuivoit , flt ia déchajge de fort prés , &c comme il était brave foldat, s’alloit mêler parmy les Enne- dans les IJles de l’ Amérique. i jy mis , en deffein d’aborder leur Vice Admirai,- ayant pour cét effet averty le fieur de Clodo- ré , de tenir Tes gens prefts pour fauter à bord : mais il ne fut pas de cet avis * & ne fe voyant ïuivy que du Heur de la Barre, fes matelots ayans trop tenu le vent , il répliqua a Gauvain, qu’il falloir arriver , & ne pas. s’expofer à une perte certaine*, êc malgré la répugnance de Gauvin , fit arriver au Sud- Oueft * en forte que comme l’Admiral François ferroit de prés celuy des Anglois, qui ar- rivoit au Nord, il (e trouva feuf engagé au milieu de la flotte Ennemie , les navires de leur arriere-garde ayant tenu le vent vers le Sud’efi , tandis G vj » * lilâi $ iiiî i i i . *. ? a I fl I56 Relation de ce qui s’ejl pajSé qu’il s’efforçoit de joindTe leur Admirai y-ce qui fit que le fieur de la Barre fe trouva envelop- pe de leurs vaifTeaux, . où il efi ïuya le feu de fix de leurs meil- leurs navires rLe fieur du Lyon*, qui dans ce temps faffoit fes efforts pour l’aller dégager > eus un accident par un pot àfeu^ qui crevant dans la hune , mit le feu . au grand hunier , Se obligea le Capitaine Iamain, qui commandoitcc navire, de mettre en panne pour I étein- dre -, ce malheur ernpe'chant l’effet de fon zelepar la necef- fité ou ille.mit de retarder fa routte, & celle de fonefcadre; le fieur de la Barre étoit perdu. avec fon vaiffeau -s’il n’eût eflé fecouru par le fieur de dans les Ifles de l' Amérique, ijj CreinfTen , Admirai des Zelan- dois , cjui arriva à toutes voi- les, avec trois vailTeaux., écar- ta les Anglois , ôc p a fiant à leur Admirai y l’approcha à la por- tée du piftolet j de maniéré qu’il l’euft abordé 0 fans un brûlot qui l’en empêcha , de même qu’il en avoit empêche le heur de la Barre en com- mençant la charge : Ce fecours fit changer la forme du com- bat ^ la plufpart des navires Anglois tenolent le venr,ayant le cap à terre, pour gagner le fortde Nieuës & fe mettre a l’abry de fon canon , fous la pointe de cette Ifle: le fieur du Lyon ayant fait raccommoder le defordre caufé à fon navire par le feu , s'efforeoit, avec le if8 Relation de ce qui s*eft paJTé fieur Hinfelin, ôc Tes deux au- tres matelots de l’arriere-gar- de Françoife y de coupper le vent aux EnnemisjSt ne l’ayant pu faire par la pefanteur de fon navire apres leur avoir fait eflfuyer fon feu, & eeluy de fès vaiffeaux , rejoignit ceux de la première efeadre Fran- foife qui s etoient ralliez , & avec eux joignit l’Admiral François, qui avec les Zelan- dôis, pouffait les navires en- nemies dans la baye de Nieuës,, Dans ce moment , le fîeur de la Barre ferroit de prés une grande fregatte ennemie ; & tous les vaiffeaux de fa premiè- re efeadre s’étans joints à luy* & fuivans tes F.nnemis, cha- cun les ooufToit de fon mieux: dans les Ifles de l’ Amérique. 159 ils tenoient le vent de tout leur pouvoir, ayant le cap au Sud’eft: dans cette chafTe , il fit échoiier cette fregatee, qu’il fuivit fur la Caye , apres luy a- voir fait abandonner fes ma- noeuvres par le feu de fa mouf- queterie., & il l’eut enlevée , s’il eût trouvéaifez d’eau pourfon navire y mais craignant dé- choüer, il arriva^ 6 c pouffant toujours les vaiffeaux ennemis devant luy , un coup de canon de l’avant de fon navire , mit le feu aux poudres d’une autre fregatte ennemie qui fuyoit, laquelle fauta en l’air, 6 c s’en- fonça à I’inftant. Le fieur Crinffen ferroit tou- jours de présl’Admiral Anglois, qui avec trois de leurs navires * m l§!iv J> « ■W léo Relation de ce qui / ejl pajîe tenoient la même routte que le refte de la flatte. L’on courut de cette forte a (fez avant dans la Baye de Nieuës toujours canonant de part & d’autre ,, jufques à ce que les Anglois revirans tout d’un coup , mirent le cap au Sud, comme pour aller échouer à terre fous leurs Forts , & fous la Caye delà pointe de l’Oueft de Nieuës: les François, Scies Zelandois revirerent auflï, mais la crainte déçhoüer les ayant empêchez d’approcher fi prés des terres, que les Annglois , ils paflerent entre la Caye, & eur à trois braffes d’eau , Se tinrent le vent , le Cap au Sud , Sud’- eft. Toute la flotte Françoife etoit ralliée 5 Se lAngloufe ef- dans les Ifles de l'sdweriqite. \6\ fuyant tout Ton feu ,luy fit ef- fuyerlefien: ils mirent, ai n fi que les Zclandois , le Cap au Sud Sud’eft , & tous alloient à la mer à une bonne portée de canon les uns des autres* chacun s’efforçant de gagner le vent fur Ton compagnon^ mais les A agio is gagnans beau- coup par la bonté de leurs vaiffeaux à la voile , le fieur dé la Barre connut bien toft,ainfi que le fieur de Crinffen , que le combat étoit finy , étant im- poffible de prendre le vent fur les vaiffeaux ennemis*meilleurs voiliers , & qui avoient prés de demie lieue d’avantage fur eux: de forte que le fieur de Crinf- fen , étant venu au bord du vaiffeau du fieur de la Barre . i&l Relation de ce qui / ejï pajié & voyant, comme luy , que la nuits’approchoit , ils jugèrent qu’il étoit inutile de s’opinia* trer à vouloir contefter le vent des Ennemis , qui n’ayans pas trouvé de feureté defTous leurs Forts , efperoient beaucoup de l’avantage qu’ils avoient à la voile fur les vaifleaux Fran- çois , avec lefquels ils ne vou- loient pas rentrer au combat* ôc qu’il n’y avoit plus de party à prendre j que d’aller moüiî:- ler à. la radde de faint Chri- ftophe j pour y jetter les hom- mes, & les vivres qui étoient fur leurs vaifleaux : la flûte , la galiote, & les barques y étoient déjà heureufement arriver. Ils étoient en cét état prefts à ar- river * lors qu’il parût une flûte dans les I [les de b dmeri^ue. i f-,y iHollandoile , chargée de mar- chandifes , (qui avoit égaré la f!otte}au vent des EnnemiSjqui en ayant eû les premiers con- n oi (l'a nce^av oient détaché trois fregattes , pour luy donner chafle , & ils hauroient infailli- blement prife, fi le fieur de la Barre fe fût davantage opiniâ- tré à continuer la manoeuvre qui fe faifoit : mais comme il connoifïoit parfaitement le 1 p a js , de qu’il fi-avoit bien- que vers les terres, les vents anor- dilïcnt le loir, il courut à terre, au lieu de porter vers la flûte ÿ & ayant rencontré le vent qu’il cherchoit, il fit, avec fon Vice- Admiral , & le relie de Ion ef- cadre , une routte fi auanta- geufe , que couppant les trois afe 164 Relation de ce qui s e j fregattes qui approchoient fort la flûte , il obligea l’Admiral Ânglois de les rappeller de chalTe par deux coups de ca- non , & toute la flotte enne- de remettre le Cap à ter- mie re , pour fe retirer fous les Forts de Nieuës, ne voulant pas s’é- carter des terres , nv fe les laif- y fer coupperpar la flotte Fran- co ife j ce qui feroit arrivé par la manœuvre du Heur de la Bar- re , qui luy fit trouver le vent fi favorable , qu’il fit porter le Cap au Sud’eft -quart -d’eft, les Ennemis ne portans qu’au Sud Sud’eftide forte que fans leur retraitte , il étoit certain que l’efcadre de l’ Admirai Fran- çois prenoit le vent fur eux , & leur otoit le moyen de fe reti- dans les Ifles de l' Amérique. 16/ rer fous leurs Forts: La nuit furvint apres cette retraitte des Ennemis, & il n’y eut plus d'au- tre corrfeil à prendre, que d’al- ler moüiller à la radde de faint Chriftophe j ce que l’on fit fur les dix heures du foir avec tout l’ordre poiîible , & fans au- cune confufion. Ce combat dura depuis huit heures du matin , jufques à trois heures apres midy; le fieur de la Barre y efluya plus de fix cens voilées de canon, dont cinquante frappèrent fon navi- re -, le fieur Rivet , l’un de fes Secrétaires, y fut tué d’un coup de canon , fort proche de luy, dont il fut couvert d’éclats; Defloriers, fon Maître d’hôtel, mortellement blelfé ; cinq ma- Ijii 1 i ilR» II. U,I w M| » ■lit; [II'I Ë- 'Z il \&6 Hj?Uùon de ce qui sefl paflê telots, un foldat , & un laquais Negre, tuez , & quinze ou fei- :ze de blelfez ; entre iefqueîs fe trouva le heur de Champagne volontaire, qui s’y hgnala à fon ordinaire. Les Ennemis , outre les deux vailTeaux qu’ils y perdirent, eu- rent de leur aveu plus de' cent quatre-vingts hommes tuez 6c bieflez. Il n’y eut pas plus de vingt bleff&z dans tous lesvaif- feaux François , 6c aucun de tué , hors dans celuy du (leur de la Barre. Deux chofes nous arrachè- rent des mains la vi&oirë en- tière , la première fut la faute faite par le Capitaine Seguin, 8c la mauvaife manœuvre du Capitaine Gauvin * la fécondé 'ësk dans les Ifles de l’Amérique. \6j fut l’accident arrivé à la Con- corde : car fl l’avant-garde Françoife n’eût point quitté fon Admirai , ou que fon ar- riéré garde l’eût joint, ilétoit en état de Contenir le combat, tandis que le fleur de Crinflen , îvec fonefcadre, eût tenu le vent des Ennemis , & leur eût couppé la terre , & laCayede Nieuës, où ne pouvant trou- ver leur retraitte , la flotte étoit afleurément perdue, & Nieuës pris fans combat -, mais com- me par ces deux mauvais ren- contres , le fleur de la Barre s’étoit trouvé en péril d’eftre ou coulé bas , ou brûlé, les fleurs de CrinflTen, & Cuvelard Ton Vice-Admiral, prirent le party de braves gens , qui fut de le I.S8 Ridât ion de ce qui s* e fl pajîê dégager & fauver du péril, au lieu de s’attachera la manœu- vre qui avoir efté refoluë , & qui alfeuroit la vi6toire , ne voyant point d’apparence de l’obtenir apres la perte de l’Ad- miral François , ôc ne jugeant pas même qu’elle fe deut ache- ter à ce prix. Avec cela , le- feul avantage de la connoilfance de la-colle, fauva les Anglois : car li les François fendent connue com- eux , ils ne pouvoient s’echa- per qu’en s’échoüant : Mais comme on crût à leur Manœu- vre y qu’ils avoient ce deflein, & que l’on fc trouva par trois brades d’eau, on céda de fer- rer les terres,- & tenant un peu le large, on donna moyen aux Anglois dans les IJIes de l y Amérique. 169 Vnglois de pafler entre la Zayc , & la flotte Françoife. Ayant moüillé à laradde de aint Chriftôphe , le fleur da a Barre détacha la petite fre- ratte la Noftre Dame de bon r oyage à qui il donna ordre l'aller à la portée du canon des ïnnemis , & de s’y tenir juf- |ues au grand jour; & qu’en :as qu’ils miflent à la voile, jour venir à eux j elle leur lonnât l’alarme par les fl- rnaux concertez. II. Partie. H I70 Relation de ce qui se'jl pafîé DEPART DE LA FLOTTE de flkinr Cbriflopbe : Séparation des Zelandois } d'avec elle : Son retour aux Ifles du Vent, ou élit efi inutilement fuivie par la flotte Angloije. Chapitre XXXV. L E il au matin, il mit pied à terre , & donna ordre que l’on fit promptement dé- charger les vituailles des vaif- feaux nouvellement venus de France: il tint en fuite confeil, où quoy qu’il y eût diverfes opinions, il fut jugé que nous ne pouvions obliger les Enne- mis à combattre , leurs vaif- feaux étans au vent de nous. dans les IJles de l’Americ^ue. 171 te ayans elle reconnus meil- leurs voiliers que la plus gran- de partie des noftres. Les (leurs du Lion, de faint Laurent, &c de faint Leon ayans receu des lettres de la Cour , qui leur témoignoient le chagrin que Ion y avoit eu de ce qu’ils s’étoient oppofez à l’attaque de Nieuës , propoferent de ht faire alors , fe trouvant , di- foient-ils , avoir un nombre d’hommes ftfflifant pour cette attaque : A cette proportion, le (leur de la Barre offrit de tirer la flotte ennemie à la mer, & d’empécher ou par fa ma- nœuvre, ou en la combattant, qu’elle ne pût les troubler dans leur defeente *, mais il leur fit une obje&ion , à laquelle ils H >j \-j i Relation de ce qui s'efl pajïé ne purent répondre, & qui fit évanoüir. , apres deux heures de conteftation, toutes ces for- tes de propofitions ; car il leur dit , que quoy quil crût que l’attaque de Nieues fût une chofe fort difficile à la veuë d’une flotte ennemie, égale à la noftre, que neanmoins il y foufcnvoit , s’ils luy faifoieni: voir qu’ils enflent des chaloup- pes , & des barques en nombre iuffifant , pour faire une def- cente,mais que (ans cela/c’é- roit s’amufer à faire des propo- fitions en l’air j que leurs vaif- icaux avoient befoin de cha- cun unechalouppe, allant aux Ennemis ; ainfi de toute la flot- te , il ne voyoit pas que l’on leur en pût laifler que fept ou dans les Ijles de l’Amérique. 173 îuit j qu’ils n’en pouvoient a- /oir que trois ou quatre , outre quelques barques, dont il les pouvoit affilier • que tout cela u’étant pas fuffifant pour jetter deux cens hommes à la fois à terre ; il croyoït que c etoit une témérité , de vouloir entre- prendre une defeente en cét état* fur tout , n’ayant point de bâtimens qui peuflent por- ter les foldats qui reftoient , au moins à la portée du canon , de terre; & que comme l’on ne pourroit avoir les hommes, pour la defeente, plus proche que la pointe des Câlines , qui eft à une lieue de Nieuës , il étoit hors de toute apparence de pouvoir faire foûtenir de fi loin les premières trouppes H iii iït J i « M 1 ■mJP 1 T ifel' m M: Kl t M n n i 'lid -il 1; 1“ f §! 1 *•' : ÿ ... . si ! I 5 11 Illll 1 [gpl ' S II II I 1 1 I- pm/> rH ■P 1111 1 |Jmi. H t II llf j il p|; 1 Si II Ijlll n I ] Iji i il ïm\ ïw 1 ' il 1 f r J i l, ' v ilm 1 il fr i 11 i 1 ff y i Jfl , WR I 74 Relation de ce qui s’eft pafîé qui mettroient à terre, ôc par confequent de tenter la def- cente; ce qui parut fi vérita - ble, qu’aucun de ceux qui avôient parlé d’executer cetfe entreprife , ne pût répliquer à ces raifons. Cette propofition rejettée, on examina ce que l’on dévoie faire avec la flotte , ôc il fut jugé qu’en l’attente du fecours de France , l’on devoir fe con- tenter de mettre le plus de vi- vres qu’il feroit poflible à terre, & d’y laifler ce que l’on pour- roit d’hommes : & parce que les vents regnoient lors du collé de l’Eft Sud’eft , & du Sudeft , il fut jugé à propos de s’en retourner à la Guade- louppe en paflant par derrie- dans les Jfles de l’4merique. rjf fe , & au vent de rifle faint Ghriltophe , tant pour alleu - rer la routte , que pour ne fe pas feparer à la veuë des Enne- mis , les Zelandois voulans quitter les François dans qua- tre ou cinq iours , pour fuivre celle qu’ils avoient refolu de faire vers la nouvelle Angle- terre, ou le deflein de quel- ques entreprifes conlidera- bles les portoit. Ce même jour , la garde leur rapporta que le débris d’un grand navire avoir pafle le long de fon bord -, le Capitaine du Vignault ayant dit que les ma- telots en avoient péché plu- fieurs coffres, & même les pom- pes , on ne douta point que eene fût deceluy qui avoir é- H iiij 176 Relation de ce qui s’ejl pajs'é choiié pendant le combat. Le 2.5. au foir, qui était tout! le temps que le fîeur delà Bar-i reavoit pû obtenir des Zelan- dois, apres avoir laifle ce qui îuy reftoit du Corps de Poi- tou ^ & ràfraifchy les hommes détachez des Ifles de la Marti- nique, & Guadelouppe , il mit à la veiîe fur les neuf heures du foir 5 à la pointe du iour toute la flotte fut jointe vers la Capefterre de rifle de feint Chriftophe , hors la veuë des Ennemis. Ils eurent ce jour- là, & le lendemain-, un temps affez favorable , qui leur ayant fait doubler l lflede (aint Bar- thélémy , & élever quatre ou cinq lieux au Nord d’icelle, les Zelandois vinrent à fon dans les Ijles de l' Amérique. 177 | bord prendre congé de luy : il leur fit k meilleure chere qu’il luy fur poflible, & les obligea à ne le quitter que la nuit , ce qu’ils firent ; il louvoyoit ce- pendant , tantoft fur un bord, tantoft fur l’autre , pour tâ-- cher de s’élever vers l’Eft afin de pouvoir doubler l’Ifle d’An- tigne , ôe en palier au vent pour venir à la Guadelouppe; mais comme le vent fe fut jet- te à l’Eft Nord’eft „ qu'il vit que l’on gagnoitpeu., & qu’il avoit efté averty qu’il y avoir peu d'eau dans beaucoup de navires ^ dans l’apprehenfion que le retardement ne donnât lieu au fecours d’Angleterre, après avoir joint la flotte qui étoit fous Nieuës jde l’aller at- H v Ï78 Relation de ce qui s'ejr pajlé tendre vers la Martinique , ou vers la Guadelouppe, il fit met- tre le cap au Sud'eft , pour re- gagner cette Ifle par le vent de celle de Mont-Sarrat. Le fieur de la Barre fit cette manoeuvre le z y. au Soleil cou- chantj & le 30.au matin il trou- va que la Concorde, & l’Hi- rondelle manquoient , il crut que la derniere s-étoit égarée d’eux par la faute de Ton Capi - taine , qui parce que fon navi- re étoit meilleur à la bouli- ne, qu’aucun autre, a voit tel- lement affe&é de tenir le vent de la flotte , que fouvent il l’a- voit perdue de veuë : Pour l’au- tre , il en étoit fort en peine -, mais ne fçachant que prefu- merde fa routte , il crut qu’il dans les Ijles de l' Amérique. 179 étoit bien plus à propos de conduire le refte des navires en lieu de feureté , & remettre les hommes dans chacune des Ifles , que de tout expofer dans une recherche incertaine de ce navire égaré, & défaire beau- coup foufFrir les habitans des Ifles Françoifes qui étoient embarquez fur les vaiffeaux &c quifaifoient la principale for- ce de ces mêmes Iflesi Par cette raifon il ; continua fa routte au Sudefl: ; ôc le pre- mier Iuin , au point du iour , il le trouva fous le vent dAnti- gne : comme la flotte s ! elFor- laint Laurens, de divifer fcs trouppes félon les polies qu’il croyoit pouvoir eftre attaquez. lit* II iîsilf- llii i » i I92, Relation de ce qui s'efl pajîé & de tenir toute fa cavailerie proche de hty à la baffe terre, pour pouvoir avec elle , fc tranlporter avec plus de di4i-| gcnce au lieu que les Enne- mis attaqueroient : elle ecoit compofée de trois cens che- vaux, dont la meilleure partie! devoit combattre en Dra- gons. O Toutes chofes étant difpo- lees au mieux qu’il fût poffibk par le foin & la vigilance du Chevalier de faint Laurent, qui parut infatigable , aufli- bien qu’inébranlablejdans tou- tes les occafions où il a efté menacé & attaqué par les En- nemis-une heure devant le jour, les fentinelles apperceurent un lignai dans les vaille aux An- glois. üm dans les Jfles de î Amérique. 193 Mois, comme de trois groffes jamarces de poudre qu’011 vie brûler les unes apres lesautres} 8e en fuite , à la lueur des Etoiî- leSj on vit blanchir des voiles à la mer } ce qui fit juger qu'ils appareilloient , ôe obligea le fieur de faint Laurent de mon- ter à cheval à la telle de fa ca- vallerie , & avec elle , marcher vers le vieux Fort , pour tâcher de découvrir l’intention des Ennemis ; l’aube du iour pa- rodiant , découvrit leur flotte en ordre de bataille , faifanc voile du collé de la grande radde : Quatre navires de guer - re marchoient à la telle ; ils é- toient fuivis de neuf chaloup- pes chargées de foldats, 6e de trois barques de même} apres II. Partie. ~ 1 194 Relation de ce q&i s’ejl pafîê fuivoit l’Admiral , & deux au- tres des plus grands vailfeauxj il étoit fuiyy de fix chaloup- pes., & de trois barques j aufïi pleines de foldats : le relie des j navires de la flotte marchoit deux à deux.} & derrière, qua- tre chalouppes pleines de mon*- !ô de comme les autres : puis quatre des meilleurs vaifleaux ; de guerre «des Ennemis , fai- foient l'arriére garde , fans a- voir aucunes chalouppes , ny barques } tout etoit à la voile, & vent arriéré , alloit beau- coup plus ville qu’un homme de pied ne pouvoit faire: A la pointe du iour , ils appro- chèrent le Fort de la pointe des Palmilles ôc firent che- min avec tant de diligence, dans les Ijles de l’ Amérique. I?; nie les chalouppes purent lonner à terre , & mettre plus le fix cens hommes fur le gra- cier à la riviere Pelan , un quart le lieue au deflus du Fort des !)ames , avant que le lîeur de airit Laurent , qui poufloit à oute bride , y pût eftre arrivé: nais comme le terrain n’étoit >as fort avantageux pour une lefcente j carquoy qu’il fût fa - :ile au bord de la mer., l’en- rée dans la terre étoit défen- lue par une petite falaize d’en* iron douze pieds de haut, garnie de petits huilions pleins l epines , n’y ayant qu’un pe- it chemin pour palier un hom- ne de front, par où l’on pût, u travers des huilions, grim- er fur la hauteur , y ayant aux I ij Il I ' t il ■ w4 fit? I 1 | '! ^ il i ï>4ir Hflii I I.p 6 Relation de ce qui s’ejl pajîê deux bouts, deux ravines , mais fort plaines de roches , & d J un très -difficile accès: Les Enne- mis ayant mis à terre, au lieu de s’avançer vers la hauteur, mirent leurs trouppes en ba- taille fur le bord de la grève, & donnèrent par ce moyen temps au fieur de faint Lau- rens , avec vingt , ou vingt- cinq cavaliers qui l’avoient liii- vy , de s'oppofer au petit che- min, ôc de repoufler les pre- miers détachemens qui vou- lurent y monter , nonobfhnt le feu de la moufqueterie de leurs trouppes qui étaient à terre , ôc celuy de leurs vaif- feaux & barques qui en étoient moüillez à une portée de pi- flolet j en forte qu'un Enfei- dans les IJles de l’ Amérique. ipj gnedes Ennemis , s'étant avan- ce avec Ton Drapeau , & étant monté jufques au haut du pe- tit chemin , le heur de faint Laurent s’oppofa à !uy lepifto- let à la main ; ôc ayant manque cét Enfeigne de Ton coup , eût efté percé de celuy qu’il luy porta de la demie picque de Ton Drapeau , s’il ne l’eût paré de l’épée 5 ce que voyant le fieur de faint Amour , qui é- toit prés de luy, renverfa cét Enfeigne d’un coup de rîloüf- queton, & fe voulant fàilirdé fon Drapeau, en fut em péché par le Colonel Stapletori, qui ayant pris le bas de la demie picque , l’enleva des mains de faint Amour, quoy qu’il eût receu un coup de piftolctque I iij . 1S>8 Relation de ce qui s’eft p a fie luy donna le fleur Poyet , qui luy caffa le bras dans le temps qu’il parut pour faire cette aétion de vigueur. Les Ennemis repoufTez de cette attaque, s’élargirent fur la droite, & fur la gauche ; & trouvant 1 ouverture de la ri- vière Pelan , qui leur fournif- foit u n e entrée a ffe z large dans la terre, commençoient à s’a- vancerparmy les pierres & cail- loux qui font dans le lit de ce torrent , & alloient fe rendre maîtres d’un terrain qui leur donnoit entrée facile dans la terre , lors que le fleur Dorvil- îiers arriva à la telle de fix vingts hommes de Poitou , au devant duquel le fîeur de faint Laurent set^nt avancé quel- dans les 1 fies de ï Amérique. 199 ques pas pour l’embraffer ^ luy dit de faire charger en diligen- ce les Ennemis qui fe poftoient dans cette ravine , & de les en déloger ; ce qu’il fit avec tant de vigueur , que quoy qu il eût eu le Sergent commandant fon détachement, de fiepr de fes fob dats tuez , il ne laiffa pas de repouifer les Ennemis hors de la nviere, 6c de pofler fes Officiers & foldats -dans les lieux les plus avantageux ; d ou il en pouvûit défendre l’en- trée. Ceux des Ennemis qui s’é- toient étendus fur la droite vers une Indigotcrie, qui eft dans ce lieu , furent repouifez d’a- bord par quelque renfort* de cavallerie , qui avoit joint le I iiij m ilAi UI1’ I# il: |jf.â MMfl (« i# In \m 2. o o R dation de ce qui s ejl pa jsé lîeur de faint Laurent , qui y courut à leur telle , après leur avoir fait mettre pied à terres- mais ils furent bien toft foûte- nus par quatre Compagnies de Navarre s commandées par les Leurs Samfon , & de Beau- mont , qui arrivèrent dans le temps que l’on étoit aux mains en ce polie ; d’ou les Ennemis ayant elle vigoureufement re- pou liez , le Leur de faint Lau- rent qui jugeoit l’attaque delà rivière- Pelan , plus perilleufe, ôc plus avantageufe aux En- nemis j commanda cinquan- te hommes de Navarre fous la conduite du lîeur de IaVau- guyon , Lieutenant., pour aller joindre & renforcer le lîeur Dorvilliers en ce polie: Com- ,'(413 ! dans les Ifles de 1 Amérique, zoi me ce Lieutenant matchoit à latefte de Tes trouppes, il fut couppé en deux par un coup de canon , des vailfeaux enne- mis :1e Corps qu’il conduifoit ne laifla pas de fe rendre où il étoit commande' , & les Capi- taines des trouppes auxiliaires de la Martinique , ôc de la Guadelouppe , & deux de cel- les de faint Chriltophe , étant arrivez au lieu de l’attaque le fieur de faint Laurent le trou- va des gens fuffifamment pour fournir tous les polies qui é- toient attaquez , &; qui le pou- voient eftre j d’ou il fit faire oin fort grand feu , tant fur les Ennemis qui e'toient à terre,' que fur les barques & vaif- ieaux : Le fleur de faint Leon ~ I v %Ot Relation de ce qui s'efl pafîë avoit cependant pouffé julques àla grande radde,ou il avoit fait faire alte, aux quatre Compa- gnies de Normandie , à deux de Poitou , & à deux de mili- ce de Tille , croyant que les Ennemis apres avoir fait une fïmple tentative vers la riviè- re Pelan , où il voyoit tirer for- ce coups de canon, feroient leur véritable attaque à la gran? de radde , comme au- lieu le plus facile & le plus commo- de de fille pour cet effet j mais, comme il vit par le grand feu de la moufqueterie , que le combat étoit attaché vers la riviere Pelan , & qu’il n’y avoit.„ apparence d’autre attaque de là part des Ennemis , il fit, marcher fes trouppes vers le; dans les Ijles de l'Amérique, zoy pofte attaqué , & fatisfit à l’im- patience qu’elles avoient de partager la gloire, & le péril de leurs compagnons. Ces trouppes marchèrent donc a- vec autant d’ardeur , que de vitelTe,& elles trouvèrent que les Ennemis , apres avoir fait quelques tentatives d’entrer dans la terre , foit parla riviere Pelan qui étoit à la gauche de leur attaque .>■ foit.par la ravine- de l’Indigotterie qui étoit à la droitte ^ & par le petit che- min qu'ils avoient en front , a- voient efté par tout repoufTez avec autant de vigueur & de bravoure, de la part des nofïres,. que de mal-heur & de perte de la leur : que le fieur Samfon, Capitaine, de Navarre, fe lail- I v i RU ?! m. ■m ifl Ha m m \ 104 Relation de ce qui s’eftpafSé fant emporter par le zele d’un courage plein de feu , avoir efté tué d’un coup de mouf- quet , voulant donner , l’épée à la main , fur les Ennemis, ! ainfï que le fieur Defprez,com- mandant les trouppes auxili- aires dé la Guadelouppe , aufli d’un coup de moufquet :& que les Ennemis ne pouvans plus tenir en bataille fur le fable, à caufe du grand feu de noftre moufqueterie , s’étoient reti- rez fous l’efcarpement de la Falaife , d’où ils tiroient à ceux des noftres quiofoient s’avan- cer vers leur terrain , tandis que leurs vaiifeaux faifoientun feu continuel fur nos gens, tant de leur canon , que de leur moufqueterie -, ainfi que : dansles Ijles de Idmeri^tte. iO| quelques barques qu’ils a- voient chargées d'infanterie, qui n’ofans defcendre à terre , !fe conrentoient de favorifer îles leurs de leur feu: Deux de ces batimens chargez de fol- dats, voulansles metcre à terre, pour fecourir ceux qui y é- toient , ayant eû avant _que d’en pouvoir approcher , plus des deux tiers de leurs gens tu«z, & ayans efté obligez de retourner aux vaiffeaux rem- plis de morts & de blelfez ; en forte qu’il en retourna une au navire le Iean Thomas, rem- portant , de quarante hommes qu’elle avoit embarquez, vingt- huit de tuez , & quelques-uns blefTez : Vne vigoureufe a&ion des noftres acheva de leur IIM i i Mi" \l\m. hm. Ilfli * 1 ilM'! 1 J- 1 P! JIM Il iir |j > %o6 I{eîarion de ce qui sejjt pape o&er toute penfee de mettre pied à terre^csi ^trois chaloup- pes chargées de'Ebldats An- glois j venus pour descendre à terre un peu âpre? leur gros & qui étoient fuivies de ces barques, ayans voulu choifir un lieu pour cét effet un peu éloigné de celuy où fe faifoit* le combat vers la droite de l’attaque des Ennemis , afin de n’eftre pas fi expofées au feu de noftre moufqueterie : quelques fbldats , tant des trouppes du Roy , que des auxiliaires, mê- lez de quelques habitans de- l’ifle , fe détacherenc fans- commandement, & furent re- cevoir ces chalouppes au bord de la lame avec tant d’ardeur,, que les Ennemis Rapprochant if Ml dans les Ijles de ï Amérique. ioj >as afTez vîtc à leur fantaifie ,, ls jerterent leurs moufquets , k fufils fur le fable & mettant ’épée à la main allèrent dans eau jufques à la ceinture, combattre les foldats de ces cliaîouppes , nonobftant leur feu , celuy de leurs barques & de leurs vaifleaux , & les atta- quèrent avec fane dé vigueur,, qu'ils les paflerent tous au fil de l’épée , fans quil en échap- pât un feul j les cliaîouppes- chargées de quelques vituail- les leur demeurant pour but- tin. A l’arrivée des Compagnies' de Normandie , &: autres' ve- nant de la grande raddejes avis furent differens ^ & l’impatien- ce Françoife ne. fe contentant Wm • I' $y*l !:î Jh J êO§ 2\elation de ce qui s eftpafie pas d’empécher les Ennemis d’entrer dans la terre de S.Chri- ltophe, plurteurs vouloient les aller attaquer dans les trous & dans les roches, où ils s’étoient portez dertous la Falaife. La victoire étoit lors certaine., & ne s agirtbit plus que d’exami- ner de quelle maniéré on ter- mineroit un combat qui avoit déjà duré plus de quatre heu- ; res: les Officiers de Norman- die, qui navoient point com- battu, furent avec leurs Corps, portez dans la ravine Pelan, d’où ils relevèrent Poitou , & le détachement de Navarre: & comme les Ennemis vcnoient fouvent efcarmoucher à len - trée de cette ravine, pour at- tirer les noftres en lieu où ils ! dans les Ijles de l'Jmerique. 109 ru (lent expofez au feu des leurs^ Uui s’étoient rangez fous fef- jrarpement de la Ealaife j cela (obligea les Officiers de preffier le Chevalier de faint Laurent:, de faire donner , l’épée à la main, fur les Ennemis : furquoy il fut tenu une maniéré de petit Confeil ; & la chofe ayant jefté refolue avec quelque ré- pugnance, le Chevalier de faint Laurent ^ qui ne pût fe défen- , dre de cette complaifance pour ceux qui étoient arrivez îles derniers à foccalion, les-de- 1 tachemens furent ordonnez de tous les Corps: Les ennemis qui étoient poftez à l’emboucheu- re de la riviere Pelan , attirè- rent le détachement de Nor-- mandie le premier , qui ayant 2 ,iO Inflation de ce qui s’eji pajfé le fieur de là Boufquette^LieU- tenant.» à la telle y pouffa tout ce qui fe trouva devant luy, jufques au gravier , fur le bord de la mer, où les ennemis favo- rifez du feu de leurs gens qui etoient à couvert fous la Fa- laife, repoufferent les noftres jufques à 1 entre'e de cette ra- vine j & blefferent le Heur de la Boufquette de plufieurs coups de main , le îaiffànt pour mort fur la place ; mais le ff eur de la Giraudiere j Capitaine , qui y étoit du jour s’avança avec tant de vigueur., qu’ayant tué d’un coup depiftolet, l’Offi- cier qui étoit à la telle des En- nemis , il les pouffa une fécon- dé fois jufques hors la rivière; êc avant fait retirer la Bouf- ! dans les Ifles de 1 Amérique, zrs ]uctt;e , qui n’étoit pas mort, iilloit une fécondé fois char- ger les Ennemis fur le gravier, (s'il n’en eue efté empêche' par l’ordre du Chevalier de fainr (Laurent , qui voyant qu’il y a- voit plus de témérité , que de raifon , d expo fer de braves gens à ellre facri fiez par ceux qui ne pouvoient luy échap- per, fit faire défenfe , qu’aucun n’euft à quitter fon polie, ôc que chacun fe contentât de faire feu fur les Ennemis qu’il verroit paroître.. Les vailfeaux Anglois conti- nuoient leur feu , & s’étant ap - perceus qu’ils pourroient faire beaucoup de mal à ceux des' noftres , qui étoient pollez: dans la rivière Pelan , quatre I ÏÉi il ImJk f 1 lit il 13 I ü lit Relation de ce qui s'ejl paflé de leurs fregatces filèrent, leurs cables, & vinrent occuper tout le front de l’emboucheüre de cette ravine, vers la mer, & reJ commencèrent à faire plus de feu que devant , duquel ils tue- 1 rent, & blefierent plus de nos gens qu’ils n’avoient fait au commencement du combat; Il y avoir fix heures qu’il du- roit ; & les Ennemis qui étoienc à terre, ne voyant plus d’efpc- rance de falut , apres avoir eu réponfe d’un des leurs qu’ils avoient envoyé à la nage , à bord de leurs vaiffeaux , qu’il leur étoit impoffible de les re- tirer , ny de les fecourir, eurent enfin recours à la clemence des noftres, aufquels ils n’avoient encore ofé demander quartier. dans les Ijïes de /’ Amérique. 113 jlans la crainte de ne le pas ob- jenir j parce qu’il pafToit pour :onll:ant qu’ils avoieift refolu le n’en point donner aux Fran- çois ; cependant , en l'extremi- :é où ils étoient , n’ayant dau- îre reflburce , vers le midy, iis demandèrent quartier , mon- trans un mouchoir blanc au bout de leurs armes • & le heur de faint Laurent ayanc com- mandé que l’on celïat de tirer, ils les mirent bas j & vinrent fe jetter entre les mains des nô- tres, au nombre d’environ cinq cens cinquante, dont plus de la moitié écoient blelTez , où ils trouvèrent plus de douceur &c d’humanité que chez les leurs mêmes* qui en eurent allez peu pour tirer avec une cruauté Relation de ce qui s'ejl pajïé moine, force coups de canon fur ces pauvres prifonniers qui étotent déjà mêlez parmy nos gens, & en tuerent quel- ques-uns : Ce procédé parut aufii nouveau qu’étrange , & fit crier àplufieurs qu’il falloir faire main- baffe fur ces prifon- niers , puis que les Ennemis ob- fervoient fi mal les réglés de la guerre j & effeétivement il y en eut quelques-uns de tuez en cette première chaleur ; mais lés Officiers étant accourus, re- prefenterent avec tant d’effica- ce^ que la faute des Ennemis ne nous en devoir pas faire com- mettre une plus grande , que l’on n’eut plus de penfée que de faire mettre ces pauvres malheureux a couvert du ca- dans les Ijles de l'Amérique, il / on des leurs mêmes , & de fon- er à faire penfer leurs bleflfeu- fs. Les Ennemis * apres avoir ncore canoné quelque temps, ’verent enfin l’ancre, & pre- ant le party d’une honteufe etraitte , mirent à la voile , a- rés avoir laifië prés de huit ens de leurs meilleurs hom- ties j tuez ou noyez , entre lef- juels étoit le Milord Bêla- ~ nont , & plufieurs Officiers , ôc )lus de cinq cens cinquante mfonniers; parmy lelquels fe rouverent le Lieutenant Co- onel Stapleton qui comman- loit à la defcente , le Colonel Bouclé, le fieur Colter,premier Capitaine du Régiment de Bri- eis , & plus de vingt autres tld Relation de ce quis’eft pafé Officiers -, cette perte de l'élite de ce qu'ils avoient de meil- leurs hommes, leur eau Tant au- tant de d épiai 11 r & de conster- nation , que de dommage. RETOVR DES A NGLOIS a Nieu'ës , après leur défaite: Ar- rivée du Chevalier Harmant leur Admirai , avec un grand ren- fort ; ey fa refolution. C H A P I T R E .XXXVII. L Eurs vai fléaux ayant mis à. la voile , retournèrent à Nieuës , ou le Lieutenant ge- neral Vuiloughby remporta ce déplaifir d avoir veu défai- re les gens fans avoir mis pied à terre, ou pour les Secourir au dans les Ijles de Ï Amérique. 117 u lieu de l’attaque , ou pour aire une diverhon , quoy qu’il ût encore pour cét effet plus le quinze cens hommes qui éavoient point combattu ; cét >fEcier s’étant tenu tout le ong du combat appuyé lur le >ord de Ton navire avec aufli >eu d’aétion, que de vigueur £ de raifonnement. Trois jours après cette atta- que , le Chevalier lean Har- nant arriva à Nieues fur le .yon , de foixante -huit pièces le canon , fuivy des fregattes, ' ’Efperance de cinquante-qua- re pièces -, la Couronne , &: le D ouvre j de chacune quarante- îuit ; Ôc de deux autres, dont tous n’avons pas feeu le nom: 1 eut bien du chagrin de ce II. Partie. K : | f'I mm hIIt' HRI ili jjWV, B: J! fkfl; MÉ m 11 ; zl8 Kjlation de ce qui s'ejî pajîé que la précipitation du Lieu- tenant general luy eût fait en- treprendre cette attaque, fans fon fecours , & avant la jon- ction de toutes leurs forces; mais il jugea, apres avoir efté reconnoître toute la flotte de faint Çhriftophe avec fon na- vire , depuis la baffe- terre , juf- ques à la pointe de fable, que prefque tous leurs Officiers é- tans morts , ou prifonniers -, & la meilleure partie de leurs trouppes , ôc de leurs hommes choifis, en même état, c’étois une témérité que de vouloii tenter une fécondé defeentt contre les François, enflez dt fuqcés de leur vi&oire, & dt l’avantage qu’ils avoient em- porté fur eux : de forte qu’il re- ; dans les Jjles de l' Amérique, 119 cournaàNieuësj dans la pen fée de ne point fonger à cette en- jtreprife -, il y relloit aflezem- [barafle de ce qu’il pourroit fai- re d’avantageux pour les liens, lors qu’une cache Angloife, ar- mée en guerre , luy a mena une barque de croifeurs François qu’elle avoit prife , apres un long & opiniâtré combat, dont le fuccés leur eût peut- eftre elfé defavantageux, fans l’accident qui arriva aux Fran- çois, qui ayant leur efcoutiîle i ouverte , & prenant de la pou- dre dans un baril pour fournir i à leurs gens , un pot â feu de la ï cache Angloife., tombant par cette efcoutiîle, dans le fonds de la barque , mit le feu à la poudre , & brûla , & mit hors no Relation de ce qui s'eji pajié de combat neuf ou dix Fran- çois , & endommagea fort leur bâtiment. Le foin que prit le Cheva- lier Harmant, d’interroger ces prifonniers , luy donna con- noiflance que la flotte Françoi- fe n’avoit pû gagner la Martin nique , apres le combat de Nieues , & quelle avoit efté o- blige'e daller jufques à la Gre- nade-, qu’il y avoit peu de jours qu’elle setoit rendue à la Mar- tinique , & que lors que leur barque en e'toit partie , les na- vires qui étoient allez porter les gens de la Guadelouppe, en leurlfle, n’y étoient pas enco- re de retour; que lefecoursde France n’étoit point encore ar- rivé., qu’on l’y âttendoit tous dans les /Jles de l' Amérique, ni es jours, mais avec d’autant blus d’impatience , que les vaif eaux François étoient en gran- de neceflité de poüdre : Ces idiofes determinerent le Che- valier Harmant , à entrepren- dre d’aller attaquer la flotte Françoife , à la Martinique ; ce qu’il crut pouvoir faire avec la moitié de fa flotte , veu la force de fes vaifleaux la foiblef- fe de ceux des François. Ayant pris cette refolution , il mit à la voile le 15. Iuin , avec dix grandes fregattes, un brûlot, & une cache de guerre, pour cette entreprife. IC üj X^ESOLVTIONS DE LA France } fur le fecours des Jjles; [es négociations avei l’An* qleterre. Chapitre XXXVIÏL JEndant que ces cho B fes le pafldient aux Ifles y il eft à propo's de dire un mot de ce qui fe faifoiten France : La Cour avoic envoyé, comme nous avons dit cy- devant , fes ordres au fieur Colbert du Terron , à la Rochelle, pour 1 expédition de huit vai fléaux de guerre que le Roy avoir deftinez pour les Ifles de l’A- mer 1 que, avec ordre de choi- fir ceux qui feroient plus pro~ dans les J fie s de l’Amérique. n$ près pour ce voyage, & af- foibliroient le moins la flotte que le Roy pre'tendoit met- tre en mer „ au Prin- temps: Tous les vaifleaux étoient à Brefl:,ainfiqiie le Duc de Beau- fort, Admirai de France, au- quel il jugea à propos de défé- rer ce choix > & pour cét eflef , il envoya dn Courier , avec les ordres qu’il avoir receus de la Cour, à Moniteur l’Admiraly qui , foit qu’il voulue répondre à la civilité, ou quen effet il fût bien aife de ne point faire ce choix luy-même, il le ren- voya à celuy qui le luy avoit déféré , luy écrivant , que com- me il connoifToit les vaifleaux, & les Capitaines qui feroient les plus propres pour ces pais, K iiij r 114 Relation de ce qui s’eft pafîé dont il avoit beaucoup plus de connoiftance que luy , il le prioit de luy envoyer la lifte des uns, ôc des autres ,, fui- vant laquelle il les feroit partir de Breft ,, pour fe rendre à la Rochelle ; mais comme cette lifte fut entre les mains de Monfîeur l’ Admirai., une par- tie des Capitaines qui fe vi- rent nommez, commencèrent à faire des brigues, & des fol- licitations preflantes prés de luy , aftn qui! empêchât qu’ils n’allaftent en un païs, ou l’é- loignement dérobant leurs avions à la Cour , en étoufe- roit le mérité , & où les plus grands fervices qu-ils pour- roient rendre, ferviroient peu à leur avancement. i dans les Ijles de l'Amérique. 21$ \ Monfieur l’ Admirai, qui a joûjours eu- beaucoup de bon- j je ôc de civilité pour ceux qui pnt fervy fous fa charge , ému par leur priere , écrivit au fieur jlu Terron, qu’il croyoit plus i propos que cette nomina- don fût faite par le Roy , que ipar eux , veu la répugnance qu’une partie des Capitaines, phoifis j avoient pour cette ex- pédition y ce qui obligea le fieur du Terron , de dépécher exprès à la Cour pour { eér effet. Il fe confomma plufîcurs^ jours à ces envois , de part ôc d’autre -, en forte que ce Cou- rier arrivant à la Cour y trou- va les difpofitions bien chan- gées de ce qu’elles avaient K v lié Relation de ce qui s'eji pajse efté au commencement de Fé- vrier , toutes les penfées du Roy tournant vers la con- quefte du Braban , & autres païs que fa Majefté pretend&irl eftre dévolus de droit , à la Reyne Ton époufe, par la mort du Roy d’Efpagne Ton pere: Sa Majefté étoit perfuadée qu’il falloit employer toutes fortes de moyens pour faire la paix avec l’Angleterre, avant qu’il pût mettre en campagne pour entrer en des pars dont il ne fe pe,uvoit mettre en pofifef- fion, quelque droit qu’il eut, que parla voye des armes: Pour cét effet, elle avoir trouvé bon que la Reyne d’Angleterre, qui étoit à Paris, employât fes of- fices vers le Roy fon fils , pour' dans les Ifles de l'Amérique, nj l’engagera une paix qui luy de^ 'voit eilre d’autant plus avan-* tageufe , qu’elle le tiroit d’une guerre dont le fardeau femble- roit dans peu de temps trop pefant aux Anglois j & ilsn’a- voient pasefté {ans fruit, puis que le Milord faint Alban é- toit revenu d’ Angleterre , en France, avec des propolirions bien plus avantageufes pour les Hollandois , que toutes cel- les qui avoient efté cy- devant avancées de leur part j en forte qu’il y eut lieu d’efperer que les chofes tourneroient en peu de jours en un accommodement, puis qu’il ctoit déliré par tous les deux Rois : celuy de France, ayant , pour avancer la çon - fclufion , renvoyé ce îUêmè-Kli- 12.8 Relation de ce qui s'eftpafîe lord en Angleterre, avec des conditions qui apparamment ne pouvoient pas eftre refufées de ce Roy : Ce fut dans cette conjoncture , vers les premiers jours du mois d’ Avril, qu’arri- va à Paris le Courier du (leur du Terron , qui au lieu d’en rem- porter une prompte expédi- tion, n obtint pour réponfe, qu’un ordre adreffant à celuy qu’il l’avoir envoyé, de tenir les chofes en fufpens , & les tirer en longueur , jufques à ce qu’on luy eût fait fçavoir la re- folution déterminée que l’on vouloir prendre en cette ma- tière. Le retour du Milord faint Alban, donna lieu à. la con- clusion d’un accommodement { dans les Ijles de l'Amérique, ny jecret entre la France , & l’ An- gleterre, par lequel les con- ditions de la Paix qui devoir jiclatter par un traité folem- lel entre les deux Nations j fu- ient refolues -, & le lieu du trai- re choifi à Breda. Il eft incertain H dans cét accommodement , le Roy pro- mit aux Anglois, de leur aban- donner les Iflefr, & de les facri- fier à la conquefte de la Flan- dre -, c’eft un fecret dans lequel l’on n’a pas bien pu. penetrer: mais toute l’Europe a efté té- moin y qu’il fut fuivy de !en~ voy d’un Courier à la Rochel- le., par lequel on envoya les ordres au îîeur du Terron , de furfeoir à tous les préparatifs que l’on faifoit pour le fecours 2,3©' Relation de ce qui s*efl pafié des I fies ^ de faire marcher les vingt Compagnies qui y dé- voient paffer , en Flandre ; & d’avertir le fleur de BaaS j que cette entreprise etoit entière- ! ment rompue ., & qu’il pouvoit prendre tel party qu’il luy’ plairoit: Ainfî l’Amerique de- meura expolee aux efforts des Ângiois,. qui certains de leur accommodement avec la Fran- | ce , y envoyèrent le grand nombre de vaifleaux que vous avez veu } apre's avoir refolu de ne point mettre en mer de lotte confîderable , cette an- née., en l’Europe.. mi dans les 1 fias de l* Amérique. 3 ^ A I S O N S P O V R, lesquelles les Anglais nont pas reüjfh avec toutes leurs forces dans les I fies.. Chapitre XXXIX, O N s étonnera fans doute- comment les François,, iainli abandonnez j ont pu foûtenir l’effort des Ânglois, dans les lfles : ainful ne fera* pas hors de propos de cotter j les choies qui ont caufe la de- ! ftrudion des grandes forces que ceux-cy y «voient., & fait avorter leurs deffeins : Quoy que le defaut d’un bon &; ex- périmenté Officier , qui pur commander leurs forces, de lis II iisll pli IH l M lïfei || ; pl I \Wv r Jp I hm || [ \ # 1 * J-'HIîV ll& %$t Relation de ce qui s'ejl pafîê terre aux defeentes & entre- prifes qu’il falloir faire pour l’attaque des Ifles, ait eftéfans doute la caufe principale des fautes qu’ils ont commifes en ; cette guerre , on peut nean- j moins leur en imputer plu- fîeurs autres, dont la premiè- re & une des plus confidera- bles , a efté le chois qu’ils ont fait de l’attaque de l’Ifle de faint Chriftophe , pour leur premier exploit $. dans laquel- j le, pour ainii dire , étoient ren- fermées toutes les forces des François , puis qu’outre fepe cens hommes des trouppes du Roy , il y en av oir prés de trois cens détachez des meilleurs des Ifles delà Martinique , & Gua- edlouppe ; & l’on, peut dire ii- dans lesTfles de l' Amérique. 133 ue ce lut une grande impru- ence à eux daller efïuyer le ifque d’un périlleux combat, jontre des gens qu ils pou- oient avoir la corde au côl> >uis que s’emparans de la Gua- lelouppe , qui n’éût pas refi- lé à une de leurs attaques , dé - jjourveuë de trouppes comme !:lle étoit , & n’ayant que Tes impies habitans pour fa dé- :énfe : & ruïnapt la flotte de la Martinique , ils pouvoient en leux mois affamer faint Chri- lophe; en forte qu’il eu fient )bligé ceux qui y écoient, &c jui fe fu fient par ce moyen rouvez dèpourveus de toute ;fperance ic de tout fecours, ■ capituler , & leur remettre :ette Ifle fans coup ferin 134 Relation de ce qui s 'ejlpafi ê | La fécondé eft , d’avoir at ta que ce polie avant la jon- ction de toutes leurs forces. Yne troifïéme inexcufabie , eft de n’avoir fait qu’une attaque,; où ils en pouvoient au moins faire deux Véritables , & une fauffe ; ce qui eût caufé la perte infaillible de cette Ifle : car fi par une fauffe attaque ils euf. fent } à la pointe du jour, re- tenu le Chevalier de faint Lau- rent à la balfe- terre , ils au- roient pu, fans aucun empê- chement, faire leur defeenteà la rivière Pelan ^ 5c poftant leurs trouppes en un terrain qui eft au deffus , fortifié des deux coftez , de deux ravines d’un très difficile accès , s’y maintenir fans peine , 5c avec dans les Ijles de l’ Amérique. 13 j jeu de péril , partageant nos brces en. deux , fans qu’elles- uflent fe rejoindre , qu’en fai- jint une journée & demie de j’hemin , & abandonnant en- jiêrement aux Ennemis , un les quartiers de l’Ifie: il faur oindre à cela les deu* inexcus- ables qu’ils firent à leur défi. :ente ; l’une , d’avoir choifi un ieu pour la faire., commandé de tous coftez, où deux lieues de cofte ouverte leur en four- nifloient vingt plus faciles ôc plus avantageux pour mettre pied à terre : & l’autre , de n’a- voir pas fait gagner la hauteur à leurs gens fi-toft & à mefii- re qu’ils avoient mis pied à terre, des chaiouppes • au lieu de les pofter en bataille en un itff Si]ê Relation dé ce qui s’ejl pajïé lieu commandé de la Falaife ; car s’ils eulïent pris ce party 3 & qu’ils l’euffcnt fait montei à leurs gens, à mefure qu’ils debarquoient , le Chevalier de faint Laurent eût trouvé plus de cent cinquante hommes dés leurs poftez fur la hauteur, à fon arrivée , contre lelquels fan effort , avec vingt cava- liers qui le fuivoiertt n’auroit pas pu faire grande chofe -, au lieu qu’ils fuflirent à défendre un paffage où on ne pouvoir monter qu’un à un , & luy donnèrent temps d’attendre le fecours qui ne venant que par petites trouppes, & à la déban- dade, eût efté facilement dé- fait par un corps d’infanterie en bataille , bien^ pofté , & qui dans les Ijles de ï Amérique. 137 juvoit fe fervir utilement de ivantage du Terrain. Qui conliderera bien ces noies, ne fera point furprisj les François ayant un Chef >rt vigilant & pourvoi d’au- int d’a&i-vité, que de vigueur, : de courage , & un Corps, uoy que petit , de bonnes ouppes , & commande par de ons Officiers, ont .pu , avec in peu de bon heur , relifter à grand appareil de guerre dès Lnglois , que l’on peut dire Savoir produit aucun effet à sur courage , autant par la aute de leur Chef le Lieute- lant general Henry Vvilough- iy , qui n’a jamais paru à la telle les liens en aucune occalion >ù il y eût le moindre péril , 138 Relation de ce qui sefl pape que par le defaut d’experience & de conduite. A R R / FE'E DE LÀ flotte de /’ Admirai id armant i devant la Martinique , fes diverfles attaques flattes aux vaiffeaux François. Chapitre XL. ' I M A i s ii eft temps de retourner à l’Admiral iean Harmant , que nous a- vons laiffé à la mer *. Sa flotte ayant paru fous la Dominique,! fut apperceuë de quelques pe- tits bateaux François qui ve- noient de la pointe du Nord de la Martinique, qui en vin- rent aufli-toft donner avis au dans les Ifles.de /’ Amérique. 2.39 ort faint Pierre , & bourg de \i baffe-terre : les (leurs de la >arre , & de Clodoré étoient |blensj comme nous avons dit; e qui obligea le (leur de Lau- >iere , Lieutenant de Roy en :ette Ille d’envoyer en dili- gence un Exprès à la Cabefter~ e j leur en donner avis ; & le îeur de la Calle, Commis ge- leral de la Compagnie , de aiander en diligence les Capi- taines Tadourneau , ôc l’E(- cuyer , le premier comman- dant la flûte le Mercier., & l’au- tre le Lion d’or, qui étoient entièrement chargées pour 1 Europe, & leur commander, (uivant les ordres qu’il en a- voit du fleur de la Barre , de [mettre à l’inftatit à la voile , 5 c k i z 4° Relation de ce qui s'ejl paJJé de faire route vers l’CuefTpou profiter de là nuit ; & pendan ieelle, fe dérober à la veuë de Ennemis, qui étoient encore ; plus de dix lieues de la radde que fi il leur manquoit, ou vi vres, ou eauës pour leur voya ge , ils pouvoient aller touche: en l*ifle de fainte Croix , où il feroient pourveus de toute eholès necefiaires : bEfcuyerfi rendoit à céc ordre , ôc offroii de mettre à la voile j mais Ta- dourneau refufa de le faire a- vec tant d'opiniâtreté , allé- guant de méchantes raifons ; que le fieur de la Calle ne put! l’obliger, n’ayant pas un pou-] voir , ny une authorité afie 2 grande, à obeyr à l’ordre du îieur de Ja Barre , dont il étoit l’interprette. dans les Ijles de /’ Jmerique. 141 l'interprète , ainfi que le por- teur dans cette occafion : de forte que Tobftination de Ta- dourneau, empêchant Lécuyer de partir, qui luy devoir te- nir compagnie , caufa la perte de ces deux navires , qui fu- rent brûlez dans le combat a- vcc les Anglois , & un dom- mage de plus de cent quatre- vingt mil livres à la compa- gnie des Indes Occidentales , & de plus de vingt mille écus aux particuliers. La flotte ennemie ayant de- meuré en calme une partie de lia nuit, ne futapperceue que |le zt ). apres midy , la pluye & l’obfcurité du temps qu’il fit ce jour-là ayant empêché de la découvrir plûtoft. II. Partie. L ill i ’■ 1 if li! t> : 141 Relation de ce qui s'efî pajïê Les vaiiTeaux François , 8c Flamands qui étoient en radde, fe trouvèrent proche de terre jufques à trois braflfes 8 c demie d’eau , 8 c en ce lieu n’en é- toient qu’à un jet de pierre -, 8c s’étans rangez de fil le long de la cofte, laiflant jour aux bat- teries qui y étoient èonftmi- tes, prirent chacun une crou- pière qui leur faifoit montrer le flanc aux Ennemis ; & reti- rai?! s une partie de leurs ca- nons qui y étoient , du bord de la terre j les placèrent à celuy qui regardoit la mer : ils étoient en cét état lorsque le 19 . Air les quatre heures après midy, la flotte des Ennemis fut à la portée du canon d’eux : cha- cun les falüa de fa bordée; mais dans les Ijles de l' Amérique. 145 voyant qu’ils ne tiroient point, & s ecartoient doucement de la terre, on celTa le feu: la nuit venant, les Ennemis louvoyè- rent devant la radde , & le 30. au matin parurent fe difpofer à l’attaque des navires Fran- çois : le fieur de la Barre arri- va dans ce moment , de la Cabefterre,avec le fieur deClo- doré: ils fe tran {portèrent en- femble au moüillage , où ils trouvèrent prés de quatre cens habitans de la Martinique, en bataille, par les ordres du fieur de Loubiere ^ defque'ls le fieur de la Barre en fit détacher prés de trois cens , pour renforcer l’armement des vaiffeaux, de les défendre à l’abordage : il les lit diftribuer dans tous les Lii 244 Relation de ce qui s’efîpajïê navires de force , félon le be- foin dun chacun * & envoya ordre aux Capitaines , de tirer tous fur T A dm irai des Enne- mis, êc de ne le faire que de fort prés. Les ordres étoient à peine donnez , ôc les trouppesembar- quées, que l’Admiral des En- nemis j fuivy de trois autres fregattes , étoit à deux portées de canon de nos vai fléaux -, fur lefcjuels , favorifé dun vent du Sud’oueft, que nous appelions éguillon j il venoit à toutes voiles , lors qu’il fut faiüé de tout leur canon, ainfi cjue de celuy des Forts ; ce qui l’obli- gea d’arriver pour mettre à la bande, afin de fe raccommo- der du dommage qu’il avoit dans les Ijles de î Amérique. 145 receu , & de laifTer pafler de- vant luy les trois fregattes qui le fuivoient ; ce qu’il ne fit pas : fans avoir donné Tes deux bor- dées de trente-fix coups de ca- non chacune : les trois fregat- tes ennemies vinrent en ca- nonant , jufques à la petite portée du fufil, où elles com- mencèrent à fe fervir de la moufqueterie , à laquelle la nôtre ne manqua pas de répon- dre , nôtre canon leur faifant plus de mal que nous n’en re- ; cevions du leur : Comme ces fregattes approchoient à def- 1 fein de venir à l’abordage, foû- | tenues du refte de leur flotte, & de leur Admirai qui avoir reviréjle calme les fufprit, &c dura prés d’une heure , pen- H L iij I z 4^ "Relation de ce qui s'ejl paflé dant lequel le feu des canons, ôc de la moufqueterie ne cefla point de part & d’autre , & l’on combatit en ce rencontre , non comme on a accoutumé de fai- re fur mer , mais de pied fer- me , comme il fe pratique fur terre. Les deux freçrattes ennemies qui étoient les plus proches de terre, étoient fort incommo^ dées de noftre canon , ôc en é- tat de couler bas, lors qu’elles furent fecouruës de toutes les chalouppes de leur flotte , qui les ayant prifes à la touë, les remorquèrent 6c les tirèrent hors du péril où elles étoient, les rejoignant au refte de leur flotte : Leur Admirai , qui s’é- toit retiré le premier de la me*- dans les Jfles de l'Amérique. 147 lée j au moyen de cinq cha- ilouppes qui l’avoient toüé, re- liant fort incommodé de nô- tre canon , dont il avoit eu fi grande vergue coupée, & ion grand mats fort endommagé- ce qui parut parle grand mon- de que l’on vit travaillera rac- commoder l’un & l’autre: fi- toft que ces vaiifeaux furent rejoints, ils ne firent plus que tirer quelques volées de leurs gros canons , en fe retirans vers la mer , à la faveur d’un pe- tit vent de terre qui fe leva; ainfi finit ce combat , dans le- quel nous eûmes cinq ou fîx hommes de tuez , & dix ou douze bleifez. Les vaiiTeaux ennemis s’é- tans retirez au large , fe mirent L iiij 148 Relation de ce qui/ejl paJSé à la bande, pour le raccommo. der ; & la nuit, un d’eux tira plulieurs coups de canon , qu donnèrent lieu de croire qu’il étoit fort incommode'. Le fleur de la Barre jugea bien par la contenance des En- nemis , qu’ils n’avoient pas envie de le quitter fl-toft, & que leur refolution, apres a- voir efté battus à faint Chri- ftophe, étôit de ruiner la flot- te : à quoy il vit une chofe qui favorifoit tout à fait leur def- feinj qui étoit le manque de poudre où elle e'toit ; cela l’o- bligea de depécher en diligen- ce une barque de celles qu’il tenoit toujours au vent, en cas de neceffité, à la Guadeloup- pe , pour demander quelque d'ans les Jjles de l' Amérique. 149 recours de poudre au fieur du Lyon , quoy qu’il fceuc bien jue le peu qu’il en avoit ne fût pas capable de luy faire fai- re une longue refiftance con- tre les Ennemis. Craignant aufii que le fieur de Baas n’arrivât avec le fe- cours de France, que l’on at- tendoit à tous momens , dans le temps que les Ennemis le tenoient bloqué & qu’il ne vint s’expofer à eftre combattu par toutes leurs forces , fans qu’on le pût fecourir, il dépê- cha deux barques aux deux pointes du vent de l’Ille, avec des lettres , par lefquelles il luy donnoit avis de ce qui fe pal- foit , & qu’il eftimoit qu’il de- voit en arrivant , fe jetter dans L v Ml* il ■ ly 'li I l <•}• «■ illil il!* llJm m Wlil il?» :.|1' f 1 li„ LÜJi ■ ’ * < fki« zjO Relation de ce qui s’efljjœjîé le cul de fac, pour conlerver l’avantage du vent fur les En- nemis , Sc les obliger à le quit- ter pour aller à luy, & luy don- ner moyen de fe mettre en é-j tac de les fuivrer.Ces barques! avoient ordre de croifer au vent des deux pointes „ pour a- 1 vettir aufii les bâtimens qui pourroient arriver de l’Euro- pe, & les empêcher de tomber es mains des Ennemis i Ces ordres donnez, le premier Iuil- let fe paffa., les Ennemis lou- voyant toûjours âunelieuëde terre : ie deuxieme ils firent bien connoiftre par leurs ma- nœuvres qu’ils avoient deflein de livrer un fécond combat , faifant dés le matin leurs ef- forts pour s’approcher de la HÉ * ^ ; dans les Jjles de ÏJmeriqu'e. rjl jterre , ôc de nos vaiffeaux. Sur Iles dix heures du matin, ils fu- rent àia portée du canon , ôc y recommencèrent une nouvel- le attaque , differente en cela feulement delà première, que leur Admirai ne vint plus d’a- bord à la charge, mais fe fie précéder par quatre de leurs ^meilleurs vaiffeaux , pour ef- fuyer le feu des nôtres: Lèvent n’avant pas tant favorifé les Ennemis ce jour là, qu’il avoir fait celuy du precedent com- bat, qui voyant d’ailleurs qu’un petit vent de terre mettoit nos i brûlots en état de tomber tous momens fur eux, fe con- tentèrent d’approcher à la por- tée du moufquet , 6c de faire plufieurs décharges de leurs L vj irnWi !i| m 11 11 jïü «rg !• i * w «f l]U$ 'ki il [JJ ri«n zji Relation de ce qui s'eft pafîé canons , aufquels les noltres répondirent de leur mieux: le combat dura environ trois heu- res, où il fut ciré plus de trois mil coups de canon de part &; d’autre , puis les Ennemis re- mirent le cap à la mer, mct- tans leurs vaifleaux à la bande pour les raccommoder , à quoy ils employèrent la journée , & tout le lendemain troifiéme Juillet. Pendant ce temps, l’on fit faire des trenchées le long du bord de lamër, tant vis-à- vis les vaiffeaux , pour mettre l’infanterie à couvert du ca- non des Ennemis ^qu’aux au- tre» endroits où l’on croyoit qu’ils pouvoient faire def- cente. Le quatrième , de fort bon jxreqt à fe rapprocher de terre, 3e fur les dix heures ils furent encore aux François, & recom- mencèrent une charge aulïi chaude que celles qu’ils avoient données deux jours aupara- vant : le combat dura environ deux heures & demie , avec force coups de canon de part & d’autre , &c finit comme le precedent fans que nous euf- fions perdu à tous deux que fix ou fept hommes tuez , & en- viron vingt de bleficz: les En- nemis fe retirant, firent la mê- me manœuvre qu’ils avoient fait les jours precedens , & mi- rent le fieur de la Barre dans la derniere inquiétude , luy fai- fant connoiftre qu’ils n’êtoknc 2_54 Relation de ce qui s'efi pafïé pas refolus de quitter fi-toft : & luy j fçacliant afieurément que ia poudre alloit manquer tout d'un coup , il fit faire re- veuë j tant à terre ,que dans les vaifleaux , de ce qui en pou- voir refier , & il trouva que pour trois batteries de terre de vingt- quatre pièces de canon, & pour l'infanterie , il n’en relloit plus que deux milliers j pour les vaiffeaux , pour tirer environ feize cens coups de canon: Cela luy fit juger la perte des vaifleaux indubitable^ mais à un mal de cette nature, il n’y avoir point de remede, qua pou (Ter les cbofes aufli loin qu’elles pouvoient aller,&: faire de fon mieux , fans ef- poirde fuccés. dans les Ijlcs de l’ Amérique. 155 Les fieurs de la Barre , & de rlodoré s’etoietit feparez pen- lant ces combats ; le premier ivoit pris pour fon polie le : ort faint Pierre ; & le fécond, a batterie de faint Sebaftien ; ic ils avoient mis le fieur de la Cale , Commis general , & le fieur Heliot, Garde magazin general à la batterie de faint Robert • le fieur de Loubiere commandoit un Corps de trois cens hommes, fur la hauteur, entre la balle- terre , & le Car- bet, pour feeourir celuy de ces deux polies , auquel les Enne- mis voudraient faire defcen- xe: les intervalles étoient gar- nies d’infanterie; & la caval- lerie étoit à couvert du canon, derrière le fort faint Pierre; 2.j ;u, & fe {auva à la nage à terre; jomme le vent venoit de la 1er j il pouffa noftre brûlot fers terre , &" donna moyen à ;a fregatte ennemie de paffer,& le venir donner fa bordée au faint Iean defaint Malo , & au uys noflre Admirai : fon bru- ot qui la fuivoit , & qui fai- llit déjà beaucoup d’eau , par les coups de canon qu’il avoir receus , eut le temps de s'ap- procher à la faveur de la fumée, & jetter fon grappin d’abor- dage , au Beau Pré du faint Iean, qui ne prit neanmoins pas , & le Capitaine en même temps y ayant mis le feu , laiffa dériver fon bâtiment, que le vent pouffa aufli toft fur nô- tre Admirai: Le fleur Delbé, zéo Relation de ce qui s’ ejl pafîè qui le commandoit, avoitd. taché fes deux chalouppes a niées , pour empéeheriîabord ge du Brûlot j mais les mate lots , & foldats qui écoient d(l dans j ayant pris l'epouvant au lieu d’aller au brûlot , nag rent à terre , ou ils abandonna rent leurs chalouppes : de forts que le feu ayant pris a ce nav- re, tout ce qui étoit dedans fui obligé de le jetter à la nag pour fe fàuver à terré : la me me chofe arriva au faint Ieai de laintMalo, où le Capitaine Chevalier qui le commandoit relfa feul avec fon frere , tou fes gens s’étans pareillemen fauvez: ce navire n’auroit cou ru aucun rifque, fans l’aban don des liens - r quelques éclat tfans les Ifles de /’ Amérique. zCl s brûlots , de de l’ Admirai, ant fauté tous allumez dans s flûtes , le Mercier , ôc le yon d’or, qui étoient toutes largées pour Hollande , y nterent le feu , qui faute de cours confomma ces deux îifleaux ; il s’étoit aufli pris i Floriflant, commandé par Capitaine la launaye : mais )mme il eut la prefence d’ef- rit d’empécher qu’aucun ne >rtît de fon navire, &e de s’y ppofer le fabre à la main , il .avatlla fi heureufementàl’é- pindre , que ce navire n’enre- eut aucun dommage, & qu’en p fauvanc on empêcha l’in- «ndie*de toute la flotte. Tandis que ces navires bru - ioient , la fregatte ennemie. i6i Relation de ce qui s’ejl pajîé qui avoic efcorté le brûlot poulfée par le vent de la mer donnoit à terre, 8c alloit é choiier fous la batterie de làin Robert : elle étoit fort endom-! magée du canon de cette bat > terie ; 8c la moufqueterie qu; y étoit poftée ,avoit fait aban- donner les manœuvres à for équipage, lors que d’un coup de canon , qui fut tiré d’un de; vailfeaux Anglois , le fleur He- liot faint Germain, qui corn- mandoit dans cette batterie, fut tué , 8c quelques canoniers blefiez : ce qui ayant fait cef- fer pour quelque temps le feu que les noftres faifoient de ce polie , jufques à ce que les lîeurs de Loubiere , & de la Galle eulfent remis le courage dans les J fie s de l'Americjue. 2.63 leurs gens ,donna temps aux avires ennemis d’envoyer uelques chalouppes bien ar- aées pour remorquer cette fre- atte ; ce quelles ne purent eanmoins faire fins perte de eaucoup des leurs qui fe trou- èrent expofez au feu de nolfre aoufqueterie , 8z fans que la regatte ne fût fi fort endom- nagée de noftre canon , quelle a pu depuis gagner Nieuës, Z coula bas entre Mont- iarrat , & la Rotonde -, elle- fut leanmoins , avec l’ayde dun )etit venc qui fe leva de la ter- e, tirée comme par miracle ie nos mains , 8z délivrée pour fors d un péril auquel elle firc- comba en fuite. Apres cét ex- ploit , les Ennemis fe retire- rentjSc allèrent moüiller vis à vis leCarbet: pendant le for de ce combat entre les vaif veu deux caches moüillée pro che le Bourg , environ un< bonne portée de moufquet di fort , détacha une grande cha toupie armée, pour venir 1er enlever, ou les brûler ; ce qu obligea le heur de la Barre, de forcir de ce fort , auec les fieurs de Piaillas , de B ay an- court, de Poincy , & une dou- zaine d’autres volontaires, & fa maifon , & de courir le long ut» cacnes j a uu n iil mue xcu à tous fes gens fur la chaloup- pe ennemie , dans laquelle féaux , une fregatte qui bat toit le fort faint Pierre , ayani dans les Ijles de l' Amérique. z6f jiyant tué crois ou quatre hom- nes,elle fe retira brufquement, ans approcher davantage de :cs deux batimens ; cela fait ls rentrèrent dans le Fort } fans tvoir eu perfonne de tué, ny blefle , nonobftant le grand îombre de coups de canons que les ennemis leurs tiroient. Dans ce moment, les fuyars les navires brûlez arrivèrent iiu fort faint Pierre , avec tant l’épouvente, que le fleur de la Barre ne douta point, que fl les Ennemis donnoient à terre, ls n’y defeendiflent avec faci- ité , & prefque (ans combat: 1 fit fon poflible pour les r’iqf- eurer , il leur donna des àr* nés ôc des munitions , & quel- ques habits où il en put trou- II. Partie. M |M i A 1 66 Relation de ce qui s eft f>aj?é ver, & les renvoya aux tren^ chées , mandant en même temps au fieur de Clodoré , de les faire pofter en un lieu ou ils ne puffent pas combattre les premiers. Mais ce que craignoit le fieur de la Barre, ne pouvoit pas arriver j car les Ennemis é- toient fi fort affoiblis par le nombre d’hommes qui avoient efte tuez, ou bleflez dans leurs vaifieaux , qu’ils n’eurent au- cune penfée de mettre à terre. Lors qu’ils furent modifiez, tous les Capitaines des vaif- feaux fe rendirent à la place , hors le Capitaine Iamain , qui avoit efte blefifé de deux ou trois coups, & le Capitaine la Fontaine qui avoit efte tué; i dans les Ifles de l' Amérique. z6j l’on fceut d’eux , qu’il n’y avoic plus dans tous les navires que pour environ cinq cens coups |de canon de poudre , & il n’y en avoit à terre pas plus d’un millier; de forte que les vaif- feaux demeurans par ce man- que , dépourveus de défenfe, le fieur de la Barre prit refolu- tion de les faire echoüer ; if donna les ordres à tous les Ca- pitaines de faire des fabords à leurs navires , & de les tjenir bouchez, & que (î les Enne- mis donnoient l’attaque une autre fois , apres avoir tiré le refte de leur poudre , ils ouvrif- fent le fabord , & coulaflenc leurs navires bas , ne pouvant avoir recours en 1 état ou l’on étoit j qu’à cette extrémité, M i) zé8 Relation de ce qui s‘ejl pajïé foie pour tâcher que les navi- res ne tombaient es mains des Ennemis , foie pour faire en forte d’en fauver quelques-uns; Il recette dans ce moment nou- velle que la barque qu’il avoit dépéchée à la Guadelouppe , é- toit arrivée vers la pointe du Nord de l’Ille, & que le lieur du Lyon luy avoit envoyé mil cinq cens livres de poudre, quoy qu’il n’en eût pas plus de troi§ milliers : il envoya ordre de la faire apporter par terre, par des Negrés , fe refoluant de la conferver pour la défen- fe de Mlle. Il arriva dans ce moment un démélé entre les fleurs de la Barre , & de Clodoré, au fujeij de ces caches dont nous avon: dans les ifles de l’ Amérique, i 5 arlé j de (quelles les propfie- caires , dans la crainte de la perte de leurs bâtiniens , a- voient efté importuner le der- nier par des plaintes , & par des prières peu raifonnables : mais comme les differens qu’ils ont eu enfemble , ont efté afToupis par un jugement folemnel de perfonnes les plus qualifiez de la Cour, je croirois pecher, fi par le récit de leurs gri efs mutuels , je reveillois aux ;uns & aux autres le fouvenir des chofes qui les ont fi fort ; aigris , & remettois à. la veuë du public , ce qui doit eftre ienfevely dans un eternel fi- lence. le me contenteray donc de I dire , que les chofes s’étans M iij %-jo 'Relation de ce quis'efîpafïé pou (Fées en des parolles d’ai- greur , le fieur de Clodorê, qui témoigna beaucoup de cha- leur en ce rencontre, fe retira de defiiis la place où ils êtoient, Sc tenoient confeil dans Ton logis , difant qu’il ne vouloit plus fe mêler de rien, & que le lieur de la Barre qui cher- choit, dans la conjoncture où êtoient les affaires x , tous les moyens d’empêcher léclat d’une divifion fâcheufe , & dont les fuites pouvoient cau- fer des malheurs , & des accf dens de tres-perilleufe confe- quence , s’avifa d’envoyer que- rirle Pere Marefclial, Supérieur des Iefuites de cette Ifle , & fort amy du fieur de Clodorê, auquel ayant donné part de ce dans les Ijles de l’Amérique. 271 s’étoit paffé entr’eux , il dit ! qu’il le prioit d’aller trouver lé fieur de Clodoré, & le rendre capable de raifon -, qu’il facri- fioit volontiers au bien public, le jufte reffentiment qu’il de- voit avoir de l’offenfe qu’il luy I avoit faite , &c fouffriroit vo- lontiers de voir Ton autorité blefTée, ôc fon caraéterc violé, le retardement des s’il vouloit venir à la place ils ne parleroient point de ce qui s’étoit paffé., & tiendroiét confeil à l’ordinaire: CePere fe chargea de lachofe,& après quelques allées,& venues, il ramena le fieur deClodoré àla place,où le fieur de la Barre luy dit obligeamment; Nous vous attendons il y a du temps pour M iiij plûtoft que affaires ; qui fji Relation de ce qui s’ejl pajïé voir ce qui eft à faire : & en fui- te il luy parla des affaires qui fe prefentoienr. Le 7 . les Ennemis employè- rent toute la journée à fe rac- commoder, ètans à l’ancre, & le 8 . ils vinrent, vers i’aprefdî- née , à la voile > à l’exception d’une de leurs fregatres qui de- meura mouillée : ils avoient dés ce même jour 7. envoyé une cache armée en guerre, dans la- quelle on leur avoir veu ,avec des lunettes , charger force bleffez, du codé de Nieues :fur les deux heures après midy, ils approchèrent des vaiffeaux François, & commencèrent à les battre de leur canon : le feu des noltres ne fut pas grand , fk le refte de la poudre fut bien- | dans les Ijles de l Amérique. 27$ :oft ufé -, de force que les Ca- pitaines n’ayant plus dequoy cirer, coulèrent bas leurs vaif- féaux , comme le (leur de la Barre leur avoit ordonné : il n’y avoit que trois à quatre brades d’eau, de forte qu’ils n’enfon- cerent que jufques à la hauteur de leur pont d’enhaut : il avoit cependant fait armer toutes les chalouppes, pour empêcher les Ennemis d’en approcher avec les leurs ^aufli n’entreprirent- ils rien , & apres une heure & demie de combat fe retirèrent au large. Le lendemain 9. de fort bon matin , les Ennemis approchè- rent de terre ; puis leur Admi- rai ayant mis pavillon de Con- feil, ils fe lailTerent dériver, M v , 274 Relation de ce qui s eji pajlê ayant mis en panne •> ôc fur les deux heures apres midy, s’é - tans rapprochez, ils envoyè- rent à terre une chalouppe,a- vec pavillon blanc : Le heur de la Barre fit mettre les troup- pes en bataille cavalerie ôc in- fanterie , ôc commanda quel- ques gens pour aller recevoir leur Envoyé au bord de la mer ; il fe trouva que c etoit un Capitaine d’infanterie nommé Barrer, qui a long-temps fervy en France, qui luy étoit envoyé' par F Admirai Harmant , ôc luy appôrta la lettre, dont la te- neur enfuir. dans les Ijles de l'Amérique, zj j LETTRE DV ^IEVR Harmant, Admirai Anglois. M 0NS1EVR, Il y a environ quinze fours que fay pris une barque équi- pée en guerre dépendante de la Mar- tinique j dans laquelle la plufpart é- t oient François , CT le rejle Fia -, mans , desquels je fuis informé que vous ave % un nombre confidetable de prisonniers , qui font plus maL traite ^ que vos efclaves des Ifles; aufquels quand vous fer e% reflexion y comme étant vofire propre fait , puis que cela fe fait par vofire per- ntijfion j je ne vous puis croire fi peu Cbreflien que n'ayef quelque ref- fentiment de leurs mauvais traite- mens j oh 4h moins que ny donniez M vi lyG Relation de ce qui s' ejl pajïê ordre pour l’avenir. Adonjieur , je vous envoyé ce Adejfager,pourvous faire fournir de la mutabilité de la fortune • er quoy que vous vous pouviez croire au dejfus de fa roue, vous ne fçave % le temps que vous changerez de fortune avec celle de : vos captifs : je fçay que vous ejles très fenfible 3 ftj) quil mejl tres- facile de détruire vojire Bourg & magasins 3 & peut-ejlre toute vojire ; Jftc ; c’efl pourquoy,f vous voulef vous gratifier moy aujfiyn m'en- voyant lefdits pnfonniers 3 je vous promets ne faire aucun préjudice da- vantage, fmon a vos vaijjeaux } lef- quels je juis feur ne me pouvoir é- chapper. l'attendray vojire prompte réponfe par le Capitaine B arrêt ^ mécûts cy dejjous vofrc tres-hum- ferviteur * Iean Harmanx» dans les IjJes de ï Amérique, tjj A bord de Jlile ancien 19. luin , 5 ). Iuiüet, Jlile nouveau . Le fîeur de la Barre ne fut point furpris de cette rode- montade Angloife ; & ayant confère un petit momenc avec le fîeur de Clod-oré , & pris fon fentiment , qui fe trouva con- forme au fîen , il luy laiffa ce Capitaine Barret, pour le ré- galer du mieux quil luy feroit poflîble , & l’inflruire du détail du traitement que l’on avoir fait aux prifonniejs de guerre-, dans lequel il ne luy paroifToit rien que de fort raifonnable: puis il alla faire la réponfe cy jointe. REPONSE A LA LETTRE de PAdmiral Harmant. M onsievr, Répondant à U voflre qui ma eflé délivrée par le Capitai- ne Barrer 3 je 'vous diray que ie fe- rois bien marry que l’on me put ac- cufer de n avoir pas vfé de toute la douceur Cf bonnejletépojjible envers les prifonnicr s Anglais 3 qui font tom- be fen nos mains ; Adonfeur de ClodoréjGouverneur de cette Ijle 3 en a donné vn détail au feur Barrer voflre Envoyé .pour ce qui s’efl pajfé icy : c'efl ce que je puis vous dire fur la première partie de la voflre. Pour ce qui regarde nos maifuns , que vous nous dites pouvoir détrui- re 3 ce fontchofes réciproques 3 que dans les J f es' de Amérique. zq 9 nom pourrons au jft faire a nojfre tour: je ne refufe pas neanmoins d’entrer en un traite bonnefle & rai - fonnable pour le fait defdits prifon- niers , plaignant leur condition j & defrant les fculager i que fi r vous ' voule % y entendre , 'vous pouvc^ m'envoyer faire des propoftions con- venables à gens de guerre ; certain \ que j'y répondray avec toute la ci- \ vilité que vous pouve^attendre de vojlre tres-humble ferviteur , de C. A la Martinique , ce 9. Juillet Le fîeur de la Barre la donna au Capitaine Barret , refolu de foutenir le mieux qu’il luy fe- roit pofTible l’effet de ces rodo- montades: & pour préparer Tes gens „ il difpofa tn quelques in- tervalles des maifons du Bourg aSo ReUrion de ce ’qw, s ejl pajïe des places, pour mettre du ca- non en batterie, qu’il avoit lait tirer des vaifleaux auparavant qu’ils fuflent échouez : mais ce fut inutilemenqcar la flotte An- gloife, après avoir louvoyé tout le lendemain , qui étoit un Di- manche, àlaveuë delaradde, fit voile vers le fair du collé de Mont-Sarrat, & delà fe retira à Nieuës, ayant perdu dans le che- min une grande fregatte , qui coula bas entre Mont-Sarrat,& la Rotonde, n’ayant pû fouffrir un peu de mauvais temps qui fe leva, percée comme elle était des coups de canons quelle a- voit receus au combat cy- cle flus. dans les Ijles de l' Jmerique. 281 DEPORT DELAFLOTTE Jngloife ; & comme le fieur de la Barre fati^a les 'vaijjeaux i Fraçois échoue 7^. Chapitre XLL 4 V moment que la flotte Angloife ne parut plus en jveue j les foins du fleur de la Barre s’appliquèrent tous en- tiers à faire relever, &: mettre a flot les vaifleaux echoüez ; a quoy il eut allez de peine , & de travail , mais il y reuflit fl heu- reufement , que tous furent re- mis à flot dans flx jours, & allè- rent dans le cul defacqouiîs travaillèrent avec toute la dili- gence poflible , tant a un para- 2,8 1 Relation de ce qui s’ejl pafïé pel autour de la hauteur qu commande au carénage , quY trois differentes batteries d vingt quatre pièces de canon pour défendre l’entre'e aux na| vires Ennemis. - Dans les difpofïtions ou nou avons laifïe les affaire de Fran ce, & fuivant les mefures prife avec l’Angleterre, les Ifles n J ci pouvoient pas efperer un gran< lecours^ neanmoins le (îeurCol bert du Terron dépe'cha er May une flûte chargée de vi tuailles,& de vétemens pour le trouppes du Roy , & eut foii quelle portât les nouvelle en la Merique., de la revoca tion de tous les ordres cy> devant donnez par la Cour pour leur fecours, afin que l’oi dam le s Ijle s de l’ Amérique. 283 i’y établît plus aucun fonde- ment d’efperancé & que Ton prît fes mefures d’ailleurs: mais iaufli qu’en même temps l’on fit jefperer une prompte conclu- fion du traité de Breda ou les JAmbaffadeurs de tous les Etats intereffez dévoient fe rendre dans le 20. de May au plus tard: Cette flûte arriva aux lfles le 18. Iuillet, & fit bien connoiftre aufieur de la Barre, qu’il n’a- voit plus à efperer que fur Tes propres forces , & qu’il falloit chercher en elles feules les moyens de fauver les lfles des efforts des Anglois. Comme il les avoir veus fort opiniâtrez à conquérir faint Chriftophe, & qu’il avoitcon- noiflance de la perte qu’ils a- 184 Relation. de ce qui s'efl paflê voient faites de leurs principal les forces de terre, il ne crut pa: qu’il y eût à craindre pour le! trois principales Illes , ny ne f perfuada pas que les Angloi: peuffent aifémenç prendre lé deffein de les attaquer à foret ouverte; mais il craignit que les vivres ne manquaient a faint Chriftophe , où étant ne- ceflaire de fournir par jour plus de mil rations, tant aux troup- pes du Roy, qu’auxiliaires 5 cela ne pouvoir venir à manquer, fans les obliger à retomber fui les habitans de cette lie , qui n’ayant ny la volonté , ny la puilfance de fournir à leur fub- ftllance, il y avoitlieu d’appre- hender entr’eux une divifor pire & plus perilleufe que tou- | dans les Ijles de /’ A meriquc. fs les attaques des Ennemis : ;es reflexions luy firent, dans i difette extrême où il étoit de oudre , prendre refolution de efforcer de faire couler à faint 3hriftophe, de petits feçours le vivres , par des barques que on pouvoit faire paffer par le rentdeNieuës,&Mont Sarrar, k entrer dans les baffes de la CabefterredecettelfleiPourcét effet , s étant rrahfporté au cul de facq de la Martinique , pour y donner ordre au radoub des vaiffeaux dont les mats étoient très endommagez. Si quantité de leurs manœuvres hors d’é- tat de ferviee , il s’appliqua à mettre toutes les barques, & pe- tits bâtimens en état de navi- ger , pour les employer au def- z8 6 Relation de ce qui s' eft pafîé feinquil formoit, de faire par leur moyen porter toutes les femaines des vivres à faint Chriftophe. Comme il em- ployoit la fin deluillet dans cet- ; te occupation,il arriva aux IfLes une flûte partie de Norvegue, chargée de mats , phanches, goudron , ôc autres chofes pro - près pour le radoub des vaif- feaux , qui fut comme un fe- cours defcendu du Ciel, pour des gens qui en étoientdans le dernier befoin , & mit tous les vaifleaux en état de fervice en moins d’un mois: Ils auroient pu en rendre quelqu’un utile & confîderable fl l’on avoit eu de la poudre pour les armer -, mais à ce defaut -, il fallut les laifl fer inutilsen ce lieu , jufquesà dans les Ijlesde ï Amérique. : que la paix fût connue en ces aïs. [ETOVR DV CHEVALIER V t Chapitre XLII. Près le combat naval donné devant la Marti- nique , le Chevalier Harmant , Admirai des Anglois, dans 1 A- merique , retourna à N ieu'ës a- vec fa flotte, où elle fe trouva diminuée, outre la fregatte cou- lée. bas , dont nous avons parlé, de plus de cinq cens hommes de leurs foldats, & équipages. // armant , a Nieu'ès : fa rejolu- tion d’aller , pendant la faifon des Houragans ^attaquer Cayen * ne , (if reprendre Suriname. z 88 Relation de ce qui s’eflpajîé qui avoient cité tuez , & mi hors de combat en ces actions il tint confeil de guerre , pou voir ce qui feroit à entrepren dre contre les François; les avi y furent fort differens : mai: comme celuy de faire une fe conde tentative contre faim Chriftophe , prévaloir contn celuy du Chevalier Harmant, i voulut encore une fois connoî- tre l’état de rifle , & de fes for- ces de plus prés: A cét effet, toute la flotte Angloife mit à la voile deNieuës lez<>.Iuillet, & vint razer à la portée du fuzil, toute la terre de faint Chrifto- phe , depuis la balle terre , juf- ques à la pointe de fable , où ayant remarqué les travaux qui avoient elle faits dans les ter- d ans les Ijlcs de l Amérique. es, à tous les endroits des def- :ences ; car par les ordres du leur de faint Laurent, & parles oins du (leur des Fontaines, Capitaine au régiment de Nor- mandie , I on avoit fait de pons parapets a 1 epreuve , avec hn fofle perdu devant , en tous les lieux quipouvoient eftre le (plus facilement attaquez : Sc veu la bonne contenance des trouppes qui fuivoient le long idu bord de la mettant de cava- lerie, que dûnfanteriejpluficurs de ceux des Anglois , qui a- voient efté dans la penfée d’at- taquer cette I fie , s’en trouvè- rent fort éloignez^apies l’avoir bien reconnue : Ainfî les cho- fes tournèrent entr’eyx fur d’au • très proportions } les uns vou- II. Partie. N zpo Relation de ce qui s' e fi pu fié loient que l’on attaquât la Gua- delouppe , mais l’entreprife pa- roiffant trop importante , fut appuyée par peu de gens : d au- tres pr.opoloient d’attaquer Marigalande, ou la Grenade, 8c même l’une & l’autre ; 8c comme la prife enétoit aifée 8c infaillible , de mettre par ce moyen leurs trouppes en cu- rée , 8c leur faire revenir le cceur,qu’elles avoient fort aba- tu pour tous les mauvais fuc- cés des entreprifes quelles a- voient faites contre les Fran- çois : Le Chevalier Harmant a voit quelque répugnance à cét avis, n’étant pas bien aife de te- nir la mer autour des 1 fies, dans la faifon des Houragans } de forte qu’il n’eut pas de peine dans les Ijles de l' Amérique. i pi à fe ranger à lavis du Lieute- nant general Henry Vvilough- by , qui pouffé parle defir qu’il avoir de recouvrer les grands effets qui luyavoient apparte- nu dans lariviere de Suriname, dont les Zelandois s’étoient emparez, propofa d'aller atta- quer ce polie , pour le recou- vrer contre les Zelandois , &c s’emparer de Cayenne en che- min faifant, où on luyfaifoit eiperer de trouver de grandes richeffesj & peu de refiHancc» Ils étoient les uns & les autres fort pouffez à cette entreprife, par le nommé Pitre Vvrollz, qui ayant pendant cinq ou hx années j couru toutes les colles de la Terre ferme, depuis Su- riname , jufques aux Amazo- Nij Z 5 >i Relation de ce qui s’efl pajîé nés , & ayant eu grand com- merce avec les François de Cayenne, fe faifoit fore de leur enfeigner tous les mouillages, & descentes de la colle, &c d’at- taquer les François par des lieux defquels ils n'a voient au- cune défiance : De forte que cette refolution ayant ellé par eux prife, les ordres furent don- nez pour préparer toutes les choies necelfaires à cette en- treprife, pour l’execution de la- quelle on ne pouvoir employer moins de deux mois de temps. Le Chevalier Harmant, ayant deltiné d’emmener treize vaif- leaux avecluy, commanda le Neuf-Chaftel ,1a Couronne, le Couvre, & leNauroich, pour, relier à la radde de Nieues : il dans les Ijles de l' Amérique. 193 commanda le CaiiFel 3 pour al- ler à la nouvelle Angleterre chercher des vivres pour la flot- te , & ordonna a tous les autres yaifllaux de guerre, étans à la radde de Nieues , de prendre la routte de la Barbade 5 ce qu’il fit avec d’autant plus d’afleu- rance, qu’il ne douta point de la deftruétion entière de la flot- te Francoife: Puis fit mettre à la voile le 11. Aouft , pour aller débouquer entre la Martini* que , & fainte Aloufie. Cette flotte parut devant cette pre- mière lfle , dans le temps qu’un incident de peu d’importance a voit poufle les fleurs de la Barre de Clodoré, à en ve- nir à une rupture ouverte. Sa v-euë réveilla les efprits , & fai* N iij JM m JL H' M m il •K XP4 Relation de ce qui s’ejt pafé faut oublier aux Chefs leur me f intelligence , les fit courir chacun aux lieux où le fervice & la défenfe de bille les appel - loir -, & comme il parut vers le j foir , quelle negligeoit d ap- procher les terres du coite du fort faint Pierre , & fai foit fa routte le long de fille, devers le Sud j le fleur de la Barre* croyant quelle alloit pour at- taquer les navires , dans le Ca- rénage, fe jetta dans une cha- louppe , avec une vingtaine de volontaires , pour fe faire por- ter en ce lieu, & employer fes> foins, & fa perfonne pour la dé- fenfe-, où il ne fut pas plûtôtar- rivé , que la connoifiànce qu’il eut de la routte des Ennemis,, qui palfoient outre, tirans vers r, dans les Ifles de l'Amérique. 2.95 fainte Aloufie , luy fit juger de leur defiein , & l’obligea de faire partir fon brigantin en toute diligence j chargé de vi- vres^ de boifions pourCayen- ne , tant pour y porter lavis de la marche des Anglois de ce codé , que pour donner à ces habitans, par ce petit fecours, un peu de cœur pour fe défen- dre , fijachant par l’abandqp que la Compagnie avoit fait de cepofte^que toutes les chofes necefiaires à la vie y man- quoient depuis plufieurs mois; en même temps il donna les derniers ordres au navire le Florifiantj qu’il avoit fait char- ger en cette Ifle, pour France, afin qu’il mit promptement à la voile ; & jugeant bien que le N iiij !- *0 •j'i il J I H l;¥;r 4 m il w -£Ï m ( I 29 6 Relation de ce qui s ’eft ptft fecours des barques quilpour- roic faire paffer de temps en temps à faint Chriftophe , ne feroitpas fuffifant pour l’entre- tenir de vivres , il nt charger la petite fregatte l’Hirondelle de toutes fortes de provifions de bouche , & la fit mettre en ci- tât de pouvoir mettre à la voile au premier ordre qu’elle rece^ vroit de fa part* dans les J fie s de ï Amérique. 197 LES TS LES S O NT affligées d'unflâcheuxHouragan ; le fleur de la Barre fleflert de cette conjonSlure four faire gaffer un fecours de 'vivres a Jaint Cbri - jlofhe. Chapitre X L 1 1 L E mois d’Aouft s'éeou- loit , lors que dans Tes derniers jours il arriva à la Martinique une barque Fran- çoife,.avec pafleporc Anglois y que le fleur Vvilpoole^ com- mandant la flotte Angloife de- vant Nteuës , avoir donné pour pouvoir faire pailer de la Mar- tinique à faint Chriftophe : la Dame de Bayeneourt , cy dé- fi * 19 8 Relation de ce qui s’ejl pape vant veuve du fleur de Poincy Gouverneur de faine Chrifto plie _> & plufieurs autres fem mes des principaux Officiers d< cette lfle , qui avoient efléem- barquées à fa radde par l’ordri du feu Commandeur de Salles la veille de l’attaque du n Avril 1G66. & eflé portées er. France par le Capitaine du na vire, où elles setoient refu- gie'es j ôc d’où elles e'toient re- venues j & arrive'es à la Marti- nique le il. May 1667. & n’a- voient ofé rifquer de paffer à Paint Chriftophe, elles s’em- barquèrent dans cette barque le 30. Aouft, avec quelques Da- moifelles Angloifes , prifon- nieres des François, que le fleur de la Barre renvoya par cour- dans les Ifles de l'Amérique . 199 toifie : Mais le premier de Sep- tembre y cette même barque parut à la mer , pouflee d’un , rude vent deNord oueftj & fai- fànt Ces efforts pour gagner le cul de facq; cç quelle ne put faire à caufe du mauvais temps qui avoir commencé dés la j nuit , & dura tout le jour pre- mier Septembre , la mer étant fî grofTe que l’on ne douta point qu’il n’y eût un Houragan for- mé en quelques unes des autres Ifles de defFous le vent : ayant calmé la barque Françoife vint moüiller à la radde en affez mauvais état ; & le fieur de la Barre en ayant fait tirer , avec beaucoup de peine, ces pauvres Damoifelles, plus mortes que vives , crut par le rapport du N vj 300 Relation de ce qui s'efl paj?ê Maiftre de ce petit bâtiment, qu’il étoit indubitable que le* coup de vent avoit efté plus violent du cofté de faint Chri- ftophe.» qu’il n’avoit efté du cofté de laMartiniquejpuis que; ceMaiftre l’afleuroit qu’il avoit trouvé le temps bien plus mau- vais vers la Guadelouppe^où il; en avoit efté attaqué , qu’il n’a- voit fait vers la Martinique , & que plus il approchoit en relâ* chant du cofté du Sud, plus il éprouvoit que la force & la fu- rie du vent diminpoit. Sur ce rapport il ne douta point que la flotte Angloife j ancrée de- vant Nieuës,ou n’eût donné en cofte,& s’y fût perdu e, ou n’eût mis au large à la mer, où elle auroit fans doute fouffert beau- ! dam tes Jjles de /* Amérique. 3 0 1 coup de dommage dans Tes jmaftures- de forte qu'elle fe- roit peu en état de chaffer un petit navire bien équipé, & à qui il n’étoit arrivé aucun ac- cident ; ce qui le fit refoudre de profi ter de ce moment, pour faire partir la petite fregatte ^Hirondelle, efperant qu’elle pourroft heureufement arriver àfaint Chriftophe , à la faveur d’une conjoncture fi avanta- geufe : ce qui ayant efté execu - té j il jugea qu’il pourroit plus commodément, étant a laGua- delouppe , jet ter les fecours par fes barques dans faint Chri- ftophe, qu’il ne faifoit de la Martinique : Cette penfée Iuy fit prendre la refolution de pafter dans cette première lfie, F ybz; Relation de ce qui s'ejl pajjïê & de fe fervir de la voye d’une barque , pour s’y faire porter • ce qu’il crut pouvoir faire dans cette forte de bâti-! nient avec moins de rifque tant du Houragant que des vaifleaux Anglois , qu’en un grand vaiflfeau, outre qu’il n’a • voit point de poudre pour en mettre un de cette confequen- ce en état de combattre. L’Hirondelle pafla , félon fes ordres , de nuit , devant la radde de Nieuës ^ mais au jour,, les deux fregattes Angloifes, la Couronne, & le Douvre, qui feules de tout ce qu’il y avoir de bâtimens Anglois en cette radde, avoient efté peu endom- magées du Houragant , ayant mis de bonne heure à la mer,, dans les ijles de l'Amérique. 3 03; mirent à la voile,, & vinrent la -canoner à la pointe du fable de feint Chriftophe,ou elleé- toit allée moüiller fuivant les ordres du Chevalier de faine Laurent j qui s’y tranfporta a- vec une partie des trouppes , ôc fit décharger ce vaiffeau j non- obftant le feu continuel du- canon des Ennemis : Elle ap- porta un fecours confiderable dans cette Ifle,qui étoit dans la derniere mifere par la deftru- étion univerfelle de tous fes bâtimens , qui n’avoient pu eftre renverfez, fans que les vi~ tuaillcs qui étoient dedans euf- fent elle très- endommagées ôc gâtées par la pluye violente qui avoit, pendant fix heures j ac- compagné cét orage : Si bien I P4 Keldtion de ce qui s'ejl paiïé que , tant les Officiers , foldats qu’habitans , s’étoient veut dans la derniere extrémité t \ dont ce fecours les délivra bien! à propos. La Couronne , &. le Douvre cânonerent une partie du j our-, ! mais voyant qu’ils ne pou- voient approcher ce vailTeau, qui étoit mouillé à deux braf- fes & demie d’eau, &c qu'il y avoir plufieurs harques*& cha- louppes au bord de la mer pour embarquer des trouppes Françoifes , & s’aller oppofer à leurs chalouppes , en cas qu’ils voulurent les envoyer pour s’en emparer : Ils fe reti- rèrent vers le foir, n’ayant tué qu’un feul homme dans l’ Hi- rondelle, de ayant eu le Lieu- dans les Ifles de l'Amérique. joj cnant du Douvre, & cinq ou ix matelots tuez du canon des orts de faint Loiiis , & de la aointe de fable : Elles furent mfuite retrouver le Neuf- jChaftel j qui et oit entière- ment demafté , & qu’il avoit fallu que la Couronne eut ramene à la touë J à la radde de Nieuës;ainfi que le Douvre,une autre de leurs fregattes en mê- me état. 3©6 Relation de ce qui défi pape ORDRES QVE DONNi le fieur de la Barre i pour avi tuailler S . Cbrifiophe. P ri Je a Cayenne par la flotte Angloifie. Chapitre XL IV. r i A n dt s que îe fieur d M ta Barre arrivé à la Gua deiouppe ne perdoit pas ui moment de temps pour fairi charger des barques de vivres & qu apres les avoir fait pafle au gros morne , qui eft ui pofte au Nord de cette Me, & le plus proche de Mont-Sarrat êc leur avoir fait obferver s’i ne paroiiïbit point de voile;! ennemies à la mer , il les faifoii partir a une heure choifie * poui I dans les Ijles de /’ Amcri que. 307 pouvoir palier derrière l’I (le de ^lieues , de nuit , & arriver à la Cabefterre de S. Chriftophe au :omencement du jour: Cepen- dant les An giois continuèrent eur routte fous la conduitte du Chevalier Harmat, pourCayen- ne : cette llle fe trouvoit lors en fort mauvais état, d’autant que Meilleurs de la Compagnie des Indes Occidentales avôicnc négligé' d’y faire palier aucuns vaifleaux depuis le mois d’O- &obre 1 666. ainli on y man- quoit generallement de toutes fortes de vivres d'Europe, & fur tout de boiffons j. ce qui ayant caufé pluheurs maladies- aux meilleurs hommes y en avoit emporté un allez grand nom- bre j & mis un autre hors d’étac II] 1 lut 1 AV I I 308 Relation de ce qui seft pape de porter les armes, & de pou voir fournir à une défenfe vi goureufe; & outre cela avoir i fort décourage' les habita ns qu outre leur force & vigueu accoutumée , ils avoient perdi toute la bonne volonté qu’ils a voient témoigné par le pafFé Cette faute de la Compagnie avoir efté fuivie d’une autre confiderable , qui croit d’avoir dans le temps d’une guerre aufïi importante que celle qu: étoit déclarée , envoyé ordre exprès au Chevalier de Lezy,de difcontinuer tous les travaux qu’il faifoit faire aux fortifica - rions de cette lfle , qui pou- voiene la mettre hors d’état d’eftre fi facilement infultée; comme aufiî de n’avoir envoyé dans les Ijles de l'Amérique. 309 iicune poudre de rechange, mis que celle qui a, elle plus '.un an dans le païs, fe gâte II ort , qu’elle ne peut plus fervir me mélangée avec de la nou- elle ^ comme l'experience l’a aie voir : joignez à cela , que rois lieues de delcenteaifée &c mverte,donnoient une entrée àcile dans la terre, aux Enne- mis, qui avoient un avantage prefque pareil à ceux qui de- vient la défendre , puis quils étoient obligez de le faire tout à découvert , Sc fans avoir ny iretranchement , ny parapet, dont ils fe peulfent prévaloir contre les attaquans. Les chofes y étoient en cét é- tat lors que le 13. Septembre, vers le midy, le Chevalier de I 3ÎO Relation de ce qui s’efi pdjlé Lezy j étant à Mahury , il parut: a la mer dix vaifleaax , & une barque, qui l’obligèrent de re- tournera Remire , & à y faire donner l’alarme, & de conti- nuer faroutte vers le Fort , où arrivant à l’entrée de la nuit, il trouva le brigantin que le fleur de la Barre avoit dépê- ché, pourluy donner avis de la routtedesEnnemis qui étoient prefts à moiiiller, & qui rafleu- ra que la flotte qui paroilToit é- toit Angloife : Cette certitude, & l’afleurance que l’on eut qu’elle avoit moiiillé aux îfles, qui font devant Remire,à deux lieues de terre, obligea le fleur Chevalier de Lezy, avec les Of- ficiers , ur , les Ennemis parurent à la 1er , embarquez dans quator- e chalouppesj une barque Ion- ue , &c deux barques : ils firent einte de couler le long de la ofte, comme pour aller vers e Fort ; & ayant attiré le Che- valier de Lezy , de ce cofté , a- /ec Tes trouppes pfavorifez du /ent, ôc de la marée, ils mi- rent le Cap vers la poince de Malïury , & donnèrent à terre au bout de Lance 'de Rerhire, & y jetterent deux cens hom- mes avant qu’il pût eftre à eux., les chalouppes ayant bien fait plus de diligence que n’en pou- voierit faire les gens de pied; & quoy qu’ils fuflent foûtenus 312. Relation de ce qui s' eflpajSé de fept à huit cens homme qui étoient dans les chaloup pes de barques j de qu'ils fui fent déjà poft.es dans les brof-' failles qui font en ce lieu , lej Chevalier de Lezy les charge; vigouretifement à la telle de quarante à cinquante hom- mes , de en fit rebroulfer plu fleurs vers la mer; mais un bataillon nouvellement def cendu, les ayant foûtenus, dè chargé le petit nombre des nô- tres avec alfez de vigueur, pour; avoir tué les plus braves de la telle , & bielle le Chevalier de Lezy, de le lîeur de Thienne, Major , ils plièrent d’abord, puis prirent la fuitte ouverte, ne fe voyant point foiîtcnus d’un bataillon de François, qui écoit dans les Jjles de \ Amendait. 313 toit deftiné à céc effet., & qui tvoit fuy fans combattre j ce jui obligea ces deux Officiers ùeffez , voyant leurs gens en ùitte, de tâcher de les r allier re rs la Chappelle de Remire,& l’ayant pu en venir à bout j de eur donner ordre de fe retirer lu fort de Cayenne, vers lequel ls marchèrent , ou étant arri- vez , & y ayant trouvé que le >eu de leurs gens qui s’y étoient ’affemblez, étoient tous faifis l’une épouvante étrange, & l’avoient aucune volonté de :ombattre, ils furent obligez le fonger à une retraitte en la r*erre ferme, où ils puffent,a- r ec l’a ffi fiance des Indiens, fau- r er les habitans de la Colon- îie. Pour cét effet, le Chcva- II. Partie. O 3I4 Relation de ce qui sejl pafîé lier de Lezy donna ordre au Maiftre du Brigantin de pren- dre tout ce qu’il pourroit des habitans dans Ton bord, fi- toc qu’il feroit à flot j de le venir joindre à la riviere de Macou- riague , à cinq lieues de Cayen- ne : il dit auflï à tous les particu- liers., qui avoient des canots, ôc pirangues , de pafler tout le monde en Terre ferme., & de le venir trouver en ce lieu de Ma- couriaque ; apres quoy il s’em bargua ,avec le fleur d’Eftien- ne,fortblefle &foible j & fis ou fept autres perfonnes , poui le rendre à Macouriague , le Brigantin étant à flot , & pre'j de deux cens cinquante per Tonnes deflixs : Comme le Maî tre Te voulut mettre'en devoi dans les Ijles de l' Amérique. 315 d’executer les ordres qu’il avoit receus du Chevalier de Lezy, quelques-uns de ces poltrons, qui n’avoient oie prefenterles armes aux Ennemis , craignant de paroître devaat leur Gou- verneur, apres leurs lâchctez^ ne firent point de fcrupule de le fervir de leurs armes, pour faire prendre par force auMaî- trede ceBrigantin la routtedc Suriname, courant au large, & s’éloignant de la terre : de forte que le Chevalier de Le- zy , ayant attendu vingt- quatre heures fur le bord de la riviere , fans voir paroiftre le Brigantin , gagna terre, à terre Suriname, ou il n’en ap- prit point de nouvelles , par- ce que ce bâtiment s’étoit ar- O ij $16 Relation de ce qui s’efî pafié refté dans la riviere de Ma- ron y. «. ARRIVÉE DES premières nouvelles de la conclu - Jton de la Paix , avec l'Angle- terre. Conduitte du fieur de la Barre , pour en profiter. Chapitre XLV. Eij. Octobre un bâti- ment de foixante ton- , depéché de la Rochel- ?porta au fieur de la Bar- Articles de la Paix con- a Breda le dernier Juillet} qu’il n’eût receu par ent aucune piece pour n des a&es d’hoftili- il crut qu’il falloir tenter dans les Jjles de l’ Amérique. 517 le hazard , & voir fi les An- glois ne feroient point d’hu. meut à vouloir jouir des effets d’une paix qui ne leu>* pouvoir cftre incônuëj&dont ils ne pou- Voient douter: ce qui luy faifoit prédre cette penfée, étoit,qu 5 il f ça voit qu il y avoit à Nieues,& dans les navires Angiois moüii- lez en cette lfle , une grande difètte de vivres., &c de toutes fortes de rafraîchifTemens , & qne pour la foulager j ils con- fentiroient facilement à la cef- fation des a&es d’hoftilitez qui ne leurs étoient pas fort avan- tageux & profitables: ce fut ce qui luy fit dépe'cher, leio.de ce mois j dans fon Brigantin, un Gentil homme, & unTrompet- te , pour fignifier les Articles O iij . ! jïS Relation de ce qui s’ejl pa fié de la Paix , tant au Comman- dant la flotte Angloife, qu’au Gouverneur de Nieuës : Ils re- ceurent civilement & agréable- ment l’Envoyé du fleur de la Barre ; quoy qu’ils ne témoi- gnaient pas croire entière- ment une chofe dont ils n’a- voient aucuns avis d’Angleter- re , ils ne lai lièrent pas de don- ner parole, que fl on les vou- loir aflifter de vivres ôc de ra- fraîchiflemens , ils laifleroient palier les vailïèaux qu’il pour- voit envoyer pour porter des vivres à Paint Chriftophe; qu’ils feroient bien , payer les vivres qu’il leur envoyeroit, & qu’ils le prioient feulement qu’il fît prendre un peu de large aux jaavires , devant Nieuës , ou I I dans les Jjles de l'Amérique. 319 I bien qu’ils choififfent le temps I de la nuit pour palfer à leur veue, afin que l’on ne leur pût rien imputer de leur facilité. Si toit que le lieur de la Barre eut receu cette réponfe , il ne perdit point de temps ; ôc leur dépéchant une barque chargée de tout ce qu’ils ^voient de- mandé pour eux, il fit en mê- me temps partir la fregatte^la Noftre-Dame de bon voyage, deux grands navires Flamans, ôc un Hambourgois, tous char- gez des chofes neceffaires pour la vie des gens de fille laint Chrillophe : le tout réunit comme il l’a voit projette. Ces Mefïieurs receurent a- greablement la Barque du lieur de la Barre, ôc les quatre navi- O iiij Ilipt m (IIMW fi fi UH tfi ''*< BU i‘ v hfC’J m ‘ r mr-t , t hr tnt; 310 Relation de ce qui s'eft pajïê res arrivèrent heureufement/ fans aucun empêchement , à faint Chriftophe , qu’ils mirent en état de ne rien craindre de la neeefïîté qui le menaçoitjj & cependant Tes ennemis Iuy ont voulu imputer à crime ce fervice fi important pour la confervation d’un pofte qui a- yoit coufté tant de fang & de dépenfe. Peu de jours après, le fieur de la Barre receut une bar- que du cofté de Terre-ferme,, que luy avoit dépêché le R. P. Meorelet Iefuite , qui s’étoit réfugié chez les Indiens, lors de la prife de Cayenne par les An- gloisj par laquelle il luy man- doit , qu’ils avoient abandon- né Cayenne, & qu’il avoit efïé aflez heureux pour r’affembler dans les Ijles de l' Amérique. 32,1 lans cette Ifle , environ cent cinquante habitans qui s’e'- roient difperfez deçà & delà, en attendant Ton fecours , & Tes ordres -, quil le prioit de ne pas abandonner ces pauvres mal- heureux , & de luy faire fçavoir ipromptement de fes nouvel- les. Le Chevalier de Lezy , qui le trouva prefent à la réception de cette lettre , ayant de Suri- name , gagne' les llles, dans une cache que les Zelandois luy au voient prefte'e, le pria avec tant d’inftance, de luy donner fon Brigantin pour le porter en ce lieu , avec ce qu’il pourroit charger de vivres, outils, armes, & munitions , dont les pitoya - bles relies de cette pauvre co- lonie étoient dans la derniere O’ v $it Relation de ce qui s' efl pajïê neceffité, ce que le fieur de la Barre ne luyput refufer,con- fiderant que fa feule prefence E ouvoit plus fervir au réta- liffement de ce polie que tous les fecours qu’il y auroit pû faire palfer, en I état où e'- toient les affaires , la prefence d’un Chef e'tant la chofe qui pouvoit plus relever les efprits conflernez ; mais il prit en mê- me temps la refolution de le faire luivre par la petite fre- gatte l’Hirondellejavec ce qu’il pourroit r’affembler de ceux qui s’étoient fauvez des mains des Anglois, & qui voudroienc retourner en cette Ifle. Quelques jours apres ce de- part , le fieur de la Barre receut des lettres du Millord Vvi- I dans les Ijles de l’ Amérique. 313 I loughby , par une barque qu’il lierivoyoit de laBar.bade , char- Igée d’environ quatre-vingts iperfonnes, tant hommes que femmes, de ceux qui avoient elfe pris prifonniers à Cayenne, qu’il luy renvoyoit, lu y man- dant qu’il efperoit la même courtoifiepour les fiens,de fa part: & comme il ne luy avoit envoyé prefque que des mala- des & bleffez , il fit choifir qua- rante des plus malingres par- my les prifonniers Anglois qui étoient à la Guadelouppe, qu’il luy envoya avec une lettre de civilité. L’e'tat des affaires requeroit laprefence du fieur de la Bar- re, à faint Chriftophe; il étoit certain de la Paix, & cependant O vj H | Æ j ! 1 »|j m 3’4 Relation de ce qui s’eft pajïê il n’ofoit fe compromettre , ny s’expofer aux navires de guerre Anglois, parce que les Chefs de cette Nation , ne de- meuroient point d’accord que j la Paixfùt conclue , & difoient îi’en avoir aucune nouvelle : enfin il apprit les premiers jours de Décembre „ que les nouvelles de la conclunon du traite 3 & les ordres pour la cef- fation des a êtes d’hoftilité , é- toiét arrivez à laBarbadejee qui le fit reloudre en même temps, êefans attendre les nouvelles de la conduite du Milord Vvi- loughby à cét égard , de fè ren- dre à laint Ghriftophe , où il manda tous lés meilleurs vaifi- féaux de la Compagnie qui é- t oient à la Martinique, de le I dans les Ijles de l' Amérique. 52^ venir joindre , & partie fur le feint Georges , avec deux au- tres navires , pour s'y rendre : il y fut fuivy. de plufieurs vaif- ieaux étrangers, en; forte que quatre* j ours après fon arrivée,, il y eut vingt-quatre navires motiiliez à la radde de cette Me ; ce qui ne fervit pas peu a rabattre la fierté des Anglois, qui pretendoient d’abord faire executer le traité de Paix félon leur fens , ou pour mieux dire félon l’injuftice de leurs pré- tentions , qui n’ont jamais eû de bornes que celles que la for- ce, & le mauvais état de leurs* affaires leur ont donné. Le principal foin du fieur de laBarre, lors qu’il vit les cho- fesen cét état, fut de faire dé- I $i6 Relation de ce qui s'efl pafîé barquer des vaiffeaux , toutes j les vituailles , &c autres provi- lions dont l îfle pouvoit avoir befoin , &c d’en faire remplir les magazins , en forte qu’elle j fûtpourveuë au moins pour fix mois de ce qui Iuy étoit necef- faire j parce que ne craignant les Anglois qua la mer , & ayant tiré des vaiffeaux tout ce qui faifoit befoin à terre , il fe voyoit hors d’état de craindre aucune chofe de leur part qui le pût obliger à fe relâcher de la refolution qu’il avoir prife, de ne laifler executer le traité de Breda j qu’avec tout l’avan- tage polîible pour les Fran- çois. Ceux qui ne connoiflront pas la maniéré d’agir des An- jglois, & le peu de difpofîtion, dans les Ifles de /’ Amérique. 317 que le general, & le particulier ;de cette Nation a de fe foûmet- tre aux loix &c à l’autorité d’un ^Souverain ., & de cpnliderer comme obligatoires, à leur é- gard,les claufes & conditions Ides Traitez les plus folemnels., s’étonneront des foubcons & .> ^ des précautions que le fieur de la Barre prenoit contre leur conduitte , puis qu’il Pembloit qu’il deût dormir en repos fous la foy d'un Traité aulîi folem- nel que celuy de Breda : mais fi l’on confidere que cette Na- tion a toujours commencé les a&es d hoftilité , fix mois avant la déclaration de la guerre, fans en faire aucune raifon , après les conventions de Paix qui 32,8 Relation de ce qui s’efl pafîé ©ne fuivy, & qu elle les a conti- nuez trois mois apres les ter- mes Convenus pour l’execution des traitez j lors qu’elle a crû Te pouvoir faire impunément. r t» / 1 r r r 1 3 & que 1 état de les forces luy pouvoir faire entreprendre,, fans craindre lés fuittes , l’on* trouvera que la. précaution é- toit prudente , & que fes dé- fiances étoient légitimés , puis qu’aprés les exemples qu’il a- voit de la façon dont les An - glais avoient agy contre les- Hollandois, en i 6 fur tout y ayant des forces de mer aulïi conlî- derables que celles qui y é- toient pour lors , aufquelles les: François ne pouvoient rienop- pofer capable de leur faire telle. Pour moy , je fuis perfuadé que l’on elt redevable à fes pré- cautions j ôc à la fermeté avec laquelle il a agy avec cette fie- re Nation, du bon état où fe: 33° Relation de ce qui se fi pafié font confervez les affaires des François dans les Ifles , apres la Paix. LES ORDRES POVR la publication & execution de la Paix j arrive^ aux Ijlcs , (y ce qui s y fit en confie quence. Chapitre XLVI.& dernier. M A i s pour retourner à ce qui fe paffa en fuite aux Ifles le 18. Décembre : Il ar- riva un navire particulier delà Rochelle , lequel apporta au heur de la Barre les ordres du Roy , pour l’execution de la Paix, avec les Articles en for- me. L’état miferableou l’oné- toit lors que l’on en receut la dans les Ifl.es de 1 Amérique. 331 >remiere nouvelle , au mois l'Octobre., fans force de mer, ans poudre 5 ny fans muni- ions , fans fecours de la part lu Roy,& expolez à une par- ie des forces maritines dece- tuy d’Angleterre , avoit fait lors recevoir avec joye la nou- velle de la Paix 3 fins confide- rer la dureté de fes Articles: Mais lors que le fleur de la Bar- re les receut en forme , avec l’ordre pour leur execution a- prés que le ravitaillement de faintChriftophe l’avoit mis en état de ne rien craindre de ce cofté , il les envifagea tout d’une autre face ; car outre la perte certaine qu’il prévit de la partie Françoife de faintChri- ftophe , en reftituant l’An- 'Relation de ce qui s’eftpa fie gloife y & la ruine totale de tous les habitans qui y poUV dent des fortunes au delà du médiocre : il luy parut qu’il é- toit difficile de ne pas mettre les autres Ifles Frangoifes dans] la derniere confufion , fi l’Ar- ticle du Traité , qui donne aux efclaves la liberté de le choifîr des Maiflres , étoit exécuté à la lettre r & comme il fut aile de concevoir que les Illes de; TA me tique avoient efté facri- fiées par le Roy , au delfein qu’il avoit de conquérir îa Flan- dre , il n’eut pas de peine à com- prendre que les fecrets des in- tentions de la Cour , alloient de ménager l’Angleterre dans le moment quelle attaquoit l’EtpagnCj, ainfiilfe trouva fore dans lesljles de l'Amérique. imbarrafle , comment accorder ji conduite qu’il devoir pren- re à cét égard, avec la confer- ation des liles , dont la défen- è luy étoit commife. Pour par- renir à ce dernier , il falloir rouver des difficulté? .à l’exe- :ution de tous les Articles qui >ouvoient leur caufer un dom- nagcconfîderable , &ilne le ^ouvoit faire fans altérer les Anglois, & leur donner des fujets de plaintes qui auroient efié fort defagreables à la Cour. Apres avoir tourné la chofede tous les biais imaginables , ibne trouva , dans la peine d’efprit ou il étoit, qu une conduite qui pût luy donner quelque efpe- rance de reüflir dans une con- joncture fi embaraflante , qui 334 Relation de ce qui s’eftpajï'e fut de combler le Milord Vvi loughby de avilirez, Sc des’é- forcer d’acquérir quelque créa- ce fur ion efprit, qui luy four nît des moyens de luyfairedes ouvertures de négociations, u qui tiraient l’execution des Ar- ticles , en longueur, fans qtl’il eût lieu, ny occafion d’en faire plainte en Angleterre: Ce qui) apprenoit d’Europe, luy faifoit cannoiftre que IesAnglois, Si les Hollandois , s’allarmoicnt d’une grande conquefte que le Roy avoit faite en Flandre la campagne derniere -, qu’il y a- voit même quelque difpofition à une ligue entr’eux j pour em- pêcher les fuites , & pour por- ter le Roy à faire la Paix : il ju- gea de là, que ou la guerre dans les Ifles de t Amérique. 337 •rendroit trait, ou que la paix e feroit : Au premier cas , il :onfideroit les Anglois com- ne nos Ennemis , & jugeoic ju’il écoit très-important, que ;omme tels ilsn’eufTent pas le pied parmy nous , & fuflfenc ipoftez comme dans noftre fein; que fi la Paix fe faifoit avec jl’Efpagne, il ne doutoit point que les confideradons qui a- voient obligé la Cour aména- ger l'Angleterre ceflans , le Roy ne fût fort aife desdidi- cultez qu’il formeroit juridi-s quement à l’execudon des Ar- ticles du Traitée qui dans une autre difpofition des efprits pouvoient eftre interprétez plus favorablement - r ainfi il crut qu’il falloit temporifer , & 356 Relation de ce qui s’eft pajîé fe fervir de toutes les adreffes imaginables pour tirer lescho fies en longueur , fans donne) lieu aux Ànglois de fe pîain dre de Ton procedé’.Cefut dans cette penfée qu’il renvoya, avec civilité , les Officiers Anglois prifonniers , au Milord Vvi- loughby , fous parolle qu’il fe- roit fatisfaire aux dépenfes qu’ils avoient faites chez les François, lors que Ion regleroit l’affaire de faint Chriftophe , & fe fervit en même temps des .plus habiles de fes Officiers, pour faire connoiftre au Mi- lord V viloughby le peu d’avan- tage qu’il y avoit aux Angiois de vouloir r’entrer dans faint Chriftophe , en l’état où étoit leur quartier. Si de fe voir me- dans les Ijles de l'Amérique. 337 langez avec les François dans l’aigreur qui regnoit entre les deux Nations ^ qu’il pouvoit trouver les avantages de la fienne en un échange d’autres terres qu’elle poflederoit j fans aucun mélange avec les Fran- çois capables de troubler leur repos • qu’ils n’avoient que des y. terres à efperer dans faint Chri- ftophe, le Houragan ayant dé- truit tous les Edifices, & les fruits , & qu’on leur en pouvoit donner de meilleures , & en une aflïette plus avantageufe que celle? de faint Chrifto- phe. Le fieur de la Barre fit mêler ces propoficions de quelques offres avantageufes, au Milord V viloughby ; Ôc comme il fça- II. Partie. P j}8 Relation de ce qui s’ejl pafëé voit qu’il n’etoit pas riche , il crut qu’il ne devoit pasobmeu tre de luy faire voir des avanta- ges particuliers pour luy , dans ceux du General des Anglois, joignant à cette conduite tou- tes les civilisez dont il put s’a- vifer j pour obliger cette fa- rouche Nation à prendre quel- que creance en luy ; à quoy il avok aflez heureufement reufli dans faconduitte paflee. Le z 6. de Décembre, il fit publier la Paix , avec toutes les folemnitez accoûtumées en pareil cas j ôc afin que les An- glois, qui e'toient moüillez de- vant Nieuës , vident que les François étoient dans une a- bondance de toutes choies , il obligea les navires Flamans, dans les Jjles de l'Amérique. 33 $ qui étoient à. la radde, de tirer i plus de huit cens coups de ca- non j ayant par ce moyen méé nagé la poudre des François. Le z8. le Milord Vvilough- by , avec trois navires de guer- re, arriva devant Nicues, & y fut faliié de toute l’artillerie | des Forts, & des vaifleaux : Le 2,?. il fit publier la Paix j & le 30. il envoya faire compliment au fieur de la Barre, par le Ma- jor du Régiment de Brifeis , & par le Colonel (^uldréintin de la Barbade^ il le fit remercier de la courtoifie dont il avoic ule envers les prilbnnicrs Anglois, luy demanda la liberté de tous en general , & luy fit propofer de remettre à parler du rem- bourfement de leurs nourritu- Pij 540 Relation de ce qui s'eft pafîé res & dépenfes , lors que l'on regleroit l'affaire de faint Chri- ftophe , pour laquelle il avoir receu lettre du fleur Arling- ton. Secrétaire d’Etat d’Angle- terre x de différer la négocia- tion pour quelque temps : Le iîeur de la Barre répondit à fa civilité le plus obligeamment qu’il luy fut pofïible „ & luy renvoya le lendemain plus de trois cens prifonniers Anglois qui étoient entre fes mains : Il en fut remercié parle Milord, qui le i. Ianvier luy députa le Lieutenant Colonel Stapleton, avec une lettre / pour luy de- mander la liberté du nomme V varnard , Indieji , fils nature du feu Vvarnard j Gouverneui pour les Anglois , de fille d< dans les /fies de ÏAmcri que, 541 faint Chriftophe , que les Fran - çois tenoient prifonnier de-> puis deux ans , pour avoir vou- lu faire révolter les Caraybes contre eux * & les jetter dans le party des Anglois: illuven a- voit déjà fait parler , &; avoit eu pour réponfe, qu’il lavoit traité & confideré comme un Indien , & non comme un An- glois , qui avoit toujours vécu par;.ny les Indiens dans Plfle de la Dominique j nud comme eux j & fuivant leur maniéré de vie , & leurs coutumes : mais comme le lieur de la Barre vit qu’il infiftoit fortement , il crut, contre l’avis de la plu Im- part des Officiers de iamt C r o ftophe, qu’il ne falloit pas p un fi petit fujet, laiffer giiiler P uj 341 Relation de ce qui s'ejl paJÜé aucune femence d’alteration entr’eux ^ & ainfi il luy ren - voya ce Vvarnard , luy deman- dant , que puis qu’il l’avoüoit pour Anglois il le fît vivre comme tel , & le retirât du commerce des Indiens : à quoy le Milord Vviloughby luy fit une réponfe qui ne luy fut point agréable , & qui luy fit bien juger qu’il avoit beau- coup à louffrir de la fierté Si prefomption Angloife -, mais comme il avoit fon but , il fe refolut de pafler pardeflus tous lesobftacles qui pourroicnt fe prefenter , pour venir à fes lins. Comme toutes ces chofes fe font faites au moment de la publication de la Paix } M dans les Ijles de l'Amérique. 343 crû quelles pouvoient trou- ! ver leur place dans le récit des i chofes qui fe font paflees pen- | dant la guerre, dans îes Ifles &; Terre-ferme de l’Amerique, &r fervir à la conclusion de ce volume, refervant pour le fé- cond les négociations qui fe font faites dans ces mêmes Ifles pour l’execution duTraité de Breda, à la reftitution de la partie Angloife de rifle de faint Chriftophei avec un fom- maire récit de ce qui s'eft pafle de plus important juf- ques au mois de Mars 1 66$. auquel fera jointe une exacte description de la Terre- ferme, & des mœurs &; maniéré de vivre des Indiens qui l’habi- P iiij 544 Relation de ce qui s'eft pajié tent, tirez d’un nouveau lour- Jial qu’a fait le fîeur de la Barre dans fon dernier voyage en O&obre I66S. IOVRNAL DV VOYAGE DV S‘ DELBE'E, A V X I S L E S, dans la colle de Guinée* JOVRNAL DV F Or AGE du Jîeur Delbée y Commijjaire general de la Marine 3 aux Ijles, dans la cofie de Guy nee , pour l’é- tablijjement du commerce en ces pays. } en l’année 1669. 'gr la prejente : Avec la description particulière du Royaume cCAr- dres ; ($f de ce qui s’ejï pajje entre les François > gr Le Roy de ce pays. A Compagnie des In- des Occidenralesvayanc formé le deflein d’en- treprendre le commerce de Guynée , & de faire un établif- iement en la colle d’Ardres, P v i Iourn.du V ojagedu S’Delbée qui en peut faciliter l’execu- tion , refolut l’année derniè- re d’y envoyer deux navires * la Iuftice, & la Concorde, a- vec toutes les chofes neceflai- res , tant pour la traitte, que pour letabliflement. Le commandement de la Iuftice, fregatte de deux cens cinquante tonneaux , & de trente-deux pièces de canon, m’ayant efté donné, & Ton ar- mement , & équipement or- donné au Havre de Grâce-, nous mîmes à la voile de la radde de Lion le premier Novembre i6(>ÿ. ayant dans mon bord le fieur du Bourg , en qualité de Commandant pour l’habita- tion; & le heur Carlof, avec pluiieurs Cpmmis>& autres paf aux 1/les dans la cojle de Guin. 349 *. Le fécond , nous avons eû. connoiifance de la pointe delà Hague , & en fuite de 1 me d'Ornay, puis fur la Cap de Gouftar , a la cofte d’Angle- terre. Le troifiéme, nous avon* continué noftre routte dans la j Manche : Sc le quatrième , nous ! nous fommes trouvez par le travers de l'ifle Douelfant qui nous demeuroit a 1 Elh Le fixiéme „ fur le foir , nou» avons double le Cap de Fine- fier , ayant toûjours eû beau temps. Le dix- feptiéme, nous avons eû connoiifance des Canaries & fur le midy, l’ide deTene- riffe demeuroit à trois lieues Oüeft de nous.. k; I. fyo Journ. du V oyage du S f Delbée | Le vingt - cinquième , me croyant proche de la terre de Barbarie , j’ay fait jetter la fon- de , & bon a trouvé fonds à quarante-cinq brades ; & peu apres , avons eû connoiffance ; de la terre de Sénégal : & fur le midy , nous nous fommes trouvez devant la Barre de la riviere., environ trois lieues ; ce qui nous a obligez de mettre' le Cap à la mer pour éviteriez marées & doubler avec plus de facilité la pointe du Cap Vert. Le vingt- lîxiéme , à midy , nous avons doublé le Cap , qui nous demeure environ huir lieues à l’Eft. Le Cap Vert , eft environ à dtix-kuit ou vingt lieues de l’ha~ aux Ijles 3 dans U cojle de ûuïn. 351 bitation du Sénégal : il y a un Ulet proche ce Cap, odilya quelques Hollandofs : Mais à terre , toutes Nattons y trafi- quent j fans qu’il y ait aucune habitation; 6c l’on trafique a- vec les Hollandois qi|i font fur ce't Met-, on leur porte du fer> du corail , du criftal , des baf- fins de cuivre, de la toille bleue & blanche , de la raflade de toutes couleurs, de l’eau de vie , des coutelats , des armes à feu , de la poudre, des cou- teaux , de l’écarlatte bleue 6c rouge : 6c Ton en rapporte des cuirs, de la cire, 6c du morfiî. Pour le prix 6c le profit qui sy fait , c’eft félon les navires qui s’y trouvent, 6c le befoin qu’ils ■ont des marchandées ; ce n’eft $fz 1mm. du 'voyage du S Delbêe 1 pas que tous les navires qui y ont elle , ont prefque tous fait bon voyage^ La pointe du Cap Vert a- Tanee à TOüell , & Ton def- cent à terre dans une anee ou il y a plufieurs Mets r Tance refinit au Nord, & la colle à FEU , quart de Sud’ell dans la riviere de Gambie.. La même traitte qu’au Cap Vert , peut fe faire à Piodaly y qui ell Port tu dalle, à douze lieues de là ; & Ioualy, & autres lieux oùfont propres lesmêmes marchandiles j, & encf autres, de pareilles qu’il ell dit cy de- vant. Les Anglois font bien for- 1 tifiez dans la riviere deGambie,; fur un Met qui s’appelle, faine I aux J fies j dans la çofie de Guin. 355 [ André & qui empêchent le I commerce autant qu’ils peu- vent : mais à Cacho , & jufques à Ierre-Lionnc , l’on y trafi- que les marchandifes cy-nom- mées plus facilement, princi- palement avec les Portuguais, parce qu’il y a des lieux forti - fiez par les Anglois , qui ne nous fouillent pas volontiers^ les lieux qui nous font plus avantageux, font le Cap Vert, Pofludal , ôc luoval. Le vingt- huit , au matin , fonds à vingt cinq brades , fa- ble noir & vafeux , à fix heures* nous avons eu connoiflance do bille de Vegafte. Depuis le.Capt Vert., jufqu a Fille de Vegafte , le courant porte Sud’eft , la routte n’eft f •■fl ■Il n il i f [«■y,. t r m ce ,ÏJ! «il w, d ' 354 Iourn, du 'Voyagé du S r Delbée que Sud eft , &; il Te faut don- ner de garde d’un banc qui avance en mer , environ fix lieues j proche de ce banc -, il y a vingt à vingt cinq brades d’eau, fables, & vafe noire; & fur le commencement de ce banc, huit à neuf brades d’eau ; mais il ne faut pas aller plus avant, fans courir grand rifque , il eft aulîi long que large , éc s’enfuit au Sud’elt quart de Sud. L’ide de Vegafte eft à l’Efl! de ce banc , terre baffe , non habit uée, d’environ cinq lieu es de long, & deux de large, à trois lieues de Terre- ferme, au moins. Depuis Tifle de Vegafte, juf- ques au Cap de Monte , les ma- rées fontSud’eft.ôeNord’Oikfl^ aux Iflesjdans la cafte de Guin. 355 moins que de vouloir aller à Jierfe- Lionne -, l’on mec un peu au large , à caufe des bancs au il faut éviter, l’ay dit cy- rtevant que la traitte n’y eft pas G bonne., à caufe des habita- tions & fortifications des An- iglois; Depuis ce jouL*,jufques au treziéme de Décembre , nous avons efté battus de calmes ôc de petits vents, tantoft bons , tantoft contraires^ en forte que nous n’avons élevé à noftre routte que depuis onze degrez quatorze minuttes que nous a- vions le z8. Novembre, jufques à fix degrez vingt-huit minut- tes , que nous avons eus le 15. Décembre : la raifon a efté que ne voulant pas entrer dans la lourn. du ‘voyage du S'Delbèe rivière de Sierra Lionne avons fait nos efforts po nir îc large , oc evicer ics uanc; de fainte Anne, & autres. Le 13. Décembre , avons eu: connoiffance du Cap de Mon- te qui demeuroit au Nord’eff de nous environ fix lieues : il eft pofé par fix degrez trente tninuttes. Le Cap de Monte eft fait en forme de deux montagnes un peu hautes , point de Caye, à une lieue au large , rien a crain- dre , & jufques au Cap Mefura- de, terre aflez baffe : ces deux pointes ne font qu’Eft Sud’Eft, &Oueft,Nord’ Ouelt, fonds de trente braffes,vafe noire,à trois lieuës à la mer. L’on commence là à trâitter v aux IjleSydans la cojlede Gain. 337 jie laManaguette jufques à la ri- ûere de Sefter ; ce qui eft pro- pre pour la confervation des 'Jegres , en mettant boüillir an peu dam leur manger, cela leur fert de pioure , & ils en m'angent toujours j principale- ment quand ils font incommo- dez. Il fe traitte pareillement juf- ques au Cap de Palene quan- tité de morfil très- beau pour les marchandées que ie nom- meray cy-aprés ; & bon doit faire cette traitte-là en chemin faifànr , parce que cela eft aftez confié erable , à caufe de la quantité qui s’en trouve. Les marchandées propres , depuis le Cap Montjufques au Cap de Palme , font des menil- 358 hum. du voyage du S' Delhée les de laine , du fer en barres, des baffins de cuivre 5 qui pour- roit avoir de baery, qui eft une forte de pierre bleuâtre fort dure, elle eft extrêmement cliere tout le long de la cofte,& vaut à la mine d’or , prix poûr prix. ■ Les Negres de cette code là viennent à bord vous recon- noiftredans des canots, & n’en- trent pas que vous ne leur ayez fait le ligne d’amitié , qui eft de prendre de l'eau de mer avec la main , 8 c vous la verfer fur les yeux : après quoy ils entrent làns craindre , étant leur fer- ment, 8 c croyant qu 'après cela, nous n’o ferions leur rien faire. ny les retenir , ou qu’il nous arriveroit mal heur : l’e on trait- aftxljleSydans la cojle de Gu in. 379 e encore avec eux des pagnes, les menilles , elles font faites le cotton , & qui fervent à couvrir les nuditez des efcla- yes que l’on traitte : On appelle :e païs, la colle Emanegueta; ils ont toûjoursà prefent quel- que méfiance , parce quil en fut enlevé plufieursil y a neuf à dix ans., par un nommé Gelée, qui avoir armé à Dieppe; & de- puis ont maflacré plufieurs François d’un autre navire , qui nefe méfioient pas d’eux. Le quatorzième , avons eu connoifiance du Cap Mefa- rade. Le Cap Mefarade eft une pointe peu haute, & qui avan- ce peu; toute la terre à l'en- tour fort balfe , & remplie d’ar- 360 hum, du -voyage du S r Delbée bres; la terre, jufques à Eft Sud’Eft,& Oueft, Nord’-Oueft toute baffe , fi ce n’eft qui dans les terres il paroift de for hautes montagnes allez éloi- gnées; le long delacofte pei d’eau , & mauvais fonds : il et eft de même jufques à la rivière Defîno , tout le fonds rempl) de roches ; la cofte n’eft que Sud’Eft & Nord’-Oueft, terre un peu plus haute que celle du Cap Mefurade : là il fe fait grand trafic de morfil, & or- dinairement les navires y de- meurent cinqàfix jours; ôc il faut moüiller, pour faire cette traitte , à une lieue de la riviè- re de Sufter , en dedans des ro- ches. C’eftàdire Oueft de ces roches , à dix brades d’eau ; vafe dans la cofle de Guinée. $61 vafe noire ; 6 c là les Canots ap- portent leur traitte, fans qu’il loit befoin d’aller à. terre : là j’ay reconnu, qu’il y avoir flux & reflux , Sud’Efl: 6 c Nord’- Ouefl: , terre bafle jufques à Sino , & quantité de rivières, toute la terre couverte d’ar- bres. Le ip avons vu. Bio Seller; & le 16 . à une heure , avons moüillé une lieue Oueft de cet- te riviere, de crainte de tom- ber fur fa barre , étant calme plat , & les marées portant à terre, nous avions dix brades d’eau fonds de vafe noire. A :inq heures , ayant commencé i faire un peu de vent d’Eft Mord’ Eli, avons levé l’ancre; 6c après avoir couru quelques 1 1. Partie. $6 2, lourn. du voyage du S r De/bée horloges au large , avons mis 1 le Cap le long de la cofte. Le 17. le vent contraire nous a fait perdre de noftre routte, & étans tombez en calme fur le foir, avons moüillé un peu au deffbus de la riviere de Si- no ou Sina . & avons veu un navire Oueft, de nous quatre ou cinq lieues, qui portoit à l’Eft Sud’eft. Depuis le jour, juf- ques au 2.1. nous n'avons fait que louvoyer le long de la cofte. Depuis la riviere de Sino, jufques au grand Sefter, terre balle ôc couverte d’arbres, en apparence bien peuplee , par la grande quantité de feux qui y paroiflent , qui eft nean- moins un ligne qu’ils deman- dans la cofle de Guineê. 3^5 dent à traiter : le grand Sefter | eft fait en forme de Cap , qui refuit à l’Eft , terre balfe le long de la cofte. Le 20 . nous eûmes connoif- fance du Cap de Palmes ; & le ii. à deux heures apre's midy, nous étions environ deux lieues Sud de la première pointe; & à cinq heures, à pareille diftan- ce de la fécondé. Le Cap de Palme eft fait en forme de trois pointes , diftan- tes de deux lieues ou environ les unes des autres , dontceüe du milieu avance le plus au Sud : il y a des roches devant la première j 6c comme une ance de fable ^ celle du milieu pa- roift comme un Iflct &c roche noiraftre couverte d'arbres : 6z QJi 3^4 dourn.du voyage du S Delbée la troisième paroift comme deuxlllets au devant de l’Oueft- 8c tout cela étant à une lieue 8c demie , 8c deux lieues de terre. Lez*, le Cap nous demeuroic à l'Eft Nord'Eft , 8c peu apres | au Nord’Eft; en forte que fai - Tant routte au Sud’Eft nous avons perdu la terre de Vuée ; à quoy a beaucoup contribue' un ; gros &c pefant grain de Nord’- I Eft , donc nous avons efté char- gez pendant une heure. Le * 3 . au matin, nous avons reveu la terre toute rangée, Efl^ 8c Oueftj&à midy., nous n’en étions qu’à trois lieues , 8c a- vons creû eftre par le travers de la riviere de faint An- dans U cofle de Cuinée. 3 6 f Depuis le Cap de Palme, juf- ques à la riviere faine André, toutes terres hautes , feituées EftjNord’ Eft, &OueftjSur- 1 oilt : Approchant de cette ri- viere, les terres paroiffenr fort rouges , & font fort couvertes d’arbres bien hauts , & l’on peut facilement faire là toutes les eauës , étant tres-bonnes, ôc i je croy qu’il faudroit porter toutes fes futailles en fagot, & les remonter en approchant de cette riviere , parce que cela e'pargneroit bien du port & de l’embaras qui fe fait en portant toutes fes eauës deFran- ce; quitte à mener des Tonne- liers davantage qui ne laiifent pas d’eftre Matelots. Le 14. au matin, nous étions QJ'j 366 lourn.du voyage du S Delbée devant la riviere de la Quoy - y &c à midy , devant le Cap de la Hou. Le zj. fur le foir , avons mouillé à une petite lieue de terre, à feize braffes , fable va- feux. Depuis la riviere faint An- dré , jufques à Bené , toute terre balfe couverte d’arbres, fcituéeEft, & Oued, bien peu- plée de gens méfians , qui vien- nent traiter à bord , de la main, à la main j (ans vouloir entrer; mais il vient des canots enquan- tité , & l’on y fait beaucoup de traitte j le moüillage eft tres-bon le long de la code, fable vafeuxjfeize brades d'eau, aune lieue de terre: Cette Na- tion ed communément appel- dans la cojle de Guinée* 307 lée Qua Qua , pajce que ceux du païs qui viennent à bord des vaifteaux, prononcent fans ceife ces deux hllabes : pour la traitte de ce païs , le fer y eft recherché ; les bougies ou co- quilles d Orient, y ont cours, ainfi que les balftns de cuivre qui doivent eftre des plus forts & des plus grands. Le 16. fur le foir , avons moiiille' devant AlTenay, 011 il y avoit un navire Anglois qui étoit en traitte, lequel a levé l’ancre, &: mis à la voile, com- me s’il avoit eû peur de nous: Peu apres il eft venu un canot de Noirs , vers noftre bord, qui s’approchans de nous , & nous connoiffant pour François , fe iont jettez en mer 7 fans vou- Qiiij fi m il 368 Iourn. du voyage du S r Delbêe * 4 loir venir à bord: Nous avons fceu que les Anglois leur a- voient fait croire que nous é- tions gens fans foy & qui en- levions tous les Negres qui ve~ noient pour traitter avec nous le long de la colle. Le 17. à neuf heures , voyant que les Noirs ne vouloient point venir à bord , nous avons appareillé & mouillé à onze , à caufe du calme qui a recom- mencé. Il ell venu un Canot, de Benay ,à noftre bord , qui nous a dit ce que delïus , au fu- jet de leur crainte , & nous a in- vitez d’aller moüiller devant Benay j ce que je n’ay pas fait, voulant avancer ma routte fui- vant mes ordres j & le vent s’é- tant levé de Sud , avec beau dans la cofîe de Guinée . 3^9 | petit frais , j’ay remis à la voile., & le foir me fuis trouvé fous le Cap Apollonia. AlTenay, & Benay,font deux bourgs, diftans de deux lieues l’un de l’autre, & où l’on com- mence à traiter de la poudre d’or : il leur faut de la ferge, de layde,du brodé, desbougies,des balîins de cuivre , & du fer , & de l’afcié , l’on pouvoir a- voir des coquilles, commente L- les de faint Michel , ou plus grandes, non rayées par de- dans , mais rougeaftres , ils baillent de l’or prix pour prix; il s’en traitte julques par de là le Chafteau de la mine , &c du Gap des trois pointes: la cofte d’Aflenay, & Benay , fe remar- que par une double terre qui Q. v I 370 lourhAu voyage du S r Delbêe paroift proche du bord de la mer, Ôc qui fait comme deux codes ; ôc approchant des codes , il y a comme un bois d’arbres de Cocos , bon,moüil- | lage par tout : les canots de Re- né ne vallent rien pour Ardre, parce qu’ils font ronds dejflfous, Ôc il les faut plats : ceux deQua- quas font bien meilleurs. Le Cap Appollonia ed un ’ peu haut, il y a toujours le Ion g j de cette code plusieurs navires pour la traitte tant du moritl que de l’or , bon fonds par tout , proche , & au large , de quatre ou cinq lieues. Depuis Renay , jufques pro - che le Cap des trois pointes , terre aifez haute , remplie de Falmides fur les bords: le long dans la cojle de Guinée. 371 de Ceberé,& proche de là, il y a un Chafteau qui appartient aux Hollandois, que l’on appelle faint Antoine Daxem ; il pa- roift rouge , aftez bien bâty : tous les navires qui palfent par là , leFifcal envoyé un Canot, pourfçavoir cequec’eft, & il en donne avis par terre au Ge- neral, au Château de la Mine: l’on m’a affeuré, qu’autre fois cela avoit efté aux François , & même qu’il y avoit eû fur la porte de ce Château, les armes du Roy de France, qui ont efté oftées par les Hollandois, de- puis huit ou dix ans, & qui! y a encore des veftio-es d’une Chappelle qui y etoit : En ap - prochant du Cap , c’eft un pais, marécageux. Q vj yji lourn . du voyage du S' Delbée Nous avions dés le foir 17. eu connailfance du Cap des trois pointes. Le a8. nous louvoyâmes tout le jour, avec peu d’avance ; & le 19. de même, ayant bien de ! la peine ^ à caufe du peu de vent , & que les marées por- toient Oueft , de doubler le Cap des trois pointes , ayant même efté obligez de mouil- ler devant Cebré , à caufe du calme. Le 30. avons appareillé le vent de Sud’Oueft : â cinq heu- res du matin , ôc à dix heures, nous étions environ deux lieues Sud du Château de laint An- toine Daxem , marqué dans fes Cartes Aifin , droit fous le Cap, qui eft pofledéparks ! i dans la cojle de Guinée . 373 Hollandoisj & la nuit , avons doublé le Cap de trois pointes. Mais le Cap eft allez haut, en forme de trois pointes, & juf. ques à Boutra , toutes terres hautes,cou vertes d’arbres, trois lieues à la mer il y a vingt brades d’eau ; ôc depuis Bourrai jufques à Commando , terres a’ffez hautes , & plus découver- tes: au dernier il y a une habitai, tion pour les Hoilandois^ uns autre pour les Anglois -, cela cft diftant du Château de la Mine denviron trois lieues. i’apprens que le heur Calro- lof s’eft plaint que l’on n’avoit pas voulu le mettre à terre en ce lieu , mais j ignore le fujet de cette plainte, puis qu’il n’en lit aucune inftance. 574 ï ourn.du voyage du S r Delbce ■ Le 31. apres avoir doublé le Cap , & nous trouvans fort au large j je fis porter à terre , où nous vîmes un navire qui re- çoit au Nord’Oueft de nous., & qui étoit moiiillé fort proche de la code. A deux heures a- prés midy , nous fûmes devant Comendo, à la portée du ca- non , où il y avoit trois navires A no-lois mouillez. A cinq heu- res , nous étions a la portée du - canon du fort de faint Geor- ges de la Mkie , fous lequel il y avoir trois navires moüiiîez: ôc à fept heures , nous avons moüillé à une portée de canon du Fort des Anglois , fous Cap Corfe. Le Château de la Mine, eftle lieu où demeure le General clans la cojle de Guinée. Hollandois , qui commande à toute la Nation tout le long de la coftej & a correfpondance, par barques ôf navires j de tou- tes parts : c’elt un lieu bien fortifié , o d il y a bonne gar- nifon , & où tous les navires Hollandois font leurs eauës & bois j & prennent ordre : Les Hollandois payent un droit au Roy du Païs , qui ne leur a pas vcrulu permettre de faire une Sifterne dans leur Château x les tenant toujours fu jets par là. LeCapCorfe efk diftant d’en- viron cinq lieues du Château de la Mine : il y a là un Fort oïl demeure le General Anglois c eftun lieu fec & aride , & fans bois , terres plus baffes que la pé Tonfn. du voyage du S 'Velbée j Mine , & deux lieues plus Eft j par mer : eft le Château des Dannois , qui n’eft éloigné par terre que dune petite demie ! lieue de Cap Corfe , & fe nom. me Frederilbourg, terre pareil- ; le, & tout païs fort peuplé j ce qui eft caufe qu’il eft plus dé - couvert , c’eft du mil qu’ils plantent : ces pointes font di- ftantes de quatre à cinq lieues-, & il y a encore trois Forts , fça- voir Naftàu , aux Hollandois; Cormantin, aux Anglois , & un autre aux Hollandois , dont je ne fçay pas le nom , fait nou- vellement /proche Biamba; tout ce païs- là eft découvert, terres hautes , &c montagneufe au dedans desances , de pointe empointe : Comme nous n’a- dans la cojle de Guinée. 377 vons point de Forts là j il nous eft affez difficile de traiter * èc je croy qu il feroit facile d’y en faire un : cette terre efl fcituée îEft , Nord’Eft j & Ou eft , Sur- Queft; les armes de petit prix s’y traitent bien , du corail , des i badins de cuivre.. Le fîeur Carolof envoya à terre au fort de Frederifbourg* des Danois j au fieur Groene- ftein , Directeur de cette Na- ition, lequel renvoya fon Se- crétaire à bord , ôc fit fçavoir que les Hollandois , informez depuis long-temps de noftre entreprife fe preparoient à nous en empêcher le fuccés,& que leur Commis ^ à Ardres , a- voit receu divers ordres pour cét effet , & qu’ils étoient refo~ 37 S lournJu 'voyage du S r Deibée lus de ne rien épargner pou nous en empêcher la traitte ou pour nous la rendre fi che- re j que noftre voyage fût in- fructueux, & revint à perte. Le premier lanvier 1670. ai matin, avons levé l’ancre, & fait routte le long delacofte: nous avons premièrement paf fé devant le Fort de Nafïaui puis devant Cormentin ; & à midy, nous étions Sud Oueft,de! Biamba envi r on une lieue. Biambâ efl une pointe de fer; qui avance au Sud , terre baffe, montagnes rudes dans les ter- res, & ances de fable jufques à la rivière de Volta, neuf braf- fes d’eau , à une lieue de terre, païs fort découvert , bien peu- plé; il fe voitplufieurs villages dam la cofle de Guinée. 379 peu éloignez les uns des au- tres , par tout arbres & brouf- failles : dans le païs , qui eft fort égal par tout, la terre gift Eft, Nord’Eft, & OueftSuf- Oueft. Sur le foir, noys étions Sud Daccara; & lez. au matin, de- vant Lay, au milieu de lance, ou il y avoit quantité d’arbres qui me paroiffoient Palmeftes, un peu écartez les uns des autres; le refte de la cofte eft plus bas, les arbres plus petits , & le fable paroift au bord de la mer tout îe long. A quatre heures , nous étions par le travers de la riviè- re de Volte. La riviere de Volte eft aifée à reconnoiftre par les brifans qui font devant l'emboucheu- » ■ 3^<3 lourn.du voyage au S r DMée re, qui font paroiftre un baft< long, & peu d’eau deffus , ur petit bois le long de la rivière, Éemboucheure a fiez largeft’en trée du eofté de l’Eft ; lor commence là à traiter des Nè- gres.- Nous mouillâmes le fôir, a caufe du calme. Le 3. avons levé l’ancre de bon matin, & reconnu le Cap d’Amonte. Depuis la rivière de Volta, jufques au Cap d’Amonte -, la terre eft fcituée Eft , Nord’Eft, & Oued , Sur’Oueft, pais égal, plat , découvert ,, ou peu de brouffàitles , fîce n’eft Monte, qui fait paroiftre une fepara- tion, comme riviere , où d’un eofté la terre eft baffe , décou- verte-, 5c l’autre plus élevé. dans la co fie de Gain ée. 381 ouvert d’un petit bois, paroif- ant double terre , quantité de :afe fur le bord de la mer ; mais es Canots ne viennent guère l bord en ces païs là : le Roy le ces terres eft piaffant & a aieji du païs, grand politique, 5c ne s’applique à rien autre :hofe que devuiderles querel- es procès de Ton peuple , Tes voifïns n’ofans luy faire la guerre , à caufe de fa puiftance: l'on dit qu’il met facilement cinq cens mil hommes fur pied, que |a Ville oii il demeure eft plus peuplée & plus grande que Paris : il eft voiiin du Royau- me de Thary, qui eft une pe- tite riviere , à douze lieues d Ardres , plat païs , quel- ques arbres de diftance en di- joi Iourn, du Voyage du S' Delbêe ftance & brouft'aiiles. Le 4. au matin, nous étions devant la riviere de Tary , mar- quée dans les Cartes Terra, où il y a un gros bourg , compo- fé de plusieurs cafés, &y avoit pavillon Hollandois à une d’i- celles. Tary, comme jay déjadir, eft vn bourg , à douze lieues d’Ardres,& ce Royaume voi- fin, comme il eft proche, les navires n’y arreftent guère, parce qu’ils amènent les Nè- gres à Ardres, traiter, & payent droit au Roy d’Ardres j il y a neanmoins un Commis Hol- landois habitué ; il fouhaite- roit fort que l’pn traitât avec luy , & que le£ navires moüil- lalfent dans fa radde,pour épar- dans la cojle de Guinée. 383 ner le droit qu’il paye-, ce qu’il ous fit propofer en payant, ar un homme qui vint de fa art, à bord,& nous promettoit [uatre cens Negres en un mois e temps ^ ce que nous ne pû- inent executer , nos ordres ne ious le permettant pas , & je roy même qu’il auroitfouhai- é que l’on s’y fûtétably. Pour faire la traitte feure- nent àTary , il ne faut mettre l terre les marchandifes, qu’à la nefiirc que l’on embarque les SJegres, ou peu au magazin, parce que les habitans du pais lont voleurs , principalement quand ils ont bû ^ ils pillent la nuit voftre magazin, & il ne fc faut fier en eux que de bonne forte. 384 lourn, du voyage du S' Déliée Le foir fur les cinq heures , nous mouillâmes à la raddt d’Ardres , où nous trouvâmes quatre vaifleaux Hollandois l'ancre, fçavoir trois culs quar- rez, & une flûte d’en viron deux cens tonneaux } les Culs quar- rez , l’un pouvoir eftre de mê- me port ; & les deux autres , un de cent cinquante , & l’autre de cent j outre lefquels il y en ar- riva encore un le 7. d'environ deux cens tonneaux. La colle de là à Ardre , n’elt que EU, & Ouell, pais fort plat ëc tout découvert , & appro- chant d’Ardres, ilparoiftune pointe & trois mottes de terre, Aillantes de peu l’une de l’au- tre , lelquellcs mottes paflees, 1 on entre dans une ance , qui elt dans la cojîe de Guinée. 38; eftle lieu où lesnaviresmoii.il- lent pour faire la traicte d’Ar- dres. Le village qui eft fur le bord de la mer , s’appelle la Praye, conlîftant en peu de Cafés • il y a une barre de fable devanc le bord de la terre , où il n’y a que fort peu d’eau qui brife furieu- fement de mauvais temps., &: de beau temps ; les chal.ouppes n’y fçauroient palfer de balfe mer, ce qui oblige à fe fervir de Ca- nots plats, pour la traitte & fa- cilité d’embarquer de débar- quer les marchandées. Dans le beau temps , I011 i moüille à trois quarts de lieuë de la terre , à fix braées d’eau , fable, bon fonds; dedans les mauvaifes faifons , à une lieuë II. Partie. R 586 îourn. du ‘voyage du S r Delbèe & demie j à huit brafles deau: mais en ce temps- là , il eft bien difficile de mettre à terre , & l’on eft quelquefois douze jours fans y pouvoir aller ^ la bonne faifon pour eftre là , eft les mois de Décembre, Ianvier, Février, Mars, & Avril , pen- dant lefquels l’air y eft pur , &c moins mal fain. Fa maladie du fleur du Bourg arrivée peu de jours apres Ton voyage à AfTem ou Ardres , ville capitale du païs , & la de- meure ordinaire du Roy, apres avoir eû audiancede ce Prin- ce , ôc fa mort furvenuë dans la routte lors de nôtre retour aux llles , luy ayant ôté les moyens de faire un Iournal de fa nego - dation , tant au fujet de l’é- dans la cofie de Guinée. 3 Sj tablilfement d’une loge , pour les François j dansOiïra, quà celuy de l’ouverture du com- merce entre les deux Nations^ je me fens comme obligé de fuppléer à Ton defaut d’in- ferer dans ce Iournal toutes les choies qu'il a faites & négo- ciées pour le fervice de laCom- pagnie des Indes Occidentales: en quoy il a efté aydé & fecou- ru par le Heur Carolof , qui ayant long temps trafiqué en ce pais, y avoit confervé beau- coup de connoiflance & d ha- bitude: Cette penfée me pa- roiflant d’autant plus raifon- nable j qu’il ne feroit pas jufie que ce qu’il a fait demeure comme enfevely dans l’oubly , puis qu’il peut fervir de réglé R ij 388 loum. du voyage du S r Delbee à ceux qui formeront à l’ave- nir dépareilles entreprifes., & fa connoiflance eftre aulïi u- tile qu’agreable au public. Le y le fleur Carolof mit pied à terre , & fe fit porter à Offra , bourg diftant de deux lieues du bord de la mer , & où font les loges de tous les Etran- gers qui trafiquent en ce pais, & fut trouver le Fidalque qui commande à ce bourg , qui luy témoigna que les Hollandoîs faifoient leurs efforts pour tra- verfer, fous main & paradref- fejle fùccés de nôtre voyage, ôc luy promit d’envoyer aver- tir le Roy , de nôtre arrivée ; ce que fit aufli le fîeur Carolof, par un Exprès. Ce même jour., le fécond dans la cofle de Guinee. 389 Commis des Hollandois, e'ta- bly àOffra , vint à bord de la Iuftice.,nous faire compliment, & apporta un prefent de deux porcs - y je le regalay de force vins de liqueur , comme Rof- foly , vin d’Efpagnej ôc de Ca- ! naries , que j’avois apporté de France. Le 6 . le fieur du Bourg mit pied à terre , & fut porté à Of- rra, & receu par le Commis des Anglois „ qui luy donna un magazin pour le loger , & luy fit fournir tous les vivres ne- ceflaires , dont il fut en fuite rembourfé ; & cela , parce qu'il n’eft pas permis aux Etrangers de rien acheter à terre „ jufques à ce que le commerce foit ou- 390 Iourp.du voyage du S r Delbèe Le 7 . 8 . ôc xo. fe paflerent fans avoir aucune nouvelle de la Cour, & le fieur Carolof enfutfurpris , parce qu’il efpe- roit que l’avis qu’il avoit fait donner au Roy,de fon arrivée, & la priere qu’il luy avoir fait faire de fe fouvenir de fon an- cienne confidence, & que pen- dant leur jeuneffe il avqit beu Bocca à Bocca avec luy , deût produire quelque effet extraor- dinaire en fa faveur , Sc faire relâcher quelque chofe à fon égard , des longues-attentes où les peuples laiffent , par politi- que, les Etrangers nouvelle- ment arrivez dans leur côte-, parce que cette ceremonie eft parmy les Negres comme une efpece de voeu & de lien indif- dans la co fie de Guinée. 391 foluble d’amitié : en forte que fi une perfonne entr’eux lere- clame, & qu’on ne le confidere point, ils font perfuadez qu’il faut que celuy qui l’a méprifé meure auffi-tôt., étant indigne de vivre après cette lâcheté. Le 9. l’on fit mettre à terre le Caroffe que la Compagnie envoyoit pour prefent au Roy d'Ardres, qui étoit fort doré, ainfi que les harnois & mors de bride pour les chevaux. Le 16. le fous-Capitaine du Roy arriva à Offra, & vint de la part de fon Maître , trouver le fleur Carolof,& luy dire qu’il étoit bien aife qu’il y eût des anciens en vie dignes de le voir, & qu’il auroit joye de luy faire cét honneur j que pour R iiij 39 1 Journ. du 'voyage du S r Dell e luy témoigner , il ne vouloit point recevoir de prefëns de luy par avance , comme il fai- foit des autres Nations , & qu'il ! étoit difpofé d’accorder aux François les memes privilèges dont ceux qui negocioient de- puis long -temps dans Ton Royaume joüiffoient ; Que fé- lon l’ancienne coutume, il a- voit commandé au Prince Ion fils, & au grand Capitaine du commerce , de fe tranfporter en diligence à OiFra , pour le conduire à fa Cour : ce qui fut appris par le Commis des Hol- îandois, avec chagrin de dé- Le 18. le Prince , & le grand Capitaine du commerce arri- vèrent à Offra : Audi- tôt le dans la cojîe deGuinee. 393 fleur du Bourg les fut faliier , accompagné du fleur Carolof; : mais comme il écoic déjà tard, l’on ne parla point d’afîhire. Le 19. le Prince , & le grand Capitaine du commerce , ren- dirent vifite au fleur du Bourg-, & après leurs complimens, le Prince luy dit, qu’ils étoient enuoyez par le Roy , pour les recevoir & conduire à Aflem, mais qu’auparavant il vouloit les traiter & boire avec eux fur le bord de la mer , ce qui fe fe~ roit le lendemain : apres quoy ils repafTeroient à OfFra , àc prendroient le chemin d’Af- fem. Cette vifite nous produifit la liberté d’acheter toutes les chofes qui nous étoient necef- R v ffl 1 m 394 ïoum. du 'voyage du S'Delhee \ fàires, c’eft à dire à terre; car avant cela, les Noirs ne laif- foient pas de venir à bord, & de m’apporter toutes les chofes neceflàires à la vie. Le 10. le Prince Te fit porter au bord de la mer , où il avoit fait drefler une grande tante, & y fut luiyy du fieur du Bourg, &: du fieur Carolof , aînfi que du Commis des Anglois , & du fouf- Commis des Hollan- dois. Il y arriva fur les neuf heures du matin , & fi- tôt qu’il parut, jelefalüay en quatre diftances de douze coups de canon , ainfi que le fieur du Bourg m’avoit mandé qu’il fe devoit faire , & m’embarquay dans ma cha- louppe ; étant à terre , je fus en- dans la cojle de Guinée. 39 j : levé comme une mouche, par quantité de ce peuple, que ie croyois autant diables, qu’hom- mes par le nombre qu J il y en a- ! voit : d’autres en firent autant à ma chalouppe, & la mirent plus de vingt brafTes haut, comme fi ils n’avoient rien porté: Etant à terre, un den- tr’eux qui paroiffoit Officier, me dit en Portugais, de relier là -, ce que ie fis ; & tout ce peu- ple étant écarté de moy, à la re- ferme de l’Officier qui m’a voit dit, de ne pas avancer, je vis ap- procher une bande de ces Noirs , lefquels portoient des bâtons ployez en S, au bout defquels il y avoit un petit é- tendarü dont ils faifoientcenc tours depafTe pafle: apres eux, R vj r h!* îf?lï; rem j*)6 IûurnJuV oyagedu S'Delbée d’autres marchoient , qui a- voient des tambours pointus par les bouts , fur lefquels ils battoient une efpece de cadan- ce ; ils étoient fuivis d’autres qui portoient des formes de cloches , dont ils faifoient un carillon aflez concerté , au fon duquel ceux qui les fuivoient faifoient cent poftures folles & extravagantes; quelques-uns chantoient, d’autres faifoient des contes pour rire en leur langue, & tout ce que des bou- fons peuvent inventer pour di- vertir : parmy les joueurs d’in- flruments , quelques - uns a- voient des formes de trompet- tes fort courtes , dont ils joüoient &accompagnoient le fon des autres inftruments : dans la cojîe de Guinée. 377 Tous ces gens écoienc de la maifon de ce Prince ; & ces | inftruments font ceux dont ils fe fervent en ce pats pour leurs J divertilïemens : Apres qu’ils fu- rent palTez pardevant moy, fai- fant fanfare , ils donnèrent lieu à quelques Officiers qui mar- choienc devant leur Prince , de paffer auffi devant moy 5 com- me celuy qui porte fon coute- las , qui marche feul devant luy le chapeau fur la telle , avec quelques gardes qui portent des armes à feu : En fuite de ce, je vis paroîtreun grand paraf- fol, fous lequel étoit le Prince, accoté les deux bras fur deux hommes qui étoient à fe s co- tez J marchant fort gravement;' le grand Capitaine de cavale- fl 398 lourn. du voyage du S[Delbée rie à la droite, &: celuy du com- merce à la gauche : plufieurs Fi- dalques,qui eft le nom que l’on donne aux Grands de ce pais, étoient à l'entour de luy avec plus de dix mille Noirs qui les fuivoient. Etant à dix pas de moy, l'Of- ficier qui m’avoit fait relier, me dit , qu’il étoit temps d’avan- cer; & m’approchant , je fis la reverence au Prince à la cou- tume Françoife , lequel m’of- frit la main fans fe bouger : ce qui m’obligea de luy donner la mienne , qu’il ferra médiocre- ment , & me regarda fans rien dire : je demeuray un peu fans fçavoir fi je luy devois faire mon compliment en François, ou en Portugais ; & luy ayant dans la cojle de Guinée. 399 fait en Portugais , & offert ce qui dépendoit de moy , il le fit expliquer, & me remercia: il voulut en fuite voir la chaloup- pe dans laquelle j’etois defcen- duj & fit prendre le pavillon, que l’on planta debout devant la tente 5, puis il m’amena à coffé de luy fous cette tente.,oii tous les Officiers & Seigneurs m’embrafferent les uns apres les autres : il y avoir tout pro- che une Compagnie d’hom- mcs^ayans coutelats 6c gibeciè- res à leur collé j 6c leurs armes ( e’étoit des moufquets ) arran- gées en bon ordre -, il fit fervir au bout de quelque temps quantité de viandes bouillies , comme bœuf^fanglier 6c pou- les., 6c de pareille forte rôtie. 4>oo ïourn.du Voyage du SlDelbée avec lin ragoût fait avec de l’huile de Palme , dont je ne p eus manger ; il n’y avoifque quatre perfonnes qui man- geoiem avec luy , fçavoir les heurs du Bourg, Carolof , le Commis des Anglois , & moy^. les autres furent fervis apres , & donna à manger à tout ce qu’il yavoit de monde les unsapre's les autres : Pendant qu’il man- ge , deux hommes l’eVantent fans celle avec de'grandes évan- tailles decuirdefenteurÿje re- marquay qu’il y avoit trois ou quatre perfonnes pre's de Itiiy r que l’on médit eftre fes favo- ris , aufquels il met les mor- ceaux dans la bouche, qui n’y oferoient toucher des mains ? ny les laiffer tomber. dans la cojie de Guinée. 401 M mange fur des nattes, à bas , dans des calbaffes fort propres refTemblantes à de l’è- caille : il eft fervy à genoüil, tant à boire., quà manger» leur coutume eft de laver leurs mains ôc leurs bouches , après leur repas - y ils ne boivent qu’a- prés avoir mangé , mais fe- rieufement, & leur figne d’a- mitié eft de boire deux., bouche à. bouche, dans un verre j ce qu'il me fallut faire avec ce Prince plusieurs lois : Après le repas, il eft de la coutume & de fhonnefteté de jetter de l’argent au menu peuple, qui eft lept à huit plaines mains de bougies , qui eft l’argent du pais y & après cette ceremonie, il ouvre le commerce. çi. jki Ki H j 401 Iourn. du voyage du S r Delbée Ce Prince eft bien fait de vifage j ii peut avoir trente - cinq ans ; il eft gros & puiflant, fortrobufte, & le vifage ma- jeftueux , & fort craint & ref- 1 peélé des fujets du Roy fon pc- re : il étoit vêtu de deux jup- pes lune fur l’autre , l’une dé fatin , l’autre de tafetas qui luy battoient fur les talons, & avoit une grofte échappe paf. fée en baudrier, le refte de fon corps étant nud. Il ne voulut jamais partir que fon monde ne m’eût remis a- vec machalouppe à la mer , de la même maniéré qu’ils m’en avoient forty -, & aufti-toft je le vis partir avec tout fon chari- vari, luy dans un hamac porté par deux forts Negres qui fe dans la cojle de Guinée. 403 relayoient de temps en temps. Leu. le Prince, & le grand Capitaine rendirent vifite au fieur du Bourg; & le 14. il par- tit d’OfFra, en (à compagnie, pour aller à Aflem : Comme il étoit en la compagnie du Prin- ce, il eut cét avantage que n’ont point les autres étrangers , d’al- îer de jour par le pays • il fuc dîner du grand Fero , ou il fut fait bonne chere & grand ré- gal . il arriva tard , à AfTem , & rut logé dans le Palais du Roy, dans l’appartement qui fut délors deftiné pour les Fran- çois. Si toft que le Prince eut ou- vert le commerce, on commen- ça la décharge des marchan- dées pour la traitte que j’en- 404 Iourn.du voyage du S Delb et voyois à terre , & qui de- là k- toient portées à Offra, par des 1 Noirs qui les venoient charger : au bord de la mer y &: au {quels j on payoit vingt bougies par j chaque voyage , qu’ils font du bord de la mer en ce bourg, & font obligez de porter deux barres de fer, ou la pefanteur par voyage y & cela s’appelle Tauge. Pendant que le {leur du Bourg alloit à AfTem , l’on y porta plufieurs de nos mar- chandifes tant pour eilre pre- fentees.au Roy , que pour faire traitte avec les Grands. Le zy, le fieur du Bourg fut introduit à Paudiance du Roy, & conduit par le Prince , le grand Marabou, le grand Ca- dans la cojle de Guinée . 40 j pitaine du commerce , le grand Capitaine de Cavalerie, & au- tres : il fut receu comme Am- balîadeur, 6c en cette qualité on le fit afleoir fur un lit de co- ton, à codé du Roy qui etoit af- fis dans un fauteuil. Quoy que ce Prince enten- de fort bien le Portugais , ou pour mieux dire l’Efpagnol corrompu , tenant de la Langue Franque, il ne laide pas de fe faire tout interpréter par les deux Interprètes , Matteo 6c Francisco, qui fervent comme de Notaires, 6c aufquels on a une foy toute entière, parce que s’ils e'toient furpris dans le moindre menfonge,ils feroienc fur le champ punis d’une mort cruelle , 6c leurs femmes 6c 406 JoUrn. du voyage du S r Delbêe enfans faits efclaves. Le fîeur du Bourç fit fes O complimens au Roy, au nom de la Compagnie des Indes Oc- cidentaies , & luy prefenta le | caroffe qu'elle luy avoir en- voyé-, puis luy demanda la per- miflion de bâtir une loge àOf- fra, fous promeffe que la Com- pagnie envoyroit tous les ans quatre vaiffeaux pour négocier avec luy, A quoy ce Prince fitrépon- fe , qu’à l’égard du commerce, les Hollandois envoyoient fur fa cofte plus de vaiffeaux qu’il n’en pou voit faire charger^ que farinée derniere il en étoit par- ty fans charge ; qu’il y en avoit prefentement fix en radde,& quatre au Château de la Mine, dans la cofie de Guinée. 407 qui n’attendoient que des nou- velles de leurs Commis , pour venir en fesraddes, ôc qu’ai n fi il ne manquoir ny de vaiffeaux, ! ny de marchandifes ; qu’il y a- voit plus , puis que les Hollan - dois luy avoient fait des offres tire s-eonfiderab les pour pou- voir concrader une alliance : plus étroite avec luy , ôc avoir feuls le commerce dans fes ter- res -, ce qu’il auroit dautant plûtôt dû faire, que lesAnglois fembloient avoir négligé fon : païs l’année derniere , & o^e les ! François qui y étoient venus dans les temps paffez,n’avoient pas efté fort exads en leurs pa- rolles & en leurs promeffes, de - faut dont on ne pouvoit avec juftice accufer les Hollandois: 408 loum. du voyage du S r Delhée que cependant^ nonobftant ces raifonsjles grandes chofes qu’il avoir oüy dire du Roy de Fran- ce, & de l'amour qu’un de Tes principaux Miniftres avoir pour le commerce ; ce que l’on îuy avoir rapporté de là puif- Tance , d’avoir foutenu luy feul & maintenu le Roy de Portu- gal, contre toute la puilTance de celuy d’Efpagne , luy failoic naiftre le defir de mericer l’a- mitié d’un fi grand Monarque, en traitant favorablement Tes fujets, & que pour cét effet il avoit donné ordre à Ion grand Capitaine du commerce , de faire bâtir une loge pour les François à OfFra, & de les pro- téger en toutes chofes , & fa- vori fer leur commerce de tout fon dans la cojle de Guinée. 409 Ton pouvoir. Sur quoy l’on fie apporter les coffres où é- toient les marchandifes les plus precieufes ; & les clefs s’étant trouvées égarées, Ton rompit les ferrures: le Roy choific & prit toutes les marguerittes t gros olivette rouge, gros bleu, les carnavacques , le criftal j & les cancquins - r parce que les Hollandois qui étoient à la cofte , n’avoient point de pa- reilles marchandifes -, & quoy que l’on eût pu prendre avan- tage de ce que ces chofes man- quoient en cette cofte , le fieur du Bourg crut qu’en cette pre- mière occafion , l’honnefteté devoit pafTer devant l’intereft; en forte qu’il en laiffa faire le prix au Roy tel quil l’eut a- II. Partie. S 410 lourndü 'voyage du S r Delbée greable. Le fieur Carolof por- ta celuy de chaque Negre 4 dix-huit barres de fer , quoy qu’il n’euft efté auparavant que de douze ; il eut en cela fes rai- fons dans lefquelles ie ne pé- nétré pas : & comme il avoir l’ordre de tout ce qui concer- noit la traitte ôc le négoce le fieur du Bourg le laiffa faire fans s’en mêler. Il fe contenta feulement de faire des prefens, & d’envoyer à la mere du Roy, cinq mafles de i cnftal num. quarante-fix^ &à la Reine fa femme, unemafle de corail fïn,pefant trois Li- vres J puis il partit pour retour- ner à Offra. Le fieur Carolof refta à Af- # fem, pour négocier des Noirs dans U co fie de Guinée. 411 avec le Prince , le grand Ma- rabout, & les grands Capitai- nes; ce qu’il fit au nombre de deux cens foixante , puis revint àOffra , où il arriva le 30. Le lendemain , nous fîmes décharger toutes nos marchan- dées avec emprefiement j & comme le Commis des Hol- landois fit la même choie de fon cofté , il fe trouva que les uns & les autres manquèrent d’guvriers & de porteurs ; ce qui obligea le fieur Carolof d’en aller quérir au village Ia- îquin. Le 7. Février, lefous-Capi- itaine du commerce arriva, avec plufieurs autres, & nous ame- na foixante & quinze Noirs de la part du Roy , en payement S ij 4 U Iourn. du voyage du S r Dclbée des barres de fer, & autres mar- chandifes qu’il àvoit achetées <5c prifes de nous. Le 8. la liberté du négoce des efclaves^avec nous^fut publiée, & il nous fallut lors payer des droits à Offra, comme nous a- vions fait àAlTem. Leio.il mefut envoyé qua- tre-vingts fept Noirs à bordj & le lendemain le heur du Bourg tomba malade , de la maladie dont il eft mort ^ il ne fe lit neanmoins tranfpor- ter à bord que le 10. Tout le refte du mois (h pafla en négoce, en forte que le premier de Mars , nous é- tions prefts,& nous nous difpo- fions à faire voile le i. lors que le Navire la Concorde Capi- dans U cojie de Guinée. 4?} taine lamain arriva & moiiilla en radde : Il étoit party dés le i6. Février quatre vaiffeaux Hollandois de la radde ; de for- te que ceux qui reftoient, nous voyant deux forts navires , té- moignèrent quelque crainte de nous, & en uferent avec plus de circonfpeéHon qu’ils n’a- voicnt fait parlepaffé. Cette arrivée retarda noftre départ, & il fut jugé à propos dans l’afTemblée du confeil , de mettre les chofes en état pour fa trait te avant que de le quit- ter , les habitudes que nous a- vions déjà contractées pou- vant beaucoup avancer les chofes : le heur Carolof , qui étoit à bord , retourna pour cét effet à terre ; mais comme S iij 414 loumAu voyage du S Delb'ee le 3. le 4. ôclej. s’étoient paffez jfans que nous euflions nouvel- le de l’audiance que nous a- vions demandée pour le fleur Mariage qui devoit refter dans la loge en qualité de Commis general & négocier la car- gaifon de la Concorde : de for- te que voyant que les Noirs/ qui étoient chargez dans mon bord au nombre de quatre cens trente-quatre j prenoient beau- coup de mélancolie de voir leur terre devant leurs yeux , & qu’il en étoit déjà combe quel- ques-uns malades de triftef. fej je me refolus d’aller faire un dernier effort pour nous procurer cett audiance. A cét effet, je mis à terre le 6. ôc fus trouver leFidalque à dans U cofle de Guinée. 4I5 Offra, auquel jeremontray le tort que ce retardement nous faifoit ; que ce n’étoit pas le moyen de nous porter à retour- ner chez eux , que de n ous faire perdre le fruit de noftre voya- ge par des longueurs qui ne pouvoient fervir, ny ehre pro- fitables à perfonne. i’accom- pagnay ces difcours d'un pre- ,fent qui l’échaulfa fans doute plus que mes parolles, & fit que fur le champ il dépécha un Ex- près à Affem , pour obtenir nô- tre Audiance. Il revint le lendemain 7. avec les ordres que nous pouvions fouhaiter, puis que dés-le foir même Ion nous fit partir pou Affem., les fieurs Carolof , Ma riage & moy ; comme il n’elf S iiij 416 Iourn.du voyage du S r Delbêe pas permis aux Etrangers d al- ler de jour par le païs., l’on choifit la nuit pour nous faire faire le chemin qui eft de dix à douze lieues de France. On le fait d’une maniéré peu connue en Europe, puis que vous vous couchez dans un lit de cotton ou hamac , dont les cordes s’attachent à un gros bâ- ton que deux Negres chargent , fur leurs épaules , & vous por» tent tout couché; ils font re- j layez d’efpace en efpace par d’autres Negres frais & qui n’ont point encore travaillé; en forte que le chemin fe fait en peu de temps & fans incom- modité pour ceux qui font ac- coutumez à cette maniéré de voiture. dans la cojle de Guinée. 4I7 Quoy qu’il fût nuit , la Lune qui étoit lors en Ton plein, avec un temps fort fe- rain, me donnèrent le moyen d’obferver le païs que nous pallions , qui efl plat 8c uny , 8c fort bien fcitué, peuplé de quantité de Bourgs 8c Villages: je fis cette obfer- vation, qu’on évitoit de nous faire pafler dedans , & que l’on s’en détournoit exprès de quel- que diftance. Nous arrivâmes avant le jour à Affem ou Açdres , 8c j'obfer- vay que nous palFàmes trois ou quatre grandes portes 8c que les murailles de la Ville étôient 'fort épaiCes 8c affez hautes pour n’eftrc faites que de terrey mais celle dont on les bâtit fe S v 418 Iourn. du voyage du S" TDelbée lie fi bien & s’unit fi parfaite- ment , que quand ce feroit du plâtre , cela ne feroit pas un corps plus folide ôc plus uny : les foflez font en dedans des murailles , au lieu que les nô- tres font par dehors , & me pa- rurent aflez grands. Nous fûmes portez dans le Palais duRoy,en l’appartement deftiné pour les François : Ce lieu eft grand & fpacieux & alfez bien bâtyiileftdivifé en grande cour, & grands jardins, & le bâtiment eft tout entouré de pilliers qui forment des ga- leries ôc porches pour fe pro- mener, tant du cofté des cours, que des jardins: il eft élevé de deux étages où il y a divers ap - partemens fort grands & fpa- dans la cojle de Guin ée. 419 cieux compofez de fales,cham- bres , & autres accompagne- mens j & c’eft une chofe fur- prenante comme ils peuvent fî bien bâtir avec cette terre , & luy faire porter des plan- chers. Les jardins font fort grands &: tous clos de murailles, a- vec des allées & descomparti- mens ou il y a des fleurs ; j’y re- marquay de deux ou trois for- tes de Lys j il y a force arbres plantez par ordre & fimetrie: Perfonne n’ofe & ne doit en- trer dans l’appartement duRoy, s’il n’y eft expreflement appel- le, à l’exception du grand Ma- rabout qui y a fes entrées libres à toute heure , foit de jour , ou de nuit. S vj 410 Iourn. du Ÿ oyage du S' Delbée Peu de temps apres cjue nous fûmes arrivez dans noftre ap- partement , le Roy nous en- voya plusieurs viandes cuittes, & plufieurs boifTons •> en quoy il fut imité par le Prince , & par tous les Grands , qui nous en- voyèrent , félon la coutume du pais , une fi grande quantité de viandes, qu’il y en avoit pour nourrir abondamment plus de cent perfonnes ; apres quoy chacun d’eux nous rendit vifi- te, à l’exception du Roy,qui ne la rendàperfonne, & du Prin- ce , qui ne fortoit poinr, à caufe de la mort d’en de fes en fans, & qui ne fe laifloic même voir à perfonne, qui eft: leur grande marque de deüil. Apres le dîner du Roy, nous t dans la cojle de Guinée. 41* fûmes conduits à l’audiance par les grands Capitaines du com- merce & de cavalerie, elle nous fut donnée dans un des jatdins du Roy, qui étoit aflis fous un porche dans un fauteüil de da- mas :il étoit vêtu de deuxjup- pes à la Perfienne, l’une deflus l’autre j celle de deflbus étoit de tafetas, & celle de deflus pi- quée , le refte du corps nud, hors qu’il avoit une grofle é- charpe de tafetas en forme de baudrierja tefte couverte d’une maniéré de coefle à paflement qui avoit une queue , & par deflus étoit pofée une Couron- ne de bois noir comme geais, qui rendoit une très -bonne o- deur : il tenoit en fa main une âianiere de petit foiiet dont le <;■ 4 it lourn.du voyage du S r Delhée manche étoit fort façonné, & dont le foüet fembloit eftre de pite, ou de foye. Ce Prince, qui fe nomme T e- zyfon , ou AlKemy , eft bien fait de fa perfonne , mais d’une taille extraordinaire , grand, gros 2c puiflant à proportion ■> il paroît âgé de foixante & dix ans, qui a l’efprit vif, la repartie prompte, & paroît d’une hu- meur allez libre & enjoüée -, ce que ie connus par quelques réponfes qu'il nous fit, qu’il ac- compagna de comparaifons fpirituelles & agréables. Nous îuy fûmes prefentez par les Capitaines qui nous a- voient conduit à l'audiance: Comme je m’approchay de luy, il me prefenta la main, & luy dans la cojle de Guinee. 41 j : ayant offert la mienne.,il me fit claquer trois fois le doigt in- j dex, qui eft un grand figne d’a- mitie' parmy eux ; puis il fit ! mettre des nattes à cofté de luy &nous fit affeoir deffus: l'au- diancefut longue, & il nous y accorda de bonne grâce tout ce que nous luy demandâmes -, la première cliofe fut pour la con- ftru&ion de noflre loge, â ce qu’il luy plût en faire hâter le travail-, puis pour l’expedition de la traitte pour le navire la Concorde: il nous dit fur ces deux Chefs , qu’il feroit partir au premier jour fon fils, &le grand Capitaine du Commer- ce, pour aller donner ordre à faire avancer noffre bâtiment, afin d’y établir nos Commis , & 444 lànrn.du 'voyage du S r ‘Delbêe ouvrir le commerce avec le na- , vire la Concorde. « Il me dit en fuite , qu étant bien informé que la France é- toit un fi grand Royaume & remply de tant de chofes rares, il écoit furpris que nous n’ap- portions que de femblables chofes que les Hollandois luy avoient apporté depuis long- temps : A quoy ie luy répondis, que comme ils avoient un grand commerce avec la Fran- ce , dont ils étoient voifins* ils y prenoient les chofes qu’ils croyent luy eftre les plus pro- pres & plus agréables ; &: qu’à noftre égard., comme nous ne fçavons pas bien la nature des marchandifes qui luy étoient les plus utiles & les plus necefi dans U co fie de Guinée. 41? faires* nous ne luy avions ap- porté cpie ce que nous étions af- feurez que lesHollandois debi- toient dans Tes Etats -, mais que fi nous fçavions qu il defirat d’autres chofes, nous ne man- querions pas de luy apporter. Surquoy il me dit de luy appor- ter au premier voyage une é- pée d’argent à la Françoife ôc un coutelas , deux grands mi- roirs j de latoilletres-fine&de la dentelle pour luy faire deux vefteSj deux paires de fouliers., lune de velours , l’autre de- carlatte; deux paires de mulles, fix paires de gants de fenteur, deux paires de bas de foye, l’un gris de lin, l’autre amaranthej ce que ie luy promis d’appor- ter , ou faire apporter par le ■ ! jji l I ! 416 lourn, du ‘Voyage du S r Deîhée premier navire , après n>on re- tour en France. Nous nous plaignifmes en- fuite de quelques-uns de nos debiteurs qui negligeoient de nous payer j il voulut fçavoir quels ils étoient, puis comman- da que dans deux jours ils payaient , faute dequoy on leur prcndroit toutes leurs fem- mes ^ ce qui eft exécuté à la ri- gueur : apres quoy., &nousa- voir particulièrement témoi- gné l’eftime qu’il faifoit du Roy de France , & comme il le diftinguoit d’avec fes autres voifins , il nous invita d’aller voir le.Prince fon fils qui ne fortoit point à caufe de la mort dun de fes enfans comme j’ay déjà dit , puis nous donna con- dans la cofle de Guinée. 417 gé avec toutes les marques d’e- ftime & d’honnefteté pbflî- bles. Au refle,ce Prince eft en une telle vénération auprès de Tes fujets , qu’aucun ne paroift de- vant luy,à l’exception du grand Marabout , que profterne' à terre , fans ofer lever les yeux pour le regarder, fi ce n’eft lors quil en’feft interrogé & obligé de luy répondre-, ce qu’il fait en levant un peu la telle & le regardant , mais demeurant toujours profterne, ce que nous avons veu pratiquer dans nô- tre audiance au grand Capitaï- taine du commerce , & à celuy de cavalerie. Après noftre audiance, nous fûmes au logis du Prince qui 4*8 lourn.dtt V oyage du S r Dell;ée n’eft pas dans la ville , mais dans un bourg qui en eft di- sant d une demie lieue j nous en coftoyafmes les murs , & elle me parut fort grande : Ce Prince fe difpenfa à noftre fa- veur, de la coutume dupais, qui ne permet pas à ceux de fon rang de fe faire voir lors qu’ils font en deüil , comme il étoit : il nous receut dans une grande falle, & nous fit tousaf- feoir fur des nattes , où nous îuy fifmes nos complimens ^ a- prés lefquels, & une audiance de demie heure , il nous fit ap- porter à boire, ce qu'il fit bou- che abouche avec moy, comme la première fois que ie Pavois veu : apre's quoy nous prifmes congé de luy,& revinfmes chez dans la cojle de Guinée. 42.9 # Je grand Jvfarahput : Il nous re- ceut avec beauèoup de civili- té , & voulut nous donner à fbupper , ou il nous regala de Ton mieux, avec force viande roftie & boiiillie , comme bœuf, cochon, & poulies qu’il fit fervir fur une natte très -fine, qui fut pofée fur un grand ta- pis de Turquie quil avoit fait étendre à terre ; & fcachant bien que nous avons peine à nous afTeoir à plat de terre, comme eux , il nous avoit fait préparer force carreaux deta- bis & de tafetas , afin qu’ils ferviflent à nous mettre plus noftre aife, s’efforçant de nous faire paroiftre beaucoup d’em- ' preffement pour nous procurer toute forte de fatisfaéUon. P' 4 J 0 lourn.du 'voyage du S r Delbee Comme nous fouppions 6c faifions bonne chere, nous fû- mes furpris d'entendre un chant comme d’enfans^accom- pagne d’un petit Ton de cio - chettes qui venoit de loin , & que l’on entendoit par une fe- neftre haute dans la falle ou nous mangions; 6c comme cela me furprit le Marabout , qui parle bon Portugais , me de- manda.ce que ie croyois que ce fût; & luy ayant re'pondu que ie me perfuadois que c’étoit des voix d’enfans , il me dit que c’étoit fes femmes., & que quoy que ce ne fut pas la coutume dupais de les voir, il vouloic nous traitera la Françoife, 6c nous faire connoiftre combien il nous eftimoit en dérogeant dans la cojle de Guinée. 431 à cette coûtumejà noftre égard. En effet, il nous conduifit apres le foupper dans la falle, où elles étoient au nombre de foixan- te,ou quatre vingts , couver- tes feulement de juppesdeta- fêtas , & décopvertes en haut, hors quelques unes qui avoient des écharpes paffées en bau- drier-,elles étoiét allifes au fonds de cette falle, arrangées & fort proche les unes des autres, ayant des nattes fous leurs pieds: il ne parut pas que nô- tre prefence leur caufat aucu- ne émotion^ elles continuèrent leur chant , & de frapper en cadance de leurs petits baftons fur ces clochettesjcomme elles faifoient auparavant , & agi- rent de maniéré qu’on pouvoir 45 1 lourn. du 'voyage du S Delbte croire qu’elles ne nous cufTent pas apperceus ; ce qui me parut Fort extraordinaire , puis que ce leur étoit une grande nou- veauté que de voir des gens comme nous , qui eft à mon fens une marque de foumiïïion qui approche fort de lafervi* tude* Auflï de tout le grand nom- bre de femmes qu’ils ont , n’y en a-t-il qu’une qui foit confi- derée , fur tout dans la famille royalle , où la première fem- me qu’ils nomment la Reine, a un pouvoir prefque abfolu fur toutes les autres femmes ^du Roy , jufques là qu elle en peut vendre un nombre pour efcla- vesj lorsque le Roy luyrefufe quelqu’une de fes demandes: dans la cojle de Guinée. 433 ce qui nous arriva j car cette Princeffe ayant efté refufe'e de fon mary pour quelqu’une de nos marchandifes qu’elle defï- roit j nous envoya à Offra , huit des femmes du Roy, qu’elle nous vendit pour efclaves , < 3 c dont j’eus une telle compafïion que je les diflinguay & leur donnay le commandement fur toutes les autres de leur fexe qui étoient dans mon navire aufli n’en mourut- il pas une dans noftre traverfe , tant cette petite prérogative cjue je leur fis } leur donna de joye & de fa- tisfa&ion. Mais pour retour- ner au Marabout , il nous fit toutes les carefïes imaginables; & apres nous avoir fort réga- lez , nous vit partir pour Offra. II. Parue. T 434 Nourri. du voyage du S Delbee Ce qui m’en a paru , eft que c’eft la fécondé perfonne de l'Etat , & qu’il décidé non feu- lement fur les affaires de la Re- ligion , mais même fur celles de la Politique ; en forte que l’on peut dire qu’il eft comme le premier Miniftre du Roy : il a fèul le privilège de luy parler face à face , & d’ avoir les en- trées libres de jour & de nuit, prés de fa perfonne. C’eft un homme bien fait , âgé de tren- te-cinq à quarante ans; il n’y avoit aucune différence de fon habit avec celuy des princi- paux Officiers : il fe vante d’a- voir un commerce particulier avec le diable; & fur ce, jere- marquay une petite idole au coin de la falle où étoientfes danslacojle deGuinee. 43^ femmes j faite à peu prés com- me nous le dépeignons, de la hauteur d’un enfant de quatre ans , qui étoit fort blanche : je luy demanday fi c etoit la figu- re du diable , & pourquoy ils le dépeignoient ainfi blanc: il me dit , que c etoit parce qu il 1 e- toit en effet , ce qu’il fçavoit pour l’avoir veu plufieurs fois, & luy avoit parlé 3 &c qu afin que nous n’en doutaflions pas, nous devions fçavoir qu’il y a- voit plus de fix mois qu’il luy avoit annoncé noftre arrivée: quoy que ie n’en creufïe rien, je ne -luy témoignay pas, & ne luy fit paroiftre que de l’éton- nement de ce qu’il avoit ce pri- vilège. Avant que de parler de nô- T ij 43 6 loHrn.du eWée des deux Maiftres acquiert l’ef- clave: fi celuy de l'homme cft en plus haut rang, il acquiert la femme; fi au contraire c’ell celuy de la femme, il acquiert l’homme* Il ne me refte plus des re- marques que j’ay faites ^ qu’a dire un mot des vetemens du commun: Tous les hommes de quelque confiderarion, por- tent des juppes 5c des échar- pes, les pieds 5c la telle nuds: ceux du commun 5c qui font accommodez, font entortil- lez depuis les genoux jufques à la ceinture, d’une pièce de ferge allez longue qui leur fait deux tours, 5c dont ils renfer- ment les bouts devant le nom- bril : ceux qui font plus mile- dans la cojle de Guinée. 451 râbles , n’ont qu’un médiane morceau de toille de cotton qui fert à cét ufage : toutes les femmes portent des juppes , hors les miferables qui font enveloppées avec quelque mor- ceau de toille , & ont les pieds & la tefte nuds comme les hommes. Après noftre retour à Offra , & avoir veu que la loge pour nos gens s’avançoit ; car ce font des Noirs prepofez de la part du Prince qui les bâtif- fent à leur mode., ne voulant pas fouffrir que les Etrangers la faifent eux mêmes j dont le Roy nous dit une bonne rai- fon lors que nous luy fifmes la demande pour la bâtir en nô- tre maniéré , & cela pour nô- 45 * Iourn. du voyage du SDelbêe tre commodité : Vous vou- driez, dit-il , bâtir une maifon qui feroit plus forte que les noftres, puis vous y feriez met- tre deux petites pièces de ca- non ; l’année prochaine vous voudriez l’agrandir, & y met- tre deux autres pièces de ca- non j puis vous y bâtiriez un Fort que toutes les forces de mon Etat ne pourroient pas vous ofler des mains , comme les Hollandois ont fait à la Mine : de forte que pour ne pas tomber dans ces inconvcnicns, j’ay refolu que les Etrangers qui s’établiroient en mon Royau- me , n’y auroient d’autres mai- £ons que celles que ie leur ferois bâtir , & c’cfl: une refo- lution dans laquelle ic demeu- dam la co fie de Guinée. 455 rcray ferme tant que ie vivray. Ce difcours me parut cenfé&: partir d’un homme qui vou- ioit fagement profiter de l’e- xemple de fes voifins. Le u. nous avons expédié toutes nos affaires , en forte que le ij. nous avons mis à la voile de la radde d’Ardres , à cinq heures du foir, mettant le Cap à la mer au Sud & Sud Sud’eft. il efl à remarquer, que com- me les vens régnent ordinai- rement de Sud , &c SudOueft dans les Parages, & que la ma- rée porte à terre , il faut necef- fairement louvoyer le long de la colle , pour attraper le Cap Lopo Gonfalues , que fi on pouvoit,fans s’affujettir à cette 4f4 boum. du voyage du S' Delbée routte, gagner les 1 fies de faine Thomas, & d’Annebon; l'on abregeroic la routte de plus de quinze jours ou trois femaincs: mais comme les vens contrai- gnent prefque toûjours le na* vigateur , il cil obligé de fui- vre les coftes j^our fe fervir du vent de terre a s'élever Sud. Le 14. 15. 16. & 17. nous avons cû les vents tenant toûjours du Sud & Sud’Cucft , ce qui a fait que nous avons peu avan- cé noilrc routte, &: que le 17. nous notions que par les cinq degrez vingt-cinq minuttes. . Le 18. au matin, nous avons veu terre à l’Eft Nord’cft , &c vnc autre à l’Lft Sud’eft , fort haute à midy, hauteur quatre degrez quarante-trois minut- dans la cojle de Guinée. 455 tes, qui nous a faitconnoiftre que nous étions à quinze lieues du Cap formofe. Le 19. au matin , nous avons couru le long de la terre qui eft balle & pais plat j mais com- me nous nous Tommes trouvez à fept brades d’eau, nous avons reviré & mis le Cap àl’Oueft; puis le vent ayant un peu ap- proché de l’Eft , nous avons mis le Cap Sud’eft, 8c à cinq heures du loir , le Cap Formofe nous demeuroit à l’Eft envi- ron cinq lieues ; c’eft une terre platte & toute couverte d’ar- bres , fonds vafeux , fept à huit brades d’eau touc le long de terre , la marée en cét endroit porte à l’Eft, Nord’eft, 8c au Nord’eft. 4 Iourn. du voyait du S’DclLce Le zo. xi. xx. 13. & 14. avons tâche de profiter du vent , tjn- toft fur un bord j tantoft fur l’autre -, & le foir du 14. ayant fait jetter la fonde, nous n’a- vons point cû de fonds ^ ce qui provient de ce que les terr. s de l’ifle du Prince , & de la code des Camarones , étans fort hautes , le fonds en eft par j confequent plus écorrc; l’eau y elt aufli plus profonde. Le iy à cinq heures du ma- tin , nous avons veu la terre environ à quatre lieues de nous, 6c avons eftimé que c’étoit le Cap faint Iean que nous dé- couvrions à cinq lieues de nous au Sud’eft; ce qui nous a fait connoiftrc que les marées por- tent dans cét endroit à terre avec dans la cofie de Guinée. 4^7 avec bien de limpetuofité. Comme nous voulions dou- bler le Cap , nous avons efté chargez d’un grand coup de vent d’Eft , accompagné de tonnerre , éclairs , & grande pluye , qui nous a' obligez de faire routte avec noftre feu! bourfet, toutes les autres voi- les ferrées jufques à minuit qu’il a calmé ôc fait peu de vent , ainfi que le 16. Le 17. au matin , nous avons découvert le Cap de fanéla Clara , qui demeuroit à l’Elt Sud’eft de nous,; c’eft une terre qui avance fort àl OuellNor- d’Oüeft., Ôc qui eftaffez haute, le Cap de la riviere de Gabon nous demeurant loirs a l’Eft , 8e qui eft une terre bien plus baffe 1 1. Partie. V 458 lourn.du V oyaze du S' Déliée & qui avance bien moins à la mer que l'autre : Comme nous avions deflein d’entrer dans lance que forment les deux Caps , nous avons fait routte à l’Eft Nord’efi: , & à midy avons moüillé aune lieue de terre, levant une forme de pointe bafie peu couverte d’ar- bres , &c au dedans une riuie- re qui paroifioit aficz large, ayant un gros Iflet dans Ion milieu , derrière lequel il y a un moüillage dans la rivicre * il eft pofé par fept minuttes Sud de la ligne. Depuis la riviere de Gabon, jufques au Cap Treuerc, les terres font aficz hautes & de- couppées en plufieurs endroits de diftancc en diftancc, comme dans U cojle de Guinée. 459 s’il y avoit ou des rivieres,ou des pais fort bas encre les lieux qui paroiffent élevez : En appro- chant de ce Cap, il paroiftune grande éminence od le païs eft défriché , & accompagné de plusieurs Cafés qui paroif- fent fort; le bas delà terre eft rougeâtre, & cette couleur fe distingue de loin. Le Cap Treuere eft une terre baffe & decouppée, comme de rivières couvertes d’arbres , le fonds eft plat & vafeux le long delà cofte :Dans le beau temps l’on voit le Cap Lopo Gonfal- ves qui refuic au Oueft , fai- fant paroiftre outre la pointe du Cap , & la terre qui conti- nue, comme une grande riviè- re : il faut courir à l’Oueft au- 4^0 Iourn.du V oyage du S' Déliée tant que l’on peut, parce qu’il faut aller moüiller au Cap Lo- po , à cauie des bancs qui font le long de la pointe en venant du Sud le long de la terre à la portée du moufquet il n’y a point de fonds , & il faut foigneufement prendre garde à la pointe , quoy qu’il n’y ait n’y bancs, ny roches, à caufe de la marée qui vous porte deflus avec impetuofiré. Le 31. avons moüillé fous le Cap Lopo, proche la pointe de l’Oueft , joignant une petite .riviere, & peu loin d’une au- tre plus grande, à dix brades d’eau, fonds vafeux & bonne tenue j auflî- toft nous avons envoyé nos chalouppcs fie no- ire monde à tcrrc,pour travail* dans la cojle de Guinée. 461 1er à nos eaux , & à nous faire . du bois } ce que l'on ne fait point fans donner quelques marchandifes aux Noirs qui ha- bitent le Cap , comme des pa- gnes , ou morceaux de grolïe toile de cotton rayé de bleu , & quelques autres bagatelles: Ion peut traiter avec les Noirs, du morfil , & de la cire. Le i. Avril j il a paru un na- vire avec pavillon blanc 5 & comme nous avons eu mis le noftre,il a arboré celuy de Hol- lande j puis eft venu mouiller prés de nous, & nous a fait Ra- voir qu’il étoit Hollandois, mais que la crainte qu’il avoir eue que nous ne fuffions un des navires de la Compagnie d’O ueft -Indes de Hollande,ra - . V ni 462. Ioum. du 'voyage du S’ Delbée voie obligé d’en ufer ainfi , parce qu’il navoit point de permillion de cette Compa- gnie, mais feulement une Com- miffion de Meilleurs les Etats generaux qu’ainft, s’ilavoit trouvé un navire de cetteCom- pagnie plus fort que luy , il l’auroit arrefté, parce qu’il a- voit traitté quelques Noirs le long de lcurcoftc, dont il éeoit chargé. Le 5. Avril , ayant fait nos eaux, & noftre bois, nous a- vons mis à la voile pour l’iflc d’Annebon, afin d’y aller pren- dre des rafraichiflemens pour noftre voyage des lfics : cette lllc eft éloignée d’envirorffoi - xantc lieues du Cap Lopo -, mais il faut tenir le vent dans la tojle de Guinée. 465 pour la pouvoir attraper. Le 10. Avril , à fix heures du foir , le fieur du Bourg , que la Compagnie avoit envoyé pour commader à l’habitation d'Ar- dres, eft mort, après avoir lan- guy prés de fix îemaines , fans qu’il parut rien d’extraordinai- re à fon mal qu’une langueur accompagnée d une petitè fiè- vre lente , qui l’a conduit au tombeau , après avoir fatisfait à tous les devoirs d’un bon Chrétien. Le 15. avons eu coünoiflatt- ce de l’ifle de faintThomé , & de celle de la Rode-, & le 17. avons découvert celle d’An- nebon-, le 19. nous avons moüil- lé au Nord’Oueft de l’Ifle, fort proche de terre , à trente- deux V iiij 464 boum. du voyage du S’ 'Delbce brades , fonds de fable , & a- vions l lflet au Nord’tft de nous. Saine Thomé paroift une terré haute , pointue, & ronde quand on en eft Sud, puis la terre baifle en pointe à 1 Eft , y ayant une forme d’Iilct de ce même codé, i Anncbon , qui gift par un degré fk quarante quatre mi- nuttes Sud de la ligne t eft à vingt-cinq lieues au Sud’Oueft de laint Thomé, & ne paroift qu’une petite montagne fort haute, ronde comme la fora- ine d’un chappcau \ ces deux files font habitées par les Por- tugais , l’on n’y pe ut faire au- cune traitte que de rafraichif- femens qui y font bons 6 c ena- iiii V dans la cofle de Guinée. 465 bondance, & à allez bon prix. : -Il faut remarquer qu’en par- tant d’Annebon , les vents font toûjours contraires , mais fl- toft que l’on eft à quarante , ou cinquante lieues au vent, par les trois degrez Sud, l’on trou- ve les vents Eft & toûjours a- lizez jufques aux lfles. Prenant cette routte , l’on doft courir à l'Oueft à la hau- teur de trois degrez Sud de la ligne , jufques à ce que l’on s’eftime à cent lieues des lfles de San Paulo Peinede, & autres voifincs , & qui font mar- quées dans les cartes Vegia, & pofées par les trois cens cin- quante un degrez de longitu- de ; lors il faut repafler Nord de la ligne deux degrez, apres V v 4 <><î lourn. du voyage du S' Déliée quoy je trouve qu’il eft tres- avanrageux de courir Oueft, jufques au Cap de Nord, parce que les marées y portent avec force , & vous font avancer chemin, & que d’ailleurs la coftë eft très- laine, outre qu’il eft d une grande utilité de faire aiquade à Cayenne, & d'y faire un jour, ou deux de fejour pour y prendre des vivres & raftai- chilïemens pour les Noirs qui y font en grande abondance, 6c y mettre à terre , & lai lier ceux qui font malades, que l’on y fauvera plûtoft qu’en aucun lieu du monde, & qui mour- roient (ans doute dans la trver- fcdcCayenne aux Mes. Le Avril , apres avoir pris les rafraichiftemcns que nous dans la cojle deGuinée. 467 avons pu , & qui n’étoient pas en grande quantité , parce que nous manquions de m.archan- difes pour les payer, nous a- vons mis à la voile pour le* Illes. Le ii. May , étant par la hauteur de deux degrez qua- rante quatre minimes Nord, nous avons trouve une quan- tité de poiflon à la mer route extraordinaire , qui avec le changement d’eau m’a fait croire qu’il y avoit fonds. Le 17.1e bois nous a manque, & nous nous fournies apper- céus d’un grand ras de marée & de changement d’eau j ce qui m’a fait mettre le Cap à l’Oued Sud’Oueft , afin de prendre connoilfance de la terre j ce V vj 468 lourn.du voyage du S' Delhée que nous avons continué de faire le 18. & le 19. A huit heu- res, j’ay fait jetterla fonde, & trouvé fonds à vingt- huit braf- *fcs d’eau - y à dix,nous avons dé- couvert les trois Illets quilonc devant Cayenne : à midy,bon- ne hauteur , cinq degrez vingt minuttes , & les Iflcts nous demeuroient au Sud, environ trois lieues y apres quoy j ay fait mettre le Cap au Nor- d’Oueft pour gagner lénifiés. Le 6 . Juin au matin, ayant beau frais, & me croyant pro> che de terre , j’ay fait cargucr & frefler mes voiles de haut, &le temps étant fort couvert, j’ay fait tout cargucr jufqu es à huit heures que le temps étant éclaircy , nous avons veu la dans U cojle de Guinée. 469 Martinique Oueft, de nous en- viron deux lieues -, ce qui m’a fait mettre le Cap au Nor- d’Ouefb , pour palfer par la pointe du Prefchcur; & à midy, je me fuis trouvé devant le Bourg en calme , qui-a duré tout le jour : Le lendemain en louvoyant , j’ay gagné la radde du fort faint Pierre , où j’ay mouillé avec trois cens trente- quatre Noirs, vivans, m’en é- tant mort cent dans la tra- verfée, depuis Ardres , julques à la Martinique. Ainfi , mon voyage a duré, de France , à Ardres , deux mois trois jours , & d’Ardres, aux Mes trois mois moins fept » ,! jours. Après avoir déchargé mes t •T 4-0 hum. du voyage du S r Déliée Noirs, & avoir fait recharger mou navire , de fuccrc &t de tabac pour France, j’ay misa la' voile le n. Iuillet , de la rad- de du fort faint Pierre de la Martinique. Le 2.6. fur les neuf heures du matin , nous étions fous la Gua- dclouppe , environ une lieue du Fort de la Maçdelainc où jay envoyé une chalouppe pour mettre un Pere Iacobin à terre qui setoic embarque dans mon navire pour cette iHe. Le 18. le vent étant Eft, quart de Sud’Eftqe n’ay fait ma routte qu’au Nord-, quart de Nord’Eft , afin de pafler fous le vent des Iflcs d’Antigoa d eviter un banc qui eft à la dans la cojle de Guineê. 471 pointe de Ton Oueft , & qui ell très- dangereux : à dix heu- res , ce banc nous demeuroit à l’Fft , environ une portée de canon ; car comme la mer britè defïus en quelques endroits , il eft facile à conneiftre à ceux qui ont navigé dans ces mers , comme j’ay Fait pendant deux années entières : à deux heu- res , nous n’étions que deux lieues & demie de Tille la Bar- bonde, & ayant fait fonder & n’ayant trouvé que dix brades d’eau, j’ay fait arriver, afin d’é- viter la pointe de cette lfie,. qui elt fort falc de bancs & de batturesvers fonNord. Le iy. Aouft , étant par la hauteur de trente -un degré quarante-deux minuttes, nous 472- fourn.du voyage du S r DelLée avons cû changement de venr. Le ij. Septembre , ayant con- nu changement d’eau , j’ay fait fonder , & ay trouve foixante & treze bralles , fable, & co- quillage luifant i nous étions à la hauteur de quarante- neuf degrez trente-deux mi- nuttes. Le 16. à fept heures , nous a- vons découvert la pointe du Cap Lézard , qui demeuroit Nord de nous , environ trois lieues. Et le 10. j’ay mouille' à la rad- de du Havre de Grâce, & a- chevé mon voyage des lfles,en France , en deux mois moins un jour , qui eft une affez longue traverfee : & celuy depuis mon départ de Fran- dans la cojle de Gainée. 473 ce , en dix mois vingt jours, dont Dieu Toit loüé. L'Imprimeur, au Le fleur. A Prés vous avoir donné cette Relation , je croy eftre obligé de vous dire, que ce voyage a produit fon effet le plus avantageufement que Ion peut efperer pour laFran- cejQpe le Roy d’Ardres a traité avec le Capitaine de la Con- corde avec toute la faveur pof- fible ; Que l’on a chargé dans le vaiffeau éinq cens foixante & trois Noirs , & que le Roy ne la point voulu laiffer partir fans y fairO embarquer un Am- baffadè-ur quil a envoyé à fa Majefté -, Que par les lettres 474 doum.du voyage du S Dtlble des ldcs, du xi. Septembre-., et navire y croît arrivé avec qua- tre cens quarante-trois Noirs vifs,& avec cét Ambafladeur qui avoit efté fort regale par les fleurs de Baas * Lieutenant general daîis ce pais ; & Pcl- lifficr., Diredeur general -, que l’on donnoit ordre à fon em- barquement pour France dans le navire la Bergerc , & que ce vaifTcau devoit partir les pre*> miers jours d’Oftobre^ces bon- nes nouvelles ontefté accom- pagnées d’une mauvaife , qui ell la mort du Capitaine la- main qui commandoit la Con- corde , que fes fervices font regretter ; & qu’aprés vous a- voir fait part de ces chofcs , je vous donne encore une in- dans la coflede Guinée. 477 ftrtiéHon pour ces voyages.,fai- te par le lieur Carolof, dontla grande & longue expérience eft aflez connue de tous les navigateurs, pour efti mer cette piece aufli utile quecurieufe. S9StS6KSeW-S9K89981 IN STR V CT JO N D V ficur Carolof, pour les Capitai - nés des vaijfeaux qui feront le 'voyage de Guinée. I L faut bien prendre gar- de , apres avoir gagné la hauteur du Cap Vert , de ne point joindre la terre par la raifon que les courans des eaux s’y diviîènt en deux branches y le premier & le plus confide- rable prenant fon cours du 47 <» Ionrn.âu voyage du S Déliée long de la ligne , jufqu’aux Indes Occidentales -, l’autre en tournoyant , fe jette entre le Cap verd , &le Cap de Monte, & tombe en fuite vers 1 Oueft fur les colles de Guinée -, de forte qu’il eft arrivé fouvent que les vailfeaux des Indes Orientales , pour éviter l'in- convenient d’eftre jettez fur les colles du Cap faint Augu- llin , au Brefil , ont voulu prendre leur routte plus tirant vers l’Ell : ce qui a elle la cau- fe, eu égard à la rapidité des eaux qui prennent leur courfc vers l’Oucll , qu’ils ont efté jet- tez fur les bancs de fable qui fe rencontrent , & qui font frequens depuis le Cap. Verd, jufqu au Cap du Mont-, témoin dans la cojle deGuinee. 477 le vaiffeau nomme Midel- bourg, qui étoit un bâtiment deZelande tout neuf, qui y eft éclioiié cette année; mais fui- vant l’intention du Pilotte bien expérimenté, le Capitai- ne s’appercevant que le Cap du Mont luy paroift au Nord, il tirera pour lors vers terre, puis qu’il n’y a plus de danger, lacofteyétant fort nette. Le Capitaine fera en forte qu’environ Crou, ou le Grand- Seftre , il coftoye prés de terre, où les Negres,avec leurs Ca- nos chargez de Ccrbo , de Ma* lagette , viennent à bord , & l’on y trocqüc pour une barre de fer , un baril de malagettes-, le Capitaine en troquera dix barils, pour fervir anx Negfes, 478 lourrt.du voyage du S' Delbée tant au lieu de poivre , cjuc pour leur Tancé &z guéri Ton , quand ils font malades. Partant le Cap de Palme, le Capitaine prendra Ta courfe tout à fait vers le Nord, àcaule de la pointe de terre qui avan- ce là dans la mer; & pour ne s'éloigner point de la coftc, afin de ne point partir la riviè- re Rio defaint André, fur le f- quelles coftcs le Commis fera le calcul , s’il pou r ra négocier avec profit les dens d’Elephans que les Nègres apportent de Taco , ôc de Fabo avec leurs Canos , à bord , & cela en paf- fant & faifant chemin , Tans mouiller 1 ancre. A la riviere Taint André, le Capitaine y fera moüiller Tan- dans la cojle de Guinée. 479 cre environ huit, neuf, à dix braffes , & fera remplir les fu- tailles vUides d’eau fraîche , &c fera couper fuffifammcnt du bois pour fa provilion , lequel on a en ces lieux pour rien ; toutefois pour la feureté«* il faut poftex cinq ou fix mate- lots , avec des armes j en fenti- nelle , pendant que l’on fait coupper le bois , dautant que les Negres , dans ces bois , font meurtriers & cruels , & pour- roient furprendre le monde. Dans ces lieux , les Negres apportent à bord quantité de dens d’Elephans j mais elles font fi cheres qu’il n’y a pas moyen de s’accorder avec eux. Aufïî-toft que le Capitaine fe fera pourveu d'eau , & de 480 lourn.du 'voyage du S' Delùée bois, il fera lever l’ancre, & pourfuivra la routte , & du long de cette colle, Üconci- nuera de coltoyer la terre, parce que la colle cil fort com- mode. > Cabelechou , les Negres apportent , avec leurs Canots à bord , quantité de pelantes & grandes aens d’Elcphans, mais ellc6 font lî chcres , qu’il n’y a point de profit à les acheter. Au Cap de trois pointes, entre la première & la fécondé pointe, il y aune fontaine qui prend (à fourccd’un rocher, & d’où l’on peut remplir les fu- tailles par le moyen d’un ca- nal , fans les tirer de la cha- louppe,ayec grande commo- dité -, de le bois y croifiant fur les dans la cofie de Guinée. 481 les rochers élevez , en le fai- fant abbatre tombe joignant la chalouppe , dans laquelle on le yeut charger , on la pour rien , mais il eft un peu difficile à a- voir , & le vailfeau ne doit aprocher ladite Colle de plus de deux lieues pour y moüiller l’ancre , par la raifion que le fond y eflfî bourbeux & fi mé, chant, que les cables s’y gafte- r oient, & les ancres pourroient s’envafer. _AufIî-tofl apres pourfuivant la route à petite voile , le Capi- taine doit toujours coftoyer piçs de terre, & obfervera ar- rivant aux rochers de T s quara- ry,qui font éloignez environ d'une lieue de terre , & que l’on peut parfaitement découvrir de II. Partie, X 481 lourn.du 'voyage du S ' Delbéc jour, qu’il faire jetter le plomb pour chercher un bon fond „ ayant que d’y mouiller l’ancre, pour acheter dans la contrée d’Ante un canot, lcfquels y font légers, & les plus commodes pour s’en fervir à Ardres; & il faut que le Commis de chaque vaiffeau de Jiecefhté abfoluë y acheté un canot de la grandeur de feize à vingt-deux rameurs * &c pour cét effet le commis doit avoir de vieux moulquets re- montez , que I on avoir autre- fois en Hollande pour un écu la pièce, dautant que les Nè- gres de ces lieux ne veulent point trocquer d'autres mar- chandées pour leurs canots, & il en faut cinquante pièces plu oumoins pour un canot. I ♦ 1 tSi dans U cofre de Guincé. 4S3 Le Capitaine s’eftant ainfi pourvu d’un canot , il pourfui- vra fa toute pour Ardrcs , où il pourra arriver quatre jours a- prés; & en chemin entre Ante & Ardres, le Capitaine com- mandera au Charpentier du vaifleau de fe pourvoir de cour- bes de bois j pour garnir & ac- commoder fondit canot com- me il faut , afin d’y pouvoir at- tacher avec des doux des petits ais , parce que le bois dont lef- dits canos font faits , eft fi por- reuxj qu’on n’y peut attacher aucuns doux , ou plùtoft de ces courbes de bois : l’on pourra avant que de venir icy en fai- re provifion à Saint André, lors qu’on y fait provifion de bois pour le vaifleau. X ij 484 lourn. du 'voyage du S r Delbce Arrivant à Ardres , le Capi- taine mettra entre les mains du Commis General fondit canot , & fera décharger les marchan- dées de fon vaiffeau dans la chaloupe, pour les tranfportcr jufqua l’endroit où l’impetuofi- te de la mer commence , pour eifre lefdites marchandées dé- chargées de ladite chaloupe dans le canot ; lequel canot é- tant enfuite conduit par les Negres du pais , palfc plus faci- lement cét endroit, où la mer eft fi fort émeuc , jufqu’au riva- ge -, ledit canot eftant moins dangereux à renverler que la chaloupe. C’eftde cette maniè- re de changement du canot dans la chaloupe qu’il faut aulh embarquer les Negres. dans la co fie de Guinée. 48; Le Capitaine eftant preft pour fbn départ d’Ardres j & faifant voile,fera toute diligence pour gagner la cofte de rifle Fernan- de de Po, ou Cap S. lean,en ob- fervant que d’ordinaire le vent eft Sud en ces lieux; &c quand mefme le vent luy feroit tres- favorable, qu’il feroit Sud’Eft, &c qu’il fit voile par S tribord, le Capitaine peut s'aflurer que ces vents flatteurs ne l’avanceront en aucune manière ; eu égard à la force & rapidité des courans des eaux qui fe rencontrent là. C’eft pourquoy ayant gagné la hauteur dudit Cap S. Iean,Ie Capitaine s’efforcera de monter du long de la cofte tout joi- gnant la terre d’autant qu’iï rencontrera en cét endroit une X iij 4 S 6 lourn. du 'voyage du S' DcWée contre-marée 6c d’ordinaire auili il y fait un petit vent de terre qui vient au iecours , qui vous fait porter le Sud , 6c par le moyen duquel vous abordez au Capolopo. Au Capolopo le Capitaine fe pourvoira abondamment d’eau 6c de bois, puis qu’on le peut recouvrer en ces lieux pour peu de choie , 6c qu on le peut charger avec grande commo- dité*. Particulieremet il fe pour- voira d’eau, parce qu’on l’efti- me fort faine , âc qu’elle ne le corrompt point dans les fuftaïf- les ; 3 c qu’outre cela l’on n’cll pasall'uré d’aborder l’ille d’An- nabon pour en prendre d’autre. Le Capitaine partant de là, fongera pour l’avancement de dans U cojle de ■ Guinée. 487 fon voyage que s’il ne peut faire voile Eft Sud’eft , qu’alors il doic tourner fur bas bord , ti- rant vers Sud’Oueft , d'autant que les courans d’eaux de la grande riviere de Zar tom- bent û impetueufement le long de la colle „ & contre bide de iâint Thomas, qu’il n’au- roit pas feulement beaucoup de difficulté de pouvoir palfer ladite ide de faint Thomas ; ffiais auffi feroic jette en des lieux d’ou il ne pourroit plus gagner la code , qu’apres un mois de temps , & avec beau- coup de peine: & li cela arri- voit une fécondé fois des vi- vres feroient confommez , & le voyage feroit infructueux , é- tant pour lors obligé d’aborder 4 8 8 Joum . du voyage du S' Dclbê S. Thomas ou 1 ifle du Prince. C’cft pourquoy tournant fur bas bord vers Sud'Oucft , l’on Peut avancer & gagner fept à huit heuës vers le Sud , & enfui- . rc «tournant apres fur Stri- bord versEft Sud^Eft&Sud’Eft, ce qui le plus fouvent fc prati- que de la forte., & fait que l’on ne manque gueres l’ifle d’An- nabon. Approchant ladite ifle d’An- nabon , il paroiftra un grand rocher , & il faut gagner le co- fté d’Elt de ladite ille pour y mouiller 1 ancre , d’autant que c’eft là la véritable rade, & qu’il n y a point d’autre endroit pour y aborder. Dans ladite ifle le Capitaine prendra des rafraichiflcmens pour Tes gens & pour les Nè- gres, puifque tout y ell à bon marché- & enfin Te pourvoira de bois & d’eau autant qu’il en pourra charger. Et le Capitai- ne obfervera exactement de faire mettre levaifîeau fur les collez , pour le faire gratter au- tant bas vers la quille qu’il pourra 3 en faifant nettoyer toutes les ordures qui feront attachées au vailTeau ^ & cela non feulement en ce lieu , mais âülïi à Ardres * & à Capolopo où il aura pafle. Et enluite s’étant pourveu d’eau & de bois, & d’autres cho- fes necelfrires , il continuera fon voyage , & tirera vers Sud’- Elt à trois degrez , au Sud de la ligne EquinoCtiale ; par la rai- X v '490 Joum.du voyage du S Dtlbèe ion que fi l’on approche trop près du long de la ligne, Ion tombe dans le calme entre les deux partes de Sud’Eft & Nord’Oucft, où l’on eft con- traint le plus fouvcntde demeu- rer dans le calme plufîeurs mois ; ce que l'on ne doit point attribuer tant aux malheurs, comme l’on veut perfuader par- fois, comme au de haut dexpc- ricnce, & pour n’avoir pas ob- ferve ce que dertùs , parce que trois degrez au Sud de la ligne, l’on y rencontre ordinairement un petit vent de Eft & Sud’eft fort favorable. Il faut donc remarquer que f >rcnant la route par le Sud, cl- e fait avancer le voyage. Il faut donc continuer à faire clans la co fhç de Guinée. 49 1 cinq à fax cens Jieuës à trois de- grezau Sud , & du long de la li- gne j jufqu’à la, hauteur du Cap Verd , où il faut repafler la li- gne jufqu a Crois degrezdu co- ïté du Nord d’icelle , pour evî— : ter Penedo S. Paoulo tenant toujours voftre route vers hO uc il y quoy que dans la Car- te il y paroifle une grande lar- geur entre le Penedo S. Paoulo & l’ifle Fernand de No-rogne f Le palfage n’y cft pas fi li- bre qu’il paroifl: , dautant qu’il y a quantité de rochers & d’é- cueils, qu’il faut éviter avec beaucoup de prudence, pour fauver le vaifleau. Mais ayant pafle ledit Penedo S. Paoulo, l’on peut aflez gagner le Sud en Ioum.du V oya^edu S'Delbée cas de befoin ; & le Capitaine prudent qui voudra tenir la route de Cayenne , aura la pré- voyance de gagner fuffifam- ment le Sud , pour luy fervir lors qu’il tombera dans le cou- ^ rant de la rivière des Amazo- nes j où prenant fa route , à pei- ne pourra- 1 il tenir le Nord’- Oueft , à caufe de Ton impetuo- lîré; ce qui a fait déchoir plu- sieurs Capitaines au deflous de Cayenne , en attribuant la cau- fc au grand calme , ce qui pro- venoit pourtant manque d’ex- pcrience , & d’avoir obfcrvé ce que ddïus. Le relie du voyage eft allez connu. Tout le lonç du vovaçe le O JO dans la cofie de Guinée. 493 Capitaine aura un foin particu- lier quand il fera beau , de faire inceflamment calfatter le vaif- fleauau dehors, comme aulh le tillac -, &quandle temps fe- ra mauvais & incommode, fai- re calfatter le dedans , de mef- me faire gratter le dehors du vaifleau quand il fera beau, &c le faire goudronner pour fa confervation. Arrivant à Ardres, le Capi- taine commandera au Contre- Maiftre de faire gaudronner les haubants du vaifTeau , & tout le petit cordage -, comme aufli toutes les poulies , apres les a- voir bien nettoyées & engraif- sées. Et c’eft de la forte qu’il faut entretenir le vaileau, pour 0$Z 494 loumal du Voyage , ($yc. le confcrver, & le tenir tou- jours dans un cftat fort pro- pre. F i N. »