■ histoire MONDE. Par M. CH E FR E A V. SECONDE EDITION. Reveuë , corrigée 8c augmentée de l’Hiftoirc des Empereurs d = Occident. TOME §iy AT RIE’ME' liiyrc V 1 1. De quelques Villes côiifiderablcs. D U De Babylone,de Ninive , de Jerufalem, &c. JLivrc V I I I. Des Merveilles du Monde. Chez i rue S. Jaques, au Soleil d’or* M. D C. L X x'x I X. Avec privilège dv roy . ■ LIVRE SE PT IE’ ME. De quelques Villes confidérahles » De Babjlone De Ninive, De]émfalem, Des principales Villes de Phénicie. De Sicyone , & d'Argos. De Crcte ♦ De Cypre > De Troye . De Carthage D' Athènes. De Sparte ou Lacédémone. De Corinthe. De Numan- es. De Rome • CHAPITRE PREMIER. De Babylone. ’ A i commencé le premier Livre Je cette Hiftoire par la Création du Monde ; 8c /ai continué depuis Adam jufques a Nimrod qui a fondé la Monarchie des Chaldée ; 8c d* Affine. Des Affiriens a A 2 Hifloire du Monde Liv. VIL j’ai paffé aux MedeS ; de ceux-ci aux Perfes ; ôc par une Table Chronologique , j’ai éclairci tout ce qui pou voit contribuer a la connoi fiance de 1 Hifloire Grecque. Dans le fécond Livre , j’ai traité des conquêtes d’Alexandre , & du partage de Tes conquêtes ; des Rois de Macédoine , de ceux d’Egypte, dont les Royaumes furent ufurpez par les Romains. Dans le troifiéme Livre , j’ai paffé à la Fondation de Rome , à fes Rois , â ce qui s’eft fait de plus remarquable fous les Confuls ; & de fes Confuls , à fes Empereurs jufques à Ner- ya. Le quatrième Livre eft une fuite des fucceffeurs de Nerva , jufqu’à la prife de Conflantinople ; avec des Remarques Chronologiques fur l’Hiftoire Ecclefiaflique , & fur la Profane : & c’efl par-là que j’ai achevé la première partie de cet ou- vrage. Mais comme avant la En de l’Empire de Conf- tantinople , il y en eut un en Occident , dont Charlemagne fut le 'fondateur , j’ai com- mencé le cinquième Livre de mon Ouvrage par fon Régné , & par les Empereurs qui lui fuccéderent jufqu’à Léopold Ignace qui régné aujourd’hui , en ajoutant ce qui s’eft paffé de plus remarquable, dans le monde , fous les Régnés des uns & des autres. J’ai continué par Mahomet ôc par fes Califes qui depuis Heraclias , fe rendirent fort confiderables fous les Empereurs de Conflantinople Ôc d’Alle- magne: ôc par un ordre qui m’a femblé allez na- turel , j’ai traité des Turcs qui devinrent Maîtres des Sarafins , & qui furent mêlez tellement enfem- ble , que la Religion Ôc l’intérêt les Et enfin paffer pour les mêmes Peuples. Pour donner une entière connoiflance de PHif- toire , je traiterai dans ce Livre , de quelques Villes confiderables > n’ai an t pu le faire fans forcer l’or- ChAP. I. De Bahylone . 2 «Ire que la Narration me demandait : il y a mê- me une fl étroite liaifon entre ce que j’ai à dire , 8c ce que j’ai dit, qu’il faut néceffairement fcaroir l’un & l’autre , pour être fçavant dans l’Antiquité. Le huitième Livre nous découvrira les Sept Merveil*- les que les Anciens nous ont tant vantées , & qui , félon moi ,n’étoient pas fi grandes qu’on nous les a faites. A celles-ci , j’en ajouterai une Huitième , qui eff leTemple de Jérafalem , 8c qui les a toutes furpaffécs. Après cela , je ne trouve pas qu’il me refte à dire beaucoup de chofes fur le vieux Monde: 8c c’eft par la découverte du nouveau que je commencerai le neuvième Livre qui fera le dernier de mon Hifloire. Mais il eft tems de parler de Bahylone. La Chaldée Gaïdar , ou Keldan , dans fon étroi- te Lignification , eft proprement la Babylonie bor- née de la Méfopotamie, au Nord ; de l’Arabie De- fertc, au Couchant; de la partie qui touche le Golfe de Perfe, au Midi ; & de la Sufiane , à l’Orient. Ses deux villes principales étoient Babylon , 8c Vrchoa qui dans l’Ecriture , eft nommée Vr d s Cbaldéem : 8c elle eut ce nom , félon quelques -uns , à caufè du feu qu’on y adoroit. Abraham naquit dans cette ville : 8c il y a des Pvabbins perfuadez qu’il y fut jeté dans une fournaife ardente pour avoir brifé les Idoles de fon pere ; 8c que Dieu ne permit pas que la chaleur Et la moindre imprefïïon fur fes habits. Elle eft nommée Eurie par Eupoleme , dans Eufè- be ; Vra. t par Pline ; Aura, par Ptolemée : 8c quel- ques-uns croyent que c’eft la même que C hebar ; autrement Chohar ou la rivierede Chaboras fc joint à l’Eufrate. La Mésopotamie 8c la Chaldée font nommées dans l’Ecriture , le Païs de Scinhar ou Smear 9 d’une montagne de même nom : 8c Je s Chaldéeas A ij 4 Hijîoire du Monde . Liv. VIÏ, font appelez en Hébreu , Chafdim , parce qu'ils defcendoient de Chéfed fils de A T achor here d’ Abra- ham. Apres cela , on n’aura nulle peine à diftih- guer cette Babylone d’avec celle d’Egypte. L’erreur de Sabellic Sc de jean Bodin, qui ont pris la pre- mière Babylone pour la Su[e des Anciens, n’eft pas excufable ; Sc peut convaincre de fauïieté le Pro- verbe Arabe qui veut que les fautes des fcavans foient mêmes fçavantes. Tous conviennent ^géné- ralement que Babel d’où eft venu Babylon , Lignifie tonfufion : que Shashan Lignifie lis : que la pre- mière ville étoit fur l’Eufrate ou Al Nacher , l’au- tre , fur le C ho afp es qui efb ŸEulée de Pline , Sc Vviai du Prophète Daniel : que Babylone , dont l’on void encore quelques ruines à Eelougia ,étoit la capitale de Chaldée ; Sc Su^e , nommée Hemno- nie par Hérodote , Sc par Elien , la capitale de Suliane. Peut-être même que ce dernier mot a été formé par corruption , de Chœfiœne • Sc qu’elle eft encore nommée Chnfiftan , de la colonie que Chu £ fils de Cham y envoya. Le premier Fondateur de Babylone a été Nimrod ; Sc je parlerai en quelqu’autre endroit , de la gran- deur , & des murailles de cette ville , que l’on a comptées entre lesfept Merveilles du Monde. Sa Tour , ou fa ForterefTe , fut bâtie félon Bérofe , cent trente-un an après le Déluge. Elle étoit de brique ; de forme quarrée , félon Strabon qui la nomme Pyramide , Sc qui témoigne que fa lon- gueur étoit de quatre cens feize coudées , ou d’une liade. L’épaiffetir de Les murailles étoit fi grande, félon Jofeph , qu’elles en obfcurcifToient la hau- teur qui étoit de quatre mille pas , félon faint Je- rome. Adon lui en donne cinq mille centfoixante quatorze ; Sc ajoute même que dedans , il y avoir des Temples de marbre, enrichis d’or & de Chap.I .De Babylone. 5 pierreries. On fut quarante ans à la battr , t on fîlvcas • & il v avoit huit tours 1 une Un 1 aut.e , félon Hérodote, J’ai dit arliews ÿ for k wmoign*- ge de Cedren que N^^ y fut ecrale i ff ques-unes de fes ruines , pour s «reouvetf coup de vent. D’autres veulent qu elle ** «c verfée par un tremblement 4e terre t & dans l S 'Benjamin , elle a été détruite par k feu d CeÙx'qui croyenf que Nabonaffar eft Je «ême que Bélffis , Béfcefr , & le BaW*» > d ° « .J parlé dans le trente-nebvieme Chapitre d Iia > dans le vingtième du quatrième Livie des Kois^, difent qu’aprés la perte de Ninive , il pourvu Arbachxs Gouvernement de Babylone ; çe qui e confirmé par Diodorc : & que la famrl e Royale venant à manquer environ 1 an mil) le trois , vino-t-trois , Elfarchaddon Roi d Affyne , f-ls de Sé»*chértb, fe rendit maître de tout le Royaume Ils ajoutent cp'Aparadm Saodufchn , & CfoMl- dan , autrement Sarac , lui fuccedeiait . N inive ayant été ruinée fous ce dernier Roi , R *- hopoUfar é tendit les frontières d Aflyne , que N ebJadnetzar Cm fils porta fi loin, qu elie etoit bornée de la riviere de Halis , au Couchant ; de l’Inde , à l’Eft ; du Caucafe & de l’Oxe , au Septen- trion ; du Nil & de l’Arabie , au Midi. La ville de Babylone fut pnfe 1 an du monde trois mille trois cens foixante-trois , par N abu- chodonofor ; l’an trois mille quatre cens trente quatre , par Cyrus ; l’an trois mille quatre cens foixante deux, par Darius ; & en divers tems , par d’autres qui n’y laiffereut pas la moindre mai- fon pour être habitée. En effet, ceux qui s imagi- nent que la Bagdad d’aujourd’hui eft 1 ancienne Babylone , fe trompent fort , puifque celle-ci etort e ^ l ft 0ire d H onde 9 L i v. VII. f U f 3 J ^ u * rate > l'a-utrc fur le Tygre qui f c t 0 ] nt 3 a i Eufrate a une lieue au delfous de Bagdad Soi! ^ne de plus de trente mille, de la Babylone’ dont il eft parle dans l’Ecriture. Apres quelle eu 1 é entièrement ruine'e, ce qui enreftoit , fut tranA pone par 1 ordre du Calife Abu Ü a f ar Ai y[*nfor Su. la dixième année de fon Régné! ou la fep t cens bXw T 61 ” 6 f " Ôt j e ialnt ’ fit rebâtir d’autre Babylone. Il y employa deux millions d’or & la nomma , feion EJmacm , Medmafofalami’, c ’ e ft. Vftr ’ V ï le de , PaiX ;fel0n da^es ,MedZ 4alem ou Dar-al-jam , ce qui e ft la même chofe • Parce°ouH n Cafen ’ Dtr-Affala ou Temple de paix ’ P ce qu 1 commença la ville par une Mofcmée Mais on lui conferva le nom de Bagdad, de celui d un certain religieux qui demeuroit dans une petite maifon ou Je Calife Abu iaafar voulut .que 1 on jettat les premiers fondemens de cette ville - na U rce U ou’t n B ^ c’dAi- dl re , donné* parce qu il avoir ete donné d cet Ermite ; ou de Baga qûi ligmfe lieu de Iardtns ■ ou du Perfiea Bagdeh, qui fignifie Ville principale. J’ai dit mê- me , apres quelques Hiftoriens , fur le Calife Abu Ciafar Al-Manfor , qu’il l’éleva furies ruines de Seleucte quoi qu’à mon avis , elle en ait été feu- lement fort proche : & séleucus Nicaror n’avoït rait batu cette dermere, que pour faire périr Baby. lorte , par fon voifinage Cette Séleucie fut auflî nommee Babylone, félon Pline & c’eft la même qui elt encore nommée Salée dans les A êtes de iaint Sadhec ou Sadhuc Evêque & Martyr Mais comme il eft dit dans la Genefe , que pour miver.er 1 entreprife des enfans des hommes qui travaillent a la Tour de Babylone , dont ils vouloient porter le fommet j'afqucs aux Cieux , ieu cou ondit leurs langages , qui n’avoient été Cm ap. I. De Babylone. 7 qu*un langage auparavant , on peut ici demander Lis choies- Si la première Langue eft venue de l’inftitution , ou de la Nature ? Que _e a e première Langue ?, Et comment s en fit la confu- fl °Yitruve dit que les premiers hommes n’ont point eu de langage articulé : 6c Diodore s’eft ima- o-mé qu’ils s’eipliquoient au commencement , par quelques lignes. Mais fi Tite Livc , comme dit Buxtorf , a compté pour un prodige , qu un B œuf ait parlé , on peut bien mettre entre les prodiges, les opinions des Auteurs qui croyent que les pre- miers hommes ne parlaient point. Guillaume Poftel dit que la parole , comme la Foi , vient de l’ouïe, parce que nous ne pouvons connoître une chofe qu’aprés en avoir connu le nom ; qu’ainfi nous ne fçaurions jamais prononcer , que ce que nous avons entendus dun autre. Comme nous ve- nons tous d’un même peie , continue-t-il , parce qu’il y a un premier homme qui a parlé , il faut conclure n éceffairement , qu il a conçu en lui- me- me tous les noms , & que cette conception lui eft immédiatement venue de Dieu. En effet , la Na- ture feule n’étoit pas capable de la lui fournir : 8c il y avoit une Langue avant qu’il y eût un hom- me , puifque Dieu parla , quand il n’avoit point encore créé Mdam : Qui il donna * comme il eft marqué dans la Genefe , le nom de Mers aux E aux affemblées ; de Terre , au Sec ; de Cieux , à l’éten- due ; de Nuit aux Ténèbres i 8c de jour 5 à la Lu- milre. Après avoir créé Adam 8c Eve , il les bénit ; leur dit , Qu'ils multipliajfent ; Qu ils rempli fient la Terre , 8c le refte. Adam 8c Eve durent donc entendre ce que Dieu leur dit : 8c comme il avoit eu la- conception intérieure , 8c l’intelligence de cette Langue , Dieu après avoir donné à toutes N iiij S Hifloire du Monde. Lxv. VIT. les cliofes , des noms qui avoient du rapport avec leur nature , voulut fçavoir fi le premier homme, leur iinpoieroit ces mêmes noms :■ Sc c’eft ainû eu onrioit expliquer le dix-neuviéme , & le vinetié- meverfet du Chapitre deuxième delà Geneie. Les •Rabbins ont dit fur ce fondement , que la taille d’Adam setendoit d’une extrémité de la terre à 1 autre , pour marquer que toutes les cliofes créées lur etoient connues : & c’eiï ce que n a pû com- prendre Socin qui foûtient que l’Homme ayant été créé dans un état d’innocence , avoit été comme les en fan s 5 qui n’ont , ni connoiffance , ni raifon • parce qu’il ne fçut même qu’aprés le péché , qu’il etoit nu. L’opinion de Boxhorn qui veut que la Langue Efclavonne fait la première , n’eft pas mieux fondée , 8c ne paroit gueres moins étrange que celle de Georges Hervvart , qui dans fa Nou- velle Chronologie , avance que la Langue des Dieux , dont il cft parlé dans Homère, eh la Teu- tonique. Pour Becan qui nous a voulu perfuader que l’ancienne Langue des Belges , a précédé l’Hé- braïque , il ne mérité pas qu’on le réfuté. Quelques-uns répondirent à la deuxieme deman- de , que la Loi a été donnée dans la même Langue cjue Dieu a créé le Monde : que cette langue qui a été commune a tous les hommes, feconferva dans la famille â’Htber , 8c qu’elle en fut lurnommée -Hébraïque. Ils difent encore qu’Adam ayant été créé dans un état de perfection , fe devoit fervir de la plus parfaite de toutes les Langues : Que l’Hé- braïque en doit être la première, parce qu’ellen’eft mêlée d’aucuns mots , ni d’aucuns idiomes étran- gers ; 8c qu’il n’y en a point qui exprime plus par- faitement l’effence & les noms de Dieu, ni -qui contienne plus de myhéres. Mais la queftion eft de fçavoir fi la Langue Hébraïque d’aujourd’hui , eft la véritable 8c ancienne Langue Hébraïque.' Chap. T. DeBabylone. f ïl yamêmeraifon de douter fi une langue qui elt {Impie êc pauvre , dont les expreilions ne font ni diverfiftées , ni fort claires , peut être appellee la mere des autres. Rabbi Salomon Jarki , Rabbi K me bd , ^ Benoît Arias , Munfter , Genebrard, & d’autres Sçavans ont été perfiiadez que le mot Hebreu ne vient point à’Heber fils de Sala , mais de la propofition E,ber qui lignifie outre , au deia «, & qu’ Abraham eut le premier , le nom iïEbni* pour avoir pafle an delà du Phrat , en allant dans la terre de Canaan. Les Septante ont auili traduit cette epithete d’Abraham , par Pajager , ou Tra- verfeur : de forte que la Langue des Hebreux , Hibrlm , n’eft: autre chofe que la Langue des Etran- gers : & l’on nomma depuis , Hébraïque , la Phé- nicienne & la Cananéenne , quand Abraham Sc Les defeendans eurent appris l’une & l’autre ^ans le Canaan, Sur la t roi fié me queftion , Jules Cefar Scaliger remarque dans les Exercitations contre Cardan , que cette confufion n’eft point venue de la multi- plication , onde la diverfité des Langues , parce que la première fubfifta toujours ; mais qu’un mot qui dans l’Hébreu ne fignifioit qu’une choie , fit des idées & des impreftions di ver fies dans l’efprit des hommes. C’eft dequoi l’on ne peut pas demeu- rer d’accord , parce que dans l’Ecriture ? il eft parle de confufion de Langues , &: non pas à 3 idées. L’o- pinion commune eft que la Langue qui etoit la feule dont l’on fe fervoit , fut diverfifiee par le changement de la diébion entière , ou d’une partie ; par l’addition 5 par le retranchement , ou par la a Benoît Arias fut nommé Msntœnas , parce qu il étoi du village de frGM?t(d de la Montagne , du Diocefe de 1-0 _ Ht fl cire au Monde Li v. VIÏ. tranfpoütion des lettre s ; ce qui peut détourner le ,f de j rao “ > & P ar conféqucnt , porter de nou- velles idées oans l’efpnt. Mais ceux qui deman- tu-e- CS laUOnS ’ ne (c contentent pas de conjec- a Un François qui eft ProfefTcur en Hollande „ Sc qui eft fçavant, conçoit la confufion des Lan- gues , a une autre manière ; & s’il n’apuye qu’affez foiblcment tur fa amjeâure , il la croii du moins aulîi vrai-femblable que celle du commun des In- terpretes. Il du que quand il eft remarqué dans J Ecriture , ^e toute U Terre était d’un Unoare v ou icloii 1 Hebreu , d une lèvre & d'une même pa~ rom , il.raut entendre, Que tome la Terre était d un avis que l’on édifiât une Tour , parce qu’être ? u ; ' meme langage & d’une même parole , c’cft ’ etre parfaitement d'intelligence , & entreprendre une cholc.a un commun acco/d. Outre deux pafïa°es de l’Ecriture dont il fefert pour autorifcr fon opi- mon ,!l rapporte celui du neuvième Chapitre de Joiue , les Rois des Cananéens s'ajfemblérent peur combattre Iofttê , d'une même bouche , Phe Echad qui par les- Septante , a été traduit , tous .nfemble-,. &■ par la Vulgatc , d'un même efprit & d'un même avis. C eft ce qui eft exprimé par les Latins , d'une bouche, St ce que nous difons , Répondre tous d’une voix. Il ajoute que l’uniformité d’une Langue ne contribue rien a l’éxecution d’un grand dèffein ; somme il ne fuffit pas aujourd’hui aux Allemans! pour cnafler le Turc , de ne parler qu’Alleman qu il mut encore qu’ils foient unis du même cœur , & du même efprit. De là , il prétend que ceux 5 U * 1* un commun confentement , avoient entrepris deuatir la four , furent enfuite partagez de fenu- a Monfîeur le Clerc, Ch AP. L De Babylone * mens , qu’ils fe fépareient n’étant plus unis , 8c que la Tour ne s’acheva point par cette rupture. Il conclut! enfin que fon explication étant natu- relle , doit être préférée à l’ordinaire qui fuppofe fans néccflîté un grand, miracle , au lieu que la tienne n’en fuppofe point. Mais c’eft juftement dequoi il s’agit , puifque Dieu en troublant la mé- moire de ces hommes par un miracle , empêcha qu’ils ne fe ferviffent de leur Langue naturelle; com- me il arriva que par un autre miracle , il difpofa fi heureufement la mémoire des Apôtres , qu’ils parlèrent tous les diverfes langues qu’ils îT'avoienc point aprifes auparavant. Il eft vrai que Saint Gré- goire de Nyffe n’attribué point à un miracle , cette condition de Langues. Il dit feulement que Dieu aiant voulu que ceux qui travailloient à cette Tour, fe féparaffent pour habiter d’autres terres , permit que leur Langue qui étoit une , fut changée ; qu’en- core qu’ils s’accordaffent dans la connoiffance des chofes , ils les no-mmaftent tous différemment : Que chacun s’expliquât à fa maniéré , 8c que la puiflance naturelle qui eft dans l’homme , & qui vient de Dieu , eft la véritable caufe de la divertité de toutes les Langues. Pour la confufion de cette Langue , en foixante 8c dix , félon les foixante & dix noms de force attribuée a Dieu ; ou en foixante 8c douze , félon le nombre des Anges par lefquels Moïfe fit tous fes miracles, ou qui font commis au Gouvernement des Peuples ; ou par raport , aux foixante 8c douze Difciples de J e s u s-C hrist , c’eft ce que je laiffe à examiner aux Cabaliftes , 8c â ceux qui çroyent que tous les nombres font des myftéres. il. Hijloîre du Monde Liv. VU. if il ii it mu CHAPITRÉ U. De Nlnive . T ’Affyrieeft plus longue que la Méfopotamie n’eff pas ii large. Elle a compris même cette dermeie-: de comme elle a été nommée indifférem- ment Ajfyrie de faby tonie , il n’eff pas étrange que. Plutarque ait dit. que la contrée qui eff au tour de Babylone , eff V Ajfyrie. N in i v e que quelques-uns interprètent belle ou agréable > nommée. Nmos -, Nmus\ Nineve dc limon par les Anciens , fut la Capitale d’Affyrie * & ion nom vient- apparemment de Ni» ,d’ou s’eft fait Urnes ; & de N*ue qui figniffe demeure , ou j-de manière que Nîwwn’eft autre chofe que.- ** demeure ou le féjmir de N inus. Elle eff apeilée- par les Hébreux , Uinuah - de Rehobetb pour la largeur ce fes rues ; M oufiul 3 par les Turcs : de Ion pourra voir , fi on le veut , une remarque de 1 Empereur fur Y Al Mozal de ITtinéraire de^Ben- jamm. Son premier Fondateur a été Nimbred, car ^ U£ f^ lie5 inî:er p^tes ont fou tenu que ce ver/et du dixième Chapitre delà Genefe , Deeepaïs-là fortit & fur Y & bâtit Uinive, regarde Uimred Qui fortit de ^ Sinear , de alla en Affyrie, D’autres difent qu A fur ni s de St-#» , ne pouvant fouffnr la tyran- nie qc Uimrod /% s’éloigna du lieu oui] étoit : Qu’il fonda le Royaume d Affyrie , de fon nom : & quelques-uns font perfuadez que ce même AJfur eff B dus ou U inus qui exigea des tributs des Baby- lohiens , après en avoir tué le Roi qui apparem- inent doit être N \mrod ? oy /©n fucceffeur. Cette Chai 5 . Il* BâbyloVtë. ville fut peuplée cf’ abord : de il eft dit dans Manünv Depuis qu'elle a été bâtie , elle a été comme un vivier d'eaux , parce que les grojfes eaux lignifient dans' l’Ecriture , grande multitude de Peuples j ce que Ton peut voir dans le Chapitre huitième d I.faïe , de dans le dix-feptiéme de l’Apocalypfe. Dieu même témoigne dans le Chapitre quinzième de Jouas , Qu'U y a plus de dou^e Myriades } c eft-a-dire , plus de lis vingt mille Créatures Humaines qui ne [pav oient point ce qu'il y avoit a dire entre leur main droite , £§» leur main gauche , pour^ faire comprendre le grand nombre des enfans qui etoient au- délions de T âge de connoiffance. Par ce nombre, , quelques Hiftoriens ont conclu , qu’il y avoit alors vrai-iémblablement plus defixeens mille perfon- nés. Elle eft nommée Nmive la grande, ou pour l’enceinte de fes murailles , ou pour être diftingqee> de quelqu’autre ville du même norm ; ou a 1 égard de celui qui auroit du voir les rues principales; ce que fit fonas , aiant été envoié pour y prêcher. Son tour devoir être déplus de quinze lieues d Alle- magne , félon Diodore qui dit qu’il étoit de quatre cens quatre-vingt ffades ; de par conféquent , elle devoir être beaucoup plus grande que Babylone qui n’en avoit , félon quelques-uns , que trois cens foixantc. Elle avoit de longueur , quatre gran- des lieues : de fur fes murailles de cent piés d’ele-- vation , l’on pouvoit combattre avec trois chariots de front , fans nul embaras. On avoit élevé fur ces murailles , quinze cens tours , dont chacune étoit harfte de cent piés : & pour bâtir cette ville^, qua- torze cens mille, hommes , félon Euftathe , y avoient travaillé huit années entières. Dans Je- Palais Royal , S'tmiramis , il l’on s’en rapporte aux Hiftonens , honora la mémoire de N inus , d'un tombeau de douze cens piés de hauteur , für *4 Hifloire du Monde , Liy. VTf, douze cens cinquante de large . & c’eft ce que j’ai de la peine a croire. * } Cette magnificence prodigieufe n’empêcha point qu elle ne fut enfin ruinée par Nabuchodonofor & pai AJfmrus , qui , félon Drufus , ell Cyaxare : & cette ruine a ete fi grande, que l’on ne peut dire fort precifement en quel endroit elle fut bâtie. Stiabon & Diodore aflurent au moins , ou’elle fut détruite apres faprife : & du tems de Lucien , i on en juge par Ion Churon , il n’en reftoit pas la moindre chofie. r Pour ce qui regarde les Rois d’Affyrie ; le Loden r a vu ce que fenai dit dans le Chapitre deuxième du premier Livre de cet Ouvrage ; &r il f e fouvien- dm que depuis N, nus ou N injus , jufques à Uni, 1 ordre des Rois a été fufpefi. II l’a été à quelques lavans : 3c quand Diodore décrit les merveilles de ttmnms & de N, nus , fur la foi de Ctélias , il ne dit plus rien de leurs fucceffeurs avec ce pré- texte, Qu ils n’ont rien fait de confiderable , il nous marque affez que cette longue fuite de Rois quil a fuprimee , elf fabuleufe. Eneffet.il n’ëft pas imaginable que rien ne fe foit paffé digne de mémoire depuis le régné de Séwiramis jufques à eeluy de Sardunapale : Sc dans Atbenée, Glitar- t| - U Mi e m 01gne 3 Ue cemêree Sardanapale mourut de ▼îeiUeiie , apres avoir été dépouillé de fon Royau- me. Seroit - il poffible que depuis N mus jufqu’à la mort de ce dernier Roy , c’eft-à-dire , en douze -cent quarante ans , félon Eusébe , il n’y ait rien eu qui méritât que la Poftérité en fût informée ? Que la vie de trente-cinq , ou trente -fix Rois, naît pu, fournir aux Hiftoriens un événement de quelque importance ? Que thul ou ?ul , dont a Livre qu at rc f Chaf. IL De Nïnvoe* ?f g? eft parlé dans le cinquième chapitre des Cl oni- ques , ait été le feul qui n’ait point dormi ? Sar^ danapalê n’eft-il pas même , félon quelques-uns k fils 3c le fucceiieur de P ni , nommé par cette raifon , Sardan-Pul, dônt le mot de sardanapale a été formé ? Mais je me fuis déjà expliqué ail- leurs fur cette matière : 3c j’avoue même que j’ai marché fimplement dans le chemin que d’autres m’ont fait. Je ne veux pas encore oublier qu’il y a eu an moins deux Nir/ives ; l’une fur l’E ufrate , dans la- Comagéne, qui faifoit la partie Septentrionale de la Syrie ; l’autre fur le Tygre , qui ne devoit pas être éloignée de la rivière de Lycus : & l’on peut doute! Il c’èft à la droite , ou à la gauche , qu’elle fut bâtie. Cette divifion poura fervir , félon Geor- ges Horn , à l’intelligence d’un paflage du dou- zième, Livre d’Athénée , où il eft dit que Sardana— pale envoya fes trois fils & fes deux filles a N inu$- Roi de Hinive , c’eft-à~dire, de celle qui eft fur PEüfrate ; quoiqu’il les eut confiez , félon Dio— dore , â Coïta de Paphlagonie , qui peut-être com- mandoit alors dans cette ville- Adam Rupert , qui s’eft expliqué d’une autre maniéré, dit qu’alors il y avoir un autre Roi â N mine: Que c’eft à lut que Sardanapale , après avoir prévu fon mal- heur , avoir envoyé fes trois fils 3c fes deux filles : Q^u’il vaut beaucoup mieux en croire Athénée que Diodore , qui témoigne même que Sardanapaîe périt ailleurs ; 3c qu’on peut douter avec raifon , fi le fiége de l’Empire n’étoit point dans une au- tre ville que Ninive , où un autre que Sardanapale commanfoit. Il ajoute , contre le fentimepx de. Strabon , qu’elle ne fut point en effet brùr-e, fi Fon s’en rapporte au Comte Ammiân Marcellin, qui vivait fous Julien, 3c qui nous aprend que Hifloîre du Monde Liv. Vif. Ninivs etoit entière du. tems de cet Empereur»- Mais il cil certain qu’il y a eu trois Ninives* 1 une en Syrie • l’autre en AiîVrie • la troifiéme en Perle. Ce qu Hérodote Sc Nicolas de Damas ont re- marque fur la coutume des Ajfjriens , eil fingulier: &c j en ferai la conçiuiion de ce chapitre , quoique le meme Hérodote ajoute que de fon tems , cette coutume etoit abolie. Ils s’afîèmbloient dans cha- que village Sc dans chaque ville , une fois l’année : Sc en plein marché, ils expofoienten vente les filles qui etoient en âge d’être mariées. Le C rieur pu- blic ou le Sergent expofoit d’abord la mieux faite- en vente ; Sc comme les belles ont toujours beau- coup d’avantag,e fur les autres , elles ne manquoicnt jamais aufll de trouver des gens qui les achetoient. Apres les avoir vendues félon leur beauté, Sc dé- livrées au dernier encherifleur , il paffcit aux lai- des , félon leur rang - Sc deinandoit â chacun ce- qu’il prétendoit avoir d’argent pour époufer celle qu’on lui montroit. Quand on étoit convenu du prix , il la delivroit ; Sc par ce moyen , ce que l’on avoit tiré de la vente des premières , fè diftribuoit pour marier celles qui autrement euiïenr couru rifque d’être fans parti; de forte que les belles marioient les laides.- mmmm mm CHAPITRE III, De Jèrufalem , « L A P a i e s T i n i , qui e-ft nommée Péléfetb par les Hébreux, étoit autrefois la Terre de Chanaan , parce que Canaan y demeura ; la Terre, ’CîïAp. III. De jêmfaïem* 17 fromîfe , pour avoir été promife à Abraham , à fon fils ifaac , à fon petit fils lacob , 8c à leurpo- Rerité ; la îudée , pour avoir été donnée à luda ? par lacob fon pere. Nous la nommons ordinaire- ment la Terre-Sainte , parce que Dieu la fan ti fia par fa prefetice , après L’avoir choifie pour fon Peu- ple , & pour la Terre où devoir être bâti fon Tem- ple. Elle fut célébré par les miracles des Patriar- ches , des Juges , des Rois , des Prophètes , & des Apôtres ; par ceux du Sauveur du monde qui fut conçu , qui naquit , qui fut élevé , qui mourut , 8c qui fut enfeveli dans cette contrée. Au Nord , elle eft bornée de la Phénicie'; à FER ,dela Géléfyrie ; au Midi 8c au Couchant » de l’Arabie Pétrée , 8c de la Mer Syrienne. Celle qui eR au de là du Jour- dain , contient la terre de Canaan qui fut diftri- buée par Mtnfe à la Tribu de Ruben , de G ad , 8c à la moitié de la Tribu de Manaflé 3 entre la Sy- rie., les Deferts de L’Arabie , 8c le. Jourdain. Celle qui efl au deçà de cette riviere , contient la Sarna- rie , & la Judée dont -férufalem efh la Capitale. La ville de Jérusalem bâtie par Melchifedech y e’eR-à-dire , Roi de lufiice , Sacrificateur & Roi s , qui étoit du teins d ’ Abraham , fut nommée Salem- r qui lignifie paix : 8c les lébufiens qui la conqui- rent , & la p o fédèrent plus de huit cens ans , lui impoferent le nom de iêbm , qui étoit celui de leur ayeui , l’un des fils de Canaan fils de Gham, 8c petit fils de Noé. Ils la fortifièrent de telle forte, que quand David fe mit en état de Fallu jetir , ils Le vantèrent de n’avoir befbin que de leurs boiteux & de leurs aveugles pour lui réfiRer , quoique des favans aÿent entendu par ces aveugles 8c par ces boiteux 3 les Rames qui avoient été élevées en mé- moire de l’alliance faite entre Abraham 8c Meichi- fededx,. ou des figures qui étaient fur les murailles iS Hiftoire du Monde . Liy. VIL de la F ortereflè de Sion , nommées par les Grecs Athlantes $ par les Latins, Telamones, qui ont des pies 8c des yeux , 8c qui ne peuvent ni mar- cher , ni voir. On peut juger d’abord que les Grecs ont donné le^ nom à* Athlantes à ces ftatues qui „ portent , ou des colonnes , ou quelque autre cho~ fe., pour quelque efpece de reüemblance qu’elles ont avec Athlas , qui , félon eux , foûtenoit le Ciel fur les épaules. Mais quoi que fiffent les lébnfiens pour fe dé- fendre , David prit leur ville l’an du monde deux mille huit cens quatre-vingt-dix-huit, 8c les en chafla ; fortifia Sion d’une muraille , depuis Millo : la nomma Cité de David > donna le nom de lèru - falem à cette ville , dont il fît la Capitale de In- de e , 8c celle encore de tout le Royaume. Il eft vrai pourtant qu’elle doit fon nom , félon quelques- uns , aux lébufiens ■ 8c qu’ayant eu celui de Salem, elle fut nommée iébufalem par l’adition du mot lîbn ; mais que par le changement d’une lettre , on mit du tems de David , leru au lieu de lebu \ & que l’on en fit lémfalem ; c’eft-à-dire , vifion de Vaix. D’autres veulent même que ce mot foit moi- tié Grec, moitié Hébraïque: que le premier Si- gnifie Saint à caufe du Temple de Salomon • 8c l’autre, Ville. Elle eft quelquefois fimplement nommée par les Arabes , Cods ou Sainteté y quelquefois C o d s M u k a d e c , Sainteté Benite , 8c B e i t - e l- mukaddas, Maifon confacrée ou fantifiée Les Turcs la nomment encore C ods-S chéri F la fain- tete de Vllluflre : 8c ce 11 ’eft pas , comme quelques- uns fe l’imaginent , pour le féjour qu’y fit Iefus- Chrifl , quoiqu’ils le regardent comme un grand Prophète. Le titre de Schenf qu’ils donnent à Mohamed, fait plutôt croire qu’ils la jugent Sain - Ckap. IIï. Uejirufalem. jp U y parce que dans la Mofquée qu’ils ont fait bâtir où éfoit le Temple de Salomon , ils confèr- vent une certaine pierre de marbre fur laquelle étoit Mahomet , à ce qu’ils difent , quand il monta dans le Paradis fur fon Alborak , qui étoit moitié âne, & moitié mulet ; Sc que ceux qui prient fur cette pierre , obtiennent de Dieu tout ce qu’ils de- mandent. On peut ajouter que faint Jérôme a crû que la ville de Salem où régna Melchifedech , n’eft pas la fameufe lerafalem , mais une autre ville pro- che de Scythople en Baffe Syrie, qui de fon tems confervoit encore fon premier nom , & dans la- quelle on voyoit les ruines du Palais de Melchi- fèdech. Elle fut gouvernée fous vingt & un Pvois , Sc fous la Reine Athalia ^environ quatre cens louante- lix ans : & elle étoit devenue fi grande Sc fi peu- plée , qu’elle avoit de tour plus de cent cinquante ilades , c'eft- à-dire cinq grandes lieues , Sc qu’elle étoit habitée par plus de cent cinquante mille perfonnes. La Table fui vante fera connoître le tems de les Rois , Sc les années de leur régné. ANS ANS du monde , félon NOMS DES ROIS. de leur Règne, BiiCKoîcer. 1898. David. 33. à Jcrufalê, 29 3 o . Salomon fils de David, 40. 1971. Roboam fils de Salomon • 17. 1988, Abiam fils de Roboam.% $. 1 99 K Afin fils d ' Abiam. _4’, 3031. fofaphath fil sà’Afa» îç. 303*2. J oram fils de fofaphath. $ . 5038. foacha Ocbofias , ou Achafia. s. 3 o y 9. Athalia. fille à'Acbab , femraede forant , & mere de foacha €. 5 o 7 oas fils à' Ocbofias. 40» ‘ 3 1 o ). Am a fi as ou Amatfia fils de 7 oas. 19». 3 145. Hofias , Vfias ou AJ arias fils mafias ». i® Hijtoire du Monde* Lxv. VIïV 31^7. J otham ou loaibam fils «L’ Afarias ?iG . 3 1 1 i. ^c^Æ^fiis de Iothant. 16. 5x17. Eçechias fils 29". 3 1 5 6. MamJJé fils d’EKechias. 5 f. 5311. slmon fils de ManaJj'e.h» *• 3313. lofiasüls à’Ammon. 3*. 3344, leoncbaz^ou I oacha^JdU de Iofias. 3. mois a 3344. MidK.tm m lehoiachm fiis de /o- /æj. 11 . 3334. lehoiachim , Im#ûu Jechomas fils àclofias. f 3. mois dix jours, ÿ 3 f 4. Zedekias , nommé auparavant Mæ- thania, fils dc/ofeas. U. Il ferait mutité de parler ici, fur ce que fai dit â l’égard des Juifs , fous les Régnés de Cyrus , de Xerxes , S: d^^xer^fs Longue-main. Qui vou- dra voir ce que les Selcucides firent fouffrir à ces Hial- heureux , doit- voir Daniel & les Macabées : & après Craffus qui pilla leur Temple , Pompée 1er prit l’an trois mille neuf cens neuf, avec la ville. H érode le faiiit de F un & de l’autre , Tan trois mille neuf cens trente-cinq ; & Tan quatre mille qua- rance-un- , le foixante & onzième de nôtre falot , les Romains ,* qui étoknt commandez par The Vefpafien , ayant pris leur ville , y mirent le feu- 3. brillèrent le Temple ; remplirent- les rues 8c les mai- fons du fang des Juifs , 8c n’y laifferent que deux ou trois tours pour montrer l’endroit ou elle avoir été autrefois. Dans le portrait de The Vefpa- fisn , j’ai dit quelque chofe de ce Siège, dont les particularitez font décrites dans Jofeph qui appa- remment les devoit fçavoir. Je remarquerai feu- lement ici,, quatre chofes qui femblent être confi- dérables. Après foixante 8c dix ans de iervitude , les Juifs retournèrent de Babjlone dans leur pais , au com- mencement de Tannée foixante 8c onzième : Et U Chat. III, De Jémfalem» u foixante & dixième achevée depuis la Naiffance de Je s us-Ç h ïu s t , ils furent détruits avec leur ville. Dans le te ms des P aques de 1 an qua- rante- un apres leur [ortie d'Egypte > ils entrèrent fous la conduite de Jofué , dans la Terre qui leur a.vbit été promife : Et dans les Pâques de Pan foixante & onze , quarante-un an apr.es le Baptême de Jésus-Christ , ils furent afilégez fi étroite- ment par Tite > dans jérulalem , qu’il leur fut im- poflible d’en fortir. Dans la Fête des Tabernacles , qu des Tentes de feuillages ? iis rend oient tous les ans , des grâces a Dieu pour la T erre qu’ils avoient reçue de lui : Et quand la Eête des Tabernacles approcha , l’an foixante & onze , on leur enleva toutes leurs Tentes , & leur police fut abolie- Pour l’ingratitude qu’ils témoignèrent a Dieu , ils furent ço n fumez dans le Defert , en trente-huit ans ; ce que l’on peut voir dans le deuxieme Chapitre du Deutéronome : & ils furent détruits quarante^ huit ans après avoir fait mourir le Sauveur du Monde. Les Juifs qui. relièrent , & qui étoient difperfez en piufieurs endroits , le rafiemblerent dans cette ville , & commencèrent à la repeupler. Hadrien même la fit rebâtir • lui donna le nom d’Æ lia Capitoline ; y éleva un Temple à Jupiter; un autre , â Venus fur le Sépulchre de Jésus- Christ. Cette nouveauté fut fenfibleaux Juifs qui ne vouloient avoir de foci, été m de commerce qu’avec ceux de leur nation , & qui ne pouvoient fouffrir dans leur ville , un culte étranger. Mais quand ils apprirent que cet Empereur leur avoir deffendu par un Edit , la Circpncifion ; ils fe ré- voltèrent , prirent les armes , & mafia crerent dans leur delèfpoir , tous les Romains qui le rencontrè- rent en Judée. Ils eurent pour chef, B en-Choebab r : i il H tfloire dn Monde Liv. VII. que quelques-uns interprètent , le fils de Cbochah i &c j’ai déjà dit en quelque endroit , après Grotius, qu’il a voit ce nom , parce qu’il étoit de Chochaba en Galilée. Ce General fut tué dans cette guerre , avec plus de cinquante mille hommes : Sc Hadrien , qui fit razer cinquante de leurs Forterefl'es , Sc brûler neuf cens quatre-vingt villages l’an cent trente-cinquième de nôtre falut , ruina la ville de Jérufalem , de telle maniéré, félon Nicéphoie, qu’une pierre n’y fut pas laiffée fur L’autre. Il la ré- tablit quelque- tem s apres ; Sc l’on n’enferma point élans la ville , les montagnes de S ion Sc de Bethxeta, Depuis ce tems-là , Confiantm le Grand qui l’enrichit de beaux édifices , par les follicitations de fa mere Heléne , y fit élever une Eglife magnifi- que. luit en l’Apoftat , ennemi mortel de tous les Chrétiens , permit aux Juifs de rebâtir Je Temple qui a voit été détruit par les Romains : Sc Amiuicn Marcellin , quoi que Paycn, rend ce témoignage, que des flammes qui for tirent de la terre , confir- mèrent ceux qui en nettoy oient les fondemens. Cette ville fut reprife enfuite, par les Pcrfes fous le régné de Phocas ; par les Saraiïns ; par Godefroj de Buillon ; Sc par nos Voyageurs d’Outre Mer ; par Salaho’ddin ; par Tamerlan ; par Sehm Em- pereur des Turcs qui la poflèdent encore aujour- d'hui. Elle étoit bâtie fur quatre montagnes ; fur celle de S ion ; fur celle d ’Acra qui n’en éroit féparée que par une petite valée qui fut remplie par l’ordre de Salomon , & où il fit faire un pont pour avoir une communication de l’une à l’autre ; fur celle de M oriah ; Sc fur celle de B ethzeta qui fut enfermée dans la ville par le Roi Herode. Gomme elle étoit limée en un lieu haut ,il ne faut pas s’étonner que 0 Chap. III. De Jérusalem. i| 4ans PEciiture , il foit parlé ùfouvent, de monter À lérufalem. Il eit pourtant vrai que Rabbi Abra- ham Aben Ezra remarque fur le premier verfèt du trente troifieme Chapitre de l’Exode, que mon- ter lignifie aller du côté du Septentrion , 3c que def cendre , eft aller du côté du Sud. Ainû defcendre d un lieu , n’eft pas toujours aller d’un lieu haut en uil lieu bas \ ni monter , aller d’un lieu bas , à un lieu plus élevé , mais Amplement paffer d’un en- droit à l’autre. L’ancienne Jérufalem avoit neuf portes : Celle des Brebis , ou du Troupeau r , parce que l’on y tenoit le Marché aux bêtes , afin que les viélimes que l’on devoir offrir fur l’Autel , fuffent plus proches : & ce Marché même joignoit le Temple. C’eften cet endroit que demeui oient ceux de qui l’on ache- toit toutes les odeurs néceffaires pour le faint par- fum ; 3c que d’autres changeoient les monnoyes à ceux qui en avoient befoin pour les frais de leurs facrifces & de leurs offrandes U y avoit la Porte de U Vallée de lofapbath , apellée auparavant la Forte Royale qui eut encore le nom de Dorée , 3c qui menoit a la Valée de iojaphatb qui s’étend du Septentrion au Midi le long de la ville 3c de la montagne des Oliviers. Les Turcs font perfuadez , comme beaucoup d’autres , que le dernier jugement de Dieu doit être infailliblement dans cette Valée : & il y a des Juifs 9 qui pour y pouvoir être enter- rez , &r pour reffufeiterdes premiers , vont demeu- rer à Jérufalem. Elle eft encore apellée Vallée de Cédron , parce que le torrent de Cédron qui étoit autrefois bordé de Cèdres , 3c qui cft formé des jduyes qui defeendent des montagnes des Oliviers & de Moriah , paffe au milieu : 3c Valée Royale , parce qu’il y avoit des maifons 3c des jardins dignes de la cunoüté d’un Roi. La troifiéme Forte etoit 24 Hifloire du Monde. Lit'. VU. celle de h» fontaine , par laquelle on alloit à la fontaine du ruuïeau de Gihon , ou dont la fource étoit au pié de la montagne de Sion. La quatrième celle de David : éc elle étoit eneoi.e nommée la Porte aux Foi f ans > ou du Marché aux ÿoifions qui en droit proche ; ou de ceux qui les portant de la côte maritime de Tyr 3c de Sidon > à Jérufalem , entroient vraisemblablement par cette porte. La . cinquième é-roit la indiciaire ou La Vieille forte , au de-là de laquelle Je su s-C hrist fut crucifié. La (ixiéme , celle à’Ephraim qui me- noit a l’héritage de cette Tribu ; ou la porte des ■Chevaux , parce qu’il y avoit une cariérc ou Ton exerçait les chevaux du Rei. La feptiéme étoit nommée de Benjamin > ou du Coin , parce qu’il y avoir un coin de muraille. On nommait la huitiè- me , la forte aux Eaux , à caufe des eaux qui s’y affembloient , après avoir pafTé dans la ville j 3c qui par un canal commun , s’écouloient toutes dans unevalée. La neuvième étoit la Sterqmline , par laquelle on tranfportoit le fumier , 3c toutes les ordures delà ville, dans la valée de Hinnon , Tophet t ou des cendres dont il eft parlé dans le feptiéme Chapitre de Jérémie , & dans le vingt- troiflémê du quatrième Livre des Rois. De toutes ces Portes , il n’eft refié au Midi , que la Sterquiline ; celle d 3 Ephrai?rfp nommée aujour- d’hui de Damas , au Nord : au- Couchant , celle des Poiffons , maintenant de Iajfa ou loppe : a l’O- rient , celle de faint Etienne , hors de laquel lcfatnP Etienne fut lapidé , qui fut celle des B rthis ou du Troupeau. On doit croire même que la ville ayant -été fi fouvent détruite , ces Portes ne font pas où^ étoient les autres. Elle efl plus petite qu’elle n’a été , parce que les deux montagnes de Betzeta 3c de $ion , qui font hors Ch AP. HL Dejêrufalem . > tg iiors de la ville ; 3c que l’on y a renfermé les moindres , c’eft-à dire , celles de G thon , 3c du Cal- vaire , qui^a eu fou nom de fa figure , qui eft fem~ «blable a celle d'un Crâne ; ou parce qu’on y voyoit les crânes des criminels que l’on y avoir éxecutez. On l’apelloit Golgotha du verbe Galal , qui fignifie rouler : 3c quelques feavans ont remarqué que l'oa devoit dire Golgoltha de l’Hébreu Galgoletb , qui fignifie une boule , une fphére ; parce que la tète , le Calvaire ou Crâne Humain roule facilement pouf fa rondeur. Mais comme Golgotha eft incompa- rablement plus doux à- l’oreille qu e GolgoL ka , les Grecs & les Latins ont préféré le premier à l’autre, fondez fur la Traduction Syriaque. L’Auteur des Noms Hébraïques témoigne même que Golgotha eft , ou Caldaïque, otf Syriaque 3c que quand faint jean dit ; Et portant fa croix , d vint au üm appelle du Calvaire qui fe nomme en Hébreu , GoL gotha y on doit l’entendre de l’Hébreu, qui en ce tems-la étoit en ufage. En effet , les Juifs perdi- rent la pureté de leur langue dans leur captivité àBabylone, & remportèrent beaucoup d’idiomes de Caldée , qui fuient depuis naturalifez a Jéru- salem. Je pourois parler de la fepulture d 'Adam. fur cette montage du Calvaire , alléguer l’autorité d’Origene y de faint Cyp rien , de faïnç Epiphanc r 3c de quelques autres. Mais cette Tradition a été refutée par- faint Jérôme; & il lèroit inutile de? s’y arrêter. Ce changement de Jérufalem , & fon enceinte ; qui n’eft , pour le plus , que d’une lieue , ont fait croire à quelques-uns , que cette ville devoit avou* été rebâtie en un autre endroit ; 3c ils iè trompent * parce que l’on n’a fait que la racourcir vers le Midi , & qu’elle a été agrandie du côté du Nord. Elleeftifept grandes lieues du lourdain- à dix* Tome IV . B z6 Hifloire du Monde Liv. VII. delà Méditerranée ; â cinquante, du Caire * â foixante Sc douze , d’ Antioche ; à cent Ibixantc- fept , de la Me que ; a cent foixante & onze , de ^ i- ; à cent foixante Sc quatorze , de B atylone ; Sc d deux cens vingt-cinq , de Conftantinople. Il n’y a plus rien de confiderable pour les Palais, ni pour les maifons des particuliers;: Sc l’on auroit de la peine à y compter jufqu’à douze ou quinze mille perfonnes , en y comprenant les Juifs , les Coftes , les Abyftins , les Neftoriens , les Armé- niens , les Grecs , les Maronites , les Chrétiens de J’Eglife Latine , les Turcs, les Arabes & les Mores. Dans le même endroit qu’étoit bâti le Temple de Salomon , les Turcs ont élevé une Mofquée : Sc û un .Chrétien y étoit entré par curiofité , ou par Lazard, il.n’àuroit que deux conditions â choifir- de Ce faire Turc , oufe réfoudre â être brûlé. Elle eft au milieu d’une grande Place de cinq cens pas de longueur , fur quatre cens de largeur ■ Sc la fi- gure en eft octogone , dont chaque face a trente- deux pas , qui en font de tour deux cens cinquante en dehors , Sc prés de vingt toiles ou fix-vingt piés de hauteur. Elle eft revêtue de marbre dehors Sc dedans : Sc Ce s quatre portes , qui répondent aux quatre parties du monde , font ornées de marbre Sc de porfire que l’on a tirez du tems de Sélim fils de Baj afeth Deuxieme, de quelques Eglifèsdela Pa- leftihe. Dans cette Mofquée , il y a trente-deux colonnes de marbre blanc , â double rang , dont les unes fou tiennent la voûte ; les autres le Dôme cou- vert de plomb. Autour des colonnes , on void des ouvrages de fer doré , Sc de cuivre, qui font faits en forme de chandeliers , où brûlent environ fept mille lampes , depuis le Jeudi quand le Soleil eft couchp , jufques au midi du jour fuivant ; Sc un mois durant toutes les années. Ce mois eft celui Ch ap, III. De Jerufaïem + ±y qu’ils nomment de patience 8c à'abfimence , ou Ramadan , de Ramad il'harv pour la chaleur ex - cejfive de ce mois , qui eft leur Carême. Mais je laiffela defcription de cette Mofqùée , que Poa poura voir dans quelques Relations de nos Voya- geurs: & par ces mêmes Relations , I on avouera que qui jugeroit de Pancienne Jerufaïem par ce qui en relie, jugeroit de' la plus belle femme du monde par fon fquélette. /MS /M-S /»< /C * ^ /MX ^ /tf^ /Ms ^ C H A P I T R E I V. Des principales Villes de Vhênicie 0 L A Phe’nicie , qui eft encore nommée Syro - phénicie, eft bornée de la Galilée , à l’Orient ; de la Méditerranée, au Couchant ; de l’Egypte, au Sud i d’une partie de l’Arabie Deferte , ou Arden , a l’Orient. , L’elpace de terre qui ell le long de la Méditerranée , depuis la riviere à' Bluter , que les Arabes nomment Kuafimir , jufqu’a Pélufe , étoit appellée Phénicie. Mais lès bornes ont été relTer- rées enfuite,, depuis VEluter , du côté du Nord, jufqu a la riviere de Cherfée y vers le Midi. L’Ecri- ture Sainte la di vife en deux , en Galilée fuperieure 9 g\i des Gentils • 8c en Galilée inferieure , ou Ti- bériade. Celle-ci s’étend depuis l’embouchure du Cherfée , jufqu’à l’Anti- Liban : 8c fa capitale étoit la Tùur de Straton , frtuée fur le bord de la Mer qui fut accrue 8c fortifiée par H érode l’Afcalonitê Roi de Judée , qui l’eut en prefent de Cefar Au~ gufle. Depuis , on l’appella Cefarée de Straton , ou de V ale fine , parce que la Galilée eft la dernier© f arue de la Paleliine. Par là * elle eft affez di-fti'*, Bij 2.8 Hlflolre du Monde . Liv. VIT. guée de celle qui efi: fituée au pié de la montagne du Liban , dans une plaine belle & fertile, entre les rivières du lor 3c cïu Dan -, & que Philippe fils de VAfcalonite , nomma Céfarée de Philippe , non pas en confideration de Tibère , comme Pont écrit quelques Auteurs , mais d' Augujbe , auquel il étoit redevable de fa Tetrarchie. Elle a été autrefois nommée Lnz , Laifa, Lefcen , & Dan ; par les Romains , Paneas ; Neronienne , par Agrippa 3 qui avoit fuçcedé à Philppe ; par nôtre Joinville, Bæ- ; & n'çfi: aujourd'hui connue , félon quelques- uns , que par le nom dcBanafco. a Ce n'eft pas de celle-ci , mais de Pautre , qu'il eft parlé dans quel- ques chapitres des A&es des Apôtres. Celle de Thilippe efi: fpeçifîée dans l'Evangile de Paint Ma- thieu Ôc dans Paint Marc. Les principales villes de Phénicie étoient Ptolè - Miaide , Tyr , Sidon , Rhofos , Sarepta , Tripoli , Bfl*- , aujourd'hui , que quelques-uns nom* ment Botrm : 3c c'efi: la même qui efi: nommée dans Jofué , Betzer que les Septante ont traduite par Bofor , & qui a encore le nornd’E/p^fm*, & de Befeïwz dans quelques Auteurs. Outre ces villes on comptoir Biblis , maintenant Gibletto , Bèrythe s Sc Cerna la Grande. Celle-ci étoit dans la Tribu d'Afer , en la haute Galilée; 3c doit êtrediflinguée de deux autres du même nom ; l’une de la Tribu à'Ephraim ; Pautre de la Tribu de Zabulon dans la bafic Galilée, ou Jefus-Chrifi; changea Peau en vin. La ville de Sarcpta efi: nommée Sarepta de Si* dondans l'Evangile de Paint Luc b , ou parcequ'elle étoit de fa dépendance, ou parce qu'elle étoit a Chapitre 8. loMl,n a H, l} t S, Math, ch,l6*V.3* ‘S. Marc. ch. 8. v. 17 % Chapitre 4 , Ch AP. ÎV. des principales villes 3 &c. % 9 diflino-uée par là , d’une autre qui étoit dans la Tribu 5 de Canaan* Elle eft nommée saréphiah dans Eutychius a , & Tzarpbath â ans le premier Livre des Rois. Elle étoit entre les villes deTyr * & de Sidon , fur le penchant d’une montagne , au bord de la mer, & n’étoit qu’à une lieue de^ la Méditerranée, & à deux lieues de Sidon. A l’O- rient > elle a des montagnes couvertes d’OIiviers ; au Midi , celle du Carmel ; St au Septentrion , celle du Liban. Quoiqu’elle ait encore quelques bitimens de pierre , à la regarder par ce qu’elle eft , on peut deviner mal-aifément ce qu’elle a été. Damas n’en eft éloigné que de quatre lieues : & elle eut le nom de Sarepta, de la racine Tza~ raph , c’eft-à-dire , il a fondu , parce que l’on y fondoit le verre , le cuivre , St le fer. Pt o l em aïd e dont il eft parlé dans les A êtes des Apôtres b , nommée auparavant Acon Sc Acê , eft fur le bord de la mer Méditerranée , audeffous de Tyr ; Sc a devant elle un Golfe du nom de la ville. Nos Conquérans de la Terre Sainte * la nommèrent Acre ; St c’eft à deux ftades de là , fé- lon Jofeph , que paffe la petite riviere de Belus , qui vient du Lac de Cendévia f qui étoit au pie de la montagne du Carmel. Son eau eft dormante, St mal faine à boire ; St fon limon eft luifant St clair. Son fable a fourni de matière au verre , 8t aux hommes , l’invention de le faire ; furquoi l’on peut voir ce qu’en a dit Pline. On ne trouve plus dans cette ville qu’environ deux cens familles de Mores , qui font leur demeure en des cavernes ; Sc une Halle ou Caravanfar que fit bâtir l’Emir Fe- chreâdin , pour les Marchands. Tripolis que nos Voyageurs nomment ordi- a Chapitre i 7 » b chapitre n* E iij i° Htflolre du Monde Liv. VU; nairement Triple , lignifie Ville de trois , parce que ceux àAradus, & de Tyr , & de S, don la bâtirent; ou trois vides ..pour les trois villes qui n’étoient éloignées 1 une de l’autre que de cent vingt-cinq pas , ou d une ftade. La première étoit au pié de la montagne du Liban ; la deuxième vers la mer ; la tioiiieme, feparée de la montagne du Liban par »ne valee qui en a une autre devant elle., qui s’é- tend ! jufqu a la mer • & les deux font embellies de pluheurs jardins ou ,1 y a des fruits admirables; Au haut de la ville , on yoid un Château bâti â 1 antique, qui a fervi aux Religieux, pendant qu eAe a ete poffedee par les Chrétiens , & qui maintenant eft la demeure du Gouverneur. Le Poit. éloigné d’une demi-lieuë de la ville , a. été Jort grand , h l’on en juge par les ruines de fes murailles qui font a fleur d’eau eu beaucoup d’en- droits. Elle eft nommée par les Turcs Taraboulous Sham pour etre diftmguée da la Tripoli de Bar- r 16 ’ T) h nomment simplement Taraboulous. La ville de Sinon , furuommée Rabah , a c’eft-à- , , ample , grande , pour fa beauté , pour fon etenduë, & pour fes richeffes , fituée au bord de la mer a devant elle une grande Plaine qui s’étend julqu a la montagne de L’anti-Liban. Cette mon- îapne regnoit depuis la mer Syrienne vers l’Orient, jufqu’a l’Arabie Deferte , & féparoit la Terre Pro- mife, ou les. Tiibus d ’Afcer & de N efhtali qu’elle avoit au Sud, du refte de la Syrie. Elle eft nom- mée par les Arabes , Labnan ; par les Syriens Lebnon ; par les Hebreux , Lebanon : Et ce n’eft .pas de Lebonach , c’eft-à-dire, encens , qu’elle a eu ce nom , comme l’ont écrit plufieurs Auteurs, mais de Laban , qui lignifie blanc , à cauiè des a Jofué chapitre 19-, Chaî». IV* Des villes principales,, &c. ji fthes dont elle eft couverte. Il eft parlé de ces nécres dans Tacite a ; & elles font allez bien mar- quées dans ce paffage de jéremie Abandonnera- t'on la nége du Liban four un rocher fierile de U campagne ? La ville de Sidon n’eft éloignée de cette montagne , que de deux lieues ; & en eft a douze de B eyruth. A l’Occident, elle a la mer Medi- terranée* a l’Orient ,un païfage ou l’on ne rencontre que des arbres tout chargez de fruit , que des vi- o-nobles & des fontaines * au Midy , la ville de Tyr, & la montagne du Liban, au Septentrion. Sa figure a été autrefois celle d’un croiüant , dont chaque pointe, fortifiée d’un Château, étoit avancée de trois cens pas dans la mer ? & l’an mille deux cens cinquante , le Roi faint Loüis la fit relever. Sanut témoigne que de fon teins , on 1 appelloit Sageta , c’eft-à-dire , en l’an mille trois cens : & on la nom- me indifféremment Said > Satda , & Seide. Quel- ques uns difeiit que T^idon , dans la langue des Phéniciens , lignifie poijfon , pour la prodigieule quantité de foijfon s de cette mer, que les Phéni- ciens nomment Sidons ; car Said eft pêche ; & la ville de B ethfaïda en Galilée , n’eft autre chofe que Maifon de pêche par cette raifon. D’autres difent qu’elle a eu fon nom de Sidon fon Fondateur fils aîné de Canaan : & il y en a qui le font venir de l’Hebreu Sud , c’eft-à-dire , il a chape, il a cher - ché , pour la puiffance & pour les richefles qu’a- quit Sidon par fes découvertes. Elles furent telles en effet , que les Phéniciens envoyèrent des Colo- nies en Cypre, en Egypte, en Cilicie, en Paphla- gonie , en Thrace , dans l’Eubée , en Bit hy nie , en Carie , â Rhode , à Samos , à Shio , à Lesbos , à Ténédos , enCrete, & dans les Cyciades. Ajoutez a HiftoiresLiv. 5, ch. 6. ch. 18. verf, 14* B iiij 3- x H i flaire du Monde Liv. VIÏ. encore à ces Colonies , celles de Béocie, de ï>ifi. ^ e ’ 4 Atll “ es ^ de Sparte, d’Illyrie , d’Afrique «e Melue , de Sicile , de Sardagne 7 , de Corfe talie, oEfpagne des Bretagnes , & des Gaules- Georges Horn, dans fon Arche de Noé , comte un plus grand nombre de Colonies. Samuel Bo- 2 “ l â meme n°V é qU ’ lls en avoient en voyé par toute la terre • & les principales furent fous Her- tule fons Cadmus , 8c fous Bidon. Les Sidoniens, a ce que 1 on croid , ont ete les inventeurs de l’A- Jronomre , de 1 Arithmétique, de la Verrerie , & do P Æ ÎS a : Û V ° n S ’ en ra PP° lte à « que dit Poffidomus dans Strabon , l’on doit à Mocbus quia vécu avant la Guerre de Troye, l’opmioa Tri Z™ 5 V°“ tenuë lon S- t£ ms après, par Démo- crite oc par Epicure* r La ville de T v r feparée de la terre ferme par un Canal ou Detroit de fept cens pas , ou de cinq cens, félon Qumte-Curce, a dans l’Ecriture le »om de T z u r , parce qu’elle étoit fituée fur un Rocher , ou pour fa Révolte félon quelques-uns , ne voulant plus obéir aux Sidoniens qui l’avoient fon- dée. Elle a le nom de Soer dans Hefychius 3 ; & ceux qm lifent dans faint Mathieu , Sor ou Tz.or au heu de Sur ou Saur , ne lifent pas bien , félon Urubus , parce que les Syriens n’ont point Vo voyele. Jofeph témoigne qu’elle fut bâtie deux cens quarante ans avant qu’on eût commencé le Temple de Jérufàlem : & par un chapitre d’Eze- chiel , on pourra juger de fes richeiTes & de fa beauté. Dans le Temple d’Hercule , il y avoir deux colonnes , l’une d’or ; l’autre , d’une emerau- de, qui la nuit remplifToit le Temple d’une clarté tnerveilleufe ; ce qui eft confirmé par Hérodote, a Chapitre xi. b Chapitre 17 . Ch ap. IV. Des principales villes , &c. 3 J qui alluré même qu’il lés a vues. Elle a eu a peu prés fes Rois dans Tordre fuivant , Ab ib ai, Hiram, B a l e a s t a r t h , ou B alzazar , ABDAKSTATHjles Enfans de la Nourice de ce dernier , qui après l’avoir tue , régnèrent douze ans; Astarim ou plutôt Astarth , Aserym, Phel’es ou Fheietés , qui tua Ton trere Aferym ; Îthobal Sacrificateur de la Déefie Abatte nom- mé dans l’Ecriture Ethbal, dont Achab Roi d’Ifrael époula la fille Jézabel ; Badbzor ou Badofor; Metre’s , Mettin ou Matgen ; Pyg- malion Ton fils qui régna quarante-fept ans , &£ qui écoit frere de Didon. Depuis ce dernier jufqu a un autre Ithobal , a qui B a al fuccecla , il y a un vuide dans PHifroire , d’environ deux cens quatre- vingts ans. Après ceux-ci , furent E n i c b a l , Chel bis , Ab b ar ou Abhanis Pontife, M y r~ g o n ou Mit ton y GePvAStrat , Balator , Merbam, Irom frere de Mar b ah & ce meme Jrom , félon Ulfcr a , régna Tan du monde trois mille quatre cens cinquante-trois , deux ans avant la naiffance de Darius fils d ’Hyftape. Sur ces Rois , on peut confulter Jofepli , le Père Pétau , Langius , & le Pere Riccioli dans fa Chronologie Refor- mée , &c. Lévinus Lemnius de Zirichzée en Zélande, dans fon Livre Des Merveilles Sécrétés de la Nature ; Nicolas Fullcr , dans fes Mélangés ; & Georgeè Horn , dans fon Arche de Noé, témoignent que les Sidoniens Sc les Tyriens , ont eu l’ufage de la Bouffole ; & Toftat, Nicolas de Lyra, & Pinéda n’ont point douté que le Roi Salomon ne s’en fût a Livre premier contre Apion. Antiquitez des Juifs , Liv. 8 . ch. x. Petau , De la Dodrine des Tems. Liv. n. ch. 6i» Langius , Des années de Jefus.Chfift; Liv, %■ ch. S. Riccioli Liy, 4 ., ch, 8 . 34 Hifioire du Monde Liv. VII. fem. Cependant k commune opinion eit qu’elle 11 A a connue qu'environ l’an mille trois cens ce notre falut ; Qu'elle fut inventée par Jean Goa <îue le Pere Kircher , apres quelques autres , nom- me Gira , Bourgeois à r Almafi dans la Terre de Labour : 8c e’ell le fèm tiraient de Paul love , de Tlavio Biondo, de Gilbert Anglois, dé Jean Ban ptifle Porta , de François Gomare , 8c de quel- ques Hifloiiens de grand mérité. Il eft vrai aue riotie Pierre Selon, Thomas Bofms, 8c Henri Salmuth fur Pancirolle , en ont attribué l'inven- îion a Plavio . qui n’a pourtant fait que la dé- crire, Hiram > Iticcefîeur à'Abibaal, fut, félon Eu- îychius , le premier des Rois , qui porta la Pour- $ re > ^ ^ invention en fut trouvée fous fon Régné , par une avanture allez bizare. Un Berger ayant qn jour conduit fon troupeau du côté du rivage de la mer , fon chien y rencontra par hazard , un coquillage rempli d'un poifion : 8c la gueule du chien devint toute rouge de la liqueur de ce poif- ion qu il avou mangé. Le Berger efîuya cette cou- leur avec de la laine dont il fe f t une efpece de couronne ; 8c ceux qui le virent au Soleil , cru- rent que des rayons de feu fortoient de fa tête. Hiram n'en fut pas plutôt averti, qu’il commanda 4|u on lui amenât ce Berger : 8c ayant admiré cette couronne éclatante , en voulut avoir une pareille de fes Teinturiers , qui allèrent au bord de la mer, & qui apres avoir rencontré de ces poiffons , s’en 1er virent pour faire la pourpre, qui fut depuis en fi grande efiune, 8c dont l'ufagc s'eft enfin perdu. a a De purpura ; videatur eciam Julius Follux Onomafc 4 * Châp.îV. des principales villes , &c. $ f Fünccius dit que cette ville , bâte ou réparée par Afiarte , fut affiegée par N abuchodofor , Tan du monde trois mille trois cens quarante-cinq : qu’elle fut conquife par Alexandre l’an trois mille iix cens trente-deux ; prife par Dominique Mjchaëli Duc de Venife , l’an mille cent ving-quatriéme de nôtre falut ; & ruinée par Mulek Saphera Sultan d’Egypte , l’an mille deux cens quatre-vingt qua- torze. Drefchler & Buckolcer marquent la ruine de cette ville, celle de Sidon , de Tripoli, Sc de BérytKe dans la même année que mourut Ortognle pere d’Gfmœn premier Roi des Turcs, qui eft l’an mille deux cens quatre-vingt onzième de nôtre falut. Quoi qu’il en foit , on n’y trouve plus que des ruines , qui fervent encore de retraite à quel- ques familles de Mores. Vlpien le Jurifconfuite ; P or ph ire le Philofophe , félon quelques-uns ; Ma- xime le Platonicien , étoient de Tyr : &: dans Stra- bon , il eft parlé des grands hommes qui font for- lis, ou de cette ville , ou de celle de Sidon. Au relie les richefiTes & les magnificences de Tyr ont été fi grandes , qu’elle a été appellée la Reine des Villes. Dans le chapitre vingt-troifiéme d’Ifaïe , elle diftribuë des Couronnes à fes habitans ; & fes Marchands y font nommez R rinces. Il y en a même qui ont affuré que le mot Tyran , qui dans fa première lignification efl proprement Roi, a été formé de Tyr ; que la qualité de Sire , que nous donnons à nos Souverains r vient de T%ur > ou Sur ; car fes habitans font nommez Surim , comme fi nous ne pouvions faire un plus grand honneur à un Roi , qu’en l’appeliant Sirien , quoique j’en aye rapporté ailleurs une autre origine. Berythe , aujourd’hui Birout , B arut , Beyruth 9 fituée à fept lieues de Si don , fur une Langue de U vj 36 Hijloïre du Monde. Liv. VIL tenc qui s’avance dans la mer , a des deux cote£ de belles campagnes toutes plantées de Meunertf en droite ligne. Quelques-uns difent que cette ville fut autrefois nommée Gens , & qu’elle eut Gerge - , fils de Canaan , pour fon Fondateur. Le nom de Berytb loi eft venu du Phénicien Béer , ou Ber r qui fignifle un puits , parce qu’elle eft en un lieu numide : & Scàliger fur Eufebe, réfute Hiftée qui le tire du Phénicien Berut , e’eft-à-dire , force , quoique Samuel Bochart allure qu’elle a été nom- mée B erut par contra&ion pour Abirut , parce qu’elle étoit bien fortifiée. Elle devint Colonie Romaine fous Augufle, ce qu’il eft aisé de voir dans Jofeph & dans Ulpien : l’on a encore des Médaillés qu’elle lit frapper pour témoigner fa reconnoiflance a cet Empereur , qui lui accorda les memes droits dont avaient accoutumé de jouir ceux d’Italie. Sanchoniatdn qui a vécu avant la- guetre de Troye , à ce que l’on dit , qui compofa dans la langue de Ton pais l’Htftoire & la Théolo- gie des Phéniciens, Que Philon de Biblus traduifit en Grec , félon Porphire , étoit de B érythe , & noiï pas de Tyr , comme Suidas fc l’eft fauflement ima- giné. Marcus ValeYtus Vrobus le Grammairien, qui ^ivoit fous le régné de l’Empereur Claude ; Mna- feas ou Manafté qui avoit écrit l’Hiftoire de Phe- ®àck ; H'ermrppe -Difctple de Fhifén de Bfblos , qui fit deux -Traitez ; l'un Des B f laves célébrés pour leur conâit on ; Pautre De la vertu du nombre de fept, et oient de B érythe. Tauim le Phrlofophe Platonicien , qui- vivoit fous le régné d -Antonin le Débonnaire • & dont il eft parlé avaritagetffement dans Aule Gelle; Straton Médecin, do nt Gai lien loue le remede pour la fluxion des yeux , étoient encore de la même ville. Elle a. été richnmée la plus ancienne de : toutes les villes f par Nonnus ^ Chàp. IV . des principales villes f & c. ff ŸÊcole de la Langue Grecque : U Académie de tous les Arts-, le je four des Mufes , par Zacharie le Schola- ftique , Evêque de Mitylene. Ôn n’^ trouve plus que des mafurcs 5 & le Port en a été ruiné par jecredlm qui avoit peur d y être furpris par les Vaifleaux de Coiiilantinople. Mais il faut dire quelque chofe de ce Lechreddin a , dont nous avons parlé en plufieurs endroits. Il fc vantoit d'être defcendu des Drus ou Drufls, âinfi nommez des Orientaux , parce qu'ils habi- taient une contrée prés du Mont Liban , appelles Drus» Ils font ennemis des Turcs , des Mores 8 C des Arabes ; ne s’allient jamais des Mahometans , & fedifent tous Chrétiens, quoi qu’ils ne foient pas même baptifez. Ils 11e lailTent pourtant pas de croire que Jefus-Chrift ett le vrai Mettre: qu'il a pris une chair humaine dans les chattes flancs de- là faime Vierge Marie , & que les Juifs l’ont cru- cifié. Ils conviennent de plufieurs miracles qui font contenus dans les Evangiles , d'un jugement » d’un Paradis pour ceux qui ont mené une bonne ne, & d’un enfer pour ceux qui ont mal vécu. Avec tout cela , ils n’ont ni Eglife pour prier Dieu , ni Ecclefiattiques pour les inftruire , ni Fettes , ni Dimanches , ni ceremonies. L'averfiotï qu’ils ont pourl’ufure, fait toute - leur Loi ; & ils viennent, à ce qu'ils di fient, des Chrétiens Latins qui fie retirèrent au delà du Jourdain , dans les dé- férés , quand les Sarafms furent les maîtres^ de la Terre Sainte. Ils parlent Arabe, & font vêtus à peu prés comme les Mores , à la referve que la pîufpart portent des turbans de foye rouge, ou noir. lechredâin Chef & Prince de ces Drufes, étoiç Fechreddifi , lignifie gloire de U Foy % $$ Hiftoire dit Monde. LiwVff. £ls de l’Emm Maan : & dans la Genealogie qu'rf a faite lui-même de fa famille , il dit qu'il deficend de Godefroy de Buillon ■ êc qu'aprés que les Chré- tieus fuient chaiTez de la Terre Sainte par les Sa- lamis j un de les ancêtres fe retira dans les defèr ts d Arabie , avec quelque nombre de Chrétiens : qu'ils y vécurent des frequentes courfes qu'ils firent fur leurs ennemis : que peu a peu, ils s'habituèrent dans la haute Galilee , prés du Mont Liban, & que pouf jouir paifiblement de leurs terres , ils fuient con- tiaints de payer au Sultan un certain tribut, com- me les Arabes. Après la mort de l'Emir fon pere , u fut heritier de fon pais; & quand il fut en âge ae le connoxtre , & de ménager fe s înterefts , il fit allez voir qu’il avoit de l'ambition , & qu'il n’é- toit pas réfolu de la borner aux pais conquis par- les ancêtres. Avec mie armée qu'il mit fur pié , il aliujettit la plufpart des Places de fon voifmaoe , qui étoient poffedées par les Bachas & dit pour prétexté qu il ne les prenoit que pour faire tête aux Arabes de la campagne, qui ne vivoient que des courfes continuelles qu'ils faifoient tous les jours dans fa contrée. Le Sultan Ahmed qui ne s accommodoit pas de la politique de 'Fechreddin , envoya 1 an mille fix cens treize , foixante Galeres contre lui, avec plufxeurs autres vaiffeaux , pen- dant que le Bacha de Damas devoit l'attaquer par terre , avec une armée de trente mille hom- mes. ïeçhreddin aiant bien vu qu'il etoit trop foible pour s'oppqfer â ces deux armées , laiffa fon fils Emir Ah a Beyruth , & lui commanda d'obéir aux ordres du Grand Seigneur. Après lui avoir mit ce commandement , il rencontra mi vaiffeau François ; & s'y embarqua fans faire bruit , avec les quatre femmes, avec cinquante de fes domefti- CkAP. IV. des principales villes, &c. ;f ques ou Druf.es où M&hometans , avec plus de vingt-mille marcs d’or ; & alla donner fond à Malte, à Naples , à Ligourne d’oû il fe ht mener à Florence. Le Grand Duc Corne de Medtcis * \ y y reçut parfaitement biéfi , & apres que l’E- mir Peut informé , qu’il fe propofoit de remet- tre fans beaucoup de peine, les Chrétiens dans la poffedion de la Terre Sainte , il alla voir Faut Cinquième, à Rome ; & reprit la route de Tofcane. Pendant qu’il étoit en Italie ou il demeura cinq ans , l’Emir Ali qui prêta le ferment de fidélité au Sultan Ahmed jouit en repos, de ce que lui avoit laifïe F echreddin qui alla re- trouver l’Emir fon hl$ , & qui le pria de lui y accorder quelque honnête emploi dans les Trou- pes qu’il entretenoit. Par le Camp volant qu’il lui donna pour empêcher les Arabes de faire des eourfes au deçà de la riviere du Jourdain , il rédui- fit ce qui eft depuis Cnipha jujfqu’à Antioche : Sc il y a douze journées de chemin le long de la mer Méditerranée. Il eût pu s’emparer de Damas Sc de Tripoli ; mais il vid bien que ces deux conquê- tes euifent trop fait de bruit a la Porte : & il fe contenta d’avoir à lui par fes pendons , les plus confidérables de ces deux villes. Il avoit de plus r quinze Fortercffes ; difpofoit du Bacha de Jeru- falem v & de fon fils : & les Arabes qui le crai- gnoient , ne faifoient plus d’irruption dans fon Etat. S’étant engagé de livrer les Châteaux de Seid avec quelques places de la Terre ferme , à Corne de Medicis qui lui avoit envoyé des Ingé- nieurs , Sc promis fix mille hommes , celui-ci les donna enfuite , au Roi d’Efpagne , dans nos guerres de Piémont : & cependant , l’Emir ména- gea fi bien fon entreprife fur la Terre Sainte , que 4® ; Hiflolre du Monde. Liv. VII, I éxeeufion eii fembloif ai fée. S’étant retiré à Seyde i? a * °f> c °unr le bruit de fa mort , Cogtah ^bmed Sacha de Damas qui étoit fon ennemi , tacha de reprendre avec huit mille hommes , quel! ques Places que F eehréddm avoir uliirpées fur lui • & drfparut , des que celui-ci fe mit en campagne! II pouffa meme jufqu a Antioche qu'il aflmctdt : & les Bachas de Damas , de Tripoli , de Gaza joints a quelques autres , l’acculèrent à la Porte ' de ruiner toutes les Mofquées , de permettre aux Chevaliers de Malte de faire Eau dans fon Etat aux Chrétiens de bâtir beaucoup d’Eghfes, d’ufur per les Terres de lès voifms , & ^entretenu- des intelligences en Tofcane. Sur ces plaintes , le Bâ- cha de Damas eut ordre de lever des Trouves - & avant que les Bachas de Tripoli , de Gaza & d’A iep 1 euflent joint , Ali par le confeil du Prince fon pere , attaqua Gogiah Ahmed , & lui tua plus de uit mille hommes. Le jour fuivant , Gogiah Ahmed aiant reçu le fecours du Bacha d’AIep ne manqua pas d’attaquer Alt ; & le combat fut fi opiniâtre & li cruel, que de quatre mille hommes ^ue 1 Emir avoir encore , il ne lui en refia que ccnt quarante-fix ; que de douze mille qu’avoit Ahmed ii n en trouva plus que mille fix cens un. A’i fut !>ns ; & quand un foldat qui le reconnut , le veut étrangler avec la mèche de fon arquebuze fil lui trancha la tete , dont il fit préfent au Bacha qui apres l’avoir gardée quelque-tems , la fît porter a Conftantinople. r Cependant , l’armée Navale qui avoit été en- voyée contre Fechreddiu , Sc que deux vaiffeaux Anglois quelle attaqua prés de Shis , mirent en defordre fe rendit au Port de Tripoli , dans le *nois d Août Tan mille fix cens trente-trois A eette arrivée Fechreddm quitte Beyrutjfe retire à Chai». IV. T)s Slcyom & d’ hrgof. 41 Seycle avec huit ou dix mille hommes compofez deDrufes ,de Grecs , de Mahometans & de Ma» ronites. L’Amiral le preffe de lui rendre le Châ- teau ; d’en faire for tir fa garnifon : & la nouvelle qu’il' eut de la mort d’Ali , le conflerna de telle maniéré , qu’il fit tout ce que le Bacha lui ordon- na de la part du Grand Seigneur. Il fe retire â Beyruth qu’il eft obligé de rendre à l’Amiral Turc: 8c le Bacha de Damas , qui attaqua vigoureufe- ment les Maronites , en devint le maîtré. Dans cet état , tous ceux qui l’avoient fuivi l’abandonnèrent. On prit fes enfans que l’on fit mourir ; 8c, lones fon frere fut arquebuzé â Tyr, après qu’on l’eut atta-> ch é à un olivier. Quoi qu’il n’edcf plus que les FortereiTes de Calab-el-Frangi , de Chouf , d’Age- Ion 8c de Niha , il ne laiffoit pas de faire des cour- fes fur les terres du Bacha de Damas , avec Rebœ Roi des Arabes ; ce qui obligea le Grand Seigneur d’envoier contre lui quarante fix gaîcres , l’année fuivante : 8c Giafar Bacha qui les commandoit , le fit afTûrer qu’ A mu rat h avoir une fi grande paflion de le voir , que s’il vouloir fe rendre à la Porte , il lui proteftoit fur fon Turban , qu’on le remettroit en poffeflion de- fon Etat. Sur cette aflurance , if prend le chemin de Conflantinople , 8c fait menei; quatorze mulets chargez d’argent 8c d’or monoye, avec des richefles prodigieufes dont il regala le Grand Seigneur. Il fut conduit devant Amurath qui apres lui avoir fait de grands reproches , don- na ordre aux muets de l'étrangler , ce qui fut exé- cuté le quatorzième jour de Mars > Tan mille fix cens trente-cinq. H eut enfuitte la tête coupée y8C quand on le dépouilla de fes habits , on lui trouva fur le corps une Croix d’or comme celle de Lor- raine. 4 2 Hiftolre du Monde. Li v . VII. mm MMMMmmmmmMWM--MM CHAPITRE V. S Icyonc ville de l’Acliaïe dans la Peîoponelè , autrefois noram éùEgiœle , Mécone , & Telchïme, étoi^fur une colline , à deux mille cinq cens pas de la mer , félon Strabon : & Dernetrius apres avoir perfuadé aux Sicyoniens de la bâtir dans un autre endroit beaucoup plus commode , la nomma De- wetriade, On rappelle aujourd’hui Ÿafilu* ; & 1 on n en void plus que les ruines. Elle a eu juf- qu a vingt-fix Rois : &■ quelques Chronologiftes nous ont marqué le tems de leurs Régnés , dans v ordre fuivant. _ _ ANS N OMS DES R O î Si du monde. 1 Kgialee. 190 € 2 hufopu % 1 elc h in ou Stelchin . 2005 . 4 Aph . i'oi * • De Sicyone & â’ Argot 9 Mejjapius ou MeJJaptss. & ® Pirate ou State. 1 1 Vlemmée ou Plemnéè. 1 i Orthop élis. 1 $ Melanthe. v 4 M aratus 0 u Marathon, 1 f Echyrée . a 6 Choraxv h 7 Epopée. 3 & Laomedots. * 9 Sicyofj, f Thelxion ou T helafuis, 6 tÆgyre , ^£gydre , ou cÆgydms, i'oi 204 g. 2 1 0 0. 2 I 3 4; M 7 y. 2232 . 1' 2 7 9. 2J f. 1373* 2 4 3 ^ » 2466 * 24U. 2 f 4 I, 2 f 7 I. 26 o 4. 2 6-4 6, Chàp. Y. De S-icyeme l & d*Argàs. ^ ! i o Polybe. % 6 5 r. % i Inackus. 2 7' 31. Z 2 Pheflus. 277 3» 2 3 Adrajie. , 278 1. 2 4 Polyphide* 2 78 y . 2 f PeLajgtts. 18 U. 2 6 Zeu^ippe ou Xeuftppe» 2 8 3 "Ion Salien ; deux raille quatre-vingt dix, félon 1 Jbbo Emmius ; oudeux mille quatre-vingt onze , slon le Pere Riccioli que l’on pourra voir dans le L'oifiéme volume de fa Chronologie Reformée. a Mais ce qu’on a dit de tous ces Rois , eff fort acertain 3 & la fuite même n’eft pas moins fufpec- 3. Anticilide témoigne* en effet , q tic Ph&ronée a été epliîs ancien Roi de toute la Grèce : & l’on trou- era dans Glanent Alexandrin , qu’il eft nommé >ar Acufilas , le premier Homme. Du tems de Plii- on , comme on le peut voir dans fon Timée , ce [ui s’eft paffé au defîus de Phoronée Sc de Niohé , feff point connu : & quand le Moine Georges a :crit que l’Hiftoite Grecque n’avoit rien qui eut ►récédé le tems d'infichus & de Phoronée , il n’a en écrit qui ne foi t conforme à la vérité. Il y a nen plus , continue Marsham dans fon Canon égyptien , Ebraïque & Grec , c’efl qu ’Egialéz 3 Dai.s Pline Liv, 74, 44 L'Hiftoîre du Monde , Liv. VIL cii frère dePboronée dans Apollodore: que dans les Suppliantes d'EfcKyle , a Apis dont l'on fait le quatrième Roi 3 eft Rtolien ; que cet étranger net- toya de bêtes , le païs de Sicyone } qui en étoit fort incommodé. Sicyon même , de qui la ville reçut le nom , étoit frere de Pelops , félon Ibicus , comme on le peut voir dans Paufamas : & fon veut cependant ; que Sicyon ait régné dans Sicyone long-tems avant que Pélops régnât dans Argos. Polyploïde qui eft dans le vingt-quatrième ordre°des Rois , n a point été connu de Paufanias qui en a fait le denombrement:& ceux qui ftippo/ent qu’il regnoit quand Troie fut détruite , ne prennent pas garde jdit Marsham , que dans Homère , il ir eft" parlé , ni de Generale , ni de Capitaine de Sicyone contre les ^ r< ^J ells 1 P arce que Sicyone étoit alors , fous la puiffaiice d 5 Agartiemnon Roi de Micenes. b II e ft vrai que dans l'Iliade , il eft parlé de Sicyone 8c d’Adrœfte. Mais il eft marqué dans le même vers , , qu'il régna premièrement à Sicyone : & quand il en auroit été Roi avant qu'il le fut d'Argos , com- me le fuppole Scaliger, iin’eft pas moins vrai que félon Homère , il n'y avoir point de Roi à Sicyone du tems que les Grecs aftiegerent Troie. G’eft pour cela même que Chfihene , ayeul maternel de Chfthe - ne Athénien , de la Maifon des Alcméonides , qui eut tant de crédit dans fa ville apres que les Pi tes en furent chaffez , deifendit étroitement que l'on récitât a Sicyone , des vers d' Homère qui avoit parlé avec tant d'éloges , de ceux d'Argos & de l’Argolide. C'eft ce que nous apprenons d’Hérodote qui ajoute qu'il s'avifa de rainer en- core le tombeau d’Adrafte , fils de TaUds , parce qu'il étoit Argien ; 8c que ce tombeau étoit dans la Châp. V. De Sicyone , & d* Argos. 44 lace de Sicyone. En continuant de nous faire voir aveiùon du même Cliflhene , il dit qu’en faveur s Menalippe fils à’Afiacus , 8c grand ennemi à* A- rafle , dont il avoit tué le frere & le gendre , il cm- êçha que l’on ne rendît au même Adrafie , fils î la fille du Roi Poly.be , tous les honneurs qu’a- oient açoutumé de lui rendre les Sicyoniens qui i célébroient la mémoire dans leurs Tragédies. I fit bien plus , puifique , félon cet Hiflorien , il npofa , fi l’on en excepte fa Tribu , des noms ri- feules â tous les autres de Sicyone : que ces Peu- les foixante ans après , les changèrent , 8c donne* mt à la quatrième , le nom à'Ægialée , de celui ’Ægiale fils d’ Adrafte. Apres cela , je n’ozerois dire qu* Hérodote , oui* ces avantures , 8c pour quelques autres -qui nt été déjà remarquées , a été nommé le P ere des 'Mes & des Hiftoïres ; 8c nous lui fommes trop ;devables pour payer fès veilles d’une ingratitude , ui approcheroit de la cruauté. Mais outre les lifons que j’ai alléguées , i! avoue lui-même 5 \uil écrit les chofes comme on les dit ; qu'il n'efl bligé en nulle maniéré de les croire ■ 3 ni par eônfé- uent j de les garentir. N’appuyons donc pas da- antage fur cet article , 8c parlons ÜArgos après 2 s Anciens dont la plupart ont écrit l’Hiftoire, ans y ajouter la Chronologie qui en devoir être Liféparable , 8c qui en établit la certitude ; puifque, èlon le témoignage de Çenforin , ce qui a précédé a première Olympiade, ne peut être comté pour rliftorique. A R G O S. Il y a eu onze villes de ce nom ; ce que l’on peut roir dans Etienne de Byzance : Mais celle-ci pçuj; 'U’e aifément diffiinguée des autres. Hljîoîre du Monde. Liv. VIT. A r g o s qui a voie été nommée Phoroniqut * ÆgiaUe , & D if fie , écoit une ville du Eéloponefe ; & le Peloponefe qui étoit une prefqu’île de la Grece , a-uencoie le nom d y Apie 3 de PéUfgte , & d Argcs. Strabon témoigne qu’on avoir 'bâti la plus grande partie de cette ville dans une Plaine - * Lariffie ,qui^tou fa Fortereffe , fur une col me! Plutarque dans la Vie de Pyrrhus , nomme cette Citadelle , Afyide ; 8c ajoute dans la Vie d’Ao-is & de Ciéomene , qu’elle étoit foutenuë par des vSutes ^ P ar ^ es arcades. Toute la contrée efb appellée ,du nom de là ville ; 8c voici en quel teins «ont régné les Rois , félon Buntino-, t> NOMS PES ROIS D’ARGOS. 2 7 n a chus. 2. Bhoron&e . 3 .Apis. 4 Argus. 5 Parafe. A Phorhw. 7 Trio p as. 8 C rot ope, 9 Srhenelus , 1 -O Danxus, s i Lyncée . fi ^ibas. » 3 Acrifittf^ î 4 Pilops • ANS du monde. in 8, •z i 8 S . 4 z 4-S. * - 8 3 . MH. z 4 0 7. 1 4 4 3» 2. 4 8 a r O 9. i 5 ï Qi z 5- 70. i 6 1 I. z 4 1 4. i f 4 . Le Royaume d’Argolide fut transféré à Micenet dans la même A rgie , a fix mille deux cens cinquan- te pas d’Argos, du côté du Nord , prés de la rivié. &e d’ARérion } ou régnèrent. 1 Purifihée. 2 Atrée 8 c Thyefie , 3 Agar* mnond A *Ægyftbe t $ Q refie. z 7 o f . z 7 7°* 17 18. z S £ 4, Ch ap. V. De Slcyone , & d‘ Krgos. 0 Tifkmene fils d’Qrefte & cl’Hermionc fiile de Ménéiaus, 1? eut hile, fils d’Qrefte $£ d’Ebgone fille d’tgilffie. x % 6 4. Apres ceux-ci les Hekaglïde s retour- nèrent dans le Pélcponefe , 8c furent les maîtres deoette prefqu’île qu'ils partagèrent. Th.e’me’ne tut A rgos ff RiSPHONTE , la Mepénie • P r o cle s 8c E u ic Y s t h e* n I fils d’Arif- :odéme , Lacédémone. Les Phéniciens , qui aimoient la navigation , entreprirent des voyages de long cours : 8c comme ls portoient par tout des marchandiies d^Egypte k d’AlTyrie , ils abordèrent à A rgos qui .en cetems- à étoit la plus célébré des villes de Greçe. Cinq >u fix jours après avoir expofé en vente ce qu’ils ) ou voient avoir apporté , lo fille A’inachus , fe endit au Port 3 accompagnée d’un allez grand lombre de Dames d’A rgos , & fut enlevée avec [uelques-unes , par les Phéniciens qui conduis- ent leur prifê en Egypte. Quelques Grecs , depuis, le Prie deCrete , pour fe venger d’un rayiflement i peu attendu , étant abordez à Tyr , ne manque- nt pas d’enlever Eurofs fille du Roi ; 8c je parle- ai ailleurs de cette aéïion. Les Grecs enfuite , en- everent de Colchide , Médée fille d’A été qui fe daignit de cet attentat , 8c qui n'eut d’eux pour oute réponfe , Que comme ils n’a voient point ét é à ti s fait s a l’egard d’A? , ils n’étoient pas en difpo- ition de le Satisfaire fur ce qui pouy oit regarder dédée. Un fiécle apres , fur cette Tradition qui toit commune , Alexandre fils de Frtam , £è réfo- at de ravir Héléne , 8c ne put croire que ,cet enlé- ement dut avoir des fuites. U réulîit dans fou titrçprife ; 8ç quand les Grecs eurent envoyé des 4$ H iftoire dn Monde. Liv . Y IL Ambaffadeurs aux Troy eus , pour demander , 8c cette Princeffe , 8c la réparation de cecte injure , ces derniers fe contentèrent de repartir , Que les Grecs avoient autrefois enlevé Médée , & qu’on ne croyoit pas être obligé de faire pour eux, ce qu’ils avoient refufé dé faire pour d’autres dans une pareille conjoncture. Hérodote a commencé par là fon Hiftoiie , fur la foi des Perles ; & il ajoute que les Phéniciens ne font pas d’accord ayeç les Grecs fur l’enlevement d'Io , mais qu’ils fou*- tiennent qu élans dans le Port d’A rgos , cette Prin- ceffe eut beaucoup d’amour pour le Capitaine de leur vaiffeau ; & qu’étant groffe , elle entra dans ion bord volontairement , Sc fit avec lui , voile en Egypte pour empêcher que cette groffeffe ne fut découverte par fies parens dont elle deyoit craindre la colere. Mais ce qui regarde le raviffement à' le fille à’Inttchus , eft fort incertain , s’il eft vrai qu c'Pko- ronée> comme je l’ai dit , ait paffépour le premier, & pour le pere des Hommes. Je fiçai qu’o;> peut lui avoir donné ce nom , comme le dit même Pau- fanias , pour avoir réduit à une honnête, fiociété , des Peuples qui auparavant , étoient fepaicz les tins des autres" , & qui n’étoient liez par aucun commerce. Quand cette réflexion (croît véritable , que pourrions-nous dire de cette Io , fii l’on s’en rapporte au même Auteur qui veut q \\ Infichus ne ibit pas le nom d’un homme , mais celui d’un fleuve ? A pis même que Caftor de Rhode a mis .dans le nombre des Rois d’A rgos , n’eft point re- connu parPaufianias ,ni par Hygin; 8c n’efl dans Efichyle , qu’un médecin né en Etoile. Argus doit avoir fiuccédé par cette raifion à Vhoronée , fioit qu’il ait été le fils de ce Roi , comme le témoigne f?aufauias j ou de Jupiter , fclou Hygin. Peirfife , Ch ap. Y* De Sicyone , & d'Argos. 4^ Çui eft nommé Termthe par ce dernier , 8c Criai e par C ail-or de Rho'de , était fils à’ Argus ; & après la mort du Roi Ton pere , devint héritier de fa Couronne. H y gin n’a point compté dans le rano- ües Rois , Phorbas frere de Péranthe 8c fils d’A rguf- ni la fus qui félon Paufanias , eut le Royaume apres Triopœs dis ae Perœ&the : 8c il n’en efl point carié dans Caftor de Rhode. Apres la fus , Paufanias tau regner Crotope dis d ’ Agénor : & ce Crotoue eil dans H ygin , nommé PeUfgus . Ce dernier Auteur oublie Sténélus qui étoit , félon Paufanias , le dis üq Cmope , 8c qui pour fucceffeur , eut GéUnor , qu il xait dis de Sténélus , quoique Caflor 8c Hygmne parlent point de ce GéUnor. Si Pon s’en iapporte a quelques-uns , Per fée qui changea fou Royaume avec M égaÿenthe dis de Prœtus , régna «sans My certes ■ 8c apres Anstxagore fon dis qui eut le Royaume , on vid regner fucceflivement Aiector , Iphis , Ete'ocle. M élumpu; ob- tint ou a Anaxagore y ou de Pr&tus , une partie de fon Royaume , 8c une autre pour Bias fon frere. Son dis T al a iis , 8c A drafte fuccéderent : & T y dé s gendre du dernier , régna comme lui. E'tantchaf- ie ,111e retira dans la Cour de Pelybe , à‘ Sicyone du ri devint abfolu quand ce Roi fut mort. Per fée jut a Mycenes pour fuccelfeurs , Mastor. i> L A CT ^ ION P ere à’Ahbméne; St e'nü'lus qui I Afydame d lie de Pèlops , eut Eurtsthb'JS : ^ d autres^ croyent que Phflhene qui félon eux, ■it le nls d* l\ très , doit avoir régné infailliblement vaut A gümemnon dis de Pliflhene . Amfi , la fuite de tous ces Rois doit être fufpe&e* £ peut-etre encore , que l’arrivée de Dan aÜs en jrece , dont ies Grecs ont fait une Epoque très-* elebie , 11 eft pas moins doutcufe. Voici à peu- •res ce qui regarde la Genealogie de Danaibs* Tome IV . r JO Bijioire du Monde. Liv. VÏL lo fut mere à'Epapbus pere de L ibye , de qui Heptune eut Bélus pere de Danaüsôc d’Ægyptus: & ce dernier eut pour fils Lyncée pere d’A bas. Acnfius & Pr&tus étoient fils à 3 Abus : & A crlfius eut une fille nommée Danaé mere de Perfée dont le fils A Icée fut pere à' Amphitryon mari d’A lemene mere d’ Hercule qui etoit du tems des Argonautes ; & qui ; félon quelques-uns , fut de leur voyage. Cet Hercule même régna dans A rgos , Tan du monde deux mille fept cens dix-fept , trente ans avant qu’il fût mis avec Efculape , au nombre des Dieux , comme Fa remarqué Henri Bunting, qui confirme fon opinion par Apollodore & par le Chronologifte allégué dans les Tapifferies ou envelopes de Clément Alexandrin. Pour le Voyage des Argonautes , Suidas , Sc Charax cité par Euftathius fur Denis le Géogra- phe , difent nettement , que la Toifon qu’ils réfo- lu rent de conquérir , n’étoit autre chofe qu'un Livre de Parchemin ou le fecretde faire de l’or étoit écrit. D’autres témoignent , comme Strabon & Appien d’Alexandrie , Qu’en a Colchide il y avoit de certains Torrens qui portoient des grains ou du fable d’or , que les habitans du pais amaüoient avec des peaux dont l’on n’a voit point ote la laine , a laquelle ce fable ou ces grains ne manquoienç jamais de s’attacher ; & que c’eft de là que la fable de la Toifon d'or nous eft venue. Pline dit que Sa- lances & E fuhofes Rois de Colchide tirèrent une grande quantité d’or & d’argent , d’une terre vierge qu’ils avoient trouvée dans la contrée des Su ânes pu Sonnes -, & qu’en Colchide , il y avoit en effet des mines d’or. Ifaac Voftius eft perfuade que a Les Orientaux appellent la Colchide f Odifcbe > & ceux du pais j Mingrds* Chap. V. De Sîcyone , & d'Amt, et 'toutes les nclieflès de ceux de Coldudef venoient du commerce des peaux de Martres Z Mines , q u’ils tiroient d une Province de leur voifinage nommée lbme dont 1 on a fait depuis , Sibérie ,v ar l’adi- tion d une -lettre. C’eften effet , le lieu d’od vien- nent les plus noujs & l es p i us nches peauxdecet animal appelle diverfement , Simor , s immer , Sa- Ibtr - Le même Volîius aiodte , que ceft de ce nom que Viberie a eu le fien ; que ceux de Coicliidc tranfportoient en Afie & en Europe «s peaux qui etoient infiniment plus ellimées & flus encres que l’or & la Pourpre. Je fçai même *S U en Mofcovie , en Suede , & en DanemarcK , on nomme ces peau x Sables , du nom qui peut avoir ete coriompu de Sabel ou sibel. Quoi qu’il en o.t , comme es Ibériens etoient devenus riclies par ce trafic ;1 1 veut que les Grecs ,à qui cet animal ei toit inconnu & qui ne ci oy oient point qu’il y eut d autre Toifon que celle du mouton , ou de il «Colchfr C r“ C d deLl * c ^ ie la Toifon d 'or «oit en Colchide. Cette opinion eft affez nouvelle • 8c pourroitetre fufpefte par fa nouveauté. félon "h ^ k MVlre A R G ° ’ 111 ' «nfi nommé , i’Ar*U Yëm S P „ a , ICe < î U ’ A /^ i fiIs de Polybe Sc tdofe & T tur ry Ti fdon Phér écide , Apol- o o t , S l , 0paik d’Apollonius , en fut l’Ar- Jl tecle ' Ptole “« fils d’Hépheftion , veut qu’nTr- fofTal ™ m r r ? , vaiffeau dans la montagne le L x> A efla ! ci & j “ l 3lt donné le aom d ’ Ar £°> ' fiI t s de lafon , qu’il aimoit avec ] Zn pTjTu e T GUums !e £t con ftiuire r u ,oi ' Stwÿf 1 ”' 1 "' 1 ' fî 1 *”'” • S«°nut™ lôm ' arce qu il avoir ete bâti à A rgos. Quelques uik ^ tiennent que ce fut à caufe de* ArS* “y Cij J 2, H ifioire du Monde . Liv. VII. embarquèrent : & Servius , Probus , Diodore , &C le Scholiafte d’Euiipide fur la tragédie de Medée » ont crû qu’il avoit été nommé A rgos , du mot Grec qui lignifie vifte & loger. a Lutatius dit que Dtmftüs étant informé par un Oracle, qu’il devoir être tué par Ton gendre , choifit la ville d’A rgos pour fa retraite , & que le navire A rgos eut ce nom de ce- lui qui l’avoit fait le premier bâtir. Ce vaiffeau étoit effectivement nommé A rgos , comme on le peut voir dans le Commentaire de Germanicus fur Aratus. Cela fuppofé , on peut conclure fur le té- moignage du Scholiafte d’Apollonius , que le vaif- feau ou s’embarquèrent les Argonautes , devoit être une galere , fi Danaüs en fit bâtir une. Pline le confirme ; & quand il dit qu’avant l’invention de T)maüs , on n’âlloiten mer que fur des radeaux , il ajoute quefi l’on encroid Pliilofteplianus , on ne s’étoit point encore embarqué fur un long vailfeau, avant lafo». A rgo devoit donc être un vailfeau de auerre , ou une galere , puifque les Anciens ont em tendu par des vaiffcaux ronds , des vailfcaux de charge , ou marchands ; par des vaiffeaux longs , des navires de guerre , ou des galères : & celle-ci , comme on le peut voir dans Apollodore , étoit à cinquante rames Le fçavant Meziriac a fait ces remarques , & beaucoup d’autres , dans fes Com- mentaires fur les Epîtics d’Ovide ; & les curieux après avoir lu ce qu’il a écrit fur l’Epître d’HypJi- ■hile flfon , verront enfin fi les diverfes opinions des Auteurs anciens fervent â prouver l’expédition des Argonautes. On y verra même qu’une certaine pièce de bois enchaftee dans la proue , parloit ; qift le rend oit des oracles , parce qu’elle avoit é é tirée de la forêt àcDodone ; que ce vaifleau > a Xaitat.fur le Liv* i. de la Tjiebai’de, Chaf. V. De Sicyene , & cThrgos. 55 apres avoir été confacré à Neptune, par lafon , poür Fheureux fuccés de Ton cntreprife , fut tranfporté jufques dans le Ciei,& mis enfin au nombre des aftres. Ce fut quarante-huit ans avant la prife de Troie, l’an du monde deux mille fept cens qua- rante , que s’embarquèrent ces conquérans pour la Toifon d’or, fi BucKolcer ne s’eft point trompé. Mais Clement. Alexandrin , qui, en cet endroit , a fuivi Apollodore , compte trente. huit ans depuis leur voyage jufques à la mort à. 3 Hercule , cinquan- te-trois depuis cette mort jufqu’à la priie de Troie ; de forte qu’il y en auroit quatre-vingt onze entre la defolation de cette ville 6c le voyage des Ar- gonautes : ce qui répond à la fupputation d’Eu- fébe. DanaUs qui félon quelques Auteurs , e'toit de Ghemmsd ans la Haute Egypte, apres avoir chaffé Gelanor fils de Sténélus , régna cinquante ans :■& Lyncee fils de D unau s 6c d ’ Hypermneflre , en régna quarante-un , félon Eufcbe. Son fils A bas qui d'Oecalie , eut A crifius 6c Pr&tus , régna treize ans ; & apres avoir laiffié le Royaume à ces deux Prin- ces , fe retira dans la Pelafgie ou il régna encore dix ans. Eufebe lui a donné un Régné de vingt-trois ans par cette raifon. Pr&tus 8c Kcrtfius fe firent la guerre pour la poffeïïlon entière de YArgolide } & comme A crifie demeura par le Traité dans A rgos ; JPsMus eut Herée , Mïdias , Tirynthe , 6c toutes les villes maritimes. D’autres ont dit qu’Acri/je chaC fa du Royaume fon frère Pr&tus qui par lelecours des Lyciens , polTeda Tirynthe* Georges d’Ifàurie a etendu le Régné de ces cinq Rois , jufques à cent quatre-vingts ans -, 6c félon Eufebe , ils n’en ré- gnèrent que foixante-deux. ^ T molus Roi de Lydie 6c de Phrygie , ou de Pa- phlagonie } ielon quelques-uns , étoit pere de C iij J4 Hl Poire du Monde,. Lïv. VIL Tantale: Sc celui-ci eut à'Euryanœffè , de *Dîone oit de Vluto , Pelops , Brgteas & Niobe'. Sans m’ari êter aux differentes opinions des Auteurs fur le fujetdc la guerre de T ros Sc de Tantale , je me. contenterai de dire ici , que les Troyens fuient les plus forts 'Sc les plus heureux • & que Pelops , qui fut contraint de quitter l’Afie par l’impuiffance de s’y maintenir , ou par un horrible tremblement de terre , qui avoff de foie tout fon Etat , trouva moyen d’épouler B ppoàamie fille unique d ’Qenoœaus Roi de Pîfe. Apres avoir fuccedéifon beau-pere , dans le Royaume , il n’ oublia rien pour s’agrandir , & fit fi bien , que la contrée Apia fut appellée de fon nom y lie de Pelops ou Peloponefe. Il eut d’Hippoda- mlc^y entre fes enfans les plus remarquables , Atrée Sc Tbyefie ; Sc d’une belle perfonne qu’il aimoit , nommée Axioche , lin fils appelle C hryfippe qui fût tué , ou par fes deux freres , ou par les mains pro- pres. d 3 Hippodamie devenue jaloufè de la tendrefle. que Pelops avoit toujours confervéepour lui. Quoi cju’il en foit , Atrée Sc Thyefle foupçonnez du meur- tre , furent obligez de s’éloigner ; Sc le premier fè fauva chez E uryflhée Roi d’Argolide , fils de Nicippe fille de Pelops. Ce Roi le reçut parfaitement bien : &eurenlui tant de confiance , qu’allant à la fa- meufè guerre de Troie , il le laififa Gouverneur de fon Royaume. Ayant été tué dans l’Attique par les Heraclides , Atrée fe iervit de l’occafion , & la ménagea fi heureufement > qu’il fut élu Roi. Il fut tué , auflî-bien que fon fils Agamemnon , par Egiftbe fils de T byefie : Sc ce vilain endroit de l’Hiffoire n’efi: que trop connu. Orefteve ngea la mort de fon peie Agamemnon , par celle d 3 Pgifte Sc de Clitem - nefire fa propre mere ; & fut mordu d’un fèrpent eu* Arcadie ou il mourut â l’âge de quatre-vingt dix ans , félon Yelleius Paterculus , apres en avoit Ch ap, V. De SUyone , & d'Krgos. 55 régné foixante & dix. Il eut de fa femme Hermione fille à’Helene & de Menelaus ,Tisamene • Ôc - à’Erigone Hile d’E gifthe & de Clitemneftre , un au- tre fils qu'on nommoit P enthiiI. Ces deux ne regnerent que trois ans 3 ayant été chaffez par les lier adides , félon le même Velleius , environ quatre-vingts ans apres laprife de Troie , fix vingts ans apres qu ’ Hercule eut été mis au nombre des Dieux. Dans Paufanias , il eft parlé des avantuies de Tifamene apres fa défaite ; de fcs en fa ns Daime- nes y Sparton , Telles & Leontemene. Toute la race de Tifamene , félon Polybe , régna fuece Hivernent en Achaïe jufques à Gygés dont les enfans devin- rent enfin infupportables à leurs Peuples qui chan- gèrent la forme de leur Etat pour fe fauver de la tyrannie de leurs Princes. Penthile ayant été chafTé avec Tifamene , mena quelques gens en Polie : 8c fa pofierité , qui s’étendit, pofieda Lefbos , & fit fa refidence à Mitylene capitale de cette île de la Mer Egée* chapitre y i. Ve Crete. E Ntre les îles qui bordent les côtes de la Grèce , Crete nommée aujourd’hui Kuirit par les Turcs , a toujours été fort confiderable pour fa grandeur : & dans Conftantin Manaffés,elle efl appellée Trimegifle , ou trois fris grande par cette raifon. Dicearque & Scylax lui ont donné deux mille cinq cens ftades de longueur ; & nos Geo- graphes , qui la font longue de foixante & dix mil- les d’Alemagne , depuis le Cap Samenium ou Stil- 5^ * H i fl o ire du Monde Liv. VIL mont jufqifà celui de Coricum ou Cornïco , ne com- ptent qu environ quinze milles Germaniques dans jfa plus grande largeur qui ef> à peu-prés , au milieu de Pile. Elle a F Archipel, ou la Mer Egée, du cô- té du Nord ; la Libyque, au Sud ; la Carpathique a FEft ; le Peloponefe, au Couchant. Son nom de Crète lui eft venu, ou de la Nymphe Creta fille â’Hefÿerus , ou de Creta fille à' Idée êc de Jupter , oudeCr^ hile d s un Curete , qui fut mariée avec Ammon , ou de Clés qui fut félon quelques-uns* fon premier Roi. Elle a été nommée A'èrie , Curete , Idée , Chtonie 5 T elchinie , Doliché pour fa lon- gueur ; Mœcaros & Macarenefe pour la tempéra- ture de fon air. Les premiers hommes qui Phabiterent , furent les Eteocretes , & ceux de Qydon , nez dans le pais, les étrangers , les Pelafgiens , les Eoliens : & T en- tame félon Diodore , y conduifit ces deux derniers Peuples fur une hotte. Taltkybms y mena ceux à 3 Achat e apres la guerre de Troie : & ceux à'Argo- lide , apres la mort de Codrus , y pafferent avec Althemene Argien à qui cette île ne dût pas déplai- re , puifque félon Euflathius , il y ht bâtir jufques à dix villes. Elle en eut cent , ce qui la ht nommer Hecatompolis : &fi Homere ne lui en adonné que quatre-vingt-dix dans a FOdyfTée , c’eft que dix villes y furent détruites par l’ufurpateur Ltucus qui devoir être gendre à y lliomene , ou par celui-ci , comme on le peut voir dans le véritable ou faux Didyme, fur le paffage de ce Poète. T;zetzes témoi- gne en effet , fur Lycophron , que Xénion a mar- qué le nom de ces cent villes , dans le Traité qu’il a fait de Crete : & Homere même lui fen donne autant dans le deuxième Lme de Flliade. Horace, a Ody. liv, r^, CnAV. VJ. De Crete. 57 Virgile , Pline , Julien dans une lettre à Serapion , Pomponius Mêla , Ifîdore , n’en ont jamais autre- ment écrit: 8c Jean Meurs , dans le premier Livre de fa Crete , en a plus compté. Il y en eut même plus de cent qui périrait toutes par un tremblement de terre , fous le Confulat de Valentinien 8c de Va-* ïens : 8c il eR remarqué dans PhiloRrate , que fous le Règne de Claude Néron , la principale , qui étoit Crete , avoit été déjà ruinée par un accident de cet- té nature. On peut voir encore dans Cedren , qu’u- ne grande partie de cette île , de l’Achaïe , de la Beocie , de l’Epire, & de la Sicile , périt par une inondation de la mer , qui pouffa des navires fur des montagnes , jufques à cent Rades , es qui elt affez difficile a croire II eR parlé dans quelques Auteurs , des chamois de Crete , qui étant bleffez de coups de fléchés , fe gueriffoient par le diélamë qu’ils alioient chercher: 8c l’on n’y trou v oit , félon quelques autres , ni renards , ni ours , ni aucun animal capable de nuire , à la relèrve de la phalan- ge , qui eR une efpece d’araignée. Paufanias a comté Cno.sse, Gortï ne nu Gortyn , 8c Cidonie, entre Tes plus belles 8c plus grandes villes. C noffe , nommée autrefois T rit a , 8c Coerate , de la rivière qui paffe dedans, avoit de tour trois mille fèpt cens cinquante pas., ou trente Rades. Elle étoit Rtuée dans une plaine prés du mont Ida , entre les villes de Gortyne 8c de Lièius i 8c fut bâtie par les Corybantes .ou C#- r êtes Sj félon Eufebe ; par Minos , comme le témoi- gne Dioddre ; par Vefta , ce que l’on pourra voir dans Laélance • ou par Grés', fi l’on s’en raporte a quelques autres. Minerve y naquit , félon quel- ques-uns ; 8c l’on y voyoit le Tombeau de J&- fiter , 8c îè Labyrinthe , qui étoit une caverne fous lane montagne , un Palais ? ou une prifon â plu- j8 H Iftolre dit Monde LiV. VIT. Leurs détours , bâtie par Dédale, Mais pour 1s* Tombeau , fur lequel étoit écrit: I c y Gir- Z A N QJi E L 5 ON NOMME JUPITER, on ne doute point que ce ne fût le Tombeau du Roi M i n o s ; & que dans la fuite des tems, les Cretois n’en euffent changé lTnfcription , pour fe faire honneur. Gortyne ou Gortys qui eut encore le nom de Larijfe & de Cremnie , fut bâtie par Gortyn fils doTegéat Arcadien , ou de Rhada - mante ; on , comme le rapporte Euftathius fur Denis le Géographe , par le Roi T auras qui lu b donna le nom de Gortyne qui étoit celui de fa mère : & c’eft le même T auras qui ravit Europe de Phénicie , quoi qu’il n’ait pourtant jamais été Roi. Platon dans le quatrième Livre des Loix , veut qu’elle ait été une Colonie de Gortyne du Péloponéfe : & Meurs eft étonné que Séneque air nommé petite , dans fia Troade , une ville â qui Strabon a donné de tour , cinquante Rades , ou fix mille deux cens cinquante pas. Mais le vers hui- tième du Choeur du troifiéme a£te de la Troade Frédéric Gronavius femble croire que pour Gor- tyne , il faut reftituer Gyrtone qui étoit une ville de ThefTalie. Cadmus Frère d'Europe , étoit adoré dans cette Gortyn* où étdient encore les Temples d’Appollon y de Mercure Se de lupiter : & il eft re- marqué dans Ptolemée fils d’Hépîieftion , que Ménélms y fit un facrifice de cent Bœuf, quand il eut apris que fa femme Heléne , avoir été enlevée par Alexandre fils de Triam Cydonia qui eft la Canée des Géographes , fut ainfi nommée de Gy don fils d'Apollon Sc d y Acacallis fille de Minos y comme Eftienne de Byzance le témoigne. a Mais le Scholiafte d’Apollonius vent qu Acacallis ait eu. a Dans les Arcad, C h A p. VI. De Gme. p JKaxtts y à* Apollon -, Cydon , de Mercure : 8c Pau- fanias a fait C y don fils de T égêat. Hérodote affûre qu’elle fut bâtie par les Safniens ; Diodore , par Minos : & elle étoit entre Gnofîé 8c Gortyne éloignée feulement de l’une 8c de l’autre , environ huit cent ftades , comme dit Strabon , ou près de mille, félon le Scholiafte de Thucydide. Aegrium; Amnijfe $ A mphimalle-, A ore -, Aptère ; A ulopotamie; Bena ; Cœnon ; C amare , ou Lato ; C atrèe ; C ban- dace ; Dédale-, Erythrée $ Heraclée ; Hier aple->Qamyre autrement Cyrha -, Pytna ou Hierapytna , pour fou B oisfacré , maintenant Gera-Vetra , etoient d’au- tres villes de cette île. On y voyoit encore Littus aujourd’huy Paleo Caftro ; Lycafte , Holopyxe , Pkœfte , iftre 9 liane , Lampa ou Lappa bâtie par A gamemnon : 8c dans le chapitre vingt-feptiéme des Adles des Apôtres , il eft parlé de Phoenix , 8c de Lafée , inconnue pourtant aux Géographes, comme le dit Beze, qui croid qu’il faut lire Liée. Les Hiltoriens n’ont pas oublié Milet dont Milet de la Carie des Ioniens avoir été une Colonie ; Volyren ou Volyrheniè , ainfi nommée, de la quan- tité de lès Brebis ; Pylore - y Rhaucus au milieu de Fîle ; Rhithimmie ; syharte ; T arrhe ; Tcgée , bâtie par T althéhius , ou félon Velleius Paterculus , par A gamemnon ; T herapries comtée par Solin, entre les premières. Si l’on eft curieux de fçavoir les autres , on les trouvera dans Meurfius qui en a fait le dénombrement dans le prémier Livre de fa Crete. Entre fes plus célébrés Montagnes , on comtoi t Jda , Panacre qui étoit fur ce même Ida ; Cory- que } Hieron y Alyfis , C arma , Berecynthe , Afleru~ fie , T ityre , DtUum ou Diha ; les montagnes Blanches , ainfi nommées de la nége qui étoit tou- jours fur leur fommet. Ses Caps ou Promontoires € vj éo Hiflolrâ du Monde ♦ Li v. VIL étoient Cary que } Dlum , Hermée , P faque , L ion ? Qram , Erythrée , Qyane , Ampele , Samonium , Drepane , C rïü-Mytopon , & Zephyrie. Le T hetrin, 0 k lardan , le Lethée , le Carafe , le Mejfahe , Po- , le T héron s VEleéîre >YOaxe à qui Virgile a donné l’épitliete de. dans 1a première de fes Eclogues , Y Amnife , YAmphimele, le Mejfape, le Votherée , le Triton à la fource duquel naquit Minerve , félon quelques-uns , étoient les princi- paux fleuves de cette île. D’autres ont crû que cette Deéffe naquit fur les bords du Lac Triton, qui eft en Afrique , nommé par Marmol , La go di Caps : St il y en a ils eroyoient n’avoir vécu qu’autant de jours qu’ils av oient trouvé de petites pierres blanches dans ce carquois. Les plus beaux prefens qu’on leur pou- voit faire , étoient des armes ; de ils combattoient au fon de la lyre de de la fl d te. Dans le refpeét qu’ils eroyoient devoir à ce qui étoit l’objet de leur culte 5 , ils ne juraient jamais par les Dieux, par l’oie , par le chien , ou par quelque autre ani- mal : & il étoit permis aux freres d’époufer leurs fœurs. Ils inventèrent , félon quelques-uns , la Religion , c’eft-à-dire , celle qui devint depuis com- mune aux Grecs ; la Mufique, la Chafle : ils fu- rent les premiers qui découvrirent l’ufage du fer & celui du cuivre; la maniéré de tirer de l’arc, de faire des cafques , de des épées ; & des leur jeunefTe ils étoient inftruits à s’enfervir. Pour les accou- tumer au travail , quand ils ne penfoient meme que fe divertir , Pyrrique de Cidon leur aprit a danler armez , d’ou eft venue la danfe Pyrrique. Au fil et oient-ils en fi grande réputation parmi leurs voifms , que P hilopoemen fît voile en .Crète, félon Plutarque , pour fe former fous la difci'pline de ces Ci Hifloïre du Monde , Liv. VIT. Infulaires , qui étoient favans dans toutes les f'ufes de guerre ; & qu’à Ton retour les Achéens Je jugè- rent digne de commander leur Cavalerie. Au relie , ils ont prePque tous paiTé pour des Pirates & pour de? Larons , pour de grands Pdurbes & de grands menteurs ; ce qui donna lieu au proverbe Cretifer avec un Cretois. Polybe témoigné qu’ils étoient fujets à Pe révolter ; & fi avares / qu’entre tous les liommes , ils étoient les feuls qui ne trouvoienc point le gain déshonnête, de quelque côté qu’il put venir. Leur adrefTe ne devoit rien à leur per- fidie ; 8c leurs vices , comme Conftantin Porphy- rogénète l’a remarqué , firent dire encore qu’il y avoit trois C tres-méchans , Crete , Capadoce , 8c Cilicie* Parmi les grands Hommes nés dans cette Ile* on compte DUlys qui a écrit la Guerre deTroye^ 'Enéfideme qui a traité de la PhiloPophie des Pyr- rhoniens ; le Médecin Epiceleufte ; Heraclide qui fit un Livre des Villes de Grece. Entre queloues- tins qui ont précédé Homere , comme Linus , Phi- iammon , Thamyride , Amphion , Mufée , Orphée Dentodoque , fhemipts , P rofnautide d’Athenes , A* riftée de l’Ile de Préconefe, Eumiclm de Cypre , Horm de Sanios , Tacien a compté E pimenide de Xdrete, C’eft de ce dernier que l’Apôtre Paint Paul a traduit un vers dans l’E pitre à Tite a : & quel- ques-uns diPent que Parue de cet E pimenide fortoiç de Ton corps , & y retournoit quand il le vouloit ; 8c qu’aprés fa mort on trouva fa peau marquée de lettre. Crete a eu encore le Pavant Lucille , dont nous avons les obfervations , avec celles de Sopho- cle 8c de Theon Pur les Argonautiques d’Apollo- xiius ; Vetelide Hiflorien ; le Poète Rhianus ; Cttr. Cha-pitrc i. v> il. Cmr. VI. De Crete. % fyUn ou Chnfphron, fameux Archite&e ; fon fils* Metagene , & Aie on qui fut fi adroit a tirer del aic s . qu’aprés fa mort on le mit entre les Allies , & c^ie^ ’on en lit le Sagittaire. Elle devint beaucoup plus illuilre par les Evê- ques , par lès Confeffeurs , Sc par lès Martyrs , de- puis que Tite y fut établi Evêque par faint Paul* ÿinyt Evêque de Cnolle où eil Ginofa ; P hilippe 3 Cyrille ,Eumene , Evêques de Gortyne-> Theodnle », que Baronius nomme Théodore ; Emicien , Eupore % Gelais y Zêtiqne , Evarifte y Cleomene , Agathope » Sc Bafilide y furent célébrés par leurs écrits, parleur foi en Jefus-Cnnll , & par leurs miracles. Son premier Roi , à ce que Ton dit, lut Jupi- ter frere de Ceins , & mari d’I dée, & ee fut lui qui nomma cette I le , du nom de la femme. Celui* ci de beaucoup inferieur a Jupiter y lurnomme 0- lympien y fils de Saturne & de Bkea , régna en Crete, où il eut dix fils nommez Curetcs: Diodore dit que de Ton tems on y voyoit le tom- beau de ce Jupiter . Son fils Crés lui liicceda , & il changea , û Ton s’en rapporte à quelques Auteurs^ le nom d’idée , en celui de Crete . Eufebe témoigné qu’il régna la cinquante iixiéme année â 5 Abra-~ ham. Bunting veut qu’il ait commencé à régner Fan du monde deux mille deux cens cinquante- trois, fix ans avant que les T e'chiniens eunent bâti Khode , trois ans avant la mort du Patriarche Jacob: & Godefroi de Vitcibe a écrit qu’il fut le fils aîné de Nembroth. Diodore a dit qu’ A m m o n, qui avoit époufé Rhea fille de Ceins , fœur de Sa- turne, étoit Roi d’une certaine contrée de Libye : qu’étant prés des montagnes Céraunienùes , qw s’étendent de FO lient au Couchant; & qui feparent a livre j* ^4 ttiftôire du Monde ^îv .Vît. 1 Epiie de k Macédoine, il fut amoureux d’une |euiie fille qui avoit le nom (I’Amalthe’e. Il ne fut pas mal-heureux dans Ton amour, parce qu’il en eut un fils parfaitement beau, nommé Den ys - que l’on mit depuis au nombre des Dieux , pour les actions extraordinaires.- La grâce qu y Amaltée iui ayon xâite , fut reconnue même allez dkne- ment , puifiquqi lui donna la partie dülieuvoifm, appellee U Q orne occidentale , parce que fia fie r m -Q etoit en effet fiemblable a une corne de bœuf. Cette xegion abondante en vignes , & en toutes fortes ex arbres fruitiers, fut nommée la Corne d 3 Am aU thee: & l’on impofa depuis , k même nom à tou- tes les terres graflês fertiles. C’eft encore ce qui a donne lieu a la Corne d 3 Abondance. Mais quoiqu 3 Ammon eut fait tranfporter fon fils a Nyfe pour y être nourri fort fecretement , dans la peur qu’il eut que Rhea fa femme ne fut inftrmte de Ton avanture , fa précaution fut inutile. Tout le myf- tere fut enfin public : & Rhea qui apparemment devok être promue & vindicative , fit ce qu’elle put pour 1 enlever. N’ayant pu venir à bout de fon em treprife , elle fe retira chez les T itans (yxxï étoienü les freres choifit l’uii d 5 eux , qu’on iiommoit Sa- tume , pour fon mari ; & l’obligea de chercher Ammon jufqu’cn fon Royaume ,■& dé l’en ehaffer. Ammon fuccomba dans cette guerre , 8c fe fauva en Elle à' Idée , ou regnoit Cm avec les Curetés : ôc quand il eut époufé la fille de Cm, que l’on nom- moit Crète , & qu’il lui eut fiuecedédans k Royau- me , il impok le nom de fa femme à toute Elle. Diodore ajoute que Saturne s k tant emparé de tout ce que pouyoit poifeder Ammon , mena les Trou- pes du coté de N fe contre Denys qui 1e défit, qui le^fuivit même jufques en Libye : qu’aprés le gam d’une autre bataille ; il prit Saturne ôc Rhea ChAP. VI. De Crete. 6$ qui avoient abandonné la ville d "Ammon ; & qu’il les traita fi honnêtement, qu’il n’eut pu jamais en mieux ufer , quand il eût été redevable de la vie à l’un & à Pautre. Dans ce même tems Satur- ne & Rhsa eurent un fils nommé J u r i t e b, : 6c comme Denys alla en Egypte avec une année con- fiderable , & qu’il y fit de grandes conquêtes , il y établit Roi ce Jupiter , pour lequel il eue tou- jours beaucoup de refipeû. Mais parce qu’il etoit encore jeune , il lui laiffa pour le gouverner Olym- pus , qui par fies préceptes & par fies confieils, porta fes inclinations à tout ce quM y a de grand & de beau : & c’eft de la qu’eft venu fion nom de Jupiter Olympien. Après que Denys eut conquis l’Inde , ce qu’il faut entendre de l’Ethiopie, if mena Jupi- ter contre les Titans qui a voient paffé jufques en Crete , où ils faifoient la guerre à Ammon : & les Titans furent tous exterminez dans la bataille qu’il leur donna. Quelque tems apres , Ammon & ÏÏenys^v n ou ra- ient ; & Jupiter qui régna en Crete, devint le maître & le Dieu de tout le monde. C’eft ce qu’on apprend de Diodore:& Godefroi de Yiterbe compte Cecrops après Jupiter , ce qui peut être confir- mé par Plaute , qui a nommé C écropie Pile de Crete. A Cecrops , on fait fucceder Cydon , qui, félon Eufebe , régna l’an du monde deux mille quatre cens vingt-huit , le deuxième du Régné de P horbas Roi des Argiens. Mais Jean Meurs remar- que fort bien , qu’ici l’Hiftoire eft défeélueufe » parce que de la cinquante-fixiéme année à' Abra- ham , qui felou la plupart des Chronologifies, fut la première du régné de Crés , jufqu’a celle de Cy- don ,, il y a trois cens quatre-vingt feize ans ; Se que ce vuide n’en point rempli. Ce Cydon ne doit pas être confondu avec un autre du même nom * '66 Hiflotre du Monde Liv. Vif. fils de Mercure Sc d ’Acacalli, fille de Mines, Sc rondateur de Cy doïiie , A ptbb^ C i d ° n Vid regner ruc «ffivement Apterî, Lapes. , Teutame , ou T estante, fils de parus qui eut pour pere , Heilen fils de Deu- rahm & de Pyrrha. Ce Teutame , qui- étoit allé Pr, C " ne trou P e d e Vélafgiens & d’Ætoliens , dans filï f n m l 1 el V ievmt )e niaître » Y époufa Crete 1 le de Crethee , Se en eut Asterius ou Afterim qui lui fucceda. Ce fut fous le régné de ce der- nier , qu Europe fille de Vhœnix , félon Homere ou d Agenor, comme le témoigne Apollodore , fut eu^evee par Jupiter , Sc conduits en Crete parT^« rus, après qu’il eut pris la ville de Tyr. Quoique Jupiter eut eu de cette Pnnceffe , Min os , R h a damante , & Sarpedon , Afi érius ne Jaiffa «our- tant pas de i’epoufer , & d’adopter même ces trois en fans avant qu’il mourut, n’en ayant point eu de ion mariage Minos qui lui fucceda , prit pour femme Itone , fille de HBus , & en eut Lycast- qui fut marié avec Ida fille de Qnyhu , dont il eut ^f UXlem ^ n ° m - Ce!u '- ci époufi crete liile d Afterim , U 1 on en vent croire Afclépiade eu félon d’autres , Paftphaé fille de P erfeïs Sc du Soleil fils d’Hyperien Se de T ht». Outre Eurymé- éon , Nephahou , 8c tyry/h qu’il eut de Parie ■ & Euxanthim , de B évitée , il eut de fa femme Witi- nie Pafiphe r Catree , Deucalion , Glaueas , Andra- *” * * quatre fille» , Hecalé que d’autres nomment ■ncaca/liS' , Xenodice , Ariane ou Aridelle ; car c’eft ainli qu’elle étoit nommée en Crete ; & Phedre qu epoufa T hefee quand Deucalion eut fait allian- ce avec ceux d Athènes. Minos qui fut le premier de tous les Grecs qui le rendit maître de la mer , apres avoir équipé une grande Flore, établit de? Loix dans fou Royau- Ch AP. TI. De CreU. if je- y fit bâtir Cnoffe , Phefie , & Cydonie , félon ueîques-uns ; aflujettit prefque toutes les Cycla- es ; fit la guerre à Egée Roi d’Athenes , pour pali- er la mort à’Androgée fon fils , qui avoit ete tue n trahifon , & périt dans la guerre de Sicile. Egee ils de P an dion , régna l’ân deux mille lix cens qui- re-vingt-cinq, félon Eufcbe ; 3c The,ee 1 an deux mile lept cens trente- trois. Pour les amours de > a fiphaé avec mx Taureau , il en eft parle dans le matriéme Livre de Diodore, dans le troiileme: PApollodore , dans le quarantième chapitre d’Hy- ri n ; & C^tte fable eft connue de tout le mondée È>aléphrate~ dit fur ce fujet , que Minos dans une ian^ereufe 8c vilaine maladie qu LL eut , fe mit entre çs mains de P ocris fille de V anàiow T , pour eue ^ueri : Que Taurus jeune & bien fait ayant profite ie Poccaüon 3c de l’amour de Va phae , il vint an enfant de leur commerce^ 8c que Minos. ayant bien connu que cet enfant n’étoit point a lui , apres avoir fkputé le te ms de fa maladie , le fit elevef dans un village. Servais fur le fixiéme de PEnéïde, & Lutatius fur le premier de PAchilleide , difent que Taurus Secrétaire , ou General de Minos . paf- foit fore fouvent les nuits avec la Reine Vafephaé° T qu’étant acoucîiée de deux jumeaux , dont 1 un étoit à Taurus , Sc l’autre a Minos , on fit aufïi-tôt courir le bruit qu’elle avoit enfanté le Minotaure. Lucien témoigne cpmVafiphaé ayant voulu apren- dre l’A Urologie de Dédale , 3c s’étant particulière- ment informée de la Conftelîation du Taureau , les- Poètes feignirent enfuiie, qu’elle avoit donne fes in- clinations à un T aureau\8£ que Dédale^ Pavoit fervie en cette rencontre. Je me fouviens même d’avoir lu en quelque endroit , que ce Taurus étoit nomme Jupiter -, ce qui peut fervir à confirmer ce que l’on & dit, ^Europe fut enlevée par Jupiter, quoique €8 Hiftolre du Monde. Lïv. VIT. d auties croyen: que l’on avoit donné ce nom âï Crete U danS e<ÎUCl C6tte Prillceffe fut conduite en Après la : mort de Minos Deuxième , Deuc a tio N qui etoit Ton fils aîné, régna en Crete , & non feu- lement il fit alliance avec ceux d’Athenes , mais il y pana tout le relie de fa vie; & y fit bâtir unfu- peibe Temple a Jupiter Olympien.' Strabon l’attri- bue a Beucalton fils de l 'jrrha & de P rométhée ■ en quoi il s’ell trompé mamfeftement , félon la rel marque de Jean Meurs, à la page cent trente- leptieme du troilieme Livre de fa Crete. Catre e frere de Deuculton lui fucceda, & eut un fils nommé Althemene , & trois filles, Aerope mariee, félon Apollodore, avec P lifthene , ou fe- ' vt s ujirjtne , ou le- ion d autres , avec Atrée qui en eut Agamemnon 6c ^ • £ U1 1 v vu vaut OC M en dans ; Clymene qui fut la femme de Nauplius |>eie de P œUmede , qui fut l’inventeur de quatre lettres Grecques, & de feizemême , félon quelques autres; du jeu des Echecs , de celui des Dés, & des Aüragaies. Apolladore nomme la troifiéme fille Apemofyne. Ce Catrée , dans la euriofité qu’il eut deTavoir de quelle maniéré il devoit mourjr , coii- lulta 1 Oracle qui lui répondit , §u'il ferôittue par J on propre fils : 6c comme Althemene en fut infor- me, il f e retira dans un endroit de Pile de Rhode avec Apémofyne fa fœur,poür éviter par cette re- traite le parieide dont il eut horreur , & donna le nom de C retente au lieu qu’il choiik. Mais C atrée qui etoit dans un âge fort avancé , & qui vouloir ïnettre en polfeiTion de fon Royaume fon fis Al- themene , f t voile â Rhode pour Py rencontrer ; & il ne fut pas plutôt â bord , que les habitans qui prirent tous ceux de cet équipage pour des voleurs, $ coururent aux armes; & Althemene y qui furvint ; au bruit , tua fon pere dans la mêlée , fans l’avoir connu. Chap. VI. De Crete. 69 Pour. îdomene’b & MïMoke qui lui fuccede- nt par le teftameat qu’avoit fait Catree , tous les meurs ne fout pas d’acord. Quoiqu ils conviçn- ■nt que le premier a été fils de Detunhon, quel, ues-uns dilênt que Merton» efoit fils de Moins n’eut Deucalion d’une belle fille qu’il avoir aimee. e ft au moins vrai qu’ils furenr tous deux en très,, rande eftimï : & ils conduiiirent une Flore en U- eur des Grecs , au fiege de Troie, jdomeneee n par- ant de Crete , laiffa le gouvernement de fa famille c de Ton Etat à Leucus qu’il avoir bien voulu dopter , 8c qui lui avoit même promis C lijtbere la [11c en mariage. Mais il trouva , quand il fe vid e retour en Crete , que Medc la femme , & Ciî- \here , avoient été maffaçrees par Leucus , qui s e- joit rendu maître dans fon Royaume , de qui en 'haffa. D’autres ont écrit qu’il reprit Crete, qu’il •reva les yeux au traître Leucus , que fon tombeau k celui de Merione étaient à Cnofe , & qu’ils fu- rent en fi grande vénération apres leur mort , que ceux de l’Ile imploroient leur allilfance dans les dangers & dans les batailles. La famille Royale manqua en eux ; & Jean Meurs dit que ce Royau- me , fi on le conte de la çinquante-fixieme annee à’ Abraham , qui fut la première de celle de C rés , jufqu’à la ruine de Troie , dura fept çens foutante & dix-fept ans , ou fept cens cinq, dans l’opinion de ceux qui veulent qu 'ifaac eut vingt-huit ans, quand C rés fut Roi. Il dura environ cinq cens trente- quatre ans , félon Bunting , qui fait régner Grés l’an du monde deux mille deux cens cinquante, trois , & qui rapporte à Pan deux mille fept cens quatre-vingt-fept , la pnfe de Troie ; car il efl croyable que Leucus lie poffeda pas long-tems le Royaume. Après la mort de c v es derniers Rois, Pile de 7» Mi fl aire du Monde,. Liy. VII. Crete changea de face , en ce qui regarde le Gou- vernement ; & l'autorité y fut partagée. C’eft ce ^ue l’on peut favori- de Plutarque, qui dit fur la fm de la vie de Dion que celui-ci vouloir établir a Syracule, 1 Etat Ariftocraticpae , comme celui de Sparte & de Crete , mêlé du Royal & du Populaire ou ceux qui etoient les plus gens de bien avoienr accoutume de difpoiêr des affaires les plus impor- tantes. Polybe remarque à la vérité , qu’en Crete «n changeoit tous les ans de Magiftrats ; & que ion Etat reflembloir afiez au Populaire. Mais il ^■/f naiU ^ ue celu ‘ de Crete avoit été auparavant Anftocratique ; & que la p.ldpart des Loix y fu- ient trouvées fi admirables par Licurgus , qu’il les ht paner a Lacedemone Zaleucus même les ht ob- ierver à ceux de Locres : .& les Grecs avouent' d’un commun acord, qu’ils n’eq ont point connu de meilleurs, ni de plus anciennes que celles de Crete Ses premiers Magiftrars, que l’on nommoit Cimes, que 1 on changeoit toutes les années , & qui n’é- torent jamais obligez de rendre comte de leur em- ploi , étoient réduits au nombre de dix .entre leff- quels il y en avoit un qui préfidoit : & ilsavoient le meme pouvoir qu’avoient les Epherns , ou Con- trolleurs , a Lacédémone. Ils n’étoient pas même indifféremment tirez du peuple, mais de certaines familles choifies ; & leur principal emploi re°ar- doit la guerre. Comme ils pou voient fe démettre eux-mêmes de leur dignité, ils pouvoient encore en etre démis par leurs Colegues ,ou parle peu- ple : & ils étoient affiliez de Confeillers ou Séna- teurs , qui avoient été du nombre des Cimes. Marc Antoine , qui étoit Préteur, Sc pere du Triumvir , eut ordre par la faveur du Conful Costa, de Céthégus , de nettoyer de Pirates les côtes des’ mers : & après avoir pillé la Sicile Sc d’autres Pro- Châp. VI. De Crete. y\ înces , il ne longea plus qu’a conquérir Qrete , vec les vaifleaux qu’il avoir remplis de chaînes , ans Fefperan.ee de faire efclaves ces Infulaires* dais ces derniers prirent la plupart de fes vaifleaux, endirent les hommes de la dote; & il mourut ’une maladie à Crete , où il ne gagna que le fur- om de Critique . Le Sénat Romain ayant relolu n fui te d’y faire paffer des Troupes , le fort tomba lu* Hortenfius qui étoit le premier du Bareau apres uceron ; .& Hortenfius qui aimoit la vie tranquiU c , céda fon emploi au Pro-Conful Quintus Ca- Uius Uétellus , qui eut le furnom de Créti^ue , dus juftement que ne l’eut Antoine , puifqu’il fe endit maître de Crete. Ce ne fut pourtant qu’a- >rés trois années de guerre , parce que Vanure Zc ’.afihene Gouverneurs des Places les plus impos- antes , avec quatre-vingt mille hommes qu’ils a- soient choifis , lui refifterent vigoureufement , 8c ’affoiblireiit par plufieurs batailles qu’ils’ lui don- îerent. Dans un fiege même qu’ils foutinrent avec me opiniâtreté inconcevable, ils ‘s’aviferent d’ap- jaifer leur foif avec leur eau, êc avec celle de eurs chevaux ; & pour être libres plus long-tems, eurent leur recours à ce remede, qui étoit quelque ;hofe de moins fupportabie que ne le devoit être eur feryitude. Mais quoiqu’ils dffent pour leur iberté, ils furent enfin affujetis , Fan du monde :rois mille huit cens cinquante-quatre , par lAéteU 'us , qui Fan trois mille huit cens vingt-fix , avoit fournis la Macédoine au Peuple Romain. Cette Province, â laquelle on ajouta celle de C yrene , fut gouvernée depuis fous divers Régnés» par des Confuls , par des Pro-Confuls , par des Treforiers , par des Confulaires , par les Préfets du Prétoire ; & fut de la dépendance de Confions » quand l’Empereur Confiantin Son pere eut fort le 71 Hîftoireâu Mende. Lrv. VII. fartage de Ton Empire. Elle fut cnfime/aux Em- pereurs de Couffantinopk. Mais fous le Remre de Michelle Begue , les Sarafins qui .demeuroient au- tour de Valence , ville lituée fur le G uadalaviar , ou Durtas , ayant paffé avec une Flote dans Elle de Cork , d’ou ils furent chaffez par Pépin fils de Charlemagne , .entrerait en Grèce, prirent les Cy- clades , & fournirent Crete, où ils bâtirent prés de Candace , la ville & la Fortereffe de Candie , qui donna le nom à toute File. L’année fuivante , Michel le B egue fît tout ce qu’il p ut pour les en chaflcr , & tout ce qu’il fît lui fut inutile. Il en- voya C ratere qui battit d’abord les Sarafins , mais qui ménagea fi mal fa vi&oire , qu’il fe biffa fur- prcnure la nuit. Son armée fut taillée en piece • & étant pris dans File de Cos, où il s’étoit faùvé avec peine , il y fut pendu. Bafile de Macédoine fut plus heureux en quelque maniéré , parce qu’il força les Sarafms de lui payer un certain tribut : & fous Romain Porphyrogenete, Phocas qui fut depuis Empereur, prit cette lie , & même Curup & Ane- mas, de qui tous les habitans recevoient la Loi. Sous F Empereur Alexis Comnene , Rhapjomathe fe révolta ouvertement , .& fa révolte n’eut point de fuites. Les Empereurs de Conflantinople la pof- federent depuis, avec affezde tranquillité , jufqu’à Baudoiiin -Comte de Flandres : & fous le Remie de celui-ci , les Génois qui u’etoientau plus que des Pirates &des miferables , de quelque côté qu’on les regardât , félon Nicetas , ne biffèrent pas de la conquérir. Baudouin la donna cependant â Bonifate Marquis de Montferrat , qui l’ail mille deux cens la vendit à la Republique de Venife. Le contrat en fut ligné & fcellé a Andrmople le douzième d’Août, en prefence de Marco Samudo , &deR«- vano da Véron* , Ambaffadcur de la Republique , Ch AP. VU. De Cypre . 7 $ fous îe Doge Enrtgo D&ndoU : éc elle s'y verroit encore abfoluë , fi elle n’eut point dormi en repos fur les fauffes promeffes du Grand Seigneur. CHAPITRE VIL De Cypre . r 'Ecris 8c prononce toujours Cyp^e fans avoir égard au mauvais exemple de quelques-uns qui prononcent Chypre après les Italiens : 8c c’efl ha- sard que l’on ne fe foi t point encore aviféde pro- noncer avec ces derniers , Philochypre , Arifto chypre , Zhypranor , Chypris , & Paint Chyprien • C'efWîir le témoignage de Timée , que Strahon mis entre les plus grandes Iles , la Sardagne , la Cypre, Crete , l'Euie'e, 0/1, & Lesbos. dais pour la grandeur & pour la réputation , Pto, amée compte dans le premier rang, la Taprobnnè, c continue dans l’ordre fuivant, la "Butage qui ft l’Angleterre; la C herfenefe d'or , l 'Irlande, le Aoponeje , la la Sardagne 9 Qorfe ,Crete, de ]ypre. Strabon a donné de tour à cette dernière , y faire entrer fes promontoires , trois mille qua- e cens vingt Rades ; Ôc dans le chapitre deuxième u premier Livre d’Orofe , elle a cent foixante 8c uinze mille pas en longueur ; &en largeur , cent ingt-cmq mille. Nos Géographes lui donnent edinairement dans fa plus grande longueur , qui \ depuis le Cap de faint Epiph/tne } jufques à ce— [ i de famt André , quarante lieues d’Alemagne, & uinze dans^fa plus grande largeur, qui néceflai- ment doit etre inégale par Telpece de triangle que irme cette Ile. T Tome l V . & 74 Hiftoîrè du Monde Liv. VII. Elise eut fon nom d’une fleur , ou d’un arbriffeau nommé C ypre , fur quoi l’on peut voir Diofcoride, Thcophraites 8c Pline; de Cypre fils ou fille de Cyni- re , du 'cuivre que l’on tiroit de fies Mines, de Cypre qui étoit la Capitale , ou bien àcCypris , qui eit la Venus des Latins. On lui a donné le nom de Crypte ou cachée y parce qu’il faloit en être Tort proche pour la voir ; de Ceraujlis ou cornue , pour le grand nombre de fies Promontoires ; de Meionis ou Meio- nes , d’ Kmathufie , de P aphos y à’Aërie , de fon cui- vre , de Citium 8c Chstim , de Qhetim fils de la- trahit fes fu jets, qui comme on le croit , é~ toient une Colonie de YArgolide. Anftode , & le Poète C léon qui avoit écrit les Argon antique s qu’Apollonius n’a fait que tranferire , étoient de ; Curie , nommée félon quelques-uns , P ifcopi : 8c Pon y void encore les Aqueducs qui conduifoicnt Peau dans les Magafms 8c dans les chambres. Chaï>. VII. De Cyfre. 77 où l’on faifoit autrefois le fucre. Citium avoir encore ce nom du tems de Théo- doret a, &■ cette ville, félon Diogene Laertien , étoit une Colpme de P héniciens. Elle étoit petite , mais tres-fameufe par les Salines, par un Port que Pou fermoit , 8c par la naiffance des deux Zenon s ; P un Rheteur, dont parlent Suidas -8c le Scholiafle d’Hermogcne ; l’autre Philofophe , chef de la feéfe des Stoïciens , par la naiffance de P erfée fon difci- ple , d ’lfigone , & des deux Médecins Apollonius , 8c Apollodore. Alexandre après le fameux fiege de Tyr , envoya de très-grands prefens à Fafi-Cypre , Roi de Citie, & lui donna même la Contrée qu’il lui demandait. Mais comme le luxe de ce petit Roi l’avoit réduit à la derniere necelfité , qu’il n’a- voit plus de quoi fubfifrer félon fon humeur , 8c qu’il avoit vendu fon Royaume cinquante talens a Fymate , qui étoit de la même ville , il fut obligé de fe retirer avec cet argent à Amat honte , ou il mourut vieux. Salamis étoit auparavant nommée Corme , qui félon Etienne de Byzance , n’en faifoit qu’une par- tie. Elle fut bâtie ou acrue par Teucer , qui ayant été chafTé par fon pere Tétamon , pour n’avoir pas vangé la mort de fon fiere Ajax, fe retira dans Pile de Cypre , ou il impofa le nom de Salamis à cette ville. Il dédia un fuperbe Temple â Iupiter , 8c les habitans dans le* premier mois de leur an T née., y facrifîoient un homme à Agraule fille de C écrops 8c à'Agraulis. L’homme conduit par de jeunes gens , couroit trois fois autour de l’Autel * 8c après avoir été percé à 1^ gorge par le Prêtre , il étoit brûlé fur un bucbef. Cette cruelle ceremo- nie dura jufqu’au tems de Diomède , â qui l’on D iiij a Theod. fçct, xi» fur, Ezcchiei. So Hifteîre du Monde . Liv. VIL fa cri Sa cet homme enfuite , parce qu'il n'y avait qu une enceinte pour fon Temple, pour celui d’ A- giüure , & pour celui de P allas : ôc Porphyre a- joute que Diphiie Roi de Gypie, qui étoit du tcms de Seleucus le Théologien, changea la nature du iacrificc ; ôc ordonna qu’au lieu d’un homme, on mettroit un beuf. On peut voir Laétance qui dans le vingc-uniéme chapitre de fon premier Li- vre , dit que dans ce Temple , une viélime humain ne etoit immolée à Jupiter , & que cet ufa^e con- tinua ju (qu'au Régné d'Hadrien qui Pabolit. Lvagoras de la pofterité de T eucer , eut le Royaume de Salamine : & quoiqu'il eut été chaffé ce la ville , il le reprit quelque tems apres fur Abuemon qu’Artaxerxés aimoit , &quil'y avoit écabli Roi. Pour s'y maintenir , il leva des Trou- pes , força quelques Places , ôc en obligea d’autres de le rendre a lui. Ceux d’A mœthonte , de S'oli , 8ç de Utrie , furent les plus fermes , & prefferent le fecours d A rtaxerxes de grande Mémoire , qui en- voya contre lui une Flote de trois cens vaiffeaux , fous la conduite d'Oronte , & un armée de terre de trois cens mille hommes , commandée par Tirr- baze. Mais comme Evagore avoir fait ligue avec A chéris Roi d’Egypte , ennemi des Perfes, & qu’Hé- i&tomne lui fourniffoit fort fecretement toutes les choies qu'il demandoit , il eut deux cens trente Galeres , des provifions , de l’argent , des hommes, & ce qu’il faloit pour fou tenir cette rude guerre. Le piemier combat lui fut même heureux ; mais dans le deuxième, il fut défait par les Perfes , qui aflemblerent leurs deux armées à Citie , Ôc qui af- fiegerent Salamine par mer & par terre. Evxgorgs en fortit la nuit , après avoir biffé fon fils Vytba- gore, que d'autres nomment Vrytagore ôc Vrotagore» ion Lieutenant General dans, toute Pile , ôc paffa Chaf. Vil. De Cypre* $i en Egypte avec deux Galères. Il retourna fans a., voir reçu la plupart des choies qu ri pretendoit, & craignant d’être enfin abandonne de les aliez , il fit fa paix Tan trois mille fept cens quatre-vingt fept j à condition de payer tous les ans un certain tribut au Roi de Perfe , de ne lui point obeïr com- me un vaffal , mais comme un petit Roi > a un plus grand Roi. Du tems à'Ochus furnommé depuis Artaxerxes , il y eut un foulevement general dans toute Pile : 3c il elt neceffaire de fçavoir qu’entre Tes villes , il y en avoit neuf principales qui étoient Æfée qui eut depuis , le nom de SoÜ , Amathonte , Chytri > Citie , Curie , Lapatbe , U vieille Paphos > la nouvelle , SC 5 a! amine , qui tiroienf des contributions des au- tres. Chacune de ces neuf villes avoit fon Roi qui 'portent la Mitre , 6c qui relevoit du Roi de Perfe : 6 tous ces Rois étant informez de la révolté des Phéniciens , fe refolurent de les imiter , 6c d’unir leurs forces , pour ne dépendre plus que d’eux- mêmes. Mais les Phéniciens furent punis tres- cruellement , 6c Çyfre foumife au Roi de Perfe, l’an trois mille iix cens dix-huit , la deuxième an- née de la cent huitième Olympiade , félon quel- ques-uns ; ou félon d’autres la deuxième de la cent feptiéme , l’an trois mille fix cens vingt- un , trois ans avant la mort de Platon , neuf , avant qu’ A- riftoteeut été choifi pour être le Précepteur à y Ale- xandre. Nïc ocre on qui fut fii cruel , que par fon ordre le Philofophe Anaxarque fut pilé dans un mortier ; Demoxique , Gorbus , Evelthon, Sirom 6c quelques autres ont encore été Rois de Calamine qui paffoit pour la plus grande 6c la plus peuplée de toute Pile , 6c qui étoit baignée du Bo - tare. Saint E pifhane qui étoit Evêque de cette ville, y fut inhumé ? apres que fon corps eut été laiffé Si Mifloire du Monde Liv. VIL aux Salaminiens , parce qu’il mourut dans le vaif* ieau qui le portoit dans la Métropolitaine de foi> Dioçefe, Il efl parlé d'Ariftion fur le vingt-deq^ xieme de Février , dans le Martyrologe Romain, Sc dans Je nombre quarante-uniéme de l’an trente- troilieme des Annaies de Baronius. Arfie l’Hifto- xien qui a écrit les Arcadiques , comme Denis g Halicarnane le témoigné , $c la vie d’ Alexandre ielon Arrien q Hegefander qu’allegue Tzetzes fur Lycopnron , étoient de la ville de Sakmine qui fous le régné du Grand Confianün , fut renverfée par un tremblement de terre. Le lieu fut nommé Confiance , du Roi Cofia , qui regnoit en Cypre dm Eems de l’Empereur Dioclétien. Amathus ou Amnthonte , aujourd’hui LimijTo , «qui eut Ton premier nom à*Am*th»s fis d’Aërw Roi de Cypre , ou à'Amatbus fils d’ Hercule , ou d'Amathufe raere de Cynirc /était tres-antienne/ & 1 une des quatre qui furent dediées à Venue,. Adonis ou Ofiris , & Qnefile fils de Cherfis & frere de Gorgus , étoient adorez dans cette ville. Cet One file ^ui ne pouvoir vivre fous la domination des Ferfes*. a ayant pu jamais perfuader a fon frere de fe rem dre libre , épia le tems qu’il devoit for tic de Sala- mine , entra dedans en devint le maître , & foli- ota les Insulaires de fe révolter. Toutes les villes ne manquèrent pas de' fe joindre à lui : & comme Amathonte étoit la feule qui n’eut point d’égard a les confejls , il l’afîiegea. Darius fils à’Hyftafpe envoya Artibie en Cypre , & dans la bataille qu’il faim donner , Qnefile , êc Arifiocypre Roi de Soles , £ls de Philocypre , furent rue 2 , Âpres la défaite des Rebelles^ par les Ferles , ceux è? Amathonte coupe- rent la tete à Qnefile , & l’expo&rent fur l’une des Ch ap. ï. De Cypre. 8; portes de la ville. Quand il ne refta plus que Le crâne , quelques Abeilles y firent leur miel : & l’O- racle qui fut confulté fur cette avanture , ayant ré- p ondula ceux d’Amathonte , Qu’ils dévoient met- tre ce crâne en tene , oc facrifier tous les ans a Oneftle , a comme a un Héros, ils obéirent , dit Hérodote , & ont fait jufqü’ici la même chofe. Ariane étoit adorée dans cette ville , ce que Plu- tarque a remarqué dans la vie de Thefee : & les étrangers y étoient facrifez à f, upiter . Lapetbus , Lapathus % onLapithus qui étoit dans la partie Septentrionale de Pile, doit fa fondation aux Lacedemoniens , comme dit Strabon , ou aux Phéniciens , ce qu’a cru Scylax : & il y a beaucoup d’apparence , ajoute Meurs dans fon Traité de J 'ijle de Cjpre , a qu’elle a été bâtie par B élus Roi de Tyr qui étoit une ville de Phenicie. Soles étoit auparavant nommée Epeie , bâtie , comme dit Strabon , par A amas & par Pbalers Athéniens 3 quoique Plutarque en parle autrement: & voici à peu-prés ce qu’il a écrit dans la vie de Solon. Il paffa d’Egypte en Cypre , où il fit ami- tié avec Fbilccypr* Roi à* Epeie bâtie fur la riviere de CUrie , par Demophoon fils de Théfée. Mais com- me elleétoit dans un pais âpre & Renie , Solon lui confeilla d’en changer la lituation , & de la faire bâtir au deifous , dans une Plaine aulli agréable que fertile , & de la rendre même pius grande. Thiiocy- pre fuivit fon confeil , & Solon la difpofa de telle manière pour la fureté , pour le plaifir , ôc pour les commoditez de la vie , que plulieurs perfonnes allè- rent s'offrir pour l’habiter. Le Roi aiant profite des bons avis & de la prefence de Solon qui faifoit executer aux ouvriers ; k beau deffein qu’il a voit D vj a ÜY. Jt Chap» n t 8 4 ^ Hiftoire du Monde . LiV. VIL donne, changea , pour lui témoigner fa reconnoi ce , le nom à’Epeie en celui de Soles . Elle était air Nord de i’ile , & n’eft plus qu’un Bourg appellé A Uxandrette, On nommoit Solïms fes habrtans , pour les diftinguer des Solienfey . qui-étoient de- SoUs , ville maritime de la Cilicic', a l’embouchure duliîtm; > apellee depuis , P ompsio^olis qui main- tenant n ell plus qu’un village nommé encore Pa~ Ipoli , ou la vieille Soles. Le même Solon , qui avoir 12.it bâtir cette dernière , lui donna fou nom : & c eil elle , à mon avis , plutôt que l’autre , qui a donne lieu au Solecifme. Diogene Laertien nou? apprend au moins que par ce mot , on faifoit con- noïtre les Athéniens qui demeuroient à Soit en Gi- licie qui avoient perdu la pureté de leur langue. Quoi qu’ri en fort , a il y avoir â Soles en Cypre 5 un Temple â Venus , un autre, à lfis : &il ell mar- que dans Hérodote , que cette ville qui fous le ré- gné de J>arïus y s’ecoit deifendue vigoureufement- eontre les Perles , fut enfin pnfè apres avoir foute- nu cinq mois de Siégé. Stas anor , nommé par Juftin , St AT a n or , û eè nom n’eil point cor- rompu dans cet Auteur r étoit de Scli en Cypre : & comme Alexandre l’eüimoit beaucoup il lui donna le Gouvernement de la Dmngiane 8c del'A- fie. Au relie, le Philoc)pre ami de Solon , ell le me- nie qu Punofuis ou Cypranor : & il efl remarqué dans le treizième Livre d’Athenée , qu’apres la snoit d’ Alexandre , Vtclemêe premier Roi d’Eo-yptc epou 'a Thaïs ; que de cette belle & fameufe cour- tiiane , il eut Leontifque , Lagus y 8c Iréns qui fut- mariee avec cet Eunojbe. Pour Demophaon Fonda- datcur de Soles , tous les Auteurs le l'ont generale* ment fils de Thefée 9 8c de Phèdre fille de Minas , ex- 5 ' « Liv. u Cha?. VII. De Cypre. H cep-té Pindarequi dit qu’il étoit fils de Thefée &c i’A ntiove : & fur la mort de cette Amazone, os pourra voir le même Plutarque , Hygm , & .Pau- fanias dans fes Attiques. , , Tamaffe fourni ffoit du cuivré en grande abon- dance : & Cyiri ou Gytras , nommée de Cytrus fus- à’ Aledrus , comme k témoigne X énagore, donnoit k miel le plus excellent de toute l ? ile. Carpafie bâtie par Pygmalton , etoit pies du Cap teSdrpUm , & avoit un Fort. Golgi ou Golgum étoit une Colonie des Sicyoniens qu’y mena G aigus & Vems y fut- adorée avant que de 1 avoir ete a Ce font ks villes dont Pline a parle. Mais il eft certain qull y en eut d’autres , comme Boojure & A mmocofihe dans la partie Orientale de i i^ Aéra > Cythere que Virgile , Valeftus Flaccus le Scholiafle d’Héfiode comptent parmi les villes de Cypre. On y voyoit Sefle jThr&nes , A pbrodijie, Nafi'déyTretè , A fine , Vranie , Male , Elmee } Zi meme , Laceâemone y Ledre > ou Leuteo» nommer Leucofie par les Grecs , & Nicofie par les Latins Alexandrie , Arga* , & Berite. Les Hiftoriens eC les Géographes ont parlé encore de T egefie > de 5*^- traque ou Setre que , de Palée entre Berite & Ama- tlionte j de Vanarete , de Hieretopïe ,àt Tremtae ou Tremethe , qui étoit fameufe par (es Tercbintci nommez Trimethes par les anciens habitans de l’ile. On- ne doit pas même oublier CnUe îmmmee Voifonneufe par Ovide , fameufe par k naiflance de Ctèfias , & par 1e culte que l’on y rendoit a Vemts^ & l’on adoroit encore Apollon a H y le , a T embre > à E rifthée. . , Ses montagnes étoient Août , Olympe qui etoit le fommet d’un promontoire dans la partie Méri- dionale : & Staurace Donat qui etoit de 1 île , dit Sg tiifloire du Monde . Liÿ. ŸlL dans Cruiius , qu'en Cypre, il n’y a voit point d’au, tre montagne que cette derniere , ce quieft vrai en quelque façon , parce que toutes les autres monta, gnes n croient proprement que des collines d’où 1 île eut le nom deCollinie. L’Olympe eft peu éloi- gne de Nico/îe qui eft lalèuie ville avec F amagottfle Ou 1 ancienne Salamine, que l’on purfïè mettre au nombre des villes ; car toutes les autres ne font aujourd hui que des villages. Pour la montagne & pour la riviere d 5 A eus , qui étoient en Gypre , quel» ques-uns difent , que ce nom leur eft venu à 3 Adonis nomme Ao , d 'Ma fa mere , fille de T boas, ou 7 ht as Koid Aliyrie , fils deBdus : Sc je eroi avoir remar- que en quelque endroit , que quelques Auteurs ne mettent point de différence entre Seraf is , Apis , %elus,Cham , H ammon , Saturne , J upiter & Ado- ms. D’autres ont crû même que par Adonis , on devoir entendre Haffak-Addon Roi de Babylone, fils de Senachertb , Sc petit fils de Salmanalfar. Mais fi ce q H ’a remarqué Hefychius , eft verita- j ’ 5“,^»» . ou plutôt Adon , eft Adonis, qui dans la langue des Phéniciens , lignifie Seigneur, ®n ne peut dire fort precifément de quel maître ou B oi , cette montagne & cette riviere ont eu leur nom. Ses Caps etoient Dades ,Curias , Arfinoê , Cal- *gp e ' ,, ts ■ Cïommytf , Dnpane , Phrurie, Elee, Pedalie, T egrfie, Seine, Thrones , Sttrpedon, Acamas , Sc Dinar etc. Ce dernier eft le Cap de laint André qui eft la pointe la plus Orientale de 1C *j autre eft , le Cap de faint Epiphane qui regarde le Couchant ; & le nom d'Acer lui fut donne ci Acamas frere de Demophoon , Sc fils de T hefee. Les anciens Auteurs comptent Y bons , le Soc are le Eapithe , le P idée , le Clan , le Lyeus , leSéfaque, Chai». VII. De Gyfm %f ïe feth , & le P liée entre fes fleuves. ' Mais ils don- noient de beaux noms à des miflèaux , ou a des toi> rens quife formoient des pluyes de 1 hiver , qui ic précipitoient du haut des rochers , avec violence f Sc qui ne fourniffoient pas en été , une goutte d eau pour la Campagne. La fechereffe étoit en effet r une des incommoditez de l’île , qui fut autrefois abandonnée pour cette raifon : 8c nous apprenons de quelques Hiftoriens , quen dix-fept ans you fé- lon d’autres , en trente-fix , elle ne fut pas^ mouil- lée de la moindre pluye. C’eft en cetems-là qu’elle' fut deferte 5 que s’engendreient les prodigieux fer- pens , dont j’ai parlé. Ses peuples furent quelque-tems , Maîtres de la Mer , êc envoierent des Colonies en Macédoine , &f i Cumes ville' de l’Edlio dans FAfie Mineure. Les principales Divinitez qu’ils adoroient , etoient Venus , irnon , hplïon , & lupur. Les hiles de Cypre , par une coutume établie , s’y proftituoiens- en de certains jours , à qui avoir dequoi leur don- ner : 8c comme le bien que ce commerce leur apor- tdit , devenoit leur dot , on peut bien juger que les plus belles y dévoient être toujours les plus riches» Mais le mariage qui devoir au moins finir leur dé- bauché f puifque le$ maris n’avoient plus de dot a efperer , n’étoit pas un lien allez étroit pour lei re- tenir, & la Religion ne leur permettôit pas d’être honnêtes. Parmi les Babyloniens , dit Hérodote, il y a une Loi qui efl très -vilaine. Toutes les fem- mes nées dans le pais , font obligées d aller une fois en leur vie, dans le temple de Venus , 8c de le proftituer aux Etrangers qui regardent celle qu* leur paroît la plus agréable ; qui la eonduifent hors du temple , apres lui avoir jetté quelque ar- gent , 8c qui pou voient même le contenter pour sres-peu de chojfè /parce que la perfonne qui etoil SS Hifloin du Monde. Liv. VIL fetrf ’n d r rec f OU ce c i ul ltu été pre- fente, quelque mediocie qu’ü pdt être. La mime L °A aj ° ut ® H f roc!ote > eit obfervéeen Quelques radioits de 1 île ae Cypre : & Valero Maxime a\;- marque , que 1 on en ufoit de la même forte dans * - ** d accoid , quand on lçaura que Venus étoit une fille parfaitement belle , née à Palepaphos, ou d Cyrhere ■ cartes opinions font partagées ; & que Cinyre en tï m A Ute& - Apie l fa mort ’ 11 k lnit aunom- bje des Divimtez , iniHtua ces nonteufes Fêtes en fa faveur :& cette remarque eft de Firmicus , de Cleinent Alexandrin , & d’Arnobe. Pour les Poe- ICS j i Ui , < ; 0aV!t ; nlKnt cous quelle naquit de i’écu- medela Mer, ils n’ont rien dit qui ne fait tiré de W? " re > r effet ». k r fel > & généralement toutes . 10 5 fa^es qui font piquantes , font de cer- taines împrelîîons dans les tempéramens les plus froids , & caulent même la fécondité. Les Prêtres d Egypte s en abftenoient par la première de ces deux raifons , comme l’a fort bien remarqué Plu- tarque : & 1 on s’en fervoit dans la même Eeypte pour les chiens qui a’avoieut pas trop de difpSiition a engendrer. Ce n’eft pas encore fans quelque myf- tere , qu on a fait traîner par des pigeons ,1c cL s. r r T US ’ ^ lcs P lus fmples en devineront peut- tre la caufe. Je pourrois même ajouter ici pour- U ‘ , aconkcrfc kMirte , & rapporter , apres les Naturalises , les propnetez de cet arbufte qui etoit commun autour de P aphos & dans toute l’îlc qui eit ennemi du froid , & qui eft un temede fou- veram contre quelques maladies des femmes. Mais ce ne lcroit pas pénétrer la chofe à fond : & comme ChAP.VII. 'DeCypre. h r ai affez de pudeur pour ne m’expliquer pas fur cet uticle , on peut apprendre d’Hefyduus , a quelle or te dé Nymphe reffemble à peu-prés la graine de airte. Je ne dis rien de la généalogie de Cmyre , ? uifauc J les uns veulent qu’il ait eu pour peie , hgriepts ; les autres , , faphus , ion ,T hias Roi de Gypre : & il y en a qui nom- ment- fa mere,P barnace , A m»thufe , Faphus oet P tbhie II eft parlé de fa bonne mine dans Hygin & dans une:épigramme d’Apollomde que 1 on peut voir dans l’Anthologie ; de Ion opulence dans 1 m- darc & dans Platon. Apres cela , il n eft pas étran- ge que Venus ait eu de la pafïïon pour un Roi qui donnoit de l’admiration & de l’amour pour fes tr- cheffes & pour fa beauté. & que k ™ tous les hommes ait etc aime de la plus bd- per- fonne du monde. Il devoir être du tems de la guer- rc de Troie : & il ei\ remarque dans Eimathius lui Fonziéme de l’Iliade, Qu’Il promit à Agtmemnt» & aux Grecs , deieur fournir des vivres durant cet- te guerre , & qu’il n’eu fit rien. On verra meme dans Photius r que les Grecs enfuite prirent fon Royaume d’où ils le ehaflerem , quoique Pcole- mée , fils d’A gefarque , témoigne dans Clement Alexandrin , que ce Roi & fes defeendans furent in- humez dans le temple de Venus. Ces Idolâtres qui avoient trouve' , ielon quel- Ques-uns , le premier triage des Sacrifices , qui de vi noient par les entrailles des pourceaux, Sc qui établiffoient le fouverain bien dans k volupté , ne furent pas au moins les derniers a recevoir le Chriftianifme, lojeph Lévite , qui eut le futnom de B amabé dont il eft parlé dans les A&es des Apo- des, i a Epaphr&dite ,.&■ lean l’Aumônier etoientae- a Chap, 4.» dans les deux derniers vesfets»- S 9 Hiflolre Monde, tjy 1 fiî fhrone. Elle , f „ n „ 7 r Melet,on, l[ aa c, & S^- <*««« & TripbyUius L { Ve ^ eS a Nlcofie RW- klerœdius . & Myrnn a T ( - P ^ i 7 *ha-mafie , & A«^«i } à S£T £ T^ £ c f *fior,S P mdîon, ' Epiphœne , & N/W ’ A* S ^ la " 1I “e. Hilaire, m*~ . & pouf As » Htf T- plupart de ces Prélats Le éti AwL^&V peut voir le MartvroWe R„„L T, 1 & Io « Kg LTç^U ^ “f ?“JW «Æ *- cs'ïlî,,^ ri-« , c M ‘"' tranfpottés de Cvure ’• *r j , °S S avoient ete Lufimian ilia™ , 1 ï dans , le Pére Etienne de l’autre fexe nlî' P f ** f erfonn « de l’un & de se té de leur Vie LnVe4LT| ,r k Cle V° U par kniin - Elle a b-Vn d 1 c célébrés dans eette Me. t ems Leu ol r V r n cJlan S é de face : & dans le Tvr l’alTuiétit V] p Uen r S de Troie \ Beltts Roi de o-iîp fait A • rl^ T 0n s eîî ra P ôrte à ce que Vu% a tiyju/pe , elle tacha de Ce rendre libre &- n ~ îafSame &î * rë , volte - La quatrième année de ll V quinzième Olympiade , félon Dio- fett* fr“ ^ M ° ndc tr “* quatre cens iorxante & feize ans avant la Naillance de Tefus- ÏÏne ’fousle r !enS de CCUX de La «dé- b * ^ ious ie Commandement de Paufanias 8e PerfefLcntVI fo,tlr les Wnifons qufles ferles y entietenoient : & C«w» fils de UilfMe la Chai». VU. de Cypre. ** S« C 5 vi :J„ oX, « £ .*.« i *»■> allée fous Vtolemee fis de î^gf# > ce ?\ jir l’an du Monde trois mille ûx cens foixan - * :ois cens dix ans ayant la Naiffance de Jefus-- . finit Cinq ans après ,T>ememm fils ™ ’ufurpa fur le même Roi d’Egypte : Se l tMmee ê Biinfifant la reconquit fur les Rois de Mace- °Sous VtoUmée le Fldtcur , Marc Caton l’affujètit ru peuple Romain qui ne chercha qu un pietcxte aonnète pour l’efurjer. Publias Clodms , (uino^ - mé le Beau , avoir été pris par les Puâtes i de ^ - licie dit Strabon ; & comme il avoir belom cl ai- .“.'pou. ft racheter , il » £. *»« Ptolémée qui lui envoya û peu de cho e : , <3 Pira tes aimèrent mieux lui donner ! a liber t rançon , que de recevoir le preicnrdu étant de retour à Rome , y fut déclaré Tnbun du peuple , & fit fi bien , dans le reffentimei t qu U, euc P de n'avoir pas été mieux trarte de Psolemee , que Marc Caton eut la commiflion d aile Cypre , pour en ôter la domination au freie Ptolémée .le Flûteur Roi d’Egypte. Mars Sextus Rufus dit fort nettement dans Ion Abrégé , que pauvreté du Peuple Romain, & le bruit commun qu’on fefoit courir , qu’en Cypre il y av oit des- ncheffes inconcevables , obligèrent Clodiut de la confifquer à la République. Ptolemee s empoi- fonna, & ne put furvivre à l’injufhce de les Ali , & à la perte de fes tables d'or , de fes per es , c les pierreries , de fes vafes , & de fes trefors , dont-, la valeur , félon qitelque-uns. , montort a cinqccn. *** . ^ 'Hifloire du AI onde. Li v VIT sr*àa^ï=: sn? lïïa^œ? r r^ 5 ^ Bf:f' :; f ' S“îS: ÆS **• s *~^»' t m Sr :”i"r c f È- <*eme du nom. Sa révolte f™,* il i/ '' , ^ i I Gl ~ tin Monamaaue & fous celui r«fcX“ it't d « * tre par l’infiddité d’/fkac^ ^ ^ & de maî ~ », „ r • » ““ente a i/Æ^r C omnene qui s v éraMif 1*1*1“'.' ‘ï P“ •»■ «Y«W a A.<âe des Apoftres Ghap. ^ er~ Ch AP. VIL De Çypre, ion & la cruauté peuvent avoir de plus En Ï' rems-là , Richard Roy d’ Angleterre s’é- it embarqué pour la Palefitinc avec B erengeüe fo urne , fille de Gardas Roi de Navarre , qui luloic aller par dévotion à la tprjp Sainte , tut luffé par la tempête fur la côte Méridionale de ypie. ifaac , au lieu d’aflifter Je Roi. dans fon itreprife , & de lui fournir les proviüons qu il ;mandoit , pilla fes gens batus de la mei eut icore forcé Bérengdh, fi elle dut ete fecouiue Mitre ce brutal. Quoique cet outrage eut pénétré ame de Richard qui pour fon cœur fut luinom- ié coeur de Lion , il le difomula dans fon paflage; : de grand matin , fit apareiller pour fuivre fa oute. Après la pnfe de P tolémaïde, il tourne fes or ce s contre ifdafi , defccnd dans 1 île , gagne c atailles contre ce Tyran , le prend , le fan mourir ,vec fil fille , & devient maiftrc abfolu ne Cypie. Jette Hiftoire cft autrement racontée par d autres. :ls difient que Richard , après avoir répudié Alix , ceur de nôtre Philippe Augufte , epoufa en Sicile , Serengaire de Navarre fille du Roi de Navarre f anche feptiéme , furnomméfe Sage : Que leanne yeuve de Guillaume Peuxiéme du nom > Roi die , ayant été pouffée par une tempete , dans l’île de Cypre , penfa recevoir le dernier outrage à’ Alexis ou Ifanc Commue ; & qu’enfuite, RirMrrf, pour fie venger d’un fi grand afcont , prit l’ile de Cypre d’où il emmena prifonmers le Duc Com- mue , fia femme Si fa fille unique. Quoi qu’il en foit , il vendit Cypre quelque rems apres pour cent mille écus , aux Templiers qui lui .en donnè- rent quarante mille , & s’engagèrent de payer le refte. Ils y régnèrent un peu plus d’un an; & tu- t£$xt, contraints de l’abandonner > parce que leur ^ J* tîïj Ot/C dpi Adofldë^ L I V. Vif tyrannie y étoit devenue infuportable d’avant ™,“, “, R “ iwr* K-f h roi.» S” r u y ° UC lee T ’ 1 a vcll< ^ t P our le même argent, à renonceroit i Ü £ £«**• avoif ' R ° ya l, mi r dC Isrii f aLm q«e Sa/Xv^rrùi avoit.ote. Ainfi RreW fe fit proclamer R,; de lerufalem , & G»* , accompagné d’Emeri fon frère &d un grand nombre de perfonnes de qualité ’ alla eia Cypre où il fit bâtir la n 0 „velle\,lle % Ltmiffe, parce que ia vieille étoit ruinée. Il fortifia Famagoufie ; continua le deiTein des Templiers qui arnent commence une Eglïfe à Wt*/ . & ] ut -r Zf dîaS ' CCttC > qu’on nommoit dl prCS ayOU ' § ouvcnié l’Etat deux ans, ou „° v mC le , témoignent quelques Au- * S> /oic y les noms de «ux qui lui fuccéderent. ans de nôtre faîut félon le Pere Rîccioli. AN S du Régné. 11 * '4- Amauri ou Emeju frere de Gui. Il eut de C Vives d'iblin fa première femme Huges IeM- Gui , & trois filles, Cbelvis , Bour- gogne & -Agnes.' Gut & Agnes moururent fort jeunes. ff*?..; ut 5 oanetabl , ede C yp )c > & mourut fans hé* fut ma riée avec Gautier Seiencur de M ont bell tard , & Chlevis avec Rumbin Prince de Sregne. D libelle Reine de Jérufalem, qu’il époufa en fécondés noces , U eut Sibylle qui fut mariée avec Leon à Arménie ; Melufine qu’époufa Boemond qui etoit Prince d’Antioche ; & Amurin qui mou- f“ï f ° rt jeune. Ce fut fous le régné d’^?»e. I 1 o y. Hu,GUEsfiisd’4wj. 13 * Jl fut marié avec Ails fille à* libelle Reine de kufialem , & de Henri Comte de Champagne. De : mariage , vinrent Henri , qui lui fucceda ; 8c ;ux filles , ïfabelle mariée avec Henri Prince de # régné , de Tarente , 8ç d’Antioche ; 8c Marie qu’e* oufa Gautier Prince de Bregne. 1 ^ 18 . Henri premier du nom, fils de Hugues. $6, Le Pere Etienne de Lufignan , de Cypre, dit qu’il ’en régna que trente-trois. Il fut marié avec H ai fan ce , fille de B oemond Prince d’Antioche , 8c n eut Muguet , qui lui fucceda. ï 1 5 4. H u g u e t ou Hugues, 10. Il fut marié avec la fille de lean d'1 bl in Seigneur le Beyruth , 8c mourut à l’âge de quatorze ans. iî.64. Hugues troifiéme du nom. 17* Il étoit fils à'izabelle , 8c de Henri Prince de Bregne , de Tarente 8c d’Antioche ; 8c laififa le nom du Prince fon père, pour prendre celui de Lufignan » De la foeur du Prince de Galilée , il eut I ean qui lui fucceda ; Henri qui fut marié avec Fiai fan ce veuve de Henri premier du Nom ; Boemond Prince de Galilée , qui avoit fait profeffion de Religieux dans P Ordre de faint Dominique ; Garnir in qui fut Connétable de Cypre ; 8c Gui qui eut la même Charge que ce dernier. H ugues troifiéme, furnom- mé le Grand , eut encore quelques filles 3 8c leurs mariages ne font rien â mon fujet. C’efl à ce H u* gués que faint Thomas d’Aquin dédia fon Livre J)u Gouvernement des Frinces , Hî faire du Monde % Liy\ VîL X t 8 r. -J e a n , qui mourut fans avoir éi h\M- hV/uVs »: 'é marié. i, 37 . U etoit fils de Gui qui eut la .Charge de Con- *» * , b»,;: “K lunce de Galilée, G»/ , , & trots £j fcs> r ~ r * „ -n • ^ ci ois riii£s. C, fut a ce Roi que Eoccace dédia ion livre De U Genealogie des Dttux. ‘ 55? - P ^au^e. COn,tC de Tr '> 0ii * fiIs * Hugues 1 8 , i >- V 5 C ce ! U cinquante vaiflèaux , il ravagea toutes les Cotes de Syrie ; prit Alexandrie qu'il ruina ? étant pas en fa pmflknce de la garder ; facagea les villes que tenon le Turc en Cilicie ; & fut apelé au lecours du Pape Innocent Sixième , Limrafm.qui «ton alors a Avignon. Mais comme il avoit lailfé en Cvpre la Reine fa femme Eléenor fille du Roi d Aragon ; qu’il eut avis par le Comte de Rochas qu il avoit fan Gouverneur de Cvpre, en fon ab- lence , que cette Reine ne vivoit pas fort homiéce- tement avec le Vicomte de Ntcofie , il reprit la route de ion Royaume ou il demanda milice de l’in, fidélité dEleonor, à la Chambre Haute. Les Times qui n ignoroient pas , peut-être , la chofe, & qu fne youloienr pas trouver F Etat , com damnèrent le Comte de RocEas , & juftiférent la criminelle. Roi , qui pénétra dans leur politique , en fur û r u ™ e > l u>l1 ne garda plus aucunes mefures avec la Noblefïè : 8c ij f e rendit fi odieux , que fes freres memes , iean Prince de Galilée , 8c Uqu es Sénéchal de Cypre, confentirent qu'on le mailacrât. *37 * y P l s R r e furnommé le jjMs, t i. Après 8 Chap. VIL De Cypre, 97 Âpres que cc Roi eue été Couronné a Nicofie , il en partit pour fe faire couronner à Famagouflç # Roi de lerufalem , félon la Coutume : 8c cette belle ceremonie caufa dans l’Etat , de grands defordres. Les Vénitiens prétendoient la droite fur les Génois: 8c les premiers l’eurent par le jugement même dit Roi qui ayant trouve que ces derniers avoient ca- ché des armes fous leurs habits , pourfoutenir leur prétention par la force , comme il en avoit été averti , les fit tous jeter par les fenêtres , 8c con- fîfqua ce que les gens de leur Nation pouvoient avoir de bien dans fon île. Le Duc de Genes preffé par les lettres dCEleonor qui vouloit ranger la mo t du Roi fon mari qu’on a voit afiafîiné ; & fecouru du Roi d’Aragon père de la Reine ; envoyé fur qua- rante vaifTeaux , quatorze mille hommes qui par radreiîe d’E leonor , prennent Famagoujîe , 8c la Fortereffe de Limijfc. Ils tâchent d’étendre plus loin leurs conquêtes , quand Eleonor connut parla fuite , qu’ils fe voulaient défaire du Roi , 8c s’éta- blir dans tout le Royaume. Pour prévenir un fi g and mal-heur , elle traita mieux les premiers Minières de l’Etat , 8c ne l'aiffa pas de fè" refer ver dans le fond du cœur , la vengeance de leur perfidie. En ayant trouvé l’occafion , elle fît affailîner en fa prefence , 8c devant le Roi , Jean Prince de Galilée: 8c fi Jacques le Sénéchal ne fè fut fauvé à cette nouvelle , il n’y eût point eu de falutpour lui. Au bruit de ce meurtre , toute la noblefle court aux ar- mes ; & les principaux cherchent les Génois , & la Reine même, pour la tuer. Le Sénéchal retint leur fumeur , 8c demanda feulement que les Génois fortifient de la ville de Nicolie. On délibéra ; 8c comme la Reine fut informée du danger extrême qu’elie avoir couru ,& de l’obligation qu’eüe avoir au Sénéchal , les uns & les autres s’engagèrent fa* Tome IV. E S>8 Hiftoire du Monde, Liy P VII. knnellemenc d’oublier de bonne foi , ce qui s'étoit fait Les Génois , qui et oient maîtres de Fama^ouf- te, ôc qui voy oient bien qu'ils ne poufTeroien? pas plus loin leurs conquêtes ^demandèrent aufli-tôt la paix , & des otages pour la fureté du Roi & de la Reine , comme s’ils n'eu fient pris les armes que pour la tranquillité du Royaume. Le Sénéchal , fa femme Chive ou ifabelle d'ibUn , les deux fils de le*n Prince de Galilée, leur furent donnez ; 8c ils les menèrent à Famagoufte. Quelque- tems après, ils pillèrent Pîle:& les fix galeres qu’ils avoient chargées de ce qu'ils trouvèrent de plus preçieux , ôc qu'ils vouloient par avance envoyer à Genes, furent abîmées par june tempête. Dans le defefpoir de cette perte , ih emmenerent a Genes leurs otages qu'ils avoient traitez d’abord fort honnêtement ^ ôc mirent ces Princes 8c cette Pniicefie dans les fers , avec le Sénéchal qui auparavant avoir eu un fils à qui l'on donna le nom de î tenus , parce qu'il étoit né à Genes , nommée Itmua , félon Pétrarque , de Janus premier Fondateur de cette ville. D’autres, fans avoir égard à l'Antiquité , l'appellent Mugene. Cependant , Pierre , qui fut marié avec Valentins fille de Barnabe Seigneur de Milan , fit une ligue avec fon beau-pere& avec la Républiquede Venilê, contre les Génois dont l'armée navale fut défaite , ôc mourut fans avoir laifle de fon mariage aucun heritier. Le Sénéchal laçyues lut demandé pour remplir le trône , & les Ambafiadeurs envoyez à Genes le firent fortir de la prifon où il manquent même du necefiaire pour fa nourriture. Les Génois qui lu avoient fait tous les outrages imaginables , lui; firent alors de grandes carcfies : ôc comme ils craignoient fon reffentimenp , ils ne confentirent à fon départ , qif après qu’il lcui eut laifTé Fuma- gonfie ôc deux grandes lieu.es autour de la ville. Chap. Vïî. De Cypre. 99 138 J. J A CQJl E S. 19* Il eut d* J fab elle d'ihlin fa femme , fix fils ; Janus qui lui fuocéda ; Philippe s Connétable de Jémfa- lem & de Cypre ; .Audet Sénéchal de Cypre • Hugues Cardinal de faim André & Archevêque de Cypre ; Gui ; 8c Henri Prince de Galilée. Ses qua- tre filles furent Cive , I fabelle marié avec P terre de Lulignan fon coufin , Comte de Tripoli • Marie femme d’Ancefias Roi de Naples ; 8c Agnes qui mourut fans héritiers auifi bien que Cive , Gui , Philippe , 8c Audet . I 4 I Z, J A N U S OU E .U G B N E. 2.0. De Charlote de Bourbon , il eut J ean qui lui fuc- céda ; Jacques qui vécut peu ; Agnes , ou Anne , qifépoufa Louis Deuxième du nom , fils d’Amede's Duc de Savoie ; Marie } qui mourut jeune ; 8c deux fils qui n’étoient pas légitimés. Sous le Régné de Janus , Saifdddm Tuma» Beg , qui étoit alors Sultan d’Egypte , pour fe venger de la ruine d'A- lexandrie , & de tous les maux qu’avoit caufèz en Syrie , Pierre fils de Hugues Quatrième , envoia en Cypre une armée nombreufe de S ar afin s 8c de Mamelus qui détruifirent parle fer & par le feu, Limite , P afhos , Nicofie ; & qui fe rendirent maî- tres de Pile, à la referve de Cérines , de quelques Châteaux , 8c de F amagoufie qui étoit gardée par les Génois. Ils firent bien plus , puis qu’aprés avoir gagné deux batailles , ils prirent Ianus qui fut conduit au Sultan du Caire. Dans cette difgrace f un Gentil-homme de Cypre vendit tout fon bien dont il fit cent mille écus qu’il donna pour la ran- çon de Janus à qui l’on rendit* la liberté , à condi- tion qu’il payeroit un certain tribut aux Sultans du Caire } 8c qu’à l’avenir les Rois de Cypre fèroient joô Htftoire du Monde . Liv. VII» Tujets au meme tribut. Apres avoir vu à Ton retour, l’état pitoiable de ton Royaume, dont les Mame- lus & les Sarafns avoient ruiné la plupart des vil- les ju (qu’aux fonde me ns , il en conçut un re a reç iènlible , Sc ne put jamais s’en çonfoler* 1451. Jean Deuxième du nom. Il fut couronné , comme fon perç , Roi de Cypre+ de ferufalem & d } Arménie : & de fa femme qui étoit file de Iean-lacques Paleologue Marquis de Montferrat , & qui mourut quelque- tem s apres fon mariage , ij n’eut point d’enfans. En fécondé noces, il fut marié avec Helene fille à* André P a- teologue qui ctoit Seigneur de la Morée , & en eut GlcGpatre , qui mourut foi t jeune. Il en eut une au- tre nommée Charlotte : & parun feul trait , je ferai voir l’humeur de la Reine de celle du Roi, quand je dirai que voiant entrer une belle Dame que le Roi aimoit , elle fe jetta fur elle en furie j &' avec les dents , lui coupa le nez. Le Roi fans confulter fon autorité , ni fon amour , fe fit un plaifir de Leur combat qui fe pada dans fa chambre même de en fa préfence , quoi qu’il eut eu déjà de la Dame , un fis nommé Iacqttes. La deuxième fille de ïean de à* Helene , fut Charlotte mariée à lean fils du Roi de Portugal , à qui le Roi de Cypre fon beau-pere donna la Principauté d’Antioche. Mais comme ce Prince eut vu que le Roi avoit confié le Gouverne- ment de fon Etat , à Helene qui avoit introduit in- fenfiblement dans l’Eglife , les coutumes Grecques de fon païs , & que celles des Latins y étoient pres- que toutes abolies , il fe chargea de i’adminiftra- tion des affaires : & la Reirx qui ne put le perdre par fes calomnies , trouva moyen de s’en défaire par le poifon. Helene étant moje , le Roi envoia des Arabaffadeurs en Savoie > pour traiter lç mariage ChàK Vil. De Cypre. loi it Charlotte veuve du Prince d’Antioche , avec Louis Deuxieme , fils de Louis Duc de Savoie , qui a voit époufé Anne fille de lamts , & mourut trois mois après Helene fa femme. 3460. Charlotte. J. La ceremonie de fon couronnement fut accom- pagnée d’un mauvais prefage. En retournant de î’Eglifèdans fon Palais , le cheval fur lequel -elle étoit montée , s’effraia ; & Ton vid en même-terns tomber a terre, la couronne que l’on avoit mile fur la tête de cette Reine, Iacques Archevêque, quis’é- toit déjà propofé de faire égorger les premiers Mi- nières , h’avoit en effet , l’efprit rempli que de la penfée & de l’efperance d’ufurper le trône : & com- me les brigues furent découvertes , il fe fauva fort fecrettément , & fe retira depuis en Egypte. Ce- pendant , le Comte Louis arriva en Cypre , fut ma- rié avec Charlotte , & couronné Roi de Cypre , de Jcrufalem , de d’ Arménie. Quelque-tems apres , le Roi & la Reine furent avertis que Iacques avoit fait de grandes promeffes au Sultan du Caire : &' quoi qu’ils euflènt envoié des Ambaffadeurs à ce dernier; Iacques fît fi bien , qu’il arriva en Cypre avec une Armée de Sarafins & de Mamelus ; qu’il força le Roi de fortir de l’île ; de chafla les Génois , de F a- magouèe. f* Jacqjies. 10. Ce Roi aiant vu , ou par lui-même , ou par les Cornares de Venife , qui étoienten Cypre, qu’il ne regneroit jamais fûrementfans quelque alliance qui fut capable de fbutenir fon autorité , envoia des Ambaffadeurs à la République de Venife , pour lui demander en mariage , Catherine fille de Marc Cornare : de la République l’ayant adoptée au nom E iij tei H iftoire dn Monde Liv« VIL defaint Marc , avec une dot de cent mille ducats , la fît conduire fur quelques galeres dans file de Cypre. Il mourut a Page de trente-trois, ans , en régna neuf , & huit mois , félon quelques-uns , laif- fa la Reine greffe d'un fîls, que l'on nomma Jacques , 6c eut hors de mariage , Janus ou Eugène , Jean , Sc Charlotte. Les Grecs de Cypre le nomraoient Re^ Zages ; & par ces deux mots , l’un Italien, 6: 1 autre François allez corrompu , ils enten- doient le Rot Jacques. 1 4 7 3* Jacques, t . 9 ^ n ^ re Cornare & le Bembe furent fbupçonnez d'avoir empoifonné ces deux derniers Rois. *47 f* Catherine. 74, Sous fon Régné , la Famille des Ccrnares fut ab~ foluë , & potfeda les premières Charges. Les Vé- nitiens qui portoient plus loin leurs^prétentions , envoierent en Cypie la mere & le frère de cette Rei- ne qui étant perfuadée par leurs raifons & par Leurs prières , quitta le Royaume Pan mille quatre cens quatre-vingt-neuf, pour vivre a Venife où elle fît préfent du Royaume à la République : 8c ce don fut enregiftré dans toutes les formes , & gravé dans PEglife de faint Sauveur , fur du marbre. Les enfans illégitimes , qui avoient fuivi la Reine , ne jouirent pas d’une longue vie. lanus fut noié dans un canal ; Iacjues fon frere mourut à Venife ; 8c Char lot e leur fœur , à Padouë. Pendant que ces chofes étoient ménagées , la Reine Charlote men- dioit en Italie îe fecours du Pape , du Duc de Sa- voie , & de quelques Princes , pour le rétablir dans fon Royaume. Mais fon mari étoit déjà mort , & ne pouvant obtenir ni argent , ni hommes , pour rentrer dans la pofîefïion de fon Etat, elle renonça C k A p, VL De Cypre. 103 volontairement à fon Royaume , & à tous les droits en faveur du Duc de Savoie, devant le Pape & les Cardinaux: & fous le Pontificat de Faut Troifié-- me , cet A&e fut lu a Bologne , au couronnement de Charles- Quint. Elle mourut quelque-tems après, & fut inhumée dans PEglife de faine François cf A fille. 1489. Lés VenitiÈn*. 8 i , Jean Mâchés Juif s’étant fauve avec ceux de fa Religion quiavoient étéchaffez d’Efpagne , fut en- voie a Venife au nom des Marancs , pour avoir la permifiion de s’établir en quelques lieux de la dé- pendance de la République. N’aiant pu rien ga- gner par fes offres ,il fe retira à Conftantinople où il s’introduifit par fes préfens & par fes avis , au- près des plus puifians de la Porte : & par leur moien , il fut connu de Soliman , & de Sélim qui lui fucceda» Comme il 11e cherchoit qu’a fe venger des Vénitiens pour le refus qu’ils lui avoient fait , & qu’il étoit libre avec Sdïm qui aimoit à boire , i! lui parla des vins & des fruits de l’îîede Cypre, delà fertilité de fes terres , & de fes richefies. Il lui remontra cjue c’étoit par elle que les Vénitiens ctoient maîtres de. la Mer ; par conféquent , de tout le commerce ; & qu’à la fin , ils empêchcroient la navigation des Turcs qui s’embarquoient par dé- votion , pour voir à la Mecque, le fepulchre de Mahomet. Il dit que cette île appartenoit aux fuc- cefieurs de Sélim Premier qui avoit conquis l’E- gypte , dont elle faifoit une partie : que ces Pirates l’avoient ufurpée par leurs artifices , & qu’ils dé- voient être bien avides du fang des Turcs , puifquc par leurs Loix , ils s’étoient obligez de tuer géné- ralement tous fes fujets , quand ils en prenoient quelque folenneîle que fut Talliance entre les uns & E iiij îo 4 Hlfloîrt du Monde liv, yjv & S le â R tfe ^ p 1 a, ° Üta 4 u>l1 y en avoir uneent’re lui & le Roi de Fiance , qui même par l'es guerres do- b R ft ô.\i’Fr et01t Cpuifé , d ’ ar S cnt & ^ forces. Que L R M a f Efp t gnc ** 01 * des affair « à démêler conrîe les Maures & contre des gens qui dans l’une de Tes Ïion m n S Vp V °‘ ent introclait “e nouvelle Reli- gion. Que 1 Empereur ne romproit jamais la paix qui lui avoit été accordée , & que le Roi de Polo ‘j ev ® nu % c aux dépens d’autrui , par la ba- foî tnm Y ea,p t Ch o 0it blen de ^ une p ,, lPe ' Apres cela > iJ ne manqua pas d’exa- ^erer 1 embrasement de l’Arfenal des Vénitiens, qui avoir fondu leur artillerie , dont ils ne pou- Zl i CÎOn ?: teins r T terla pcrte > & conclut enfin , que n aians perfonne pour les fecourir iifter et ° ISnt PaS Capables d’eux-mêmes de lui re- II eft vrai que l’an mille cinq cens foixante-neuf lé quinzième de Septembre, le feu brûla tout i’Arfenaî de Vernie , que toute la ville en fut ébranlée • & quelques-uns croient que Iean Muches fît ce coup terrible par fes EmilTaires. H n’y avait alors par bon-heur , que quarante mille livres de poudre , & toute la ville eût été peut-être renverfée , fi deux cens mille livres de poudre n’euflent été tirées au- paravant de cet A rien al , pour être diftribuées a Corfou , & dans les autres îles de la République. Muftapha Bacba , dont les penfées n’alloient qu a la guerre , & qui faifoic agir fean Muches au- près de Selim , appuia fur toutes les raifons de ce Juif: & dit que le commencement du Régné de l’Empereur des Croyans devant; être fignalé par quelque a&ion de grand éclat , il n’étoit pas ne- cefiaire d’aller tenter fort loin des conquêtes , puis que celle de Cypre étoit fi proche & fi affurée. Mais Comme entre les Vénitiens & les Turcs , il y avoir Chaf. VIL De Cypre . lof ine paix conclue , & que la Religion fèmbloit exi- rer que le Traité ne fût point rompu, on coc- ulta le Mufti fur cet article , & celui-ci , qui eto.t raané , dit que les Chrétiens étant ennemis de la tm de Mahomet , la même Loi ne demandoit point aue l’on gardât pour eux des mefurcs. Onobierva ■•ôuL'tant quelques bienfeances , & Ton nt deman- der fur de beaux prétextes , l’ilc de Cypre aux Vé- nitiens qui eurent encore des raifons plus fortes pour la refufer. Sur ce refus l’Empereur des Turcs Et équiper une grande flotte: & M uflaphœ defeendit dans Elle. Il prit Nicofee , apres quinze affauts , & an Siégé dç fept iemaines, l’an mille cinq cens fei- sante & onze , félon Leunclavius , le dixième de Septembre ; Famœgoufte , l’an mille cinq cens foi- xante & douze , le cinquième d’Août , apres avoir perdu trente mille hommes devant cette Place qui foutint le Siégé une année entière. Marc Antoine Bragadin qui la deffendit , & qui manquent de poudre St de vivres , fît fa capitulation allez ho- norable. Mais fans avoir égard au Traite f* qui L’avoit reçu d’abord tres-civilement > don- na ordre, enfuite , que la plupart des otages fuirent malïacrez , qu’on coupât le nez & les oreilles a Bragadin , & qu’on l’écorchât au bruit des trom- pettes. Le refte de l’île n’eut pas la force de lui rc- fifter ; & cette conquête lui coûta quatre - vingt mille hommes. IoS Hifloire du Monde , Liv. VIL c H A P I T R E V I 1 1. De Troie. T , , oue an ciennc des Payenseft fortconfufie meme ‘«certame , parce que dans toutes les Familles îlluftres qui etoicnt au deflus du tems dont ils n avoient nulle connoiffance , ils en nommoient le piemier qui avoit régné, Saturne , le Pere, Cœltts la mere , Vefta ; l a femme , R beu ; le fils , Jupiter- &■ le petit-fils , Hercule. Aptes cela , il n’eft pas etiange que aans la genealogie des Rois de Troie qui donna le nom à la Troe.de , Région de l’Afie Mineure expofée à la Mer Egée, on ait compté Vr anus , i aturne , O/sris , Hercule de Libye Tuf. leL’u t- ,BUf a"- & Ce «garie teur Hiftoire polleneure , n c-R pas plus certain , on ne lçait pas combien de tems ont re°-né Scamandre , Teticer ou Teucrus. On dit feulement que Dardanus fils de fufiter 8c à’ELeBre fiiledVf- las , epouia Bâtée fille de Teucrus, qu’il replia foi- ^ante-cinq ans , & que Ton fils Erictbomus mari a Aftycche , ou de Callïrhoé fille de Scamandre , en iegna quarante-fix. Tros qui donna le nom ^ UX ;; T ; r °i en V ^ ui fut mârié avcc Sentis , ou avec Cajhrhoe , félon quelques-uns , & qui étoit fils d Enchthonius , régna quarante-neuf ans , & fon fils 1/^, quarante. Ce fut ce dernier qui fit bâtir ou for- tifier la Citadelle d Tlion ; car quelques-uns veulent que Dard anus fait commencée , apres avoir quitté 1 Itahe jou il avoir tué /afius fon frère : & la ville ou forterefie d *llion qui a eu suffi le nom de TroU Ch ap. VIII- De Troie. 107 étoit au pié de la montagne à’ida. Laomhdon , fils d ite.' , régna quarante-quatre ans ,& Piuam, fils de Laomedon , en régna cinquante-deux de forte que le régné des Rois de Troie ne dura que deux cens quatre-vingt lèize ans , à compter depuis Dardantes jufqu’* Priant. C’eft de quoi les Hiftoriens ne font pas d acord, parce qu’ils ont fait plus ou moins regner ces der- niers Rois. Quelques-uns difcnt que le Régné de Dardantes commença l’an du Monde deux mille quatre cens quatre vingt huit , & que Troie lut ruinée l’an deux mille fept cens quatre-vingt- huit , mille cent quatre - vingt trois ans avant la Naiflance de Jefiis- Chrift. Le Pere Ric~ cioli n’y met qu’une année de plus. Scahger al- lure qu’elle a été prife un peu avant le Solltice d’Eté; dix-fept jours auparavant, fi l’on s’en ra~ porte à Denis d’Halicarnaffc & a Eratofthene : ; un jour plutôt , félon Plutarque , l’an deux mille fept cens foixante-fepc. On peut remarquer dans Diodore , que les Affyriens en avoient déjà ré- gné plus de mille , lors que les Grecs etoient de- vant Troie que ces derniers prirent trois cens iix ans avant la mort de Sftydttîi'flpftlc qui mourut 9 comme le témoignent quelques Auteurs . 1 an trois mille cette rai fou cent quarante- huit : & , qu’elle eut été ruinée 1 il faudroit par ’an deux mille huit cens quarante-deux. Vjjer a écrit qu’elle fut détruite l’an deux mille huit cens vingt > m ^ e ccnt quatre-vingt quatre ans avant la Naiffance du Sau- veur du Monde , quatre cens huit ans avant la première Olympiade qui félon lui' , commença 1 an trois mille deux cens vingt-huit. Denis Argicn , Ægias , Dercyle , Hellanycus , & Tryphiodore ne s’accordent point fur le tems de la deftruCtion de Troie , dans Clément Alexandrin ; & tout ce E vj rof Hifioïredu Mende. Liv. VII. «ui regarde cette Guerre , eft fort douteux ou fort conteflé. La caufe même en eft incertaine, a Servius dit r que les Troyens , félon quelques-uns , n’àyant pas voulu recevoir Hercule qui clicrclioit HyUs , s’a- tirèrent la guerre par ce refus ; & qu’H elene ne fut point enlevee par P dm. Il ajoute que ceux qui condannent cette opinion , diient que The fée en- leva Helene ; qu’il la confia en fui te , à Vrotkée Roi d’Egypte ; & qu’alexandre Vdrts , ne l’enleva que quand M endettés , fbn mari l’eut retirée des mains de ce Roi, quelque tems apres la Guerre de il oie. Les aunes aflurent qu’elle fut toujours dans cette ville durant le liège ; que quand Vâris eut été tué , Vrimn la donna en mariage â Dei~ ]>hobus , le plus vaillant de tous les enfans après Heélor. Pour Thefée, quelques-uns difent qu’aprés avoir enlevé Helene , il la conduifit dans A phidnes oïl elle fut reprife par fes deux freres Cetfior 8c Voliux qui avoient levé des Troupes pour la re- couvrer . & qui forcèrent cette ville de l’Attique. jEnfn les lins veulent qu’îd^ 3c Lyncée qui l’enle- verent , Payent mifè entre les mains de Thefée pour la leur garder , 8c que celui-ci, pour ne point man- quer à fa parole , s’opiniâtra toujours â la retenir. D’autres ont écrit que Tyndarée la donna même en garde a Thefée , parce qu ’Ernafph&rm fbn ne- veu , fils d’H if océan , frère de Tyr.d&rée pere à'Hekne , la vouloit avoir abfolument , & de fi grandes contrariétés feroient douter de Penle ve- inent de cette Pnncefîè. Il y a une choie dont conviennent généralement tous les Auteurs , c’eft qu’elle étoit parfaitement belle. Dares de Phrygie dit qu’elle svoit l’efprit * Sut ronaiém» de pÊnefcle, Chap. VIII. DeTroie .■ ïojp doux ; la jambe bien faite ; la bouche petite , &c une marque entre les fourcils. Cedren témoigne qu’elle avoit la taille bien pnfe ; le teint blanc comme la nege ; les cheveux blonds ; le nés & les fourcils admirablement bien faits ; les yeux grands* & la gorge belle. Conftantin Manaffés* , qui en a fait le portrait en onze vers , & qui a copié Dares & Gedren ; ajoute qu’elle étoit voluptueufe ; déli- cate dans lès manières ; belle fans afeélation & fans artifice : Que toutes 1er Grâces fe trouvoient en elle : Qu’elle avoit la Phifionomie agréable > l’air grand & modelte ; les bras blancs ; les jolies vermeilles : Que fon teint étoit à peu prés comme Fivoir coloré de pourpre ; qu’elle avoit le cou long , & d’une blancheur à éblouir , ce qui a fait dire qu’elle avoit été engendrée d’un Cygne. Les Poètes ont feint en éfet Jupiter fe changea en cet Oifean pour Leda fa mere femme de Tyndarée Roi de Sparte : & s’il eft vrai félon Euripide , qu’aprés Fënlévcment de cette Princeffe , Leda fe pendit * & que Cafior & Vollux fe tuèrent de de- fefpoir , la mort de la fille ne fut * ni plus douce -, ni plus naturelle. Pour en convenir , on n’a qu’a lire Pau fanias dans les Laconiques où Fon trou- vera qu’H eUne ayant été chaffée de Sparte par l^icofirœte & par Megafenthe fils naturels de M e- mlans qui étoit mort , fè retira dans la Cour de Tolyxo veuve de Tlepoléme Roi des Rhodiens , qui avoit été tué par Sarfedon dans une bataille. Comme Üolyxo eut l’oeafion de vanger la mort de fon époux fur Helene qui avoit été le fujeç de cette guerre , elle envoya dans le même teins qu’elle fè baignoit , des fervantes déguifées en Furies , qui l’ayant prifè , la pendirent à un ar- bre : & une Chapelle nommée Helsine Vend^itts , ou Helene fendante a m arbre 3 lui fut couûcrée ïîo Hijloire du Monde Liv. VII. par les Rhodiens , en mémoire de cette aélion. Il - efl pourtant vrai qu’Euripide dit , qu’Ore^e & T y lad e s’étant défaits d 'Egyfle & de Clytemneflre dans Argos , Menelaus y courut d’abord , avec fa Elle Hermione , & fa femme Helene : Que Tyndaree , père de Clytemneflre , le fui vit ; & qu’ayant gagné ion gendre A ienelaus , il força Orefte de répondre de fon crime devant le Peuple qui ordonna qu’il fut lapidé. Il pria le Peuple de vouloir changer ce honteux fuplice ; de permettre au moins qu’il fe fît mourir ; & l’affura que le même jour, il fe tuéroit. Le Peuple conkntit a fa priere ; & Orefte fè retira dans le Palais avec Eleftere qui était fa fœur que l’on avoit condamnée au même fuplice , avec Py- lade fon cher ami qui fut depuis, le mari d’Eleftre, Ltant enfemble, ils conclurent qu’avant leur mort, ils fe vangcroient de Tyndaree , de Menelaus , & d'Helene qu’ils rencontrèrent dans le Palais , ac- compagnée de quelques efclaves. Ils étoient prêts de la maffacrer , quand elle difparut en un in fiant: êc comme Orcfle s’étoit faifx d' Hermione qu’il avoit conduite fur une tour ; qu’il tenoit l’épée nue fur fa tête ; que Menelaus enfonçoit les por- tes : tout ce grand defordre fut apaifé par. Apollon qui leur aparut , qui afsûra Menelaus opx'Helene n’étoit point morte , mais que les Dieux l’avoient enlevée , 8c qu’elle étoit immortelle. Ce qui regarde les prémiers Héros de cette guerre , n’efl pas plus certain. Ajax fe tua de defefpoir , après avoir veu qu’on lui avoit préféré VlyJJe qui difputoit les armes d'Achille : 8c en ceci, Homère , Sophocle , & Ovide fe trouvent d’acord. Diétys , Suidas , & Cédren , témoignent pourtant qu’ils difputerent à qui emporteroit le Palladium a ? V. Éeldtnus , pr. Syntagm. De J)Us Syrv. cap. i , & ad Seldcmn , M, A,nir. ‘Peyem. Chap. VIII. De Troie . in qui étoit une ftàtue de P allas , de trois coudées , faite par un certain Philofophe nommé Afin s : de cette petite ftatue qui étoit de bois , devoit être une efpéce dé Talifmàn pour la confervation de la ville- Le premier a écrit qu’-^jÆ# r ayant menacé les plus coniidérables Oficiexs de l’Armée , de les tuer , par- ce qu'ils lui avoient préféré Vlyjfe , fut trouvé le lendemain , percé dans fa tente , d’un coup d’épée dont il étoit mort. Les autres racontent la même choie , mais ils y changent une circonftance , en affinant qu’ayant difputé un jour entier , pour cette Statué , avec Vlyjfe , on le trouva mort la nuit fui- vante , avant que les Grecs eulïent décidé fur leur querele. Darés de Phrygie dit qu’en fe batant avec Parts , il receut dans l’eftomac un coup de flèche de qu’il mourut dans le même ce ms qu’on la tira. | Dans le Scholiafte de Sophocle , fur la Tragédie d'Ajax , il fut emporté dans fon vaiffeau après ce. combat, & mourut delà quantité de fang qui étoit fortide fa plaie. Les Grecs , félon quelques autres, furent avertis par un Oracle , de lui jeter de la boiie fur tout le corps , parce que le fer ne pouvoit jamais le pénétrer ; de le firent mourir de cette ma- nière. Il étoit invulnérable au côté , félon le Scho- liafte de Sophocle ; fous l’aiffelle , comme le té- moigne Suidas ; au derrière du cou , félon Homère;, ou félon Tzetzès , à l’eftomac. Si l’on en veut croi- re Darés de Phrygie , il tua Paris : de fr l’on s’en raporte à Ptolomée fils dTîepheftion , celui-ci mourut d’un coup de lance, que Ménélaiis lui avoit | porté dans la cuifle. Di&ys , Tzetzés fur Lyco- phron, & Cédren difent que Paris de Philoftete j s’étant défiez , ce dernier tira trois flèches ; que du premier coup , il lui perça la main gauche ; du | fécond, l’œil droit; du troifiéme, les deux pies ; & qu’il expira dans le même efpace qui avoit été lil flfifloire du Monde Liv. VIT. marqué pour leur combat. Achille , qui étoit invulnérable par tout le corpv fut blefle à la main , par HeUnus , félon Diéfys ; à la cuiffe, par Hettor, félon Darés ; au ventre, par Paris , félon Softrate , comme Euftathius l’a remarqué fur l’onzième de l’Odyffée. Coriuthus de Smyrne , cru comme le nomment quelques-uns, Qujntus de Calabre, dit qu’il tua Penthefilée : 8c Telien témoigne qu’il fut tué par cette Reine des Amazones , qu’il tua enfuite quand Jupiter l’eut refïufcité. Parts le bleffa mortellement d’un coup de flèche , félon quelques-uns , ou le tua , félon quelques autres, à coups de poignard, dans un Temple d’Apollon: & félon Hygin , Apollon même lui tira un coup , dont il mourut , pour le punir dé fa vanité. Je laiffe une infinité d’oblerva- tions de même nature que l’on pourra voir dans les Commentaires de Vigenere fur Philoftrate , & de Meziriac fur les Epîtres d’Ovide. Mais je ne puis m’empêcher de parler d’Enée. Lefchés , Auteur de la Petite Iliade , a cru qu’E- née ayant été fait prifonnier avec tout le relie des Troïens qui évitèrent la première vangeance dc's Grecs , fut donné pour efclave à Néoptoleme , ou Pyrrhus , fils d’ Achille , avec Andromaque femme d’H eâtor. Tzetzés qui allégué fur Lycopîiron le vers de Lefchés > ajoute que quand Pyrrhus eut été tué par Ortfte à Delphes , dans le Temple d’Apol- lon , Enee qui fut mis en liberté , fe retira dans Ja Macédoine , en une ville nommée Rhoecelus, qui d 'Enée eiit depuis le nom à'Ænus , 8c qu’enfuite il alla en-Italie. D’autres ont écrit, comme le ra- poite Denis d’Halicarnafîe dans fon premier Li- vre , qu’il étoit abfent quand Troie fut prife , 8c que P riam l’a voit envoyé en Italie , avec quelques troupes. Datés veut qu ’Enée y hntenor 8c Polyda - Ch AP. VIÎI. De Troie r ii| \mas aycnt livré aux Grecs la ville de Troie; le jpremier , par la haine qu’il avoir conçue, félon Strabon , pour le Roi P riam qui le méprifoit , ou pour Vans Alexandre , félon Ménécrate de Xante !en Lyciê. Le palfage de Ménécrate eft dans le Li- Ivre de Denis d’Halicarnalfe , que j’ai cité ; & l’on (verra dans le treiziéme de lTliade, qu’Vnée haifïoifc Vriam , parce que celui-ci n’ayant nul égard à fon courage , ne lui faifoit pas tous les honneurs dont jil étoit digne, a Servius fur le premier de FEneidc , [parle de la trahifon à’Ünée & à'Antenor > après Tite Live. Nous apprenons même de Tzetzés fur Lycophron , op'Antenor donna un fignal aux Grecs avec un Éambeau ; 8c qu'il ouvrit la porte Idu cheval de bois , pour en faire fottir ceuxqu*on y avoit enfermez. Quelques Ecrivains ont été per— |fuadez , que quand les Grecs curent pris là ville », ŒLnée fe retira dans la Fortereffe oü étoient lès Dieux particuliers des Troïens , & la plus grande partie de fes richefîes. Mais comme il vid qu’il n’étoit !pas en état de tenir long-tems , il fit fomr par une- porte qui étoit dérnere , lés femmes , les enfans , les vieillars: & donna ordre à quelques foldats qui Iles conduifoient avec le bagage , de fè. retirer vers la montagne qui après avoir embarraffé leur fij jet , avo ent enfin recours aux machines fur lefquelles ils wrq- ChAP. VIII. De Troie, 115 Üuifoient des Divinitez qui ne manquaient pas de fupîéer par quelque miracle , au défaut de Part de le la nature. Ce Foete Egyptien , qui ne voyait jue de la confufion dans cette piece , & qui cepen» iant vouloit qu 'Enée fe fût retiré en Italie, a dk ju’il y avoit été tranfporté avec Anchife , par la Déeffe Vernis ; & s’eft tiré tout d’un coup d’affaire îar cette machine. Qu’auroit pu répondre l’Auteur h ces Vers , â ceux qui foûtiennent dans le premier Livre de Denis d’Halicarnaffe , qu ’Enèe fils à? An- ’hife & de Venus , 11’aborda jamais en Italie , mais in autre Enée ? Dans les Oraifons de Dion Chryfoftome , il y :n a une ou ce grand homme a voulu prouver que l’on rdavoit point pris îiion Là même il efi: dit » fur le rapport d’un Prêtre d’Ëgvpte , qn* Alexandr? Paris époufa H elene ; qu’enfuite il la conduifit a Troie ; que les- premiers hommes dé toute la Gre- :e , jaloux de la bonne fortune de Paris , & de la miffance des Troïens , demandèrent qu’011 leur ren- voyât cette PrincefTe, en étant foiieitez par Aga- memnon & que fur le refus que l’on en fit , ils faviferent de leur déclarer la guerre. Cette guerre, à l’on s’enraporte à cet Auteur, fut toujours fu- lefte aux Grecs , dont la plupart des yaiuèau-x fu- rent brûlez : & dans le Camp même , Achille y fut bue par Heffier. O11 trouve encore dans cette Orai- fon , mile en abregd par Rhodoman , que les Troïens ayant à la fin contraint les Grecs de leur demander la paix , & de contrarier* avec eux une [alliance, envoyèrent des Colonies en Italie, en Grece , dans les Gaules , & en d’autres lieux fort [éloignez. Qui poura croire que des miferables & |dés vagabonds, après l’embrafement de leur ville, & la perte de tout leur païs , ayent pû conquérir idtçs terres fertiles & habitées , fans y trouver de k iî ^ Hijîoirt du Monde. Lrv. VÏL renftance ? Que lins force & fans aucun fecourï etranger , ris ayent occupé de riches Provinces- dont ies^ Grecs qui les avoient tous chalTez de leur -ctat , n eulient pu venir à bout avec leurs troupes victorieules ? Mais comment les Grecs auroient-ils pris toute la Troade, & brûlé Troie, fi Priant, à a reierve de quelques enfans qu’il avoit perdus , mouiut auffi heureux qu’il le pou voit être ? Si tlar ’ *Ç r . 6S £? olr affu î eti bcaucou P de Provinces en Aiie , SC larfle Scametndrie fon fils qui lui fucce»- P a >' a ls droit à la nature que dans une eillefle ,ort avances ? Si ce fils régna dans l'a Tioade ? Si H elenus fils de P riant , conquit l’E- pirc? Si Enée, envoyé par H eHor en Italie, en devint le maure ? Les Vainqueurs auroient été bien plus mal-heureux que les vaincus, puifquV/y/Tà , I^ e n a A° ir e f“ y c plufieurs tem pêtes, fut tué , fe- Parthenius , & Euftathe fur l’onzième de 1 Odylfee , par Telegone fon propre fils, qu’il avoir eu de Circe : Qu ’Agumemnon ne fut pas mieux traite de fa femme ; & que ceux de la race de Pelais furent tous chaflez du Péloponefe. Méndms , félon le témoignage même des Grecs , mourut en E ev - pte , ou en Afrique. A la fin de la vie d’Agéfilas , Plutarque parle du Port de MéneUiis , quîcut ce nom , parce que Ménelaiis mourut dans ce lieu de- lert de la Libye, tl eft remarqué dans le premier Livre de Straben , que ce Port eft proche d’A rda- »ta, au aellus du Pr&tonium , qui félon Etienne de Byzance , eft* Ammonie ville de la Marmanque eii Afrique , eloignee de cent quatre-vingt mille pas , ou deirx grandes lieues d’Alexandrie , vers le Cou- chant: & quelques-uns difent que c’eft Alberto n dans le Royaume de Barbet en Barbarie. Métrodore de Lampfaque, que les Turcs nom. ment Legcke , ville de Myfit dans l’Aüe Mineur® , Ch A p. VIII. De Troie. uj jfer i’Hcicfpont , qui eit la bouche des Dardanelles, ! dit bien plus encoie dans une Oi aifon de Tatien , que l’on pourra voir dans le deuxième Tome de la | Bibliothèque des Peres. On y lit qu ’Hettor, Achil- le , Agumemnon , Hélène , Vurls , n’ont jamais été dans la nature ; qu’Homere n’introduit & les Grecs & les Barbares , qu’il a fait naître .comme il lui a plu , que peur les^mployer dans fou Poème. Quel- ques-uns croyent même que ce que nous avons aujourd’hui d’Homere, étoit autrefois fans ordre ■ 8c fans liaifon : qu’il n’avoit travaillé qu’à des jChanfons; qu’aprés fa mort on fit un Corps de toutes ces pièces differentes , que l’on trouva moyen i de réduire en Art pour en former un Poème Epi- que. Je n’apuye point fur cette opinion ridicule , 8c ne veux pas même examiner la vérité ou la fauf* [ fêté de ce qu ont avancé quelques Auteurs ,qu*Ho^ Iniere avoit dérobé dans le Temple de Vulcain à Memphis, les Livres d’une certaine Phuntufsu qui j a voit écrit la guerre de Troie , 8c qu’il fe les étoit 'appropriez. Dans Ptolemée fils d’Hepheftipn, il di encore parlé d’une certaine fille de Mufée A- thenien, nommée Helene, qui avoir écrit toute cette guerre , qui fervit depuis de fujet à l’Iliade. Il eft remarqué dans Elien , que Syagre , après Gr* $ bée 8c Mufée , fut le premier , félon quelques-uns, qui compofa en vers la guerre de Troie ; ce que Suidas dit de Corinus , 8c Athenép de Phemmius 8c de Démùdoque. Nous avons fur ce fujet D'tftys de Crete , Dures de Phrygie ; 8c ce dernier qui a été pofterieur à Dicftys , a vécu avant Homere , ce qu’il eft aifé de juftifîer. Tout cela fert à faire connoîtie la vérité du fiege de Troie. Mais fi l’on avoue aveç André Schott , avec Poffevin , avec Scaliger , 8c quelques autres , que les Livres que nous avons de ces Auteurs font fuppofez , & que les Originaux Î&8 HifivireJii Monde Liv* VIL ea ont été perdus , on poura douter avec raifon de toutes les particularitez de cette guene. U efl certain que dans les Hifloires de tous les peuples > il y a toujours eu un tems inconnu , un tems fabuleux , & un hifloricue. Celui de la Créa- tion du .premier homme jufques au Deluge , a été inconnu a tous les Grecs. L’autre depuis le Déluge jufqu’à la première Olympiade , efl à l’égard de ce qu’Us ont dit , un tems fabuleux ; & le troifiéme (kpuis ce tems là , efl hiflorique , pour la vérité des .chofes qui font contenues dans leurs Hifloires. Leur tems fabuleux commence par les Royaumes de Sicyone , d’Argos , d’Athenes , & de quelques autres villes confiderables : Et des rivages , des fontaines , des promontoires , ils ont fait des Rois. C’efl ainfi que du nom Aigialo; qui lignifie rivage, ils ont formé leur Egiàlée qu’ils comptent pour le premier Roi de Sicyone : Qu’ils ont fait régner Afree 8c Cranaus en Attique nommée Afre ou Afrique , parce qu’elle efl toute maritime , .& que fa figure efl triangulaire ; 8c Cranaé , parce qu’elle efl rude , âpre , 8c pierreufe. De, ces Princes , & de quelques autres qui n’ont peut-être , jamais vécu, ils ont fait forcir des demi-Dieux : & de ces peres 8c de leurs enfans , ils ont compofé toute leur Hifloire fabuleufè qui n’efl pourtant pas un pur ouvrage d’invention. Comme ils dévoient l’ufag-e des lettres , 8c l’Hifloire des Hebreux , aux Phé- niciens avec lefquels ils avoient commerce , parce qu’ils envoyoient ordinairement des vaxfl'eaux en Phénicie , 8c que les Oeuvres de s anchoniaton qui avoir écrit ce qu’il avoit feu de Jerubbaal ou Gi- deen , fur les origines des Phéniciens , dévoient être traduites en Grec, ils en tirèrent tout ce qu’ils purent , Raccommodèrent à leur géme & à leur humeur. A n’en point mentir , .PHiftonen San- Chaï». yiX-I, De Troie. \chmhto.;t cd fore fufpcét à quelques fiçâvans qui [ne peuvent croire ni qu’il ait vécu avant la guérie ! de Troie, ni que Philon de Bibios Ton Traducteur [fort aufli ancien qu’on le fiimagine , puifque nous japrenons du Suidas , qu’il vivait lotis le Régné d Hadrien , a moins qu’il n’y ait eu d’une même ville , deux Philons qui ont travaillé fur le même original ; ce qu’il n’ed pas aile de prouver. On doit au moins* demeurer d’acord que les prémiers Grecs qui voyage oient & en Phénicie & en Egypte, qui étoient même redevables de la fondation de quelques-unes de leurs villes a ces étrangers , ont eu quelque connoidance de THiftoire des Hé- breux , par la Tradition, ou par les Livres. Mais icomme ils étoient naturellement fort vains , & que le menfongé ed inséparable de la forte vanité, Ils s’apropnérent la plupart des chofes que les 'autres s’étoient contenté de leur confier ; 8c s’ima- iginerenc qu’ils en pou voient changer la nature , en .changeant leur noms & leurs circondances! Ainfi de la guerre de lephté , qui ed écrite dans i’onziéme & dans le treiziéme chapitre des Ju^es , ils ont pû former leur guerre de Troie, & Tavan- Iture d’iphtan&ffe , Iphis , ou Iphigenie qui ne peut :êux que la fille de lephté fi l’on regarde le raporc des noms : de maniéré qu ’ Iphis ed la fille de Jephté; \& celui-ci, Agamemnon pere d' Iphis ou Iphianafe * Outre une fi grande conformité , les Grecs témoi- gnent quTphigénie ne fut point facrifiée , mais [qu’une biche de Diane , ou , félon Arifctfhiir Libé- plis , un veau , fut mis en fia place. Quelques [Rabbins , entre autres Kimhi , 8c Salomon Jarxi, foâtiennent au fil que la fille de lephté ne fut point oferte en Holocaude ; que le vœu du pere n’en fof pas moins acompli , parce que la fille fut con- facrée à Dieu fans cfpcrance d’être mariée. Ajoutez æio Hiftoire du Monde* Liv, VîL qu’on a fait régner A gamemnon à Mycenes , dans le même tems que vivoit lepbté : que celui-ci n£ mourut , félon Uffer , que trois ans après la prifc de Troie ; & que cette guerre , félon quelques au- tres , commença la même année que Jephté lut établi Juge en Ifraël. Il ett bien vrai que de très-grands hommes ont truque la fille de lephté avoit été égorgée , & bru- lée enfuitc , pour rendre acompli k* v-au de fon pere. Mais qui a pû faire ce coup éfroyable ? Ce ne fut aparemment , ni lephté qui pour foûtenir Ton imprudence , eût renoncé à tous les fentimens de la Nature ; ni les Prêtres qui ne pou voient ignorer que Pon n’ofroit à Dieu dans les Sacrifices, que les ËœufSylcsBre&isilcsChùvreauXilçs Tourterelcs &c les Colombes ; ni le Magiftrat , qui devoit fça- voir que parmi les Juifs , ks Vidimes humaines étoient défendues. D’autres ont -cru par cette rai- fon , apres des Rabbins , que les D odeurs de la Loi ayant été confukés fur ce même vœu, répon- dirent que Pon pouvoit changer la mort naturelle de cette fille , en une mort civile , c’eft-à-dire , en une vie chatte & retirée ; & qu’elle fut confacrée a Dieu en fe fefant N afiréenne , ou comme Reli - gieufe , enfe féparant du rette du monde. Voici le trentième & le trente-uniéme verièt *du chapitre onzième des Juges , ou parle Jephté que ceux de Galaad avoient élu pour leur General. S 'il arrive que vous livriez les Hammonites entre mes mains , ce qui fortira des portes de ma maifon , cela même fera a l'Eternel 5 ^ f era °f ert en Sacrifice. En voici le fens. Ce qui fs préfentera (C abord devant- moi s fera d l'Eternel , fans que cette chofe puiffe être jamais à d'autres qu'a lui , Ou je Vofrirai en Sacrifice ,fi la Loi permet que cette chofe lui puijfe être oferte. En éfet , le Vm des Hebreux qui figni- Chat. VÏÎI. De Tro 12c fjc et , a ici , & en quelques autres endroits ce l’Ecriture , la force de la particule disjoaclive ou : Sc l’on n’aura .qu’a le fou venir du verièt du vingt- unième chapitre de l’Exode ; Celui qui aura mau- dit fon pere , & fa mer e , moura de mort , que faint Mathieu a rendu dans le chapitre quinziéme de ion Evangile a , Qui maudira pere ou mer e, mourra de mort . Le vœu de lephtê fut donc un vœu condi- tionné, parce que fi un chien, un chat , ou un âne fe futpréfenté a lui, à fon arrivée, ilm’eut pu le facri- fier a Dieu, a qui l’on n’ofroit que des cinq efpeces que j’ai marquées; & que la Loi ne permettoit pas qu’on lui facrifiât des bêtes fouillées , ni des filles , -ni des femmes , ni des hommes. Cette opinion , qui a été celle de Nicolas de Lyra, de Pagnin,dc ¥ a table , de Munïter , de Clarius , de Drufms , d'Amama , de Hackfpan , & de très-grands hom- mes de l’une & de l’autre Religion , eft confirmée par le relie du chapitre ou l’on peut voir que lephtê s’aquna du vœu qu’il avoit fait ,& que tous les ms , durant quatre jours , les filles d’Ifraèl al~ Üient fafliger av et cette fille , pour la necelfité où l’ avoir réduite le vœu de Ion pere, de pader fa vie dans le célibat , parce qu’alors , il était honteux d’être fans mari, 8 c fans enrans. Outre que c’étoit une efpece de reproche qu’on leur pouvoir faire , parce que Dieu avoir promis la fécondité aux Juifs avec les autres prospérités Patente du Medîe étoit encore une autre raifon très confiderable, parce que chaque femme pouvoir fe dater que c etoic d’elle qu’il pouvoit naître. Le verbe Hébraïque lethanoth , qui fignifi ts’afliger , faire des la ment a- fions, figni fie encore devifer , parler , ou s’entrete- nir * vec <1**1 qu'un } de maniéré que les filles 3 Vcrfet 4. . Terne IV. 8 11% Hiftolre du Monde . LiV . VIÏ 0 d’Jfrael alloient tous les ans , durant quatre jours., par la permiflïon de lefhté , s’entretenir avec fa- illie pour la divertir , ou la confoler dans fa trif- teffe. Quand on ne donneroit à ce Verbe que la première lignification , il feroit toujours aifé de conclure qu’elle n’auroit été ni égorgée , ni brûlée, parce que .ces plaintes & ces fortes de lamenta- tions anniverfaires 3 ji’étoient point en ufage parm.i les Juifs. Puifque je n’ai plus rien à dire de Troïe • a Fexemple de la fille de Iefhtê y je veux ajouter un autre exemple qui poura fervir a faire connoître que c’effc de la Bible , ou a tout le moins des Orien- taux , que la plus grande partie de l’Hifloire Fa- buleufè des Grecs a été tirée , quoiqu’ils ayent fait tout ce qu’ils ont pu pour en cacher F origine , ou qu’ils n’ayent pas obfervé l’ordre des tems , parce qu’ils ne connoiffoipnt rien qui fut au deffus des Olympiades. Ils ont écrit que Bacchus avoir été mis après fa naiffance fur les eaux , dans une efpece de coffre d’ozier ; qu’il eut deux meres ; qu’il rut élevé fur la montagne de Nifa ; qu’il eut une armée d'hom- mes & de femmes ; qu’il avoit deux cornes ; & que les Bacchantes tirèrent de Veau d 3 un rocher avec un Tyrfe . Moïie fut expofé fur le Nil , & n’eut même le nom de Mofchéy que parce qu’il avoit été tiré des eaux , & non pas pour en avoir été fau- ve y comme dit Jofeph. Le nom de Mofché eft Hé- braïque , contre l’opinion d’Aben Ezra , qui veut qu’il ait été traduit de l’Egyptien Menton: & ce premier nom lui fut impofé par fa propre mere , furquoi l’on peut voir la Differtation de Buxtorf Du nom de Mojfe. Aben Ezra s’eft donc fort trom- pé , fi l’on s’en raporte a Tremellius & à Junius , qui veuletu que Montes foie Menés premier Roi d’E- Chap. VIII. De Traie „ nj gj'pte , qui fonda Mempliis , donc il eft parlé dans Hérodote 8c dans Diodore. Ileft pourtant vrai que Mo en Egyptien lignifie eau : Ni de , parce qu’il avoit été tiré de l'eau , ce qui ferait voir que Mo- nies eft la même choie que Movfe , li l’on en re- garde la lignification ; 8c il cil appelle fils de L’eau par quelques Grecs a. Mais il faut achever les con- fiormitez. Moyfe eut deux meres , c’eft-à-dire , loc~ ’kebed qui l’engendra ; Thermuth fille de Pharaon , cut le P remier l’Empire a Mons Sinai nemen 'llud accepit , quia m-eo extabat in- feripr o à Mofe e/araca JJwv* NiQi i. c. Deus vcxillum meum ,eumque Ptanices Deum Wyfeum , Sec. Bochartus, Gha?. VIII. T)e Trois . 1*5 du monde s fut banni, & jette dans le Tâtttre , parce qu’il a voit mangé fes enfans ; rentra par le moyen de fon fils en poffeflîon de fon Royaume , & trouva l’invention de i’Agricukure. C cR avoir fait le portrait d 9 A dm que Dieu forma de fes pro- pres mains , de la poujfiere ; a qui toutes les choies créées furent foumifes ; qui précipita fa pofteiite dans l’abîme , & qui fut chaire du Jardin d Eden. Quelques-uns en ont pouffé le rapport plus loin > en difant que comme Saturne y Adam fut rétabli par fon fis félon la chair , le Sauveur du monde , qu’il laboura la terre après fa chute. Leur Vul- cnïn eR le Tubalcain qui trouva l’invention de for- ger le fer ; êc leur Deluge d 'Ogygés , celui qui arriva fous Noé. lanus qui vient de l’Hebreu Iftiim, ^c’eR-a- dire , •vin , avoit deux vifages ; & ce Noé même qui vid le fiecle qui précéda le Deluge , & le fui- vant , planta la •vigne. Hammon qui eut un Tem- ple en Libye , eR Cham ou Hum , qui eut en par- tage l’Egypte & l’Afrique , où eft la Libye , & où il reçût les mêmes honneurs que l’on rend a Dieu. La Guerre terrible des Geans ou des Enfans de U Terre contre les Dieux ; les montagnes entaffées les unes fur les autres, & la foudre dont ils furent écraffez , ne font autre chofe que l’ambition des enfans des hommes v comme ils font nommez dans l’Ecriture, à l’egard, de Ta fameufe Tour de Babel* dont il fembloit qu’ils deuffent porter le fommet jufques dans les Cieux , & la foudre marque le châtiment de leur folie. Les P hiüftins que vainquit Sam fon * le Lion de Timna qu’il mit en pièces , quoiqu’il fut fans armes ; les portes de la ville de Gaza qu’il chargea fur fes épaules , avec la barre & les poteaux ; la perfidie de Dalila , & fa mort fous les ruines du Temple , ont donné lieu, com- me le dit Horn^ à l’Hydre & aux Centaures que llS Hlftoire du Monde . LiV. VIL délit Hercule ; au Lion de Némée dont il vint a i>out ; a la force prodigieufe ; au' mal-lieur qui lui arriva par fa femme ; & à fa fépulture fous une montagne. Comme il y avoir quelques circonftan- ces dans 1 H iff oire de Sumfon qui 11e pou voient être accommodées à Hercule ■ qu’il manquoit l'E- nigme dont il eft parle dans le quatorzième cha- P iC e des Juges; qu’il fut lacaufe, en quelque fa- çon , de la mort de fon beau-pere , Sc qu’il eut les yeux^cievez par les Philiftins, les Grecs rejetèrent fur d’autres perfonnes ces parncularitez qu’ils dé- gui ferent ; forgeront leur Sphynx , le meurtre de Lctius par Oedipe , Sc l’aveuglement de ce meurtrier. Ogand l’Ecriture Sainte leur a manqué , les pre- miers Poètes, comme Orphée & Homere , qui avoient voyage en Egypte , en rapportèrent de quoi former un Enfer félon leur caprice. Allez prés de la ville de Memphis etoit un Lac y qu’on nommoit Acherufi e , au delà duquel les Egyptiens faifoient enterrer leurs morts quand ils avoient été palTez par le Batelier , qui dans la langue de leur pais , eft nommé Charm, Sc qui prenoit quelque petit- droit pour ce paffage. II. y avoit en ce lieu des prcz & des bois délicieux , le Temple à'HecateUTene - hr eufe , les deux marais Cocyte fr Leté , avec leurs portes d’airain , Sc devant d’autres portes de la Ve- vite y avec un Simulacre de la Juftice. Dans Acan- te y peu éloignée de Memphis du côté de la Libye , il y avoit un Vaijfeau percé , dans lequel trois cenr foixante Pretres portoient chaque jour de l’eau du Nil : Sc il faudroit être bien ftupide pour ne pas- voir que ces ceremonies des Egyptiens , ont don- ne lieu au crible des Dœn&ides , au Styx , au fleuve d Oubli , a Proferpine , à C baron qui pafloit pour un obole les âmes des meurs ; au trifte Acheron , aux Champs hlyfiens , Sc à tout le refte. Il en elk Ch At. VIIÏ. De Troie . tvf fâïîé â la fin du premier Livre de Diodore : & je fuis leur même que les fçavans dans la Langue Grecque, tomberont d’acord que dans Homère il y a de certaines exprefiions qui ont un fi grand re- port avec celle du vieux Teftamcnt , qu’il cft inw pofiible qu’il les ait tirées d’un aune Livre. Les Poètes Grecs n’étant pas encore fatis faits d’avoir altéré toutes ces choies , voulurent percer les fiée le s obfcurs , pour y chercher de quoi faire des Alégories , & toutes, leurs Fables en font plei- nes. Mais c’en eil trop ; & pour finir enfin ce cha- pitre par ce qui m’en a fourni k matière, le Che- val de Troye , fiupofié pourtant ce que les Poètes en ont écrit , n’a été qu’un Vaiffeau de guerre, fur le- quel on a voit taillé ou peint un cheval ; ou fi oft le veut , une machine que l’on employa pour aba- tte les murailles de cette ville. Ses ruines fervirent encore au grand Alexandre pour en bâtir une autre de même nom , ce qui fait voir qu’elle n’avoit pas été toute confirmée : & quelques-uns nient qo’on ait rebâti l’ancienne Troie qui fut abîmée par une prodigieufe indndation , s’il eft vrai ce qu’en a écrit Demetrius après Démodés , comme lé témoigne Strabon dans fon premier Livre. >*/ ;*/ nw/ w , w i* 4 1*4 Vt /'M'N /t /WÏV %.* /WÏX /* /WN /N& /WN /W»x CHAPITRE IX De Chartage . Q Ueîques-uns veulent que les Phéniciens foient idumlens , parce que le nom de Phænix 8c celui d 'Edom figmfient la même chofe. Mais il y a beaucoup d’apparence qu’ils étoient Cananéens , puifque la femme qui efl appellée Cananéem dans F iiij Wifiolre du Monde. Liv. VII. faint Mathieu , ell nommée Syro-Pbenicienne clans teint Marc a r 8c que les Septante ont traduit Us Rcis de Canaan du quinziéme chapitre de Jofué, par les Rois d$ Phenuie. Canaan meme eft appelle dans Eufebe, par Eupoleme , le Vert des Phemctens: & ils abandonnèrent leur pais pour être fujet à de trop grands tremblemens de terre. S* étant établis aupies du Lac d Afiyrie, ils s’approchèrent du ri- vage de la mer , ou ils jeterent les fondemgns de Sydon. Comme le Roi des Afcalonites leur fît la guerre long -tems apres , 8c qu’il prit leur ville, ceux qui s’en fauverent s’embarquèrent fur quel- ques vaifTeaux , & fondèrent la ville de Tyr , une année avant la ddhu&ion de Troie , félon Juftin r cteux cens quarante ans, félon Jofeph, avant que le Temple de Salomon eut été bâti. Ils envoyèrent des Colonies en plufieurs endroits , portèrent leurs armes jufques en Afrique, en Efpagne , & dans les Gaules , fous le commandement d ’ Hercule de Tyr, qui défît Anthle en Mauritanie. Il entra en Efpa- gne , ou il tua le Roi Gerien , a qui les Mytholô- gifles ont donné trois corps , pour le fecours que lui fourniffoient trois Iles de l’Océan , félon Cé- dren , ou parce qu’il avoit deux freres unis û étroi- tement avec lui , qu’ils fèmbloient tous trois n’être animez que d’un même efprit. Quelques-uns fou- tiennent que Carthage doit fa fondation à cet Her- cule , ou a C a dm us , fis à* Agenor Roi de Phencier 8c d’autres difent qu’elle a été bâtie par Xor ou Z or y 8c par Carchedon , avant là guerre de Troie. Mais T^or ou Tzur dans la Langue des Phéniciens, eft Tyr , qui dans celle des Hebreux efl nommée g.or i & C harchedon eil la même chofe que Car- thage» a Chapitre ip. Chapitre 7 » Ch ap. IX. De Carthage. n? ïl y en a qui veulent qu’elle ait eu le nom de Ch fidre- An a ch> de celui du Géant Anach,à ont île parlé dans T Ecriture , ou parce qu il en fut le fon- dateur , ou parce que les Carthaginois croy oient défend* de lui , & que Chadre-A^ch iigmfle le fiege ou U réfidence d’Anach. Du Cananéen Bene Anah , ou E mfans d'Anach , les^ Grec» rorrae.em. theantc , depuis Phoenix a , c’eft-a-due , Vhcnicten, parce que les Phéniciens vouloient etre defeendus d’A nsch,Sc qu’il donnèrent par cette radon , le nom de CkiJre- Anach , à cette ville qui eft encore nommée Chadre-Anacb dans 1 une des ome îes de Plaute. Tuftin raconte la chofe d’une autre maniéré , K dit que les T mens voyans que leur ville «oit ton riche & fort peuplée , envoyèrent en Axrique un a fiez grand nombre de jeunes gens qui fondèrent Vtique-, que le Roi de Tyr mourut cependant , & qu’avant fa mort il déclara pour fes mcceffeuis P 'ygmdion, & fa fille Mais le pcnpk.ûn* avoir égard à la volonté du Roi , donna le Royau- me à Pygmalion qui n’étoit encore qu'entant » K la fœur Sliffe fut mariée avec fon oncle hcerbat , qui étoit Prêtre du Temple d’ H ercule , & la première perfonne de l’Etat après le Roi. Il etoit meme en réputation de poffede: de grandes lichettes , q u <)i- qu il ne les fît nullement’paroître , Sc quil les eut cachées fous la terre , de peur que Pygmauân ne les rencontrât, & ne s’en Caisît La précaution ctrbas fut inutile > parce que Pygmalton le ht mal. <- crer. E lijfe informée de la vérité , eut tant ü hoi- reur de cette aûion , qu’elle ne longea plus qu a le retirer en quelque endroit où il y eut p our e e plus de feureté. Dans ce deflein , clic ht charger F v a B chart, > I -vv *3°' FïîjToire du Mondé. Lxv. VU. toutes les richefTes fur quelques vaifïcaux, s’em^ Marqua la nuit avec un grand nombre de jeunes gens ; aborda en Cypre , ou elle Ht enlever quatre- vingt filles qu’elle rencontra fur le rivage , & fut enfin pouffée par le vent aux côtes d’Afrique. La' elle eut le foin de s’infinuer dans l’efprit de ceux du pais > de qui elle acheta , comme il efi: dit , au-- tant d efpace de terre qu’une peau de bœuf en pou— roit environner. Elle étendit fi bien cette peau r . qu’elle avoir coupée, en plufieurs pièces, qu’elle enferma beaucoup plus de terre que ne le croy oient les Africains , & jetta les fondemens de Cartha- ge , qui. fut nommée Byrfa par cette raifon, c’efb- a-dire , Cuir. Quelques fçavans même , comme Nannius & André Schot , ont été allez hmples pour s’ima- giner , que non feulement le mot de Bourfe , parce, que les bout [es où l’on met de l’argent font faites de cuir, mais que le lieu même du Change , que/ la plupart des Etrangers apellent Bourfe , font, venus de Byrfe. Il efi pourtant vrai que le mot de Bourfe pour le Change, vient d’une Place de Bruges , quhappartenoit â la famille des Botfrfes <^ui eil eteinte , qui portoit trois Bourfes dans te s armes , comme l’a fort bien remarqué Golnïtz dans fon Ulyfîè Belgique : Que tous les Mar- chands avoient accoutumé de s’affembler dans cette Place pour le commerce : qu’allant à Anvers, ils donnèrent au lieu où. le trou voient, les gens de - trafic , le même nom qui paffa depuis , en d’au- i très villes qui l’ont* retenu pour celui dé Change . D’autres ont dit , penfant rafiner, qu’EliJfe avoit paye en cuir , la terre où la ville de Carthage fut bâtie , parce que la monnoye en ce tems-là , étoit. de cuir ; ou qu’elle avoit changé pour des peaux de bœuf, 8c peut-être même , pour des Bœufs 5 Chai?. ÏX. De Carthage: # rjr ïcfpacé de terre qu’elle avoir choifi ; ce qui étoit en ufage du terns de Troie. Ces conjectures font ingenieufes ; mais pour ne rien dire de plus fâ- cheux , ce ne font enfin que des conjectures : & c’en eft encore une tres-fauffe , que cette ville ait été nommée Cacabe' parce qu’on trouva la tète tfun cheval où on la bâtit , ce qui étoit d’un heu- reux préfage , puifque ce mot , félon les Hébreux & les Arabes , fignifie Simplement tête , comme l’a remarqué Samuel Bochart dans le premier Li- vre de fon Canaan. Les Grecs qui ont pris à tâche de fe faire hon- neur des mots étrangers , & qui les ont ordinaire- ment accommodés à leur langue , ont pour la plupart, apuyé fur le mot Byrje : & cependant , la Bonne Foi n’eft pas toujours Grecque. Comme ils n’ont point le Tfadé ; qu’ils laiffent quelque- fois les deux lettres T & S , Sc qu’ils n aiment pas cette derniere après l’autre , ils ont fait leur B yrfa qui fignifie mir , de B otfra , qui fignifie Citadelle ou Fortereffe r & quelques-uns croyent que B y/fa vient de Biffer , c’eft-à-dire , fortifier. Les mêmes Grecs ont formé leur Charchédon dont les Latins par une corruption encore plus grande, on- fait leur Carthage , ou du Syriaque Kavtha*go qui fignifie une moitié delà Ville comme dit Duret, ou du Karchuda de ces mêmesSyrieiisjOU du Kartbz-* Hadthta des Phéniciens ; ou du Kartha Cadhata des Chaldéens , ce qui eft le Kereth-Hadafcha des Hébreux , le leni-Schîhri des Turcs , ou la Ne aïoli* des Grecs , qui fignifie fimplement Nouvelle, ville. Ainfi, la vieille Carthage fut fondée par Anach , par Cadmusj ou par Hercule -, & la Nouvelle , par nlïfchah ou E lige. Euftathe dit fur Denis le Géo- graphe , que Bidon , auparavant appelée E Ifo & Anne } fut furnommée par ks Afriquains , Bidon 1}1 Hijhire du Monde * Li v. Vil, ou Meurtrier e de fon mari parce qu’ils croyoieir? |ue e etcîiî a fou %t , qu on avoir tué fon mari ic ee. çiyius s eft donc trompé infailliblement, a ecru / ur premier Livre de. l'Enéide,-. £ "J/f lut apres fa mort, fur nommée Bidon par. les Alriquams , c’eft- à-dire , femme forte , ou qui * un courage d'homme , parcs qu’elle s’étoit tuée avec beaucoup de hardieffe , étant contrainte par les citoyens de le marier à un Roi d’Afrique , ir^ Ue ? 5? Ij ^ ^ U1 le fï g nifîe - En €&t , le mot t V* i efl c]lofe 9™ , divine femme forte : & je Lecteur fe fouviendra bien que c’eft la même qui ne voulut point prendre en fécondés nôce*-, Mtar ^ qui etoit Red de Mauritanie. Son premier f an _ eft n ûmmé par Virgile • , Acgerbas , ou kdherhas ; car c’eff ainfi qu’il c ff corrige par quelques-uns : & il y a beaucoup d’ap- parence que c’eft du Punique Adherbal que ces der- niers- mots ont été formés. Il fut fsaiRé fur un autel , félon Virgile ou félon Cédren , malfacré dans une chaffe , par l’avarice de Vjgmalion qui donna ordre qu’on jetât fon corps* du haut d’un rocher; & il fit: enfaite courir le bruit qu’en pour- suivant un fanglier , avec trop d’ardeur , il étoit tombe dans un précipice. Saint Jerome dit , que cette Bidon ai ma mieux le brûler > que fe marier : & faim Auguftin traite a împoRure , fa paillon & fen deièfpoir dans l’E- neide. Macrobe prend cette avanture pour une fa- ble ; 8c elle s’eft plainte de Virgile dans une epi- gi amme Grecque qu’Aufone a traduite. Il n’étoit pas polîibîe en effet que la Phénicienne eut eu k moindre commerce avec le Troien qui , félon îe Pere Tarqmnio Gallucci ‘qui a répondu à toutes les objections que l’on peut faire contre le Poeme de Virgile ; confeffc qu’E#/# a été deux cent vingt- CiîAî. IX. De Carthage. ï$$ liuic ans avant Didon. Il y en a qui en trouvent bien davantage ; quoique Georges Hervvart , qu £ a fixé l’Incarnation de nôtre. Sauveur à l’an dis Monde trois mille neuf cens cinquante-deux , fou- tienne dans fa nouvelle Chronologie, que Carthage m’a été bâtie que fept cent foixante ôc dix-huir ans avant la Naiflance de Jefus-Clirift ; foixante— €ix ans avant la prife de Troie, Appien n’en a compté que cinquante : & Scaliger veut qu’elle n’ait été fondée que deux cens quatre-vingt dix neuf ans apres que l’on eut pris J lion. Sa fonda» tion. précéda celle de Rome , de quatre-vingts ans, félon Eù trope ; de foixante-cinq , félon Velleius Paterculus ; de foixante & douze, fi l’on en croid Juftin , & Orofe ■ de fixante & dix , comme le témoigne Servius fur le prémier Livre du même Poésie : & en ceci les meilleurs Auteurs ne font point d’acord. Les Carthaginois s’étant acrus avec le tems équipèrent un affez grand nombre de vaiffeaux ; & fc rendirent fi redoutables à leurs ennemis & à leurs voifms , qu’il y en eut peu qui ne fuflent contraints de leur ceder , ou de rechercher leur aliance. Ils étoient déjà maîtres de la Mer , quand quelques peuples de la Campanie , entretenus en 5icile par Agatkocle Roi de Syraeufe , entrèrent dans Meffwe , comme amis ; St par une horrible perfidie , chafferent , ou égorgeront les habitans naturels de cette ville , & fe faifirent de leurs hé- ritages & de leurs femmes. Ce aime pourtant fut trouvé beau par quelques Romains que ceux de Rhege , aujourd’hui Reggio , Capitale de la Cala- bre Ultérieure fur la côte du Detroit de Sicile , avoient demandés pour en être fecourus , dans la peur qu’ils eurent de tomber fous la puifïance des Carthaginois } ou de Pjrrhm qui paifoit aksrs , en *3$ Hlfîoire duMonde.^Liv, Vif. Italie. Quatre mille hommes , fous la conduite de Jïcciws , furent envoyés aux Rbegiens pour les défendre contre tant de forces qu’ils craignoient : & cette garnifon infidèle fit a Rhege , ce qu’a** voient fait les Mameptins à Mefline , car c’eft le nom que prirent les Campaniens, apres s’être faifis de cette ville. Les uns & les autres jouirent paifi- blement de leur trahifon,par le- confeil 3c par le fècours qu ils le prêtèrent: 3c leurs voifins n’ache- îerent même leur repos , que par un tribut qu’ils furent contraints de leur fournir. Mais ceux de Rhege ayant été batus quelque rems après , les Mamertins qui n’en pouvoient plus tirer de fe- cours , fe partagèrent dans leurs fentimens : & dans ces inclinations differentes , ceux qui tenoient la Citadelle, l’abandonnèrent aux Carthaginois- iSc les autres qui gardoient la ville , envoyèrent des AmbafTadeurs au Peuple Romain. Le Sénat de Rome , fans avoir égard à ce qu’a voient fait les Gampanïens , choifit le Conful Appius Claudine , êc lui donna ordre de faire, pafier en Sicile , ce qu’on lui confia de gens de guerre. Les Marner tins fe rendirent maîtres de Mejfine, après avoir chaiTé par leurs artifices , ou par leurs menaces , le Capi- taine des Carthaginois , qui commandoit dans la Forteieffe v êc qui fut pendu ; comme s’il l’eut abandonnée par trahifon , ou par lâcheté. Les Carthaginois , qui attaquèrent enfuite , Meffine , de toute leur force , ne rendirent pas dans leuren- treprife : & H léron qui de l'impie Capitaine, étoit devenu Roi de Syracufe , de qui fecounu les Ma- rner tin s , fut défait par le Conful. Après que la nouvelle d’un fi beau fuccés eut été portée â Rome, M . Oftacïlitu 3c Marc Valére qui avoient été créés Confuls , furent envoyés de Rome en Sicile , avec le fecours oes Aliés , Ôc ce qu’il y a y oit de Lch- Châp. IX. De Carthage** , «fions, car les Romains avoient accoutumé d’en lever tous les ans quatre , dont diacune et oit de trois cens chevaux , 8C de quatre mille hommes dC' pieds. A leur arrivée , la plupart des villes que poffedoient alors les Syracufains 8c les Carthagi- nois , fe rendirent : 8c Uïéron fît aliance avec les* Romains , prévoyant bien que fa politique lui 1er- viroit plus que fon courage. Dans cette fàcheufe conjoncture-, les Carthaginois envoyèrent de nou- velles troupes en Sicile , y firent porter des muni- tions & des vivres dont le General pourveut Agri- - gente , ville maritime fur la côte Méridionale de cette île , & qu’il regarda comme le lieu de fou xnagàfm , 8c fa pkce d’ Armes. Après la paixfaitey avec H ïérm qui pour l’entretenir , fut obligé de rendre aux Romains tous les Prisonniers , 8c de payer * cent talens d’argent , QB&cilius 8c Valero s’en retournèrent ; 8c eurent L. P bfthumius & Mamiltm pour fucceffeurs qui fe refolurent dfin- vefiir Agrigente où il y, avoit cinquante mille hommes.' Ils la prirent l’an du Monde trois mille' 5 fept cens dix, la pillèrent. Mais ayant connu que la victoire fe cfedaroit quelquefois pour eux , 8c quelquefois pour fcurs ennemis qui par leurs defcentes fefoient encore de grands ravages furies côtes d’Italie , ils fe proposèrent , pour finir la- guerre plus heureufement , d’avoir comme eux s une armée de Mer. En éfet , ils n’avoient alors , ni Brigantdns , ni Yaiffeaux longs , ni Vaifîeaux couverts , félon Po- lybe: &ils avoient fait pafler leurs premières Trou- pes fur des Galères qu ils avoient empruntées de' ceux de Tarente , de ceux de Locres , d’hl e , 8c de Parthénope ou Naples. Ils équipèrent, donc une * Soixante mille cens* l$6 Hljloire du Monde. Liv. VU. Flotede quelques Vaiffeaux , de cent Gaieres à cinq îimes par banc ; de vingt , à trois : & Gains Corne- lins y qui étoit allé devant à Mefllne , avec dix-fèpt Ÿaiffeaux , fut enfermé a Liftât e par un Sénateur de Carthage , nommé Bcodes quiavoit été envoyé par Hannibal , Sc qui ayant fuiprk le Romain la nuit, le contraignit de fe rendre à lui. Gains 'Duilius , à cette nouvelle , làiffe aux Colonels le Comman- dement de l’armée de terre , paffe dans la Flore des Romains ; êc l’an du Monde trois mille leur cens douze, deux cens cinquante-neuf ans avant la NaiA fance de Jefus-Chrilt 3 battit l’armée navale des Carthaginois , commandée par Hannibal. Dmlius après fa victoire , defeend en Sicile ; fait lever aux Carthaginois le Siège à’Egefte 9 & force la ville de Macelk. Amilcar qui commandoit les Troupes de terre , défit prefque en même tems , quatre mille Allés des Romains : & les Confuls qui avoient fuc- ccdé a Duilius > forcèrent Hyppane , prirent Myti- ftrate • [amariné qui avoitun peu auparavant quit- té leur parti ; Enne , aujourd’hui [atfr* Giovanni, Sc quelques autres petites Places ou les Carthagi- nois étoient les maîtres. Les uns & les autres , après des combats de peu d’importance , méditè- rent de nouveaux préparatifs , & ne fongerent qu’à venir à bout de cette guerre. Les Romains équipèrent une Flote de trois cens trente Vai fléaux , ou il y avoit cent quarante mille hommes portans les armes : & il y en avoit plus de cent cinquante mille dans l’armée de£ autres , qui outre cela , étoit en Vaiffcaux beaucoup plus forte que la Romaine. Dans l’ardeur qu’ils eurent d’en venir aux mains, ils fe cherchèrent, & n’eurent point de peine à fè rencontrer. Maisies Carthagi- nois furent battus par L. Manlius Sc par Marcus AtnUns Regu lus qui quelque tems après , paffa en Chai*. IX. tDe Carthage. iy? Afrique ou il prit Afpii, Quïppia ou dupes, Tunis, & quelques villes moins confîderables. Ne doutant point qu’il ne devînt maître de Carthage où les vi~' vres étoient déjà extrêmement chers , pour la pro-* digieufe multitude de perfonnes qui s’y étoient re- tirées en foule , pour s r y voir en lêureté contre les Romains , 6£ contre les Numides qui ne les incom- modoient- pas moins par leurs courfes , il exhorta les Carthaginois a la paix , dans la peur qu’il eut que le fucceffeur qui lui feroit envoyé de Rome,, n’eùt enfin la gloire d’avoir achevé toute cette guerre. Ils écoutèrent un fi bon confier! , 6c fe fie-* roient accommodés à leur infortune , fi on leur eut propofé des conditions un peu plus honnêtes. Mais comme Attilim en exigea d’infiuportables , 6c que rien ne leur pouvoir arriver de plus fâcheux , ni dç’ plus funefte , ils ai merent mieux fc mettre en état de fe défendre , que de coïifcntir à un iraité qu’ils trouvoient indigne de là réputation qu’ils s’étoient aquifè. En ce même-tems , il leur arriva de Grece , le fe- cours qu’ils attendoient : 6c Xantifpe do Lacédé- mone , qui était venu avec lés Grecs , leur ayant 1 fait voir qifi ils ne dévoient le prendre de leur mai- heur , qu’à ^ignorance de leurs Officiers , eut là conduite de leur armée dans laquelle il y avoit prés de cent élefans , environ quatre mille chevaux , 5 C douze mille hommes de pié. Il pré feiita la bataille k Marcus Aitilius*, l’an du monde trois mille fept cens feize la gagna , y tua trente mille hommes , & fit ce Confut même prifonnier. Les Romains fans être étonnez de cette perte , remirent trois cens cinquante vaiffeaux en mer , fous la conduite de Marc Emile 6c de Servius flUvius Confiuls , qub prirent cent quatorze vaiffeaux aux Carthaginois * avec tout ce qull y avoit d’équipage ; 8è qui étant *38 Hifiotredn Monde. Lit. VIL defcendus a Clupée d’oiî ils enlevèrent ce qu’ils a voient de gens en Afrique , repalierent afiez heu- reuiement en Sicile. Ils avoient fait la plus grande partie de leur route , & étoicnt allez prés de Cama- rine , quand il fe leva un orage avec tant de violen-, ce , que de trois cens quatorze vaifTeaiix qu’ils avoient , il ne s’en fauva que quatre-vingt , tout le relte aient ete , ou brife fur les rochers , ou abî- me par cette tempête. La nouvelle en fut portée aux Carthaginois qui envoierent ATrub&l avec cent eîsfans , & des Troupes fraîches en Sicile : & il ne fut pas plutôt parti , qu’ils équipèrent deux cens vaifîeaux ,ae toutes les choies necelîaires pour 1 execution de leurs entreprifes. Les Romains mi- rent une armée de deux cens 8c vingt vailfeaux • & cette hotte fut commandée par les Gonfuls Aulm Attîlsus 8c Cnems Cornélius , qui après avoir pafle le Detroit , & pris a Mefhne les vaiiTeaux qui ©toient la reliez du naufrage, tournèrent du côté dz-Pœlerme. Mais comme ils retournoient à Rome, par le Phare de Me-hine , l’an trois mille fept cens dix-neuf il fe leva une autre tempête dans laquelle ils perdirent plus' de cent cinquante de leurs vaiT féaux. Toutes ces pertes dévoient être avantageu- fès aux Carthaginois. Mais les choies allèrent H lentement deux ans de fuite qu’il ne fe palïa pres- que rien de remarquable. Cependant , fous le Confulat de C. Attilius & de Lucius Cœcilws Metellus , on équipa cinquante' vailfeaux , & Ton ht des levées pour rétablir une- armée navale. Quelque-tems après Cxcilius Me - tellus battit A&rub&l p’és de Palerme , prit dix elefans avec ceux qui avoient accoutume de les monter : 8c les autres cent vingt-deux qui n’avoienc plus de conducteurs , furent pris encore apres la bataille» Cette victoire û peu attendue releva TéÇ- CffAP.‘ÏX. 15 e Carthage* «erance des Romains qui envoierent en Sicile une armée de deux cens vaiffeaux Mais quoi que fif- ünt ceux qu’ils envoierent , & de quelque fecours qu’on les affilât , la plupart des vaiffeaux péri- rent devant Lit) bée ville 8c promontoire de Sicile les autres furent défaits par H adberbal :& la tem- pête acheva de ruiner ce qui étoit refté de la flotte. Les Carthaginois devenus fiers de la difgrace de leurs ennemis ,8c connoiffant le mérité d ’Hamileur,. furnommé Barka , c’eft-à-dire , félon moi , la Fou- dre ; ou le Foudroient ,de la racine Hébraïque Ba- rak y, il a foudroie , lui donnèrent la conduite de l’ar- mée navale : & pour épouvanter toute l’Italie , it feréfolut d’en piller ks côtes. En effet , il défok- les terres des Locriens 8c- des Br ut tiens ; de aborda enfuitte avec ion armée , prés de Palerme. Il fit en Sicile tout ce qu’on peut faire humainement pour venir à bout de fes ennemis 3 8c pour les porter ait defefpoir. Mais par opiniâtreté , ou par courage , les Romains , à quelque extrémité qu’ils fuflKht réduits , demeurèrent fermes : 8c le Sénat connut à la fin que la Mer qu’il a voit négligée depuis* cinq ans , devait décider de leur fortune. Bans cet- te veue j les Romains firent une floue de deux cens v-aiffeaux dont ils confièrent la conduite à C. Lut- tins qui fe faifit du Port de Drépane , & de tous- les autres prés de Lilyhée . Les Carthaginois équi- pèrent des vaiffeaux en même-tems : 8c dans le com- bat que leur donna le Gonful Romain qui n’oubliâ* rien de ce qui pouvoir fervir à fon avantage , il cou* là cinquante de leurs vaiffeaux , l’an trois mille fept cens trente ; en prit foixante 8c dix , fit plus de dix mille prifonniers , 8c fe retira glorieufement à Li- lybèe , après fa viéioire. Les Carthaginois étant informez de leur mal- Ee&arq fe trouvai! s fans hommes 8c fans~ argent poar $4° llïjfoîre du Monde *'Liv*Vïl* fècourir^ faim te de Sicile , & voyans leurs enne- lîîis maîtres delà mer , envoierent a Barka un pkin pouvoir de faire pour eux , ce qu’il y auroit demeil- leur & de plus fur en cette rencontre. Il fou tint em core leur réputation & leurefperance , autant qu’il le put ; mais comme la Fortune lui étoit contraire , il députa des AmbalTadeurs a Lutatius qui en fentit une joie fecrette , parce qu’il fçavoit que les Ro- mains étoient aifoiblis par eette guerre, & que la durée leur en étoit devenue infupportable. La paix fut conclue 1 an trois mille lep t cens trente-un : Sc les Carthaginois furent obligez de fortir de tou- tes les îles qui font entre la Sicile & l’Italie. Par ce moien , ajoute Polybe, on finit- la guerre qui avoit duré vingt-quatre ans ; & dans laquelle 6n combattit une fois avec plus de cinq cens vaiffeaux, fi Ton compte ceux de l’une & de l’autre armée • depuis , avec prés de fept cens ; de forte- que les Carthaginois en perdirent environ cinq cens ; & les Romains , jufques a fëpt cens , ou dans les com- bats , ou- par les naufrages. Par eette paix les Carthaginois réduifirent en Afrique tous les mutins ; & l’an trois mille fept cens trente-quatre , firent paffer en Efpagne , Ha- milcar Barka qui conduifit avec lui , fon fils Hanni- bal , âgé atters* d’environ neuf ans. Hamilcar y afiTu- jettitune infinité dé peuples ; & l’an trois mille fept cens quarante-deux , y fût tué dans une bataille. Azruidb, qui lui fuccéda , s’aquittâ merveilleufe- ment de fon emploi , par fa douceur , & par fon ad- dreffe : & ce fut lui qui fit bâtir fur une montagne , ' dans le fond d’un Golfe, Carthage la Neuve dont l’oii peut voir la fituation & la beauté dans le di- xiéme Livre de Polybe. Après Hafdrubal , qui fu t mafTacré la nuit , par un Gaulois qui en avoit reçu quelque* outrage 3 Hannibd l’âge de vûngt-lix Châp. IX. De Carthage *41 ans , fut .ehoiii pour General de toute Farinée Fan trois mille fept cens cinqualïte-uü ; & jamais choix ne parue plus pille. Les Romains , à qui les conquêtes des Cartha- ginois étaient fufpecles , furent obligez de les fouf- frir , parce qu'ils ne pouvoient s’y oppofer ; qu'en ce rems- Ta même , ils aflujettiteht FAchaïe 8c FER clavonie , & qu'ils donterent enfin les Gaulois qui les avoient mis au defefpoir. Mais ils fe préparè- rent à la guerre dés le moment qu’ils eurent appris qu ’Hxnntbal avoit pafle la riviere d’Lbre : & Fan trois mille lept cens cinquante-trois , détruit S a- gênte qui étoit dans leur alliance. J s ai parle ail- leurs de cette guerre qui dura dix-fept ans , 8c û l’on en veut fçavoir le détail > on lira Polybe , T rte Live , Ap'pien , Æmilius Probus , Eutrope , & Orofe. La t roi fié me guerre acheva de les ruiner entièrement , parce que S dpi on ÏEmilien qui fut fiirnommé depuis, V Àfrquam , prit enfin Cartha- ge F an du monde trois mille huit cens vingt-fix , le Ex cens ieptieme de Rome ‘bâtie , cent chiquante- cinq ans avant la naiflance de J e s u s-C 11 R 1 s t. Ce fut la derniere confternation pour ces peuples qui avant leur deuxieme guerre contre les Romains, s’étoient vus maîtres de toutes les côtes de la Mé- diterranée depuis la Grande Syrte , nommee aujour- d’hui Golfe de Sidra , jufqu’à la rivieré à'Ehre ; qui avoient pafle avec leurs vaifleaux jufques dans File deFOcean oppofée à FAfrique vers le Couchant , qui apparemment eft V Amérique , 8c qui avoient rendu leur Etat fi grand , qu’en forces , il ne cedoit pointa celui des Grecs , 8c qu'en nchefles , il étoit égal à celui des Perles. Carthage , qui félon Etienne de Byzance , fut nommée Cadrée, Oenufie , Cacahé ; 8c même J unonie par Gains Grâces , félon Plutarque ? *42. Hifîoirc dtt Monde Liv. VIL etoit fituee dans le Goke de l'Afrique , environnée de la Mer , en forme de Penin/ule , 8c jointe a PA- fiique par un Iflme qui la fepaioit du Continent. I/Iflhtne étoit de vingt-une /fades félon Polybe , 4e vingt-cinq félon Appien , de foixante au moins, félon Strabon , 8c devoit avoir , félon ce dernier , deux grandes lieues. A l'Occident , une Langue de terre d en vil on foixante-deux pas , qui s’avançoit dans la Mer , Sc qui la fcpai oit d’un marécage, étoit fermee de rochers , 8c d’une muraille V tique , nommée par quelques Géographes , Vorto farina , &u Garel-melha , par d’autres , Biferte , que les A- friquains appellent Benfart ou Benefert qui n’en étoit pas fort eloignee , étoit .bâtie du côté qui regarde la Mer , 8c Tunis , du côté du marécage. Carthage , vers le Midi >Bc le Continent , ou étoit Boifrœ, étoit deffendue de trois murailles larges de plus de trente-trois pieds , êc haute de quarante- cinq , ou de foixante , lelon Diodore qui leur donne de hauteur , quarante coudées , bâties de prodigieu- ses pièces de rocher quarrees , que l’on avoit jointes avec le ciment , afin que par leurfolidité 8c par leur largeur , elles refiftajflènt à la force des Béliers ; 8c par leur hauteur, aux tours mobiles dont l’on fe 1er voit ordinairement pour monter fur les murailles- La montagne qui étoit enfermée dans leur cncein- £e , eft nommée aujourd’hui jll- menât a par les A friquains ;■& la Roche , ou le Tort des Mafiin aces par les Chrétiens : 8c fes murailles a voient des Tours qui les flanquoient en di/lance égale, éloi- gnées l’une de l’autre, de quatre cens quatre-vingt piés, ou quatre-vingt toi fes. Les fondemens avoient trente piés de profondeur , 8c chacune étoit à qua- tre étages. On y avoit fait des voûtes fi valles., qu’il y avoit au bas ,des étables pour y mettre trois £-üs plcfans , 8c des proyi/îons pour les nourrir $ Ch, AP. IX,. Dt Carfhége* 14-j ÿîus haut, des écuries pour quatre mille chevaux , avec des lieux peur leur fourage : des logemens pour vingt mille Fantairms , 3c pour quatre mille hommes^k cheval ; des Places ou étoient toutes fortes de machines de guerre. Ainfi , Fon peut dire que dans leurs feules murailles , ils avaient des «Camps , 3c qu’ils y enjtretcnoient des armées. Les deux Ports de cette ville , nommez Cothon.es , parce qu'ils avoient été faits ou taillez , étoieirt fiifpofez de telle forte , qu’un vaifiéaii pou voit al- ler aifément de l’un a l'autre , quoi qu'ils n’eu fient qu'une embouchure qui étoit de foixante-dix piés fie largeur , que l'on fermoir avec des chaînes. Dans le premier , qui étoit pour les Marchands , il j avoit des logemens pour les matelots. Dans le milieu de l'autre , qui étoit pour les navires de guerre , on voyoit une île , qui comme ce Port ,, étoit bornée fie grands quais ,.avec des places où l'on pouvoir mettre deux cens vingt navires à cou- vert. On avoit bâti au deflus , des chambres ou l'on travaillait à tout ce qui étoit necefiairc pour la marine , foiitenues au front de chaque place , de ' fieux Colonnes de marbre , d’Ordre Ionique ; de tel- le maniéré que le tour du -Port 3c celui fie File’, re~ prefentoient de l'un 3c de l'autre côté ; deux agréa- bles 3c fuperbes galeries. Le Palais de l’Amiral avoit été bâti dans cette île oppofée à l'embouchu- re du Port que Fon nommoit Marcio, , qui avoit beaucoup détendue fur le devant : 3c de ce lieu fi’où il faifoit ordinairement entendre fes ordres , il voyoit tout ce qui fe pafioit dans la Mer , quoique ceux de la Mer ne pufiént rien voir de tout ce qui fe faifoit au dedans. Les marchands même qui étoient entrez dans leur Port , ne voy oient point les vaif- feaux de guerre , parce qu'il étoit feparé de l’autre ? par deux murailles : 3c du leur , 011 pouvoit les H 4 Mftoirt du Monde Liv. VIL fane entrer dans la ville par une porte, tans qu’ils pafialTent par.ee fermer. Ajoutez à ce qui readoit Carthage forte , la rade qui étoit à craindre pour fes rochers ; la porceiefïe environnée de la troifié- .xne partie de la ville , nommée Magar , qui dans la Langue Punique Lignifie bute , tente , ou baraque., féparée de canaux ,ent re-cou pez & profonds , de jardins , d’arbres fruitiers , de mafures , de haies , vives , 5c de paiiflades. On peut voir pourtant Thomas Remis dans le huitième Chapitre de fou Traité de la Langue Punique , fur Magal , qui à ;Ce qu’il dit , Lignifie nouvelle ville . Carthage avoit quatre-vingt milles de tour , félon Florus ; plus de trois cens^ foi xante Rades , félon Strabon : 5c fi ce dernier en véritable > fl dévoie erre de douze lieues, ,ce qui eR affez vrai-fèmblaMe , parce que la mon- tagne fur laquelle on avoit bâti la principale Fonerefle , étoit comprife dans l’enceinte de la ville. ' Si l’on demande quelle étoit la Langue des Car- thaginois, on peut répondre quelle etoit Phéni- cienne , puifque Punique n’eR autre choie que Phé- nicien : 5c quand ifàint Jerome dit que le Punique étoit devenu en quelque façon , different de l’autre, ii témoigne .afTez qu’il avoit été le même. Il ne faut pas s’étonner de ce changement , "parce que les Phéniciens qui avoient fondé Vtiqste , Lcptis , Sc Carthage , étant mêlez avec les peuples d’Afrique , en prirent auffi les Idiomes , comme ceux-ci prirent les leurs avec leurs coutumes , jufques-lâmêmequ’à leur exemple , ils appellerent leurs Rois , du nom de leurs Dieux. On tfa qu’à fe fouvenir du fameux Roi de Mauritanie , luba que les Latins ont fait de J obus , qui vient de Iehova qui elt fe lavé des Ca- raites , le labé , 5c le lobe de quelques autres. Pour- fes Carthaginois , il eft tres-certain qu’ils ont donné Cràp. IX. Dt Carthage, donné les noms de leurs Dieux à leurs Gouver- neurs ; & fans m’étendre fur cette matière , il me funra de remarquer a qu 'Hamilcar & Imilco vien- nent de Molocb , ou M olech , & de Milcon j H af dru- bal , Azdrubal , ou Azrubal , de Baal ou gel • furquoi l’on peut confulter nôtre BocJiart dans Ton Canaan ; & Hannibal n’eJft autre choie que Hanno Baal , qui lignifie gracieux ou agréable Seigneur . Je ne parle point de leur Religion ni de leurs Dieux ; de leurs Loix Civiles , ni de leur difciplme militaire ; de leur Sénat * de la maniéré dont leur République fut gouvernée , parce que Renieras Remeccuis , Ghriffofe Hendieich , Sc quelques autres , fe font étendus fur cette matière. Je don- nerai feulement avis au Leéleur , q ue quand il trouvera dans les Auteurs Grecs , & dans les La- V . » -t 1 iicDreu àcnopner : *, u l\ Ur , lcr >, s ?hophetim , de la racine Schaphah , c eit-a-dire , il a jugé. En effet , le Su thés étoit parmi les Carthaginoif , ce qu’étoit le Médix parmi les Ofques. Je ne traite point encore de leurs Aqueducs , ni de leurs beaux Temples , fur tout de celui de là Fortcreffe , confacré à EfcuUbe, dans lequel il falott monter par foirante degrés , qui ecoit fi grand , que plus de cinquante mille perlonnes y furent cachées , fans qu'on en feik nen quand cette ville fut à la derniere extrémité. fut lâche jufques à fe rendre d difcretion; jufqu a fe mettre a genoux devant le Vainqueur qui lui en fit le commandement , & qui le montra '■ m ** * - 4a T* me I v. 1^.6 Hifloire du Monde p Lïv. VÎT, en cét état , à ceux qui av oient deferté T Armée Romaine. Sa femme , au contraire , ou plus gene- reufe , cru plus cruelle , qui s’étoit fauvée dans ce même Temple , prit fes deux enians qu'elle égor- gea ; & après avoir fait dé fanglans reproches a ïbn mari , fe jeta fur ces enfans , dans le feu que les delèrturs qui étoient au nombre de fept cens , mirent dans le Temple , fur le refus que ht Scipiôn de leur pardonner. Ceux qui ont quelque con- iioiffance de cette Hiftoire , fçauront infaillible- ment , que les Romains , à qui Carthage fut don- née en proie , y mirent le fcu , qui ne fut éteint qu'en dix-fept jours; & que Scipion n'en put voir les cendres , fans les arofèr de quelques larmes. Voilà quelle fut la fin de Carthage , que fept cens mille hommes que Scipion tenoit afliegés , ne pu- rent defendre ; quiavoit été fioriifante plus de fept cens ans ; quf en avoit rpfifté fix-vingts , à fes plus redoutables ennemis ; qui fut nommée par Solin , le premier honneur du Monde , après Rome $ Sc par Suidas , lu plus puijfante Ville de la Terre. On fe mit en état de la réparer l’an du Monde trois mille huit cens quarante-neuf: & Iules Ce far. Tan trois mille neuf cens vingt-fept , y envoya quelque Colonies. Elle commençoit à reprendre de nouvelles forces, quand elle fut prife l'an quatre cens de notre falut , par G enfer ïç Roi des Van- baies ; l'an cinq cens trente-trois , par Belifaire , depuis , par les Sarafins qui de fes ruines acru- xent Tunis Capitale du Royaume du même nom. Apres cela , il n’eft pas étrange que l'on ne puiiTc prefque connoitre ou étoit Carthage , que par l’endroit 011 étoit Bot^ra nommé aujourd’hui C art in , &: peut-être encore par corruption , B erfack. Chap. Xo D* Athènes. T 47 •^æ-S8@59SSSS3S8S3SBg9e3S38S:6SSff C H- A PITRE x. JD' Athènes* L A G k e c e comprenoit la Macedoine, YEpire» la Tbejfalie , rArfcaï* * le Pelopronefe , &• les Iles qui en font voifines. A l’Orient , elle avoir pour bornes, la Mer Egée y celle de Crète , au Midi; V.lonimne & Y Adriatique , à l’Occident , 8c les montagnes Scardiques , au Septentrion. Elle étoit feparee de Y lllirie 8c de la Mœfie , par ces mon- tagnes, 8c de la Thr&ce , par la rivière du Strïmon . La plus fameufe partie de la Grèce , etoit I’Atti-. que à qui Pon donna le nom d’Acîé , comme je j’ai remarque ailleurs , parce qu’elle était toute maritime , & la figure en étoit triangulaire. L’un des cotés , étoit contigu à la Beocie qui lui étoit voilure au Couchant & au 'Septentrion ; l’autre étoit expofé à YEuripe 8c à Y Archipel : 8c la bafie du triangle vers le Midi , formant une efpecede Croifi- fant, fefoit une partie du Golfe à'Engiœ ou Saro- nique. C’efi: dans cette belle 8c noble contrée qu etoit Athènes , nommee par divers Auteurs , U Mere de U Religion & des Loix : U N ouric e des- Yhilofophes des Orateurs ; U Source & le Siégé de l Erudition : l hcole publique des Siences & des. Arts ; l Oeil de la Grèce . ejr fi* Grecs meme de Grèce. Par la , elle eif affez diftinguée des autres villes do même nom • 5c 11 yen a cinq dans Ho- rus , fix dans Philon , 3c neuf dans Etienne de Byzance. Egyptiens ont crû qu "Athènes etoit une Ccm G i| 14S Hiffoire du Monde . Liv. VIÎ. Ionie de Sais ville de la Baffe Egypte : & Diodorc, dans le premier Livre de fon Hiiîoire , témoigne qu’ils étoientmême perfuadés que leur Roi Belus , fils de Neptune 8c de Libye , envoya des Colonies à B abylone-, 8c que Danaüs qui fit bâtir la ville d*Ar- gos , peupla la Colchide. François Du-Jon dit , que le mot Athènes cft étranger ; que les Phéniciens 8c les Syriens nommoient Thanai ou Thani , un hom rsypfcaptint ; que Minerve qui cfl la Déeffe de la fcicncc , a eu le nom à' Athéna par cette raifon ^ 8ç qu’afnfi Athènes cfl un lieu célébré pour la do- ctrine. On poura voir le neuvième Livre de Strabon, fur les douze villes de Cétrops dans l’Attiquc f Cécropie , E patrie , Tetraple , Dccelèe Lleufine p Aphidrie , T borique , B raurone , Cythére , Sphette 3 Cephifie , Phalere : 8c dans la Vie de Thefée , Plu- tarque témoigne que ce dernier affcmbla tous les fiabitans du pays Attique en unendroit qu’on nom- ma Athènes. Il ajoute dans la même Vie, que de tous les peuples de l’Attique , il réfolut de n’en faire qu’un : Qu’il ruina tous les Prytanées 8c les Sièges de Juftice ,pour pn itablir un général dans le mê- me lieu ou il cft encore : 8c qu’il donna le nom e¥ Athènes au corps qu’il forma de la vieille ville , 8c de la nouvelle. Jules Firmique , Jfygin , Mar- .cien , Strabon , Etienne de Byzance , Pline , Apollo- dore , Jultin , 8c Plytarque , ne s’acordent point fur cet article. Ce qui efi certain ,eft que la ville fut confacrée a Afinerve qui eft l’ Athéna des Grecs-: 8c comme le relie efi fort douteux , il eft inutile de s’y aréter. Voici le nombre de fes Rois ; le tem$ dans lequel ils ont régné félon Bunting : & j'ai par- lé de leur généalogie dans le chapitre .fixisme du premier Livre. Châp. X. D $ Athcnà. H 9 ANS àu Monde. ROIS D’ ATHENES» A NS de leur régné. 14 0 j. ï 4 f 9 * x 4 6 8. 14 7 8 * 2518 . 2 * 68 . a 6 1 8. 2 c’eft-à-dire , d’un Sénat Augufte de plulieurs perfonnes , dont la plupart des Hhftoriens ont di- verlèment défini le nombre. Pour en être , il faloit prouver neceffairement , §}jfon étoit Athénien , il- ïuftre par fanaijfance , & confidérable par [es ri chef- fes : 6>ue Von avoit combatu four la Religion , four la Vatne : on avolt receu des honneurs pu- blics four desfervices rendus a VEtat , & que jufques- la ^onavoit paféla vie fans s*être attiré aucun re- proche. O 11 jurait enfuite , §lue Von ohferveroitinviô — lablement les Loix. receués : 6jue Von ne demander oit jamais une flatue d'or , de quelque nature que fut le fervice q» on aurait rendu : Et que V Inter fl Fajfi on n’aur oient point de part aux jugemens que Ven donnerait. C’eft pour cela , qu’il n’eft parlé dans tous les Auteurs , que de la fainteté de ces Ju- ges : Que le nom , d’Areopagite pour Severe f alla en proverbe ; 8c qu’ils condamnèrent à la mort un jeune enfant qui avoit araclié les yeux à une Corneille , ayans preveu par cette action , qu’il lèroit cruel. Plutarque , dans la Vie de Selon , raports â ce Légiflateur , l’inftitution de l’Areopage : 8c il faut fans doute , qu’il ait en- tendu , ou qu’il y régla le nombre des Juges , ou qu’il y fit quelque changement. Il eft en effet , dAine ui dilution beaucoup plus ancienne , puifque. CfîAP.X. B' Athènes. J fl dans l’Eleche d’Euripide , Caflor 8c ^ Vollux don- lient à Orefle , un ordre de recourir a la ftatuc ae Minerve , pour fe Tau ver des Furies par 1 ailiftati- ce de cette Décile , 8c pour etre jugé par^ 1 Aréo- page. Le Scholiafte de ce Poète , rur la meme tra- gédie , allégué d’un pailage d’Hellanicus 3 quatre jugemens enciens 8c célébrés de 1 Aréopage , a l’egard de Mars qui avoit tué H alirrhotms fils de N cf tune de Cefhale qui avoit tué fa femme P récris^ de De date qui avoit tué Talus fon neveu , 8c de cét Orefle qui avôit tué Clytemneflre. Il eft parle des trois premiers jugemens dans Apôllodoie. Mais Hellanicus ajoute que trois générations après le jugement de Dedaie , O refit xut^ appelé enjuftice, par les Euménides. Ce ne peut être , m . fous le régné de Pandion , comme Pont cru Suidas $c le Scholiafte d’Ariftophane , félon Jean Meurs, parce que Pandïon fut plus d’un iiecle avant Orefle ; ni fous le régné de M neflhee , puiique celui* ci mourut au retour de la guerre de Troie ; qu *Ëgifle , après avoir tué Agamsmnan , régna fept ans ; 8c qu ’Orefte ne fut accufé que de la van- geance qu’il avoit tirée de ia mere C lytcmnejlre cC de cét E gifle. On peut donc conclure , qu il fut jugé fous le régné de Demophoon : 8c Tzetzes dit qu’aprés ces deux meurtres , Orefle s’enfuit a Athènes , fous le régné de Demofhoon : Qu il rut jugé par l’ Aréopage } 8c c’en eft aiTez pour faire voir qu’il eft plus ancien que Selon , quoique le te ms de fon institution foit tres-incertain. A Ns Noms des Archontes Perpétuels. du Monde félon Bunting. r Mèdow, 2 Jgafle. $ Arçhifÿe* 1 b 9 9* 2919. 19M* G Hlj 2/i Htfolre du Monde LiY. VIT. 4 Terfippe. 1574* r Thorbas . G Mécades , 3 O ! 4. 7 Diognete; 3 ® 4 î . 8 'Phcsredm. 3 o 7 f* 9 A ri p hr on . 3103 . 20 Thefpiée . 3 1 1 2,* 3141 . 3*^7. 3 1 & 7- yi 1 0 . I I Agamenefiwr, U Ef chyle «3 Alcamenon ou Alchr/mton, Apres ceux-ci , on créa les Archontes pour dix ans, & il y en eut fept, Cbarops, Afimedés , Elidi- % Ue ou Clidiquc, Hippomene , Leocrate , Apfandre , * r y xt *s- On commença Tan trois- mille deux cens loixante & treize, a n’avoir plus d’Archontcs que pour un an ; & je n’en marque point ici le nom- bre , parce qu’il eft grand , & même inutile en béait- - coup d endroits a l’intelligence de cette Hiftoire. j>r/-^ Vlllc ^’^enes étoit bâtie prés de la rivière- àUiJje peu confiderabte , dans îb milieu de l’Atti- que t qui eft juftement celui de la Grece , félon' A- riltide , qui dit encore que celle-ci eft le milieu de? toute la Terre. Ses commencemens furentfans éclata & les cavernes lérvircnt d’âzifc aux premiers hom- mes qui 1 habitèrent. Les premières maifons y fu- rent bâties } félon Pline , par deux freres nommez Huryalus, & Hyperbius : & du tems même de De- xnofthene , fes murailles ne pou voient pas être de grande defenfé. C’eft ce qui peut être juftifié par les mots fui vans de cet Orateur aux Athéniens , contre le voleur Cal eus , qui lignifie cuivre : 2sPa f°y e X'fu r pris en nulle manière de tous les larcins que l on* fait ici , puifque les voleurs y font de cuivre i que les murailles n'yjont que de terre : & c’eft une- équivoque afléz froide pour Demofthene. Il eft vrai que 1 an trois mille quatre cens quatre-vingt-qua- torze y elles furent niiies en aflez bon état pa^X^&w ChAp. X* D* kthenes. i ^ miflocle qui l’année fui van te fortifia le Port de Pyrée , bourg de la Tribu Hippocoontide , 8c atta- cha un bourg à la ville par une muraille , dont les quartiers étoienc joints les uns aux autres par de gros crampons de fer, fans chaux , in ciment, haute de quatahte coudées , & fl épaiffe , que deux cha- riots y pouvaient parier de front. Comme il avoir joint ce Port à celui àç Munichie , qui étoitun au- tre bourg bâti fur une éminence , 8c Mumchie â Phalere a, ancien Port des Athéniens , 8c bourg de l’Attique, de la Tribu Antiochide , il fit qu’Athe- ues eut cent foixante 8c dix-huit fiades , ou plus de cinq grandes lieues 8c demie de tour. Dion Ghryfofiome lui a donné jufques à deux cens fia- des , quoi quhl n’y en eut , félon Thucydide , que trente-cinq , depuis le Port de Phalere jufques aux murailles de la ville , outre les quarante-trois de fon enceinte, que l’autre muraille qui s’étendoit jufques au Port de Pyrée, fut feulement de qua- rante ftades , 8c que le tour de Pyrée 8c de Muni- chie n’en eût que foixante. Par ce moyen , il ap- puya le parti du peuple contre celui de la Nobleffc, en mêlant dans le premier des gens de marine, comme des Forçats, des Pilotes , & des Matelots. Il difpofa encore de telle maniéré la nouvelle ville, que la Tribune des Orateurs qui haranguoient de- vant tout le peuple , dans la Place publique nom- mée Pnyx y regardoit la mer , comme s’il eut voulu leur faire voir que c’étoit principalement de ce côté lâ , qu’il falloit Tourner tomes fes penfées 8c toutes fes forces. Mais les murailles d’Athenes furent dé- molies par Lyfander, qui s’étoit faifi de la belle Fîote de cette ville à l’embouchure à'Ægos Potfc moi ou Riviere de la Chevre , dans la prefqu’ile ou a ta pointe Orientale du Port de PhaUre , eft nommée Trï&ïrphit G y jKæ Hifloire du Monde . Li v. VIF. Cherfonefe de Thrace, fur la côte de l’Helelponrqv à une petite lieue de Lampfaque, Pour détourner les Athéniens de lapenfée que Themiftccle avoit pris à tâche de leur infpirer , Jes trente Tyrans ou Gou- verneurs que Ly fonder leur choifit depuis , voulu- rent qu’ils s’employaiTent â cultiver & à faire va- loir leurs héritages , fçaehans que les peuples puif* fans fur la mer, aiment ordinairement l’Etat po- pulaire : que ceux qui s’adonnent & qui fe plai- îent â l’Àgriculcure , iront nulle peine à fouffrir des maîtres. Athènes étoit divifée en haute Sc en baffe ville , qui faifoient la vieille & la nouvelle • & il fe trou- va que la Fortereffe étoit au milieu. Gelie-ci eut le nom de Cécrepie , parce qu’elle avoit été bâtie- par Cécrops ; de Glaucopion , parce qu’elle étoit fous la proteéhou de Minerve aux yeux verdâtres -, d ’A- crcpohs } parce qu’elle étoit fur une éminence ; de 'Polis , parce que les Athéniens y âvoient fait leur première habitation , & qu’ils donnoient â une Fer- ter elfe ou â un Château' le nom de Ville. On la. nommoit encore Hnn?a~pylon , de fes neuf portes, quoiqu’il n’y eut qu’une avenue , & l’on y entroit par des Velhbules. Ce fut Periclés qui les entreprit, qui en donna la conduite â Mnefidés fameux Ar- chitecte. Ils furent commencez ni de la magnificenCede l’avant-Portail de ces Vefti- fouîes qui le joigroient , ni du Temple Parthenon , C|ui en tout iens étoit de cent pies , Se qui avoit: «té confaçré à Minerve Vierge, ou félon d’autres 8 Chàp. VII. D’ Jthtm. ïf5 aux filles du Roi E rechtee , que l’on nommolt Vier- ges par excellence. Les curieux qui voudront s en éclaircir , 3c qui auront entendu parler de' la ltatue de Minerve , d’or 3c d’y voire > de la main de Pny- dias ; des autres fia tues , & des ornemens dont ce Temple 3c ce Château étoient enrichis , liront ce que jean Meurs ^n a recueilli dans fon petit Livre qui a Cecropie pour titre. ; La ville à* Athènes étoit partagée en cinq guar, tiers, ( l l’on s’eh rapporte à un pailage que Hii~ duin alleeue d’un Grec , dans une Lettre a Oneii- phore ; & là il-eft dit que les cinq Quartiers etoicnt ceux de Mars , de Mercure , de Pan , f de Saturne, Sc de Neptune. Dans Etienne de Byzance, dans Poilu x , dans la Vie de Solon par Plutarque , ileft parlé de quatre Tribus -, des Laboureurs , des Va- fleurs , des Arüfans , & des Gens de guerre. Cecrofs premier en établit quatre, que Cranaüs changea en quatre autres. Le Roi E richthonius changea celles-ci en quatre , dont chacune fut diviiee en trois. Elles durèrent , félon Poftel , environ bx cens foixante ans , jufques au tems d’A Icm&cn , le • dernier des treize Archontes perpétuels : 3c ce fut lui qui partagea les Tribus en dix, qui furent nom- mées la Cecropide ^YErechthdde . PA egeiâe, la Vau- dionide , YAchamantide , la Leontide , YOenetde % Y Hippothoontide , Y Anùothide , 3c Y Æantide. Les ■ Athéniens y ajoutèrent la Vemetrîade , & 1 A»fi- gonide . en faveur de Demetrius Poiwrcetes , 3c de fon pere Antigone , qui les délivrèrent de la tyrannie de Cafiandcr Si dcPtolemée : 3c le Scholiafte d A- riftophane dit que la Vmdiomàe & la Ttolemauu étoient la même. J’ai lu encore que cette derriè- re , la Demetciade , 3c Y Attalïde , ne furent qu une Tribu. Les Colonies des Athéniens ne furent pas moins G vj ' 15 éT ŸUfiôire du Monde. Liv. VIT. confiera b les , & ils peuplèrent gu firent bâtir S myr ne y Qlflzomene. Adramyttium , Agryle , Ami je } Atnphipole , Athènes Diades , Athènes d' A- tRYïumie, ou fies Curétcs t Bre'e , Chald^Cruh&te y Eione , E Le , E retrie , , Léta»* , Ptsndée^cyU letie> 3c Sybaris , qui depuis eut le nom de T barium, furent encore peuplées par ceux d’Atfienes. Ils peu- f ierent meme des contrées entières > comme la j /æ- &ie 3 3c ht PeninfaU de Thrace : 3c n’étant pas fa- iisfaits du continent » ils poffederent Mgine y Lem- ift°s j Par os , T en os , N axe y Andros y 8c généralement toutes les Cyclades. Dans le treiziéme Livre de Diodore , Nicolas de Syracufe dit , qu’il s’en faloit Peu qu’ils ne commandaient dans tomes les lies de la Giece , 3c dans la plus grande partie fies vil- les qui bordent les côtes de l’Europe & de l’Afie. Ariftide témoigne encore dans une Oraifon , que ce qu’ils pofledoient en Egypte égaloit la grandeur de la Sicile. La longueur de celle-ci dl de cinquante mille d’Allemagne , depuis le Pare , jufques au Gap Boeo ; & fa largeur de trente cinq mille r depuis le Cap Pafîœro , jufqu’à^ la ville de Cephalœdis ou Ci- fdltt. Si l’on s’arrête à compter les villes avec celles de leurs Aiiez , dont ils difpofoient , on en trouvera jufques a mille : Sc pour leurs vailleaux , on en a vu jufqu’à quatre cens dans le Havre de P yre'e, qui avoit coûté mille talens , ou fix cens mile écus â L:itir , 3c que les trente Tyrans établis par Ly fonder, ne vendirent que dix-huit cens écus poux être dé- truit. Je ne parle point de l 3 Aréopage , inftitué, félon a Jphtfc eft maintenant A aÇaloul{ ; Clazomene, Vi de r ourla , eu TÇylifmzn $ Teos , le Village de Segtfi $ Lty* , jjefmé ? Ffiücée ,fo\a , &c. f CkAP. X.- D'kthnefr *S? lufcbe ,1a qua ante- unième année du Régné de Cé~ trop j félon d’autres, la cinquième du Régné de Grana'ùs \ caifé par les Romains du tems de Sylla , rétabli depuis , & aboli encore une fois par Vefpa- fien qui réduifit enuProvinee toute 1 Achaïe, & qui voulut qu’elle fût fujette aux Loix Romaines. Je laiffq les autres treize Tribunaux d’Âthenes , les noms & l’emploi de fes Magiftrats , les diverses formes de fon Etat , fes Ordonnances , fes Acade- mies. Quelques Auteurs nous ont décrit fes Fon- taines , fes Places publiques , fes Jeux, fes Fêtes , les Temples de' Gialohodus , de P erdix > de Thefee » à’ lier eu le , d ’Efculape y de Lycus y de Promethee r à’Eucloéa , des M-ufes des Amazones , & des Eumé- nides. Oh y voyoit encore ceux de Thémis, de Vulcain , de Mars , deCerés y deTellm y dcLudnt, de junon , de Diane , de Caftor & d ePollux , de la Viftoire , de S'erafis , de Saturne , de Minerve , de Eacchus , de Neptune , à* Apollon , de lupiter , & de JP roferpine. Il eft parlé de toutes ces ch o fes dans la plupart des Auteurs anciens : & l’on poura* voir la Republique des Athéniens par Sigonius , par Poftel, par Col mer , par Soienitius : & les divers Traitez de Jean Meurs fur tout ce qui peut regarder 1 Afc* tique. , c C' Il eft incertain en quelle annee Dra.con ht les Ordonnances , quoique la plupart demeurent d ac- cord de la trente-neuvième Olympiade. Elles pu- aifloient de mort les plus fimples fautes. Le fer , le bois , les pierres , & toutes les choies inanimées, qui av oient- iervi à quelque vangeance , quand 1 au- teur du mal étoit inconnu, étoient fujettes a ces Ordonnances : & il eit remarqué dans Suidas que l’on jetta dans la mer une ftatue , qui p a * f^chm- te avoit écrazé un homme. Mais elles ne fubiiiïe- rent que ues-peu de teins ; & Demades ■ Hïfloire du Monde. Liv. Ÿlî. ployé à les écrire. Quelque autre a t"omn ti '°D A7 con ce Lemilateur & Anitoce témoigne dan- un endroit de /es Politiques , uArix u2 »v Ja troi Génie, i îee , ou le on Eufebe , la deuxième de la quaran- te-l.xieme Olympiade. Il droit fils d’Execeflidés qui oefcendoit de Nélée fils de Codrus : & le lieu A fia naiffance etoit Salamine , quoiqu'il foit apnelié AtW parrh./èi, par Hérodote, & P ar^cÜ son. Mais il palTa pour etre d’Athenes , parce Qu’il y avoir ete noun jeune chez fes païens, quiVé toient établis dans cette ville. Ceux de Salami”? famoTcT^T *T environ deux cens ans après' . H mon. Les Grecs le comptèrent en leurs sJcs ■ fe sJhU MBa 6 PtC ® ier a < ï ui I>on “ Plus adroit * • r * vlAC q ue pour des aveugles T P « piemiers s aviferent de prendre une certaine'*/,** qui gagnait fa vie, félon Athenée Tfake & 7 f coudées^ ino' COU10lnne a ’ étoit W belle, & qui Ce rnée 1T de ¥■**. Quand Vn i eut armée de la meme forte qu'on arme Minerve nn cheval 3 M ““ Ch f n0t > fâ ° n Hérodote-, ou fui nn cheval, fel on quelques autres ; entra dans Athe SkSS' T T’f ’“•* f0n F «ori dat de rCl C ' ^ pcaplc qui crut que cette foifeulë de couronnes était Minerve, l’adora • & P,/îl“!f t "" k f" “* ™ S “ ™ii™l “îi fpo'fc il fe Chaffi Ûnrn “ * aVCC CC “ e We /2 1 fle encore \ mc / OIS - par la faftion de Meû réduit’^ j ntlamt de fe retirer à-Sritrk où il f uf réduit a la dermere necelïïté. La fe voyant fans nulle reffource il tint g, 7 e 'y, »&»< i» w ««orafi il mm. îu j >vol , c „j, & u foItont]u 9 P, U n , y Chap. X. JD' ^theneï* ifo avoit rien qu’il ne dût tenter pour fe rétablir. Il eut des amis ; & il ne pouvoit manquer d’en avoir, parce qu’il poffedoit éminemment les vertus civi- les Sc les militaires, & que de tous les ufurpa- teurs , il n’y en eut jamais de plus éloquent , de plus honnête, de plus généreux , ni de plus jufte. Ce fut en cette conûderation que les Argiens, les Thebains , beaucoup d’autres peuples , & un certain Lygdamis de N axe-, le recoururent d’argent > ou de Troupes : Sc quefe trouvant alors en état d’executer ce qu’il avoir arrêté avec Tes enfans , il Tortit d’E- retrie l’onzième année de fa retraite,©*! defonexih- Le. dernier Auteur de la Verüon d’Herodote a fait ici une grande faute. Le Grec dit , û on le veut* tourner mot pour mot , on il eft parlé des Piûftra- tes , Etant donc partis d'Eretrie , ils retournèrent* l'onzième année , & premièrement prirent Mara- thon. Il y a daiis^ le François , Ils partirent don# dErétrie , oh ils retournèrent onze ans après , & leur premier exploit de guerre fut la pnfe de Marathon fur les Athéniens . C’eft contre la penfée d’Hero- dote , & contre la foi de toute l’Hrfloire. Ils ne retournèrent point à Erétrie onze ans après en être' fortis ; mais l’onziéme année , ils fortirent d’Ere» trie pour tâcher de fe rendre maîtres de l’Àttique* Apres la prile de Marathon , Pififtrate défit 6c- chaffa les Athéniens qui étoient allez au devant de lui pour le combatre , & qui fe virent enfin con- traints de le reeonnoître pour leur Souverain. Hipparqaie fon fils lui fuccéda , quoique Thu- cydide n’en foit pas d’accord ; & ce Prince qui étoit fpirituel Sc fçavant , Sc qui rendit des marques publiques de la haute eftime qu’il avok pour Ana- créon , pour Onéficrite , & pour Simonide , par les prefens 6c par les careffes qu’il leur fit , forma , fdon quelques-uns l’Iliade 6cT’OdyfFéc des divers Ki Hifîoire du Monde. Lrv VII Se S P quda U e’? 0fflére ’ HUC Lycur ^ e trot,- soufra 11 ^f a ^#v,V£ pere ciut lui devoir donner en mariage , par re- dSÎS & # ouven,aI ’ Etâtayec « iu ^ e «eiation & de juftice , qu’on a comparé Je teins de tÆ iV“' c **■ °"™ wfciiS?»î k „ufe de Jr ,i on «w°n 7 e pas trop bien éclaircie zj ; . f r compilation qu’on fît contre lui. H.pparque, fi Ion s en rapportai Thucydide , ai- ffioit paflionemcnt Barmodius qu’il ne put cor Eli* E”’ re ™s“ d ' r« isïïb ûcl à I I a" | al ? n P°" r P ortcr ia corbeille créé a la grande fete de Minerve , & la renvoya - en. ajoutant qu’elle étoit indigne de cet honneur" Anjtogiton favori d’Harra®^ , & ja j oux ’ ehé ? de’l’ tCaVeC l C P ?' mier ’ fe nf'blement tou- rne de 1 affront que fa/œur avoir reçu . & t0 „ t’üfd lt,1Un l'autre par dépi 1-V dévoient tourner toutes leurs peu fées | f r defhue des Pififtrates. Jultm veut IfTpllu* l' U «t 1 o n?i r me D ' A ’ ait torcé h Pœ«n d ’fLiL- rom f V“' POUr C£tte aâion: & Plat011 rap- f ’ e tern qignage de quelques-uns , ou’u» jeune garçon parfaitement beau & du qualité’ oui gÆf' , ui même admiimr lalagelle de ce jeune homme , au flï-bien que celle- &Anfl ogtt0 n qui l’avoir inftruit , après Ivon eu quelques converlations avec Hippique, ils en fu- • * i« «-*?*■» h LkiS ll pas , ils s en vengèrent tous deux par la mort du f Vf" « feit , il fut maflaerp : & f« ireie Hupias 1 U1 fucceda. Mais il fut chaffé la quatrième année de fon régné, la première de la Poixante-fixicmc QJympiade , la deux cens qua- r-nte-uniemc de Rome bâtie , quatre, ans avant que. ChAp. X- B'Athenss. tëp 'on eût banni les Tarqmns de Rome: vingt ans Vaut la bataille de Mxrathm où fut tué Hippict# iui combattent en faveur des Perfes. On peut voir ‘ourtant ce qu’a dit Jean Meurs dans fon petit Li- -re de Pififirate , fur ce qui regarde, la Cbrono- ogie. L’an du monde trois mille quatre cens quatre- ringt douze , trente-deux ans apres la bataille- de Kïarathon , Athènes fut prifie par Xerxes qui fit 5 i lier le Temple d'AgUun fille, de Cécrops > & met- :re le feu dans la Forterefife , onze ans avant la- laififance de Socrate* L’an trois mille, cinq cens boxante.- huit , la première année de la quatre- vingt? quatorzième Olympiade , la trois cens^ quarante- neuvième de Rome bâtie ; Ly fonder qui etoit de la race des Hérachdes ; prit cette ville, , deux ans après ià mort à y Euripide & de Sophocle ,, quatre ans avant [relie de Strate. Il accorda la paix aux Athéniens;,, à condition qu’ils abbattroient leurs longues mu- railles qu’ils avoient portées depuis la ville jufquesi à la Mer ; qu’ils raferoient l’enceinte du Fort de Firée ; qu’ils ne pourroient avoir plus de dix ga- lères ; & qu’ils cederoient aux Spartiates , toutes tes- Villes , toutes les Citez , & tous les Forts de leur dépendance. Ce fut la fin de la guerre du Pélopo- néfe qui avoit duré vingt-ièpt ans ; & Athènes fie? vid gouvernée par trente tyrans infiupportables qui trois ans apres , furent chaffez par la réfolution de Thrafybale. Lan trois mille fix cens quarante-huit, elle fut p ri le par Afttipater • & l’an trois millebuit cens quatre-vingt-ûx , par S y lia qui la reduifit a une fi grande extrémité , que l’on y vendit le beiffeau? de blé jufqu’â mille drachmes , ou cent . écus ; qui la nuit y entra par une breche , avec fies Troupes r 6ty fit au bruit des trompettes , un carnage horri- ble-, .après avoir ordonné que l’on mît en cendre; , Hiftoire iÛ Menât. Lrv. VIÎ «s bourgs de Virée & de Municbie. Les Athénien* epuis ce tems-là , furent obligez de reeler leur inclinations par celles des aunes , de s’fccommo Æ‘ 7 -^n S examiner G le plus puif tot etoit leplux ,ufte & leplus honnête. C’eft aihi ^ . P r!1 ’ent d abord celui de Pompée • Qu’ils lt quittèrent après fa défaite, pour fume f r ? m *° r ï de C S, Diaatcul '.‘is éleverent des ftaTué', j> */ & a Cajfius: Qu’ils lesabbatirentenfaveui eiSTiï «« «r.ift,iS «oSt ilî J P' 1 '‘ 1 'g'- ÿvmte l c a, 0 „ j, Ul „ lient devmre “ r tributaires des Romains , & eontramts d en obferver encore* les Loix £^- 2 t r r T eux ne f ’r 7 que & firent pour Jrln f ^ U c nU ement c °nfiderable. Avant qu’Ha- ? fut , il fut établi ArchonTÏ'l abfolu’flT- C t n°T nS : & qUand 11 fc vid P'“* dnn 1 r embe i ht d un grand nombre d’édifices • donna fon nom a une partie de la ville. Elle fut prb llon^ V ^ les S-cythes , fous le régné de G»lC fdon Zofune ou fous celui de CUitdi de Dalma- aprés nlr rr"; & ferec ° n re P« de tem* lu A ’J cle ° dem . e qui s’étant fauvé, aflem- I cs T loupes , battit la Flotte deces barbares & les chaffa Sous le régné ÏHormius , far nî' de P, u,s P°ffedéepar le Marquis Bonifie \ lïr% 7! ’ d “ fan g des Roi' d’Aragon ; par £4 ’ hi A ’ fd ° n Ghalcon dyle ; par les Francis • par Floranl° n & S ° n f atalanS ; Pâr Regnier florentin , & par les Ven, tiens , à qui celui-ci l’I bandonna. Un certain Antoine , ds illégitime l’aï «O 1 ~ \ • ° ^ „ , , “ aiu 'nnwne , tiis Uléeuime < la fwîr ’j 1 . 6 , 3 aifla P as lon g-rems à ceux-ci : , w t Jd 11 cn cut lâ Souveraineté , m ?>“ n ît ma Deuxicme du nom , qui l’ùfuri Mn mille quatre cens cinquante-cinq , ou , felc Chap. X. De Sparte ou Lacédémone* iS§ autres , Tan du monde cinq mille quatre cens ngt-trois ,qui cft le mille quatre cens cinquante oifiémede nôtre falut. Quelques-uns l’ont très- al nommée Sennes \ ou Aunes. Les Turcs la miment Albin* ; & nos voyageurs nomment en- >rele Port de Pires , Porto Draco , & Port-Lyon ^ uce qu’on y void un Lion de marbre blanc , dont . gueule ou v ei te peut faire croire qu’il a feryi au- ;efoisà une fontaine. Ce' Lyon qu’on a fait aflis il* fon derrière , a la tête haute ,ed environ trois >is plus grand que nature , & peut avoir dix pies ^hauteur. .CHAPITRE X I, De Sparte ? oh Lacédémone, L A L a c o N i e , préfentement T Raconte , % été nommée Lélégïe , & Lélégis , de fon premier ,oi Lélex ; Oebalie , d'Oebalus ; Argos Archaïque ^ ulfi-bien que tout le Péloponefe ; Lacédémone , de uédémon fils de lupiter & de T ay et te : & la capj- de eut îe nom de la Province , ou le lui donna, die avoir eu celui de Sparte , ou des Spartes , qui voient été là, conduits par Çadmus: ou de Spartus ui la fonda l’an du monde deux mille trois cens tente-quatre. Mais le teins de fa fondation doit tre fulpeâ: , parce que Sfartus , félon quelques- ns , étoi.tafils de Phoronée ; félon quelques autres , iis d’in a chu s qui étoit le pere de ce dernier - qu’il d le fils d’Amyclas dans quelques Hidoires. ' Sparte nême a été bâtie , félon Ephorus ,par E uryflhene , ** par P rodes fils d Arijlodeme : Sc fi l’on en croit raufamas ; le nom de Sparte lui ed venu de Sparte FJîftolre du Monde^ Liv. VIL 1 fille à’Eurotas , que Eacédémon avoit époufée. Il y en a d’autres origines , qui font fondées fur le jeu des mots : Sc comme elles regardent le tcms in- connu , il faut lai ffer ces bagatelles aux Gram- mairiens qui.en font leur occupation Sc leurs dé- lices. Dans cette .Province qui comprenoit autrefois h Mefténie qui efi: une partie du Belvedere dans la Àlorée , il y a eu jufques à cent villes : Sc dans .Homère, il efi: parlé des Hécatombes des Lacede- moniens , ou du facrifice de cent bœufs , qu’ils fai- foient pour la profperité de leurs cent villes , ce qui d> remarqué dans Strabon , Sc dans le Sclio- liafte de Denis d’Alexandrie. Comme la grande multitude des peuples diminua , le nombre des Vil- les fe trouva réduit à trente ; depuis , à dix-Kuit : & Spart.e feule coniêrva long-tems fa première gloire. Sa forme étoit ronde , félon Polybe , Sc elle étoit fituée dans une Plaine , où il y avoit quelques coli- ncs , & des endroits élevez Sc rudes. Elle avoit à d’Eft , la riviere à’Eurotas qui dans la plus grande partie de l’année , ne pouvoir être paffée à Gué , pour fa profondeur : Sc de l’autre côté de cette ri- vière , vers l’endroit qui regarde l’Orient d’Hiver, elle étoit couverte de quelques montagnes inacceffi- bles qui commandoient Tefpace qui eff entre la vil- le Sc l’Eurotas , nommé V afiUpotamos ■ Sc par quel- ques Géographes , Iris. Il eil parlé de fes Loix dans les Polices d’Héraclide de Pont ; dans les mœurs des nations de Nicolas de Darças ; dans Thucydide • dans Plutarque : Sc fi on veut les con- noître à fond, on n’a qu’à lire Sigonius , Sc Ni- colas Crag dans leurs Livres de la République de Lacédémone. Pour la maniéré, dont elle s’efl toujours gouves> CaîAp . XL De Sparte ou Lacédémone. ié? ée jceltce qu’on ne peut décider d’abord , parce u’elle en a changé fèiqn les rems : Qu_’au coin- lencement , elle eut des Rois qui peut-être furent afolus : Que cette forme de gouvernement fe con- rrva jufques à V rocles 8c à Eurïjthsne\ de la race es Heraclides. Ainii , l’on peur dire , que l’Etat e Sparce tut Monarchique ; §c l’exemple de Cœfior i de follux n’eft point contraire à ce que j’avance^ arce qu’ris regnoient l’un après l’autre , fans ja~ oufie , 8c dans une û parfaite intelligence , qu’il mrbloit qu’il n’y eut alors qu’un Souverain. De-, uis le commencement des Heraclides jufques à .Ly- argue , l’Etat ne peut pus être nommé Monar- hique , puifquedeux hommes regnoient enfemble, juoi qu’ils euffent chacun le titre de P v oi , & qu’ils hoiliffent les Magiftrats . "Lycurgue depuis , leur iTocia des Sénateurs dont le pouvoir balançoit le sur , & l’afFoi.bliiloit de telle maniéré , que les pre- nier s ne pouvoient rien faire fans la participation, ’c le contentement même des autres. Après que les Ifhores furei^k établis , leur forme de gouvernement ievint Po^Ækre , 8c mêlée enfuite , quand l’au- orité fut partagée entre les Sénateurs 8c les Ephores. Les Ephores , c’efhà-dire , Inspecteurs s Sur-* veillans , ou Controlleurs , étoient au nombre de cinq , tirez du peuple ; 8c le premier fut créé par Tbeopompe, félon Plutarque , cent trente ans apres Lycurgue. Ils furent depuis nommez par le peuple , avec le confentement des Rois ; 8c quoi qu’en di- fent quelques Auteurs qui en ont entendu le nom- bre jufques à neuf ; il étoit réduit fimplement à cinq. C’eft ce que l’on peut voir dans Aiiftote , où il eft parlé de la République de Çrete ; dans .Suidas far le mot Ephores ; ce que Plutarque peut confir- mer ; quand il témoigne dans la vie de C lepmene 7 & 68 Hijfoire du Monde Liv. VIT. que l’Eohore Agefilaiis fut blefle par ceux qui avoient été envoyez par ce dernier,^ que les qua~ tre autres furent tuez. Leur Magiftrature ncduioit qu’un an : & ils furent élus principalement ,pour arrêter la trop grande puiilance des Rois ; ce qui marqué pQlitivement dans Platon dont Plutar- que a prefque tranfèrit tout le pafiage , dans, la Vie vde Lycurgus. Cicéron, dans letroifiéme Livre des Loix , le prouve affez., quand il témoigne que les Ephores étoient oppofez aux Rois , de la même forte que les Tribuns i’étoient aux Ccnfuls. Leur pouvoir qui fut d’abord allez limité , s’étendit fort loinavec le tems , jufques-là qu’ils fe mêlèrent de .ce .qui regardoit la Religion : Qu’ils préfidérent dans les jeus publies réglés alors félon leur caprice: Qu’ils fournirent à Jeur juridiélion , tous les Ma- gilfrats : Que les Rois même étoient obligés de leur obéir quand ils les apeîoient en juflice: ‘ Qu’ils frpronon^oient fur des Tribunaux qu’Elien nomme desThroneu Ils eurent encore la difpofition des de- niers publics , après qu’on eut fait à facedemone,, un fond d’épargne ; traitèrent de la ,1 fex & de la tQuerre ; & furent enfin fi abfolus , qu’Ariftote , quand il a examiné leur Gouvernement , oonclud qu’iLétoit pareil à fa Tyrannie. Platon lui donne ie ; nom de Tyrannie dans le quatrième livre de fes Loix. Les Ge R ont es dont le mot lignifie la même chofe que Sénateurs, furent inftitués par Lycurgus , fur le modèle de l’Areopage : .& le nombre en étoit de trente, ou de vingt-huit. L’eleélion des premiers fut un effet de la paflion qu’ils firent paroîtrepour je bien public : & enfuitte , on cherchoit ceux de xs d'Agïs &ls y Eurifihmed To mê iy. H i-o f/ijteire du Monde. Liv. VIT, les autres , Lurip ont ides d’Euripont fils dcSouc 5c petit fils de P rocLes. Tous les mois , l’un 5c l’autre s’obligeoient par un ferment folennel de- vant les Ephores , de bien gouverner l’Etat i de le regler fur les Loix reçues : 5c les Ephores , au nom de la ville , leur juroient , Que s’ils ne violorent ja- mais leur ferment , ils ferorent maintenus dans la Royauté. La Table fuivante éclaircira leur fuç> ceflion. E U R. I S T £ N E fils d’ dL- riftoueme , régna quarante, deux ans. Eufebe le nom- me Eurifihée , ôc dit qu’il en régna quarante - quatre. Agis fils d’Eurifthene* régna un an. EcHEsTR ate que d’autres nomment Archef- trate fils d 'Agis , régna trente-cinq ans. La s o t a s ou Leobctâ fils d 'Scheftrate , régna trente- fept ans. DoRYiJE ou Do- ri st H E fils de Leobote, régna vingt-neuf ans. Agejilaus premier du nom , fils de Derifihe , régna vingt- neuf ans. Arche laus fils d ' Age fiUue , régna forçan- te ans. Phocî-ES fils ÜJ-r riftodeme* S o ü s fils adoptif de Procles. E u r i P o n fils de Soüs . P R l T A N I s£ls d’Eu- ripon. Eunomu.s fils de Prit uni s fut tué d’an coup de couteau , dans une fis- dition du peuple. P o l t jp E c T i fils d 'Emanais. C H a R i l a u s fils de Polidetie , régna foixaate» quatre ans. Ce fut fous le Régné d ’ArcheUus que Licurgus $lsd’ EHn$tms & de Vianape o^Emomns avoir Chap.XI. 12e Sports ou L AüedeTnofie, iyx époufé en fécondé noces , fit des Loix pour ceux de Lacédémone. Volidette étant mort , & aiant lai fie la Reine enceinte, Lycurgus fut Roi huit mois : comme elle fut délivrée de fa grofTefTe , fou fils nomme Cartllus ou Carilaus fut nommé Roi. Ly - cnrgus qui lui avoit rendu ce bon office , étant foup- Sonné d’afp irer au thrône , fortit de Sparte • alla en Candie ou il obfcrva la forme du Gouvernement de ces^ infulaires ; fit un recueil des meilleures Loix: qu il y trouva ; pafifa en Afie , pour y remarquer la maniéré de vivre des Ioniens. Il alla mêmejufques on mil fon portrait dans tous les A êtes publics qu’ondevoij fçeller. Euu cra te Pre- mier du nom » fils de Pofi- dore, AnAX ANDRE filS d’Ewicrate. E u R i c R A t ï nom- mé Eurycratide par Héro- dote, fils d'sLnaxandre* Leon fils d'Euricran. ANAXANDRlDEfil S de Le an. Quelqu'un aiant demandé à cet Arifton , cotïfc* mène un Prince pouvoit regner avec fureté , fans avoir des Gardes , il répondit : S'il commande a [fts fajets , de la maniéré que commande mi bon feu dt famille à [es en fans, C t e o m e n E Premier Dïmaratï fik du nom , fils d’Anaxan- d'Ariflon. dride. Ce Cleomene qui délivra les Athéniens de la Jftüj Iiis d’Archidame , 2«C petB-fifs de Theopompe. A N A X I D A M E fils dt Zeuxidame, Archidamï fils de Zmxidame. A gisicHî eu F** gefides fils d’ Archidstm. A R ï s t o n fils d’fti* geficles. •»7+ Hifioin du Monde Liv. VH. tirannie des Pififlrates , difoit qu ’Homere étoit le Poète des Spartiates 3 parce qu’il enfeignoit la ma- Bieiî de faire la gu eue , èc qu ’Hefiode étoit celui des îlots parce qu’ila traité dè l’Agriculture. Après avoir fait une treve de fept jours avec ceux d’Ar- gos , il remarqua la troiliéme nuit , que les Argiens s et oient endormis fur la confiance de cette treve. Il les chargea vigoureufement , & comme on lui re- prochoit qu’il a voit manqué à ia parole , il répon- dit , Qu il ne s y eteit pas engagé d obferver la treve y durant lanuit : Que le mal qu'on faifoit d fon enne- mi , etoit jUjle , de quelque maniéré qu on le put faire ». Mais comme il voulut furp rendre Argos , les fem- mes pour le punir de la foi qu’il venoit de violer, prirent les armes pendues dans leurs Temples , 8c le repoufTerent de leurs murailles. Etant devenu furieux , depuis ce tems-lâ , il prit un couteau , fè fendit le corps depuis les talons jufques aux parties qu’on ne peut nommer , & mourut de cette forte , en riant. î* E O N I BAS fils à’tA- L EOTÏCHîDlsfils fiaxandride » & fxçre de de Menâtes , régna vingt^ Cltomene. deux ans. Un infolent aianfdit à Leonidas : La feule diffe* fence qui efi entre vous & moi 3 c'efl que vous êtes Souverain , il fe contenta de lui répondre : I e ne le fero'tspas 3 fi je neujfe eu quelque chofe au deffus de vous» Quand Xerxés lui écrivit , Envoie-moi tes armes , il lui répondit , viens les prendre . S’étant oppofé au paflage de Xerxés dans les Thermopy- les , il y fut tué avec trois cens Lacédémoniens , dans la foixante & quinziéme Olympiade , la deux cens foixante 8c treiziéme année de Rome bâtie. Lors qu’on lui dit : Les ennemis font prés de nous j il repartit: Etn.us prés d'eux ; dînez, & ufurez- Chaf. XI. De Spœrteou Lacédémone. 175 ^)6us que nous feulerons dans l autre ?nonde, Leotycbides qui chafîa Demarate Ton Collègue, Battit les Perles , Pannée fuivante , prés de la mon- tagne de Mycale qui eft une ville & promontoire de PA fie Mineure , vis-à-vis de Pîle de Samos. ArcHïdame Deu- xième du ncm fils de Zeu- Marne , bC petit fils de Leotycbides , régna qua- rante deux ans. Paufanias fils de Cleowbrote 8c petit-fils à'Ana- xandridi , fut le tuteur de Pliflarque. Ce fut le même Paufanias qui défit Mardonius dans la ba- taille de Platée : & qui fut enfuite , convaincu d’a- voir trahi le parti des Grecs , en faveur du Roi Xerxes. . n Quelqu’un aiant promis du vin excellent a cet Arcbidame : pourquoi m en donner , dit-il , puifque nom en boirons davantage ,& que vous en ferons moins hommes ? Interroge par qui Lacédémone étoit gouvernée ? Parles Loix : dit- il , & pur ceux qui gardent les Loix. Deux hommes Paiant pris d’un commun confentement , pour arbitre du diffe- rent qu’ils avoient enfemble , il les conduilit dans un Temple de Diane, & les fit jurer fur l’autel de la Décile , qu’ils s’en tiendroient à Ton jugement, fans y manquer. L’aiant promis , Y ordonne , dit-il, que vous ne fortirez dé ce Temple , qu y après vous être tous deux accorde^.ll mourut félon quelques-uns , Pan trois mille cinq cens trente-huit , deux ans après le Poète Pindare ; quatre cens trois ans avant la Naifîance de Jefus-Chrift. PlIstonax fils de Paufanias , régna cinquan- PtlSTARQJE fils Leonidas , régna un an. >7iî Hiftoin du Monde. Liv. VH. P A u s a n i A s fil, de Agis fils dUrchid*. jfiijtofidx »yut banni j apres me , rcgna quarante d eu* avoir régné quatorze ans. ans. Sur la fin de l’année trois mille cinq cens cin- quante, les Lacédémoniens firent avec les Athéniens, une alliance que rompu Agis par le confiil dU/fi- biaàe qui était alors banni d’Athenes. L’an trois mille Cinq cens foixante-deux , les Spartiates fuient défaits par les Athéniens prés de Cyzique : 8c Mm- tiare qu’ils avoient pris pour leur General ,y fut tué. Callicratidas qui commandoit l’armée navale fut défait encore , l’an trois mille cinq cens fioixan- te-fix : 8c Lyzander qui vengea l’affront des Spar- tiates , par la vi&oire qu’il gagna l’année fuivante, prit Athènes , & en fit abbattre les murailles au fon -des flûtes. Les alliez même de Lacédémone , y a fli fièrent couronnez de fieurs 5 comme fice jourefâ ^té celui de la liberté de toute la Grece. Acîîipoiis fils de paufanifv àc petit-fils de JCUetnbrm) regaa quatorze #ns. A G ESI t au s filV d ’ Archidafxe > 3e d’Eupe- lie fille de JMeliJîppidas 9 , régna quarante ôc un an. AgefiUus n’avoit dans la taille, ni Pair grand Si Aoble ; ni dans le vilage , cette belle & prévenante phifionomie qu’un Ancien nommoit , une recom- anandation muette , un privilège 3c un pafie-port de la nature. Il etoit petit , 8c boiteux ; mais brave, •docile , judicieux , & infatigable ; faifoit .du bien ** fis ennemis quand il leur arrivoit quelque difgra- j fervoit fis amis avec chaleur , 8c regardoit peu fi en les firvant , il alloit au de-là de la juftice. Par le fiul trait d une lettre à Iariée Prince de Carie, on pourra juger de ce qu’il faifoit pour fis amis , Deli- Niçias y s il a failli ; s'il n'a point failli , deli- Ch ap, XI. De Sparte ou Lacé dément. T?W « Vrez-le en ma confi duration : mais quoi qn il en fort, ne manquezpas de le délivrer. Comme les Ephorci 6c les Sénateurs avoient alors la fouveraine autori- té , qu’on ne donnoit la Charge aux premiers que pour une année , 6c que les autres avoient la leur pour toute leur vie, il y avoir entr’eux & les Rois, une haine prefque mortelle 6c héréditaire. A rchelaus pour fe faire a: mer de tout le monde , fui vit une rou- te oppofée à celle qu’a voient tenue les prédécdTeurs* eut beaucoup de deference pour les Sénateurs 6c pour les Ephores , 6c leur donna en toutes rencontres , des marques de fon amitié 6c de fon eflime. Par fes maniérés , il s’aquît une ü grande réputation, que les Ephores même furent obligez de le con- damner à une amende , parce que U cœur des titoims qui dévoient être communs , eteient tou$ pour lut. Lyzander apres avoir Contribué à Péleélion d’À* geftlaus , perfuada les Lacédémoniens de Pênvôicir en Afie , avec une armée , pour, la liberté des villes Grecques , 6c de faire la guerre au Roi de Perfe. il la conduifit avec tant de diligence , qu’il furprie tous les Satrapes par fon arrivée : & T iffaphernes qui en étoit le plus remarquable , Et fi bien , qu’il obtint de lui , une tre've de trois mois ; 6c cepen* dant, affembla des Troupes. Quoi qu’Agdilaut en fut informé , il garda toujours la parole cju’U avoit donnée , fur ce principe , Que le Satrape eloi- gneroit de fes interets , tous les gens de bien , & fer rendroit lesDieux ennemis par fon parjure. Le jour de la treve étant fini,Tiffaphenre qui avoit les plusbelfes maifons du côté de laCarie la plus riche des Provin- ces dont il avoit le Gouvernement , ne manqua pas de faire marcher fes gens de ce côté-la. Mais Age. filaus pour le tromper , paffa en Phrygie , la rava- gea toute avant que l’autre eut fongé à la deffendtef 17 § Wiftoirc du Monde. Liv^VIL y fit un butin prodigieux , & alla prendre à Ephefe, Ion quartier d’hyver. La belle faifon étant revenue, il fit publier qu’il pafleroiten Lydie , étant afifiré que Tifïapherne recevroit cette nouvelle comme un faux bruit ; Sc par ce moien trompa le Satrape qui étant allé en Carie , fut obligé de tourner du côté de Sardes. Comme il avoit hâté fa marche , Sc qu’il n’avoit pas avec lui , toute fon armée , Age- filaus l’attaqua & le défit ; prit plufieurs villes , Sc devint maître de la campagne. Le Roi de Perfè , a cette nouvelle , envoie Ti'hraufte- qui fit couper la tête a Tifraphernes -■ qui fit parler d’accommode- ment au Spartiate : & comme il eut vu que le plus grand ennemi des Grecs , étoit mort , il pafie en Phrygie , & y ruine toutes les Provinces du Gou- vernement de Pharnabaze. Là , il reçut des nou- velles des Epfiores qui lui écrivirent , Que ceux ce la Beocie& de l’Artique avoient déclaré la guerre aux Lacédémoniens qui l’avoient nommé pour commander leurs armées de mer Sc de terre ; Sc qu’il ne fè fît pas plus long-tems attendre. Il obeït y , quoi qu’il méditât de mener fes troupes jnfques à ,5uze Sc à Ecbatane ; Sc dit feulement Que dix mille arihers le cbi: oient d' Afie , parce que ce Roi s’étoitfervi d’autant de Danques qui étoit une mo- noie de Perfe , fur laquelle il y avoit un Archer , pour corrompre les Gouverneurs Sc les Orateurs d’Athene Si de Tbebe , Sc les obliger de fane la guerre à Lacédémone. Il n’étoit pas loin du Pelo- ponefe , quand il défit à Coronée ville de la Beocie , les ennemis Sc leurs alliez qui lui difputerent le paf- fage ; pilla les terres des Theflaliens ennemis alors des Spartiates qui fous fa conduite , tuerent encore dans la guerre de Corinthe , jufqu’à dix mille hom- mes. Apres avoir rendu à fa Patrie , d’autres iervi- ces confiderables ? quoi qu’U cüjc alors quatre- Chap« XI £)e Sparte ou Lacêdêmofté* lyp vingt s ans , & tout le corps couvert de biefiures , il s’embarqua pour l’Egypte , a la lollicitation de Tachas , & prit contre lui , le parti de Xeftanebe. Un autre Roi de Mendez qui voulut l'oppofer à l’un & à l’autre , trouva cent mille hommes pour l’appuier ; mais quoi qu’il pût faire avec tant de monde , Agefilaus en vint à bout , & aflura ^Egy- pte à ce Neélanebe qtii lui en témoigna fulidement fa reconnoiffance. Il ne fongea plus qu*i retourner à Lacédémone ; & aiant pris terre avec lès vail- féaux , dans un defert de la côte de Lybie , mourut âgé de quatre-vingt-quatre ans , au Port de Mène» laus prés d’Ardanie. Quoi qu’il 1er vît les amis , comme je 1 aidit > a* de la de la juftice , il étoit perfuadé qu’elle étoit U première des vertus , & que fi tous les homme» étoient juftes , la vaillance feroit la choie du mon- de la plus inutile. A ceux qui difoient :U grand Roi le veut ainfi > entendant parler du Roi de Perle, il répondit : En quoi peut -il être plus grand que moi , s'il n’efi plus jufie. Quelqu’un l’aiant prié de vou- loir écrire en fa faveur , à fes hôtes & a fes amis d’Afie , mes amis , lui dit-il , quoi que je ne ^ leur écrive point , ne laijferont pas défaire ce qui efi jufie, Aiant envoie demander au Roi de Macedoine , la liberté de palier par des Terres de fa dépendance , cc Roi dit aux députez qu’il y fongeroit , & quand il fut informé de cette réponce , & bien , reprit-il , p a fions toujours pendant qu il y fongera. Comme on le prioit d’entendre un homme qui contrefaifoit parfaitement bien le roflignol, il répondit, j'ai quel- quefois entendu chanter lerofiignol meme, Un autre lui demandant , ce que l’on devait apprendre quand on étoit jeune ? il repartit , ce que Ion doit faire quand on efi grand. Quelqu’un s’étonnant qu’on eut en- îollé à Lacédémone ; un boiteux , & qu’on ne Ra H vj âSo Hijlolre du Monde. Lit.. VII. eut pas au moins donné un cheval pour le /atîver en cas denecelïïté, Ne feais-tupas , lui dit-il , qu’à la guerre on n’a point affaire de gens qui fuyent x mais qui tiennent ferme ? Quand un certain Me- necrate Médecin à qui on avoit donné le titre de^ Jupiter pour avoir guéri un grand nombre de mala- dies que Ton avoit jugées incurables lui eut écrit Mene crûtes Jupiter au Roi Agefilaus , Salut, ^onnoiiTanc bien par ce titre que la cervelle lui avoit tourné ^ r il lui répondit Agefilaus à Menecrates Santé . Antalcidas Faiant vu blefle dangereufe— tnent dans une bataille par ceux de Thebe , lui dit ^qu’ii méritait bien cette difgrace , puis qu’à force- de les irriter , il leur avoit appris à combattre, C’eft Je meme Antalcidas à qui on n’eut pas plutôt de- an and e , Pourquoi les Lacédémoniens portoient à la, guerre des épées fi courtes? répondit , pour joindre dê plus prés leurs ennemis v CnoMUoTE frère d’ Agefijielis , «gnaneuf ans. Les Lacedemoniens qui avoient été défaits Fart trois mille cinq cens foixante & dix fept,par Conon , d’Âthenes ; l’an trois mille cinq cens quatre-vinert quinze ^ par Chabrias , furent encore vaincus par 'Epaminondas , L’an trois mille frx cens un , dans la bataille de Lsvctres ou Qleombrote mourut : 6c j’ay remarqué ailleurs La plus part de ces évene- ,inens particuliers. A ge s i fo lis Deuxième A r c h i d a m e , fis du nom, fils de Cleo mbrote , (F Agefilaus , régna vingt ■»- mourur la première année trois ans. de fon Régné, Le Roy Fbilippes après avoir gagné La bataille prés de Cheronée , écrivit au Ro i Ar ch i dame , une jteure fort mortifiante ; mais il fe contenta de lui Ch AP. XI. De Sparte ou Laûêdèmtine. itt repondre , fi vous mefure^votre orpbre , vous ver** rez que depuis votre vi&oire , elle n efi pas devenue fins grande. Il die à Periander Médecin fort pré- fompmeux , 8c qui pafibit pour exceller dans fon arc , mais qui faifoit de tres-méchans Vers , je m'étonne , Periander , que vous aimiez mieux être appelé méchant Poète , que bon Médecin . Les Lacédémoniens qui avoient fournis les The*- bains , l’an trois mille cinq cens quatre- vingt dix , furent défaits par les Thebains dans la bataille de’ Mantinée > l’a» trois mille fix cens neuf ; trois cens foixante deux ans avant la Naiffance de Jefuf-Ghrifl. Mantinée efr une ville d '"Arcadie , qui fut nommée AnUgmie par les Argiens , en faveur du Fvoi Antigone* félon Plutarque ; 8c félon Paufanias , PEmpereur Hadrien lui rendit ion- premier nom. Elle e-H aujourd’hui appel! éc-Mundi $c Mandj . Agis fils d' Archidatntg régna quinze ans. Agis fècourüt 'Darius contre Alexandre ; 8c mourut dans une bataille que gagna fur lui 9 Antipater qui commandoit pour Alexandre , dans la Macedoine. Comme les Ephoïes lui difoient un jour , prenez avec vous les jeunes gens de Lacëde** mone ; allez avec celui-ci qui vous conduira juf- ques dans la Fortereffe de fa Ville : il leur re- montra, J>Xu y ii nétoit pas raifonnable de confier la vie de fi braves gens à un traître a fa patrie • Un Ambafladeur à'Abder ville Méridionale de la Thrace , apres avoir fait à Sparte , une longue 8c ennuieufe harangue , lui demanda quelle réponle il porteroit à fes citoyens. &}ue je vous aj latffé dire ce qu il vous a plu , & qm je vous ay écouté [ans dire mot. ifi Hifiolre du Monde. Liv . VIT. Eudamidas volant X tnt ente déjà, fort vieux dans 1 Academie ou il etudioit avec d’autres Philofo- phes , ^demanda ^ qui était ce bon vieillard ? & quelqu un des afîifïans ayant reparti , que c’étoit un homme fage qui cherchent la vertu , il reprit, & quand s en fer vira-t-il , Si! U cherche encore ? Lorlqu il fut condamne pa r les Ephores à erre étranglé il aperçut un de les efclaves qui pleuroit.* ne pleure point > lui dit-il , j e fuis apurement plus homme de bien que ceux cqui mont condamné À U A r. é t A $ fils d Acro - A gis rroifîéme du nom* tate. Leoniâas fut fon T u- régna neuf ans. teur , mais Aretas mourut ° âgé de huit ans-, &; comme il n’y avoit plus de Prin- ces de la Maifon d ’£z*rp- fieae , Leonidas fut Roi. L e o n 1 u a s deuxième du nom» fils de C leonymey & petit-fils de Qleomene , qui eut pour pere, Age - Jipolts. Leonidas apres s’étre oppofé au deffein d’Jgh âgé de vingt-ans , qui vouloir que Sparte dans le penchant même de fa ruine , fut gouvernée félon de Junon 5 depuis à Tegée maintenant Mue bit , E U D A M 1 D A $ fils d’ Archidame» Archidamï Hit Eudamida s fils d 8 Archidame . mort, les Loix de Lycurgus , fe fauva dans un Temple Ch ai 5 '. XL De Sparte ou Lacédémone^ Tille d’Arcadie près des frontières de Laconie & de l’Argolide. On le rétablit quelque-tems apres ; &■ Agis fut étranglé dans la prifon , avec fa mere, Agefifirate Sc Archidxmh fonayeuk qui lui avpient rendu quelque vifite. CleombkoT E Deuxième du nom , gendre de Leo- nidas. Cleom e n e Troisième dü Éuryd a M M* A s fils nom , fie empoisonner Eu- à' Agis, rydamidas ÔC mie en fa Epclidas ou Eucli- piace Epiclidas ou E ucli* pas fils de L eonïdas , das , de la branche des petit - fiés de C homme. E uri fnnides. Chôment qui s’étoit fait une paflîon de- remettre- ^ancienne difcipiine de Lycurgus 1 a- Lacédémone y mena lui même des étrangers , pour ne pas man- quer fon entreprife ; y fit tuer quatre Epbores , dont le cinquième fe fauva dans le Temple delà JP ur , partagea les terres aux citoyens 3 & fut le premier à mettre en commun fon patrimoine, Depuis > il fit la guerre à ceux d’Achaïe ; prit Ar- gos, de la plus grande partie du Peloponncfe. Mais Antigone le Prometteur 3 fIs de Demetrius Deuxième du nom , lui enleva toutes fes conqueftes ; devint maître de Laeedemone qu’il laifa libre , parce que la guerre qui étoit dans le Royaume de Macedoine, l’y rappela* Cleomene fe voyant réduit à l’extre- miré , fe retira en Egipte où il avoit envoyé fes enfans avec fa mere CratefuUe , en otage : &: Ttolomée le bien-fefant qui regnoit alors , lui pro- mit de le rétablir dans fon Etat. Ptolomée étant mort , fon fils furnommé Philopator s’avifa , fur quelques foupçons qu’il eut , de donner des gar- des à Cleomene quine voyant point de falut pour fui , forcit avec fes amis , l’épée a la main, & _ *84 Hiftoire cfu Monde . Liv, VIT. tâcha de faire foulever Alexandrie, contre le Roî, N’ayant pas réuflî dans ion entreprifè , Tes amis & Jui refolurent de le tuer les uns les autres , ce qu’ils éxecuterent geneieufement pour prévenir leur perte prochaine 8c inévitable . 8c pour n’être au pouvoir des Egyptiens qu’aprés leur mort. Les Spartiates , à cette nouvelle , le choifnent des Ephores , 8c deux Rois, Agesipolis fils à’ Age Ji- folis , 8c petit fils de Cic&mbrote , & Lycurgus qui n’ecoit point de la famille Royale , niais qui corrompit les Ephores par fon argent ; 8c celui-ci pour regner feul , chafîa bien-tot ï’autie. Quelque tems après les Ephores furent maffacrés ; 8c des deux Rois qu’ils eurent en fuite , Machanidas fut tué j>ar Fhilopemen • 8c le Tiran Nabis , par ceux d’Etolie. Comme les Lacedemoniens s’ et oient détachés de la ligue des Achéens , dans laquelle ils a voient été engagés par Fhilopemen , il marcha contr’eux , les affujetit ; 8c pour fe vanger de leur inconflauce » abolit leurs Loix , 8c ruina les meu- railles de leur ville. ! Philippe Roy de Macedoine , fils de Demetrius Deuxième du nom , fe mit en état de les fou mettre ; 8c n’eut pas le tems de les pouffer , ayant été obligé de fonger ailleurs , 8c de fe defendre de Titus nintus F laminitts Confiai Romain , qui le défît dans une bataille. Long- tems après , fous les Empereurs de Con- flantinople , le gouvernement de Lacédémone avec- la Morée , devint l’apanage des fis de des frétés * de ces Empereurs ; 8c quelques-uns de nos Tradu- cteurs , comme je fai dit en quelque endroit, ont fart un nom propre de Deffine ou Defpeene, fans avoir pris garde que c’étoit le titre ou la dignité des femmes de ces Gouverneurs qu’on nommoit Defÿetes . Ces deux noms même devinrent communs v aux fils 8c aux filles de ces Gouverneurs : 8c ceux Ch AP. XII. De Corinthe. itj râc Servie & de Bulgarie les prirent enfuite. En effet , on nomma ces derniers , Deffotes , au (11 bien que Crals ; leurs femmes , Deffwes , aufli bien que Graines : 8c dans leur Langue , Kir al ou Cral , & C raina qui font la même chofe que le Crol 8c k Crolna des Polonois , ûgnifîent Roi , & Reine. Le dernier qui pofleda Sf&rte, connue aujourd’hui; félon quelques-uns , fous le nom de Mïfitra 5 fui ’Dcmetr'uis frere de Confiant in quatorzième, com- me je l’ai dit en quelque endroit : 8c l’an mille quatre cens foixante , l’Empereur Mahomet Deuxième l’ufurpa fur Demètrius ,, fept ans aprê$ la prife de Conftantinople,. mm chapitre XI U De Corinthe * L ’Achaie propre, l’Elide , la Méfient*,!' Arcadie? la Laconie , & ŸArgolide , étoient les Provinces du P Aopnefe aujourd’hui Morbe , pour la quantité de fes Heurter s : 8c fa figure eft comme la feuille du V Interne pour la divcrfité de fes Promontoires 8c de fes Golfes dont toutes fes côtes font coupées* G’eft dans l’Acliaïe qu’étoit Corinthe , aujour- d’hui Corinthos : 8c quelques-uns difent que les Turcs la nomment Géreme • Elle étoit bâtie fur une petite coline pierreufè ou langue de terre qui jomtau refte de la Grece , k Péioponele. LTfthme dans l’endroit le plus ferré* ne peut avoir que quatre ou cinq milles : ou il eft plus proche de Corinthe , il en a fix • 8c c’eft pour cela qu’il a. été nommé Examlle.CeDétïon a le Golfe de Liante d’un côté ; de l’autre , h Mec IÎ6 Hifîoire du Monde LiV. VIL Egée qui a eu ce nom , félon quelques-uns, d'Egée Reine des Amafones , qui fit naufrage dans cette Rler. Quelques autres difient que ce nom lui a été donne de fes flots que l'on void fauter comme des Chevres , qui font appelées par les Grecs , Aiges j & c’elfi ce que dit le Scholiafle d’Apollonius ; ou d’une île des Chevres , ce qui a été confirmé par le Scholiafle- de Lycophron ; ou , félon Pline, d’un certain rocher qu’on nommoit Aiga , c’eft-â,dire r €htvre , parce qu’il avoir aparemment la figure de ®ét animal. La ville étroit au fias d’un rocher inaccefïible de tous les côtés , à la referve de celui du Port de Cenchrée , nommé encore préfentement Kenchreai : & fur ce haut rocher a deux pointes , on avoir fiâti une Fortereffe , nommée de cette hauteur , Acrocorinthe. La garni fon qui étoit dedans , pou- voir empêcher la communication de ceux du Dé- troit avec ceux du dehors ; leur ôter la liberté du paflfage par Mer & par Terre : & Philippe pere d’Alexandre nommoit Corinthe , par cette rai fon , fi* c Uf \ les fers ou les chaînes de la Grece. C’dl dans cette ville que devint fameufe par fa belle humeur Sc par la beauté , Lais de Corinthe, parce qu’elle y avoir été veudue par N ici as qui l’ayanr trouvée à Hic c ara petit vilage de la Sicile , où elle, étoit née , la fit efclave , quoiqu’elle n’eut alors que fept ans. Ce n’efl: pas la même qui donna dans la veue de Démofiene , mais une plus jeune , qui eut pour mere Dâmafandre , T imandre , ou Ep ^Edmmdus DiçKinfn in D dp lis P b tenkijj ami bus. Chai-, XII. De Corinthe. A$ , félon d'autres , la réélit. Sisyphe eut pour jcçefleurs , à ce ^uc l’on dit , Qæcnithe ou Giv- ITIO.N , Damophqn, Pkopod as , Dorid as , I Hyanthidas : 3c fous la conduite 4’Arifla* l me , & de Creff honte gendre de CyfùU , les Ie’raclides Ce rendirent maîtres du Peloponefe [uatre-yingts ans .apres en avoir ete chaffés ; ce oe l’on peut voir dans les Laconiques de Pau fa-, lias , dans le quatrième Livre «de Dipdore dans le> irémicr de Thucydide , & dans je fixiém.e d -Hérc- iote. Ils gouvernèrent cent quarante-quatre ans >a ;ommencer par Aue’te’s , qui fut le cinquième les Heraclides * parce qu’il régna trente-cinq ans 5 ■ xi o n > t rente- fept ; Agylaus , autant; & Pkty- ams , trente-cinq. Velleius fait jîtâtes le dixième les Héraclides -mais 'Thomas Reines , Chriftofe ^dam Rupert , foutiennenx fort biep. que ce nom- bre a été corompu dans cet Auteur , en prouvant yicà’ Henute & de Meda , vint Antiochus pérc de Phytas , qui eut pour fils Hiffoüs pere Alités. Les H éraclides fuient chaffés par les B acchlœdes , dont ^oici les noms. Noms des Bacchiades. A as du Monde ^ félon Bundng. , B a cls f Bacchus> Tïacchiiïs 3 Bacchift on Baçchœtts. , 5005. *. A gel a.ü,s , ou Agtla.fi e . ) 0 44* 3. Eudî’me, 3 0 7 4* - 4. As is'thI’mi'se ou Ariftodme , 5 0 9 9 . 5. Euge’-monou Agemofi . 3134» 6\ Alexandre. ^ 3 1 5 °* .7. Te’iest e’s ou fbélefiée * 3 1 7 f» 8. A u t . O M e* N E, 3 1 8 7 ° Après ceux-ci , les Corinthiens établirent pouf t’adminiftration de leurs affaires & de leur pais, ,^s Gouverneurs ou ftp fines , qui furent enfin de-? ïîijloire du Monde Ljv. VU. truits par Cypjcle fils à'Etion & de Labda hile d'Am- phion , qui n’etoit qu’un homme par ticulier , & q u: , *"•„ . cle Corinthe ,e nviron l’an dpi monde trois rn V, r 01S ( ' C |" S j rci v e ’ flx cens ans avant le pre- ™ n C°" fuia t de fuies Cefar , cent ans avant le e a ne de Cyrus. Cette tyrannie finit fous T én an dre fils oe Cyffele : & Corinthe devint alors une Ré- publique , qui en divers tems eut divcrfes guerres pour 1 interet de fes Aliez , & pour k fien propre. Je ne prétends parler que de celle qui fut en quel- ^ue façon la fin de toutes les autres. Les Romains , pour affujetir toute la *Grece, no niem’oTr^ 0 ^ 1 d j m ° yCn pJus feur S ue «lui d’y cenv d’I , IV i0n dans t0Utes lcs vilies : & comme «ux a Achaie croient armez avec ceux de Cbalcis de Beocie . contre les peuples de Lacédémone. qui a voient altance avec les Romains, ceux-ci en- voyèrent des Ambalfadeurs aux Corinthiens qui ■les tiaiteient fort indignement , fans avoir égard à leur caraûere. 3umtus Cœcilms Mctellus , à qui Horus donne la qualité de Conful , & qui pour- tant n erou que Préteur , retournoit alors de Macé- dome apres y avoir défait Andnfque , ou le faux Fhihppe , qui fe vantoit d’être le fis de Perfée. ‘il mene ion armee viftorieufe contre ' Criulaüs qui commandoit celle d’Achaïe , le bat , k met en fuite, piend Thebes, & marche avec fes Troupes , du coté 1 Utheme ou Alçxmene , General des Achéens,avoit ies licniies. Cn travailloit au Traité de Paix , quand Lucius Mummius Conful arriva de Rome pour van- gel outrage que l’on avoir fait aux Ambalfadeurs : f quoique grande que fût la fierté de ceux de Co- rinthe, il défit Diee leur General , l’an du monde trois mille huit cens vingt-fix ; entra dans la ville , ,P lliec a , u Pondestiompettes, pour animer pli s agréablement 1e foldatà fa ruine. Le feu fuivitbien- Ch AP. XII. De Corinthe. ïff :ôt le carnage : ôc dans cet .effroyable embrasement, [es fia tue s d’or, d’argent & de cuivre fondues en- fan b le firent un mélangé de tous ces métaux , qui Fut depuis en tres-grande eilime. Il y avoir des tableaux d’un prix incroyable : &" il eil remarqué dans Sitrabon , que cette ville a produit des Pein- tres &des Statuaires en très-grand nombre. Lorf- que Polybe l’Hiftoiien y pafla d’Affrique pour affilier fa patrie de fon crédit , parce qu’il étoit de Uégalapolls , il rencontra deux foldats Romains qui joüoient aux dez fur deux tableaux , dont l’un rc- prefcntoit Hercule mourant , & l’autre Bacchus , peint par Ariftide qui étoit de Thebes,. Attale Roi de Pergame ayant acheté ce dernier tableau cent deux talens , ou foixante-un raille deux cens écus , Mummitis qui l’avoit vendu à ce même Roi* le reprit de lui , jugeant par le prix , qu’il de voit y avoir quelque vertu iinguiiere dans ce Bacchus • & l’envoya pour être poil dans le Temple de Ce- rés a Rome. Ce qui marque encore l’ignorance 8c la flupidité du Conful Romain , en ce qui regarde la Peinture , c’eff qu’ayant donné ordre à quelques- uns de porter à Rome les plus beaux tableaux , & les flatues les plus achevées qu’il avoit pu ramaf- fer de tous cotez , par l’a vis de ceux qui s’y enten- doient , il fit dire aux gens à qui ces cbofes étoient confiées , Qu'ils en rendraient de nouvelles fi elles fie perdaient } ou fie gât oient par leur négligence . Les villes de Carthage êc de Corinthe , qui fu- rent détruites par le feu l’an trois mille huit cens vingt-fix 5 furent aufli rétablies en un mêmetcms, c’eft-a-dire , l’an trois mille neuf cens vingt-fêpt , par 'fuie Ce far , qui eut le foin d’y envoyer quel^ ques Colonies pour les repeupler. Mais cet Em- pereur , & tous les autres qui lui fuccedcrent , ne lui rendirent, ni fa Porter elfe > qui a été nommes i$i Hîfloire du Ai onde. Liv. VIL par Cicéron , J*Ü eil delà Grèce , ni fon Temple de Venus ' dont parlent Strabon & Athenée , ni fa beauté , ni fon opulence. L’Empereur Mahomet Deuxieme du nom , (c l’affuctit Pan mille quatre cens cinquante-huit de nôtre falui , félon Drefchlcc: & l’on peut juger du peu d’état qu’en ont fait les Turcs, depuis ce tems-là , puifqu’on n’v void plus qu’environ üx- vingt m allons affez .mal bâties , ff nom même peut être donné^ à des ruines. Quoi- que l’efpace del’Iftlime entre. le Golfe de Lépante êc l’Archipel , foit uni 8c affez étroit , 8c qu’on ait tâché dé le couperpour- ifoler la Morée,on n’a pu jamais y réutfîr, parce que le rocher eft vif: 8c l’expenence a fart connoître qu’il ell impoilibîe d’en venir â haut. C H A P I T' R E X I II. De Nimance» L ’Efpagne qui a eu Ton nom du Roi Hifpanm ou de la Capitale de tout le pais , nommée Mtfpalis 8c Hifpal , qui eT la Seville d’aujourd’hui, étoit appellée ibérie des Grecs, de la riviere d’E- bre, qu’ils nommoient ikere , qui vient de Cafttlie la vieille; qui .ayant paffé par la Navane > coupe le Royaume d'Aragon eh deux parties ; & s’é-tant courbée vers le Midi , entre dans la partie Méri- dionale de la Catalogne , 8c fe jette enfuite dans la Mediterrannée. Les autres difent que ce nom lui eft venu des Iberiens , voilins de la mer Cafpie -&c du Pont Euxin, qui paffereiu en Efpagne où ils s’établirent : Qu’en faveur de Pan qu’ils adoroient ils.a.ppcllerent cette iberie d’Occident Pania , qui H&t nommée Spania, & enfuite Hispania. Les Chàp. VIII. De Nmnancù '01 ccs lui ont donne le nom d y H efperte la grande 5 parce qu’elle étoit fituée à leur égard, vers°ie cou- chant du Soleil qui eft fuivi de l’Etoile Hefperas , de Venus , de / unon , ou d’ifis , qui eft la plus grande des étoiles , félon Hygin , &z dont la nature , à ce que 1 on dit , n’avoit pd jamais Être connue avant Pythagore. Toute 1 I berie Occidentale , £i l’on en veut ati moins croire Euftathe dans fes Remarques fur De- nis d’Afrique , eut le nom d’Efpagne fous les Ro- mains , qui la diviferent en trois Provinces, la Bétique dont j’ai parlé en quelque autre endroit , étoit bornée au Midi , de l’Océan & de la Méditer- ranée jufqu’a Murgls ou Alméria au Nord & an Couchant , de Anas qui a confervé fou premier nom , parce que Guadiana } félon quelques-uns , a été formé du mot Latin, qui fignife Gué } que les Italiens nomment encore Gu ado. Mais il y a bien plus d’apparence qu’il vient de Guad , Guada , on Guadi , c’ell-à-dirc , Rivéere dans la Langue deg Arabes & des Maures , qui étant maîtres del’Efpa- rne y changèrent jufqu’au nom des villes ôc des' ivieres , témoin leur Guad-ul Kebir , rivière grande, qui eft le Boetis \ Guad-al abjadh y rivière danche , qui eft le Dur lus des anciens ; Guad-al- Commun , rivière des Grenadiers : l’on peut voir ous ces changemens dans la première partie du [uatriéme Climat du Géographe de Nubie. On a itde VAnas , cpie venant de Campo de Moniid ; c s étant cache fous terre fept ou huit mille d’Al- unagne , prés de la ville de Meddma , reprend fou ours vers Villarte. Mais ceux qui l’ont -crû apres :s Anciens &■ quelques Modernes , ont eu de la )i pour une Fable : & notre Samuel Boehart qui our ce fujet tire l’origine de fon nom , de l’Arabe lanaf t , c’cft-à-dir c y fe cacher , pouroit bien fans Tvme IV , i Wifloire du Monde LiV. VII. y penfer avoir pris le change. , . La LusiTA^i^ étoit .bornée auNord, de la ri- vière de Dmre ; ,au Couchant , de l’Océan ; au Sud * de la Guadiane ; & à l’Orient , de la Province Ta- raconnoife , depuis d’endroit ou eft aujouid hui Cmtad Real , jufques a Zamore , autrefois Anti- que- La Province Taraconnoile comprenoit la Mur- cie , Valence,, la Çatalogne, F Aragon qui eui : ce nom de celui d’une riviere peu conliderable ; la Na* qui avoit deux nulle chevaux Si .trente null -Chaî>. XIII. De JSJumance, t«.- t°“ t T P as la fortune Plus favorable: & par un Traite , il fut contraint de la lailTer l,b:c Atttlms ou, comme le nomment quelques-uns'’ Hoftihtis Mancinus fut «battu depuis , par^ les Nu’ .«îantins qui n’étoient que quatre mille ; qui tail- leien vingt ou trente mille Romains eii pièces . qui le poursuivirent jufques dans le lieu ou il s’/ toit fauve en defordre; & qui pouvant le faire pi" nr avec le refte de fon armée , Ce contentèrent d’e- xiger de lui , qu’il feroit leur paix avec ceux de jorne. Il leur obéît, parce qu’il ,,’étmt pas ai au SeW R 1 teMer:& ,.; c f t ac °rd déplut tellement sa Sénat Romain , qu’il le fit livrer nû à ceux de Nuinance , qui ne voulurent point le recevoir et CW eUt é T? 1 ™ Lc P^ qui remplit fa Charge , ne : fit pas fur eux de plus grands probes- & “eTalaffi C “'vf refp ° nfable de leur hartüefé ? delà pafhon qu ils a voient pour leur liberté H S 1 démis de fon Con/ular & de fon emploi Le, Numantins oppqfoient en vain Qu’ils n’étoient que d’avoir donné une refaite h ceux de ■avilie de Segeda , leurs parens & leurs ali.e7 aui etoient beureufement Jduvez des frifons eu ^iLa ment ete mes par les Romains, & Le cette Té \ue avait coûté tant de fang , était un droit qu’eh noient paye a U juftice & à la Nature. 3 Les Romains qui après tant de pertes confiera des n ecoutoient p lus que leur ambition naturelle leur vangeance , jetèrent les yeux fur CorneiHo Tl T 11 " ^ fe lcndit de Caftha- \1 1 envoyèrent contre Numance. Il rérablit infini dan k 1 almeC ^ fcVCritë de Pallc ienne dif. i néoY bnamt N r ° ut ee qui pouvoir contribuer à négligence & a la mollelTe des foldats ; régla TT m?l T ' & ^es accoutuma fi iea au travail, a fes ordres, & à fon humeur Ii, la 6 Hiftoire du Monde Liv. VIL qu’il n’v eu eut point qui ne fût ravi de lui obu. & de lui plaire. Après les avoir long-tems exercez, il mit les voilins de Tes ennemis hors d état de les jêcourir & de lui nuire ; occupa les poftes qui lui convoient être avantageux, mveftrt la ville , & 1 al- fieuea de telle manière, que les Numantins étant réduits à l’extrémité , lui envoyèrent des Députez cour le prier de les recevoir à des conditions un peu honnêtes. Il leur répondit , qu’ils dévoient fe ten- dre à dilcretion ; ce qui les toucha fi fenfiblement, qu’ils maflacrerent ces Députez pour s etre chaî- nez d’une nouvelle fi peu attendue. Ils firent en- core prier Scifton de leur donner au moins la ba- taille, & lui remontrèrent qu’il lui feroit bien plus glorieux de les faire mourir par les armes que par la famine. Mais il fe moqua de leur demande , & , ie voulut point, comme il le dit, commettre j a re- putxtrn du bête,. Ils avo.ent mange jufques au cuir de leurs boucliers, & avance la mort des malades pour fe nourrir de leur chair , quand ils fe rendirent à Scipion qui les fit vendre comme des efclaves, après en avoir referve cinquante pour fon triomphe ,& qui ne laiffa rien d’entier dans leur ville. Cette derniete particularité eft marquée da Appien d’Alexandrie. Mais Florus, Vegece, & Pau Diacre n’en font point d’acord. En effet ,1 an du monde trois mille huit cens trente-neuf , le fix cens vingtième de Rome bâtie , cent trente ans avant la naiSance de lefus-Chrift , les Numannns , qui le- jon Velleius Paterculus , avoient foutenu quinze mnis de fie^e, mirent tous le feu dans leurs mai- fons & pour ne pas laiffer l’honneur de leur mon à leurs ennemis , les enfans , les peres , les maris , les femmes firent confier toute leur adreffe & leu. pieté Ts égorger. Il ne refta pas une perfonne qu | fauv^t du fer & du feu. Valere Maxime dit qu. 11 Chap. XIII* De Numaftce. 197 *£heogene , le pius conücierable des Numantins > or- donna que dans fon Quartier , qui étoit le plus beau de tous , on apportât généralement ce qui étoit aile à brûler, & commanda qu’on y mît le feu. Apres cela , il fit apporter des armes dans la Place, obligea tous fes voifins de fè battre deux a deux fuc~ eeffivement, â condition que celui qui auroit tué fon compagnon , auroit enfuite la tête tranchée , & feroit brûle dans le même feu qui étoit déjà allu- mé. Gomme cette Loi fut obfervée , & qu’il ne reftoit plus que lui à Numance, il fe précipita dans le feu , & ne voulut point fur vivre aux autres. Ainfi j leurs cendres mêlées avec celles des pierres, furent le ( butin de l’armée Romaine: & quelques- uns difent qu’au deffous de Sori* , on remarque en- core quelques ruines de cette ville en un lieu nom- mé P uente Garray . CHAPITRE XI Y, De < B s ome 9 A Pés^ue Romule eut fait bâtir la ville de Ro- me , il ne put compter quatre mille hommes entre fes fujets , & il s’en trouva jufques â quarante, ftpt mille apres fa mort. Si ce petit nombie de quatre mille s’augmenta de quarante-trois mille en trente-fèpt ans que régna Romule , on peut juger combien il s’accrut en deux cens dix ans fous les ûx F^ois qui lui fuccederent , & en cinq cens ans que dura la République , depuis le banniffement du der- nier Tarc^mn jufqu’à la défaite de Pompée dans la Plaine de Pharfaîe ville fituée dans la partie la plus Méridionale de la Theffalie. Suétone a rcmar» lüj ïî>8- ^ Hiftaire du Mende. Lrv. VII. que dans la Vie A'Augufte , que trois cens vitrer nulle perfonnes du menu peuple , qui n’avoientpas rie quoi fubfifter , étoient entretenues des deniers publics • oc combien y avoit-il de perfcpnes riches “ c Om re ou de la Famille des Sénateurs , & des Chevaliers ? Combien d’aifèz parmi les Bourgeois? Combien d’enfans , Sc combien de femmes? Les Elc laves n’étoient pas moins confiderables pour le nombie , puifquhl n'y avoir point d’homme libre qui n eut chez lui un efclave ou deux : Que les gens puiffans en a voient des fuites prodigieuies : & Tacite^ dit que P edianus C ofia en avoir lui feu! jufqu’a quatre cens dans fa maifon. Je ne parle ici ni des foldats qui étoient entretenus pour garder la ville , ou le Souverain , ni de leurs goujats , ni des autres gens qui le fervoient , ni des Gladiateurs, ni des Court! fans , ni des étrangers que la curiof sé ou les affaires a t tir oient à Rome, de tomes les parties du monde. Sans les compter , il leroit aifé de faire voir qu’il s’eft trouvé prés de crois millions ê habitans dans cette ville. Il y mourut depefte en une Autonne jufqu’a trois cens mille perfonnes 3 . ious le Régné de Ntron ; car c’eft ainfi qu’il faut jeftitucr ce paflage de Suetonne , félon jufte Lipfc r & fous le Régné de Tite Vefp*fien 3 la pefte y fut pien plus effroyable , parce que dix mille perfonnes y mouroient par jour. Cependant , on ne s’apper- C n . u ^ maniéré , que le nombre de.fès habitans eut diminue par ces deux pelles : & c’eft une des. xaifons qui peut fervir a faire connoître combien cette ville étoit peuplée. On pouroit juger de fa grandeur par un paflagç; ce Lampridius , qui dit cpi 3 lHeliogabale ayant or- donne que les efclaves y ramafferoient toutes les toiles d’araignées , ce qu’ils rapportèrent fe trouva, du poids de dix mille: livres. Cette particularité; Chai*. XIV. De Rome. ( Ï99 fournira peut-être , aux chicaneurs , cette réponle; One les maifons ne dévoient pas etre foit a .t . Mlis ca que j’ai dit-, prouve le contraire. Il me fuffira de remarquer , apres les meilleurs Auteurs de l’Antiquité, que les fuperbes maifons jointes aux fauxbourçs , s’étendaient jufques fut le rivage d’Oftie: Que les étrangers qui alioknt a Rome par Qtricoli , après avoir fait un très-long chemin au milieu de tant d’édifices magnifiques, s- imagmoient avoir vû la ville, quoiqu’ils n’en euflent pas c cote vû les murailles , dont le tour etoit deuaeiz mille deux cens pas, félon Pll “> c V plus de. trois lieues ordinaires d Allemagne. P peupler Rome, fon Fondateur Y reçut d abord la plupart de ceux qu’il avoir alfujetis , comme les les Cémnem, & les Antemmtes: êc ce que Romule avoir fai t par la douceur , P ois qui lui fuccederent , le firent pat leur artihee. Ne voyant point de moyen plus feur pour conuatn- dte leurs Voitins de ne plus faire qu’un corps avec eux, ils s’aviferent de ruiner les principales ville des rebelles qui fè trouvans fans héritages & lans maifons , le refolurent enfin d’aller a Rome qu ils regardèrent comme leur patrie. Dans ces conli e.- radions qui dévoient attirer les etrangeis , aites entrer la feureté de fes Fortereffes , la majefte du Sénat , la difeipline de la Milice , les privilèges des Citoyens , les récompenfes pour les gens d hon- neur, la fertilité de fon terroir , fes pâturages , les bois, fes fontaines , & generalement tous les ipe- ctacles & toutes les fêtes. A toutes ces choies , a- ioûtez la fituation de la ville , qui n’eft ni a ez éloignée- de la mer pour manquer des commodnez qu’apporte la navigation , ni aflez proche pour eue fujete aux defeentes imprévues des ennemis. Les Romains, pour garder les lieux qu’ils avoient 1 uij 2©o Hijloire dn Monde, Lit. VIL conquis y envoyèrent des Colonies , & par une fi belle politique . tirèrent de Rome ceux qu, n ’v a rotent pas de quoi fubfiiter , & qu, pouvaient lue a charge aux autres. Cet éloignement étoir adoud & fouhane meme quelquefois , par les terres qu'on j donnoit gratuitement , par les privilèges qu’on leur accordoit , & parle droit d’afpirer aux £haT fes üImT”' 11S nC J oul ^ oient pourtant de ces ter- res qu a de certaines conditions , parce qu’ils de- vient a leurs bienfafteurs la dixiéme partie de! Id’ain’ 3 C1 ^ Uieme des plantages , &des bois, _ res tr 'b us a proportion des animaux qu’ils deTTmoof 1U danS kS pâtUra § £S - 11 Y avoir même des impôts aux portes, aux ponts, & fur quelques tranfn * P T ’ P ° ur )a > & poin le ttanfport des marchandées: & ce qui avoir 'été d aboid établi en Italie , fut continué dans les piüs eloi S 1, f't , quand ils eurent été réduits en Provinces. Après cela, on poura ju^er de toutes les richeffes de cet Etat par fa grandeur lue itT fl Vafte ’ r ™ ^ Pas d’à"* 2 »•/ ne " P° rtat P lus ]oi!1 1« frontières , ou parce Soufe P fe’o„° y T 01t lC danSCr> f f lon Dl °n,ou P par jaloui e feion Tacite, qui prend toujours kschofes du mecbant côté, auffi bien que Guichard, u dl peur que fa gloire ne fdt à la fin diminuée par les conquêtes de fes fucceiTeurs. Sous le Régné de cet Empereur U etoit borné de l’Eufrate à >Orient • des chutes du Nil , des deferts d’Afrique, & de là montagne à'AtUs au Midi 5 de l’Océan , au . Cou- chant; du Rhin & du Danube, au Septentrion Depms Augufie, une partie de l’Angleterre fut a f- fujetie par les Generaux de Claudia* : & Traita qui porta fes armes vi&orieufes au delà de k ri- yiere du Danube, par la conquête de la Dacie àeudit 1 Empire au delà du Phrat , & fi t arboré Chap. XIV. De Rome. i ci les Aigles Romaines fur les bords du Tigre. En ce qui regarde les Tributs , Plutarque témoi- gne qu’avant que P ompée eut fournis le Pont Ré^ gion de l’Àûe Mineure , ainfi nommé , parce qu’il eft le long de la côte du Pont ~Euxin , Y Arménie , la C apadoce } la Paphlagonie , la Médie , la Colchi- de , Ylberie > Y Albanie , la Cil me. , la Mefopotamie , la Phenicie 3 la Judée & Y Arabie : Qu’avant ce tems- là , dis-je , le revenu étoit réduit à cinq millions d’or toutes les années, qu’il Pavoit fait monter à liait millions cinq cens mille écus. Il ajoute même qu’en pierreries & en monnoye , il apporta cinq millions d’or, outre ce qu’il avoit diftribué aux foldats en don , pour le feul triomphe : & cette fomme montoit a neuf millions fix cens mille écus, ou à feize mille talens , fi Appien d’Alexandrie eft di«rne de foi. Quand Marc Antoine pafla en Allé apurés la bataille de Philippes fur les frontières de Thrace, au pié de la montagne de Ymgée , il en tira douze millions d’or ; & s’il eft vrai que l’on achetoit au moins tous les ans , dans l’Arabie Heu- reufe, pour plus de deux millions d’or de perles , à quoi en pouvoir monter la vente que l’on en fa i* foit ? Le Droit des paffages pour yL aller , & pour en fortir ? Comme on avoit établi de certains tri- buts fur les terres , fur les bêtes , fur les marchan- difes , on en avoit mis fur tous les hommes, Sc principalement fur ceux qui ne s’étoient rendus qu’à l’extrémité , ou qui étoient fujets à fe révol- ter. Les îuifs étoient mal-traitez par ces deux rai- fons ; & quoiqu'ils fouiniflent au Trefor public à proportion de leurs héritages , ils dévoient encore donner fingulierement par tête , pour fe racheter de tous les devoirs dont les efclaves étoient char- gez. On n’en exceptoit pas même les femmes qui payoient depuis l’âge de douze ans jufqu’à foixan^ z oz Bïfoire du Monde L i v. VIT. te , au lieu que les hommes en dévoient avoir quas- torze pour être obligez à ce tribut. Les mines e- toient encore d un grand revenu • 8c dans une feu- le ,pres de Carthageneen Efpagnc , foixante mille, hommes , félon Polybe , étoient occupez continuel- lement a y travailler. Pour les triomphes , le nom- bre en efl grand , & il fer oit aflez difficile de com- pter l’argent, l’or, les pierreries 8c les richefîes dont les chariots etoient chargez. La multitude' des couronnes qui etoient offertes , ou exigées pour la magnificence de ces fpe&acles, étoit furprenan- te; Sù 1 on fçait encore, que dans les Provinces,/ on donnoit de l’or , ou en maflè , ou en monrioïe pour être converti en couronnes que l’on portoit au devant du Triomphateur. Dans le triomphe de Quintus FUminïuï, il y en eut, cent quatorze; dans- celui de Cneius Manlius , deux cens douze, dont chacune pefon une livre ; dans celui de TEmpereur Claude à Ton retour des Bretagncs , il y en avoir entre les autres , une de fept livres, une autre de' neuf : 8c pour honorer les funérailles de Sylla , les villes 8c les Légions , félon Appien, en firent faire plus de deux mille qui étoient d’or. Outre les Sénateurs 3 qui étoient au nombre de' mille y zcf pocrite poffedoit , il avoit lèpt millions d or , S£ demi ; 8c il y a peu de Philofophes , 8c de gens du inonde , qui ne voulu fient avoir Tes richeues , aux- conditions d’être obligez de prêcher aux autres la pauvreté. r . r Pour leurs maifons , elles etoient ^quelquefois ü vaftes , que nous apprenons du meme Seneque que leur étendue étoic aufii grande que celle des villes. Que ne peut-on point s’imaginer des l a- lais ou les Empereurs empioioient le marbre , 1 1- voire , le iafpe , le porfire , l’or , les pierreries , 8c les perles ? Dans les maifons des particuliers qui étoient en quelque confideration , les voûtes & les murailles, comme les plat-fonds , étoient dorees s: 8c il n’y avoit point d’ameublement qui ne rut plus* riche que toutes ces voûtes , que tous ces lambris , & ces murailles. Ce n’étoit pas afiez que d avoir des tables & des lits d’argent ; il falloit quil tut gravé , ou qu’il y eût des figures de bas relief : ce la façon en e f toit quelquefois fi chere , que Pytheas, félon Pline, prenolt dix felterces par once ; que deux coupes gravées par Zopyre , furent vendues trente mille écus. Dans cet Auteur , ileft encore parle de leur vaiflelle & de leurs bufets; des vaifieanx des ta- blés, 8c des piés de lit d’onix , des vafes de cuivre de Corinthe , que l’on efiimoit fingulierement : 8c \ a- verfion que Cicéron eut pour Marc Antoine qu il nt bannir , vint , comme on l’a crû , de ce qu 'Antoine s’étoit vanté d’en avoir chez lui d’au fit beaux que les plus rares de cet Orateur. La magnificence des- Dames Romaines répondait vrai-femblablement a ees richeffes : & elles- dévoient aimer les perles , fuifque félon Pline , elles s’en paroient en s’allant coucher. . . Les jardins , les places publiques , & les galenes. etoient ornée* d’un grand nombre de ftatues as toS Hifîoirc du Monde. Liy. VIL m-ubre & de brofize : & dans les bibliothèques, dans le Capitole, 8c dans les Temples , il y en a voit a ivoire , d’argent , & d’or en une quantité prodi- gieuse. Quelque- modéré que fut Augufte , celles d or & d’argent- lui dévoient être fort agréables* ce que l’on peur voir dans Suétone : 8c ^Domitien ^egla un poids a celles d’or ou d’argent au’on iui dedioit. L’Empereur Commode, félon Xi p'hi lin en eut une d’or de mille livres de poids , avec un taureau & une vache , comme s’il eût fondé la ville de Rome : 8c l’on void dans Pline , que Mar ms Gratidmnus plût tant au peuple par un Edit , fur ce qui regard oit la monoie , qu’il n’y eut pas une rue dans Rome , dans laquelle on ne lui élevât une fratué d argent maflif. Il y en avoit une infinité , e Dieux , de Deelîes , de Rois 5 de Reines , de Ca- pitaines , de Philofophes , 8c d’autres perfonnes connues dans la Fable & dans l’Hiftoire, qui pour n etre ni d’argent , ni d’or , étoient incomparable- ment plus efdmecs ; parce que le nom des premiers âsrtilans du monde, donnoit le prixâ tous ces ou- vrages-, & que l’art les rendait plus confidcrablcs que la matière. On rechercha curieufement toüs les ouvrages de ces Statuaires , tous ceux des Peintres qui avoient fait du bruit dans le monde , & de quelques arti- ifans fameur : & l’on ne dépouilla la Grece , les deux Alies > & l’Egypte, que pour en parer la ville de Rome. Dans les jardins des Scrviliens , on voioie Un Apollon fait par Calamyde ; les Religieufes de “'•P 41 ; l’Hiftorien Callifthene , par AmphiüRrate ; t mcTlore, une Céres , 8c un Tripto - j me ' T?* ?r* X itele. Il y avbit dans la Chambre du Confeil à'OBavie , V Amour Foudroiant, ou de ' ^ raxitele > ou de Scopas ; car Pline , témoigne qu’on *ie croioit de l’un , qu de l’autre • 8c quatre Satyre? Cm ap. XIV. De 'Rame, 107 merveilleux , dont l'ouvrier étoit inconnu. Dans une place, devant les galeries de. cette Prxnccfle , on avoit porté un Alexandre avec le koi Philippe Ton pere , peints par Antiphjle ; mfione fille de Lttomédon , expofée à un monftre manu avec le relie de fon Hiftoire, du même Kintre Outre un nombre incroyable de ftatués & de tableaux, dont le Capitole étoit orné , ou y remarquott 1 Afollo» de bronze , haut de trente coudees , tranfporte d A- pollonie , qui avoir coûté cent cinquante Talens ou quatre-vingt-dix mille écus de façon. On y ad- miroir le grand Jupiter que fit- taire Spurius C.arvt- hus , avec-Ya ftatu'é au pié . faite des limailles de ce Coloffe: deu-x Bufles , Kuu de Dec ms ; 1 autre , de Cares: le lupiter Poudrmant de Eeocras: un Thejee peint par Démon Athénien ; Si une Victoire qui tirait au Ciel, un chat de triomphe à quatre chevaux, de la main de Nicomaque. Il y avoit dans la biblio- thèque à’Augufie , V Apollon Tefcan , de bronze, haut de cinquante pies ; les Menadcs , Tyades , ou Rclieieufes de B acchus ; des femmes ; & un S tient, de Praxitèle . Entre les ouvrages- dont la bibliothè- que d ’Afinms Vollion étoit enrichie , on voyou une Venus de Cephiffodore ; une autre Venus aflile avec quelques femmes ; une autre femme avec une Cor- beille fur fa tête , le tout de Scopas ; une Latone , de- Praxitele ; les Mufes , par Cléomene ; un Iupiter 8c un Océan d ’Eutoque ; des Centaures qui portoicnt en croupe quelques Nymplies , à’Archetas;Sc de petits Amours , de Taurifque. On avoit pofe dans le Temple de Iules Cefar , bâti par Lime , & dedie par Caligula , un lames qui avoir ete tranfporte d’Egypte , fait par Praxitèle , ou par Scopas ; SC Hyacinthe , peint par Antedyte. Le Temple de Cneius Domhius étoit remarquable par le par la Thétis, par 1‘ Achille , par les Neretdes de- 2 oS Hifloire du Monde. Li v. VII. Scofas y montées fur des dauphins , fur d*es che- Taux marins , & fur des balénes ; & le Temple ® hntl > n ‘“ > par un Hercule, de la main d ’ ht elle. On avouons dans les Temples à’ Apollon , une Diane , Mu f es > un Apollon , & une Latone , de rhihjque ; un autre Apollon avec une lyre , de 2V- tnarchide ; un joueur de Tragédies , avec un jeune gargon , faits par Arifiide ; une Niobé mourante avec/er enfant , que l’on croyoit , ou de Scopas . ou de Praxitèle. V Ariane, ôc le Bacchus à’Arifiide - qui fut envoie de Corinthe par Mummius , étaient • dans le Temple de Cens } & dans celui de lunon , qui fut le premier que Ton fît de marbre • un Efcu- lape & une Diane ,de CéphifTodorc. On avoir mis dans celui d’Hercule , qui avoit été bâti prés du grand Cirque ,par Pompée , un Hercule , de Myron $ dans un autre dédié au même Héros par Decimus Itintus Brutus,ve rs le Cirque Flaminien,le Colofîfede Man par S copas ,8c une Venus du même, plus eftimée félon Pline, que celle que fît Praxitèle pour ceux de * Une ffatue de la santé, par Nicérate ; un Apollon, une lunon, d’ Euphranor - une Latone acou- eh ee , par Diane & par Apollon -, une Ceres , un lupiter une Minerve de Sténis ; un Mars & un Mercure , de Pijicrate ; un Marfyas attaché a un arbre, peint par Zeuxis ; un Bac eh us , par Antodyte ; 3c une C affan- dre, par Théodore , étoient dans le Temple de la Concorde. Il fut voué à cette Déeffe par Lucius Manlius , & bâti par Attifas, où eft au- jourd hui , félon quelques-uns , le Mont-Caprin. Dans le Temple de lunon qui en avoit cinq autres dans Rome , on ne pouvoh fe laffer de voir une ftatue de cette Deefîfe , faite par Bénis ôc par Poly- cles : une de Venus , par Philifaue , êc plufieurs ouvrages de Praxitèle. Le Raviffement de Profer- pm > peint par Nicomaque , étoit dans le Temple Chai*. XïV. T)e Rome. xoÿ et Minerve ; des Dames vétu'és en Religieuîës , avec de petits Satyres qui fautoient contre elles , du même Peintre , dans le Temple de la Paix , ou l’on pou- voit remarquer encore le lalyfe de la main de Proto- gme , & un Prince peint par Tintante . J e laiffe à part les belles Statues de Diogem enien , qui furent miles dans le Panthéon ; celle d’un Vieillard qui enfèignoit a jouer de la Lyre à un enfant , tous deux d’A riftide , que l’on voyoit dans le Temple de la Foi , avec celle de la Bonne Aventure 8c de la Bonne *l : ortune , par Praxitèle * Pline a parlé du Caflor 8c du Pollux , àH'égias , qui étoient dans le Temple de Jupiter Altitonant ; des- q uatorZ^e Statues de G oponius , qui reprefentoienc par autant d’habits tout differens , quatorze diffe- rentes ^Nations r que l’on: av oit mifes au tour du Cirque de Pompée ; de P Alexandre de Lyfippe , 8c des plus confiderables de la Cour du Roi que hietellus fît porter a Rome , apres la conquête de la Macédoine,. 11 n’a oublié , ni la Diane de Nicias , ni la Minerve CatuHenne , d’Euphranor ; arnti nommée, parce que Quint us Lutatius Catulus , la fît pofer audeffousdu Capitole; ni leNemée d’ An-' tod/te , qui étoit dans la Chambre du Confeil ; ni le Dieu de la guerre enchaîné y d r Appelle ; ni les deux garçons faits par Polyclete , qui jouoient aux dez , qui étoient dans le Palais de l’Empereur Tite. J’ai parlé ailleurs , de P Antinous 8c du Lao - coon : & il eft certain que tous les Palais des Cefars étoient enrichis de pareilles pièces ; de C ratérus , des deux Pythagores ; d ’ Aphrodifms ; à’ Amulius ; de Gorgafe ; de L udius ; de Panfia$\ ; de Métrodore ; de P arrhafe ; de Syllanion ; de Ménandre , 8c des plus célébrés maîtres du monde. Les autres Tem- ples n’étoient pas moins remplis que les Palais ; Et qui pour roi c dire ce qu’il y ayoit dans le Templf ZÏO Hifloire du Monde ,E.iv. VU. d’EfcitUpe ; dans ceux de Janus ; des Mules ■ de lï j°Z Hn r- i de Serapis ; delà Pieté ; du ce P rùjerfine ; de Rhamnufie ? Qui pourroit com- pter ce qu’on avoit mis dans ceux de Vulcain d Ops , de Saturne , de Silvam , des Héros , des Heromes , & des Empereurs que l’on confîicroit apres leur morr 5 ou qui fe bâtiffoicift eux- mêmes des Temples pour épargner à leurs fncceffc urs cet- te depenie ? IleJt mal-aife de concevoir la palîion que l 3 on avoir pour tous ces tableaux , 8c pour ces ftatues Nous lçavons de Pline , que Ni corne de s’offrit d’a- ^uitter de toutes les dettes ceux de Gntde , qui etOient rort grandes , s’ils lui vouîoient donner la Venus que P raxiteU leur a voit vendue • 8t qu’ils aimèrent beaucoup mieux attendre les dernières ex- tremitez , que de fè défaire d’un ouvrage qui avoit rendu leur ville célébré. Anale Roi de Périmé , qui fit le peuple Romain Ton heritier , acheta un tableau d A riflide y cent Taîens , ou foixante mille.- ecus ; en offrit trente-fix mille , d’un autre , où etoient reprefentees les conjurations Magiques que décrit Homere : & Nicias qui l’avoit fait , 8c qui etoit riche , aima mieux en faire un prêtent à fa patrie. Cdndauler t furnommé Myrtile , Roi de Lydie en acheta un dcBalarque , au poids de l’or : 8c Démétrius fît bien davantage , parce qu’il': man l qua de prendre Rb ode , pour avoir voulu fauver le Valyfe de Vrotogene , aiant deffendu aux foldats de mettre le feu dans l’un des faubourgs où étoit la maiffon du Peintre. Les Romains n’avoient pas moins, de curiofité pour ces ouvrages ; 8c Méthro- dore l’Hifforien leur a reproché qu’ils n’avoient porté la guerre en Etrurie aux Volfinitns , que pour leur enlever deux mille ftatués. Jules Oefar paya quarante-huit mille ecus potir une h/Ltdée 8c pcxir Ch'âp. XIV. .£>* M't in A jax : & A grippa gendre d’Augufte , donna douze mille grands Sefterces pour une Venus & pour un Ajàx , quoi qu’il pafiat pour être fevcre. Un enfant de Mlyclete fut- payé foixant© mille écus; $r ce qui eli bien plus étonnant- , 1 Alexandre qui tenoit un foudre dans la main , fut acheté quatre cens quatre-vingt mille écus , ou vingt Talens d*or. Par le nombre prodigieux des tableaux & des ftatuës qui croient dans Rome , on pourra juger de fes trefors ; & fe fou venir de ce qu’a dit Pline y Qu* Appelle , E chïon , Melanthius. , & Nicomaque > étolenides Peintres fi excellent, qu’on ne voyoit d'eux aucun ouvrage qui ne valût toutes les richef- fts d’une, bonne ville ; & que Xeuxis , qui s’étoit fait riche , le réfblutde donner les liens pour rien , lie crcviant pas qu’on pût les payer à quelque prix qu’on les voulût mettre. Les Romains furent encore fi pou retenus pour la dépenfe de toutes iss choies qui pou voient con- tribuer à PèmbeliiHement de leur ville , qu’ils y firent tranfporter jufqu’aux Obéîifques des Egy- ptiens : & celui qu & Sixte Cinquième a fait, élever devant PEglife de Paint Jean de Latran , eft le même qui fut Compté , leîon Diodore , entre les fept Merveilles du Monde. Pline dit , que vingt mille hommes furent employés à y travailler par Ramifes , & que dans la crainte que les machines’ dont Pon fe fervoit pour l’élever prés du Nil , à Thebes , ne fuffent pas capables de foutenir une; pierre fi prodigieufe, il fit mettre fur lè haut , un de fes enfans , afin que les ouvriers prifTcnt plus> juftes toutes leurs mefu res , j par le loin qu’ils de^ voient avoir du falut du grince. Sefeftris fit tra- vailler à deux Obéîifques , chacun de fix vingt;: coudées de hauteur , dént l’un fut tranfportéi timéliopU , félon Diodore , St mis par Augufie lit Hiflolrê du Monde Liv. VH. ièlon Pline , dans le Champ de Mars. Le mêm Empereur , pour l’embellilfement du grand Cil que, y fit mettre celui de Semneferte ou Pfammt nite ; & la hauteur en étoit de fix-vingt pied-s Ce Roy , fi l’on en croid Pline , régnoit quan Pytbagcre étoit en Egypte. Des deux que fit fair Nunchorée ou Phuron , il y en eut un que CahguL fit tranfporter à Rome : & quoique leur hautcu Elit de cent coudées , félon Hérodote , Diodore & Pline , celui que l’on void dans le Vatican , n’ei a que quatre-vingt quatre : & il y a beaucoup d’ap l arence qu’il fut rompu. Les deux de Smarres o\ Merres fer virent- au maufolée à’Augufte : & celu que Ton void devant l’Eglife de fainte Man Maggior , eft d’environ quarante-huit coudées On en mit d’autres dans les jardins de Sallufie Sc en plufieurs endroits de la ville , parce qu’il ) en eut jufques à fix grands, & à quarante-quatr* petits , que l’on fit conduire à Rome depuis h mort de Caligula. Celui qu ’ Innocent dixiéme fil élever l’an mille fix cens quarante-neuf dans h Marché Agonal ou P lace N avonne , étoit autre- fois dans le Cirque de Caracalla : mais pour les autres dont j’ai parlé , j’avoue que j’y tiouve de l’incertitude; parce que les Auteurs Italiens qui en ont traité , ne font pas d’acord. Parmi les Colonnes que le feu , l’injure du tems, & les Barbares ont épargnées , on en void deux qui font admirables. Celle dcTrajan a cent vingt- huit pieds de hauteur , félon Publius Viéior , plus véritable en ceci qu’Eutrope & Caffiodore qui lui en ont donné cent quarante. On montoit en dedans , jufques au fommet , par cent quatre-vingt quatre degrés : & pour faciliter cette montée , on avoir ouvert quarante-trois fenêtres. Chaque côté du foubaifement a vingt pieds Romains y ôc le Cm AP. XIV. De Rome , W bûbaffement ou pied d’eltal', en a quatie-vingt * , at C ette raifon. Sur les quarte faces , ®n void en >as relie des Trop liées , les habits des Duces, ie u rs armes : & au de dur , des Aigles Romaines nui ferrent des branches de chefne , pour en cou- ronner cét Empereur. Les figures tailleesau bas de ce te colonne ont environ deux pieds de hau- teur : & comme elles doivent être plus grandes , à mefure qu’elles s’éloignent de la veuë , on a donné quatre pieds à celles qui font les plus pro- ches du chapiteau. Autour de la Colonne qui fut pofée l’an, du Monde quatre mille quatre-vingt cinq , le cent quinziéme de notre falut , dans la Place de Tra\&n /entre le Mont Qu tr in al , aujour- d’hui Monte Çavallo , & Je Capitole , an a repré- fcnté fes combats , & les viftoir.es qu'il .eut fur les Dstces , qui font , comme je l’ai dit pn quelque endroit ,les Peuples de Servie & de Bulgarie. Sur- la Colonne , on avoit mis fa flatuë haute de vin^t & un pieds Romains , qui de fa main gauche tenoit un feeptre ; & de la droite , un Globe dans lequel fes cendres étoient enfermées. Elle lut aba- tuë par la tempête ,, ou par les Barbares : & les Curieux fçauront en paffant , que les ornemens de PArc de Triomphe qui avoit été bâti à fa gloire, furent tranfportés à celui qui fut élevé depuis , au Grand Conftantin , après la défaite du Tyran Ma- xetice La Colonne a été deffmée par iules Romain-, oravée enfuite , par Vtllamene , par Thtro Santé Zartoli , & par quelques autres : & le Pere Alfinft Ciaccon Efpagnol , nous en a donne toute 1 Ht- ftoire. . p a. ni L'autre Colonne que l’on void encore ,-cft celle qui fut dediée par Marc Aurele dans le Qhamf 2e Mars , à l’Empereur Antonin qui eut le furnom de Débonnaire Quoiqu’elle ait cent foix.ante & 4ïif Hlfloire du Monde. Liv. VÎT. quinze pieds de hauteur, & par confequent , qua- rante-fept plus que n’en a celle de Trajm que i on ait pratiqué en dedans , cent üx degrés & cinquante-fix ouvertures ou fenêtres , elle eft’.de beaucoup inferieure à la première , .en ce qui re- garde^ travail & le deffein. Mais ce ou’il y a de plus remarquable, eft l’Hiffoire de U tluye, qu’une Compagnie -Chrétienne de la douzième Légion fit . tomber du .Ciel , j>ar fes prières , ..en faveur de , ' a. . — i Laveur œ -toute 1 armee Romaine cjui étoit preffée cîe la foif & renfermée par les ennemis entre les.détroits des a UCS montagnes , quana la guerre fut .continuée par Marc 'Annie contre les Marco mannes , qui font .ceux de Bohème , de Moravie , & de Silelie l’ai parle ailleurs de ce miracle : .& quoique Dion lait attribue a l’art Magique , on peut dire, qu étant arrive fous un Empereur qui étoirjPayen il porte un iliufere 5c irréprochable témoignage de’ la vente de la Religion Chrétienne. Le ham de cetteColonne a été touché du foudre ; !< le bas brûlé par l’aveugle fureur des Barbares, 'sixte Cin- quième , après avoir employé fon industrie à lui rendre fon prémier éclat , fît mettre au deffus , 1 image de l’Apôtre faint Paul , en bronze doré • & celle de' faint Pierre fur l’autre Colonne qui avoit été dédiée à Trajan. ^ Pour les aqueducs , un homme pouvoir aller a cheval fort a fon aife .où l’on avoit conduit les canaux qui étoient de brique , par où paffoit l’eau, dont les qualités étoient differentes , félon les lieux 4 ou elles a voient été tirées. Le Roi Ancus Mar- Uns fut le premier ,tomme le dit Pline , qui s’a- viia de faire couler jufques dans Rome , l’eau de la fontaine A ufeia , dont la fource étoit nommée Vtconte. Elle fortoit des montagnes de 1'Abruz.ze, failoit par les terres des Marfcs , par le Lac Tua» Ohap. XIV. De Rome, %i$ qui eft celui de M arfo , Taglia-Cozzo , ou Cehtno , à caufè de la ville qui en eft proche. Quoiqu’elle fe perdît dans un lieu profond , elle en refortort ■vers Tivoli ou l’on avoit fait bâtir ,des arcades pour conduire à Rome , cette eau que Pline nom-» mie en quelque ..endroit , un fréfent du Ciel pour fa froideur & pour fa tonte. Ce qu’avoit commencé Ancus Murtius qui eut la çommtffion du Sénat , 4e réparer les conduits de la chauffée r d 'Appius,& ceux de deux petites rivières qui portoient dans Rome Peau destfontaincs. Jl s-enaquita fort di- gnement : & ce Préteur fe refalut même d’aller au delà de fon emploi. En, effet, il attira dans Rome, une certaine eau qui depuis , eut le nom de Mar- tienne ; & ne vint a bout de fon deffein , qu’aprés des peines & une dépence inconcevable ayant été obligé d’en faire conduire les canaux par des mon- tagnes qu’il falut percer. Marcus Vipfunius Agrippa étant Edile , y fit paffer dHme foutee éloignée de Home environ huit milles , une eau qui fut nom- mée Vierge ; ou parce qu’une jeune fille la décou- vrit à quelques loldats , félon Frontin ; ou parce qu’elle confier voit fa netteté dans fon cours , ce que Pon peut voir dans Caffiodore ; ou parce qu’elle remontoit au deffus du rutJfearU d' Hercule, félon Pline , & qu’il fembloit qu’elle craignît de fe mêler avec celle du ruiffeau. Il rétablit les conduits des autres , y en atira un grand nombre de nouvelles , dont il fît faire cent fix fontaines ; fept cens abreuvoirs ; enrichit tous ces ouvrages de cent colonnes de marbre ; de trois cens ftatu'és de marbre ou de bronvc ; & n’employa pour tou- tes chofes , qu’une feule année. Ce qui fut corn* mencé par Caligula Sc achevé par Claude fbn fucceffeur , eft plus furprenant , puifqu’ils firent ■percer de longues montagnes , & aplanir des va-» ï y ‘6 Hijhs-ire du Monde, Lit. VÎI. Jces profondes pour porter dans Rome , l’eau de deux fontaines dont la fource en étoit éloignée de Quarante milles. En conférant Ja longueur de ce .chemin , on peut â peu prés -.s'imaginer le nom* Eue des .voûtes des arcades qu'il falut bâtir, pour faire palier par des conduits , Eeau.de ces fontaines 3 U1 alloit de niveau jufqu'au fommet des plus hautes montagnes de Rome : de l’on s'en fer voir dans les viviers , dans les cuifmes , dans les étuves, «dans les jardins , dans les fauxbourgs ; dans la ville, & dans ks plus belles maildns de la cam- pagne. Ceux qui en ont réduit la dépenfè à fept .cens cinquante mille écus , ont tres-mal conceu ia dinculté de cette entreprit , & le Cens de Pline ? qui la nomme la plus merveilleufe de toutes celles •qu on a jamais faices , & qui témoigne qu'il en xoii ta lep t million d'or 8c demi pour J 'exécuter ., ii le p a liage n'ell point corrompu. Les égouts ne dévoient rien vtai-femblablement .aux Aqueducs pour la llruélure , ou pour la dé- penle . ùc il ne faut que oonlulter Pline dans le chapitre quinzième du Livié trente-lixiéme de Ton Hilîoiie. Les vieilles gens , dit-il , admiroient alors fépaiffeur des remparts que Tarquin fit faire , les merveilleux fondemens du Capitole , s'étonnaient de lafoliditc des égouts de Rome, il n\ y eut jamais d entreprife plus hardie que celle d'en avoir percé les montagnes ; que de Ravoir comme fufpendué en Vair , & d'avoir conduit ce deffein de telle manier e, ,que Von put aller ,en des bateaux fous toute la ville. Un effet , quand* Marcus Vifpanius Agrippa fut Edite , quoiqu'il eut été déjà Çonful , il fit tra- vailler à fiept égouts eu il jetta fept canaux d'une #£u rapide qui emporte comme un torrent, ce qu'elle rencontre. Le de ffus , le deffous , les cotés de ces fondâtes fonp dans tes pluyes p battus de cette eau qui ' Ch ap. XIV. De Rome. i Vf qui rimante même quelquefois quand le Tyire vient àfe déborder : & Von ne s eft jamais aperceu que ces eaux y eujfcnt mine la moindre chofe , quelque grand combat qu'il y eût entr'elhs . On en tire des wsffes de pierres , que la force de Veau y a traînées^ & ils ne laiffent pas d'être toujours fermes. Les maifons & Us murailles tombent d'elles mêmes : On en abat d'autres dans le tems du feu : La terre € (l fecouée par des tremblemens ; & depuis prés de huit cens ans car ils furent bâtis fous U Régne du premier Tarqmn , ils durent encore , £§» n'ont point change. Pline ajoure qu’on les a voit faits fi grands &; fi larges , qu’une charette chargée de foin , y pouvoir paffer fort aifément , ce qui efl confirmé par Strabon : 5c cette largeur étoit de feize pieds , •félon Marlian qui a eu la curiofité de les mefu- rer. Marc Caton & Valerius Flaccus Confuls ÿ .firenc travailler à quelques autres : 5c il falloir ne- .ceffairement que la dépenie de tous ces égouts mon- tât a des fommes prodigieufes , s’il eft vrai ce que dit A quilius , dans Denis d’Halicarnaffe , Que i’eap, ne pouvant plus avoir fon cours libre en quelques- uns , par la trop grande négligence de ceux qui les dévoient entretenir , il en coûta fix cens mille écus, ou mille Talens , pour les réparer. Cafïïodore a parié de ces ouvrages ; 5c en peu de mots , il en fait valoir la magnificence , quand il témoigne que les cloaques même de Rome étoient plus digne d’ad- miration » que tout ce qu’il y avoir de plus mer- veilleux & de plus fuperbe dans les autres villes* Le même Denis d’H aiicarnaffe qui a écrit fous le Régné de l’Empereur Augufte , ne trouvoic rie» de plus admirable en routes maniérés , que ces égouts , que ces aqueducs 5c les chemins. Il y avoir un aflez grand nombre de ces derniers hors de l*î ville ; 5c ceux d’Ltaiie , comme le témoigne Plu4 Tome IYc & ' Iî8 fflflolre du Monde Liv. VIL t arque dans la Vie de Galba , fè rendoient tous $ une colomne de marbre du marché Romain. Le plu$ remarquable étoit celui à'Appius , que Ton ne pou- voit faire qu'en cinq jours ; & il s'étendoit depuis la Porte Cafene jufques à Capouë. On le porta même jufques iBrinde , ville de la terre ÜOtrantt dans le Royaume de Naples , fur la Côte Septen- trionale , ou. les Romains avoient accoutumé de s’embarquer pour paffer en Grece ; 8c il étoit pavé de cailloux de trois , de quatre , & de cinq piés en quarré qui avoient la couleur & la dureté du fer. Onufre Panuin croid qu'apparemmcnt iis furent tirez de la montagne de Sinuefie , & dune autre qui clt entre les villes de Vouz^ole 8c de Naples , quoi qu’ Albert Leandri foit d'opinion qu'on les prenoit dans lés carieres de PA bruzzo. Ils furent taillez avec tant de foin , & joints enfcmble avec tant d art, fans qu'on y ajoutât aucun métal , qu’il fembloit que la Nature n’eut fait qu’un corps de toutes ces pièces , & qu’elles n’y eufïènr point été afleùiblées par les mains des hommes. O 11 voit relevé les bords du chemin : 8c pour tenir les cailloux ferrez , on avoit mis fur ces bords , des pierres maflives , dures & taillées , fur lefquelle.s ceux qui voya- geoient avoient accoutumé de fÿ repofer , 8c de le décharger de leur fardeau. Entre ces pierres on erç avoit pofé d’autres en diftance égale , faites en co- lomnes, où l’on avoit marqué les lieues par milles: ce qui étoit d’un grand fo ulagement pour les voya- geurs qui par ce moyen, voy oient le chemin qu’ils avoient fait , 8c celui qu’ils avoient encore à faire. Xes deux cotez étoient bordez de tombeaux ; 8c i^y* en avoit même d'Empereurs , comme de Severe, de Gela ,8c de Gallien ; parce que la Loi douzième des dix Tribuns ne permettoit pas que l’on enterrât ou que i’oa brùl% les morçs dans Rome ; 8c les Chaï. XIV. De Rome. tif falTans étoient avertis par ccs tombeaux , comme •dit Varron , qu’ils dévoient mourir. Procope , dans le premier Livre Des guerres des Goths , parlant de la route que Beli faire fit tenir à Ton armée , remarque une choie aflez étonnante; Que les cailloux dont l’on avoit pavé ce chemin , étoient encore dans le même état ; & que depuis plus de neuf cens ans qu’il avoit été fait par Appius 3 les chariots & les voitures .continuelles n’en avoient fait fortir aucun de foi* rang : Qu’ils avoient confervé le premier poli que les ouvriers leur avoient donné. Pour cet article , plus de neuf cens uns , quelques-uns n’en feroienr pas , peut-être d’accord , parce que , Belïfaire en- tra dans Rome , l’an du monde quatre mille cinq cens fix , & que le chemin d ’ Appius lut fait l’an trois mille fix cens foixante , le premier de la cent dixiéme Olympiade , & le quatre cens quarante»* unième de Rome bâtie. Les Thermes ou bains chauds , quoi qu'il y eut dans ccs mêmes lieux d’autres bains d’eau froide , faifoient une des curiofitez des Romains qui les mi- rent entre les ornemens de leur ville. On pourra juger de leur étendue , quand on fçaura qu’il y avoit un prodigieux nombre d * apartemens , de Ion* gués allées , des étangs d’eau vive , des terrafles , des jardins ïuperbes , & des galeries où les Athlètes avoient accoutumé de s'exercer. De quelque côté qu’on jettât les yeux , on n'y voyait que des basf- reliefs , que des tableaux, que des colomnes de mar- bre. Les canaux y étoient d’argent , & les chambres pavées d’argent, & de perles. Le nombre de ces étuves étoit infini , comme le dit Pline , parce qu’outre ceux des Princes qui les prêtoient géné- reufemene au peuple , il n'y avoit point de citoyen qui n’en eut chez lui pour fon ufage particulier* Les étuves de Vipfanius Agrippa , celles de Néron # 2*0 Hiftoire du Monde. Ljv. VU. de Domitien • & de Çaracalle , dans lefquelles il y ayoi.t deux cens colomnes de marbre , mille fi# cens lie ges de marbre poli , comme Clympiodore l’ a remarqué ; celles ÜHéliogabale , qu 'Alexandre Severe fon lucccîfeur fit achever ; celles de Diocle- tien , où Fon voyou deux cens foi Xante colomnes , & trois mille deux cens ficges , fur Jefq.ir.el s autant de perfonnes pouvoient -s^/îeoir , étoient fur pre- nante s, Mais celles de Car aç aile étoient , fans doute j les plus admirables : 5 c il y avoit de certai- nes choies pour i’Architeéfure fi bien imaginées & fi bien conduites , que Spartien dit dans la Vie de cet Empereur , qu’elles étoient inimitables , du contentement des plus fçavans maîtres. Il eft parlé des Théâtres de M. Valere Mejfala , de C a fias Longinus Centeurs ; de Caïus Car ion , de Fompee , de Jules Çefar > de Balbus ,de Gal.pps ou G Mon , de Tra)an ; Sc je ne dirai qu’un mot en Çaflailt 3 de celui que ht faire Marcus Scaurus f étant Edile. Il etoit orné de trois cens foixante colomnes , dont celles du bas , qui étoient de mar- bre, avoient trente-huit , pu lejon d’autres , qua- rante-deux pies de hauteur. Celles du milieu étoient de bronze. Celles du troifiéme prdre , de criilal , qui foutenoient un plat-fond doré : & l’on aVoit mis jufqu’a trois mille flatues de broze entre ccs colonnes. Les tapifieries , les décorations , & ce qui devofi embellir la Scene , étoit de toile d’or, accompagnée des plus fuperbes tableaux du monde: &dans le vuide , ou la place deftinée pour les fpec- tatcurs , quatre, vingt mille perlonnes pouvoient cire affiles. Ce grand appareil ne fut cependant , que pour cinq ou fix temaines : & il fe trouva que Marcus S caurus en aianj; fait transporter les relies dans fa maifon de Tufculum pu Frefcati , les ju- geant indignes du beau Palais qu’il avoit â Rome , XFŸ. Di Rome, tti fes efdaves irritez de cette dépenfe prodigieufe , mi- rent le feu dans cette maifo'n ; & ce qui fut confir- mé du! fuperflu de ce grand fpeétacle , moncoit à deux millions d’or & demi. C’eft ce que dit Pline dans le trente-fixiéme Livre de fon Hiftoirc ; & les Curieux y remarqueront que Curion qui ne pouvoit faire pour la dépenfe , ce que fit Sc/iurns , tâcha dé le furpafier par Pinvèntion , & par les machines de fon Theatre. J’oublierois quelque chofe de fort beau , fi je nç parlais point ici des Triomphes : & il y en a eu de deux fortes parmi les Romains ; l’un , grand ; Sc Tautie, petit. Ce dernier fut nommé Ovation, félon Denis d’Halicarnaffe & Feftus , du redou- blement de la lettre O , qui étoit le cri de joie des foldats quand ils retournoient vainqueurs, du com- bat , ou du mot Latin Ovts , félon Plutarque , pour la Brebis que l’on facrifioit à la fin de cette pompe. On triomphoit de cette manière ; Quand les ennemis avoient été mis en fuite , & réduits au defefpoir , fans avoir fouffert des pertes confidéfa- bles : Quand il reftoit quelque chofe à faire dans la guerre que l’on avoit commencée ,Quarld ond’a- voit déclarée fans raifon , ou entreprife contre des gens qui étoient indignes que l’on employât les ar- mes contr’eux , comme les Pirates & les efclavcs : Quand le combat n’avoit point été fanglant ; ou quând on a^oit bien adminiftré les affaires de la République dans les Provinces. Celui â qui V Ova- tion étoit accordée , étant précédé des gens de guer- re qui tenoient une branche d’olivier , entroit à cheval , ou à pié , dans Rome , au fon des fiiites & des haubois , fans entendre , ni les clairons , ni les trompettes amour de lui ; avoit une robe fim- plement de pourpre ; êc portoit une couronne de Myrte fur la tête. Le premier qui triompha de ïii Hijioirt du Monde Liv. VIï. ccctc manière , fut le Conful P. ¥ oftbumius TuhcŸ* tus , apres avoir vaincu les Satins : & l’on pourra vou Plutarque dans la Vie de Marcelin, , & Plj ne a la fin du chapitre vingt-neuvième du quinziéme Livre de ion Hiftoire. Le Grand Triomphe étoit plus célébré dans Tes «irconflances , &dans fa pompe : & j’en «donnerai ICI l’idee , quoi que j’aye parlé de celui de Tite. On triomphoit, Quand on avoit étendu les fron- tières de la République : Quand on avoit vaincu les ennemis ; que 1 on en avoit défait jufques à cinq mille : & l’on ne pouvoit obtenir un fi grand hon- neur , fi l’on n y étoit Préteur , ou Conful. Mais cet- te coutume ne fut pas toujours religiculèment ob- iervee : & il cft remarqué dans Plutarque & dans Tite-Live , que Scipion l’aîné , & Pompée , qui n’é- toient point Magiftrats , ne laiflerent pas de triom- pher. Il falloir de plus , le eonfentement du Sénat y & celui du peuple : & l’exemple de Valere & d'Ho- race , qui triomphèrent par la feule volonté du peuple , juflifîe encore , que cette Loi ne fut pas toujours inviolable. Celui qui demandoit qu’ont lui accordât le Triomphe , & que les Troupes a voient reconnu pour leur Empereur ou General , envoyoit à Rome les Faifceaux de verges , ornez / J? ur ^ er • & quand il revenoit avec l’armée , on s’anembloit dans le Temple de Bellone y pour déci- der fur la juftice de fa demande. Si le Sénat Sc le peuple en étaient d’aecord ,1c jour de la Pompe lui etoit marque. Après cela , il prenoit une robe triomphale ; Æ paroit d’une couronue de laurier ; Sc tenant une branche de -laurier , dans la main droite , faifoit aux foldats quelque harangue j les louoit tous ; & n oublioit pas de nommer en par- ticulier , ceux dont le courage s’étoit fignalé dans* «ctte guerre. Toutes ses louanges étoient fui?k$. Ctf Aï. XIV. De tome, Uj 3e prefcns ; & ildonnoit aux uns , des-piques fans fer des bracelets ou orncmens militaires qu’ils portoient à leur bras gauche ; jfux autres , des cou- ronnes d’argent ou d’or , fur lefquelles on avoir gravé les actions qu’avoient faites ceux qui re- cevoient ecs dons différons : & chacun etoit reconnu félon fon mérite , & félon fa Charge. On V ajoûtoit quelques pièces de monoie : 8c il eft remarqué dans Appien , que dans les Triomphes de Iules Cefar , c’eft- à-dirc , 1 an du monde trois mille neuf cens vingt-fix , cinq mille Drachmes , dont chacune valoit trois fous^ üx de- niers de nôtre monoie , furent diftribuées à chaque foldat ; qu’il en donna quatre fois autant aux Co- lonels & aux Capitaines de Cavalerie. Il y eut donc environ trois mille cinq cens livres pour cha- cun de ces derniers ; & huit cens foixante pour chacun des autres. Pline témoigne dans le deuxie- me chapitre du trente-feptiéme Livre de fon Hif- toire , que Pompée donna fix cens mille ecus a la ehambredu trefor ; cinquante mille écus aux Lieu- tenans & aux Treloriers des guerres , 8c douze cens cinquante écus à chaque foldat qui l’avoit fuivi jufques en Afie. Pour les dépouilles des ennemis , elles étoient encore partagées entre les foldats , a la relèrve de ce quiétoit deftiné pour le Triomphe , & pour la dépenfc qui le fuivoit , parce que celui qui triomphoit , devoit des prefens au peuple , ou- tre le feftin qu’il lui faifoit , & les fpeélacles qu’il avoit accoutumé de lui donner. Appien dit que Pompée lui fit , par tête , prefent d’une mine , qui valoit dix-fept livres dix fous de nôtre monoie j 8c en d’autres Hiftoriens , il eft parlé des vingt-deux mille tables que fuies Cefar fit fervir pour régaler le peuple Romain. Ce qui reftoit de cette depenfe, fiitroit dans la ehambredu trefor , dans l’arfenal, K iiij Wfioire dn Monde. L r v . V II. dans les Temples , dans les portiques , & dans tous les ouvrages publics que Ton avoit grand loin d embellir. & Le General ou Empereur , après avoir fatisfak aimee hors de la ville , & fait quelques vœux , .xnontoit fur fon char : & le peuple qui droit , ce ^ /0 t, 1_ r 9 VCtU ^^ anc > prcnôit fa place fur des cchafauts élevez des deux cotez dans tous les lieux ou Ton fçavoit qu'il de voit palier. Les Temples remplis de ferons de fleurs & de parfums , étoienc «ouverts : êc le Sénat a lloit au devant de lui jufques » la Tarte Triomphale. Il y en a eu plufieurs de ce nom, mais c'étoit ordinairement la Porte Captne. Les cliofès étant ainfi difpofées , quelques Officiers defiinez a cet emploi , alloient devant pour écarter avec des baguettes , ceux qu’ils pouvoient trouver dans les rues ; & en rendaient par ce moyen , le palîagc libre. Les Gonfuls preéedoient les Séna- teurs , qui tous enfemble prenoient le cliemin du Capitole : & apres eux , étoient les joueurs de flû- tes les trompettes , avec des guirlandes fur la tete. On voyoit enfuite , des chariots chargez de cuirafies , de boucliers , d’épées , de piques , de javelots , d’arcs , de carquois , de fléchés , & géné- ralement de toutes les armes que Ton avoit prifes fur les ennemis , & qui pouvoient être à leurufage. A quelque diftanee , on remarquoit le plan & la ft- tuation des places qui s’étoient rendues , ou qui avoient été emportées d’aflPaut ; les combats , les batailles , les marais , les bois , les montagnes , les rivières , ou les mers , que Ton avoit été contraint e paner. Toutes ces ehofès étoient reprefentées en de grands tableaux ; ou paroifloient de relief, en cuivre , en argent , en or , en ivoire , ou en quelqu autre matière de prix , avec des inferiptions,. pour contenter la dernière curiofité du fpeélateur^ Chai!-. XIV. De Rom ». zi$ Après cela, on faifoit connoître ce qui s’étoit ren- contré de plus magnifique 3c de plus rare dans les villes , dans les cabinets , 3c dans les maifons des Rois , les vafies , l’or & l’argent en morioie , ou en lingot ; les couronnes qui avo/ent été données par les foldats , 3c par les aliez du peuple Romain. Il y eut dans les triomphes de Jules Cefar , félon Ap- picn , foixante mille Talens & demi d’argent , 3c deux mille huit cens vingt-deux couronnes d’or , du poids de deux mille quatre cens quatorze livres. Dans celui de Pompée , qui fut l’an du monde , trois mille neuf cens onze , on vid la plus grande partie des ameublemens de Mtthridate , qui -avoicnt été autrefois à Darius fils d'Hyflafpe ; ceux des Pto- lémées Rois d’Egypte , que Cléopâtre avoit donnez en dépôt aux habitans de l’île de Cos , de qui Mi- thridate les avoit eus , 3c les autres meubles que ce même Roi , fort magnifique & fort curieux , avoit achetez. On y admira deux mille vafes d’Onix , tous garnis d’or ; une grande quantité de coupes , de tables , de flacons , de lits fuperbes ; 3c un fi orand nombre de brides & de harnois enrichis d’or & de pierreries , que le Treforier fut trente jours a les recevoir , 3c à les compter. On y vid la table de Darius ; la chaire 3c le fceptre d’Eupator ; fou bufle d’or maflif , haut de huit pies , 3c qifatre- cens vingt millions trois cens lix mille écus , ou félon les C termes d’Appien , fept cens mille cinq cens dix Talens d’argent monoié. Pline ajoute dans le deuxième chapitre du Livre trente-feptiéme de fon Hiftoire , qu’il fit porter devant lui , un échiquier, avec les pièces , qui étoit de deux pierres precieu- ' fes , large de trois pies , & long de quatre; trois jftatuës d’or , Minerve , Mars & Apollon ; des vafes d’or 3c de pierreries pour neuf bufcts. Il parle en- eortrd’une montagne d’or en quatre, ou l’on avoit né Hiftolredn Monde . LiV. VII. xeprcfente des lions , des cerfs , des arbres , & crr^ vironnée d’une vigne d’or ; de trente-huit guirlan- des de perles ; d’une efpece de chapelle ou cabinet a 1 honneur des Mufes , au haut duquel étoit un horloge , Sc ion portrait même qui étoit de perles y somme le cabinet , ou la chapelle. Des Joueurs de flûtes , de haubois , & de trom- pettes mardi oient enfui te. Apres ceux-ci, on voyoit les bœufs blancs dcliinez au Sacrifice -, quelquefois jufques à cent , tous couronnez , Sc dont les cornes croient dorées. Les vieux Minières du Sacrifice et oient là prefèns , avec des vafes d’argent Sc d’or : Sc de jeunes garçons qui portaient des veftes de lin blanc, liées de ceintures parfaitement belles , me- noient ces viétimes. Si l’on a voit pris des animaux extraordinaires, on les faifoit fuivre : Sc dans le triomphe de Z. Mttcllus qui défit les Carthagi- nois en Sicile , il y eu* fix vingts élefans. Dans* celui d’1 Aurelien y félon Vopifcus , il y en eut vingt; deux cens autres bêtes prifes en Libye & enPalefti- 21 e, entre lefquclles étoient des lions Sc quelques tigres apprivoisez , des élands & des chameaux, qui pour leur douceur, comme Pline l’a remarqué, ont été nommez par quelques Auteurs, des Mou- tons fauvages. Les prifonniers que l’on avoir faits, & que Pon avoir habillez fuperbement à la mode de leur pais, pour rendre la pompe plus éclatante, marchoient enfuite , les mains liées derrière le dos : Sc parmi eux , on y compta des Rois Sc des Rei- nes, Dans les triomphes de Iules Ce far , on vi donc remploi etoit de la- ver les morts > de les embaumer , ou de les parfu- mer de quelques huiles. Ceux-ci étoient au deiTous des Libitmaïres qui étoient chargez d’écrire dans leurs R egiftres , les noms de ceux qui mouroient. Les Libitinaires & les Pollinâeurf étoient fous h- eharge du Défignatear , c’eft-à-dire , du Maître des ceremonies , pour ce qui regardôit le convoi : & ils étoient logez dans le Temple de la Déefle Li~ bit ‘me , ou l’on vcndoit generalement toutes les choies jugées neceffaires pour les funérailles. Ils a voient fous eux d’autres Officiers , comme les Gar- des qui yeilloient le mort dans fa maifon; les^Æ#* dafilatres qui dévoient l’enlèvelir & faire travailler à fon cercueil ; les Veuillons qui les portaient- ; les J&rûleurs qui avaient charge de les brûler , & d’em- pêcher qu’on n’emportât rien de ce qui devoit être brûlé avec lui. Mais ces derniers Officiers , & quel- ques autres, n’ëtoient employez ordinairement que pour le peuple ; & l’on en ufoit d’une autre ma- niéré pour les hommes de qualité. S’il étoit confidcrable par fa naiflance , par lès allions , ou par lès richelfes , on gardoit fon corps dans la maifon durant fept jours ; Çc les parentes xevêtues de longues nobes ; que l’on appelloit Rïci- 2J 2 Uijtoire du Monde. Liv. VU. nia ; les efclaves de leur fèxe , & les autres femhieî nommées Vrefiqnes , qui étoient louées pour pleu- rer , marquaient par leurs plaintes & par leurs lar- ges , combien cette perte leur étoit fènlible. Par les lept jours^cjuele corps étoit gardé , on peut juger ce pas ^ns quelque raifon qu’il avoir ete parfume d huiles ôc d’eüences , puifqu’atitre^ ment il n’eut pas manqué de fe corrompre , & qu’il eut ete allez difficile d’en fouffrir l’odeur. A 1 entrée de la maifon ou étoit le corps, oit mettoat des branches de pin & de cyprès ; pour avertir qu aucun citoyen Romain , fur tout le louverain Sacrificateur , n’y pouvoir entrer , parce qu il lui etoit défendu de mettre le pié ou étoit un mort : & fi par hazard , par curiofité , ou par im- prudence , le Grand Pontifô étoit entré dans cette maifon , il ne pouvoir ni fàcrifier , ni faire les ce- remonies du Sacrifice , à moins qu’il ne fè fût pu- rifie ^ar de certaines expiations qui pour cela etoient ordonnées. , Lc huitième jour , qui étôit celui du convoi* etoit publie a fon de trompe dans les carrefours , & dans les Places les plus remarquables , afin que ceux qui vouloient y affifter fe rencontraffent a 1 heure marquée, Les mots du Ciieur étoientàpeu près ceux-ci ; V n tel efi décédé : ceux qui auront loi- fir d aller aux obfeques > doivent s’apprêter ; on l em- portera bien-tot de fa maifon . Ils fe fervoient de lethum a 5 & non pas de mort , qui étoit en abomi- nation aux Romains : & quand ils vouloient faire concoure qu’un tel étoit mort , ils ne manquoient point d’adoucir le terme par les fuivans , Il a vécu : il s’en efl allé. Ce même jour , le Défignatenr , ou Maître des a Letho dam efi. CnkT.XlV. Be Rome: Ceremonies, qui avoit réglé l’ordre dû convoi ,# fàifoit marcher à la tête ceux qui portoient les aromates & les parfums , les robes , les meubles ? 8c les viandes les plus exquifes qui dévoient etre brûlées avec le more. Parmi ces ehofeS , on voyoit encore ce qui avoit été envoyé de plus precieut par les parens , par les aliez ,.■& par les amis pour le même ufage. Ils étoient fuivis des Gens de guerre' qui portoient triftement leurs étctidars , leurs dra- peaux , & le butin qu’ils avoient fait fur les enne- mis de la République fous le Commandement du défunt > le» tableaux ou plans des villes qu’il avoit prifes , le nom des Peuplés qu’il avoit fournis , k titre des Loix qu’il avoit faites , les plus beaux prefens qu’il avoit reçus des Communautés , leurs dons militaires, & amfi du relie. Mais leurs en fei- gnes étoient tramantes , le fer de leurs javelots- pendoit contre terre , leurs boucliers même étoient renverfez , & mis en cet état fur leur dos , de peur que les Dieux qui étoient deHus ne fufient fouillez de la vue du mort. Apres ceux-ci , on voyoit pa- roitre les gens qui portoient les Lits de la meme parure que celui dont l’on fe lèrvoit pour célébrer les funérailles , ornez de fêlions & de guirlandes : 8c c’ell-là qu’on avoit accoutumé de mettre les portraits & les éfigies de fes ancêtres. Elles étoient ordinairement de bois ou de cite , quelquefois de bronze, rarement de marbre, pour fa pe fauteur. Dans les funérailles de Sylla y il y eut jufques à fix mille de ces Lits : & dans celles de Drufus le Cermanique , Tibère fit porter en éfigie toute la Généalogie de Iules Ce far , depuis Enée jufques aux Rois d’Albe , 8c à Rornulus : 8c depuis ce der- nier Roi fondateur de Rome , celles des Sabins de famille illufire, d’Appius Clâudius , 8c des autres- Claudes. Ces éfigies n’étaient pourtant pas to&x ïiifloîre in Monde. Liv. Vit. jours fur des lits , mais fur des tables , avec des bâtons aux cotez , que deux hommes 5 ou quatrt portoicnt ordinairement fur les épaules : & Péfî- gie du mort precedoit les autres, afin qu’on eut moins de peine â la reconnoître. Elle étoit de la même grandeur que lui ; & la tête qui étoit de ci- rc * 4 U * rc pteftntoit fort bien la fienne, étoit entee fur le ^ tronc d’un corps qui étoit de bois , couvert de l’habit par lequel on pouvoir juger de la dignité. Les Prêtres & tous les Ordres des Re- ligieux les- fui voient, avec les marques & les habits qui les dilHnguoient: Sc les Sénateurs , les Ma- f iltrats , & les Chevaliers etoient â leur queue , en abits de deuïl. Il y avoit jufqu’â mille Sénateurs K comme je l’ai dit , avant qu ’Augufte les eut réduits a fix cens ; & l’on peut s’imaginer quel devoit être k nombre des Magiftrats & des Gentils-hommes. .Apres eux , on vovoit paroîrre tous fes efclaves : ceux qu’il a voit affranchis par fon teftament , où avant meme qu’il eut Congé â le faire. Les affran- chis , pour faire eonnoître qu’ils étoient libres avoient fur la tête un bonnet de laine blanche : Sc quelque joye qu’ils euffent dans l’a me’ de n’être plus dans la lervitude , ils ne lailïoient pas de té- mortier par leurs larmes & par leurs foûpirs,, combien la perte de leur Maître leur étoit fen- fible. Si dans la guerre qu’il avoir faite aux ennemis de la Republique , il avoit tiré de leurs mains , ou de la prifon , un Sénateur, ou quelque autre ci- toyen Romain , celui-ci alloic derrière fon char quand il triomphoit ; & le trouvoit encore â les funérailles dans le même rang , dans le même ha- ©it , & avec le même Bonnet des Afranchis. Ceux qui ne font pas trop bien informez de la magnifî- #&nce des Romains ; f^auront en paflant qu’ils en- Chap. XIV. De Rome. Sff feetenoient un prodigieux nombre d’efclaves ; & l’en ai déjà marqué quelque choie au commence»» ment de ce chapitre. Je ne parle ici , ni des trom- pettes , ni des flûtes , ni des haubois , dont les airs rriftes dévoient répondre à cette lugubre ceremo- nie, ni des torches allumées, ni des Huilïicrs avec leurs faifeeaux de verges liées à des haches qu’ils portoient renveiTées dans le convoi , & qui con- duifoient la chaire Curult , ou le défunt avoit ac- coutumé de rendre juflice. Apres ces Huiflîers , on voyoit le lit où étoit le mort vêtu d’une longue robe tiflue de pourpre, comme celle des Gonfuls & des Sénateurs , quand il avoit été Magiftrat f d’un habit de guerre , fi la guerre avoir été fon emploi ; ou d’une robe brochée d’or à palmes , quand on lui avoit accordé l’honneur du triomphe* Dans ce ht , que l’on avoit enrichi d’ivoire , & que l’on portoit fur les épaules , le mort étoit rarement couché de fon long ; mais on lui voyoit ordinai- rement la moitié du corps droite,, & à découvert : & l’on met toit fur fa tête une couronne , fi l’on' jugeoit qu’il l’eût méritée. Quelquefois il étoit porté par fes enfans r par les plus proches heritiers, par fes amis qui s’étoient offerts a cet emploi, par des Sénateurs , par des Préteurs , & par des Con- fuis. Syîla fut porté par des Sénateurs Sc par des Veftales ; Paul Emyle , par les Ambaffadeurs de Macedoine qui étoient à Rome ; & Metellüs , par îês fept enfans qu’il avoit; laiffez. L’un étoit Pré- teur ; & l’autre Cenfeur, l’année qu’il mourut t trois autres avoient été honorez du Confulat ; Sc deux avoient triomphé folenneilement des ennemis qu’ils avoient défaits. Autour du corps , il y avoit ordinairement quelques eftlaves qui l’éventoient avec des plumes de paon , & qui empêchoient les mouches de l’inconimoder }i comme s’ib eut* été en** fiifloire du Monde. Liv. Vîï - tore vivant : & fes enfans , quand il en avoit , fut votent le corps, vêtus de robes noires & traînan- tes , & le virage couvert d’un voile. Mais le plus pioche ncritier , ou celui qui a voit été choili pour faire 1 honneur de ce convoi , avoit une robe noire bordée- d ecarlate , pour faire entendre que les fu- nérailles étoicntlndtfîives, 3t~ qu ? il y auroit , par conleq tient-, des jeux & quelques fpe&acles. Tous les pareils & les allez marchoient enfuite , félon leur rang : & apres les hommes , on voyoir h mere , a femme , la fille , la fœur , oli la plus proche pa- rente , couverte d’une efpecé de manteau noir .avec les cheveux pendans , & hors de leurs treffes , qui appelloit lôuveiit le mort par foh nom , qui fe bat- toit continuellement l’elfomac , & qui par fes cris, excitoit la pitié de tout le monde. On la nommoiî* Ftmere; & fur ce mot il faut confulter les' Gram- mairiens. Le peuple maxehoit après les Dames ; St le convoi qui a voit paffé par les grandes rues, par les carrefours , & par les Places les plus remar- quables , ferendoit aux Roftres , où les Joiian^es du mort étoient célébrées dans une Oraifon funè- bre, par un parent , ou par un ami , par un Sena- teur ’ ou P âr quelque Orateur fameux qu’on avoir choin. Toutes les figures de la Rhétorique étoient employées a etaler dans leur plus beau jour les ac- tions , a obliger les jeunes gens de les imiter , & à rendre fenfible aux Auditeurs^ la grande perte qu’ils venoienr de faire. * De la , où l’on avoit pofé le corps , que l’on re- portoit fur les épaules , on pafloit par la Porte Triomphale t i i le vivant avoit triomphé , ôü par la Porte Libïtine , fi le mort devôit être brûlé dans le faubourg. Mais les perfonnes les plus remarqua- bles etoieht brûlées dans le Champ de Mars ; quoi- qùe 1 appareil des funérailles, ou le convoi, aif Ch ap. XIV. De R$rne change félon les tems , 8c que la magnificence en fût réglée par la naiflance, par iia dignité , par les richefles , 8c par l’intention de ceux qui moùroient, & fournit mêrne par ia vanité de leurs heritiers. L’endioit ou je .corps étoit Brulé pour être enfe- veli en quelque autre lieu, étoit appelle V firme d : 8c fyifie étoit ^ proprement le 1 jeu ou il étoit brûlé 8c enfeveli . L ’V firme pourtant ne laiflbii pas d’être au bout du Sépulcre , quoique quelques-uns .enflent défendu de la mettre prés de leurs tombeaux , ce qu’ileftaifé de jultifîer par quelques Infcriptions de 1 Antiquité. L’un 8c l’autre dévoient être éloi— gnez de foixante pas des maifons , à eaufe du feu ^ui étoit a, craint à moins que ceux â qui elles ippax tenoient ne per mi lient de les approcher. Dans la Place où l’on dévoie brûler le corps , 3n avoit élevé un chantier, bûcher , ou pile de bois* pe que les Latins nommoient Pya: 8c quand ce pucher etoit fort haut , c’étoit une marque indu b i*? table que celui que l’on y bniloit, avoit été fort conflderé par fa naiflance 8c par fa fortune, 8c qu’il avoit eu les plus grands emplois delà Repu- dique. La forme en étoit quarrée , comme leurs ùutels ; 8c c’efl aufli pour cette raifon , qu’elle eft nommée dans quelques Auteurs , Y Autel du Sepul - *re , ou des funérailles ; 8c dans quelques autres, amplement Autel On l’avoit bâtie de groffes pie- ces de bois fort lec , couvertes de branches de pin 8c de cyprès • 8c le dedans étoit rempli de fagots, 8c de coup eaux , de myrrhe , d’encens , ëc de toutes ortes de matières qui pouvQient être aifément bru- lees. Mais comme la plupart de ces bûchers ne dif- reroient que du plus au moins , j’en pourai donner toute 1 idee en fanant voir de quelle maniéré étoit -elui de l’Empereur mort , quand on le vouloir mettre au nombre des Dieux ; car pour les pauvres a yfiïinti ‘ * Hiftoirc du Monde . Lit. VIL on y faifoit moins de ceremonie ; & pour tout par- fum , la poix & la réfine leur pouvoient fuffire en quelque autre endroit. Il etoit fait de charpenterie ; e , ou la plus puifîante de toutes celles qu’on a, amais vues : & par fes relies , on peut juger même [u’on ne trouve plus 1 ancienne Rome’ dans la louveile. ONDE. LIFRE HV ITIE' ME. J)es Merveilles du monde. Des Merveilles du rnom en general. Vu Colofie de Rhode. Du Maufolé Du jupiter d’Olympie. Des jardins & des Mi railles de Babylone . Du Temple de Diane d’EpheJ Des Pyramides d'Egypte. Du Temple de jerufaUi CHAPITRE PREMIER. Des Merveilles du monde . I E nombre des Merveilles , ou Spe< ta clés , comme les nomme Vitruve, été ordinairement réduit à fept,a\i C< |lqsse de Rhode ; au Mausole'e ; i Jupiter d’Olympie j aux Jardins ; 8c aux Mi Ch af. I. Des Merveilles dn monde . 24.? K ailles de Babjlone ; au Temple de Diane d’E" fhefe ; & aux Pyramides d'Egypte. Phiion d c Byzance en avoit fait autant de chapitres , don 1 celui du Maufolée s’eft perdu j 8c celui de la Diane d’Ephefe n’eff pas même entier. Léo Allazzi , après Lavoir traduit de Grec en Latin , l’a fait imprimer avec des Obfervations fur ce qui refte , &: fur ce qui manque de cet Auteur qui ne nous dit prefque rien de fmgulier ; 8c qui dans le fond , n’eft con- fiderable que par les Remarques de fon interprète. Hérodote, Diodore de Sicile , Strabon, Pline, 8c quelques autres , en ont parlé plias exaéïement , 8c fi je le puis , je profiterai de ce qu’ils ont die. Quelques-uns ont crû devoir ajouter à ces Mer- veilles , le Labyrinthe bâti â l’extremité Occi- dentale du Lac de Moeris , dans le Gouvernement â’Heraclée ou Heliople , ville qui doit fa fonda- tion, à ce qu’on dit , aux ifraelites. Pline témoi- gne qu’il y avoit plus de trois mille fix cens ans que T ithoe s ou P et efuccus que d’autres nomment Betefeuces , avoit fait bâtir ce Labyrinthe ; 8c que de tous les Rois qui de tems en tems ont fait tra* vailler à cet ouvrage , Vfammitique en a été le der- nier. D’autres attribuent ce bâtiment à Mendss , Marus , ou Miris qui reprit l’Egypte apres la mort â'Attifane qui étoit venu à bout d'Ammofis fameux Tyran , 8c qui l’avoit ajoutée â l’Ethiopie. Avec tout cela , on ne fçait pas bien par quelle raifon il fut entrepris , fi Ton ne croit avec Deme- tele, que ce fut le Palais de Mothemdes ; avec Ly- cias , le Sépulcre de Meris ; ou avec d’autres , un bâtiment que l’on avoit dédié au Soleil. Après la mort de S 'thon Prêtre de Vulcain , les Egyptiens s’étant fait libres en quelque manière , élurent pour le Gouvernement du Royaume , douze hommes qui s’étant unis par des mariages, 8c voulant biffer %\& Uiftoîre du Monde . Liy. VIII. quelque mémoire de leur adminiftration,fircnt bâtir, ieion quelques-uns ; ,ce Labyrinte un peu au deffus du L⣠de Moeris , allez prés de la ville des Crocodiles . Quelques remarquables que foient les Temples uEphefe & dé Samo s , dit Hérodote , on fait plus ® ct , at ^ es pyramides ,dont chacune peut être com. paree aux plus grands ouvrages que Ton void en •Grece : & ce Labyrinthe , dont il eft impoflible de concevoir la dépenfc & le travail , l’emporte encore sur ces Pyramides. Des douze {allés qui font vcù- f ees , & dont les portes font oppofées les unes aux autres , il y en a ûx au Septentrion , & f iX au Midi quife touchent toutes, & qui en dehors n’ont' qu’u- ne muraille qui les enferme. Il y a un logement double ; l’un fous terre, Faune deffus : & les deux enfémbîe contiennent trois mille trois cens cham- bres. Par les tours & par les détours qui s’y ren- contrent , on eft conduit & ramené par ks falles. On paffe de l’une , en des cabinets , dans les chaml bres ; des chambres , en d’autres falles , en d’autres cabinets, & en u autres chambres. Le lambris de tous ces appartiens eft de pierre comme les mu- railles, enrichi par tout de divers ouvrages de Scul- ptuie : & chaque lalle eft prc/que toute entourée de colonnes. Dans le coin où finit ce Labyrinthe , on void une pyramide qui a de hauteur quarante toiles ,, ou deu^ cens vingt piés , dans laquelle on a taillé de grands animaux : & l’on n’y entre" que par un chemin qui eft fous terre. Le Lac , Moeris fameux dans l’Hiftoire, a quel- que chofe de plus furprënant , félon Hérodote & • Diodore , qui lui donnent de tour quatre mille fta- des. Mais fur Pomponius Mêla , on pourra voir Ifaac Voftius qui trouve encore plus furprenante la fupputation de ces deux Hifturiens , & qui refti- tue Mêla en cct endroit. Sa longueur eft du côté du CîîAP. T. Des Merveilles du monde. 1 47 Septentrion & da Midi. Sa plus grande profondeur a cinquante toifes : & comme on y void preique au milieu deux pyramides qui font elevees cie trois cens pies au deffus de l’eau , & qui en ont autant deffous, on peut juger qu’il a ete creufe par la main des hommes. Pline ajoute que 1 1 Labyrmlhe était divifé en feizé quartiers ou corps de logis , te- Ion les feize Gouvernemeiis du pais ; qu’en ouvrant les portes de quelques-uns , èn entenaoit un bruit, qui égaloit celui du tonnerre. Dans chacun , il y avoit des Palais fuperbes ; des Temples des Dieux^ plufieurs pyramides > des galeries où l’on montoit par quatre-vingt dix degrèz , ornees de colonnes de porfire , d’une infinité d’images & ne fiatues j & les poutres étoient de bois ë d Egypte , cu’Antoine du Pinet a traduit par Agacie , bouillies dans l'huile , afin qu’elles fuflent plus liufantes. Mais il y avoit dans ce Labyrinte autant de quar- tiers y qu’il y avoit de Gouvernemens en Egypte, c’eft-à-dire , trente, félon Strabon , parce que la Haute ou U Thehaïâe , en contenoit dix ; celle du milieu autant ; la Bafe qui ell la Septentrionale , où font les embouchures du Nil , dix autres ; & que •le nombre des Dieur égaloit celui des Préfeéhires. Pline dit encore, que ce Labyrinthe étoit tout de pierre Ou de marbre , comme l’expliquent lés Inter- prètes , & que l’on n’y avoit point fait entrer du bois. Il eù pourtant vrai , comme il lé témoigne encore , que GiŸcnrxfHon Eunuque ou Officier de qui le répara, pouvoit s’être fervi de ces poutres. Dans ce Labyrinthe qui fut imité ^en quelque façon par Dédale en Ciete, fi l’on s’eii rapporte au même Pline ; par Z milus , par Rholui & par Théodore y à Lesbos; & par d’autres, en Tof- cane , pour lé tombeau du Roi Porfenu : dans ce Labyrinthe, dis-je , comme Pline le rapporte d A- 248 Hijloire du Monde ,Liv. VIII. fïon il y avoir une ftatuë du Dieu sér'apis , de neuf coudees de hauteur , qui n’étoit faite que f Une . emer aude. C’eft ce que peut-être , on aura de la peme a croue. Cependant , Theophrafte a dit dans fort Livre des Pierres , quelque chofe de plus incroyable; & c’eft après lui que j’ai remarqué en qnexque endroit, que dans le Temple à'Hnouh de Tyr, il y avoir un pilier d’une émeraude qui croît encore la , du tems d’Herodote qui l’a vu Pline témoigné que Ptelomée Philadelphe fit faire a a iemme ■. Arfinee qui étoit fa foeur , une ftatuë d une topaft , qui étoit longue de quatre coudées & fi ce n, etoit point m’éloigner de mon fujet ie pourois produire beaucoup d’exemples de cette na- ture , quo.qu Hérodote & Pline ne foient pourtant pas toujours mes oracles. VAfion que cite ce dernier Auteur fur la ftatuë de Serais, eft celui qui eut le furnom de Pletflo- nice, ce que 1 on peut voir dans Clement Alexan- drin , dans Eufebe, & dans GelLius , ou pour fou dpnt contentieux , ou pour les palmes qu 5 il rem- porta fur piufieurs fçavans , félon la remarque de Scahger , le meme qui fut furnommé les Cymbales du monde , par Tibere. Il fut difciple du Grammai- xien Didyme , furnommé Entrailles d W» , pour es quatre mille volumes qu’il compola, ou trois nulle cinq cens , comme on le peut voir dans Sui- das qui le nomm z fils de Fleiftomce. C’dt encore,. Jeion Sencque , le même Apion qui fut porte par toute la Grece comme en triomphe , quoiqu’en pu me dire Julie Lipfe > & qui pafTapour un autre Jri omere.. Au re/te , le Lac de Moeris doit être celui que les -Egyptiens nomment aujourd’hui Kern { puifqu’il n y en a point d’autre entre Tium ou Arfmoé, &c k heu ou étoit autrefois Memphis. Dans le dé- Chàf. I. Des Merveilles du monde. 24^ bordement du Nil , il reçoit les eaux de la campa- gne , & celle du fleuve ou canal qu’ils nomment Bahre fufef, parce qu’il fut ereufé , comme ils le difent , par îdfeÿh' fils du Patriarche lacob. C’eft à l’extremité de ce Lac , qu’on avoit bâti le Laby- rinthe, nommé aujourd’hui C ajfr Car un eu U Château de Caron , fameux Yifir dans PHiftoLe des Arabes : & fi l’on encroid quelques Voyageurs, il y a encore trois cens foixante-cinq chambres fi bien engagées l’une dans l’autre, qu’il eft impofli- ble d’en forcir , à moins que d’en obfervei* tous les détours fort exaéiement quand on y entre. Quelques-uns mettent entre ces Merveilles , la Tour, de P h a r o s a , Ile éloignée d’Alexan- drie , de fept ou huit ftades , que Cleopatre , comme Pont écrit quelques Auteurs , joignit par un pont à cette ville. Mais on a tout donné â cette Reine , pour ne rien laiflfer â l’ Architecte Softrate , ni aux Ptolomées : & l’on peut voir P observation d’ifaae VoUlus fur Pompomus Mêla, de le palfage qu’il allégué au troifiéme Livre des Guerres civiles de Celai* , où il eft dit que les Ptolomées avoient joint cette Ile â la ville d’Alexandrie d’un côté , par une levée de neuf cens pas , avec un pont aux deux bouts. On trouve encore dans les Relations de nos Voyageurs, qu’elle eft: jointe au Continent par un pont de pierre ; & qu’au bout de l’Ile eft: un châ- teau que l’on nomme Pavillon , où étoit autrefois la Tour de Pharos. Elle fut bâtie par Alexandre , fi l’on en vent croire Eutychius qui ifiétoit pas trop bien informé de ce qu’il y eut de plus remarquable fi prés de la ville dont , après la mort de Chnftodule , il fut Pa- triarche. Le fçavant Ifaac Volfius dit fur Mêla , a Cette Tour coûta quatre cens quatre-vingt mille icus# L Y 2.) o tîiftoire du Monde \ Li 7. VI I L ou des cornes de Bélier fur le eafque dont il fc fer- voit dans les batailles ; ou que comme les cornes du beher font entortillées , les répondes de ce Dieu etoient envelopées & obfcures. J’ai déjà dit que Plutarque dans ion Traité dfjfis & d y O(iris , a écrit %u 3 Ajrmn eii le nom de Jupiter, & Jamblique dit Chap. I. Des Merveilles du monde 0 îa même choie. De cet Amun , les Grecs èe les Latins ont fait leur Amon ou Hammon : 8c Mane- thon que Ton peut bien croire dans- laXangue de fora pais , nous apprend op? Amun en Egyptien , -Ligni- fie fecret-, obfcur & caché. Mais comme en Hebreu, el lignifie fart ; que Dieu même fe donne ce nom ^ l'e Dicte fort ; qu’Ei lignifie encore Belter , je ne doute point, que les Payens n’ayent donné ce nom à leur Jupiter : 8c c’eft delà que les Grecs l’ont appelle fa ce de Belter. Pour l’autre point , il faut entendre de quelle maniéré® s’en eft expliqué le Pere Kircherdans fon Oedipe Egyptien , & dans fon Livre de l’Obélifque qui étoit dans l’Hyppo- drome de Caracalle. Dans la première fèparation des fils de Noé , dit* il , l’Afie tomba en partage , à Se-m ; l’Europe, à Japheth ;JtCham eut l’Afrique dont l’Egypte peut être notpméc le veftibule. Sa famille s’étant multipliée : 8 c aiant laiflé l’Ethiopie à Chus fon fils , l’Egypte , à MEZRAiMj la Libye à Phut la Phcnicie à Canaan ; il mena une multitude de fes petit-fils en Perfe qui en cetems-là , compte- noit du côté de l’Orient , tout ce qui eft voifui de l’Egypte , qu’on nomme Arabie. Il fe retira depuis, en Médie , pour y faire de nouvelles Colonies de fa famille; & -bâtit Ba&rie qui donna le nom de Bac- trianeï tout le pais dont il fut Roi. Apres cela , le Pere Kircher conclud que Cham eR Zoroaftre le premier Auteur de la Magie ; 8c Y Or of mode des Perfes ; le premier Saturne , 8c Yofyris des Egy- ptiens. Pour le prouver il allégué un paffage d’A- benephi qui dit que Cham fils de Noé y a introduit, la Magie &r les vaines fu perdition s dans le Monde : que par ce moyen , il le fit rendre des honneurs Divins , 8c reçut le nom de Zoroaftre : Qu’aucun n’avoit régné en Egypte ,en Perfe ,.ni en Médie > 2J4 Hifloire du Monde Liv. VIII, avant lui. Mais n'étant pas trop bien affuré de ce parce qu'elle étoit dédiée à Jupiter Am- Chap. T. Des Merveilles du monde, tjf mon qui eft Chant : QmCham ügmfie chaud ; chum, noir ou bazané ; fie que poui Chant , les Egyptien® fie les Afriquains prononcent Amtitl. Cette opinion eft aflurément la plus vrai-femblable : fie le Cham - ZoroaQceda Pere Kiréhcr , ne plaira jamais aceux qui feront capables de quelque réflexion. ^1® jamais lu que Cham a ri le jour qu il eft ne ? Qi 1 repouffoit delà main, ceux qui mettoient la leur fur fa tête , ce qui étoit en lui une marque d un cerveau bouillant ? Qu’il paffa vingt ans dans le defert où il vécut de fromage li bien préparé » qu’il ne ftntoit point lç vieux ? C’eft ce lme a pourtant remarqué de Tormftre : & s il eft vrai , comme le témoigne le même Auteur , qu Az,ona^ ces , A gonaces , ou Agoneîte a enfeigne la Riagie a Z oroaftre ; félon Hérmippe , le Pere Kirchèr peut- il foutenir que ce Roi de Ba&riane à ete Cham qui fut le premier à Penfeigùer & a Pin traduire } Il a bi :n prévû qu’on lui feroit cette obje£hon: & comme il y a eu plus d’un Z oroafire , felori Pline , il allègue Arnobe , qui dit , qu il y en eut un àe Ch aidée , un autre de Baéirime , «n troifiéme de Pamphylie qui eft âujourdTnu la partie Occidentale de la Caramanié ; & un quatrième * à' Arménie , outre le cinquième de Suidas , qui etoit de la Précsnefe ou Marmara. Dans cét embaras , il veut que le Chaldéen , &'le Perfe-Mede foient le même Z oroafire , c’eft-à-dire .Cham , oc rapporte encore le paffage d’Abenefi , avec quelques autres de Bérofe de Didyme d’Alexandrie , de Clement y de Grégoire de Tours , des Rabbins Hannafe ^Ben- jamin , Rafchi , & Aben-Ezra. Mais parce qu il lui eft impoflible de faire voir que Chafn a ri le jour qu’il eft né ; qu’il repouffoit ceux qui mettoient U main fur fa tête ; qu’il s’eft nourri vingt ans , de fromage : il croid feulement ? qu’on peut rappoi- Hifloire du Monde. Liv. VIIÎ, l erces qualuez à quelque Magicien fameux quia pris le nom de Zoroaftre. C’eft , alternent ce qu’il faut prouver ; & je ne voi rien de plus difficile. 1 Au refte , Scaliger dit , que S ter , d’où a été for» me le nom A’Efiher , eft A ft re dans la L ngue des I elles, & avoue que le commencement du nom lui eft inconnu. Eochart aclieve , en difant , que Sortit contempler ; & que Zoroefler eft contempla- teur des AJlres- (,’ett avoir prêté du fecours à Sca- liger : & tout le monde eft perfuadé que Zoroaftre fut en effet un grand Aftrologue. Avec tout cela , il eft a craindre que l’un & l’autre n’ayent mal rencontre. Si le Z arate , le Zafrade , le Z arades , & le Eœradas des nouveaux Grecs , & le ïoroaflre des Anciens , comme le témoigne fïdttiliger dans fon Hiftoire Orientale , ont été de Z erodafi ou Z arduft , c’eft-à-dire , a rhidU§u , dans la Langue des Perles qui ont appelle, ce Roi , par Ton propre nom Moc dont le nom de Mage a été orme. Il eft vrai que s’il eft encore nommé Z oroafter comme le même Hottingerle témoigne, notre Bochart a ete devin ; & en tout cela , le Fere ^ a S ne r ien. Parce que j’ai dit , fur la table de Funccius , on aura vu même qu’il s’en faut beaucoup , qu’a l’égard du tems , le Pere Kireher j lt da i? CO r^ avcc Buntin g qui fur l’an du blonde mille fept cens foixante trois , prend Cha- mefentis ou Cham , pour le ïufiter Hammon des Lgypnens ; Mitzraim ,pour YOcean ; Chus , pour Bacchus ou Denis ; mais qui f ur l’an deux mille deux cens foixante , veut que le Patriarche lefeph loit Mercure furnommé Triwegifte , parce qu’il fut grand Pbilofophe , grand Prêtre , & grand Roi. Henri A Med dans fa Chronologie des Mé- decins , dit , fur. l’an du Monde mille fept cens quatre-vingt , que Zoroaftre Roi des Battriens ; eft CnAP. I. Des Merveilles du monde. ±$j ItChanaan de l’Ecriture , fils de Cham* & que ce Roi Scythe doit être^diQj^ué d’avec Zoroaftre Ferle , ou Perfe-M-éde, Il ajoute fur l’an deux mil- le , que Mercure ,ou Hermes qui eut le furnom de Trimegifie ». après avoir été le difciple de Noé , de- vint Précepteur de Chus ; qu’il fut enfuite Ton Ecri- vain > & qu’il inftruifit I fis 8c Ofiris. dont ce même Chus étoit le pere. Il efl vrai encore , que les opi- nions des uns 8c des autres , ne dont fondées que fur des conjectures fort incertaines ; 8c que les con- jectures & les fonges ne font quelquefois qu’une même chofe. On a compté entre ces Merveilles , le magnifique’ Palais de C velus qui s’étoit rendu célébré , fé- lon Elien,par ce bâtiment. Il eil remarqué dans Piodore , qu’il étoit fermé de trois murailles 'dont la première étoit haute de feize aunes ; la fécondé » de trente-deux ; la troisième , de foixante : Que les- baluftrades 8c les portes étoient de fonte , 8c qu’il furpafFoit tous ceux de fon tems , pour fa grandeur^ Sc pour fâ beauté. Quinte-Curce dit qu ''Alexandre, par le conleil d’une courtifane , y mit le feu après avoir bu : 8c il ne faut pas trouver étrange qu’en cet état , il n'ait, pardonné ni au marbre , ni an bronze , lui qui n’épargnoit pas fes meilleurs amis quand il étoit y vie. Ce que le tems nous a pulaif- 1er d’un 11 beau Palais , depuis plus de deux mille ans après cet embrafement épouventable , fait voir .à peu-prés ce qu’il devoit être ; 8c dans tout k monde , félon quelques-uns , on ne trouve point de plus beaux refies de l’Antiquité. Il étoit bâti fur un rocher de marbre fort dur ; 8c fon fondeménta vingt-deux piés Géométriques de hauteur. ^Quatre- vingt quinze marches ou de- grez portent au premier plan du Palais: 8c cette montée taillée dans le marbre , eft û large- que § Hiflolre du Monde Liv. VIIT. douze chevaux de front y peuvent monter. Ces de- grez portent à la hauteur de vingt-deux pies Géo- métriques , parce que le premier Plan du Palais eR de cette même élévation , an deffus du rez de chauf- fée de la campagne ; & lë relie du rocher eli taillé a plomb. Aux deux cotez de rentrée , qui peut avoir vingt pies d’ouverture , on void la figure d’un elefàne , & celle d’un Rhinocerot haut de trente pies ; Pun& l’autre de marbre poli ;deux colonnes; & un peu plus loin , un cheval ailé. Au de là de cette entrée , on trouve plufieurs fragmens de co- lonnes toutes de marbre , & enrichies d’ornemens, dont les plus grandes font hautes de dix-huit cou- dées ; les moindres , de quinze ; chacune avec des cannelures larges de trois pouces. Un peu plus avant , on void la place ou étoient deux chambres; Sc des deux cotez des «ortés , plufieurs figures d’hommes en relief, beaucoup plus grandes que le naturel ; les unes affiles ; les' autres , debout avec mi bonnet rond fur la tête ; les cheveux fort longs; la barbe grande ; des habits qui leur defeendent jûfques aux talons ; les manches larges , ôc une ceinture fur la velie. Deux autres chambrés en font afTez proches ; & prés des chambres , on remarque une Infcription gravée fur un pilier de marbre noir, en des caraâeres dont les figures font triangulaires, pyramidales , ou en forme d’Obelifque , que Fou n’a pu jamais déchifret*. Aifez prés de là , eit une cour de quatre-vingt dix pies en quarré , avec deux portes fur chaque ligne ; les unes de fix pas d’ouverture ; les autres , de trois ; chacune de fept grandes pièces de marbre poli , longue de huit piés fur trois de largeur. On y a taillé en bas relief, des gryphons , des lions , des tigres , & en divers endroits des murailles , des jeux Olympiques , des batailles P des triomphes , & des Sacrifices. Sur Ch AP. t Des Merveilles du monde, iff chaque porte , on a reprefèniéun homme bien fait qui eft afîis , qui tient un . fceptre dans une main ; pn globe , dans l'autre ; qui eil couvert d’une lon- gue vefte , avec une Tiare fur la tête ; & les che- veux qui tombent par boucles , fur Tes épaules. A cet appartement eil joint un troifiéme , dont les quatre cotez font inégaux. Il y en a deux de foi- Xante pas , & deux autres de foixante & dix. On trouve un quatrième appartement dont les deux cô— cz^font de vingt pas ; les deux autres , de trente s êc dont les murailles , affez entières , font de marbre noir mais bien poli , que l’on pourroit iê mirer dedans. On y void des geans en bas relief', de une dorure que vingt-deux fiécles n’ont pû effacer. Au deffus du Palais , on remarque un Roi à geftoux r qui adore le Solei l , un feu , un ierpent: &c ces figut res font taillées dans un côté, du rocher qui par fout ailleurs , n’eft entouré que de précipices. a Cette antiquité qui a le nom de Tfcbehelmi * nur 3 ©u J^uar&nte colonnes , eft fi ruinée, que l’on ne peut dire bien précifement fi l’ordre en a été Dorique , Ionique , ou Corinthien. Ceux qui en voudront fçavoir davantage, liront Carturige ; Pierre de la Vallée ; Mandello ; la Defcription des Antiquitsz de Pérfépole , qui eft dans la première partie de divers voyages curieux , que nous devons au judicieux Thevenot qui les a traduits dediverfes Langues ; la fuite du voyage du Levant , de fort neveu ; fLçrbert , & Figueroaquia employé prés de vingt pages à décrire les fingularitez de ce Pa- lais , 3c qui eft fortement perfuadé , que le bourg de Margafçtm d'aujourd’hui eft l’ancienne & fa- meufe Pérfépole. Tous ceux que j’ai lus demeurent a îdfez la î j , Ecttre du i. vol, des Voyages de Tistn De/fo r*U', l&o HtfleWe du Monde Liv. VIIL d’accord que cet édifice pour fa matière , pour fon architetture , pour fa beauté , pour Tes ornemens , & pour fa grandeur , eft une des premières mer- veilles du monde , & que l’antiquité la plus cu- lieufe & la plus fçavante n’eut jamais rien qui eu approchât. u Cependant l’Autmrde la Relation de les fix voyages en Turquie , en Perfe & aux Indes , écrit qu 'Angel Peintre Hollandois qui- en huit jburs avoit delliné toutes ces ruines , lui avoua qu’elles ne meritoient pas qu’il s’en fût donné la peine , ni qu’on fe détournât d’un quart d’heure , de fon chemin y pour les aller voir. Je n’ai point H-delTus de parti â prendre ; & je n’en puis juger fans les avoir veues. Mais je ne fçai fi le Hollan- dois avoit le goût bon ; & fi un Flaman a été plus éclairé que beaucoup de gens qui avoient l’idée de ce qu’il y a déplus beau en France , en Efpagne, en Angleterre, & en Italie. Il eft vrai encore, que la plûpart de ceux qui voyagent , ne font pas tou- jours fort intelligens : Qif ils le laiflent prendre à la nouveauté : Qifils font valoir ordinairement tout ce qu’ils ont vû ; & qu’en ce qui regarde la Peinture , l’Architeélure , & la Statuaire , il y en a peu qui foient capables d’en bien juger». a Ta vernier. ChAîv. ÎI. Des Merveilles du monde. 161 CHAPITRE II. Dh Colojfe de ‘RJvode. L ’île de Rhode , fituée dans la partie de la met Méditerranée quiaeule nom de Car pat hi que 9 prés de la Méridionale de Carie , eft de figure triangulaire ; ce que Ton peut voir dans Conftan- tin Porphyrogénète. Son tour eft de cent trente mille pas , fi l’on en croid Pline ; de cent trois mille , félon Ilidore ; de neuf cens vingt ftades , comme ditStrabon ; &: Euftatlie confirme la même chofe fur Denis le Géographe. Cette île a été au- trefois nommée [Stadie > Pélagie , Opbiufe , pour la multitude 1 de fes Serpens qui furent exterminez par Phorbas fils de Triopas ; Afténe , pour fa figure qui eft à peu-prés celle à* une Etoille ; Æthrée , de fbn Ciel ferain ; & Trinaerie 3 pour P éminence de Ces trois villes. Elle eut encore le nom d * Atabyrie , de fa montagne Atabyre , & non pas d 5 un Roi , comme Pa crû Pline ; de P oéejfe , pour fes herbes vertes ; de Corymbie , pour fa figure femblable à celle de la graine de lierre ; de Telchinie , des Tel- chiniem qui Phabiterent ; & de Macarie 3 ou Bien - heureufe. Diodore & Pomponius Mêla Pont mife en effet au nombre des îles fortunées , pour fon climat ; & Manile , & Hépheftion de Thebes Pont placées fous le Signe de la Vierge. Ses villes étoient Achée , fur quoi Pon peut voir Athenée Sc Diodore ; Dédale , félon Etienne de Byzance qui ajoute Corydale à ces deux villes. Mais les principales étoient Lindus , à préfent Hf$oire dn Mande Liv. VI lï. X.i/ido j Camyre , maintenant Ferachio ; lalyfe , ou lœiyjj'e aqui l’on donna félon Cluvier,le nom de Rhodü , quoique Strabon n’en ait fait qu’un bourg qui eft YVxilaca de quelques-uns de nos Géographes. Il efc vrai que Meurs prétend que le pafiage de cet Auteur eft corrompu ; & que le jnotde Bourg doit être rapporté à Campe. Quel- ques-uns aflurent qu'elle fut nommée par les Hé- breux , Dodanim ou Rhodanim , du quatrième fils de lavait qui lJiabita :8c ce qui pourroit le con- firmer , eft que les Septante » 8c laint Jérôme , ont traduit les Dodanins par les Rhodiens . Il eft re- marqué, dans les Fragmens d’Héraclide de Pont, qu’elle étoit anciennement cachée dans la mer d’ou elle forcit ; 8c la même chofe eft dans Ma- dare , dans Phi ion Juif , dans Marcellin , & dans Ariftide. a C’eft pour cela , qu’elle eut , filon quelqties- ims , le nom de Rhode , d’un mot Grec , pour V agi- tation de fes taux , avant qu’elle parut hors delà mer : 8c il y en a qui le font venir delà Nimphe R h ode , ce que Fon pourra voir dans Pindare &• dans Diodore. D’autres difent qu’elle a été ainft nommée , de (es rofes • parce qu’elle en porte une infinité; ou que l’on trouva dans le même endroit .qu’on la bâtit , une de ces fleurs ; & que ces peu- ples la firent mettre dans leur monoie. Mais les Antiquaires fe font trompez , comme Ezechkl ;Sphanheim l’a remarqué dans fon beau Livre *B$ l de ^Excellente des Médailles , parce qu’ils ont tous pris pour une rofe , une fleur de grenadier dont les Rhodiens fè jfèrvdient' ordinairement dans leurs teintures , par la même raifon que les Tyriens üreru mettre anciennement dans leur mon oie > la Cîi A?. II. Du Colojfe de Rhode. 263 coquille de ce fameux Sc riche poiflon qu'on api pelloit P ourpre. La fleur du gre/iadier eit en cftçj: parfaitement bonne pour teindre les laines ; outre que Plme attribue à la fleur & au fruit du grena- dier , des proprietez confiderables. Samuel Bo^ çhart dit que Rhode vient du Chaldaïque lerod ; Dragon > par diminution ou retranchement Rhod ^ pour la multitude de lès dragons & de fes ferpens : 3c fon nom à’Opkiufe fut donné encore par cette raifon , à P île de F ormmtére , qui eft une des Fy^ thiufes ainfi nommées du grand nombre de leurs pins ; tout au contraire de celle d'Ebufe ou Tiiictâ qui en eft voiflne , & qui ne peut fouffrir de fer- pens. L’île de Rhode' en produifit autrefois fans doute ; & dans les fiedes pofterieurs , on a pu voir que ce n'étoit pas fans quelque fujet , qu'on lui a donné le nom à’Oph'uife ou Dragorirtiere. L'Hifloi- re du Chevalier Deodat de Gozon , eftaiTez connue; & je ne la toucherai qu'en pa fiant. Lin dragon faifaiit des ravages effroyables dans cette Ile , & les bergers n'ofant plus conduire leurs troupeaux à la campagne , plufieurs Chevaliers fe refolurent d'at- taquer ce monifre ; & la plupart en furent la proie. Le Grand Maître H élion de Villeneuve , crut qu’il étoit impoflible de s en défaire ; & pour épargner lefangdes Chevaliers ? il leur défendit fort étroi- tement de l'aller combattre. Gozon y étoit allé di- verfes fois : & comme il etoit toujours retourné fans les Chevaliers qu'il accompagnoit , 8c qui à voient été dévores , il fut foupçonné de n'avoir pas eu la hardieffe de f attaquer. Dans le chagrin fènfibîe qu'rleutde pafîcr pour lâche ,il revint en France , ou il fit faire un dragon de la grandeur ? & â peu-prés de la forme de celui qu'il avoir vu : & â un certain cri accoutuma deux furieux doguès â s’élancer au défions du menfire , 8c à le faifir par Eifleire dn Monde . Liy. VIIL le bas du ventre. Les ayant mftruns de la manière qu’il le vouloit, il repalTe a Rhode ; 8c fans com- muniquer Ton deflein , va droit au lieu oti il avoir vu Couvent le dragon. Il l’apperçoit ; & n’eut pas plutôt fait fon cri ordinaire , que les chiens couru- rent ; 8c comme ils tenoient le dragon par le bas du ventre , ils lui donnèrent letems qu’ri falloit pour le tuer. Apres Une execution fi peu attendue , il en- tra dans Rliode ou il fut loué de tout le monde. Cependant , comme il n’avoit point eu d’égard i la deffence du Grand Maître , on lui ôta l’habit par formalité , car on lui rendit auiTi-tôt la Croix. Ye Grand Maître mourut quelque-tems après ; & l’on £t Chevalier d’Eleétion , ce Deodat de Go^on qui fe fit Grand Maître. Depuis , il fut arrêté qu’aucun Chevalier d’EIeôlion , ne feroit Grand Maître : 8c Stochoue dit ^ dans fon Voyage du Levant , Qu’il a vû à côté de la porte de faim Jean , la tête de ce dragon , avec fe s cornes auflî grandes que celles d’un bulle , mais dont le mufeau étoic & plus court, ôc plus pointu. Les Telchiniens furent les premiers habitans de l’îlc ; & a ceux-ci on vid fuccéder , ou les \gnetes , comme le témoigne Héfychius ; ou les Heliades , félon Drodore. Cercaphe qui étoit de ces derniers , eut de Cydippe fille de fon frere Ochime 8c à’Hegé- Urie , trois fis , Camire , Linde , 8c lalyffe , qui fon- dèrent les trois villes de leur nom. Les Heliades furent chaffez 8c battus par ceux de Sidon ; les Phé- niciens , par ceux de Carie ; 8c les Cariens , par quelques peuples de la Bovidé , c’efl-à- dire , où etoient les villes de Boium , d’Erinée , de P inde 8c de Cytimie ; car l’autre Doride , félon Pcolemée , eft dans la Carie où îl met les villes de Cérame , de Cnide 8c à'Halicarnaffe. Entre fes Rois les plus renommez , les Hiftoricns comptent Damagete; Msmnonj Châp. II. T)u Colojfe ds Khodc» zféç Memnon • Tlepoleme fils & H trente à qui fuc- céda Polyxo fa femme qui fit pendre Helene : Sc quand ces peuples fe virent puififans , ils envoyèrent des Colonies en Macedome , en Carie, en Cilicie , en Efpagne , dans les Baléares, & dans la Sicile. Dans la guerre du Péloponcfe ,1a ville de Rhode fut bâtie des ruines de Lmde,de Camyre , Sc de lalyfe, par Hippodame de Milet , qui avoir confirait le Port dcPirèe.. Le tour de la ville étoit de quatre-vin^t ftades , ou de deux grandes lieues Sc demie d’Alle- magne , Sc il y avoir des champs 8c des bois dans fa Fortereffe. Il eft parlé dans plufieurs Auteurs , de fes Temples du Soleil , d'ifis , de Mercure , d'A- pollon 3 de Bacchns Sc de quelques autres , ornez d’une infinité de belles fiatuës , & de tableaux de la main d ’ Ap elle , de Z eux i s , Sc de P rotogene : Sc com- me cette île fourniffoit du marbre qui avoir de* veines d’or , les Archireétes auroient eu grand tort d’en chercher ailleurs. Elle eut entre lès plus célébrés Académies , V A- thénienne , la Marftilleife , la Tharfenfe , Sc laRho- dàtnm qui fut infiitué par Ej chine , après qu’on 1 eut exile d’Athenes. On dit même que le Philo- fophe , Art flippe ayant rencontré quelques figures de. Géométrie fur les côtes ou il avoir été pouffé par une tempête , s’écria , Efperons bien : il y a kl des hommes , ne croyant pas devoir mettre au rang; des hommes , ceux qui ne s’appliquoient point a cette fcience. Le caraétere des Rhodiêns , ou ,pour m’exprimer plus nettement , le fiile , n’étoit ni fi greffé que l’Attique, ni fi étendu que l’Afiatique - & dans leurs écrits , iis confèrvoient un milieu en- tre l’un Sc Pautre. Leur Dialeéle étoit Borique : Sc Cajfius Brutus ■, Sc Cicéron apprirent la Rhétori- que des Profeffeurs qui étoient à Rhode. Il efi re- marqué même dans Plutarque ; que Pompée après Terne IV. M l66 Hifloire du Monde . Liv. VIII, les avoir tous entendus par curiofité , fît prêtent a chacun d’eux , de lix cens écus. Entre Tes plus fa- meux Géographes , on compte Bacore & Timofîhe- ne ; entre fes Rhéteurs , Molon de Philagrius ; entre fes Grammairiens,^™# ou Ambron , difciple de Tryphon , ProfelTeur à Rome, en Rhétorique , & P raxiphane qui fit fur Pmdare , des Commentai- res. Elle a produit de grands Orateurs*, comme Ariflocle > Artamene de Athenodore ; des Hiftoriens, comme Denis Prêtre du Temple du Soleil ; Caftor 9 Cleormne , Ergée Calliflhene , Xénon , Eudoxe , An - tiflbene , .& Polyzele. Ses Philofophes les plus cé- lébrés furent Léomde Stoïcien ; Antoine dont parle Porphyre dans la Vie de Plotin , P av&tius , Platon fon difciple , Andromque , Jerome Péripatéxicien , E udeme, Vofidonius , & Andronique. Elle a eu en- core d'exceliens Poètes , comme C leobule que la * Grèce reconnut pour l’un des Sages qu’elle réduifit au nombre de fept; fa tille, filésbuline i ldée ) SÏmmias > frlexandride , Timacreon , Antagoras , Apollonius Auteur des Argonautiques , de Arifiophan & , le plus fin Comique de toute la Grece. Il eff pourtant vrai ; ^ félon quelques-uns , qu 'Apollonius étoit-de la ville à* Alexandrie , de qifileut le furnom de R hodicn , pour avoir, enfeigné à Rhode , la Rhétorique. Quel- ques Auteurs lodnennent encore qu 'Aftftophane étoit d'Egypte ; de il étoit , félon quelques autres, à'Egine , ou d’ Athènes. Mais les Temples , fes Academies , de fes beaux E lpri.es , ont fart moins dg bruit que fon Colofîe. a II elt décrit dans le trente- quatrième Livre de Pline, qui en fait Auteur Chares de Lindus , qui a voit eu Lyfippe pour Maître. Il a , dit-il, foixante & dix coudées de h auteur , & peu de perfonnes au- a Ghap, 7, C h AP. ÏI. Dm Colojfe de Rhode.„ voient les bras affez étendus pour en embrumer le pouce. On void beaucoup de fiatues qui ont moins de groffeur que n en ont Je s doigts : & dans les endroits ou il u été rompu , on croiroit voir des cavernes rem- plies de pierres prodigieufes que l’ouvrier y avoit fait mettre pour le tenir droit , & pour l'affermir. On tient auffi qu’il employa dou\e ans à le faire ; & quuntems fi long ne chagrina point Démétrius qui avoit fourni tout ce qu’il falloit pour cet ouvrage* Il ajoute , qu’il y avoit cent autres Colofles qui .étaient moindres que .celui-là ^ mais dont chacun ifeut pas lailTé de rendre fameux le lieu où il auroit été mis : & que l’on y en voyoit cinq autres , de D ieux qui étoient cTune prodigieule grandeur. Apres cela , il n’y a pas dequoi s’étonner que l’on ait donné le nom de Coloffiens , à ceux de Rhode,* pour le grand nombre de leurs Colofies ; ou , pour le plus grand , fi l’on en croit Eufiathe , Jean d’An- tioche , Cedren , & Zonare. a c e n’cft pourtant pas à fes habitans qu’a écrit faint Paul , comme l’ont cru Jean Bodin en quelque endroit de les Dialo- gues , & Thomas de Pinédofur Etienne de Byzan- ce , mais à ceux de Coloffé , aujourd’hui Conos ois Conead , ville de Carie, ou de Phrygie, comme dit rStrabon , qui peu de tems après que cet Apôtre eut écrit fa lettre , fut renverfée par un horrible trem- blement de terre , avec Laodicée & Hiéraple , l’an dixiéme de l’Empire de Néron , le foixante-cin- quiéme de nôtre falut. Cette Laodicée étoit à vingt ’& un milles de Colofié ; & on Fappelloit Laodicée proche du Lycus qui eft la même riviere que Mar. fyas. Le lieu où elle étoit , eft ordinairement nom- mé par les Turcs , Eskt-Hiffar , on Vieux Chdteau; & ils nomment Hiéraple, Bambouk K ali , c’eft-à- »De aèditis Rertm arcanis, M ij i(-B Hljleire du Monde. Liv; V1IÎ. dire. Tour de Coton , pour les rochers blancs que Pon void aux environs. Lucas Holftenius a remar- qué même fur la Géographie de Don Charles de Paint Paul, Feuillant /que C étoffé n’eft pas le véri- table nom de cette ville , mais Colajpt & que le mot de Colojfiens a été corrompu de C olajftnfcs. Sur les ruines d’une vieille Tour , nommée de futnt N tcolas , les Turcs en ont fait bâtir une autre quarree attachée a un Baftion qui efb derrière , dont la courtine qui vajufques aux murailles de la ville, fait un des côtez du Port. De l’autre côté , eft un vieux Château nommé de faint Ange , quand les Chevaliers en étoient les Maîtres , éloigne de cette Tour , de plus de trois cens pics , o u cinquante toiles .- & c’eft dans le même endroit où Pon a bâti cette Tour Sc ce Chatcau ? qu’étoient pofez les pi és du Coloffe. Par ce moyen , il étoit à Rentrée du Port , qu’il facilitoit par un Fanal qu’il tenoit dans u^ie main , doit il eclairoit durant la nuit , ceux qui avoient deilein d’y mouiller , & qui pouvoient paffer â pleines voiles , entre fes jambes. Il fut ren- verfé par un tremblement de terre , Pan du Monde tj-ois mille fept cens quarante-deux , félon Func-, dus , l ; e deuxième de la cent trente-neuvième Olym- piade , & le cinq cens trentième de Rome bâtie. Le Pere Riccioli dit , que ce Coloffe fut achevé deux cens foixante & dix-neuf ans avant la Naiffance de nôtre Sauveur ; & comme il ne demeura fur pié que cinquante-fix ans , félon Pline , quoi que Salien en compte quatre t vingt - un , ce tremblement , dont la Carie & Pîle de Rhode furent affligées , feroit arrivé deux cens vingt-trois ans avant celui de nôtre falut. Ulfcr n’y en met que deux cens vingt-deux : & quoi que Funccius & Bucholcer ayent fixe différemment la Naiffance de Jésus- Christ > ils s’accordent fur l’apnée cinq cens CriÂP. II. Du Colojfe de Rhode. iéÿ dnquante-uniéme de Rome bâtie : 8c différent en ee que Funccius veut que ce {bit la troifiéme an- née ; àc BucKolcer la deuxième de la cent quatre- vmgt quatorzième Olympiade. On peut voir Tean Meurs dans le quinziéme Chapitre De Rhode. Ceux de Rhode ne laifferent pas de profiter de ce tremblement qui avoit renverfé avec leur Coloffe, une partie des murailles de leur ville 8c de leurs maifons , leurs Academies , & leur Arfenal ; 8c il arriva -, comme Polybe l’a remarqué , lors qu’^4»- tiochus Roi de Syrie ,8c Ptolcmée Philofator fe fai- foient la guerre. Les Rhodiens exagcrerent toutes leurs pertes à divers peuples , par des Envoyez , dit cet Auteur ; 8c ces peuples , mais fur tout , les Rois en furent touchez de compaffion. Hieron Roi de Syracufc , 8c Gélon fon fils leur firent pré fent de quarante-cinq mille écus , pour le rétablifiement de leurs Ecoles ; leur envoyèrent des vaiffeaux d’ar-* gent , quelques cruches du même métal , à mettre de l’eau , 8c fix mille écus pour les facrifices ; fixr mille pour les necefiltez de la ville : de forte que es qu’ils donnèrent , montoit à foixante mille écus , ©u cent Talens. Ils accordèrent même des privilè- ges â ceux qui faifoient voile en cette île ; envoyè- rent cinquante machines â fes habitans : 8c comme s’ils euffent reçu quelque grâce , ils firent élever dans un Place publique , deux ftatuës , l’une qui reprefentoit le peuple de Rhode ; 8c l’autre celui de Syracufe qui le couronnoit. Ptolémée Philofator , Roi d’Egypte , leur promit trois cens Talens, ou cent quatre-vingt mille écus ; un million à’Jtrtabes de blé , dont le Traducteur François a fait châcun, de fept ieptiers 8c demi , n’ayant pas pris garde qu’il y avoit trois fortes d ' Artabes ■ que celui d y E- gypte , comme le moindre , étoit feulement de qua- 270 Hifloire dufâonde. Li v. VIII. ne boiffeaux ; celui de Médie , de cinq , qui étoifc encore plus petit que celui de Perfe. Outre ce pré- lent , il les alïura qu'il leur donneroit quarante aiille coudées de poutres quarrées de fapin de dif- rerentes grandeurs , pour le bâtiment de vingt vaiiieaux ^ mille livres de monoie de cuivre ; trois- millç d etoupe ; tout ce qu’il faudroit pour mille voiles j tiois mille Talens pour le rétabliffement: de leur ColofTe • cent Architc&es ; trois, cens, cin- quante manœuvres ; & quatorze Talens , ou Huit, mille quatre cents écus pour leur nourriture. A tous ces prefens , il ajouta douze mille artabes de blé, pour ladépenfe des Jeux & des facriüces 3 vin leur valut plus que tout le commerça* CtîAP. II. Du Colof e de Rhode. 171 qu’ils pouvoient faire , que toutes les navigations qu’ils entreprenoient , que tout ce qu ils tiroient de leur île ; & ils feraient devenus trojJ riches , il la Terre eut fouvent tremblé à ce prix-la. Quoique Pline n’ait donné à ce Coloiie , que fbixante 8c dix coudées de hauteur , Simonide qui a été plus liberal , lui en a donné jufqu’a quatic- viimdans une épigramme qui eft dans le tixieme Chapitre du quatrième Livre de l’Anthologie; & cette épigramme étoit fur labafe de ce Coloiie. II avoit même cinq cens coudées, iil’on en veut croi- re l’Anonyme Des fept merveilles du Monde , ti- rées d’Ariftote. Feltus veut qu’il n’ait ete cjuede cent cinq piés : 8c Denis Godefroi qui a prétendu corriger Feftus , dit fur ce paflage , qu’il n’en avoit que foixante 8c dix , n’ayant pas pris garde qu il eonfondoit les piés avec les coudées. Notre Dale- champ , félon Leon Allazzi , n’a pas été plus heu- reux fur Pline , quand il aflure que foixante & dix coudées , 8c cent cinq piés , font la meme choie, in effet, dit Allazzi , ou la coudée eft Géométrique, 8c elle en vaut fix des nôtres , félon Origene Sc faint Auguftin ; ou elle eft de Roi , 8c elle eft plus gran- de de trois doigts que f ordinaire , félon Hérodote ; ou elle eft commune qui eft de deux fies , 8c par eonfequent , il s’en trouveroit cent quarante , en foixante 8c dix de ces dernières. Mais Léo Allazzi eft un Chicaneur , 8c Daléchamp a fort bien com- pté , parce qu’il ne donne qu’un pié 8c demi a chaque coudée. Les Hjtftoriens ne font pas meme trop bien d’accord fur le nom de l’Auteur de ce Coloiie , parce que Pline , Sex tus Empiricus , & Euftathe avec beaucoup d’autres , le nomment Chures ; qu ii eft nommé Lâches , dans les vers de Simonide , gra- vez fur la bafe du Coloffe , comme on le peut voir M iiij *" 7i „ Hiftoire du Monde Lîv. VIIF rogenécT- 1 & ll C fauj e " & dâns Conft antin Porphy. qui avoir M ^ 3 UC e « achevé ce q»*il eut 1 enornTS- P ^cïr e - ^ dlt * ri y a en quelques démis’ f de . ColokuT “m™' a.fcin’qÛe Chf^rTffl f 1 qUClqUeS Hiftori «s, derniere • & c PY( .,/_ V y â P remierc main & l a fcieiice du dora , c “'mÆ' ife 1 ”' j‘“ rent à Chares ce Q ..M V, j ^“odiens demande- prendre • & qm’.i r qU i3udi01t bien pour l’entre- tenogerênt Vc JT k fomme - «® l’in- fois plus 2 and? H , Cout . eroiE > ^il le fiifoit une au Magiftrat • & quand^ P °“°“ a " m ~ tôt ] ’avis cord , tout ’l 1 11 en eto,t demeuré d'ac ^ coût ce que 1 ouvrier avoir A * ^ ™ K ^>Sc c. VicL Onoraaft. Mag.p.. w . Ch AP. II , DnColoffe de Rhode. 275 âvoit marqué , & donc le Magiftrat étoit convenu, on lui faifoit de très-grands honneurs 3 8c pourvu qu’il n’y allât que de la quatrième partie de plus que ce qu’il avoit demandé , elle étoit fournie par le public 3 8c l’Arehiteéte n’en fouffroit aucune pei- ne. Mais fi la dépenfe montoit plus haut , on la prenoit fur ce qu’il avoit de bien : 8c il y a peu de gens quibâtiflent , qui ne fa fient le même fouhait que faifoit Vitruve , Plut au Ciel que l y on eut in- troduit ici , la Loi de Rhode ! Cette remarque me fait fou venir de l’ancienne imprécation des Lacé- démoniens qui fouhaittant du mal â quelqu’un , le contentoient de lui dire, Qu il te 'prenne envie de bâtir. Mavvias fils d’A bu Sofian , ayant pris Rhode l’an fix cens cinquante-cinquième de nôtre falut , félon Drefchler , ou l’an fix cens quarante-huit , félon Bunting , fous le Règne de Confions Deuxième qui fuccéda l’an fix cens quarante-deux , félon Buc- Kolcer , à Confiant in Troifiéme fon pere fils d ’iïè- raclius , donna ordre que l’on enlevât toutes les pièces de ce Coloffe qu’il fit porter en Syrie. El- les furent expofées en vente , félon Théophane qui a continué l’Hiftoire de Georges d’ifaurie : 8c fi l’on s’en rapporte à Conftantin Porphyro- génète , â Zonare , 8c â Cedren , il les vendit mê- me â Rhode, à un marchand Juif. Théophane 8c Conftantin difènt , que trente mille chevaux en furent chargez 3 8c c’eft ce qui n’a nulle apparence. Landulphe , Cedren , 8c Zonare en ont réduit le nombre â neuf cens; 8c le Pere Jean Batifte Riccioli dans fa Chronologie Réformée , n’en compte que trois cens dix-huit. Cette prodigieuse ma fie de fonte , dit Scaliger fur la Chronique d’Eufebe , demeura neuf cens foixante Ô* dix-fept ans à terre ? juf qu'au tems de l'Arabe 274 Htftoîre du Monde . Liv, VIIÎ 0 Mavid qui la •vendit a un marchand : & celui-ci* chargea neuf cens chameaux de [es pièces. La charge d'un chameau eft de neuf cens livres ; & pur confe- quent , la matière du Q olojfe devait être de fept cens vingt mille de poids , ou de cent quarante- quatre- quintaux . Cedren dit , que toutes ces pièces furent tranfportées V an vulgaire de J e s u s - C h r i s t, fix cens cinquante -cinq , mille trois cens cinq ans apres avoir été élevé : & en ce cas , il Vauroit été la deuxieme annee de la dix-feptiéme Olympiade : ce qui ne peut etre foutenu. Leon Allazzi dit, que Scaliger a été de mauvaifè foi en citant Cedren , de qu il a voulu témoigner en l’aleguant , qu’il avoit> fait quelques observations fui* cet Auteur qui ne compte pas mille trois cens cinq ans, mais mille trois cens foixante-einq depuis le tems de l’éléva- tion ne ce Colofte , jufqu’à celui qu’il fut tranfpor- té. Le Critique ajoute qu’il fuppofe mal que ce Golofte demeura tant d’années à terre , puis qu’il fut releve diverfes fois , 3c entf’autres du tems de Tite Vefpafien : Que la fupputation deScaliger eft îres-faufle , parce que fi l’on ajoute les fix cens cin- quante-cinq , ou fix cens cinquante-deux ans de nôtre falut , a deux cens vingt-deux qui l’ont pré- cédé , on en trouvera huit cens foixante & quator- ze. Il dit , que fept cens vingt mille livres ne font fas cent quarante^quatre quintaux : mais fept mille deux cens ; & que pour en porter cent quarante- quatre , dix-huis chameaux auroient pu fufRre, puifque la charge de chaque chameau eft de huit, quintaux , ou de huit cens livres. Après cela , il triomphe de Scaliger ; l’accu fe d’ignorance & de malice ; s’écrie qu’il eft battu de fès propres armes & s’étonne que l’on fafte pafter pour un Héros , un homme qui ne garde dans fes fautes , ni milieu , ni réglé ; qu’on le mette même au nombre de ceux qui Ch AP. If. Du Colojfe de Rbode, Ç ijç n’ont qu’une érudition fort médiocre. L’Arithmétique de Scaliger , en ce qui regarde les quintaux , n’eft pas trop jufte , fi ce palPage n’eft: point corrompu |dans cet Auteur > ce que j’ai bien de la peine à croire. Mais Léo Allazzi eft mal hon- nête pour fon caractère ; & il devroit au moins s’empêcher de faire des fautes , quand il appuyé avec tant d’aigreur , fur celles des autres. Il foû~ tient, que le Colojfe de Rbode a été relevé diverfes fois : Qu'il le fut dans le feptiéme Consulat de Vef- pafien, & dans le quatrième de Tite fon fils : Que l' Auteur témoigne , que ce Colojfe avoit cent fept pies* Il ajoute , l’autorité du Moine Georges , connu prr la qualité àeSyncelle qui dit , qu’il en avoit cer.e vingt-lept ; & que a Commode , après lui avoir fait otcr la tête , donna ordre qu’on y mît la Tienne, Mais Leon Allazzi n’a confulté ni fon jugement ni fa mémoire , & n’a pas pris garde qu’il prenoit Rho~ de pour Rome ; & le Coloffe de Néron , lait pat %énodore , pour celui du Soleil , fait par Chares. En effet , Suetone dit , que Néron fit mettre dans une cour , à l’entrée de fa maifon d’or , un Colofle de fix-vingt piés dont la tête reprefentoit celle de ce Prince : de dans la Vie de Vefpafien , Que celui qui avoit racommodé ce ColoITe fut recompenfé fort dignement de cet Empereur. 11 eft remarque dans le feptiéme Chapitre du Livre trente-quatrie- me de Pline, que Z énoâore qui avoit travaillé dix ans en Auvergne , à une ftatue de Mercure , fut ap- aTS cb Po' Colofle de cent vingt pies , qui après fa mort fur dédie au Soleil , pour abolir la mémoire de ce- montre. Dion nous apprend que Vefpafien dansfon lixieme Confulat , & dans le quatrième de Tite , fit tran {porter ce même Colofle , de la maifon de J ^ eron y dans'da Rue sacice’e : & Spartien veut qu’il ait été dédié au Soleil par l’Empereur Hadrien. Lampridius dit , que Commode Et mettre fa tête où - l’on a voit mis celle de Néron : & Cafaubon reprend ■ l’un & l’autre , fondé fur le paffage que j’ai alegué de Pline , 8c fur un autre d’Herodien qui dit que Commode Et mettre fa tête où l’on avoir mis celle du Soleil. Mai* il n’y a point de con tradition dans ces Auteurs , félon, Famiano Nardini qui dit , dans fon Livre a De Ancienne Rome , qu’on ne trouve point que la tête de Néron ait été ôtée de ce Colofle par Vefpafien qui fe contenta d’y aïoù- ter quelques Rayons , pour en faire la Dédicacé at& Soleil: Que l’Empereur Hadrien les y Et remettre dans la nouvelle Confecration qu’il en Et à ce mê- me A Ere , après l’avoir fait tranfporter de la Rue sacre’e dans la place qui étoit devant l’ampEi- t-neatre : & que Commode , avoir mis effectivement ia tête où étoit alors celle de Néron , comme l’a écrit Lampridius , puis qu’il n’y en avoit jamais eu d autre. Ce n’efi donc pas , comme Leon Allaz» la prétendu , le Coloffe de R h ode dédié au Soleil 3 fait par Chares , mais celui de Rome , que Zeno- dore Et pour Néron , que Vefpafien confacra depuis Sfleil , apres l’avoir fait tranfporter dans la Rue facree : 8c c’efi fur ce dernier , & non pas fiir l’an,- îre , que Commode Et mettre fa tête. J’ai voulu faire cette remarque fur celle de Leon AJlazzi , pour témoigner qu’il pratique mal ce 3f . CmAPo II. Du Colojfe deRhode .■ £7/ «fu’il enfeigne dans fa Difer-tation Des Geor- ges , a qui fuit les notes qu’il nous a données fuir Georges Acropolite , de F édition du Louvre. Dans cette difiertation où il allégué Georges Nichas , Auteur fuppofé , pour Grégoire 'Evêque de Nyffe y H dit , que quand ScaÜger parle de Georges d’ifau- rie , il le reprend avec violence , ce qui eft indigne d’un Philosophe & d’unefprit noble : Qujl eue été mieux de n’en point médire , & d’en faire connoître les fautes : Qu'il fou b ai te que l’on ne fublHtue jamais les injures au défaut des preuves. 11 nes’efi; pas fonvenu de ce beau confeil , quand il a parlé de Scaiiger dans fes Remarques fur Phi- Ion de Byzance, parce qu’il le traite de malicieux & d’ignorant • qu’il le place même au delfous des gens qui n’ont qu’une érudition fort médiocre : & il eut été mieux , félon les principes , de le repren- dre /ans en médire, & de ne point corriger des fautes par d’autres fautes. Au relie > il y en a une dans la verfion Françoife du pailage que j’ai allé- gué de Pline , où nôtre Antoine du Pinet a traduit* en parlant de Zenodore , L'Empereur Néron le fit ve- nir a Rome , oh il fit un Colojfe de bronze , parce que le mot bronze , n’eft point dans l’original: & le Pere Alexandre Donati , dans fon Livre De d' Ancienne Rome & de la Moderne , le 1er t fort heu- reufement de tout ce qui fuit dans ce palfage , pour prouver contre l’opinion commune , que ce Goioffe n’etoit pas de bronze , mais de marbre. Il ne me refte pour la conclufionde ce chapitre , qu’à parler des Chevaliers de cette Ile , auffi con- iiderables par leur mérité , que par leur nailfance ,% & je dois aller à leur origine. Quand les Sarafins polîedoient la ville de Jeru- fâiem 3 le Calife d’Egypte ne laiffa pas d’en accor* a Page j t jf. £?& Hïfloire dit Ad onde. Liv. Vflf. der aux Siriens 8c au Patriarche la quatrième par- tie, à condition qu’ils lui payeroient un certain tribut: & comme les pèlerinages en ce tems-là étoient frequens dans la Terre Sainte, quelques particuliers de Lombardie, & d ' Amalfi dans la* terre de Labour , fe réfolurent d’y trafiquer. Par leurs prefens & par leur commerce , ils obtinrent- du Calife la permifîion d’y faire bâtir un Monafle- re- , où l’on pût fe fervir de la Liturgie Latine, parce que dans les Eglifes des Syriens toutes les ceremo- nies étoient â la Grecque. Ils firent enfuite bâtir un Hôpital : 8c comme il étoit fans revenu , l’Abbé de l’Eglife Latine faifoit ordinairement porter aux malades ce qui pouvoit relier de la table de l’un 8c de l’autre Monaftere , avec les aumônes des fi- dèles. Quand la ville de Jerufalem fut prife par Godefroy de Buillon, un Frère Gerab^d qui avoitv fervi long-tems dans l’Hôpital , avec quelques au- tres qui avoient été dans le même emploi, prit un ; habit régulier , y attacha une croix blanche fur Peftomach , 8c fit vœu folemnellement d’obferver les régies qu’il inftitua. Ce vœu étoit de pauvre- té , de chafteté, 8c d’obéïffance , au nom de Saint Iean Baptifte , 8c non pas de Saint Jean V Aumônier , comme l’a écrit Jacques de Vitri , 8c avant lui Guillaume de Tyr. Ainfi l’on peut dire que Frère Gérard de Martigues en Provence ,. qui eut la di» fection de l’Hôpital de Saint Jean de Jerufalem, fut le premier Fondateur de ce bel Ordre , confir- mé en mille cent treize, par le Pape Pafchal Troi- fiéme , fucceffeur d’Urbain Deuxième , fous lequel la plufpart des Princes fe croiferent pour la coiv* quête de la Terre Sainte. Frere Gérard eut pour fucceffeur Raimomd du P u y , de l’ancienne Maifon des du Tuy en Dauphiné, que poffedent aujourd’hui Meilleurs de Chap. IL Bu ColoJfe de Rhode. Mmtbrun. Raimond joignit la Milice à l’Hofpita- Lte de Saint Jean, 8c îéduifit en meilleuie forme-' les Statuts de l’Ordre, qui par les Chapitres Ge- neraux furent augmentez ou diminuez par les Maî- tres qui lui fuccederent» Le troiliéme fut Auger de B a i b e n ; 8c après fa mort, Arnaud de Comps , ou de Provence , ou de Dauphiné , fut élu Fan mille cent foixante-trois. Gilbert d’Assaly ou de Sailly lui fucceda Fan mille cent foixante- fept , 8c il obligea par fon confeil Emery Roi de- Jerufalem d’affieger la ville de B elbeys , qui fut prile par l’alliftance des Chevaliers. Comme il etoit extraordinairement prodigue , & qu’il eut re- gret d’avoir endetté fon Ordre de plus de cent- mille écus dans cette guerre , il fe démit de fa di- gnité l’an mille cent foi x an te- neuf, & ne fut Map tre qu’environ deux ans. Frere G a s t eflélif, 8c il fê trouva vrai-fembla- Elément avec Emery ou Amaury qui la même an- née mit le fiege devant Damiette avec deux armées puifîantes , l’une de terre, 8c l’autre de mer. La plupart des vaiffeaux qui avoient été fournis par Manuel Empereur de Conlïantinople , furent ou brûlez , pu di/lipez par une tempête. L’armée de terre périt de mifere , de forte qu "AffadJdin 8c Sa - laho'ddm eurent tous les avantages qu’ils pou voient prétendre. Frere Joubert , dont le pars îi’eft pas |rop con- nu , fut élu Fan mille cent foixante-neuf , & mou- rut dix ans après fon élection. Il acheta en Syrie 3 de fon propre bien, deux belles maifons pour les Freres Hofpitaliers : 8c Raimond Duc de Narbon- ne , Comte de Touloufe , Marquis de Provence, accorda des Privilèges confiderables à l’Ordre , 5c au. Prieuré de Saint Gilles , du tems d’ Alexandre 2?o Hijlolre du Adonde.'Liv.V'llI. Tioifiéme, & de Frédéric Premier qui eut le fur- nom de Barbe-Roujfe. Roger jcb Moulins brave & genereux , gou- verna neuf ans. Garnier de Naplouze â huit lieues de Sama- rie, Seigneur de Krach, autrement la Pierre du Defert , ou Mont-Real , qu’il voulut bien donnera fon Ordre, iut élu l’an mille cent quatre-vingt- fept ; & la mort ne lui permit de jouir de fa dignité qu’environ deux mois & quelques jours. Emengard Daps le dernier Maître de l’Hôpi- tal de Saint Jean de Jerufalem , élu Tan mille cent quatre-vingt-fept , mourut l’an mille cent quatre- vingt-douze. Salaho* dd'in qui tenoit prifonnier Guf de Lusignan, prit Jerufalem qui avoit foûtenn trente jours de fiege. La ville le rendit a compofi- t-ion , le deuxième d’Oéfobre l’an mille cent quatre- vingt- fept , 8c fut reprile fous le Pontificat d’Ur- bain Tioifiéme, fous les Régnés de Frédéric Barbe- RoulTe , d’Ifaac l’Ange Empereur de Gonftantino- ple , de nôtre Philippe Augufte, 8c de Henri Deu- xième du nom , Roi d’Angleterre. Saladin ayant chaffé de Jerufalem les Chevaliers de Saint Jean , 8c les autres Ordres , Emengard Daps fut obligé de fe retirer avec fes Freres dans la ForterelTe de Margat en Phenicie , où il de- meura quatre ou’ cinq ans. Btolemaide fut prife en- fuite par Philippe Augafte , 8c par Richard , 8c ce fut dans cette ville que Geofroy de d’Huysson, pu Donion , élu l’an mille cent quatre-vingt- douze , mourut l’an mille cent quatre - vingt- quatorze. Pierre Alfonse de Portugal ayant renoncé dans la même année de fon élection a fa dignité , prit] la route de Portugal , où il s’attendoit d’êtrs couronné. Mais il fut trompé dans fon efperance,^ Chàp. II. Du Colojfede Rhode. 2‘Sï il mourut dans Ton païs^ Tan mille deux cens fept. Geoffroy le Rat François, lui fucceda l’air mille cent quatre-vingt-quinze, & mourut Tan mille deux cens fix. C u sri n de Mont aigu d’Auvergne, mourut en milie deux cens trente. Bertrand Te xi , élu la même année , mourut l’an mille deux cens quarante; & Frerg GueriU l’an mille deux cens quarante-quatre. Bertrand de Comps de Dauphine, de la Maifon d 'Arnaud de Comps qui avoit été Maître des Hofpkaliers à Jerufalem , reçdt dans une ba- taille contre les Turcs, une bleiTure dont il mourut .l’an mille deux cens quarante huit. Pierre de Villebride Ton fuccelFeur , mou- rut l’an mille deux cens cinquante un ; & Ton élut Guillaume de Chateau-neuf , qui mourut en mille deux cens foixante. De Ton tems le Pape Ale ^ xandre Quatrième donna le Château de Bethanie avec Tes dépendances & les revenus à l’Ordre des Hofpitaiiers de Saint Jean , pour leur aider â payer les Garnifons qu’ils entretenoient â Mont- Real & ils y avoient foixante Chevaliers & un afle& grand nombre d’autres foldats. Hugues Revel de Dauphiné, mourut Pan mille deux cens foixante & dix- huit. De fon tems , le Sultan d’Egypte prit Antioshe , où quarante-fept mille Chrétiens furent tuez , & cent mille faits- efclaves. Il elf remarqué dans Bofio , que les Re- ligieufes des Couvents fe coupèrent le nez pour conferver leur virginité , ne: croyans pas pouvoir donner de l’amour aux infidèles , dans cet état ; & que Pan mille deux cens foixante & dix , Mont- Real fut pris par les Sarafins. ' N-lc ai a s* deL orgue François , élu à P ta**- ïSi Hiftoire du Monde, Liv. VIIL. ù lemaïde Pan mille deux cens foixante «Sc dix-huit, mourut Pan mille deux cens quatre-vingt-huit. Jean de Villiei^s delà Langue de France, mourut dans Pile de Cypre , ou il s’étoit retiré' avec Tes Chevaliers , apres que Ptolemaïde eût été prife par les Sarafins Pan mille deux cens quatre^ vingt- onze. Odon de Pins Provençal , élu dans la ville de • Limiffe en Gypre , ne fut que deux ans Maître de POrdrc , parce qu’il mourut en allant à Rome où il avoit été cité par fes F reres qui Paccuferent de négligence fur ce qui ragardoit les affaires de la. Religion, quoi qu’il fut d’ailleurs fort homme de bien. Guillaume de Villaret Grand Prieur de Saint Gilles , élû abfent Pan mille deux cens quatre- vingt-feize , mourut Pan mille trois cens huit. Foulques de Villaret, élû à Limiffe , ne doutant plus que l’autorité de fes Chevaliers ne fût devenue fufpede au Roi de Cypre, en fortit pour aller trouver Andronique Empereur de Con- ftantinople , qui lui donna Pinveftiture de Elle de Rhcds. Ce don fut confirmé par Clément Cin- quième , avec le pouvoir qu’il lui accorda de noms- mer un Archevêque toutes les- fois que PEglife feroit vacante. Vtllaret dans l’efperance de prendre Pile , amafle des Troupes , des Vaiffeaux & de l’ar- gent , par de Brindes en Septembre Pan mille trois cens huit ; arrive à Limiffe, avec vingt-cinq Ga- lères , quelques Vaiffeaux de l’Ordre, & d’autres di® Roi de Sicile, & de ceux de Genes. Après avoir fait fes préparatifs , il attaque Rhode où l’on vi- voit dans un grand repos, force la ville le quin- ziéme d’Août , en mille trois cens neuf, & en prend cinq autres dans la même Ile. La refi.de n eu du Gonvent fut établie dans la première, & les . ^ QwkT.M.-DHCol0jfe deRbde^ Chevaliers furent depuis nommez Chevaliers de R h o d e. Othoman premier Roi des Turcs , Fafliegea l’année fuivante , & Peut réduite à la ne- cefîlté de capituler, fi Amedée quatrième Comte, de Savoye n’eût pafTé au fècours des afîîegez , avec, une armée , Sc forcé Othoman de lever le Tiege. Le Comte fut fi ravi -de cette aéfion , qu’il prit pour devife ces quatre lettres a F. E. R. T. que fcs fuo* cefieurs ont retenue ; Sc au lieu de l’Aigle que (es ancefires portoient dans leurs armes , il prit dans Tes Etendars , la Croix de l’Ordre à huit pointes oii pâtée, en champ de gueules. Ce fut au bruit de cette viéloire qu’en mille trois^ cens onze, l’Ordre des Templiers fut aboli dans le Concile general de Vienne en Dauphiné, par Cle~ ment Cinquième , en prefence de Phihppes Le Bel , & de fes trois fils Louis, Philippes , & Charles , qui regnerent tous l’un après l’autre. Les Templiers qui s’étoient retirez en France, où ils avoient ap- porté des biens incroyables , furent tous pris en un même jour : Sc comme leur vie oifive Sc vo- luptueufe ne plaifoit ni au Pape* ni au Roi, le: dernier fit informer dé leurs actions Sc de leurs- mœurs , les fit condamner , Sc tous moururent de mort violente. Leur Grand Maître jfacques de Mo - la j Gentil-homme de Bourgogne fut brûlé vif à Paris , en mille trois cens treize ; Sc quoi qu’on fe fut engagé de lin faire grâce s’il avoüoit les cri- mes qu’on lui imputoit , il foutint qu’il n’avoit rien fait contre la Religion , Sc fournit la mort avec une confiance merveilleufc. Ils avoient aquis tant de richeffes , qu’ils avoient jufqu’a neuf mille maifons , Sc devinrent enfin fi orgueilleux , qu’ils refluèrent de fe foûmettre au Patriarche de Jerufa- a ïnsïtuÀQ ejus Khodam ternis 4 Hifioire du Monde . L i v . V III. lem ; qu’ils firent la guerre à des Souverains ; qu’ifs pillèrent indifféremment 8c les Chrétiens 8c les In- fidèles. Ils furent même d’intelligence avec ceux- ci , 8c donnèrent les moïens au Soldan d’Egypte de prendre Frédéric Deuxième , qui n’étoit allé dans la Paleftine que pour s’oppofer à ces ennemis de notre Foi. Il y avait des crimes fecrets dont les Commiffaires du Roi & du Pape n’eurent pas trop de peine à les convaincre ; & félon les autres,, on ne rendit pas à leur innocence toute la juftice qui lui étoit- due. Quoi qu’il en fioit , leur bien fut donné à l’Ordre des Hofpitaliers de Saint Jean. L’an mille trois cens dix-fept, Villaret qui rie s'attachent plus qu’à fes plaifirs , à la chaiTe , 8c à fon kitereft particulier , & qui s’étoit enrichi aux dépens de l’Ordre , outre qu’il étoit devenu infup-* portable par fon orgueil, fut démis , & Maurice de Pagnac élu en fa place. Le Pape qui s’en refer va le choix , fit Grand Vicaire- Gérard de Fins, avec un commandement exprès aux Chevaliers dte lui obéir. L’an mille trois cens vingt-un , Grcan hls d’Othoman Roi des Turcs , fit une Flotede quatre- Vingt voiles pour fe rendre maître de l’Ile de Rho- de , 8c Gérard de Pins fit armer avec une diligence merveilleufe , vingt Vaiffeaux, quatre Galeres , £c fix de Gcnes qui étoient alors dans le Fort. Cette Flotte attaqua l’autre vigoureufement , la défit , & ayant fiuivi Or cnn qui s’étoit fauvé à terre prés de Shio, tailla en pièces dix mille Turcs- que leur Roi avoit conduits pour s’en fervir dans le fiege,- 8c pour peupler l’Ilc dont il fe prepofoit de venir à bout fans beaucoup de peine. En ce tems-là , Maurice de Pagnac mourut de regret , à ce que l’on croit , que fon élection n’eut pas eu tout le ihccés qu’il s’imaginoit , 8c FchI^hss de Viîlara ChAjP. II. Du Colojfe de Rhode. a.Sf 5 ui ^ lt l'établi dans fa dignité , s’en démit par le confeil de tous fes amis , ou parce qu’il en étoit demeuré d’accord après qu’on lui auroit fauvé fon lionneur , ou parce qu’il defefperoit d aquitter les dettes où il avoit engagé fon Ordre. Par fa démiifion , Te Grand Prieur de Saint Gil- les Elion de Villeneuve fut élu a Avignon , & mourut^ l’an mille trois cens quarante-fx^aprés avoir payé la plupart des dettes que Foulques de ^illaret avoir Faites. Deodat ou Dieu-donne' de Gozon, dont i’ai parlé au commencement de ce Chapitre, mou- rut fan mille trois cens quarante-trois : & Piiiuu de Corn il lan qui lui fucceda la me me année, mourut l’an mille trois cens cinquante-cinq. Ro- ger de Pins, l’an mille trois cens foixante- :inq. Raimond Berenger , l’an mille trois cens foi xante .& treize - & Robert de Juliac Grand Prieur , 1 an mille trois cens foixante 8c feize. Jean Ferdinand d’Heredïa de la Langue 1 Aiagon , mourut a Avignon l’an mille trois cens quatre-vingt-feize ; & Philbert ce Naillac Piieui d Aquitaine, 1 an mille quatre cens vingt- an. Celui-ci dans la bataille que nos François don- nèrent à Bûrjafet , 8c dans laquelle le Comte de Nevers fut prilbnnier avec beaucoup d’autres , n abandonna jamais Sigiftwod Roi de Hongrie; pa£fa le Danube avec liai ; l’accompagna jufqu’i Çonftantinople ; le conduifit à Rhode, d’ou le Roi partit furies Galeres.de la Religion pour la Dal- matie , 8c fe retira par terre dans fon Roïaume. Antoine Fluvian Efpagnol , Grand Prieur de Catalogne , mourut l’an mille quatre cens.trente- fept ; 8c Jean de Lastic François, auparavant Grand Prieur d’Auvergne , l’an mille quatre cens cinquante- quatre. De fon tems } les Saraüns ayant z§6 Hifhire du JH onde. Liv. VIIL paru à la vue de Rhode , y prirent terre , pillèrent Tlle , alfiegerent la ville , & dans les alfauts , les ^Chevaliers les repou lièrent avec tant de réfohition & de vigueur , que les Infidèles lurent contraints ,de s’en retourner à Alexandrie. Bolio dit qu eLaftic lut le premier qui eut la qualité de Grand Maître , quoique d’autres croyent que Foulques de Villaret qui prit Rhode , l’eut avant lui. Il eû pourtant vrai que dans le mauvais état où étott l’Ordre par lès dettes , & par les dépenfes qu’il droit obligé de foûtenir , ceux du-Çonfeil le fou- mirent à une efpece de Diélature ; qu’ils fùpplie- rent tous VtlUret de iè charger feul du Gouverne- ment , & qu’aprés s’en être long- tems défendu , il fut contraint d’accepter la Charge qu’on lui propofa. Jobert ou Jacques de Molly François., Prieur d’Auvergne, élu le premier jour de juin, l'an mille quatre cens cinquante quatre, mourut le dix-feptiéme d’Aoùt , l’an mille quatre cens Joixante-un. Mahomet Empereur des Turcs , après avoir pris ConRantinople , fe faifit encore de plu- fieurs Iles de la Morée: 8c comme le -Grand Maî- tre n’étoit pas trop en état de réfifter aux forces du Turc, le Chevalier Pierre d' Aubufion Com- mandeur de Salins , obtint du Roi Charles Septiè- me , cent mille écus qu’il employa en artillerie , en poudre, en plomb , en rames , en draps, en toiles , & en d’autres munitions qu’il ne manqua pas d’envoyer a Rhode. La Réglé des Religieux de Saint Jean étoit auftere, & ils étoient obligez alors de jeûner les jours de i’Avent & du Carê- me , fans qu’il leur fut permis ni de boire après je foupé , ni de- manger de la chair le Mercredi , .de parler à table, ni au lit , ni d’être même au lit fans lumière. Pie Deuxième les difpenfa de cette Chap. II. Du Kloloffe de Rhode , 2S7 rigueur , parce qu’il leur étoit prefque impoflible 4e l’obferver , étant continuellement occupez ou à rélifter aux Infidèles , ou à les furprendre. R a im ojmj> Zaæosxa Efpagnol, élu le vin quatrième d Août 1 an mille quatre cens foixante*- un , mourut à Rome le vingt-uniéme de Février , l’an mille quatre cens foixante-fept. Jean Baptiste des Ursins , élu par le Pape Paul T roilieme & par les «Chevaliers qui étoient à Rome api.es la célébration du Chapitre general, mourut a Rhode le huitième de Juin , l’an mille quatre cens foixante & feize. De Ton tems Negrje- font, ville principale de la .Morde fut prife par Mahomet Deuxième du nom ; & Ticrre d'Aubuf- fon fut le premier Bailly de Leureul , qui fut érmé en faveur de la Langue d’Auvergne. ° Pierre x>'’Aubusso ; n Grand Prieur d’Auver- gne,^ Capitaine de la ville de Rhode, élu le dix- •feptiéme de Juin , fut fait Cardinal le neuvième jour dè Mars , l’an mille quatre cens quatre-vin^t- huit , & mourut iigé de plus de quatre-vingt ans le neuvième de Juillet Pan mille cinq cens trois. Il foûtint trois mois avec une réfolution merveih- leufe, l’armée de l’Empereur Mahomet , compofé'e de plus de cent foixante voiles, de cent mille hom- mes de combat , & la contraignit de lever le fieo-e. La ville fut battue par les Infidèles de feize canons de vingt-deux pies , dont les boulets en avoient dix de rondeur ; & l’on tira trois mille cinq cens coups contre les murailles , fans compter ceux des autres pièces d’artillerie qui étoient moindres. Dans les aliauts quinze mille Turcs furent blefîez , neuf mille tuez ; & le Crand Maître y fut blefle mê- me dan gereufe ment. , d’Amboise Grand Prieur de France, du abfent le dixiéme de Juillet l’an mille cinq 2,'SS Hi (foire du Monde. Liv. Vlïl. cens trois , mourut à Rhode l’an mille cinq cens douze. Guy de Blanchhort Grand Prieur d Au- retire , élu abfent le vingt -deuxième de Novembre, mourut le vmg* quatrième du meme mois lan mille cCinq cens -treize. Fabrice de Carrette , de la Mailon des Princes de Final prés de Genes , mourut le dixié- me de Janvier , Pan mille cinq -cens vingt-un ; & Philippes de Villiers l’Lle-Adam Chef de la Langue de France, mourut à Malte le vingt-unié- me d’Août , mille cinq cens trente-quatre. Soliman prit Rhode , & n’en fût jamais demeuré le maître , puifqu’il étoû preft de lever le fiege , fi André à 9 Amiral , Prieur de Caftille , & depuis Chancelier de l’Ordre , ne l’eut averti par quelques lettres de continuer, en l’affûrant que la Place é toit réduite à l’extremité. il lui écrivit même à Conftantinople , pour lui confeilkr d’aflîeger l’Ile -, & il ne le fît que pour fe venger de l’éleélion que l’on avoit faite de Philippes de Villiers , a laquelle ii s’étoit oppofé de toute fa force , dans l’efperance de fe faire élire. Il fût foupçonné de trahifon , mis à la torture , & condamné à avoir la tête tranchée-, fans avoir donné de grandes marques de dévotion , ni de repentir. Le Grand Maître fortit de Rhode le premier jour de l’an mille cinq cens vingt-trois, avec ce qui lui refioit de Chevaliers , de Religieux , de Rhodiens , Sc d’autres fujets qui le fuivirent. Il fut en Can- die, à Mefîine que lui offrit le Vice-Roi de Sicile Heffior Pignatel Comte de Mont- Leon , pour en faire le lieu de fa refidence , & depuis a Rome. Il v fut reçu parfaitement bien d 'Hadrien Sixième ; de Clement Septième qui lui fucceda ; & apres avoir été huit ans fans demeure fixe, Charles- Quint ac- corda Çhap. II. Du Colojfe de Rhô de. z$$ < 5 ôrda enfin aux Chevaliers, en fief 8c en propriété* Plie de Malts y le vingt-quatrième de Mai, l’an mille cinq cens trente, fous le fimplc devoir d’un epervier ou d’un faucon , payable au Vice-Roi de Naples toutes les années. Philippes de Viîliers y fit ion entrée , & en prit poffefîîon le vingt-fixiéme d’O&obre ; Sc après fa mort , Perrin ou Pierre puJPont , Bailly de Sainte Eufemie, y fut le pre- mier Grand Maître, le vingt-fixiéme d’Aoùt , Pan mille cinq cens trente-quatre. J’ai fuivi ces Chevaliers jufqtfà Rhode , ou j’a* vois dellein de m’arrêter,* mais je les fuivrai encore jufques à Malte , fans pafifer aux particularuez de leur Vie , qu’il faudra chercher dans leur Hiftoire. De sire" de Saint Jalles ou Toulon, de ta Langue de Provence , & Grand Prieur de Tou- louse > élu abfènt le vingt-deuxième de Novem- bre , l’an mille cinq cens trente-cinq , mourut à Montpellier , Pan mille cinq cens trente-fix , le vingt-fixiéme de Septembre. Jean d’Hommedes delà Langue d’Aragon 9 Bailly de Cafpe , élu abfent le vingtième d’Ôéfo- hre , moulut a Malte le fixiéme de Septembre, l’ait mille cinq cens cinquante- trois. Claude de la Sengle François , qui lui fucceda la même an- née , & qui fut élu à Rome , où il étoit Ambafîa- deur de l’Ordre , mourut le dix-huitiéme d’Aoùt , Pan mille cinq cens cinquantc-fept. Jean di Vallette Pari sot de la Langue de Provence en Quercy , Grand Prieur de Saint Gilles, élu à Malte la même année, le vingt-uniéme d’Aoùt , mourut le même jour de ce mois. Pan mille cinq cens foi Xante- huit. Pierre du Mont Grand Prieur 4e Capou’é, élu le vingt- troifiéme d’Aout de la même année , mourut le vingt-feptiéme de Janvier , Pan mille Tome IV- ^ iqo Hî flaire du Monde Liv. VIII, cinq cens foixante & douze. Jean de la C as- sied e ^Maréchal & Chef de la Langue d’Auver- gne, élu le trentième de Janvier, fut fufpendu de fa dignité pour quelques années par le Confeil, & fut rétabli par le Lape Grégoire Treiziéme , après que Maurice cle l’Ecu , dit Romegas , fuç mort à Rome le vingt-uniéme de Décembre , l’an mille cinq cens quatre-vingt-un. Hugues de Loubeux Verdale , Grand Com- mandeur & Chef de la Langue de Provence, élu le douzième de Janvier Pan mille cinq cens quatre- vingt-deux , fait Cardinal Pan mille cinq cens qua- tre-vingt-fept , par Sixte Cinquième , mourut le quatrième jour de Mai, Pan mille cinq çens quatre r vingt-dix-huit. Martin de Garcias delà Langue d’Aragon, qui lui fucceda , mourut l’an mille üx cens un ; & Aloph de Vignacourt Grand Hofpitalier ôc Chef de la Langue de France , mourut le quator- zième de Décembre , l’an mille fix cens ving-deux. Il eut pour fucceffeurs dans fa dignité , Louis Mendez Vasconcellos Portugais; Antoine de Paula Vasco J Jean Paul Lascaris ; Martin de Rediu Aragonois , mort Vice-Roi de Sicile , le cinquième de Février , l’au mille fix cens foixante. Annet de Gessan de Clermont en Auvergne, élu le neuvième de Février , mourut le deuxième de Juin , l’an mille fix cens foixante. Raphaël Cotoner de Majorque, Ile de la Mediterranée , élu le fixiéme de Juin, mourut le vingtième d’O&obrc de la même année. Nicolas Cotoner de la même Ile , élu le vingt-txoifiéme d’Oé/tobre » Pan mille fix cens foi- xante-trois , mourut le vingt - neuvième d’Aml mille fix cens foixante & dix-neuf. 1 C HA P. III. T) u Mdufolce, Grégoire Carafe , élu le deuxième jour de May. CHAPITRE III. Dh Mdufolèe. Es principales villes de Carie, maintenant Aldinelli , dans T A lie Mineure , étoient Lao- dicée ; Antioche qui étoit .au Nord de cette der- nière ; Magnifie , aujourd’hui Mangrefia ; Priene * ou Palatia proche d’Héraclée ; Mynde , ou Men- îefe ; A labande , ou Eclabanda ; Stratonice qui eft ruinée ; & h/Lïlet , u PalUrcha. Elle avoir la Ly- die ou Ca rafla , du côté du Nord ; la Lycie , à l’Eft; la Mer Rhodienne , au Sud ; 8c la Doride , ou Vaï Livadia qui s’avance dans la Mer en forme de Peninfule , où l’on voyoit les villes de Zéphyr: e % ou Halicarnafïe , à prefent Caftel di San Pietro ; & de Cnide , où eh maintenant Standia, félon quelques-uns de nos Géographes , lui eil jointe dans la Mer Egée, au Couchant d’Hiver. Si l’on s’en rapporte à quelques Auteurs , la Carie a eu ce nom du mot Hébraïque Car , pour le grand nombre de fés agneaux , 8c pour l’abondance de fès pâ- turages. J’ai dit à la fin du cinquième article du chapitre de la Monarchie des Grecs , qu ’ Hecatomne Roi de Carie avoit eu trois fils , Maufole , Idrie'e , Pexoda - re ; & deux filles, Artemife , & Ada. Comme 1 x coutume étoit que les freres fuffent mariez avec leurs fœars , afin qu’ils pùfiTent regner enfemble , Mausoie avoit époufé fa feeur Artemise ; 8c après la mort de cette Reine, Idrie'e mari à} A- da , hérita de la couronne , 8c régna fept mois. N ij 2e)t Hijfoire du Mande. LiV. VIII. Ada qui avoit furvécu à Ton mari , & qui ayoit été quatre ans Souveraine, fut chaffée par fon frère Pexodare qui s’étoit marié avec Aphneis fille dç Synnéfis Roi de Capadoce , & qui eut de çetîô Prin- ceffe une fille nommée Adet qui fut la femme d'Orontebade grand Seigneur de Perfe , que Pexo -- dare choiftt pour fon gendre , ne doutant point qu'il ne confervât par fon moyen un Royaume que la feule force lui avoit donné. Ce Perfan ayant vu fon beau-pere mort , qui avoit régné cinq ans , retint la Carie , comme un bien qu’il avoit reçu en dot de fa femme ; & après la prife d’Halicar- naffe par Alexandre , la vieille Ada veuve à y ldné >, y fut rétablie par ce Conquérant à qui elle avoit ouvert les portes d y Xlinde , la feule ville de fon Etat que Texodare lui avoit laiflee. Comme il y eut .deux Ada , il y eut aufli deux Artemifes. Pline - apres avoir nommé trois fortes d’herbes qui dévoient leurs noms aux Rois C/i- wene , Gentius , Sc Lyfimaque, ajoute qu’il y a. encore des femmes qui ont eu aftez de vanité pour imiter en ceci les hommes ; & que l’herbe nom-, mée auparavant Partbenis , reçut le nom d y A>te- mifia , qui eft nôtre Armoifè , d f Artemife femme du jriche M ait foie Roi de Carie. Sur ce paffage, Leon Allazzi dit qu’fdipocrate qui a vécu avant Arte* tnife>&. parlé de YArtemtfie ou Ar?noife ; que cette Reine, femme de M anfole , écoit du tems d’J/bcra- $e Sc Demofthene , 8c que l’herbe dont il s’agit , a eu fon nom vrai-femblablement d’une autre Arte - mife. Sur ce fondement inconteffable , il a remar- qué une faute afTez groftiere dans le Dictionnaire ou Trefor de la Langue Latine de Robert Etienne, ou il eft dit qu ’Arfemife femme de Mau foie fe il- gnala dans la guerre de XerxeSy en Grece: & j’fi remarqué la mci»e faute dans le T heatrç Hiftoriquc a Liv. if. Cfl'Àp.. lit. ï)u Maufolee. tgf déChrétien Mathieu. Charles Etienne a eu ici la vue de beaucoup meilleure que Robert , parce que dans, fon Dictionnaire Hiltorique 3c Géographique , il à. fort bien difringué ces Reines. Ce qui a donne Heu à l’erreur des autres , eft qu’ils ont confondu Artsmife femme de Maufole , avec une Reine du même Royaume, 3c du même nom , qui la pré- cédée , qui étoit Elle de Lygdamis, 3c qui^fervit gtnereufement de fon eonfeil & de fon epée , le Roi de Perfe. Sur tout , dit Hérodote dans le fep- tiéme Livre de fon Hifloire , 7’ ai de ï admiration four Artémïfe qui afrés la Mort de fort mari , & lors qu’elle avdit la Régence du Royaume de fon fi h f marcha contre les Grecs avec Xerxés 3 fans que lu neceffité l'y obligeât \ mns four donner feulement des marques de fon courage & de fa vertu. Cette Rei- ne fille de Lygdamis, étoit du coté de fon fere , d*Halicarnafie ; & du coté de fa mere > venoit de Crete • Elle étoit fille de Lygdamis ; 3c le pere d’^r- temife femme de Maufole , étoit Hecatomne. Celle- là gouvernoit le Royaume de fon fils ; 3c .celle-ci mourut fans enfans. Outre qu’elles ont vécu en divers tems , elles peuvent être affez diftinguées par ces deux marques : 6e pour fçavoir fr la fille de Lygdamis avoit du cœur 3c de l’efprit , on n'a qu’à lire Paufanias dans fes Laconiques ; Poliæ- nus , dans le huitième Livre des Stratagèmes ; Hé- rodote; Juftin ; Vitruve, dans le chapitre huitième du Livre deuxième, 6ec. Au relie , ce n’a pas été fans quelque raifon que Pli se dans le paffage que j’ai allégué , donne à Maufole le titre de Riche , piiifquc pour contenter fon avarice , il prit indifféremment le parti des Per- fes, 8c celui des Grecs : qu’il n’employa la fubtilité de fon efprit , qu’à épuifer les cofres des uns 3c des astres ; 3c qu’il ny avoit rien de fi facré parmi les *94 Wifîolre du Monde LivvVTII. hommes qu’il ne violât pour le faire fervir à ioa interet. Il régna vingt-quatre ans , félon Diodore; 8c mourut, félon Pline, la deuxième année de la centième Olympiade , qui eit , dit-il , la trois cens deuxième de Rome bâtie. Mais UfTer dans fes An- nales du vieux Teilament, veut que ce paffagefoit corrompu , & que Maufole foit mort la quatrième année de la cent fixiéme Olympiade , Pan du mon- de trois mille fix cens cinquante-un. Artémife qui lui fucceda , & qui Paimoit avec une tendreffe de feeur 8c de femme , lui deftinaune fépulture en elle- même, ou voulut être , comme Valére Maxime 8c ©ellius s’en expliquent , le tombeau vivant de fon mari , en beuvant tes cendres, & fes os réduits en poudre, qu’elle parfuma. Pour le faire vivre dans les écrits des Poetes 8c des Orateurs que la po- larité devoit refpeéler , elle en appella tes plus fa- meux ; 8c pour les piquer de jaloufie , propofa des prix en faveur de ceux qui feroient paroître le plus d’éloquence 8c le plus d’efprit à 1e louer. lfc*~ crate d’Apollonie , difeiple à'ifocrate Athénien ; Théopompe de Shio ; Théodefte de Phafélide , ou Tionda , fur la frontière de Pamphylie , s’y rencoib- trerent avec quelques autres ; & il eft parlé de ces deux derniers dans le Livre douzième des Antiqui- cez des Juifs , de Jofeph; 8c dans le Livre hui- tième de la préparation Evangélique , d’Eufebe. Là , il eft rapporté que Théopompe fut infenfé plus de trente jours , pour avoir voulu mêler dans fon Hiftoire , quelque chofe de ce qui a été écrit par : Moyfe ; que Theodefte s’étant propofé de l’imiter dans quelqu’une de fes Tragédies , perdit la vue; 8c que l’un 8c l’autre furent guéris par leur repen- tir , après avoir reconnu leur faute. C’eft à quoi je ne fuis pas réfolu dem’oppofer , 8c je fuis per- suadé que cela peut être. Quoi qu’il en foit , ni «es cendres, ni ces louanges ne purent fuffire à Chap. III. Bu Maufolée. If j e«te Reine. Il fallut encore que les Architectes & les Statuaires lis plus célébrés contribuaflent à ren- dre immortelle par leurs ouvrages , la mémoire de fon cher Mtiufole , dans un tombeau qui en eût le nom ; & qui fût tel , que les Romains nomme- rent depuis , tous les autres tombeaux magnifiques, des Mausole'es. Briaxis , dit Pline a , Timothée , & L éocharés, qui difputoient du mérité avec S co- pas , furent choifis pour l’execution du Maufolee par Artemife , femme de Maufole , Roi de Carie. Ils y travaillèrent avec tant d’art , qu’il fut compté en- tre les fept Merveilles du monde. Le lieu de la fituation d’Halicarnafïe , avoit la fîgurejd’un amphithéâtre. On voyoita gauche , a l’une des extremitez , le Palais du Roi ; & a droit , tin Temple confacré à Venus & à Mercure. La fontaine Salmacis qui eft fi fameufe » & dont l’eau rendoit les hommes éfeminez & voluptueux , en étoit fort proche. Le marché étoit ou l’Amphi- theatre fe courboit fur l’embouchure du Port : & dans le milieu , comme dans la poignée d’un arc , on avoit élevé le Maufolée. L’étendue du Maufolée étoit de foixante-trois piés du Midî au Septentrion. Les faces étoient un peu plus larges , & fon tour étoit de quatre cens onze piés. Il avoit de hauteur vingt-cinq coudées, Sc trente-fix colonnes dans fon enceinte. S copas entreprit ce qui étoit à l’Orient ; Titnothee eut le Midi; Léo ch ans , le Couchant; & Briaxis, le Septentrion. Artemife , qui n’a voit régné que deux ans après Maufole , & qui ne pouvoit fè confoler de fa perte, quoiqu’elle put faire pour l’adoucir , mourut de trifteffe ; & n’eut pas la joie de voir dans fa derniere perfection , ce fuperbe ouvrage , qu’ils ne laiflerent pas de continuer , prévoyans a liv. |Q t Chapitre j. • N iiij 1} é Hifioire du Monde . Liv* VIÏL bien que par leur travail , ils rendroient tousqea* tre leur gloire immortelle. Un cinquième vint Jour y prendre part ; & lur une pyramide de meme hauteur que le bas du Maufolée , êc qui par vingt degrés alloit toujours en diminuant jufques au fommet , Pytis y pofa un char de marbre , atelè à quatre chevaux , qui joint au refte , lui dbnnoit de hauteur , cent quarante pieds. Cette derniere particularité a été fufpe&e à Dalécbamp. Car fupofe que le bas ait eu de hauteur , tiente- fept pieds & demi ; que la Pyramide en ait eu autant , le double de trcnte-lept pieds & demi , fera de foixante & quinze. Si on les ôte de cent Qua- rante qu r avoit de hauteur tout le Tombeau , il en reftera foixante-cinq pour le char de marbre , & pour les vingt degrés pofés a la bafe ce la Pyra- mide. a lin y a pas beaucoup d’aparence conclud-il, qu en leur ait donnée tant de hauteur j. & j a ën laifTe. la dédfion aux Archite&es. Cicéron, Valére Ma- xime , & Gel-lins , ont parlé dignement de es Tombeau qui fut admiré de tout le monde , à la relervc d Anaxagore de Clazomene , aujourd’hui €îfirie x qui pour condanner , à mon avis , tous les ouvrages de cette nature , fans avoir égard à celui* ci en particulier, dit froidement quand il le vid , Voila bien de l'argent converti en pierres ; & peut- etre que mon explication ne déplaira pas à ceux qui voudront examiner le palïagc de Diogène Laërtien. Mais on peut bien exculer la mauvai/e humeur d’un Fhilofophe qui étoit rarement de l’opinion des autres hommes : qui foutenoit que l’eau étant noire , la nëge qui ét oit de l’eau , dé- çoit etre noire ; Qui a pris le Ciel pour une voûte a On peut voir Claude Guichard dans fon fine des lier ailles , à la page *7$* Ch AP. IV. Du Jupiter et Qlympit. zfp de pierre qui roule toujours -, la Lune pour une pièce de terre enflammée ; & le Soleil qui eft dà- yiron quatre cent trente quatre fois plus grand que la Terre , pour une lame d'acier ardent , de ta grandeur du Péloponefe. a Saint Augufrin dit que les Athéniens le firent mourir , parce qu'il mou que le Soleil fût animé ; & qu'il foûtenoit ^ue c c n’étoit autre chofê qu'une pierre ardente. CHAPITRE IV. Du Jupiter d’Olympit. L E mot , Olympie^ m'engageroît un pete trop avant , fi dans ce Chapitre, je m'arrétois au premier Auteur ,aux efpeces , aux ceremonies $ & aux prix des Jeux qui ctoient célébré z en ce païs-la. Outre que les anciens Grecs en ont parlé > Charles Pafchal a recueilli des uns & des autres > tout ce qu’il a pu fur cette matière ,dan$ fon Livré ! Des Couronnes : ôc l’on pourra voir Erafme Sclimid dans fes Commentaires fur Pindare. Ceux qui | n’entendent ni le Grec , ni le Latin, trouveront une partie de ces chofes dans les Auteurs que l’on a traduits : & Vigenêre -s’en eft expliqué dans fes j Remarques fur les tableaux de P rotèfilas & à’Ar* richionàc Philoftrate. Ces jeux , que l’on nommoit Olympiques , parce qu'on les celebr oit prés de Pife ou Olympia 4 main- tenant L anganico , dans la Plaine qui elt entre cet- te ville & la rivieie d’Alphée , donnèrent le nem aux Olympiades dont chacune contenoit quatre ans N v a Liy* i8, de la Cité de Di«tn 298 Ilifioire du Monde Lrv. Vlfl> entiers : & c’eft par elles que eomptoient les GrecSS Cette maniéré de fupputer dura jufqu’au tems daf Conftantïn ; & Ton ordonna que Ton compteroiî , àTavenir par Indittions : & le mot indtftion , qui eft une révolution de quinze années , eft venu peut- être , d’un certain tribut , qui tous les quinze ans , de voit être payé aux Empereurs. On commença , félon quelques-uns ,• à compter ainfi , du vingt- quatrième de Septembre , apres la viéloire que Çonftantm gagna fur Maxenee fan trois cens douziémede nôtre Salut. Le Temple à' Olympe étoit fitué dans le terri- toire d 'Olympe ville à'Ekde • & il y avoir au de- vant du Temple , un bois d’oliviers fauvages. Il devint fameux par les Oracles de Jupiter ; depuis par les jeux qu’dn y ceîebroit en l’honneur du mê- me Dieu , 8c par les offrandes dont l’on prit à tâ- che de l’enrichir. Outre une infinité de rares ta- bleaux , il y avoit une ftatue d’or mafîif , donnée par Cyfifele Roi de Corinthe : & cependant il eft affuré que l’ouvrage de Fhidias Athénien fils de Charmin , y fît plus de bruit que tout cet or , que tous ces tableaux , & tous ces Oracles. Mais il fane entendre Paufianias fur cet article. Ceux d’Eiide confacrerent un Temple fuperbe a Jur iter ,& lui firent élever une ftatue , des dé- pouilles qu’ils avoient gagnées fur ceux de Pile, de fur leurs voifins qu’ils avoient vaincus. On peut juger par l’infcription , qu’il étoit de Phidias. Le Temple bâti d’une pierre dure , prife fur le lieu , 8c tout environné de colonnes, eft haut de foixante pieds jufques à la voûte ; en a de largeur , quatre- vingt quinze ; deux cens trente de longueur : 8c l’Ordonnance Dorique y a été obfervée par Libon. Il étoit couvert de pièces de marbre , taillées en forme de tuiles : & l'on attribue cet artifice , iByzas Chap-.IV. Du Jupiter d Olympie. 199 qui étoit d! Nase, & qui vivoi: du rems d’Ha- lyatte Roi de Lydie , & de Cyuxure Roi des Me- des. On avoit mis un vaifleau dore a chaque coin de la couverture ; au milieu du fommet , une Victo,. re qui étoit dorée , avec un bouclier au deffous , dans lequel on avoit reprefente une tetc de Medufe en boffe ; & au deffus des Colonnes dans la partie- extérieure , vingt autres boucliers , dediez par Lucius Mumm us Conlul Romain qui pilla Co- rinthe. Paufanias , après avoir décrit fort exacte- ment tout ce qui étoit au dehors du Temple , ajoute ceci pour la ftatuë. On void le Dieu alîîs dans un throne ; & l’un & l’autre font d’01 & d’ivoire. Il porte fur la tête, une couronne qui femble être de branches d’olivier; dans la main droite , une Victoire d’ivoire avec une couronne fur fa coeffure qui eft toute d’or ; dans fa main gauche , un feeptre fait de l’aliage de tous les métaux , qu’on ne laille pourtant pas de diftinguer ; & fur fon feeptre , on a mis un aigle. La chauffure de Jupiter eft toute d’or ; & fur fa dra- perie , qui en eft encore , il y a des animaux en fore grand nombre , & des fleurs de Lis. Le Thioni eft tout enrichi d’ivoire > d’ebene , d or , & de pierreries ; d’autres animaux , de plufieurs figures en bas relief : & l’on void à chaque pied de ce throne , quatre Vidcltes , & deux autres fur la plante de chaque pied de la ftatuë. A 1 un & al au- tre des pieds du devant du throne , on a mis des Sphynx qui enlevent de jeunes Thebains ; & les enfans de Niobé , qu’ Apollon & Diane tuent a coups de fléchés. Entre les pieds de ce throne , il y a quatre lignes d’un pied a l’autre ; & fur celles de devant , on y avoit pofé huit figures ; mais il en fnanque une fans que l’on fçache de quelle ma- niéré elle s’eft perdue. Elles pouvoient reprefenter 30© Hijioire du Monde t iv . Vllf. quelques anciens combats d'hommes , parce qtfg du te ms de Phidias , les enfans n’avoient point accoutume decombattrc : & celle qui a la tête liée d’une bandelette , avoit beaucoup d’air , à ce que I on dit ,,de ce Pantarces d’Elide 3 qui étoit aimé de Phidias , & qui dans la quatre-vingt-fixiéme Olympiade , avoit remporté le prix & la gloire de la Lute. Sur les autres lignes , on void Théfèe, avec ceux qui accompagnèrent Hercule, pour aller- combattis les Amazones ; & tout ce nombre fe trouve réduit à vingt-neuf figures. Entre les pieds dont le thione eft foutenu , on a mis encore des colonnes de la grandeur de ces pieds : & pour em- pêcher que l’on n’entrât fous le thrône , on l’a fer- xné d’une baludrade, Ge qui eff à l’oppofite des portes du Temple 3 e& peint de bleu ; & le refie eft enrichi de tableaux de la main de P an&nus , parmi Xefquels on void un Atblas qui porte le Ciel ; prés de lui , Hercule qui demande i le io&lager de ce- fardeau ; Théfée , & Pyrithoas $ la Grèce * Sala- mine qui tient dans la main les ornemens que l’on a coutume de mettre fur le haut des navires. Entre les principaux combats d’HereuU , on void celui du 'him de N «Wr ; le dernier outrage que pouvoir faire Ajax a Caflandre j Hippodnmie fille d’Oeno- maus avec fa mere ; Hercule qui regarde Promethée dansles chaînes ; Penthéfilée mourante que fou tient Athifie ; 8c les Hefpérides avec leurs pommes. Au plus haut du Throne , Phidias a mis d’un côté , les Grâces - y de l’autre les Heures, parce que les unes & les autres font Elles de lupiter , félon les Poètes. Sur le marche-pied ou l’on a pofé des Zi&ns d’or , ©n void encore le combat des Amazones & de Tkefée ; fur la bafè 3 des figures d’or ; le Soleil montant fur fon char ; Jupiter \ ]mov , les Grâces r Mercure ,Vefia > Venus qui reçoit Y Amour quand • ^ Cn&v. IV. Du Jupiter d’Olympti. fét ellc'f^rt de la mer , & qui eft couronnée par la Perf vafîm-. v O u tre ces figures , on y trouve celles à* Apol/on , de Diane , de Minerve , à’ Hercule , & fur le bord de la même baie , Amfhithrite , Neptune , & la que Ton a reprefentee fur un cheval. Pour travailler a cette ftatue qui paffa pour le- dernier chef-d’œuvre de l’Art , Phidias le voulut fervir de Colotes fon difciple , & de P ananas qui » ffcîon Pline & Paufanias yétoit fon frere , ou fom coufin , fi l’on aime mieux en croire Strabon. Le peuple ne lui fut pas inutile , félon Lucien, parce qu’il expofolt a la veuede tout le monde , fon ou- vrage, en fe cachant , pour écouter le jugement que l’on en fai foi t, & qu’enfuite , il corrigeoit ce que J’ on a voit eu raifon d’y reprendre. Cicéron ne fê- roit peut-être pas demeuré d’accord de cette der~ niere particularité , puis qu’il dit , en parlant de Hortenfius , à l’egard de fon efprit , Qge comme fiatu'ê de Phidias , il fut admiré au fi -tôt que vù. Bans la peur même qu’il eut , que le tems ne la corrompit , il y fit ver fer de l’huile aux pieds : 8c irleft remarqué dans le quinziéme Livre de Pline , qu’elle empêche l’ivoire de pourir : 8c que le dedans d’un Saturne d’ivoire qui étoit à Rome , en était I rempli. Dion , Suetone , 8c Jolèph , témoignent ! que C aligula voulut faire enlever ce Jupiter : 8c- f’on peut voir ces Hifioricns fur prodiges 8c fur les rai ions qui le détournèrent de cette entre- | pri lé. Quoi qu’il ait été l’admiration de tous les anciens , Strabon y a remarqué un grand defaut r | en ce qui regarde la proportion , parce qu’il étoit ! d’une grandeur fi prodigieufe , quoi qu’il fut affisj, qu’il n’eut pâ être debout fans percer la voûte r | Qiu’il étoit condamné par cette railon , a la neceflîté | d’être toujours dans la pofture ou on l’avoit mis t & l’on pouvoit dire ^ ou que le Dieu n’avoit-poin^ %6i Tdiftoire du Monde Lit. VIIL été fait pour le Temple , ou que le Temple n’a voit point été fait pour le Dieu. Mais on verra dans Suidas , qui en a fait une Alegorie , & qui s'éloi- gne un peu de Paufanias : Qu’il eft ajfis , pour montrer que fon pouvoir étoit affermi : Qu’il étoit nü depuis le haut jufqu’à la ceinture , parce que les intelligences le peuvent connoître ; Qu’on lui a couvert le relie du corps , parce que ceux qui n’é- lèvent point leurs penfées au delfus des chofes de la Terre , ne peuvent jamais le concevoir : Qu’il te- noit un feeptre dans la main gauche ,pour témoi- gner fon autorité : Que dans la droite il avoit un Aigle , parce qu’il efl au deiTu s des efprits celelles , ce qu’eîl cet oifeau au delfus des autres. On apprend encore de Paufanias , que dans ce Temple , il y avoit plufieurs Autels confacrez ; un, entre les autres , a Jupiter ; un autre , allez pro- che, Aux Dieux Inconnus. On pourroit , peut- être , demander , fi cette derniere dédicacé étoit comme celle dont parle Paint Paul dans les A&es des Apôtres : a Aiant regardé en pafïfint >les ftatuès de vos Dieux , j* ai trouvé même un Autel , fur le- quel il efl écrit, au Dieu Inconnu. C’efi donc ce Dieu que vous adore^fans le connoiftre , que je vous annonce. Saint Jerome , dans fes Commentaires, fur le premier Chapitre de TEpître à Tite , va un peu trop vite , quand il alfûie que l’infcription fur l’Autel , n’étou pas de la maniéré que ledit Paint Paul , Au Dieu Inconnu , mais Aux Dieux de l’Asie, De l’Europe, Et de l’Afrique: Aux Dieux Inconnus , et e’trangers. Cependant , il n’ell pas croyable que Paint Paul ait changé l’infcription , pour l’accommoder à Jesus-Christ s’il Peut fait, fon témoignage Chap, 7, v. 2.5, CnAPoîV. B H Jupiter JQîympïé. j'éf fur îes autres chofes qu’il prechoit aux Athéniens/ £ut été fufpeél , puis qu’ils fça voient & qu ils pou- voient lire , que ce n’étoit pas Au Dieu Inconnu/ mais , Aux Dieux Inconnus , que cet Autel etoiE dédié. Theophila&e dans Tes Commentaires > dit/ que fur un Autel, on avôit écrit, AUX Dieux de l’Asie , de l’Europe , et de l’Afri<*ue : Sc fur un autre Autel , Au Dieu Inconnu et i’tranger. Tout homme qui fçaura l’ Antiquité, accordera fans beaucoup de peine , ce que dit faint Paul ,& ce que faint Jerome & Theophila&e ont remarqué fur ces inferiptions differentes. En effet, il eff aifé de juftiher par plufieurs paffages ,-qutf dans Athènes ? dans l’ Attique , dans Olympie, Bc ailleurs , il y avoit des inferiptions diveiles lur les Autels. Comme la Religion des Paiens etoit chancelante ; & qu’ils n’etoient point fermes dans ce qu’ils cr oy oient , iis a voient des Autels confa- crez à Jupiter ? aux Dieux Domcftiojues , aux Dieux Etrangers , Bc au Dieu Anonyme , qui eft propre- ment leur Dieu Inconnu . Pour peu que Ion ait de fens commun , on conviendra, fi je ne me trompe , que ces peuples pouvoient nommer Inconnu , le Dieu dont ils ne connoiffoient pas encore le nom» A Rome , ces inferiptions fur les Autels , An Dieu Inconnu , n*étoient pas rares : & a Bor- deaux , il y en avoit beaucoup de femblables que faint Martial changea , pour y faire mettre le a osa du vrai Dieu. ÏJifioire dn Monde > Liv. VIÏL §3 SS SSSSSSS56SSSSSS3SSSS6SS5-.SSSS cha.pitre y. Des Murailles & dés Jardins de Babjlone 0 S 'il cft rrai que Paneienne Semiramis a fondé la ville de Babylone , comme les Hiftoriens Pro- fanes l’ont écrit ; pour les accorder avec l’Ecriture Sainte , il faut fuppofèr néceflairement que cette Reine la fît rebâtir apres qu’elle eut été ruinée dans les premières guerres de ceux de Chaldée & d’ AfTy- rie. J’ai dit > L y ancienne S émir amis , parce qu’il y eh a eu plufieurs de ce nom ; ce que j’ai déjà re- marqué ailleurs , quoique fur Eufebe , Scaliger eu ait feulement reconnu deux : & comme" ce nom a été commun â quelques Reines r on a tellement confondu leurs aélions , que la plupart ont attri^ bue â une feule , la fondation de Babylone , & l’in- vention des jardins 5 qui félon Bérofe dans Joleph , eft due à la derniere Semiramis , femme de Nabu- cbodonofor • Il n’efl pas même trop affuré , que Ba- fcylone doit fa fondation à Semiramis femme- de JS inus , quelque témoignage qu’en rendent les Grecs : & quand on veut s’inffruire de la vérité * ce n’efl pas toujours dans leurs Ecrits qu’il la taut chercher. Je me contente de dire en pafTanr , que l’ancienne Semiramis , fut adorée fous le nom d’A STAR TE , A STOUT H , A S T A- roth, ou Venus , fdon Chriftoie Adam Rupert: & voici les conformiez qu’il trouve en- tr’elles. Semiramis naquit, & fut expofée fur le bord d’un lac , ou famere s’étoit noyée de defefpoir : & c’eftcequia fait dire aux Poètes , que Venus étoit née de l’écume de la mer. La première fut nourie C h . V. Des mu? aille s & desjardlns^&c, Jey par des figeons qui' lui furent confacrez après la mort : & ces oifeaux qui Font été depuis , à Venus fervent encore- à tirer fon char. Semiramis y fit élever les jardins merveilleux de Babylone : & Venus y eft piife pour la Deejfe Tutélaire des jardins* La Reine qui fut, a ce que Ton dit , extraordinai- icment voluptueufe , eut même de la pafiion pour un cheval ; & chacun lcaitàquels plaifirs prefide Venus , & quelle fut (a galanterie avec le Dieu Mars a qui le cheval eR consacré. a Macrobe re- marque qu’en Cypre , on avoir reprefentc cette Dedie avec de la barbe , avec une taille d 3 hommc T avec un habit de femme, & avec un feeptre ; & l’on ; peut voir dans le même endroit , que fur un Vers r | cité de Virgile , quelqu’un prétend que l’on y doit lire le Dieu Venus , pour la Deepe Venus; Ô€ | qu’un autre doute de fon iexe. Juftin en a été l’in- ! terprete fans y penfer , quand il a dit , qu’aprés la mort de N mus , Semirarms n’ofa confier l’Etat j à fon fils qui n’étoit pas en âge de le gouverner r ni en prendre la conduite ouvertement > parce que' fes peuples , & les plus confiderables du Royaume , | eufient eu honte de le voir fournis aux loix d’une: femme : Qu’aprés avoir pris un habit d’homme , & fait croire: qu’elle était le* fils de Nims , elle fa para du Diadème. La ville de B a byeone , fimée dans une plaine ,, étoit de forme quarrée , avoit de chaque côté qua- torze mille pas , ou fix- vingt Rades , félon Héro- dote , Apollonius , & Pline ; par conlèquent , qua- tre cens quatre-vingt Rades , ou quinze grandes- a Macrobe tiv. des «Satura. Servius. furie 6^1. vers du? x. Livre de l'Eneidc , Defcendo , ac duc ente De* fidnmant inter éthaftes, expedior »,pour Ducente Dea , qui eft Venus»* Vid. Seldeaus Syntag.' 2. cap. 1, ©e Diis Syris i ÔC ad éenura* M, Aüdr«as Beycws r |oô Hîftoîre du Mende. Lïv. Vîïï. lieues dans Ton enceinte. Elle n’eut que quatre cens foi Xante & dix ftades félon Orofé ; que qua- tre cens , félon Dion Chryfoftome qui dit , que fon tour étoit deux fois plus grand que celui d’A- thenes ; que trois cens quatre-vingt-cinq , fi le compte de Clitarque eft jufte. Philon de Byzance ne lui en donne pas davantage : & une ville d’onze lieues de tour doit être fôrt grande. La terre tirée des foffez profonds , larges , tou- jours remplis d’eau , qui Penvironnoient , avoit été cuite dans des fours ; 8c par le feu , on en avoit fait une brique dure à laquelle on avoit joint quel- ques lits de jonc pour le bâtiment de fes murailles. Au lieu de mortier , on s’étoit fervi d’un certain bitume que la rivière d ’/j qui reçoit l’Eufrate , en- traîne ordinairement avec fes eaux , félon Héro- dote ; ôïi que la chaleur du Soleil, félon Juftin , fait forcir de terre à gros bouillons , encepaïs-là. Xiphilin dit , que ce bitume fut tiré d’un lac , 8c qu’étant broyé avec la tuile, ou mêlé avec de pe- tites pierres * il a la dureté du marbre 8c du fer. îî eft remarqué dans les vdiages de Vincent le Blanc , que la. Tour de Babel, félon quelques-uns, étoit à deux lieues de Babylone , dans une plaine; qu’elle avoit de tour , environ trois mille pas ; & qu’on en voit aujourd’hui quelques veftiges fur une montagne affez remarquable par des ruines. Un marchand qui avoit été en ce pais- là , conti- nue ce Voyageur , me dit que ce bâtiment avoir été fait d’une terre cuite avec un ciment li fort , qu’il n’en put jamais lever une piece : Que fur une cou- che de cette terre , il y en avoit une autre ; & une troifiéme de cannes treffées comme de la natte fans s’être pourie , 8c admirablement bien accom- modée avec ce ciment. Il ajouta , qu’il avoit paffé & ke de bitume qui fort d’un grand précipice : Que Ch. V. Des murailles & des Jardins, &c. yof l’on en trafique de tous cotez : Et que la ville de Nmive & les murailles de Babylono en avoir ete bâties. Ces peuples s’en fervent auffi pour fe chauf- fer , comme les Hollandois fe fervent de tombe , Sc pour faire», même- des flambeaux. Ce lac de poix y cft entre Babylone & une autre ville appellee ©11 eftla fource de ce bitume qui fort d r un rocher par beaucoup d’endroits , dans une quantité pro- digieufe. De-là , ces fources coulent dans ce lac qu’elles font ; & les habitans des lieux mariti- mes en vont prendre , pour accommoder leurs na- vires. G’efl la naphte &• le bitume , dont les^ An- ciens ont tant parlé , & dont l’on fe fervoit dans ! les bâti msn s , comme- on s’en fert encore aujour- d’hui dans les pais chauds. . Ses murailles avoient trente-deux pieds d’epaii- j feur , félon Strabon & Quinte-Curce ; & cinquan- te même félon Pline qui ajoute que le pied de Bâ— bylone étoit de trois doigts plus grand que le pied’ | Romaim Hérodote leur donne cinquante coudees* de Roi , d’épaiffeur : & il eft , dit-il , â remarquer que la coudée de Roi eft plus grande detrois pouces, i que l’ordinaire. La hauteur étoit de trois cens cou- dées , félon le même ; de cinquante Orgjes , ou trois cens pieds , û l’on s’èn rapporte a Cteùas ; de I deux cens pieds , comme l’ont écrit Pline , Solin , 1 & Strabon : & quoique l’on y eut élevé deux cens cinquante tours , félon Diodore , qui etoient hau- j tes de cinquante coudées , ce que dit Strabon ^ le premier témoigne qu’un plus grand nombre n eut feuvi de rien , parce qu’au dehors r il y a voit des I marèts en plusieurs endroits , que la Nature de- ! ce côté-là , fembloit avoir affez bien pourvu a fa dcffcnce. Gent portes d’airain furent attachées a î eès murailles fur lefquelles deux chariots à quatre S chevaux de front jou fix même 3 félon quelques.^ j&8 H tfloire du Mende. Lit. VI II. uns , pouvoient paffer , ce qui me paroit plus vrai* femblable : & deux millions d’hommes furent em- ploies à cet ouvrage qui fut achevé en une année. Sur ce que rapporte Quinte-Curce après quelques* «ns , que le tour de Babyîone étoit de trois cens foixante huit ftades ; & que les Ouvriers en avoient fait une par jour , Leon Ailassi dit , qu’il y a une faute dans cet Auteur , 6c que l’on doit mettté trois cens foixante-fix ftades ? afin que k compté fe trouve jufte. Mais Clitarque, comme je l’ai déjà remarqué , n’y en a mis que trois cens foixante- cmq , par cette raifon ; ce que l’on peut voir dans Diodore. L’Eufrate pafîoit au travers de deux beaux quais, au milieu de la ville qui n’étoit bâtie } félon Quinte- Curce , que dans l’efpace de quatre-vingt-dix flades qui faifoient prefque trois grandes lieues. Les maxfons élevées de trois ou de quatre étages , éloi- gnées des murailles dont j’ai parlé , à peu-prés de la largeur d’un arpent , ne tenoient point les unes aux autres ,■ ce qu’on a voit fait , pour éviter le danger du feu : 6c au bout des quatres rues , 6c de quelques autres de rraverfe , il y avoit de petites portes d’airain , ou de fonte , dans la muraille qui faifoit le quai de cette riviere. On i’avoit bâtie pour réfifterauxdébordemens 6c à l’impetuofité de l’eau: êc il y en avoit une autre en dedans , qui pour n’a- voir pas la même épaifTeur , n’étoit- pas moins forte. Outre ces précautions que l’on avoit eues , on avoit fait de grandes cavernes , 6c ereufé un lac prés de Sippara , qui étoit profond de trente pieds , afin d’y faire écouler ce fleuve qui autrement n’eut pas manqué d’inonder là terre dont l’on avoit rc- haufle fes bords , 6c de monter jufques au toit des maifons , s’il fut venu â fe déborder. Ce cjui n’é- toit point bâti dans la ville ; étoit laboure ; 6c on Cu. V. D esmHraiües & des Jardins ,&c a jef le femoit pour fe nourrir de ce que pouvoit rap- porter ce tonds , il cette ville étoit afftegée. Gn en avoit joint les deux cotez par un pont de pierre fur PEufrare , long de fix cens vingt-cinq pieds , large feait^ue par un jufte jugement de Dieu , il perdit a Jefeph contre A pion ]Liv. i* l H i fl o Ire du Monde, Liv. VII L l’elprit jufques à s’imaginer qu'il étoit béte,&a mander 1* herbe qu'il pouvoir trouver à la campa- gne. & On fe fouviendra que Phul-Ajfar que Mé- oafthene nomme PhuP lel-och , eft le Peins d’Hero- dote , félon quelques-uns : Que TigUth-Phnl~ jijfar , fon fils , cft B tins Deuxréroe , furnomme fsîiNUS qui fut mari de Simiramis ; & que Nitacnr foeur à' A fty&ge & fille de CjAxare , étoit femme de iïUbuchodonofor ; fi , comme veulent quelques Au- teurs , elle n'en a point été la Belle-mere. C’eft fur ce principe que Georges Hervvart allure en quatre endroits de fa nouvelle Chronologie , que PhuU Pelach eft l’ancien Peins ; que TigUth-Phtil-A{far t cft N inus fon fils ; quils n’ont régné qu’aprés Sefoch ou Sefofiris Roi d’Egypte : & il y a un paf- fa^e de Caftor de Rhode , cité fur Eufebe , par Scaliger , ou ileft dit v que ce ne fut qu’aprés Sur- danupule , que N inus régna en Afïyrie. Comme il y a eu plus d’une Semtramis , u y a e» aufll plus d’un B élus : & quelques-uns comptent dans la généalogie de Didon , Jupiter , Epaphus , Belus l’ancien , Agenor\ Phoenix , Belus le jeune , autrement Métrés qui étoit pere de cette Reine. Sanchoniaton a mis Belus entre les enfans de Saturne , qui eft luftter , a ce qu’il dit : &r l’on pourra voir dans Diodore, (\vCOferts vou- lant faire plufieurs Colonies , conduifit en Baby- lonie , Belus fils de Libye & de Neptune , qui s'éta- blit prés de l’Eufrate : & le Jupiter Belus, félon Dion , étoit adoré dans la ville à'Apamée en Syrie. Je pourrois montrer qu’il y en eut d’autres , fuppo- fé pourtant que les Orientaux n’ayent point rendu fous ce même nom, leur culte au Soleil , & m e- tendre fur le El des Affyriens , fur le Htt des Phéniciens, & fur le H al des Carthaginois. Mais ie me contente de dire ici qu’au milieu de Babylorx, * on lui Ch. V . Des murailles & des Jardins, &c, m on lui avoit élevé tm Temple de forme quarrée > long & large de deux cens cinquante pas, dont- l’on avoit lait les portes de fonte. La ftatue de ce Jupiter , le Trône , le marche-pied , la table , St les vaiffeaux étoient d’or : & cet ouvrage étoit dtimé huit .cens talens par les Chaldéens qui té- moignèrent même à Hérodote , qu’il y avoit en- core une ftatued’or , de la hauteur de douze cou- dées. Il eft parlé de ce Temple dans Diodore ; 3c fa UK Jerome a fur Ifaïe 3c fur Ozée , dit que Semiramis , après la défaite de Zoroœftre , mit £ élus fou pere entre les Dieux. Quoi qu’il en foit , dans tous les Livres de l'Antiquité profane je n'ai rien trouvé de plus admirable que Babylone : & il ne faut que voir fes murailles , fa Citadelle , lès quais , fon pont , fes maifons , fes jardins , fes Palais , fes Temples , pour tomber d’accord que la vie d’un Roi , ou* d’une Reine , quand les tre~ fors en euffent été inépuifables , n’a pu fufRre a tous ces ouvrages. Elle fut accrue , embellie , 3c fortifiée par Semirœtnis , ou par Nitocris , fi on le veut ; par N abuchsdonofor & par quelques autres* après avoir été fondée par N imbrod : & dans le tour prodigieux qu’avoît. cette ville , il n’y a pag «le guoi s’étonner qu’Ariftote lui «lit donné le nom de Province. n Sur le quatrième Chapitre d’ilaie , 5c dans le prsmiet Livre fur Ozée# © Tom* I V* 314 Hifiolre du Monde Liy. VIII. chapitre VI. JD u Temple de j Diane d* Epheje. L T o n 1 e j la plus célébré contrée de l’Afie Mineure, s'étendait entre l’E’olie , la Ca- rie , & la mer E’gée. Elle avoir l’E'oIie, au Nord ; la Mer E’gée, au Couchant ; la Méditeranée , au Sud ; la Lydie, à l’Orient. Aujourd’huy ,elle ale nom de Quipcon & de Sarkan : Et quelques-uns croyent qu’elle eut celui d’Ionie de Javan troi- fiéme Ms de )aphetb , qui l’habita. D’autres le font venir de lonsi qui fignifie un pigeon ; parce que cet oifeau fut premièrement porté' de la Grece dans la Paleftine : & l’ancienne Grece étoit nommée par les Hebreux , Ions • c’eft-à-dire , Ionie. C’eft dans cette Région qu’étoit Efhese , ou Ayou&elouc , ville maiitime 5 la patrie du Poète Hipponax , du Philofophe Démocrite , 8c d’ Artémidore dont nous avons üx Livres des Songes , avec la maniéré de les expliquer. A l’Orient , elfe a des montagnes & des rochers , entre iefqucls le Cayfire prend Ton cours; au Septentrion , un marécage d’une demi-lieue ; au Midi , une continuation de collines jufques à la mer ; & au Couchant , a entre ces collines Se le marais , une belle plaine ou le Cayftre paffe Sc repaffe par une infinité d’agreables tours. Elle a eu le nom de Smyrne , de l’Amazone qui ‘ l Les Turcs nomment le Cayftre , Carafon eau noires ontebnue Mindre JÆindçfcare petit Meandre ou Meandre noir , pour fa relTemblance avec le Meandre qu’ils appellent Mindre i ou Mindre le grand Meandre* j^Châp. VI. Bu Temple de Blme^ &c. ' 315 j conquit , s’il faut en croire Paufanias : & ce ta t a même qui félon Callin , Hipponax , & Etienne “e Byzance , donna le nom de Smyrne à cette autre ville de l’Ionie , nommée auparavant N auloehos , la plus belle , félon Philoftrate , que le Soleil pou- voit éclairer. Mais ce qu’ont écrit les Hiâoriens ; Qu.’elle doit fa fondation à Tantale fils de Inftter ; aux Athéniens , ou aux Amazones , eft aulfi dou- teux que ce qu’ils ont dit à l’égard d ’Efhefe que firent bâtir les Amazones , ou Andrade fils de Codrus Roi d’ Athènes , du tems de David ; ou Andronique , l’an du inonde deux mille neuf cens dix-fept. Il n’y a pas plus de certitude pour la fondation de fon Temple , que les uns attribuent aux Ama^nes ; d’autres , à Créfus , ou â Ephefe fils dTftiée. La matière au moins nous eiieft con- nue ; & voici en peu de piots ce qu’en dit Vitru- ve. a Quand ceux d'Ephefe étoient refolus de faire apporter du marbre de l’île de Paros , de Preconefè, d’ÊIéraclée , & de Thafos ,pour bâtir ce Temple , il le trouva qu’un certain berger de ce païs-lâ , nommé Pyxodore , menant lès troupeaux à la cam- pagne ; de deux beliers qui le heurtèrent , ;î y en eut un qui ayant palTé au de-là de l’autre , donna j de ies cornes dans un rocher dont il fit fortir une croûte blanche. Ce Pafteur qui étoit déjà informé de la refolution des Ephcfiens , leur porte l’éclat j de ce rocher $ 8c quand ils l’eurent examiné, ils ! changèrent fon nom de Pyxodore , 8c lui donnèrent celui à'Evœngele ou forte-- r de bonnes nouvelles .» | 8c tirèrent du rocher qu’il leur fit voir, tout lé marbre qui pouvoir lèrvir â l’execution de leur ea- tieprife. J Au pied de la montagne qui clE à main gauche i a Liv. 10 . Chap. 7 , O ij ji 6 Htfloire du Monde , Liv. VIII. en venant de Smyrne , on bâtit ce Temple, dans un marécage , pour empêcher qu’il ne fut fujet aux ouvertures & aux tremblemens de terie. Com- me on craigi oit -que la prodigieufe quantité de pierres qu’on devoir jetter dans les fondemens , ne s’affaifâjt en un lieu qui étoit -obeïffant de fa natu- re , on ht la première couche de charbon foulé , par le confeii de Théodore de Samos , ce que Ton peut voir dans FAriftippe de Diogene Laërtien. Dans les Livres a Des Limires , il eft fou vent parlé des charbons po éz fous les termes : & faint Auguiïin admire que le charbon que l’on peut rompre du moindre coup , & mettre en pièces pour peu qu’on le p r elfe , refile au tems , de qu’il n’y ait point d’humidité qui foit capable de lepujnr. Sur ce lit de charbon 9 l’on en étendit un autre de laine ; Sc Fou trouva que les fondemens en ieroient affurez par ce moyen Le Temple avoit deux ailes de chaque côte ; deux rangs de colonnes tout au tour 5 & huit de front. La grandeur de l’architrave du milieu > étoit fi extraordinaire , que l’on a dit , que la Deéffe elle- même le pofa , parce que l’Archi- tecte dcfefperoit de pouvoir manier une pierre fi prodigieufe. La longueur du Temple étoit de qua- tre cens vingt-cinq pieds , fur deux cens vingt de largeur : & cent vingt-fept Rois y avoient contrit bue autant de colonnes , chacune haute de foixante pieds , parmi lefquelles il y en avoit trente- iix en- xichies d’ouvrages , & une entr’autres , du fameux Scopus. Pline dit encore , que les colonnes Doriques ont en leur hauteur , la fixiéme partie du bas de leur fut : les Ioniques , la neuvième ; les Tof canes , la feptiéme ; les Corinthiennes , la même choie ; svec cette différence que les chapiteaux de celles-ci a Liv. 5L Pe la Cit,é de Dieu, chap, if. Chà P. VI ..DüTemple de Diane ,&c. 317 on t de kauteur , ce qu’elles ont de groffeur en bas ; êt que les chapiteaux des Ionique* ont la troitieme partie de leur épaifleur. Mais il ajoute que la pre- mière invention de mettre des colonnes fur un pied d’eftal , 8c de les orner de vafes & de chapiteaux , fut pratiquée dans le Temple de Diane a T.phefe. Sur ces quatre ordres d J Architeflurc , on peut voir Vitruve qui en a feulement reconnu trois dans les trois premiers chapitres de fon quatrième Li- vre. a Ailleurs il nous a décrit les deux machines dont fe fervirenc Ctéfiphon & Metagene , pour conduire depuis la carrière jufques a Ephefe , les fûts des colonnes , & les architraves : 8c dans le troifiéme Livre , b où il eft parle de la différence des Temples , il témoigne que celui-ci a été Diptère, e’eft-à- dire que les ailes en étoient doubles de cha- que côté ; & qu’il avoir par cette raifon , huit co- lonnes aux faces de devant 8c de derrière. Pour faire les portes , on avoit choifl du bois de cyprès qui ne change point qui eft toujours luifant & poli. Pline qui dit qu’on le trempa qua- tre ans dans la cote , témoigne encore , que la fla- tuë de Jupiter dans le Capitole , étoit de ce bois ; qu’elle y avoit été confacrée l’an cinq cens cin- quante-un de la fondation de Rome : 8c il falloir qu’elle eut déjà duré deux cens foixante 8c dix-huit ans par cette raifon, Il ajoute qu’il y en avoit prés de quatre cens que fes portes qui paroiffoient neu- ves , avoient été faites : Que toute la charpenterie étoit de cedre : Que l’on mon toit jufqu’au haut par un efcalierde cep de vigne apporté de Cypre : Quhl n’elt point de bois qui fe conferve , ni qui dure plus que celui-là , 8c il en donne quelques a Liv lo. Chapitre 6. b Chapitre pr émise. O iij ijiS Hijiolrt dn Mande. Liy. VIII. Ml exemples. La flatuë de la Deeflè étoit de cedrt v fclon Vitruve ; d'or , fi l'on en veut croire Xého- ï>hon ; de haiftre > ce que l’on peut voir dans Calli- maque ; d'ivoire ou à* or me an , félon quelques au- tres : 8c il eft étrange que les Auteurs ne s'accor- dent point fur une chofe expofée a la venë de tout le monde. Elle étoit même de bois de vigne , félon Mutien : & ce Romain qui avoit été trois fois Conful , dit de plus , que Canétias qui la tailla, clioifit ce bois comme le meilleur : 'Que par de certaines ouvertures on l'arrofoit de l'huile du Nard qui monte en épy , pour le nourrir, & pour le tenir toujours plus ferré. Pline s'étonne dans ce paffage'qui eft du quarantième chapitre^ du fèizié- me Livre , que Mutien donne à Canétias , ce que les Anciens ont attribué a Mentor • car e’eft ce qu'on trouve dans la vieille édition : Ôc en effet , il avoit dit auparavant à la fin du chapitre trente- huitième du feptiéme Livre de fon Hiftoire , que le Jupiter du Capitole Ôc la Diane d'Uphefe , rendoiens témoignage de ce que Mentor valoir dans fon art. Cependant , le nom de Canétias , Conétias , ou . Cométias a embaraffé les plus fçavans , parce qu’il n’cft point d’Hiftonen qui l’ait nommé , quand il a parlé des ftatuaires. Notre Saumaife a fubftitué Démoniquéd Canétias , quoiqu’il ne foit pas trop fatisfait de fa conjecture. Thomas Reines dit que dans ce paffage de Pline , il faut lire Endoeus ou Endjus Athénien qui fut difciple du fameux Dédale ; Sc pour juger s'il a eu raifon , il faut lire seceffai rement le chapitre quatrième des Diverfes Lofons de ce Médecin Grammairien. Il eft remarqué par le même Pline, que dans cc Temple , il y avoit plufieurs ftatuës d'A marnes, qui etoient de fonte , quoique travaillées en diverse tems ; & qu'il y eut une conteftation entre les plus ■ je « ap. VI. Du Temple de Dîane,&c. 319 remarquables qui les avoient faites , parce tjue chacun croyoit que la tienne devoit etie preferee a celle de l’autre. Pour en décider ,il falut avoir des maîtres de l’Art qui jugèrent tous d’un commun accord , en faveur de Polyclete : qui donnèrent a Phidias le fécond rang ; le troifiéme , a [té filas ; le quatrième , à Cydon ; & à Phragmon , k cinquiè- me. Le même Auteur dit ailleurs , qu’il y avoit un eHécttéàe la main de M énéftrate , qui etoit d’un marbre fi vif , que ceux qui la regardaient avec trop d’application , étoient avertis de n’y arrêter pas long-tems la veuë , de peur qu’ils ne fourmi- fent de fon grand éclat. Cette Hécate , qui connon- foit admirablement les vertus des plantes , ht mou- rir , à ce que l’on dit , fon pere Ver fée Roi de cette partie de la Scythie , qui eft \u jour d hui celle de frécop ou de K rim ; ufurpa le Royaume apres^ fa mort ; facrifioit tous les Etrangers à la Diane qu’on y adoroit ; & fut mariée avec A et es frere de Perfee, -dont elle eut C treée, M édée & Aegialee. Mais dans îe fond , Hécate n’eft autre choie que la Lune dans le Ciel , Diane en terre , & Vro fer fine dans les enfers.. On peut voir Grégoire Gyraldi dans' foii Hiftoire des Dieux , & les Mythologif.es y fur ce qu’elle étoit reprefentee avec trois têtes ; 1 une, de cheval ; l’autre , de chien ; & la troifiéme , de, fan* glier , ou d'homme ( auvage. Pline a parlé de V Ale- xandre le foudre à la main , qu’avoit peint Afellè , qui avoit coûté vingt Talens d’or ;& l’on peut bien croire que dans ce Temple , il n’y avoit rien que de magnifique , ou pour le nombre , ou pour la beauté des tableaux & des Rames. Comme il étoit en finguliere vénération à toute i’Afie,un certain Démet nus qui l’avoit reprefenté en argent , & qui le vendoit aux* curieux , s’étoit enrichi a ce métier ; & l’on void dans les A été s des Apôtres, O iiij 320 Hifioire du Monde, Liy. VIII. que l’ariivéedefaint Paul a Ephefie , y fut un fmct de conltei nation pour cet orfèvre , dans la peur qu i! eut de ne plus profiter de fon travail. a Vitruve dit que Ctefiphon qui étoit de G no fie en Crete , & fon fils Metagene firent Ionique, POr- donnance de ce Temple ; qu’enfuite , Demetrius &c Yeon'tus d’Ephefe , l’acheverent ; & dans le fep- tiéme Livre , que ce C tefiphon & ce hUtagene avoient écrit un iraité du Temple. Diogene Laèr- lien & Achenée afTurent la meme chofe^de Dcrno- (rite de la même ville: & comme leurs Livres fe font perdus , on n’en peut trop regretter la perte. Mais il efl au moins ailé de juger que Ctejiphcn que d’autres nomment Archiphron 8c Cherfiiphron , en fut 1 Architecte : 8c je m’étonne que Vigenere ait écrit dans fes Obfei varions fur Y Ariane de Phi- loitrate , que Ctefiphon en eut la conduite après Cherfiiphron en avoit fait le premier deffein. Il pouvoit conclure par la même raifon , qu’il fut rétabli par cinq hommes , c’eft-à-dire , par Dino- chares , par Steficrate , par C birocrate , par Cke~ romocrate , 8c par Dinocrate , puifque ce dernier eft nommé diverfèment par les Auteurs. C’eft le même qui fit le pian d * Alexandrie en Egypte, 8c qui rétablit le Temple d’Ephefe fnr le modèle de Ctefiphon , quand il fut brûlé par H er o/ir a te. Ce Temple achevé en deux cens vin^t-ans , aux dépens communs de toute l’Afie, fut malheureu- lement ruiné fèpt fois autant de fois , il fut rétabli. Xerxes le plus opiniâtre ennemi des Grecs , qui avoit mis leurs Temples en feu , eut quelque refpect pour celui-ci : 8c les Amazones qui en avoient jette les fondemens , félon Pindare qui s’eft fort trompé , furent plus cruelles que ce Roi de a I>ansLi Préfacé du Livre. 7 . Cha£. VI, Dh Temple de Didne>&c. perfe. Il lut embrazé le même jour que Ton Et boire à Socrate , du pcrifon , c’eit-à-dire , 1 an du monde trois mille cinq cens foixante & douze , fous le Régné d ’Artaxerxes de grande mémoire; quatre cens ans avant la Naiffance de J e s u Sr? Christ, L’an trois mille fix cens feize , dans la cent frxiéme Olympiade , la meme nuit que naquit Alexandre hls de Philippe , il fut mis en cendre : & Timée l’Hiftorien, ou Bégéfias ,dit Qu'il nefalloit pas s'en étonner , puifque la DeeJJe était abj ente , & quelle Je trouvât alors occupes a V accouchement d’ Olympia * • Mais les devins qui fè rencontrèrent dans cette ville , publièrent: Qu u?% flambeau qui s' allumoit cette meme nuit , deyoit un jour emb/az,er toute l'Ajie : & ce qu’ils prédirent fut juftifié par les guerres 'èc par les conquêtes d 'Alexandre. Ce qu’il y a de plus furprenant , eft que celui qui brûla ce Temple , y mit le feu pour s’immortalifer parce coup étrange : & dans la torture, il eonfeffa lui-même le crime qui lui avoit été infpiré par fon ambition facrilege. Les Ephe- fiens tâchèrent d’empêcher par un Arrêt folennel > que l’on ne parlât jamais d’un il méchant hom- me : & la mémoire en eut été abolie éternelle- ment , fi Théopompe , comme l’a remarqué Vaïere* Maxime * ne nous eut apris dans fon Hifloire , cu’H eroflrate étoit le nom de l’incendiaire. Mais Kéfychius le nomme L ygdamts , en quelque en- droit. Ils entreprirent de le rétablir avec tout le foin imaginable , & en confièrent à D inochares > dont j’ai parlé , toute la conduite. Les femmes y contribuèrent de leurs ornemens & de leurs richef- fes : & Alexandre s’offrit de fournir aux Ephefiens tout ce qu’il faudroit pour lui rendre fon premier éclat , s’ils lui permettoient de mettre fon nom dans l’infcription du Temple. Ils le refuferent; O v 512. Hijloire du Monde. Li v. VHt, & quelqu’un d’eux dit à peu-prés , §}u’îl n'éfoit? fat de l/i bienfeance , que les Divinité \ fe dediaJJenP quelque chofe entr elles : ce qui prouve bien qu’il ne fit cet offre , qu’aprés fes victoires en Afie, oii il vouloit paffer pour un Dieu. Noue Saumaife ajoute à cette remarque celle d’Elien ; quarrée; & fon élévation , à la prendre en ligne perpendiculaire étoit de trois cens dix- fept coudées. Chaque côté en avoit quatre cens foixante : & èlle étoit faite de telle maniéré par Fartifîce de l’ouvrier , que ni les vents , ni les trem- feîemens de terre ne lui pou voient nuire. On dit que fes portes font fous des canaux dont chacun eftlong de vingt coudées ; que par chaque porte , ©nentre dans fept apartemens qui ont kurs noms Chap. Vil. Des Pyramides d'Egypte. 315 de ceux des Pianetes. Dans chacun , il y a une Idole d’or • & une entr’autres ? qui porte un Livre lur fon front , la main fur la bouche , qu’elle ouvre dés le moment que l’on s’en approche .dans la- quelle on a trouvé une clef qui étoit attacheeaune chaîne. Ceux de Sabée croyent qu’Jgitthemon qui eft Se t h , fut enfeveli dans l’une de ces Pyramides ; dans l’autre Unnm : & è’eft à peu-prés ce qu en rapporte le Pere Kircher qui compte les coudees d’Egypte pour deux pieds. Mais il n’en faut pas suffi davantage pour faire connoître que la Rela- tion n’ell pas Hiftorique , fi la vente eft le premier objet de l’Hiftoire: 8c je veux paffer toutes les aunes Pyramides pour venir à celles dont quelques Grecs, & quelques Latins nous ont lai fie la delcription. Hérodote dit que Che’opes donna de l’occupa- tion a tous fes fujets , en leur faifant creufer la montagne d’Arabie ; traîner de-la jufqu au Nil , toute la pierre qu’ils en tircroient ; & en ordon- nant aux autres , quand cette pierre ferott portée de l’autre côté de la rivière , de la conduire julqu a la montagne de Lybie. Cent mille hommes furent employez à cet exercice , & tous changez de trots en trois mois. Le peuple qui fouffiit de ce travai , dix années entières , n’eut pas le tems de le repoler j parce qu’il falut dix autres années pour le batiment ! de la Pyramide dont C hcopes s’êtoit propole de venir à bout. Les pierres qui avoient au moins , la longueur de trente pas , en étoient taillées , & join- ! tes enfemble admirablement : & l’on y avoit grave divers Hiéroglyphes. On y voyou* même ce que j les ouvriers avoient dêpenfe en ail , en oignons , î en raves ; ce qui montoit à feize cens Talens ou neuf cens foixante mille écus. Pline a enchéri fur | les cent mille hommes d’Herodote , parce qu il en acompte jufqu’à trois cens foixante-frx mille , Sr O vj H iftolré du Monde. Liv. VIII. tait encore monter la depenle en ail, en raves , Sc en oignons , à dix- huit cens Talens cui' font un million & quatre-vingt mille écus de nôtiemonoie. Hérodote ajoute que C heopes n’ayant plus d’ar- gent , fut réduit a prollituer la. fille dans une mai- fon , pour en tirer tout ce qu’il pourroit. La Prin- celie ne fe contenta pas d’executer l’ordre de fon peie ; mais ayant prié tous ceux generalement qui l’allerent voir , de lui donner une pierre , elle en fit bâtir pour fa gloire particulière , une Pyra- mide d’un demi plethre , ou comme Vigenere l’a traduit , de cent cinquante pieds de face, de chaque côte. Si cela eft , il faut avouer qu’il y a des v entez peu vrai-femblablcs ; & l’honnêteté ne me permet pas d’examiner en critique , ce vilain article. > la Pyramide de Chères , Vigeneie dit , fur l y Ariane de Bhiloflrate , qu’elle e toit quarrée ; Qu au bas , chaqueface etoitde feize cens quatre^ vingt pieds qui peuvent faire prés de trois cens toiles : Que fa hauteur félon Diodoie , avoit fix juger es y ou mille quarante pieds ,à compter deux cens quarante pieds pour jt^gere. IJ ajouta, qu’He- rodote l’a fait égale à fês faces ; qu’étant félon lui , de huit juger es , elle, devoit être de mille neuf cens vingt pieds de Roi. Ii eft certain , que les Geo- metres ont donné deux cens quarante pieds de lon- gueur fur cent de largeur , au juger e qui toutefois n’en a que deux cens , félon le témoignage de Hé- ron. Mais Hérodote Sc Diolore j ont employé le mot de plethre , qui n’a que cent pieds ; & l’on peut voir Rader fyr la première épigramme de Mar- tial . le Pere Alexandre Donati , dans fon Ancienne Sc Nouvelle Rome ou il parle de la mefure du Tybre, & Famiano Nardmi au commencement du quinziéme chapitre de fa Rome Ancienne. Ainfi , la hauteur de la Pyramide étant de ûx Chap. Vît Des Pyramides et Egypte. frf flethres, félon Diodore , elle aura fix cens pieds ; & huit cens r félon Hérodote qui la rend égale a ©ha- cune de fes faces par le bas , qu’il fait de huit pie- thres. La faute elf venue des Interprètes qui ont tendu Plgthre par Iugere , qui eft nôtre Arpent : &S le dernier Traducteur François n’a peut-être pas été trop heureux fur ce paflage , ou il dit , Le peu- ! pie fut gène dix ans four ce travail qui ne le per- fecuta pas moins que le bâtiment de la Pyramide qui avait de profondeur cinq fia des- ; de largeur, dix ' toifes ; de hauteur r huit toifts , Chaque face avait de largeur quatre-vingt pieds . Il y auroit quelque chafe à due , fur ces toifes , qui repondent a la mefure des orgyss des Grecs , quoique le Tra- ducteur Latin en ait fait des pas , parce que ÏOrgys eft auiH un pas Grec , félon quelques-uns : & en eeci le Latin eft an moins plus jufte que le Fran- I çois , en ce qui regarde la vérité de i’Hiftoire^ Mais pourquoi s’éloigner du texte qui marque huit plethres , pour fuivre la Note qui les réduit a qua- ! tre- vingt pieds ? & négliger le mot Grec , qui en cet endroit Lignifie fammei ,faifle , pour s’attacher S à la verfion Latine , fa hauteur qui eft expliques dans un autre endroit , la pointe , ou Y aiguille ? - Parce qu’çn effet, le haut de la Pyramide , n efb ] pas la hauteur de la Pyramide, a II eft vrai que ! Pline qui donne à chaque face par le bas , huit cens quatre-vingt trois pieds , & qui lait le fom- ! met large de vingt-cinq , dit que cette Pyramide ! contient huit arpens de terre. Mais Ifaac VoUIus a remarqué fur Pomponius Mêla -, que dans les | meilleurs manuferits de Pline , il n ? y a que fept ! arpens qu’il faut entendre de chaque face du bas v non pas de la bafe.de toute la Pyramide : & que lç a Liv. y 6 . ciaap. 12,'. 5 2.6 Hlflolre du Monde. Liv. VIIL même traduit toujours le pltthre des Giecs , par jugere qui eft pourtant le double de l’autre. Je fuis toutefois perfuadé que Pline qui a traduit d’He- rodote , la plus grande partie de ce paffage , a mis huit arpens ; parce qu’il a trouvé autant de plethres dans l’original qu’il a copié. Pour le fommet de la Pyramide , on peut voir la correction de Rader , dans la Remarque fur la première épigrammc de Martial ; Pline de la der- nière édition de Hollande 3 & l’obfervation de Fré- déric Gronovius , qui eft à la page huit cens qua- rante-quatrième du dernier volume. Cette Pyra- mide a prés de quatre arpens de chaque côté , lelon Mêla : & Û l’on en croid Phi Ion de Byzance , elle a de hauteur , trois cens coudées ; & de tour , fix Rades ou fept cens cinquante pieds. Pierre Belon qui l’a inefurée, témoigné que le dehors en eft à degrez : Que fa haie d’un coin à l’autre , eft de. trois cens vingt-quatre pas ; c’eft- à-dire , de huit cens dix pieds ; que depuis le bas jufques au fom- met , il a compté deux cens cinquante degrez dont chacun eft de la hauteur de cinq femelles , qui font environ huit cens pieds , félon le témoignage de Vigenere; & que le fommet a deux pas de diamè- tre. Nous apprenons du même Belon ,• que dans une chambre qui eft quarrée , longue de fix pas * large de quatre , êc delà même hauteur , on trouve un coffre de marbre noir , long de douze pieds , haut de cinq , large d’autant , d’une feule piece , & fans couverture. Il ajoute , que le puits que l’on y void , eft cimenté à chaux & a fable , que les ou- vriers en tiroient de l’eau dont ils beuvoient, qui fervent encore à la maffonerie de leur batiment ; & qffun^ archer quelque fort qu’il foit , aura de la peine a tirer du haut, une fléché qui ne tombe pas fur les degrez. Pierre delà Vallecioidàffezjufte Ch ap VIL Des Pyramides d'Egypte. jyf ge que dit Belon , fur les mefures de la Pyramide : * & Marc Grimani, Evêque d’Aquilée , depuis Car- dinal , donne à chaque cote de fa baie , environ deux cens foixante & dix pas , ou fix cens" foixante & quinze pieds. Le Prince dé Radzuil dit , que cette Pyramide^ ne contient dans fa longueur &c dans fa largeur , que quatre cens cinquante pieds , ou trois cens coudées. Elle a deux cens quarante rangs de pierres , à peu-prés de la hauteüï de trois pieds , félon Stochouë ,& mille quatre-vingt huit pas , ou deux mille cinq cens vingt- pieds , etc tour. r C ■ A Ce'phre’ne’s , frere de Cbeefes , ht taire ce pierres d’Ethiopie , de couleurs diverfes , la deu- xieme Pyramide, dont chaque face eit de fept cens trente- fept pieds félon Pline, ou de fix cens vingt cinq félon Diodore. Belon dit , qu’elle efi rehaut- fiée de ciment par le dehors"': que le faite en eit -pointu y & qu’un homme auroit de la peine a s y tenir. . La troifiéme Pyramide , de pierres d hthiopie r jufqu’a la moitié , ou à la hauteur de.- vingt- deux pies , félon Diodore ,aété bâtie par Mr ce - ri n que quelques-uns nomment Osorchow Hercule , & Menche’rin qui avait fuccede a Céphrénes nommé Ch a brus par quelques autres. Elle eit moindre de vingt piés de chaque côté , que celle de C héofés; n’a que trois p-iethres félon Hérodote dont le Commentateur a fait lix cens piés : & Pline lui en donne trois cens loi- xante-trois , à chaque face. Quelques Grecs ont cru J , que la courtifane Rhodopé la fit bâtir des fournies immenfes , que lui valurent toutes les la- veufs qu’elle acorda : & cette opinion eit ians fondement , félon Hérodote qui dit , que cette telle & fameufe cfclave vivait fous le Régné i 2$ Hi flaire du Monde r Liv. VHÎ, é’Amœfîs qui régna long-tems après Mycérm. Belon témoigné qu’elle efl d’une pierre d’E- thiopie , ou d’un marbre nommé Bafalten qui a la dureté de l’acier : Que toutes les pierres en font jointes avec du fer & du plomb : Qu’en toute fa mafife , on ne trouve pas la moindre ouverture- & qu’elle efl aulfi entière, que fi elle venoit d’être faite. Diodore veut, que la plus grande Pyrami- de ait ete bâtie par Armais- la deuxième , par? Am a sis ; la rroifièitic , par Ma sus : & d’autres eroyent que cette demiere a été faite pour le fe- pulchre de Rhodope’ , aux frais communs de pîufieurs Princes qui l’a voient aimée. Il y en a meme qui en ont donné tout l’honneur à Ni- tocris qui régna douze ans, félon Manéthon , ou vingt - quatre , félon Eusèbe : & Nitocris n’eft autre chofe 'que Minerve Vîclerieufe , de Neith& C’a hr, furquoy l’on poura voir le Phaleg de nôtre favant Samuel Bochart. Au devant de ces Pyramides on voyoit un montre que l’on nomme Sphinx , d’un mar- bre dur & poli ; qui a le vifage d’une fille , des ailes d’oifèau , & tout le refie du corps , ou d’un chien , ou d’un lion. La tête fi l’on en veut croi- re Pline , efl de cent deux piés de tour , prifè par le front ; fa longueur, de cent quarante-trois • fa hauteur depuis le ventre jufqu*s au fommet , de foi xante- deux ; de foixante & dix , fi l’on s’en ra* porte à des Manuferits : & l’on peut voii la Corre- élion de Frédéric Gronovius fur ce pafTage. Ce rfeft , comme dit Belon , qu’une grande tête pofée fur un cube , au côté droit de la grande Pyramide , â l’Orient , tournée vers le Caire. On a remarqué beaucoup d’autres Pyramides , comme celle d’Asycnis , dont il efl parlé dans Hérodote. a Mais j’ay déjà du, en quelque endroit, a Hcr cd, Liv. i. Chaï>. VII. Des Pyramides d' Egypte. $19 que Céÿbrénes étoïc- auffi nommé Afycbis , que quelques-uns prennent pour Sefac. Dans la cam- pagne proche de Memphis , on en void encore un» ailés grand nombre -, une entr’autres > qui a cent cinquante- huit degrés de groiTes pierres • & fix cens quarante- trois piés en quarré. On peut con- fuite r nôtre Thévenot- dans le fixiéme chapitre de la fécondé partie de fon Voyage : & voici un- abrégé de ce qu’il a dit , des trois Pyramides que l’on a comptées entre les fepe Merveilles dt& Monde. Les trois principales font éloignées de trois» | lieues du Caire : & la plus grande a huit cens degrés de greffes pierres dont l’épaifièur fait la- hauteur du degré , de quelques deux piés & demi,. Elle a de hauteur cinq cens vingt piés ; & de lar- geur , fix cens quatre vingt deux en quaré* A Punè | des angles , entre l’Orient & le Septentrion , envi- ! ron au milieu de k Pyramide , on trouve une chambre qui efi qu-aréc ; au haut dé la Pyramide* | une plate-forme , qui a feize piés deux tiers eu quaré , quoique du bas elle fo.it prife pour une- pointe. La Porte, de la Pyramide , pofée au fei- ! ztème degré en montant , n’efr pas tout-à-faid dans le milieu , parce que dans la quarûre d’en bas , il y a vers 'l’Orient , trois cens dix piés quf | étant tirés , de fix cens quatre-vingt deux , ert lai fient trois cens foixante &: douze vetà le Cou- chant ; de manière que ce côté a foiiante-deux I piés plus que l’autre. Le Caire efi au Nord , à fon égard. Pour ariver à cette porte , il eft né- j cefiaire de monter une coline jointe de ce côté , à | la Pyramide : & il y a beaucoup d’aparence que le fable qui fait 1a colline ,-a été là pouffé par le vent. La pierre qui efi en travers fur cette porte.* a onze pas de longueur y fur hait de largeur ^ 33 0 Hijtoire du Monde. Liv. VII f. rentrée qui eft quarée , & toujours égale , a de Hauteur trois pies & fix pouces ; & trois piés , trois pouces de largeur. Cette entrée , que Ton peut nommer une coulijfe , pour être fort inclinée, & qui continue de la même forte , en fa hauteur en fa largeur , defcend par la pente d’un an- gle de foixante degrés , de la longueur de foixahte & feize piés , cinq pouces 8c fix lignes : 8c après cette defeente , on trouve une autre montée de même largeur y qui eft penchante comme la pre- mière. Par là , on monte , la longueur de cent onze piés ; 8c l’on trouve deux allées au bout, l’une baffe qui eft parallèle à l’Horifon • l’autre, haute qui monte , 8c qui a le même penchant que les précédentes. A l’entrée de la première , on ren- contre un puits par lequel on defcendoit vrai-lem- blablement les corps en des cavernes que l’on a faites fous la Pyramide. Cette allée baffe qui a trois piés 8c. trois pouces en quaré , mene en une chambre qui n’en eft pas beaucoup éloignée ; 8c l’on monte , la longueur ce cent foixante-deux piés, par l’autre allée , qui a de largeur , fix piés quatre pouces , & des deux côtés , deux efpeces de banquettes de deux piés 8c demi de hauteur, qui fervent d’apui. On void au bout de. l’allée , une fale longue de trente-deux piés , haute de dix-neuf, large de feize , dont le haut eft plat , 8c fait de neuf pierres qui ont de longueur feize pies cha- cune ; 8c de largeur , quatre. Au bout de la fale , eft un tombeau vuide , préparé , à ce que l’on dit, pour ce Pharaon qui fut abîmé dans la Mer Rouge. Il a été fait d’une feule pierre qui a de lar- geur , -trois piés & un pouce i d’épaifieur , cinq:: Sc cette pierre , qui eft une efpece de porfîre , fonne comme une cloche quand elle eft frapée.. La deuxième Pyramide eft fermée > 8c l’on n’èn ChAP. VII. JOes Pyramides d y Egypte. vo i(J que la fuperficie extérieure qui a fix cens trente»un pié en quaré. La troifiéme étoit revetuë de ces mêmes pierres , dont Ton avoit fait le tombeau de Pharaon , qui font tombées , & qu’on yoid encore. Pour le Sphynx , il a vingt-fix pies de hauteur, quinze depuis l’oreille jufques au menton ; 8c il eft taillé dans la roche vive d’ou il n’a jamais ! été feparé. C’eft ce qu’en a dit ce Voyageur : 8c. il eft aifé de juger par là , que ce ne peut être la I même tête dont Pline a parlé. Ce ; S p h y n x | nommé par les Arabes , Abul-hon , ou comme ils I l’écrivent , Ab al houl , eft creux , 8c rempli de fa- ble ; &a par derrière ,une cave, ou grotte qui va | fous terre. Mais fi la Relation d’Egypte qu’on a ! imprimée depuis quelque-tems , eft rort exaéle, les | Anciens 8c les Modernes fe font trompés d’une j étrange forte , parce que l’Auteur de cette Relation ! afliire que la grande Pyramide n’eft qu’un rocher u qui l’on a donné la figure d’une Pyramide > 8c qu’en I dehors , on a revêtu de pierres maftives. Cet Aie- mand , qui eft de l’Ordre de faim Dominique , té- moigne encore qu’aucune de ces Pyramides n’eft ! bien quarée ; qu’elles ont deux cotés plus longs que les autres ; & que les flancs n’en font point égaux , puifque l’endroit qui eft au Septentrion , | a plus de largeur que n’en a celui qui eil de l’O- rient au Couchant. Au refte , on auroit aflez de peine à décider quel- j le a été l’intention de ces Rois fur leurs Pyrami- des. Les uns veulent qu’elles ayent été confacrees aux Dieux. Les autres foûtiennent qu’elles ont été bâties par ’fofeph , fils du Patriarche facob , pour ! y ferrer du froment : 8c Piérius VaLérianus dit., i que ceux du pays les nomment encore les Greniers. ! ée Pharaon» C’çlt à. quoi Henri Salmutk na ïtiftôire du Monde* Liv. VIII, foufcrire dans Tes Remarques fur Panciroie ; parce que la fertilité prédite a Pharaon par fofeph , ne du- ra que fept ans ; qu’il en falut vingt pour les préparatifs & pour le bâtiment de la première Pyramide • & que les trois ne furent bâ lies qu'en Soixante & dix- huit ans & quatre mois. Leon Allazzi remarque fort bien qu’en cela , il n’y a nulle contradiction : que /ofeph put bien confeil- ler à Pharaon de faire bâtir une Pyramide pour y eonferver le blé , & pour s’en fervir dans la difette- :• a Que la Pyramide ne fut pas peut-être portée fi haut : Que les Rois fuivans purent l’a- chever, & en bâtir d’autres pour le même ufage. Il eft pourtant vrai qu’il y en a une qui a été nommée par ceux du pays, Haram-Iufef , & e’eft la mêïne qu’on nomme aujourd’hui Haram-llahun du vilage dont elle eft proche , éloigné de deux journées de chemin , du Caire. Cependant je ne faurois me perfuader , que pour eonferver du blé on ait eu recours â tant de pierres : Que pour ti- rer de la^derniere neceffité , un nombre incroyable d’ouvriers , on fe foit avifé de les charger d^un travail plus infuportable que la mifére: Que pour fe défendre de la difette , on ait entrepris des bâ- ti mens qui reduifoient â la pauvreté , les Rois & le Peuple : & de la maniéré que ces Pyramides font bâties , il n’eff pas poflible qu’on en ait voulu faire de fimpîes greniers. Plies furent élevées , félon Diodore , pour la fépulture des Rois d’Egy- pte j & félon Pline , oirpour empêcher que le Peu- ple ne fut oifif , ou que ceux qui pouvoient pré- tendre à la Couronne , ne fe hazardaflent de l’u- furper , dans l’efperance de poffeder toutes les ri- cheffes qu’on y enfermoit. Ariftote a cru que les a Quelques unes font encore nommées par les Turcs* £/«# B? g. Bambmy Ch AP. VII. Des Pyramides d'Egypte, jjj- Rois n’ont été portés à cette dépenfe prodigieufe , que pour afermir leur tyrannie , en rendant pau- vres tous leurs fujets qui étant épuifés d’argent & acablés d’un travail continuel , étoient hors d’état de fe révolter. Les autres ont dit que ce& Pyramides étoient une marque de la vanité des Rois d’Egypte ; & que ce n’a jamais été par leur étendue > ni par leur hauteur , ni. par. le maibrc, qu’on les a miles entre les fept Merveilles du Monde > mais pour les ouvrages qui font au Bas , 6c qui ont été couverts par le fable. Ces 'Pyiami- des ne font en pfet , que de grands monçeaux df pierres , où l’on ne trouve ni ornemens, ni variété d’Architeélure , qui ne font admirables que par leur grandeur , comme Ta remarqué Figuéroa dans la Relation de fon Ambaffade en Perle , quoique Be- lon, 6c d’autres Auteurs , ayent.été perfuadés qu’on auroit tort de leur comparer tout ce qu’il y eut de plus merveilleux dans l’ancienne Rome. * L’orf gine même que nous en ont donnée les Grecs , font toutes fauiFes , s’il efl vrai que les Arabes voifins des Egyptiens , nomment Rararmn , ce que nous apelons Pyramide , qui par le change- . ment de la lettre H en celle de P , a été formé de ce mot Arabe. En éfet , les deux Pyramide? qui font fur le bord Occidental de la riviérp du Nil, font nommées Haramm :& peut-être même que Pyramide a été formé de l’Egyptien P aramon. * Pyramis Ammiano Marcellino 6c Plateni, appel! if utf a, Tri Tÿ 7?i/£ÿs' 4 ^od ad ignisfpeciem extenuatur in conum* Alüs , à gencre lapidis 7 rvç 97 rd rai 4 11 * 6c Thebaicus ? aiiis ycfo , #773' y , id cft , tritice. 334 Hiftoire du Ai onde, Liv. VIIL CHAPITRE YIIL Du Temple de Jerufalem . I L efl remarqué dans l’Ecriture , a Que Davij> dans fa petitejfe ou pauvreté , fit provifion de cent mille Talens d’or , Sc d’un milion de Talens d’argent , fans compter le bois de cèdre , qui étoit la 11 s nombre , le cuivre Sc le fer dont la quantité , pour être trop grande , ne pouvoif être pefée ; & qu’il laifia toutes ces clio/es à Salomon pour bâtir un Temple à TEternel, Les Interprètes ont expliqué par Talent , le mot Kihhar qui efit dans l’original , Sc qui lignifie une Majfe Sc un Tourteau , parce que ce mctail réduit en mafiTe , avoit la figure d’un tourteau plat. Mais la difîculté confiée a fçavoir ce que valoit le Talent d'or > Sc celui d’argent dont il eft parlé , parce qu’il y a eu des Talens de plufieurs efpeces Sc de divers prix , comme il y a eu des S icles d’un prix inégal. En effet , le fide d'or , ou d’argent , étoit commun , que l’on nommoit encore Provin- cial y Royal Sc Civil : ou Sacré , c’eft-â-dire , qui étoit employé dans le Sanftuaire , Sc qui valoit le double de l’autre : de forte que deux de ces der- niers , failbient une Once Romaine qui félon famt Jérôme , étoit de huit drachmes : Sc douze onces fefoient une livre. Pour fçavoir s’il y a eu des Talens de plufieurs efpéces , Sc de divers prix ; on n’a qu’a lire Julius Pollux , où il efi: dit, que le Talent de Syrie étoit 1 » Paralip. c. 11* v, 14, Cm AP. VIII. Du Temple de ferufalem. de quinze cens drachmes Atiques : le Babylonien, e cpt nulle ; & celui d’Egine , de dix mille. Sui- das , fur le mot Talent , alegue un palfage de Diodore, dans lequel on void que la Mme étoit de cent drachmes ; la drachme de fix oboles , Que le Talent que ceux de Sicile nommoient Atique , etoit au commencement , de vingt-quatre Mines ; que de Ion tems , il n’étoit plus que de dix-fept ; que quelques-uns le fefoient monter jufqu’à cent vingt-cinq livres. Celui d’Egypte étoit de foi xante & quinze , félon Yarroii; ce que l’on peur voir dans le trente- troifiéme Livre de Pline. Sa- lomon Jarcki 8c Aben Ezra ont fait monter le prix du Talent d or à foixante Mines du Sanctuaire • à cent vingt Communes ; 8c la Mine , à vingt-cinq pelés ; de forte que le Talent d’or feroit , à leur compte, de trois mille fiel es ; & par conlcquent , de vingt-quatre mille cens. D’autres le portent encore plus haut , & foutiennent que le Talent d’or va- lon a proportion de celui 'd’argent : Que chaque a T 01 - d ' Une dem ‘-° nce •• Que l’once de bon or eit eihmee cinquante livres , ou feize écus & qua- rante lois ; & que les trois mille fîcles que l’on . Dit entrer dans ce Talent , reviennent à foixante j oc quinze mille livres , ou vingt-cinq mille écus de notre monoie. Sur la imputation des deux Rabbins que j’ai aie- j gués ; on peut conclure que fl David , outre le , er ’ le < r Ul7 1 le ’ le bo i s > & l es pierres , lailTa 'pour | 1 Temple de Jerufalem , a Salomon , cent mille I alens d or , 8c un miîion de Talens d’argent , Sa- lomon trouva dans les cofres de David ,1a valeur QCpx cens millions d'écus en Talens d’argent ; 8c ! “J 11 * ™ lle WMrecens millions en Talens d’or. Le i 1 ere Jean Mariana l’a fuputé d’une autre maniéré; na C0Irî P Eé que mille deux cens foixante & 33 J!oin du Monde. Lxv. VIIL quinze milions en or, Zc à peu prés iamémc valeur, ; cn argent. C'eil ce oui a fait le doute des Commen- tateurs , parce que les dépouilles des Philiftins,des AmalécKites ,des Ammonites, des Syriens , & des autres enneirds de David , ftvec tout le revenu de fon Etat , n’étoient pas capables de lui fournir dequoy épargner .un ii grand treibr, Si ces Talens culient été du poids & du prix de ceux de Moïfe , David auroit amaffé , quand il étoit pauvre , plus de trefors, que n’en poffcdercnt apres luy, les plus puiffans Monarques du Monde. Ils auroient fufi à bâtir un Temple d'or madif, égal à .celuy do Salomon , dans fon étendue & dans fes mefures , 11 Ton s'en raporte à Brérévood qui l’a fuputé. Villalpandus a.ffüre pourtant , que ces Talens étoient Mofaïques , ç’dt-à-dire ,4e trots mille fioles • f & qu’il n’y en a point eu d’une autiieefpece parmi ,les Hcbreux. Ce qu’il ajoute pour prouver que Salomon a pu amaiïer ces grandes ricbeffes , ne conclu d rien , parce qu’il ne s’agit pas de Salomon, mais de ce qui lui a été laiiié par David fou pere. Villalpandus même ne pouroit palfer pour fàge dans l’efprit de Mariana qui veut qu’il y ait de la folie à croire que les Talens du tems de Da- vid , ayent été du poids & de la valeur de ceux qui étoient du tems de Moyfe. La couronne d’op dont il efb parlé dans le deuxième Livre des Rois, a qui fut mife fur la tête de David, étoit d’un Ta- lent : & Villalpandus auroit-il pu croire que David porta fur fa tête , cent vingt-cinq livres que le plus robuRe auroit de la peine à lever de terre ? Il ne peut répondre qu’en cét endroit il.eft parlé du Talent prophane de foixante livres , ou du Syrien , de vingt-cinq , puis- qu’il ne reçoit qu’une I Ch AP. VIII. T) a Temple de ferufaîem. ziy efpece de Talent parmi les Hebreux : & cent v in & du Talent des Hebreux , ne fe contente pas de ces deux efpeces de Talent , c’eft-à- dire , dû Commun , 8c du Numifmatique qui , félon lui , eft la fixiéme partie du premier ,& la dou=- ziéme de celui du San&uaire. Outre qu’il en rap- porte plufieurs autres , comme le Public , le Parti* Chap. VIII. Du T ! mp le de 'JeruJa l em. t ■eu'ter-, & le Royal, il veut encore que la dixiéme, ■h douzième , la centième , & la millième partie du Talent, ait eu le nom de Talent. Pour bien établir ce qu’il avance , il conféré tous les pafla°es de l’Ecriture ou il eft parlé du Talent , avecccmr de Joicph , & de la Verfion Grecque des Septante. Viüalpandus , qui s’eft moqué de ce Polonnois , * pâlie à une autre extrémité , parce qu’il foûticnt qu’il n’y a eu qu’une efpcce de Sicle , Sc une cfpece de Talent ■ ee que nie Rivet fur le vingt cinquième, de 1 Exode^On pourroit garder un certain milieu, de reconnoître de la différence entre les Talens] pour rendre plus vrai-femblable ce qui fut laiffé i Salomon par David ; fans prendre parti avec Eti- polëme qui a changé les Talens en de frmples fi- ■cles. Il y a même raifon de doute* fi les Talens d'or & ceux d’argent étoient differens en leur valeur & en leur nature : & fi pap ceux d’or , & par ceux: d’argent , qui font marquez dans le paffage dont il s’agit , on ne pourront point entendre des Ta- lens ou en or , ceil-a-diie ,en pièces d’or , ou en argent , c efl-a-dire en pièces d’argent , enrédui/ant s des uns & les autres à un prix égal. A la vérité , cette opinion n’eiE pas commune, puifque la plii» j part font perfuadez que le Talent d’or doit furpafo ici 1 autre , félon la proportion de l’or à l’aro-eix p qui eft ordinairement de douze à un. Mais Grfep! fius ne trouve point de neceftîté à le ruppofer. Ai* contraire , il a fait voir que les plus grands poids etoient en argent 5 les moindres , en or ; ce qu* parort allez vrai-lèmblable , parce que le licle d’or etoit de la moitié plus petit que celui d’argent , comme leflatere d*or étoit de deux drachmes f & le ftateie d argent , de quatre. Il fait des remarques fou curieufes fur ce fajet , & ajoute même, que 1 on a compté quelquefois les fouîmes d’argent foc 34° Hiftoire du Adonde Lxv. Viïî. le poids de For , comme dans le vingt-fixiéme chapitre du premier Livre des Paralipoménes. Sur ce fondement , il ne prétend pas que l’on doive prendre les trente Argentins du vingt-iixiéme cha- pitre de faint Matthieu, qui furent le prix de la trahifon de fados , pour trente fuies , ou deniers d'argent ; parce que quinze écus de nôtre monoie feroient une fomme trop petite pour l’achat d un champ. Il veut que Jésus - C h ri s t ait ete vendu pour la valeur de trente pries d'or qui furent pavez a Judas en pièces d’argent : & le verbe Gîte, Ils lui alignèrent , ou lui frémirent trente argentins , a été expliqué par quelques-uns , ils lui feferent. La même chofe eft dans le chapitre on- zième de Zacharie , a d’où ce paffage a été tiré , Alors ils lui feferent mon falaire trente fieces d'ar- gent , quoique faint. Matthieu dans le chapitre feptiéme de fon Evangile , rapporte ce paffage de Jerémie , fur quoi Fon peut voir les Interprètes. Joachim Camerarius dit que les Commentaires Grecs lui ont appris que Y argentin valoit cent deniers , ou bien une Mine Atique: que dans 1 E- vangile , chaque argentin eft de la valeur de dix écus j & que J e s u s-C h r. i s t fut vendu en- viron trois cens écus , par cette raifon. Quoi qu’il en foit , il eft tres-certain que l’égalité des Talens d’or , & de ceux d’argent , ferviroit beau- coup à diminuer , & à rendre même plus croyable ce qui fut laiffé pour le bâtiment du Temple , à Salomon , par David fon pere. Mais de faire les Talens d’argent de fix cens écus ; de compter ceux d’or , pour vingt-quatre ou vingt-cinq mille ; de n’en faire que de fimplcs ficles comme Eupoléme > ©u de ne réduire la dépenfe du Temple qu’à un a Vcrf.iz, Chat» VIII. Du Temflé de Jerufalem . 342 million , avec quelques-uns , c’elf ce qu’un autre beaucoup plus hardi que je ne le fuis , pourra déci- der. Alfied a enchéri de cent cinquante millions fur le Pere Mariana , quand il a réduit- à deux mille fept cens millions , tous ces Talens d’or 8c tous ceux d’argent , dont il eft parlé dans ce paflage de l’Ecriture. Quoique cette fupputation fort de beau- coup au ddTous de celle de Salomon Jarexi, d’A- ben Ezra, 8c d’autres Rabbins , on leroit pourtant fort obligé au Pere Efpagnol , 8c au ProfelTeur Alleman , s’ils nous l’avoient bien juftifiée. En effet, on a toujours de la peine à croire que David ait pu épargner dans fa pauvreté , deux mille fept cens millions , ou deux mille fept cens cinquante, avec le bois de cedre qui étoit fans nombre ; avec le fer 8c le cuivre dont la quantité , pour être trop grande, ne pou voit être pefée. Il faut maintenant parler du Temple de Ierufa - lem , 8c dans la defeription que j’en vais faire , je m’attacherai principalement à celle que nous a donnée depuis quelque-tems Rabbi Jacob Jehuda Xeon , imprimée en Hebreu , en Efpagnol , en Flaman , en François , 8c traduite en Latin par Jean Saubert ProfelTeur à Helmftad. Ceux qui en voudront fçavoir davantage , n’auront qu’à lire la Bible, Jofèph , le Traité Middoth du Talmud Babylonien , traduit par Gonftantin Lempereur, ProfelTeur en Hollande , avec des Remarques ; F Hilïoire Judaïque de Rabbi Salomon , traduite par Gentius ; 8c les deux livres de Ligthfoot fur cette matière. Ils pourront encore voir Villalpan- dus fur Ezechiel ; les oblervations de Louis Capelle fur ce Jefuite , 8c les Interprètes qui ont pris à tâ- che d’eclaircir les paffages de l’Ecriture ou il ell parlé de ce Temple. Il etoit bâti fur la montagne de Moriah, P iij j'4-i Hiftolre du Mende, Lit. VIÏÎ. îituée dans jérûfalem , au Nord de Ja ville : ë£ c'eft en ce lieu ^Abraham eue ordre de facrifier fon fils îfaac. La. montagne étoit découverte à l'Occident ; & il y avoit du même côté , dans le fécond Temple , quatre defeentes à piufieurs de- grez , qui menoient au bas de cette montagne. Deux conduifoient' aux faubourgs de jérufàlem. Par la troifiéme , on alloit au Palais du Roi Herode : Sc par la quatrième , à la plus haute partie de la ville, iiom>mee Oité de David , ou Sion ; Sc dans le fé- cond Temple , U haut marché. Gette montagne, haute de trois cens coudées , étoit entourée de valées profondes , d'une ceinture de murailles fort magnifique , delà même hauteur que fon coupeau , Sc dont les pierres extrêmement blanches avoient quarante coudées de hauteur. Le palme étoit de quatre pouces , félon Jofeph , la coudée de fix pal- mes, Sc par conséquent , de vingt-quatre pouces» Les piliers dont ces murailles étoienr. foütenues avoientde hauteur trois cens coudées ; fix vingt de longueur ; étoient larges a proportion , pour eue plus fermes fur leur propre poids : Sc comme le ( Temple eut pu être fouillé , s'il fe fut trouvé au deffous un cadavre humain ,il étoit porté fur des arches doubles bâties fous le plan de la montagne », Lors de rencontre les unes des autres. Le dehors du Temple. Autour de la mon- tagne , Sc fur le bord , on avoit tiré une muraille, de frx coudées de hauteur , fur autant de large , qui empêchoit que l’on ne tombât , Sc dans laquelle il y avoit de grandes portes qui répondoient aux quatre defeentes dont j'ai parié. De tous les co- tez , étoient des ponts ; l'un à l’Orient', qui s'é- tendait depuis la montagne de Monah jufques à celle des Oliviers , pour faire monter la Vache Ifyeuge dontles cendres étoient employées â purifier. Ch AP. VIII. Du Temple de Jèntfalem. 343 deux qui s'étoient fouillés par l'atouchement de quelque mort. La purification fe feioit avec du bois de cedre , de i’hyffope > de la cochenille , êc deux moineaux; 8c la Vache Ronge étoit nom- mée Cattah , c'eft-à-dire ,facrifice pour le péché , parce qu'elle portoit le péché de celui qui s'é- toit fouillé ; qu'il pouvoir en fuite , entr er dans le Temple , 8c manger des chofes du Sanéleaire. Par un autre pont qui étoit au Sud.au bout du Portai de l'Orient, Salomon alloit de fon Palais dans le Temple; 8c marchant droit ve s ce Por- tai , pafloit par la cour extérieure d'oii il en- troit dans celle du Temple par la porte haute. Les Bêtes qui dévoient eftre facrifiées , entroient par un autre pont qui êtoit au Nord , api és avoir été lavées dans un étang qui en étoit proche : & un autre pont du côté du Septentrion , répondoit au Marche que l'on nommoit des Matières. Il y avoit par un autre pont, une communication d* Palais des Tours , avec les deux parties du Tem- ple , dont ce Palais étoit leparé par de profondes valées. Les Maccahées le firent bâtir pour y con- Ihrver tous les habits des Pontifes , 8c pour y loger ceux qui étoient commis à fa garde. Il fut depuis fortifié par He'rode qui lui donna le nom de la Tour d'Antoine , en mémoire de Marc Antoine fon fidele ami qu'il ne laiffa pas d'abandonner en faveur à'Augufte. Autour des portiques , au de- hors du Temple , il y avoit un efpace de cin- quante coudées de largeur , pavé de marbre : & cet efpace étoit nommé Le Dehors du Temple , dans lequel on entroit par un portai magnifique, au bout de celui qui conduifoit dans le Temple, le Roi Salomon. Le Temple étoit environné d’une double en- ceinte ,ou portique ; 8c les étrangers ne pouvoient P iiij 544 Hlftom du Monde . Liv. VIH.: entrer que dans la première. Les Juifs même ne palfoient point la deuxieme ; & c’ell dans celle-cr que le Peuple fefoit la prière pendant qu’on fe- fcit les facrifices au dedans du Temple. Ce dedans ëtoit compofé de deux parties. La première par" laquelle il faloit pafler pour aller a l’autre , ètoit nommée U Saint ; a & l’antre , le Saint des Saints . C’eft dans le Saint que les Sacrificateurs en Le- maire , fefoient les Sacrifices de tous les jours ; & ils avoient feuls la permilîion d’y entrer. Mais il n’y avait que le Grand Prêtre qui put entrer dans le Saint des Saints , une fois- l’année , le jour de la fête des Expiations , que l’on celebroit le dixiéme de Tifri , ou de Septembre. Chaque portique étoit long de cinq cens cou- dées , large de trente , élevé à proportion f, fur trois rangs de colonnes de marbre , chacune d’une feule pierre , hautes de vingt coudées , avec leurs chapiteaux taillés à fieurs , pofées à la diftance de quinze coudées , Pune de l’autre; Ces portiques fitués aux quatre côtés du Temple , étoient pa- vés de diverses efpeces de marbre , ornés de ba- luftres ; voûtés , & lambriffés de planches de ce- dre , enrichies d’ouvrages. Au dedans , il y avoit a l’entour , des lièges où l’on mettoit des branches de palmier â la veille de la Fête des Tabernacles 3 û cette fête arivoit le jour du Sabath , parce qu’il n’êtoit paè alors permis de porter ces branches dans le Temple : & trois Tours dans le fécond Temple , furent élevées fur ces portiques ,• pour fa defenfc. Deux furent bâties au Nord ; la troi- fiéme , à l’Occident , fur le portique du même côté : ôc par leurs fenêtres , on fe pouvoit fervir a La fête de l 'Expiation fut inftituée pour expier les fau- tes du Peuple , Ôc pour purifier le Tabernacle §t le Saint àss Saints» Ch AP, VIH. Du TemfledëJerufaUm. 345 cle la ffcche & du javelot contre l'ennemi. Des cinq portes des mêmes portiques , Tune étoit nommée la Porte de Sufe dans le fécond Temple , parce que le Plan de cette ville étoit rcprefenté fur la porte , pour faire connoître qu'on étoit fournis aux Rois de Perfe qui avoient per- mis qu’on bâtit le Temple , quand Sufe étoit la Capitale de leur Royaume , Leur troilieme Fete etoit celle des Tabernacles ; des Tentes de Feuillages, onde Cabanes , nommée Succod ; & ils la ceie- broient durant fept jours , en mémoire des qua- rante ans qu’ils campèrent dans le Defert fous des Tentes où ils avoient été miraculeusement confervés , fans avoir befoin , ni de maifons pour fe loser , ni des fruits de la terre pour le uourir. Elle arivoit le quinzième jour du mois ZWantm ; c’eft-à dire , en noue Septembre., quand k Soleil 54 S Hiftolre dit Monde LiV. VIIL entrant dans le Signe de la Balance , égale les- jours aux nuits : & ce mois qui eft Je même que Tifri , etoit le premier de l’année Civile des Juifs, par confequent la plus grande fête des Nouvelles Lunes , qui étoient toutes célébrées. Les quatre Portaux extérieurs du Temple étoient autour de cette cour des Gentils - , qu'on a voit pavée de toute forte de pierres de marbre. Vingt-quatre Compagnies étoient ordonnées pour la garder : & chaque Compagnie étoit de dix hom- mes. C’efi: dans cette place qu’étoient les cours intérieures dti Temple ; 8c qu’a l’entour , on avoir fait en dehors . une terraffe avec des grilles de bois de deux coudées de hauteur fur une muraille liante feulement d’une coudée , où il y avoit plu- lieurs colonnes en diftance égale , fur lefquelles ©n avoir fait mettre en caractères Grecs , 8c La- tins , tl y alloit de la vête four tout étranger , d'entrer flus avant. Entre la terraffe 8c la mu- raille , on avoit fait en dehors , autour de celle des cours Intérieures . douze degrés pour mon- ter à celle qui étoit à l’Orient , 8c vingt pour ‘-monter a l’autre qui étoit à l’Occident, Une mu- raille de ces cours Intérieures, étoit de quarante coudées de hauteur, ou de foixante, félon quel- ques-uns , avec des chambres à l’entour , â trois étages , 8c des baluflrades fur le toit. Dans le fé- cond Temple, on avoir bâti fur cette muraille , . trois Tours ; l’une â TO,:eat ; 8c deux au Septen- trion , qui fer voient à la defenfe du Temple , comme celles dont j’a parlé. La cour extérieure qui lut aulfi apelée Nou- velle , ayoït de chaque coté , cent trente-cinq cou- dées : 8c c’eft là qu*entroient avec leurs femmes 8c leur*: ramilles , les Ifraelùes qui avoient été puufés' félon la Loi , pour s’humilier devant le ChM. VIII. DuTmplede Jèmfœïm „ £49? Seigneur les jours du Sabbat , des nouvelles Lu - , & des fêtes de Tannée. C’efl encore- dans le même lieu que Munaffeh fils d’E^ec h i as „ fit élever des Autels au Soleil ôc aux autres Allies- qu’il adora , ce que Ton peut voir dans le cha* pitre vingt-uniême du quatrième Livre des Rois*. Elle fut nommée dans le fécond Temple , lœ Cour des Femmes -, parce qu’il ne leur étoit pas permis d’entrer plus avant , en allant au Temple: & en ce tems-là , on couvrit de lames d’or deux portes de cuivre fort éclatant , élevées fur celle qui étoit à l’Orient de la cour , & qui pdhr être fituée fur un plan plus bas que celle de la cour du Temple , étoit apelée lu "Porte Baffe. On avoit bâti des chambres ddîus pour le Sénat compofé d’un Prefident qui étoit toujours au haut de la table ; de fon Lieutenant afîis à fa droite; êc de vingt-un Sénateurs à la gauche du premier^ rangés devant lui en demi-cercle. Devant les Sé- nateurs il y avoit trois Ordres de Sages , cha- cun de vingt-trois perfonnes capables d’entrer dans le Sénat , au defaut de quelqu’un des Sé- nateurs qui avoient un Grefier â leur main droi- te, & un à la gauche. De larges portiques régnoient autour de cette cour extérieure , avec de belles colonnes de mar- bre , diverfes terra fies , & plufieurs degrés où les femmes avoient acoùtumé de s'aficoir : & elles montoient à ces terrafles par une porte qui étoit au Sud , fans être obligées de pafier ailleurs. Il y en avoit une autre au Nord : & elles étoient toutes deux nommées ,les Fortes des fem nes. On y avoit fait quatre chambres decouvertes, apelées les cours fumsufes , parce que n’ayans point de couverture » la fumée montoit au Ciel , de tous côtés. Leur longueur de l’Orient au Couchant > étoit de qua- I tîijïoire du Monde . Li V. Vil fo- rante coudées ; leur largeur , de trente , du Midi an Septentrion : & comme leurs noms étoient diferens, on pouvoit connoître à quel ufage elles avoiene été deftinées. L’une étoit nommée la Cuifine des TJ azaréens y parce que Ton y cuifoit leurs Sacrifices fur des braziers qui étoient autour de cette cham- bre. L’autre étoit le Magafin des bois , à caufe du bois que l’on y «gardoit , & qui devoit être brûlé fur l’Autel pour les Sacrifices : & les Pontifes qui n’étoient pas en état de s’aquiter de leur miniftere , pour quelque défaut , s’y retiroient pour choifir le bofs qui devoir être brûlé fur l’Autel , parce qu’il n’étoit pas permis de brûler un bois où le moin- dre ver fe rencontroit. L’autre étoit la Chambre des Lefreux , parce que fur des braziers rangés à Pentour , on fefoit cuire les facrifices de ceux qui avoient été purifiés de leur Lepre , 8c qui étoient conduits dans le Temple. L’autre étoit le Magafin dre V huile , parce que c’étoit en cet endroit que l’on confervoit l’huile & le vin dont l’on fe fervoit. De certaines chambres qui étoient fous terre , ré- pondoient fous la cour des ifra'elites: 8c c’elt dans ces chambres que les Levites fufpendoient à des crochets , leurs inftrumens de Mufique , pour em- pêcher que par le vent , ou par la chaleur , ils ne & defacordaflent , ou ne fe rompiflent , 8c qu’ils y fefoient continuellement des concerts. Au milieu de cette cour dont le pavé plus haut de fix coudées que celui du Temple , étoit de quareaux de mar- bre diferent , il y avoir un Migddal ou thrùne de bois que l’on -élevoit pour le Roi , tous lés fept ans : & il lifoit tous les ans , le jour des Pardons , quelque texte de la Loi. A l’Occident de cette cour , on montoit par quinze degrés faits en demi cercle, a la cour Occidentale intérieure , ou lu cour du Temple: 8c la nuit qui fuivoit le premier joik Gh xr. VIII. Du Temple de Jernf aient. gr die la Fête des Cabanes ou Tabernacles , les Lévites • Le mettoient fur ces degrés. Us chant oient les» quinze Ffeaumes , nommes par cette rai Ton , Des qurn^e degrés , depuis le cent vingt-unieme : J ai élevé mes cris au Seigneur , lors ] etois dans A Vafiiftion , & ilm y a exaucé ', jufques au trente- cinquième : Loue ^ le Seigneur ; loue £ le vous , qui j êtes les Serviteurs du Seigneur. Dans une muraille qui étoit à r Occident , & qui féparoit cette cour de celle du Temple , il y avoit une porte , par laquelle on entroio dans cette derniere cour , api es avoir monté les quinze degrés ; & elle etoit nom- mée la forte Haute ; la forte Neuve , parce qu’elle fut renouvelée par le Roi jotam ; la porte du milieu ; la forte du fondement , de Ventrée , de fépar ation ^ la f&rte du Sur , c’eit-à-dire , d/-# Contour , parce qu eff y allant du Balais du Roi , il faloit faire un tour a gauche pour y ariver. Dans le fécond Temple, on la nommoit la forte de Nicanor > ou porte de cuivre , parce que les autres étoicnt garnies d or y , 8c que celle-ci étoit d’un cuivre mêlé d’or & d’ar* gent , tel que pouvoit être celui de Corinthe quand cette Ville fut embrafée. Elle étoit haute de vingt coudées , large de dix , fi pefante que vingt hom- mes , félon Jofeph , avoieiit beaucoup de peine a 1 l’ouvrir : &Ton avoit acoûtumé par fes deux Gui- chets , de donner a boire les eaux afneres la femme de qui le mari étoit jaloux , ce que l’on peut voir dans le cinquième chapitre des Nom- bres ; de recevoir les dons des Lépreux qu on avoir baignés , & des femmes qui étaient relevees de -couche. On Te Tervoit de ces deux guichets a cet ufao-e , parce que. Ton n’ouvroit cette porte qu’aux jours du Sabbat , aux nouvelles Lunes > aux trois Fêtes de l’année , ou quand le Roi alloit dans le Temple. Sur cette porte , pu avoit bâti de certai- ! ÏP Hlfloïre du Monde. Liv. VIIÏ. «es chambres ou s’âflèmbleit un autre Sénat dî vingt-trois hommes, qui étoient ailîs dans le même ordre que l’étoienb les Sénateurs dans les chair.- bres elevées fur la P or te baffe. La cour intérieure du Temple , l'occidentale , la, cour haute , ou la cour du Temple , de quatre vingt iept coudees de longueur fur cent trente-cinq de largeur , avoit en dedans, des portiques tout à 1 entour , fou tenu s Pur de fuperbes colonnes de marbre , femblables à celles des portiques de dehors. Dans cette cour , les drapeaux , les armes , & les dépouillés des ennemis des Ifraëlites étoient ata- chees tout autour du Temple , en reconnoiffance des vidioires que ces derniers a voient remportées. Cette cour intérieure avoir fèpt portes dans le iecond Temple • Tune , à POrient , qui étoit celle de cuivre , dont j’ai parlé ; trois autres au Sud : & la première fi tuée à POrient , étoit la Porte de lincendit ou embrafement , par laquelle on fefoir entier le bois qui devoir être brûlé fur Pau tel. La deuxieme qui en etoit proche , étoit nommée la Porte des premiers nés , à caufe que Pon rece- voir par cette porte , les premiers nés des animaux que Pon devoir égorger & facrifier du même cote. La troiiîéme étoit apelée de Sipfim , ou des Coureurs -, la Porte des eaux , parce qu’un ruifiëau qui iortoit d une maifôn de Salomon , apelée Hetam , éloignée de quatre mille cinq cens pas de Jerulalem , s’etendoit autour de la montagne fur laquelle on avoit fondé le Temple , & couloir fous cette porte. Pour les autres fituées au Septen- trion , celle qui étoit vers l’Occident, étoit nom- mée de Splendeur ; la deuxième , des Offrandes , à eaufe que Pon recevoir par cette porte , pour les Sacrifices ordinaires , les bêtes que Pon devoir € S 01 § er de ce cote là 5 de la troifiéme fia Porte SCbAFv VIII. T)h Temple dejerufalem. jjj ig U grade chambre , ou des Foyers. De toutes ces portes, les trois de chaque côté étaient pofées en diftance égale Tune de l’autre , couvertes d’un cuivre extrêmement fin. Dans le lecond Temple r ellesxfurent toutes couvertes d’or , a la referve de la Forte neuve qui étoit d’un cuivre mêlé des premiers métaux , comme celui de Corinthe : 88 fur chaque porte haute de dix coudées , 8c large de dix , on avoit ataché un voile de lin fort délié travaillé à fieuis de pourpre 8c d’azur. La Cour des ifra'élites prés de la muraille Occi- dentale de la cour extérieure , étoit un efpace plus haut de fept coudées & demie que cette cour , long d’onze coudées de l’Orient au Couchant ; & de cent trente-cinq du Midi au Septentrion. Cét efpa- ce étoit nommé lu Cour des ifraelites parce que les Ifraelites que l’on élifoit de chaque Tribu pour allifter au Sacrifice continuel , étoient la , debout devant l’autel , depuis le commencement jufques a la fin du: Sacrifice ; 8c Ton n’oubliera pas que les Juifs, fi ce n’eft en temps de deuil, étoient debout quand ils prioient Dieu. Ces Ifraelites étoient par- ! tagés en vingt-quatre Compagnies , dont chacune ' fervoit avec la nouvelleCompagüie des vingt-quatre Pontifes 8c des Levites ordonnés pour Tadmini- ft ration des chofes du Temple. Les Ifraelites qui ; s’étoient purifiés , félon la Loi , entroient encore dans cette cour pour s’humilier devant le Sei- gneur, les jours du SJabbat, ou des nouvelles Lunes. Prés d’une colonne de marbre , jointe à la haute porte de cette cour , on avoit élevé mi Thrône ou. étoient afîis les Rois de la pofterité de David , toutes les fois qu’ils alloient au Temple. C’efl là qu’étoient les Rois fous fils d ’Athalia , quand loi a du Souverain Pontife lui mit la couronne fur i tête yEzétbim quand il km les lettres impies 4 Hiftobre du Moqde. Liy . VIIï, Senacherib Roi d’Afliiie ; & Jolias , quand il re- nouvela Paliance entre le Seigneur de le Peuple, Dans le fécond Temple , ce Thrône fut élevé com- me une Tour , fur deux colonnes dont chacune étoit de vingt coudées de hauteur , dont la circon- férence étoit à peu prés de douze ; de le haut étoit- enrichi d’or pur , Se de pourpre. Autour de l’Autel de cette cour , loiada fît mettre un Tronc ou. chacun qui avoit pafîe Page de vingt ans , alloit porter le demi ficle d’argent qu’il devoit donner toutes les années pour fe ra- cheter. Le Pupitre des Leyites fait a trois degrés , chacun de demi coudée , fur autant de large , étoit fitué fur une muraille élevée de terre , d’une cou- dée, longue de cent trente-cinq du Midi au Nord, qui étoit à l’Occident de la cour des Ifraelites y ëe qui fervoit à la feparer de celle des Pontifes qui la joignoit. Les Levites a voient acoutumé de- chanter fur ces pupitres , à POrient de l’Autel ,, quand le Sacrifice continuel bruloit , de que Pon moit iés éfufions de vin fur PAuteî. Pour le pre- mier jour, de la lemaine , ils chantoient le Pfeaume vingt-quatrième, La terre & tout ce qui la remplir, efi au Seigneur : Le monde ^otous ceux qui Phabitent. Le fécond jour , ils chantoient , Dans la Ville de notre Dieu , & fur lu montagne fainte. Le troiiîéme jour , le Pfeaume quatre vingt- deuxieme , Dieu s’eft trouvé dans /’ affemblée des Dieux : & au mi- lieu d'eux ,il a}ugé les Dieux. Le quatrième jour, ils chantoient le Pfeaume quatre vingt^quator- æiéme , Le Seigneur Dieu des vengeance s .- Le Dieu des vengeances a fait éclater fa force. Le cinquième jour , le Pfeaume quatre vingt-uniéme , Vouffez des cris de joye en l'honneur de Dieu qui eft votre force : Loue\avec allegrejfe , le Dieu de Iacob. Le £xiéme jpur^ le quatre vingt- treiziéme. Le Seigneur Chap. Vïïl. Du Temple dejerujalem .. jjjr s'eft revêtu, de force ; & a pris fes armes. Le Pfeau- me quatre vingt douzième étoit deftiné au jour: du Sabbat , il efi bon de louer le Seigneur ; & de chanter la gloire de votre nom } b très- haut i | La cour des Pontifes Jituée entre le Pupitre des* Levites , & l’Autel des Sacrifices , plus haute d’une coudée & demie , que la court des Ifraëlites , étoit ! large d’onze coudées de l’Orient au Gouchant , 8c: longue de trente-cinq , du Sud au Nord. G’efl le même lieu que fantifia le Roi Salomon dans la» Dédicace du Temple , en fefant brûler fur le pavé, une partie des Sacrifices , parce que l’Autel étoit trop petit pour les contenir : & en cét endroit le.* Prophète Zacharie fut lapidé par le commande- ment du Roi Tous. Dans cette cour , à l’Orient de* l’Autel , on avoir pofé un fiegede cuivre , Haut de* i trois coudées , grand de cinq , ou S al amen fe mit: a genoux pour prier Dieu devant tout le peuple : 8c au côté Septentrional de: cét Autel , il y avoir; | un bois percé , où étoient les deux Svyts- que le Souverain Pontife jetoit fur les deux Boucs > le jour des Pardons. Ces deux Sorts étoieut deux ! feuilles d’or ; & fur l’une il étoit écrit , pour Dieu;: 1 fur l’autre , pour A^azel. On peut voir le cha- pitre feiziême du lévitique; L* Autel des Sacrifices ou de /* Holocaufle , de" pierres quarées , étoit élevé devant la porte du Temple : 8c Jacob Jehuda Leon qui eft psrfuadé que cét Autel a été celui du fécond Temple , dit * que le lieu où il avoit été mis , eft le même où Abraham avoit fait T Autel pour facrifier fon fils ifaac. Cét Autel avoit de hauteur , prés- de dix. coudées ; & par deux ouvertures étroites & Ion— s gués , on y verfoit tout le fang des Sacrifices , quk aprés les difcilîations faites dans les quatrë coins,, ! tombait enfuite dans un badin ou refer voir 8c: j/2 Hifloire du Monde . Liv. VIII; * dans une caverne ou cuve qui étoit déflous , & ft inêloit avec l’eau de la fontaine de Hétam. Elle pafloit par des canaux foûterrains dans la cour du Temple , ôc fe rcndoit dans le torrent de Cedron , entre la montagne des Oliviers & Jeru- falem. On alloit a l’Autel par trois montées qui etoient placées a fon Midi > élevées infenfibiement de terre , jufques au haut de l’autel , & éloignées de douze coudées & demie , de la cour du Temple. Oelle du milieu avoit de Hauteur prés' de neuf coudées ? trente-deux de longueur dix-fept de largeur. On montoit à celle qui étoit à l’Orient de la grande , pour faire les dillillations aux coins de 1 autei d ou l’on delcendoit par l’autre montée a l’Occident , quand on avoit fait ces diftillations , ote le fang qui etoit relié pour le verfer dans les ouvertures cjui étoient au SuA Ovvell de l’autel: êc le fel que l’on mettoit fur les degrés de ces trois montées , empeclioit que les Pontifes ne tombafi- iènt quand ils dévoient monter ou defcendre. A 1 Occident de la montée du milieu , il y avoit des oifèaux dans une cage qui étoit quarée, grande d’une coudée de chaque côté ; & s’il leur arivoit quelque indécence quand ils dévoient être facrifiés, & qu’a- pres un certain tems ; ils ne fuffent pas réputés immondes , on les en tiroir pour les brûkr. Un monceau de fel étoit fur cette montée ; & l’on fa~ loit toutes les portions des Sacrifices , avant que de les mettre dans le feu. Prés du coin de cét au- tel au Sud -Ovvell , étoit une certaine quantité de fel dont les Pontifes faloient une poignée de fleur de farine qu ils dévoient tirer des ofrandes de cette efpece , pour y être brûlée félon la coûtume. Ils faloient encore les ofrandes de la même fleur que Fon devait entièrement brûler fur l’autel ; & de-' "cens des] jdeux coupes d’or qui étokmfc Chai». VIIÏ. DnTemple de Jeruptlem a rey miles fur la Table d’or , entre les pains de propoii- tion , c’eft-à-dire , que l’on expofoic. On brdloit à FO rient de l’autel , les bêtes qui é{ oient deftinées au Sacrifice continuel : 6c P on employoit ordinal rement le bois de noyer , ou de figuier , ou de pin 3 quoiqu’il fut permis de fe fervir de tout autre bois* a la refer ve de celui de 1 olivier , 6c de la vigne* Outre ce feu , il y avoit un foyer fur le hau? du même autel, pour entretenir celui qui étoit défi | cendu du Ciel à la Dédicacé du Temple • & un | quatrième foyer ou , le jour des fardons , l’on fe- i foit du feu pour le parfum que F on bruloit dans le i Saints des ^ Saints 6c dans le Temple. Au Sud de j 1 autel , a 1 Occident des montées , étoient deux ! tables > l'une d’argent , fur laquelle on mettoit j tous l es jours, q uatre vingt-treize vaiiTeaux d’argent j 6c d’or pour l’ufage du Sacrifice continuel ; & une I ailtre de marbre , nommée la Table des Suifs , parce | vingt quatre anneaux de fer , difpofés en demi cercle &: à qua- j tre rangs , dont le premier étoit éloigné de huit | coudées de l’autel. Ils en ocupoient quatre en lar- geur • 6c comme il n’y avoit que vin^t-quatre Compagnies dePontifes qui tous les jours lervofent dans le Temple , chaque Compagnie avoit fou anneau pour bien s’aquiter de fon emploi. Huit 3yS ! Hiftoir s du Monde . Liv. Ville tables quarées , toutes de marbre , chacune d’une .coudée de hauteur , & longue d’une & dénué , étoient autour des anneaux dans un efpace de huit .coudées de longueur : & l’on mettoit les entrailles des animaux , fur ces tables , la chair de ceux que l’on devoit cuire , les inftiu mens dont l’on fe fer- moir pour les .égorger , .& pour préparer les Sa- crifices. Prés de .ces tables qui étoient de marbre afin que la chair put s’y rafraîchir , il y avoit huit colonnes naines pour leur petiteffe , fur ief- . quelles on a voit mis des quarés de cedre. Cha- cune avoit trois rangs de crampons de fer , les uns fur les autres ; & les animaux que l’on avoir égorgés , étoient atachés au haut & au bas , félon leur grandeur. Les huit coudées de longueur qu’a- tvoient les tables , finiflbient à la maifon de YEgor- gerie , de douze coudées & demie de largeur , qui -étoit auprès de ces colonnes : & dans Peau des cinq fontaines de-cuivre qui étoient toutes fur leur pied a’eilal , au Nord de l’Autel ^ les Pontifes .avant que de s’acquiter de leur emploi , lavoient leurs pieds & leurs mains, félon quelques-uns^ ou, félon d’autres , les pieds & les entrailles des vidti- nios , avec la chair de celles que l’on devoit cuire. Entre le Portai du Temple ,-fc l’Autel , étoit iun efpace long de cent trente-cinq coudées du Sud au Nord ; fur vin^t-deux de largeur de l’Eft au Couchant. Ce fut là-même que le Roi Achœs fit pofer l’Autel pour le Sacrificateur Vriets , fur le modèle de celui qu’il avoit veu à 'Da.msis ou il etoit allé voir TigUth-PileJer Roi d’Affyrie , pour lui témoigner fa rcconnoi fiance de la faveur que ce J^oi lui avoit faite en le fecourant contre Retzin Roi de Syrie, & contre Pekak Roi d’Ifraël. Dans ce même lieu le Prophète Joël afiembla encore les Anciens & les Pontifes pour y faire une Lamenta- ■Chap.YIÏL Du Temple de Iémfalem 0 tion fur la famine dont le païs étoit affligé : 6c c*eff là encore , qu 'Ezecbul apperçut vingt-cinq hommes qui ayant le dos tourné au Temple , 6c le vifage vers l’Orient , fè proflernoient devant le I Soleil pour l’adorer. Drs Chambres , des Cours , du Tour du | T A EMPLE ; APOrien* de la Cour du Temple, du | .cote aroit de la forte haute , étoit la chambre de Pipe h as qui avoit charge dans le fécond Temple, ci habiller & de déshabiller les Pontifes : 6c il y avoit plufieurs autres chambres ou leurs habits Ct oient ferrez en quatre-vingt feize armoires ; dont quatre etoient deftinées a chacune des vingt- quatre Compagnies qui offleiofent dans le Tempte. A la main gauche de cette porte, étoit une cham- Pîf ° U ^ ° n °'® lo ^ ^ ur dc farine pétrie avec 1 huife , dont la moitié étoit prefentée par le Souverain Pontife , au matin ; 3c l’autre, au foir. A 1 Orient de la cour du Temple , proche de la porte neuve qui fut nommée depuis , U porte de cuivre , il y avoir la chambre de Gcmacia , où G mm an a fils de Saphan , où Baruc , par le coin- i mandement de leremie , lut devant le peuple , la 1 prediélion de la ruine de Jerufalem par le Roi de Babylone. De ce côté même , étoit la chambre I de 1 Eunuque Nethan Melec ; 8c à un angle de i cette cour , il y avoit la chambre de pierre ,°parçe qu’elle en étoit toute bâtie , où le Pontife qui de- I Z?}} brûler la Vache rouge fur la montagne des ! Oliviers , étoit obligé de demeurer fept jours 8c i le pt nuits pour fe purifier avant l’immolation de cette viéfime. Au Nord de la cour , étoit une Chambre qui dans fa longueur , contenoit celle de toutes les autres en dehors & en dedans ; & c’eft la que refidoient continuellement les Pontifes qui ; gardoient le Temple. Tes trompettes d^argem VSo ffiftoîre du Menât. Liv . VHÏ. étoient pendues aux fenêtres ■ & les Pontifes avaient accoutumé d’en fonner au commencement ou à la fin des jours du Sabbat , les jours de fete , & quand le Sacrifice continuel devolt J tre .,°f ^ Dans les quatre coins de cette chambie , 1 y Dans les qu . jw,à l’angle exte- L‘c T .ÏÏw.op^ ck *“- ÿî.'ttffc.é'ïfïè: « moyen, on enpieno.i do» P« ur '' S £ c rifice\ on en remettoit deux autres , & P _ Ipç r^eux premières , on laiiloit les crifice , on .en remet ton ucu* , - i nant toùjours les : deux premières on Iwffo i 1 deux nouvellement mifes j ufqu a ce qu elles y Ârp miatre iours , a. compter du pie deux nouvellement mue» juj^u - — ~i- j l’anode extérieur vers le Couchant , tVaSel P angle extaieur vers le Couchant 4 J —=1. Ch»»;b« ‘»«S< étoit nommée la Chambre »*sj*»* >y“ f tretenoit continuellement du feu pour les Pontiles qui s'y chauffoient quand i s «vendent de .Je la- . Y & nar un efcalier qui etoit dedans , ou il 7 avoit des 1 torches toujours allumées , °’l, d . doit dans une chambre fous la cour , du Temple , SS k chambK s’étoient purifiez , allotent fe lave • J . elufieurs autres chambres , comme celle de Sfien 5«Sk Porte la plus Occidentale au Nord d< la cour , du Temple , où la nuit, les jeunes Ponn- I £ Ch AP. VIII. Du Temple de Jentfa f cm, es a voient leur Garde ; la chambre extérieure du meme cote , ouïes Levites fàifoient la même cho- ie que les Pontifes , nommée la Chambre des of- frandes , parce qu’elle étoit proche de la porte du même nom ^ une autre en dedans , nommée la Chambre du fel , parce qu’en ce lieu étoit le fel que l’on deftinoit pour les Sacrifices. A ce côte même , étoit une chambre ou l’on là-loi c la peau des viâfimes , pour en empêcher la mauvaife odeur & la pouriture : la chambre où les groflèi entrail- les étoient lavées : & fur celle de Pima qui étoit le nom d’un homme , une autre où fe lavoir le Grand Prêtre qui étoit obligé de fe laver quatre fois ,1e jour des Pardons. En de hautes chambres en dedans , les Pontifes & les Levites fe mettoient a table : ceux-là , pour manger les portions des Sacrifices ; ceux-ci, pour offrir leurs Sacrifices de paix * & au Midi de la même cour vers l’Occi- dent , étoit la Chambre des pierres polies. Dans une moitié que l’on tenait faince , les Rois /euls a voient le privilège de s’y affçoir ; & l’on pou- voit être aflis dans l’autre qui n’étoit pas eftimée fi fainte. C’eften cet endroit que prenoit féance le grand Sénat compofé de foixante & onze perfon- nés , qui fut établi en mémoire de celui de Moife a qui Dieu avoit ordonné de choifir foixante 5c -dix Anciens, dont il devait être lui-même le Chef. Il y avoit au même côté , une autre chambre , nom- mée de la Roue , parce que l’on tiroit par une roue l’eau d’un puits que beuvoient les Pontifes & les Levites à qui le vin étoit deffendu le jour de leur adminiftration dans le Temple. D’autres la nomment de Captivité ; à cadfe du puits que creu- ferent ceqx qui avoient rebâti le Temple quand ils retournèrent de la captivité où ils avoient été à JSabylone^ Tme%y % Q*, 3£i Hijloire du Monde Liv. VIIL Derrière ces chambres , il y en avoit une autre en dehors , au Sud , nommée la Chambre du bois , ou des Prélidens ; & c’elt en cc lieu que le Souverain Pontife en fortant du Temple , quittoi.t fes habits, fa mitre facrée , avec le Hofchen & la lame d’or , où étoit gray.é le non* de Dieu , c’eft-à-dire y le Te et oral , fur lequel étoient douze pierres precieu- fes , attaché à 1 ’Ephod qui étoit une efpece de Camaïl qui ne defeendoiî qu’à demi-pied prés de la ceinture. Les Hebreux nommoient ce Peéloral avec fes pierreries , Khofen Mifoath , le Peétoral du jugement. a Ces douze pierres étoient nommées Vrim & Thummtm , qui fignifient Clartés ou Lu- mières Perfections ouVeritez. C’étoit par elles que Dieu répondoit clairement aux chofes fur lef- quelles on avoit accoutumé de le çonfuher en ce qui pouvoir regarder le Roi , TEtat , .ou l’Eglife, Mais les plus fçavans n’ont pu définir , ni ces per- ferions , ni ces lumières , comme le confefle Abcn Ezra fur le troifiéme verfèt du vingt-huitième chapitre de l’Exdde. Je fçai à peu-prés ce qu’ont écrit des Rabbins fameux , fur les douze tranfpo- Etions de lettres ou Hœvaiothàu nom Iehova ; fur les foixante & douze lettres & le fupplément du mot Scbem-Hammphorafch qui étoit dans la dou- blure ou dans le replis bas du Pettoral ; fur l’efprit du Prêtre éclairé par le Madregah , Eun des degrez du faint Efprit : fur la voix celeftc & baffr > ou B*l * Kol y qui fortoit du milieu des Chérubins du Pro - fitiatoire. J’ai lu fur cette matière de fort bons Auteurs ; & ce que j’ai lu dans leurs Traitez , Sc en beaucoup d’autres , m’a confirme dans 1 opinion que j’ai toujours eue , de la foiblélfe & de^ 1 aveu- glement des plus grands hommes , où il s’agit de z Les 70 * &Jcfepbe le mmnuHt Aopov ■ ’Phihn Jwf > Chap. VIII. DttTemple de Jerufalem. i<$j la découverte des fccrets de Dieu. Au refte , je ne fçaurois oublier ici que les Talmudiftes veulent que Moyfe , pour la taille & pour la poliffurc de ces pierres precieufes , fe Toit fèrvi du Schnmir qui ecoit un ver , comme ils le témoignent , de la . VIII# Du Temple dcjerufaïem . quand on les avoit ôtez de ces tables d'br , ! QJij 366 Hifioire du Monde Liv. VIII. èc tirez du Temple. Sur des chevrons de cedre , dorés & fou tenus de quelques colonnes d'argent , qui étoient à chaque côté de la porte , on avoit étendu une vigne d’or dont les grapes égaloicnt en grandeur celle d’un homme , & dont les grains n’étoient que de pierres précieufes. Elle fut dédiée par le Roi H érode ;& fon prix étoit de mille Talent ou de vingt -quatre millions d’or. Quelques-uns l’ont réduit à quelque chofes de moins , & peut- être que la fupputation eft plus jufte. On avoir ataché aux fenêtres , de certaines couronnes d’or , & d’autres d’argent , dont l’une fut mife fur la tête de léhofua fils de Iéhofadac fouverain Pontife; 1* au- tre , fur celle de Zerubahl: Et au haut du por- tai , pendoient en forme d’échelles , des chaînes d’or , par lefquelles montoient les jeunes Pontiies en confirmation du fouvenir , pour voir ces cou- ronnes. Ces chaînes étoient dans le fécond Tem- plc. Le Temple Inférieur. La porte que l’on appelloit par excellence , U grande forte , haute de quarante coudées , fur vingt de large , étoit fer- mée par quatre autres portes , faites du bois de l’arbre qui porte le baume. Deux de ces portes qui étoient au bout de la muraille dont elles cou- vroient Tépaiffeur , s’ouyroient en dedans. Les deux autres , à même diffance que les premières , pofées au front de cette épaifleur , s’ouvroient vers les cotez du dedans du Temple : & ces quatre portes cifelées , avec des Chérubins & des palmes, étoient couvertes de lames d’or. Sur la grande porte , pendoit le jour des pardons , un flocon de laine rouge , nommé Lafon , parce qu’il étoit de la longueur &: de la largeur de la langue : & fi cette .laine devenoit blanche après avoir été mife entre les cornes d’Atari ou du Moue qu’on aYoit Ch^p. VIII. DaTempk de Ierufalem. voyédans le defcrt où il étoit précipité d’un ro- cher , c’étoit une marque indubitable , félon les Rabbins , que Dieu avoit pardonné les péchés du Peuple. Un voile de lin pendoit fur la porte , auprès de laquelle s’affeyoit le Roy devant le Seigneur , pou,r manger les portions du Sacrifice de? Pacifiques , quand il en ofroit. Dans la même muraille du Temple , au Sud de la porte , étoit un guichet que l’on n’ouvrit point dans le fécond Temple , parce que l’on fe fervoit de celui que l’on avoit mis au Septentrion : & le premier fait dans l*é« paiffeur de la muraille , conduifoit à un efeaiier à viz , à plufeurs degrés , par lequel on pouvoir monter & defeendre dans les trente-huit cham- bres qu’on avoit bâties autour du Temple. La pre- mière partie de ce Temple , haute & longue de quarante coudées , large de vingt , étoit nommée le Palais du Seigneur , U Temple extérieur , ou / 1 Saint : & c’elt en ce lieu que le Boi Manaffé fît mettre l’Idole qu’il adora. Le pavé étoit couvert de planches de cèdre , fur lefquelles on avoit éten- du des lames d’or. Le lambris étoit de foliveaux larges , hauts de deux coudées, avec des poutres au deflous , de l’épaiffeur d’une coudée en quaré > le font orné de divers fleurons > enrichi d’or & de pierreries. Les fenêtres étroites en dedans v larges en dehors , âftvertes dans la muraille autour du Temple , étoient de treillis d’or : & le long da Temple , à deux coudées & demie de la mura il f e , au milieu de la Table de Moïfe , il y en avoit dix autres d’or , que fit faire le Roi Salomon ; cinq au Nord, & cinq au Sud. Au milieu du Chandelier de Moïfe , batü en amande , c’efl-à-dire , marqué des coups du marteau fous lequel il a^oit été étendu, 8c qui étoit du poids d’un Talent , il y en jéS Hijleire du Mende. Liv.VIIÏ. a /oit encore cinq autres du même métal , de cha- que côté. Devant le voile du Saint des Saints , on avoit placé l'Autel du -parfum , qui étoit de pierre , revêtu de cèdre & de lames d’or ; ce qui elt marqué dans le trentième chapitre de l’Exode : $c c’eft par cette raifon qu’il eft nommé dans Ezé- chiel , l'Autel de pierre ; & l'Autel d'or , dans le quatrième chapitre des Nombres. Ce parfum , fé- lon Rabbi Jacob Jehuda Leon , étoit eompofé de galbanum , de maftu , de ftafté ,d’ encens blanc , de mufe y à' ambré gris , de fafran , de benjoin ; de canelle ; d’ afpic d'outre-mer , & de cinnamome . Mais comme le ftafté n’efl: qu’une goutte , une di- ftiilatio» , ou une larme ; & qu’il y a des larmes de myrrhe , d’encens , de baume , &c. Les Interprètes font aufli peu d’acord fur ces chofes , que fur les douze pierres du Feftoral, outre que l’ambre gris n’a point été connu des Anciens. Pour le galba- num , qui eft d’une odeur affez fâcheufe aux moins délicats , il fignifîe peut-être , que dans nos meilleures avions 3 i 1 y a toujours quelque choie d’imparfait , fi l’on n’aime mieux dire après Sa- lomon Jarchi , qu’on rnêloit le galbanum dans ce parfum , pour avertir les IfraeHtes que parmi ceux qui vi voient fort bien , ils dévoient foufrir ceux dont la vie étoit de mauvaife odeur. Dans le premier Temple ,le Saint étoit leparé du Saint des saints , de V Oratoire , jdu du Temple Intérieur , par des planches de cèdre, épaiffes d’une coudée , hautes de vingt , dans lefquelies on avoit taillé des palmes , des boutons de fleurs , & des Chérubins ; & tout y étoit couvert de lames d’or. Sa porte étoit defix coudées de hauteur , large de fept , taillée & enrichie comme les planches de ré- paration , & faite du bois qui produit le baume. Dans jç fécond Temple, le Saint n’étoit feparé eu Saint des Saints, que par deux voiles , tous deux Chaî. VIII. Dh Temple de ferufalem . 36^ étendus l’un au Nord, de la largeur du Temple vers le S*int des Saints ; l’autre , au Midi vers le • Saint , chacun avec Ton crochet d’or : & c’efl: par ces voiles que le Pontife entrotf dans le Saint des Saints , le jour des Fardons , c’eft- à - dire , le dixiéme de Septembre , que cette fête étoit célé- brée. Son pavé étoit de la forme de celui du Tem- ple Extérieur , aufîi bien que fon lambris &c fes fe- nêtres. On n’y avoit rien épargné pour la fcul- pture; & l’on n’y voy oit que des pierreries & des lames d’or. Dans le milieu de cet Oratoire, ou du Saint des Saints l'Arche du Tefi'ament étoit pofée fur une piece de marbre haute de trois doigts. Elle étoit de bois de cedre ; avoit une coudée & demie en largeur ; en hauteur , autant ; deux & demie en longueur ; étoit couverte dehors & dedans , de la- mes d’or qui s’avançant en dedans , ou de fa cor- niche , ou de fa moulure , lui fefoient au haut , une efpece de couronne. Le Propitiatoire , ou la couver- ture de cette Arche , étoit enebâffée dans la cou- ronne : & des deux bouts de la couverture , for- toient deux Chérubins d’or , chacun avec quatre ailes étendues. Ils couvroient l’Arche avec les Eautes j leurs corps avec les baffes : & entre ces Chérubins , on voyoit une nuée faite en colonne remplie de feu , par laquelle Dieu étoit reprefenté lors qu’entre ces mêmes Chérubins , il femontroit fur l’Arche du Teftament ou de /’ Allan ce. Je ne parle ici , ni de la Table , dont le dôme étoit couronné de lames d’or , fur laquelle étaient les douze Tains de proportion , de fleur de farine paffée onze fois, fans aucun levain, plats comme un tourteau , dont chacun pouvoit être de cinq livres ; ni de la Cruche de Manne , que l’on ei c pnfe pour du criftal. Quoique je n’aye parlé qu’ea paffant ; des deux lames d’or , fur l’une defqueiks j 70 Hiftoire du Monde. Liv. VIII, on adroit' écrit , Pour le Seigneur ; fur l’autre , pouf Azazel , je me contenterai d’ajouter que ce dernier mot qui: eft compofé , lignifie Bouc qui s'en va ; qu^il eft tiré , félon quelques-uns , de l’Arabe Azala , c’cft-â-dire , feparerjloigner : que félon la forme de certains pluriels Aiabe-s , on peut en avoir fait A z a z i i , éloignement ou féparatton. Ainfo l’un des boucs , étant par le fort , jour le Seigneur ; l’autre, pour les /épurations ou éloignemens , celui- ci de voit être euvoyé dans le defert , ou fur la montagne , qui eut le nom d 'Azazel , par cette raifon. Quelques Rabbins même ont pris c et- Azazel , pour le Diable à qui l’on donnait ce bouc : & entre les Z abïens fameux Idolâtres qui vouîoient que le Soleil fut le prémier Dieu ; qui leconnoilfoient pour Divinités la Lune & les Affres , il s’en eft trouvé qui ont adoré jufques aux Démons qui , félon eux , avoient la forme de bouc, ee que l’on peut voir dans le Directeur du Savant Moïfe Egyptien. C’eft avec le même aveuglement qu’il y a^encore des gens parmi nous, qui croyent que le Diable fe fait adorer dans le Sabbat , fous la figure de cét animal* a Je laiffe la Lame de Con- juration , fur laquelle étoit écrite la conjuration que l’on fefoit à la femme dont le mari étoit de- venu jaloux ; de quelle maniéré ce mari la menoit au Prêtre qui lui donnoit à boire d’une certaine eau , dont elle crevoit , fi elle étoit véritablement coupable ; & qui ne produifoit point en elle , un mauvais effet , quand la jaioufie de fon mari étoit mal fondée. Je ne parle point encore des Fontai- nes de cuivre ou de fonte montées fur une baze ; quartes ; de quatre coudées de grandeur ; hautes de trois ; relevées aux quatre côtés , de quatre fi- a De Aquis amaris nuledi&ioncm inferensibus , vulgo die* sis fcelotypiæ , videatux Andréas Acolutus. Ch AP. VIH. t>n Temple dejentfalem* 37 ï gurcs de veaux , de lions , 8c de Chérubins j or- nées de moulures & de frifes ;& portées fur quatre roues , comme un chariot. On aura pu voir , ou dans l’Ecriture, ou dans Jofeph , la Mer qui étoit du même métal qu’étoient ces fontaines , foûtenuë fur douze veaux , dont trois étoient tournés du même côté , ayant le derrière en dedans ; & qui par leurs gueules rendoicnt l’eau qu’ils recevoient par leurs pies , de la fontaine à’Hetam , éloignée de quatre mille cinq cens coudées de Jérufalem. Mais je veux bien dire ici quelque chofe de la Verge d’Aaron , avec fes amandes 8c fes fleurs, pofée devant T Arche d* Aliance : & il me femble que j’en dois parler , puifque la plupart des gens font perfuadés qu’elle a été diferente de la Verge de Moyfe. Comme Dieu avoit établi Aaron 8c Moyfe Chefs de tout le refte des Ifraelites , l’un dans l’Eglife ; l’autre , dans l’Etat ; il leur ordon- na , fur le murmure des Ifraelites , de mjttre de- vant l’Arche du Témoignage , une Ve*ge pour Levt ; 8c douze autres pour les dm7e Tribut d'ifraél , avec les noms des Ch( de la Tribu de Levi , Dieu lui commanda d’écrire le nom de fon frère Aaron fur la Verge* de cette famille , ou parce qu 'Aaron étoit l’Aîné ou parce qu’il s’agiiToit principalement d’afiurer à la fa- mille d’Aaron , la Sacriflcature qui lui étoit dif- putée par Coré , de la même race de Levi ; par Dathan 8c par Abirott ,*de la pofterité de Ruben. Les fleurs 8c les fruits de cette Verge firent con- noître le choix que Dieu avoit fait : & il eft allez remarquable que dans le fixiéme & dans le feptiéme chapitre de l’Exode , ou il s’agit des miracles de Moyfe , cette Verge eft nommée fix fois S U Voge d’Aaron : 8c que dans le verfet onzième du ving- écrits fur ces Verges. Quoique 37 1 Hifielre dn Monde. LiV. VIII. tierce .chapitre des Nombres , la Verge que tir# Moïfe , du Santuaire , pour en fraper le rocher , Sc quieft la même aparemment , eft nommée la Verge de Moyfe. Ainfi telle eft nommée diverfement à divers égards ; U Verge de Dieu , parce que Dieu l’acompagnoit de fa vertu : Verge de Moyfe , parce que Moyfe s’ën étoit fèrvi pour tous les miracles qu’il avoit faits ; Verge d'Aaron , parce que le nom à'Aaron y fut écrit , quand on la mit dans le San- tuaire , & qu’il la portoit comme fon Ajoint, après Moyfe qui en fefoit de fi grands miracles. Elle fut nommée Verge de Levi , parce qu’elle fut portée dans le Santuaire par Aaron ; 5è pour la Tribu de Lévi * avec les douze autres d’autant de familles. Le Temple Supérieur qui avoit fa porte au Sud, étoit aufli grand que l’inferieur j & les richefTes en étoient égales. On y gardoït Ibs vaifTeaux 5c les inflrumens du Tabernacle , farts par Moifè, dans le defert , fes colonnes , fes ceintures , tes chapiteaux , l’Autel de cuivre ou les Sacrifices étoient brûlés ; & l’autre d’or , ou l’on bruloit le parfum dont j’ai parlé. Dans le Suint des S aints , étoit une Arche de bois de Cedre > od les deux premières Tables du T e fument , qui avoient ete faites par Moïfe , étoient gardées , Sc a cote , une autre Arche , ou étoit le livre Original de la Loi ? écrit par le même , avec les autres livres^ facres. Par un degré de planches de cedre , proene de la porte ; on montoit au toit qui étoit en dôme , dont le haut étoit tout couvert de lames d’or : & autour de la couverture, étoit une baluflrade haute de trois coudées , pour empêcher que l’on ne tom- bât. Sur la couverture Sc fur la baluflrade, on avoit enclavé de certaines pointes d’or fort aigues, d’une coudée de hauteur , qui aclievoit les cent de hau- teur qu*aYoi.î Je Tejnple ; & qui empêchoient les Chà?. VIII. Du Temple de lerupttlem» 375 °ifeaux de fe mettte fur la couvertufe , & de la fiilir. Des diferens degre's de lA Situation des Fabriques du Temple. Tout ce que j’ai dit , fait affez voir que les fabriques du Temple n’étoicnt pas fur une même hauteur ; au contraire* que chacune avoir fa fituation propre , Bc une élé- vation diferente , jufques au fomet de la montagne de Moriah fur laquelle tout le Temple étoit fondé» Celui qui ailoit dans ce même Temple par le portai qui étoit à FOrient des portaux extérieurs, marchoit par un plan uni jufqu’a. l’efpaee nommé le Rampan qui étoit en dehors autour de la mu- raille des cours de dedans : & de ce Rempart , il entroit par douze degrés Hx coudées de hauteur , dans la cour des Femmes. De celle-ci > en s’avan- çant droit jufques au côté Occidental de cette cour , il montoit par quinze degrés de fept cou- dées & demie de hauteur ; 3c arrivoit dans la cour des~ ifraelites , d’ou paffant droit par un plan égal, juiqu’à l’Occident de la même cour , il montoit un degré haut d’une coudée , & trois autres au delïus, chacun de demi coudée , ce que l’on nommoit le Pupitre des Lévites Il marchoit enfuite dans la cour des Pontifes , plus haute d’une coudée & demie , que celle des ïfraelites ; & continuant par la plaée oii l'Autel des Sacrifices étoit élevé , & par celle qui étoit au de la de cét Autel, il entroit dans le portai du Temple , par douze degrés hauts de fix coudées. Ainli , le payé du portai & celui du Temple étant en hauteur égale fur la monta- gne , il ié trouvoit qu’ils étoient plus hauts de vingt coudées , que le pavé de la porte Orien- tale des portiques extérieurs. Des degre’s de Sainteté*. On en comptoit fept , les uns plus grands , & les autres moindres.*. Hiftoire du Monde. Liv. VIII. Celui de la cour des Gentils , ou de la montagne du Temple , étoit crû plus faint que la cité même de Jerufalem : &c il n’étoit permis d’y entier à aucune femme relevée de couche , avant que d’avoir été purifiée ; à aucune femme ni à aucun homme qui eut la maladie dont il efr parlé dans le troi- fiéme verfet du quatrième chapitre du Lévitique. a Le fécond degre étoit celui de la cour des Vemmes , dans laquelle aucun Payen ne pouvoit entrer-encor- moins un Ifraélite qui avoit touché un corps mort. Le troifiéme étoit celuy de la cour des ifraelites dont l’entré étoit abfolument interdite à ceux qui n’avoient point aporté ce qu’ils dévoient pour le Sacrifice , quoiqu’ils fc fuffent purifiés. L’autre étoit celui de la cour des Pontifes , ou qui que ce foit qui étoit fouillé ne pouvoit entier ; 8c s’il y entroit , il étoit jugé digne de mort. Le cinquième étoit entre le portai & l’Autel; 8c il n’y avoit au- cun Pontife qui pût y entrer s’il avoit quelque defaut ; fi fes habits étoient déchirés ; ou s’il pot- toit les cheveux longs comme les perfonnes qui étoient en deuil. Le fixiéme étoit le degré du Temple , ou il n’y avoit que les Pontifes qui pouvoient en- trer , après avoir lavé leurs pieds 8c leurs mains ; Ou le Roi même , quand il s’affeyoit auprès de la porte du Temple devant le Seigneur , pour y man- ger fa part des victimes qu’il offroit. Le dernier 8c le plus grand de tous les degrés étoit celui du Saint des Saints ou il n’étoit permis qu’au Grand Pontife d’entrer une fois l’année , comme je l’ai dit: êc ce jour là , il y entroit quatre fois après' s’ètre quatre fois lavé. Il y avoit cinq^degPve’s de dignité’ parmi a Mons T empli y.otT* , aut Atr.um Gentium > le- eus prohibitus , çiiftopf'vvcuç 8c ywopfaioic. GîÏAP. tTIII. Du Temple de lerufalem . f/f les Pontifes ; Sc le premier qui étoit le Grand, ou le Souverain , a voit fous lui , un Sœghen ou Coad* juteur , à qui tout le relie des Pontifes étoit fujet ; & il en étoit apelé le Prince , ou le Premier. Le Grand Pontife î’avoit à fa droite quand il en étoit acompafgné ; Sc à fa gauche , le chef de la famille des Peres , Sc l’un des fept Intendans des lept claf- les des Pontifes qui chaque femaine 1er voient dans le Temple. Les Kafikolinsy Députés ou Sou-Vicaires de ce même Prince , qui ne pouvoient être moins de deux , marchoient apres lui : Sc fous ces der- niers , il y avoit des Immarcalins qui ne dévoient pas être moins de fèpt , à qui Pon avoir commis la garde des clefs du Temple qui n’étoit ouvert qu’en leur prefènee. Les Gidsbarins , fous ceux-ci, qui ne pouvoient être moins de trois , étoient les Treforters • parce qu’ils a voient Padminiftration de l’argent du Temple , Sc qu’ils le difhtbuoienc félon que la bienleance , ou la necefïité le deman- doit. . v Les Minifires du Temple , étoient diftin^ués par leurs emplois ; Sc Pon en comptoir jufques a quinze Ordres. Dans chaque Chargeai y avoir un Sur- Intendant ; de fous celui-ci, d’autres Miniftres qui lui fervoient de Coadjuteurs. Le premier éto-it le Sur-Intendant desTems , qui toutes les Semaines , avertilfoit les Pontifes & les Levites , quand le temps les apeloit au Sacrifice continuel , & la clauè des Ifraeîites qui devoit alïifler au Sacrifice. L’autre étoit le Sur-Intendant des Portiers , qui leur commandoit d’ouvrir Sc de fermer les portes du Temple ■ Sc qui donnoit ordre quand on les ou- vrait , que les Pontifes fonnaffent de leurs Trom- pettes. Le troifiéme étoit le Sur-Intendant des Gardes , qui acompagné de fon efcoiiade avec des torches au devant de lui , fçfoit chaque nuit , la Hlftoiredu Monde tiv. VIIÏ. *onde. Si quelqu’un alors étant de garde, ne fe le*~ voit point , quand le Capitaine s’aprochoit de lui * ou s’il manquoit de le falu’ér , le Capitaine le pu- niffoit , 8c lui commandoit s’il le vouloit , de brûler Ton habit pour cette faute , parce que c’étoit une marque manifefte qu’il s’étoit endormi dans le tems même qu’il devoit veilleiv II y avoit le Sur-Intendant des Chantres , qui chaque jour , choififfoit les Levites qui dévoient chanter au pupitre , & les Pontifes qui dévoient fonner de leurs Trompettes , quand on brûloit le Sacrifice conti- nuel * & que l’on fefoit les effufions de vin fur l’Autel. Le Sur- Intendant des Orgues > 8c des au- tres Inftrumens de Mufique , choififfoit chaque jour , les Organises qui , pendant que les Levites chantoient , dévoient jouer de ces inftrumens. Le Sur-Intendant des Sorts tiroit chaque jour , entre les perfonnes de la claffe qui devoit fervir , afin que chacun entrât par le fort , dans fon Miniftere, fans confufion 8c fans difpute. Le Sur-Intendant des Billets , les diftribuoit pour un certain prix , à chaque perfonne qui devoit ofrir un Sacrifice. Le Sur- Intendant des Baux , avoit foin que les citernes , les puits , les fontaines fuffent toujours en état de fournir de l’eau en telle abondance , que l’on n’en manquât jamais dans le Temple , ni dans la ville de Jerufalem. Le Sur-Intendant des Mala- des , avoit foin des Pontifes 8c des Levites , fi quelque indifpofition leur arivoit. Il y avoit le Sur-Intendant des Tains de Proportion ; celui du Parfum ; celui de la façon des Voiles du Temple ; & defes Portes : 8c le dernier étoit le Sur-Inten- dant des Habits des Prêtres Les Lévites , 8c tous les autres Miniftres du Temple , au nombre de trente-deux mille , cha- cun âgé de plus de trente ans , étoient partagés Ch AP. VIII. Dtt Temple de Jerufalem. 577 £n vingt-quatre Compagnies dont Tune fervoit chaque femaine : 8c celle-ci étoit divifée en fix clalTes dont l'une devoit fervir chaque jour. Quoi que l’on oirît tous les jours , le Sacrifice continuel & le parfum, le nombre des Pontifes étoit fi grand, qu'un même Pontife ne fervoit jamais deux fois > parce qu'il n'étoit permis à qui que ce fût , à la referve du Grand Pontife , d’ofrir le parfum plus d'une fois en toute fa vie. Des vingt-quatre Com- pagnies qui toutes les nuits veilloient dans le Temple , il y en avoit trois de Pontifes , vingt- &-une de Lévites : 8c comme chacune étoit de dix hommes , chaque nuit , il y en avoir de garde , deux cens quarante , pofés aux angles & aux autres lieux des cours qui étaient autour du Temple. On avoit une & grande vénération pour ce Tem- ple , que dans le détroit même de la montagne lur laquelle il avoit été bâti , if n'étoit permis à qui que ce fût, d'entrer le bourdon à la main ,les fouliés aux pieds , ou les pieds faits de quelque pouffiere m de porter de l'argent Lé dans le mouchoir. On n’ofoft même y entrer par une porte , ni fortir par l’autre pour acourcir fon che- min ; & l'on n'y crachoit jamais à terre. Par quel- que porte que l'on y entrât , on devoit marcher doucement a droit jufqu'au lieu où il étoit per- mis d'aller , à la referve des Excommuniés , & de ceux qui étaient en deuil , qui dévoient marcher à gauche pour être connus. Le Pontife , ou le Lé- vite , apres s'être aquité de fon miniftere , 8c gé- néralement les Ifraelites ne tournoient jamais le dos au Temple quand ils en fortoient ; mais la. tête penchée d'un côté , le corps baiffé , ils fe retiroient avec refpeft , marchant en ariere jufqu'à ce qu'ils fufTent tout â fait dehors. Des dix Merveilles du Temple. Les Ra.b* ^8 fJïfioire du Mondé Lrv. VIIÏ# bins croyent que dix merveilles continuèrent datis k Temple tant qu’il fubfifta. Jamais femme greffe qui étoit allée dans le Temple , n’y fit une fauflh couche pour avoir fenti l’odeur de la chair des Sa- crifices. Jamais cette chair ne fe corompit. Quoi qu’il y en eût une grande quantité , jamais on ne vid de mouches dans la tnaifon ou les viennes étoient tuées. La nuit qui précéda le jour des Par- dons , jamais Pontife ne fut fujet a cet accident qui cfï marqué dans le feiziéme verfet du quinzième chapitre du Levitique , & dans le dixiéme du vingt- troilième chapitre du Deuteronome. Le feu des rangs de bois brri le fur l’Autel , quoique décou- vert , & par oonfequent , expo fe à Pair , ne fut jamais éteint par les pluyes , quelques grandes qu’elles pûflent être. Quelque fort que fut le vent, il ne fit jamais pencher de côté , la fumée du feu de cét Autel ; & il montoit droit au Ciel comme une colonne. Dans la mefure de la nouvelle orge que l’on ofroit le fécond jour de la Paque fur PÀutel des Sacrifices : Dans les deux Pains leves que l’on fefoit de fleur de farine de blé nouveau > que l’on prefentoit la fête des Semaines , fur cet Autel ; ni dans les Pains de Propofition , lon^ne commit jamais d’indecence. C’eft -~à - dire que 1 ort ne tira jamais par hazard , ces chofes du Temple ; qu’elles fe trouvèrent dans le tems preferit; Ôt qu’el- les ne furent point touchées d’un reptile immonde. Les Ifraêlites qui s’affembloient dans le Temple, aux* trois Fêtes foiennelles de Pannée , aux jours dm Sabbat , aux nouvelles Lunes , & qui étoient prefl* fés dans les cours pour la prodigieufe fouie qui s y rencontroit , s’y trou voient au large quand ils le baifloient pour s’humilier , quoi qu’ils deufTent être plus à l’étroit dans cette poftüre que dans Pautre. Jamais fe-rpent ni aucune bête venimeufè Ch AP. VIII. DuTempïe de lerufalem. yjçp île fît mal dans Jerufalem : & jamais Homme ne s’y ennuya pour n’y point trouver de placer' à louer. Cent foixante-trois mille fix cens hommes , par- mi lefquels il y eut trois mille Sur-intendans pour obliger le Peuple de travailler y 8c trois cens Maî~ très qui donnoient leur ordre pour l’execution de toutes les choies neceffaires , furent employés à bâtir ce Temple ; 8c l’on fut fept a$s à l’achever. Gomme il étoit tout de marbre blanc , pur 8c vif r on Peut pris de loin pour quelque haute monta- gne de nége: 8c quand le Soleil en fe levant , fra- poit les endroits qui étoient dorés -, il en fortoit uir éclata peuprès pareil à celui du feu. Il fembloi^ être fi élevé audeïïus de la montagne , que quand: quelqu’un étoit fur le portai du Midi , l’un des- quatre que l’on avoit mis autour du Temple ,em dehors qu’il vouloit reconnoître quelque chofe en bas , il étoit obligé de fe retirer , parce que la: veue lui manquoit avant qu’il put pénétrer jufqu’au? fond de la vallée qui étoit fous loir: qu’il lentoit une efpece d’e vanouïiTement 3 8c un tournoyemenlf de tête. Des Vaisseaux d’ok et d’argent. Il y avoit vingt mille tafTes d’or ; 8c quarante mille: d’argent. Des chandeliers d’or de la façon de ceux de Msyfe , dix mille : 8c quatre-vingt mille cru- ches d’or pour le vin. Dix mille ballins d’or vingt mille d’argent. Soixante mille autres plats d’or , dans- lefquels on offroit la fleur de farine: qui étoit pétrie avec de l’huile ; 8c cent foixante mille d’argent. Soixante mille autres plats d’or , 8c autant d’argent , dans lefquels on pêtriffoit cette même fleur. Vingt mille vœifïeaux d’br y 8c quarante mille d’argent , dans lefquels on mefuroit? k vin 8c l’huile pour l’àdrmnlfkation des offraiu- 38e Hiflolre du Monde 4 L iv. VIII. des. Vingt mille eneenfotrs d’or , cinquante mille d'argent , dans lefquels on mettoit Je feu du grand autel pour faire le parfum dans le Temple. Deux cens mille trompettes d’argent , de la maniéré qu’el- les avoient été ordonnées par Moïfe. Quarante mille harpes & eiftres d’or , à vingt carats , dire , à quatre parties d’or , & une d’argent. Dix mille tables d’or fur lefquelles ces va.fi'eaux étoient pofez : & toutes ces chofes jointes en- femble , étoient au nombre de neuf cens vingt mille. ïl eft encore remarquable qu’entre les vai fléaux d’une même efpéce , il y en avoit trois au moins , afin que l’on fut toujours en état de prendre l*un pour remplir la place de* celui qui pouvoit avoir été fouillé. Si quelque vaiffeau d’or, d’argent , eu de cuivre, étoit gâté ou rompu , on étoit obligé de le refondre. S’il arrivoit même que les habits der Pontifes , fuffent déchirez , ou s’il s’y trouvoit la moindre tache , il n’étoit permis , ni de les ra- commodcr , ni de les laver pour s’en fèrvir. On en prenoit d’autres qui étoient neufs : &: des vieux , on faifoit des mèches pour être mifes dans les flambeaux des chandeliers d’or , dont tout le Tem- ple étoit éclairé. Les lames d’or dont il étoit par tout revêtu , avoient au moins Tcpaiffenr de trois ducats ; & la valeur de celles du dedans du Tem- ple, montoit , félon Jacob Jehuda Leon , à qua- rante-quatre millions deux cens quatre-vingt mille écus. Il ne compte ni l’or de la couverture du portai enrichi par tout de ces mêmes lames ; ni des murailles , ni du ciel , ni le feuil de la porte du Temple Supérieur , ni celui defon frontifpice & de fon toit. On ne fera nullement furpris de tant de richefïes quand on fe feu viendra que la vaiffelie du bufet de Salomon , & tous les vaiiTeaux. ChAî». VIII. Du Temple de lerupilem . j| f dont il Ce fcrvoit dans fon Palais , étoient d’or : lous Ion règne , l’argent n’étoit pas plus efti- * ne a Jeruialem , que les pierres. Et pour faire concevoir en peu de mots , la beauté du Temple . U lumt de dire que Dieu en a voit été l’archi- tCCCCf Après la defeription que je viens de faire , dans laquelle par parlé du premier Temple de Salomon : du fécond, fous Zorababel ; & du troifxéme , fous le K or He oàe , furnommé le Grand, on peut de- mander fi c et oit le même Temple ? La plupart difent qu il 1 etoit lans doute , à l’égard du lieu , des va i «eaux , de la continuation des Sacrifices & des Offrandes ; des pierres même , félon quelques- uns ; car quoique Jofeph témoigne qu ‘Htrode le fit entièrement rebâtir , Villalpandus avec EV e - fippe & quelques autres , le nient fortement ; Sc tous ces Auteurs affûtent qu Herede ne fit fimple- tnent que le reparer. Mais fans m’oppofèr à leur lentiment, je ne puis croire qu’un Hiftorien digne de foi , qui avait été Sacrificateur dans ce même UT’ > aiteu impudence de mtmir fur une chofe ue fon fiecle , & fur laquelle il n’y eût eu rien de plus aifé , q ue de le convaincre d’im- poiture. I! n’eft pas moins vrai que le Temple de Salo- mon a furpaffe infiniment l’autre , en toutes ma- me!es , quand rl n’y auroit pour le prouver, que Je troifieme yerfet du chapitre deuxième du Pro- phete Haggee , ou il eft dit que le fécond Temple en comparaifon du premier , étoit comme rien. Ù ï; r " t01t > fi l '° r a «g«de fon élévation , parce qu il n avoir que foixante coudées de hau- teur & que le premier en avoir fix-vingt. Les Rabbms çroyent même que .cinq chofes manque- sxnt dans le fécond Temple, l’vrim & le Thummim-, N j Hiftoire du Mo/nde . 0 LiV a 'Vf II. ï Arche avec le Propitiatoire & les chérubins ; :lë feu Celefie ;.la Prtfence de Dieu ; & /e faintEfprtt dont les Prophètes fuient animez. Ce faint Eiprit ; dt la Bat- Kol ou la fille de la voi x dont il eft parle fi fou vent dans le Talmud , c’efl-a-dirc , 1 mfp lu- xation qui fujcçeda félon les Juifs , a la Prophétie , ,cu rinfpiration Divine qui dura jufqu’a la qua- rantième année du fécond Temple. ^ Mais cette Bat Kol paurroit bien être une viüon des Rabbins. Outre ces cinq chofes , Abrauanel ajoute U Table f Huile d'*»8ion', le Chandelier ; la Verge a A ar ai » la Cruche de manne ; les V aiffeauK , 8c tout ce que Moiife £t dans le defert. Mais il eft dit cxpicfle- ment dans T fd ras , Que Cyrus rendit aux juifs tous les vaiffeaux que Nibucadnezar avoit .en Le- vez : j& il eft parlé de la Table d’or & du Chandelier .dans le premier livre des Macabées. Rabbi .Salo- mon Jar.Ki qui fepare ŸVrtm 8c le Thummim , oublie 1* Arche qui lut emportée à Babylone , félon Rabbi Eliézer , ou cachée par le fi as „ félon Rabbi Ren Laxifch , ou par Urémie , comme on le peut •voir dans le deuxième Livre des Maccabees , c.c oui feroit croire que celle qui parut dans le triom- phe de Veffafien 8c de Tite , n’étoit pas, la vraye. Le Temple de Zérubabel cedoit encore a celui de Salomon , parce que le peuple qui retournoit de captivité , ne k trouvoit pas alors en état de ligna- ier fa dévotion par une dépenfe piodigieufe : Que tout ce que ks Rois , & de Médie , & de Perle , p ou voient donner , ne doit jamais être compare aux richeffes inconcevables de Salomon qui entre- prit qui acheva un fi grad ouvrage. Je ne parle plus de ce qui fut laiffé par David. Je dis feule- ment quil y ajouta du fien , comme le témoigné l’Ecriture : 8c que n*y pouvoit point ajouter un Roi qui avoit rendu l’argent fi commun a Jeru- ‘Chap. ^îIÏ. Du Temple de lemfaïem.. g$f ,falem , qu’il n’y ctoit pas en plus grande effiinc ^ue les pierres Qui avoit , fi l’on s’en rapporte a Einychius , fans comprendre jee qu’il tiroit des marchandises , fix cens foixante-jfix mille Talens d or , c eft-a-dire , quinze mille neuf cens quatre- vin^t quatre millions d’écus 4 e revenu , tontes les années ? Qui raifoit puifer l’or jufques dans la lource. Mais Je fqcond Temple eut de grands avan- tages fur le premier., fi l’on confrère que Jésus- Christ l’a Jioonpré de la prefence , en y eniel- | gnant lors qu’il éfoit à Jerufalem ; qu’en la per?* fonne , il pof[èdoit 1 Arche 3 la Nuée ,de Dieu , les Vrims & les T ummiws , la Prophétie , & J a Gloire des miracles : Qu’il y en a même apporté une qui n’a point été dans le premier , pnifque le falut, I 3 . ,vic , & l’immortalité ont été recelées en lui. Il eft remarqué dans l’Ecriture que Salomon j fut le plus riche de tous les Rois , pai^e que feç navires alloient en Tharfis qui lui rapponoienj; j 4 e 1 argent de l’or à'Ophir : Qu’il alloit en He- \ Jiongueber &: en Eloih , fur le rivage de la mer, dans le pais d'Edom : QiïHiram lui envoya des gens qui enteudoient la navigation , pour accom- pagner les Rens en Ophir : & l’explication de ces quatre mots fera la conclufion 4 e ce chapitre. ; Rc lieu d’euparr oit la dote de Salomon, efl nom» | me dans l’Ecriture , Het^fiongueber , A^on-Gaber 3 & Ezeon-Geber qui félon Jofeph , eft Bérénice . j Mais ttefiongucéïer.éiQit f ur le bord de la mer rou^e j vers l’Orient ; &' Bérénice fur le rivage 4c cette meT, au Midi. Gorope Béçan,quia foute nu qu ’Mon- l gâter était un Port de la Mediterranée , eft moins | exculable que Jofeph , puis qu’ Afiongaber eif dans le pars èéEdom : Que l’Idumée Inferieure s’étend j 5 de ll ^r-rouge par les deferts de Moab & d EJ. a# , ôc par la (olitude v 4e Kades; qu "&Uth 3 s§4. H ijhirt du Mande. Liv. VIIÎ. AUon , AiUn* , ou Elan* fur le bord de cette mer, dans le bras qui a été nomme Elan, tique, eft une ville de cette idumit. Voffius fur Pompomus Mêla, dit que Bérénice ne peut être que la ville appelles C altzem par les Arabes ; & d’autres la nomment ^Tarftfch ou T arfeis eft le nom d’un des enfans de Uvan ; d’un des fept Gouverneurs ou Princes de Perfe , dont il eft parlé dans le premier chapitie d’Elther ; d’une ville deGilicie ; & d’une pierre que quelques-uns prennent pour la ChryfJsce. Il elt quelquefois pris pour tout 1 Océan , comme dans fe chapitre » deuxième d’Iiaie ; pour tous les pais éloignez qui font au de là de la mer , ce que o pemvoir dans le chapitre » dixiéme de Jereime. Ainfi queloues-uns ont pris Har as pour une contrée A’ Afrique ; pour C artkage , .parce que Tunis qui en eft proche , eft nommee Tarais par les Arabes • pour les deux Royaumes de Grenade & A' Andalou fie ,6c une partie de l’E (tremadure & de Cattilh la neuve. D’autres , pour les îles de l’Océan qui s’étendent depuis Cyfre jufquen Orient • pour une Région des Indes : & quel- ques-uns^veulent qu'entre tarfis & Ofhtr , il n y lit point eu de différence. Mais fouvent Ter fi s figmfie la Mer , fans marquer aucune contre ticuliere : & les Va.ffeaux de T ne fis , P« ccttc raifon , font proprement des Vaijjeattx de Mer. Il n’en eft pas de même d ’Gfhsr quoique les opinions des Auteurs foient tort diverfes .eux oui veulent qu s phir Toit la meme etiofe que Par- & que celui-ci ait été fo mé de Pérou ont dit une choie ridicule. Quand les Efpagno s en- trerent dans cette partie de l’ Amérique qui leu a Verf. lé* h V«rf. 9 . «toit \ Ch AP* VIII. Dti ^Temple de Jéruptîem. 0 jfj ^toit alors inconuë,ils furprirent un certain pê- cheur ^ 8c lui ayant demandé par figues , ne pou- vant s’expliquer d’une autre manière , Comment ce pays étoit apelé ? cet homme qui crut qu’on le prioit de dire fon nom , répondit Béru qui eft un nom affez commun aux Mariniers de ce côté là: ^ c eft d*ou les Elpagnols l’ont nommeé P i’r u. Carcillaflo de la race des Ingas , le pouvoir la- voir : 8c c’eft de l'uy que Pavoit apris Pméda qui a sien voulu raporter fon -témoignage dans fon commentaire fur le vingt-huitième chapitre de Job , ce qui eft confirmé par Acofta , & par beau- coup d’autres. Quelques Auteurs ont placé Ophir dans le Fer ou 8c dans le Mexique tout enfemble ; d’autres , dans File de faim Dominique ou à’ifa- bel. Beaucoup de gens , pour les difficultés infur- montabies d’une pareille navigation , Font mis en Afrique dans le Royaume de Mélinde ; les autres , dans celui de Sophala qui eft entre ceux de Buîua & de Mozambique. Il a plu à d’autres de le fixer dans Angola dont le premier nom eft Ambemda : & il ne reftoit plus qu’un parti à prendre à ceux qui ne^ vôuloient pas trop s'éloigner de l’Afri- que. Ceft juftement celui qu’ils ont pris , en met- tant Ophtr en Arabie, dans la capitale du Royau- me d’A den , nommée Sapphirme par E’tienne de Byzance ,• Sapphara par Ptolomée ; 8c Saphar par Pline ; 8c pour fuivre encore la reflemblance du mot , dans File ftVrphenôxi Vphrè , de l’Arabe Au- phar qui fignifie lieu riche dont ils veulent que les Hébreux ayent fait leur Ophig . C’eft d ’Hippurim, félon quelques-uns , qui eft ün Port de Ceyloaon Zeilan , que les Phéniciens ont formé Ophir : 8c les a Le Royaume d’ Angola efi: fou vent compris fous celui imba^° m Afr,(1UC * auiri blen < l uc lc & le T ome 1K r “^<3- Vc/vs\4v &U Hiftoire àu Monde , Liv-. Vtil. (avans qui en ont fait la T abrobone des -Anciens , cette île. Ceux c ; ui ne font point pour le jeu «s mots , ont trouvé Ofhir dans la.pfefqu lle de ***' lacca Qui de tout tems â ete nommee ie l’or. D’autres foûticnnerit qa’ Ofhir eft uu nom, Coptique , par lequel les Anciens Egyptiens en.; tendoient l’Inde, -c'eft-à-dire les Royaumes de Ma-, Inbar , de Zetlan , la Cberfonnefe d’or -, 9 U1 ‘ ™