À.'OAA tASx DE LA DE’ COUVERTE DE l’ISLE )E MADERE Traduit du Portugais, A PARIS, Chez LOVIS BlLLAITSE, au fécond pilier de la grand’ Salle du Palais, à la Palme, & au grand Cefar. RPJ'Cfâ $5 $5 : ^ W ^ ^ ^ ^ EX T R AIT BV PRIVILEGE du Roy. P Àr grâce & Privilège du Roy,donné à S. Germain enLaye le 18. iour d’Aouft 167 1. Il eft permis à Clau- de Earbin Marchand Libraire à Paris, d’imprimer un Livre intitulé. Relation de ïffie de M a dere, pédant Pefpace de cinq an- nees, & deftenfes (ont faites à tous Librai- res & Imprimeurs & autres,d’en imprimer ny débiter fans le confcntcment dudit Ex- pofant , ou de ceux qui aurortdroitde luy, fur les peines portées par ledit Privilège : ainfî qu’il eft plus au long porté par lefdites Lettres, Achevé d'imprimer pour la première fois le io. luillet léyi. Les Ex cmplaires entcflé founus» Repftré fur le Livre de la Commu- nauté des Imprimeurs & Libraires de Paris y fuivant & conformément àl’Ar- reft de la Cour de Parlement du 8, Av- ril. i6 S j. Signé, L. Sêvestri , Syndic Et ledit Barbin a afTocié avec luy à fon Privilège, Louys Biliaine, fuivant l’ac- €©rd fait cntr’eux. RELATION PREFACE- E n'eft point icy un conte fait à plaifir , comme celuy de llfle Pinez, c’eft une Hiftoire vé- ritable , mais remplie d’evenemens li extraor- dinaires , & fi nou- veaux, quelle mérité- a- PREFACE. roit bien mieux le ti- tre des Coups d’Amour 6e de la Fortune > que la piece de Theatre à qui on l*a donné. Elle m'a paru avoir quel- que chofe de fi fin- gulier , que cela m’a porté à la mettre en notre langue , dau- tant plus, que pas un de ceux qui ont fait des relations de voya- ges , n’a pénétré fi à fonds dans la décou- PREFACE. verte de llfle de Ma- dère, Jean de Barros» le Tite-Live des Por- tugais , en parle fuc- cintement dans la pre- mière Deçade de Ton A fie i. le Doâreur Ma- nuel Clement a fait cette Hiftoire en La- tin ? qu'il dédia au Pa- pe Clement V. Ma- nuel Thomas en a auflî compofé un Poëme La- tin qu'il a appelle In- fiilana : & Antoine a ij PR EF ACE. Galuan fait mention de cette découverte , dans un traitté des dé- couvertes faites juf- qu’en lan 1550. impri- mé en 1560, Manuel de Faria & de Soufa , Illuftre commentateur de Camoens , cite ce dernier Autheur fur la cinquiefme Stance du cinquiefme chant des Lufiades , Poëme Epique de ce Prince des Poëtes Efpagnols. PREFACE. Mais François Alcafo- rado, Efcuyer de Fin- ¥ faut de Portugal Dom Henry , en a fait , ayant , ôe mieux que tous, une relation com- plette , auflî fimple que véritable , qudl prefen- ta à ce Prince. Per- fonne ne pouvoir reuf- lir mieux que lu y dans la narration de cette avanture , puis qifil afïîfta en perfonne à la découverte qui fut Ct ttj PREFACE. faite en fuitte. Dom François Manuel en garde 1 original manuf- crit avec beaucoup de foin , c’eft à luy à qui nous auons Tobîiga- tion d’en avoir fait part au public en fa langue, ôc c’eft fur l’imprellion Portugal , que j a y fait cette traduction. Comme chaque lan- gue à fa beau te' pro- pre , fon ftyle parti- culier „ ôc fon Genie ? PREFACE. je me crois obligé de rendre conte de ce que je peux avoir fupri- mé, changé, ou adoucy, dans cette verflon. Le ftyle de l'Auteur eft extrêmement eflevé Ôc bien plus Poétique qu’Oratoire, il eft rem- ply de comparaifons, de defcriptions,defrequen- tes digreflîons , d’E ty- mologies, ôc de longues reflexions , terminées toujours par quelque tttj P REFACE. méchante pointe. Ce ftüe eftvniuerfellement pratiqué par la plufpart des Portugais ; outre celadl eft coupé, lailTanc plufîeurs chofes à de- viner , ou à fuppofer , s etendant inutilement en de certains endroits, ôc fe refiferrant en d au- tres , où il y auroit de la neceflité d’éclaircir les chofes. Cette maniéré de penfer , & d’écrire, ell PREFACE. fi differente de la ré- gularité de la notre, qui veut eftre natu- relle , aifée & intelli- gible , fans pointes , fans chofes inutiles , & ne fuppofant rien 5 que je me fuis donne la liberté de fuppri- mer de grandes ôc im- portunes comparaifons, des digreflions ennuieu- fes , des Etymologies inutiles , & des refle- xions fatigantes ôc PREFACE. fans fuc 5 aulïî bien qu’une harangue ou la Retorique Portugaife s’eft égayée , dans la- quelle même il y a de Tefprit, mais cét efprit n’eft foûtenu , ny accompagné d’au- cun raifonnement, ny de rien de folide 5 5c j’ay adoucy plufieurs endrois qui ne nous feroient pas intelligi- bles, n’y à nôtre ufage. Tout cét accommo- PREFACE. dement n’empefche pas que je n’y aye laiffé a fiez de chofes que tout le monde ne goû- ta peut-eftre pas , com- me autant d’indices de ce qui peut manquer de l’original : imitant ceux qui applaniiïant des lieux élevez 6c ra- boteux , laiifent d’efpa- ce en efpace , des té- moins , pour marquer quelle quantité de terre ils n’en ont ôtée. P RE F Ac E. Enfin , il auroit fal- lu refondre cette pie-< ce , pour n’y laiffer rien d’imparfait , & ce n auroit plus efté une traduction : je me fuis donc contenté de me fervir de mon droit fur ce qui n altéré pas la vé- rité de l’Hifloire , en ayant confervé (cru pu- lentement jufquaux moindres particulantez qui n'embelliflent pas autrement la narration. Do regnoit pailible- mcnt en An- gleterre, ôc Londres, O I 2 Relation Capitale de ce Roy- aume , joiiitfant des douceurs d une pro- fonde paix , convioit les jeunes gens aux de- lices que loifiveté &c l'opulence leur font or- dinairement rechercher. Entre ceux là , Robert le Machin , jeune gen- til-homme du fécond ordre de nobleflc » mé- prifant le jeu & la bonne chere à quoy fexemple de ceux de Hiftorique. i fon âge fembloit l’in- viter , fe dillinguoit d’eux par des penfées plus relevées 5 ôc fon courage , fon efprit , ôc fa fortune accom- pagnées de fes belles qualitez perfonnelles , rendoient fa condui- te d’autant plus con- sidérable , qu'il eft moins ordinaire d’en voir beaucoup aux gens de fon âge, de fes biens, 8c de fi condition. 4 Relation En ce mefme lieu , & au mefme temps, Anne cfArfet la plus belle fans contredit , la plus accomplie perfonne qui fut non feulement à la Cour, mais aulîî dans tout ce Royaume , fertile en fembîables merveilles , devint l'objet de la paillon à laquelle Ro- bert s’abandonna , fans çonfiderer que la qua- lité" d’Anne fort audef- fus Hffiorique. 5 fus de la Tienne , Tes grands biens , & Ton extrême . beauté dans une grande jeun elfe , avec un mente fingu- lier , faifoient afpirer des Princes, & des plus grands Seigneurs du O y O païs à 1 époüfer. No- nobftant quoy , l'a- mour favorifant plus Robert qu il n'eut ofé Tefperer, fléchit le cœur d'Anne à Ton avantage, ôc au préjudice de tous A 6 Relation ceux qui s’eftoient ran- gez fous l'Empire de cet te charmante perfonne. Et comme j’entre- prens moins d’écrire le progrez de ces amours, que leur fuccez , qu on ne s étonné pas fi je ne m'arrête point à particulariferles moyes par lefquels Robert eut Eadrefie de fe mettre fi bien dans l'efprit d J Anne , que fes Pere &c mere le reconnu- Hiftorique. 7 rent , & le trouvèrent fort mauvais , à caufe de la difproportion de la condition de Robert à la qualité de leur fille, &de ce qu elle fembloit vouloir fe difpenfer, de fuivre leurs volontez à l’egard de quelque penfée qu’ils avoient de la pourvoir avan- tageufement : Et com- me ils apprehendoient les fuittes de cette afïe- éfion, ils en portèrent s 'Relation leurs plaintes au Roy* luy remontrèrent de quelle importance la choie eftoit a leur fa- mille , & le fupplie- rent tres-humblement d empêcher ce com- merce. Le R o j ju- gea que le moyen le plus feiir eftoit de fai- re arrefter Robert , & de marier Anne : en mefme temps 1 un ôc J autre fut exécuté : on mit Robert en prifon. Historique. 9 & les parens d'Anne prefferent le mariage qu'ils aboient en tefte, ôc maigre' toute la re- pugnance qu’elle té- moignoit pour cette alliance , ils la conclu- rent avec un Milord, qui incontinent apres tira fa femme de Lon- dres , ôe la mena chez luy à Briftol , Ville ou il y a un port de mer, fitue'e fur la Riviere d'Avon j proche du io Relation Golfe,ou du Canal qui fe fait en cet endroit là , par l’emboucheu- re de la riviere de Sa- verne , qui vient de la Province de Gloceftrc, avec la mer d’Irlande. Robert cependant ac- cablé de douleur de ce mariage , de perdant patience dans fa prifon, employoit tous fes foins à s’aflfurer de la con- fiance d’Anne j de tou- te fa foupleife , de le Hifiorique. n crédit de fes amis , pour porter le Roy à luy rendre fa liberté , ce qui ne fut pas fort dif- ficile , puifque le Roy n ayant autre intereft en cette affaire que celuy des parens de la Dame j & le mariage, & feloignement de cel- le - cy leur ayant guery fefprit , rien ne s^op- pofoit plus à la liber- té de Robert , qui luy fut accordée. Et com- 12 Relation me la violence que Ton fait à nos defirs , ne fert d’ordinaire quA en augmenter la force , Robert qui fe tenoit feur de faifedtion d’An- ne , roula dans fon efprit , durant fa pri- fon, divers projets pour fe venger du tort qu’il pretendoit qu’on luy avoit fait , & ne fon- gea plus qu’à les exé- cuter , autfi-toft quàl fe vit en liberté. Ce Hifiorique. 13 fut pour cela qu'il af- fembla fecrettement ceux de fes amis & de fes parens en qui il avoit le plus de con- fiance, & fçachant qu'il a efté toujours necef- faire de fe fier à ceux dont Ton ne fe peut palier pour faire reuf- fir quelque delfein , il s'ouvrit à eux en cet- te manière. Vous ne prenez pas fi peu de part dans B i4 Relation mes interefts que vous ayez oublié le fujet de mon relfentiment, je croirois vous faire tort de vous en ex- pliquer icy les raifons ôc je fuis perfuadé que fi j'eftois aiTez mal honnefte homme pour ne m'en pas foucier,que vous avez trop d hon- neur pour me le laif- fer négliger , le dé- fefpoir ou je fuis de l'injure que j ay fouf- Hiftoricjue. 15 fer te , 6c la connoif- fance que j ay de la violence qu’on a faite à Anne, pour luy fai- re epoufer celuy qui eft à prefent fon mary, me porte aux derniè- res extremitez , il s’a- git de la tirer de fes mains , 6c c’eft ce que je ne fçaurois faire fans vous : i’âânon eft har- die , 6c dangereufe , mais je ferois indigne de votre amitie / , 6c Bij 1 6 Relation d'eflre affilié de vous, fi je n'a vois le coura- ge d'entreprendre avec vous de grandes cho- ies. le voudrois bien vous épargner les ha- zards où je vais vous expofer , mais comme il n'a pas efté en mon pouvoir d empefcher l’outrage que l'on m’a fait, il m'eftimpotfible de diminuer l’engage- ment du péril qui nous en doit faire tirer fa» Historique. 1 7 tisfa&ion. Si vous avez à vous plaindre de quelqu’un en cette ren- contre , ce fera fans doute moins de moy que de ceux qui m o- bligent à me venger de Finfulte qu ils m'ont faite : nos ennemis dé- clarez nous font moins d’affront lors qu'ils nous offençent , que nos amis lors qu'ils nous refufent leur af- fiftance, pour repouffer B iij 18 Relation les injures de ceux qui ne le font pas 5 ainfi j aura j plus de fujet de me plaindre , 6 c de me tenir offenfé de ceîuj de vous qui m’a- bandonnera , que de ceux contre qui je vous follicite. Si quelqu'un de vous à iamais ref- fenti l’atteinte dun me- pris , il me fera un plaiiîr fîngulier de con- fcilier à ma douleur le remede qiul a prati- Hifiorique. 19 que pour la fienne. Smon , il faut que vous foyez perfuadez que rien n égale le defefpcrir dans lequel iliette. Ces paroles de Ro- bert produifant dans l’efprit de ceux à qui il parloit , tout l'effet qu il defiroit , ils fe donnèrent réciproque- ment parole de ne le point abandonner , ôe luy promirent de cou- rir fa fortune. Il fut B iiij 20 Relation donc refolu que Ion iroit fecretement à Bri- ftol > que Ton fe fe- pareroit pour cela,, que Ion tiendrait differen- tes routes, & qu’eftant arrivez en ce lieu, on prendroit , fuïvant les occurrences, toutes les mefuresneceffaires pour fenlevement d’Anne. Le voifînage ôc la com- modité de la mer leur offroit beaucoup de fa- cilité pour leur fuites Hiftorique. 21 la France peu éloignée,, une retraitte commo- de 3 l'émulation des deux Couronnes , tou- te la feureté qu’il leur falloit : Pour le bon- heur du fuccez , ils le fondèrent fur leur va- leur 5 & celle cy y fur le fuiet de leur entre- ptife : parce que fui- vant la leçon des exerm pies , le defir feul de la gloire en a produit de moins hardis que 22 Relation Faniour. Ce Gonfeil citant pris, on fe mit incon- tinent en eftat de Fexc- cuter. On partit donc aulfi-tofl qu on en eut formé la refolution , & l'on exécuta toutes chofes pour ce voya- ge de la maniéré qu'on lavoit proietté ; en fuit- te de quoy , tous fe rendirent à Briftol , où eftant arrivez , on dé- libéra fur ce qu'il y Hijîorique. 23 avoir à faire , Ôc Y on îugea qu'il falloir qu'un delà compagnie eflayât d'entrer en qualité de valet dans la maifon du Milord mary d'An- ne, duquel on nefçait pas le nom , parce que Robert à qui nous fommes redevables de :ette Hiftoire , la teu par difcretion. On jet- ta les yeux pour cela fur celuy de la com- pagnie qu'on jugea le 24 Relation plus propre à une pa- reille entreprife : la cho- fe reuflit comme on l'avoit fouhaitté , il fut receu pour palefrenier, Ôc il îuy écheût d'a- voir à penfer , entre autres chevaux , un Hiftorique. 25 eftimoit que l’honneur des Dames , eftoit la garde la plus feure qu’elle pulîent avoir : Mais le temps prefent n"en juge pas toujours ainfî. Briftol eftant une des Villes d’Angleter- re ou il fe fait le plus de commerce, il j a toûiours dans fon port quantité 7 de Navires prefts à partir. Robert & fes camarades iet- 26 Relation tercnt Fœil , pour for- tir de là , fur un fort bon vaiffeau , & qui paifoit pour le meil- leur voilier de tous. La négligence du Ca- pitaine &c la vigilance de Robert , lu 7 of- fraient les moyens de se emparer facilement, ils en attendoient le temps favorable qui ne dépendoit pas de leur conduite , comme ce quils av oient exécuté Historique. 27 Lufques là. Et parce quil leur importoit i’accoûtumer les gens à les voir faire une chofe que perfonne de la Ville ne pratiquent, afin qu'on ne la trou- vât plus nouvelle lors quils s'en voudroient fervir tout de oon, ils firent provifion d une chaloupe pour les por- ter au vaiffeau , dans laquelle cependant ils fe promenoient , com- 28 Relation me fans delïein , tous les iours , à une cer- taine heure dont ils eftoient convenus. Pendant que ces ap- prêts fe faifoient , Anne a voient été avertie de toutes choies par Ton nouveau domeftique » qui la trouvant difpo- fée à tout ce que i on voudroit ; prit avec el- le des mefures dont il avertit le refte de la troupe : Il ne leur man- quoit Hiflorique. 2 9 quoit plus que le vent, qui à la fin fe leva Nord , on donna donc les derniers ordres , 6c Anne 3 leiour qu'elle devoit fiortir pour fe promener. Le bord de la mer où Robert alloit tous les iours avec fa cha- loupe devoit eftre le lieu de la promena- de , cét endroit pour eftre écarté , & point du tout fréquenté » G 30 Relation a voit été choifî de con- cert , comme le moins expofé aux rencontres qui peuvent traverfer un deffiein. JLepaîefre” nier suffi , pour mieux faire reuffir ce qu'il avoir imaginé , laiffia fa pie fans boire trois iours durant avant qu'on s’en deût fer- vir. Anne qui fe tenoit prefte de fon coté , tandis que Robert & Hiftorique. 3i fes gens attendoient das leur chaloupe rheu- re àc le moment bien- heureux pour lequel ils avoient défia tant eû de peine 5 monta à che- val pour faire fa pro- menade , mais à peine fortant aux champs eût- elle découvert la ma- rine , que la . pie con- noiffant le voifmage de feau , par le bruit que faifoient les vagues en fe rompant contre le ri- 32 Relation vage , prit furieufe- ment le frein aux dents pour sj aller ietter. Tout ce que put faire le prétendu Palefrenier qui la conduifoit par les refnes , fut de guider fa courfe vers le lieu le plus voifîn de la cha- loupe qu’il commen- çoit à reconnoiflre , d’où Robert voyant ce qui fe paffoit à terre, éc attendant le com- mencement de fa bom Hifiorique . 33 ne fortune , de la fin de cette difgrace, fauta legerement hors de fa chaloupe , comme vou- lant officieufement fe- courir Anne, fes Com- pagnons le fuivirent , Ôc arrefterent la Pie échapée, en defcendi- rent Anne , l’embar- querent avec eux , 6c avant qu'on puft ellre averty de leur rapt , Ils s'éloignèrent du rivage avec une diligence in- 34 Relation croyable. Le iour dont Ton eftoit convenu pour cet enlevement, ayoit auffi efté deftiné pour fe rendre maiftre du VaiiTeau dont il a été ey-devant parlé- Ilétoit Fefte ce iour là > par bon-heur , & les Of- ficiers , les Soldats 6c les Matelots eitoient al- lez dans la Ville fe di- vertir , ce qui facilita extrêmement l’entre- Hifiorique. 3$ prife de nos avantu- riers : Robert donc, s’en empara fans coup ferir, & comme quelqu'un defes camarades enten- doit un peu la mer, fans fe mettre en pei- ne d’autre Pilote , on leva d’abord les anchres, on fe mit à la voile, Sc l’on fortit heureufe- met du port pour pren- dre la route de Fran- ce : Mais le vent fe ra- fraichilfant toujours de 3 6 Relation plus en plus , fe rendit abfolument maître des voiles , audî bien que de la liberté de nos Argonautes. Le fimple récit de cette avanture fait af- fez concevoir quelfcan- dale caufa dans Briftol, & dans toute TAnçle- terre la nouveauté d'- une entreprife û témé- raire , 6c avec quelle chaleur on preparoit des châtimens aux exé- cuteurs. Hiftorique] 37 auteurs , & aux com- plices d’un fi extraor- dinaire delîein , fans que nous nous arrê- tions à les particulari- fer. Les yeux de la crain- te ne font pas toujours tveugles, & Robert fe mettant en la place de :eux qu il ayoit offen- sez , pour raifonner :omrne eux , recon- loiffoit qu il eftoit fort iifé au mary d'Anne, D 3 s Relation aidé de la Juftice , &: de Ton crédit , de fai- re partir des Vailfeaux qui ayant leur meme bon vent , les pour- raient atteindre en peu de temps, c’eft pour- quoy il fe refolut de donner au vent tout ce qu’il avoit de voi- les , efperant que s’il pouvoit durant le jour perdre la terre de veüe, la nuit arrivant , il pren- drait quelque rumbe Hiftorique. 39 de vent qui le dérobe- rait à la pourfuite de ceux qui pourraient venir aprez luy : s’é- tant déterminé à cela, il lexecuta , 6c Y on fit voile le refte du iour, 6c toute la nuit , avec une viteffe ordinaire à ceux qui courent à leur ruine , iufqu’à ce que le iour eftant venu , ils fe trouvèrent fort avant en mer , 6c par confe- quent fort étonnez > D ij %o Relation commençant à recon- naître que P Amour eft le plus méchant de tous les Pilotes. Le vent qui n'avoit efté iufqu’alors que trop bon , devint fi fort , fans pourtant changer , qu'il faifoit plutoft une tempefle qu'un temps favora- ble. Anne épouvantée du péril qu'elle couroit n'avoit pas encore eu le loifîr de réfléchir fur HiFtcrique. 41 fou premier accident, ôc lors qu’elle fe fen- toit tant foit peu fou- îagée des incommodi- tez de la mer , elle venoit fur le Tillac pour fe divertir de fes tri- lles penfées , mais ne voyât qu’une mer cour- roucée fk inconnüe , Ôc un Ciel auquel elle n'eftoit point accoutu- mée , elle fe trouvoit réduite au plus pitoya- ble état du monde. En- D iij 42 Relation fin , c^eftoit une defo- bpon de ne voir fur ce miferable Vaiifeau devenu le jouet des vents & des ondes , quaffliétion , ôc qu’un abatement univerfel. A près cinq iours de Navigation fans décou- vrir la terre qu’ils cher- choient , le manque de Pilote ioint à un vent trop fort, les éloignoit des cotes de France, où leurs defirs tendoient? Hiflorique. 43 les amis de Robert qui Rétoient pas amou- reux comme luy, com- mencèrent a craindre pour leurs vies , par- ce que la Fortune trait» tant également les in- nocens ôc les coupa» blés , ne les diftinguoit pas pour leur partager le péril : ces infortunez s’appercevoient qu ils couroient a leur ruine, dune maniéré quils connoitfbient autfi peu D iiij 44 Relation que îe moyen de s cri garentir. Robert, fur tous , fentoit en fa dé- flation celle de tous les autres , mais plus fenfiblement encore la peine qu'il voyoit fou£ frir à la perfonne ai- mee , qui ne s'y trou- vé expofée qu a cau- fe de îuy , ils furent treize jours dans ces horribles tourmens , courant les vaftes ôc dangereux deferts de Hiflorique. 45 l’Océan , prefque fans aucun gouvernement, destituez de toute efpe- rance , ôc n’attendant que la mort : lors qu’à la pointe du jour l’on découvrit alfez proche quelque efpece de ter- re , que Ton diftinguoit plus parfaitement à me- fure que le Soleil fe le- voit , ôc qu’enfïn on re- connut eftre fort éle- vée , Ôc couverte de quantité d’arbres in- 4 6 Relation connus. Cette veuë donna à la compagnie toute la joye qu’on fe peut imaginer 3 mais particulieremet à Anne qui s’attendoit de trou- ver dans cette terre qui fe preientoit , &c apres une fi longue , fi dangereufe , &c fi fati- gante navigation, ou- tre le repos qui luy étoit necetfaire 3 la fin de fes peines , &c une nouvellemaniere de vie. Hifiorique. 47 Robert fe trouva d'a- bord alfez embaralfé à prendre port dans cette terre inconnue, de la peur d'efchoüer contre quelque écueil, le faifoit aller la fonde à la main , à la fin pourtant il le prit avec beaucoup de circon- fpeétion. Lors qu'ils furent abordez , leur étonnement fe chan- gea en crainte , per- fonne ne connoilfoit le 4 8 Relation lieu , ôc les plus expé- rimentez en la naviga- tion doutoient qu'il puft y avoir terre en un endroit qui leur pa- roilfoit defert , & que félon toutes les appa- rences on iugeoit in- habité , ce qui ne les alarmoit pas peu. D’aib leurs , une grande quantité doyfeaux dif- ferens en efpece , en grandeur , & en bigar- rure venant fe percher Hifiorique . 49 privement fur les mats, fur les antennes , ôc fur les cordages de leur Navire , ne les éton- noit pas moins, voyant qu’ils apprehendoient 11 peu les hommes, qu’ils paroiffoient bien fe fier ainfi à ceux dont ils n'avoient encore aucu- ne connoilfance. L’envie de voir de plus prés ces merveil- les , où pour mieux di- re , la necefîîté , fit em- 50 Relation barquer diligemment les plus hardis dans une chaloupe, Robert vou- lut être des premiers, mais n y Anne , ny fes camarades ne le vou- lurent pas permettre : la décente qui fe fît en ter- re fut fort heurcnfe, & ceux qui la firent re- tournèrent dans peu de temps , remplis de bel- les efperances : Ils rap- portèrent que la terre étoit deferte, mais très Hifionque. 51 belle , & l'air bon. Sur ces nouvelles on dé- barqua, & Robert de Anne defeendirent à terre , les amis de Ro- bert defeendirent auiîx tous avec luy , laiffant le refie de leurs gens fur le Vaiffeau , de Ton aborda heureufement à un rivage où iamais homme n avoit mis le pied. Le Soleil qui com- mencoit alors à fe le- 5 2 Relation ver , &: le temps qui étoit extrêmement fc« rain , déèouvrirent à nos voyageurs un pais fort agréable , diverli- fié de montagnes &c de collines couvertes d'ar- bres inconnus 5 Ôc de vallées arroufées de plu- sieurs ruifTeaux d'une très belle eau : On voyoit meme des be- ttes fauvages que la pre- fence des gens n’éfa- rouchoit pas. Tout ce- la Hifeorique . 5.3 la leur parut fi riant , qu'ils s’avancèrent avec beaucoup de confian- ce , & trouvèrent à peu de diftance de la plage vn petit pré qua- fi rond , entouré de lauriers , à Tendroit le plus relevé duquel il y avoit un fort bel ar- bre , dont perfonne ne connoifioit ny le nom, n y Tefpece : Il defcen- doit de la montagne voifine dans des prez E 5 4 Relation qui étoient au deffous, une rivière dont les pe- tites ondes rouloient fur un fable fort menu. Ce pré fut trouvé fort propre pour loger nos voyageurs , on y fît des ramées ^ & des hut- tes, 6e l’on fi accom- moda du mieux que Ion put. Ils ioüirent d"un fort beau temps trois iours durant, pen- dant lefquels , les uns soccuppérent à décou* Hiftorique. 55 vrir exactement le lieu où ils fe trouvoient , tantôt en pénétrant dans les bois les plus épais , 5 c tantôt en montant fur les mon- tagnes , 5 c fur les au- tres lieux les plus éle- vez , pour reconnoitre tout ee qui fe pour- roit découvrir 5 tandis que les autres alloient 5c venoient au Vaif- feau. Le malheur de nos fu- E 1 } $6 Relation gitifs eftant trop grand pour les tailler joiiir plus long-temps de la tranquillité de ce beau lieu , il fe leva la nuit qui fuivit le troiliefme iour une lî horrible tempefte du collé du Nord-Ell, que toute la force ôc toute Findullrie de ceux qui fe trouvè- rent fur le Vailfeau qui eftoit à F Ancre, ne le put foullraire à la furie des vents &c des Hiftorique. 57 ondes , lequel aban- donné à leur fureur, courut pendant deux iours d’effroyables dan- gers, au bout defquels ceux quil portoit ne s’en virent délivrez en découvrant la terre, que pour tomber dans un miferable efclava- ge, parce que leur Na- uire ayant fait naufra- ge fur les coftes du Royaume de Maroc, les Mores qui apper- 58 Relation ceurent de ddTus leurs montagnes ce pitoya- ble rebut de la mer, en defcendirent à l’in- ftant , pour monftrer que les hommes font encore plus cruels que les elemens , puis que ne pardonnant pas à ceux que la tempefte a voit efpargnez , ils les prirent pour en remplir les prifons de leur ville Capitale. Le iour qui fuivit cette Historique. 59 nial-heureufe nuit , il fe leva une bien plus terrible bourrafque das bcfprit de ceux qui eftoient demeurez en terre , lors qua leur réveil ils ne virent plus leur Navire au Port, & quoy que la furie des vents & de la mer fe fuit appaifée , ceux qui elloient demeurez en terre reconnurent bien que nonobflant leur courage ôc leur ferme* 6 o Relation té , ils ne fçavoient comment fe tirer des bras du defefpoir, qu'ils voyoient dautat moins inévitable , que les plus intelliges iugeoient que le VaifTeau a voit efté englouty des On- des , parce qu'ils n'en voyoient aucun dé- bris , ôe que l'inexpe- rience , & le peu de foin de ceux qui le montaient , ne confir- moient que trop leur crainte Hijlori^ue. 61 crainte. Puifqu’un accident fi déplorable étonne ceux mêmes qui y font un peu de réflexion , à plus forte raifon les perfonnes qui s y trou- voient fi notablement intereflees,en devoient- elles être épouvantées: d’entre ces defnieres , Anne en fut la moins furprife , vn fecret pref- fentiment luy avoit , dés le commencement F 6i Relation du voyage , fait con- cevoir de funeftes pen- fées touchant le fuccez, de cette cntreprife. Mais comme la pre- fence des périls eft in- finiment plus horrible que l’imagination ne nous les dépeint , le cœur d Anne fe fer- ra fi fort à la veuë de celuy cy, que depuis ce moment iufqu a ce- luy de fa mort , elle ne dit jamais une feu- Hiftorique. 63 le parole : les extrêmes douleurs font muettes, Ôc famé en repentant les effets , reiette com- me inutiles, les expref- fions de plaintes qffune douleur ordinaire met en vfage. La mort employa trois iours à tuer cet- te aimable infortunée , ôc elle expira avec beau- coup de marques refignation , & d £ re _ pentance. Rober t n j en 64 Relation Et pas autant fur le champ , parce qu’il luy falloit du temps pour réfléchir fur la gran- deur de fa douleur , auflî étoit-il iufte quïl foufFrit davantage, puis qu'il étoit plus crimi- nel : Cependant le mal- heureux étoit aux pieds d'Anne , qu’il tenoit étroittement embraflez abîmé de douleur, ôc verfant un torrent de larmes, accompagné de Hifiorique. . 6 5 fanglots mortels , qui furent fuivis d’un pro- fond évanoüiffement. Ses compagnons , tou- chez autant qu"on le peut être de tant d ac- cidens déplorables „ le fecoururent , &: le fi- rent revenir avec affez de peine , mais leurs offices charitables ne fervirent qu’à prolon- ger fa vie de cinq jours, au bout defquels il mourut entre leurs 66 Relation bras , apres les avoir priez d’enterrer fon corps avec celuy d’An- ne , qu’ils avoient mis au pied d'un Autel dref- fé par eux fous le bel arbre dont nous avons parlé, duquel les bran- ches luy fervoient com- me de dais. Ils ornè- rent ce pitoyable & ru- ftique tombeau, d’une grande Croix de bois , pour marque de leur Religion , & placèrent Hiflorique. 67 tout auprès une infcri- ption que Robert avoit préparée, Ôc où ; ü avoit mis fuccinétement fes dernieres avantures , à la fin defquelles. il de- mandoit , que fi iamais des Chreftiensvenoient peupler ce defert , il les prioit d’édifier au Sauveur lefusun Tenr pie , où l’on puft ve- nerer , ôc louer fbn faint Nom. Pendant les cinqiours 68 Relation de la viuante mort de Robert , fes Camarades n ayant pas detfein de demeurer là plus long- temps , s occupoient à faire de 1 eau , à tuer, & a fecher des oyfeaux, à raccommoder la voi- le de leur chaloupe, & à préparer toutes cho- fes pour fe rembar- quer , ôc fe remettre en mer : de forte que voyant leur amy mort, ils fe confièrent de nou- Hiftoriqne . 69 veau à cét élément in- fidelle , ôc luy aban- donnèrent leur vie : Et comme ils fuivirent par hazard la meme rou- te que leur vaifleau avoit faite un peu au- paravant , ils abordè- rent par confequent aux memes côtes d’A- frique , qu’ils regar- daient en y prenant terre , comme le port de leur falut 5 mais ils ne fortirent de fefcla- 70 Relation vage de la mer que pour entrer en celuy des Barbares, 6c par- ler des mains de ces derniers , au ppuvoir du Roy de Maroc , au- quel eftant menez , la mifere de leurs cama- rades avec lefquels ils furent referez , fut leur première confo- lation. Les cachots de Ma- roc étoient alors, com- me aujourd’hui ceux Hiftorio^ue- 71 d'Alger , remplis de quâtité d’efcîaves Chré- tiens, entre lefquels il y avoit un Efpagnol, de Seville, nommé Iean de Morales , homme expert en la naviga- tion, ôc qui avoit été Pilote pendant plu- fieurs années 5 fa cu- riofité luy ayant fait prendre plaifîr au ré- cit que nos captifs Am glois luy avoient fait de leurs avantures, fît 7 2 Relation en forte , durant plu- fieurs années qu’ils fu- rent enfemblc , d’ap- prendre d'eux , autant qu’ils étoient capables de l’en inftruire , la fî- tuation , les marques, àc l’endroit de la nou- velle terre où ilsavoient été, ôc de laquelle ils iuv racontoient des chofes fi extraordinai- res , ôc fi. merveilleu- ses, à quoy il appor- ta tant d'application , Hiftorique. 73 ju il en fçeut à la fin lutant qu eux , 6c con- :evant de grandes ef- >erances de ces iumie- es, il les tint fecrettes out le temps que Ton fclavage Tempêchad en >rofiter. Cefi: icy le lieu de aire une petite digref- ion pour reprendre de >lus haut les chofes les dus necefiaires à no- te fujet , 6c nous 11 e a ferons pas longue , 74 Relation pour ne rien dire d’inu- tile. Le Roy Dom Iean premier , d’heureufe mémoire debaraffé des guerres de Caftille, & ne jugeant pas à pro- pos de laifler abâtar- dir fon peuple par loi- fiveté , mit fur pied une belle armée , avec laquelle il alla conqué- rir la Ville de Ceu- ta, fcituée precifement dans le détroit de Gi- Hiflorique 7$ braltar , 6c s'en ren- dit maître l'an mil qua- tre cens quinze , aidé non feulement de fes Sujets qui ly fervirent tomme s'ils euifent été es enfans, mais enco- re de fes enfans comme fils n'euffent efté que r es fujets. Le Prince ie Portugal 6c les In- fans fervoient fous luy, entre lefquels l'Infant Dom Henry fon ca- det , Grand Maître de 76 Relation f Ordre de Chrift , fe fignala par quantité de belles a étions , qui n'é- toicnt pourtant qu’un eflfay de ce qu’il pre- tendoit executer à l’a- venir. Cét Infant avoit tou- jours eu beaucoup du- plication pour les fcien- ces Mathématiques , 8c particulièrement pour la Cofmo2;rafie,& com- me étant en A Afrique il avoit eu occafion de corn- Hiftorique. 77 communiquer avec pla- ceurs Mores , & Iuifs qui avoient connoif- fance des Provinces éloignées , aufîi bien que des côtes , & des mers qui les environ- noient , il conceut une fort grande envie de les découvrir & de les conquérir , mais bien moins pour accroiftre fes domaines tempo- rels , que pour étendre le Royaume de Dieu. G 78 Relation Dans cette refolu- tion , il fe retira aux Algarues , apres la con- quefte de Ceuta , & fit bâtir à une lieüe du Cap Saint Vincent, une Ville pour lu y fer- yir d’arfenal , qu’il ap- pella d’abord Terca- Nabal , ôc que Ton a nommée en fuitte Vil- la do Infante. En ce temps , il commença les nouvelles décou- vertes, & fes nouvel- Hifiorique. 79 les conqueftes , faifant partir de ce lieu fes flottes pour les Mers Atlantique 6 c Occi- dentale qui eftoient de- meurées inconnues pé- dant plufieurs flecles , où pour mieux dire , qui n’ayoient jamais été connues , encore que les Grecs pour relever leurs aétions ayent dit par Hérodote , avec plus d’oftentation que 80 Relation birans du Pont-Euxin tenoient pour chofe certaine, que la mer Atlantique fe commua niquoit avec la mer Rouge , où le fein Ara- bique 5 & il ajoute qu'on lit dans les An- nales d'Egypte, qu'un ancien Roy nommé Necus , fit partir de la mer Rouge certains Fe- niciens , pour courir toute la mer du Sud, pafTer par les colonnes Hiftoriqut. 8i d’Hercules, & fe ren- dre en Egypte , ce qu ils firent , dit-il , en deux ans. Les memes Grecs affirment auffi qu'au temps de Xer- xes, le Capitaine Sa- tafpes, doubla le Cap de bonne Efperance , & fe retira en Egypte par le détroit de Ca- dix : Et Strabon rap- porte fur la foy du Grammairien Ariftoni- cus , que Menelaus na- 82 Relation vigea de Cadix aux In- des : Et Pomponius Mela,quEudoxus fuyat de Jatychus Roy d’A- lexandrie, fortit parle fein Arabique, 6c alla jufqu’à Cadix. Il fem- ble que Pline , Solin, Marcian , Artemidore , Xenophon , Lampfacé- ne 6c autres ayent dit la meme chofe. Il efl toute fois confiant que du temps de nos pre- mières conqueites , il Hiftorique. 8j rfy avoit aucune con- noifiance en Europe, èc en AflPrique de pa- reilles navigations , ôc les Portugais n'appri- rent iamais , que les peuples d’Afie qu'ils découvrirent en fuitte, en eufient plus fceu que les autres , ce qui ne fortifie pas peu l'o- pinion de nos Auteurs, contre le crédit de ceux que nous avons allé- guez. 8 4 Relation lean Gonfalve Zar- co , gentil-homme de la maifon de Dom Henry , eftoit la prin- cipale perfonnedont ce Prince fe fer voit pour fes decouvertes , auf- quelles il employoit les revenus de l'Ordre de Chrift. Il fut le pre- mier que le Roy Dom Jean arma Chevalier le jour de Talfaut que l’on donna à la Ville de Çeuta, Il le fervit en ... fuitte auliî bien que l'Infant en toutes les entreprifes d'Afifrique , & l'on tient qu'il fut le premier Capitaine qui introduit fur les V aiffeaux 1 Vfage de 1 ar- tillerie. Ce Gonlalye donc commandant fon armée, couroit le dé- troit au commence- ment de l’an 1420. pour pafler fur les co- tes d A Afrique. Il avoit dés lan 1418. décou- H 86 Relation vert, comme par ha- zard , llfle de Porto Santo, ou il fut jette par une tempefte , en allant chercher le Cap Bojador. Le cirïquiefme Mars Fan 1416. Dom San- che , dernier fils du Roy d’Arragon , Dom Fernand , & Grand Maître de l'Ordre de Calatrava , mourut en Caftille , & laifla par fon tellement desfom- Hifiorique. 87 mes confiderables pour le rachapt des Chré- ftiens Caftilians, efcla- ves à Maroc, pour le- quel , une Fufte par- tie d’Efpagne eftoit al- lée, & revenant, paf- foit d’A Afrique à Ta- rifFe , avec quantité d’efclaves Chreftiens ra- chetez, entre lefquels eftoit nôtre Jean de Morales. En ce temps Jean Gonfalve croifoit e deftroit avec fa Bot- H ij S 8 Relation te , 6c comme les dif^ ferens d’entre le Por- tugal 6c la Caftille , n’eftoient pas alors tel- lement alfoupis qu'il ne reliât quelque mes-in- telligece entre les fujets de ces Couronnes? les plus forts en mer pre- noient ceux qui l’é- toient le moins : ce fut par cette raifon que Gonfalve ayant décou- vert la Fulle de nos Captifs , luy détacha en Historique. 89 queue quelques Vaif- feaux légers , qui luy donnèrent la chafTe , Tatteignirent, f attaquè- rent, ôc s"en rendirent maîtres fans refiftance. Le Capitaine voyant la mifere de ceux qu’il avoit fait fes prifon- niers , & connoilfant la clemence de fon Prince , leur donna à tous la liberté , excepté à Jean de Morales , dont on luy avoit par- 9 © Relation lé , comme d ’un hom- me dexperience au fait de la marine , préten- dant en faire un pre- fent agréable à Dom Henry , auquel il ju- geoit qu'il pourroit n'é- tre pas inutile pour les découvertes qu’il me- ditoit. Onappritàlean de Morales fa nouvel- le prifon , & le fujet pour lequel on le re- tenoit, dequoy n'eftant pas autrement fâché , il Hiftorique . 9i s’offrit de bonne grâ- ce à fervir l’Infant;, & à répondre aux efpe- rances qu’on luy fai- foic fhonneur de con- cevoir de luy : & pour fe rendre G on falvc fa- vorable , il luy com- muniqua une partie du fecret de la nouvelle Ifle , dont il vouloir propofer la decouverte à l’in fiant , fortifiant la connoilfance qu’il en avoit de 1 hiftoire de H iiij 92 Relation Robert & d'Anne. Cette ouverture fit re- tourner Gonfalve au Port de Terça-Nabal, plus riche de fefperan- ce qu elle luy faifoit naître ? que de tout autre butin. E fiant ar- rivé , il fit le récit à 1 Infant de fon voya- ge qui avoit cité court, & de Iheureufe ren- contre qu'il a voit fai- te , & lu j prefenta lean de Morales, luy Hiftorique . 93 rendant conte de fa profellîon , 8c de fes îecrets. Dom Henry le receut avec beau- coup d'humanité , le- couta favorablement , 8c ayant examiné ce qu'il luy difoit , con- ceut vne extrême im- patience d'executer une cntrcprife qui eftoit û fort de fongout 5 pour cét effet il refolut que Gonfalve iroit d'abord à Liibonne , où eftoit 9 4 Relation le Roy fon Pere , pour luy communiquer cet- te proportion , & que tant pour la fatisfaétion du Roy , que pour contenter les Minières, il meneroit avec luy Iean de Morales , afin qu’il pût refondre les doutes qui luy feroient propofez par ceux , qui manquant d’efprit, ou de fortune , pour trou- ver de nouvelles cho- ies , ont accoutume' de Hiftorique. 95 fe venger de ceux qui les ont découvertes en les rendant imposa- bles , par les difficultez qu'ils y. apportent , lors qu'elles font d'une vé- rité confiante? ou d’en ravaler le prix , quand elles ne font qu’évi- demment faifables. Pendant que Gon- falve s’acheminoit à îa Cour avec les Capi- taines Iean Laurens , François de Carvalail, 96 ] Relation Ruy Paes , Alvare Al- fonfe, 6c François Al- caforado , qui a écrit cette Hiftoire, accom- pagnez de quelques gens de Lagos , expéri- mentez en la naviga- tion , qui furent An- toine Gago , 6c Lau- rens Gomez : Dom Henry donnoit fes or- dres pour équiper une nouvelle flotte , afin d’executer le deflein qu’il avoit fortement Hiftorique. 97 conceu d'envoyer faire m -» cetre découverte. L’accueil favorable que le Roy fit à Gon* falve & à fon pilote , 1 non plus que le grand avantage , le peu de rifque , ôc le moins de dépence que l'Infant fai- foit propofer pour cet- te entreprife , ne fuffi- rent pas pour empef- cher que quelques Mi- niftres , par un effet de la jaloufie quils por- 98 Relation toi en t à la grandeur de l'Infant ne la def-ap- prouva/Tent. Gonfalye receyoit cependant beaucoup d honneur à Lilbonnej mais le Roy ne l’cxpe- diant pas , il s’en en- nuya , & donna ayis à 1 Infant du mauvais chemin que prenoient fes prétentions , de la peine qu’il ayoit de perfuader aux Mini- ères de recevoir les trc- Hiftorique. 99 fors, quil leur offroit pour le Roy , à quoy ils apportaient autant de difficulté que s'il eût demandé qu’on en eût fait ladépenfe pour fon advantage particulier. Sur quoy l'Infant re- folut de s'aboucher promptement avec le Roy , auprès duquel eftant arrivé , il leva à finftant toutes les dif- ficultez qui faifoient obftacle à l’expedition ioo Relation de Gonfalve , de for- te qu’au commence- ment de luin de l’an- née 1420. il femit en mer avec un VaifTeau bien équipé , ôc un autre moindre qui al- loit à la rame , & dont on avoit accoutumé defefervir en ce temps là. Telle fut la peti- te flotte qui partit de Lisbonne pour une dé- couverte aufli impor- tante , que celle qui fe Hiftorique, ioi fe fît enfuitte. Il couroit un bruit parmy les Portugais qui habitoient Pille de Porto Santo , dont Gonfalve prenoit alors la route , qu'il paroif- foit en mer au Nord- Eft de cette Me » une obfcurité conti- nue ôe ferrée , depuis la mer iufqu'au Ciel, qui ne diminuoit ia- mais, & qui paroiffoit naturellement comme I 102 Relation gardée d’un bruit ê~ trange qui s’entendoit quelquefois de Porto Santo mefme : Et parce qu'en ce temps- là on ne nayigeoit qu a veuë 'de terre, faute d'Aftrolabe ,. & d au- tres inif rumens inven- tez depuis , Fon iugeoir impoiïîble, ou miracu- leux d’y retourner, lors qu’on Fa voit perdue de veuë. Cette ignorance de la mer & de fes fe- Hiftonque. 103 crets , eftoit caufe que la fituation de cette obfcurité eftoit géné- ralement jugée, ôc ap- pellée un abyfrne , les autres jugemens con- fus & incertains que Ion faifoit de cette ombre eftoignée , ê- toient , que c’eftoit la bouche defenfen ceux qui tenoient cette opi- nion, s’appuy oient fur quelques Théologiens, qui aufti (impies que 104 Relation timides , s'efforcaient de prouver par des ar- gumens , ôe par des au- thoritez , que la chofe pou voit eftre. Les Hi- ftoriens , qui fe preten- doient plus fçavans * eftimoient que c'çftoit Lille ancienne de Ci- pango , que Dieu te- noit myfterieufement couverte où Ion crojoit que les Evê- ques & les Chrétiens Efpagnols & Portugais Historique. 105 s’eftoient retirez lors de Toppreilion des Mo- res Ôc des Sarrazins: Que ce feroit pêcher ouvertement contre la Providence Divine , que de chercher Te- clairçiiTement de cette vérité , & qu’il ne luy plaifoit pas encore de manifefter ce fecret par les lignes qui dévoient précéder cette decou- verte , parce que le fom- meil eft un écueil dau- tant plus dangereux en mer , qu'il ne fe trou- ve marqué dans aucune carte. Hifiorique. 13 9 Le jour fui van t, Ruy Paes côtoyant par l’or- dre de Gonfalve , qui fe fioit fort en luy , la terre , dans une Cha- louppe armée , trouva le mefme rocher , au pie duquel Robert avcit autrefois débarqué , ôe fui vaut à la pifte quel- ques marques que lean de Morales auoit rete- nues , il trouvoit avec beaucoup de fatisfa- étion les vertiges des i4° Relation Anglois , quoy qu'un peu gâtez : il alloit en* tre la mer , ôc les ar- bres , dont quelques uns avoient encore des coups de coignée, ils trouvèrent de plus , d autres traces allurées, qu'il y avoit eu des hommes en ces lieux là. Palfant outre , il découurit par delfus toute la foreft, le grand arbre dont il a cy- de- vant ellé parlé, auxco* Hifiorique. 141 tez duquel , lors qu"on en fut plus proche, 011 voyoit le tombeau de nos Amans, ôdesCroix, ôc les Epitaphes confïr- moi et le premier témoi- gnage quil en avoit re- ceuïeur rencontre, bien que pre veuë, ne laitfapas d’émouvoir lacompaf- fion de Ruy Paes , Ôc de fa compagnie , leur faifant répandre des lar- mes, ôc confirmant par là ce que dit Seneque, *4 2 Relation que Thumanité eft le premier degré de pa- renté entre les hom- mes. Apres toutes ces re~ connoiflanccs , ils re- tournèrent le mefme jour vers Jean Gon- falve , Sc Pâturèrent qu’ils avoyent rencon- tré tout ce que le Pi- lote lean de Morales leunavoit dit , furquoy il difpofa Ton débar- quement, quil exécuta Hijiorique. 14$ avec toute la précau- tion, Ôc toute la folem- nité polïible , prenant poCeflion de ce lieu, pour ôc au nom du Roy Dom Iean de Por- tugal , ôc de Tlnfant Dom Henry , Ordre, Maitrife , ôc Chevalle- rie de Chrift : l’eau fut benite par deux Reli- gieux , Ôc avec elle, Fair ôc la terre purifiez par l'invocation du nom de Dieu. On drefia en ! /44 Relation fuitte un Autel au pr<> pre lieu ou Robert & Anne en av oient cy- devant érigé un , ôe la ceremonie en fut faite, le jour de fainte Elifa- beth. Et comme Gonfalve ne vouloit rien négli- ger de tout ce qui luy pouvoit donner une parfaite connoiffance de ce lieu , il comman- da que Ton fift le tour de tout ce qui avoit Hiftorique. 145 été découvert, & qu’on fuivit tous les chemins, ôc tous les fentiers que l’on trouveroit pour voir li l’on rencontre- roit quelque habitation, ou quelques traces d’hommes , ou de Bé- tail, avec ordre fi l’on découvroit quelqu’un de l’amener vif ou mort: Mais ceux qui allèrent à la découverte ne trou- vèrent chofe du mon- de , que plulieurs oy- / 4^ Relation féaux de differentes e£ peces , & de differen- tes couleurs qui fe laif- ferent prendre à la main fans qu'on y employât ny peine , ny adrcffe. Jean Gonfalve, riche ce luy fembloit , de cet- te facile proye , s'en retourna à fon bord , où ayant appelle' au Gonfeil, les plus nota- bles de fes gens, il fut refolu qu'on ne parti- rait pas de là fans avoir plus Hijtorique . 747 plus particulièrement examiné cette terre , puis quon en a voit le loilir , &c parce que le rivage de la mer eftoit plein de rochers , Iean de Morales jugea,, qu'il y en pouvoit autant avoir de cachez fous l’eau j c'eft pourquoy il crut à propos de con- tinuer leur découverte dans des Chalouppes comme ils l’avoient commencée,plutôt que N / 4 S Relation dans des Vaifïeaux, afin d’éviter les brifans , ôc lescourans qui fe pour- roient rencontrer fur cette cote inconnue , ce qui fut exécuté 5 Jean Gonfalve prenant la Chalouppe de Ton Vaiffeau pour lu j , & pour fa compagnie ^ & lailfant la charge de l’autre au Capitaine Alvare Alfonfe. Ils paf- ferent en cet ordre une pointe qui eftoit vers Hijtorique. 14-9 le Couchant, ôc virent quatre belles rivières qui entroient enfem- blc dans la mer* ôc dont l’eau eftant très pure , Gonfalve en fit emplir quelques bou- teilles pour les porter à Tlnfant. Avançant encore da- vantage ils découvri- rent une vallée qu une autre riviere fendoit agréablement qu’ils en- uoyerent reconnoitre ISO , Relation par quelques Soldats , qui ne la trouvèrent abondante qu*en fon- taines : On en fui vit une autre , couverte d'arbres , ôc Ion en trouva , en quelques endroits, quantité dab- batus, dont le Capitai- ne fît prendre quelques- uns, ôc en élever une Croix, de laquelle cét endroit prit le nom de fainte Croix. Suivant toujours la côte , il for-. Historique. 151 tit d'une langue de ter- re qui s'avançoit en mer plus que les au- tres , vne û grande quantité de Geays, que les gens des Chaloup- pes ne fe crurent pas en feureté de leur faim » ôc de leur multitude : ce qui fut caufe que cette pointe receut alors le nom de PuntaDos Gralhos , qu'elle garde encore jufqu'à prêtent. On en remarqua aulîi 152 Relation tôt une autre , environ deux lieues plus loin , qui , avec celle qu'on laiflbit , faifoit un fort beau Golfe , environ- née d'une terre moins élevée que le refte , à laquelle un bois d’é- gale hauteur fervoit de couronne , par de/fus laquelle s’élevoient des cedres fort hauts. Us pafferent de ce Golfe des cedres aune autre Vallée, de laqueb Hiflorique. 153 le venoitune efpece de Lac , qui entrant dans la mer , formoit un fort grand badin, ex- trêmement propre au de'barquement:Sa beau- té' convia Gonfalve dé- faire defeendre Gon- falve Ayrez , avec bon nombre de Soldats y pour pénétrer encore plus avant dans les ter- res que Ton n a voit fait, & pour en rap- porter toute ïïndru- 154 Relation dtion poflible : Mais il retourna bïen-tôc fans autre nouvelle infor- mation , que celle d’a- voir veu que la mer environnoit toute cet- te terre, d où Ton ache- va de connoître que ceftoit vne ïïle , & non une partie du con- tinent d'AfFrique, ainfi que quelques uns Ta- voient cru jufqu’alors. Le Capitaine ne fut pas encore fatisfait, sl- maginant Hifiorique. 155 maginant qu'il pour- roit y avoir quelque habitation dans les lieux écartez , c’eft pourquoi- allant toujours terre-à- terre , il découvrit un grand terrein débaraf- fé des arbres qui fe trouvoient par tout ail- leurs , tout couvert d'un très beau fenoüil ( en Portugais appellé Funcho ) de l'abondan- ce duquel , la Ville qu'on y a bâtie en fui- 156 Relation te , a pris le nom de Funchal, Métropolitai- ne quant au temporel, ôc jadis de tout TO- rient, pour le fpirituel. Les Portugais , fans fe piquer, comme les autres Nations qui ont fait des découvertes, de donner de grands noms à leurs Colonies , fe font contentez decon- ferver ceux qu elles avoient, ou de leur im- pofer ceux que la nà- Hiflorique. i$7 turc leur ofFroit , lors qu’ils en manquoient. Trois grorfes Riviè- res fortant de cette Val- lée du Funchal , s’af- fembloient en entrant dans la mer, ôc faifoient deux petites Ifies, qui! fembloit que la nature euft placées là , pour fervir de Môle à un lieu fi agréable. Ce fut en ces Ifies que Gonfalve mit fes Navires à couvert , ôc Oij 15 s Relation qui* y bois ôc de‘ l’eau qui lu y man- quoient : ce Capitaine ne foufFrit jamais, no« nobftant toute la tran- quillité & la feureté qui paroiifoit , que pas un de fes gens couchait en terre , avant qu'elle eut cité parfaitement recon- nue. Le jour d apres , comme il fuivoit la mef- me route , il arriva à cette mefme pointe qu'il avoit veuë du cô- Hifiorique. 159 té du Sud, & y fit ar- borer une grandeCroix. Avant doublé cette J. pointe il vit une Pla- ge ^ qull appella P raja Fermofk , ou, belle Pla- ge , à caufe de fa gran- deur, & des belles eaux dont les vagues fe rom- poient doucement con- tre fon rivage. Paifant plus haut, ils rencon- trèrent entre deux poin- tes , un furieux Tor- rent , mais dont les eaux O iij i6° Relation eftoient fi claires , qu el- les obligèrent la curio- Ijte de quelques-uns à demander conge' de les aller voir de plus prés, \ c Capitaine l’accorda a deux Soldats de La- gos qu’il eftinioit beau- coup , Jefquels mépri- fant le Gué , &. leur vie encore plus , vou- lurent pafler ce torrent * * a , na g e * mais com- me s irritant de leur té- mérité, il les emporta Ht /torique. 161 avec tant de rapidité, que d’abord ils en per- dirent connoilfance, ôc ils y feroient péris, s ils n'euflent efté prom- ptement fecourus par leurs compagnons. Cet- te avanture , donna a ce torrent le nom dos Soccorridos , plus heu- reufement que celuy dos Agravados , a un autre de la mer d'Ara- bie dont nos Hifto- riens font mention. O iiij i^ 2 Relation On vojoit un peu plus avant une roche pointue qui s'élevoit par deifusles autres, & qui eftoit entourée d un bras de mer , qui fai- foit entre ce rocher, ôc une terre voihne, une cfpece de Port , où Gonfàlye entra avec fes chalouppes , s'imagi- nant que ce lieu pour- roit leur découvrir de plus grands fecrets que les autres , parce qu'ils Hifîorique . 163 virent tout le rivage couvert de traces d'ani- maux, ce qu'ils n'avoient rencontré en pas lin autre endroit , mais ils furent bien-tot détrom- pez, lors qu’ils virent fauter en mer , avec un fort grand bruit, une grande trouppe de .Loups-marins qui for- tirent tout à coup d’u- ne caverne qui fe trou- voit creufée au pied de la montagne par l’eau 1(5 4 Relation