HISTOIRE DE LA C O N QJJ E STE DU MEXIQUE. o u PE L A N O UV EL L E ESPAGNE» PAR FERNAND CORTEZ,’ traduite de £E(pagnol de Dont Antoine PE S o l i s , par l'Auteur du Triumvirat „ Cl n Q^u t e’m e E d i t i o n. TOME II. A P A R I S ; Par la Compagnie des Libraires; M. DCC. XXX. Avec Approbation & Privilège du Roy> BP.IC6 TABLE des chapitres contenus en ce Livre. LIVRE QJU A T RIE’ ME. C h A p. I. N permet â Motezjsma de je montrer au public , en allant djes Temples, & a [es diverse- ment ordinaires. Cortex, prend quelques mefures qu'il jugeait necejfaires. On doute fi les Espagnols entreprirent en ce temps- la d’abattre les Idoles dans la Fille de Me- xique. Pg e C h A P. IL On découvre une conjpiratïon 'oui je formait contre les Ejpagnois , par le Roi de Tex,euco. Aiotezjsma l appaije par jon adreffe (3 pur les avis de Cortex. , (3 châtie celui qui étoit I auteur de la trahi « r / à Ion. Ch ap. III. Motezjimaprend la rejolmon de renvoyer Cortex. , en répondant a jon Ambajfade. H ajfemble les Nobles^ de jon Empire, (3 dijpoje leurs ejpnts à recon- naître le Roi dEjpagne pour le légitimé he- ritier de cet Etat s en arrêtant qu on lui table rende le devoir dobéiffauce , £ÿ qiion lui T a ye un tribut , comme a un Prince qui defcendoit de leur premier Conquérant . ^ 0 . G H A p. 1 V. Cortex cfi mis en poflfejflon de P or (3 des pierreries qui compofoient les frefens de P Empereur, & des Nobles. Mo- tezuma lui dit avec fermeté , qu il fe préparé a partir. Cortex cherche a pro- longer fon départ , fans répliquer a'P Em- per eur / au meme temps il reçoit P avis que des vaijfeaux Efpagnols font arriver à la coîe ° . + 3 * Lhap. V» On rapporte les nouvelles me- fures prifes par Felafquez , pour ruiner Fernand C ortez* IJ armée c3 la flotte que Velafquez envoyé contre ce General, fous la conduite de Pamphile de Narvaez. N arrivée de ce Commandant a la cote de la Nouvelle Efpagne, (3 fon premier effort pour réduire les Efpagnols de Fera- Cruz. " S4 . 9 Ch a p. VL Les précautions que Cor lez prend, pour éviter une rupture ouverte. Il introduit un traité de paix que Narvaez ne veut pas recevoir : au contraire , il pu- blie la guerre , (3 fait arrêter le Licencié Luc Velafquez dAillon. 67. C h A p. VIL Motezjuma continue les té- moignages de fon ajfeéhon aux \ Efpagnols . On ne peut fe per fuader fon changement , que quelques Auteurs attribuant aux dk DES CHAPITRES. ligences de Narvaez ,. Cor tez prend la re- folution de partir 5 G? [execute , i Mexique me partie de [es Sol- dats. Chap. VIII. Cortex marche vers Zem -* poala; & fans obtenir les troupes quil efpe - ** 0 # Æ Tlafcala , 7 / pour fuit fa mar- che jufqud Motalaquita , 7 / reprend la négociation dun traité de paix ; mais ayant repu une nouvelle injure 5 7 / /J refolut d la guerre. * Chap. IX. Cortex s'avance jufques d une lieue de Zempoala. Narvaez. fe met en campagne avec fon armée ; Le mauvais t emps [oblige d fe retirer; cÿ fur cette nou - *uelle Cortez. forme le dejfein de [attaquer dans fon quartier. ut. Chap. X. Cortez. arrive d Zempoala ou il trouve de la ref fiance. Il remporte la victoire y & prend Narvaez.; reduifant fon armée d fervir fous fon commande- ment * 123* Chap. XI. Cortez. foumet d fes ordres la Cavalerie de Narvaez. > qui étoit en cam- pagne. Il reçoit [avis que les Mexicains av oient pris les armes contre les Efpagnols quil avait laiffez. d Mexique . Il marche avec toutes fes forces > & entre dans cette Ville fans combattre. / 36. Chap. XII. Les motifs qui av oient obligé les Mexicains d prendre les armes. Or - a iij TABLÉ daz fort avec quelques Compagnies 5 pouf reconnaître t état de la Fille . Il donne dans une cmbufcade ; (3 Corsez, fe détenmne a la guerre. 150* C h A p. X II L Les Mexicains attaquent le quartier des Efpagnols > (3 font repouffez w Cortex fait deux forties contre eux : (3 quoiquil les eut battus en ces deux ren- contres 3 il voit peu defperance de les ré- duire. 164» Ch af. XIV. Motezuma exhorte Cor - te z, a fe retirer. Ce General lui offre de finir aujfi-tot que fis Sujets auront quit- té les armes. Ils damnent un antre affaut au quartier. Moteznma leur parle de défi fus la muraille 3 (3 ejl blejfé fans pouvoir les réduire. \ 176* Chap, XV. Motezuma meurt 3 fans vouloir recevoir le Baptême „ Cortez en- voyé fin corps dans la Ville . Les Mexi- cains celebrent fis obfeques . On rapporte les bonnes (3 les mauvaifes qualité z de ce Prince. 189* C h a p. XV I. Les Mexicains reviennent affliger le quartier. Cortezfaiturie finie 3 (3 gagne un- de leurs Temples quils av oient occupé. Il les met en déroute^ fait le plus de dégât qu il peut dans la Fille , à dejfein de les étonner , (3 de fe retirer plus ai fé ment. 202* Ch ap. X V IL Les ) Mexicains propo - DES CHAPITRES. fient un traité de paix , a deffein de faire périr les Efpagnols par la famine . On pé- nétré lenr intention , é 3 Cortex affem- ble fies Capitaines . Ils prennent la réfla- tion de for tir de Mexique cette nuit me- me. 2 14. . Ch A p. XVIII. U armée marche en bon ordre , (3 à T entrée de la dague les Indiens fe découvrent > <3 I attaquent de toutes leurs forces , par terre (3 par eau. Le com- bat dure long-temps ; (3 enfin elle prend terre auprès de Tacuba avec une difficulté <3 une perte confiderable. 224, C h a p. XIX. Cortex marche vers Tiafca^ la. Quelques troupes des Filles voifines le fuivent de loin 5 jufqud ce que s étant join- tes avec celles des Mexicains , elles atta- quent les Efpagnols ? (3 les obligent d fie re- tirer dans un Temple. 2 $ /. C H A p. XX. Les Efpagnols continuent leur retraite avec une furieufie fatigue (3 de grands obfiac les s jufqud ce quêtant arri- vez. a la vallée dCtumb ajout es les forces des Adexicains furent rompues (3 défaites dans un combat . 249* LIVRE CINQUIEME, Ç hap. I. T 'Armée entre dans la Fro- JL* vmce de Tlajcala , & va loger d Gualipar. Les Caciques & les Sé- nateurs envoient vifiter Cortex. Once^ T A B L E ïebre F entrée des Efpagnols par des fê- tes publiques on e fl affuré de F affec- tion de ces Peuples, par de nouvelles preu- ves. 264, C h a P* II. On reçoit F avis que la Pro- vince de Tepeaca s* e' toit foulevée . Des Xlmbaffadeurs de Mexique viennent à Tlafcala\ (3 on découvre une confpiratton que le jeune Xi cote ne al for moi t contre les Efpagnols. - 276 . C h a p, III, On entre dans la Provin- ce de Tepeaca j après avoir vaincu les rebelles , qui étant afffiez des Mexicains , avaient préfenté la bataille aux Efpa- gnols , on prend leur TiUe 3 que F on for - tifie fous le mm de Segura de la Fron- tera. 288. C h A p. IV. Cortez envoyé plufieurs Ca- pitaines 3 pour réduire ou châtier les Tilles révoltées 9 & marche en pèrfonne vers celle de Guacachula 5 contre une armée de Me- xicains , qui défendaient leurs frontières de ce coté^lâ. 301» C h a p. V. Cortez avance les préparatifs dont il avoit befoin pour Fehtreprife de Mexique . Il reçoit par hazard un Je- cours de Soldats Efpagnols . Il vient à Tlafcala , ou il trouve que Magifcatzm était mort » 316 9 C h ap. VI. De nouveaux fecours de Sol- dats Efpagnols arrivent à F armée de Cor- teZa DES CHAPITRES. fez,. Les gens de Narvaez. qui avaient de- mandé leur congé 3 retournent a l Ifle de Cuba. Carte z, dreffe une / econde Relation de fon expédition 9 (3 dépêché de nouveaux Envoyez, à L Empereur Charles F”* 329 • G h a p, VU. Les Envoyez, de Cortex» ar- rivent en EJpagne > & paffent a Medellin » oh ils demeurent jufques à ce qt^les trou- bles de l'Etat étant ceffez . , ils pmffent fe rendre a la Cour , ou Us obtiennent la reçu - fat ion de l'Evêque de Burgos . 3 Ah r C H a p. VIII. Ce qui Je paffa en toute cette affaire 3 jufques à fa conclufion 333 * C pi a P, IX. Coy'tez. reçoit un nouveau fè~ cours de Soldats é3 de munitions ; Il fai& la revue de fon Armée . Les Alliez, en font, autant à fon imitation . On publie des Or- donnances -, & on commence U marche 9 a dejfem de s 9 emparer de Tez,euco. 3^9° C H a p. X. L Armée marche > C> furmon- te plusieurs objlacles. Le Roy de Tezeuc® envoyé une Ambafade 5 pour tromper le General . On lui répond en mêmes termes % ce qui donne lieu de s'emparer de la Fille fans réf fiance, 377* C h a P. XI. U armée étant logée dans Te- zeuco , les Nobles viennent offrir leur fervice au General. Il rend le Royaume à celui qui en étoit le légitimé heritier , laifant l'ufurpateur fans aucune efferan- ce d'être rétabli. 3$$° Toras II» S TABLE CHA-p, X 1 1 . Le Roy de TezttiCù reçoit h Bapteme en public y & Cortez. marche avec une partie de Jon armée , pour fe fai « Jir de la Fille d' iztacpalapa y ou il a be- foin de toute fa prévoyance ,pour éviter de tomber dans une embufcade que les Indiens lui av oient drejfée, 397* C hap^I 1 1, Les Provinces de Chalco & d Ommba demandent (ecours à Cortex contre les Mexicains . Il en donne la char- ge a Gonzale de Sandoval , & à François de Lngo > qui défont les ennemis G? amè- nent des prifonmers ipar le moyen dej quels Certezpropofe encore la paix à f Empereur de Mexique . 4.06c C h a p. XIV, Gonzale de Sandoval con- duit les brigantins a Tezeuco \ & durant qn on leur donne la dernier e main 3 Cortez, fort avec une grande partie de fon armée , pour aller reconnoitre les bords du grand Lac . 4//, C iï A p, XV. Cortez va à Lait oc an ok il trouve de la réjiflance . Il furmonte les ob- fiacles 5 & pajfe jufques d Tacuba ; & après avoir vaincu & défait les Mexi- cains en plufeurs combats , il fait fa re- traite . 4.2 /« Ch ap, XVI. Un nouveau fecours d' Ef- pagnols arrive h Tezjeuco . Sandoval mar- che au fecours de ceux de Chalco . Il défait par deux fois les Mexicains en pleyie DES CHAPITRES. campagne $ & prend d force d'armes les ViU les de GuaJlepeque & de C api fil an. 437 • C h a P. XVII, Corte z, f dit une nouvelle [ortie, pour reconnohre le Lac du coté de Suchimilco. Il fait en chemin deux com- bats fort périlleux contre les ennemis , qui s'étoient fortifiez, fur les montagnes de GuaJlepeque. 44$* C h a p. XVIII. V armée pa/fe d Quat- lavaca > ou elle défait les Mexicains \ é3 de- la d Suchimilco , ou elle obtient une au- tre viUoire avec plus de difficulté 9 & un extrême danger de Cortex 4-6 ?• C h A P. XIX- On châtie la confpiration de quelques Efpagnols contre la vie de Cortez. y par le fupplice d'un Soldat * 5 £3 un mouvement féditieux de quelques Tlafcalteques par la mort de Xicot en- cal. 474 - C h A p. X X. On met d l'eau les bngan - ^jins ; & après avoir partagé l' Armée pour attaquer en même tems , par les chauffées de Tacuba 9 d' fztœcpalapa (3 de C'uyoa- can > (Sortez, s avance fur le Lac , éS rompt me grande flotte de canots des Mexi- cains , 436. Ch AP. XXL Cortez, va reconnohre les pofies de fon Armée fur les trois chauffé e s, & trouve par tout que le fecours des bngantins étoit nécejfaire. Il en laifie quatre d San - doval > quatre d Pierre d' A Ivarddo ? TABLE DES CHAPITRÉS» & fe retire À Cuyoacan avec Les cinq autres. 4çy m C H a p. XXII. Les Mexicains mettent en ujage divers flrata^êmes pour leur dé - fenje . Us drcffent me embujcade de leurs canots contre les bri pantins. Cortex eji battu dans une oc caftan conftderable ^ éS pouffé jufques à Cuyoacan . yop, C H a p. X X il I. Les Mexicains célè- brent leur viÜoire par le jacnfice des Ef pagmls. Guatimozjn trouve le moyen d'ef- frayer les Alliez* 5 dont plufieurs defertent de [ Armée de Cor te z . Us retournent en plus grand nombre , on prend la nfolu - tion de je pojler dans la folle meme • y 2 3. C H a p. XXIV. On fait les trois attaques en même 'temps ; & tes trois corps de l 7 armée fe rejoignent en peu de jours 5 dans la Place de Tlœteluco* Guatimozjw (e re- tire au quartier le plus éloigné \ les Me- xicains font plufeurs efforts & u/ent de di « Ver [es rufes pour traverfer le dejfein des Efpagnols. $34* C h a p. XXV. Les Mexicains font un effort pour je retirer par La voye du Lac» Grand combat de leurs canots -contre Iss bngantms , a dejfein de faciliter la retrai- te de Guatimozjn. U eji enfin pris > é 3 Ità Ville (e rend a Cortez*, f4$ a Fia de la Table des Chapitres. HISTOIRE CHAPITRE, premier. ^ ■ -y- . %... ün pertnet à Motexuma de/e montrer en public , en dlant k J es Tçniples & a /es divertiffemehs ordi- naires. Cortex, prend' quelques me jures quiljugeoiû necejfaires. On doute fi les V/pagnols entreprirent en ce tems~lk d'abattre les Idoles dans la Ville de Mexique» OTEZUM A fe rendit ainfi volontafiemenc prifonnier des ^ ® Efpa^nols*, & il s’en fit aimer s !par la cpmplaifànce & par fa iitêv Se$ domeftigues même ne îe Tome IL A 4 Hifloire de U Conquête l’accompagnoit ordinairement. Il menï avec foi quelques Efpagnols 3# qu’il nomma 3c choifit lui-même prudemment , avant qu’on les lui eût donnez , pour lui fervir de gardes y ou de témoins. Le Peuple célébra perte première vûë de fon Prince par de grandes réjoiiiffanees $ chacun en témoigna fa joye par fes demonftrations qui compo- foienr leurs applaudilîemens. Ce n’eft pas qu’ils l’aimafTent 3 ou qu’ils euffent perdu le fouvenir de Poppreffion dont il les char-r geoit; mais lé devoir faifoiten cette ren- contre l’office de la volonté,& l’éclat d’une Couronne fe fait refpeéter jufques fur le front d’un i yran. L’Empereur recevoit leurs acclamations d'un air majefiueux 3 & avec quelque mar- que de reconnoiffànce, Ce jour-là il parut liberal jufqu’à l’excès 3 par plufieurs grâces qu’il fit aux Nobles, &pardç5-diftribution« entre le menu Peuple, Il monta au Temple, appuyé fur les bras des Sacrificateurs ; &c S'acquitta des devoirs les moins fcandaleux du culte qu’il rendoit à fes Idoles > après ^uoi il revint au logement des Efpagnols 3 à qui il fit de nouveaux com pli mens, en leur faifant comprendre que le dégagement de fa parole l’obligeoit moins à y retourner ? que le plaifir de viv*e avec fes amis. Peptus ce temsda , Motezuma (ortie âu Mexique. Livre I V< 'f trement 3 quelquefois pour aller au Palais où fes femmes avoient leur logement ■ d’autres pour vifiter fes Temples ou fes maifons de plaifir , il rendoit néanmoins au General cette efpecede déference ,, de lui demandes fa permiffion, ou de le mener avec foi, lorf». que la vifite qu’il âlloir faite étoit d’éclat 8c de ceremonie. Cependant il ne paffa jamais une nuit hors du quartier des Efpagnols , 8c il ne parla point de changer : au contraire ^ les Mexicains s’accoutumèrent enfin à con-> fiderer cette perfeverance 3 comme une fa-* veur qu’jl faifoit aux Etrangers, enfbrte que tous les Miniftres Sc les Nobles de l’Empire vinrent faire leur cour au General s 5c il étale une efpece de miracle produit en faveur de la dévotion du General. Il femble que cêt homme anime Ton zele , pour nous per- fuader un fait dont je n’ai pu découvrit le premier Auteur. C’eft que les Mexicains ^émurent enfuite 3 fur ce que le Ciel leur refufoit le fccours ordinaire de la pluye y 5C qu’ils accoururent au logis du General 9 avec une impetuofité qui teneit un peu de la fédition. Ils crioient que leurs Dieux avoient retiré leur affi fiance depuis qu’ost avoir introduit dans leur Temple desDi^ vinitez étrangères. Pour calmer ce mouvez ment , Cortez leur promit , de la part de fon Dieu 9 une pluye abondante en peu d’heures , 5c le Ciel prit foin de dégager & point nommé la parole du General *, ce’qui remplit d’étonnement 5c d’admiration l’Empereur 5c tous fes Sujets. On ne fera point de re flexion fit tPem^ barras où Cortez fe jetta , en fe rendant ga- rant envers des Infidèles * d’un miracle qui dey oit être une preuve de la vérité de fa Re^ îigion : cela pouvoit naître de l’ardeur de fon zele^ 5c le merveilleux du fuccès ne 4oit point nous furprendre 3 puifqu’il fe i Hifloire de la Conquête peut faire qu’il eût alors quelque étincelle de cette foi vive , avec laquelle on mérité on obtient les miracles ; mais ce fait heurte fi fort la droite raifon , qu’on lui ac- cordera difficilement fa croyance, fi l’on confidere les lumières du General , Sc le gé- nie Sc la fcience du Fere Olmedo, On fup- pofe neanmoins , que l’entreprife d’abat- tre les Idoles des Mexicains en la maniéré £c au rems que ces Auteurs le marquent— ait eu le fuccès qu’ils lui attribuent $ cepen- dant elle nous fourriit diverfes confidera- fions , qui nous obligent au moins à douter, £ elle ne pou voit pas en avoir un autre. En effet, puisqu'il eft permis à un Hiftorien de hazarderquelquefoisfon fen ciment fur les, a&ions qu’il rapporte , ne peut-on pas croi- re que ce qui a voit été fi difficile à Cozumel* devoitétreimpoflîble dans une Ville fi peu^ plée ? On étoit parfaitement bien avec Mo- îezuma, Sc la tranquillitédonton joüiffoit alors rouloit fur la bienveillance.qu’il té- moignoit aux Efpagnols* cependantil n’a- voit donné aucune efperance de recevoir les méritez de l’Evangile $ au contraire, il avoir toujours la même obftinarion en fon atta- chement aux erreurs de FIdolat-rie. Celui des Mexicains étoit encore plus ferme à . défendre leur culte impie , avec une dureté invincible * & iis a voient alors ..ime-:grandfc , âu Mexique; Livre IV, If idifpofition à fe foûle ver contre les Efpa- gnois, Quelle politique pou voit donc jaf- pirer un pareil contre-tems contrela volon- té de Motezuma! Si l'on confidere le bue die cette .expédition , on ne le trouvera ni folide ni raifonnable, Faut-il commencer par le débris des Idoles à détromper les Ido- lâtres ^ & traiter une ceremonie extérieure, & donron ne tire aucun fruit , comme un triomphe de la Religion ! On ne fe contente pas de placer des faintes Images en un lieu impur & abominable , on les commet en- core à la diferetion des Sacrificateurs ido- lâtres , expolées à leurs irrévérences & à leurs iacrileges # &c on va ceiebrer le divin Sacrifice de la Meffe au milieu des infâmes fimulacres du Démon. Voilà les attentats qüeHerrera. qualifie une Faéfion mémora- ble: ç’eftau Leâeur à décider for cette quæ- litéy pourhaous , ni la pçlitiqpedtVffîpnde^ pi celle du Chri#ianfime nous., four nif-, fent aucune raifôn qui pu i fie fauver ces in- conveniens j &. fans rien prononcer fur la vérité de cet u é vpnement on youdrq.it jeu? lemcnt qu'un procédé auffi irrégulier qii£ celui qu'on.mpporte > n’éut jamais été com* niencé , ou qu'on ne donnât point de place dans l'Hiftoire.à des yf jr$p£ qui parpiïïf $1$ incroyables.» !j ÿ" Hijîoire de la Conquête CHAPITRE II. On découvre me confpiration i]ui feformoit contre les Efpaguols par le Roy de 'Tez.cuco* Motezjuma iappaije par fon adrejje & par les avis de Cortex . , & châtie celui qui était l'Auteur de la trahifon. L ’Entreprife des Efpagnols roula dès fes commencemens fur des accidens qui n’avoient aucune proportion les uns avec les autres. Le repos & l’inquietude fe fupî cedoient tour â tour 'y l’efperance l’empor- toit quelquefois fur les obftacles qui fc pré- lentoient 5 6e d’autres fois la confiance fab, foit renaître les périls j parce que tous defieins des hommes & leurs fu< naturellement fûjetsà cette conditic Jes biens & les maux ont une lianor étroite qu’ils fe fuivent de bien près,' nous devons croire que cette inhabilité étoit néceffaire pour corriger le défc de nos pallions. L’aveuglement des Payens attachoi viciffitude à la révolution d’une roue ima- ginaire, formée de l’enchaînement desfuc- cès heureux ou malheureux , & dont le mouvement étoit réglé par un certain fan-; tome du Mexique. livre I V. *7 Hofneindifcret ôc volage qu’ils appelloicnt Fortune , abandonnant ainfi à la difpofition du hasard leurs defirs ôc leurs craintes , quoiqu’en effet ce foit en vertu des fage$ Decrets de la divine Providence, que le bonheur ôc le malheur n’ont point d’etat fixe ôc confiant en cette vie , afin qu’oi* poflede l’un ôc qu’on fouffre Bautre avec modération , ôc que notre entendement s’élève jufqu’au fejour des Bienheureux * pour y trouver quelque chofe de réel ôc d’affuré. Les Efpagnols avoient afTez de preuves de la bonne volonté de Motezuma 5c de t’eftime defes Sujets ; cependant,, au même tems qu’ils joiiiffoient d’un repos fi favora*. ble , il s’éleva une tempête qui penfa décon- certer toutes les mefures de leur General* Elle fut excitée par Cacumazin neveu de Motezuma , Roi de T ezeueo , ôc premier Electeur de l’Empire. Ce Prince en la fleur de fôn âge a voit beaucoup d’ambition ôc peu de jugement, ôc fur le confcil defes feules pâmons , il forma le de Hein de s’aç~ quérir une gloire immortelle entre ceux dû là Nation, en attaquant les Efpagnols ^fou€ prétexté de rendre la liberté à Ion Sou ve^ tain. Sa dignité ôc la noble fie de fon rang lui paroifi'oient des titres allez avantageux pour lui faire efperer la Couronne de l’Eaw Zm.ç Un 1 ï8 Hiftoire de la Conquête pire à la première élection , 5c il crut qô# 1 du moment qu’il auroit tiré l’épée ? il pour- iroit s’en approcher de fort près. Sa première démarche fut de faper infenfiblement les fondemens du refped & de l’efhrae qu’on âvoit pour Motezuma 5 en infinuant que c’é- toit par pure bafleiFe 5c faute de courage que çe Prince demeuroit dans une fujetioa indigne de fon caraâere. Delà il paffa à des accufations contre les Efpagnols : il repré- fentoit l'opprejfîon que 1‘ Empereur foujfr oit par leur violence , & /’ autorité qu'ils- avaient ujur~ fée dans le Gouvernement 5 comme des princi- pes d' une tyrannie infuportab.le\& iin’Oublioit aucune des raifons, qui pouvoient les rendre edi eux & méprifables. Il répandit depuis, cette femence de révolte entre ees petits Sou?, verains qui regnoient fur le grand lac de Mexique /5c la difpofition favorable qu’il trouva en leurs efpritsle confirma dans là sefolution d’exécuter fon dcfiTein. C a eu ma- zin aflembia donc fecretement fes amis ëc fes parens en fon Palais 3 où fe trou verent lés; Rois de CuyoacaPod’îztacpalapa^e Tacuba; & de Matalcingo , avec d’autres Seigneurs 5c Çaiiquesdu voifinage, qui a voient tous; beaucoup» d’autorité. 5c de réputation . y 5 C qui 'Oü^fe le grand nombre de gens de guet- te dont ils étoient fuiviS j fepiquoient d’ê^ • ut hxmtt & grands. Capitaines,, iti Mexique. Livre' TV. ■ _ 1 9 ■ 'Ce 'Prince leur fit un difeours fou®enu âe plu&urs raifoiis , afin de donner l’ap carence & là couleur d’un zélé definte- rellè à (on ambition. Il exagéra « l’etat ce milerable où l’Empereur fe trouvoit , ce paroiflant avoir perdu jufqu’au fouvenir ce de fa propre liberté ,= & l’obliganon ce qu’ils avoient tous , i comme de fidèles ce Sujets , de confpirer à le tirer de cette « indigne fervitude. Il prouva ta fincente ce de fon z.de par les liens du fang_ qui ce robligeoienC à prendte part aux difgra- Et quand ou- ce frirons-nous les yeux fur la honte de ce notre Nation & fur la baffe fie de notre ce patience Y- Nous; qui femmes nez poür ce les armes , & qui etabhflèns toute no- ce cre foliHté en la? terreur que nous pot- ce tons dans rame de nos ennemis nous ce Baiffôns là tête fous le joug honteux ce d’une Nation êtrangexd Leur mfolcoce c^ dft un reproche' à;aiôtref laehète ne ce oroîrque ffiir le mépris qu ils font de «c -îlotre tolèrahcei Confi'dÊroàs^êpfÔgréz ce qu’ils ont fdt en fi feu detemsy 6c- fes Minières , & ils ont introduit avec 53 eux des efclavbs révoltez contre nous, » qui paroièoient devant nos yeux les ar- 33 m es à la main à l’abri de leur protec- » non ? foulant aux pieds la gloire des 33 Mexicains afin d’élever un trophée à Si * a van tte des Tlaicalteques. Ils ont ôté j. a y i e a tm General de J’Empire par un 33 mpplice public & fcacdaletix , en ufur- 33 pant fur les terres d’autrui le droit des 30 Magiftrats & l’autorité de faire des Loix. Enfin , pour comble d’infolence arrête dans fon logis même le 33 Motezuma. Us l’ont enlevé par D3 j 0rce .^ e Palais $ & non çoncens . 33 P e Iui donner des gardes à notre vue > ils fc font déchaînez jaifq u J a cette in- 03 dighiçé. dfotirrager. fa, perforine ; de fa . ^ Je chargeant des memes fers qn ils font portër à .d’infâmes vo- 3 ? leurs.. Cela s’eft fait , nous le fçavons : s* mais qui pourra, le croire ? Et le té- ^ moignage des yeux même n efo-il pas âu Mexique. Livre I V. rêcufable'en cette occafion ? Quoi qu’en- «c fin ce foit une vérité pleine d’infamie ce pour nous qu’on doit enveloper dans « le filence , ou plutôt dans un éternel ce oubli. Qu’eft-ce donc , braves Mexi ce cains , qui peut maintenant vous rete- « nir 2 Votre Empereur eft en prifon , 6e ce vous n’avez pas encore les armes à la ce main ? Cette image de liberté dont vous ce l’avez, vu joiiir ces jours paffez , n eft ce qu’un paffage trompeur par où ils l’ont ce conduit à un efclavage encore plus hon- ce leux , puiqu’ils régnent en tyrans fur fon ce efprit , de qu’ils fe font emparez de fa vo- ce lancé ; ce qui eft uneefpece de prifon la ce plus indigne d’un Souverain. C’eft par- ce là qu’ils nous gouvernent, 8c qu’ils nous ce commandent abfolument , puifque celui ce •qui eft en droit de nous commander leur ce obéît. Vous voyez qu’il abandonne le ce ,jfôin de ion Etat , qu’il n’eft plus appli- ce que à la confier vation des Loix , & qne ce fon cœur autrefois tout royal ,. n’a plus oc ^que la baffe (Fe d’un efclave. Nous au- oc très , fur qui l’Empire fonde fon appui , c < nous devons prêter nos épaules en un ce befoin , afin d’empêcher fa chute. No-, oc tre devoir eft de joindre nos forces, ce d’exterminer ces nouveaux venus, &c cc de mettre notre Empereur ea liberté* te ix Uiftoire de la Conquit? » Si nous lui déplaifons en deiTerrant iltl 35 peu les liens ae nofre obéïffance pour ^ Ton avantage , il connoitra la bonté du » remede quand il fe verra délivré du mal : s’il ne le connoît pas 3 Mexique » ne manque pas d'hommes dont la tête 33 puiffe remplir dignement la Courons ** ne S & il n’eft pas le premier de nos » Rois r qui pour ne fçavoir pas régner ,, » ou pour régner avec négligence 3 a lait *> fé tomber le fceptre de fes mains. Cacumazin leur fit ce difcours avec tant de vivacité , qu’il emporta toutes les voir. Ils lancèrent d’effroïables .menaces con- tre les Espagnols ,, &• s’offrirent de fervir en perfonne à cette faétion,, à la rëferve du Prince Matalcingo 9 qui étant parent de l’Empereur , au même degré que le Roi de Tezeuco, avoir suffi Tes préten- tions à la Couronne. U pénétra le moé tif d interet qui faifoit agir fon. corival ^ êc refol ut de faire échoiier fon dèfïein a en remontrant qu’il étoit nece flaire 8c conforme à leur devoir d’en informer Mo tez um a , puifqu’il n’é'toit pas raifon- rnble de fejetter les armes à la main dans une maifon ou il refidoit 3 avant que d*a- - voir mis fa perfonne en fureté , tant à eau- fedu péril auquel il expofoit fa vie, que E our éviter la fâcheufe neceffité d’aller^ af : du Mexique. Livre IV; '£# (cm mer ces hommes encre les bras de leur Empereur. Tous les autres rejetterent bien loin cette proportion comme étant im- pratiquait 5 3c Cacumazin ne put s em- pêcher de brufquer Matalcingo qui fouf- frit cette injure, afin de- T'entretenir tou- purs dans fes- efperanccs. L’affemblée fe iépara de cette maniéré , après avoir mai- que le jour la forme de l’exécution * Sc recommandé le fecret. Motezuma 3c Cortez apprirent cette con- juration prefque en même tems. Le pre- mier eu fut informé pan un avis fecret at- tribué au Seigneur de Matalcingo , 3C Cortez par le moïen de fes efpions 6 c^de fes confidens. Ils fe cherchèrent aufii-tot afin de fe communiquer un fecret de cet- te importance ; & l’Empereur fut allez heureux pour s’expliquer le premier d’u- ne manière qui prouva fa fincerite. Il rendit un compte exaèt à Cortez de tout ce qui s’étoit pafié, Il témoigna une ex- trême colere contre fon neveu 3c contre les autres conjurez , & il propofa de les- châtier avec toute la rigueur qu’ils méri- toient ; mais le General apres lui avoir fait comprendre qu’il etoit bien inftruit de tout par de certaines circonftances efifen- tielles , répondit à Motezuma : Qu il avoit ken du déplaifîr d’être la emfe de ce fou* "®4 Hifioire de la Conquête levement de [es Sujets & que cette rai fa V obligent à p rendre fur fort compte le reme- de qu’il était neCeffaire d'y apporter ; qu’ainft il venott lui demander la permiffton de mar- cher droit a Tezeuco avec les Espagnols , afin de prendre la mal à fa faurce , & de lui amener Cacutnazjn pieds & poings liez, y avant qn il fe fut joint aux autres Conju- rez. , Gj qu U les pouffât dans la neceffité d employer des remedes plus viale ns, Mo te-* zuma n approuva point ce projet j au con- traire il le rejetta abfolument y connoif- fant bien le préjudice que fon autorité Sc Ion pouvoir recevroienc , s’il fe fervoic des armes de ces Etrangers pour châtier des attentats de cette qualité fur des per- fonnes auffi confiderables dans fon Etat.- 11 pria le General de diffimuler fon refleni Timent pour l’amour de lui. Enfin il lui dit pour derniere réfolution v Qu’Une vou- lait pas , & qn il n était pas à propos que les Efpagnols fiffent cette démarche , crainte que laver fien qui obligent les Mexicains à vou- loir fe féparer d’eux , ne fe tournât en une opiniâtreté invincible .• qu’il ne de m an doit d’être affifté que de leur confeil } afin de ran- ger ces rebelles a la raifion ; & que s’il en «toit befoin , il fouhaitoit qu’ils fiffent l'office de médiateurs en cette affaire. .Apres quelques l’fjnpereur erus du Mexique. Livre IV. i$ crut qu’il falloir effayer premièrement les voyes de la douceur ; & que la dépendan- ce de refpeâ que fon neveu avoit pour lui , pourrait appaifer fon inquiétude , & le ré- duire à la raifon, lorfqu’il lui reprefenterok fon devoir , &c l’engagement qu’il avoit de fe conferver l’amitié des Efpagnols. A cet effet il lui envoya un Officier de con- fiance pour lui lignifier l’ordre qu’il avoit 6 feroit neanmoins ajfez ri- goureux pour imprimer de la terreur a tous [es pamfans 5 Que le jeune homme qu'il luipropo- foit avoit de meilleures inclinations ; qu'il lui devoit déjà la vie , 6 qu'il luiferoit encore redevable d'une Couronne > d'autant plus engagé a reconnût tre ce bienf ait , qu il avoit a te foutenir contre fon frere . Qu enfin par cet- te difpofition l'Empereur donnoït par avance le Royaume à celui qui en devoit heriter âf 2 S Hiftoire de la Conquête confervott a fin fana la dignité ' du premier Ele fleur , qui et oit d'un ji grand prix dans l'Empire ; Cette penfée de Cortez plut tellement à Motezuma qu'il la communiqua aulîî-tôt a fon Confeil 9 où on donna de grands élo- ges a la juftice & à la clemence de l'Em- pereur : fur quoi les Miniftres drefferent un decret y en vertu duquel Cacumazin futdépoffedéde toutes Tes dignités, fuivant Tufage qui fe pratiquoit en ce Pavs-là , & fon frere nommé pour lui fucceder au Royaume & à l’Electorat. Après quoi Mo- tezuma fit venir le nouveau Roy, &c durant 1 ac5le de l’inveftiture , qui fe faifoit avec pompe <5c quelques ceremonies, il lui fit un dîfcours où il paroifioit de la Majefté , re- duifant en peu de paroles tous les motifs qui pou voient engager le plus fortement fa fidélité ; à quoi il ajouta en prefence de toute l’affemblée , qu'il avoit pris cette réfi~ {ut ion par le confeil de Cortez . , afin de faire comprendre à ce Prince qu’il étoit redeva- ble de fia Couronne au General. On peut s’imaginer qu'il n’ignoroit pas cette obli- gation } la conjoncture des affaires ne fouf- froit pas qu’on enterrât un bienfait de cette nature : mais il efi: bon de remarquer les foins que Motezuma fe donnoit pour inf- pirer à fes peuples des fentiniens favo- du Mexique. Livre IV. *5 fables aux Efpagnols 8C à leur General. Le nouveau Roy alla bién-tot prendre poileffion du Trône à Tezeuco , ou il fut feçu dt couronné avec de grandes acclama- tions & une extrême joye. Chacun s’em- prefl’oit à celebrer fon exaltation , les uns par amour pour fa pcrfonne 8c par la com- paflîon qu’ils avoient fentie de fes difgra- ces , les autres par la haine qu'ils portoient à Cacumazin , & tous enfemble , afin de témoigner que fon crime leur faifoit l'er- reur. Tout l’Empire applaudit a ce châ- timent j qui punifloit les coupables fans ré- pandre du fang 8c on l’attribua a 1 éléva- tion du genie des Efpagnols , parce qu’on n’attendoit pas une femblable modération de celui de l’Empereur. Ce nouveau pro- cédé fut d’une fi grande coniequence pour ébranler les autres conjurez, qu’ils rom- pirent aulîî-tôt les troupes qu’ils avoient affemblées, & qu’ils implorèrent la clé- mence de l’Empereur. Pour cet effet ils eurent recours à Cortcz , 8c enfin Ils ob- tinrent leur pardon par fon interceffion. Ainfi cette tempête qui s'étoit formée con- tre lui, fut diffipêefi heureufement , qu’il fortit du péril avec un nouvel éclat , en par- tie par fon adrèffe , & en partie parce que les accidens mêmes lui furent favorables , puifque Motezuma crut lui être redevable C iij. Hijloire de la Conquête du repos de fon Etat : que le premier Prin- ce de l’Empire fut élevé par fa faveur à cet- te haute dignité , & qu’il trouva moyen de s’acquérir ceux mêmes qui soient fongé à le détruire , & de fe faire un nou- veau fond d’amis & d’obli^ez. £> CHAPITRE III. dl dot cz.uma prend. la résolution de renvoyer Cortex., en répondant à fon Amb a (fade. Il affemole les Nobles dejon Empire , & dif- pofe leurs efprits à reconnaître le Roy d'Ef- pagne pour le légitimé heritier de cet Etat , en arrêtant quon lui rende le devoir d’o- betjfance , & (pu on lui paye un tribut com- me à un Prince qui descendait de leur pre- mier Conquérant. Orfque le calme eut fuccedé à ces mouvemens qui avoient attiré tous les foins de l’Empereur, il fentit ceselan- cemens de frayeur que la mémoire du pé- ril laifle dans l’imagination. Il fit un re- tour en lui-même fur l’état auquel il f® trouvoit. Il lui parut que les Efpagnols faifoient un long féjour à fa Cour , & qu’ils regardoient commeun droit acquis fur fa liberté, la bonté qu’il leur témoi- du Mexique. Livre IV. 3» enoit : fur quoi il prit la réfolution de le famiUarifer moins avec eux & de pren- dre une autre conduite a l’exteneur. Il voyoit bien que le prétexte dont Cacu- mazin s’étoit fervi pour fe foulever , tour- nait à fa confufion , puifqu’on attribuent fa bonté à une baffefle d’efprit , & U y avoir des momens où il s’accufoit d avoir donné occafion aces murmures. Ce Prin- ce fentoit la diminution de fon autorité , dont la jaloufie tient toujours un poite fort proche de la Couronne } & le pte mier lieu entre les paffions qui comman- dent aux Rois. U craignoit que fes Sujets ne retombaient en de nouvelles inquié- tudes , 8c qu’on ne rallumât quelques étincelles de ce feu mal éteint, ll^uroit bien voulu dire à Cortez qu’il hatat le terme de fon retour : mais il ne trou- voit pas les ouvertures propres a lui raire cette propoition avec bienfeance , parce qu’on n’ofe faire un libre aveu de ces . foupçons qui paroiffent une efpece de crainte. Motezuma fut durant quelques jours en ces irrefolutions , 8c conclut en- fin qu’il devoir préférablement à tout ren- voyer les Efpagnols , & fe délivrer de eet obftacle qui feroit toujours chanceler la fidelité de fes Sujets. Il prépara cette matière avec beaucoup r 1 C iiij n Â> A rr de la Conquête 7 a 7 C £ e > ayant prévenu toutes les répond es de Cortez avant que de lui déclarer fes intentions & détruit tou tes !es raifons fur lesquelles il pouvoir fonder fon retarde- ment. Ce Prince attendit donc que le Ge- neral vint V vi fi ter , & le reçut fans mar- quer aucun changement en fes avions ni en fes difcours.il fit tomber la convention ur le lu, et du Roi d’Efpagne dont ils par- vient louvent. appuyant fur la vénération qu il avoir pour ce Monarque , & tour- nant adroitement le même fu jet à fon but t li dit , qu U avait refila de lui rendre l'hom- mage qu il lui devait en qualité de fiucce/feur deQuezakoal , & de Seigneur proprietaire de l Empire du Mexique. C’étoiten effet la ré- lomtion de Motezuma , & l a feule cho- ie qu il dit comme il la penfoit , quoi- qu il ne prétendit pas alors en reftituerle Domaine au Roy ; mais feulement éloi- ^f er & donner congé avec plus d’honneur. Il ajouta donc , qu'il était pretdaffembUr la Nobleffe défis Etats , . C 5 de faire cet aveu en leur prefince , afin qu a fion imitation ils rendififient tous ’[ hom- mage qu'ils dévoient à fion Prince, & qu'ils l établirent par quelque contribution dont il avait deffein de leur montrer'? exemple , ayant déjà préparé des joyaux & d'autres fréfins de grand prix , afin de fiatisfaire du Mexique. Livre IV. 3 î : de fa fart à cette obligation ; qu il ne don- toit pas que [a Noble fie n'y contribuât de U fienne par tout ce qu'elle poffedoit de plus précieux , & qtéil ne deje/perojt pas qnon •rien mit enfemble une quantité fi confidera - ble 3 que ce prefent pourroit paroitre fans honte devant ce grand F rince y comme 'U première reconnoifiance de l'Empire du Me- xique. Cette propofition de Motezuma accor- dent en un même-tems aux Efpagnols 3 tout ce qu’ils auroient ofé fouhaitér de plus avantageux pour fatisfaire leur ambition y 3c meme leur avarice. Elle vifoit a leur retranchet tous les prétextés d un plus long féjourà la Cour , avant que de leur ordon- ner qu’ils fe retiraffent : mais il avoit icu détourner cette vue avec tant d adreffe y que Cortez n’en découvrit rien. iHe re- mercia feulement de fa libéralité fans la rejetter T de auffi fans l’enchérir , puifqu’ii ne faifoit que recevoir de la part de fbn Prince ce qui lui etoit du. Cortez etoit d’ailleurs.très-fatisfàit d’avoir obtenu beau- coup plus qu’il n’auroit ofé demander en la fituation où fes affaires étoient. Il exaltoit parmi fes Officiers de fes Soldats le fer vi- ce qu’ils rendroient à l’Empereur Charles y s’ils obligeoient un fi puiflant Monarque à devenir fon tributaire. Il reprefentoit les 34 Hijloire de la Conquête richeffes immenfes qui pourroieUf accom- pagner cette nouvelle, afin que la relation n’en parût point route nuë , & qu’elle ne courut point le rilque de pafler pour in- croyable.^ La vérité eft qu’il ne penfoit pas alors a s ecarter un moment de Ion entre- prife, & il ne lui paroiffoit pas qu’il fût difficile de fe maintenir , jufqu’à ce qu’on en eût appris l’état & leprogrez en Efpa- gne , qu on lui eut envoyé les ordres qu il uevoit fuivre. Sa confiance étoit fon- dée fur la bonne volonté que Motezuma lui témoignoit a fur lesamis qu’il acquere- roit tous les jours en cette Cour ; enfin fur ces heureux fuc cpz qui venoient 3 pour ainfi dire y d eux-memes le placer lous la main^ ou par quelque caule fuperieure , qui 1 animoit a ne point borner fes efperances à la vûë de tout ce qu’il pouvoit fouhaiter pour les remplir. Cependant Motezuma qui alloit à fon but , & qui fçavoit l’art de délibérer à loi- fir fur ce qu’il vouloir executer fans remife, dépêcha promptement fes ordres pour affembler tous les Caciques de Ton Empi- re ^ fuivant fa coutume } lorfqti’il fe pré- voit quelque affaire importante où la Nobleffe devoir affifèer , fans faire citer les plus éloignez , afin de parvenir plûrôt à ce qu’il p-rétendoic obtenir par cette diligence. du Mexique. Livre IV. 3 5 Ils fe rendirent tous à Mexique en peu de tems avec la fuite qu’ils menoient ordi- nairement à la Cour en fi grand nombre 3 qu’il auroit pû donner quelques foupçons , fi on en avoit ignoré le motif & Billage. Motezuma les aÎTembla dans l’appartement où il demeurait-, & là , en préfence de Cor- tez } qui fut appelle à cette conférence , avec fes Truchemens & quelques-uns de fes Capitaines } il leur fit un rationnement qui leur apprenoit les raifons de la refolu- tion qu’il avoit prife , & qui fauvoit adroi- tement la dureté de cette propofition. Ber- nard Diaz a écrit que les Mexicains tinrent deux aflemblées , & que le General n’alïif- ta point à la première. Cela peut être une des équivoques ordinaires à eet Auteur > puifque Cortez n’autoit pas oublié cette particularité en la fécondé relation de fon expédition ; outre qu’il s’agiffoit alors dede fatisfaire, & de lui donner de la confiance : ainfi ce n’étoit pas le tems de tenir des con- feils fans fa participation. Cette adion eut beaucoup d’éclat & d’autorité , parce que les Nobles & les Miniftres qui réfidoient a la Cour y furent auffi préfens; & Motezuma jettant les yeux fur l’afl'emblée d’un air ameable & plein de Majefté , commença fon difcours : il attira d’abord la bienveillance & latten- 5 S Hiftoire de la Conquête non , en leur repréfentant à quel point if lesaimoit 13 combien ils lui étaient obligez : ) eS at f° u venir } qu' ilstenoient de famain les richejfes & Us dignités qu'ils pojfedoient . 6 i établit fa r ce principe, l'engagement ou ils fi trouvaient , de croire qu'il ne leur propoferoit rien qui ne fût k leur plus or and avantage y après l’avoir digéré par une mû- re deliberation , après en avoir pris les me- jures de concert avec Jès Dieux , & connu ~P ar ds \ lignages fenfbles , que c était leur volonté. Il affe, l’ 0 - » rigine de i’Enipire des Mexicains l’ex- » pedition des Navatlaques , les prodi- « gieux exploits de Quezaicoal leur pre - 35 mier Empereur, & la Prophétie qu’il « leur lai/Fa enies quittant pour marcher - a la conquête des Pays Orientaux , pré- * > Uian J c P ar infpirâîion du Ciel oue ' » les defcendans reviendroienf quelque 33 i.° ur regneren ces Provinces. Après cela ^ tl po/a comme un fait inconte fable , que du Mexique, Livre IV. 37 le Roi des Efpagnols Souverain de ces ce Régions Orientales 9 étoit le légitimé ce fuccefleur de Quezalcoal : ajoutant 5 ce que ce Monarque -étant celui qui devoit ce donner la naiffance à ce Prince tant ce fouhaité parmi les Mexicains 9 promis tant de fois par leurs Oracles 8 c par les ce Prophéties* pour lefquelles on avoit tant ce de refped 3 ils dévoient tous reconnoî- ce tre ce droit héréditaire en fa perfonne 9 ce en rendant à fon fang les hommages ce qu'en fon abfence on avoir déferez au ce droit d’éie&ion. Que fi le Roi d’Efpa- ce gne étoit venu maintenant en perfonne 9 ce comme il avoir envoyé fes Ambaffa- ce deurs 3 lui-même qui leur parloir 3 avoit ce tant d’amour pour la raifon & pour fes ce Sujets , que le plus grand bien qu’il cc pourroit leur procurer 9 feroit d’être le cc premier à fe dépoiiiller de la dignité cc qifilpofledoit 3 en remettant à fes pieds cc la Couronne pour -lui en laifler la dif- «c pofition abfoluë 3 ou pour la recevoir de cc fa main. Cependant comme il fe fentoit ce redevable à la bonté de fes Dieux de ce lui avoir accordé le bonheur de voir cc arriver de fon tems une connoiflançê ce fi defirée , il vouloit être le premier à cc déclarer fa joye 9 qui ne pou voit être cc trop empreflée en cette occafion. Qu’il ce 3 8 Hifloire de la Conquête » avoit donc réfolu d’offrir dès ce moment fon ©béïffance à ce Monarque , 6c de lui faire quelque fervice confiderable , ayant deftiné pour ce fi: jet les plus riches a? joyaux de ion trefor. Qu’ii fouhaitoit >»> que fa NoblefTe fui vît fon exemple 3 x> non feulement en s’acquittant de la me- ^ me reconnoiffance, mais encore en Pac- compagnant de quelque contribution de 53 leurs biens -, afin que le fervice étant plus grand , en parût plus éclatant aux yeux de ce Prince. Motezuma finit ainfi fon difeours y qu’il ne prononça pas neanmoins tout d'une fuite j puifque malgré les efforts qu’il fe fit en cette aéiion a quand il vint à fe déclarer vaffal d’un autre Prince , la déclaration lui parur fi outrée , qu’il demeura quelque tems fans trouver des termes propres à cette expreffîon*,&: en la formant, il s’attendrit fi ouvertement , qu’on vit quelques larmes couler fur fon vifage , comme arrachées par force de fes yeux. Les Mexicains qui connurent fon agitation', & la caufe d’où elle procédait , accompagnèrent la douleur de leur Prince par des fanglots pouffez avec moins de retenue , voulant 5 comme il fembloit , avec un peu de flatterie que leur fidelité fît du bruit. Ce il ce qui engagea Cortez à demander permiffion de parler. du Mexique, Livre IV. 39 afin de raflurer Motezuma , en difant y que l'intention de fon Roi étoit fort éloignée de le dépojfeder de fa dignité , & qu il n avoit au- cun dejfein £ introduire une nouvelle forme de Gouvernement en fon Empire , puifquil ne de- mandoit prefentement que /’ éclair ciffement de fon droit en faveur de fes defcendans , à caufè qu il et oit fi éloigné des Régions qui compofoient ce vafte Empire , Û? fi occupé à d'autres con- quêtes , qu'on ne verroit peut-être arriver de trê s-long- tems le cas dont leurs traditions avoient parlé, Cette protefiation rafiiiraref* prit de Motezuma ', il reprit un air tran- quille 3 & acheva fon difcours , ainfi qu’on l’a rapporté. L’étonnement & la confu- fion s’emparèrent de refprit des Mexi- cains, lorfqu’ils entendirent la réfolution de l’Empereur. Elle leur parut difpropor- tionnée 3 &: indigne de la Majefté d’un Mo- narque fi puiflant &c fi jaloux de fon au- torité. Ils le regardaient fans qu’aucun eût la hardiefle d’y répondre s ou d’en conve- nir 3 ne fçachant de quelle maniéré ils dé- voient aju fier leur réponfe fur lesfentimens du Souverain, Ce filence refpeéhieux dura jufqu’à ce que le premier Magiftrat mieux informé des intentions de l’Empereur, prit la parole , & dit , Que tous les Nobles qui affifl oient au Confeil , refpeél oient Motezuma comme leur Roi & comme leur Seigneur natu- 40 Hifloire de la Conquête rel & légitime , & quils étaient dtfiofez. d'o- béir avec empreffement a ce qu .il leur propofoit par fa bonté , qu il leur ordonnoit par fin exemple , puifquih ne doutaient pas qu il ne ïeut bien médité 5 & confulté avec le Ciel ; & quils n avaient point d’ wflrument plus facré que celui de fa voix ? pour apprendre la volonté des Dieux. Tous fe rangèrent à cet avis j 8c Cortez prenantà Ton tour Pbcca- fion de marquer fa reconnoiffance , diéla à fes Truchemens un autre difcours qui n’é- toit pas moins adroit que le premier : Il remercia A4otez,uma & toute l'ajfiftance de ce témoignage de leur bonne volonté .acceptant au mm de fin Roi le fervice quils lui offr oient -, 8c réglant fes complimens fur ce principe 3 qu’il ne falloir point paroîrre furpris qu’ils rendifient ce devoir à fou Prince 3 de la mê- me maniéré qu’un homme qui reçoit ce qui lui eft dû ? fe contente d’agréer l’exaélitude defon débiteur. Les larmes que Motezuma répandit ne donnèrent point encore de foupçons au Ge- neral 3 fur cet effort de la libéralité de ce Prince y 8c il ne découvrit point que fon but étoit de le renvoyer. Sur quoi il étoit excufable en quelque forte y de s’être laiffé entraîner au premier bruit ; parce qu’ayant trouvé l’opinion de ces defcendansde Que- zaîcoal établie entre les Mexicains^ comme . une du Mexique. Livre IV. 4* me vérité très-conftante y & une ferme perfuafion que le Roy d’Efpagne étoic in- dubitablement un de ces defcendans \ l’hommage qu’ils lui rendoient ne paroif- foit pas fi irrégulier à Cortez, qu’il dût le croire affe&é y ou plein d’artifice. Sur cette fuppofitionil pouvoir encore attribuer les pleurs de Motezuma 3 de la douleur qu’il fouffrit de fe déclarer Vafial d’un autre Prince^au mal qu’une Couronne fait quand on vient à la détacher y de qu’on mefure l’extrême diftance qui eft entre la Souverai- neté de la fujetion : ce qui eft 3 à la vérité une de ces rencontres où l’efprk peut être abbattu fans faire tort à la grandeur de Pâme. Neanmoins on doit croire qu’en- core qüe Motezuma regardât le Roy d’Efpagne comme le légitimé fucceffeur de l’Empire de Mexique., il n’avoir pas deflein détenir tout ce qu’il promettoir. Sa vue étoit de fedébarafier des Efpagnoîs 3 de de gagner du tems 9 afin de prendre fes me- fures fur le confeil de fon ambition y fans faire beaucoup d’attention à fa parole •, de l’on ne doit pas s’étonner de voir entre ces Rois barbares la diflimulation 3 dont l’ar- tifice, capable de perdre d’honneur un par» ticulier 3 a été néanmoins confacré comme un art neceffaire pour regner , par d’autres barbares en politique. Terne IL D 4 z Hifioire de la Conquête Quoiqu’il en foit , l’Empereur Charles** Quint fut de ce jour-là reconnu comme le légitimé fuccefleur héréditaire à l’Empire de Mexique dans l'opinion de ces Peuples» & eiFedivement deftiné par le Ciel à pren- dre une poflefllon plus réelle de cette Cou- ronne. On dreffa un Aéte public de cette Déclaration avec toutes les folemnitez qui parurent neceflaires , fuivant le ftile des a êtes de foi 5c hommage qu’ils rendoient à leur Souverain. L’aveu que Motezuma 5c fes Va (Taux en faifoient à l’Empereur , lui donnoit quelque chofe de plus que le nom de Roi , & fut comme une myfterieulc infinuation du titre qu’il acquit depuis par le droit de fes armes, fondé fur une ju'fte dé- fenfe , ainfi qu’on le verra enfuite : cir- conftance particulière en la conquête de Mexique, qui fervit à juftifier l’acquifition' de cet Empire 5 outre les autres confidéra- tions generales fur lefquelles , en d’autres endroits , la giîerre n’eft pas feulement per- mife , mais encore jufte 5c raifonnable, au- tant de fois qu’on la réduit aux termes d’un moyen necefïaire pour introduire LE van- g ile - du Mexique. Livre IV* 4$ CHAPITRE IV. Cortex» cfl mis en poffejfionde l'or & des pier- reries qui comportent les prefens de /’ Em~ pereur (3 des Nobles . Motezjuma lui dit avec fermeté , qtfil fe préparé a partir • Cor te z» cherche à prolonger fin départ 5 fans répliquer d l'Empereur y au meme tems quil reçoit l'avis que des Fdiffeaux Ejpa- gnols font arrivez» à la cote* M Otezuma n’épargnoit aucuns foins pour parvenir à ce qu’il louhaitoit ^ refoiu de ménager jufques aux momens 3 afin de renvoyer plutôt les Efpagnoîs j &C fentoit un état violent en cette efpece de fujetion qu’il étoit obligé de conferver 9 afin qu’elle ne cefiat point de paroître vo- lontaire. 11 mit donc entre les mains de Cortez le prefent qu’il tenoit tout prêt , compofé deplufieurs pièces curieufesd’or 3 & quelques pierreries , dont les unes fer- voient à l’ornement de fa perfonne 3 dz les autres à la feule oftentation ; plufieurs joyaux d’or en figure d’animaux 9 d’oifeaux ôc de poiflbns , dont l’artifice n’étoit pas moins précieux que la matière \ grande quantité de ces pierres qu’ils appellent en- 44 Ui/îoire de ta Conquête core Chalcuites y de la couleur des éme- raudes , 3c qu’ils eftimoient alors folle- ment autant que les chamans ; Se divers ta- bleaux de plumes, dont les couleurs nées avec elles, imiroient plus parfaitement la nature , ou avoient moins à feindre pour l’i- miter : prefent. d’un cœur Royal qui fe fen- toit opprelfé , Se qui vouloir mettre à prix fa liberté. Les prefens des Nobles Mexicains fui- virent de près celui de leur Prince 3 fous le titre de Contribution. Iis confiftoientcn pièces d’or , 6c en autres bijoux de même qualité en quoi ils eflayerenc de fe furpaf- ier les uns les autres , à deiïein, comme il Yembloit , de renviçr fur l’obéïtfance qu’ils dévoient aux ordres du Souverain ; & mê- lant à ce devoir un peu de vanité. Tout cela étoit adrefle à Motezuma , Se pafloit par fon ordre au quartier des Espagnols. On nomma un Intendant &: un Treforier 3 afin de tenir compte de ce qu’on recevoir 3 & on aflemblaen peu de jours une fi gran- de quantité d’or 3 qu’en refervant les joyaux de plus grand prix , avec les pierreries , Sc faifant fondre le refte , il monta à la fom- me de fix cens mille marcs d’or en barres de bon aloy , dont on tira le quint pour le Roy > de un autre quint pour le General , d’un commun confentem^nt de tous les du Mexique. Livre IV. 45 Soldats , & à la charge de prendre fur ton compte les dépenfes publiques & neceliai- res à toute l’armée en general. Cortezmit encore à part la fornme pour laquelle a îe trouvoit engagé envers Diego Veiafquez 3 Si ce qu’il avoir emprunté de fes amis em ride de Cuba ; le relie fut partagé entre les Capitaines & les Soldats y comprenant ceux quiétoient à Vera-Cruz» On fit les parts égales à ceux qui avoient quelques empîoisrmais on mit quelque dir- fèrence entre les Amples Factionnaires 4 parce que l’on donna une plus grande re- compenfe à ceux qui avoient témoigné moins d’inquiétude dans les mouvemens qui s’étoient padez : équité dangereule , ou la récompenfe eftoffenfante , & la compa- raifon odieufe. Elle attira auffi de gran .s murmures , & même des paroles înlolen- tes contre Cortez & contre les Capitaines y parce qu’à la vûë de tant de richefies ceux qui avoient le moins de mérite preten- doient une récompenfe égale aux autres.Ce- pendant on ne pouvoir pas fatisfaire leur avarice-, & iln’étoit pas à propos de publier les raifons de cette inégalité. Bernard Diaz a traité cet article avec pende diferetion. Cet Auteur a gâte beau- coup de papier , à pefer & à groffir ce que les pauvres Soldats fouffiirent en ce parta . ^ . _ *~l'‘]ioire de la Conquête ge , julqu’à rapporter comme de bons mots çe que celui-ci ou celui-là a voient dit dans les promenades. Ce qu’il en a dit en effet lenr plus le pauvre Soldat, que l’Hiftorien : neanmoins Herrera l’a fuivi avec beaucoup de confiance & p eu d’attention ; puifque f, e n £ ft P as une moindre prévarication dans HUtoire de ne toucher qu’en paflant les choies fur lefquelles on doit appuyer que de s arrêter long-tems fur celles qu’on pourrait upprimer. Cependant ces deux Auteurs con viennent que le dégoût des Sol- ats ceffa par la libéralité que Cortez fit de fon propre fonds à ceux qui f e plai- gnoient : fur quoi ils donnent de grands éloges a la généralité & au défintereffe- mentdu General , en fe contentant de dé- truire ce qu’fis n’avoient qu’à effacer de leur narration. Auffi-rôt que Motezuma & les Nobles n /«£ Emplre ’ eurent rendu l’aveu de leur obeiffance que ce Prince avoir promis dans 1 Affemblee il htappeller Cortez, & pre- nantunairfevere, contre fa coutume, il , „ ce qui fit naître quelque mouvement en fon cœur , pour répliquer à ce Prince d’une maniéré ferme 3 en s’appuyant de cette fuperiorité degeme qurlui donnoit quelque empire fur fon efprit. Soit qu’il n’eût que cette vûe 3 ou que voyant Motezuma parler avec tant' de hauteur , il foupçonna qu’il n’eut préparé quelque fecours de referve, Cortez ordonna fecretement à un de fes Capitaines qu’il fît prendre les armes aux Soldats 5 &C qu’il les tînt prêts à recevoir fes ordres : mais une réflexion plus moderee étant ve- nue à fon fecours , il fe détermina tout d’un coup à témoigner de la foumiffionaux vo- lontez de l’Empereur *, & afin de donner quelque couleur au retardement de la re- ponfe , il s’excufa galamment d’avoir^ paru embarrafle, lorfqu'ill'avoit vu plus emn qu a Hifioire de la Conquête P ordinaire , quoique ce qu'il lui ordonnoit fât Ji conforme a la raifort. Corcez ajouta : Qu'il allait fonger à preffer fon départ. Qu'il avait déjà préparé pour cefujet toutes les chofes dont il avoit bef -nu; & que defîrant exécuter ce def- Jejn , fans différer davantage , il avait réjolu de lui demander congé de faire conftruire quelques vaiffe aux pr opres à une fi longue na- vigation , puifqu à nignoroit pas la perte de ceux qui l avaient amené fur les côtes de fm Empire. Il marquoit ainfi fon obéïffance lorlqu’il en fufpendoit l’effet, & ilgagnok ou rems en fe tirant de l’embarras où on l’a- voit pou fie. On a dit que Motezuma avoir cinquan- te mille hommes tous prêts à foutenir fa ré- iolunon , & qu’il étoit déterminé a le faire obéir par la force même, s’il étoit néceffaire. Il eft certain qu’il appréhendoit fort la ré- plique du General , & qu’il ne vouloir pas rompre avec lui , qu’à route extrémité; car il l’embraffaavec beaucoup de fatisfadion , & loiia^fa réponfe d’une maniéré qui fit voir qu’il n’en efperoit pas une pareille.il fe lentit oblige à Cortez de ce qu’il lui épar- gnoit une occafion de fe brouiller avec lui , parce^qu’il avoit pour fa perfonne une efti- me où il entroit de l’inclination , & même quelque forte de rèfped. Ainfi ce Prince très- content de fe voir déchargé d’un grand du Mexique* Livre IV. 49 fujet de chagrin , dit au Générai : Qrijl ri avait aucune intention de précipiter le dé- part des Efpagnols y fans leur fournir les chojes nécejfaires à ce voyage . Qu il donne- rait ordre au plutôt à la conftruéhon des vaif féaux . Cependant que Cortez. ne devait rien changer à fa conduite , ni s'éloigner de fa perfonne spuifqu il fujfjoit pour la f atisfathon de fes Dieux & pour le repos de fes fujets y quil eut marqué avec quelle promptitude il fouhaitoit obéir aux premiers , & complaire aux autres. Le Démon fatiguoit alors Mo- tezuma par d’horribles menaces y en fe fer- vant de l’organe de fes Idoles , pour l’irri- ter contre les Efpagnols. Cet Empereur n’étoit pas moins affligé par les nouveaux bruits qui s’élevoient entre les Mexicains 5 contre la foumifîion qu’il avoit faite en fe déclarant Tributaire d’un autre Prince 9 5C il confideroit ce déchet de fon autorité , comme une nouvelle charge qui tomberoic quelque jour fur les épaules de fes Vaffaux. Ainfi ce Prince fetrouvoit combattu d’un côté par la politique , 5c de l’autre par la Religion j 5c il ne fe fit pas un effort mé- diocre , en accordant cette periniflion au General j puifqu’il n’avoit pas moins de vénération pour fes Dieux y que de fuper- ffition pour l’idole de fon ambition. On donna promptement les oidres nécef- Tome IL E p Hifioire de la Conquête laires a la conftruérion des vaifleaux. Ou publia le départ , Sc Motezurna fie com- mander a cous les charpentiers qui fe trou- vent fur la côte , de fe rendre à Uliia , marquant les endroits ou on couperoit le bois, 8c les Bourgs qui dévoient contribuer des Indiens de charge , afin qu’on les con- duifîtfans remife aux ateliers, Cortez de Ion cote affedtoit de fe tenir dans les termes de l’obéïïTanceJl dépêcha les Ouvriers 8c les Officiers qui a voient conduit la fabri- que des Brigantins,& qui étoient connus à Mexique. Il difeourut en public avec eux du port 8c de la qualité des vaifleaux , or- donnant qu’ils y employaflent le fer , le cordage 8c les voiles de ceux qu’on avoit enfoncez, & tout cela paroifloit fait pour les apprêts d’un voyage qu’on avoit réfo- lu \ ce qui affoupit les inquiétudes dont les efprits étoient émus, 8c raflura au General la confiance de Motezurna. Lorfque ces Officiers furent prêts à partir pour aller à Vera^Cruz , Cortez par- la en fecrec à Martin Lopez , né en Bif- caie , 8c qui avoit la principale conduite de cet ouvrage , où il n’étoit pas moins habile qu’il étoit brave foîdat : il lui recomman- da de ne prefler pas la conftrudion des vaifleaux* 8c de mener cette affaire avec tant d’adrefle, qu’on gagnât du tems , fans du Mexique. Livre IV. 5 I faire paraître de la négligence. Le but du General écoit de fe maintenir en cette Cour fous ce pretexte , &c de fe ménager du tems jufqu’au retour de fes Envoyez , Portocar- rero & Montexo. Il efperoit qu’ils lui amè- neraient quelques fecours , ou au moins une lettre de l’Empereur , avec les ordres dont il avoit befoin pour la conduite de fon entreprife , n’ayant jamais abandonné la ré- folution de la pouffer à bout : & en cas qu’il fe trouvât forcé de fortir de Mexique à la derniere extrémité , il avoit réfolu d’attendre ces ordres à V era-Cruz , afin de fe couvrir des fortifications de cette Place , & de s’appuyer du fecours des Nations de fon alliance , pour faire tête aux Mexi- cains : admirable confiance 3 qui ne fe fortifioit pas feulement entre les difficultez prefentes , mais qui s’armoit encore contre les coups du hazard. Un nouvel accident vint déconcerter tou- tes ces mefures , & donner un nouvel em- ploi à la prudence 54 Hifloire de la Conquête êc les ennemis fur la côte. Neanmoins il fie ce qu’il pue pour raffurer fon vifa non feulement en rifle de Cuba, mais encore en toutes les Terres qui fe découvri- roient , ou dont on feroit la conquête fous fa conduite. Son Chapelain lui appre- noit encore la bienveillance ou la recon- noiffance dont l’Evêque de Burgos Pré- fident des Indes , embralToit 8 c défendoit fcs intérêts , contre les Envoyez de Cor- tez , qui en avoient été mal reçus : mais il lui donnoit avis en même tems de la bonté que l’Empereur avoir témoignée à ces En- voyez , en leur donnant audience à Tor- deiîllas , du bruit que les richefl'es qu’ils ap- portoient, avoir fait en Efpagne , & des hautes idées que l’on avoit conçûës de cet- te conquête , que l’on mettoit fort au deflus de toutes les autres. La nouvelle dignité de Velafquez éle- va fes penfées ; les faveurs qu’il avoit re- çues diu.Prélidcnt , augmentèrent fa pré- fomprion ; & comme les pallions croif- fent dans les homroes-aveedeur pouvoir, &: qu’elles p rennepT d’autant plus d’empire, qu’elles fe vpyent foutenuës par plus d’au- torité , le Gouverneur fe crut auffi d’autant plus engagé^ fe refleurir de l’offenfe qu’il croyoit avoir reçue , qu’il fe regardoit alors avec un air de fuperiorité , qui lui perfua- E iiij 5 ( a ce qu'il difoit, )par des rebelles fubornez. , qui étoient fiortis en fuiant de l ' T fle de Cuba , afin que perfonne ne pût douter de leur lachete. Ces belles efperances , &c quelques fecoursqu il acheta aux dépens de la meilleure partie de fon bien , lui firent affembler en peu de tems une armée qu’on pouvoir appeller en ce Païs-là , redoutable , par le nombre 6 C par la qualité des troupes qui la compo- foient. Elle étoitde huit cens FantaffinsEf- pagnois , quatre- ving Cavaliers & dix ou douze pièces d’artillerie 3 avec une provi- sion abondante de vivres y cl armes 6e de munitions. Velafquez nomma pour la com- mander en chef Pamphile de Narvaez 5 ne à Valadolid , homme de mérité , & fort confîderé j mais attaché à fes opinions , qu'il foutenoit avec quelque dureté. *1 lui donna la qualité de fon Lieutenant,, en pre- nant lui-même celle de Gouverneur y au moins y de la Nouvelle Efpagne. Narvaez reçut encore une inftruâion fe- crere du Gouverneur , qui lui ordonnoit de fonger particulièrement a fe faifir cc de Cortez , & à le lui envoyer avec «< une bonne efeorte 3 afin qu’il reçut àc 5? Mi flaire de U Conquête »/a main le châtiment qu’il meritoit. 35 Cji il traitât de la même maniéré les - principaux Officiers qui fuivoient ce f d n l m ,° lnS ^ u ’ lis nc fe rèduifif- 33 fent a ! abandonner; & qu’il pr î c po f. 33 feffion en Ton nom , de tout ce qu’on " a /° n , C01 ' c l ui s , en l’adjugeant à l’éten- 33 due üe fon Gouvernement. » Velaf- quez ne s’arrêta pas beaucoup à raifonner lesaccidensqui pou voient arriver nar- ce c l ue /1 . Ia vu ë des grandes forces qu’il k tout Cmb ! é rr’ 3ui faifoit Paroîrrefkci- le tout ce qu il fe propofoit ; & l a trop grande confiance , défaut ordinaire aux efpnts outrez , ne voit les périls que de om , ou ne reconnoît les difficulté que îorfqu eile en eft prefque accablée. 1 Les Religieux de faint Jerome qui préfi- doient a l’Audience Royale de slin^Do- mmgue, furent inftruirs de ce mouvement & des préparatifs de Velafquez. Comme ils avaient une Jurifdiâion fupeneure fur les autres Mes , & qu’ils vouloient prévenir d’une C f n J en]CnS ? Hi P° Urroient refulter d une fi dangereufe concurrence ils en- voyèrent le Licencié Lucas Va fq ucz d’Ail- lon,J„gede l'Audience Royale, pour efiayer de ramener ce Gouverneur aux ter- mes de la raifon : & en cas que les voyes de du Mexique. Livre IV. f9 la douceur ne réüffiflent pas , le Licencie devoir lui fignificr les ordres dont il etoit porteur -, Sc lui commander , fous de grot- tes peines , de défarmer fes Soldats &c la flotte , & de n’apporter ni trouble ni em- pêchement à la conquête où Cortez etoit engagé , fous couleur qu’elle lui apparte- noît, ou par quelque autre raifon ou prétex- té que ce fût : & fuppofé que Velafquez eut quelque querelle particulière contre la per- sonne de Cortez, ou quelque droit lur le Pays qu’il foumettoit à Sa Majefte , ü 1 ex- posât devant les Tribunaux de la Jultice , où il devoit être affiné qu’on la lui rendrait dans toutes les réglés. Ce Miniftre étant à Cuba , y trouva la flotte prête à partir , compolée d’onze na- vires de haut bord , & de fept autres un peu plus forts que des brigantins , tous en-, fort bon état , & Velafquez fort emprtfle à faire embarquer les troupes. Le Licencie s’efforça de 'le- réduire en lui expolant en ami toutes les raifons qui fe prelen- toient à fon efprit , pour calmer ce.m du Gouverneur 3 & lui donner de la con an ce. Il lui remontra « ce qu’il hazardoit , fi Cortez prenoit la refolution de fe de- « fendre , avec des Soldats engagez par « leur propre intérêt à foutenir ceux de « leur Commandant : le mal que cette « ^ conquête -démarche alloit faire entre les Indiens , Î5“5| eS bc R l neL ' r x » & durais depuis » în dC tCmS 1 lor f < 3 u ’ lîs verraient naître P» f e>^. erre en rrc les Efpagnols mêmes. rS» UC fi Cette „ cin 'fo°n caufoit la perte d une conquête qui avoir déjà fait un » 1 grand éclat en Efpagne, fa réputation 55 jurait nique de recevoir uni tache 33 GOnt ceux qui le favorifoient le plus ' » ne pourraient le laver. « Après cela ' R3 CZ / 3 c ant A U n ° m dc l’Audience \oyale de Saint Domingue voulut lui perfuader : cc Qu’il demandât juftice aux »fon g d SdCCe 1 j bunaI ( 3 UI exa rnineroient fon droit avec des impreffions differentes de celles qu’ikprcndroienc s’ils en vT- ” , n0,ent 1“V» 1= écrier pi cerre vio- que V-i 7 E " 6 "’! C ° mmC C " Officier vit que V Jafquez n etoit plus capable de re- aui n’alTv * n 5 P aree q ue tout ce qui n allô, t pas a ruiner Cortez 3 lui pa- roi doit lmpratiquable 3 il produit fesor- auhV & ^ UJ b r fi S nifier par un Greffier T - 3V ° 1C ame A ne 5 ce qu’il accompagna de diverfesrequêtes * protections tout cela n eut pas la force de lui faire changer de refolution. Le titre d’Adelan- tado falloir tant de bruit dans fon imagi» nation^, qu il parut ne vouloir point rc- connoitre de Supérieur en fon Couver- du Mexique , Livre î V. 61 nement , & que ia défobéïffance devine une efpece de révolte. L’Auditeur iaiffa pafler quelques emportemens de Veiaf- quez , fans heurter de droit fil fa paf- fion , afin de ne le pouffer pas plus avant dans le précipice*, 8c quand il le vit re- folu à prefler rembarquement de fès trou- pes , il témoigna quelque dçfir de voir un Pays fi renommé , 8c s’offrit de faire le voyage par pure curiofité. Velafquez lui en accorda la perjniffion , afin qu’on ne fçût pas fi-tot à Saint Domingue l’info- lence de fes réponfes , 8c le Licencié s’em- barqua avec l’eftime 8c l’approbation de toute l’Armée. Sa réfolution , foit qu’elle vînt de fon propre mouvement ou de l’inftruétion qu’il avoit , parut fort pru- dente, & capable d’empêcher les fuites d’u- ne rupture entre les Efpagnols. Il fe per- fuada fort probablement qu’il lui feroit plus aifé d’obtenir la foumiffion due aux ordres de l’Audience Royale, lorfqu’on feroit hors de la Jurifdiétion de Velafquez, & que fa médiation auroit plus d’autorité fur l’efprit de Narvaez j 8f quoique fa prefence , comme on le verra, fut caufe d’un nouvel inconvénient , on ne doit pas rcfufv j r à fon zele & à la droiture de fon in- tention les loiianges qu’ils méritent *, puif- qu’encore que les évenemens s’écartent fou- 6 z Mijîoire de la Conquête vent des moyens que l’on employé pour les faire réüffir , cer effet du hazard ne doit point oter le nom de fages aux délibéra- tions bien concertées. André de Duero s’embarqua fur la même flotte. U étroit Se- crétaire de Velafquez , & le même qui avoir rendu de fi bons offices à Cortez au commencement de fa fortune. Quelques- uns difent qu’il entreprit ce voyage , afin d’aller prendre part aux richedes" de fon ami , en vertu du fervice qu’il lui avoit rendu. Les autres foutiennent que le deflein du Secrétaire étoit de fe rendre médiateur entre les deux Commandans , & d’empê- cber autant qu’il le pourroit la ruine de Cortez ; & ce fentimenr nous paroît plus jtifte que le premier , parce que nous ne goûtons pas le procédé de ces Hiftoriens qui fe font honneur de la malignité de leurs conjectures. La flotte fe mit à la voile, & étant fa- vorifée du vent , elle fe trouva en peu de' jours à la vûë de la terre qu’elle cherchoit. On jetta l’ancre dans le Port d’Uliia , 8c Narvaez mit à terre quelques Soldats , afin de prendre langue , & de reconnoître le Pays. Ils rencontrèrent, fans aller bien loin, deux ou trois Efpagnols qui s’étoient écar- tez du bord de la mer, & que ces Soldats amenèrent au vaiflfeau de Narvaez. Ces du À4exique. Livre IV. gens , foit par épouvante , ou par legereté d’efprit, informèrent d’abord Narvaez de tout ce qui fe paflbit à Mexique &c à Vera- Cruz y &c flattèrent ce Commandant aux dépens de Cortez. La première réfolution que Nervaez prit fur ces avis 3 fut de trai- ter avec Sandoval 3 afin qu’il lui rendît la Place dont il étoit Gouverneur 3 pour la garder au nom de Velafquez, ou la rafer 3 en fe joignant à fon armée avec les Soldats de fagarnifon. Narvaez commit cette né- gociation à un Ecciefiaftiquequi le fuivoit, nommé Jean Ruiz de Guevara , bomme d’efprit 3 brufque & plus emporté qu’il ne convenoit à fa profeflîon. Il le fit accom- pagner par trois Soldats qui dévoient fer- vir de témoins 3 & par un Notaire 3 en cas qu’il fût neceffai're d’en venir aux forma- licez d’une Lignification, -Sandovalâvoitdifpofédes fentinelles re- doublées, afin d’être averti des mouvemens de la flotte en faifant pafler la parole des unes aux autres. Ainfi il fç ut l’arrivée de ces Envoyez , avant qu’ils fu fient près de la Ville * & fur l’aflurance qu’il eut qu’ils n’é- toient point fui vis d’une plus grande trou- pe a il ordonna qu’on leur ouvrît les portes, 6c alla les attendre à fon logis. Ils vinrent avec quelque préfomption d’un favorable accueil, 6 c le Prêtre après les premières ci- éf4 Hlftoire de la Conquête vilitez , remit entre les mains du Gouver- neur fa lettre de créance , ôc lui expofa le détail des forces que Narvaez condmfoit , à deffem de tirer fat isf action au mm de Felaf- quez } de l'injure que Cortez lui avoit faite 3 en s écartant de Pobétfjance quil lui devoit ;cette conquête appartenant abfolument kFelafqnez , puifqiéon l'avoit entrepnfe par fes ordres (3 a fes dépens . Il avança cette proportion comme un article qui nefouffroit point de difficultez , abondant en droit & en raifon ; enfin com- me un homme qui s’attendoit qu’on lui fçauroitbongré 3 de venir préfenter un parti fi avantageux en une affaire que la force ne foutenoit pas moins que la juftice. Sando- val avec une émotion qu’il eut peine à ca- cher, lui répondit «Que Narvaez étoit fon ami 3 & fi fidele fujet du Roy, que tous 33 fes defirs ne pouvoient aller qu al’avan» 33 tage du fervice de Sa Majefté. Que la fî« 33 tuation des affaires & l’état où on avoit 33 pouflé la conquête de Mexique , demam 33 doient que Narvaez unît fes forces à cel- 3> les de Cortez, 5 c qu’il lui aidât à donner 33 la derniere main à cette entrepnfe „ 33 qui étoit fi fort avancée. Qu’il falloir 33 fonger principalement à et devoir 5 le » premier 5 c le plus important de tous ; 33 puifque les querelles eatr® des particu- liers du Mexique* Livre ÎV. 6*5 licrs ne doivent pas erre décidées par ce une guerre civile. Neanmoins , que fi ce Narvaez poufTé par fon interet ou par un motif de vengeance > entreprenoit ce temerairement quelque chofe par vio- ce lence contre Hernan C orrez f il de- ce voit s’afiurer dès ce moment y que ce lui qui parloit^ôc tous les Soldats, qui ce gardoient cette Place > étoient réfo- ce v lus de perdre la vie avant que de ce commettre une action auflï infâme que ce celle qu’on leur propofoit. » Guevara fe fentit frappé de ce refus com- me d’un coup de trait -, 5 c ayant plus de difpofition à fuivre l’impetuofité de fou tempérament 3 qu’à le modérer 3 il éclata par des injures & des menaces contre Cor- îez 3 qu 3 il appella Traître 5 ajoutant encore mal-à-propos 3 que Sandoval 5 c ceux qui lui obéïffoient 5 ne l’étoient pas moins. Les uns & les autres effayerent d’adoucir fon refientiment , en lui reprefentant la digni- té de fon caraétere 3 afin qu’il comprît an moins la raifon qui les obligeoit à fouffrir fon infolence : mais cet homme élevant fa voix 3 fans changer de fîile^ comman- da au Notaire de lignifier les ordres dont il étoit porteur s afin que tous les Efpa- gnols fçuffent qu’ils étoient obligez fur peine de la vie d’obéïi à Narvaez. lïfutaf- Tome IL ï €6 Hiftoire de la Conquête fez mal -obéï 3 parce que Sandoval dit nette» ment au Notaire qu'il le ferait pendre^ s'il était affez. hardi pour lui figmfier des ordres qui ne vinrent point du Roy meme . Enfin la conceftation s'échauffa jufqu'à ce point^que Sandoval s'animant un peu trop , fit arrêter ces Envoyezzaprès quoi faifant reflexion fur le mal qu'ils pourroient caufer 5 s'ils rappor- taient à Narvaez toute la chaleur de leur reffentiment 4 il fe refolut de les envoyer à Mexique , afin que Coïtez pût s'en a durer, ou les ramener à la raifon : ce qu'il exécuta furie champ 9 ayant fait venir des Indiens qui les portèrent fur leurs épaules en cette efpece de litières qu'ils appellent Andas . Un Efpagnol de confiance appellé Pierre de Solis 3 alla avec les prifonniers pour com- mander leur garde ; & Sandoval informa Cortez par un courier exprès 3 de tout ce ' qu’il avoir fait. Après cela il s’affura de là fidelité de fes Soldats *, il appelîa à fon fe- cours les Indiens alliez 3 & difpofa tout ce qui était neceffaire à fa défenfe , en fage èc prudent Capitaine. Il faut convenir que Sandoval pouffa trop loin la licence militaire } en faifant arrêter fin Ecclefïaftique , Sc qu'il donna trop à l’emportement de fa colere^ fi la politique n'eut point de parc à fa réfol uti on. Elle pou- voit lui reprefenter qu'un homme auflî vio- du Mexique. Livre IV. 61 lent qu’étourdi , feroit un méchant perfon-, nage auprès de Narvaez fur le fujet de la paix 5 qui étoit fi neceflaire. On peut croi- re que fon relïentiment concourut avec cet- te importante confideration au deffein qu’il forma ; &c s’ille fit dans cette vûë , com- me on peut le préfumer de la patience dont il endura les premiers bouillons de la colè- re , on ne doit pas blâmer la conduite en- tière de Sandoval , s’il n’a pas fçû garder par tout une parfaite modération - , puifque la brufquerie d’un chagrin emporte quel- quefois ce qu’on ne pourrait obtenir de la modeftic, & que la colere fert à donner de la chaleur à la prudence. CHAPITRE VI. Les précautions que Cortez. prend pour éviter une rupture ouverte. Il introduit un Traité de paix, que Narvaez, ne veut pas recevoir - » au contraire il publie la guerre > fait ar- rêter le Licencié Luc Najquez. d’ Ællon. C Ortez étoit fou vent informé de toutes ces particularitez, par des avis qui lui donnèrent enfin des lumières certaines de ce qu’il n’avoit fait que foupçonner : i! ap- prit que Nervaez avoit mis pied à terre Fij é% Hiftoire de la Conquête avec fon Armee, de qu’il marchoit droit à Zempoala. Sa railon lui fit alors palier quelques mauvaises heures , en lui donnant des v lies très fines de fort étendues fur tous les incon veniens , de une grande incertitu- de fur lesremedes qu’on devoir y apporter. Il ne s ouvroit point de parti dont il eut lieu d’être fatisfait : c’étoit une témérité condamnable , d’aller combattre Narvaez avec des forces fi inégales, lors même qu’il falloit laitfer une partie des Soldats à Mexi- que pour maintenir le quartier,défendre les tr^Cors acquis, de conferver cette efpece de garde que Motezuma vouloir bien fouffrir encore. Ii n etoit pas moins dangereux d’at- tendre 1 ennemi dans Mexique 3 au hazard de remuer ces humeurs feditieufes , qui commençoient à fe réveiller dans l’eiprit des Petip.es de cette grande Ville /en leur donnant un prétexte d’armer pour leur confervation $ ce qui étoit propre- prement s’attirer de nouveaux ennemis. Le parti le plus raifonnable étoic de traf* ter avec Narvaez , afin qu’il joignît les forces a celles de Cortez ; mais c’étoit aufïi le plus difficile. La connoilïance qu’on avoit de lelpritrude de fier de ce Commandant , ne permettoit pas d’ef- perer qu il fe rendit traitable , quand même Cortez fe réduirait à lui deman- du Mexique. Livre IV. &9 der cette graefe au nom de leur ancien- ne amitié ce qu’il ne vouloit point faire* parce que la voye des prières réiiffit mal avec les infolens 3 ôc qu’elle eft toujours de mauvaife grâce , lorfqu’il s’agit de fai- re des propofitions de paix. Enfin le Ge- neral fe reprefentoit la perte entière de la conquête , la malheureufe conclusion d’une entreprife fi grande fi avancée- ,, la caufe de la Religion abandonnée , 5C le fervice du Roy ruiné : mais fon cha- grin ^le plus mortel étoit de fe voir obli- gé à témoigner une feinte affurance 3 en portant le calme fur fon vifage * & la, tempête dans le cœur. Il difoit à Motezuma : « Que ces Es- pagnols étaient des Sujets de fon Roy , ce qui venoient fans doute en qualité cc d’Ambafîadeurs appuyer les premières ce propofitions qu’il lui avoit faites. Qu ils ce formoient une efpece d’Armée fuiyant ce la coutume de leur Nation. Mais qu il «c les difpoferoit à retourner en Efpagne * « & même qu’il s’en iroit avec eux , ce puifqu’il avoir pris fon audience^ de ce congé , fans que fa Grandeur eût laif- ce fé rien à fouhaiter à des gens qui n’a- çc voient que les mêmes offres à lui faire cc de la part de leur Prince. » D’ailleurs Coïtez animait fes Soldats par diverfescon- 7® Hiftoire de la Conquête «aérations , dont neanmoins il eonnoif- loK affcz la foibleflè. Il leur difoit : » Que Narvaez étoit fon ami fi hon- »ncte homme & fi fage, qu’il fe ren- 35 droit a la raifon 3 en préférant le fer- » vice de Dieu & celui du Roy aux in- » terets d’un Particulier. Que Velafquez » avoir dépeuplé l’Ifle de Cuba , afin 3 ’ d exercer la vengeance; mais qu’à fon 3 ’ avis c etoit plutôt un fecours qu’il leur 35 envoyoit , pour achever la conquête 33 e cet Empire ; puifqu’fl ne defelperoit 3 >' pas que ces gens qui venoient comme 33 ennemis , ne devinflent bien-rôt leurs 33 compagnons. » C’efl: ainfi que le Ge- neral enrretenoit l’efprit de fes Soldats ; mais il s’expliquoit plus ouvertement à es Capitaines 3 en leur communiquant une partie de fes inquiétudes. U les pré- venoit fur la confiderarion des accidens qui pourraient arriver ; faifant diverfes re- flexions fur le peu d’experience & de con- duite de Narvaez , & des Soldats qui le lui voient, fur l’injuftice de la caufe qu’ils outenoient , & f ur d’autres motifs de C °/rr CC 5 ^ diflîmulation avoit j 1 ^ part , puifqu’fl leur donnoit bien plus d efperance qu’il n’en avoit lui— meme. Cortez conclut enfin , leur demandant du Mexique . Livre IV. p i leurs avis j ainfi qu’il avoir accourume en desoccafionsde cette importance*, & apres avoir préparé leurs efpnts à lui propoier ce qu’il croyoit être le plus avantageux , i»s résolurent de tenter la vove d’un accom- modement > en offrant à Narvaezdes par- tis fi raifonnables qu’il ne put les refufer , fans fe charger de toutes les pcrnicieufes fuites d’une rupture. En même rems il prit diverfes précautions , afin de fatisfaire ion activité : il avertit fes amis de Tlafcala de tenir prêts jufques à fix mille hommes de guerre, pour une a&ion où il pourroit avoir befoin de leur fecours : il ordonna au Commandant de trois ou quatre Soldats Efpagnolsqui alloient à la découverte des mines en la Province de Coin a ntl a , qu il difposât les Caciques de cette Province a faire une levée de deux mille hommes 3 &€ à fe préparer pour les faire marcher au premier avis. Les Chinanteques etoient grands ennemis des Mexicains , & temoi- gnoient beaucoup d’affeéiion aux Efpa- gnols , à qui ils avoient envoyé offrir leurs fervices. Cette Nation brave & guerriers parut propre à Correz pour fortifier fes troupes comme il fe fou vint d avoir en- tendu prifer les piques ou lances de ces Peu- ples, en ce qu’elles étoient de meilleur bois? plus longues que les nôtres, il donna or- 7 L Hifioire delà Conquête dre qu on lui en envoyât promptement trois cens qu’il diftribua à fes Soldats, après qu on les eût armées d’un cuivre de bonne trempe , qui fupplea au manquement du rer. Cortez prit cette précaution avant tou- tes les autres \ parce qffil redoutoit la Ca- valerie de Narvaez * 5c qu’il vouloir avoir le tems d exercer fes Soldats an manimenc de cette forte d’armes. Cependant Pierre de Solis arriva avec les prifonniers que Sandoval envoyoit à Cortez. Solis lui en donna l’avis, & at- tendit fes ordres au bord du lac. Le Gene- ral qui etoit déjà informé de leur voyage parla voye des Couriers % fortit au devant deux accompagne de plufieurs Officiers 5c commanda d’abord qu’on les mît hors des fers. Il les embraffà tous avec beaucoup de bonté y particulièrement le Licencié Guevara quil careffa fort 5 en lui difant qu il chat ter oit Sandova! du peu de confidera- tion qu'il avoit eu, en ne refit étant pas comme tl le devait fa per finne G? fa dignité, Cortez le conduifit à fon quartier : il lui donna fa table y 3c lui témoigna plufieurs fois, d un air libre Sc affine y quil s' e fît imoit fort heureux de voir JSfarvae^en ce Payf- la y par- ce qu'il je promet toit toutes chofes de fin 'ami- tic & des haifons qui av oient toujours été en - tr eux . Il prit foin que les Elpagnols paruf- du Mexique. Livre IV. 79 ïent gais 8c pleins de confiance en pre~ foce de Guevara. Il le rendit témoin des faveurs dont Motezuma l’honoroit , & de la vénération que les Princes Mexicains lui rendoient.Enfin le General fitprefent à cêt homme de quelques joyaux de grand prix, qui l’adoucirent extrêmement. Il prit la même conduite avec les compagnons de Guevara , fans leur marquer en aucune ma- niéré qu’il avoir befoin de leurs bons offi- ces pour humanifer Narvaez , & il les ren-;’ vOya tous au bout de quatre jours , perfua- dez de fes raifons , 8c engagez par fes bien- faits. Après avoir pris des mefures fi adroi-1 tes, remettant au temsle fruit qu’elles pou- voient produire , Cortcz refolut d’envoyer à Narvaez quelque perfonne de confian-i ce , afin de lui propofer tous les moyens raifonnables pour convenir de ce qui feroic le plus avantageux à leurs interets com- muns & au fervice du Roy. Il choifie pour cet effet le Pere Barthelemi d’Olme- do, dont l’éloquence & la fagcfl'e connues de tout le monde , ne donnoient pas moins d’autorité à fa perfonne que fon caradere. Il lui donna promptement toutes fes dé- pêches , adreffées à Narvaez , au Licencié Luc Vaf juez d’Ailion , 8c au Secrétaire André Duero , avec plufieurs joyaux que Jomt IL Q 74 Hiftoire de la Conquête le Pere devoir diftribuer fuivant qu’il l c trouveroit a propos. L'importance de la paix etoit le fujet general de toutes ces ettres ; & dans celle de Narvaez, Cortez le felicitoit de ion heureufe arrivée, par des termes pleins d’eflime ; 8c après l’avoir fait refTou venir, de l’amitié & de la confiden- 5, e _ rtc ip roc ] ll e^ qui avoir été entr’eux , il 1 înformoiteé? l état où fa conquête fetrouvoit dors-, en lut fat faut un détail des Provinces qdil avoit foûmijes , de l’efpnt 83 de la valeur des Peuples qui les habitaient , de la puijfance & de lagrandeur de. Motezuma. Le defiein ~ Cortez n etoit pas d'etaler fes exploits en ce récit ; mais de faire comprendre à Narvaez combien illcur importoitde s’u- nir & de joindre lenrs forces, pour ache- ver une fi haute entreprife. Il lui repre- lenroit » ce qu'ils devaient craindre fi » les Mexicains , Peuples inteiligens 8c s? aguerris 3 remarquoient de la divifïoxi ^ encre les FrnrifTnrvIc , ni „ r • parti , pour ictuuer 1C > f 011 ^^ Etrangers. La conclujion de cette » lettre étoit ; Quepour éviter les difputeî » & lesconte/htions, il étoi t à propos que 3> Narvaez lui communiquât les ordre* quil portoit; puifque s’ils venoient de s?la par t du Roy s Cortez étoif prêt s du Mexique. Livre IV. 7 J leur rendre une parfaite obéïflance , en «c remettant entre fes mains le bâton de ce General & les troupes qu’il commandoit:cc mais que fi ces ordres venoient de Ve- ce lafquez , ils dévoient tous deux faire re- ce flexion fur ce qu’ils hazardoient ; pu if- ce qu’en une affaire qui regardoit l’intérêt «c de leur Prince , les prétentions d’un fu- ce jet n’étoient pas d’un grand poids , d’au- ce tant moins que fon deffein étoit de fa- « risfaire Velafquez de toute la dépenfecc qu’il avoir faite au premier voyage , & ce de partager avec lui non feulement les ce richefles , mais encore la gloire même de ce cette Conquête. » A la fin, comme il pa- rut à Cortez qu’il avoir peut-être trop ap- puyé fur le defir d’un accommodement, il conclut par quelques traits de vivacité en difant : ce Que s’il avoir compté fur la ce force dé fes raifons , ce n’étoit pas que ce celle des mains lui manquât , & qu’il ce fçauroit les foutenir avec la même vi- ce gueur qu’il les propofoir. Narvaez avoit établi fon quartier , 8C logé fon armée à Zempoala , où le gros Cacique employoit tous fes foins à rece- voir agréablement ces Efpagnols , qu’il crovoit venir au fecours de fon ami û néanmoins il ne fut pas long-tems à fe dé- fabufer, ne trouvant pas en eux le Me que jè Hijloire de U Cenquète les premiers lui a voient enfeigné; car en? eore qu’ils n’euffenc point de truchement pour fefaire entendre , leurs aédons s’ex- pîiquoient aflez 3 8c leur procédé les diftin- P uoit, Le Cacique reconnut en Narvaez air mal concerté d s une fierté dominante qui l’étonna 3 $c il n’eut pas lieu d’en dou- ter ^ lorfque ce Commandant lui ôta par force tous les meubles & les bijoux que Cortex avoir laiffez en fa maifon. Les Sol- dats qui régloiçnt leur licence fur l’exem- ple de leur Capitaine y traitoienc leurs hô- tes en ennemis 3 8c ainfi la rapine çxecu- toit ce que l’avarice lui ordonnoit. Le Licencié Guevara vint bien-rôt après conter fe$ a van turcs 3 rempli de la grandeur & de l’opulence de Mexique 3 8ç de la bonne réception que Cortez lui avoir faite 3 en. le traitant avec tant de douceur êc de bonté? 11 exagérait combien le Ge- neral recevoir de marques de l’amitié de Motezuma 9 & du refped de fes fujets *, 8ç paflant de là au point qui lui tenoit au cœur 5 de ne faire paroître aucune divifîon entre Içs Efpagnols 3 il alloit tout droit à quelques propositions d'ajuftement qu'il de put expliquer ^ parce que Narvaez tran- cha brufquement^en lui difant qu’il retour- nât à Mexique ^ fi les artifices de Cortez ^voient ufurpé cane dçcréançe fur fpn ef- du Mexique. livre IV. 77 prît & il le ch a (Ta hors de fa prefence avec indignité. Mais l’Ecclefiaftique & fes com- pagnons trouvèrent bicn-tôt de nouveaux auditeurs en pafîant avec leurs connoiflan- ces & leurs prefens aux endroits ou les Sol- dats s’aflembloientj & où l’adrelfe de Coï- tez fit fon effet , en ce quiéroit le plus im- portant ; parce que les uns furent touchez de fes raifons , les autres charmez de fa li- béralité, &c prefque tous affe&ionnez à la paix : enforte que la plus grande partie commença à juger fort mal de la durete de Narvaez. . Le Pere Barthelemi d’Olmedo fuivrt de près Guevara y ôc trouva dans 1 elprit de Narvaez plus de fierté que d’honnêteté. Il lui rendit la lettre de Cortez } que ce Capi- taine lut avec négligence , & fe difpofa a écouter le Pere avec toutes les marques d’un homme qui retient fon chagrin avec peine , faifant connoitre que la feule conu- deration de l’Ambafladeur lui faifoit fouf- frir l’Ambaffade. Le difeours de ce Reli- gieux fut éloquent 6c fort : il débuta « par le devoir de fa profeffion qui l’obligeoit cc à s’entremettre dans ces différends en me-cc diateur defintereflé. H s’efforça de prou- « ver la fincerité des intentions de Cortez , ^ comme en étant le fidcle témoin, oblige ce à rendre ce refpeét à la vérité. Il ajfurA de & Htftoire de U Conquête » la part de ce General qu’on en obtiencîroïf »aifémenttoutce qu’on lui propoferoit de »raifonnable } & d’utileau fervice duRoy. 53 M reprefenta ce qu’on hazardoit en divi- » fane ainfi les Efpagnols fes Sujets* l’avan- 35 tage qui reviendroit au droit de Velaf- 35 quez s’il contribuoit par fes armes à la 35 perfection de cette conquête : Ajoutant 35 que Narvaez qui pou voit difpofer de cet- 35 te armée , devoit en regler l’employ fur 39 ^ état prefent des affaires 3 comme un ar- 35 ticle fuppofé avant toutes chofes en fon 35 inftru&ion , puilqu’on laifloit toujours à 3» la prudence des Capitaines le choix des » moyens qui dévoient conduire à la fin 35 qu’on fe propofoir, & qu’ils étoient obli- 35 gez d’agir fuivant les conjon&ures du 33 tems } 8 c des accidens qu’il amenoit . 35 pour ne pas ruiner dans l’execution des 35 ordres qu’ils avoient reçus, le fruit que 35 l’on en attendoit. Narvaez répondit avec précipitation 3 8 c quelque defordre : 55 Qu’il ne convenoit 35 pasaladignitédeVelalquez, de traiter 35 avec un Sujet rebelle 3 donr'le châtiment 35 etoit le premier emploi de cette armée. 35 Qu’il alloit commander que tous ceux 35 qui fui voient Cortez fu fient déclarez 35 traîtres & perfides. Qu’il avoir des for- 35 ces fuffiiantes pour oter cette conquête du Mexique. Livre IV. 19 àt fes mains 3 fans avoir befoin de fes pré- « tendus averti lfemens, ni du confeil de « gens engagez dans le crime 3 qui em- ployoientpourle perfuader , les raifons « qu’ils avoientde craindre le cbâtiment.Z.e« Pere Barthelemi, fans for tir des termes de « la modération , lui répliqua : Qu’il devoir ce faire beaucoup d’attention fuj£ le parti ce qu’il avoir à prendre; parce qu’avant d’ar-« river àMexique 3 il trouverait des Provin- « ces entières d’indiens guerriers , amis de « Cortez, qui prendraient les armes pour ce fa défenfe. Qu’il n’étoit pas auffi aifé que ce jq arvaezle fuppofoit 3 de défaire ce Gene-c« raljpuifque lesEfpagnols étoient détermi-c< nez à mourir près de lui 5 8c qufil avoir de ce îon côté Motezuma , Prince fi puifFant , ce qu’il pouvoir mettre fur pied autant d ar-ce mées , qu’il y avoit de Soldats en ta fien- ce ne. Enfin, qu’une matière de cette qualité ce n’étoit pas l’objet d’une première réfie- ec xion : qu’il l’examinât dans une fécondé, ce & qu’alors il reviendrait prendre fa re- ce ponfe. » Le Pere prit congé de Narvaez , après cette efpece de bravade , qui lui pa_ rut neceffaire, afin d’abaiffer un peu la con fiance qu’il avoit en fes forces , fur quo- il fondoit principalement fon obftinationt Olmedo alla, fans perdre de tems , s’ac» quitter des autres devoirs de fon inftruc-- Giüi Uiflelrt de la Conquête tion , chez le Licencié Vafquez , & le Ses «refaire Duero, qui louèrent fon zeîc; ap- prouvant l espropofiti ^ avoif ^.r ■ a Narvaez , & offrant de foiliciter fa dépê- c epar toutes les diligences neceflaires à lui faire obtenir la paix , qui convenoit à tout le monde : après quoi le Pere vit les Capitaines & les Soldats qu’il connbiffoir. Il tacha d autonfer auprès d’eux les bonnes intentions de Cortez : il leur infpira le defir d un accommodement 5 & diftribua avec choix les joyaux & lespromefTes dont il croît charge. Il voyoit déjà quelque jour ! former un parti en faveur de Cortez, ou au moins en faveur de la paix, fi Narvaez, qui fut averpi de fes pratiques , ne les eût rom- pues. Il fit venir en fa prefence ceReligicux, qu il chargea d abord d’injures & de me- Jîaccs : il l’appella mutin & féditieux qualifiant du nom de trahifon, le foin qu’il prenoitde femer entre fes Soldats , les éio- ges de Cortez. Narvaez avoit refolu de le faire arrêter ; & il l’auroit exécuté fi Due- ro ne l’a voit empêché. Les inftances du Se- crétaire lui firent prendre une autre voye qui fut de lui ordonner de fortir à l’heure meme de Zempoala. Le Licencié V afquez , qu’on avoit aver- îi, vint a propos , & foutint, qu’avant que de renvoyer le Pere Olmedo, on devoir af a du Mexique» Livre IV# 8 x Sembler tous les Officiers de l’armée , afin de délibérer mûrement fur la réponfe que J-on feroit à Cortez j puifqu’il témoignoi £ tant d’inclination à la paix , & qu’il ne pa- roiffoit pas difficile de l’amener à quelque parti honnête , ôc convenable à tout le monde. Quelques Capitaines approuvèrent cette proposition j mais Narvaez la reçut avec une efpece d’impatience qui degene- roit en mépris j Sc afin de répondre tout d’un coup 3 à l’Auditeur & au Religieux ^ il ordonna en leur prefence , qu*un Trom- pette publiât la guerre à feu de à fang con- tre Hernan Cortez , en le déclarant traître au Roy. On promit une récompenfe à ce- lui qui le prendroit , ou qui le tuëroit j Sc [Narvaez donna fur le champ fes ordres pour hâter la marche de l’armée. L’Auditeur Vafquez ne put endurer ce fâcheux contre-rems , & il ne le devoir pasaufli, ni oublier d’y apporter quelque remede par fon autorité. Il commanda au Crieur defe taire , Sc fit Signifiera Narvaez; Qu il ne for tit point de Zempoala > fous peine de la vie , & qu il n employât point les arme s , fans le confentement unanime de toute £ armee • Il défendit aux Capitaines & aux Soldats d’obéïr à leur Commandant*, Sc il pouffa les proteftations &C les réquisitions avec tant de fermeté, que Narvaez aveuglé par ti Ht (loir e de la Conquête fa colere , & perdant le refpecft qui é toit dû à fa perfonne , & au caraétere de ce Minif- *re , le fit arrêter honteufement , & tradui- ic en 1 Ifle de Cuba > fur un de fes navires. Le Pere Olmedo } fort Icandalifé de cette action 5 s’en retourna ainfî fans aucune réponfc ; & les Capitaines & les Soldats mêmes de Narvaez en furent fi outrez que lt’S plus penetrans voyant maltraiter «n Miniftre de cette qualité , fe trouvè- rent obligez a prendre fecretement quel- ques mefuies pour maintenir le fervice de fa Majrfte ; & les autres , moins fages , eurent fujet de murmurer , & defe dé- goûter de leur Capitaine. Ainfi l’infolence de Narvaez établit le bon droit de Cor- tez , dans l’efprit des Soldats ; & les fau- tes de fon ennemi furent avantageufes à la réputation de ce General. du Mexique . Livre IV. fj CHAPITRE VIL Motezuma continue les témoignages de fon af- feÜion aux Efpagnols. On ne peut fe perfua - der fon changement 3 que quelques Auteurs attribuent aux diligences de Narvaez* Cor te z prend la refolution de partir 3 S? Vexecüte 3 après avoir laiffé a Mexique une partie de fes Soldats . Q Uelques-uns de nos Auteurs ont avan- cé que Narvaez avoit établi une fecre- te 6c très-étroite correfpondance avec Mo- îezuma 3 3c qu’il alloit fouvent des Cou- riers de Mexique à Zempoala j que ce fut par cette voye que Narvaez fit entendre â l’Empereur : «c Qix!il venoit avec une Commiffion du Roy d’Efpagne 3 afin ce de châtier les violences 3c les injuf- «c tices de Cortez. Que ce General 3c tous ce ceux qui fuivoient . fes étendards , ce étoient des rebelles, bannis de leur pa- ce trie \ 3c qu’ayant appris l’oppreffion ce qu’ils faifoient à la perfonne de fa Ma- ce jefté 3 il alloit marcher avec toute l’Ar- ce niée qu’il oommandoit 3 à deflein de ce lui rendre la liberté , & une entière 3c ce paiüble poffeffion de fes Domaines. » Ce- 8 4 # Hifioire de U Conquête la etoit chargé d’autres impoftures , qui n’a voient pas moins de malignité $ de ces Auteurs ajoutent , que Motezuma charmé de ces belles efperances , entre- tint intelligence avec Narvaez; de lui fie de grands prefens 9 fe cachant de Cortez , & iouhaitant rompre enfin fa prifon par ce moyen. Il eft difficile de comprendre comment ces avis purent arriver à la connôiffance de l’Empereur de Mexique , puifque Narvaez n’avoit aucun Truchement, qui pût expli-, quesfes intentions aux Indiens , de qu’une négociation fi concertée ne pouvoir pas s’é- tablir fur le feul langage des mains. Il ne vint à Mexique aucun Soldat de Narvaez y que le Licencié Guevara de t es Compa- gnons , que Sandoval y envoya , de qui ne parlèrent jamaisen particulier à Motezu- ma ;& même , quand Cortez auroiteuaf- fez d’indolence pour fouffrir de pareils en- tretiens, pouvoient-ils s’expliquer fans l’ai- de de Marine de d’Aguilar, dont la fidelité, rapportée par tous les Hiftoriens , fe feroic mal accommodée d’une telle confidence. On doit croire que les Indiens Zempoales reconnurent , à plufieurs marques extérieu- res ,1’oppofitÎGn de l’inimitié qui étoit en- tre les deux armées des Elpagnols ; de que les confidens , ou les Miniftres de Mocezu- du Mexique. Livre IV. ma entre ces Peuples , lui en donnèrent l’a- vis : car on ne peut douter qu’il ne l’eût re- çu avant que Cortez en fût informé ; mais suffi, la conduite qu’il tint en cette rencon- tre , donne lieu de conclure qu’il avoir le cœur net ,& fans préoccupation d’aucun fâcheux préjugé contre le General. On ne nie pas que cet Empereur ne fit quelques prefens confiderables à Narvaez : mais cela ne jultifie pas davantage l’intelli- gence qu’on prétend prouver , puifque les Souverains du Mexique avoicnt accoutumé de regaler ainfi les Etrangers qui abor- doient fur leurs côtes , ainfi qu’on en ufa lorfque l’armée de Cottez y defcendit.Mo- tezuma pouvoir , fans aucun artifice , ne donner point de connoilfance de cette hon» nêteté au General •, parce que c’étoit un ufa- ge établi & réglé , 8c qu’il faifoit ces pre- fens gen.ereufement.,& fans en tirer de gloi- re.Ce qu’jls eurent déplus remarquable, fut certaines circonftances qui augmentèrent fortuitement l’eftime que l’Empereur avoir pour Cortez , parce qu’à la vue des prefens, Narvaez marqua plus de joye & d’attache" ment que la bienfeance n’en demandoit. Il ordonna qu’on les mît à part , après avoir compté le tout avec une application trop trupulcufe , 8c fans en faire la moindre gratification ,mêmeàfesconfidens , & les f 6 Hiftoire de lu Conquête Soldats , qui fans faire attention fur leuf propre avarice , blâment toujours fort vo- lontiers celle de leurs Capitaines, achevè- rent de perdre le courage avec l’efperance des richefïes qu’ils fe propofoient ; & leur intérêt fe mêlant alors de juger des motifs de la divilion , ils trouvoient que Cortez avoir raifon , parce qu'il étoit le plus li-' beral. £nfin,le Pere Olmedorevint;& le Gene-i rai trouva dans fa relation la confirmation de tout ce qu’il s’étoit imaginé fur lefu- jetde Narvaez. Le mépris que ce Capitaine avoir fait de fes proportions, parut moinff fenfiblc à Cortez , en ce qui touchoitfa per- sonne , qu’en ce qui bîcflbit la juftiee de fes prétendons; & il connut par l’emprifonneH ment de l’Auditeur, qu’un homme qui pou doit i’infolence jufqu’à ce point-là , étoit bien éloigné des fentimens que le fier-f vice du Roy doit infpircr. Il écouta fans chagrin, au moins qui parût , les injures 8c les outrages dont on chargeoit fa conduite à l’égard de Velafquez ; & les Auteurs l’onc îoüé avec juftice , de ce qu’ericore qu’on lui eut rapporté de plufieurs endroits, les dif- cours que Narvaez faifoit imprudemmenc contre fon honneur , en lui donnant à tous propos l’infâme nom de Traître, il n’y ré-s pondit par aucune injure 5 & fc contenta 0 du Mexique. Livre IV. gy lôrfqu’il en parloit , de le nommer fimple- ment Pamphile de Narvaez ; ce qui étoic TefFet d’une rare confiance , 8c la marque d'une ame fort élevée au deffus des pallions; puifqu’on ne fçauroit trop eftimer un cœur qui reçoit les outrages , fans qu’ils donnent aücune atteinte à fa modération. Ce qui fervit à confoler Cortez de ces mépris , fut la connoilïance que le Pere Olmedo lui donna 7 de la bonne difpo- fition -qu’il avoit trouvée dans Pefprit des Soldats de Narvaez y donc la meilleure partie fouirai toit la paix , & avoit peu d’attachement au caprice du Comman- dant. Cortez en conçut l’efperance de lui faire la guerre 9 ou de l’amener à rac- commodement qu’il delîroic 3 en confî- •derant la valeur des Soldats qu’il conduis foit , 8c la molefle ou le dégoût de ceux de fbn ennemi. Il communiqua cette pen- fée à fes Capitaines y 8c après avoir ba- lancé les iüconveniens qui fe prefentoienc de tous cotez 3 ils trouvèrent que le parti le plus fur, ou le moins hazardeux, étoit de fe mettre en campagne avec le plus grand -nombre de troupes qu’il feroit poffible d’af- Sembler j de faire joindre celles des Indiens qu’on avoir levées à Tlafcala & à Chinant» h y 8c de s’avancer en corps d'armée vers Zempoala; mais çoujoms dans la refoluq 8 8 Hijloire de U Conquête tion de s’arrêter en quelque lieu a ou on pôt renoüer de plus près un traité de paix, d’au- tant plus avantageux , qu’on le feroic les ar- mes à la main 6e de fe trouver auffi en un porte , où on pût recueillir les Soldats de Narvaez qui voudroient abandonner fou parti. Cette délibération publiée entre les Soldats^ fut reçue avec de grands applau* diffemens^ qui marquèrent leur joye. Ils n’ignoroient pas l’inégalité qui fe trouvoit entre leurs forces 6c celles des ennemis \ mais ils étoient fi éloignez de craindre à la vue du péril , que les Soldats les moins af- ieéïionnez difputoient neanmoins aux au* très la gloire de fervir en cette expédition y & le General fut obligé d’ufer de prières y & même d’autorité ^ lorfqu’il fallut nom- mer ceux qui dévoient refter à Mexique jj tant ils a voient de confiance ks tins fur la prudence 5 les autres fur la valeur - 6c prefc ques tous fur le bonheur de leur General» C’eft ainfi qu’ils appelaient cette répétition continuelle de favorables fuccès , qui lui faifoient obtenir tout ce qu’il fe propofoit i qualité fort imperieufe fur l’cfprit des $qÙ 4 4^ ts 3 6c qui le feroit encore davantage / s'ils fça voient rapporter à leur Auteur çes effets imprévus qu’ils nomment hçureti# fayard > parce qu’ils viennent d’une du Mexique . Livre IV. 89 fcawfe qu’ils ne comprennent pas. Cortezpafla de cet endroit à l’apparte- ment de Motezuma 5 pour l’informer du voyage qu’on avoit refolu ^ 3c qu’il vouloit colorer de quelque prétexte fpecieux y fans lui découvrir fon inquiétude. Mais l’Em- pereur l’obligea de fuivre une autre métho- de , en commençant ainfi la converfation s Qu’il avoit remarqué depuis quelques ce jours beaucoup de chagrin fur fon vifage/c &c qu’il le croyoit caule parlaconjondu-^ re qui fe préfentoit \ ayant reçû divers ce avis que le Capitaine de fa Nation , qoi«c étoit à Zempoala , avoit de mauvais def «c feins contre Cortez^ & contre ceux quicc fuivoient fes ordres.Qu’il n’étoitpasfur- ce pris qu’ils fu fient broüillez enfemble pourcc quelque querelle particulière * mais de ce ce qu’étant l’un 3c l’autre Sujets d’un même «c Prince , il commandoient à deux armées ce qui paroifioient ennemiesjpuifqu’il falloir**: neceflairement y qu’au moins l’un des auroit pû êtreembarafle delà conclufion de fon dif~ cours q ile furprit , 3c même il en fenrit quelque trouble intérieur :mais fa vivacité s qui le • iroit toujours de pareilles affaires , Tom IL H- JO H ifloire de la, Conquête lui fit répondre fur le champ : ce Que ceint » qui avoienc averti l’Empereur de la mauvaife volonté de ces .hommes , SC ces imprudentes menaces de leur Chef > *> lui avoient mandé la vérité j Sc qu^il ve- ^noit avec deifein de lui communiquer 2> cette affaire. Qu’il n’avoit pu lui rendre » ce devoir plutôt, parce que le Pere OU 3 ?medo n’écoit venu que depuis un mo- 2* ment , lui donner avis de cette nouvelle* ^'Qu’encore que ce Capitaine de fa Nation ^témoignât quelques emporremens mal-à- » propos, on ne devoir pas le confiderer 23 comme un rebelle , mais comme un homme abufé par le prétexte fpecieux :» du fervice de fon Prince *, parce qu ? il 33 étoit envoyé comme Subftitut de Lieu- 33 tenant d’un Gouverneur mal informé > ^quirefidant en une Province fort éloi- 23 gnée de la Cour d’Efpagne, n’éroit pas sDinftruit de fes dernieres refolutions, Sc 23 s’étoit vainement perfuadé que les fonc- 33 tions de cette Àmbaffade lui apparte- 33 noient *, mais que tout l’appareil de fa prétention imaginaire feroit bientôt dif- 2* fipé , fans autre diligence , que celle de 23 fignifirr à ce Lieutenant , les pouvoirs en vertu defquels il a voit uncpîeine autorité 23 de commander à tous les Capitaines & 22 Soldats qui aborderoient fur ces côpesj&r du Mexique* Livre IV. 9 l qu’avant que l’aveuglement de ce noir- ce veau venu l’engageât plus malàpropos 3 cc il avoit refolu d’aller à Zempoala avec ce une partie de fes troupes , afin de don - ce ner ordre à renvoyer au plutôt les Ef- ce pagnols qui y étoient ; 6c leur déclarer ce qu’ils dévoient maintenant refpeéter les ce Peuples de l’Empire de Mexique 3 corn- ce me étant fous la protection de fon Roy 3 ce 6c du leur : ce qu’il alloit executerec promptement 3 fe voyant obligé de pre- ce cipiter fon départ par le jufte empref- ce fement qu’il avoit d’empêcher qu’ris ce ne s’approchaffent plus près de fa Cour ; ce puifque cette troupe étant compofée de ce Soldats moins fages 6c moins disciplinez ce que les fiens, c’étoit une forte raifon ce pour ne fe fier pas entièrement à leur ce voilînage 3 fans courir rifqtie d’exciter ce quelque mouvement dangereux entre ce les Sujets de fa Grandeur. o* Cortez intereffoit ainfî l’Empereur dans la réfolution qu’il avoir prife > 6c ce Prince qui fçavoit les vexations dont les Zempoa» les fe plaignoient avec juftice 5 loua l’atten- tion que le General avoit au repos de fes Sujets ) approuvant fort qu’il prît le foin d’éloigner de fa Cour des Soldats d’un pro- cédé fi violent. Neanmoins 3 comme ils s’étoient déjà déclarez ennemis de Cot* Hij 9 1 Hiftoire de U Conquête tez x 5c fçachant d’ailleurs que leurs forces étoienc mperieures à celles de ce General , Morezuma crut qu’il y auroit de la téméri- té , de l expofer au hazard d’être prévenu par ces troupes, 5c d’en être envelopé : fur quoi il lui offrit d’afïêmbler une Armée S our foutenir la fienne en cas de befoin , ont les Ch efsrecevroientfes ordres, & fe! Soient chargez de lui obéir , & de refpec* Ter fa perfonne comme celle de l’Empereur* Il redoubla plusieurs fois fes inftances fur cet article,avec un empreffement qui parue îout-a-fait /ïncere , 5c nullement affeélé* Cortezle remercia très humblement de fes offres, & fe défendit de les recevoir ; parce qu a la vérité il avoir peu de confiance aux: Mexicains , 5c qu’il ne vouloit pas tomber dans la faute de mandier du fecours à des gens qui pou voient fe rendre les maîtres * fçachant bien quel eft l’embarras dans les allions de guerre , d’avoir en même temps la tere engagée , 5c le flanc expofé. Le General ayant donné cet adoucifle- snent aux motifs qui l’obligeoient à faire le voyage de Zempoala , employa fes foins aux préparatifs qui étoienc néce flaires, tou- jours dans le deflTein defe fervir des intelli- gences qu’il avoit parmi les Soldats de War- vaez , avant que celui-ci fe fût mis en cam- pagne. Il refoluc de laifTer à Mexique qua- âtt Mexique. Livre IV. fre- vingt Efpagnols , fous le commande- ment de Pierre d’Alvarado , qi\i lui parut le plus capable des’acquitter de cet emploi, parce qu’il avoit gagné l’affeétion de Mote- zuma *, & qu’ayant de la valeur 5c de l’en- tendement 3 il étoit encore très- adroit Courcifan, dont les maniérés d’agir, li- bres Sc engageantes , avoient de plus tou- te la refoîution neceffaire pour ne pas fe rebuter des difficuitez , & pour prendre fur fon efprit ce qu’il ne pouvoir tirer de fes forces. Cortez lui recommanda fur- tout de conferver à Motezuma cette efpece de liberté qui l’empêchoit de fentir les dé- goûts de fa prifon > obfervant néanmoins J autant qu’il feroit poffiblé , que ce Prin- ce ne fongeât à quelques fecretes pratiques avec les Mexicains. Il laifla en fa charge le trefor du Roy , & celui des particuliers. Enfin il lui reprefenta de quelle important ce il étoit de conferver le porte qu’ils oc- cupoient en cette Cour , 5c la confiance de l’Empereur : ces deux points étant la réglé & le but de toutes fes étions , il ne de voit point les perdre de vue , puiiqu’ils fai- foie nt tout le fondement de leur commu- ne fureté. Il ordonna aux Soldats d'obéir à leur Capitaine, & defervir Motezuma avec en- core plus de refpeél 5c de foumiffion^qu’ils $4 > Hiftoirc de U Conquête n avoient fait jjfqu’àce tems-là -, & qu’ils entretinrtènt toujours une parfaite corres- pondance avec les perfonnes delà Maifôti & de la Cour de l’Empereur. Il les exhorta encore à confcrver une grande union en- tr’eux y Sc beaucoup de modération avec les Mexicains. Cortez dépêcha en même te ms un Cou- rier a $andoval 5 avec des ordres de venir au devant de fon Armée > ou de l’attendre avec les Efpagnois qu’il commandoit en quelque porte où ils pu fient Se joindre fans obftacle y &: delaiiïérlaForterefTede Vera* Cruzàlagarde des Indiensalliez * 5 ce qui étoit prefque la même chofe que de l’aban- donner entièrement ; parce qu’il n’étoit pas tems de Séparer Ses forces * & que cet* te fortification 9 capable d’être défendue contre les Indiens y ne l’étoit pas pour ré- lifter contre des Efpagnois. Il fit provifion de vivres on fuftuanre quantité 3 pour ne pas être obligé d’avoir recours à la Provi- dence 9 ou à i’extorfion fur les pauvres Fay- fars. Enfin y apiès avoir afTemblé les In- diens propres à porter les bagages , le Gé- nérai ayant marqué l’heure du départ au point du jour, fit dire une Melle du Saint Efprit 9 où il afîîfta avec tous Tes Soldats^, afin de recommander à Dieu le bon Suc- cès de cette expédition :Sur quoi il protefta An Mexique . Livre IV. 9$ devant l’Autel , qu’il n’avoit en vûë que fon fervice, 5c celui du Roy , infeparables en cette occafion j qu’il n’étoit pouffe par aucun motif de haine ou d’ambition, & que cefte confideration feroit toujours devant fes yeux , dans la confiance qu’il avoit que la jufticc de fa caufe s’expliquoit affez d’el- le-mêrne devant Dieu ôc devant les hom- mes. Après cela , le General allant prendre congé de Motezuma 3 lui fit de très-hum- bles prières 3 «c D’honorer de fa pro- ce tëéHoft ce petit nombre d’Efpagnols ce qu’il laifïbit en fa compagnie; Qu’il ne ce les abandonnât pas 3 en fe féparant d’a- ce vec eux j parce que le moindre chan- gement 3 ou la moindre diminution ce ces embarras , afin de recevoir l'es or- » ares , préparer Ton voyage , & porter » a 1 Empereur ion Maître , avec les pre- »lens de fa Grandeur , l’aflurance de fon » amitié , & de fon alliance , qui feroic 55 pour fon Prince un joyau d’un prix inet » timable. 1 Motezuma parut encore affligé , de ce que Cortez fe mettoit en campagne avec des forces fi difproportionnées à celles de Ion ennemi. Il lui dit : « Qiies’il avoir bc- •» loin du fecotirs de fes armes , afin de » mieux faire comprendre fes raifons >’ qu il différât d’en venir à une rupture 35 ki U , Verte j jufqu’à-ce qu’on eût alïem- s> ble un corps de fes Sujets , qu’il tien- 3> aroit prêt a marcher, en tel nombre qu’il »plairoità Cortez. Il lui donna fa parole » de ne point abandonner les Efpagnolj . 33 qu’on lui lailfoir avec Alvarado , & de 33 ne point changer de logement durant 35 on abience. » Herrera ajoute que l’Empereur fuivi d e toute fa Cour , ac- compagna fort loin le General ; mais par une malice préméditée , cet Aureur at- tribue la civilitéscx craordinaire de More- zuma du Mexique. Livre IV. 97 2 imu au défit qu’il avoir de fe voir délivré des Efpagnols *, fuppofant qu’il éroir déjà dégoûté de Cortez, & qu’il le haïfloit. Ce qui paroît , eft qu’il garda fidèlement fa parole > en demeurant dans fon apparte- ment, 8/ dans les termes de la bienveillan- ce pour les Efpagnols , quoiqu’on eût ex- cité de grands troubles , qu’il pou voit ap- paifer en retournant à Ion Palais *, 8c tant en ce qu’il fit pour défendre les Efpagnols qui étoient auprès de fa perfonne , qu’en ce qu’il ne voulut pas faire contre les au- tres , durait que leurs forces croient ainfî defunies , ileft aifé de reconnaître qu ? il fut toujours confiant dans la fincerité de fes intentions pour eux. Il eft vrai qu’il fou-r hakoic de les renvoyer , parce que le repos de fon Etat le demandoit ainfi î mais il ne prit jamais la refolution de rompre avec eux, ni de ceiFer de refpeélcr l’engagement delà Sauvegarde Royale qu’il leur avoit accordée : 8c quoique ces attentions ne foient pas d’un Prince barbare , 8c qu’elles paroiflent peu convenables au caraétere de Motezuma % on doit regarder cette revolu- tion d’efprit & decceurjcomme une de ces merveilles dont il plut à Dieu de faci- liter la conquête de cet Empire. En effet s cette inclination & cette crainte refpec- cueufe qu’ila voit pour Cortez , heurtoienç Tome IL I $ 8 Hiftoire de la Conquête de droit fil fon orguëilleufe fierté ; & ces deux meuvemens 3 fi oppofez à fon genie y renoient fans doute du Ciel tout ce qu’ils n’a voient point de la Nature. CHAPITRE VIII. Cor te z. marche vers Zempoala ; & fans oh te •*' nir les troupes qtt il efperoit tirer deTlafca - la 5 ilpourfuivit fa marche jufqu à Ado ta- leqmta j ou il reprend la négociation d'un Traité de paix y mai s ayant reçu une mu* vetle injure , il fe refont a la guerre. O N commença la marche 3 fuivant 1 ^ chemin de C holula 3 avec toutes les. précautions qui établi fient la fureté d’une Armée y que les Soldats obfervent aifé- ment y iorfqu’iisfçavent la guerre^ Sc qu’ils font accoutumez à obéïr fans raifonner. Ils furent reçus en cette Ville avec un cm- preflement agréable , la crainte fer vile qui avoir enfeigné la foumiffion à ce Peuple, étant déjà convertie en une vénération refpeétueufç, L’Amée pafla de ce lieu à Tlafcala,où elle trouva un magnifique cor- tège compofé de la N oblefie Sç des Séna- teurs qui vinrent au devant d’elle à demi- lieue de çetee Ville, L’entrée qu e les Efpa-i du Mexique . Livre IV. 99 jynols y firent fut celebrée par des demonf- tracions de joye qui répondoient au nou- veau mérité qu’ils avoienc acquis par la prife deMotezuma 3 Se parla mortifica- tion de l’orgueil des Mexicains : circons- tances qui redoublèrent les applaudiffe- mens Se Je bon traitement qu’on fit à l’Ar- mée. Les Sénateurs s’aflemblerent auffi-tôt^ afin de délibérer fur la réponfe qu’on de- voit faire à Cortez 3 de fur les troupes qu’il avoit demandées à la République^ fur quoi nous trouvons une autre guerre entre les Auteurs, qui ne s’accordent point fur cet ar- ticle ; malheur ordinaire aux Relations qui tràitentdela conquête des Indes 3 Sc qui nous obligent quelquefois à embraffer le vrai'femblable y Se d’autres fois à cher- cher le polîible avec peine. Bernard Diaz dit que Cortez demanda quatre mille hom- mes au Sénat 3 Se qu’on les lui refufa 3 fous prétexte qu’ils n’ofoient prendre les armes contredes Efpagnols 3 parce qu’ils ne fe fentoient point capables de refifter aux chevaux 3 Se aux armes à feu. Au contrai- re 3 Herrera foutient qu’ils accordèrent au General fix mille hommes effe&ifs 3 Sc qu’ils en offrirent un plus grand nombre, ïl ajoute que ces Indiens furent enrôlez dans les Compagnies Efpagnoles : mais qu’à trois licuçsde Tlafcalails demande- I H îoo Hijloire de la Conquête renc leur congé , parce qu’ils ii’étoient pas accoutumez à combattre hors de leur Pro- vince. Quoiqu'il en foit , ( car enfin cette difeuffion n’eft pas fort importante ; ) il eft certain qu’aucuns Tlafçalteques ne fèrvi- rent en cette expédition. Çortez demanda ce ieçours à deffein de faire du bruit & dp l’éclat parmi les Soldats de Narvaez plutôt que par aucune confiance qu’il eut en leurs armes i ni qu’il fît cas de leur mapierc de combattre contre les Espagnols. D’ailleurs il ,efl confiant qu’il fomt "de Tjafcala fans fe plaindre, & fans donner aucune atteint? à la confiance réciproque entre les Efpa- gnols& lesHabitans de cette Ville ; caç il les rechercha depuis , & il les trouva prêts à le fervir , quand il en eut befoin contre les autres Indiens, où ils témoi- gnoient beaucoup de valeur & de refolu- tion : ayant confervé leur liberté en dépit des Mexicain? , fi près de leur Ville capi- tale , & fous un Prince qui droit fa plu? grande gloire du nom de (Conquérant. L’Armée ne féjourna pas à Tlafcala , 8ç ellepaffaà grandes journée? jufqu’à Mo«f talequita , Bourgade d’indiens alliez , éloignée de douze lieues de Zempoala -, où Sandoval arriva prefque en même tems avec fa troupe , & fept Soldats de plus , ^uiétoienppafiezdç l’Armée de Najrvae? du Mexique. Livre I V. toi àVera-Cruz , après l’emprifonnement de l’Auditeur Vafquez s qui leur avoit fait croire que le parri qu’ils foûtenoient n’é-* toit pas le plus juftei Cortez apprit de ces Soldats tout ce qui fe pa doit dans le quar-^ tier de fon ennemi* & Sandoval lui en don- na encore des lumières plus allurées j parce qu’avant que de partir, il avoit trouvé moyen d’introduire à Zempoala deux SoU dats Efpagnols * qui fçavoient imiter par^ faitement les maniérés 5c les aétiofts des Indiens 5 5c dont le teint nedémentoit pas cette reffemblance. Ils fe dépouillèrent vo- lontairement & avec plaifir *, 5c couvrant leur nudité de quelques ornemens propres aux Indiens , ils entrèrent au matin dans la Ville 3 chacun avec un panier de fruits fut la tête : s’étant mêlez avec les Patfans qui vendoient cette forte de marchandée, ils la troquèrent contre des grains de crvftal où de verre , avec une (implicite 5c une avidi* té de Villageois fi bien contrefaite,que pet- fonne ne prit garde à leur déguilèment , 5C qu’ils eurent la liberté d’aller par toute la Place % & de fe retirer avec les connoifian- ces qu’ils iouhaitoient ; mais comme ils n’en furent pas encore fatisfraits , & qu’ils voulurent s’éclaircir de la maniéré dont on faifoit la garde en cette Armée , ils y re- tournèrent un autre jour chargez d’herbes 3 I iij Uifioire de la Conquête avec quelques Indiens qui croient allez âU fourage 9 3c ils ne reconnurent pas feule» ment le peu de vigilance des Officiers 3c des Soldats de ce quartier , mais encore ils en apportèrent une preuve 3 en amenant à Vera-Cruz un cheval qu’ils enlevèrent 9 fans qu’on les en empêchât. Il arriva par tazard que ce cheval appartenoitau Capi- taine Salvatierra, un de ceux qui animoient davantage Narvaez contre Hernan Cor- tez ; ce qui renditla prile plus confidera- ble. Ces Efpions firent ainfi tout ce que 1 adreffe & le cœur pouvoient contribuer a leur ^réputation : neanmoins leurs noms ont cte malheureufement oubliez en cette aéiion 5 êc en une Hiiloire où on rencontre - a chaque pas des exploits de moindre cou- iîderation 5 qui font honneur au nom de ceux qui les ont exécutez. Cortez fondoit une partie defesejfperan- ces lur l'ignorance de fes ennemis en fart ae la guerre. La négligence donc Narvaez conduifoit fes troupes 3 excitoit divers mou- veroens en fon imagination^ qui pouvoient naître du mépris que Narvaez faifoir du petit nombre des Soldats de Cortez 3 3c celui-ci le connoiffoit allez j mais il n’é-i îoit pas fâche de voir que ce mépris fai - » loit naître une faufTe confiance favorable a fes defleins ^ & qui fembloit combattre du Mexique. Livre IV. i°î en fa faveur : en quoi il raifonnoit fur de bons principes ; puifqu il eft certain que cette efpece de confiance eft ennemie des précautions , Si qu’elle a ruiné plùfieurs Capitaines. Ainfi on doit la compter entre les plus grands périls qu’on court à la guer- re-, d’autant qu’il arrive fouvent , lorfqu’on en vient aux mains qu’on fe trouve battu par l’ennemi qu’on méprifoit. Cependant le General fongeoit a prépa- rer en diligence tout ce qui lui etoit ne ce G faire, Si à prelTer Narvacz par desinftances d’un accommodement , avant que d en ve- nir à une rupture ouverte de fa part, li fit donc une revue de fes Soldats qui fe trou-? verent au nombre de deux cens foi vante ftx Efpagnols, en comptant les Officiers , & la troupe de Sandoval, outre les Indiens de charge qui portoient le bâgagetaprès quoi Cortez envoya pour la fécondé fois le Pere Olmedo , afin de faire les derniers efforts pour parvenir à une bonne paix^Sc comme ce Religieux lui eût mandé le peu de fruit qu’il droit de fa négociation , le General defirant mettre toute la juftice de fon côté , ou peut-être gagner du temps, afin que les deux mille Indiens qu’il attendoit de Chi- nanth puffent fe joindre à Ces. troupes , re- fol ut d’envoyer le Capitaine Jean Velal- quez de Leon j dans la créance que la me*; ïp4 Hijt oire de la Conquête diatiôn de cet Officier feroic mieux reçue â caufe de fa qualité y Sc même qu’il étoit parent de Diego Velafquez. Cortez a voit eu depuis peu des preuves très-folid es de fa fidelité, par des proteftations que Vela fquez lui a voit faites , de mourir à fon cô té , en lui mettant entre les mains une lettre que Narvaez lui avoit écrite , pour l’inviter par de grandes promefîes , de prendre fon parti j Sc le General répondit noblement a cette generofité } en confiant à la fran- chife Sc a la probité de ce Capitaine une négociation h délicate. Lorfqu il arriva à Zempoala 3 tout le monde crut q fil venoit fe ranger fous les étendards de /on parent $ & Narvaez alla au devant de lui avec beaucoup de joyet mais quand Velafquez lui eut expofé fa commiffion y Sc que ce Commandant con- nut qu’il s’engageoit a foutenir le bon droit de Cortez, il l’interrompit , Sc fe fépara de lui incivilemenc , quoiqu’il lui reliât en- core quelque efperance de redyire ce Capi- taine *, puifqu avant que de renoiier la converfation , il commanda que l’on fît une revue generale de toute fon armée en prefence de Velafquez , à dc/Tein de l’éton- ner, ou de le convaincre par cette vaine oftentation de fes forces. Quelques person- nes confeilierent a Narvaez de le faire an- du Mexique. Livre IV. i®5 rêter i mais il n’ofa , parce que cet Officier avoit beaucoup d’amis dans fori Arméetau contraire , il l’invita à dîner , où il fit trou- ver tous les Capitaines les plus attachez à fes intérêts, afin qu’ils lui aidaflent à le perfuader. La conveifàtion commença par des complimens & des honnêtetez;& peu de tems après on en vint à quelques raille- ries contre Cortez , qui fembloient encore échaper dans la chaleur du repas. Velaf- quez" ne voulant pas ruiner fa négociation , diffimula d’abord i mais quand il vit que la raillerie devenoitoffençante , & tournoie en inve&ives, fa patience échapa tout d’un coup ; & élevant fa voix , il dit : « Qu’on tînt d’autres difeours , puifqu’ils ne de- « voient pas , devant un homme de fa « qualité , parler mal de fon General qui «« étoit abfent -, & que le premier d’entre ce eux qui ne tiendrait pas Cortez , & ce tous ceux qui le fuivoient , pour bons & 3 iorti. >3 A quoi Jean Velafquez re- partit par un démenti ; de tira l’épée, avec une réfoiution fi déterminée de châtier ce jeune homme , que tous les conviez eurent beaucoup de peine à le retenir j & enfin, ils le prièren t de retourner au camp deCortez, afin d’éviter les accidens que fon fé jour pourroit produire ;ce qu’ii fit fur le champ, emmenant avec foi le PereOimedo II dit en partant quelques paroles , avec un em- portement qui menaçoit d’une prompte vengeance, ou au moins d’une rupture ou- verte. Quelques Officiers de Narvaez furent mal (atisfaits de ce qu’on laifloir partir ce Capitaine , fans l’accommoder avec fon parent , afin d’écouter fes propofitions de d’y répondre bien ou mal f fui van t ce "qui conviendroir. Ilsdjfoientqu > ^» homme du mérité & de la qualité de Pèlaffuei . , devait être traité avec plus d'attention . Qu' il fallait f u pp o fer qu une perfonne de bon efprit , d une probité connue , ne viendrait pas leur porter des propofitions extravagantes ou dé - raifonnables . Que les formalites de la guerre n alloient pas jufqu a oter la liberté de fe faire écouter , & que ce ne ton pas me bon- du Mexique. Livre I V. ïoy ne politique ni une bonne voye de fe rendre re- doutable à fon ennemi’} que de lut faire con- noitre qu on craignoit fes r ai fon s . Cesdifcours pafierent bien-tôt des Ca- pitaines aux Soldats, qui s’cxpliquoient fi librement fur le peu de foin que l’on pre- noit de juftifier leur conduite en toute cet- te guerre , que Narvsez fut contraint pour appaifer ces bruits , de choifir un Officier qui allât en fon nom , Sc en celui de tous les Efpagnols de fon parti , faire quelques excufes fur ce qui s’étoit pafTé , & fçavoir de Cortez même ce que Velafquez devoit propofer. Ils donnèrent cettte^cômmiffion au Secrétaire André de Duero 5 qui leur parut propre pour cet emploi , parce qu’il étoit mains animé que les autres contre Cortez , & qu’étant créature de Diego Velafquez , il ne manqueroit pas de con- fiance auprès de ceux qui vouloient empê- cher un accommodement. Cependant Cortez ayant entendu le Pere Olmedo Sc Jean Velafquez, reconnut qu’il n’avoit fait que trop d’avances pour obtenir une bonne paix-, & jugeant qu’il étoit tems de commencer la guerre , il fit marcher fon armée à deffein de s’approcher de plus près , de s’emparer de quelques poftes avantageux, où il pût attendre les Chinan- teques , & agir fuivant les occafions qui fe préfenceroient. îoS ^ Hijloire de la Conquête L Armée étoit en marche , lorfque les coureurs de Correz lui donnèrent avis que j uero venoitde Zempoala pour lui parler. Le General alla le recevoir avec quelque cfperance d’un accord dont il fe flattai r, ‘lis e aiuerent & s’embrafTerentplufieursfois, en renouvellant les protestations de leur ancienne amitié. Tous les Capitaines vin- rat témoigner leur joye au Secrétaire ; f , rtez av ant que d’entrer en matière fur la négociation , lui fit quelques prefens, & lui en promit encore davantage. Il le retint julqu au jour fui vanr, après qu’il l’eutinvi- te a manger, & durant tout ce tems, ils eu- rent diverfes conférences tête à tête avec beaucoup de franchife. Ils traicoient des moyens de réunir les deux partis , chacun a eux paroiflant fouhaiter avec pâfîîon de trouver quelque voye pour adoucir Nar- vaez , dont l’opiniâtreté étoit l’unique ob- lracle qui traverfoit l'accommodement. Cortez en vint jufqu’à offrir de lui ceder la conquête du Mexique, & de marcher avec les gens a d’autres entreprifes -, & Duero qui le voy oit agir fi noblement avec un en- mi déclaré , lui propofa une entrevue avec Narvaez, croyant qu’il pourroitl’ob- tenir de ce Commandant, & que routes les di/hcultez feraient plus aifément levées dans une conférence, où les deux Chefs du Mexique . Livre IV. rof s’expliqueroienc par leur propre bouche*, Quelques Auteurs difent que Duero avoic ordre de propofer cette conférence, de d’au ,r tres^que ce fut une penfée de Cortez.Quob qu’il en foit , ils conviennent tous qu’on régla cette entrevue aufiî-tot que le Secre^ taire fut retourné à Zempoala 3 8c qu’on en drefiaparfes foins une capitulation auten- tique, defignant l’heure 8c Le lieu où on de- voit tenir la conférence , chacun des deux Commanfians ayant donné fa parole par écrit , de fe rendre accompagné feulement de dix DfEciers^ afin qu’ils fu fient témoins de ce qui feroit dit &c arrêté. Mass au même terns que Cortez fe dif- pofoic â exécuter de fa part la capitulation , André de Duero ^avertit en feeret qu’on lui préparoit une embufeade , à defiein de le prendre ou de le tuer. Cet avis qui ve- noie de fi bon lieu y fut encore confirmé par d’autres perfonnes qui confervoient quelque correfpondance avec lui $ ce qui l’obligea de faire connoître à Narvacz que fa trahilon étoit découverte. Ainfi dans la première chaleur de fbn reffentiment. Cor» tez lui écrivit une lettre par laquelle il lui declaroit la rupture du Traité, 8c remet-; toit 2 fon épée à tirer fatisfaérion de la per- fidie de ce Commandant. Sans cette con-; rioifiance ^ le procédé noble 8c fincere de ï lo Hifloire de la Conquête Cortez alloic à le jecter aveuglément entra les mains de fon ennemi > de il eut de la pei- ne à fe difculper devant fes Soldats de cette faute de précaution 3 de de cette confiance précipitée qu’il accordoit à Marvaez 9 après avoir eu tant de marques de fa ma ri- vai ue volonté* On ne peut néanmoins accufer d’imprudence la fincerité de Cor- tez en cette occafîon , puifque le man- quement de parole de de foy dans les Traitez y eft une infamie dont on a peine à foupçonner un ennemi genereux ; d’au- tant plus que les perfidies ne tiennent point de lieu entre les ftratagêmes , 6c que ces tromperies qui donnent attein- te à l’honneur 9 ne font point comp^; tées entre les furprjfes que la guerre au^ torife, du Mexique. Livre IV. 11$ CHAPITRE IX. Cor te z. s'avance jufqu'à une lieue de Zem« poala. Narvaez. fe met en campagne avec fon armée > le mauvais tems l'a* blige a fe retirer f & fur cette nouvelle , Cortex forme le dejfein de £ attaquer dans fon quartier « C Ortez demeura plus animé qu’irrité de cette derniere brutalité deNar- yaez, Un ennemi dont les fentimens avaient tant de bafleflc , lui parut indi~ gne de fon reffentiment } jugeant d’aile leurs qu’un homme qui vouloir gagner une vidoire aux dépens de fa réputation» rf était pas trop afluré de (es troupes ni de fa perfonne même. Il hâta la marche de fon armée , n’étant pas néanmoins en- core bien déterminé fur ce qu’il devoie entreprendre -, mais ayant le cœur plein d’une certaine confiance qui foutientla ré- folution d’un General 3 oC qui femble prévenir les heureux fuccez par l’efpcrance» il fe campa à une lieue* de Zempoala dans un pofte fortifié en tête du ruiiFeau auquel ils avoient donné le nom de Riviere des Canots , &c ayant à dos la Ville de Vera- ï il Hijîoire delà Conquête Cruz, Les Soldats trouvèrent en ce lietf aflez de maifons pour fe mettre à couvert des ardeurs du Soleil , & pour avoir la commodité de fe délafler des fatigues d’une marche précipitée, êc le General fit avancer des fentineües bien au-delà dii ruilTcau. Il donna les premières heures au repos des Soldats , fe refervant à déli- bérer avec les Capitaines de ce qu’il falloit faire fuivant les avis qu’il attendoit de l’ar- mée des ennemis , où il avoit gagné des amis â ôc où il croyoit que tous ceux qui n’approu voient pas cette guerre, le devien- droient dans l’occafion. Ce fut cette fup- pofition de le peu d ? experience de Nar- vaez qui lui donnèrent Faflurance de s’approcher fi pr,ès de Zempoala , fans craindre qu’on Lp taxât d^mprudence ou de témérité. Narvaez fut informé de ce mouvement & du lieu où fon ennemi étoit pofté. Alors avec une précipitation plus impetuenfe que diligente^ & qui dégeneroit en defordre &C en coniufion , il voulut fe mettre en cam- pagne. Il fit publier la guerre , comme lî elle n’eût point été déjà publique , &: mit 1 à deux mille écus la tête de Cortez , Se celles de Sandoval & de Velafquezàquelr quechofede moins. Ce Commandant or- donnok pkfieurs chofes en même teins avec du Mexique. Livré IV. 113 âvcc un air chagrin : fes ordres étoient mê- lez de menaces , & il paroifïoit de la crain- te dans le mépris qu’il témoignoic de fou ennemi. Enfin fon armée fe mit en batail- le , fans qu’il en prît le foin : mais fes Ca- pitaines fe rangèrent d’eux-mêmes par ha- sard de fans prendre fes ordres. Après avoir marché environ un quart de lieue 3 Narvaez s’arrêta à deflein d’attendre Cor~ tez à la campagne , fe perfuadant folement que ce General auroitaffez peu de lumie^ res pour l’attaquer en un polie où fon enne- mi pouvoir s’aider avec tant d’avantage du grand nombre de Soldats qu’ii conduis foit* Il demeura tout un jour en ce lieu j de en cette vaine créance perdant du rems, de flattant fon imagination de diverfes pen- fées dont il tiroir de la joye & de la con^ fiance, il partageoit déjà tout le butin à fes Soldats, de tous les trefors deMexique’à fes Capitaines, de fansfonger à la bataille^ il ne parloit que de la vidoire. Cepen- dant le Soleil fe coucha dans un nuage qui avança la nuk,&: qui répandit peu de rems après une fi grande abondance d’eau , que les Soldats de Narvaez maudirent la fortie, de crièrent qu’on les ramenât au quartier» Les Capitaines eurent bien- tôt leur part de l’impatience -, de le Commandant qui n’ê- toit pas moins fenfibie à l’incommodité 3 Tome IL K 114 Hifiotre de la Conquête ne fit pas de grands efforts pour les re- tenir , outre qu'ils n’étoient pas accoutu- mez à refifter aux injures du tems 3 8c que plufieurs avoient peu d’inclination pour une guerre qui pouvoir avoir de fi fâcheufes fuites. On avoir appris que Cortez fe tenoit fer- me en fon porte de l’autre côté du ruiffeau % ainfi les Soldats 8c les Officiers crurent avec quelque forte d’apparence qu’ils n’a- voient rien à craindre durant cette nuit; 8c comme on ne trouve jamais de difficulté aux raifons que le defir infpire y tout le monde conclut à la retraite qu’ils firent en defordre > en courant chercher le couvert comme des gens qui fuient. Néanmoins Narvaez ne voulut pas feparer fes troupes 5 parce qu 3 il prétendoit retourner en campa- gne le lendemain y plutôt que par aucune crainte qu’il eût de Cortez y quoiqu’il af- fectât de prendre le prétexte du foin qu’un General doit avoir lorfque l’ennemi eft pro- che. Il logea donc toute fon armée dans le principal Temple de la Vilîe 3 qui eonfif* toit en trois donjons ou Chapelles peu éloi- gnées l’une de l’atïtre»enune fituation a van- ta geufe 8c d’une grande étendue y où l’on montoit par un efcalier fort glïflant 8c dif- ficile 3 qui donnoit encore plus de fureté à la fiauteur. On garnit de toute l’artillerie le dti Mexique* Livre IV. i 1 5 hautdel'efcalier qui fervoit de paillierou de veftibule.Le Commandant choifit pour fon logis le donjon du milieu 3 où il fc retira avec quelques Capitaines & envi- ron cent Soldats a & il partagea le relie de fon armée dans les deux autres. Il envoya quelques Cavaliers battre la cam- pagne , Sc détacha deux fenunelles fur les avenues. Après ces diligences qui à fon avis 3 ne laiffoienr rien à fouhaicer dans l’art le plus rafiné de la guerre 9 .Narvaez donna au repos le rcfte de la nuit , fi éloigné de toute forte de dan- ger 3 au moins en fon imagination y qu’il s’abandonna au fommeil fans aucune re- Mance de la parc des foucis, André de Duero dépêcha auffi-tot â Cortez un homme de confiance quhl n’euc pas de peine à mettre hors de la Place y afin de lui faire fçavoir la retrai- te de NarvaeZj & la maniéré dont il avoit difpofé le logement de fes troupes* Le deffein du Secrétaire croit d’avertir fon ami qu’il pouvoit pafier cette nuic tranquillement 3 plutôt que de le pro- voquer à quelque entreprife : mais ce General ne fut pas long-temsà fe déter- miner fur cet avis , & à faifir Tocca- fion favorable qui fembloit Linviter, Il avoit médité fur tous les divers incrdeqs K ij î i & tjijloiye de U Conquête que cette guerre pouvoit produire 5 $C comme il eft bon quelquefois de fer- mer les yeux fur les difficultez que Té- ioignemenc fait paroître plus confidera- blés y & qu’il y a des occafions où le raifonnemenr fait tort à l'exécution ,, Cortez affembia d’abord fes Soldats, ôc il les mit en ordre de bataille , quoique l'orage ne fût pas encore celle : mais ces gens endurcis à de plus rudes fati- gues , obéirent auffi-tôt fans fe plaindre* ni demander la raifon de ce mouve- ment imprévu , tant il fe repofoient lut la conduite de leur General. Ils payè- rent le ruiffeau dans l’eau jufqtfà la cein- ture *, ôc après avoir furmonté cette dif- ficulté * Cortez leur fit un difcours où il leur communiqua fa refolution , fans la mettre en doute * ôc auffi fans refufer le confeil qu’on pourroit lui donner. Il leur apprit le defordre de la retraite des en- nemis que la rigueur du tems a voit oblb ge% à fuir en leur quartier , & la con- fufion de leurs Jogemcns dans les tours de ce Temple. Il leur reprefenta fortes ment l’indolente tranquillité de ces gens ôc de leurs Officiers., ôc la facilité qu’on auroit à les attaquer avant qu’ils fe fuf- fent réunis pour former un bataillon ; & voyant que fon delîcin n’ctoïc pas du Mexique, Livre IV. ! 17 feulement approuvé 3 mais encore applau- di , il le pourfuivit avec une nouvelle ar- deur. ^ Cette nuit , dit-il > mes amis , «c le Ciel nous met entre les mains Foc- ce cafion la plus favorable que nos defirs ce mêmes fe puifTent figurer. Vous allez c* maintenant avoir des preuves de la ce confiance que j’ai en votre valeur 3 «c de je vais déclarer jufqu’à quel point ce elle élève mes penfées de mes deffeins. ce Il n’y a qu’un moment que nous atten- «< dions nos ennemis 3 de que nous efpe- ce rions les vaincre à la faveur de ce ruif- ce feau qui nous couvroic, de maintenant ce nous les tenons endormis & fepar§z<« fur la foy du mépris qu’ils font de ce nous 3 de qui nous procure ces avança- ce ges. Cette honteufe impatience qui leur ce a fait abandonner la campagne 'pour ce éviter la rigueur de l’orage , qui eft un «c mal néceflaire, de d’ailleurs fort peu «c confiderable a doit nous apprendre de ce quelle maniéré le repos efl: goûté par ce des gens qui le cherchent avec tant de<« mole fie y de qui le prennent fans aucun cc foupçon. Narvaez ignore l’exaélitude ce que la guerre demande : fes Soldats ce tout neufs n’ont jamais vu que cette ce occafion 3 011 la nuit ne leur fera pas ce favorable pour fe rallier fans défordre li 8 Hifloire de la Conquête 35 durant l’obfcurité. Plufieurs encore font ^mal fatisfaits de leur Commandant % ** quelques-uns font affectionnez à notre 35 parti ; ôc il s’en trouve un affez bon ^ nombre qui ont en horreur cette guer- 35 re , comme étant entreprife contre nous 35 de gayetê de cœur & fans raifon : & >5 vous fçavez que les bras deviennent pe- 35 fans & engourdis lorqu’ils agiffent con- 35 tre le mouvement de la volonté. Nous 3 > devons traiter les uns & les autres com- 3 > me des ennemis 5 jufqu’à ce qu’ils fe dé- a* ■ datent , puifque c’eft la victoire qui 35 doit décider qui d’eux ou de nous doit 35 porter le nom de Traîtres. Il eft vrai 35 que la raifon eft pour nous; mais à la 35 guerre la raifon eft toujours contre les 35 négligens , & fe range ordinairement 35 du côté du vainqueur. Nos ennemis 35 viennent ufurper tout ce que vous avez 35 acquis 3 de ils n’afpirent à rien moins 35 qu’à fe rendre maîtres de votre liber- 35 té y de vos biens de de vos efperances, 35 Ils s’attribueront vos victoires > les 35 pays que vous avez conquis aux dépens 35 de votre fang 3 & toute la gloire de 35 vos exploits. Ce qu’il y a de plus cruel , 35 eft qu’en s’efforçant de mettre le pied 35 fur nos têtes 3 ils cherchent encore à 33 ruiner le fervice du Roy & les pro~ dtt Mexique* Livre IV. 119 grès de notre Religion cjui fe perdront ce avec nous j 8c quoique ce crime foie ce fur leur compte y on doutera quels fe- cç ront les coupables. Le feul moien de ce prévenir ces maux y eft de combattre ce :n ce moment avec la valeur que vous ce ivez toujours témoignée : c’efl ce que ce yous fçaurez mieux faire que je ne ce puis le dire. Aux armes y mes amis 3 c€ a vidoire s’eft toujours déclarée pour ce ^ous. Animez votre cœur par la vue ce au fervice que vous devez à Dieu 8c c< m Roy. Ayez l’honneur devant les ce feux y 5c fongez que vous combattez ce pour une jufte caufe. Je vous accom- ce gagnerai dans les plus grands dangers, ce k je cherche moins à vous animer par « aies difeours , qu’à vous perfuader par 5 ce aion exemple, ce Ce dilcours de Cortez infpira une :elle ardeur à fes Soldats y qu’ils le pref~ Ferent de marcher fans retardement. Ils idmiroient tous fa prudence 8c fa réfa- ction 3 8c quelques-uns lui protefterent ]ue s’il fongeoit encore à s’accommoder ivec Narvaez > ils neluy ob.éïroient pas^ Ces paroles de gens déterminez ne dé- alurent pas au General , parce qu’elles partoient du cœur s 8c non pas d’un *fprit de rébellion* li forma fans per- tio Hijîoiré de la Conquête dre de tems crois petits bataillons qui de- voient marcher à l’^ilaut les uns après les autres. Sandoval commandoit le premier compofé de foixante hommes , en comp- tant les Capitaines George 3c Gonzalc d’Alvarado y Alonfe d’Avila , Jean Ve- lafquez de Leon , Jean Nuhez de Mer- cado 3 3c notre Bernard Diaz del Caf- tiilo. Le Meftre de Camp Chriftophc d’Olid eut la conduite du fécond auffi de foixante hommes , affilié d’André de Tapia s Rodrigue Rangel , Jean Xara- mille 3c Bernardin Vafquez de Tapia. Le General commandoit le dernier ba- taillon , 3c avoit auprès de fa perfonne les Capitaines Diego d’Ordaz, Alonfe de Gra- do s Chriftophc 3c Martin de Gamboa , Diego Pizarre 3c Dominique d’Albuquer- que. L’ordre étoit que Sandoval avec fa troupe ferdit les premiers efforts pour ga- gner Pefcalier du Temple , 3c oteraux en- nemis l’ufage de leur artillerie , après quoi il devoit partager fes Soldats, afin d’empê- cher des deux cotez la communication des antres donjons. Cortez lui recommanda fur tout de faire obfer ver un grand filence à fes Soldats. Olid eut charge de courir le plus vite qu’il pourroit attaquer à vive force le donjon ou Narvaez étoit, 3c Coû- tez devoit le fuiyre^ afin d’animer les Sol- dats dti Mexique. Livre IV- ni rUts,& de porter du fecours où il feroic ne- ceffaire y faifant alors retentir les tambours &les autres bruits de guerre , afin que la furprife mît en défordre & en confufion le premier mouvement des ennemis. Alors le Pere Olrnedo fit une exhortai tjon Chrétienne fondée fur ce principe > qu’ils alloient combattre pour la caufe de Dieu , 8c qu’ainfi ils dévoient fe mettre en la difpofïtion de mériter fes grâces & fon aflîftance. On trouvoit fur ce chemin une Croix que ces mêmes Soldats a voient plan- tée en allant à Mexique lorfqu’ils y fu-: rent arrivez y 8c que tous les Soldats 8c Of- ficiers fe furent profternez à genoux , le Pere leur jdida un Ade deContrition qu’ils :epeterent fort dévotement , 8c après avoir ordonné de réciter la Confeffioo generale ; 1 leur donna la benedidion l’abfolu- ion^laiffant leurs cœurs animez d*un ef- ?rit plus faint 8c aufîi genereux que le pre-; nier y puifque le repos de la confcience ôte lux périls ce qu’ils ont d’affreux y 8c don- ic un plus noblç motif au mépris de la nort. Après cette pieufe précaution 9 Cortex angea fes trois bataillons 3 marquant aux î’iquiers & aux Arquebufiers les portes [u’ils dévoient tenir. Il répéta les ordres ,ux Commandans 9 8c recommandant Tmç IL L îïi Hifloiredela Conquête k filence à roue le monde 3 il donna pour le mot le Saint Efpnt , dont on cele- broie k Fête le jour même de cette ac- tion. Après quoi il fit marcher au mê- me ordre qu’on devoir combattre & au petit pas ? afin que les Soldats allaïTeqC au combat fans être fatiguez de la mar- che 9 & auflî pour laifier aux ennemis le tems de s’abandonner au fommeil 9 prétendant s’aider de leur négligence ôc de leur tranquillité pour les battre avec moins de rifque 9 fans faire aucun fcrupule d’em- ployer en cette occafion & contre fa ma- niéré d’agir ouverte & genereufe, cette ef-' pece de furprife que les Anciens ont appel- îée Malice des grands Capitaines 5 puifque ces ftratagêmes où la bonne fpy n ? eft point bleffée font permi&à la guerre ? où on difpu^ te encore de la préférence entre l’adrefTa dprefprit êc .la force du courage, iti Alèxique. Livre IV. 12$ CHAPITRE X. Cortex arrive d Zempoala , où il trouve de la rejiftdnce . Il emporte la viiïoire 9 8c prend Narvaez , rédmjant jon Ar~ mée à fervir fous fin Commandement . L ’Armée de Cortez avoir fait environ une demie lieuë, lorfque les Coureurs revinrent avec une fentinellede Narvaez qu’ils avoient enlevée, 8c rapportèrent que l’autre fentinelle moins avancée leur avok échapé entre les buiflbns dont ce Pays étoit couvert. Cet accident détruifit la penfée que l’on avoit de furprendre les en- nemis , 8c les Capitaines s’aflefnblerent pour conlulter fur ce fujet. Ils jugèrent tous , qu’en cas que ce foldat eut décou- vert la marche de l’Armée, il n’y avoit pas d’apparence qu’il retournât à la Ville par le droit chemin ; mais qu’il prendroit un détour , afin d’éviter le péril y fur quoi on conclut tout d’une voix de s’avancer en di- ligence ,afin d’arriver avant ce Soldat , ou au moins en même tems que lui ; fuppo-; fant qu’encore qu’on n’eût pas l’avantage de les trouver endormis , on les attaqueroit toujours mal éveillez 3 8c dans le premier Xi 4 FUJI Q ire de la Conquête trouble d’une pareille furprife, C’eft ainfi qu’ils raifonnoient fans s’arrêter* & faifanc doubler le pas , ils laiflerenc auprès d’un ruiiïeau écarté du chemin les chevaux , Je bagage ôc tout ce qui embarafToit la mar~ çhe. Cependant cette fentinelle , que la peur a voit rendue fort légers , arriva au quartier avant les troupes de Cortez , & donna l’alarme en criant que l’ennemi s’ap- prochoit. Les plus éveillez coururent aux armes , & menèrent le Soldat à Narvaez 3 qui après quelques queftions 3 méprifa l’a- vis, &c celui qui le donnoit, tenant pour impo'flîble que Cortez vînt avec fi peu de monde l’attaquer en fon logement , ni que ces gens puflent marcher durant une nuit fi ©bfeure , & un tems fi rude, Il étoie près de minuit lorfque Cortez entra dans Zempoala ; il eut le bonheur de n'être point rencontré par les Cavaliers que Narvaez avoit envoyez battre i’eftra- de , qui vrai-femblablement s’étoienü égarez durant Pobfcurité , ou peut-être mis à couvert a caule de la pluye. Ainfi Cortez put pénétrer dans la Ville juf- qu’à la vue du Temple fans rencontrer un corps de garde , ni même une fen-i tinelle qui l’arrêtât. La difpute de Nar- vaez duroit encore avec le Soldat , qui affuroic avoir reconnu non feulement les du Mexique. Livre ïV. ti] Coureurs 3 mais encore toute l’armée qui s’avançoit en diligence. Neanmoins , on fe forgCoit encore des prétextes de confiance * de on perdoit à raifonner fur les apparences de ce rapport, le tems qu’on auroit dû employer à en prévenir les fui- tes 5 quand même il auroit été faux : les Soldats inqwiets 3c éveillez fe croifoient au haut des degrez du T emple •, les uns peu ré* fol u s , les autres attendant les ordres du Commandant \ mais tous les armes à la main , 3c prefque en état de combattre. Cortez connut alors qu’il étoit décou- vert î 3c comme il fe trouvoit dans le fé- cond cas qu’on avoit prévu, il fe refolut de les attaquer avant qu’ils fe fuflent mis en ordre pour le foutenir. Il donna donc le li- gnai du combat, oC Sândoval avec fa trou* pe commença à monter les degrez. Quel- ques Canoniers qui étoient de garde enten* dirent le bruit, 3c mettant le feu à deux ou trois pièces , ils avertirent pour la fécondé fois , de courir aux armes , fans qu’on en pût douter. Le bruit des tambours fucceda à celui de l’artillerie , &c les Soldats de Narvaez qui étoient le plus près des de- grez accoururent pour les défendre* Le combat fe réduifit bien-tôt aux coups de piques & d’épées *, <$ c Sandovaleut beau- coup de peine à le foutenir contre une 116 Mijloire de la Conquête troupe plus groffe que la fienne , & dans un pofte défavantageux.Olid vint à propos ' le fecoürir. Cortez ayant laiffé fon corps ; de refer ve en bataille , fe jetta dans la me- ' lee , i epee à la main , & animant les liens ■ du bras & de la voix , il leur donna lieu ~ 3 d aller en avant : en forte que les ennemis ne pouvant réfifter à cet effort , quittèrent ! bien-tot le dernier degré , Sc un moment i apres ils fe retirèrent en défordre, aban- donnant le veftibule , & l’artillerie. Plu- ] feurs fuirent à leurs logemens 5 les autres i allèrent pour défendre l’entrée du pricipal jj Donjon , où on combattit durant quel- j que tems avec une valeur égale des deux cotez. r Narvaez parut alors , après avoir em- J ployé quelque tems à s’armer. Il fit tout ce | cjui étoit j?offible pour ranimer fes gens qui comb&fôicnt, Sc même pour les mettre en ordre > après quoi il courut au plus fort du | combat avec tant d’ardeur , qu’il en vint aux mains avec Pierre Sanchez, Sc Farfan qui accompagnoit Sandoval. Ce Soldat lui donna dans Je vifage un fi grand coup de pique , qu’il lui creva un œil , Sc le jet- ta par terre fans fentiment , après avoir dit feulement je fuù mort . Le bruit en courut auffi-tôt entre fes Soldats, qui s’en effrayè- rent, Sc leur défordre fit divers effets. Les du Mexique. Livre IV. izf uns abandonnèrent honteufemcnt leur Commandant , les autres tout éperdus cef- ferent de combattre 5 & ceux qui firent leurs efforts pour le fecourir 5 s’embaral- ferent les uns les autres , 6c augmentè- rent la confufien. Ainfi ils fc trouvèrent obligez à reculer*, 6e les vainqueurs pri- rent ce tems pour retirer Narvaez , qu ils defcendirent 3 ou pour mieux dire 3 qu iis traînèrent jufqu’au bas de 1 efcalier.^ Coû- tez manda à Sandoval qu’il s’affurat de la perfonne de ce Commandant) ce qui fut exécuté en le faifant paffer au milieu du dernier bataillon : 6e cet homme qui avant quelques momens regardoit cette entreprife avec tant de^ mépris 9 fè trouva revenant à foi non feulement avec la douleur de fa bleffure 5 mais encore au pouvoir des ennemis , 6e avec deux paires de fers,qui faifoient un terrible obfta- cle à fa liberté. Le combat ceffa parce qu’on ne trouvôit plus de refiftance , 6e que tous les Soldats de Narvaez s’étoient jettez dans les Don- jons, fi épouvantez qu’ils n’ofoient tirer 3 8c ne cherchoient qu’à défendre les entrées en lesembaraflant. Ceux de Cortez criè- rent hautement, viBoire 3 les uns pour Cor- te z 3 d’autres pour le Roy^ 6e les plus fages au nom du Saint Efprit. Ces cris d une L iiij fëi$ Htfloire de la Conquête joye anticipée ne laifferentpas d’augmenter la frayeur des ennemis y avec une autre circonftan ce produite par Je hazard ,, & qui leur perfuada que Cortez menoit une puif- fante armee , qui leur parut occuper une grande partie de la campagne. C’eft que des fenêtres de leurs Donjons ils décou- vroient à di verfes difiances, 8c en plufieurs endroits, des lumières , qui en perçant l’obfeurité y fembloient à leurs yeux être les meches ailumées de plufieurs troupes d’Arquebufiers. C’étoit des vers fembla- fcles a ceux que nous appelions luifans y mais heaucoup plus grands 8c plus brillans en cet hernifphere. Cette vifion fit une for- te imprefiion fur les (impies Soldats , 8c laifla au moins quelque doute dans !ef- * prit des plus hardis y tant la crainte ufurpe a empire fur refprit des perfonnes affligées &c tant les moindres fecours du hazard tournent à 1* avantage des heureux. Cortez commanda qu’on fît ceffer les ac- clamations de la vi&oire , dont la confian- ce prife mal à propos eft dangereufe parmi les armées 3 8c doit être interrompue, par- ce qu’elle jette les Soldats dans le relâche- ment, & dans le défordre. Il fit tourner toute l’artillerie contre les Donjons , 8c fit publier en manière de ban un pardon gene- ral à tous ceux qui fe rendroient , offrant du 'Mexique. Livre T V. 1 1 ? Un parti raifonnable , & communication d’intérêts à ceux qui s’enrôleroient fous fes Etendart$:liberté Sc bon paflage à ceux qui voudroient fe retirer à Cuba , 8c à tous vie & bagues fauves. Ce cri public fut fort bien imaginé j parce qu’il impor- toit extrêmement que cette déclaration de la volonté du General fût connue avant que le jour , dont la première pointe n’étoic pas loin , découvrît aux Sol- dats de Narvaezle petit nombre de leurs vainqueurs , 6e qu’elle leur infpirât la refolution de revenir des frayeurs qu’ils a voient conçues mal à-propos : puifque la crainte fe tourne quelquefois en témérité > par la honte qu’on a de s’être alarmé lans fondement. A peine eut-on publié le pardon à tous ïes trois endroits où les gens de Narvaez s’étoient retirez, que les Soldats & les Of- ficiers mêmes vinrent en troupes fe rendre au vainqueur. Ils donnoient leurs armes en arrivant, 3c Cortezfans manquer aux de- voirs de la civilité les reçut avec joye. Ce- pendant il fit défar mer ceux-mêmes qui étoient de fon intelligence , afin qu’on ne les recQnnut pas , ou qu’ils donnaient exemple aux autres. Leur nombre s’aug- menta fi fort en peu de tems , qu’il fal- lut les feparer , & s’en aflùrer par une ï 3° Hifîoire de là Conquête garde fuffifante jufqu’â ce que le jeu? fit connoitre les vifages Sc les mouve* mens des cfpnts. Durant cet intervalle , Sandoval prit le loin de faire panfer la blefïurc de Nar- Vaez j Sc Cortez qui fe trouvoit par tout avec un ardeur infatigable , Sc qui fon- geoit particulièrement à un prifonnier de cette importance y alla le voir , quoi- qu il ne voulût pas fe faire connoître crainte de redoubler fon âffîidfion. Nean- moins le refpeéf des Soldats découvrit le General ; Sc Narvaez fe tournant vers lui 3 dit d’un air qui témoignoit qu’il xje connoifloit- pas encore retendue de fa difgrace : Vous devez. , Seigneur Ca- pitaine , ejhmer beaucoup i avant ure qui me Tend votre prifonnier . A quoi Cor- îez lui répondit : A4on ami y il faut louer Dieu de tout \ mais je puis vous jurer fans vanité 3 que je compte cette viEloi- re , Cf votre pnfe y entre les moindres Ex- ploits qui fe fcient faits en ce Pays- ci . On vint alors avertir Cortez y qu’un des Donjons fe défendoit encore -avec opiniâtreté 3 Sc c’étoit celui où les Ca- pitaines Salvatierra Sc Diego Velafquez le jeune s’étoient retranchez y Sc où ils retenoient par leur autorité Sc par leurs* perfbafîons 3 les Soldats qui fe trouvoienç du Mexique. Livre IV. r 3 f enfermez avec eux. Correz remonta les degrez du Temple , ôc les fit fommer de fe rendre , autrement qu’ils feroienc traitez à toute rigueur } &c voyant qu’ils étoient réfolus à fe defendre , ou à en- trer en capitulation 3 il ordonna avec quelque colere qu’on battît ce Donjon de deux pièces d’artillerie. Neanmoins il avertit un peu après les Canoniers de ne battre que le haut du Donjon y à deff'ein d’épouvanter plutôt que de faire du mal. Cet ordre fut exécuté ; & il 11’en fallut pas davantage pour obliger plufieurs de ces Soldats à venir deman- der quartier y laiffant libre l’entrée que Jean Velafquez de Leon acheva de de- barafler avec une efcoiiade de fes Sol- dats , qui fe faifirent de Salvatierra , & du jeune Velafquez ? ennemis déclarez , & dont on pouvoir appréhender qu’ils n’eulîent l’ambition de remplir la place de Narvaez *, & par cette prife la vic- toire fe déclara entièrement en faveur de Coïtez j qui ne perdit que deux Sol- dats en ce combat. Il en eut quelques- uns de blefleZj dont on a dit qu’il en mourut encore deux autres. Quinze fu- rent tuez du côté de Narvaez y avec un Enfeigne 6 c un Capitaine -, le nombre des blelfez- étant encore plus grand. Le Hifiotre de la Conquête General en v°y a Narvaez & Salvatierra a Vera-Cruz avec une efcorte fuffifanre pour les garder , & le jeune Velafquez demeura prifonnier de Ion parent qui ayant un jufte fuj ec d’être offenfé contre lui fur lavanture de Zempoala , nelaif. la pas de le faire panier , & de le rega- er meme avec un foin particulier. La liaifon d un meme fang eut bien quelque part a cette generofité de Jean Velafquez } mais elle etoit principalement due à fon inclination noble & bienfaifante. Tout cela fut exécuté a vant le joifr; & cette ac- tion fut remarquable, en ce qu’elle n’eut pas un inftant qui ne marquât la jufïef- ttt Z ICS ? UC C ° rtez avoit Pnfes , Sc les bevues de Narvaez. Au pointdu jour on vit arriver les deux mille Chinanteques que Cortezavoitman- . dez ; & encore qu’ils fu/Tent venus après la vidoirepl les remercia fort de leur alîiftan- ce, q ui venoit à propos , afin que les gens de Narvaez viffent qu’il ne manquons d amis dans le befoin. Ces pauvres Soldats vaincus regard oient avec beaucopde hon- te Sc de confufion, l’état auquel ils fe trou- voient alors, & l e jour les furprit dans ces triües réflexions. Ils virent arriver le f e — cours , & reconnurent la foibleffe de ceux . qui les avoient vaincus ; ce qui leur faifoit du Mexique* Livre IV. 1 3 j maudire la confiance de Narvaez 3 & ac* eufer leur négligence ; & tout cela tour- noie à la gloire de Cortez 3 dont ils ce- lebroient la vigilance de la hardielïe avec une égale admiration. La valeur a cec avantage 3 particulièrement à la guerre y que ceux mêmes qui lui portent envie ne peuvent la haïr : les malheureux refi- fentent leur difgrace j mais les exploits du vainqueur ne perdent rien de leur [uftre auprès des vaincus. La vérité de :es maximes ne parut jamais mieux qu’en cette rencontre : chaque Soldat de Nar- vaez feneoit en foi- même un fecret pqn* chant à fui vre le General le plus habile 5c le plus brave , & à fe ranger fous ..es Ecendarts d'une armée où les Soldats fcavoient vaincre & obéir, Cortez a voie quelques amis entre les prifonniers 3 8c prefque tous ces Soldats étoient affec- donnez s les uns à fa valeur , d'autres \ fa libéralité. Ses amis furent donc les premiers à lever le mafque de la difli- mdation ; 8c commencèrent à fe dé-: :larer par des acclamations 3 qui émûrent inclination des bien-intentionnez 9 & en- everentk meilleure partie des autres Sol-* iats. On leur permit de fe prefenter devant .eur nouveau General. Ils le feroient jettez lies pieds, s'il ne les avoit retenus dans r *34 Hiftoire de la Conquête fes bras : fur quoi chacun s’empreflTadé donner fon nom 3 & ils fe débattoient de la préférence fur le rôle. Ce qu’il y eut de ïingulier y eft qu’entre tous ces Efpagnols il nés en trouva p as un feul qui voulût re- tourner a Cuba ; &; ce fut alors que Cortez eut lieu de s’applaudir d’avoir obtenu l’u- nique avantage qu’il fe propofoit en cette expédition , ou il fouhaitoit bien moins de les vaincre 3 que de les acquérir à foi; fur quoi il voulut reconnoître ladifpofition de leur efprits 3 qu’il trouva tournez en fa fa- veur ^ puifqu’iî ordonna fur le champ qu’on leur rendît les armes. Quelques Ca- pitaines de Cortez n’approuverent point fon emprefiement fur ce fujet ; néanmoins fon aélion ne manquoit pas de motifs qui en affuroient le fuccès. Les plus confide- râbles d entre ces Soldats de Narvaez étoienc amis & d’intelligence avec Cor- tez ; & les deux mille Chinanteques foute* noient puiflamàent fes intérêts. Les Sol- dats prifonnier s eurent une reconnoiflanv ce finguliere de la faveur qu’ils recevoient* ils applaudirent à la confiance de leur nou- veau General par de nouvelles acclama-’ tions ; ôc il fe fit ain Ci en peu de temps une armée qui pafloit déjà le nombre de mille Soldats Efpagnols ; outre la prife des en^ nemis dont il pouvoir craindre les deffexns^ ' du Mexique, Livre IV, ï 3 f me flotte d’onze navires ôc de feptbrigan- ins qu’il mettoit en fa difpofition, la ruine ;ntierc de la derniere reflburce de Diego Velafquez , & enfin des forces proportion* )ées à la grande entreprife qu’ü médiroir* routeelaétoit dû au grand courage 3 àla vi- gilance & à l’expcrience du Générale en- :ore à la valeur des Soldats, qui approuvè- rent courageufement une fi perilleufe en- ;reprife y & qui emportèrent à la pointe de ,’épée non feulement la vidoire,mais enco- re le but principal que Cortez fe propofoit: suifque fuivant le fentiment de ceux qui l’érigent en arbitres de la gloire & de la ré- futation y le fuccès eft y pour ainfi dire 3 le payement des deffeins 2 & qu’on attribue bu vent le titre de prudens aux cpnfeils les dus hasardeux. ï 3 6 Hijloire de la Conquête CHAPITRE XL Cortex foumet à [es ordres la Cavalerie de Narvaez. > qui était en campagne. Il reçoit l'avis que les Mexicains avoient pris les armes contre les Efpagnols qu'il avoit laijfezà Mexique . Il marche avec toutes Jes forces , & entre dans cette Ville [ans combattre « L A Cavalerie de Narvaez ne parut point durant cette nuit où elle auroit pu caufer un terrible embarras à Cortez^fi elle avoir tenu l'ordre qu’il falloir obier vçr en unePlace d’armes ayant l’ennemi fi proche. Mais on avoit oublié en ce lieu-là toutes les réglés de la guerre. Lorfqu’un Capitaine fe laifle tomber dans des fautes de négligen- ce 9 on n’eft plus furpris de lui voir faire des faux pas-, & toutes les abfurditez de fa conduite deviennent des confequences ne- ceflàires. Ceux qui avoient encore des che- vaux dans la Ville^s’en fervirentpour fe ti- rer hors du péril y Sc au matin on eut avis qu’ils s’étoient joints aux batteurs d’eftrade qui en étoient foi tis avant la nuit , & qu'ils formoient un corps d’environ quarante chevaux qui, tenoieat la campagne y en ré- foiudott du Mexique, livre IV. 1 37 folutîon de rendre un nouveau combat* Cette nouveauté ne fit pas beaucoup de pei- ne ; 5c Cortez 9 avant que de prendre une plus forte réfolution , envoya le Meftre de Camp Chrift^hled’Olid i &: Diego d’Or* daz , afin d’eüayer de les réduire par les voyesde la douceur: ce cju’ils obtinrent ai* fément 3 en leur infinuant quilsjeroient re- çus dans l y armée avec les mêmes avantages qu'on avait accordez, à leurs Compagnons 3 dont l’exemple fqffit pour obliger ces Ca- valiers à venir offrir leur fer.vice au Gene- ral , avec leurs chevaux & leurs armes* Auffi-tôt on fongea à panferles bleffez ÿ & à loger l’armée : ce que le Cacique & le Peuple de Zempoala firent d’office 9 5c a y ec beaucoup de joye en célébrant la vic- toire de leurs anciens amis , avec une efpe- ce de plaifïr mêlé de quelque interet 3 pu if* qu’ils fe tiroientdes fatigues & de l’efcla-» vage que ces nouveaux venus vouloient leurimpofer» Le General ne perdit point de tems à s’af- sûrer de la flotte \ ce quiétoit un point ef- fentiel en cette conjoncture. Il dépêcha le Capitaine François de Lugo , afin de faire mettre à terre 9 &c conduire à Vera-Cruz* les voiles 3 la mature & les gouvernails de tous les vaifleaux, Il fit venir à Zempoala touslesPilotes & lesMariniers de Narvacz* Tome JL M 13 S Hifioire de la Conquête 8c il en envoya des liens , autancqu’ilétoif , neceflaire pour garder les corps des yaif- feaux. Leur Commandant fut un Martre’ Pilote , appellé Pierre Cavalière 3 & l’em~ ploi a paru aflez important à Bernard Diaz, p pour honorer cet homme du titre d’Ami* fl râl delà Mer. Après ces foins , Cortez prit celui de renvoyer les Chinanteques en leur Provin- ce j 8c il témoigna leur être aufîî obligé du f fecours qu’ils lui avoient amené, que s’il en eut tiré un grand ferviçe. On donna quel~ [f ques jours aux Soldats , pour le rafraîchir y ( & durant ce fejour , les Peuples & tous les. Caciques des environs vinrent féliciter les Q bons Efpagnols , ou les Teules doux & be- ]t BÎnSj'c’eft ainli qu’ils appelloient lesSoldats ]( de Cortez : ils renouvcllerent lesprotefia- fions de leur obéi fiance, 8c les offres de leur Ê 3 amitié, qu’ils accompagnèrent de pîufieurs j prefens 8c de regales , que les Soldats de ij Narvaez regardaient avec admiration » b X /V f commençanta reconnoitre les avantages du parti qu’ils avoient pris , par les car elfes . Sc par l’affurance de ces Peuples , qu’ils !’ avoient vu auparavant farouches Se mal . contens. [ Durant la plus grande chaleur de la joye» que ces heureux fuccès faifoient naître dans le cœur de Cortez 9 le péril où il ' du Mexique. Livre IV. 13$ •voit îaiffé Âlvarado &c fes Compagnons e prefentoit vivement à fa mémoire \ puif- jue leur unique reifource ne confiftoit ju'en ee peu cTefperance qu’on pouvoic : onder fur la parole que Motezuma lui ivoir donnée 3 de n’attenter aucune nou- veauté en fon abfence. Coïtez fçavoit que ce lien eft fort décrié 3 &ux lieux où les volontez font abfoluës 5c fouverai- ms j parce que certains Docteurs d’E- tat prétendent avoir diverfes maniérés pour en relâcher les nœuds i (outenant qu’ils n’engagent point les Roas comme les autres hommes. Le General pouvoir alors trouver dans ces maximes de juftes fujers de crainte 9 fans approuver par fes foup- çons cette politique 3 infidèle & lâche ° 9 puifqu’en ôtant aux Souverains l’engage- ment de leur parole 3 elle les difpenfe en même tems des devoirs les plus effentiels de l’honneur & de la NoblefTe. Ainfi 3 ayant pris la refolution de retour-* ner à Mexique 3 & n’ofant pas mener avec foi tant de troupes , dans la crainte d’alar- mer la confiancedeMotezuma 3 & d’émou- voir les efprits inquiets de fes courtifans , le General voulu tleparer fon armée 3 & en employer quelque partie à d’autres conquê- tes. Il choifît donc Jean V elafquez deLeon pour aller avec deux cens hommes fou- Mil *4° Ht flaire de U Conquête mettre la Province de Panuco y & Ordaz avec pareil nombre de Soldats pour peu- pler celle de Guazacoaico^ fe refervanren- viron iix cens Eipagnols y nombre qui lui parut fuffîiant à faire fon entrée dans Mexi- que 5 avec quelque apparence de modéra- tion y 3c une fuite de vainqueur. Mais au même tems que Cortez prépa- : roit toutes chofes pour l’execution de ce : deffein y il fur vint un nouvel incident qui > l’obligea de prendre d’autres mefures. Il reçut une lettre de la part d’Aivarado ^ qui ' lui donnoit avi si.Queles Mexicains avaient > pris tes arme s \ £5 que malgré Motezjima qui demeurait ton jour s dans fin logement , ils ' av oient déjà livré plufieurs a fi au t s aux Efi 3 f signais , avec des forces fl redoutables par 1 leur nombre 5 que lui-même & tous fis Sol - 5 dut s étaient perdus fans refiource y s'ils né- 3 t aient bien- têt afiiflez. de quelques fie ours» ■Un Soldat Efpagnol apporta cette lettre 3 1 accompagné d'un Ambaftadeur de More- 1 zuma y dont la commiflion étoit de repre- ‘ fenter ; Qu'ilriavoit pas été au pouvoir de 1 / Empereur d'empêcher ce mouvement y de re- > montrer la danger eu fe atteinte que les mutins donnaient afin autorité', de t af mer qriil ri Or 3 bandonneroit point Alvarado & lesEfpagnols ; 1 (3 enfin de le pre fier de fe rendre a Mexique , - afin déporter du remède à fis maux* Suc ï du Mexique. Livre IV. T41 uoi , foit que Motczuma voulût parler u foulevement de Tes Sujets foit qu’il dé- lignât le péril où les Efpagnols fe trou- voient engagez , l'un 5c l'autre marquent fa confiance 5c fa fîneerité. On n’eut pas befoin de délibérer fur la réfolation qu’il falloir prendre en cette con- joncture ; puifque tous les Officiers 5c les Soldats s’empreflerent à témoigner 9 qu’on devoir regarder le voyage de Mexique , comme un engagement d’une neceffité in- difpenfable. Quelques-uns même alloicnC jufqu’à confïderer comme un heureux 5c favorable prefage y cet accident qui leur fer voit de prétexte pour éviter le partage des forces de l’armée 3 & pour les ramener toutes entières à la Cour de Motezu-ma , dont la réduction devoir être le fondement de toutes les autres conquêtes. Coïtez nom- ma pour Gouverneur de Vera-Cruz y en qualité de Lieutenant de Sandoval , Ro- drigue Rangel, dont l’intelligence & la va- leur laffuroient de la perfonne des prifon- niers 3 5c d’une bonne, correfpondance avec les Indiens alliez.!! fit une revue gene- rale de fon armée 5c laiffant dans la pla- ce 9 la garnifon qui lui parut necefiaire , 5c quelques Soldats pour la fureté des vaif- féaux > il trouva encore mille Fantaffins fous les armes, & cent Cavaliers, il leug Hifloire de U Conquête donna differentes routes^ afin de ne pas iû* commoder les peuples ,* & de pourvoir plus aifément à la fubfîflance des troupes ? marquant le rendez-vous general en un lieu connu proche de Tlafcala , où le Ge- neral jugeoit à propos d’entrer avec toutes ' fes forces unies. Quoiqu’il eût envoyé des Commiffaires à ddîem de faire provifîon de vivres, néanmoins leurs foins n’empê- : cherent pas que les foldats qui marchoient par des routes écartées ne fouffriffent beau- coup en quelques endroits par la faim * Sc même pjir une foif infupportable. Cepen- dant les gens de Narvaez (apportèrent ces ' incommodités fans fé décourager y ni fe ] plaindre y quoique ces mêmes Soldats enf- lent paru depuis peu fi fenfibies à de moin- [ dres fouffrances ; ce qu’on peut attribuer à l’exemple des vieux Soldats de Cortez , , ou aux grandes efperances dont leur cœur étoit rempli : fans ce qui étoit dû à la dif- ‘ ference du General , dont la réputation &C Feftime ont des influences fecretes ^ mais très pui (Ta ntes fur l’efprk des Soldats^pour leur infpirer la valeur & la patience. Ayant que de partir , Cortez répondit: par écrità Âlvarado y 5c à Motezuma par ' îon A mba (Fadeur. Il les informoit ï un & F autre de fa viEiolre 3 de [on retour 3 & de ' (augmentation de fon Armée 3 afin <£encon~ du Mexique . Livre IV. 143 fdger Alvarado par l'e/perance d'un grand fccours,& de n alarmer pas l'Empereur , en le voyant revenir avec de s fore es Jî conjîdera - blés 9 puifque lefoulevementde [es Sujets /V- bligeou à ne les pas feparer. Le General ré- glant !e tems fur la necefiîté faifoit marcher l armée le plus vite qu’il étoit poffible^ re- tranchant quelques heures au repos que fon activité lui failoit trouver dans le travail même. Il fit quelque féjour au lieu du ren- dez-vous, afin d’attendre les troupes qui marchoient par des routes écartées } 5c en-, fin il arriva ledix-fept de Juin à Tlafcala ÿ avec toute fon armée en bon ordre. L’en- trée furpompeufe^Sc cetebrée par de gran- des rcjoüi fiances. Magifcatzin reçut le Ge- neral en fon logis 3 & tous les Éfpagnols furent traitez 5c regalez par leurs hôtes avec beaucoup d’affeétion 3 & même de refpeéh LesTlafcaiteques avoient peine à couvrir la haine qu’ils portoient aux Mexi- cains fous le pretexte de l’amour qu’ils ivoientpour les Efpagnols. Ils exageroient la confpiration 5c le péril où Alvarado fe trouvo ii 3 par des circon fiances où il pa- roiffbit plus d’affe&ation que de certitude-,. Ilspefoient l’infolence 5c la perfidie du Peuple du Mexique : animant les efprits les Efpagnols à la vengeance ^ & mêlant tvec peu dadrefie leurs ^visavec leur paf^ *44 Hijloire de la Conquête fion* Àinfi les crimes enchéris par un zélé fufpeét peuvent être des veritez dans la bouche d’un ennemi j mais il faut prendre garde que les informations qu’il en donne font de véritables accufations* Le Sénat refolut de faire un grand ef- fort y &c d’afTembler toutes les milices ÿ afin d’affifter Cortez en cette occafion par une raifon d’Etat qui n’étoitpas difficile à pénétrer. Us vouloient attacher leur inte- ret à la caufe de leur ami, 6e fe fervir de fes forces pour détruire une bonne fois cet- te Nation dominante y pour laquelle ils avoient tant d’horreur. Le General com- prit aifément leur intention ; & après leur avoir marqué fa reconnoi fiance & fa joye y il rabatit la fierté qui les pouffoit à faire ce grand appareil s en oppofant aux inftances du Sénat quelques raifons apparentes , qui en effet n’etoient que des prétextes contre d’autres prétextés. Nean- moins il reçut d’eux deux mille hom- mes choifis 3 avec leurs Capitaines ou Gomma n dans qui fuivirent fon armée 3 & qui rendirent de grands fervices dans les occafîons. Il mena cette troupe pour rendre fon entreprife plus fûre 3 & auflî afin de fe conierver la confiance des Tlafcalteques qui avoient déjà acquis allez de réputation contre les Mexicains ; * du Mexique. Livre IV. 1,45 & il n’en voulut pas un plus grand nombre , crainte d’éfaroucher Motezu- ma , & de poufer les révoltez dans le dernier defefpoir. Son intention étoit de faire une entrée pacifique dans la Vide capitale , & de voir s’il pourroit rame- ner le Peuple par les voyes de la dou- ceur , fans confulter alors fa colere fur le châtiment des coupables ; voulant ef- layer d’abord de rétablir la tranquillité, puifqu’il eft bien difficile d’appaifer une l'édition , en alarmant les efprits de ceux qui lui donnent le mouvement. Le General arriva à Mexique le jour de faint Jean, fans avoir trouvé en chemin d’autres embarras que la diverfite & la contradiction des avis qu’il xecevoit. L’armée pafi'a le lac fans oppofition , quoiqu’on eût devant les yeux certains indices qui pouvoient reveiller les foup- çons.. Les deux brigantins fabriquez par les Efpagnols , étoient brifez , & demi- brûlez : on voyoit une grande folitude fur les remparts , U fur le haut de la porte i les ponts qui lervoîent alors a la communication étoient rompus fur les Canaux ; & un trille &c morne filen- ce regnoit partout ce quartier. Tous ces lignes obligeoient le General à régler les démarches de fon armee,en forte^que 1 In- Tme //* ^ 1 4 6 Hifioire de la Conquête fanterie occupait fucceffi vemenc les portes que l’on avoit reconnus. Ces précautions durèrent jufqu’à- ce que les Efpagnols qui croient auprès de Motezuma^ ayant décou- vert le fecours qui leur arrivoit, pouffèrent de grands cris , qui rartiirerent la marche des troupes de Cortez. Alvarado fuivi de tous les Soldats 3 vint les recevoir à la porte defon logement 3 où ils celebrerent avec une égale joye le bonheur dont ils fe reffen- toient tous. Ils Te fellcitoient fur leurs vic- toires 3 au lieu de fe faluer. Ils partaient tousenfemble 3 8c s’interrompoient d'une maniéré où leurs fentimens s’expliquoient avec d’autant plus de vivacité , que les cm- braflèmens 8c certains difeours confus, font 3 pour ainfi dire , l’éloquence de la joye 3 où le feul ton de la voix en dit plus que l’arrangement des paroles. Motezuma , accompagné de quelques- uns de fes Officie^ vint jufqu’à la pre- mière cour 3 où il reçut le General 3 avec une fatisfadion qui parut outrée , 8c em- porta la Majefté. Il ert confiant , 8c per- fonnenele nie , que ce Prince fouhaitoit l’arrivée de Cortez *, parce qu’il avoit be- foin des forces 8c du confeii de ce General, afin de faire rentrer fes Peuples dans la fou- rmilion , 8c auffi parce qu’il fe voyoit privé de cette efperance de liberté que Cortez du Mexique . Livre IV. 147-, lui permecroic , en le lai fiant aller où il lui plaifoit : Et comme Motezuma n’étoit plus retenu en fa prifon que par la force de fa parole, il ne voulut jamais ufer de cette li- berté durant Labfence de ce General j les troubles où fon Etat étoit alors, Renga- geant encore plus étroitement à n’abandotir ner pas les Efpagnols. Bernard Diaz a écrit que Cortez répon- dit incivilement à ce s avances d’honnêteté que Motezuma lui faifoit : qu’il lui fit mauvais vifage ; Sc qu’il fe retira en fon appartement , fans aller voir l’Empereur , ni fouffrir qu’il le vît : qu’il lâcha même quelques paroles injtirieufes en prefence des Officiers de ce Prince ; & enfin cet Auteur ajoute de fon propre mouvement, que Cor- tez parloit alors fort fierement , parce qu’il fe trouvoit foutenu d’un fi grand nombre d’Efpagnols. C’eft ainfi que Diaz s’expri- me j & Herrera a décrié encore davantage le procédé de Cortez en fon Hiftoire, puif- qu’il employé l’aveu même de ce General à prouver fon infidélité. Plufieurs , dit-il, ont rapporte qu'ils avoient entendu dire a Cortex que fi en arrivant il alloit voir Motezuma , ce Prince s' en trouverait bien : mais qu'il le négligea , témoignant beaucoup de mépris pour faperfonne *, parce qu'il je voyoit en main de grandes forces* Sur quoi cet Auteur produit 148 Riftoire de U Conquête un paffage de Tacite , donc le fens eft, Que les heureux fucces rendent m foie ns les grands Capitaines. Neanmoins Gomara en parle autrement; 8c Correzmême nen dit rien en la fécondé Relation de fon expédition y qu il eut ete de fon interet de faire connoî- tre les motifs qui Ta voient obligé à tenir un procédé fi irrégulier y foit pour l’excu- fer^foit pour en faire approuver les railons. ta fincerité des Auteurs eft la réglé delà créance qu’on doit avoir pour eux j mais la conduite de Cortez nous permet de douter d’une malhonnêteté fi peu vrai-fcmblable; d’autant plus que Herrera 8c Diaz même âflurent, que Motezuma réfifta à l’infolen- ce de fes Sujets y 8c qu’il les retint toujours autant qu’il put : qu’ils attaquèrent mal- gré lui le quartier des Efpagnols , 8c que fans le refped qu’ils avoient pour ce Prin- ce , ils auroient maffacré Alvarado & fes Compagnons. Aucun Auteur n’a nié que le General ne fut bien informé de ces veritezj & la parole que l’Empereur lui tint fi reli- f ieufement 9 ne lui laifloit pas lieu d’en outer \ puifquela raifon ne permet pas de croire que ce Prince retînt les armes qu'il av oit mites en mouvement , ni qu’il de- meurât avec ceux qu’il vouloit détruire, Ainfiil femble que c’étoir une adion indi- gne de la prudence de Cortez., de méprifec du Mexique. Livre IV. I49 un homme dont il pouvoitavoirbefoinen plufieurs rencontres 5 & l’incivilité qu’on attribue à ce General comme un effet de ce bonheur, ne convient pas à fon genie. On peut donc croire,ou au moins foupçonner, que Herrera avoit donné , fur un foible fondement,dans cette opinion ,en tombant fur le Manufcrit de Bernard Diaz , inter- prété trop palïionné des allions de Cortezj & il fe peut faire qu’il a adopté ce feri ri- ment , afin de faire une vaine parade d’é- rudition furla maxime de Tacite : dan- gereufe ambition des Hiftoriens , qui ef- tropient la vérité, pour l’appliquer filon leur fens aux remarques qm leur plaifent : ignorant que c’eft un fecret de l’art très- difficile d’accorder la venté avec l’éru- dition. 1 5 © Hiftoire de la Conquête CHAPITRE XII. Les motifs qui avaient obligé les Mexi- cains à prendre les armes. Ordax fort avec quelques Compagnies , pour recon • mître l'état de la hile. Il donne dans une embufcade j & Cortex, fe détermine À la guerre. D Eux ou trois jours avant que l’armée Efpàgnok fût arrivée à Mexique-, les rebelles s’étoient retirez de l’autre cô ré de îa Ville ^ en ceffant les fioftilitez de propos délibéré , ainfiqu on put le juger aisément par ce quîfuivir. L’excès de leur nombre leur avoit donné une grande confiance j 8c leur orgueil s et oit élevé 3 par la mort de trois ou quatre Elpagnols tuez dans les combats précedens:avanture extraordinai- re ^ où ils avoient acquis une nouvelle in- fol en ce 3 aux dépens de la vie de plufîeurs révoltez. Iis avoient appris que Cortez s’a- vançoit 3 8c ils ne pouvoient ignorer que fes forces ne fufient confiderablement aug- mentées : neanmoins elles leur parurent fi peu redoutables^qu’ilsuferentde ce ftrata- gêirte, en fe retirant de delfein prémédité, afin delaifier i’eatrée libre aux Efpagnols * du Mexique. Livre I V. 1 5 1 & de les exterminer tous enfemble , loij- qu’ils les tiendrcient renfermez dans la Ville. On ne pénétra point d’abord ce nel- fein quoique leur retraite parut lufpecfe , & qu’on fe trompe rarement , loriqu on juge des adions de fon ennemi par les re-, gles de la malice. Toute l’armée fe logea dans 1 enceinte du auartier même où les Efpagnols & les f lafcalteques trouvèrent du couvert. On pola les corps- de-gardes 8e .es len- tinelîes , fuivanc toutes les précautions requifes , en un tenls où la guerre avoir celle fans qu’il en parût de fujet -, apres quoi le General fe retira à part avec Âlvarado , afin de s’inftruire ce 1 origi- ne de ce fouîevement , & connome la fource du mal , avant q^e d > “ } porter du remede. On rencontre lut ce ïuiet les mêmes contradictions qui ont ’fi fouvent arrêté le cours de notre pm- jne. Quelques Auteurs difent que lacon- fpiration du Peuple de Mexique le for- ma par les intelligences que ISarvaez avoir en cette Ville. D’autres foutien- nent que Motezuma en fut l’auteur , par le défit qu’il avoir de recouvrer la liber- té : fur quoi il n’eft pas necelTaire de nous arrêter , puifqu’on a vû le peu de fondement de ces feçretes négociations , 1 5* Mi fi o ire de la Conquête quon atmbuoit à Narvaez ; & „i» Motezuma n’avoit point de part à" la ureur de fon Peuple. D’autres en ont cnerche la foutce dans la fidelité des Mexicains , qui prirent les armes afin «Je tirer leur Prince de l’opprelfion où il croît 3c ce fèntiment s’accorde plus a ' VCC Ja ra [ fo » i qu’avec la vérité. Enfin en a attribue cette rupture aux Sacrifi- cateurs des Idoles, allez probablement puiiqu ils fe trouvèrent mêlez fort avant dans la (eamon ; publiant à haute voix ks mcnaces de leurs Dieux «Se infpjw rant aux autres cette même fureur oui les di/polo t à recevoir ks réponfes de ces defeftables Oracles. Us répetoient ce que le Démon leur annonçoit ; & quoiqu ils ne fulTent pas les premiers. Auteurs du foulevement , ils lui don» nerent en effet beaucoup de chaleur ftdS” CS efpritS j & entretenant h Les Ecrivains Etrangers s’éloignent en- core davantage du vrai-femblable en mettant l’origine & les motifs de" ce mouvement entre les cruautez atroces uont ils tachent de noircir la conduite des Espagnols en la Conquête des In- des Ce qu’il y a de plus fâcheux eft quils appuyent la malignité de leu/ ré- âu Meviqne, Livre IV. ij:j cit , par l’autorité du Pere Barthélémy de las Cafas 5 ou Cafaus qui' fur Evê- que de Chiappa , dont ils copient ou traduifent les paroles , en nous chargeant par le témoignage d’un Auteur de notre Nation , & d’une qualité diftinguée. il a écrit , comme on le voit encore dans les ouvrages , que les Mexicains vou- lant divertir & regaler leur Empereur , préparèrent une danfe ou bal public 9 de ceux qu’ils appellent Mitoles *, que Alvarado voyant la qualité des joyaux dont ils éroient parez y vint avec tous fes Soldats attaquer ces miferablesq, qu’il maffacra pour les dépoiiiller *, Sc qu’en cette fmieâe occafion y plus de deux mille Nobles Mexicains pafferent au fil de l’épée : ce qui, félon cette Re* lation > réduit la confpi ration aux ter- mes d’une jufie vengeance. Comme cet- te adion eft trop outrée pour tomber dans le fens d’un Capitaine , elle ne pa- role pas feulement extravagante , mais encore impoffible : fur quoi il elî bon. de Içavoir que ce Prélat follicitoit alors le foulagement des Indiens , 5c que pour enchérir ce qu’on leur faifoit fouf- frir , il s’eft moins attaché à la vérité qu’à l’exageration. La plus grande partie de nos Auteurs l’ont, convaincu d’un ï f 4 Hiftoire de U Conquête defaut de lumière; Sc de bonnes infor- mations fur ces énormes cruautez dont il a accufe les Efpagnols y 5c l’on eft trop heureux de le trouver fi bien réfuté 3 qu’on n’ait rien à démêler avec le ref- ped qui eft dû à fa dignité. La vérité confiante eft donc , que peu de teins après le départ de Cortez 5 Alvarado reconnut que les Nobles Me- xicains relâchoient beaucoup de l’atten- tion 5c delà complâifance qu’ils a voient pour les Efpagnols j 5c que cette nou- veauté l’obligea de les obferver 9 Se de veiller fur leurs démarches. Il détacha quelques - uns de les oanfidens pour éclai- rer ce qui fe pafloit dans la Ville ; Sc il apprit que le Peuple devenoic inquiet &c mifterieux : qu’on faifoit des affem- blées en des maifons particulières 9 avec certaines précautions mal concertées \ 9 qui cachoient le projet 9 Sc découvroient l’intention. Il anima fes confidens 3 Sc re- çut enfin par leur moyen , des lumières très-fûres d’une confpiration formée con* tre les Efpagnols, ayant gagné quelques* uns des Conjurez mêmes 9 qui en ap- portèrent les avis , en déteftant la trahi- son , fans oublier leurs intérêts. On ap- proçhoit du jour deftinë à une grande Fête des Idoles > qu’ils celebroient par du Mexique. Livre IV. 155 ces danfes publiques , qui confondoient les Nobles indifféremment avec le Peu- ple 3 & qui mettoient toute la Ville en rumeur. Les Conjurez avoient choifî ce jour-là pour l’execution de leur def- fein 3 fuppofant qu’il leur feroit fort aife de s’aflembler ainfî à découvert y fans que cetre nouveauté pût donner aucun foupçon. Leur deffein étoit de commen- cer le bal > afin (Je foûlever le Peuple * en publiant qu’il s’agifioit de la liberté de leur Prince 3 & de la défenfe de leurs Dieux *, remettant a ce moment la déclaration de Pentreprife 3 pour ne ba- zarder point un fecret de cette impor- tance , en îe confiant mal à propos à la diferetion de tout un Peuple : & véritablement cela n’étoit pas mal ima- giné , la malice étant ordinairement iou tenue de quelque forte d’efprit. Quelques-uns des principaux auteurs de la conjuration vinrent rendre vifite à Alvarado 3 au matin du jour qui pré- cedoit cette Fête folemnelle , & ils lui demandèrent permiflion de la celebrer a tâchant de lui fermer les yeux par cette foumiflïon affeélée. Alvarado y dont les foupçons n’étoientpas encore pleinement éclaircis , leur accorda la permiflion , à la charge qu’ils ne porteroient point 1 5 ^ Hifloire de la Conquête d armes , de qu’ils ne repandroient point de fang humain dans leurs facrifices : ce- pendant il apprit cette même nuit , qu’ils alloient en fècrer cacher leurs armes 5 en un endroit fort proche du Temple* Alors voyant tous fes doutes levez 5 il prit une refolution téméraire y à la véri- té ; mais qu’on auroit pu confiderer com* me un bon remede 3 à un mal fi violent * s il avoit été appliqué avec une jufte modération. Alvarado prit donc feu meftires pour attaquer les Conjurez au commencement du bal , fans leur don-, ner le loifir de prendre Jeurs armes 5 ni de foulever le Peuple : ce qu’il fit en for- tant avec cinquante Efpagnols , fous pretexte de venir prendre leur part du regale 3 par pure curiolité» Us trou- vèrent ces Nobles à demi-y vres 3 tant par la fumée de liqueurs > que par l’ex- ces de la joye qu’ils fentoient d'avoir conduit heureufement leur trahifon juf- qu a ce point là. Les Efpagnols les char-* gèrent 5 de les défirent fans aucune refife ance* en bleflant de tuant ceux qui n eurent ni l’efprit > ni le temps de fuïr ou de fe jetter par les fenêtres du Tem- ple. L intention du Capitaine Efpagnoi croit de les châtier de de le.sféparetj ce qn il obtint fans difficulté 3 mais non pas àu Mexique . livre IV. 157 fans quelque défor dre 3 parce que fes Sol- dats fe jetterent fur les bleiïèz 3 c fur les morts pour arracher les joyaux qu’ils por- taient. Il étoit difficile alors de retenir cette licence , 3c il l’eft prefque toujours quand le Soldat a le fer à la main , 3c l’or devant les yeux. Tout cela fut exécuté avec plus d’ar- deur que de prudence:Les Efpagnols fe re- tirèrent avec toute la fierté des vainqueurs* fans que leur Capitaine prît le foin d’in, former le peuple des motifs de cette ac- tion. Il devoit publier la trahifon que ces Nobles avoient dreffée contre lui .'mon- trer les armes qu’ils avoient cachées 5 ou faire quelque chofe de fa part 3 afin de tourner en fa faveur les efprits de la mul-' tin* de 3 qui a toujours a fiez de difpofî- tion à fe chagriner contre la Nobleffe* Mais Alvarado y fatisfait de la juftice de l’adion 3c du bonheur de f execution 3 ne connut pas combien il lui importoit d’y ajouter les ornemens de la raifon * 3c le peuple qui ignoroit la confpiration * èc qui voyoit le carnage qu’on avoir fait de fes Nobles 3 3c les joyaux qu’on leur s voit arrachez y attribua ce procédé à une avarice enragée y 3c en conçut tant de fureur qu’il prit les armes en un mo- ment > 3c forma un corps effroyable de *5 S Hifioire de la Conquête fccîitieux 3 qui fe trouvèrent fouie vez fa ns que les premiers conjurez y eulTent con- tribué aucun de leurs foins. Le General reprefenta fortement à Al- varado fa témérité 3 Sc fur tout l'impru- dence d’avoir hazàrdé la plus grande par- tie de fes forces en un jour , où toute la Ville étoit en mouvement 3 laiffant le quartier qui devoit faire le premier de fes foins , expofé à tous les accidens qui pouvoient arriver. Il lui témoigna Ion déplaifir de ce qu'il avoit caché à l’Em- pereur les premiers fujets de fes inquié- tudes; parce qu'Alvarado n'eut aucune confiance en Motezuma 3 jufqu'à ce qu'il le vit combattre à fon côté dans les occa- fions qui fuivirent ; au lieu qu'il dévoie communiquer fes foupçons à ce Prince > quand ce n'auroit pas été à delfein de fe prévaloir de fon autorité ; mais afin de fonder fon cœur 3 ôc de connoître s’il étoit fûr de le iaifier avec une fi foible, garde ; ce qui étoit prefque la même chofe que tourner le dos à l’ennemi , dont on a plus de lieu de fe défier. Enfin y il blâma le peu de confideration qu’il avoit eu 5 de ne pas juffifier fur l'heure une conduite fi violente à l'exterieur auprès du peuple de Mexique , 5c même des cou- pables qu'il auroit mis dans leur tort. Cea du Mexique. Livre IV. \ 59 eproches du General font bien voir que et te aélion , en fes motifs , & en fes cir- on fiances , n’avoit pas la malignité qu’on h avoit imputée ; puifqüe Cortez n’en :roit pas demeuré aux iïmples paroles our châtier un crime auffi atroce , &c n’auroit pas manqué de prendre occa- on d’en punir l’auteur , au moins par t prifon y afin de faciliter un accommo- ement par cette efpece de fatisfa&ion. lufii trouvons-nous qu’Alvarado mê- le en fit la propofition au General omme d’un moyen propre à ramener ;s efprits de ce peuple -, mais que Cor- :z le rejetta , jugeant qu’il étoit bien plus oble de prendre la voye de publier les iftes raifons qu’on avoit eu de punir ;s premiers conjurez , pour défabufer : peuple, & afFoiblir la faftion des No- ies. Les révoltez ne parurent point ce foir, t il n’arriva aucun accident capable de ■oubler le repos de la nuit. Le jour vint t le General voyant que le filence des nnemis duroit encore , & qu’il paroif- )it infidèle 3 à caufe qu’on ne remar- uoit pas un feul homme dans les rues , i dans tout ce qui étoit à la portée de 1 vue y il fit fortir Diego d’Ordaz pour tconnoître la Ville , & penetrer le fond itfo Hifloire de U Conquête de ce miftere. Ce Capitaine fuivi de qua- tre cens Soldats Efpagnols ou Tlafcalte- que 3 marcha en bon ordre par la gran- de rue ^ & découvrit bientôt une trou- pe d’indiens en armes , que les ennemis avoient jette devant eux 9 à defléin de l’amorcer. Il s’avança 9 voulant faire quelques prifonniers 3 afin de prendre langue 9 lorfqu il fe vit en tête une ef- froyable multitude de gens bien armez \ & un moment après une autre armée qui ne cedoit point en nombre à la pre- mière ^ vint lui donner à dos. Ce gros s’étoit tenu caché dans les rues qui tra- verfoient la principale avenue ; 6c Tune 6c l’autre troupe chargea les Efpagnols avec une égale férocité 9 au même tems qu’une troisième armée de menu Peuple parut aux fenêtres 6c fur les terralïes s en fi grande confufion 3 qu’elle fem- bloit ôter à nos Soldats jufqu’à la ref- piration , en rempli.fiant Pair de pierres & de traits. Ordaz eut befoin de toute fa valeur 6c de fon expérience pour fe tirer de ce péril promptement 6c fans defordre. Il forma fon bataillon fuivant le terrein , failant te premier &c le dernier rang des Soldats armez de piques 6c d’épées , pour faire tête devant 6c derrière > durant que Ie| du Mexique. Livre IV. 1 6 1 les Arquebufiers tiroienc aux fenêtres <$£ aux terraffes. Il lui fut impoffible d’a- vertir le General du danger ou il fe trou- voit : & Cortez n’ayant point d’avis, ne crut pas que ce Capitaine eût befoin de fecours ; fuppofant qu’il avoir afiez de forces pour exécuter l’ordre qu’on lui avoir donné. Néanmoins la chaleur du com- bat ne dura pas long-rems parce que les Indiens chargèrent confufément ; en- forte que le trop grand nombre leur ôtoi t Fufage de leurs armes; ou qu’ils perdi- rent tant de monde à la première atta- que , que les autres fe retirèrent à une dif- tance où ils no pouvoient offenfer les nôtres , ni en être offenfcz. Les Arque- bufiers eurent bien-tôt nettoyé les terraf- fes : & Ordaz qui venoit feulement pour reconnoître y & qui ne jugeoit pas à propos de s’engager plus avant , voyant que les ennemis i’entouroient de loin , fans combattre autrement que ' par des cris & des menaces , fe s refolut de s’ou- vrir à coups d’épée , le chemin de fa retrai- te : fur quoi il donna fes ordres, gardant la même forme de bataille; &c fit charger vi- goureufement ceux qui oceupoient la rue qui conduifoit au quartier des Efpagnoîs au même tems qu’on repouiToit les autres quLs’avançpientùl’avant-garde, & qu’on Tome 11* Q léz Hijîoire de la Conquête tiroitàceux qui fc découvroient au haut des maifons. Ainfi ce Capitaine fit fa re- traiteavec beaucoup de peine *, 8c elle lui coûta du fang » lui-même ayant été bleffé avec la plus grande partie de fes Compa- gnons. Il en mourut huit fur la place -, & peut-être étoient-ils de la troupe des Tlaf- calteques^ puifqu’on n’a parié que d’un Es- pagnol qui fe fignala fort en cette rencontre* -& qui mourut en faifant fon devoir avec beaucoup de gloire. Diaz rapporte les ex ^ ploies de ce brave homme > 8c dit qu’il fe nommoit Lezcano. Les autres Auteurs n’en ont rien dit * 8c l’on ne fçait point fon Yrai nom * qui meritoit d’être connu de la pofterité^qui doit neanmoins honorer fous cefurnom la mémoire de ce vaillant Sol- dat. Cortez connut par ce füccès 5 qu’il n’ê* toitpas teins d’avancer des propositions * qui en diminuant la réputation de fes for- ces 3 augmen tenaient l’infolence des ré vol* tez. Il réfolut de leur laiffer Souhaiter d’eux-mêmes la paix avant que de la pro- pofër -y 8c youlant leurinfpirer le defir du repos par la rigueur du châtiment * il fe préparoit à entrer dans la Ville * avec la plus grande partie de fon armée. Le Gene- ral n’avoit alors perfonne dont il pût fe fer- vir pour infinuer un accommodement ; Motezuma fe déficit de fon autorité > 8c du Mexique. Livre IV. 16$ craignoit une défobéïftance de la partde fes Sujets ; &c entre ces rebelles , il n’y avoir ni commandement, ni obéïffance. Touscom- mandoient, & perfonne ne vouloir obéir s c’étoit un amas eonfus/ans gouvernement Se fans diftin&ion , compofè de Nob.lefle SC de Peuple. Cortez fouhaitoit ardem- ment de prendre les voyes de la douceur , & il ne défefperoic pas d'y parvenir -mais il croyoit devoir la faire attendre, avant que d'employer la perfuafion: en quoi il fe gou- vernoit comme un Capitaine fage & adroit, parce qu’il n’eft ni fur, ni avanta- geux d’oppofer la raifon defarmée , à i’im- petuoficé d’un Peuple feditieux-,puifqu’elle ne fait , pour ainfî dire , que bégayer , lorf- qu’elle n’eft point foutenuë , parles armes, ÔC que le Peuple eft un monftre inexorable* à qui les oreilles manquent ^ quoiqu’il ait une infinité de têtes. lé 4 Hijîoire de la Conquête CHAPITRE XI EL Les Mexicains attaquent te quartier des Efpagnois , 83 font repoujfez .. Cortex. . fait deux for ties contre eux j Q? quoiquiltsr eut battus en ces deux rencontres 3 il voit peu d ejperance de les réduire v L Es Mexicains potirfui virent vivement Ordaz & fa troupe : ils traitoient fa re- traite de fuite ; & ils pouffèrent leur vic- toire prétendue avec une fureur aveugle ; y qui durajufqu’a ce que l’artillerie du quar- tier i’arrèta, malgré eux. Le carnage qu’elle fit dans leurs troupes, les obligea à reculer autant qu il etoitnéceffaire pour s’éloigner du péril : neanmoins ils firent aire à lawwè des E ipagnoîs; 8c on connut par leur, fikn- ce , & parla diligence dontils uferent à fè: rafîembîer & a fe mettre en ordre , qu’ils vouloien t paiTer à quelque nouvelle entre- grife.. Leur deiTein etoit de donner un aiTaut ge^ neralau quamer, & en peu de teins toutes les rués des environs parurent couvertes de gens en. armes. Leurs, timbales 8c leurscors donnèrent un moment après le lignai du tous ces mu tins s’avanoexen t en- du Mexique . Livre IV. rÿj mêtneteras ^ avec un égale précipitation. Ils avoient mis à l’avant- garde plufieurs troupesd’Arehers^qui en tirant aux cre- neaux^e voient faciliter les. approches. Les décharges qu’ils faifoienc étoientff épaif- £es , 8c G fou vent répétées x durant que les Soldatsdeftinez à l’aflauc paffoient entre leurs rangs ^ que nos gens qui défendoienc les murailles > en furent embarraffez>ayant ii n e e x t r êm e pei ne à fo n ge r en ni ê me te ms à fe défendre 3 8c à. repouffer les ennemis. Le quartier fut prefque inonde de la quanr tké de -fléchés v 8c cette façon de parler ne doit point paraître trop hardie , puifqu’ii fut néceffaire d’employer plufieurs perfon- nes à ramaffer ces flèches x qui nuifoienc une fécondé fois aux Efpagnols. x en bou- chanc les paflages qui conduifoient aux remparts. L’artillerie 8c les Arquebufiers faifoientun terrible carnage parmi ces ré- voltez : mais iis étoient fi déterminez a mourir y ou à vaincre 5 qu’ils couroient en foule remplir le vuide que les morts avoient laiffé *, 8c ils fe ferroient courageu- fement 3 . en foulant indifféremment les bleflez & les morts. Plufieurs en vinrent jufqffa fe pouffer fous le canon r où avec une obftination in- concevable, ils tâchoient de rompre les portes, 5c d’abbattre lesmurs a vec leurs ha- 1 66 Hiftoire m de la Conquête ches garniesde pierres à fufil. Quelques* uns élevez fur les épaules de leurs compa- gnons , cnerchoienr à en venir aux mains à la portée de leurs armes : d’autres fe fer- voient de leurs piques comme d’échelles pour monter aux fenêtres &C aux terrafles* Tous enfin fe lançoient au fer &c au feu , comme des bêtes farouches, dans l’excès de leur rage *, & ces actions d’une témérité brutale,auroient pû pafler pour des proüefi fes éclatantes , fi la valeur y avoir pris au- tant de part que la férocité. A la fin les ennemis repouflez par tout , fe retirèrent aux rues de traverfe , pour fe mettre à couvert. Ils s’y maintinrent juf- qu’à ce que la nuit les féparât , parce qu’ils n’a voient pas accoutumé de combattre du- rant l’abfcnce du Soleil ; mais fans donner aucunes marques qui pu fient faire efperer qu’ils renonçoient à leur entreprife : au contraire, ils eurent la hardiefle de venir troubler le repos des Efpagnols , en met- tant le feu en plufieurs endroits du quar- tierj foit qu’ils l’euflent jetté en s’attachant aux portes & aux fenêtres , à la faveur de l’obfcurité ; foit qu’ils fe fufiènt fervis de leurs fléchés, en les chargeant de feux d’ar- i tifice : ce qui paroît plus vraisemblable > parce que la flâme s’empara en un mo- ment de tout le logis avec tant de fureur * : du Mexique. Livre IV. r 6 7 qu’on fut obligé pour la couper, d’en abat- tre une partie 5 de enfuite de travaillera mettre en défenfe les brécbes qu’on avoit faites pour empêcher la communication de cet incendie *, de cette fatigue occupa h meilleure partie de la nuit. Le jour paroifloit à peine y Iorfque les ennemis revinrent y fans ofer s’approcher des murs. Ils fe contentèrent de provoquer es Efpagnols à quitter leurs remparts 3 en es appellant au combat par de grandes in- jures. Il les traitoient de lâches de de pou- rrons , parce qu’ils ne fe défendoient qu’à ’abri deleurs murailles*, de le General qui ivoitdéja réfolu de faire une fortie , prit ’occafion de ce défi 3 pour animer fes Sol- lats. Il les prépara par un petit difeours à ~e venger de ces injures , de forma fans 3erdredetems trois bataillons 5 d’autant le Soldats qu’il jugea à propos , donnant à rhacun plus d’Efpagnols que de Tlafcal- eques. Deux de ces bataillons dévoient îettoyerles rués de traverfe-, & le troi- îéme y où Cortez marchoit en perfonne 3 uivi des plus braves Soldats de ion armée, ît fon attaque par la rue de Tacuba y m le gros des ennemis paroifloit. Le Ge- leral difpofa fes rangs 5 de diftribua les ar- mes félon le befoin qu’on avoit de combat- ire en tête^ôc des deux côtez/ur le modèle 2 £8 Hifloire de la Conquête de ce qu’Qrdaz avoit pratiqué en fa retrai- te ÿ jugeait que ce qui avoit mérité fes louanges y étoit digne de fon imitation ^ ce qui étoit la marque d’une aine noble 5c élevéedçachant d’ailleurs les rifques ou les Commandans s’expofent^ lorfqu’ils dédai- gnent de fui vre les traces qui leur ont été frayées par les fubalternes *, puifqu’on n’eft pas peu éloigné de commettre des fautes * lorfqu’on prérend fe difHnguer de ceux qui ont bien fait. Les trois bataillons chargèrent en meme terns ÿ 5c les ennemis reçurent cette pre- mière charge fans s’étonner, & fans perdre le terrein. Ils la foutinrent^ 5c attaquèrent meme jufqu’i en venir aux coups de main* êc auxprifesMlsefcrimoient de leurs maft fuës 3 5c deleurs.épées de bois avec une fu r riedéfefperée. Ils fe poufFoi'ént à corps per- du dans les piquetée dans les épéeSjafin de donner leur coup aux dépens de leur vie» Les A rquebufïers qui a voient leur emploi marqué contre les fenêtres & les terraffes , ne pou voient empêcher la grêle despierres*, parce que les Mexicains les jettoient fans fe montrer * & il fallut mettre 3e feu à quel? qoes maifons, afin de faire ceiTer cette en- nuyeufe hoftilité* Enfin les rebelles cederent à l’effort des Ef[ agnols ; niais en lâchant le pied ^ ils rompoient du Mexique. Livre IV. léf Eompoient les ponts qui étoient fur les ca- naux, Sc faifoient tête de l’autre côté ..obli- geant à remplir cescanaux en combattant toujours , afin de fuivre la vidoire. Ceux qui étoient devinez à donner par les rues de traverfe , chargèrent cette multitude de peuple , qui les occupoitavec tant de vi- gueur, que le General le vit hors de danger d’être enveloppé par derrière , & n’eut af- faire qu’aux ennemis qu’il avoir en tête : jufqu’à ce qu’ayant rencontré une place affez étendue , les trois bataillons fe joi- gnirent , & pouffèrent les indiens , qui tournèrent le dos contufément , & avec la même impétuofité qu’ils avoient été au combat. Cortez ne permit pas qu’on pouffât la vidoire jufqu’à une entière deftrudion de :es Sujets de Motezuma , qui fuyoient de. :ous cotez en défordre, & fon cœur ne pue ouffrir qu’on l’achevât , en répandant en- tore le fan g de ces miferabies.qu’il croyoit tffèz punis de leur infolence parce châti- ment. Il rappella fes Soldars , & fe retira ; "ans trouver aucune oppofition qui l’cnga- seât à un nouveau combat. Les Efpagnols perdirent douze de leurs compagnons en :etteoccafion,& ils eurent un grand nom- >re de bleflèz de coups de pierres ou de He- ures , & perfonne de coups de main. Du, Tome //• P 17° Hifloire de U Conquête côte des Mexicains, le nombre des morfi fuc fi grand y que les corps qu'ils ne purent retirer 5 emplifïoient les rues > après avoir teint les canaux de leur fang. Le combat dura toute la matinée ; 5c les Eipagnols fe virent quelquefois extrêmement preiTez» Neanmoins l'heureux fuccès de cette jour* née fut entièrement dû à leur valeur , à leu| expérience y 5c à leur difcipline militaire» Aucun deux ne fe diftingua^parce qu'ils fe fignalerent tous égalementjes Soldats ainfi que les Capitaines , 5c que leurs exploits s'effacèrent réciproquement les uns les atw très .Les Tiafçalteques à leur imitation pa«- îurent vaillansfans emportement, 5c Cor- îezeonduifit cette a&ion en brave 5c pru^ dent Capitaine £ courant de tous cotez , 5ç toujours avec plus d’ardeur ou le péril étoic le plus grand , l'épée dans le ventre des en- nemis , l'œil fur fes Soldats. , 5c 1 efprit prefent4 tout y lai fiant en doute fi fa har- diefieavoit plus contribué à la victoire 4 que fon a mirable conduire *, car il pofie- doit en un fouverain degré ces demç vertus, que l’on fouhaite fans diftinélion y 5c qui concourent fans préferençe dans un grand Capitaine. Il fallut donner quelque rems au repos des Soldats , & à panferles blefïè^ durant Bois ou quatre jours , où on longea feuler | du Mexique. Livre I V. _ 171 ment à la défenfe du quartier qui eut tou- jours à fa vue l’armée des révoltez y qui lut donnèrent quelques légères attaques 5 en fe préfentant , 8c tournant le dos avec la mê- me facilité. Durant cet intervalle 3 le Ge- neral voulut tenter quelques moyens pour obtenir la paix y en faifanc propofer divers partis par des Officiers de Moteztima, qu’il laiffa fortir. Cependant il n’oublioit pas de prendre d’autres mefures pour la guerre : il fit conftruire quatre tours ou châteaux de bois , qu’on menait aifément fur des roues* afin de s’en fervir 5 s’il fe préfentoit quel- que occafion défaire une nouvelle fortie. Chaque tour qui pou voit contenir vingt ou trente hommes y avoir fon premier plan- cher garni de fortes planches "contre les pierres qu’on jettoic du haut des terraffes y Sc fes cotez croient percez de plu fleurs trous y par lefquels on pou voit tirer fans fe découvrir 3 à la façon des mantelets dont on fe fert à la guerre , pour aller faper les murs d’une Place, 'ette invention parut alors fort propre à garantir les Soldats qui dévoient mettre le feu aux maifons y & rompre les tranchées qui traver-. foient les rues ; 8c l’on ne fçait fi Cortez n’eut point encore deflein d’épouvanter les ennemis par la nouveauté de ces ma- chines roulantes. 17 - Hijloire delà Conquête De tous ces Officiers qui croient fortfô pour Faire des propofitions d’accommode- ment, les uns revinrent aflez maltraitez, SC- les autres demeurèrent avec les rebelles, M otez u ma en fut extrêmement irrité : il fouhaitoiepaffionnément la réduction do fes Sujets $ cachant d’ailleurs , avec un ar- tifice aiféà pénétrer , la crainte qu’il a voit qu’ils n’achevaffent de perdre le refpeél du à fon autorité. Cependant on faifoic dans îa Ville de nouveaux apprêts pour la guer- re : les Seigneurs qui favorifoient la rebel-* Kon , a voient appelle leurs Sujets y & les forces des ennemis s’augmentoient à tous xnqmens. Ils ne cefiToient point de provo- quer les Efpagnols dans leur quartier y ou les Soldats fe lafïbient d’endurer cette em-? barafîante répétition de cris 5c de fléchés , qui ne làifToientpas d’irriter leur patience 3 quoiq ue le vent en emportât la plus gran* de partie. Le General trouvant les Efpagnols en cette difpofition , refolut , fui van t l’avis de fes Capitaines &c l’approbation de l’Empe- reur, de faire une nouvelle fortie contre les Mexicains II mena avec foi la plus f rande partie des Efpagnojs , de jufqu’à eux mille Tlafcalteques, quelques pièces de canon , de les machines bien garnies $ outre des chevaux qu’on menait en main du Mexique. Livre IV. 173 afin de s’en fervir quand la commodité du terreinlepermettroit. Tout étoit alors en profond fiience*, mais à peine eut-on com- mencé la marche^ que l’on reconnut la dif- ficulté de l’entreprife aüx criseffroyablesde cette multitude > qui répondoient à l’hor- rible tonnerre des timbales & des cors.Les ennemis n’attendirent point qu’on les atta- quât j & vinrent au devant des Efpagnols avec une réfolution furptenante y 5c Beau- coup plus d’ordre qu’ils n’a voient accoutu- mé d’en garder. Ils donnèrent 5c reçurent la première décharge fans perdre leurs rangs 3 Se fans témoigner trop de précipi- tation : neanmoins ils s’apperçûrent bien- tôt de la perte qu’ils faifoient: fur quoi ils firent une retraite en forme jufqu’aux pre- miers remparts qui traverfoient les rucs^où ces rebelles recommencèrent à combattre .avec tant d’opiniâtreté 3 qu’il fallut faire avancer quelques pièces d’artillerie i afin de les cKafler de ces polies. Tous les ponts des canaux étoient levez auprès des en- droits deftinez à la retraite *, àinfi la diffi- culté redoubloit à tous momens , & on ne trouvoit point de lieu pour les charger à découvert. Il parut ce jour-là que leurs mouvemens étoient conduits avec plus de jufteffie qu’on n’en remarque ordinaire- ment dans les tumultes populaires. Ils P iij Ï74 Uifloire de U Conquête îiroient tous enfemble > & fort bas ; afin de ne point perdre leur coup dans la refiftance des armes : ils défendoient leurs portes fans confufion y Sc s*en reti- roient fans defordre^ jufqu^à mettre des gens dans les canaux > qui perçoienten na- geant les Efpagnols à grands coups de pi- que. Ce qu’ils firent encore fort bien 3 fut de mettre fur les terraffes des pierres d\ine pefanteur énorme , afin d’écrafer les châ- teaux de bois 3 & ils en vinrent à bout, en les brifant en mille pièces. Toutes ces ac- tions faifoient connoître que les rebelles avoient quelqu’un qui les commandoirrcar ils s’anim oient & fe foutenoient à propos * on decouvroit quelques traces d’obéii- 1 fance entre les déregiemens de cette mul- 1 titude. On combattit durant la plus grande par* îiedu jour 3 les Efpagnols &c leurs alliez i étant réduits à gagner le terrein de tran- chée en tranchée. La V i lie en fouflnt beau- ' coup: on y brûla plufieurs maifons *, & : les Mexicains y verferent plus de fang qu aux deux occafions précédentes y parce ! qu’ils s’approchèrent de plus près du feu | du canon ëc delà moüfqueterie^foit qu’ils -i xi eu flent pas la liberté de fuir y comme ils * avoient accoutumé^ou qu’sis en enflent été : empechez par l’ofiftacle de leurs remparts, i du Mexique. Livre IV. 175 lâ nuit s’a pp roc h oit , 8c le General Voyant, avec quelque chagrin , qu’il écoit gj^gagé mal à propos a une chicane inutile* en gagnant pied à pied des polies qu il ne vouloir pas garder , retourna en fon loge- ment ) lai(Tant 3 à dire vrai, la (édition plus irritée que punie* Il perdit jufqu’à quaran- te SôldatSjla plupart Tlafcalteques* 8c plus decinquanteEfpagnols fe retirèrent bleflez ou maltraitez. Cortez même eut un coup de fléché à la main gauche •, mais il portoic alors dans l’ame une playe plus profonde , ayant reconnu en cette rencontre qu’il étoic impoflîble de continuer la guerre avec des forces fi inégales , fans perdre fon armee 3 ou fa réputation. Ce fut pour la première fois que l’efperance lui manquaïcette nou- veauté furprit fon courage, 8c fit fouffrir fa confiance. Il s’enferma dans fon appar- tement , afin de fe donner tout entier aux réflexions , quoiqu’il prît le prétexte de fa blefiiire.Le General y trouva de quoi exer- cer fa raifon durant la meilleure partie^ de knuit.il fentoitunextrême dépîaifir d’être obligéàfortirde Mexique, 8c il ne vovoit point de moyen pour s’y maintenir. Il cherchoit à lutter contre les difficultez, 8c alors il voyoit que le bon fens éroit du par- ti delà défiance. Ainfi (a valeur conteftok contre fon jugement ; mais tout cela n’e- P iiij 'iy6 Hiftoire de la Conquête toit qu’une difpute fans conclufion 3 ou les confeils cie la prudence devenoient fâcheux êc importuns 9 6c qui lui apprit ce qu’il coûte à être détrompé avant qu’on en tire aucun avantage. ù Mot ez^uma exhorte Cortex à fe retirer . Ce General lui offre de for tir auffi-tot que f es Sujets auront quitté les armes . Ils don- nent un autre affaut au quartier . Mote~ numa leur parle de dejfus la muraille s & ejl bleffé fans pouvoir les réduire . M Otezuma n’eut pas line meilleure nuit: fon elprit flottant en de terri- bles inquiétudes 9 lui reprefentoit l’infidé- îite de fes Sujets 5 6c decniroit fon cœur par des mouvemens contraires 9 qui for- çaient ou flattôient/ucceflivement fon in ? clination. La colere le pouflbit à la ven- geance \ la crainte à la modération y 6c l’or- guëil heurtoir toutes les autres pallions. Il monta ce jour-la fur la plus haute tour du quartier des Elpagnols , d’ou il reconnue entre les rebelles le Seigneur dlztapalapa , 6c d’autres Princes qui pouvoient afpirer à l’Empire. Motezuma les vit courir de tous du Mexique. Livre IV. 177 fcôtcz animer les Mexicains , & les con- duire avec ordre* & il n’avpit point encore éprouvé une pareille infolence de la part de fa Nobleffe. Son chagrin & fa jaloufie augmentèrent en même tems ; mais la co- lère prit le deflus , fuivant les premiers xnouvemens de fon naturel , qui le pouf- foit à répandre du fang pour fe venger. Neanmoins faifant réflexion fur les diffi- cultez qui fe préfentoient , & voyant que le Peuple foulevéfaifoit un corps confide- rable qui marquoit une confpiration for- mée 3c conduite avec ordre, il tomba dans l’abbattement , demeurant fans adion , 3c fans imaginer aucun remede à ce mal* en forte que l’étonnement & la foiblefle étouffèrent les mouvemens impétueux de la férocité : tant les dangers qui menacent la Couronne font affreux aux Tyrans , qui en fe vant^pt d’être redoutez , font d’ordi- naire les plus fufceptibles des atteintes de la crainte. Enfin ce Prince faifant un effort pour chercher en fon efprit les voyes propres à rétablir fon autorité , n’en trouva point de meilleure, que celle de renvoyer prompte- ment les Efpagnols,& de retourner en fon Palais , afin d’éprouver la douceur &c l’é- quité,avant que de lever le bras de la jufti- ce. Il fit appeller au matin le General , 3c f7$>' TJifloire de la Conquête û lui communiqua les motifs de fon ch&2 grin avec allez d’adr elle. Il lui expofa l’infolcnce Se la NobleiTe i affeâant » neanmoins de marquer qu'il ne la crai- ^gnoit pas ; 3c qu’il fe fentoit plus em* 35 barafîe du châtiment qu’il devoit impo* 33 ^ er 3 n’apprefaendoît les fuites de 33 leur révolte. Il ajouta y Que ces troubles 33 de fon Etat demandoient un prompt 33 ^remede a 3c qu’il falloir abfoiument 3>oter toute forte de prétexte aux féditieux 5 33 3c les convaincre de leurs illufions 5 33 avant que de punir leurs crimes. Que 33 tous les tumultes étoienr fondez fur des apparences de rai fon ; 3c que dans les préventions d’un Peuple murine, la pru- 33 denceconfeiiloit de s’introduire en ce- 33 dant quelque chofe , afin d’établir en- 33 fuite un empire plus abfolu : Que les cris 33 de fes Sujets étoient en quelque façon 33 juftifiez par leur objet , puifqu ’ils fe ré- 33 duifoient à demander la liberté de leur 33 Prince, étant perfuadez qu’il n’en joiiif- 33 foit pas , 3c abufez feulement dans le 33 choix des moyens qu’ils prenoïenr pour 33 l’obtenir : Qu’on étoic en une fituation 3> ou Cortez 3c fes troupes ne pou voient 33 plus fe défendre defortir de Mexique s 33 lans retardement 5 afin qu’il pût repren- 33 dre toute fon autorité , fou me trie fes Su* du Mexique. Livre IV. 'vjf jets rebelles , & éteindre ce feu , en éloi- « gnant la matière qui l’entretenoit. :» Après quoi Motcztima répétant au General le ré- cit de ce qu’il avoit fouffert pour ne pas manquer à la parole qu’il lui âvoit donnée^ toucha legerement les fujets de chagrin qui le tourmentoient davantage. Cepen-; dant les inflances qu’il lui fit d’obéïr fans réplique furent fiprefîantes , que Ton dé- couvrit clairement les influences de la crainte dans l’ardeur de fes prières. Cortez fe trou voir alors convaincu , que la retraite êtoit néceflairc y quoiqu’il n’eût point abandonné l’efperance de rétablit cette entreprife fur de meilleurs fonde-* mens. Ainfi employant à propos ce qu’il avoir dirigé y afin que fa propofition parut moins furprenante 5 il répondit fur le champ à l’Empereur : Que fon efpriç & fa rai fon s’accordoient à lui obeïr avec ce une aveugle refignation *, parce qu’il ce n’avoit point de paflion plus forte ce que celle d’executer ce qui étoit agréable ce à fa Grandeur , fans examiner les motifs ce de l’ordre qu’elle lui donnoit , ni perdre ce le rems à lui repréfenter des inconve- ce niens , que fa prudence avoit fans doute ce prévus 6c confiderezjpuifqu’en cette for-ce tededifeuffion l’inferieur doit toujours ce foumettre fon jugement , 6c regarder la ce £to tîlfloire de la Conquête ^ volonté du Prince comme la plus puiG? ?> fan te des raifons. Qiul auroit néanmoins 33 un très-fenfible regret de s’éloigner de ^lui , fans le laifTer en poffeffion d’une ^ parfaite pbéïfiance de la part de fes Su- 33 jets , fur tout lorfque la conjoncture de la déclaration des Nobles en faveur des 33 mutins, demandoit une attention parti? 33 culiere 3 qui meri toit tous les foins de 3 d 1 Empereur *, puifque les Nobles ayant 33 une fois franchi les bornes du devoir 3 fe 33 trouvent bien plus près des derniers at- 30 tentatsjmais qu’il ne lui appartenoit pas 3 d de faire des raifonnemens qui puflent 33 retarder fon obéiffance , quand fa Gran- 33 deur lui propofoit le départ comme un « remede néceflaire > connoiffant parfaite? 33 ment - es maux de fon Etat : Neanmoins 33 que fur cette fuppofïtion , & la réfolu- 33 tion confiante de partir inceflamraenç 33 avec fon armée pour aller à Zempoala , 33 il ofoit fupplier l’Empereur de faire 33 quitter les armes à fes Sujets /avant que 33 les Efpagnols parti fient 5 puifque la con- 33 fequence feroit très-pernicieufe 9 s’ils at- ’ 33 tribuoient à leur révolte ce qu’ils ne de- 33 voient qu’à la bonté de leur Prince : 33 qu’en cela l’obflinacion de ces rebelles 33 le touchoit moins que la confervation 33 du refped dû à l’autorité de l’Empereur, du Mexique. Livre IV, i8# piufqu-ii abandonnoic par pure complai- ce Tance pour fa Grandeur y l’emploi .de ce châtier fes révoltez j portant d’ailleurs à ce la pointe défon épée ôc de celle de fes ce Soldats tout ce qui lui étoit nécefïaire ce pourfe retirer en toute fureté.» Motezuma n’attendoit pas une décifîon fî prompte en la réponfe du General. Il croyait trouver plus de réfîftance dans fou efprit -, ôc même il appréhendait quelque broüillerie fur un fujet ou il s’étoit fort aheurté. Ce Prince témoigna donc à Cor- tez fa reconnoîflance avec beaucoup de éjoye^Se il parut fur fon vifage ôc au ton de fa yoix qifil commençoit à refpirer. IJ of- frit de demander à fes Sujets qu’ils miflent les armes bas 3 approuvant la réflexion du General , outre qu’il fentoit une extrême répugnance à retenir les effets de fa colere contre des gens qui avoient mérité fon in^ 1 dignation y ne trotivarit point le moyen d’accorder les droits de la Souveraineté avec la diffimulation. Pendant qu*il pre^ noie ces mefures avec le General y Palarme fonna furieufement par tout le quartier, ôoreez courut pour donner ordre à la dé- fenfe , & trouva fes Soldats occupez à fou* tenir un affaut que les ennemis leur liv vroient de tous cotez. Les Efpagnols itojent toujours alertes \ ainfi les aflaiW t S z Hiftoire de U Conquête lans furent reçus à toute rigueur par la dé- charge du canon & des Arquebufiers 3 fan* qu’elle put arrêter leur furie ; car ils fer- moient les yeux au péril ;& ils s’avançoient û brufquement en le pourtant les unsles au- tres , que leur avant-garde qui pâroilïbic emportée par un mouvement forcé , le trouva tout d’un coup au pied de la murail- le. Ils laifferentles Archers & les Fron- deurs à une juile diftance , où ils recom- mencèrent à tirer, afin d’écarter ceux qui fe préfentoient pour repouffer l’affaut qu’on donnoiten même tems avec une égale ré- foludon à l’attaque & à la défenfe. Les ré- voltez fautèrent en plulieurs endroits par deffusk rempart;maislc General qui avoir un corps de réferve d’Efpagnols & de Tlafcalteques dans la grande cour du Châ- teau } envoyoit le fecours néceffaire aux polies les plus prertez;& il eut alors befoin de toute Ion activité & de la valeur de fes Soldats , pour empêcher que la réfillance ne molît en quelques endroits, & qu’on ne vint à rcconnoître ce qui manque au cou- t.age,lorfqu’il n’ell pasfoutenu par la force. Motezuma inftruit de l’embarras où Cortez fe trouvoit , fit appeller Marine , qu’il envoya dire au General : Que fmvant V état des affaires ce quils avoiene ré}olt* enfemble , il fer oit bon qu'il fe montrât à Jet-, du Mexique. Livre IV. 1 8 j 'Sujets de de (fus la muraille , afin de commun* der aux mutins de fe retirer , & aux Nobles de venir déf armez , lui repréfenter les prêt en* tiens des uns & des autres,Cortez reçut la proposition , jugeant que cette diligence étoit néceffaire à donner quelques momens de repos aux Soldats, quand elle feroit inu- tile pour vaincre l’opiniâtreté de cette fiers multitude. L’Empereur le prépara d’abord à cette aélion avec beaucoup d’inquietude fur la difpofition de l’efprit de fes Sujets en çe qui regardoit fa perfonne. Il prit tous les ornemens de fa dignité, le Diadème, le Manteau Impérial, les pierreries qu’il ne portoit qu’aux jours de ceremonies, ÔC tous ces bi joux dont l’afFeélatïon publioit Ja défiance; puifque ces foins faifoient con- naître que fa prefence avoit befoin de quel- que éclat exterieurppur s’attirer le refpeéfc par les yeux , ou que le fecours de la pour*, pre & de l’or lui étoit néceffaire à couvrir îa foibleff e de fa Majeffé. A vec tout cet ap- pareil de Grandeur , Motezurna fuivi des Nobles Mexicains qui étoient demeurez à fon fervice , monta fur le rempart oppofé a la principale avenue. Les Soldats Efpa- gnols croient rangez en baye aux deux co- tez de l’Empereur ; 3c un de fes Officiers s avançant julqu’au parapet, avertit les re- belles à haute voix , qu’ils préparaffent leu* 184 H i fl o ire de la Conquête refpeét 3c leur attention pour le Grand Motezuma , qui vouloit bien écouter leurs demandes, 3c les honorer defes faveurs* Au nom de l'Empereur les cris s’appaife- •refît*, la crainte l’emportant fur la fureur re- tint la voix , 3c pour ainfi dire , la refpira* tien de ces mutins , 3c le Prince parut alors compofant fon vifage d’un air où la feverité naturelle jointe à une douceur af- feétée, marquoient en même rems fes cha- grins 3c fa crainte. Piufieiirs de ces rebelles le jetterent à genoux à la vûë redoutable de la perfenne de leu rEmpereurjôe quelques- uns fe profternerent jufqu’à baifer la ter- re^ leur crainte amodiant encore la coutil» me quhls avoient de l’adorer. Motezuma jettant d’abord fa vue fur toute l’a d'emblée, l’arrêta enfin fur les Nobles', 3c témoignant qu’il didinguoit ceux qui lui croient con- nus, illeur commanda de s’approcher en lesappellant par leurs noms. Il les honora du titre d’amis ou de parens *, 3c même en faifant une extrême violence à fon orgueil* il les remercia du zele qui les obligeait à fouhaiter fa liberté , fans épargner les ter- mes les plus honnêtes dans le difeours qu’il leur fit , & que nous trouvons rapporté dir verfement dans les Auteurs, dont nean- moins la plus grande partie convient que l’Empereur s’expliqua de cette ma4 giiere* du AJeXique. Livre IV. 185 Je fais fi fort éloigné de regarder ce comme umérime ce mouvement de vo- ce tre zele , que je ne puis défavoiier Tin- ce clination qui me porte à vous en jufti- ce fier. L’excès qui a paru en votre condui- ce te à prendre les armes lans ma permif- ce fion , n’eft qu’un excès de fidelité. Vous ce avez crû , non fans quelque raïfon , que cc j’étois retenu par force dans ce Palais de « mes Prédecenèurs j & le deflein de tirer ce votre Prince d’une injufte prifon , eftec une trop grande entreprife pour être ten- ce tée fans un peu de défordre , puifqu’il ce n’y a point de loix qui puiflenc renfer- ce mer une douleur extrême dans les bor- ce ms de la prudence \ & quoique vous «e ^yez pris cette occafîon de marquer ce votre inquiétude fur de foibles conjeétu- ce res 5 puifque je fuis en pleine liberté avec ce ces Etrangers 9 que vous trairez, d’enne- ce mis , je reconnois que l’erreur de votre ce imagination ne doit point oter le mérité ce de votre bonne volonté. J’ai demeuré ce avec eux volontairement 3c par mon ce propre choix 3 3c j’ai crû devoir cette ce honnêteté au refpeét qu’ils m’ont tou- ce jours rendu, 3c ce devoir au Prince qui ce les a envoyez. Ils ont maintenant leur ce congé : j’ai ordonné qu’ils fe retirent , ce 3c vous les verrez inceflamment fortir cc Tome IL 1 85 fais par le pardon que je vous accorde* Motezuma finit ainfi fon dilcours 3 & au- cun de ces révoltez ne fut allez hardi pour y répondre. Les uns étonnez de voir rédui- re en prières , la colere 8c le châtiment c|u*ils attendoient 3 regard oient- ce change- ment avec quelque forte de honte 3 8c les autres répandoient des larmes en confi dé- faut ce fier Empereur fi humble 3 ou ce qui eft encore plus déplorable 3 fi humilié. Mais au même rems que leurs efprits étoient ainfi fufpendus par ces divers mou- vemens y le peuple paflant en un moment delà crainte à la fureur % fit paroîcre un fonefte effet de l’inconftance qui le pouffé fcavent d'une extrémité à l’autre. La fedi* lion recommença par un tumulte horrible; êc on ne manqua pas de gens pour allumer ce feu 3 puifqffiis.avoient déjà élu un nou- vel Empereur 3 ouiau moins que fon élec- tion étok déjà réfoluë; car les Hifioriens rapportent la chofe diverfemenr. du Mexique. Livre IV. 187 L’infolence alla bien-têt jufqu’au mé- pris : ils crièrent à Motezuma, qu’iLn etoit plus leur Empereur, & qu’il laiflât le Scep* tre & la Couronne , pour prendre laïque- nouille 3c le fufcau *, l’appeliant lâche , efféminé , & vil efclave de leurs ennemis. Les cris emportaient les injures jSc le Prin- ce tâchoit 3 en faifant ligne des yeux 3>C de la main , de s’attirer leur attention , lorf* que la quantité de traits qu’ils lancèrent en ce moment , lui fit éprouver les dernieres horreurs d’un execrable attentat de la parc de fes Sujets. Deux Soldats que le General lui avoit donnez pour Gardes, s'efforcèrent de le couvrir avec leurs boucliers , 3c de prévenir le péril j mais tous leurs foins ne furent pas capables d’empecher que Mote- zumane fût bleflé de plufieurs coups de fléchés , cC encore plus dangereusement d’une pierre 9 qui l’atteignit a la tete , 3c dont le coup offenfant le cerveau , ic fit tomber fans aucun fentiment. Cortez ref- fentit cet accident comme un des plus Cruels contre- tems qui pou voit lui arriver# Il fit conduire l’Empereur à fou apparte- ment, 3c courut à la défenfea vec un terri- ble emportement ; mais il fe vit encore pri* vé de la fatisfa&ion de fe venger , ne trou- vant plus d’ennemis*, parce qu’au moment qu’ils avoienc vu tomber leur Prince, SC 1 g 8 Hifioire de U Conquête connu qu il etoic blefie , l’énormité de leu* crime les épouvanta jufqu’â ce points qu’ils füi|int fans fcavoir qui les poufFoit $ Sc croyant que la colere des Dieux alloirfon- dre fur leurs têtes a ils cherchèrent de tous cotez à fe dérober à la vue du Ciel y avec cette efpece de terreur cohfufe & affreufe y que les crimes énormes laiffent ordinaire- ment dans les efprits , à l’inftant qu’on vient d achever de les commettre. Cortez y fans s’arrêter un moment J alla voir Motezuma 3 qui avoir repris quelque connoiflance j mais avec tant d’impatience & de defefpoir > qu'il fallut le retenir pour empêcher qu’il n’âttentât fur fa vie. On ne pouvoir venir a bout de le panfer y parce qu il rejettoit toute forte de médicamens i il pouffait d’effroyables menaces y qui fe ter mi noient en des geminemens * 5 la colere faifant un eirortqui degéneroit en lâcheté ; ~ niîn les raifons l’offenfoient , les confeils 1 irritoienc ; & on eût dit qu’il n’a voit re- pris lesfens y que pour perdre le jugement. Le General /ugea donc à propos de donner quelque teins a la reflexion y afin que cet Lfprit put fe dégager des premières impref- lions de 1 offenfe qu’il ayoit reçue. Il le re- commanda a fe s domeûiq ues;& véritable- . ment ce Prince étoit en une pitoyable ex- |remité ; expofé au cruel combat de fa fierté du Mexique . Livre IV. 189 naturelle 3 contre Pabbatrement de Ton ef- prit, Sc regardant comme un grand ex- ploit la réfolution de s’ôter la vie de fes propres mains : brutales reflources des ef- prits lâches y qui fuccombent lotis lé poids desdifgraces y 3 c ne témoignent leur va- leur que contre ce qu’ils lentent de plus foible. CHAPITRE XV. Motenuma meurt y fans vouloir recevoir le Baptême . Cortez envoyé fon corps dans la Fille. Les Ale xicains celebrent fes obfe» que s. On rapporte les bonnes G? les mau- v ai fes qualités de ce Prince* L Tmpaciénce de Motezuma conrinuoiÉ de la même force ; les bleflures en de- venoient plus dangereufes*, 3 c Ponremar- quoit à chaque moment la funefte influen- ce des pallions de lame fur la corruption des humeurs. Le coup qu’il avoit à la tête 9 parut d’abord confiderable , 3c fon defef- poirlê rendit bientôt mortel 9 parce qu’il futimpoffiblede lui appliquer les remedes neceflaires v jufqu’à ce que Pabbattemenc de fes forces le mît en état de ne pouvoir plus les foutenir, On avoit lam me peine à î 90 Hifioire de la Cone/ttête le réduire à prendre quelque nourriture J dont le befoin l’extenuoit, fans qu’il té-4 moignat de vigueur 3 qu’en cette lu rieufe 3c déterminée réiolunon de s’ôter la vie. Son défefpoir croi flanc à mefure qu’il fen- toit diminuer fes forces > on connut le dan- ger ; de le General J qui était toujours au«* près de lui 9 parce que ce Prince fe compo- lbiü > de paroiflbit plus tranquille en lapre- fence de Cortez, s’attacha ferieulement a lui infirmer les chofes qui lui convenoïenc le plus en cette conjonéture. Coïtez vou- lut donc lui parler des veritez de notre Re- ligion, eflayant de l’amener par la douceur à la déteftation de fes erreurs , de à la con- noiflance du vrai Dieu. Motezuma avoir témoigné en plufieurs rencontres quelque inclination aux ceremonies & aux princi- pes de laFoy Catholique. Les abus de l’Ido- lâtrie le dégoutoient^ jufqu’à donner quel- que cfperance de fa converfion ; mais iz diabolique raifon d’Etat en retardoit l’ef- fet *, ainfi la faperftition des autres l’enga- geoit 3 lorfque la fienne l’abandonnoit y de il donnoit plus à la crainte de fes Sujets qu’à fan refpeéfc pour fes Dieux. Le General fit de fa part tout ce que lede- vok d’un Chrétien exigeoit de fa charité r il employa l’ardeur de la rendrefle des prie- % es pour obliger ce Prince à reconnaître le. du Mexique. Livre IV. i p j frai Dieu > de à s’afïurer d’une éternité bjenheureufe^en recevant le Baptême.Fre- re Barthelemi d’Ûlmedo Ben prcflfoit par des raifons plus puisantes y que les Capi- taines qui a voient déjà le plus de part à fon eftime,appuyoient par leurs inftantcs priè- res -, & Marine , en les expliquant , y ajou- toitencore les motifsqui l’a voient convain- cue. Enfin , quoiqu’en dife l’envie 9 ou la malice; car elles ont fur cela même accufé tes Efpagnols d’une coupable négligence y on n’oublia aucun de ces foins que les hom- mes peuvent apporter pour réduire un ef- prit à la connoifîance delà vérité : mais les réponfes de Motezuma n’étoient que des gmportemens d’un efprit outre^qui ne fon» ^coitqu’àfe venger 9 à faire d’horribles menaces! y 5c à fe défefperer. Après avoir :hargé le General du châtiment des traî- nes il fut durant trois jours dans cet hor- ‘ibie combat ; après quoi ce malheureux ^rince rendit fon aire au Démon pour oute l’éternité 9 donnant les derniers fou- ^s de fa vie a l’efprit de vengeance Sc le ferocité 3 6c laiiTant au monde un terri- ne exemple de ce qu’on doit craindre en es momens de la part des pallions 9 tou- ours ennemies des réglés 3 6c encore plus ieresdansun efprit abfolu^puifqu’on perd a vigueur néceflaïre pour les aflujettir* m l qi Hiftoire de la Conquête même tems qu’elles trouvent de nouvelles refîources en l’habitude qu’on s’efLfait de leur obéir. Tous les Efpagnols furent également fen- fibles à la funefte mort de ce Prince > par- ce qu’ils étoient tous engagez à l'aimer par fes prefens ^ par fes carefles 3 &c par les autres grâces qu’il leur faifoit. Le General qui lui étoit le plus redevable , ’&c qui fai- foit la plus grande perte j en fut fi fenfible- ment touché , que fa douleur eut quelques inftans d’un chagrin inconfolable &c tou- te la violence qu’il apportoit à l’empêcher de paroïtrefur fon vifagedaifia néanmoins échapper le fecret de fon cœur par des lar- mes que fes yeux ne purent retenir. Le fon- dement de tous les deffeins rouloit fur la fujetion volontaire de ce Prince , dont la more déconcertoit fes mefures y & le for- çoit à travailler fur un autre plan^afin d’ar- river à la fin qu’il s’étoit propofée. La plus vive douleur du General étoit d’avoir vu pour comble de mifere mourir l’Empe- reur en fon obflination. Ce point effen- tiel partageoit fon cœur entre la triftelTe êc la crainte 3 lorfque les mouvemens de fa pieté étoient confondus dans une fi ter- rible idée. La première diligence de Cortez fut d’aflfembler les Officiers de l’Empereur, àofit du Mexique. Livre IV. 15 j dont il choifîc fix des plus confîderables # ï qui il ordonna de porter le corps de ce Prince dans la Ville. Quelques Sacrifica- teurs qu’on avoir pris dans les rencontres précédentes étoient de ce nombre -, & les uns & les autres avoienc été témoins des blcflures & de la mort de Motezuma. Le General leur commanda de dire de fa part aux Princes qui donnaient les or- dres aux feditieux : » Qu’il leur envovoit cc le corps de leur Empereur maffacré par ce leurs mains ; Sc que l’énormiréde ce cri- ce me dôn-sok un nouveau droit à la jufti- ce ce de fes armes. Qu’avant que de mou- cc rir , ce Prince l’avoir prié plufieurs fois ce de prendre fur fon compte la vengeance ce de cet attentat , & le châtiment d’une ce fi horrible confpiration ; néanmoins > ce que regardant ce malheur comme l’effet. cc d’une brutale impétuofité du menu Peu- cc pie , dont les gens d’un efpric plus fage ce & plus éclairé auroient reconnu &c ch a- ce tié î’infojence , il en revenoic encore aux ce propoficionsdelapaix, qu’il étoit prêt ce de leur accorder. Qu’ils pouvoient en» ce voyer des Députez pour entrer en confe- cc rence y & convenir enfembledes articles ce qui paroiflbienc raifonnables : mais qu’ils cc dévoient en même rems être perfuade~ ce que s’ils ne fe rendaient prefcntennent à ce Tome 1 h R 15? 4 Hifioire de la Conquête 3>ia raifon 6 c au repentirais ieroient traites 23 non feulement comme ennemis , mais 3? comme rebelles & traîtres à leur Prince 3 33 en éprouvant fur ce pied-là les dernieres 33 rigueurs de fes armes ; puifqu’après la 33 mort de Motezuma 3 dont le refpeâ le 33' retenoit dans les bornes de la modera- 33 tion 3 il ne fongeroit plus qu’a défoler 33 6 c à détruire entièrement la ville de 33 Mexique } & qu’ils connoxcroient trop 33 tard , par une funelîe expérience 9 la 33 différence qui fe trouve entre une hofti- 33 lire qui ne tend qu’à la défenfe , puiff ^ qu’on n’a voit d’autre deffein que celui 33 de les ramener à leur devoir -, 6 c une >3 guerre déclarée J où l’on auroit toujours 33 devant les yeux ^obligation de punir un >3 crime de cette nature. Les Mexicains partirent auffi-tpr, portant fur leurs épaules le corps de Motezuma ôc à quelques pas du quartier les feditieux vinrent le reconnoître avec beaucoup de refpedt , ainfi qu’on le remarqua du haut des murailles. Ils le fuivirent tous 3 en jettant leurs armes 9 abandonnant leurs poftès; 6 c en cet inftant toute la Ville re- tentit de pleurs 6 c de gemidemens 3 té- moignant que ce pitoyable fpeélacle 3 qui leur reprefentoit leur crimej’emportoit fus la dutete de leu^ coeurs, Ils avaient déjà du Mexique . Livre IV. 155 élu un autre Empereur , comme on le fçut bien-toc : ainfi la douleur n’étoit point ac- compagnée d'un véritable repentir : mais ces reftes de fidelité n’étoient point défa- gréables au nouveau Prince , puifqu’ils étoient rendus au nom, & non pas à la per- fonne du Souverain. Les clameurs 6e les plaintes durèrent toute la nuit parmi le peu- ple, qui aiioi t en troupes par les rues, répé- tant le nom de Motezuma avec une elpece d’inquiétude tumultueufe , qui publioic leur défcfjpoir fans perdre les apparences d’une (édition. Quelquesmns ont avancé que les Mexi-i cains Traînèrent le corps de l’Empereur, 5 c qu’ils le mirent en pieçes , fans pardonner à fes enfans , nid fes femmes. D’autres ont dit qu’ils l’expoferent à la raillerie & aux; outrages du menu Peuple, jufqu’àce qu’un de fes domefticjues ramaffant quelque peu de bois j dont ü fit un bûcher , brûla le corps en lieu écarté. On pouvoit attendre ces injures d’une Populace enragée , dont l’inhumanité rendoit vraifemblable tout ce qui s’éloigne le plus de la raifon ; nean- moins le pius certain eft,qu s ils refpederent ce cadavre , affédant de témoigner, par les honneurs qu’ils lui rendirent en la pompe fujiebre , qu’ils étoient affligez de fa mort* comme d’une difgrace où leur intention R ij Hifioire de lu Conquête rnvoit point eu de part ; fi ce n’eft qu’ils ne fe figurafîentfatigfaire ou tromper leu rs Dieux par cette apparence de refpeét. Üsl$ portèrent au point du jour fuivant à ! a mon- tagne deChapultepeque 3 en grand appareil; c’ell où ils célébraient les funérailles de leurs Princes * 8c où ils confervoient leurs cendres. Au même tçms les cris & les ge- jnifFeniens redoublèrent dans la Ville 9 de la part de cette multitude qui accouroit or- dinairement à de femblablcs fonctions.Ces drconfbnccs furent confirmées depuis par les Mexicains mêmes y qui rapportaient les honneurs rendus à leur Prince , comme des proue (Tes de leur zele , ou comme une Satisfaction efientielle de leur crime. On n’a pas manqué d’Ecrivains qui ont attribué au General la mort de Motezuma, ou qui ont au moins eflayé dç le charger de ce crime , en àffurant qu’il fit tuer ce Prin- ce, afin de s’en débaraffer. Quelqu’un de nos Hiftoriens rapporte qu^on le dit ainfi 9 fans réfuter ce bruit * ni en défendre la mé- moire de Cortez \ & quoique cette néglb gencc ne foie pas une preuve convaincante de mauvaife intention 3 neanmoins elle ref- femble fort à la calomnie.Ilfepeutfaireque les Mexicains répandirent ce bruit quel- que tems après la mort de leur Empereur* fk delFein d’exçiter la haiQe des Indiens ço % du Mexique, livre IV; îyj frelésEfpagnols, ou d’effacer la honte de leur Nation : mais ils ne dirent , 5c ftiême ils n’imaginerent alors rien qui en appro- chât ; Sc on ne devoit point donner à ,Ia plume la liberté de publier un fait de cette confequence, fur un li foible fondement* Comment fe pourroic-il faire qu’un hom- me auffi habile 6c au fti applique que Cor-? rezétoit, voulut fe défaifir d’tm gage qui faifoit fa plus grande hirèté lorfqu’il avoit fur les bras les forces de tout- cet Empire > Et quel avantage pouvoit-il tirer de la mort d’tm Empereur ami 3 & prcfque Sujet i pour la conquête d’un Etat foulevé & en- nemi?La difgrace des grandes a étions vient fouventde la divtrfîcé des rapports qu’on en taie *, 6c il eft aifé à un efprit mal tourné, d’inventer des citco'n (lances 3 qui n’étant peut-être pas capables d’obfcurcir la vérité, i’expofent neanmoins aux atteintes de l’o- pidion y ou de l’ignorance 3 en foiîmettant i la temeraire crédulité du vulgaire 3 ce qui eft déplus eftêntiei dans l’Hiftoire* Les Etrangers ont pris le foin de décrier la con- duite deCortezen coûte cetre entreprile : nais les preuves qu’il a données de fa 'pru- dence 6c de fon bon efprit dévoient bien le garantir du loupçon d’une fi haute extra- ragânce , quandîelevation de fon ame $€ ahautcgeneroficé ne le défendroient pas R lij X$$ Hijloire de la Conquête de la malignité d’une fi cruelle aétion. Âînii toute la confufion en demeure à l’envie % vice fans plaifir, qui fait le fupplice de ceux qui le cachent * 8c l’affront de ceux qui le produifent * fervantde luflreà celui qu’el- le perfecute, &c de honte à l’envieux, Motezuma fut un Prince que la feule nature avoit orné de grandes & rares quali- tés j d’un arr agréable 3 & rempli de ma- jefté j d’un efprit pénétrant a & d’un juge- ment folide y quoique fans aucun fecours de l’étude , mais s’attachant à la fubftance des chofes. Sa valeur l’avoit élevé au deffus de tous les Nobles 3 avant qu’il montât fur leTrône* 8c depuis elle lui avoit „acqiiis entre les Etrangers la réputation la plus haute que les grands Rois puifiént avoir. Son genie & fes inclinations tournées en- tièrement à la guerre , Pavoienr rendu très- habile en cet art 9 à leur maniéré. Ainfi , îorfque l’occafion de prendre les armes fe jprefentoit , l’armée devenoit fa Cour ordi- naire. Ce Prince avoit gagné neuf batail- les * où il commandoit en perfonne 9 8c par la conquête de differentes Provinces* éten- du bien loin les limites de l’Empire , ou- bliant les brillans du Trône pour les ap- plaudiflemens du champ de bataille * 8c croyant que le Sceptre le plus fermé eft celui qu’on fait du Bâton de General. Il du Mexique* Livre IV. âvoît un grand fonds de generofité natu- relle , qui le jportoit à faire des grâces très- Confiderables fans oftentation r donnant comme s’il acquittoit fes dettes , 5c met- tant la magnificence entre les devoirs de la.Majefté. Il aimoic la juftice 5 5c fou zele aiîoit jufqu’à la feverité y contre les Mi- niftres qui la rendoient au Peuple j 5c il paroiffoit auflî fobre à la table , que refer- vé fur les autres plaifirs : mais ces vertus propres à la perfonne 5c à fa dignité > étoient balancées & cbfcürcies par de plus grands vices y attachez à l’une 5c à l’autre. Sa modération dans les plaifirs n’étoit qu’une fenfualiré délicate & rafinée 3 puif? que ce fut cet Empereur qui introduifit le tribut des concubines y en rendant par tous fes Royaumes la beauté efclave de fes ap- pétits j fans que la nouveauté du ragoût pût les rendre excufables. Sa juftice alloit j-uf- qu’à l’autre extrémité 3 où elle étoic fou- vent confondue avec la cruauté j parce qu’il pou (Toit le châtiment jufqu’à la vengean- ce y donnant au chagrin la place de la rai— fon. Enfin y la libéralité de Motezuma fuc encore plus dommageable que genereufe j puifqu’elle l’obligeoit à charger fes Royau- mes de tributs infupportables ^ 5c que ce fruit abominable de ion iniquité étoic con-, yerti en des profufions 5c des dégâts inefs 1 R iüj *. co Hifioire de la Conquête îimablcs. Ce Prince ne connoiiToit point de milieu entre le Sujet & l’Eclave , ùti u n en vouloir point convenir ; & trou- vant des raifons politiques en l’oppreffion de les Vaffaux / leur crainte lui plaifoit encore plus que leur patience. L’orguëil tut Ion vice capital & dominant : il facri- Joie a fon mérité , lorfqu’il vantoit Ton bonheur;& il s’eftimoitplusque Tes Dieux, quoiqu’il fût étroitement attaché à la fu- perftition de fon Idolâtrie. Il recevoir de frequentes vi fîtes du Démon , dont la ma- ignite orge des oracles & des vifions pour ceux^qui font avancez jufqu’à un certain aegre dans le chemin de perdition. Cepen- dant Motezuma fe fournit volontairement a Portez , dans une pnfon qui dura tant de jours contre toutes les réglés naturelles de ion amhition & de fa fierté. On aurait pu clouter alors de la caufe de cette fou- nnllion 5 mais on connoît maintenant par les effets que la main de Dieu s’étoit em- ployée a dompter ce monftre , en lui inf- pirant l’efpncde douceur , afin d’introdui- re les Efpagnols dans fon Empire;ce qui fut le principe de la converfion de tant d’Ido- latres. Cet Empereur laifTa quelques en- cans: deux defes fils furent tuez par les Mexicains , lorfque Cortez fortit de la 1 ■ e > & les filles 3 au nombre de deux ou du Mexique. livre ÎV^ aol trois , te convertirent , & furent fnariées à des Espagnols. Le plus illuftre de tous fes enfant , fût Dom Pedro de Motezuma 9 qui fit profeflion de la Foy Catholique^peu de tems après la mort de fon pere , & qui reçut ce nom au Baptême. Outre i’illuftre nàiÏÏance qu’il tenoit de fon pere 9 il a voit encore l’honneur d’être forci d’une Prin- cefle de la Province de Tula. Elle écoit une des Reines qui joiiifFoient également des mêmes honneurs dans le Palais Royal s & elle fe convertit à la Foy 3 à l’imitation de Ion fil$,prenantle nom de Donna Maria de Niagua Fuchtil , titres qui marquoient la Noblefledefes ancêtres. Le Roy honoH ra Dom Pedro de grandes terres &c de ren^ tes en la Nouvelle Efpagne > avec la qualité de Comte de Motezuma 9 dont la fuccef* fion légitimé feconferve aujourd’hui dans la Maifon des Comtes de ce nom 5 alliée dignement avec la mémoire héroïque d’u«* ne fi illuftre origine. Cet Empereur régna dix-fept ans > & fut l’onzième Souverain de Mexique , & le deuxieme du nom de Motezuma. Il périt ainfi dans un déplorable aveuglement y s la vue de tant de fecours , fi capables de le fauver. O profondeur impénétrable des Decrets de la divine Juftice 3 adreflez a notre ceeur 9 bien plus qu’à notre entent dement I CHAPITRE XVI. JLes Mexicains reviennent affieger le quar- lier. Cor te z, fait une fortie , & gagne un de leurs Temples , qu ils av oient occupé Il les met en déroute , & fait le plus de dégât qu'il peut dans U Fille , à def* few de les etonner y & de [e retirer plus aifémem . 201 ÎTijtoirè de la Conquête L Es Mexicains ne firent aucun mouve- ment confiderable , durant les trois jours que Motezumalanguit defes bleflu- res 3 quoiqu’il y eût toujours des troupes en vue ^ qui faifoient quelques legeres ir- ruptions^^ que Pon repoufioit aifément. On auroitpu douter fi cette fufpenfion étokim effet de Phorreur de leur crime, ou de la crainte de leur Empereur , irrité par une fi cruedeoffenfe , fi on n’avoit appris peu de jours apres , que ce refroidiflement proce- doit du Peuple, qui fe trou voit en défordre de fans Chefsjparce que les Nobles écoient occupez à couronner un nouvelEmpereur, qui félon les informations qu’on en eut le nommoit Quetlavaca , Roy d’Iztacpala- pa 3 & fécond Eledeur de l’Empire. Il ne vécut que peu de jours j & la mémoire de du Mexique . Livre IV. io% fon nom a été prefque effacée par fa foi» bleffe > 5c fon peu d’application. Les Mexi- cains qui étoient forcis avec le corps de Mo* tezuma,, ne revinrent pas j 5c cette marque d’opiniâtreté au commencement d’un nou- vel Empire 5 faifoit tirer de mauvaifes con~ feqüences. Cortez fouhaitoit faire fa retrai- te avec réputation fuivant qu’il s’y étoit engagé avec fes Capitaines 5c fes Soldats 9 jugeant bien qu’il avoir befoin de nouvel- les forces pour revenir à Mexique , avec plus d’efperance de conquérir cette Ville * ce qu’il avoit toujours conlîderé comme de- vant arriver quelque jour 3 5c qu’il regar- doit alors comme une obligation qui lui étoit impcfée depuis la mort deMoteznma^ dont le refped: retranchoit les deffeins du General à des bornes moins courageufes. On ne fut pas long* temps à être éclairci de ce que les Indiens tramoient durant cet- te fufpenfion 5 puifqu’ils recommencèrent la guerre avec plus d’ordre 5c de forces au point du jour qui fuivit les obfeques de Motezuma. Les premiers rayons du Soleil découvrirent aux Efpagnols toutes les rues autour du quartier garnies d’un grand nombre d’indiens armez 3 qui occupoient encore les tours d’un Temple peu, éloigné du quartier , donc on pouvoir en battre une partie^ en commandement^ coup d’arc §6 Hifloire de la Conquête de fronde. Le General aùroit fortifié cë porte s il eut eu allez de forces pour les fe- parer^mais il ne vouloit pas tomber dans la be v ûë de ceux qui abandonnent le né- cenaire pour s’attacher à la précaution. On nlontoic par cent degrez à la terraffc dé ce Temple, qui foutenoit quelques tours aiTez fpacieufes , où cinq cens Soldats chou is entre la plus brave Nobleffe de Mexique a voient pris leur porte , fi fort refolus de s y maintenir ^qu’ils s’ctoient pourvus d’ar- mes de de vivres pour plufieurs jours. Gortez trouva de l’embarras à déloger les ennemis de ce porte dominant 5 dônt Pâvanr îageetant une fois reconnu , 3e mis en ceu- J vre^par les Mexicains, pouvoir avoir de fu- neftes fuites ; ce qui l’ôbligeoit à fiire ur i prompt & vigoureux effort afin de les pré- venir. L ordre qu’il fui vit poirr y réüfiïr jans bazarder beaucoup , fut de faire forrir f plus grande partie de fa troupe , dont il forma plufieurs bataillons auflî forts qifiî le jugea a propos, afin de défendre les ave- nues, 3e s’oppofer au fecotirs. Il commit l*a traque du Temple au Capitaine Efcobar compagnie 3e cenc autres Soldats ü ente.- On commença d’abord à combat- tre aux avenues dont les Efpagnols fe faifi- rêne > 3e un moment après El cobar attaqua le Temple, & fe rendit maître 3c du véfti-r du Mexique. Livre IV. 20 j bule Sc d'une parue des degrez fans rcfif- tance , parce que les Indiens fe laifïèrent engager exprès j iorfqu’üs virent l'occa* fion favorable, ils parurent tout à coup aux baluftres ou parapets d-en haut y &c char- gèrent les Efpagnols à coups de fléchés Sc de dards fi furieufement , qu’ils les obligè- rent à s'arrêter. Efcobarfic tirera ceux qui fe découvroient -, mais il ne put foutenir la fécondé charge qui fut encore plus rude. Ils a voient préparé de greffes pierres &c des pièces de bois qu’ils pouffoient du haut de l'efcalier , & qui roulant avec une rapidité augmentée par la pente des degr.cz, obligè- rent les Efpagnols à reculer jufqu’à trois, fois. Quelques- unes de ces pièces de bois étpient à demi enflammées à deflein de les rendre plus nuifibies par une groffiere imi- tation de nos armes à feu , qui dévoie être un grand effort d'efprit de leurslngenieurs. En effetjlcs Soldats s’ouvroient pour éviter le coup, & lorfque les rangs croient une fois rompus , il falloir néce flairetn en t per- dre du terrain. Le General accompagné d 3 une troupe de Cavaliers, couroit à tous les endroits où on mmbattoit \ &c il reconnut le défavantage de fes gens : fur quoi ne confultant que fa pâleur , il mit pied à terre , §c après avoir fortifié la troupe d’Efcobar de quelques Hifloire de U Conquête 1 lafcaltequcs du corps de referve & de$ Cavaliers qui le fuivoient 5 il fe fit attacher «ne rondache au bras où il étoit bleflé \ Sç fe jetta fur les degrez l’épée à la main 9 d’un air fi fier <5 c fi déterminé 3 que dès ce moment ceux qui le fuivoient ne connu- rent plus le péril. Les obfracles de Faflaut furent furmontez en un moment:on gagna heureufementle plus haut degré 9 Sc enlui^ re la baluftrade où on en vint aux mains à coups d’épées Sc de maflucs.Le-s Mexicains croient tous Nobles^ 5c leur réfiftance mar- qua la différence que l’amour de la gloirç met entre les hommes. Ils fe laiffoient tail- ler en pièces plutôt que de rendre les ar- mes. Quelques-unsfe précipitoient par def- fus les appuis 9 perfuadez que ce genre de mort qui croit de leur choix a voit quelque cfiofe de plus noble j Sc les Minières du Temple 5 après avoir appelle plufieurs fois îe peuple à la défenfe de leursDieux^mou- rurent tous en combattant comme des de- fefperez : en forte que Cortez fe vit en peu de tems maître de ce po fie par le carnage de cette NoblefTe Mexicaine 9 fans perdre un féal homme , & avec peu de bieffez. On ne doit pas oublier en ce lieu la haute réfokition que deux braves Indiens con- çurent dans 1 embarras de la mêlée ? Sc I 4 ligueur dont ils tâchèrent d’en venir à l’é-l du Mexique. Livre IV. 207 xecution. Ces vaillans hommes déterminez à facrifier leur vie à leur patrie, & croyant achever la guerre par leur mort, concertè- rent enfemble de fe précipiter du plus haut du temple avec le General. Ils marchèrent toujours unis , 8c lorfqu'Üs aperçurent Cortez fur le bord du précipice y ils jet- teront leurs armes à defTein de s appro- cher de lui comme des dcferteurs qui ve- noient le rendre. Il mirent le genou en terre en poflure de fupplians y 8c fans per* dre un moment ils fe jetteront fur le Gene- ral, 8c fe lancèrent pardeflus la baluftra-i de Je poids de leur prife devant donner une plus grande imprelïïoa à cet effort. Cor- tez s'en défit neanmoins hpureufement a mais avec quelque peine y 8c leur attentat lui donna bien moins de colere que d'admi- ration y îorque la m°U de ces Indiens lui Gt connoître le péril qu'il avoir évité , fans ipfapprouver leur témérité , pour la part que la grandeur du courage y pouvoir pré- tendre. Cette attaque du Temple put quelques tirconflance^ qui çn facilitèrent le fuccès ivec moins de perte. Les Indiens s'épou- vantèrent lorfqu’ils virent redoubler le nombre des affaillans , 8c à leur tête ce mè- ne Capitaine qu'ils croyoienc invincible, !k fe préfenterçnt à la défenfe des degrez 1 ô8 Hijloire de U Conquête avec plus de précipitation que de diligent on remarqua que les pièces de bois qu’ils rouloient d'en haut en travers , ce qui devoir faire le plus grand effet , paffe^- rent toutes de leur long entre lesEfpagnols, qu’elles n’offenfcrent prefque point. Cet accident fut trop fouvent réitéré pour être fortuit. Quelques-uns même l’ont rappor? té entre les merveilles que la divine Provi- dence fit éclater en cette conquête. La fau- te pouvoir venir du trouble où ils fe trou- vèrent qui les empêcha de jette-r ces piece$ avec plus de précaution \ mais il efl: con- stant que cet accident facilita beaucoup la prife du Temple 5 & entre tant d’évene- mens qu’on ne doit attribuer qu’à Dieu feuj en toute cette guerre , on peut fans pouffer trop loin la crédulité , balancer quelque- fois être le miracle 3c le cas fortuit. Cprtez fit aulfi-tôt tranfporter à fon quartier les vivres dont ils avoient garni les rmgafinsdu Temple, en une quantité con- fiderable, 3c qui fut d’un grand fecours en cette pecafion. Il commanda qu’on y mïV le feu , 3c qu’on rasât les tours 3c quelques maifons entre ce lieu 3c fon logement , qui ^mpêchoient que l'artilleriene commandas fur cette épninence. On commit ce foinapx Tlafcaltedues qui s’en acquittèrent promp- lemept* Alan le General revenant à fes troupe 1 du Mexique. Livre I V. 209 troupes qui étoient engagées dans les rues s trouva qu’un gros confîderable de Mexi- caintavoic chargé les Efpagnols par celle de Tacuba ; Sc que fes gens extrêmement prefïêz défendaient cette principale avenue avec beaucoup de peine. Carrez remonta d’abord achevai , de pa fiant le bras bleflc dans les rêne s de la bride 5 il prit une lan- ce, & courut au fecours. Tous les Cavaliers lefuivirentavec la compagnie d’Efcobar y Sc d’abord le choc des chevaux rompit les ennemis qu’on perçoit à coups de lances^ fans en perdre un feul dans l’cpai fleur de la foule, outre ceux qui étoient renverfez ôc foulez aux pieds. Le combat fut fan- glant^parce que les Indiens qui s’écartoient pour éviter le choc , donnoienc dans l’in- fauter ie qui les tailloir en pièces fans beau- coup de peine» Cependant le Genetal ou- bliant fa prudence, de flatté par fes exploits* fe laiffa emporter fi avant à l’ardeur du :ombat y que lorfqu’il fe reconnut , il vie î ue la retraite lui étoit interdite s parce juele gros des ennemis qui fuyoient de- vant 1 Infanterie venoit tomber fur lui ^ Sc le mettok en danger de la vie par la vie* oire de fes gens mêmes. En cette extrémité Cortex réfolut de fe etter dans une autre rue où il crut trouver noins d’embarras ; & à quelques pas de Tome IL S 210 Hifloire de U Conquête Tentrce 5 il rencontra un parti confiderahîe d’îndiensendéfordre ,, qui menaient pri- fonnierfon grand ami André de Duero , tombé entre leurs mains par la chute de fou cheval. Le defïein qu’ils eurent d'abord de le conduire au facrifice lui fauva la vie ; car le General pondant furieuiement au milieu de cette troupe y écarta ceux qui te- noient Duero y 8c mit les autres en défor- dre ; enforte que ce Cavalier eut la liberté de fe dégager, 8c de fe faifir d’un poignard qu'ils lui avaient laiffé par imprudence en le défarmant.Ilen tua quelques Indiens, ô£ regagna fa lance 8c fon cheval. Alors les deux amis fe joignirent, 8c paflerent la rue au grand galop , en perçant les troupes des ennemis , jufqu’à ce qu’ils rencontrèrent leurs gens. Le General compta toujours de- puis cette a&ion entre fcs plus heureufes avantures , puifqu’au moment qu’il n’étoit pas trop affuré de fa propre vie , il fe trou- va en main une occafion de fauver celle de fon meilleur ami. C’eft ainfi que fa bon- ne fortune , dans le fens qu’un Chrétien le ' doit prendre 3 raffiftoitfi à propos 5 que fes fautes mêmes lui produifoient des occa~ r fions d’acquérir de la gloire. | Les ennemis étoient déjà en ijnôuvernenî pour fe retirer de tous cotez, 8c le Geberal ne crut pas qu’il fût nécefïaire de s’engager du Mexique. Livre IV. 2iî Î )lus avant ; parce qu’il étoit importable de uivre la vi&oire fans laifier le quartier dé- couvert. Il fit fonner la retraite; de quoi- que les Soldats revinflent las de fatiguez d’un combat qui avoit duré fi long-tems 3 il n’y eut que peu de blefiez^ & on n’en per- dit pas un feul. Ce bonheur ajoutoit un nouveau plaifir au repos qu’ils goûtoient $ puifque rien n’ert: meilleur que ïa vi6loire a à effuyer les Tueurs du combat. On brûla plufieurs maifonsen cette rencontre ; de la- perte des Mexicains donna lieu de croire que la rigueur du châtiment pourroit les corriger. Quelques Auteurs ont mis cette fortie entre celles qui furent faites avant la mort de Motezuma; mais la fécondé Rela- tion de Cortez même nous apprend qu’elle ne fe fitqu’après la mort de l’Empereur; de nous l’avons fuivie y fans nous arrêter à une plus exaéie difcuffîon ; parce que cet in ci-, dent n’ert: pas un de ceux dont la fituatioti importe beaucoup à THiftoire, Le {accès de l’affaut du Temple étoit dû principale- ment à la valeur du General^ parce que fon courage de Ion exemple apprirent aux Sol- dats que les difficultcz qui les arrêtaient n’é talent pas irifurmontables. Il oublia deux fois ce jour-là 3 de quelle importance eft la perfonned’un General pour la con- fervation de fes troupes, en fc jetcant dan* zii Hijîoire de la Conquête le péril avec plus d’ardeur que de pruden- ce^ ces excès de vivacité, quoiqu’ils réüfi fïflent j méritent plus d’admiration que de louanges. Cette a 61 ion fut d’un (i grand éclat entre les Mexicains , qu’il la firent pein- dre comme une avanture extraordinaire ? &c on trouva depuis quelques toiles qui repréfentoient au naturel l’attaque des degrez 9 le combat fur la terrafle 9 & en dernier lieu 9 leur défaite entière , fans épargner l’incendie & la ruine des tours 5 ni déguifer aucune des circonftances ef* fentielies de la viétoire des Efpagnols \ ces Peintures leur tenant lieu d’Hiftoi- res 9 où iis refpeâoienü la fidelité ^ par- ce qu’ils regardoient comme un crime 9 cfimpofer à la pofterité. Neanmoins on remarqua fort bien qu’ils ne manquoient pas de malice , à feindre quelques fe- cours pour fauver la gloire de leur Na- tion. Ils avoient peint plufieurs Efpagnols eftropiez & blelîez £ faifant à coups de pinceau un carnage que leurs armes n’a- voient pas fait > & honorant leur perte par le prix qu’elle avait coûtéifaute d’exac- titude 9 dont les Hiftoriens mêmes ne fçauroient laver leur profeffion ° T puif- qu’ils fe font 9 pour ainfi dire 9 un pé- ché d’habitude de cette efpece de foin ^ du Mexique. Livre IV. 21 j gui fait prendre aux rirconftances le tour de l'inclination qui conduit leur plume, Ainfi on lie fort peu d’Hidoires dont le ftile n’accufe la Patrie 3 ou Paffe&ion de ['Auteur. Plutarque en fon Traité de la gloire des Athéniens , trouve quelque rap- port entre l’Hiftoire 8c la Peinture : il feue qu'on fade une vive 8c exaéïe def- :ription des Pays , & qu'on reprefente mx yeux les actions qu’on rapporte 1 nais cette refTemblance de la plume au )ineeau n'eft jamais plus jufte que lorf- ju'on décrit les lieux où les chofes font irrivées 5 par des traits artificieux y que 'on fait pafler |)our des ornemens de la îarration 3 qui font la perfpedive des ra- deaux, & que l'on peut appeller les Lom- ains de la vérité. 214 Hifîoire de la Conquête Les Mexicains propofent un Traité de paix y a dejjein de faire périr les Espagnols par la famine. On pénétré leur inten- tion 9 & Cor te z. affemble Jes Capitaines . Ils prennent la rcfolution de fortir de Mexique cette nuit même . I E jour fuivant les Mexicains dcman- j derent une conférence y 8c on la leuf accorda avec quelque efperance de parve- nir à un accommodement raifonnable. Cortex alla jufques fur la muraille pour entendre leurs propofitions $ 8c quelques Nobles s’étant avancez 5 lui déclarèrent de la part du tsouvel Empereur : ^ Qu’il fe » diipofat fans remife à marcher avec 33 fon armée vers la mer 3 où fes grands ca- ■» nots l’attendoient , 8c qu’on cefTeroit les ^ attaques durant le *tems dont il auroiî » befoin pour préparer fon voyage. Que 3» s’il ne fe déterminait promptement à x> prendre ce parti, il devoFt être afforé de périr 5 lui 8c tous fes Soldats , fans aucu- »ne reiïourceipuifque lesMexicainsétôient 33 déjà convaincus par -plufieurs experien- ^éës > que lesEfpagnols n’étoient point im- du Mexique. Livre IV. 215 mortels, & que quand la mort de chaque ce Solciat devroit leur coûter vingt mille ce hommes^ il leur en reiîeroit encoie allez ce 30iir chanter la derniere viéloire. « Le Ge- aérai répondit: «QuclesEfpagnoIs ne ce l’éroient jamais vantés d erre ira mortels; ce nais feulement d’avoir plus de courage ce k de force que tous les autres hommes, cc k fi élevez audeffus de ceux de leurNa- ce ;ion 5 que fans avoir befoin d’un plus grandcc nombre de Soldats , il fe fentoit allez de ce ;œur pour entreprendre de détruire non ce râlement la Ville y mais encore tout erations > iis avoient arrêté , qu’afin d’é- 2 1 2 dioit alors moins éveillez j £c que leur P3 defiTein étant d’embarrader la forcie des ?y Efpagno!s 3 ainfi qu’on le jugeoit par leurs travaux 3 ils pouvaient confiderer le rif- 53 que d un corn bat au partage du lac â où » on ne pouvoir drertêr de rangs ni fe fer- - ^ vir de la cavalerie outre qu’ils auraient 33 les flan es découverts aux canots des en- 33 ne niis^ qu’ils auraient encore à percer êc 33 a foutenir en tête & en queue. Ceux qui 33 étoient d’un autre avis difoient ; -Qu’il ^étok prefque impradquable de bazarder 33 durant la nuit une marche avec bagage » & artillerie par un chemin incertain &f > 3 élevé fur Peau # lors même que la difpoé duon du teins couvert & pluvieux aug- menroir les tenebres 3c Pabfurdicé à ? une ^ pareille refblüdon. Que l’entreprife de * mettre une armée en mouvement aveç dû Mexique. Livre I Ÿ. ïzï ttfuf fon attirail 5 Sc l’embarras de mar- ce cher en jettant des ponts pour s’ou- ce vrir des p adages 3 ne pouvoit s’exe- ce cuter fans bruit <$£ fans retardement ; &c ce qu’il étoit juftede profiter de la negli- ce gence de fon ennemi^ mais qu’on ne pou- dont ils font une étude | ni fi fimpk > qu'il n’étalât quelques carâôeres v nombres a ou paroles dé celles-' qui contiennent une abominable ftipuinton avec k premier impofteur. Cor- tex fe moquait toujours des pronoftics de cet homme , mépnfint le fujet a a caufe de la profeffion v & il 1 écouta alors avec Je même mépris : mais enfin il, l’écouta ,, ce qui étoit prefque la même choie que de k çonfulrer 3 lorfqu’il ne devoir conful- ter que faprudençe * afin de eboifir- le meil- leur parti*, St la fauffe prédiction enleva, fon efprit : tant ce s gens font à craindre St leuisobfervations dangereufes a que les perfonnesdebonfensdoiventavoir en hor?- T iiij, u meme rems que l J e£> vanité y elles préoccu- îlques efpeces qui l’en- nme y ou vers la con- 224 Hiflcire de la Conquè reur, particulièrement ceux qui m les autres jpuifqu’au même rem priren reconnoîcla peut le cœur par traînent vers la crainte il an ce « 3c lorfqu on arrive au momen prendre unerefolution 3 les impreffions uu les chimères de l’imagination fe révoltent contre! entendemenr^ôc donnent toujours quelque atteinte à la raifon. C H A P I T R E XVII 1 . L'armée marche en bm ordre \ & a l'en* trée de la digne, les Indiens fe décou- vrent ^ 33 1 attaquent de toutes leurs for- 1 > par terre 33 par eau * Le combat dure longue ms \ & enfin elle prend terre auprès de Tacuba , avec une difficulté (3 une perte confiderables . v, O N envoya fur la fin du jour un des pnfonniers Mexicains 5 lous prétex- îe de continuer le traité , fuivant les pro- pofidons dont le Sacrificateur étoit char--» gé 3 croyant que cette feinte ferviroit à trom- per ies ennemis } en leur faifant connoîcre qu’on traitoit de bonne foi , & qu’on fe dxfpofoit a partir au plus tard dans huit dti Mexique* Livre IV. 115 jours. Cependant le General rie fongeoit qu’à hâter les apprêts de fori voyage, le peu de Cents qu'on avoir rendant les mo- ntées précieux. îi donna fes ordres , & prit le foin d’inG nuire tons les Capitaines 5 en prévenant, paf .iné exaéte prévoyance y tous les accidens pii pou voient traverfer la marche de Par-' née. Cortez mit à Ta vaut- garde deux cens Soldats Efpagriok, avec les Tlafcalteques es plus aguerris J 3c jufqucs à vingt Ca- valiers, fous le commandement de Gonzale le S an do val , François d’Azebedo , Diego l’Ordaz , François de Lugcr, & André de Fapia. Il commit Ikrriere-garde à Pierre l'Alvarado, à Jean Vehfquez de Leon, St m autres Capitaines qui étoient venus ivec Narvacz*, & ce corps école plus fort pie le premier. La bataille étoit eompoféc îu refte de l’armée , & c’etok elle quicon- lui foi tics prisonniers, l’artillerie &c tout e bagage. Le General fit encore un corps le referve auprès de fa perfonne , afin de jorrerdu fecours oui! feroit neceffaire. Il toit d’environ cent Soldats choifis , fous es Capitaines Alonfe d’Avila , Chrifto- îhled’Olid , 3c Bernardin Vafquez de Ta- )ia : après quoi il fit un petit difeours aux ioldats fur les difficultez 3c les dangers de :ette encreprile;, fur quoi il appuya , par- £&£ Hifîoire de la Conquête. ce que dans les converfations qu’ils avoienf enfemhle > ils s'étoienr prévenus de cette opinion 3 que les Mexicains ne combat- îbienr p mais- durant la nuit :•& il étoit ne- ceffairedeleur infpirer de k défiance > afin d’effacer cette dan^ereufe fecurite , fiatteu- le ennemie des plus braves gens, dont elle poulie i’efprit à la nonchalance y pour le |etter enfuit©, dans îe trouble 3 au lieu qu'une prudente crainte le précautionne contre une henteufe frayeur- Alors Cortez fit apporter en une cham- bre de fon appartement 3 l’or r l’argent & tous les loyaux qui compofoient le tirefor dont Chriftophle de Guzman fon Came^ fier avoir la charge. On en tira le quinç du Roy en efpeces les plus prêcieufes 3 &C du moindre volume 5 & on le mit a ver toores les formalités requifes entre les mains des Officiers qui avoient le foin des tôles Sc des munitions de l’armée- Le Ge- neral donna une jument de fon équipage jpour fer vif avec quelques chevaux bleflW à porter ces efpeces 3 afin de ne point char- ger les Indiens qui pouvoient fervir dans le occafions. Lerefte 3 fiiivantLëftimation. que Ton put en faire y . alloit au-delà de fépt cens- mille écus : éc Cortez fe refolut : fcn s aucune répugnance, à abandonner cet- te lomme y en protelbnt publiquement;;;: du Mexique, Livre IV. l'i 7 g# U ri était pas temps de s’en embarraffer 3 (3 yu ri ferait- honteux d occuper fi indignement leurs mains , qui devaient être libres pour U dêfenfe de leur vie & de leur réputation. Néanmoins comme il reconnut que les Soldats touchez de cette perte 3 n’àpprou- soient pas un défin cereflement fi généreux* il dit en (or tant : Que la retraite quais al~ forint faire ne devait point être confédérée ïomme un ab an donnement des biens qu ils avaient acquis ? ni du deffein de conquérir cet Empire , mats feulement, comme une difpofi h non necej faire pour revenir à cette e-ntreprife avec plus de vigueur comme f effort qu on fait pour retirer le bras , fort à donner une dus grande impreffwn au coup que l on porte.# A quoi il ajouta certains, mots a qui firent comprendre que ce ne feroit pas un grand péché 3 de fe munir de ce qu’on pourroit emporter commodément : ce qui ecoit a peu près remettre la chofe à la difcrction de ha varice du Soldat. Ain fi quoique la plus grande partie 3 fur - tout ceux qui aboient de l’honneur ^voyant ces richefle$ en leur pouvoir * n’en eu fient pris que ce qui ne pouvoit les empêcher de courir aux occafions > les autres > & particulièrement les gens de Narvaez * s’attachèrent au pii— lige fanss aucune confidcration x . acculant là petite capacité de. leurs manches & de fit finir à de la Conquête leurs pochettes, & chargeant leur scpâuîefc au-delà de leur forces. Il femble que cette permiffion fut une tache à la prévoyance cieCortez, qui ne pouvoir ignorer que le bunn ne retient pas feulement le bras du Soldat , mais encore fon courage , puifque les gens qui n’ont pas d’attachement à leur devoir , le défont bien plus aifément du- point d honneur , que de leur pr©ye. On ne fçauroit imputer autre chofe au General , h ce n’eft de s’être perfuatlé qu 9 if pouvoir faire cette marche fans oppofition^ ce cette confiance qui paroît peu confor- me a fon genie , avoir quelque' relation à lé prcdidfion ée.l’Aftrologue v mais après : avoir fait la faute de l’avoir écoûtéycel- ? îe»ci en eft feulement la fuite ? 6c non par une nouvelle erreur» Il était près de minuit loffqueles Efp^ ; ois for tirent du quartier, fan! que ni kuit lentinelies, ni leurs coureurs eu fient fait, aucune rencontre : & quoique la pluye & ■ ■ 1 obfcurite favorifafTent le delléin de mar- cher en grand re/ped , 6c ia penféeque les ennemis fe tiendraient dans leursrem- pars, on obferva néanmoins le filence avec tant d exactitude, que l*on nauroit pu obtenir par la crainte , ce que 1 ’obér fiance, produifit en ces Soldats. l’a- vant-garde pat fa furie 'pont volant , 6c ceux qui leçons du Mexique. -Livre I Y. iï$ duifoîent, le portèrent jiifques au premier canal % oui! fer vit ; mais le poids de Tar- ciilerie 8c des-c ne vaux l’engagea tellement entre les pierres qui le foutenoient 3 qu’il auroit ete impofibie de le cranfporter aux autres ouvertures , comme on l’avoir fup- pofe ; mais 0.0 ne fut pas en cette peine , parc^ qu avant que l’armée eut achevé de aafler ce premier trajet de la digue 3 il fai- ut prendre les armes , les ennemis Payant tttaquee de tous cotez p lorfqu’on les ao endoit le mains. L adreiïe don t les Ba rbares 00 n du i firent oute cette entrepri£e,efi véritablement ad* nirable .: ils obfervercnt tous les mou vc> nens de leurs ennemis avec une diflïmu.*- afion fine & -éclairée. Ils affembierent 8c liftribuerent fans bruit la multitude in- royable de leurs troupes; 8c ils s’aidèrent il fiience 8c de 1 obicurité^ aiin de parve* ir plus furement au deiïéin qu'ils avoienc e s approcher .fans être découverts. Le lac J t entièrement couvert de canots armez , ui vinrent par les deux cotez de la chauf- îe -> commencer le combat avec tant de mg froid 8c d’ordre 3 qu’au même rems u dn entendit l’effroyable tintamarre de ;ure cris 8c de leurs cors 3 on fentit les 3Ups de leurs fléchés* Toute l’armée é toit perdue fans reffour- 2-'3© Wifioire de la Cünqwkg ce, fi les Indiens a voient gardé dans la cha- leur du. combat le bon ordre qu’ils a voient tenu en attaquant *, mais la modération ,étoit pour eux un état fi violent 5 que i’o- béï fiance ceffa du moment que. la coiere vint à s'allumer , & d’habitude l’emporta» ils chargèrent .en foule à l’endroit où ils remarquèrent le gros de l’armée avec une fi hornblexonfufion 3 que leurs canots fe mettoienten piecesen heurtant contre la chaufieejdc le ch code ceux qui chcrchoient à s’avancer y é toit encore un autre écueil prefque auffi redoutable. Les Efpagnols fi- rent un furieux carnage parmi ces mife- rables^ nuds &-en defordre ; mais les for- ces manquoient à l’exercice continuel des .épées 3c des mâïïès : 3c un . moment après il fallut en venir aux mains à la tête de l’a- vant-garde .3 où on fit la, plus grande exé- cution f parce que les Indiens qui étoient éloignez a ou qui ne pouvoient fouffrir la lenteur des rames 3 le jetterent en l’eau êc s’aidant de leurs armes 3c de leur agilité naturelle , ilsdaurerent fur la chauffée 3 en fi grand nombre^ qu’ils ne pouvoient fe tourner,* oc ce nouvel affaut fut d’un grand fecours aux Efpagnols , qui rompirent ai- ferment les Mexicains y 3c après les avoir taillez en pièces prefque tous pleurs corps Servirent à combler le : canal , fans qu'au àn Mexique, L i v re I‘V. i g ± utbefoin d’aurre diligence que celle de les erter dans le fofFe , eu ils firent un Donc l nos troupes. C’e.tt ce qif aucuns de' nos iutcurs ont écrit 3 quoique d’aucres rap~ lortent qu’on rencontra heureulemenr une )ourre ailcz large^ que les ennemis a voient lifTée en rompant le fécond pont 3 où les oldats pafferent à la file* menant les c be- aux dans icau par la bride. Quoiqu’il n (bit. 4 -car il n’eft pas ai/e d’accorder ces irconftances 3 8c e!4es ne meritent pas tant attention 3 4 indirftrie;& le bonheur con- àbuerenc également à faire funnonter la ifficuké de ce pa/Tager: 8c 1 apne-garde antinua fa marche^ans s’arrêter beaucoup iidernier canal , parce que le vorfinage de ferre eau foie une diminution confide- tble aux eaux du Lac. Ainfi on paiTa ai- ment à gué ce, qui en reflcit :> 3c on cou- dera comme une gxande femme* que les memis x qtii avoient tant de troupes de ref- n'en euffent point-jetté queiqukines au 3iit de la digue 3 qü les Efpagnols qui ga- loiencdes bords du Lac 3 fatiguez ou b!ef- z 3 5c dans 1 eau jufques à la. ceinture , iroient été obligez à d i 1 p u ter d ’a bord 3 par i n o u vea u combat très- dé (avantageux ais la prévoyance des Mexicains n'alia s jufques à cette précaution; & ii fem- e qu’Us décou vrirent un peu tard kmar-, 1 3 i Hifioire de la Cousjuete che de l’armée 3 ou ce qui eft plus certain -J la confufion ôcl’emprefiêment ne donnè- rent pas le rems neccfTaire à prendre tau- tes les mefures pour l’empêcher,. Le General pafia aveu la première trou;- pe *, &c ayant ordonné fans s’arrêter à Jean de Xara mille de la mettre en bataille à me- fure que les Soldats arrivaient 3 il retourna fur la chauffée avec les Capitaines Sando- ya\ y Oîid 5 d’Avila 3 Morla 3 & Demi ni- quez : là il fe jetta 4 ’épée à la main au plus fort de k mêlée , animant fes Soldats par fa préfence & par fon exemple. Cortez for- tifia fa troupe d’autant d’hommes qu’il en étoitbefoin pour repouffer les ennemis : il commanda que l’on fît la retraite 3 en dé- filant par Iccentre ; êc afin que le mouve- ment fût plus libre ^ il fit Setter dans l’eau toute l’artillerie , qui embarraîloit le paf- £age. La valeur du General eut un grand emploi en ce combat * mais fon efpritfouf- firit encore davantage 3 lorfqu’au milieu de cette affreufe obscurité 9 le vent porta à fes oreilles les cris des Efpagnols , qui fe recommandoient hautement à Dieu aux derniers mamens de leur vie : éc ces cris jriêlez avec les hiiriemens êc les menaces des Indiens , allum.cie.nt un autre combat dans le cœur de Çortez 3 .entre les meuve* mens delacoleje êc ceux de la pitié. On du Mexique . Livre IV. 23 $ ■ On enrendoirees funeftcs voix en un en- droit de la Ville où il étoit impoffîble de porter du fecours 3 les ennemis, qui étoient iur. le lac ayant eu l’adrefie de rompre le pont volant \ avant que tonte l'arriere*gar- de eût achevé de palier *, Ôc c'eft en ce üeu gue les Efpagnols firent la plus grandi c per- te , parce que le gros des Mexicains vint tomber fur eux , & les obligea à le retirer tn détordre de l'autre côté de la chauffée* Les moins diligens furent taillez en pièces m cette occafion * 5 & la plus- grande partie dit de ceux 9 qui oubliant leur devoir 5 n*é-> oient pas dans les rangs , à caufe de rem- barras de l’or qu'lis a voient pillé dans le quartier. Ils périrent faonteufement em- bradant ce miferabîe fardeau 3 qui les avoir ’endus inutiles au combat 3c pefans à la uite : 5c ccs miferables viétïmes de l'a- varice décrièrent encore mal à propos; :ette occaffon 3 parce qu'ils furent comp- ez au nombre des morts y comme s'ils ivoient vendu chèrement leur vie ; quoi- [u'en bonne juftiee les poltrons ne doi- vent point entrer dans la lifte des gens de ;uerre. Enfin y Cortez fit fa retraite avec toutes fu'il put recueillir du débris de l'arriéré- rarde : 3c comme il pafîoit fans beaucoup lobftacle le fécond efpace de la chauffée ^ Time IL v V i , v % 3 4' Wijhire de la Conquête Alvarado vinr fe joindre à la troupe 5 étant: redevable de fa vie à un effort de fa vigueur &. de fotr, agilité qui approchok du pro- dige.CeCapitaine fe voyant chargé de tous cotez , fon cheval tué:, & devant foi un ca«*~ Bal fort’ large 3 mit le bout de fa lance au fond de ce canal, &c élançant en l’air fon eoipsjoutemi par kfeuieforce de fes bras^, il fa u rade l’autre côté ; hardidlé merveil- leufe 5 que Mon regarda depuis comme une dfpece de miracle ÿ.& Ài varado même „ i>riqu’ii?foifbir reflexion à fon avanture - à- Le vâë* du -canal ^trouvoit de la différen- ce entre le . fait là poilîbiliré* Bernard: Biaz ffà pu s’accommoder de cette hiftoi- sc: 9 & ill’a combattue a ffez mal plaidant cette ci r con ftan ce, 6c: 1 a reprenant avec tou- te la défiance d 3 un homme qui craint d-a- • voir été trompé^ou qui le repent de fa bon- ite foi il U' y en a poin t trop 5 à croire qu’Âl- mrado ifà u roic pas voulu, en cette con- - jqnâirre^feinQre une aeffion contre la -vrai- ifemblance &:fa probabilité:^. 8c que n’àl— loir tout air pUM qu’àda gloire de fa lege- mi®. Cdi pourquoi nous avons rapporté: ce que, les, au très Auteurs en ont crû &- gtfbiiéq & ce que la voix publique aauto? iFifé , en fignalaat cet' enclroit par le nom dü:&u-t;d 3 Aivarado ^fins foire façon d’a- qu'en cetfceayancure^ainû >qu 3 ën plu-. du Mexique* Livre IV. ryy fleurs autres , le vrai peut concourir avec ce qui paroît peu vrai- lemblable;& l’extrê- mité où ce Capitaine fe trouvoit 9 . rend Yà&ïon moins admirable , puisqu'elle n’é- toit qu'un effort extraordinaire, de la der- nierenéceflité-.- Certes marche vers Tlajcala. Quelques-? troupes des Filles voijines le fmvent de- loin > jufcjti à ce que s’ étant jointes avec? celtes des Mexicains , elles attaquent les f Espagnols , & les obligent a- Je retirer dans * m Temple*- L E jour commençôità paroître, lorf-- que toute .l’armée fe trouva en terre-;* ferme ; ôc l'on fi taire auprès de Tacufea quoiqu'on eût lieu de craindre quelque in-* fuite de la part de cette Ville fort peuplée ^ de attachée au parti des Mexicains: Néan- : moins le General ne voulut pas encore J abandonner les bords du lac s afin de recueils iir ceux quipouvoient être êchappezdece: tombat y 8c la précaution parut néeeffaire: Sc Bien imaginée 3 puifqu’elle fauva quel- ques Efpagnols & Tlafcaltequesq, . qui ; part ièur valeur ££*pMdcu&adicflhfe' jetterentaà Wijj . Mijhire de la Conquête la nage, & arrivèrent au bord du lac.où ifs eurent le bonheur de fe cacher dans les champs de maiz qui étoient aux environs* Ces gens apprirent au General x que la derniere partie de l’arriere-garde avoir été entièrement défaite \ 3c lorfquhl eut mis toutes les troupes en bataille , on trouva qull manqùoic environ deux cens Efpa-' gnolsj plus de mille Tiafcalteques ,, qua- rante-dix chevaux , 3c tous les Mexicains pnfonniers^ qui fans pouvoir être recon- nus en cette eontufîon durant Eobfcurité > furent traitez comme ennemis par ceux de leur Nation. Les Soldats étaient fatiguez , Sc- étonnez par la diminution considérable 4e VA rmée y 3c la perte de l’artillerie ^ à la veille d’être encore chargez par les en- nemis 5 3c éloignez du terme de la retraite. Entre tant de fujets de chagrin>on regardoic comme un malheur encore plus affligeant 3a mort de quelques-uns des principaux Chefs, dont les plus fignalez furent Atmfi àor de Lariz, François de Morîa , &-■ Fran- çois de Salcedo y qui perdirent la vie, em ^acquittant de leur devoir avec une valeur extraordinaire. Jean Velaiquez de Leon mourut auffi en cette occalîon , faifant la retraite à la queue de l’arriere-garde , ac- cablé par le grand nombre des ennemis y & témoignant un courage myi&cibie juf-'- du Mexique . Livre TV. ±17 rfau dernier foupir. La perte de cet Offi- ier fut généralement regrettée,, parce qu’il toit refpetfé de tous les Soldats, comme i fécondé perfonne de l’armée. Velafquez toit en effet un Capitaine d’un très-grand ’rvice y autant pour le confeil que pour execution-, un peu fec en fes maniérés y nais toujours vrai 8c finccre , fans être ni adieux ni ennuyeux dans la converfation^ mbraffant le meilleur parti avec tant de enerofité &c de grandeur d'arne a qui! bandonna celui de fon parent Diego Ve- ifquez-, parce qu’il vit que fes intentions ’étoienc pas droites. L^eftime qu’il avoir cquife le faifoit confrderei comme uo omnie très-néceflaire à la conquête de «lexique ; 8c fa perte laiffa un égal exerci* e à la mémoire > 8c au deffr. Pendant que les Capitaines mettoientles roupes en ordre pour la marche- Cortez ppuyéfhr une pierre fe repofoit y mais vins un accablement d’efprit qui n’eut ja- iaistant.de befoin de fa force 8c de fon durage pour retenir fon reffentiment dans nejufte modération. Il rappeiloit toute fa ônftance , 8c demandait quelque trêve à es trilles reflexions. Cependant au même sms qu’il donnait les ordres , Sc qu’il ant* lait les Soldats avec cetrc vivacité qu*ii dnfexvok toujours^ fes yeux répandirent '£'3 § Hiftoirr de ta Conquête des larmes qu’il ne put leur cacher 2 par Utit foiblefie de l’humanité * qui étant excitée par un len riment de tendreffe pour l’interet commun ^,ne donnoit aucune atteinte à la grandeur du courage.Ët ce fut affurément un fpeéVacle digne d’admiration de voir tantd’affliârionfoutenuëde tant de fermeté, & le vifage de Cortez baigne de fes larmes fans lui faire perdre l’air d’un vainqueur. Il le iouvint alors de la prédiéiion de l î Aftrologiïe i( & demanda ce qu’il étoitde* Veniïjfoirtà deflTein de reprocher accrhom*- me le oonfcii qu’il lui avoir donné de hâ- ter la marche de l’armée - y ou de faire quek- que diverfion à fes chagrins , en raillant lé Devin fur la fauffeté de fon art. On trou- va que ce mnerable avoir péri à la pre® miere attaque fur k digue fuivant la defo îinéeordinaireà ceux de fa profefïïon* On ne parle pas ici de ceux qui poffedant à fond les principes de cette fcience 5 fçavent encore la réduire aux termes de la raifon 5 suais feulement deees impofieurs qui pren- nent la qualité d’Àftrologues judiciaires ©u Devins g & dont la plus grande partie traînent une miierable vie 3 terminée par quelque défaftre : appliquez au Bonheur cËàutrui a & toujours chargez de miferesj; en forte qu’un A uteur fort approuvé a cm ( que. le. fcul penchant :ài l’obfervation des* dk Mexique. Livre I V* 2 j? fpecls heureux ou in for tu nez des a (1res , narquoit un point de naiffance fous une aaudite étoile. Entre tant de difgraccs 3 Cortez eut cet- pconfolation oui lui fut commune avec mce l’armée 3 de ce qu’au milieu de cette omble confufion 3 AguÜar & Marine chaperent du combat. -Ces deux fdjetsné- )ient pas:moins:néceffaires alors à la çon- uête r qu’ils l’avoient été autrefois 3 par» “ qu’il étoit impoflible faute de rru cfic- icns > dérciter ou d’attirer les efprits des ! = îations ^ dont on fe propofoitl’alEftance,, In autre effet de bonheur qui n’éroit pas roins 1 çonfiderable 9 fut que les Mexicains • ’eurent pas le cœur de Elu vre leur avanta- 2 ,. 5c qu’ils donnèrent aux Efpagnols le :ms de refpirer de fe mettre en mar« te avec plus d’ordre 5c moins d 5 empref~ iment^ enlevant môme tous les faleiïez fur croupe des chevaux.. Leur retardement intd’Un accident inopiné que Lob peut r /ec j.uftice attribuer à la Providence. Ler^ is de Motezuma qui étoient auprès de urpereen fa prifon 5 .& les autres pri- mniers qui fui voient le bagage des Eff- ignols 3 furent maffacrez par les Me-xi* tins mêmes 5 les Indiens attachez à pii— ■ r la dépouille des morts , reconnurent au latin ces pauvres Princes percez de leurs 24 °' HÏJloire de la Conquête fléchés. Comme le peuple les re veroîc avec certe efpece d’adoration qu'il avoir pour l’Empereur leur pere , cette vue jetta les Mexicains dans une fi horrrible confterna- tion , que les uns demeuroienc immobiles , fins oler dire la raifon de leur étonnement, lesautresde retiroient éperdus , &: faifoient place à la foule ; mais perfonne ne difoit mot , la frayeur étouffant jufqu’aux fou- pirs. Enfin le bruit de cette avanture cou- rut par toutes les troupes , & y fit le même effet , fufpendanrpour un tems tous les au- tres fentimens , par cette efpece d'aliena- tion que les Anciens appelloientTerreur pa- nique. LesCommandans réfolarentddnfor- mer 1- Empereur de cet accident * de cePrin- ce qui avoir befoin d’une feinte démonf- îrationde douleur , afin de flatter Pefprit de fes Sujets dans une véritable affliction y ordonna que l’on fîtaice p>ar tout , Bc que 1 on commençât la cérémonie des funérail- les par les clameurs &c les gemiffemens or- clinairesdufqu’à ce qu'on eût livré les corps aux Sacrificateurs pour les conduire au lieu de la fepulture de leurs Ancêtres. Les Efpagnols furent redevables du repos & du foulagement qifils trouvèrent après une fi furieufe défolation '& tant de fatigues à la mort de ces Princes. Neanmoins ils h ïcgretcercm comme une de leurs plus gran- des du Mexique . Livre IV. 14.1 des pertes , Sc particulièrement le Gênerai» qui refpeéfolt en eux la mémoire cîe leur Pere \ & fon-doit une bonne partie de fes efperanees fur le droit que l’aîné avoit à la Couronne. Cependant l s armée s’avançoit fur le che- min de Tiafcalâ fous la conduite de quel- ques guides de cette nation. Le retarde- ment des ennemis donnoit unejulte défiant ;e \ & comme en ces occafions la crainte 'ait quelquefois un meilleur effet que Pat urance 9 on marchait en bon ordre fans ju'aucün Soldat ofât quitter les rangs. On ne fut paslong-tems fans découvrir ]uelques troupes d’indiens armez 3 qui "ui voient les traces de l’armée 9 fans en ap- procher. Ils étoient forcis de Tacuba, d’Ef- :apuzalco & de Tenecuya , par l’ordre des Mexicains , à delTein d’arrêter les Efpa- ;nols jufqu’à ce qu’ils fe fuflent acquittez les devoirs funèbres qu’ils rendoienr aux mfans de Mptezuma -, précaution remar- quable entre des Barbares. Ces troupes ne irent pas un grand embarras,parce quelles e tinrent toujours à une di fiance d’où elles te pouvoient offenfer lesEfpagnols que par surs cris *, & cette importunité dura juf-: [ü*à ce que le gros des Mexicains étant rrivé,ces gens détachez s’y joignirent avec mpreffement. Et s’avançant alors avec U Tome IL X 2^.1 Uiflolre de la Conquête legereté naturelle aux Indiens , ils attaque^ rend armée avec tant de furie, qu’on fut obligé de tourner tête pour les recevoir. Le General étendit autant qu’il put fes bataillons fur un même front, 5e mit tous les Arquebufiers 5e les Arbalétriers aux ; premiers rangs , fe trouvant engagé à i combattre en rafe campagne, fans voir au- f eun lieu de retraite , ni pouvoir fortifier fes i troupes à dos. T ous les Indiens qui s’appro- choient étaient abbatus,fans que leur mort i épouvantât les autres. Les Cavaliers fai- foient des irruptions fort fanglantes. Ce-i pendant le nombre des ennemis croifïbit à tous moniens , 5c ils incommodoient fort: les Efpagnols à coups de fléchés 5c de pierres. Nos gens çommençoient à fe la fri fer fans efperer.de vaincre , 5c leur valeur [ accufoitdéja le manque de forces , lorfque ; Coïtez qui combatroit en Soldat , fans ou- j blier les attentions d’un Capitaine , remar< qua une petite éminence peu éloignée, £ qui commandoit de tous cotez fur la plai- : ne» îl y avoir fur cette hauteur un bâtiment r garni de tours , que Textrémîté où il f© : trouvait lui figura comme une forterefle, r Cprtez réfolùt de gagner ce pofte a vanta- ; geux par fa fituarion ; & ayant détaché i quelques Soldats à deflein de le reconnût- ! tre a il les fit fuivre par toute f armée» Ce j du Mexique* Livre IV. 143 mouvement donna beaucoup de peine 3 par~ ce qu’il fallut faire tête aux ennemis en gagnant le terrein vers la hauteur^ &c jettee tous les Arquebufiers furies avenues. En- fin le Général vint heureufement à bout de fon deflcin , parce qu’on trouva le porte abandonné 5 dans le bâtiment tout ce qu’on pouvoit s’imaginer alors pour fe mettre à couvert. C’étoit un Temple d’idoles fauvages 3 â qui ces Barbares recommandoient la ferti- lité de leurs moifîbns. Les Sacrificateurs &C les Miniftres de ce culte abominable Pa- yaient laiflé défert 3 fuyant le voifinage de la guerre /contraire à leur profeffion. L’enceinte du Temple étoit % airez fpaeieu- fe, & fermée d’une muraille qui étant flan- quée de quelques tours i pouvoit être mife en défenfe.Les Efpagnols reprirent haleine à l’abri de fes remparts s qu’ils regardoient comme une forterefle inexpugnable. Ils tournèrent en même tcms les yeux & leurs cœurs vers le Ciel y recevant ce foulage- ment comme un fecours delà Divine pro- tection v &C cette pieufe réflexion fubfifta même après le péril /puifqu’ils firent bâtir en ce lieu même 5 un Hermitage fous le titre de Notre-Dame des Remedes ,âfin de corn ferver dans la mémoire des hommes 3 Pim» portance de la reflource qu’ils rencontre- fi X ij £44 Hifiotre de U Conquête ïent en ce T cmple pour fe tirer d’une occa- fion où ils fe trou voient réduits à la derniè- re extrémité; & l’on en voit encore aujour- d’hui les effets fenfibles , au feeours que la fainte Image procure à plufieurs be- foins , & en la dévotion des Fidèles qui 1 viennent rendre à la très-fainte Vierge de très-humbles grâces de ce bienfait. Les ennemis n’eurent pas le courage de monter fur la hauteur , & même ils ne té-/ ynoignerent aucun deffeinde tenter unaf- faut. Ils s’approchèrent feulement à la por- tée du moufquet , de l’éminence qu’ils en- veloperent de tous côtez. 11$ faifoient de terns en tem$ quelques irruptions ,en battant l ? air à coups de fléchés, & quelque- fois les murs du T ernple , comme s’ils euf- ! fent voulu les punir de ce qu’ils s’oppo- loicnt à leur vengeance, Cependant leurs 1 cris êc les menaces donc ils tâchoienc de fatisfaire leur fauffe valeur, en découvraient la foibleffe ; & on n’eut pas beaucoup de ! peine à les repouffer jufqu’à la fin du jour , 1 qu'ils reprirène tous le chemin de Mexi- 1 que; foit afin de garder leur coutume de fe retirer avec le Soleil , foit qu’ils fe trou- : vaffent abbatus d’avoir été en un continuel ' exercice depuis la minuit du jour préce -3 1 dent. On reconnut du haut desTours qu’ils 1 laffoientaiteatt milieu, de la plaine | êÇ . du Mexique . Livre ï V. ±4 f "qu’ils tâchoient de couvrir leur de/Tein eh fe partageant en diverfes troupes : comme S’ils n’en avoicnt pas donné des marques évidentes 5 3c publié par la maniéré dont ils feretiroient , que la quëftiofi n’étoit pas encore décidée. Le Geheral logea l’armée avec toutes les précautions qu’on eft obligé de prendre durant la nuit en un pofte peu fur. Il com- manda que l’on changeât fouvent les gar- des & .les fentinelles 5 afin que tout le mon- de goûtât à fon tour un peu du repos : orl alluma du feu en quelques endroits , tant parce que la faifon demandait ce fecours y que pour confumer les fléchés des Me^- xicains , 5c leur retrancher cette munition» On diftribua par mefure aux foldats le peu de rafraîchiflernens que l’on trouva dansce Tcmple 3 & que les Indiens avoienC pû fauver avec le bagage ; 3c les Officiers donnèrent une attention particulière à la ^uérifon des bleffez c qui étoit difficile en :e défaut general de toute forte de provi- ens. Neanmoins on inventa quelques re- mèdes de ce qu’on avoir en main y 3c qui foulagerentau moins la douleur par vertu y du par hazard : on tira du fil 3c des ban- des des couvertures des chevaux. Cortez appliqué à toutes ces chofes 3 n*en “toit pas moins attentif au péril où il fe X iij ±4<£ Hifloire delà Conquête trou voit engagé j de avant que de fe don- ner quelques momens de repos , il affem- bia les Capitaines 3 afin de concerter avec eux ce qu’on devoir faire en cette conjonc- ture* Il avoir déjà formé fa réfolution 5 mais ni fe gardoit bien de décider fouveraine- suent aux occafions périlleufes 5 étant grand maître en cet arkd’attirer les efprits à l’avis le plus raifonnable , fans découvrir fon fen- fiment 3 ni s’armer de fon autorité* U leur propof a donc divers partis avec les inton- veniens^ remettant à leur choix à décider fur la facilité ou la difficulté des moyens, ï 1 remontra d’abord : » Qu’on ne retom- 3> boit pas deux fois impunément en l’cx- 33 t rémité où ils s’étoient trouvez ce foir-là y 35 &. qu’ils ne pouvoient fans témérité fe 35 rejetter dans rengagement de marcher 30 en combattant avec des forces fi inéga- » les à celles des ennemis 3 &c de faire en 3» même tems deux mouvemens fi oppo- fez. Il ajouta 1 Qu’a fin d’éviter une rçfô- solution dont le danger Sc les inconve-) 33 mens étoient fi confiderables 3 il avoir 35 fongé à attaquer les ennemis dans leur! 35 camp à la faveur de la nuit ; mais que ce 35 parti lui paroiffioit moins avantageux , 9 35 en ce qu’on dtflîperoit feulement cette 35 multitude d’indiens par la fuite 3 pour 35 les voir raflembler un moment après fui-l — du Mexique. Livre IV, 24? Vint leur coutume 3 qui feroit traîner et long- teins cette guerre. Qu’il avoit donc ce penfé à fe maintenir dans le pofte où ce ils croient -jufques à ce que la fatigue «c d’un fiege obligeât les Mexicains à fe ce retirer 3 fi la neceffité des vivres qui ce commentoit à fe faire fentir 3 n’eût ren- ce du cette vove prefque impratiquable. ce Qu’il s’offroit un autre parti 3 ( c’éroitee celui qu’il vouloir prendre ) qui é toit ce defe mettre en marche dès cette nuit ce même j enforte que le jour les trou- ce vât à deux ou trois lieues du lieu où ils ce étoient. Que fi les Indiens fuivant leurcc maniéré ne faifeient aucun mouvement ce jufques au lever du Soleil , les Efpagnols ce aüroient l'avantage de faire leur chemin ce fans obftadb $ & quand les Mexicains ce prêndroienc la refolution de les fur- ce vre 9 ils ne pourroient les joindre fàns« être fatiguez 3 & la hffitude des Soldats 3 cc ce feroit une cruauté de les expoler fans ce aucune raifon ? au travail d’une mar- ce che précipitée durant les tenebres, parce un chemin incertain $ quoique l’occa- ce fion &: la neceffité où ils fe trouvoientcc -4^' Hiftoire de la Conquête 70 demandafTent des rcmedes extraordî* 33 naires 5 & une prompte refolution *, < 5 c puifqu’il n“y avoir rien de fur ? il falloic » pofer les difficultés & s’abandonner à 33 la refolution qui en auroit le moins. Sur ce raifonnement du General tous les Capitaines convinrent que le dellein le moins périlleux 3 & de plus facile execu- tion 3 étoit d’avancer la marche del’armée 5 ’ fans autre retardement ^ que celui qui étoic neceffaire à donner quelques heures au re- pos des Soldats *, & on conclut de partir à | minuit précifément. Cortez fe rendit à l’a- ! vis commun , comme s’il n’en eût pas été I l’Auteur. C’eft ainfi qu’il en ufoit avec ad relie,, afin d’éviter les difputes, lorfqu’on en venbic à la conciufion : & e’eft la mé- thode de ceux qui fçavent l’art de décidée en demandant confeil ; ce qui fe fait en prévenant toutes les objections par la for^i : eedefon raifonnement, ! du Mexique. Livre I V. 249 CHAPITRE XX. Z>es Efragnols continuent leur retraite 3 avec une furie u fe fatigue & de grands obfla - cles , jufques a leur arrivée à la vallée d'Otumba> ou toutes les forces des Me- xicains furent rompues défaites dans un combat • P Eu de tems avant l’heure marquée 3 on aflembla les Soldats 3 qui dormoient en défiance , Sc qui n’eurent pas de peine à s’éveiller. On leur déclara l’ordre y & les raifons qu’on avoit de l’executer 5 à quoi ils applaudirent tous 3 en fe difpofant à marcher. Le General commanda qu’on laiflat les feux allumez 3 afin de cacher aux ennemis le mouvement qu’il alloit faire; & donna le commandement de l’avant- garde à Diego d’Ordaz^avec de bons gui- des. Il jetta la plus grande partie de fes forces à l’arriere-garde , où il demeura 3 voulant être près du péril 3 & aflurer par fes foins la tranquillité des autres. Ainfî Parmée femiten marche*, 6c Cortez or- donna aux guides de s’écarter un peu du grand chemin, afin de le reprendre au point du jour. Ils s*avancerent en cet ordre plus d’une demi-lieue } fans que le fîlence de la nuit fût troublé par le moindre mur-, mure, A l’entrée d’un païs inégal , & coupé de plufieurs montagnes , les Coureurs donnè- rent en une ambufcade , que ceux-mêmes qui l’avoicnt drefiee découvrirent mal-à- propos , fi brutalement , qu’ils en aver- tirent les Efpagnols par leurs cris, & par les pierres qu’ils leur tiraient de loin. On voyoitdefcendredes montagnes, & fortir d’entre les bui fions divcrfes troupes d’in- diens , qui venoientinfuîter les Efpagno’s par les flancs, mais fans aucun ordre: & quoiqu’ils ne fiflent pas un corps capable d’arrêter la marche , il falloir toujours le fepouffer, éviter diverfesembufcades, êc difputer quelques défilez. On appréhenda d’abord une fécondé irruption de l’armée qu on avoit lai fiée de l’autre côté du Tem- ple; & quelque-uns de nos Auteurs rap- portent cette aétion comme une attaque de la part des Mexicains ; mais leur manie-v re n etoit pas de combattre ainfi par dé- tachemens , & cela ne s’accorde peint avec ce qu’ils firent enfuite. Notre fentiment eft donc que ces Indiens croient ramaffez des milices de toutes les Villes voifînes^ qui par un ordre fuperïeur venoient incommo- der la marche en occupant les pa liages j du Mexique» Livre IV. 15 1 puifque fi les Mexicains avoient connu la retraite des Efpagnols, ils feroient venus en erros les attaquer par l'arrierc-gardê , Sc n’a ur oient point partagé leur armée en pe- tites troupes, afin de convertir la guerre en ces hoftilitez. L’armée fit deux lieuës^combattant ainii avec moins de péril , que d’importunite *, & au point du jour elle fit altc, en un au- . tre Temple , moins grand Ôc moins eleve que le premier , mais affezbien pofte pour découvrir la campagne , & prendre , lui- vant le nombre des ennemis , les meiures capables d’établir fa fureté. Le jour décou- vrit la quantité &c le defordré des Indiens : & ce qu’on craignait comme une nouvelle charge de la part des Mexicains , fe trou- vant réduit à quelques incurfions de Pal - fans i on continua la marche fans s’arrê- ter , & à defiein de s’avancer le plus qu’il feroit poffible > afin d’eviter 5 ou de ren-. dre moins facile la pourfuite des Mexi- cains, Les Indiens continuoient leurs ens oC leurs menaces , mais de loin , comme des chiens peureux , qui épuifent toute leur colere en de vains abois , jufques à ce qu a deux lieues de là > on reconnut un Bourg bien fitué-, & qui paroiflbit fort peuple. Cortez ledeftina pour le logement de les m • ^5 2 Hijîoire de la Conquête troupes # 8c donna ordre qu’on s’en faisîe a vive force , fi l’on ne pouvoit y entrer paifiblement : mais on le trouva abandon- ne de tous fes Habitans 3 & quelque peu de vivres qu’ils n’a voient pu emporter,qui ne contribuèrent pas moins que le repos 9 à établir les forces des Soldats. L’armée s’arrêta en ce lieu un jour ou deux 5 félon quelques Auteurs. 5 parce que l’état où les blefTez fe trouvoient 5 ne per- mettoit pas que l’on fit une plus grande diligence. Elle fit enfuite deux autres jour- nées de marche s après quoi elle trouva un pais fâcheux & fterile^ toujours hors du grand chemin 3 & en grand foupçon des guides qui la conduifoient. Les Soldats ne trouvoient point de couvert où ils puffent pafîer la nuit,& là çerfecution des Indiens ne cefioit pointais etoient toujours en vûë, foit qu’ils biffent les mêmes^ou d’autres qui fuivant les premiers ordres > faifoient des courfes en leur païs *, mais fur- tout 3 la foif & la faim travaillèrent extrêmement les Lfpagnols en ces paffag es 9 juiqu’à les Jetter dans le dernier accablement. Nean- moins les Soldars 8c les Officiers s’ani- moient réciproquement à fouffrir a 8c la patience faifoit les efforts à l’envi de la va- leur. Ils en vinrent jufques à manger les herbes & les racines 5 fans examiner fi âu Mexique . Livre IV. 2 5 j !les étoient venimeufes^ ou non, quoique “S plus fages les cueilliffènt avec choix 9 vivant la connoiffance que les Tlafcalte- ues en ,a voient, Un des chevaux bleffez aourut alors ; & on oublia aifcment &C vec plaifir > le befoin qu’on pourroit en voir , parce qu’il fut diftribué comme un tgale admirable aux plus pauvres Sol- ats, qui celebrerent cette fête /en con- iant leurs amis au feftin ' 9 où les fcrupuleg u goût cederentà la contrainte de la ne- effîté. Cette fâcheufe marche aboutit enfin à un etit Bourg 3 dont les Habitans laiflerent entrée libre 9 fans fe retirer comme les au- es , témoignant delajoye &; del’empref» ment à fervir les Efpagnols. Ces foins &C *s careffes étoient un nouveau flratagême es Mexicains 5 tendant à ce que leurs enn- emis donnaient de meilleure foi dans le iege qu’ils leur avoient tendu. Les Indiens roduifirent 9 fans aucune violence , les rovifions qu’ils avoient 9 & en tirèrent îême des Bourgs voifins , autant qu’il :oit neceflaire 3 pour faire oublier aux Soir ats ce qu’ils avoient enduré. Au point u jour r armée fe mit en ordre 9 afin de affer la montagne 5 dont la côte oppofée onduifoità la Vallée d ? Otumba , qu’il faU )it neçeflairement traverfer pour gagne* Hifloire delà Conquête le chemin deTlafcala. On reconnut que les ennemis prenoient d'autres maniérés \ leurs cris n’étoient plus que des railleries , j qui témoignoient une elpecé de fatisfac- îion -, 6e Marine remarqua qu'ils repeterent plufieiirs fois ces mots : Allez. , Tyrans , vous Jerez, hïen-tot en un lieu , ou vous per irez, tous* Ce difcours donna beaucoup à penfer aux Efpagnois , car il était répété trop fouvent, pour être avancé témérairement, Quel- ques uns fe figuroient que ces Indiens, voi- fins de la Province de Tlafcala j- voyoient avec plaifir le péril ou les Efpagnois al- loient fe jetter \ fupofaht que le peuple de cette Province n’avoit plus ni fidélité , ni affeélion pour eux >mais le General 6c lés Officiers qui avoient plus de pénétration 3 comprirent que ce changement au procédé des Indiens , étoit un indice certain de quelque embufeade fort proche , 6e leur raisonnement étoit fondé fur diverfes ex- périences de la facilité avec laquelle ces peuples découyroient fottement pe qu’ils avoient le plus d’intérêt de cacher. Sur cette fuppoficion , Cortez prévinf l’efprit des Soldats , en les animant à fe difpofer à quelque nouvelle occafion : 8c l’on continuoit la marche , lorfque les cou- reurs vinrent Pavertir que les ennemis s*é- îoient emparez de toute la vallée que l’on àti Mexique. Livre IV. 255 3 écouvroit du haut de la montagne , en warrant le chemin que les Efpagnols cher- :hoienc, par un nombre effroyable de trou- ^esen armes. C’étoit la même armée des Vlexicains qui s’étoit retirée de devant le Femple \ de qui avoir reçu un renfort con- îderabl e„ Les commandans, fuivant ce ju*on peut en juger par l’évenement, ivoient reconnu la retraite fubite des Efpa- ;nols’, de quoiqu’ils euflent pu efperer de es joindre aifément y l’expérience qu’Hs ivoient faite durant cette nuit , leur avoit lonné une jufte défiance de ne pouvoir lès iéfaire entièrement , avant qu’ils arrivai ejit aux frontières de Tlafcala y s’ils vou- oientfe retrancher dans les portes avanta- geux de ces montagnes. Ils avoient donc lépêehéen diligence à Mexique,afin qu’on ppliquât toutes les forces à l’exécution l’un deffein de cette importance ; de la >ropofition qu’ils en firent fut fi bien re- :iïé y que toute la NoblefTe partit au même noment , avec le refte des milices qu’ils voient convoquées. Ces troupes fe joignis enta l’armée en trois ou quatre jours -, de >n la partagea en divers corps, qui marché- ent à l’abri des montagnes avec tant de liligence , qu’ils prévinrent les Efpagnols^ k: occupèrent la vallée d’Otumba, dontle erreur fore vafte leur donnoit lieu d’éten^ z {£ Hifloire de U Conquête dre leurs bataillons fans embarras, & d’at- tendre leurs ennemis à couvert de la mon-» tagnejÔc véritablement un projet concerté & exécuté avec tant de juftelTe , pourroit être envié , même en des Chefs d’une plus grande expérience , & entre des Nations pl :s polies. On eut de la peine àfe perfuader que cette armée fût celle des Mexicains ; &c on crut en montant la côte, que ces diverfes troupes qui voltigeaient autour des EF» pagnols , s’étoient réunies à deffein de dé-, fendre quelque paffage , avec la foibleffe ôc la lâcheté qui leur étoit ordinaire : mais la furprife fut extrême , lorfqu’on découvrit du haut de la montagne une puiffante ar- înée rangée en allez bon ordre^dont le front occupoit Tefpace entier de la vallée , Bc te fonds s’étendoit au-delà de la portée de la vue. Ce dernier effort de la puiflance des Mexicains étoit compofé de differentes Na- tions , ainfi qu 9 on pouvoir le connoîcre par la diverfîté & la feparation de leurs enlei- gnes , de leurs couleurs , & de leurs pla- ines. Au centre de ce prodigieux nombre de troupes , le Capitaine General de l’Em- pire paroiffoit fur fa litiere fuperbemej|t ornée, élevé au deffus de tous, fur les épaules de fes domeftiqües , afin de donner |e$ ordres , & de les faire exécuter à fa vue. du Mexique. Livre IV. 257 1 portoir fur fa cuifle l’Etendard Impérial, u’on ne confioit point en d’autres mains ue les fiennes , de qu’on no mettoit en ampagne qu’aux occafions de la derniers nportance. Sa figure étoit celle d’un fi- sc d’or maffif , pendant au bout d’une pi- ue , Sç couronné de plufieurs plumes de iverfes couleurs. Cet affortiment avoir,' insdoute , fon miftere , fuperieur aux hic- oglyphes des enfeignes fubalternes ; 5 c s mouvement confus de tant d’armes 5 c l 1 tant de plumes , formoit un fpeéla- le qui confervoit fon agrément entre tant "autres^ objets qui donnoient de la ter» sur. Pendant que les Soldats reconnoilîbient 2 danger qui alloit donner de l’exercice leur courage & à leurs forces,Cortez exa* ninoitfur leurs vifages les mouvemens de sur cœur , avec cet air brillant d’un cer- ain feu , qui anime mieux cent fois que ous les difeours ; & comme il les vit plus mus de colere qüe d’étonnement : Fbicy 9 lit-il , ïoccafion de mourir , ou de vaincre 5 ? eft la caufe de Dieu , qui combat pour nous 9 Portez n’en dit pas davantage , parce que es Soldats l’interrompirent, en demandant ’ordre de chargeriez ennemis. Il ne le re~ arda que d’un moment , pour leur donner quelques avis necelïaires en cette rencontre^ , Tmç IL Y . T 2 J 8 Hifloire de la Conquête 8c en criant , à fon ordinaire, Saint Jacques 83 Saint Pierre , il s’avança à la tête de l’ar- mée, ayant étendu le front des bataillons au-; tant qu’il avoir pû,afin qu’ils ne firent qu’u- ne ligne avec la Cavalerie rangée fur les ai- les 5 avec ordre de foutenir l’Infanterie en flanc j 8c à dos même y s’il en étoit befoin, La première décharge des arbaletêtes 8c des arquebufes fut faite lî à propos y que les en-; nemis n’eurent pas le tems de lancer leurs traitsj & ils furent chargez auflîtôr à coups depiques&d’épécs.avec un grand carnage, durant que les Cavaliers perçoient & rom- poient les troupes qui s’avançoient à def- îein d’enveloper les Efpagnols. On gagna du terrein à cette première charge , les Ef- pagnols ne portoient pas un coup fans bief îure â 8c elles étoient toutes mortelles. Les Ïlafcalteques fe lançoient dans la mêlée 3 comme des lions altérez du fang des Mexi- cains*, 8c neanmoins ils confervoient tous aflez d’empire fur leur colere , pour tuer avec choix , en s’adreffant d’abord aux Capitaines a qu’ils diftinguoient. Cepen- dant les Mexicains combattaient avec une ^opiniâtreté fi furieufe,qu’ils couroient rem- plir les vuides des bataillons avec tant d’ar- deur y que le meurtre qu’on faifoit dans leurs rangs , étoit un nouveau fujet de fan tigue aux Efpagnols $ parce que ces rafraî- du Mexique. Livre IV, biflemens les engageoient à un nouveau ombat. Toute cette foule éfroyable d’in- iens fembloit fe retirer d’un même-tems , Drfque la Cavalerie donnoit^ ou que les rmes à feu pafloient à Pavant - garde de otre armée , «S c après Peffort qu'ils crai* ;noient y un aurre mouvement les repouf-. oit fur le rerrein qu’ils avoient perdu^ avec ant d’impétuofité y que la campagne pa~ oiffoit une mer agitée par le flux & le re- lux de fes vagues. Le General combattoit à la tête des Ca~ aliers j fecourant ceux qu'il voyoit trop ■reffez, & portant au bout de fa lance a terreur de la mort. La réfiftance obfti-» iée des ennemis lui donnoit pourtant de ‘inquiétude y parœ qu'il étoic impoflible |ue cette continuelle agitation n’épuisât nfin les forces de les Soldats : & comme il ettoit la vue fur tous les partis qu'il pou- r ©it prendre y afin de fe retirer avec avan- age d’une occafion fi perilleufe, il fut ècouru en cette extrémité , par une de ces •eflexions qu'il fembloit tenir en referve souries neceffitez prefTantes. Il fc fouvint l'avoir entendu dire aux Mexicains y que :out le fecret de leurs batailles confiftoit în l’Etendard general y dont la perte ou le gain décidoit de la victoire y pour eux cm pour leur ennemis s fur quoi Cor^ yîj. l ie Hifioire de la Conquête tez fe fondant fur le trouble 8c l’épouvin^ te que Je mouvement de la Cavalerie don-: noit aux ennemis , refolut de faire un ef- fort extraordinaire , à deflein de gagner l’Etendard Impérial, qu’il connoi doit fort bien. îl appella les Capitaines Sandoval 9 Alvarado > OJid &c d’ vila , 8>c il leur pro-: pofa fa refolution , 8c la maniéré de l’exé- cuter. Alors Cortez , fuivi de ces braves Officiers,&: de ceux qui l’accompagnoiçnt, donna au grand galop , à l’endroit qui lui parut le plus foible 8c le moins éloigné du centre. Les Indiens, fuivant leur cou- tume , firent place à la Cavalerie * 6e avant qu’ils fe fuffent ralliez, le General repouf-* facette multitude confufe 8c fans ordre; avec tant de vigueur,qu’en portant par ter-* re des bataillons entiers, il arriva avec fon cfcadron au lieu où l’Etendard de l’Em- pire paroi doit , efcorté de tous les Nobles de fa garde : & pendant que les Officiers Efpagnols écartoient cette efcorte à grands coups d’épée , Cortez pouffa fon cheval droit au General des Mexicains , qu’il fit fetter d’un coup de lance du haut en bas de la litiere , dangereufement bleffé. Sesgar-; des avoient déjà deferté * 8c un fimpleCa-i valier nommé Jean de Salamanque, voyant ce General à terre, defcendit de cheval 5 & lui ôta le peu de vie qui lui refloit^ avec du Mexique* Livre IV. 2^1 'Etendard, qu’il mit auffi-tôc entre les nains de Cortez. Ce Cavalier étoit Gen- ilhomme*, Sc parce qu’il a voit donné la lerniere main à l’exploit de fon General , 'Empereur Charles lui fit quelques grâces, k lui donna pour cimier de fes armes , le )ennache dont l’Etendard de Mexique toit couronné. Au moment que les Barbares virent l’E* endard de l’Empire entre les mains des E fi >agnols , ils abattirent toutes les autres En- lignes, & jettant leurs armes, ils s’en- uirent de tous cotez dans les bois & les ampagnes de maiz , où ils cherchoientà s mettre à couvert. Toutes les montagnes urent couvertes de ces troupes éperdues de rayeur, & le champ de bataille demeura ux Efpagnols. On fuivit la vi&oire à toute igueur, en faifant main -bafie fur ces Liïards j parce qu’il étoit important de les ifiîper, en forte qu’ils n’euflent plus la ardielle de fe ra{Tembler;& la colere s’ac- ordoit en cela avec les mouvemens de la rudence &c les réglés de la guerre. Çortez at quelques blefiez parmi fes rroupes,& il a mourut deux ou troisàTlafcala. Il reH at lui-même un coup de pierre à la tête violent , qu’il perça fon cafque , & lui ffenfa le cerveau , par une contufion dont guérit avec peine, Il laiffa aux Soldats Hijîoire de la Conquête tout le butin , qui fut confiderable; par- ce que les Mexicains avoient apporté en cette rencontre tous les joyaux de lesajuf- temens dont ils prétendoienc orner leur triomphe, L’Hiftoire dit qu’ils perdirent ^ingt mille hommes en ce combat 3 & elle enfle toujours le nombre des morts en de pareilles Gccafions : cependant quiconque fera perfuadé que larmée des ennemis alloit à deux cens mille combattans | trouvera moins de difproportion à ce qu’on a rapporté touchant le nombre dei morts. Tous les Auteurs 3 & les Etrangers më* me, parlent de cette vidloire comme d’une des plus grandes que Ton ait remportées en l’une & en l’autre Amérique *, & s’il étoit confiant que faint Jacques eût com- battu vifiblementen faveur des Efpagnols, ainfi que plufieurs prifonniers l’afïuroient , lafanglante défaite de ces Barbares feroi moins furprenante 3 & paroîtroit moini exagérée : quoi qu’à dire la vérité , il ne foit pas necelTaire d’avoir recours à ur miracle fenfible^ en une rencontre où h main de Dieu s’eft déclarée par des témoi gnages fi éclatans $ puifqu’il s’eft refervt particulièrement le fu’ccès des batailles 3 eî le nommant lui-même le Seigneur des ar- mées^ afin que les hommes appriffent qu’il; du Mexique. Livre IV* i6$ doivent reconnoître & attendre les victoi- res de la difpofition de fes arrêts fouverains, fans faire aucun fonds fur la grandeur de leurs forces parce qu’il fçaït châtier rinjuftice , en affiliant les plus foibles : & encore fans prendre trop de confiance en leur bon droit > parce qu’il lui plaît quelquefois de corriger ceux qu’il aime s en mettant le foiiet entre les mains des per* fonnes qu’il n’aime pas. Fin du quatrième Livre ê HISTOIRE DE LA CONCLUES TE D U CHAPITRE PREMIER. Z' armée entre dans la Province de Tlafcala , & va loger k ÿualipar. Les Caciques & les Sénateur i envoyent vifiter Cortex,, On célébré l'entrée de . Hfpagnols par des fêtes publiques , & on eft affun de L'ajfefîion de ces Peuples par de nouvelles preu ves. ORTEzraiïembla fes troupes, que l’ardeur du pillage avoii fait écarter 3 & il les remit et ordre de bataille dans leur: premiers poftes > après quoi on continuai; marche ; du Mexique. Livre V, 2 6*$ marche 9 non fans quelque foupçon que les ennemis ne revinrent charger l’arriéré- garde, parce qu’on en découvrait toujours quelques troupes au haut des montagnes. Neanmoins comme on ne pouvoit lortir ce jour-làdu Païs ennemi y 3c qu’on croie preflTé par le befoin de panfer les b le fiez 3 le General fit alte à quelques maifons écar- tées , où l’armée paffa la nuit avec peu d’af- furanee. Au point du jour elle reprit fa route 9 fans aucun obftacle , les plaines voifines ne laifiantpas lieu de craindre au- cune embufeade, quoiqu’on reconnût en- core que ce Païs étoit ennemi , à ces cris 3c à ces menaces éloignées dont ils fembloient donner congé aux Efpagnol$ 3 qu’ils ne pou- v oient arrêter. On découvrit bien-tot les bornes de la Province de Tlafcala , que l’on connoît em core aujourd’hui aux ruines de cette admi- rable muraille que fes anciens Habitans avoient élevée 3 à deffein de défendre les frontières de leurs Provinces , en joignant par cet ouvrage les montagnes qui lui fer- vent de bornes,en tous les endroits où elles llariffoient quelques ouvertures. Toute Par- lée célébra par des acclamations l’entrée qu’elle fit fur les terres de cette Républi- que : les Tlafealteques baifoient le terrein, gomme des enfans défolez qui reviennent Time IL Z Hifioire de U Conquête encre les bras de leur mere; 8c les Efpa- gnols rendoient grâces au Ciel 3 par de très- iittmbl.es prières^ de la faveur qifil leur ac,. cordoit de refpirer en liberté 3 après tant de fatigues, Ils allèrent tous le mettre en pofleffion de cette heureufe tranquillité^âii? tour d’une fontaine 3 où ils fe couchèrent 8c dont les eaux acquirent en cette rencon? ' tre la réputation de lancé & de délicatefTe, ’ par les loüanges qu’elles reçurent des £fpa? | gnols , 8c que les Autçurs n’ont pas ou* I foliées 5 foit que le befoin redoublât le plab 1 ûr du rafraîchiffement ? ou que le repos # 1 qui n^étoit troublé d’aucune crainte 3 lui donnât cet agrément. Le General prit ce moment 5 pour repre^- fenter familièrement à fes Soldats 3 com* " bien il Leur importait de conferver l’amitié 1 du peuple de Tlafeala 5 par leur modeftie ' 1 & par leur reeonnoilîançe : qu’ainfi ils dé- voient çonfiderer dans la Ville capitale fa plainte du moindre Habitant y comme un perd qui les menaçoit tous. Après quoi ■ i l refol ut de faire quelque fejour en che** J min > afin de prendre langue 9 8c de prépa- 1 rer leur entrée à Tlafeala , fuivant les me* fores qu’on prendroit avec le Sénat. L’ar*- paée alla donc fur le midi a loger à Gua- ( Üpar 3 grofife Bourgade 9 dont les Habitant 1 vinrent la reççypitf a vçc toutes les démon? . dit Mexique . Livre V. 167 S; rations de leur bonne volonté, en offrant iux Efpagnols leurs maifons , & tout ce pi leur étoit neceffaire , de fi bon cœur, j UC ceux mêmes qui avoient conçû quel- ques foupçons , reconnurent qu’il ne pou- /oity avoir aucun artifice en la fin ce rite le leur procédé. Cortez reçut leurs offres , Se établit fon quartier , avec toutes les pré- rautions neceflaires pour ne pas échouer :ontre une fauffe confiance. Son premier foin fut d’informer les Sé- nateurs de Tlafcala, de fa retraite & de fe$ ivantures ? par deux Tlafcalteques qu’il dé- Decha; & quoiqu’il crût les prévenir par ;et avis , la renommée de fa vidoire les en tvoit déjà inftruits *, en forte qu’au même- :ems que fes Envoyez partoient , il vit ar- :iver de la part de la République , fon cher uni Magifcatzin Xicotencal l’aveugle , on fils , & quelques autres Sénateurs. Ma» ufeatzin s’avançant le premier , vint cn> Draffer le General 5 & après l’avoir falué , lfe retirade quelques pas, pourleregar- lex , &c fatisfaire fon admiration , comme in homme qui avoit de la peine à fe per- suader qu’il joiiît encore du plaifir de voir Portez vivant. Cependant l’aveugle Xico- :encal arriva , tendant les mains où le fon le la voix le conduifoit j & fon affedion ç déclara encore plus tendrement , pttif$ 2 68 Hiftoire de la Conquête qu’après s’être aflïiré par l ? acrouchemenf fa joye s’expliqua par une grande abom dance de larmes* Punique marque dont fe< yeux pouvoient faire éclater fes fentimens, Les autres vinrent après cela faluer le Gé- néra 1 * 8c féliciter les Capitaines 8c les Sol- dats qu’ils connoiflbient : mais entre la fin* cerité de ces carefles 3 le jeune Xicoten- cal , par une fâcheufe diftindion , laiffa re> marquer en fon procédé 3 quelque chofe de farouche, ou au moins de trop fier \ 8c quoiqu’on Pattribuât alors à la dureté d’un homme élevé parmi les armes , on s’éclair* cit bien-tôt que Ton cœur eonfervoit enco- re la défiance d ? unami réconcilié 3 ou fon orgueil, les remords d’un vaincu. Le Gene- ral fe retira avec les Sénateurs 3 8c trouva en leur con verfation tous les égards de bien* féance 8c d’honnêteté qu’il auroit pu fou* haiter en des gens de la derniere politefïe» As lui direntqu’ils avoient déjà afïemblé leurs troupes * à deffein de marcher à fon fecours contre leurs communs ennemis \ 8c qu’ils avoient trente mille hommes prêts à rompre tous les obftacles qui s’oppo*, foient à fa marche. Ils lui témoignèrent une extrême douleur de fa blefïure 3 qu’ils re*, gardoient comme le facrilegç attentat d- u* ne guerre feditieufe. Ils regrettèrent la per«? m d es Efpagnols* particulièrement celle cfô dû Mexique . Livre V. 169 Jean Velafquez de Leon , que fon mérité; ju’ils avoient fçû remarquer 9 leur faifoin limer. Ils detefterent la barbare perfidie les Mexicains ; & enfin ils offrirent au Ge~ îeral de l’aflifter à s’en venger A avec tout egros de leurs milices, & de celles de leurs il liez : ajoutant , afin d’appuyer leurs o fi- les /qu’ils n’étoient pas feulement amis les Efpagnols, mais encore Vaffaux de leur Prince *, & que ces deux motifs les enga- Teoient à recevoir les ordres de fon Minif- :re, 6c à mourir auprès de lui. Les Sena- :eurs conclurent leur difeours par cette lélicateffe du point d’honneur, où^ en dif- ringuant entre la qualité d’amis 6c devaf- ra il x , ils marquoient que leur inclination faifoit en eux le même effet 3 que la fidelité 5 C le devoir. Cortez répondit à leurs offres 6c à leurs propofitions , avec beaucoup d’honnêteté -, &c cette converfation lui juftifia non feu- lement la continuation de la bonne volon- té de ces Peuples en toute fa vigueur , mais encore le redoublement de leur eflinie pour les Efpagnols. La perte qu’ils avoient faite en Portant de Mexique , paffoit pour un de ces accidens ordinaires à la guerre , 6c étoic entièrement effacée par la viétoire d’O- tumba 3 qu’on admiroit à Tlafcala , com- me un prodige de valeur , 6c qui donnoic 2 7° Hïftoire de la Conquête un pompeux relief à toute leur retraite. Le! Sénateurs propoferent à Cortez de pafTer înceffamment à la Ville , où le logement defes troupesétoit déjà piéparémeanmoini ils convinrent aifément d’accorder cpel-, ques jours de repos aux Soldats ; parce qu’ils fbubaitoient de leur part, de faire les préparatifs d’une entrée la plus magni- fique qu’il leur fcroit poffifale , & de la ma- niéré dont ils a voient accoutumé de célé- brer le triomphe de leurs Generaux. Les Efpagnols furent trois jours à Gua- lipar, alîxftés libéralement de toute forte de rafraîch i ffem en s , aux dépens de la Ré- publique v 5c d’abord que les bleffez fe f trouvèrent en meilleur état > on en donna: avis à Tlafcala 5 5c on fe prépara à mar- cher. Les Officiers 6c les Soldats fe pa- rèrent le mieux qu’ils purent pour Ren- flée , en fe fer vaut des joyaux 5c des plumes! des Mexicains > ces marques extérieures donnant un nouvel éclat à leur vidoire,, puifqu’il y a des rencontres où l’oftenra-. tion augmente le prix des chofes , 5c où l’on peche , par une modeftie hors de fai- fon. Les Caciques 5c les Miniftresen corps vinrent au-devant des Efpagnols,avec tous, leurs ornemens , 5c un nombreux corcege, de leurs parens. Les chemins croient, couverts d’une multitude de Peuples- qui du Mexique. Litre V . iji faifoient entendre par tout des applau- diffemens & des acclamations , où la gloi- re des EFpagnols vainqueurs étoit relevée par les opprobres contre les Mexicains- A Tentrée de la Ville > les timbales , les flû- tes, & les corps feparez en differens chœurs* qui fe répondoient alternativement , firent une falve bruïante , mais allez agréable.* 5cces inftrumens guerriers entonnoient par tout des airs pacifiques. Enfin s apres que le logement de l’armée- fut établi dans tou- tes les formes , le General 5 après un peu de ré fi fiance s alla prendre le fien chez Magifcatzin 5 en cedant aux inftanccs qu’il lui en fit, afin de conferver fon eftime. La. même raifon engagea Pierre d’Alvarado a loger chez l’aveugle Xicotencal : ôc quoi-* que les autres Caciques vouluflent régaler suffi chez eux ce qui reftoit de Capitaines , ils s’en exeuferent civilement, parce qu’il ne falloir pas que le quartier &: le corps- de- garde demeuraffent fans Chefs. LesEfpa- gnols entrèrent en cette Ville au mois de Juillet de l’année 1 5 20. quoiqu’on rencon- tre encore fur ce fujet quelque diverfité dans les Relations : mais nous refervons ies difeuffions , lorfque la contrariété donne atteinte au fond des é venemens > où le plus ou le moins peut faire une erreur confi- derable. 2 iiij '2 j 2. Hiftoire de U Conquête Le même foir on commença les fêtes du Triomphe 5 qui furent continuées du- rant plufieurs jours , où les Indiens appli- quèrent tout ce qu’ils a voient d’adreffe & d’agilité , à divertir leurs hôtes , & à cé- lébrer leur vidoire j fans excepter les No- bles , & ceux-memes qui avoient perdu leurs parens , ou leurs amis aux combats j foie qu’il ne vouluffent point laifier de prendre part à la joye publique, ou que , cette Nation belliqueule crût qu’il n’étoit point permis de plaindre la deftinée de ' ceux qui mouraient à la guerre. On voyoit tous les jours des défis, à qui emporterait le prix deftiné aux plus beaux coups de fie- ; ches : d’autres combattoient au faut , ou à : la courfe.Le loir etoit delliné aux danleurs' : de corde ou voltigeurs , qui tâchoient de. fe furpaffer l’un l’autre , par les tours de - corde les plus périlleux : à quoi ils don- noient une application particulière, & où : l’efprit du fpc dateur , toujours fufpendu i par uneefpece de crainte, perd une partie : duplaifir. , Cependant la fin de tous ces Ipedacles étoic toujours égarée par le bal. Onappelle I ainfi de certaines danfes , où il entrait de : l’invention & du déguifemenr , où le Peu- \ pie s abandonnoit a la joye } dont le bruit tumultueux fembloit neanmoins fe char- j du Mexique. Livrée V. 275 ger de faire les derniers honneurs de la victoire , à l’envi des applaudiflémens. Cortez trouvoit en ce procédé , toute la franchi fe de la bonne correfpcndance dont il avoit flatté fes efperances : les Nobles fi- gnaloient leur amitié Se leur vénération pour fa perfonne , autant que le peuple lui témoignoit depaffion & de refpeéh Il pa- roifloïc trèsfenfible de très-reconnoiflant à leur affeétion j 3 c ileelebroit leurs exer- cices , en careffant les uns , de honorant les autres , avec autant de confiance que de fatisfaâion. Les Capitaines lui aidoient à gagner les efprits,par des maniérés agréa- bles , de des prefens de jufquesaux moin- dres Soldats , chacun tâchoit à fe faire ai- mer, en faifant part aux Tlafcalteques, des dépouilles qu’ils avoient conquifes : mais au même tems que cet état heureux êtoit, pour ai n fi dire, en fa plus agréable faifon , un grand chagrin vint en troubler le cours. La bleiïuredu General avoit été mal panfée j de l’exercice trop violent qu’il s’étoit donné, porta au cerveau une inflam- mation vehemente,fuivie d’une fièvre, qui abbattit entièrement fes forces, & le rédui- fit bien-tôt aux termes de faire tout crain-: dre pour fa vie. Les Efpagnois fentirentee cruel contre- tems , comme une menace adreflee à leur i“74 Hifîoire de la Conquête fortune & à leurs vies : mais la confier na- tion des Indiens fut d’autarif plus remar- quable , qu’elle étoit moifts attendue* A peine eurent-ils appris la maladie du Ge- neral, qu’ils eeflérent toutes les réjoüiffam : ces , & paflerent à l’autre extrémité de h . triftelfe 5c de la défolation. Les Nobles i accablez de chagrin , vencient à tous mo- : mens s’informer de la famé du Teule , qui < eft, ainfi qu’on l’a dit, le nom qu’ils ; donnent aux Héros, qu’ils ne confiderent s guéres moins que leurs Dieux. Le Peuple ; venoit en foule plaindre fa perte , avec tant ■ d’emportement , qu’on fut obligé de trom* ; per ces officieux importuns par des efpe- i rances de la fan té prochaine du General , : afin de les faire retirer j de crainte que ' leurs plaintes 5c leurs cris n’offenfaffenc ‘ l’imagination du malade. Le Sénat fitap* J peller auffi-tôt les plus habiles Médecins de la Province , dont toute la fcience con- i fiftoit en la connoiffance 5c au choix des ) Amples utiles à la Médecine, qu’ils ap- pliquaient avec un difeernement admira» « bie de leurs vertus 5c de leurs effets , en ■' changeant le remede fuivant l’état 5c les' 1 accidens de la maladie. Auffi Cortez ne dur la guerifon qu’à leur feule induftries car en ufant d’abord de.quelques lîmples doux & bénins pour ôter l’inflammation^ & ap du Mexique, Livre V. 275 î^ifer les douleurs qui caufoient la fièvre , ils paflerenc par degrez à ceux qui faifoienc metirir. 3 5c enfuire fermer les play es, avec tant de jufiefle 3c de bonheur y qu'en peu de tems ils le remirent en une parfaite fan- té. Que les Médecins Rationnels fe mo- quent maintenant des Empyriques j il eft neanmoins confiant que tout leur art en commun y ne doitfon origine qu’à l'expe- rience ; 3c qu'en un Pars ou l'on ignorait cette P'hiiofophic qui le pique de recher- cher les caufes par les effets , on fut trop heureux de rencontrer un fi grand progrez de connoifiances^ fondées fur les enfeigne* mens de la Nature même. La nouvelle de ce bonheur fut celebrée par de nouvelles fêtes. Cortez reconnut encore davantage à cette épreuve l’affe&ion des Tlafcalteques 1 & du moment qu’il eut la tête libre , il s’appliqua à faire un nouveau plan de fe^ grands defleins y en prenant des mefurcs pour éviter les inconveniens > 3c écarter les difficultez; dans ce con trafic de rai- fons 3 où la prudence des Grands hommes travaille quelquefois beaucoup y pour s’a- jufter aux mouvemens de leur cœur* r £j6 Hijloire de U Conquête CHAPITRE II. On reçoit t avis que la Province de Te -» peaca s' é toit foulevée . Des Ambajfa^ de ht s de Mexique viennent a Tlafcala j 0 on découvre une conspiration que le jeune Xi cote ne al formoit contre les EJ* pagnols, L E General étoit fort en peine de ce qui fepaflbic à Vera-Cruz 5 parce que la confervation de ce polie étoit une des principales bafes fur quoi il fondoit l’é- tabliffement de les nouveaux projets. Il écrivit à Rodrigue Rangel 3 qui étoit Lieu- tenant de Sandoval en ce Gouvernement', 3c la réponfe de cet Officier arriva bien- tôt par la diligence extraordinaire de les Couriers' à pied. Rangel mandoit, qu’il n’étoit arrivé rien de nouveau qui pût donner aucune inquiétude dans la Pla* ce $ ni fur la côte : Que Narvaez 3c Sal-*; vatierra étoient fort bien gardez en leur prifon : & que les Soldats de la garnifon étoient contens 3 3c fort bien traitez • parce que la bonne correfpondance des Zem- poales, des Totonaques , 3c, des autres alliez coutinuoit avec les mêmes témoi- du Mexique. Livre V. zjj gnages d’affe&ion &: d exactitude de leur part. Ce Lieutenant donnoit encore avis à Cortez a que huit Soldats avec un Com- mandant qu’on a voit envoyez à Tlafcala quérir l’or deftiné aux Espagnols de Vera- Cruz y pour leur part du prefent, n’étoient point revenus à la Ville ; èç fi k bruit qui couroit entre les Indiens étoit vérita- ble 5 qu ? on les avoir tuez en la Province de Tcpeaea , il y avoir lieu de craindre que les Soldats de Narvaez qui étoient de- meurez bleffez à Zempoaja , n’eu (Tent pé- ri par la même trahifon ; parce qu’à mefu- re qu’ils fe {entaient guéris s ils marchoient par petites troupes avec une extrême paf* lion de fe rendre à Mexique, ou l’avide té des Soldats fe %uroit des richeffesinv menfes. Cette difgrace affligea extrêmement le General ; parce que dans fbn entreprife il avoit compté fur ces Soldats , dont le nombre 3 fuivant Herrera , alloit au-delà de cinquante j &; quand il auroi tété moin- dre, fi l’on en croit Bernard Diaz a ç’au- roit toujours été une grande perte en une occafion & en un pais y où un Efpagnol valoit plufîeurs milliers d’indiens. Cortex voulut s’en informer des Tlafcalteques 3 ^ui confirmèrent ce que Rangel lui avait 178 H iflo ire de la Conquête mandé : 6c il leur fçut bon gré de la dit cretîon qui leur avoir fait étouffer ces mauvaifes nouvelles y de crainte que le chagrin ne fût un oblhcle au retour de fa fanté. Il étoit confiant que les huit Soldats partis de Vera-Cruz étoient arrivez à Tlafcala 5 d 3 ou ils étoient retournez char- 1 gcz de for qui leur étoit échu en parta- ge , en un tems où on commençoit à fe défier de la fidelité des Indiens de la Pro- vince de Tepeaça 3 qui entre plufieurs au- tres setoienc fournis aux Efpagnolsà leur premier voyage de Mexique, On juflifia depuis que les uns 6e les autres avoient 1 été maifacrez en cette Province : 6c on j n’eut pas lieu de douter de cette perfi- die y lorfqu on apprit qu’ils avoient ap- pelle des troupes de Mexique à deffein de les foûtenir. Cortcz fe voyoit engage à la neceffité de châtier ces rebellés* 6 c de chaffer les ennemis loin de fon voifina?* ge>* 6c cela ne fouffroit point de remife , parce que cette Province étoit en une fi- tuationqui rompoit le commerce de Me- xique a V era - Cruz ; 6c il failoit s’afîu- rer de ce paffage 5 avant que de s’ap- pliquer à d’autres deffei ns, Neanmoins il fufpendit la propofition qu'il vouloir fai- re au Sénat , d’affifter les Efpagnois dê du Mexique. Livre V. i7? eurs forces pour cetre expédition , parce ju'il apprit que les Tepeaques a voient Jepuis peu de jours percé les frontières ie Tlafcala 3 en pillant & détruifant quel- les bourgades de cette Province , & il ugea qu’ils auraient recours à lui par ette meme railon. En effet 3 le Sénat re- olut que l’on châtiroit cette infojence >ar la voye des armes , & qu’on tâche- oit d’interefTer les Efpagnols en cette guer- e , puifqu’ils croient également irritez s: offenlez de la mort de leurs compa- rons. Ainlî ce que Cortez avoit prévu ie manqua pas d’arriver , & il fe vit en trmes d’accorder une grâce qu’il devoir emander. Ln autre incident vint encore amener e nouvelles inquiétudes. On reçut avis e Gualipar, que trois ou quatre Àmbaf- ideurs du nouvel Empereur de Mexi- ue croient arrivez à la frontière ; qu’ils 'oient adreflez à la Republique de Tlaf- ! - a > & qu’ils n’atrendoient que la per» uffion du Sénat pour fe rendre à la Vil- • La matière fut mile en délibération j ir le cas éroit furprenant ; & on ne Jail- lit pas de reeonnoître que toute nége- ation de la part d’un ennemi dangereux : puiffant , doit être écoutée comme une lenace enveloppe. Neanmoins quoique i'8o Hifloire de la Conquête les Sénateurs s’atténdiffent que cette Am baflade feroit certainement contre les Es- pagnols 3 3c qu’ils enflent arrêté conftam- mtnt, que quelque avantage qu’on leui offrît 3 il ne devoir point l’emporter fm l’obligation de foûtenir Pinterêt de leur amis y ils conclurent de recevoir les Am- baffadeurs y afin de tirer au moins avan cage de cet aâe d’égalité , dont Porguëi! des Princes Mexicains n’avoit point enco- re fourni d’exemple; 3c il eft aifé de ju- ger que ie confentement de Cortez in- tervînt en cette refolution , puifque le; Ambafladeurs furent conduits publique- ment à l’audience , & qu’il n’eut en tou- te cette affaire 3 aucun fujet d’accufer le; Tlafcalteques du moindre défaut de fin* cerité. Les Mexicains firent leur entrée avec beaucoup d’éclat 3c de gravité. Leurs Ta* menés marchoient à la tête en bon ordre & portoient le prefent compofé dediver fes pièces d ? or , d’argent 3 de fines étof- fes du pais , de plumes & d’autres curio fiiez y avec plufieurs charges de fel ? qu étoit la marchandife la plus précieufe 6c la plus recherchée en cette Province. Le Ambafladeurs portoient en leurs main les marques de paix & ils étoient fu perbement parez & fuivis d’un nombreid * cortege du Mexique. Livre V. 1 Î 1 ortege tant de leurs amis que de leurs [omeftiques, Iis croyoient que ce pom- ieux appareil figurait la grandeur du Prin- e qui les avoir envoyez : 6c en effets il *rt quelquefois à impofer aux efprits par ctte vaine oftencation de pouvoir qui bloiiic ou divertit les yeux , à defïeinde rrprendre les oreilles. Les Sénateurs les rendirent en leur Tribunal , fans man- (uer à la courfoifie , ni donner dans l'ex- ès des carelTes ; mais en hommes déli— ats fur les droits de la Souveraineté de eur République 3 6c qui à travers de leurs ivilitez lailîoient entrevoir quelques cha- ;rin$. Après avoir nommé l'Empereur de Mexique avec toutes les qualitez &c de rès - profondes fourmilions , les Ambaf- ideurs firent leur propofition en ces ter-* nés : « Qu’il ofFroit aux Tlafcaiteques i paix 6c une alliance perpétuelle en- ce re les deux Nations, le commerce libre ce \c des interets communs , à condition ce u’ils prendroient inceflamment les ar- ce nés contre les Efpagnols ; ou qu'ils fe ce *rviroient pour s'en défaire aifément de ce 'imprudence qu'ils avoient eue de ve~ ce lir te livrer entre leurs mains. » Ils n’eu^ ent pas le temps d’achever ce raifonne-? nent , parce qu’ils furent interrompus pa£ Tmç II, A a lîi Hijloire de la Conquête un murmure confus 3 qui devint ünaffez grand bruit , avec des marques d’une in- dignation qu’on retenoit à peine > & qui enleva bien tôt toute la gravité de ces Se-, nateurs. Neanmoins un des plus anciens leur re-: montra l’indécence de ce procédé A con- tre Pufage &c la raifon > 5c obtint que. les Ambaflfadeurs feroient renvoyez à leur ( logis > afin d’y attendre les réfolutions du Sénat* Après leur fortie on propofia l’af- faire ; 5c fans prendre les avis en parti-, Ollier j toutes les voix concoururent ats, fentiment de ceux qui Pa voient déjà, déclaré un peu indiferetement par leufSi murmures. Seulement on polit les ter-, mes de ce refus , 5c la civilité trouva place entre les féconds, mouvemens delà colère. On conclut donc qu’on nomme-; loit trois ou quatre Députez qui porte-, soient la réponfe du Sénat aux Ambaf-, fadeurs. Qu’on faifoit une extrême at- 3» tendon à la proportion de la paix » pourvu qiPelle fût accompagnée de par-, a* tis raifonnables y 5c proportionnez à k ^gloire & à la réputation de l’un & » de Pàutre Etat. Que les Tlafcalteques » obfervoient religieufement les loix de » Phofpitalité > 5c qu’ils n’étoient point, ^accoutumez à faire fervir la confiance. du Mexique. Livre V, 283 î’inftrument à la mauvaife foi : Qu’ils ce r e faifoient honneur de regarder com- ce me impoffible, ce qui n’étoit pas per-* ce mis , 8c daller rout droit à la vérité ce les chofes *, puifqu’ils n’entendoient ce Doint l’ufage des prétextes, .& nefça-cc /oient point donner à la trahifon un ce mtre nom que le fie n. » On n’eut point l’occafion d’apprendre la répliqué des Ajrtba {fadeurs \ parce que du moment ju’ils virent que leur propofition avoir •té mal reçue, ils s’en allèrent chargez, l’autant de frayeur , qu’ils avoient ap- arté de gravité i 8c on ne jugea pas qu’il ïit à propos de les retenir, parce qu’il 1 voit couru entre le Peuple un bruit qu’ils /ehoient folliciter le Sénat contre les Ef- >agnol$ , 8c on en craignoit quelque fou- evement qui allât jufques à o{fenfer les Privilèges de leur caraâere , 8c à ruiner ’attennon des Sénateurs au droit des ;ens. Quoique cette intrigue des Mexicains ait été démêlée à la fatisfaétion des Ef* >agnols , elle ne laiffa pas de produire m autre inconvénient qui renouvela leurs nquiétudes. Le jeune Xicotencal n’avoit >oint déclaré fon fen tinrent au Sénat, 8c ’étoit laifie emporter au torrent des voix s bit qu'il craignît l’indignation de fes 2 S 4 Hiftoire de la Conquête Confrères , ou que lerefped qû’iî avoftf pour fon pere Peut retenu. Neanmoins l’occafion de cette Ambaffade lui donna lieu de répandre entre fes amis 8c fes- partifans le venin dont fon cceur était rempli far le fujet delà paix qu’ils pro- posaient. Ce n’eft pas qu’elle fût confor* me à fon genie, ni à fes interets ; mais il vouloit couvrir de ce prétexte fpecieux les honteux mouvemens d’envie qui l'a* gitoient. » L’Empereur de Mexique > di- :» foit-il 3 dont la puiiTance formidable dô nous oblige d’avoir toujours les armes :» à la main , 8c nous retient envelopez :» dans les défaftres d’une continuelle guet- re , nous offre maintenant fon amitié > 8c n’y met point d’autre prix que la >:> mort des Efpagnols, Il ne fait que nous ss&propofer ce que nous devrions déjà » avoir exécuté pour notre intérêt 8c yy notre confervation ^ puifque quand do nous pardonnerions à ces nouveaux ve- ^ nus , l’intention de détruire abfolumenr ^nGtre Religion*, qui pourra fou tenir, d> qu’ils ne projettent de renverfer nos Loix ^ èc la forme de notre Gouvernement, »pour réduire en Monarchie la vénera- bie Republique des Tlafcalteques ? Ils ^prétendent nous affujettir à la cruelle 8c odieufe domination de leurs Eme âu Mexique. Livre V. 5>peteurs; & ce joug eft fi pefant 8c (i x> rude , que nous ne pouvons le confi- » derer fans larmes , fur le col même de >3 nos ennemis. :» Xicotencal ne manquoit nid éloquence pour donnera fe s paffio ns- une apparence de raifon y ni de hardief- fe pour execurer ce qu’elles lui infpi- roient : 8c quoique plufieurs de fes con~ fidens n’eu fient point approuvé fon fen- timent , &€ qu’ils euffent eflayé de l’en tirer , comme il pafioît pour un brave Soldat 3 il y avoir lieu de craindre que cette faéfaon ne fît un corps redoutable en un pais où fi fuffifoit d’être vaillant pour avoir raifon. Neanmoins Paffeéïion qu’on avoit pour les Efpagnols étoit li bien établie > que les pratiques de ce mu» tin n’allerent pas loin fans tomber fous la connoiflance des Magiftrats. On trai- ta l’affaire au Sénat avec toute la refer ve requife en une conjonélure de cette im- portance , 8c l’aveugle Xicotencal y fut appcllé , fans que l’intérêt du criminel qui étoit fon fils, donnât aucune atteinte à la. confiance qu'on avoit en fa confiance 8c en fon intégrité. Ils condamnèrent tous cet attentat com- me une fureur extravagante d’un efpric mutin qui vouloir troubler la tranquillité publique > diffamer les decrets du Sénat * Hifloire de la Conquête 3c ruiner tour le crédit de la Nation, Quelques avis allèrent à la mort en pu- nition de ce crime v 3c l’aveugle fut un de ceux qui appuyèrent ce fentiment avec plus de force y décidant de la trahifon de l’on fils en Juge defintereffé 9 3c en pe- re qui facrifie toutes fes affections à fa patrie* La confiance & la grandeur d’ame de cet ancien Sénateur touchèrent fi vive- ; ment les efprits des autres y qu’ils adou- cirent à fa confideration la rigueur delà* Sentence *, 5c les avis allèrent à punir le coupable en épargnant fa vie* Iis le fi- rent amener au Sénat chargé de liens : 8t ] après lui avoir fait une fevere repriman- 1 de fur fon infoîence y ils lui ôterent le bâ- 1 ton de General 3 en le privant de l’exer- cice 5c des honneurs de cette charge , : avec la ceremonie de le jetter du haut ! en bas des degrez du Tribunal. La bon- 1 te de cette dégradation l’obligea au bout de quelques jours 3 d’avoir recours à Cot- iez, en lui donnant des témoignages d’u- ne fincere réconciliation. Le General em- ploya en fa faveur tout fon crédit y avec tant de fuccès 9 que Xicoteneal fut ré- tabli en fa dignité 5c aux bonnes grâces de fon pere j quoique la férocité de fon genie le pouflat peu de tems après à de du Mexique . Livre V. z 8 7 nouvelles inquiétudes qui lui coûtèrent la vie, ainfî qu’on le verra en Ion lieu. Ces deux incidens auroient pû produire des maux qui menaçoient les Efpagnols de leur deniiere ruine : mais la perfidie de Xicotencal ne vint à la connoifiance de Cortez y qu’après qu’on en eut prévenu les fuites Sc châtié le crime > 8c l’intri- gue des Ambafiadeurs de Mexique fe termina à la farisfadtion de ceux qui a voient le moins de confiance en la fidelité dés Tlafcalteques 3 qui reçurent un nouvel éclat de l’une 8c de l’autre adïioii ; 8c cette conduite de gens dont les lumières croient fi bornées fur ce qu’on nomme PolitefFe y lorfque les Efpagnols man- quoient de tous les moyens humains pour fe fou tenir 5 parut tenir du mira- cle : au moins on la confidera alors, corn* me un de ce s effets dont on ne trouve point la raifon lorfqu’on la cherche en- tre les caufes inferieures* zt S Hijîoire de la Conquête CHAPITRE III. On entre dans la Province de 7epeaca\ ($_ après avoir vaincu les rebelles , qui étant: ajjijlez, des Mexicains avoient préfente la bataille aux Efpagnols , on prend leur Ville , que ton fortifie fous le nom de Segura de la Frontera. D Urant que le jeune Xicotencal , con* tentde la guerre qu’on aîloic faire à Tapeaca , cherchoit, en affemblant les troupes de la République , d’effacer par fa diligence , la mémoire de fa perfidie j Cor- tez s’appliquoit à convaincre fes Soldats,, de la neceffité indifpenfable de châtier les Indiens de Tapeaca j en leur reprefentanc ! la rébellion de ces traîtres, la mort des Efpagnols, & tous les motifs qui pou- 1 voient les exciter à la compaffion , ou por- ter à la vengeance. Neanmoins tous les 1 Efpagnols ne convenoient pas de cette ne- ceflicé *, & les gens de Narvaez s’oppofe- 1 rent au deiléin du General , avec le plus 1 d’opiniâtreté. Le fouvenir des peines qu’ils J avoient endurées,leur faifoit fouhaiter plus ardemment la douceur du repos. Ils par- 1 Joient en foûpirant , des cabanes qu’ils pofiedoient du Mexique. Liv. V.. pofledoient en l’Ifle de Cuba *, foûtenanc que la guerre qu’on alloit faire écoit fore inutile > & qu’on dévoie plutôt fe retirer à Vera-Cruz, afin de folliciter les fecours de Saint Domingue 8c de la Jamaïque ^ pour revenir avec moins de rifque àl’en- rreprife de Mexique. Ce n’eft pas qu’ils raflent defiein de la poufler plus avant ; mais ils eherchoient quelque couleur pour Rapprocher des bords de la mer 3 où leurs :ris 8c leur rélîftance auroient été plus fou- :enus. Enfin la hardiefle de ces mutins alla jufques à ce point , qu’ils firent lignifier tu General une proteftation en forme 9 pa-; :ée de quelques motifs plus infolens qu’ef- éntiels , & où le prétexte du bien public k du fervice du Roy fervoientde voile à a crainte 8c à la b a fie fie du cœur. L’infolence de cet ade piqua Cortez l’autant plus vivement , qu’elle arrivoit m un tems où les ennemis , qui étoient à Fepeaca, fermoient le chemin de Veraq Druz t qu’il étoit imppflîble de percer ans leur faire la guerre que ces mutins efufoient. Il les fit venir en fa préfence 5 k toute fa modération lui fut necefikire 3 )our empêcher qu’il ne s’emportât en :ette occafion j puifque la tolérance ou la' hfiîmulation d’une injure perfonnelle * :ft une vertu dont un efprit bien fait fe Tome IL B b t 90 Hifloire de la Conquête rend capable avec quelque difficulté : mais Îorfqu’iî faut endurer les outrages qu’on fait à la raifon par caprice , ou par bru» talité , c’eft le plus grand effort de la pa- tience en un homme d’entendement. Il leur témoigna comme il pu x.\Quil leur fç avait quelque gré du foin qu'ils pre- naient de la confervation de P armée : &C fans s’amufer à leur faire comprendre les raifon s qu’il avoit 3 pour ne pas manquer à l’engagement pris avec les Tl-afcalte- ques 3 8c le rifque qu’il couroit de perdre leur amitié 3 en laiflant impunie la trahi- fon des Tepeaques, il employa des mo- tifs proportionnez à la portée des hom- mer 9 que la raifon ne touche guéres par ce qu’elle a de meilleur. Il leur remon- tra feulement *, » Que comme les en- ^ nemis s’étoient emparez des défilez de ^la montagne y il falloir neceffairement & les combattre 3 afin de gagner la plaine. Que d aller feuls à cette expédition 3 ce ** feroit perdre les troupes de gayeté de cœur i ou au moins les hazarder fans rai- » fon : mais qu’il n’étoit pas à propos de 53 demander du fecours aux Tlalcalteques > 55 8c meme qu’ils n’en accorderoient point =» pour une retraite qui les défefperoir.' Qu’auffi 3 après avoir fournis la Provin-S jee rebelle , 8c alluré je chemin 3 ce qu’oij du Mexique . Livre V# 191 Feroit affilié de routes les forces de la ce République y il leur promettoic , fur fon ce honneur & fur fa parole , que tous ceux ce qui n’auroient pas la volonté de fuivre ce (es Etendards , pourroient fe retirer li- ce brement avec fon congé. » Il leur per- fuada ainfi de fervir en cette guerre , en leur faifant connoîrre qu’ils n’étoient pas m état de former d’autres deffeins : &z dès :e moment il prit fes mefures pour i’expe- iition de Tepeacaj ce 1 qui appaifa pour quelque tems leurs inquiétudes. Cortez choifit jufques à huit mille Tiaf- :altequesdes mieux faits , qui formèrent iiverfes troupes à leur maniéré, fous des Capitaines dont il avoit éprouvé la valeur tu voyage de Mexique. Il lailïa à la dif- rretion de fon nouvel ami Xicotencal , de e fuivre avec le refte des troupes de la Ré- publique $ & après avoir mis fes gens en maille, il trouva quatre cens vingt Sol- lats Efpagnols,en comptant les Capitaines, le feize Cavaliers. Les Fantallins a voient )refque tous la pique , l’épée & le bouclier. .! y avoit quelques arbalêtes,mais peu d’ar- juebufes , faute de poudre , qui les obli- gea à laifler la plus grande partie de ces âmes chez Magifcatzin. La marche de l’armée fut applaudie par es acclamations du Peuple. Les Soldats Bb 29 1 Hijloire de la Conquête témoignoient tous une joye qui étoit u, heureux préfage de la viftoire 3 & qui leu infpiroit une nouvelle ardeur , par le défi qu’ils avoient de fe venger. Ce jour-îà o i fit alte en un village des ennemis , à cinc lieues deTlafcala, & trois de Tepeaca Ville Capitale quidonnoit fon nom à une Province. Les Habitans de ce village s’en- fuirent à la première vue de l’armée ; & les Coureurs ne purent attrapper que cinc ou fix Païfans , que les Efpagnols tâchè- rent d’apprivoifer à force de careffes , mal- gré le chagrin des Tlafealteques, dont la férocité leur auroit fait un accueil bien dif- ferent. Au matin le General les fit venii en fa prefcnce , où après les avoir affiliez par quelques prefens , il les fit mettre tous en liberté , en leur ordonnant que pour le bien & l’avantage de toute leur Na- tion, ils diffent de fa part aux Caciques , & aux principaux Miniftres de Tepeaca : 33 Q. u>l! venoit avec cette armée venger la 33 mort de tant d ? Efpagnols qui avoient été ^ tuez fur leurs terres par une infâme tra- 33 hifon , & punir leur révolté contre l’o- 33 béïffance qu’ils avoient jurée à fon 33 Prince. Neanmoins que s’ils fe déter- 33 minoient à prendre les armes contre les 33 Mexicains , à quoi il les affifteroit de Tes 33 forces , & de celles des Tlafealteques 4 du Mexique. Livre V. 19 3 i mémoire de ces deux crimes feroitef- «c àcée par un pardon general -, Sc qu’il « eur rendroit fon amitié , en leur épar- « ;nant les malheurs d’une guerre dont « [s étoiènt juftemcnt menacez comme « oupables , & qui l’obiigeroit à les trait- « sr en ennemis, cc Les Indiens partirent avec cette inflruc- ion , & même avec des affuranccs que Marine & Aguilar leur donnèrent con- demment j en ajoutant a ce que le Ge- eral avoit dit, quelques confeils d ami , e des promefles qu’ils feroient bien reçus u retour 3 encore que la propofition de 1 paix n’eut point d’effet. Ils revinrent le )ur fuivant 3 accompagnez de deux Mexi- ains , qui paroiffoient une maniéré d Et- ions envoyez exprès , afin que les Paifans e puffent altérer les termes de la réponfe. 11c fut incivile de infolente: « Qu’ils ne aandioient point la paix , 6e qu’ils ne ce irderoient point à chercher leurs enne- ce iis à la campagne , afin de les amener ce nchaînez aux pieds des Autels de leurs ce )ieux. Ils ajoutoient à ce difeours ,’autres termes injurieux de menaçans , e gens qui comptent fur le nombre de ;urs troupes. Neanmoins Cortez n étant as encore fatisfait , les dépêcha , avec ne nouvelle inftance qu’il donnoit a fa B b iij 294 Hifloire de la Conquête justification. Il proteftoit , » Que s’ils ne «recevoient la paix aux conditions qu’il 33 leur propofoit , il détruiroit leur Païs 33 par le fer & par le feu , comme une re- 35 traite de traîtres à fon Roy -, & qu’ils » demeureroient efclaves des vainqueurs 33 qui ôteroient la liberté à tous ceux qui 33 ne perdroienc point la vie. Le General fit comprendre cette réponfe aux Envoyez P ar * es Truchemens . & voulut qu’ils en emportaient une copie par écrit. Il fçavoit bien qu’ils ne la Jiroient pas : mais fon def- iein étoit qu’après avoir entendu le rap- port d’une dénonciation fi fevere , ces pa- roles fins voix tracées fur le papier, re- doublaient leur crainte : car l’écriture & i u, âge de la plume furprenoit extrême- ment les Indiens, qui regardoient comme un prodige cet art , par lequel les Efpa- gnois le parloient & s’entendoient de fi loin. C ci pourquoi Corte4 voulut frapper -leurs yeux par ce qui touchoit leur imagina- tion ; ce qui étoit proprement leurinfpirer delà frayeur par la voye de l'admiration. Cependant fon artifice fit alors fi peu d elret , que la féconds réponfe fat encore plus infolente que la première , & elle vint au meme tems que l’avis de la marche des ennemis , qui s’avançoient avec une dili- gence extraordinaire, Cortez, qui avoir du Mexique. Livre V» 19 f 3eja refolu d’aller les attaquer , mit auffi- :ôt fes troupes en bataille 8c en inouve- nent , fans s’arrêter à les haranguer -, par- :e qu’il fçavoit que les Efpagnols étoient oarfaitement aguerris à cette efpece de :ombats 3 & que les Tlafcalteques y cou- roienc avec tant d’ardeur 3 que toute la peine alloit à les retenir. Les ennemis a voient, dreffé deux ou trois [néchantesembufcades en des champs cou- verts de maiz , où la fertilité de cette ter- re en produit de fi hauts 8c fi épais, 3 qu ils auroient pu venir a bout de leur defiein, s’ils y avoient apporte plus de précaution : niais on les découvrit de loin au mouve- ment caufé par l’inquiétude naturelle aces Peuples i 8c les batteurs d’efirade en don- nèrent l’avis fi à propos 3 qu’on eut le rems de préparer les armes , 8c de s’approcher en bon ordre de l’embufcade s avec une tranquillité qui imitoit la négligence. Le General étendit Le front de fes batail- lons autant qu’il étoit necefiaire pour évi- ter d’être envelopé par le grand nombre * 8c on commença le combat en chargeant les Mexicain s^qui ^voient Bavant-garde^ qui fe virent attaquez de tous cotez ,• au moment, qu’ils fe prépajoientù donner fur notre arriere-garde. Le premier choc les mit en défordre j 8c tous ceux qui n évité- B b iùj Hijîoire delà Conquête rentpas le péril par une prompte retraife ’ lurent taillez en pièces. Les Efpagnols ga- gnèrent le terrein fans rompre leurs batail- lons ; & comme les fléchés & les dards des Indiens perdoient leur force dans le- paifleur des canes de maiz, les coups d’é- pees & de piques firent une grande exécu- tion. Les ennemis foûtinrent neanmoins une fécondé charge , après s’être ralliez, & firent les derniers efforts , que le dêfefpoir înlpire : mais la vièloire ne balança pas long-terns ; parce que les Mexicains aban- donnèrent non-feulement le champ de ba- taille, mais encore tout le Pais 3 en cher- chant une retraite chez leursautres Alliez. Leur exemple obligea les Tepeaques à fuïr avec tant d'effroi, que des Envoyez de leur part vinrent dès le foir même offrir de ren- dre la Ville, 5c demander quartier , en s abandonnant à la diferetion ou à la clé- mence des vainqueurs. Les ennemis a voient perdu la plus gran- de partie de leurs troupes en cette occa- fion , où l’on fit plufieurs pnfonniers 5c un butin confiderable. Les Tlafcaltequesy combattirent fort vaillamment ; 5c ce qui eft plus furprenant, avec tant d’attention aux ordres & à la difeipline militaire., qu’ils le maintinrent fans perdre que deux ou .trois hommes. Un cheval fut tué , & quel: du Mexique* livre V. 19 7 ques Efpagnols reçurent des bleffures fi le- gérés ,qu'ils ne quittèrent point leurs rangs. Le jour fuivant fut celui de l'entrée dans la Ville , dont tous les Magiftrats , 5c mê- me les Officiers des troupes vinrent fans armes, comme des criminels au devant des Efpagnols*, le Peuple qui les fuivoit té- moignant aulfi par fon filence & par fa confufion qu'ils fe reconnoiflbient coupa- bles, 5 c qu'ils confefloient leur crime. En approchant ils fe jetterent tous à ter- re , jufques à la toucher du front } 5c il fal- lut que Cortez les raffinât , afin de leur donner la hardieffe de 'lever les yeux. Il commanda que les Truchcmens publiât- fent à haute voix le nom du Roy Charles , 5 c un pardon general de fa part *, ce qui rompit les liens de la crainte, en forte qu'ils commencèrent à déclarer leur joye par des cris & des- fauts. Le quartier des Tlafçal- teques fut marqué hors de la Ville , par- ce qu'on appréhenda que l’habitude qu'Üs avoient de maltraiter leurs ennemis , n’eût plus de force fur leurs efprits , que la fbu- miflîon aux ordres qu’ils commençoient à refpeder. Cortez fe logea dans la Ville avec les Efpagnols , prenant toutes les pré- cautions que i’occafion demandoit,8e qu’il fit continuer jufques à ce qu’il eût recon- nu la fincerité de ces Peuples , qui a la ve^ 2pS Hiftturc de la Conquête rite furent pouffez & affiliez par les Me- xicains à trahir les Eipagnois , & atout ce qu’ns entreprirent après cette a dion. ,, ,L ' C J_ Haortans de Tepeacafetrouvoient déjà H las & fi affligez d’avoir reçu une leconüe fois le joug infuportable de Ja domination des Mexicains , & fi bien dé- Jaouiez de la conduite de ces gens- là , qui étant venus en amis, ne pou voient s’em- pêcher a’ufurper un pouvoir abfolu fur les biens , l’honneur , & la vie même de leurs botes, qu’ils firent diverfes inffances au General , de ne pas abandonner leur Ville : lur quoi il fonda le deffiin d’y conftruire «ne Fortereffe, afin d’affùjettir ces Peu- P;? s ’ quo'qw’il leur fit comprendre que c etoir a deffeindeles protéger. Son prin- cipal motif étoit de s’affûter le chemin de Vera-Cruz ; ce qu’il obtenoit en fe ren- dant maure de ce poffe, que la Nature en le rendant très-fort, avoir encore dit pole a recevoir tous les fecours de l’art. On ferma l’enceinte par des remparts de terre foutenuè de fafcines,dont on com- pola les murs de la Ville, en coupant le roc en certains endroits où il s’avançoit ; lur le plus haut de la montagne* on eleva de matériaux plus folides/une’ ef- pece de Citadelle , qui parut une fuffifimte retraite contre tous les accidens qui p 0U - du Mexique. Livre V- 299 voient arriver en une guerre telle que les Indiens la praciquoienc. L’ouvrage fut pouf- fé avec tant de chaleur 8c tant d’cmpreffe- nientde la part des Habitans de Tepeaca 5 & de leurs voifins 9 qu’il fut achevé 8c mis en défenfe en peu de jours. Le General commit quelques Soldats Efpagnols à la garde de cette Place 5 qu’il nomma Segura de la Front er a, & qui fut la fécondé Ville peuplée dans l’Empire de Mexique. Avant que d’executer ce deffein, Cortez s’étoit débaraffé de tous les prisonniers Mexicains 8c Tepeaques qu’on avoir faits au dernier combat^en donnant ordre qu ils fuITent conduits à Tlafcala, avec beaucoup de foin ; parce qu’on eommençoit a les confiderer comme des meubles de prix, par l’ufage qui s’étoit alors introduit en ce Païsdà. de les mettre aux fers, & de les vendre comme des efclaves. Ces abus con- tre les droits de l’humanité y avoient com- mencé par les Ifles, où on pratiquoit cet- te efpece de châtiment , a deffein d épou- vanter les Indiens rebelles : mais en cette rencontre l’exemple ne fert de rien à la juf- ti'fi c-ation 3 puifque celui qui fuir un cou- pable ne fait que multiplier fon crime ; 8 : quelque motif qu’on ait eu de le com- mettre une première fois, l’imitation en eft toujours condamnable 9 comme une re- chute. 300 Hiftoire delà Conquête Un fi grand défordre n’alla pas loin fans être condamné , & fans qu’on y apportât le remede necelTaire , quoiqu’il eût paru devant l’Empereur , armé de toutes les rai- fons qui peuvent juftifier l’efclavage entre les Chrétiens. Ce point fut agité par de longues difpu tes, de vive voix & par écrit : cependant le Prince, par le mouvement d’une ame véritablement Royale, laiiïant aux Théologiens le foin d’accorder leurs controverfes , ordonna que les Indiens fe- roient mis en liberté , quand les loix de la guerre le permettroient ; & cependant, qu’ils feraient traitez en prifonniers de guerre , de non pas en elclaves ; Ideroïque decifîon , que la prudence partageoit avec la piete ; parce que la bonne politique ne fouffroit pas qu’on diminuât le nombre des vafiaux pour augmenter celui des Efcla- ves ; de que la Religion n’enfeigne point à décrier par le fouet & la chaîne, l’au- torité de la raifon. du Mexique . Livre V. JOÏ CHAPITRE IV. Cortex envoyé plujieurs Capitaines , pour ré- duire ou châtier les F illes révoltées 3 marche en perfonne vers celle de Gua- cachula y contre une armée de Mexi - cains , qui défendoient leurs frontières de ce coté - là. P Eu de tems après que les Efpagnoîs eurent établi leurs logemens à Tepea- ca 3 Xicotencal arriva , luivi de fes trou- pes y qui 3 félon quelques Auteurs a alloienc jufques à cinquante mille hommes. Ilétoit important de les mettre en a&ion 9 afin de rafiïirer les Tepeaques a à qui ce grand nombre donnoit beaucoup d'inquiétude & le General fçaehant que trois ou quatre Bourgs de cette Province foulevez par les Mexicains , étoient encore hors del’obéïf- fance, y envoya des Capitaines a accom- pagnez chacun de vingt ou trente Efpa- gnols a & d'une forte troupe de Tlafcalte- ques a afin d’efiayerde réduire ces Indiens par les voyes de la douceur , ou de châtier leur obftination par la rigueur des armes» On trouva par tout de laréliftance , & la force obtint par tout ce que la douceur 3 ai Hijîoirc de la Conquête avoir manqué, fans perdre un feul homme. Les Capitaines vidorieux revinrent , après avoir fournis ces Indiens , & terriblement écarté les Mexicains , qui fe voyant battus de toutes parts , s’enfuirent de l’autre cô? té des montagnes. Le butin qu’on gagna à la pourfuite des ennemis, & dans les lieux qu’on força , fut très-riche , 5c abondant en toute maniéré. Le nombre des prifon- niers excedoit celui des vainqueurs ; 5c l’on a dit qu’il montoit à douze mille en la feu- le Bourgade de Tecamalchadec,où on fon- gea un peu à tenir la main , pour châtier les Habitans, parce que c’étoit le lieu ou on avoir tué plufieurs Efpagnols en trahi- fon. On ne les nommoit déjà plus prifon- niers , mais captifs j jufques à ce qu’étant mis en vente , ils perdoient ce nom , afin de pafier en un efclavage perfonnel , en re- cevant fur le vifage la cruelle marque d’une miferable fervitude. En ce tems-là , fuivarrt les connoiffances qu’on en reçut depuis , l’Empereur qui avoir fuccedé à Motezuma étoitmort. On a dit qu’il fe nommoit Queflavaca , Sei- gneur d’Iztacpalapa. Les Electeurs s’af- îemblcrent , 5c donnèrent leurs fuffrages aU cou fin ou gendre de Motezuma , ap- pellé Quatimôfin , qui fut couronné 5c mvefti de l’Empire avec les ceremonies du Mexique. Livre V. 503 ordinaires. G étoit un jeune homme de vingt cinq ans , d’un efprir vif , & fi ap- pliqué , que contre les maximes de fon predeceffeur } il fe donna tout entier au foin des affaires , voulant faire connoîcre d’a- bord l’effet d’une autorité fouveraine i lors- qu’elle paffe en des mains qui fçavent en bien u fer. Il apprit ce que les Efpagnols avoient fait en la Province de Tepeaca : 3 c pénétrant par fe s lumières dans les def- feins qu’ils pouvoient former , après la réunion des TlafcaltequeS , & des autres Peuples voifins de leur Province y il entra en cette efpece de crainte que la raifon inf- pire,& qui réglé les refolutions de la pru- dence. Ce Prince prit d’abord des mefures bien concertées, qui donnèrent une grande ré- putation aux commencemens de fon Ré- gné. II anima les Soldats par des récom- p.enfes, & par plufieurs privilèges j il ga- gna l’amitié des Peuples , en les déchar- geant de toute forte d’impôts , pour tout le tems que la guerre dureroit ; & il éta- blit un nouvel empire fur le cœur des No- bles , par une familiarité majeftueufe qni temperoit l’excez de cette adoration dont fes prédeceffeurs avoient prétendu relever le refped qui leur étoit dû. Il n’épargna point les préfens & les grâces 304 Hifloire de la Conquête^ aux Caciques de la frontière , en les ex- hortant à la fidelité , 5c à la défenfe de leur propre païs ; 5c afin qu’ils n’eufiënt pas lieu de fe plaindre qu’il les chargeoic de tout le poids de la guerre , il envoya une armée de trente mille hommes , pour échauffer 5c foutenir leurs milices, Après une'politique fi jufte 5c G rafinée, les envieux de la gloire de notre Nation n’auront-ils point de honte de foutenir qu’on avoit affaire à des bêtes brutes, qui ne s’affembloient que pour ceder à l’artifice & aux rufes, 5c non pas à la va- leur & à la confiance de ceux qui les at- taquoient ? Cortez apprit que cette armée s’affem- bloit vers la frontière $ 5c il n’en douta plus, iorfqu’il vit deux ©u trois Nobles Indiens envoyez par le Cacique de Gua- cachula, Ville guerriere 5c fort peuplée, fur le chemin de Mexique , 5c que les nou- vel Empereur confideroit comme un des remparts de fon Empire. Ils venoient de- mander dufecours contre les Mexicains î ils fe plaignoient de leur orgueil 5c de leurs violences; 5c ils offroient de prendre les armes contre eux , du moment que l’armée des Efpagnols paroîtroit à la vue de leurs murailles, lis montroientla facilité 5c la juflice de cette entreprife, en difant que du Mexique* Livre V. 3© 5 leur Cacique devoir être fecouru , comme vaffal de notre Prince -, puifqu’il étoit un de ceux qui lui avoient voüé leurs fervi- ~es,en l'afiemblée des Nobles qui s’écoic Faire fous le Régné & par les ordres de Motezuma. Le Generalleur demanda quel éroic le nombre des troupes que les enne- mis avoient en ce quartier-là \ & ils ré- pondirent qu'il alloit à vingt mille hom- mes autour de leur Ville, de qu'il y en ivoit encore environ dix mille à une au- re Ville nommée Izucan , éloignée de juatre lieues : mais que Guacachula , de juelques autres Places qui en relevaient-, burniroient une troupe confiderable de ïoldats braves de animez , qui ne deman- loient que cette occafion de combattre eurs ennemis. Cortez les examina avec oin, par differentes quellions qu’il leur it , à defïein de penetrer l'intention de leur Facique^ôc ils répondirent fi à propos, ju’ils lelaifferent affez perfuadé que leur •ropofition étoit faite avec fincerité : de uand il lui feroit relié quelque foupçon , . l’auroit diffimulé j parce qu'encore qu'il l'eût pas été afluré dufuccèsde ce traité , 1 fe voyoit dans la necefiité de chaffer les nnemis de cette frontière, de defoumet- re ces Villes, avant que d’entreprendre e leur accorder fa protection. Tome IL Ce 5 0 6* Hijloire de lui Conquête Le General s’attacha donc à cette entre; priieavec tant d’ardeur , que dès le mê- me jour il forma une armée d’environ trois cens Efpagnols^ douze ou treize Cavaliers, ôc plus de trente mille Tlafcalteques, fous le commandement du Mettre de Camp Chriftophle d’Olid > & le projet étoit alors fuivi de fi près de l’execution , que ce Ca- pitaine marcha dès le matin du jour fui- vant , emmenant avec foi les envoyez de Guacachula. L’ordre étoit de s’approcher le plus près qu’il pourroit de la Ville , fans hazarder rien j Sc en cas qu’il y eût lieu de foupçonner quelque trahifon , de ne point attaquer la Place , mais de ten- ter de battre les troupes de Mexique , en les attendant en quelque pofte avanta- geux. Les Soldats marchoient avec joye & fort animez à cette expédition , lorfqu’à fix lieues deTepeaca, & prefque autant de Guacachula, l’armée ayant fait al te, il courut un bruit que l’Empereur de Me- xique venoit en perfonne au fccours de ces Villes avec toutes fes forces. Les Paï- fans le publioient ainfi , fans que cela pa- rût avoir aucun fondement : neanmoins les gens de Narvaez ajourèrent une pleine foi à ce rapport , & Pampiificrent , fans écouter ni la raifon ? ni les ordres de la du Mexique. Livre V. 307 ruerre. Ils blâmoient hautement l’expe- iition , en proteftant qu'ils n’iroient pas >lus loin , avec fi peu de refpedt , qu’Olid ifFenfé de leur procédé , leur dit fiere- nent , qu’ils pouvoient s’eu aller j mais |u’il ne leur répondoit pas des chagrins de Zortez, puifque la honte 5c l’infamie de eur retraite les touchoient fi peu ; 5c au nême tems qu’il alloit continuer la mar- he fans eux , un nouvel accident vint mét- ré au moins en compromis le fuccès de ette entreprife, s’il ne donna point quel- le rude atteinte à la confiance du Coin- nandant. On vit defcendre du haut des monta- ges voifines, des troupes d’indiens ar- nez, qui s’avançoient avec une diligcn— e extraordinaire y 5c obligèrent le Com- nandant à mettre fon armée en bataille 9 ur ce qu’il crut que les Mexicains ve- loix pré- ar- nées : mais quelques Cavaliers qu’il avoic létachez pour reconnoîtte ces troupes , evinrent lui donner avis qu’elles étoiene ’ommandées par le Cacique de Guaco- fingo, accompagné de quelques autres Caciques fes alliez , qui venoient au fe- :vurs des Efpagnols contre les Mexicains , C c ij îoient l’attaquer ; luivant en cela les le la guerre , puifque un excès de T oyance n’a jamais fait de tort aux 3 ©S Hijîoirè de la Conquête dont Parmée avoic ravagé leurs frontiè- res , & menaçoit leurs Etats. Olid leur manda de faire alte 3 8c que les feuls Ca- ciques vinffent le trouver ; ce qu’ils fi- rent auffitôt < neanmoins 3 ce qui dévoie donner de la joye 8c de la confiance 0 fit un contraire effet ; parce qu’il courut par- mi nos Soldats un bruit 3 qui commen- ça par les Tlafcalteques y 8c paffa bien- tôt jufques aux Efpagnols. Les uns 8c les autres difoientque c’étoit une impruden- ce de fe fier à ces troupes 3 dont l’amitié étoit feinte 8c trompeufe ; 8c que les Me- xicains les envoyoient , à defifein de char- ger les Efpagnols en trahifon durant le combat. Olid entra trop legerement dans les mêmes foupçons, qui l’obligerent à faire arrêter les Caciques 3 8c à les en- voyer à l’heure même à Tepeaca 3 afin que Cortez décidât de leur deftinée ; ba- zardant par cette aétion précipitée 3 de faire naître un trouble dangereux entre les troupes qu’il conduifoit 3 8c celles des In- diens qui venoient affeélivement le fecou- rir comme amis. Ils demeurèrent nean- moins 3 malgré ce témoignage injurieux de la défiance du Commandant 3 au polie où ils fe trouvoient 5 avec cette confe- ction 3 qu’on remettoit au General à ju- ger de la fine enté de k: tr * intentions) & du Mexique. Livre V. 309 les nôtres n'oferent les inquiéter , juf-' ques à ce qu’ils euffent reçû de nouveaux ordres. Les Caciques prifonniers arrivèrent bien -tôt en la prefence de Cortez/& fe plaignirent modeftement du procédé de Chriftophle d’Olid > en faifant connoître que le traitement fait à leurs perfonnesné les mortifioit pas fi fenfibiemenr, que Tat- reinte qu’on donnoit à leur fidélité. Le Ge- neral les écouta favorablement y 8 c leur fit 3ter les fers y avec toute l’honnêteté qui mouvoir les fatisfaire , & regagner leur con- aance 3 parce qu’il trou va en eux le carac» :ere que la vérité porte avec foi y lorf- ju’elle veut fe diftinguer de la fourberie. Dépendant il vit bien que cette expédition ivoit befoin de fa prefence y parce que le légoût entre des Peuples amis & alliez 3 k les murmures des Soldats > fembloient ître des menaces de quelque difgrace. Il ê difpofa aufiî tôt à ce voyage 3 8 c après ivoir recommandé aux Officiers de Juftice e Gouvernement de la nouvelle Ville y il >artit avec les Caciques 8 c une petite ef- :orte , avec tant d’ardeur de pouffer cette :ntreprife à bout y qu’il arriva en peu l’heures à l’armée. La prefence du General y ramena la ranquillué ; les chofes parurent fous d’au- §î® Utftoire de lu Conquête très couleurs 3 Sc on vit ceffer cette tem- pête qui troubloit les efprits. Cortez ne blâma pas Olid de ce qu’étant fi proche il ne l’avoit pas averti de cette nouveau- té , mais de ce qu’il avoit fait éclater mal à propos fes défiances 3 par l’emprifonne- ment des Caciques : & après la jonction des forces de ces Indiens aux fiennes ,, il prit la route de Guacachula 3 fans s’arrê- ter -, ordonnant que les envoyez de cette Ville s’avançaffent 3 afin de donner avis à leur Caciq'iu^ du mouvement & des forces de l’armée ; non pas qu’il eût be- foin des offres de ce Cacique, mais afin d’éviter l’embarras de traiter en ennemis 3 des Peuples qu’il vouloit foumettre Ôc con- ferver. Les Mexicains étoient campez de l’autre côté de la Viüe *, mais au premier avis de leurs fentinelles ils prirent les armes avec tant de diligence 3 qu’ils étoient déjà en ba- taille a deffein de foutenir un coanbat à Pabri de la place 3 lorfque les Efpagnoîs n’étoient pas encore à la portée du mouf* quet. Ils firent tête 3 & vinrent à la char- ge d’un air fi déterminé 3 qu’il paroiffoit q#’oi*ne dût pas voir fi tôt la déçifiondu combat , fi le Cacique de Guacachula n’eûç profité de cette occafion d'éprouver fa fi- delité >en chargeant les Mexicains à dos^ du Mexique* Livre V. $i% ;n même tems qu'on leur tiroic de deflus es murailles ; ce qu’il fit avec tant d’or- ire & de refolution 9 qu s cn moins de demi- îeure les ennemis furent défaits 3 enforte ju’il s’en fauva fort peu,, & encore fort ilefîez, Cortez prit fon logement dans la Ville ,vec lesEfpagnols 9 & on marqua un quar- ier hors de l’enceinte aux Tlafcalteques k aux autres Alliez 9 dont le nombre croif- bit à tous momens ; car dès que la renom- née eut publié que le General marchoit n perfonne 9 tous le Caciques alliez ac- oururent avec leurs troupes pour fervir ous lui 5 en forte que luivant ce que Cor- ezen rapporte lui-même 3 fon armée étoit le plus de fix vingt mille hommes lorf— ju’il arriva à Guacachula. Il remercia le Cacique 8c fes Indiens en leur attribuant out l*honneur de la viéfoire ; 8c ils s’of- rirent à lui pour l’expédition d’Izucaîi* lans la confiance qu’ils lui feroient ne- :effaires , parce qu’ils avoient une parfaire •onnoiffance du pays 9 8c qu’on pouvoir :ompter fur leur valeur. Les ennemis fui-; rant l’avis que le Cacique en avoir donné , enoient en cette Ville dix mille hommes le garnilon 9 fans ceux qui s’y étoient jet- iez après la défaite. Les Habitans 8c les ’ayfans voifins étoient engagez à fe décla- ' 312 . Uifloire de U Conquête ter à toutes rifques ennemis des Efpa- gnols , & la Place forte par fa fituation s avoit de bonnes murailles , 8c quelques re vélins qui en défendoienc les avenues aux ouvertures de la montagne. Un ruif- feau en baignoit le pied > 8c comme il falloir neceflairement le traverfer , ils avoient rompu le pont, à deflcin de dif- puter le paflage. Toutes ces circonftances fuffifoient pour donner de la réputation à de l’emploi à toutes vant-garde 3 & de voit tenter le paflage de la riviere avec une trou- pe de Soldats choifls. Il le trouva défen- du par la meilleure partie de l’armée des ennemis , qui ne l’empêcha pas de fe jet- ter dans l’eau, 8c de gagner l’autre bord, en combattant avec une réfolution fi déter- minée , 8c fi peu d’égard au danger , que fon cheval fut tué , 8c lui blefle à la cuiffe. Les ennemis fuirent dans la Ville 3 qu’ils penfoient conferver , ayant fait foitir les bouches inutiles , 8c. gardé feulement trois mille Habitans fort refolus , 8c des vivres pour plufieurs jours. La force des murail- les 8c le nombre des défenfeurs frappoient les yeux, 8c faifoient juger que l’aflaut jçoûteroit bien du fang ; mais à peine l’ar- mée eut-elle achevé de paffer , 8c reçu les ordres cette entrepnie, 8c les troupes. Olid condiiifoitl’i du Mexique. Livre V. 313 ordres pour l’attaque 5 que les cris des en- nemis ceiïerent, & lagarnifon difparut en rn moment. On auroir pu appréhender juclque furprife de la part de leur milice y îont tous les efforts fe reduifoient à cer- :ains ftratagêmes 3 fi 011 n’avoit découvert iu même tems la fuite des Mexicains jui fe fauvoienten defordre vers les mon- agnes. Cortez les fit pouffer par quelques Compagnies d’Efpagnols, & par la plus grande partie des Tlafcalreques ; &c quoi * [ue l’âprêré des rochers militât pour les nnemis, ils furent rompus en fi peu de cms, qu’ils n’eurent prefque pas leloifir le fedéfendre. O11 trouva dans la Ville une fi grande olitude , qu’à peine put -on rencontrer ntre les prifonniers trois ou quatre de les fabitans 3 dont Cortez fe fervit pour at- irer les autres , en les envoyant dans les •ois, ou ces miferables s’étoient réfugiez 3 romettre de fa part une entiers abolition > '£ un traitement favorable à ceux qui re~ iendroient inceffamment à leurs maifons. Ictte diligence eut un fi bon effet 3 que 1 Ville fut repeuplée prefque par tout dès ï même jour > chacun s’empreffant à joiiir u bénéfice de la paix. Le General y dé- àeura deux ou crois jours y afin de leur fai- e perdre toute la crainte 3 & de les con-s Tome IL Dd 3 T 4 H ijî aire de la Conquête firmer dans l’obcïflance., par l’exemple de: Indiens de Guacachula. Au même temsi donna congé aux troupes des alliez 3 aprè avoir partagé avec eux le butin gagné er toutes les deux actions *, 6c il revint à Te- peaca 9 avec les Efpagnols 6c les Tlafcal- teques } làiffant la frontière libre ôc nette , & ces Villes foumifes , ( ce qui lui étoit très -avantageux ) 6c le cœur de ces Peu pies affectionné auz Efpagnols 3 par Tex- perience qu’ils faifoient de leur humanité, Cortex avoir encore le plaifir d’avoir ruine les difpofitions du nouvel Empereur de Mexique en fes premiers projets 3 qu’on obferve ordinairement comme des pronof tics des nouveaux régnés 3 6c qui animent ou abbattent l’efprit des Sujets s félon la qualité des évenemens. Bernard Diaz del Caftillo ne veut pas que Cortez ait affilié à cette expédition 5 6c il y a lieu de douter fi cet Auteur ne prétend point fe confoler ainfi 3 d’être de- meuré lui-même à Segura de la Frontière 5 comme il l’avoue un peu auparavant vou s’il ne s’eft point laiffié entraîner 9 fans y prendre garde 3 à lapaffion qu’il a decon» tredire en tout François Lopez de Goma- ra : car tous les autres Hiftoriens décrivent cette expédition ainfi que nous l’avons rap- portée j & Cortex même , dans fa Lettre dn 'Mexique. Livre V. 315 1 l’Empereur^ du trentième Octobre 1520. explique les motifs qui l’obligèrent à fe mettre à la tête de l’armée. On a du re- gret de trouver en fon chemin ces oçcafions de dédire un Auteur que l’on fuit : mais ç’auroit été une faute de Cortez indigne de fa prudence d’avoir négligé de fe trou- ver en perfonne à une entreprife où il école appelle par le dégoût de les Soldats , les plaintes de fes Alliez , l’infolence des gens de Narvaez y 3 c par le penchant que le Commandant avoit à entrer dansleurscha- grins : ce qui mettoit en grand hazard une entreprife de cette importance. Diaz nous pardonnera donc : il peut avoir écrit la chofe comme il croyoit la fçavoir ; Sc c’ell plutôt en lui un défaut de memoire^qu’une atteinte à la vérité du fait , ou une tache à la vigilance de fon General. Hifioire de la Conquête $16 CHAPITRE V. Cortez avance les préparatifs dont il avait h e foin pour l'entreprije de Mexique. Il reçoit par hazard un jecours de SoU dut s Efpagnols. Il revient à Tlafcala s eu il trouve que Ataçijcatzjn était mort. E N arrivant à Tepeaca , qui avoir déjà pris le nom de Segura } Cortez reçut l’avis que fon cher ami Magilcatzin n’ar voit plus que quelques momens à vivre. Cette nouvelle l'affligea très-fenfiblemenr, parce que les témoignages d’une affedion fincere & paflîonnée qu’il avoir reçus de îa part de ce Sénateur , avoient mérité de îa fienne une amitié réciproque , qu’il lui rendoitpar reconnoiflance & par inclina- tion. Cortez voulant donc lui en donner des preuves les plus eflentielles , dépêcha d’abord le Pere Barthelemi d’01mcdo 3 afin de lui procurer le fecours le plus ne- ceflaire à fon ame , en eflayant de l’ame- ner à la Foi de l’Eglife Catholique. Lors que ce Religieux arriva , Magifcatzin, quoique prefque accablé par la force de fa maladie., çonfervoïc encore un jugement du Mexique, Livre V. 5 17 libre 3 & un efpnt difpofé à recevoir de nouvelles impreflions ; ce grand nombre de Dieux lui fembîoit fort extravagant , 8>C il étoif choqué, de la barbarie de leurs fa- crifîces. Le Cbjiftianifnie lui paroilïoit plus conforme aux loix de l'humanité 8c de la raifon ; n’étant y ce femble y dans l’a- yeuglement 3 que faute de lumière, 8c non pas par le défaut de les yeux. Le Pere n’eut pas beaucoup de peine à réduire Magif- catzin ^ qu’il trouva convaincu defon éga-] rement y & pénétré du défir d’en être ré- el relie : il ne fut donc queftion que d’inf- rruire ce Sénateur , 8c de lui faire quel- ques exhortations > afin d’échauffer fa vo- lonté , 8c de mettre la tranquillité dans fon ame : après quoi il demanda le Baptême 3 avec beaucoup d’emprefiement 3 & il le re- çut avec une foi pure 5 employant le peude vie qui lui refioit en de ferventes réfle- xions fur fon bonheur ^ 8c à exhorter fes snfans à renoncer au culte des Idoles 3 8c 1 rendre une entière obéïflance à fon ami Cortez^ en appliquant tous leurs foins à procurer l’avantage 8c la confervation des Efpagnols 3 comme la leur propre; parce jue fui vaut les mouvemens qu’il fentoit en on cœur , il étoit perfuadé que l’Empire le ce Païs-là devoit tomber entre leurs pains. Les Auteurs ont traité ce difeours V d iij 3 1 § Hiftoire de la Conquête de Prophétie \ de peut-être que Dieu le lui infpiroit, ou que la prudence confommée de cet Indien Je faifoit ainfi penetrer dans l’avenir. Ce qu’il y a de confiant 3 eftque la docilité qu’il témoigna en ces derniers Biomens 5 & une vocation fi extraordinai- re furent la recompenfe que Dieu accorda à ce que Magifçàtzin avoit fait en faveur des Chrétiens j fa providence ayant choifî cet homme pour le principal infiniment de tant de reffburces y dont ils étoient redeva- bles à la Republique de Tlafcala : auffi il avoir un allez grand fonds de vertus mora- les j de tant de capacité pour les affaires > que tous les autres Sénateurs recevoient avec refped fes décidons , prefque comme des ordres abfolus j de il fçavoit fort bien mettre en œuvre cette autorité 3 avec toute îa modération que l’on doit aux délicate (Tes de la liberté dans une Republique, Correz fut touché de fa mort 3 comme d’une per- te qui ne fouffroit point de confolation y puifqu’il trou voit à dire en fa perfonne non feulement un arai à toutes épreuves y mais encore un directeur fidele de fes def- feins , dont l’affection de Je refped lui avoient acquis le cœur des Tlafcaîtequesf mais le Ciel qui fembloit prendre le foin de foutenir ce General dans fes di fgr a ces * les adoucit alors par un fecours qui releva fes efperances» du Mexique. Livre V. 3x9 Un vaifTeau de moyenne grandeur vint noüiller à la rade de Saint Jean d’Ulüa : il >ortoit treize Soldats Efpagnols , deux :hevaux , de quelques munitions de guerre k. de bouche 9 que Diego Velafquez en- r oyoit à Pamphile de Narvaez 3 ne dou- ant point qu’il ne lui eût déjà acquis tou-* es les conquêtes de la Nouvelle Efpagne J le attiré à Ton parti l’armée deCortez. Le Commandant de ce vaiffeau étoit Pierre de îarba^ Gouverneur de la Havane, lorf- îue Cortezfortit de Pille de Cuba -, de ce ïeneral étoit redevable àPamitié dc'Bar- a/le La vanrage d’être forti du dernier em- arras dont on avoit voulu traverfer fon xpedition. Cortezavoit fait Capitaine de 1 Côte Pedro Cavalîero 5 qui n’eut pas lûtôt découvert ce navire 3 qu’il fejetta ans un e'fquif ^ pour aller le ,reconnoître. 1 falua fort civilement ces Avanturiers 3 c reconnut d’abord ce qu’ils cherchoient^ la maniéré empreffée de refpeélueufe ont Barba s’informa de Narvaez. Cavaï- îro répondit fans hefiter : 33 Que Nar- ce aez rfétoit pas feulement en parfaite ce tnté 9 mais que fes affaires étoient en un ce tat à donner de l’admiration. Que touscc esPaïs lui étoient fournis , &queCor-cc ïz fuyoit à travers les bois avec un petit ce ombre de Soldats qui lui étoient reflez.ee Dd iiij 5 2 o Biftoire de la Conquête Si l’on ne peut fauver ce détour du repro- che de menfonge , au moins peut-on louer la prefence de l’efprit qui l’imagina , puif- qu’il n’en fallut pas davantage pour obli- ger ces Efpagnols à mettre pied à terre, avec grande confiance , & pour aller droic à Vera-Cruz , où ils fe trouvèrent arrê- tez au nom de Cortez. Cependant Barba ne fût point trop mauvais gré à Cavallero de fon adrefle , parce qu’il n’étoit pas fâ- ché de trouver fon ami en une fituation fi avantageufe. On les conduire à Segura, où Cortez célébra avec un extrême plaifir cette heu- reufe avanture , qui augmcncoit le nombre de fes Efpagnols,a vec cette ci rconfbnce ré- joüiflante , qu’il recevoir ce fecouis des mains de fon ennemi. Il carefTa fort Pierre ne Barba , & il lui donna le commande- ment d’une Compagnie d’Arbalêrriers , pour marquer la confiance qu’il a voit en Ion amité. Il fit aux Soldats quelques pre- feqs , qui les engagèrent à s’enrôler dans les troupes , & lut en fecret la lettre qui s’a- drefibit à Narvaez. Velafquez fuppofanc que ce Capitaine étoit le maître abfolu de toute fa conquête , lui ordonnoit de s’y maintenir à toutes rijcjues , & pour cet ef- fet il lui promettoit de grands (ecours. La conclufion de fa dépêche étoit; « Que du Mexique. Livre V. 32* fi Cortez n’étoit pas mort , on le lui en* «: voyât au plutôt ^ avec une bonne ef- ce corte * parce qu’il avoir un ordre précis ce de l’Evêque de Burgos 3 de le faire ame- ce îier prifonnier en Efpagne. » Cet ordre fe feroit tourné en arrec fans appel , fl on avoiclaifTé l’affaire entre les mains de cet Evêque , ennemi de Cortez : de la paffion que ce Miniftre marquoit d’obli- ger Velafquez, donnoit lieu de craindre qu’il ne voulût faire un exemple éclatant du châtiment de Cortez , en couvrant fon reifentiment particulier du prétexte de la juftice. Au bout de huit jours un autre vaiiïeau arriva à la rade d’Ulüa. Il poruoit un nou- veau fecours à Narvaez, de Cavallero s’en faifît encore avec la même adreffe. Il y avoit huit Soldats Efpagnols , une jument, de une quantité confiderable de toute îor- te d’armes de de munitions , fous le com- mandement du Capitaine Rodrigo Mo- rcyon de Lobera. Ils pafîerent tous à Sepu- ra,oûils prirent parti dans l’Armée lui- vant l’exemple des premiers arrivez. Ces fecours venoient par des voyes fi éloignées de toute forte d’apparence , que Cortez les regardoit comme de très- heureux prefa- gesj parce qu’il lui fembloit qu’ils por- toient quelque caraétere de bonheur > donc $ïi Hiftoire de là Conquête il fe promeçtoit des fuites en fon entrer prife. Cependant il n’oublioit rien de tout ce qui pouvoir en avancer le fuccès. Il s’étoit promis la conquête de Mexique i 8c ce grand nombre d’ A liiez qui venoient fe joindre à fes troupes , le confirmoit en fa re- folution. Le palîage du lac étoit la plus grande difficulté : & cet obftacle étoit ter- rible 5 parce que les Mexicains ayant une fois trouvé ^invention de rompre les ponts des chauffées 5 on ne pouvoir plus fe fier aux ponts volants 3 qui étoient Tunique précaution qu’on pouvoir prendre en un îems, ou l’empreffement ne permettoit pas de mettre en ufage d’autres expediens plus commodes & plusfûrs. Enfin, Cortez s’ar- rêta au deffein de faire conflruire douze ou treize brigantins capables de réfifter aux canots des Mexicains 9 8c de conduire fon Armée jufqucs dans leur Ville même * croiant qu’il pourroit faire porter les pièces de ces vaifïeaux fans etre affemblées y fur les épaules des Tamenes Indiens jufques aux bords du lac , depuis les montagnes de Tlafcala , quoiqu’il y eût aux moins quinze ou feize lieues d’un chemin très-ru- de. L imagination du General étoit rem- plie de grandes idées y 8c il avoir une a ver-, fïon naturelle pour ces eiprits bornez 3 qui j du Mexique. Livre V. 3*î rouvent de l’impoffibilité en tout ce qui :ur paraît difficile. Coï tez communiqua ce deffiein a Mar- in Lopez , dont l’efprit & l'habileté lui toient une grande reffource en de pareilles ccafions : Si voyant que non feulement et Officier approuvoit le projet , mais en- cre qu’il promettoit de le faire reiiùir , u ai ordonna d’aller à Tlafcala,avec tousies ifpagnols qui entendoient la charpenterie, !e de mettre promptement la main a 1 ou- rage , en fe îervant auffi des Indiens dont I aurait befoin pour couper du bois, SC .our le relie de ce qui étoit à leur portée, portez donna ordre en meme rems de rai- e apporter de Vera-Cruzla ferrure , les nâts , Si les autres agrez qui reftoient des 'aideaux que l’on avoir coulez a fond : 5 c comme il avoit oblervé que ces mon- agnes produifoient une efpeced arbres qui lonnoient de la poix , il les fit ébranener, ÎC en tira tout le brai > qui lui étoit necei- i'aire à carener fes brigantins. ^ La poudre manquoit a l’armee Si la jenetration du General lui fit encore ima- giner le moyen d’en avoir d’une qualité lès-fine , en faifant tirer du foufre , dont les Indiens ignoroient l’ufage , de ce o - :an qu’Ordaz avoit reconnu. Il jugea que pe minéral devoit fervir d’aliment a la Ha- 3 2 4 Mijloire de la Conquête îne j & quelques Soldats Efpagnols 3 en- tre le/quels Jean de Laet, nommé Moii* taiio , Sc Mefa Commandant d’artillerie 3 5 offrirent a tenter cette perilleufe avantu- re. Ils en revinrent avec une provifion de foudre fuffilante a fournir abondamment toute la munition aux troupes: 6e c’eftainfi que les xoins du General s’étendoient à tout, Sc que fon activité fembloit lui tenir lieu de délaflement» Apres qu il eut pris toutes ces mefures qui a voient d’abord leur effet , il refolutde retourner a Tîafcala 5 afin de bâter lespré- paratifs de fon expédition : & avant que de partir * il laiffa de bonnes inftru&ions au nouveau Confeiî de Segura > après avoir nomme François d'Orozco pour Com- mandant de la garftifon . qui fut compo- fée de vingt Soldats Efpagnols , outre les milices du Païs , qui eurent ordre d*obêïr à ce Capitaine- La mort de Magifcatzin obligea Cortez à prendre le deuil en entrant à Tîafcala, ou lui Sc tous les Officiers parurent revê- tus de cafaques noires deffus leurs armes. Ces cafaques etoient faites des mantes Sc on les avoir fait teindre exprès. L'entrée n eut aucune autre pompe r que le bon or- dre & le filence qu’on ficobferver aux Sol- dats, qui marquoient prendre part à la dou- du Mexique. Livre V. cur du General. Le témoignage qu’ils en lonnoient fut applaudi par'la Nobleffle 6c e peuple de Tlafeala 9 donc Magifcarzin toic révéré comme Pere de la Patrie : 6c juoiqu on ne puilTe douter que le rgfTen- imenc de Correz ne fût très - fincere, 6c ifon l’eût entendu pjufîeurs fois fe plains .re de cette difgrace , par les juftes raifons u’ii avoir de s’en affliger ; néanmoins il il encore vrai-femblablc que ce deiiil ten- oit a flatter i’efprit de ces Indiens 3 & que ette démonfiration extérieure ayoit une ouble vûe ; celle de fatisfaire à fa deu- :ur > & de donner quelque chcfe aux ap^ kudilTemens du Peuple qui en e^pic té- loin. Les Sénateurs n a voient point voulu pour**- oira la charge de Magifcarzin 3 qui gou- ernoit le principal quartier de la Ville au om de la République. Us fouhaitoienc ne Cortez lui choisît un fuccelfeur y au roins qu’il confirmât leur choix : 6c lui ifant attention fur ce qu’il devoir à la me - ioire de fon ami ? nomma le fils aîné de [agifcatzin 3 6c obtint en fa faveur cous js fuffrages. C efoit un jeune homme fore lime par fa conduite Sç par fon courage \ p A bien né 3 qu’il entra en cette Charge 3 !ns paroîcre embarralle fur tout ce qui en igardoic les fondions. Il donna même S ^ Hifioive de U Conquête peu detems après une preuve éclatante d< fon bon efpric , en ce qui étoit le, plus ef fentiel , lorfqu’ii demanda le Baptême gc qu’il le reçut publiquement en grande ceremonie. Il prit le nom de Dont Laurem de Magifcatzin , fa converfion fut :Pc6 fet des raifons dont le Pere Olniedo s etoii fervi , pour chaffer les tenebres de Pcrreui de Pefprit de Magifcatzin. Les ferieufe* méditations que ce jeune homme fit fur la force de ces raifons, Pamenerent infenfi- blement à la connoiflance 8c à la detefta* tioii de fon aveuglement. Le Cacique d I J 2 ucan reçut en même-tems la grâce du-Bap terne : ce jeune Prince étoit venu a Tlaf- cala revêtu de tous les ornemens de fa nouvelle dignité , à deffein de remercier le General de ce qu’il avoit décidé en fa fa- veur un procès où fes parens lui contefi toient la fucceffion de fon Pere. Cortez étoit alors l’arbitre fouverain de tous la Caciques de ces Provinces, &. même des particuliers , qui remettoient leurs diffé- rends entre fes mains, & qui rece voient feî décifions comme des loix inviolables *, tant ils avoient de refpeét pour lui , & de con- fiance en fon équité , qui attiroit leui ©béïflance. ' Le bruit que ces converfions firent dan5 la Ville , réveilla le vieux Xicotencal,qu? du Mexique. Livre y. 327 ne pouvant s accommoder des abfurditez del’Idolâtrie , avoir neanmoins vieilli dans l’erreur , 8c fe trouvoit en cetre lâche 8c molle difpofirion , qui ne peut foutenir la moindre difficulté 3 ni prendre aucune ré-; folution : deiauts ordinaires y 8c prefque naturels à la vieiileffie. Cependant l’exem- ale de Magifcatzin } dont l’autorité égaloic :ellede Xicotencal 3 8c la converfion de :e Sénateur à la Foi , aux derniers momens le fa vie a firent; une fi forte impreffion fur efprit de 1 aveugle } qu’elles le rendirent :apable de recevoir des inllruélions , qui Hivrirent fon cœur aux veritez de l’Evan- >ile , & à ces vives lumières qui diffiperent eserreurs 3 en forte qu’il fouhaita le Bap-; ême, après les avoir déteftées publique-: ment. Véritablement il paroîtque les ma-' :imes de la Foi ne pouvoient s’établir plus propos en ce Païs-là_, au moment de la edu&ion des Grands & des Sages de la lepublique , qui prenoit de leurs confeils es Réglés de fon Gouvernement ; mais ce oin fut traverfé par d’autres affaires. Cor- ez s appliquoit tout entier aux préparatifs le fon expédition : le Pere Olmcdo n’a- ’oit point de gens qui puffent l’affifter, 8c 1s étoient également perfuadez qu’on ne louvoit traiter avecfuccès des affaires de a Religion } jufques à ce qu’ayant impofé ' 3 2 . S Hifloire delà Conquête le jotig au Peuple dominant , on eût éta- bli la paix 3 qu’ils regardcierit comme une difpofîtion neceflaire à ramener les efprits des Tlafcalteques à cette tranquillité qui fraye le chemin à la doétrine de l’Evangi- le. On laiflâ donc le plus effentiel pour une autre fois : la chaleur des exemples fe refroidit 3 &: le ailte des Idoles ne céda point. On pouvoir neanmoins tirer quel- que fruit de cette favorable fituation a en ce peu de jours que l’Armée demeura à Tlafcala : mais nous n’apprenons point qu’on ait fait 5 ni même entrepris quelque autre cenverfion en un tems fâcheux 3 où l’on ne parloit que d’armes & de guerre , dont les foins ont accoutumé d’étouffer tous les autres; la raifon n’ofant fe pro^ duire j lorfque la violence de leurs maxL* m&$ attire toute l’attçntion. CHAPITRE du Aféxique» Livre V. SW CHAPITRE VL Ve nouveaux fecours de Soldats Efpagnols ar- rivent à f armée de Cortex Les gens de Narvaez. qui avoient demandé leur conve\ retournent à F I (le de Cuba . Cortex drejfi me fécondé Relation de fin expedion , dépêche de nouveaux Envoyez, à F Em- pereur Charles V. C Ortez fe plaîgnoît de François de Garay > fur ce que ce Capitaine étant bien informé de l’entrée & du progrès qu’on avoir fait dans l’Empire de Mexique, lelaiffbit pas de s’y établir du côté de Pa- tuico , où il tâchoit de faire quelque con- quête : mais l’étoile du General avoir un fl aeureux afcendant fur fcs concurrens , que :omme Diego Velafquez luiavoit fourni les fccours par les mêmes voyes dont il )rétendoit le ruiner, & maintenir Narvaez*, linfi les mefures que Garay avoir prifes 3our ufurper quelque partie du Gouverne- nent de Cortez , tournèrent à fon avanta- ge. On a dit que les vaiffeaux de Garay fu- rent repouffez de Panuco , lorfque notre Armée étoit encore à Zempoala. Ce Ca*- aitaine réfolu de fuivre fon entreprife ; dreffa / Tome II Q Ee 3 30 Hifiotre de la Conquête une nouvelle flotte , commandée par fes meilleurs Officiers ; mais la fécondé ex- pédition n’eut pas un meilleur fuccès. A peine ces Efpagnols eurent-ils mis pied à terre , qu’ils trouvèrent une fi fiére réfif- tance de la part des Indiens , qu’ils furent obligez de regagner leurs navires en de- fordre ; & ne longeant qu’à fuir le danger* ils firent voile, chacun fuivant des routes differentes. Ils coururent durant quelques jours au hazard*, 6 c fans fçavoir rien du deffein les uns des autres , ils vinrent tous prefque au mêmetems aborder à la côte de Vera-Cruz, où ils s’engagèrent àfer- vir dans l’Armée de Cortez, fans y être pouffez par aucun autre motif, que par la réputation de fa valeur. Ce fecours fut attribué à une grâce du Ciel toute pure : car encore qu’il foit vé- ritable que le trouble des Soldats & l’i- gnorance des Matelots ait pû difperfer ces navires , & les abandonner au gré du vent , qui les pouffa vers l’endroit où Cortez en avoit befoin \ cependant leur arrivée fi j ufte & fi à propos pour augmen- ter fes troupes, eft un événement digne d’une particulière attention *, puifque cet- te liaifon d’incidens fi heur eufemcnt en- chaînez , ne fe trouve point , ou au moins k trouve rarement , dans les termes du Mexique. Livré V. 3$ï maginaires de ce qu’on appelle cas for- me. Le premier de ces navires étoit comman- ié par le Capitaine Camargo y ôc portoic oixante Soldats Efpâgnols. Celui qui vint près étoit mieux armé, ôc rempli de Sol- lats plus aguerris , au nombre de cinq u an- e , outre fept chevaux x fous le comman- lement de Michel Diaz d’Auz, Cavalier \ragonnoiSj qui fe fignala en toutes les iccafions avec tant de diftin&ion 3 que fa èule perfonne auroit tenu lieu d’un grand eeours. Le dernier vaiffeau fut celui du Capitaine Ramirez 3 qui arriva un peu plus ard avec plus de quarante Soldats, dix ihevaux, ôc une grande provifion d’armes k de munitions. Tous débarquèrent fans àçon : les premiers fans attendre les au- res prirent la route de Tlafcala*, ôc fur eut exemple les autres firent avec plaifir e même voyage. Les avantures de cette :onquête faifoient déjà tant de bruit dans eslfies, que les Soldats en étoient en- fantez, comme des gens qui fe laiflent rendre aifément aux idées d’une fortu^ îe éclatante. Ce fecours augmenta confidérablement e nombre des Elpagnols , dont le coûta- ré reprit une nouvelle vigueur. Ceux de Portez recevoient les derniers venus , avec Ec ij 33 1 Hifloire de la Conquête des cris de joye , au lieu de complimens $ & ils s’embraffbient , comme s'ils eulfenî été amis depuis long -teins , quoiqu’ils n’eu dent d'autre liaifon , que celle d'être de la même Patrie. Cortez même oubliant la gravité d'un General , s'abandonna aux tranfports de fa joye , fans oublier nean- moins de rendre grâces au Ciel,, en attri- buant à Dieu , 5c à la juftice de la caufe qu’il foucenoït , tout ce que ces évenemens avoient de favorable* 8c de merveil- leux* Cependant ils ne furent point capables de calmer l'inquietude des gens de Nar- vaez , qui firent de nouvelles inftances, afin d'obtenir le congé de retourner en l'îflede Cuba, fur quoi ils reprefentoient au Gene- ral , la parole qu'il leur avoit donnée -, 8c il ne pouvoit nier qu’il ne les eût engagez fous ce prétexte à l’expédition de Tepeaca* Cortez ne voulut donc point entrer en de nouvelles conteftations, parce qu’il voyoit fes troupes augmentées de Soldats plus aguerris, 8c mieux difciplinez,&: qu’il n’é- toit pas à propos de conduire des libertins &c des brailleurs , qui fe dé fol oient' aux moindres fatigues , en maudifiant l’entre- prife : gens pernicieux dans un camp, inu- tiles dans les occafions , 8c trompeurs dans Jes revues 9 puifqii’ils paffenç eç pnîe ; du Mexique. Livre V. 333 somme Soldats , ians qu’on en tire aucun ervice* Il fit donc publier par tout : ce Que :eux qui voudroient fe retirer en leur ce Lus , en avoient la liberté ; 5 i qu’on ce eur fourniroit des vaifleaux , avec toutes e qui leur feroit necefïaire. 55 La plus grande partie des Soldats de Narvaez prit e parti. L’honneur en retint quelques uns; k Bernard Diaz 3 qui n’a point nommé eux-ci , en quoiil leur a fait tort, a em- •loyé fa plume à deshonorer les autres; n rapportant leurs noms ; quoiqu’il parût lus conforme au bon fens de fupprimer la nemoire de ceux qui avoient fi fort oublié “foin de leur réputation. Ce qu’il devok narquer eft , qu’un de ceux qui tombe- entdans cet oubli , fut André de Duero, [uel’on a vu fi attaché aux interets de Cor- ez, en diverfesoccafions. Quoiqu’on n’ait oint publié les motifs de la retraite de cet lomme, on peut croire que les prétextes ontilfe fervit n’étoient pas fort honnê- ts , puifqu’on le vit à quelque rems de- i , faifant beaucoup de bruit à la Cour le l’Empereur, en faveur de Diego Velaf- ue. S’il y eut quelque fujet effe&if de upture entre Cortez & Duero, la raifon evoit être du côté du General ; n’étanc as vrai-femblable qu’elle fût pour un '534 Hiftoire de la Conquête homme qui ne la méprifoit pas moins que fa réputation 3 en taillant fon ami engagé dans une entreprife où le péril 3c la gloire fe trou voient également partagez y pourfe charger d’une commiffion où il fe voyoit obligé à trahir fes propres lumières , en fe rendant efclave de la paflion & de l’injufii- ce de Velafquez. Le General débarraffé de cette troupe de gens inquiets 8c mutins ^ qu’Alvarado eut foin de conduire jufques aux vaifleaux f prit alors fes mefures fur le tems qu’il fal- loir employer à la conftrudion desbrigan- îins > afin d’envoyer fes ordres aux alliez 3 pour le jour du départ. Il leur prefcrivic la provision d’armes 3c de vivres qu’ils dé- voient faire 3 à proportion de leur nom- bre; 3c aux heures que cette occupation lui laiffoit 9 il fe refolut d’achever une Rela- tion 9 où il rapportoit en détail toutes les avantures de fa conquête , afin d’en ren- dre compte à l’Empereur. Son deflein étoit d’équiper un vaiffeau 5 3c d’envoyer de nouveaux Àgens , folliciter la dépêche des premiers,, dont il n’avoit reçu aucunes nou- velles ; afin d’être au moins informé du tour que cette affaire avoit pris à la Cour d’Efpagne 9 dont le filence commençoit à le mettre en peine, 3c à prendre place en- tre fes plus grandes inquiétudes» du Mexique. < Livre V. 335 Cortez dreffa eçjtte Relation en forme 2 Lettre,^ reprenant le plus effentiel des ^pêches qtfil a voit données aux Capital- es Portç/carrero y bc Montexo , il faifok 1 détail fincere de tous fes avantages, bC iffi de foutes les difgraces qui lui étoient rivées dépuis que l’Armée écoit partie de empoala j bc que par fes travaux bc s exploits elle étoit entrée triomphante ms la Ville capitale , bc de~là jufques 1 temps où elle avoit été forcée de fe re- :er à Tlafcala 9 avec une perte confidé- ble. Il marquoit qu’il eiperoit être en at de maintenir fà conquête, par le nom- e des Efpagnols qui avoient fortifié fes oupes, & les grandes liaifons qu’il avoit ifes avec plufieurs Nations , pour reve- r affieger Mexique. Il exprimoit avec îe noble bc genereufe confiance l’efpoir fil avoit de réduire à l’obéïffance de fa iajefté ce nouveau Monde , dont les bor~ ;s du côté du Nord , étoient inconnues à iix du Pais même. Le General étaloit l& : h elle de cet Empirera fertilité de fes très , bc l’opulence de fes Princes. Il ettoit le jufte prix à la valeur bc à laconf- nce des Efpagnols , à la fidelité Bc au le des Tlafcalteques : & pour ce qui re~ rdoit fa perfonne, Cortez s’en tenoit à que fes avions pouvoient en publier * 3 3 ~6 H faire de U Conquête quoique lans s'écarter des bornes d’um honnête modeftie y il donnât à Ja réputa- tion de la conquête 3 quelques traits qu: n’effaçoient pas la gloire du Conquérant, Il demandoit une prompte juftice contre les injuftes pourfuites de Diego Velafquez, Sc de François de Garay *, ëc il faifoitde fortes inftance-s, afin d’obtenir prompte- ment un fecours de bons SoldatsEfpagnoIs avec des chevaux > des armes 9 & des mu- nitions de guerre. Il appuyoit encore plu< fortement fur la néceffité preflante d’en- voyer des Ecclefîaftiques $t des Religieux d’une vertu connue ëc éprouvée, pour ai* der au Pere Olmedo à la converfion des Indiens rapportant qu’on en avoir réduit ëc baptiféquelques-uns des plus qualifiez , ëc laifie dans l’efprit des autres quelque lumières de la vérité, qui faifoient efpe- rer qu’on en pourroit tirer beaucoup de fruit. C’efl la fubftance de la Lettre que Cortex écrivit alors à l’Empereur,* infor- mant fa Majefté des évenemens 9 comme ils s’étoient paflëz 3 fans oublier aucune circonftance confiderable , qu’il exprimoiî fort fincerement en des termes propres^ & même choifis s fuivant le genie de fon lie- cle> donc on nefçait fi les expreffions ne convenoient pas mieux que celles du nôtre à ce cara&ere /impie ëc naturel que le Me des du Mexique, Livre V. 337 les lettres demande 5 quoiqu’on ne veüil- e pas nier qu’il n’y laiffât couler quel- les équivoques aux noms des Provin- :es de des Villes 5 qui étant encore nou- veaux y ne pouvoient être prononcez exac- ement > ni rendus fidèlement fur le >apier. Diaz nous apprend que le General con- ia ces dépêches aux Capitaines Alonfe de dendoza , de Diego d’Ordaz : de quoi- que Herrera n’ait nommé que le premier y meparoîtpas vraifembiable que Cortez 'eût envoyé tout feul pour un emploi de ette qualité y oà il étoit de la prudence le prévenir les accidens dune longue na- igation. L’inftruâion qu’il leur donna crite de fa main y portoit qu’avant que de- nontrer leur commiffîon en Efpagne 9 m e déclarer qu’ils vinflént de fa part, ils al- iffent voir fon pere y de les Capitaines qui voient paffé en Efpagne l'année préceden- e , afin de fuivre de de pouffer enfemble 1 négociation dont ils étoient chargez y don l'état de l’affaire. Il mit entre leurs iains un nouveau prefent pour l’Empe- eur y compofé de l’or de des autres rare* ?z qu’on avoit confervéesà Tlafcala ; de e ce qui fut ajouté par les Soldats, pro- igues en cette occafion y de leur pauvre ri- heffe. On y joignit le petit butin acquis Tom II. F f 3 3 S Hijlçire de U Conquête aux expéditions de Tepeaca 2c deGoaca- chula : prefent moins riche à la vérité que le précèdent , mais plus confiderable^ pour avoir été amaflé au milieu desdifgraces; ôc qu’on devoit regarder comme un refie des pertes dont Cortez EkiXoit unfincere aveu en fa Relation. Il jugea qu’il étoit encore à propos que les Tribunaux de Vera-Cruz & de Segu- ra écriviffent à fa Majefté 3 puifqu’ils re- prefentoient lesMagiftratsencesdeux Vil- les. Ilsdemandoient les mêmes affiftances, 2c expofoient que leur devoir les obligeoit d’informer fa Majefté , de quelle impor- tance il étoit de maintenir Hernan Cortez dans laCharge de Capitaine GeneraîjpuiR que l’avancement d’un fi grand ouvrage étant dû à fa valeur 2c à fa conduite 9 il le- roit difficile de trouver une autre tête,& d’autres mains capables de lui donner fa derniere perfedion:furquoi ils exprimoient ingenûmènt leurs penfées, 2c ce qu’ils ju- geoient être leplus avantageux en cette çon* jon&ure. Diaz écrit que Cortez vit leurs lettres 5 voulant peut-être infinuer que cet- te follicitation en fa faveur étoit mandée. Il eft probable que ces lettres ne furent point envoyées fans la participation du Ge- neral 5 mais il eft encore plus certain qu’el- les contenoientdes véritez, qui nW voient du Mexique . Livre V. 3 pas befoin du fecours de la flatterie 3 ou de l’exageration. Diaz fe plaint encore 3 de ce qu’on ne permit pas aux Soldats d'écrire à parc, au nom de tout le corps. Ce n’eft pas qu’il eût d’autres fentimens fur ce fu- jet, que ceux des Tribunaux*, il en con- vient , &; le répété en plus d’un endroit: mais comme il s’agilToit de conlerver le|ur General , il auroit bien voulu fe faire un mérité de fon avis entre les autres 3 & de fe diftinguer en cela , comme il fe diltinguoic rffedi vement dans Ui combats. Si ces mou- vemens d’ambitidn pour la gloire appro- chent du vice , on doit le pardonner à ceux qui fe fentent du mérité*, &: ce vice 3 en- tre les gens de guerre , refFemble fort à U vertu. Ordaz & Mendoza partirent fur un des y aideaux qui étoient arrivez depuis peu^ avec toutes les provifions neceflaires à un tel voy age. Le General refolut encore d'en- voyer les Capitaines Alonfe d’Avila 8c François Alvarez Chico 3 aux Religieux de Saint Jerome qui préfidoient à l’Au- dience Royale de Saint Domingue, unique alors en tous ces Païs-là, & aont la Ju- tifdidion éroit fouveraine fur le redore des autres Ifles 3 & des nouvelles décou- vertes en Terre-feme. Il leur faifoit part de rtous [les Mémoires qu’ilavoit envoyez 3 4^ Hijîoire de U Conquête à l’Empereur*, après quoi il leur demâii* doit quelques fecours plus prompts pour l’entreprife où il fe trouvoic engagé y te contre les vexations de Velafquez te de Ga» ray. Quoique ces Minières fuffent con- vaincus de la juffice des raifons de Cor» tez 3 te qu’ils admiraffent fa valeur & fa confiance *, neanmoins rifle de Saint Do- rningue n’étoit pas alors en état de parta- ger le peu de forces te de provifions qui lui reftoient. Les Religieux approuvèrent donc tout ce que le General avoit fait j ils offrirent d’appuyer auprès de l’Empe- reur y la jufiiee de fes prétentions 3 te de folliciter les fecours neceflaires à une en- treprife fi importante te fi avancée 5 pre- nant fur eux le foin de reprimer les deux concurrens de Cortez i par des ordres prefi fans te redoublez. C’eft en ce fens que ces Miniftres répondirent à fes lettres*, te les Envoyez revinrent bien- tôt , plus char- gez de belles paroles , que d’effets. Mais avant que de paffer au récit des derniers e&- ploits de cette conquête 9 te durant qu’on travaille avec ardeur à la confiruélion des brigantins , il eft à propos de revenir aux premiers Envoyez de Cortez, te à l’état de fon affaire à la Cour de l’Empereur ^ puifqu’on doit fouhaiter d’en avoir quel- que cpnpoiflançe j cette efpcçe de digrçt du Mexique* Livre V. 34* fiôn étanr de celles qui font neceflaires , permifes aux Hiftoriens y &: qui fans gâter la proportion d’un ouvrage , contribuent à fa perfection. CHAPITRE VII. Les Envoyez, de Cortez. arrivent en EJpagne * pajjent a Medellin y oh ils demeurent jujques à ce que les troubles de l Etat étant cejfez 5 ils puiffent fe rendre à la Cour , ou ils obtiennent la récusation de l Eveque de Largos. N Ous avons laiffé Martin Cortez avec les deux premiers Envoyez de fon fils 3 Portocarrero & Montexo 3 dans le miferable exercice-de fuivre la Cour des Gouverneurs,^ d’embarrafler l’anticham- bre des Miniftres , fi éloignez d’être admis à leur audience, que fans ofer prendre la hardie fie de les importuner par des re- quêtes , ils fe prefentoient feulement dans la foule y fur leur partage y trop heu- reux d’en recevoir quelque coup d’œil jette au hazard : reflource infortunée des Solliciteurs difgraciez 3 qui ayant la rai- fon pour eux y appréhendent de la dé- truire , en la produifant mal - a - propos. F f ii/ ! 34 * Mi flotte de la Conquête L’Empereur les avoic écoutez favorable- ment, ainfi qu’on Pa dit ; & quoiqu’il eût du dégoût de Pinfolence & des at- tentats de quelques Villes d’Efpàgne , qui îaehoient de rompre Ton voyage en Al- lemagne 3 par des proteftations peu ref- pe&ueufes , & qui avoient Pair de me- naces j il prit neanmoins le tems de s’in- former 3 avec une particulière attention , de ce qui s’étoic fait en la Nouvelle Ef- pagne , 8c d’établir quelque fondement fur ce qu’on pouvoit fe promettre de cet- te entreprife. Il voulut s’inftruire de tout, fans dédaigner de faire des queftions fur plufieurs chofes -, la Majefté Royale nè perdant rien de fon luftre à tirer qijet- quefois de fes Sujets, des lumières qui 1 eclairciflent du fonds d’une affaire, les Souverains ne devant pas toujours en- trer pleins de doutes dans leur ConfeiL L’Empereur pénétra d’abord tout ce qu’on devoir fe promettre de ces admirables commencemens 5 & l’idée qu’il fe forma du mérité de Cortez , lui parut digne de fon eftime-, fa Majefté ayant une inclina- tion naturelle pour les hommes extraordi- naires. Les affaires de l’Etat , 8c le voyage de l’Empereur , qui preftoit , ne lui permi- rent pas de s’arrêter à quelque réfolution du Mexique. Livre V. H? îécerminée , fur un fujet où il rencomroic ?ant de contradictions , tant de la part des A gens de Velafquez y que de celle des Mi* aiftrcs qui appuÿoient les follicitations de :e$ A gens r ou donnoient un mauvais tour lux raifons de Cortez : néanmons le jour que l’Empereur s’embarqua , qui fut le quinze de May 1 5 2 o. il recommanda par- ticulièrement cette affaire au Cardinal Adrien Gouverneur du Royaume en fort ibfence. Ce (Cardinal foutenoit fort fince- rement le bon droit de Cortez : mais com- me les informations fur quoi il devait fc régler 3 venaient du Confeil des Indes, ç>u l’autorité' & la paffion du Prefident Eve- que de Burgos y emportoient toutes les voix , le Cardinal fe trouvoit dans un em- barras, où il ne lui étoit pas aifé de fui-- vre fon penchant pour fe déterminer lorf- qu’on lui préfentoit les raifons de Velaf- quez couvertes du voile de la juflicc y Sc les exploits de Cortez décriez fous le nom de rébellion. Le tems lui manqua 3 lorfqu’il lui etoit le plus neceflaire y pour découvrir 5c exa- miner la vérité j 5c il attira les foins du Miniftre fur d’autres mouvemens bien plus fâcheux , 5c de la derniere importance. Quelques Villes s’émurent , fous prétex- te de corriger ce qu’ils appelloient les de- F f iiÿ 344 Hiftoire de la Conquête lordres du Gouvernement ; & elles eu trouvèrent d’autres, qui voulurent bien f P erdre avec elles , fans faire reflexion ,1 ! r les malheurs où un fi pernicieux exem- ple pouvoir les entraîner. Elles reiïen- toient toutes l’abfence de leur Souve- rain comme le plus grand des maux : & que ques-uns croyant lui rendre fervice & ne point fortir des termes de l’obéïf- lance , prenoient ces tranfports d’un faux zele, pour des preuves de refped & de devoir. r Le Peuple voulut foutenir fes premiers crimes par la voye des armes ; & quelques entus-hommes fe dégradèrent iufques à prendre part à cette extravagance , faute de lumière : défaut qui corrompt ordinal rement les bons fentimens que la noblef- « i , * n< P ire - Les grands Seigneurs & les Minières embrafl'erent le bon par- ti , au péril de leur vie. Enfin tout le Royaume s ébranla ; & il s’en fallut peu que l’autorité fouveraine ne fût ufurpée par ces Parlions , que l’Hiftoire a nom- mées Communautés, fans qu’on en puif, le découvrir la raifon , puifque la plain- te ne rut point commune, en un Etat où plufieurs Villes, & prefque toute la No- bleile,lourenoienc le parti du Roy : cei.cn- 4 ^ es î '^beiles donnèrent ce nom à leur du Mexique. Livre V. 345 înfolenee ; de le titre dont ils honoroienc leur révolté i a trouvé grâce auprès de la pofterité. La relation de ces mouvemens n’eft pas de notre fujet, qui neanmoins nous obli- geoic à les toucher en partant , comme une des caufesqui arrêtèrent les bonnes inten- tions du Cardinal y de qui traverferent la négociation des Envoyez de Cortez. Vé- ritablement la faifon n’étoit pas propre a former de nouvelles entreprifes , lorlque le Gouverneur de les Miniftres étoient fi appliquez à rernedier aux maux qui affli- geoient le dedans de PEcat y que les foins du dehors ne pouvoient les toucher. Ainfï Martin Cortez de fes Compagnons voyant le peu de fruit qu’ils tiroient de leurs fol- licitations , de le defordre des affaires ge- nerales , fe retirèrent à Medellin > refolus de biffer pafler la tempête, de d’attendre le retour de l’Empereur 3 qui avoit compris leurs raifons 3 & témoigné qu’il feroit favo- rable à la juftice de leurs prétentions. Ils virent bien que fon autorité leur etoit ne- ceflaire pour furmonter les oppofitïons for- mées par l’Evêque de Burgos , de les au- tres embarras qui naïfloient de l’état pre- fent des affaires. Ordaz de Mendoza arrivèrent alors à Se- ville après avoir fait heureufement leur 3 4 fem- bloit les exciter , & leur donner l’ambi- tion de fe rendre agrefleurs. D’abord on avoir refolu de les ramener par la douceur & par la patience : mais la violence du mal ne s’accommodoit pas de ces remedes doux, dont l’operation étoit trop lente ; d’autant plus que les rebelles s’imaginoient avoir pour -eux la force & lajuftice. Ils ne man- 34 ^ TI i fl o ire de la Conquête quoientpas d;Ecclefiaftiques,qui fans faire aucunerdexion fur leur devoir, faifoient e a Chaire une école de fédifion pour maintenir les Peuples dans l’opiniâtreté, en fefï u !i anr I C]l j ily allok du fervice de a Cdui du R °y> d e corriger les abus de J'Etat, Enfin les Grands, &pref! que tous les Nobles , fe virent ’obliL à prendre les armes, afin de rendre à la Juf- ncel autorité qu’elle doit avoir , & d’ani- mur • & VlliCS qU l ten ° WnC P 0l! rl’£mpe. e ir . & quoique les révoltez eu d'en t affez de temente pour former un corps , & p 0U r mefurer leurs armes avec ceux qu’ils appe Joienc leurs ennemis, deux rencontres o ile j ennemis, deux rencontres 01 il perdirent beaucoup de monde.avec tou te leur réputation , 6c le fupplice de qua tre des Prinrmrmv i 7 i r — , ic iiippiice de qua tre des Principaux auteurs de la révolté forceTT^ e^r orgueil, 6c cliilîperent leur orces. Les plus fages, ou les moins em P ez , prirent le parti de fe mettre à cou vert ; les Villes rentrèrent dans l’obéïilan ce le tumulte celTa , & la confideratior ltdtfiin" T''"' danS lcs clprirs , fui van; la cteitinee des émotions populaires ou £*« & Xck Æ ^„ L ’r, S .3 U ’ 0n re Ç Ut en même temsdure- tour de 1 Empereur , futd’une grande con- iequence pour rétablir la tranquillité. Ce du Mexique . Livre V. 34 $ Prince , par toutes les lettres , aflïiroit qu’il avoir refoiu de laifTer les autres affaires , pour courir aux lieux où les befoins de fbn Royaume dernandoient fa préfence. Cette afïùrance acheva de remettre toutes chofes dans l’ordre; 8c Martin Cortez trouvant cette conjoncture propre à renouveller Tes follicitations , partit auflî-t ôt aveclesqua- tre Envoyez de fon fils y 8c fe rendit à la Cour, où après quelques remifes, ils ob- tinrent enfin une audience particulière du Cardinal Gouverneur. IlsPinftruifirent en gros de l’état eu la conquête de Mexique ù trouvoit alors , remettant le détail aux lettres de Cortez , qu’ils lui prefen tètent* Ils lui produifirent les ordres qu’on avoit donnez à Seville contre leur liberté , 8ç celle de tous les Agens qui viendraient de Mexique j appuyant fur la faifie des joyaux, 8c des autres pièces qui compofoient le pré- lent defliné à l’Empereur : ce qui leur fie naître l’occafion d’expofer le fujet qu’ils avaient de fe défier de l’Evêque de Burgos*, fur quoi ils demandèrent au Cardinal la permiffîon de r ecu fer ce Juge , fui van t les loix de la Juftice ordinairejoffrant de prou^ ver les caufes de cette reeufation , en fe foûmettant aux peines d’une remeraire conteftation. Le Cardinal les écouta avec beaucoup d’application* Il parut touché de 1 3 50 HiJloire de la Conquête leur dilgrace ; 8c il les en confola , par des promeffes de leur donner une prompte ex- { ^edirion. Les ordres donnez à Sevile, 8c la aifie , lui déplurent d’autant plus, que tout cela s’étoicfait fans fon aveu. Ainfi il ré- pondit à la requête des Envoyez de Cortez, contre l’Evêque , qu’ils pouvoient le pouf- fer en Juftice, ainfi qu’ils le jugeroient à propos; 8c que pour lui , il prendroit fur ion compte le foin de les défendre , contre les violences qu’ils pourroient appréhen- der dans le cours de ce procès. C’écoit leur en dire a fiez pour les animer à fejetter dans un péril auffi redoutable , qu’eft celui de plaider contre uneperfonne armée d’une grande autorité: entreprifeoù l'on eft,pour ainfi dire , obligé de parler de bas en haut, &c où lacrainte ote beaucoup de force àla raifon. Cet heureux début leur donna le coura^ ge de reeufer le Préfïdent du Çonfeil des Indes , dans fon propre Tribunal. Ils pro duifirent leurs raifons écrites avec toute la modération neceflàire pour ne point offen- ferle refpeél : mais ces raifons êtoienrfî fortes & fi connues des autres Juges, qu’ils ja’oferentles rejetter par un déni de ( jufti- ce , en une affaire de cette qualité % parti- culièrement fur le bruit qui couroit alors, du retour de l’Empereur applaudi par tout du Mexique. Livre V. jjj ceux qui n’avoient point fujet de craindre ia prefence , 8c qui ayant porté la calme dans tous les efprits , répandoir encore des influences de circonfpe&ion fur c lui de tous les Mimftres. Diaz , & ceux qui l’ont fuivi , touchent un peu trop fortement les motifs de cette recufation. Diaz rapporte ce qu’il a entendu dire , & les autresl’ont copie ; car tous ces motifs ne parodient pas vraifemblables en la perfonne d’un Prélat vénérable 8c qualifié. Il efl néanmoins confiant qu’on en prouva quelques-uns* comme le mariage qu’il traitoit alors de fa niece avec Diego Velafquez, l’aigreur qu’il avoit marquée en diverfes occafions aux Agens deCortez , qu’il traitoit de rebelles 8c de traîtres , lorfque fa prudence cedoit a fa paffion. Ces preuves jointes aux or- dres donnez âSevilJe , pour arrêter les En- voyez , ( ■& ce fait, quiétoit public , ne pouvoir être déguifé , ) furent jugées fuf- (antes pour autorifer & faire pafTer la rc- eufation, après une exade difeuflion dans joute la rigueur du droit* jugement qui fut appuyé de l’avis du Confeil d’Erat , & des çonclufions du Cardinal. On ordonna donc que l’Evêque n’entreroit en aucune con- noifTance des affaires entre Hcrnan Cortez & Diego Velafquez. On révoqua /es or- dres, les faifies furent levées, & l’impor- 3^ 2 . Hijloire de la Conquête tance de cette entreprife attira toutes la con- fidération des Miniftrcs. Les exploits de Cortez prefque effacez par le décri de fa fi- delité, reçurent les éloges qu’ils méritoient*, 3i le Cardinal par plusieurs décrets recom- manda la prompte expédition de cette af- faire. Il fit meme paroître un défir fi fin- cere de l’avancer , qu’ayant reçu en même tems la nouvelle de fon exaltation au Trô- ne de Saint Pierre, 3c étant parti peu de jours après , pour s’embarquer , il dépêcha encore quelques ordres fur ce fujet j foit que le bon droit de Cortez eût fait cette jmprefiion fur fon efprit 5 ou que Payant déjà rempli des foins de fa dignité , il fe crût obligé de lever tous les obflacles d’u- ne conquête qui devoit ouvrir le chemin à l’entrée des veritezde l’Evangile, 3c faci- liter la converfion de ces raiferables Idot litres : interets de l’Eglife , dignes d’occu- per les premières reflexions d’un Souverain Pontife. CHAPITRE du Alexique. Liv. V. 355 CHAPITRE VIII. Ct qui fe paffa en toute cette affaire , jufques à fa conclujîon. L E nouveau Pape Adrien fixiéme de ce nom , fe trou voit alors à Viétoria , où il étoit allé , afin de donner ordre de plus près à fécourir les Provinces de Navarre &'deGuipufc©a , dont les François rava- geoient les frontières , afin d’entretenir &€ d’échauffer les troubles de celle de Caftil- le: mais les inflanccs redoublées de Ro- me , 5c de toute 1-Italie, ^obligèrent à par- tir , après avoir réglé tout ce qui regardoic la Charge qu’il avoit exercée. Peu de tems après l’Empereur vint aborder à la côte de Bifcaye ; & defcendant à Saint Ander , il trouva que les maux dont fes Royaumes avoient été affligez, commençoient à s”ap- paifer. La tempête avoit eeffé ; mais on en- tendoit encore ce bruit fourd , qui fub* fifte quelque tems entre le calme & l'agi- tation : ce qui lui fit comprendre que le châtiment de quelques féditieux exceptez de l’amniftie generale, étoit néceffaire pour rétablir l’autorité des Loix, 5c le repos de fes Peuples. Il trouva encore des reftesfâ-j Tome IL G g 354 Hifioire de la Conquête dieux d'un autre final, qui a voit affligé l’Efpagne durant fon abfence. Les Fran- çois avoient attaqué le Royaume de Nar- varre ; Sc quoiqu'ils enflent été battus éh quelques occafions, ils confervoientencore Fontarabie *, 5 c il falloir reprendre cette Place , où les ennemis fe difpofoienc à jet- ter un puiffant fecours. Mais ces foins & ceux quefes autres Etats demandoient , eu Italie, en Flandres, 5 c en Aliémagne, n'empêcherent point l'Empereur de s'ap- pliquer aux affaires de la Nouvelle Efpâ- gne, pour lefquelles il avoir une particu- lière attention. Il accorda une audience au X Envoyez de Correz : & quoique les A gens de Velafquez èuffent en mêmetems pré- senté leur requêtc,commefa Majeftéavoit pris une éxaéte connoi (Tance du différend 3 fur les inftruéiions du nouveau Pape 3 il confirma par une nouvelle fentcnce , la îe- culàtion de l'Evêque de Barges nom- ma entre fes Miniftres, des Ç om mi flaires qui puffent terminer enfin cette grande contefiation. Le Grand Chancelier du Royaume,Mercure deGattinare, préfidoic a cette Àffemblée, dont étoient Hernan de Vega Seigneur de Grajal , le Grand Com- mandeur dcCaftille , le Boéïeur Laurent Galindez de Carvajal , le Licencié Fran- çois Vargas Confeiller & Camerier de h du Mexique. Livre V. 355 Maje(lé > &: Monfieur de la Rofe, Flamand» de Miniftre d’Etat. Monfieur delà Cbau, que Diaz 3c Herrera ont joint à ces Mi- nières , ne pouvoir être de ce Confeil , puif qu’il y avoit plus d'un an qu’il étoit mon; à Saragoffe, & que Gattinare avoir fuccü' dé à la Charge de Chancelier , vacante, pa* fa mort* Le choix de perfonnes fi quali- fiées, fit paroître la droiture des inten- tions de l’Empereur jpuilqu’il n’a voit poinc „ alors de Miniftres en qui fa Majefté eus plus de confiance ; 3c qu’on ne pouvoir af* fembler un Confeil , où les bonnes lettres, . l’équité 3c la prudence, fufienc en un plus haut rang. - On examina d’abord tous les Mémoires 1 dre fiez fur les lertres 3c fur les relations qui avoient été produites au procès; mais on prouva le fait fi embarrafle parles diver- jes informations toutes oppofées 5 qoe les Juges crurent qu’il étoit neceffaire de faire entrer les Âgens des deux partis , afin qu’ils pu fient s’expliquer de vive voix, & rend re faifon de leur droit à la première Afiém-* blée, parce qu’ils conven oient tous de fi- nir cette conteftation 5 ÔC qu’üs vouloienf s’inftruire clairement de la maniéré dont ils fe juftifioient des aeeufations formées de part 3c d’autre , & comment ils fou- ttnoiem km$ raiions, afin qu’il s en puf» G g i) 3 5 £ Hijîoire de la Conquête fent tirer la vérité toute pure , fans s’anm- ; fer aux formalitez d y u ne procedure , v doue les chicanes de les difpures ne fout le plus fouvent que de mauvaifes refui tes, dont on : obfcurcitle fonds d’une affaire , de qu’on pourroit appeller les détours de la Jaf-> tice. r ? , Les Envoyez des deux partis ne manquè- rent pas de fe trouver le jour fuivant au Confeil , avec leurs Avocats*, de enrre ceux de Velafquez , André de Duero fe fignala allez mal à-propos ; mais on fut moins fur- pris de le voir alors infidèle à fon ami * - îçi chant qu’il avoir déjà manqué de fide- lité à fon maître. On lut les Mémoires * fur quoi on interrogeoit les parties , pour voir comment ils rêpondoient aux char- ges qui refui toi en t des differentes informa- tions , de comment ils juftifioient leurs plaintes , de les Juges tiroient de leurs ré- ponfesce qui étoit neceffaire à décider net- tement fur cette affaire. Enfin au bout de quelques jours d’audience , les GommifV faites demeurèrent d’accord , qu’il n’étoit pas jufte que Velafquez s’attribuât l’avan- tage de la conquête de la Nouvelle Efpa- gne , fans autre titre , que celui d’avoir fait' quelque dépenfe pour cette entreprife , Sfr d’avoir nommé Cortez pour la conduire ? puifque tout ce qu’il pouvoit demander le» du Mexique. Livre V. 357 gitimemenc fe reduifoità ce qu’il y avoiî employé , en juftifiant que c’éroitde fon propre bien y 6c non pas des effets qui ap- partenoknt au Roy 5 6c dont il avoir la difpofition dans l’étendue de fon Gouver- nement j fans que la nomination qu’il a voie r aite de la perfonne de Cortez , lui pût ac- quérir aucun droit fur la gloire &c k jiro* îtde cette conquête > l’aéte delà nomina- :ion étant fans force 6c fans autorité , fans a participation des Miniftresde l’Audien- ;e Royale y dont il devoir recevoir les or- ires. On ajouta que Velafquez étoit dé- :hû de fon pouvoir le jour qu’il avoir re^ roqué Coïtez; 6c qu’en ce qui le regar* lait , il avoit dérruit par cette révocation ouït ce qui pouvoir appuyer fon tirre r pour c dire le maître de l'expédition, apres avoir aide Cortez en liberté d’agir 5 fuivant ce fu’il jugeoit être le plus avantageux au fer- ice de fa Majefté ; d’aurantplus que la plus ;rande partie des troupes qu’il comman- ioir y avoient été levées à fes dépens ^ ii’il avoit équipé les vaiiïeauxde fon ar^ ent 6c de celui qu’il avoir emprunté de ps amis. Ainfi quoiqu'il parut aux yeux de ces juges fi fages 6c fi éclairez quelque chofe ^irrégulier, ou au moins de peu fournis , |ans les premières démarches de Cortez | j 5 S FTijloire de la Conquête ils crurent neanmoins, qu’on devoit ac* corder quelque grâce aux juftes fujetsde plainte qu’on lui avoir donnez , 5c encor? plus aux grands 5c admirables progrès qu a voient été comme les fuites de fon indi- gnation *, puifqu’on lui croit redevable d’u ne conquête fi importante & fi peu atten* due, dont les difficuitezn’avoient fervi qu’î donner de l’éclata fa valeur, & fur tout s fa fidelité , 5c à Rattachement inviolable qu’il confer voit pour fon devoir. Cescon- fiderations obligeront les Juges à conclu- re que Cortez méritoit d’être maintenu dans le Gouvernement des Paîs qu’il avoi yonquis. Qu’on devoir l’encourager en lu procurant des fecours confiderabks, afii qu’il fût plus en état de pottrfuivrc un- cntreprife qu’il avoit fi fort avancée *, 5 ils ne purent s’empêcher de taxer Dieg< Velafquez d’une ambition déréglée ,lori qu’il s’appuyoic fur de fi foibles fonde mens pour ufurper la gloire &c le fruit de travaux d’un autre. Ils traitèrent encor comme un attentat digne d’une lever eorreâhon , la hardieiïe qu’il avoir eu d’affembler Sc d’envoyer une Arméecon tre Cortez, fans faire aucune réflexion fu les fuites qu’un procédé fi violent pouvoi avoir , 5c en méprifant les défenfc qu’il en avoir reçues de la part desM dst Mexique. Livre V. $ çj niftres de l’Audience Royale de Saint Do- min'gue. On envoya ces condufïons à l'Empereur, Sc après l'approbation de fa Majèfté , la Sentence fut prononcée en cette forme. Otî déclarait Hernan Cortcz bon Miniftre ÔC fidele vaffal de fa Majefté. On bonoroic des mêmes qiralitcz les Capitaines & les Soldats qui l’avoient accompagné ; 5c on impofoir un fiience perpétuel à Diego Ve- fafquez fur la conquête delà Nouvelle Ef- pagne ; lui ordonnant fous peine de puni- tion â de n r y apporter aucun obftable 9 fort par lui-même , ou par quelqu’un qui s'a- vouât de lui : refervant neanmoins fous fes: droits pour ce qui regardoit les frais qu’il a voit faits à l'armement des vailïéaux, afin qu’il pûc en juftifier la dépenfe coî^ formément à fa relation , de les deman- der en Juftice. C’eft -là tour ce qui fut ré- glé par la Semence , les Juges ayant remis les grâces dont on vouloir honorer Cortez, tacorredion de Vclfqwez 5 & les autres ordres dont l’a ffemfrêe avoir fait un pro- jet aux dépêches qui feroient faites au nom jle l’Empereur» Quelques tuteurs ont avancé que ce ju- gement fur dreffé fur la raifon d’Etat ^ 5lus que fur Pexade rigueur de la Juftice . |ti n’eR pas de notre fujet d’éxaminer le* 3^o Hiftoire de U Conquête droit des prétendans. Nous avons touche les motifs de la Sentence y 5c les confide- rations des Juges ; Se nous reconnoifloni de bonne foi, qu’il y eut quelque choft en la première démarche de Cortez , qu avoir befoin d’être interprété favorable- ment. Mais on ne peut nier que la conque- te ne lui appartînt au même titre , que les Païs conquis appartenoient à l’Empe- reur. Sur ce fondement qui eft vrai , le! Juges ne pouvoient-ils pas ramener l’affai- re aux termes de lequité , en la tirant de! réglés du Droit commun , & en moderani par quelque indulgence la feverité de h Juflice ordinaire *, ce tempérament fe trou- vant autorifé par la foiblefTe des raifons ds Velafquez,5c par la confédération des vio lenccs 5c de l’irrégularité de Ton procédé! On dit qu’il ne vécut pas long- temsaprèi avoir reçu les lettres de l’Empereur , qu marquoient peu de fatisfaétion de fa con- duite. C’eft un ancien privilège des Souve rains > que leurs paroles feulestiennent liet de récompenfe 6c de châtiment. On h,< peut refu 1er à Velafquez les éloges quT meritoit par fa qualité , fes talens & £ valeur, dont il avoir donné des preuve: éclatantes en la conquête de l’Ifle de Cu- ba *, mais en cette occafîon il fe trompa malheureufement dans le principe > & i du Mexique. Livre V. fit de faufles démarches far les moyens dont il prétendoit fe fervir pour arriver à fes fins ; enfin fon impatience lui caufa la mort. Son premier aveuglement vint de la défiance : vice qui comme l'excès de la crainte , donne quelquefois jufques à la témérité : Le fécond vint de la colere, qui prive les hommes de l'avantage de la rai- fon , dont elle les rend ennemis : Et le troifiéme fut caufé par l’envie qui tient lieix de colere aux âmes balles , &c qui fentenc leur foiblelïe. On traita aulfi-tôt des moyens d'affilier Cortez , 8c l'Empereur commit ce foin aux Miniftres qui compofoient l'afïemblée. Il donna une audience favorable à fes En- voyez 3 témoignant qu'il étoit fort fatisfaic que la juftice fe fût déclarée pour eux. Il honora Martin Cortez de plufieurs mar- ques de fa bienveillance, en confideratioa du mérite de fon fils, dont il lui promit de recompenfer les fervices par des grâces proportionnées à leur grandeur. Cepen- dant on nomma quelques Religieux pour aller travailler à la convcrfion des Indiens, qui étoit la première vue de fa Majefté , dont la pieté préferoit toujours le foin de la Religion aux interets de fon Etat. Il commanda que l ? on tînt prêt un fecours eonfiderable d'armes ÔC de chevaux pour Tmc //. H h I Hiftèire de U Conquête embarquer fur la première Flote -, &c corn fiderant de quelle importance il étoic de ne retarder point fes dépêches 5c les ordres, pendant que Cortez avoit encore les armes à la main , contre des ennemis puifians *, outre l’embarras que la jaloufie de fes con- currens pouvoit apporter à fes conquê- tes , l’Empereur envoya d’abord fes or- dres par diverfes lettres qu’il fit expé- dier. La première étoit adreflee aux Gouver- neurs 5c à l’Audience Royale de Saint Do- mingue , à qui il declaroit fes intentions , avec ordre d’alfifter Cortez de tout leur pouvoir , d’écarter tous les obftacles qu’on pourrait former à fon entreprife. L’autre lettre pour Velafquez, lui défen- doit abfolument de fe mêler de cette affai- re 5 5c défapprouvoit feverement fes excès & la violence de fon procédé. La troifié- me adreffée à François de Garay , blâmoit fon entrée dans le Gouvernement de la Nouvelle Efpagne , & portoit une défenfe de continuer ce deflêin. Enfin, la dernierc dépêche étoit pour Hernan Cortez , rem- plie de ces marques d’honneur 5c de bien- veillance , dont les Souverains fçavent fa^ vorifer ceux dont ils ont reçu de grands fervices , lorfqu’ils ne dédaignent pas d’a- veüer qu’ils s’en fentsnt obligez. L’Empe- du Mexique . Livre V. jéTj teur approuvoit en cette lettre, non feu- lement les actions queCortez avoit faites J mais encore les defleins qu'il formoit pour reprendre la Ville de Mexique : il faifoit comprendre à ce General , qu'il connoif- foit toute l’étendue de fon mérité, fa va- leur , fa confiance , fans oublier la manié- ré adroite 5c prudente , avec laquelle il avoir fçû ménager l’efprit de fes Soldats 5c de fes Alliez. Sa Majefté touchoit en peu de mots les ordres qu’on avoit donnez pour de mettre en repos 5c en feureté de la part de fes concurrens , 5c la qualité qu’on lui envoyoit de Gouverneur & de Capitaine General par tout cet Empire. L’Empereur l’affuroit encore de lui donner des témoi- gnages plus folides de fa reconnoiflance j fkifarit un détail exprès 5c fort honorable , des Capitaines & des Soldats qui fervoienc fous fon commandement.il lui recomman- doit avec beaucoup d’affedtion , de bien traiter les Indiens , 5c d’avoir foin qu’ils fu fient inftruits des veritez de notre Reli- gion , 5c confiderez comme une femence propre à recevoir la culture de l'Evangile. Il concluoit par des efperances de grands 5c puifians fecours * remettant à fa valeur 5c à fa fidelité i’achevement d’un fi grand Ouvrage : Lettre qui honore éternelle- jrçient l’iiluftre pofterité de Cortez , com- Hh ij 3^4 Hi faire de la Conquête me un de ces titres , qui portant la No- blefle dans les familles qui n’ont pas cet avantage d’elles - mêmes , donnent un nouvel éclat à celle qu’elles ont reçues de leurs ancêtres. f L’Empereur figna à Valladolid toutes ces dépêches, datées du vingt-deuxième jour d’Oétobre de l’année 1522. 5c ordon- na que deux des Envoyez de Cortez en fufTent les porteurs , 5c partiflTentinceiTani- ment. Les deux autres demeurèrent , pour folliciter le fecours , 5c pour attendre une inftrudion , qu’on dreiïoit fur diverfes ob- fer varions, & fur les difpo (irions qu’on fou* haitoit de donner à la forme du Gouver- nemenc politique 5c militaire de cet Em- pire. Quoique le récit des exploits de Her- nan Cortez ait fouffert quelque interrup- tion par ce détail , nous avons crû qu’il étoit à propos de fuivre cette matière juf» ques à la conclufion; afin de ne la laiffer point en l’air , « 5 c tronquée, pourainfi di- te , au péril d’être obligez d’entrer en d’au* très digreffions : liberté que non feulement les Hiiioriens ont bien voulu fc donner, mais encore les Annaiiftes , qui s'attachent par des loix plus étroites à la fuite des tems, ainfî que Tacite l’a pratiqué en fes Anna- les ,lorfquerapportanc ce qui s’étoit paifé ; hus l’Empire de Cia udius , il y fait entrer^ . du Mexique. Livre V. & conduit jufques à la fin, la guerre faite en la Grande Bretagne , par deux Vice- Preteurs, Oftorius &: Didius; croyant qu’il y avoit moins d’inconvenient d’interrom- pre la fuite des années , que de tomber dans la faute de défunir des* évenemens con- fiderables. CHAPITRE IX. Cor te z. reçoit un nouveau fecours de Soldats de munitions : il fait la revue de [on Ar- mée . Les Alliez, en font autant à Jôn imi- tation. On publie des Ordonnances j & on çofnmênce la marchera deffeinde s 3 empa~ rer de Tez.ettco. O N approchoit de la fin de l’année 1520. lorfque Cortez prit la refolu- îion d’entrer avec toutes fes forces dans le Pais ennemi , de de remettre la -décifion de fon entreprife , à ce que le fort des ar- mes en ordonneroit. Il avoit depuis peu de jours reçu un de ces fecours que la bonne fortune faifoit tomber fans peine fous la main. Le Gouverneur de Vera-Cruz lui donnoit avis qu’il étoit arrivé à la côte un navire venu des Canaries , chargé d’une quantité confiderable d’arcjuebufes,de pou- H h ii j 'l } 66 Hiftoire de U Conquête dre # 8c d autres munitions de guerre ^aveé trois chevaux > 8c quelques paffagers qui venoienr à defTein de vendre ces chofes aux Efpagnols employez aux conquêtes. Les marchandifes étoienrdéja montées à prix exceffif eh tous les ports des In* des y où l’interet avoir effacé l’horreur que l’on avoit pour 'un commerce fi éloigné y êc fujec à tant de rifques. Cet avis fit naî- tre au General le délirde fe prévaloir des avantages que l’occafion lui offroit : il en- voya un Commiffaire à Vera-Cruz 3 avec de l’or 8c de l’argent en barres y 8c une ef- corte fuffifante. Le Gouverneur de la Ville fut chargé du foin d’acheter les armes 8c les munitions ail meilleur prix qu’il feroit poffihle : ce que cet Officier exécuta avec tant d’adreffe 5 &' en donnant de fi belles idées de l’entreprife où fon General étoit engagé y qu’il n’acheta pas feulement tou- te la charge du vaiffeau à un prix fort mo- déré } mais encore il perfuada au Capitai- ne 8c au Maître du navire y d’aller îervir en l’Armée de Cortez avec treize Soldats Efpagnols y qui venoienr chercher fortune dans les Indes : impreffion qui étoit alors en fa plus grande force 3 8c qui règne en- core en l’efprit de ceux qui cherchent à s’enrichir par cette voye y fans que la perte de tant de malheureux abufez par cette àu Mexique. Livre V. 3^7 PaufTe efperance puifle fervir d’inftruétion pour modérer l’avidité des autres. Cortez fortifié de ce fecours , de des au- tres qu’il avoir reçus contre toute forte; d’apparence 3 refolut d’avancer le temsde la marche de Ion Armée. Il ne pouvoir plus; différer , ni attendre que fes brigantins biffent achevez ; parce que les troupes dç la République^ de celles de fes alliez i étoient arrivées , & que leur fejour lui falloir appréhender les inconveniens dç l’oifïveté. Il afiembla fes Capitaines 3 afin de déli- bérer avec eux 5 fur ce qu’on pouvoir en- treprendre d’avantageux a leur defïein,avec les forces qu’ils avoient 3 jufques a çe qu’ils enflent affemblé toutes les troupes qu’ils attendoient 3 de qui étoient en marche, de qu’ils fe vident ainfi en état d’attaquer Me- xique. Il y eut divers avis, qui le redui- firent à la réfolution d’aller droit à Te- zeuco , de de s’emparer , à tout événement* de cette Ville. Comme elle étoit fituée fur le chemin de Tlafcala , de prefque fur le bord du Lac , elle parut propre à faire une Place d’armes : c’étoit un pofte où l’on pou- voir fe fottifier , de s’y maintenir 3 tant pour recevoir avec moins de peine les fe- cours que l’on attendoit , que pour defoler par des courfes le Païs ennemi. Ils y trou- H h iiij Hifiaire delà Conquête voient une retraite allurée proche de Me- xique , & qui pouvoit leur être une ref- fource contre les accidens qui arrivent quel- quefois à la guerre. Les troupes fuffifoient à cette expédition : & quoique les canaux qui conduifoient les eaux du Lac jufques a la Ville, paru (Fent trop étroits pour rece- voir les brigantins, on remit à une autre fois à pourvoir à cette difficulté ,* 8c on conclut d’abreger le ternie deftiné pour la anarche de l’Armée, Le jour finvant fut employé à faire la revue des Efpagncls, dont le nombre fe trouva monter à cinq cens quarante fan- îaffins , 8c quarante Cavaliers, outre neuf pièces d’artillerie qu’on avoit tirées des vaifléaux. La montre fe fit en préfence d’u- ne prodigieufe multitude d’indiens qui étoient accourus à ce fpeétacle } 8c on lui donna tout l’éclat d’une revûë generale 3 en faifant moins d’attention au dénombre- ment des Soldats , qu’à la pompe du fpec- îacle. On n’oublia rien de ce qui alloità Fomentation, comme la parure des Soldats, le mouvement des drapeaux, le manege des chevaux , 8c le divers maniment des ar- ènes , lorfqu’ils fe préparoient à faluer k General : tout cela fut exécuté fi galam- ment , 8c avec tant de juftefïe , que les In- diens y applaudirent par des acclamations du Mexique . Livre V. $69 redoublées -, 8c la milice étrangère y re- çut de bonnes inftru&ions. Après cela , Xicotencal , qui commandoit les troupes le la République , voulut auffî faire palier r es Soldats en revue. Ce n’eft pas que cette méthode eût jamais été pratiquée par les Mexicains mais il prétendoit faire 1a cour tu General , en imitant les Efpagnols. Les imbales, les cors, 8c les autres inftru- aiens de leur mufique , marchoient à la été. Les Capitaines venoient après à la île, fuperbement parez d’une grande quan* :ité de plumes de diverfes couleurs , 8C le joyaux en pendants , attachez aux oreil~ es & aux levres. Ils portoient fous le bras rauche leurs mafliiës , ou leurs fabres avec eur garniture , 8c la pointe en haut -, 8c :hacun avoir un Page,qui portoit fon bou* f lier ^ ou fa rondache , où la défaite de eurs ennemis, 8c le récit de leurs exploits > koient exprimez par diverfes figures. Ils 'aluerent à leur maniéré les deux Generaux 5 k enfuiteles Compagnies pa fièrent en dif- : erentes troupes , cïifiinguées par la cou- ,eur des plumes, 8c au fil par leurs enfei- ?nes*, c’efLà-dire, des repréfen tâtions de quelques animaux,qui étant élevez au bout les piques,tenoientlieu d’Etendards.Tou- :e cette armée pouvoit monter au nombre le dix mille hommes choifis , quoique la 57 © Hifloire de U Conquête République en eût mis fur pied bien da- vantage j mais le refte de cette levée fur occupé à la conduite des brigantins , dont la eonfervation éroit d’une fi grande eon- fequence 3 que le Sénat reçut comme une grande faveur, cet employ y qu’il auroit pu regarder comme une marque de mé- pris. Herrera foutient que les Tlafcalrcques pafi'erent en cette revue, au nombre de quatre - vingt mille hommes y fur quoi il s’écarte de Bernard Diaz , 5 çu des preuves fi éclatantes , que je les :>? regardées quelquefois avec des fentimei 33 de jaloufie. Je demande feulement moins comme votre General , que cor me un de vos Compagnons 3 que noi 53 jettions tous enfemble les yeux avec uî >3 égale attention fur cette multitude d’Ii 3> diens qui nous fuit , 5 c qui fait fa prop » caufe de la nôtre. Ce témoignage de lei >3 zélé nousimpofe une double obligariôt digne de aos réflexions» La première c du Mexique. Livre V. 37* îft de les traiter comme nos amis 3 en ce îous accommodant à la foibleffe 8c au ce )eii d’étendue de leur raifon. L’autre efl: ce le les avertir par notre conduite de celle ce ju’ils doivent garder. Vous avez enten. ce iules Ordonnances qui ont été publiées ce )our tout le monde : la moindre faute ce [lie 1 on commettra contr’ellcs entre vousoc utres y aura outre la propre malice , lace naligmté de l’exemple. Il faut donc que ce hacun s’applique à confiderer les funef- ce es imprdîions que fon mépris répandroitee ur nos Alliez y bu nous ferons forcez de ce srter les yeux fur l’importance de les ce orriger par celles quiluiventle châti- ce lient. J’aurai une extrême douleur y de ce ne voir obligé à cette neceffîté contre le ce noindre de mes Soldats : mais ce fenti- ce nent fera comme un mal neceflaire *, 5 c ce i juftice 8c la patience marcheront tou* ce Durs d’un pas égal dans ma conduite, ce r ous êtes affez informez de la grandeur ce e l’entreprifei laquelle nous nous pré- ce arons. La conquête d’un Empire pour ce otre Roy y fera une action digne d’être ce jelebree dans l’Hiftoire. Les forces que ce ous voyez ademblées, & celles qui doi- oc |ent fe joindre à nous s feront proportion* ce iées à cet héroïque projet : 8c Dieu 3 dontcc pus foutenons la caufe y marche avec ce ! S7 6 Htfloire de la Conquête^ „ nous. Il nous a déjà maintenus à force de » miracles 5 8c il n’eft pas polfible qu’il abandonne une entreprife , ou il s’eft dé- a? claré tant de fois notre Chef. Suivons-le 33 donc , 6e nele défobligeons pas, »Cor- tez fit ainfi fon difcours , en répétant ces dernieres paroles : 8c foit que fa vivacitc ne lui permît pas d’achever , ou qu’en effet il eût tout dit , il commença la mar- che au bruit des acclamations de les Sol- dats. La joye qu’ils témoignoient en 1 < fuivant , lui paroiffoit un très heureux au- guxe i appuyé par ces favorables hazard: qui avoient augmenté le nombre des Ef pagnols , 8c par cette ardeur officieufe qui pouffoit tant de Nations a l’alïifter Il çonfideroit tout cela comme des préfa ges d’un bonfuccès. Ce n’efl: pas qu’il fi beaucoup d’attention fur de femblables ob ier varions-, mais il femble que l’entende jnent fe relâche quelquefois > pour lai lie à l’efperance le plaifir de fe divertir de longes de l’imagination. CHAPITRi du Mexique. Livre V. 377 CHAPITRE X. V Armée marche , Ç3 formante plusieurs objîacles, Le Roy de Tez.euco envoyé une Ambaffade , pour tromper le General* On lui répond en mêmes termes \ ce qui donne lieu de s emparer de U Fille fans réfifiance . L 'Armée fît ce jour-là fîx lieues , & alfa loger àTezmeleuca dont le nom fî- ^nifie une ch en aie en la langue du Pais* C’étoit une Bourgade confiderable fur les iontieresde la Province de Mexique, Sc îous la Jurifdidion du Cacique d,e Gua~ tozingo* Il y avoit fait préparer des pro- filions fuffifantes pour toute TA rmée, 6c in regale en particulier pour les Efpagnolsv -e jour fui vant , on continua la marche fur es terres des ennemis ,,avec toutes les préc- autions necefîàiresà la fûretê*On eut quel- les avis que les troupes des Mexicains toient affemblées de l’autre côté d'une nontagne, dont les défilez par un chemin rès-rude , rendoient fort difficile la route jui conduifoit à Tezeuco j &c parce qu’on t’arriva en ce lieu qu’après midi > & qu'on pprehendoit que la nuit ne vînt trop tôt , ' ■ ; Tome: II v J * 378 Hiftoire de la Conquête pour difputer aux ennemis un partage fi malaifé, entre des rochers, l’Armée fit alte au pied de la montagne y ôc s'y logea le mieux qu’elle put. On alluma par tout le camp de grands feux , dont la chaleur fut à peine allez forte pour refifter à l'in- commodité du froid. Au lever du Soleil , les Soldats com- mencèrent à monter , &c à percer les dé- tours de cette montagne au petit pas, afin d’attendre TartiHerie. Ils n’a voient pas en- core fait une lieue , lorfqueles avant-cou- teurs revinrent donner avis que les enne- mis avoient emharr afle le chemin , de pîu- fieurs arbres abbatus, & de pieux aigus, qu’ils avoient plantez en des endroits oti ils avoient remue la terre > afin d’y faire enfoncer les chevaux. Le General , quin< perdoit aucune occafion d’animer fes com- pagnons, dit alors aux Efpagnols : « Cej 33 bra ves ne paroiflent pas avoir beaucouj 33 d’envie de nous voir de près , puifqu’il: 33 jettent des embarras au-devant de no; 33 pieds , crainte que nous n’en venion: 33 trop tôt aux mains. 33 Alors , fans s’arrê- ter un moment , il commanda qu’on fi; parter à l’avant-garde deux mille Tlafcal- teques ,afin d’éearter les arbres -, ce qui fu exécuté li promptement, que l’arriere-gar de ne s’apperçue qu’à peine de ce retarde du Mexique. Livre V.* 375 * nent. Quelques Compagnies s’avâncerenr, x>ur recormoître les défilez 3 cù on auroit aû drefièr des embufeades j 8c on marcha ’efpacede deux lieues 5 qui refloient juf- jues au haut de la montagne 3 avec toute Ja rirconfpe&ion que l’on doit avoir 3 fur çes narques du voifinage des ennemis. On découvroit de la hauteur , le grand Lac de Mexique; 8c le General ne man- jua pas de reprefenter aux Efpagnols en erre occafion 3 les miferes qu’ils avoient nduréesen cette Ville 9 & les richefies iuÏLs y avoient pofiedées ; mêlant ainfi le ouvenir des biens 8c des maux , afin de les chauffer par deux motifs très pu i fia ns 5 elui de la vengeance , 8c celui de Tinte- et. On remarquoit amli dans les Bour- ades les plus éloignées des fumées qui afîoient fucceffivement de Tune à Taurre : c quoi qu’on ne doutât pas qu’elles ne ïrviflent à donner avis qwe Ton avoit dé- ouvert l’armée 9 on ne lai (Fa pas decon 0 inuer.la marche avec moins de difficulté 9 C la même précaution ; parce que le che- im étoit toujours rude, & que î’épaif- pur du bois ne lai iToic que très-peu de :rrein libre. Enfin après avoir furmonté tous les ob- acles , ou découvrit de loin l’Armée des pnemis, qui occupoit toute la Plaine, fans li ij 380 Hijloire de la Conquête taire aucun mouvement y comme des gen qui fetrouvent en un polie d'où il leur el aife de fe retirer. Les Efpagnols pouffe rent des cris de joye ^ célébrant comme uni heureufe avanture y l’oecafion qui s’offroi fi promtcment de combattre leurs ennemis Les Tlafcalteques ne témoignoient pa^ moins d'ardeur y mais elle fe tourna bien- tôt en une efpece de fureur 5 enforte qus îe General par les menaces & par fes cris , & tous les Officiers par leurs foins &c paj leur èmprcflement eurent encore affez de peine à les empêcher de courir en defor- dre au combat. Les Mexicains étoierit en bataille au-delà d'une ravine qui! falloil neceffairement paffer. Unruiffeauqui rc~ cueillait les torrens qui tomboient de la montagne^ creufoit fon chemin au fond de cette ravine ^ il étoit enfle considéra- blement. On le paffoit fur un pont de queh ques pièces de bois., que les Mexicains a- voientpâ couper fans difficulté. Mais fé- lon ce qu’on en put juger par la fuite y ils La voien t confervé à defiein d'attaquer les Llpargnols à ce paffage étroit^ croyant qu'il leur feroit impoflîble de former unbataiL- lon de l'autre côté du pont lorfqu'ils fe verroient chargea vigoureufemenr. C'èffi âinfi qulls faifoient leur compte loin du Jpcril h smis quand ils eurentrecomu LAjt- i du Mexique. Livre V. jnéedeCortez fi nombreufe & # fi brillante* d’autres idées moins creufes fe faifirent de leur imagination : le cœur leur manqua .pour ladéfenfe de leur polie & comme ils affe&oient de marquer de ia valeur 6c découvrir leur crainte y iis prirent le parti de faire une honnête retraite tour- ner le dos , commençant à reconnoître la différence qui fe trouve entre ce mouve- ment 6c la fuite» Cortez prefla avec chaleur la marche de fes troupes 9 6c lorfqu’il vint à reconnoî- trele pafiage delà riviere T il fe crut fort heureux y que les ennemis s’en fufientécar- tezvparcequ’eneore qu’on n*y trou vât point de refifiance 5 on ne put la paffer fans dif- ficulté. Il fit prendre les devansà vingt Cavaliers foutenusde quelques compagnies le Tlafcalteques^à de fie in d’entretenir l’ef- rarmouche fans- s’engager jufq.ues a ce que oute i’Ârmee fut en état de combattre,, Hais d’abord que les Mexicains eurent ni former les bataillons au-delà du ruif- eau ; ils publièrent toute leur politique^ 6c ls fe mirent en fuite y en fe répandant les tns dans les chemins les plus écartez > 6c -s autres à travers les rochers. 6c les. forts ;e la montagne. O Le Gene. al • e voulut pas s’a tarifer à fui* «e ces fuyards; parce cjinj écoit important ? § 2 . Hifloire de la Conquête de fefaifir de Tezeuco, 3c que le moindre retardement devoit être confideré com- me un obftacle à fon principal deffein. Neanmoins on fit en paflfantun affez grand carnage des Maxicajns qui Te trouvèrent embarrafi'ez entre l’épaifTeur des haliiers, donc la montagne étoit couverte. L’Armée palla la nuit dans un bourg abandonné de les habitans, où elle prit un peu de repos \ fans neanmoins quitter les armes 3 ni oublier démettre double corps-de-garde fur tou- tes les avenues. Le jour fuivant on décou- vrit en marchant environ dix Indiens qui venoient à grand s pas en maniéré d’En- voyez ou deferteurs: ils portoient une lame d’or elevée au bout d’une lance comme un Etendard * ce qui fut pris pour un fignal de paix. Leur Chef étoit AmbafTadeur du Roy de Tezeuco, qui envoyoit prier le Ge- neral de ne point laccager les lieux de fon Domaine y afiurant qu’il fouhaitoit entrer en fon alliance : que pour ce fujet 9 il avoir fait préparer dans la ville 9 un logement commode pour tous les Efpagnols qui le fui voient > 3c que les autres Nations qui eompofoient fon Armée recevroient hors des murs toutes les provifions dont elles auroient hcfoin. Coïtez les examina par plufîeurs queftions \ 3c cet Envoyé qui é- toit fort bien inftruit^ répondit à tout fans ân Mexique, Livre V. fefllbarafler.-Iiditdeplus > que fon Maî- :re avoir lieu de fe plaindre de fEmpe- :eur qui regnoic alors i Mexique parce ju’il cherchoit à le venger par des extor* ions infupportables â deee cpll lui avoir efufé fa voix lorfqu’on avoir procédé à eledion ; que ce procédé injufte & vio- entobligeoic le Roy de Tezeuco à s*u- nr avec les Efpagnols , comme avec des ;ens qui avoientle plus grand interet à U uine de ce Tyran. Les Hiftoriens ne nous informent point ï le frere de Cacumazin y que nous avons aillé prifonnier à Mexique ^regnoit alors . Tezeuco. On a rapporté la maniéré dont ^lotezuma conféra la Couronne & la Di- pité de premier Eleéfeur à un jeune Prin- e frere de celui qui avoir confpiré contre les •fpagnols & la part que Carrez eut à toute ette aétion.ïl paroîc par ce qui arriva enfuir e 3 que Cacumazin qu’on a voit depoffedé * toit revenu furie Trône., de on peut croire |ue cela s’etoit fait par l’autorité du nou- ei Empereur 7 la haine que ce Roy de- oit avoir pour les Efpagnols étant une irconftance très- favorable à fa reftituticn i e qui donne plus de couleur à cette con- jure, eft la défiance que Corteztémoi- na. Audi- tôt qu’il eut donné audience à Envoyé j il s’écarta avec fes Capitaines * 5 f 4 Hijloire de la Conquête afin de décider fur la réponîe qu’il devoit faire. Aucun d'eux ne crut la proposition üncere - T ils jugeront que cette honnêteté ne convenoit pas au cara&ere d'un Prince qu’on avoir cruellement offenfé : Que ce- pendant le General devoit confidetcr com- me un effet de fa bonne fortune , la liber- té qu'on lui offroit d'entrer en une ville qu'il avoir refolu d'emporter de vive for- ce : qu'en recevant la propofition il s'épar* gneroit autant de fang 3c de peine > Sc qu'étant une fois an dedans des murailles où on prendroit les mêmes précau tions que dans une place emportée d’afFaut y ils agi- roient fuivant iesoccafions. C'eft-ce qui fut refolu 5 & Cortez, dépêcha l'Envoyé avec cette réponfe: Qu'il recevoir la paix 3c l'offre qu'il lui fai fort fur le logement ; ce 3c q u’i l a v oi t de ffei n de r épo nd i e fin ce- ce fement à la bonne volonté qui l'enga- » geoit à demander fon amitié.- <* L'Armée continua fa marche, 3c alla lo- ger en un des Faux bourgs de la ville, ou au moins à un village qui en étoit fort proche. L'entrée fut remife au lendemain* parce qu'on voulut donner une journée en- tière à une aéfion, qui félon ces indices de- mandoit un tems confiderable. Un de ces 1 indices- étoit la foiitude qui reguoit dans fe village ^ & l'autre qui n'étoit pas moins 1 concluant^ du Mexique* Livre V, W ■ ^ 3 'J UV 1 Jt point, ôc n’a voit envoyé perfonne au de- put du, General. Cependant on n’entencjiç aucun mouvement 3 8c tout parut tranquil- le j niques au lever du Soleil 5 que ie General donna ordre 3 &c difpofa Tes troupes à at- taquer la Ville. Il fe croyoït encore en- ? a g e cette extrémité ; mais il connue den-tot qu’il pouvoit s’en difpenfer 3 lorf- ju’il trouva les portes ouvertes 8c le Peu« de fans armes. Il détacha quelque trou- as qui fe faifîrent des portes , 8c toute ’Armée entra fans aucune réfiilance. Le Seneral préparé à tout événement s’a van* :a dans les rues fans donner aucune attein- e à la paix > quoiqu’avec toutes les pré- ludons que la guerre demandoit. L’Ar- née marchoitau meilleur ordre qu’il étoit ►offible de garder jufques à une grande ►lace où Cortez forma quelques bataillons, s: occupa par de bons corps- de*gardes toil- es les avenues qui y conduifoiént. Les labitans qui fe montrèrent en grand nom- ire en quelques endroits , paroiffbient ef- irouchez , 8c d’un air qui avoir peine à acher les mouvemens du cœur. On prie arde auffi que toutes les femmes s’étoienc :tirées 3 & ces circonftances conformes ax premiers indices 3 redoublèrent les Htfîoire de la Conquête Le principal de leurs Temples étdît fi-* tue fur une éminence qui commandoit à toute la Ville y 5c d ou on découvroit la plus grande partie du Lac. On Jugea qu’il etoit a propos de s’en emparer *, 5c le Gene- ral en donna l’ordre à Pierre d’Alvarado 9 Chriftophle d’Olid y 5c Bernard Diaz. Ils y conduifirent quelques pièces d’artillerie y un bon nombre de Tlafcalteques. Ils trouvèrent le porte fans défenfe 3 &c lorf- qu’ils furent au haut du Temple 3 ils dé- couvrirent une grande multitude de Peu- ple hors de la Ville , dont les uns fuyoienc vers Les montagnes^ les autres fe jettoient dans les canots pour gagner la Ville de Mexique. Cette vue fiteefier les doutes de la rîiâu v ai fe foi du Roi de Tezeuco. Cor- tez ordonna qu'on le cherchât 5c qu’on Ba- ril enat. en Ta prefence y ce qui fit connoîtrc qu il s etoit retiré dans l’Armée des Mexi- cains avec le peu de monde qui avoir pu fe re foudre à le fuivre 9 5c qui félon le rap. port des habitans s n’alloit qu’à quelques xnifera blés fans honneur ; parce que la No- ble rte 5c le rerte de fe s Sujets haïfioient fa tyrannie y , 5c étoient demeurez , fous pré~ texte de chercher une occafiôn plus com- mode pour aller le joindre. On apprit alors que le deffein de ce Prince étoit de carefi- / fer les Efpagnols jufquesi ce qu’il les eût du Mexicjtte . Livre V. 3 ^ |ettez dans une pleine confiance , Sc d’in-; troduire après cela les troupes de Mexique, ^fin de les égorger tous en une nuit : mais qu’aïant fçû par fon A mba (fadeur que Cor- tez venoi t à lui avec de très-grandes for- tes , le coeur lui avoir manqué pour Péxe- tution de cette trahifon -, Sc que le parti de la fuite lui avoir paru le plus fur, en laifTanc fa ville 5c fes Sujets à la difcretion de fon ennemi. Le bonheur en cette occafion ufurpa toute la part que l’induftrie Sc la valeur y pouvoient prétendre. Le General avoir porté les yeux fur la Ville deTezeuco, comme fur un porte avantageux , pour y faire une Place d’armes , & neceflaire à la réiifîite de fes defleins, & 1 a méchante po- litique du Prince qui la gouvernoit , lui en ouvrit les porres fans combat. Sa fui- te délivra Cortez d’un embarras y où la mé- fiance & les foupçons pouvoient le jettct a tous momens; & le mécontentement des Sujets de ce Tyran les engagea fans peine ians le parti des Efpagnols. Ainfi tout prend une fituation favorable à ceux qui font nez pour être heureux > c’ertpeut- kre laraifon qui a fait placer cet attribue *ntre ceux des grands Capitaines. La va r eur execute ce que la prudence ordonne ; liais la valeur ôc la prudence doivent la 3 58 Hifloire de U Conquête facilité dufuccez à ce qu’on appelle Pou* heur ou Fortune. Les Payens qui lui onc donné ce nom y ne l’entendoient pas , ou ils l’entendoient mal. Ils adoroientla For- tune comme une Divinité quoique bizar- re 3 ( à ce qu’ils s’imaginoient ) fans aucun difcernement , 8c toujours aveugle 8c in- conftante: mais c’eft fous ce même nom que nous reconnoi lions les prefens que la main liberale de Dieu nous fait gratuite* ment. C’eft ainfi que l’on rectifie l’idée de ce qu’on entend par le terme de Bonheur : que celui de Fortune eft réduit à fa vérita- ble lignification 8c que les perfonnes heureufes reconnoiflent la véritable fourcc des grâces qu’ils reçoivent. CHAPITRE XL U Armée étant logée dans Tez^euco y les No- bles viennent offrir leur fervice au Gene- ral. Il rend le Royaume à celui qui en étoit le légitimé heritier , laiffant l'ufurpateur fans aucune efperance d'être rétabli . C Orrez donna fes premiers foins à fai- re perdrç aux Païtans toute la crain- te qu’ils pouvoient avoir conçue. Il or- donna â l'es Soldats de les traiter avec dou- du Mexique* Livre V. 3$ 9 ceur , ôc de ne fonger qu’à gagner le cœur de ces peuples y qu’ils dévoient confiderer comme Sujets du Prince à qui ils obéïfi foient eux-mêmes. Cet ordre fut encore donné-plus précifément aux troupes des al— liez^par l'organe de leurs Co m m and a n s : &C leur obéi (Tan ce fur ce point fut d’autant plus con/ïderabîe 3 qu’ils fe trou voient alors en un Païs ennemi 3 inftruits à toute la violence que le droit de la guerre leur permettoit y 3c avec toute la fierté que la préemption d’être vainqueurs infpire à des Barbares. Cependant ils avoient tant de refpeét pour le General > qu’ils ne fe con- :enterent pas feulement de reprimer la fé- rocité de leur naturel y autorifée par un néchant ufage ; mais ils cherchèrent en- :ore à fe rendre agréables à tous les Ha^ )itans de cette Province y en publiant la >aix par leurs difeours a 3c par leurs ac-, ions, L’A rmée pafTa cette nuit dans les Pa- aisduRoi fugitif a qui étoient fi vaftes , [ue les Efpagnols y trouvèrent tous des îo- emens commodes avec une partie dcsTiaf alteques. Les autres troupes fe cantonne- nt aux rues les plus voifînes du Palais , ms entrer dans les maifons^ afin de ne oint incommoder les Habitans. Au point du jour y quelques Miniftres es Idoles vinrent demander un ttaitement Kk iij 3 5» o Hijtoire de la Conquête favorable à leurs Dieux , & rendre grâce de celui qu’ils avoient reçu jufques à cetr heure. Ils expoferentau General , que 1 Nobieffe de la Ville attendoit fa permiffior pour venir l’affurerde fon obéi (Tance 8 defon affc&ion. Il leur accorda l’une 8 Vautre requête, fans avoir befoin d’afFcc îtation , pour marquer combien elles k étaient agréables j d’autant plus 5 qu’il foi bai roi t ardemment d’en voir l’effet. Que] que tems après ces Nobles vinrent 5 re vêtus des habits qu’ils portoient ordinai renient aux ceremonies publiques. Un gai çon fort jeune, 8c affezbien fait, paroi] îoit être le Chef de çette troupe ^ 8c ei effet il portoit la parole , en prefentant ai General ces Soldats , qui verdoient , dit-il fervir dam [on armée , à dejfem de mériter pa\ leurs exploits [honneur de fe npofera ï ombr de fes Etendards : à quoi il ajouta en pei de mots certaines exprefïions vives 8c for tes, qu’il prononça d’un fi bon air, qu< l’offre qu’il faifoit fut également approu vée , 8c applaudie. Cortez même ne pu l’éco urer fansadmiration •, & il fut fi char mé de l’éloquence 8c de la bonne grâce d< ce jeune homme , outre l’avantage qu’i trou voit en fa proportion , qu’il l’embraf fa par un tranfport de joye dont il ne fu pas le maître , en trouvant tant de fageffi du Mexique ; Livre V. S9 1 Bc <îe difcretion en un Indien : après quoy Il reprit un air/erieux, afin de répondre avec plus de gravité à fa proposition. Le$ autres Nobles s’avancèrent aiors_, Sc apres avoir rempli toutes les ceremonies des premiers devoirs ; le General demeura avec celui qui fervoit comme de Gouverneur à ce jeune Prince , & avec quelques-uns des plus confiderables. Lorfque les Truchç- mens furent arrivez 5 Cortez n’eut pas de peine à tirer par quelques queftions la vé- rité de tout ce que le Cacique avoit entre- pris en faveur des Mexicains ; latrahifon qu^l méditpit en offrant artificieufement de loger les Efpagnois dans fa Ville , Sc la lâcheté qui Pa voit obligé à tourner le dos à la première vôë du péril: enfin ils firent comprendre que perfonne ne regret» toit fon abfence , puifqu’il étoit générale- ment haï 3 3c qu’on celebroit la retraite tom me le plu en traitant ce )mme des efclaves ceux qui avoient la ce cilité de tolerer fon crime } & enfin ce ant afiTez lâche pour vous abandonner ms le danger. Ce m épris qu’il a témoi- ce ïé pour vouSjlorfqu’il s’agillbit de vous ce 394 Hijioire de la Conquête »> défendre, vous dccouyreaflez la baiïeff 33 de fon cœur , & met entre vos mains l remede propre à faire cefTer vos miferes 35 Je pourrais , fi un devoir plus piuflan 33 ne retenoit pas 5 tirer avantage de f 33 fuite > & u fer du droit de la guerre *> en foumettant cette Ville que je tiens >5 comme vous le voyez 3 réduite à la dif 35 çrction de mes Soldats : mais l'inclina' ^tion des Espagnols ne lésion lie pas ai x> fement a commettre des injnftices : & 3 ) comme celui qui nous a offenfcz 5 n’é » toit pas votre Roy légitimé 3 vous n’ei 33 devez pas porter^îa peine^comme fi vou 33 étiez fes Sujets : Sc ce Prince ne doit pa >3 etre prive du droit que la nai fiance lu 33 donne. Recevez-le de ma main 5 ainfi qu< 35 vouslavez reçu du Ciel. Rendez-luiei 35 ma confédération i’obéïflance que vou: >5 lui devez 9 comme au fucceffeur de for 33 Pere , Sc qu 3 il foie porté fur vos épauler 3> dans le Trône de fis ancêtres. Pour mo, 35 qui confédéré moins mon intérêt que Té quite & la juftice, je ne demande en ççh 3d que fon amitié , Sc non pas fon Royau- 33 me; Sc je fouhaite plus votre agrémenj 33 qu e votre ioumiffion. Cette propofition du General fut reçue par tous les Nobles avec de grands applau- diiîemensiils obtenoient tout ce qu’ils défi* du Mexique. Livre V, 39$ îoient, & iis fe trouvoient délivrez de leurs craintes. Les uns fe jetterent à fes pieds pdur lui rendre grâces de fa gensrefité > ÔC les autres allant d’abord au devoir que la nature leur impofoit y coururent baifer la main de leur Prince. Cette nouvelle fut bien-tôt publique \ de les cris commence-* rent à témoigner la joye du Peuple y qui déclara fon confentement par des accla- mations 3 des danfes, de des jeux > dont ils celebroient leurs plus grandes fêtes 5 fans épargner aucune de ces démon ft ra- tion s dont !a joye des Peuples fait ordinai- rement la décoration de fes folies. On remit au jour luivant le couronne- ment du nou veau Roy \ ce qui fe fit avec toute la pompe & les ceremonies qui étoient ordonnées par les Loix du Païs. Cortez y affifta comme difpenfateur, de pour ainfi dire a donateur delà Couronne :ainfi il eut fa part desapplaudiflemens,, 3 c acquit plus; d’empire fur ces Indiens > que s’il les avoit fournis à force d’armes*, ce trait de pruden- :e de de vivacité étant un de ceux qui lui ont fait mériter le titre d’un très-fage de rrès-adroit Capitaine. Il lui é toit de la der- nière importance,, pour l’entreprife de Me- xique x d’être le maître de cette Place : de d trouva moyen de fe créer une extrême obligation fur le Roy par le plus grand de $9$ Hifloire de la Conquête tous les biens que l’on puiflé faire en cette vie. Il fçut encore intere/Ter la Noblefle s défendre les droits de ce Prince y en la bif- fant irréconciliable avec le Tyran , gagnei refprit dm Peuple par fon defîntereltemenî Ôc Ion équité \ &c enfin établir une entière fureté dans la Ville , pour tout ce qui croit neceffaire à fes troupes, ce qu’il n’auroit pu obtenir par une autre voyequbvec pende confiance. Mais le plus grand plaifir qu’il refientit en cetteaâion, fut qu’en réparant l’injufHce qu’on avoir faite à ce jeune Prin- ce > il iuivoit les principes dela droite rai- fon \ puifqu’il lui accordoit toujours le premier rang 5 quand il jettoit la vue fur les autres maximes de fa conduite y que 1 élévation de fon genie ôc de fes inclina- tions, lui faifoient toujours préférer les snouvemensdela puregenerofité à toutes les réglés de la prudence. du Mexique. Livre V. 597 CHAPITRE XII. ’.e Roy de Teziuco reçoit le Baptême en public ;■ C ortez. marche avec une par~ tie de [on Armée pour je fai/ir de la Fille à lytacpa/apa , ou il a bejoin de toute fa prévoyancè , pour éviter de tomber dans une embufcade que les Indiens lui avoiens drejfée. ’Eü ainfi que Cortez mérita l’cffime & la vénération de ces Peu nies. La oblefle entra dans Tes intérêts , 6c devint ineniie des Mexicains ; la Ville le repeu- a en peu de tems par le retour des Habi- ns en leurs maifons : & le Prince eut tou- urs tant de déference 8c de foumiffion air le General, qu’il ne fe contenta pas de i offrir les troupes , & de fervir auprès de peribnne en cette expédition; mais en- te il ne donna aucun ordre que par foti is : & quoiqu'il foutînt entre Tes Sujets le radere d’un Roy , il prenoit celui de Su» en prefence de Cortez , qu’il refpedoic mme fon Supérieur. Il pouvoir avoir c-neuf ou vingt ans; & il avoir l’intel- ence 8c la raifon d’un homme né en un is moins barbare. Cortez tourna adroi- |9 $ Hiftoire de la Conquête tement cette bonne difpofition à faire en- trer dans les conventions le fujet de la Re' ligion ; & il reconnut à la maniéré dont i écoutoit 6c raifonnoit même fur ces dif cours, que ce Prince avoit du penchant ; Rattacher au plus fur -, ce qui lui fit naître quelque confiance de le réduire. Labaiba rie des facrifices de fa Nation ne lui plaifoi pas : la cruauté lui paroiflfok un crime j Si il demeuroît d’accord que ces Dieux , qu s’appaifoient par Peffufîon du fang de hommes 3 ne pou voient être amis du genr humain. Frere Barthelemi d’Glmedo f mêla dans leurs entretiens: & comme i trouva le Prince ébranlé dans fes erreurs Sc penchant vers la vérité 3 il Je rendit ei peu de jours capable de recevoir le Baptê me 3 dont la ceremonie fe fit publiquemen avec beaucoup de fokmnité. Il prit par loi propre choix le nomde Hernan 3 par ref pea pour fon parrein. On commençoità travailler aux canau: qui portoient les eaux du Lac aux refer voirsdeia Ville*, & le Prince envoya fi ou fept mille Indiens de fes Sujets , afin d donner plus de largeur &c de profondeur cés canaux, à proportion de la grandeu des brigantins. Le General voulant en me me terris faire quelques progrès utiles à foi expédition i k refolutde pafler à Izçacpa dtt Mexique. Livre V. pa avec une partie de fes troupes , à caufc ue ce porte étant avancé de fix lieues il oitimportantdoter cette retraite aux ca- ats des Mexicains , qui venoient quelque* « troubler le travail des Indiens. Cette ir L ' tI | 0n j Cr01C enc ° re a PP u y ée par la ne- flite de donner de l’exercice aux troupes ;s Alliez qui ne fe maintenojent dans l’oi- /ete que p ar J a force j. une auforité - : j P as de coûter beaucoup de foins de brigues. La Ville d’Iztacpalapa étoir, comme on die , a fille fur la chauffée par où les E£ gnols firent leur première entrée; & ns une telle fituation , qu’en occupant elque portion du terrein de cetre chauf- |f P lus 8 ra , ncle P art *e de fes maifons 1 alloient au delà de dix mille , étoit bâ- dans le Lac même,dont les courans s’in- duifoient au dedans de la Ville fondée la digue, par des conduits qu’on avoit itiquez , avec des éclufesqui lâchoient retenoient les eaux fuivant les befoins rtez le chargea du fuccès de cette f ac ~ “ » & Pnravec foi les Capitaines Pierre 1 varado & C bi ftophle d’Olid fuivisde is cens Efpagnols & d’environ dix mille dcalteques : & quoique le Roy de Te- tco voulût l’accompagner avec fes trou- ,1c General ne le lui permit pas, en lut ^.oo Hijloire de Li Conquête fai faut comprendre que fa prefeüce lui étoit encore plus utile dans la Ville, dont il laifla le Gouvernement à Gonzaie de San- doval , & à tous deux les inftru&ions ne- ce flaires pour établir la fureté de ce porte', 5c pour prévenir tous les accidens quipou- voient arriver en Fon abfence. Cortez prit le chemin de la chauflee à deflein d’attaquer la Ville par cet endroit 3 de de charter les ennemis des autres portes ; coups de canon / félon que l’occafion s’er prefen toit. Cependant les ennemis fureni avertis décès mpuyemens *, car à peine l s ar mée parut-elle à la vue de la Ville , qu’on découvrit à quelque diftance des murail- les un gros de huit mille hommes qui étoient fortis pour les défendre avec tatit de refolution , qu’encore qu’ils fartent in- ferieurs en nombre , ils attendirent no« troupes jufques à mefurer leurs armes avec celles de nos Soldats 9 à combattre avec af fez de valeur , pour faire leur retraite ei: gens de guerre 3c fans délordre, jtifque: dans la Ville où ils difparurent fans ferma les portes y ni en défendre l’entrée. Ils fc lancèrent tous dans le lac , en pourtant dej crismenaçans , avec la même fierté qu’il: avoient fait paraître au combat. LeGenc ra'l vit bien que cette maniéré de retraite tendait à l’engager en un plus grand péril du Mexique* Livre V. 401 & il refolut d’entrer dans la Place, avec tout le refpeét que ces indices deman- doient. Toutes les maifons le trouvèrent abandonnées*) & quoique le bruit des cris 8c des menaces fût encore fort grand du côté du lac 3 Cortez après avoir confulté Les autres Capitaines , trouva bon de gar- der ce pofîre & de s’y loger 3 fans s’engager a un nouveau combat y parce que îe jour aianquoit. Mais au commencement delà àuit on reconnut que Peau débordait de. :ous cotez hors des canaux avec tant d’im- ?etnol îté , que les endroits les plus bas de a Ville étaient déjà inondez. Le Gene- al reconnut d’abord que le deffein des ■nnemis étoi-t de noyer cette partie de a Ville y ce qu’ils pouvoienr exécuter fa- dement , enfermant les éclules du côté lu grand lac. Ce danger inévitable l’ohlb ;ea à- donner promptement l’ordre de a retraite y 8c quoiqu’on ne perdît au- un moment , neanmoins les Soldats fil- ent obligez à la faire dans l’eau jufque&aux enoux. Cortez fortit. ainii allez mortifié &fort hagrin de n’avoir pas prévu ce ftratagê- r^e des Indiens r comme fi fa vigilance eue u fournir à tout : & que la prévoyance es mortels ne fût pas limitée. Il conduis r t l’armée vers Tezeuzo ^ où il penfoit fe JimœM- tl 4 ©i Tïijîoire de là Conquête retirer en laifiant la conquête d’Iztacpaîæ- pa pour une autre occafion; puifqu’il ne* pouvoir l’entreprendre fans y employer de plus grandes forces du côté du lac * 5c avoir des vaiffeaux afin de chaffer les Me- xains de ce pofte. L’armée fe logea corn-» m e elle pu t fur une peti te êm i n en ce h o rs du danger de l’inondation , où elle paffa la nuit avec beaucoup d’incommodité : les Soldats étoient trempez 5 &c ils n’a voient aucune défenfe contre le froid , mais leur courage étoit fi grand qu’on n’entendit pas le moindre murmure. Le General leur inl- piroit la patience par fon exemple *, & par fesdtfcaurs il effayoit^en les animant con- tre les ennemis * d’effacer le chagrin de fa retraite , & des fcrupulcs que cette dilgra- ce auroit pu jetter dans leurs efprits con- tre fa prévoyance* Aux premiers rayons du Soleil* l’armée fuivit l’ordre de la retraite , comme on l’a- voir arrêté ; de on fit doubler le pas aux Soldats , afin de les rechauffer par ce mou- vement plutôt que parla crainte d’une nou- velle infulte de la part des ennerms. Ce- pendant dès que 3e grand jour vint à pa- foîrre , on découvrit une troupe prefque -Innombrable d’indiens qui s’avançoit. Ou ne laiffa pas de continuer la marche an petit f as % le ddTem du General étoit de* du Mexique. livre \ r . 40 j hfCet fcs ennemis en différant le combat y quoique nos Soldats euflentaflez de pei- ne à marcher y & qu’ils témoignaffentpar leurs cris 3 qu’ils fou ffroient avec chagrin qu on retardât l’envie qu’ils avoientdefe venger y les uns de l’affront qu’on avoir re- çu , les autres des incommoditez qu’ils a voient, endurées: chacun fuiyantla pafiîon q.ui ^aninioit ,, mais tous avec un même mouvement de vengeance dans le cœur. •Enfin l’Armée s’arrêta;' & fit tête auxMe- ricains 3 lorfque Cortez s’en vit preflê. Ils vinrent au combat avec la même impetuo- Ste qu ils avoient témoignée à la pour/uite* Mais les arbalètes des Espagnols les fie-. ,hes des Tlafcalteques 3 ( les armes à feu "tant inutiles a caufe que la poudre étoit noizillee , ) repou fièrent le premier effort le leur férocité : & en ce moment les Cavaliers firent une charge fi à propos > ] u ayant ouvert le chemin aux troupes des pliiez , ils rompirent de tous cotez cette nul ci tilde fans ordre ôc fans conduite, &c ’obligerent à abandonner le champ de ba- ail avec une perte confiderabie* Cortez continua la retraite fans s’arrêter t po u fier les fuïards 5 parce qu’il avoir be- oinde ce put entier afin d’arriver à fon quartier avant la nuit* 'Mais les ennemis pai fe ralioicn t âïec la Ifiênxe diligence donc 1 1 if 4©4 Hijîoire de U Conquête ils ufoient en fuyant -revinrent encore' par deux fois infukër l’arrière ^garde fans s’é- pouvanter du carnage qù’an falloir da iï$ leurs troupes / julqucs a ce que la crainte de s’approcher deTezeuco , où les Efpa- gnols avoientle gros de leur armée 5 leur fit reprendre le chemin d ? iztacpaiapa ; affez bien châtiez de leur témérité > puifqu’ils perdirent en ces divers combats pkis de fix mille hommes ; & quoi qu’il y eûrqiiek ques blefiéz du côté des Elpagnolsg il ne mourut que dèùx Tlafcaltequès & tih'chÿ val ^ qui tout couvert de fleehes & de coups- dès épées des Indiens ^ cutneaô^ moins a ffez de vigueur pour re tirer foù Maître delà mêlée. Cortejÿiÿ toute fon Armée eelebrerent ce commencement de vengeance 3 comme une jlifte fedsfaéc ion des- fatigues qu’ils a voient endurées^ & utt peu- avant la nuit ils firent leur entrée daiis 1 la Ville- liôno- te z par tro i s ou eju atre v i &o 1 res rem por- tées * pour ainfi dire , en chemin faifenrÿ qui donnèrent un grand luftre à cette ex- pédition r effacèrent- entièrement l’af** Iront de leur retaite. Néanmoins il faut- avouer que le ftrata- gême des Mexicains- étoit bien concerté; lis- firent une fortie à dèfïein d’attirer les* ennemis : ils fe laifl&ent faire une charge g du Mexique. Livre V. 40 f afin de les engager 5 8c il s feignirent une retraite 5 pour les précipiter au milieu d’un péril effroyable. Us abandonnèrent les lieux qulls prétend oient inonder -, 8c ils avoient me grande Armée toute prête , afin de ne: point rifquer le fuccez de leur deficin. Ceux qui cherchent à obfcurcirla gloire de; nos exploits contre lesindiens, peuvent main- :c nant prononcer y fi leurs armées éroient 5 mm me ils difent , des troupeaux de bêtes s & s’ils manquoient de tête pour inventer les rufes de guerre , puifqulls leur accor- dent au moins de la férocité dans l’execu- •ion. Toute l’aâivité de Cortez lui fervit i peine à fe retirer du piege qu’ils fui ivoient tendu ,* & if n’en fortit pas ftmsad- niration , 8c même fans une elpe.ee déjà» oufie, de l’adroite difpofition qu’ils a voie nt ionnée à leur fttatagêrne -, pu i fq ue lin v en- ion de ces tromperies dont on furprend fon nnemi,eft une de ces qualitez dont les Soî- lats tirent le plus de gloire y croyant qu’el- es ne font pas feulement miles ? mais. :ncore jufîes, fon tout quand on les em- >loye dans* une guerre fondée fur une jufi e défenfe. Ceft neanmoins a ffez , à mon. vis, qu’on les croye permifes : quoique bailleurs ou puiffe leur accorder l’attribut ie juftes 3 puifqu’ëlles entrent dans le châ*- imenc des inadvertances 8c des négligera 4°^ Hijtoire de la Conquête ces y qui font les plus dangereufes fautes à la guerre» CHAPITRE XIII. Les Provinces de Chalco 33 d'Otumba de- mandent fe cour s a Cor te z, contre les Me xi ; sains. Il en donne la charge a Gonz.de de Sandovd , £3 à François de Lugo , qui dé- font les ennemis y £3 amènent des prifm ■ mers , par le moyen defquels Cor te z, propofe encore U paix a P Empereur de Mexique , ! C Ortez rece voit à T ezeuco de frequen- tes vifites des Caciq ues 3 3c des autres Indiens vdifins de cette Province 5 qui ve-f noient lui offrir leur obéïffance 3c leurs troupes. Ils fe pîa ignorent tous 3 des mau- vais traitemens qu’ils rccevoient de l’Em- pereur de Mexique, don ries Soldats enle-i voient leurs biens 3 après avoir outragé leurs ! perfonnes 0 ajoutant le mépris à rinhurna-f nité. Entre ceux-là 3 des Envoyez des Pro- vinces de Chalco 3c d’Otumba vinrent en diligence > donner avis qu’une puiffan te Armée des ennemis était proche de leurs ; frontières x avec ordre cîe ruiner entière-' ment leur Fais 3 en punition de ce qu'ils- Vécoienr alliez aux Espagnols* Ils témoin' in Mexique. Livre V. 407 ^noient afTez de rc.folucion pour s’oppofer à :cs forces -, & ils demandoienr quelque fecours^qui leur aidât à foûtenir une défen- fe fi légitimé. Leur requête paroi doit non èulcment raifonnable^mais encore impor- ante \ parce qu’on avoir un grand interet l’empêcher lesMexieains de mettre le pied :n ce quartier-là t où ils aiiroient retranché a communication avec laFrovinee deTi al- la la , qu’on devoir maintenir en toutes ma- tières. Le General dépêcha auffi-tât IcsCa- >itaines Gonzale de San do val 3 &: Fran- ois de Lugo , avec deux cens Efp&gnols y uinze Cavaliers ôc un gros de Tlafcalre- [ues 3 entre lefquels il s’en trou voit quel- [lies -un s qui avoi.cn t obtenu y par impor» unité , la permiffion de mettre à couvert [ans leur Ville ? le bûtin qu’ils a voient ga- ;né ; ce qu’on leur avoir accordé par poli- ique: puifque comme on attendait de non- eaux fecours de cette République, il étoit vantagèux d’attirer les Soldats de cette \ T ation,par l’apas de l’interet , & par ette efpece de liberté. Ces miferables ayant ainfi changé la qua- té de Soldatsen celle de Porte-faix 5 -mar~ hesentaveele bagage del’Armée:5e corn- ac leur avarice avoir réglé le poids de leur harge ^ fans confuïter leurs épaules 3 ils ne ouvoient fuivre la marche 5, & ils s’aiiê- 40$ Htfloire delà Conquit? toient quelquefois T afin de reprendre lia- leine. Les Mexicains , qui avoient dreffi placeurs embufeades des troupes qu’il avoient fur le grand Lae 5 dans les champ plantez de maiz x furent avertis de la né- gligence des Tlafcafteques t & ils attaque rent ces traîneurs lorfqu’ils fe repofoient non-feulement à deflein de leur ôter le bu- tin > mais encore d r en venir à une bataille ; comme il parut par les cris qu’ils jetterent . $c par l’ordre des bataillons qu’ils for- moient en même-' rems. San do val &: Lu- go accoururent auffi-tot au fecours* & ch argerenr les ennemis y avec toutes le$ forces unies 5 la à propos 9 que les Me- xicains tournèrent le dos à la premiers; charge. 1 cJ Cinq ou fix TMcalteques em&nrraffez & defarmez 3 périrent en cette oecafion ; mais, ©n reprit tout le butin y augmenté de quel-’ q : ues. dépouillés des ennemis : & on conti- nua la marche 3 en prenant le foin de faire marcher au milieu des troupes, les gens inutiles, dont l’embaras dura jufquesàce' que l’armée ayant paffé la Province de' CHalco , fe vit proche des frontières de 1 Tlafcala 3 où ils le détachèrent , afin d’alleri mettre leur bagage en lieu de fureté, & dé- livrèrent ainfi Sandoval des foins fa tiguans çî- 11 prenoit de iç$ affilier* du Mexique . Livre V. 409 Les ennemis avoienc affèmblé toutes les milices de ces Provinces , à defTein de châ- tier la rébellion des Peuples de Chalco 3c d’Otumba : &: fçaehant que les Efpagnols marchoient à leur feconrs , ils avoient rên- Forcé leur Armée des troupes qui étoient autour du Lac , dont ils formèrent un gros redoutable ,fur le chemin des Efpagnols , tn une ferme refolution de les combattre à ia campagne. Sandoval 3e Lugo,bien aver- ;is de leur projet, donnèrent tous les ordres ju’ils jugerentneceflaires, & s’avancèrent ;n bataille , fans difeontinuer la marche, à a vue des ennemis. Les Efpagnols & les riafcalteques s’arrêtèrent y afin de recon- loître de plus près l’intention des Mexi- :ains ; les premiers avec uneaiïurance in- repide ; de les autres avec une ardeur in- juiete , qu’on eut peine à retenir. Les Me- xicains avoient l’avanrage du nombre; de ‘ambition d’être les premiers à attaquer, *s pouffa contre notre Armée fort brufquc- nent : & fuivant leur coutume , ils lance- enc d’abord , fans garder aucun ordre de lataille, toutes leurs armes de jet. Les deux Capitaines fçûrent profiter de ce defordre : c après avoir employé bien plus utilement “S arquebufes 3e les arbalètes , fans en per- te un feul coup , ils firent donner les Ca- aliers , dont le choc , toujours terrible aux Tome IL M m Ai° Hijloire de la Conquête Indiens 5 ouvrit le chemin aux Efpagnoh de aux Tiafcalteques,, pour fe jette r au mi- lieu de cette multitude confufe^qu’ils rom- pirent d'abord en la troublant 5 3c erïfuitc, par un horrible carnage. Ce ne fut un moi nient aptes qu'une honteufe fuite de tous cotez. Les troupes de Ghalco & d’Otum- ba 3 qui étoient forties de la Ville au bruit de la bataille 9 vinrent à propos pour aefae*, ver la défaite fi entièrement , que cette grande Armée de Mexicains fut diffipée fans réfiburce -, de ces deux Provinces al-, liées fe virent feçour lies fans aucune perte^ On referva huit prifonniers a qui paroif- foient des plus confiderabîcs , afin d’en ti- rer quelques connoiffances*, de l’Armée al-; la palier la nuit dans la Ville de Chalco,, dont le Cacique , après avoir rendu fes de- voirs aux Efpagnols 9 s’avança afin de leur) faire préparer un logement , où ils trou^ verent une grande abondance de vivres &] de rafraichiflemens pour toutes les trou- pes , fans oublier les acclamations fur leur, viétoire , réduites fuivant leur coûtume a à des cris confus d’une foie réjoiiifiance. Les, Peuples deChalcoétoient ennemis desTîaf- calteques ; à caufe que les premiers avoient, toujours obéï aux Empereurs de Mexique, j & qu’ils avoient de perpétuelles contefta-j tions fur les bornes de leurs frontières du Mexique, Livre V. 41 j mais ces deux Nations oublièrent alors tous leurs démêlez , par les avances que ceux de Chalco firent aux Tlafcalteques, à qui ils fe reconnoiffoient obligez du foin qu’ils avoient pris , d’accourir à leur fe- :ours y outre qu’ils reconnurent qu’afin de r e conferver la protection de Cortez , ils levoient être amis de fes alliez. Les E f- lagnols intervinrent dans ce traité : Sc iprès avoir a fiern blé les Chefs, Sc les per- bnnes les plus confiderables des deux Na- ions, ils firent la paix avec toutes les af- iïrances & les folemnitez dont ils fe fer- aient en ces ades publics. Sandoval s’o- >ligea de l’autorifer par l’agrément du ïeneral *, Sc les Tlafcalteques s’engagèrent eciproquement à le faire ratifier par leur lepublique. Cet exploit ayant été fait en fi peu de ems , Sc avec tant de gloire , Sandoval c Lugo ramenèrent l’Armée à Tezeuco , ccompagnez du Cacique , Sc de quelques utres Indiens , qui voulurent rendre gra> es au General même du fecours qu’il leur voit envoyé , Sc lui offrir tout ce que k deux Provinces pourvoient fournir de oldats. Cette faélion fut extrêmement ap- laudie à Tezeuco*, Sc Cortez en donna >ut l’honneur auxCapitaines, fans oublier s Chefs des Tlafcalteques. Ilcareffa les Mm ij 41 2 . Hifioirç de la Conquête Nobles de Çhalço, 5 c agréa leurs offres ^ refervani à s’en fervir jufques au premier avis qu’il leur en donneroit : apres quoi il fie amener en fa prefence les huit pri- lonniers Mexicains. Ils le trouvèrent air milieu de fes Capitaines 3 affedanc toute, la feverité d’un vainqueur offenfé. La peur' & la confufion paroifloient fur leur vifa-, ge 9 où l’on voyoit des marques d’un ef- f prit abbattu A & mal difpolé à fouffrir le ; châtiment, que fuivant leurs coutumes ils* crovoient inévitable. Cortez ordonna f qu’on ôtât leurs fers : & comme il vouloir profiter de cette occafion 3 afin de juftifier, dans l’çfprit de fes alliez la guerre qu’iij avoir entreprife y lorfqu’on lui verroit faire] toutes les avances de la paix , 5 c qu’il vou- loir encore convaincre fes ennemis mêmes defa generofitc , il leur fit ce difeours par L l’organe de fes Truchemens : ^ L’ufagc, 53 .établi parmi vous , & cette efpece dç] 53 jufiiee qui autorife les lôix Je la guerre ‘ 53 me mettent en droit de tirer fatisfadion 53 de votre malice , en employant le fer 5 C 53 le feu pour vous traiter avec la même im 53 humanité dont vous traitez vos pri- 53 fonniers ; mais nous autres Espagnols nc c 53 femmes pas perfuadez que ce ifpit une 53 faute punifiablc d’être pris en fervant for’] >3 Prince \ parce que nous fçavons diftiiVj du Mexique. Livre V. 41 1 guer les malheureux des coupables. Je ce prétens donc feulement vous convaincre ce de l’avantage que notre clemen ce a fur ce Votre brutalité y en vous donnant en un ce même temsla vie 8c la liberté. Allez des ce cemonienr vous ranger fous les Eren- «c dards de votre Prince, 8c dites-lui de ce ma part 3 puifque vous êtes Nobles 3 8c ce que vous devez obferver la Loi attachée ce à la grâce qu’on vous fait y que je viens ce lui demander raifon de la mauvaife guer- ce re qu’il m’a faite 3 lorlque je me fuis re* cc tiré de Mexique , en rompant avec perfî- cc die les traitez qui m’a voient obligé à fai- ce re cette retraite *, mais principalement ce pour venger la mort de Motezuma a qui cc me touche le plus fenfiblement. Que je ce luis fuivi d’une armée redoutable , non ce feulement par le nombre des Espagnols , ce qu’il fçait être invincibles 9 8c qui cft ce confiderabiement augmenté a mais en- ce corepar les troupesde toutes les Nations ce qui abhorrent le nom des Mexicains -, ce &C que j’efpere en peu de tems l’attaquer ce au milieu de fa Cour même, y portant ce toutes les rigueurs d’une guerre que le ce Ciel favorife ; refolu de ne point relâ- ce :her d’une fi jufte colere 3 jufques à ce ce que j’aye réduit en cendres toutes les Vil- ce les de fon Empire 3 8c noyé la mémoire ce Mm iij 4*4 Th fl dre de U Conquête 53 de fon nom dans le fang de fes Sujets.^ 53 Neanmoins que fi pour éviter fa propre^ 35 ruine y 6c la défolation de fon Païs 5 il fol 53 fent encore quelque inclination à la paix^ s:> je fuis prêt à la lui accorder à des condb' 53 dons que l’on jugera raifonnables \ parce' 53 que les armes de mon Roy ? que les fou- 53 dres mêmes du Ciel affiftent en ces ren~^ 53 contres 3 ne bleflent que lorfqu’ellcs- 53 trouvent de la refiftance 3 toujours plus 53 difpofées à fuivre les mouvemens de >3 l’humanité que Pimpetuofité de la ven- 53 geance. Le General finit ainfi fon difcours 3 donna auffi-tot une efcorte fuffifante aux huit prifonniers , avec ordre qu’on leur fournît une barque 3 afin qu’ils fe retiraf- fent à Mexique par la voye du Lac. Ces miferables ayant peine à croire ce change-^ ment de leur deftinée 3 fe jetterent aux pieds, de Cortez 3 6c lui promirent de taire fça-^ voir a leur Prince ce qu’il lui propofoit^ & de contribuer de tous leurs foins à lè [ porter à la paix*, mais on n’en reçut au- cune réponfe : 6c Cortez n’avoit pas fait" cette avance dans la penfée de réduire les 11 Mexicains à entrer en un traité 3 dont ils ' paroifToient fort éloignez; mais feulement" afin d’autorifer la juftice dcfes armes 3 &C l de donner un nouveau iuftre à fa cîemen- du Mexique, Livre Y. 415 ce entre ces Barbares : vertu dont les ha- biles Conquérais fçavent faire un fort bon ufage j puifqu’elle donne une fituation fa- vorable aux efprits qu’on veut affujetrir 9 de qu’elle efl: toujours aimable aux enne- mis mêmes , entre lefquels ceux qui con- noiflent la raifon , la reçoivent avec élo- ges; & ceux qui ne la connoiflent pas, la regardent au moins avec refpeét. CHAPITRE XIV. Gonzale de Sandoval conduit les brigantins à Tezeuco \ Ç 3 durant quon leur donne la ■dernier e main 5 Cortex fort avec une gran- de partie de fan armée , pour aller recon- naître les bords du grand Lac • E N ce tems Cortez reçut la nouvelle que les brigantins étoient achever* & Mar- in Lcpez lui donnoit avis qu’il alloit fe mettre en chemin , pour les, conduite à Te- [euco, parce que la Republique deTlai- :ala avoir dix mille Tamenes.rout prêts $ mit mille pour porter les planches , les nâts , la ferrure , de les autres matériaux leceiïaires; 5c deux mille afin de relayer es autres quand ils feroient fatiguez , fans omprendre ceux qui portoient les vivres M m iiij 4* £ Hijloire de la Conquête êc les munitions , outre quinze ou vingt mille Indiens de guerre avec leurs Capitai- nes , qui n’attendoient que cette occafion de joindre l’Armée. Lopez mandoit qu’il fJ partiroit le jour fuivarrt à la tête de ces troupes > & qu’il attendroit une efcorte au; dernier Bourg de la Province de Tlafcala > \ parce qu’il n’ofoic pas , fans être fou tenu ,j de plus grandes forces , tenter le paflagc à { travers les Païs de Tobéïffance de PEmpe- reur de Mexique. Ces brigantins étoientla \ feule chofe qui manquoir , afin de ferrer " de plus près la Ville de Mexique *, & le ( General reçut cette nouvelle avec tant de , joye , qu’elle fe communiqua à toute l’Ar- mee. Il donna fur le champ la charge de 3 conduire l’efcorte à Gonzale de Sandoval, T avec deux cens Espagnols 3 quinze Cava- ; liers j & quelques compagnies de TlafeaR T teques 9 afin que cefecours y joint aux for- «| ces de la République, fûtenétatcie refif- ,j ter aux infultes des Mexicains. | j. On lit dans l’hiftoire de Herrera , qu’il B fortit de Tlafcala cent quatre-vingt mi lie:- l: Eommes de guerre , avec les brigantins! j, ce qui a fi peu de vraifemblance x qu’on, [( croit que c’efl: une faute d’impreffion Ber-, . nard Diaz ne compte que quinze mille j tommes-, ce qu’on croira plus aifément , fi , l’on confidere le nombre de ceux qui fer- 3 du Mexique. Livre V. 4*7 voient déjà dans l’Armée de Cortex. La République donna le commandement de cette troupe à un des Seignevirs ou Caci- ques des quartiers , nommé Chechimecal , jeune homme de vingt-trois ans, mais d’un efprit&: d’un courage 11 élevé , qu’il étoit déjà confideré comme un des premiers Ca- pitaines de fa Nation. Lopez lortit de Tlaf- cala , réfolu d’attendre l’efcorte à Gualipar, Bourgade peu éloignée des terres de l’Em- pereur de Mexique. Chechimecal ne gou- toit pas ce retardement : il étoit bien per- fuadé que fa valeur , & celle de fes troupes fuffifoient à défendre le convoi contre tou- tes les forces de Mexique : néanmoins il fe reduifit à obferver les ordres de Cortez > croyant que fon ©béïflance lui tenoit lieu d*un grand exploit. Lopez régla la marche, en forte qu’au fortir de la Ville , tout alla d’un grand ordre. Les Archers 3c les Fron- deurs, foutenus de quelques Piquiers, mar- choient à la tête , 3c étoient fuivis des Ta- menes 3c de tout le bagage. Le refte des troupes faifoit l’arriere-garde y &c ce fut ai-nfi qu’on entreprit une chofe aulïî extra- ordinaire que celle de faire conduire des vailfeaux par terre : Et s’il nous étoit per r mi de donner dans quelqu’une de ces mé- taphores > dont le ftile hiftorique ne re- jette pasabfoiumencPufage ,on pourroit 4* 8 TJifloire de la Conquête dire que ces vaiffeaux commencerentalors & à flotter fur les épaules des hommes 3 en- s tre ces ondes formées par les difFerensi mouyemens que l'inégalité du terrein fai- 1 foit prendre à cette troupe : Invention ad- ! jnirable que Cortez mit alors en pratique 3 ;( & dont le récit pourroit faire pafler la ve- : rite pour un longe 3 ou croire en le lifant y n que les yeux font la fon&ion de l'imagé i nation. » Cependant Sandoval 3 qui marchoit vers 3 Tlafcaîa , s’arrêta un jour entier à Zule- peque, petite Ville peu éloignée de fon i chemin, & qui refufoit d’obeïr au Gene^i: ralj outre que c’étoit le lieu ou ces pau-^o yres Efpagnols^qui paffoient de Vera-Cruz £ à Mexique 3 avoient été trahis & maiïa-o crez. Sandoval avoir ordre de châtier Sc^. i de foumettre cette Vilîeen faifant fon che- mais à peine l’Armée eut-elle tou r 4 ; ü ne tete ae ce coté-là 3 que les Habitans l’a- i; bandonnerent, & s’enfuirent aux monta- ; gnes. Le Commandant envoya trois ou;o quatre Compagnies de Tlafcalteques après ( les fu ïards ; & lorfqu'il entra dans la Pia-/o ce , fa colere &: fon dépit s’accrurent à la. J vûë des funeftes marques de cette trahi fonJi ( On trouva contre une muraille quelque* lignes écrites avec du charbon , en ces tetMà mes : L infortuné fe 'an fujîe fut pris en cette fl du Mexique. Livre V. 41? widifofti avec plujieuvs autres de fa compa- gnie j après quoi on vit dans leTemple les têtes de ces Efpagnols fechees au feu de a [a fumée , afin de les préférer de la cor- ruption : Trifte & affreux fpe&acle , qui confervant les horreurs de la mort, ren- doit encore plus effroyables ces hideux fi- mulacres du Démon. A cette vûë 5 la pi- tié alluma la colere *, de Sandoval rcfoluc de fortir avec fon armée , pour aller châ- tier à toute rigueur cette execrable cruau- té. lldonnoit déjà les ordres ,lorfqueles Compagnies qu’il ^voit détachées , revin- rent avec un grand nombre de prifonniers, hommes , femmes , enfans , après avoir tue dans les montagnes tous ceux qui avoienr potilu s’échapper, ou balancé a fe rendre* Ces miferabl es enchaînez de éperdus de : rayeur,témoignoient leur repentir par des larmes, de par des cris pitoyables. Ils fe jetterent aux pieds des Efpagnols } de ils a’y furent pas long-tems , fans exciter leur tompaflion. Sandoval fe fit prier par fes Officiers , afin d’encherir la grâce qu il ^ouloit leur faire*, & enfin il les fit dé- lier , de les reçut en l’obéïiïance de fon Prince : à quoi le Cacique de les princi- paux s’obligèrent pour toute la Ville *, de 1 s s’acquittèrent fidèlement de ce devoir y *ar crainte , ou par reconnoiffance. 42® Hiftoire de la Conquête r Sandoval ordonna qu’on recueillît les mi-, ferables depoiiilles de ces Efpagnols quf avoientété facrifiez , afin de les faire en-, terrer ; & continua fa marche jufques aux frontières de Tlafcala , fans aucune' rencontre. Lopez vint au devant de lui 1 avec Chechimecal Sc les Tlafcalteques, en« ordre de bataille. Les deux Armées fe ia- c luerent d’abord par des décharges , &c les cris ordinaires en ce s occafions , Sc enfuite par des embrartades & des civilitez parti-] culieres. On donna quelques heures ne- certaires au repos des troupes qui venoicnt, d arriver : apres quoi Sandoval donna les 3 ordres pour les faire marcher. Il mit les,, Efpagnols a l’avant-garde, avec lesTlaf- j calteques qu’il avoit amenez. Les Tame^n nés, efcortez de quelques troupes -, com- pofoient le corps de bataille *, &c Chechi- mecal fut charge du foin de l’ar très- humblement le General de lui mai 35 quer à l’heure même quelque entreprife 35 où il pût donner des preuves de fa va 35 leur, & préluder avec les Mexicains ■ 35 jufques à ce que le tems fût venu d’ache 35 ver leur défaite par la deftruéiion de leu 35 Ville. Cortez avoit déjà refolu de 1 conduire avec foi \ mais cette vanité hor de jfaifon ne lui plut pas : 9 c comme i n’étoit pas trop iatisfait des faillies de c jeune homme , dont San do val l’avoit ir formé , il lui répondit avec une efpece d ■ raillerie : » Qu’il lui avoit déjà préparé un , 35 expédition d’importance B où il pour ^5 roit foulager i’ardeur qui le preffoitj 35 mais qu’il vouloir l’accompagner lui ( 35 même , afin d’être témoin de fes eX j 35 ploits. v> Gortez avoit naturellement di dégoût des fanfarons > parce qu’on troim rarement la valeur fans la modeflie \ nean 3 moins il ne lai (Ta pas de reconnoître qu ces fougues de courage étoient des chaleur d’un fang éçhaufié par la jeunefTe , 5 e ui[ défaut affez ordinaire aux nouveaux Sol dats , qui font fortis heureufement dt premières oceafions , & dont le peu d’ex^ perieno du Mexique. Livre V. 42 f perience leur fait confondre la valeur avec la témérité , qu’ils regardent comme l’cf- fenriel de leur profefîion. chapitre XV. Cor te z. va a lui toc an , ou il trouve de la re- fjlance . Il [armante les obfiacles , & pajfe jufques à Tacuba : & après avoir vaincu & défait les Mexicains en plufieurs com- bats , il fait fa retraite, O N jugea qu’il étoit à propos de com- mencer -^expédition par Iaicocan, Ville lîtuée à cinq lieues de Tezeuco , fur jn de ces petits lacs qui fe déchargent dans e grand. Il étoit important de châtier les rlabitans de cette Ville ; parce que peu de ours auparvant ils a voient maltraité ÔC jlefledes Envoyez qui venoientleur offrir a paix y en leur propofant de le foumettre iux Efpagnols; & ce châtiment étoit d’une grande confequence pour les autres Indiens le ce quartier-là. Cortez partit après avoir :ntendula Meflc , où tous les Efpagnols iffifterent , lai (Tant une inftruélion parti- ruliere à Sandoval , & quelques avis au \oi de Tezeuco , àXicotencal, 5 c aux au- ;res Nations qui demeuraient dans laVille, Tome II, N n Hijioire de la Conquête 1 Les Capitaines Pierre d’Alvarado &Chri£ tophle d’Olid accompagnèrent le General, avec deux cens cinquante Efpagnols, vingt Cavaliers; 8c une compagnie forte 8c écla- tante, qui fe forma de Nobles de Tezeu- co outre Chechimecal s fuivi de fes quin- ze mille Tlafcalteques , foutenus de cinq mille des troupes de Xicotencal. Cette Ar-, mée n’eut pas marché quatre lieues î que [ l’on découvrit les Mexicains en plufieurS; bataillons , à deflein , comme ilparoiffoit^ de défendre en pleine campagne la place; qu’on vouloît attaquer y mais à la première, décharge des bouches à feu de des arba- ( Jêtes, fuivie du choc des chevaux, cette Ar- mée fe mit endéfordre, & donna lieu àj nosgensdefejetter au milieu de leurs ba-j taillons,qu’ils rompirent en fi peu de tems , qu’à peine eut-on celui de remarquer leur^ réfiftance. La plus grande partie fe fauva; aux montagnes : les autres fe jetterent fur , le lac, & quelques-uns dans la Ville d’Iali tocan > laiflant un grand nombre de morts, fur le champ de bataille , outre les bleflez 31 8c quelques prifonniers que l’on envoyâj auffi-tot à Tezeuco. i > s L’attaque de la Place fut remife au jour, fuivant , 8c l’Armée alla s’emparer de que® quesmaifons qui en étoientfort proches. ^ où elle pafla la nuit fans avanture. Au point , àtt Mexique. Livre V. 42^ cîu jour on reconnut que l’entreprife éroit beaucoup plus difficile q u’on ne l’avoir crû. La Ville étoit fondée dans ielac même & tenoit à la terre par une chauffée , ou un pont de pierre , fur lequel on paffioit aifement l’eau à gué; mais les Mexicains qui gardoientee porte avoient rompu la chauffée, & tiré encore un Forte fi profond, qu il etoit impofilble de le parter autrement qu’a la nage. Cortez s’avancait avec con- âance d’emporter la Place d’emblée 5 & orfqu’il rencontra en tête ce fâcheux obf. acle , il en eut du chagrin & de la confu- lon . mais les railleries dont les ennemis emoignoient leur aflurance 5 lui apprirent [u’ilne pouvoir plus s’en dedire fans ha- arder fa réputation. Il fongeoit déjà a remplir ce partage de erre & de fafeines, lorfqu’undes Indiens [Ui étoient venus de Tezeuco , l’avertit u’un peu plus avant on trouveroit une auteur où l’eau du forte avoir peine à cou- rir la terre. Le General le retint, afin de n fervir de guide, & marcha à Pheure lême vers l’endroit defigné. On fonda eau ; & quoiqu’on en trouvât plus que avis n en fuppofoit , il n’y en avoir pas Fez pour empêcher qu’on ne partit au aé. Cortez le fit tenter par deux compa- ges de cinquante a foixante Efpagnols , 428 Hiftoire de la Conquête avec un nombre d’Alliez tel qu’il lui p$* ] fut necefïaire, drivant les troupes qui s’a* vançoient à deffein de lui dilputerle paf- j fage. Il fe tint au bord du gué avec Ton Ar- : niée en bataille } afin d’envoyer les fecotirs - qu’on lui demanderoit, 3c affûrer la cam- ;i pagne contre les irruptions des Mexicains* , Les ennemis s’apperçurent qu’on alloiti gagner ce pa (Fage qu’ils avaient eu defiein de couvrir *, 3c ils s’avancèrent pour le dé-; fendre à coups de flèches 3c de frondes ,1 dont ils bleflèrent quelques Soldats , 3C\ donnèrent a fiez d’affaires à ceux quicom-; battoient dans l’eau 9 qui en quelques en- droits alloit julques à la ceinture. Il y avoit proche de la Ville un terrein affez étendu où l’eau n’avoit pas pénétré \ 3c les Àr- quebufiers qui marchaient à la tête 5 n’eu-1 rcnt pas plutôt occupé ce pofte 3 que lesr Mexicains fe retirèrent dans la place 3 3c en ce peu de tems que le refte de l’Arméec mit a fortir de l’eau y ils la quittèrent pour]! fe jetter dans leurs canots avec tantd’ern| preffement 3 que nos gens y entrèrent fans trouver d’oppofstion. Le pillage ne durai pas lonç-tems , quoi qu’on l’eut permis ,c afin de rendre le châtiment plus exem-i plaire, parce qu’on ne trouva dans lesj maifons que ce qu’ils n’a voient pu empor-c ter* Neanmoins on tranfporta a LÀrrnéC) du Mexique . Livre V. 4 îy quelques charges de maiz 8c dd fet * pla- ceurs mantes 8c quelques joyaux d’or que leurs Maîtres avoient oubliez * ou négli- gez. Les Capitaines n’avoient point d’or- dre de s’emparer de la Ville , mais feule- ment d’en punir les habitans. Ainfi après avoir donné quelque terns à pouffer la vic- toire * ils repaflerent le foffé * ayant mis le feu au Temple * 8c aux principaux édifi- ces. Le General approuva cette conduite * ruppofant que les fiâmes de ce lieu répan- droientla frayeur dansl’efprit des Indiens* 8c avertiroientpar leur éclat les Villes voi- fines du péril qui les menaçait. On continura la marche ,8c l’Armée paffa la nuit près deCobatitlan 5 ville con- fiderableque Ton trouva abandonnée. Les Mexicains le montrèrent encore ? mais en an lieu d’où ils ne pouvoient attaquer , ni stre attaquez. La même chofe arriva à Te- layuca * 8c encore à Efcapuzalco ^ Bourgs fîcuezfur leborddu lac * & fort peuplez * que l’on trouva defertez. On coucha en l’un 8c en l’antre *, 8c Cortez mefuroit hta&ement les diftances*& remarquoitpar tout ce qui étoit avantageux à fes deffeins * fans permettre qu’on fît aucun dommage aux édifices* afin défaire voir qu’il n’u- Foit de rigueur qu'aux endroits où il trou- voit de la refifiance»Xa Ville de Taçuba 4 3° Hiftoire de la Conquête rfétoit éloignée du dernier porte que dhine ! demie lieue 9 3c elle le difputoit à T ezeuco J pour la grandeur 3c pour le nombre de 1 fes Habirans. Son aflîerceoccupoïc l’extré- ! mité delà principale chauffée ’ 9 où les Es- pagnols effuyerent tant de hazards 3c de peine j 3c c’étoit un porte très- avantageux 3 1 parce qu’entre toutes les Villes du lac il ] étoitle plus proche de Mexique >& com- me la clef du chemin qu’il falloit necef- 1 fairemeftt occuper pour former le fiege de ' cette grande cité. Cependant le General 2 n’a voit pas alors deffein de s’enfaifir àcaii- ! fe qu’il étoit trop éloigné de Tezeuco. Il vouloir feulement reconnoître 3c obferver 1 de plus prés ce qu’il devoir prévenir ou éviter 5 lorfqu’il voudroit châtier le Caci- 3 que ae l’injure quhl en a voit reçue 9 puif- E qu’on ne devoir pas lai lier impunie i’injn foi en ce de ce Cacique 9 3c que la terreur ^ de ce châtiment rendroit la Ville plus dit 1 pofée à Tobéiffance. /; w L’Armée s’en approcha avec le même 11 ordre que fi elle eût marché aune entre- prise plus difficile ; & avant que de recon- I 1 noitre la place on découvrit des troupes prefque innombrables, compofées de l’Ar- : mee des Mexicains 5 qui avoient toujours ' fuivi. la marche des Efpagnols y 3c de la ^ garni fon de Tacuba» Ces troupes que î# ‘ m M du Mexique. Livre V. 431 Ville ne pouvoir contenir s’étoient portées fous les murailles a deffein de les déten- dre \ 3c elles s’avancèrent feparées en di- ras bataillons qui chargèrent avec tant de ierté 3c de fi grands cris , qu’ils auroient 5 Û ébranler des gens qui n’auroient point :onnu par tant d'experiences à quoi cela fe eduifoit.En effet lot fqu’ils donnèrent dans e feu des Arquebusiers , qui les effrayok encore plus qu’il ne les offenfoit 3 3c que es chevaux qui n’étoient pas moins terri- îles eurent ouvert leurs rangs, ils fe rorrw lirentavecun fi grand defordre , que le efte de l’Armée ayant diffipé leur avant- ;arde, pénétra jufques au centre de ce gros* je obligea les Mexicains à faire tête fans rdre 3c fans jugement, ainfi qu’on le de- landoit. Neanmoins leur feule opiniâtre- * di.fputa affez long-tems la victoire , mais afin ils tournèrent le dos partout, pour iir les uns dans la Ville , 3c les autres tns choix en tous les lieux qui les éloi- noient du péril. Les Efpagnols maîtres du champ de ha- Lille employèrent le refte du jour à choi- r un porte avantageux où ils pu fient paf- r la nuit > cependant à la pointe du jour s ennemis parurent encore en campagne^ deffein de reparer par la voye des ar- es l’affront qu’ils avoientreçû* LeGe- 43 2 Hifioire de U Conquête lierai rangea fes troupes au même ordre , & fit les mêmes mouvemens que le jour precedent. Il battit auffi les Mexicains avec d’autant plus de facilité , qu’ils avoient encore la frayeur dans l’imagina- tion , ôc que la' fuite étoit encore prefente à leur mémoire. On les pouffa à grands coups d’épées 8à de lances jufques dans la Ville 3 ou les EL pagnols entrèrent après eux avec quelque^ compagnies de leurs Alliez. Le General foutint durant quelque tems le combat aii milieu des rues 3 & lorfqu’il le jugea à propos 9 il fe retira au porte qu’il avoir oc- cupé , abandonnant à fes Soldats le pilla- ge des maifons qu’ils avoient prifes , où ils! mirent le feu, autant pour faciliter fa re- 1 traite 5 qu’afin delaiffer des marques de fi colere. .. 1 Cortez demeura cinq jours à la vue dej Tacuba dans fon porte où les ennemis ve noient le vifiter tous les jours: on les r'a- jnenoit auffi toujours batrant dans la Ville t l’intention du General étoit de confu- mer la garnifon en ces forties * & lorfque 1 leur foi bielle commença à fe déclarer pal le nombre qui diminuoit tous les jours 3 il rcfoiut de les attaquer à fon tour. Les pof- tes étoient déjà marquez pour l*aflaur,& 1 les ordres donnez , quand on vit avance/ fui du Mexique . Livre V. 43 fur la chauffée un gros confidcrable de Me- xicains. Il falloir battre le fecours avant que de forcer la Ville : ainfi Gortez voulut f attendre à quelque diftance de la chauf- fée 3 à deffein de charger les Mexicains* [orfqu’ils entre roie-nt en terre-ferme , 3c d en faire un plus grand carnage en ce lieu étroit 3c ferré. Ils a voient ordre , 3c Ton dit que c’étoit de Guatimozin même , de pouffer quelque troupe devant eux , qui fe aiffant faire une charge , attirât les Efpa- ^no!s fur la chauffée. Ils executerent cet )rdre avec une adreffe remarquable :quel- ]ues*uns fauterent négligemment en terre- érme^ 3c formèrent quelques rangs fi mal- -propos , que Contez crut que ce mou- vement d’induftrie en étoit un de crainte* 1 laiffa une partie de fon Armée oppofée ux forties de la garnifon de Tacuba 3c aarcha droit à la chauffée; fuppofant qu’a» rès avoir battu ces ennemis avec facilité * re viendroit tom ber fur la Ville» Les Me- bains avancez en terre-ferme , tournèrent ' dos à la première démarche des Efpa- nols , & fe retirèrent à leur gros, qui iïtle îêrne mouvement , cedant le terrein pied pied, 3c dam une efpece de defordre , à :ffein d’engager nos Soldats. En effet le encrai les fui vit, emporté par cesappa- ncesde viéfoire j mais avec peu de reflet Tome IL Oo I 434 Hifleire de U Conquête sion , puifcjue le fuccezde la retraite d*Iz- tacpalapa n’étoit pas encore aiïêz éloigné pour être effacé de fa mémoire 9 8c qu’iî ne pouvait ignorer que les fuites des In- diens n’étoient pas toujours fïncerés 3 8c qu’ils -s’en fer voient à appciier leurs enne- mis en des embufeades ; mais l’enchaîne-, ment de tant de victoires , qui eff quelque- fois l’écuëil des vainqueurs, ne lui laiffa pas. le loifir de démêler toutes les circonftancesj qui diftingueat une peur artificieufe de la véritable* ■ 5 Les Mexicains fe rallièrent , 8c firent tê- te , lorfqu'ils virent le General engagé dans, le détroit de la chauffée; 8c comme ils l’enj tretenoient par leur refiftance , un nombre; prefque infini de canots fortis de Mexique 3 vint invertir les deux cotez delà digue r enforte que les Efpagnols fe trouvèrent et} un moment attaquez en tête 8c par le^ flancs. Alors, quoiqu’un peu tatd , ils re«f t connurentleur imprudence, 8c furent oblf gez à fe retirer en combattant ceux qui atta-, quoient Favant-garde , & à défendre les deux cotez contre les canots. Les ennemi^ s’étoient munis de piques fort dangereufes) dont quelques-unes étoient armées de 1^. pointe des épées des Efpagnols , qu’ifi avoient gagnées à la première retraite qu^ (M>5 gens firent de nuit. Ils en blefferçi^ dn Mexique . Livre V. 435 plu fleurs > 8c il s’en falut peu qu’on ne per- dît une enfeigne j parce qu’au moment que le combat étoit le plus échauffé 3 Jean Vo- lante qui la portoit, fut renverfé d’un coup de pique dans le laciles Indiens qui étoient les plus proches , fe jetterent aufli-cot dans l’eau 3 où ils le prirent 3 8c le mirent en un canot ^ adeiïein de lepréfenter à l’Empe- reur. Volante fe laifïa conduire 9 feignant d’être hors de combat j 8c quand il fe vit éloigné des autres bâtimens, il fe faifit de fes armes ; & fe débaraffantdeceux qui le gardoient , dont il tua quelques-uns 3 il fe jêtta dans l’eau , 8c fefauvaàla nage fans abandonner fou enfeigne} également brave & heureux en cette aâion. Cortez fe mêla l’épée à la main dans les plus grands dangers } 8c retira enfin fes troupes en terre-ferme avec un peu de per- te 3 après avoir tiré une affez grande ven- geance de la tromperie qu’ils lui avoient faite , en l’attirant fur la chauffée, puifqu’il y fît périr tant d’ennemis 3 ainfi que dans le lac même 9 que l’arrifice leur coûta tout ce qu’ils auroient pû perdre en une bataille. Neanmoins comme il jugea bien qu’il y au- roit de la témérité à retourner à l’entreprife de Tacuba , malgré ce nouveau fecours 3 qui fe tenoit toujours en vûè^il délibéra de fc retirer à Tezeuco, ce qu’il exécuta fur le O o ij 4 3 £ Hiftoire de U Conquête champ par l’avis de fes Capitaines a fans que les Mexicains ofaflent quitter la digue, ni forcir de leurs canots , jufques à ce que Féioignement -de nôtre Armée leur donna le courage de la fuivre de loin : mais ils fe contentèrent d’étourdir nos Soldats par de grands cris j Sc toute leur vengeance fe re* duifit à cette fatigue inutile. Cette expé- dition fut d’une grande importance 3 tant par la perte que les Mexicains firent en ces divers combats , que par les connoi fiances , qu’on acquit de ce Pars, dont on devoir | le fai fi r ■: êc quoique notre Hiftorien ta- che d en obicurcir la gloire , Cortez en ti- ra de grands avantages pour fon principal défiant » puiiqu’à peine fut-il arrivé à Te- ( zeuco, que les Caciques de Tucapan , de f Mafcalinge , d*Autlan ,6e ceux des autres „ Bourgs qui occupaient les bords du Lac du J côté du Septentrion , vinrent offrir leur obéi' flan ce & leurs troupes : marque aflii- , rée que ces exploits avoienc augmenté la réputation des Efpagnols $ dont l’acquifi- tion eft une des plus avantageufesà la guer- ! fe , puifqu’elle emporte fur les efprits ce que toute la force des Armes ne pourroif . obtenir qu’avec beaucoup de difficultés du Mexique . Livre V. 437 CHAPITRE XVI. 17^ nouveau fecours d'Efpagnolt arrive k Te - zeuco. Sandoval marche au fecours de ceux de Chalco. Il défait par deux fois les Mexicains en pleine campagne , & prend k force d'armes les Filles de Guaftepeque y & de Capiftlan. A répétition de tant d’heureux fuccez étoit un témoignage prelque vifïble ^ que Dieu s’intereffoit à cette conquête ; 8c il cfl encore moins poflible d’attribuer à une autre main qu’à la fienne ces favo- rables hazards 5 où îa diligence des hom- mes n’eut aucune part , & qui arrivèrent en ce tems -là > mefurez fur les befoins qu’on m avoir avec autant de juftefl'e r qu’ils Soient éloignez de toute forte d’efperance. Un vaiiTeau d’un port confiderable,, adref- fê à Cortez^ vint mouiller au Port de Vera- Cruz : il portoit Julien d’Alderete y né à Fordeiîlas, qui venoit exercer la charge de Freforier pour l’Empereur*, Frere Pierre Vlelgareio d’Urrea , Religieux de l’Ordre le Saint François 9 de Seviile ; Antoine de 7aravajal 3 Jerome Ruis de la Mota, Alon- e Diaz de la Reguera y &: d’autres Soldats .e confideration , avec un fecours d’armes O o li/ 43 ^ Pi ivoire de ld Conquête Sc de munirions. Ils fe rendirent auflî-tot à Tlafcala , avec les munitions portées par les Indiens Zempoales; & on leur donna une efeorre y qui lesconduifîtà Tezeuco^, ou ils apportèrent eux-mêmes le leeours ^ êc les premières nouvelles de leur arrivée» Bernard Diaz prétend que ce vaiffeau venok d’Efpagne en droiture 5- & Herrera f qui parle de fon arrivée 5 ne defigne point! le lieu d'où il étoit parti 3 voulant peut- être cacher fon incertitude fous cette omif- fi On* On voit peu d’apparence à croire que 1 ce vaiffeau vînt d’Efpagne^adrefféàCortez* fans aucune lettre de fon pere y ni de fes A gens , fur tout en un tems où ils n'a* 1 voient à Pinformer,, que des bons fuccezj que leurs diligences avoient produits y 8 z dont 5 félon ces Auteurs 3 il ne reçut la nou-i velleque Ion g- teins après. On aura bien plus de penchant à leperfuader que ce na- vire venoit de l’Ifle de Saint DomingüÀ dont les Gouverneurs, ainfi qu’on Pa dit, 1 avoient appris l’engagement où Gortcz fe trouvoit j & la venue du Treforier ne con- ] clud rien contre ce fentiment *, puifquc le’ pouvoir de ces Gouverneurs s’étendoit juf- 1 ques à nommer des Officiers qui euffeijt 3 le foin de recueillir le quint dû à l’Empe- ] leur y 5 c qu’ils avoient autorité fur tout ce qui dépendoiedes conquêtes que l’on fe-I du Mexique. Livre V. 439 îoit dans les Indes : mais ce fecours , de quelque parc qu’il vînt, ne pouvoir arri- ver en un rems plus propre j 8c Cortez en reconnue bien la véritable fource , en ren- dant grâces à Dieu , non feulement de ce bonheur , qui augmentoit fes forces , mais encore de la vigueur qu’il fentoit renou- velîer en fon courage ,. 8c de cette merveil- leufe confiance, qui n’étant pas incompa- tible avec fa valeur naturelle , lui paroilToit neanmoins l’efFet d’une influence qui vc- nck du Ciel En Cé même- tems,des Envoyez deChaî- co 8c deThamanalco vinrent en diligence, demander du fecours au General, contre une purifiante Armée que l’on préparoit à Mexique, afin défaire rentrer dans l’obéïi- fance de l'Empereur , les Villes de ces Pro- vinces , qui confervoient encore de la fide- lité pour les Efpagnols. Guatimozin avoit une forte inclination aux armes *, 8c com- me on l’a vu déjà par fa conduite , il don- noit toute fon application à cet exercice, 8c tous fes foins à chercher les moyens d’ob- tenir la victoire fur fes ennemis. Il n’en trouveit pas de plus aflûré, que celui de jetter dans cés Provinces des troupes a fiez fortes pour ôter la communication avec celle de Tlafcala , 8c retrancher les fecours de Vera-Cruz, Ce defïein étoit d’une telle O o iiij 44 a ffifloire de ta Conquête impGrtance,qu’il reduifit Cortez à une obli- gation précife de fecourir fes alliez , dont la fidélité lui confervoit, contre les Me- xicains,, la liberté de ce paflage , qui lui croit fi neccflaire. Il ordonna donc à San- doval d’y conduire trois cens Efpagnoîs, vingt Cavaliers & quelques Compagnies deTlafcala 3c de Tezeuco , en nombre fut filant a foutcnir les troupes des. Provinces menacées 3 qui étoient déjà en armes. Sandoval partit fans s’arrêter, 3c mar- cha avec tant de diligence, que fon fecoursi vint fort à propos. Les Cacique» «volent leurs troupes fur pied , qui formèrent uns gros confiderable ^lorfqu’ elles furent join^ , tes avec celles de Sandoval. Les ennemis n étoient pas éloignez > leur Arnjée étant lo^ee a Guaffepeque ; 3c le Commandant Efpagnol refolut de les attaquera van t qu’ils fufiênt entrez fur les Terres de Ch alco. Ce.- : pendant les ; Mexicains , fort fatisfaits de leurs forces 3 6 c inftruitsque les Elpagnok croient arrivez pour foutenir ceux de Chair i co , fepofterent derrière quelques ravines - ou chemin creux , afin de combattre en un I lieu ou fis n’euflent rien à craindre de la bi- ne des chevaux. On reconnut cette diffi- culté, feulement en allant à la charge , &C . toute la valeur de Sandoval 3c des Espa- gnols qui le fuivoient , fut ne ce flaire 3 pour; > du Mexique. Livre W 44$ oter eec avanrage aux ennemis -, ce qui fe fit à coup de main 3 fk avec quelque perte* puifqu’il mourut en cette occafion un Sol- dat Eipagnol 3 nommé Jean Dominguez^ donc l’a d refie à drefier les chevaux au ma- nège de la guerre ^ lui a voit acquis l’efti me de tous fes compagnons. Les Mexicains perdirent a fiez de monde en ce combat neanmoins ils fe crurent encore allez forts* pour fe rallier dans la plaine Sandoval ayant furmonté en peu de tems la difficul- té du paflage r les chargea fi brufquement* qu’il les rompit 3 avant qu’ils enflent éxecu- ré leur îâl liment* Leur avant-garde com- battit avec fureur * en gens delefperez y & la refiftance auroit pu palier pour un jufte combat > fi elle avoir duré un peu plus de tems mais le défardre ou on les fur- pric , leur croit 1T délavanrâgeux , que tou- te cette multitude fut difiîpée en un mo- ment. On fuivit la viéloire avec tant de vigueur 3 que la plus> grande partie.de cette Armée demeura fur le champ,ou en fuïanti, & Sandoval y maître de la campagne ^ choifir un polie où fon Armée put pren- dre quelque repos , refolu d’aller cette nuie même attaquer Guaftepeque A où les vain** eus s’étoient retirez^ Cependant 5 nos troupes eurent à peine goûté le repos dont elles avoient befoui^ 44 ^ Hijioire de U Conquête four rétablir leurs forces , que les batteurs d’eftrade, qu*on avoir envoyez reconnoître les avenues, revinrent en criant aux armes,, avec tant d’emp Tellement, qu’on n’eut que îe temsde mettre l’Armée e'n bataille. Un gros de 14. ou 15. mille Mexicains s’a- vançoit en bon ordre y & il étoit fi proche , qu’on entendoitle fon de leurs timbales 5c de leurs cors. On jugea que c’étoit une nouvelle Armée , qui venoit fotitenir les premiers qui a voient été défaits , puifqu’il n’éroit pas poffible que ceux-ci fe fulfenc ralliez fi aifément : 5 c l’épouvante qu’fis avoîeakVife - -ne W permet toit pas •de ' témoigner tant de fierté. Les Efpagnols : marchèrent au devant de ces nouveaux ve- 1 nus^ 5 c les chargèrent fi à propos, qu’ayant bus leurs premières troupes en defordre, les chevaux eurent le champ libre pour en- < trer dans leurs bataillons, où , fuivai^it leur 1 coutume ils portèrent tant de terreur - 8 c 1 firent un fi grand carnage, que, les Mëxi- 1 cains le virent réduits a tourner le dos , 5c 1 à fe jetter en confufion dans le Bourg de ; Guaftepeque , où ils fe figuroient erre en * feureté : mais les Efpagnols lesfuivirent de s £ prés x en tuant tous ceux qui leur tom- : boient fous la main x qu’ils entrèrent dans ; la Place avec les fuyards. Ils s’y maintin- rent en combattant, jcifques à ce que le ret 1 du Mexique. Livre V. 44 f tede l’Armée arrivât. Les vainqueurs fe ré- pandirent alors par toutes les rues,. 8c on pouffa enfin les ennemis hors du Bourg * à grands coups d’épées^Il en mourut |un grand nombre de ceux qui s’opiniâtrèrent au combat -, 8c les autres s’enfuirent fi ef- frayez , qu’en peu de tems il n’en parut pas nn feul aux environs de la Place. Elle étoit d’une fi vafte étendue ^ que Sihdoval refolut d’y paffer la nuit. Tous les Efpagnoîs , & la plus grande partie des alliez > y trouvèrent du couvert : 8c la vie- toire fut fort égayée 3 par la permiflioii qu’on donna de faccager les maliens , avec cette referve 3 que les Soldats ne fe char- geaffent point d’un butin embarra fiant,, 8C qui les empêchât de fe fervir de leurs ar- mes j mais feulement des pièces de prix * &; de peu de volume. Le Cacique du Bourg arriva peu de tems après, accompagne des principaux Habitans > 8c ils prêtèrent le fer- ment d’obéïffance 8c de fidelité 3 apres se» tre exculez fur la violence que les Mexi- cains leur avoient faite. Ils apportoient pour marques de leurs bonnes intentions y la fincerité avec laquelle ils venoient fans armes 5 fe rendre à la diferetion des vain- queurs. Les Efpagnoîs les raffurerent par leurs carefles: 8c au point du jour r San- doval ayant faitreconnottre la campagne * 444 Hijîotre de la Conquête où tout paroifloit tranquille > délibéra de faire la retraite , par l’avis des autres Ca- pitaines. Neanmoins les Peuples de Chat co , qui étoient mieux fervis en Efpions , curent avis que tous les Mexicains échap* pez des derniers combats s’etoient réu- nis' a CapifHan , Sc proteflerent au Com- mandant , que fa- retraite ferok la mê- me chofe y que s’il les livroit à leurs en- nemis : fur quoi on jugea nece (Taire de diffiper cette union de fugitifs, avant qu’ils cufTent été renforcez par de nouvelles troupes. Capiftfan rfétoit qu’à deux lieues de Guaflepeque , du coté de Mexique. Cette Place 3 affife au plus haut d’une montagne de difficile accès , pouvait paffer pour une fbrterdîe; parce qirun ruifiéau defcendant des montagnes voiimes avec rapidité, Ta- voit le. pied des précipices de ces rochers. Elle fe trouva endéfenfe lorfque l’Armée , y arriva. Les Mexicains qui s’en étoient , faifis 5 a voient garni toute cette hauteur de \ Soldats armez , qui en célébrant par de , grands cris la fureté où ils fe voyoient , tir lerent quelques fteches , plus pour attirer; ! nos gens, que pour les bleffer. Sandoval * etoit fort déterminé à chaffer les ennemis de ce poife , afin de îaiffer les Provinces ¥oifinesians aucune crainte d’une naavei- du Mexique. Livre V. eînvafion : & quandil eue reconnu qu’il l’yavoit que trois chemins également fâ- AiCiyx pour aller a 1 attaque > il ordonna iux troupes de Chalco & deTlafcala, de avancer a la tete de l’Armée ; parce que 'habitude qu’ils avoient à furmonter h lifficulté de ces rochers , les rendoient plus iropres à cette a&ion. Mais il ne fut pas 'béï avec la même promptitude qu’ils voient témoignée en d’autres occafîons » '<■ la lenteur de leur mouvement fembloit voiier qu’ils croyoient cctexpioit au déf- is de leurs forces : enforte que Sandoval , ttigué de leur retardement, fe jetta dans : péril , à la tête des Efpagnols , dont la rc. ilution donna tant d’émulation aux In- iens alliez , qu’ayant reconnu par cet temple le tort que cette démarche faifoit leur valeur , ils allèrent aux ennemis pat tndroit le plus difficile du rocher , mon- nt plus facilement que les Efpagnols , 5c rabattant comme eux. Le chemin étoit efearpé en plufïeurs endroits qu’ils ne Hiyoient s’aider de leurs mains , fans aindre que le pied ne glifîat,& les pierres te les ennemis faifoient rouler d’en haut, oient plus dangereufes que les fléchés, ni > dards : neanmoins les arquebufes 5ç les balêtes ouvraient le chemin aux piques aux épées » & lesaflaiilans ayant la va- 44 £ Hifîwre de la Conquête leur & la confiance pour eux 3 contre h irefiftance des ennemis 5 c leur propre laffi- tude, ils parvinrent au haut de l’éminen- ce 3 prefqu’au même tems que les Mexi- cains fe retirèrent dans le Bourg,!! abattus, qu’ils fe difpofercnt avec peine à en défen- j dre les murailles. Ils -s’en acquittèrent en effet avec tant de lâcheté 3 qu’on les pouffa* jufques aux précipices de la montagne , oi? tous ceux qui ne firent point le faut 3 fu- rent taillez en pièces. Le carnage fut fi grand en cette occafion 3 que fuivant fa 1 Relations les plus finceres , le rurffeau ÛM teint du fang deces miferables, en fi gran- de abondance ^ que les Efpagnols que h foif obligea d'avoir recours à ces eaux a fïf r ent contraints d’attendre que leur cour fût purifié 5 ou de paffer par deffus l’hor 1 reur du breuvage 3 par la neceffité du ra 1 fraîchifîement. 1 Sandoval eut les armes faufîees en deu: 1 endroits 3 par des coups de pierre * $ quelques Efpagnols furent bleffez confij derablement $ entre lefquels André a Tapia 5 5 c Hem an d’Ofma ont mérité d’ê tre nommez par leur qualité 5 ou pa ! leurs aâions. Les Alliez furent plus mal J traitez 3 parce que l’endroit de leiiFattaqû étoit plus dangereux 3 & qu’ils s’y porte rentavec moins d’ordre 3 & plus de préc jpariom àa Mexique. Livre V. ^y Saçdovai honoré par trois ou quatre victoires obtenues en fi peu de temps , & voyant les Mexicains défaits par tout , &c chaffez de ces Provinces dont ils troublaient le repos , Sc qui a voient be- foin de (on affiftance, prit enfin le parti laquer dans leurs forts mêmes , afin de ne f p i|; 45 1 Hijîoire de la Conquête point perdre le terns d’aller à Suchimiî'cm. L’Armée fuivantee deiïein , alla paffetr la nuit en une Bourgade abandonnée ait pied des montagnes, où les milices de Chai, co St des autres alliez fe joignirent aux Es- pagnols , en grand, nombre. Ces troupes , qui formoient un gros confiderable de: bons Soldats , donnèrent: de l’ardeur aux autres Nations , qui marchoient avec un, peu de crainte vers ces défilez. On com- Hiençaàs’y engager au point; du jour, par- un chemin étroit & affez difficile, entre: deux files de montagnes , qui lui commu- niquoient une partie de l’horreur de leurs rochers- Les Mexicains fe montrèrent des.; deux cotez , & ils menaçoient de loinu neanmoins "l’armée continua fa marche an petit pas, en défilant fuivant la nature du; ter-rein , ÿufques à une petite plaine ,,ouver?. , te en un endroit où, les montagnes s’ccar» toient un peu pour fe refTerrer davantage® fur la hauteur. On y forma quelques ba-|f taillons comme on put, parce qu’on dé- * couvroit fur l’éminence un grand Ivort que* les ennemis occupaient , en fi grand nom- bre ,, qu’il pouvait être redoutable en un. i polie moins avantageux.. Leur intention) § étoit d’irriter les Efpagnols , afin de les at- § tirer àl attaque au milieu de ces précipices ,, ri* ®ùia difficulté des chemins n’étoic pas um Js dk Mexique. livre W 455 moindre péril , que celui des ar.mes-des.en-. nemis» Les railleries qu’ils fâifoient de notre: retardement 9 par leurs cris-moqueurs^ per-, soient le cœur du General ; 5c fa patience: ne pur aller jufques à foufFrir les injures qu’ils fâifoient aux Efpagnoîs^ en les trai- ent de lâches 5 c de poltrons. L’emporte- lient de la colere qui donne fou vent de: néchans confeils^ l’obligea donc de eon- iuire l’armée au pied de la montagne y orn: ans balancer fur le choix du chemin 1©* dus aifé , il fit avancer deux Compagnies [’Arquebufiers 8 c d’ Arbalétriers^ com- nandées par. Pierre de Barba, accompagnée* le quelques Soldats particuliers qui s’y of~ rirent volontairement ^ 5 c de notre Gér- ard Diaz, qui n’étant pas encore fatif- lit d’une réputation de valeur bien éta- lie 5 s’étoit érigé en pourfuivant éternelle- lent des entreprifes péril iètife&. Lorfque les Efpagnoîs commencèrent â ion ter , les Mexicains-' fe retirèrent en, ignant quelquedefordre , afin delesatti- t à Lendroit le plus dangereux. Alors?: ; revinrent en criant horriblement 3 5c ; firenttomber d’en-haur une grcle épou- intable de greffes pierres s & de rochers* mers^quibarrerent lé c h e m i n 5 a p r è & a vont agortê tout c§: qu'ils, rencontrèrent;, * ' 4f4 Mifîoire de h Conquête Cetre première charge fît beaucoup Je mal, qui auroit encore été plus grand , fî l’En- feigne Chriftop-hlc de Corral , de Diaz > qui marchoiene à la tête , s’étant retirez su creux d*un rocher > n’euffent averti les autres de s’arrêter de de s’écarter du che- min, parce qu’il étoit impoffible d’avan- cer , {ans tomber en un plus grand péril» Le General reconnut en même rems, qu’on ne pouvoit continuer l’attaque par ce che- min-là * y il fut même quelques momens à craindre qu’ils n’y euffent péri tcrnsy & il leur envoya en diligence un ordre de fe retirer; ce qu’ils firent avec beaucoup de danger* Cette ad ion coûta la vie à qu#* tre Efpagnols : le Capitaine Pierre de Bat* ba y fut fort maltraité ; de plufîeurs Sol- da tsen revinrent dangereufement bldfez» Cortez reffentit cette difgrace en lui-mê^ me, comme un effet de fa propre impru- dence j de devant les autres , comme un malheur ordinaire à la guerre : mais il fçut cacher la foibleffe de les exeufes , fous k fierté des menaces qu’il fir contre les en? nemis.. il refolut en même tems d’alîèr avec quelques Capitaines, chercher un chemin moins dangereux pour gagner cette hau- teur y à quoi il fe fentoit egalement pouffé ^ piffcdl&dk £c parlexifqos in Mexique. Livre V. 4 55; qulî voyoit à continuer fon voyage en lait fcnt ces ennemis derrière foi Néanmoins ce deflein ne foc point executé^parce qu’on découvrit en ce moment une embufeade ^ qui lui donna uneoccafion plus prochaine d’en venir aux mains*. Les ennemis qui etoient d’un autre coté de la montagne ^ étoient defeendus* & s’étant faifîs d’un bois qui n’éroit pas éloigné du chemin ^ ils y attendoknt l’oecafion de charger l*ar~ idere-garde , quand ils verroient l’armée engagée dans les plus rudes défilez. Ils avoient auffi averti ceux qui croient fur les hauteurs d’attaquer en même -rems l’avant- garde & le firatagême de ces Bar- bares marque bien quels maîtres ce font^ que la malice & la haine y en l’art de k guerre.. Le General fît faireàfes troupes le me- me mouvement 5 que s’il eût voulu conti- nuer la marché^ & découvrir le flanc aux Mexicains qui croient en embufeade*, & brfqu’ii les crut aflurez par cette démar- che y il alla fendre fur eux : mais ils fe fau- verent par ces rochers avec tant de vitefïc* qu’on leur fit un peu de mal,. On reconnut qu’ils prenoient en fuyant , le chemin de èuaftepeque 1 fur quoi le General détacha, fa Cavalerie pour les fuivre % 8 c fit avan- ie!;.' dé qymques gasfbn Infanterie ^ dont ! ! '4rf& Hiftoire de la Conquête le mouvement fervit à faire remarquer que les ennemis a voient abandonné leur Fort 3 êc qu'ils fui voient par les hauteurs la mar- che l’Armée pafla à' Gua/lepeque } ' — du Mexique. - Livre V. 459 Bourg très peuplé, que Gonzale de San- doval avoit laifié paifible ; 8c on le trou- va auffi rempli d’Habitans 8c de toute for- te de vivres, que fi on eût été en pleine paix , 8c qu’il n’eut pas fouffert i’opprefi lion des Mexicains, Le Cacique, accompagné des principaux Habitans , vint au-devant du General, l’af- fûrer de fon obéïflanee , 8c l’inviter de prendre un logement qu’j] avoit préparé dans fon Palais même , pour les Efpagrjols^ 8c d’autres dans la Ville pour les Comm&n- dans des Alliez ; offrant d’affifter toutes les troupes 3 des vivres dont elles auroient be- foin. ïl s’acquitta de ces promeffes avec autant de prévoyance que de libéralité* Son Palais étoit un édifice fi fomptueur^ qu’il égaloit ceux deMotezuma,& fi vafte, que tous les Efpagnols y trouvèrent du cou- vert , fans incommodité. Au matin ^ il les mena dans un jardin qu’il avoit pour fort divertiffement , qui ne le cedoit en rien à celui du Cacique d’iztacpalapa , 8c dont la grandeur 8c la fertilité attirèrent alors l’ad- miration des Efpagnols -, parce qu’edes paf- ferent de bien loin ce qu’ils s’en étaient promis :enforre qu’on parle encore main- tenant de ce jardin, comme d’une des mer- veilles de ce nouveau Monde. ïl avoit de longueurplusd’unedemielieuë, Sc un peu Os ‘i 4^0 Hiftoire de la Conquête moins de largeur : le terrein égal Sc un par cour, écoic partage fort regulieremeni en des compartirnens de tous les arbres & de toutes les plantes que cette terre produi (bit, avec divers étangs qui recuëilloien: l’eau des montagnes voifines 3 5 c des quar> jez à part en maniéré de parterres 3 où or voyoit toutes les fleurs 5 c tous les Ample: qui fervent à la Medecine 3 cultivez ave< beaucoup de foin 5 c de propreté ; Ouvra ge d’un grand Seigneur , qui avoit le goû de l’agriculture , 5c quimettoit fon étude à donner l’arrangement 5c la juftefle de l’art aux beautez de la nature. Cortez n’oublia pas les préfens pour en- gager ce Cacique dans fes interets; mai: comme en entrant dans ce jardin 3 il re- çut l’avis que les ennemis l’attendoientt s Quatlavaca, qui fe rencontroit fur fa tou- te 3 il prit peu de plaifir aux beautez d< ce lieu y 5c fit marcher auflî-tôt l’armée, non fans quelque fcrupule de s etre arrête en ce lieu plus qu’il ne devoit : Mifcrable condition des loucis y dont on fe détache avec peine 3 5 c qui reviennent avec plu: de violence après un peu de diverfion, r du Mexique. Livre V. ^6% CHAPITRE XVIII. U armée paffe à Quatlavaca , ch elle de* fait les Mexicains \ & de- là a Sttchinnl- co , oh elle obtient une autre viüoire avec plus de difficulté , & un extrême danger de Cortex. Q Uatlavaca étoit un Bourg fort peu- plé y &; fort par fa fituation entre des ravines, profondes de plus de huit toi- ts , qui fervoient de foffé à la Place, ôc de conduite aux ruifîeaux qui. defeen- loient des montagnes. LhArmée y arriva y iprès avoir fournis fans peine les Bourga- les qui étoient fur fa route. Les Mexicains ivoient déjà coupé les ponts *, &: garni les ;>ords des ravines de tant de Soldats , que c paffage en paroi (Toit impofîîble- Cor- ez ne laiffa pas de mettre fon Armée en bataille , à une diffcance raifonnable ; 5c pendant que les Efpagnoîs à coups î arquebufes , &C les Alliez à coups de léchés , amufoienc les ennemis par de fre- j lien tes efcarmouches > il alla reconnoî- re la ravine. Ilia trouva bien moins large lu défions du lieu du combat •, & en mè- ne teins il fie dreflér deux ou trois ponts fta ij i I 4^2 Uijloir'e de la Conquête d'arbres enriers coupez par le pied, qu"ba laiffa tomber fur l’autre bord , 8c qui étant aflemblez le mieux que l’on put 5 livrèrent un pafiage fuffifant , quoique dangereux^ l'Infanterie. Les Efpagnols de l’avant-garde palTerent en diligence 9 laif- fant aux Tlafcalteques le foin d’entrete- nir les ennemis pair une diverfion y 8c oxi forma enfin au-delà, du folle un bataillofi qui groffiflbit à tout moment par les SoU dats des Alliez qui fe hazardoient de pat fer. Mais les Mexicains s’apperçûrent bien- tôt de leur négligence, 8c fondirent fur ceux qui étoient entrez avec tant de for- ce & de rage 9 qu’ils eurent beaucoup de peine à conferver leur pofte : 8c on lia- zardoit fort le fuccès de ce combat., fi Cor- dez ne fût accouru fort à propos , fui vi d Q~ lid d’Alvarado 8c de Tapia 9 qui s’étant ecartez durant que l’Infanterie pafîoit ^ avoient enfin trouvé un palfage pour la Cavalerie fort difficile, mais d’un grand fecours dans l’extrême péril où les cfaoks étoient réduites. Ces Cavaliers prirent un aflez grand tour y à deffein de charger les Mexicains par derrière -, 8c ils en vinrent à bout avec le fecours de quelque Infanterie, dont ils furent redevables à Diaz , qui trayant confuké que fon courage 3 paffa 14 du Mexique* Livre V. 4 ^ 3 , r ofTé à la faveur de deux ou trois arbres jui' panchoient fur la ravine , &c allaient: iécharger le poids qu’on leur impofoie jir le bord oppofé. Quelques Soldats Lf- jagnols employez à l’eicarmouche , fui vi- rent l’exemple de Diaz, 5e un nombre, ronfiderable d’indiens qui fe mirent aux étriers delà Cavalerie , au moment qu’elle rnarcboit à la charge. Les Mexicains . reconnoi fiant alors le langer qui les menaçait au milieu de leurs rdrtificanons, fe crurent perdus, 5e ne fon- drait plus qu’i fe fauver dans la mon- ’agne , par les fentiers qui leur étoieru :onnus. Ils perdirent afîcz de monde , tant 1 la défenfe du fofié , qu’en fuyant ; nean- moins la plus grande partie échapa a la faveur des défilez de ces rochers qui em- pêchèrent qu’on ne les fui vît de près. On rouva le Bourg abandonné de fes Ha- bita ns , niais garni de vivres & de quel- les dépouilles , donc on donna le pli- age aux Soldats. Peu de temps apres le Cacique 5e les principaux Habitans ap- pellerait nos gens à la campagne , 5 1 pro- mirent de (e rendre , en demandant de ’autre côté de la ravine un fauf conduit , ffin de rentrer dans le Bourg, pour y préparer un logement a nos troupes. On p leur accorda par l’organe des Truçhc- Qji. ïll i 4^4 Ht flaire de la Conquête mens ; &: ils fervirent utilement à don- ner des lumières fur le deffein des enne- mis , & fur la connoiflance du Pais : quoi- qu on h eue pas d’ailleurs befoin de leurs offres , Sc qu’on ne fît pas un grand fond lur leurs excu/cs, puiique le voifinage des Mexicains les mercoitrdans une trop' eran- de dépendance. ! A u point du jour fui vant VA rméc prit la route de Suchimiico , Place qui meritoitle nom de Ville , affife fur le bord d’un Lac d’eau douce, qui s’écouloitdans le grand Lac. Les bâtimens étoient fondez en partie fur la terre , & en partie dans Peau , où les canots fervoient de voitures. Il étoit très- important de reconnoitre ce porte, qui n etoit qu à quatre lieues de Mexique. Li in arche fut très ~ facheufe , puifcju’après avoir pafTe un défilé de trois lieues , on> trouva un païs ftcnle & fec , où la foif augf mentée par l’exercice, tourmenta cruelle- ment les Soldats. La chaleur du Soleil re- doubloic encore leur fatigue, quoiqu’ils fu fient entrez en une foret de pins qui pour cette fois perdirent jufques à 1 agré- ment de leurs ombres, au fentiment de°ces troupes défolées. On rencontra proche du chemin quel- ques maifons bâties pour la commodité ou: pour le diveralîenient des Habirans d^ ■■■H du Mexique. Livre V. i-ëf Suchimilco,dont elles dépendoient. L’Ar- mée s a y logea , 8c y trouva cette nuit du repos & du rafraîchiiïement , dont elle avoit tant de befoin,. Les ennemis les avoient abandonnées > à deflein d’attendre les Efpagnols en un pofte plus fort. Le Ge- neral mit fon Armée en bataille au point du jour x 8c la fit marcher, jugeant bien que ce qu’il alloit entreprendre étoit dif- ficile 8c hazardeux x 8c qu’il n’y avoit pas d’apparence que les Mexicains n’eü fient mis une forte garnifon dans Suchimilco.v puifque la Place leur étoit de fi grande importance , 8c que tous les Soldats écHa- pez des rencontres paflees x en aboient fait leur azile. Ses conjectures fc trouvèrent juf- tcs. Les ennemis parurent feparez en tant de bataillons , qu’cncore que ce qu’on en conte pui fie approcher de la vérité > on n’ofe le rapporter x parce qu’il bieffe la. vrai-fembknee. Ils occupaient toute une plaine peu éloignée de la Ville , 8c fai— îoient tête fur deux lignes , au bord d’un ruiffeau qui tomboit avec rapidité dans le Lac. Un autre gros qui étoit le plus fort , défendoit un pont de bois qu’ils n’avoient point voulu couper , parce qu’ils l’avoient barricadé en deux ou trois en- drois de planches 8c de fafeines > fup- pafant qu’encore que les Efpagnols Peut 4^ 6 Hïfloire de U Conquête fent gagné ^ ils les combattroieut toujours avec avantage au forcir d’un paffacre & étroit. r Le General reconnut le péril fans en pa- roi rre étonné* Il étendit les troupes des Alliez au long des bords du ruiiTeau : 3c durant qu elles fe battoient à coups de traits ■' fans beaucoup d effet, Cortez fit donner les Efpagnols droit au pont. Ils y trouvè- rent une refi fiance fi obflinée 5 qu’ils fu- rent repou (fez jufques a deux fois : néan- moins ils firent a la troifîéme un fi grand effort 3 en fe fervanr contre les ennemis de leurs propres tranchées, à mefure qu’ils les^gagnoient , qu’ils fe rendirent en fi a maîtres du paffage. Cette perte abattit le courage des Mexicains ; enfbrte qu’ils ne lurent pas long- temps fans faire une retraite précipités > quoiqu’ordonnée par leurs Capitaines , qui en firent battre le lignai jioit afin découvrir leur défordrCjOU* parce qu ils a voient deffein de fe rallier*' Les Espagnols couru r en r pou r fe faifir du pofte que les ennemis abandonnoieiic, 3 c au meme rems diverfes Compagnies des Alliez de Tiafcala 3c de Tezeuco fe jette- rent dans 1 eau pour gagner l’autre bord du ruiileau r qu’ils pafferent à la nage , & fe joignirent a leur bataillon. Les ennemis s etoient déjà ralliez fou§ les murs de i& dm Mexique. Livre V: 4*7 Place , où ils les attendoient en bataille : niais au premier abord, des Efpagnols ils reculèrent a fans cefTer de les provoquer par leurs cris , 6c par quelques coups de fléchés qu’ils tixoient.au hazard , afin de montrer que leur retraite ne fe faifoit pas fans deffein. Neanmoins Cortez lescnar- gea avec tant de vigueur , qu’on reconnut au premier choc 3 que cette valeur fimulee. approchoit fort de la peur, lis fe jetterait dans la Ville 3 5c on en tua beaucoup à l’entréeÆes autres fe mirent à couvert der- rière les retranchemens qu’ils a voient faits dans les rues , où ils recommencèrent le combat 5c les défis. - Le General laiffa une partie defon Ar- mée à la campagne , afin d’afTurer fa re- traite, 5c de s’oppofer aux attaques du de- hors. Il entreprit avec le refie de pouffer les Mexicains : 5 C ordonnant a quelques compagnies de rompre les barricades des rues à droit 5c à gauche il donna par la principale avenue ^ou les ennemis avoient leurs plus grandes forces. On mit à bas tes barricades avec affez de peine j 5c Cor- tez s’anima jufques au point de retomber dans ces tranfports, où il entre beaucoup de hardieffe , 5c peu de reflexion : en for- te qu’oubliant le foin de fa perfonne a des qu’il eut l’épée à la main A il fe jetta au. 4^ Hifloire de U Conquête milieu cîe cette foule effroyable d’enne-’ mis y 3c fe trouva feul 3c envelopé de tou- tes parts x lorfqu’il voulut revenir au fe- cours de fes gens. Il fe maintint durant quel- que rems en combattant a vec la derniere vi- gueur jufques à ce que fon cheval s’abbattk fous lui de purelaffitude 3 & le mit en ex- trême danger de fe perdre. Les Mexicains» qui fe trouvèrent les plus proches de lui ^ s’avancèrent en ce moment ; 3c comme il étoit trop embaraffé pour fe fervir de fe$ armes,il alloit en être accablé, n ayant alors d autre défenfe y que l’envie qu’ils avoient de le prendre vivant, afin de leprefenrcr à leur Empereur , quand Chriftophle d’Olea. de Médina del Cam.po y Soldat connu par fa valeur y 3c qui n’étoit pas éloigné de Cortex y i’apperçut en cet état. Il appeila quelques Tlafealteques qui combattaient auprès de lui $ & donnant tête beiïec à 1 endroit où les Mexicains étoient prêts à s en faifir y ce brave Soldat fit un fi grand effort > &: f ut fi bien fécondé par ces Indiens: qui le fui voient y qu’après avoir tué de fa main cinq ou fix des ennemis qui preffeienc le plus fon General y il eut le bonheur de lui rendre la liberté. Cortex s’en fer vit à fiire pouffer les Mexicains par tout-, 3c cette derniere enarge les obligea à fe fau ver, vers le cote delà Ville qui étoit fur kiLac^ du Mexique. Livre V. 469 8c à quitter aux Efpagnols toutes les rues de terre-ferme. Cortez fortit ainfi de cette occafion avec deux blefïures legeres , 8c Olea avec trois coups d’épée fort dangereux , 8c dont les cicatrices furent depuis des marques fort honorables de fon exploit. Herrera écrie que le General fut redevable de fa liberté à un Tlafcalteque inconnu avant 8c après même cette adion , à laquelle il donne un air de miracle : mais Bernard Diaz , qui fut des premiers à courir au fecours du Ge- neral, en attribue toute la gloire à Chrifto- phle d’Olea ; &C les defeendans de ce vail- lant homme ( laiflfant à Dieu ce qui lui ap- partient)^ feront point blâmables de don- • ner plus de créance à la Relation d’un Au- teur qui écrit ce qu’il a vû , qu’à ce qu’on a débité fur des conjedures. Durant qu’on combactoit ainfi dans la Ville , les troupes qui étoient à la campa- gne, commandées par Olid , Alvarado 8C Tapia ne furent point fans exercice. Les Nobles Mexicains firent des efforts ex- traordinaires pour renforcer la garni- fon de Suchimilco , dont Guatimozin leur avoit recommandé particulièrement la eonfervation. Ils embarquèrent dix mil- le hommes de leurs meilleurs Soldats , 8c allèrent prendre terre à un endroit écarté ; &jq Mijteire de la Conquête f cachant que les Efpagnols éroientccciî- pez à l’attaque des rues , 5c à deffcin de les invertir par derrière : mais ils furent découverts 3 5c chargez avec tant de re- folution 3 qu’on les obligea à 's’embarquer s f aidant beaucoup de leurs Soldats fur la place. Il parut neanmoins à la ré fi dance qu’lis firent 3 qu’ils étoient conduits par des Capitaines braves 5c éprouvez \ 5c le combat fut fi rude 5 que les trois Com- mandans Efpagnols y furent b! e fiez 3 avec un nombre confia erabie d’Efpagnols &C de Tlalcaiteques. Ces heureux combats rendirent les Ef- pagnols maîtres de là campagne 3 & de toute cette partie de la Ville qui étoit en terre- ferme Le General mit des corps- de-gardes aux endroits où on pouvoit fai- re une defeente du côté du Lac 3 6c lo- gea fes troupes fous des portiques voifins du plus grand de leurs Temples 3 qui ayant une efpece de muraille capable de ré fi fier aux armes des Mexicains 3 lui pa- rut un lieu commode à afiurer le repos de fes Soldats, Se à faire panfer les ble fiez. Il commanda en même-tems quelques Compagnies 3 pour reconnaître le haut de ce Temple 9 qifion trouva abandonné. Cortezy mit un corps-de- garde de vingt ou trente Soldats Efpagnols fous un bon dti A'fexique. Livre V. Commandant , qui eut foin de les tenir aiertes , &c de changer les fentineiles, adn d obfervex tout ce qui viejidroit par terre ou par eau z précaution fort neceffai* re dont on reconnut bientôt l’utilité ; pu if que fur le loir ils donnèrent avis qu’ils a voient découvert du coté deMexique,pîus de deux mille canots renforcez 9 qui s’a- vançoiem à force de rames. Cet avis don- na lieu de prévenir les rifquesqifon auroit courus cette nuit ; on doubla les corps-de- gardesà toutes les avenues ; au point du jour on vit le débarquement des ennemis affez loin de la Ville 3 en un gros qui pa- rut être de quatorze à quinze mille hom- mes. Le General alla les recevoir hors des mu- railles,, Sc choifit un polie ou fa Cavalerie put combattre avec avanrage ; laiffant une partie de l’Armée à la défenfe du quar» îier. Les deux Armées furent bien-tôt en prefence \ & les Mexicains vinrent les p re- miers à la charge : mais les coups de feu leur firent ceder aflez de terréin pour don- ner lieu aux autres troupes d’aller à eux l’épée à la main 3 & de forcer leur relif- tànce avec tant de carnage 3 qu’ils tour- nèrent le dos fi brufquement 3 que cette aétion fut plutôt une chalTe qu’une vic- toire* 472 Hijl&ire de U Conquête Cortez féjourna durant quatre jours à Suchimilco , afin de laiiTer aux bleffez le tems de fe guérir. On eut toujours les ar- mes à la main durant ce fej'our > parce que le voifinage de Mexique donnoitaux en*- demis la facilité de faire tous les jours de nouvelles irruptions, & qu’aux heures où ils ne paroilïbient pas , on étoit encore in- quiété par les foupçons de leurs entre- pri fes. Le jour defliné à la la retraite arriva , & .on la fit ainfi qu’elle avoit été refolue , fans que les ennemis ceffaffent de fatiguer nos troupes. Ils s’avancèrent à tous les'dé- filez , pour chercher quelque occafion avantageufe, mais^ls furent chafTez par tout, avec peu de peine, 3c toujours quel- que perte pour eux. Le General revint ainfi à Tezeuco, aÆezfatisfait d’avoir ob- tenu les deux avantages qu’il s’étoit pro- pcfez en cette fortie $ celui de reconnoître Suchimilco, pofte qui lui étoit important pour fes defleins$ Sc celui d’avoir affoi- bli les Mexicains , par tant de défaites : neanmoins il fentoit dans lame beaucoup de chagrin de de dégoût , d’avoir perdu neuf ou dix Efpagnols en cette expedj- tion j puifqu’outre ceux qui moururent £U premier affaut de ce Fort fur la mon- tagne, les Mexicains en enlevèrent trois du Mexique* Livre Y . 473 eu quatre à Suchimilco, en une maifon qui étoit dans l’eau du lac 3 où ils s’é- toient écartez pour piller x s autant par l’intérêt du commer-i ce 3 que par Pobligation que les Alliez! a voient d’en fournir. Le General defcendoit dans le moindre détail de tout ce qu’ont doit trouver fous fa main dans les entre* du Mexique . Livre V. 47V prifesde guerre, donr Je fuccez dépend Fouvèrit d'un léger défaut , & demande des foins fort étendus à îa prudence. Dans le tems i]uc ceux-cy occupoicnt l’i* xnagination du General , ils furent traver- fez par un nouvel accident, qui attiroit des reflexions bien plus chagrinantes 3 &c qui donna un cruel exercice à fon courage , ÔC mit fa fermeté â la derniere épreuve. Un Efpa gnoldes plus anciens dans le fer vice 3 vint lui dire qu’il avoit à lui parler en particulier. Cet homme juroit , avec beau- coup d’émotion , que ce fecret «étroit d’une extrême confequence au General qui lui donna une audience comme il ia/puhai» roit 5 &c apprit que durant fon abfence il s’étoit formée une conjuration contre fa vie de celle de tous fes amis. L’auteur de cet attentat é toit un Soldat particulier , qui devoir être de petite coniiderarion, puifque fon nom ne paraît pour la première fois > qu’avec fon crime. Il s’appelloit Antoine de Viikfagna j Ôc fa première vue fut de fe retirer de cette entreprife qui lui pa~ roifloit defefperée. Il en prit de i’inquimi- de, qui fe tourna en murmures qui paf~ forent bien-têt jufques à des refolutions violentes. Ce Soldat & ceux de fa faction v blâmoient le General d’une opiniâtreté aveugle ; difant qu’ils ne prérendoieat 47 ^ Hifioire de la Conquête point fe perdre pour la témérité d’un fed homme, & parlant de s'échapper enTIlle 1 de Cuba , comme d'une entreprife de fa- cile éxecution , fuivant les fauiïés mefureS de leur paillon. Ils s'àffemblerënt alors, a deiïeinde délibérer fur cet article plus fe- 1 et e terne nr,& quoiqu’ilsne trou vaflent point de difficulté à quitter le camp , ni àpaffer à 5 Tlafcaîa â la faveur d’un ordre fuppofé dû General , fis fe voyoient traverfez par l’enir barras d’aller à Vera-Gruz ^'ou il fa 11 oit Beceflairement chercher un embarque^ ment. L’ordre fuppofé leur devenoit inuti- le en ce lieu-là , fans un paffe-port de Cor- tex, faute de quoi ils ne pou voient éviter le rifque d’être arrêtez , de châtiez fevere- ment. ils fe trou voient barrez par cet obéi ftaefe 3 6CÎa crainte de la retraite leur don- noir de fikbeufes idées , de nuiexpedient pour y parvenir ^toujours fermes dans leur refolution -, & peu éclairez, fur les moyens propres a l’exécuter., 1 Vilîafagna dont le logis fervoit aux àf-j femblées, propofa enfin , pour forcir de tous ces embarras , qu’ils n’avoient qu’l tuer Cortez & tous fes Confèillers , afin réélire un autre General à leur gré , qui 1 a’eûc point tant à cœur l’entrcpriîe de Me*‘ xique, & qui fût plus aifé à, gouverner. Tl ( dîfoît qu’ils pourroient ai or fe retirer foüsS dit Mexique, Livre V. 477 ” Pàutorité de ce nouveau General , fans le* noircir delà cache de deferteurs> & faire valoir ce lervicc à Velafquez, donc ils pou- voient efperer que la maniéré donc il cour- neroic l’adion à la Cour d’Efpagne , fo roit pafier leur crime pour unfervîce ren- du ài’Empereur.Cetavis fur généralement approuvé : ils embraflerent Viliafagna *, 9t leurs applaudiffemens furent comme le fi» gnal de la fedicion. On dre fia d’abord un: ade figné par tous ceux qui croient pré*- fens , qui s’obligèrent a fu ivre Viliafagna à i’execucion de cet horrible attentat y 8c cette affaire fut conduire avec tant d’adref- fc y que le nombre de ceux qui fignerenr fade devint confiderable , jufquesà faire appréhender que cette fecrete 8 c maligne contagion ne devînt un malincurable dans les efprirsv lls avoient concerté de fuppofer un pa- quet apporté de Vetg-Cruz avec des lettres d’Efpagne, 8c de le donner an General lorf- qifil leroit à table au milieu de tous fes Officiers. Les Conjurez dévoient entrer tous, fous prétexte d’apprendre des nouvel, les y 8 c lorfque Gorrez commenceroit à lire la première lettre ^prendre le rems où il feroit appliqué à cette ledure pour le poignarder , lui & tous fes amis : après quoi üs a voient refolu de fortir enfrmble * H i faire de là Conquête ëc de courir par les rues 3 en criant liber- té. Ils ie figuroient que ce mouvement fuf fi toit à faire entrer route l’Armée dans leur; fentimens ,, afin qü*bn fît la mêmeéxecu tion fur tous ceux qui leur étoientfufpeds Ceux qui dévoient mourir croient 3 fui* vant le compte de leur aveugle pafiîon €>iid 3 SandoVal 3 Al varado &c fes freres Tapia 3 êc les deux Intendants ordinaire Loüis Marin &: Pierre d’ircio , Berriarc Dm , & quelques autres Soldats confi densdu General. Ils avoient jetté les y eu: pour le Commandementjfur François Ver dugo 3 qui a y an té poule une fœur de Vé ïafquez 3 leur paroÆoit plus facile à redui se , & plus propre à maintenir & à auto- rifer leur fa d'ion y mais comme ils- fçavoien que ce Cavalier ainioit l’honneur ,■& haï! foit l’injuftice dis n’bferent lui commun! quer leur dcffein 3 jufques à ce qu’avan commis le crime 3 il fe vît forcé de regar der ce nouvel empiov 3 comme un renie de a de plus grands maux.. Telle fut la déclaration de ce Soldat qt demanda la vie 3 en recompenfe de fa fi déliré y parce qu’il étoit entré dans la con ■ jjiratron. Cortez refolut d’ailîflîer en per forme à la prife de Viflafagna , 3c aux pre sirieres diligences- qui étoient néceiTaire gouiL temra^dncre-iiâ &n crime ^.puüqu du Mexique. Livre V. ' 475 ’ ^eff parle premier rour que l’on donne à. procedures , que l’on répand ou des la- nières, ou des te ne br es fur La vérité. L’im- jortance de l’affaire ne demandait pas. noins de précautions j 6c il n’étoit pas ems de s’arrêter a la gravité d’une infor- nation régulière. Il partit auffi. tôt , ac— :ompagné de deux I ntendans 6c de quel» jues Capitaines , pour fe faifir de la per- onne de Vilkfagna , qu’il trouva en lom ogis, avec trois ou quatre de fes compa- res* Le trouble qui parut furlevifage de ret homme y fut fa première convidion.. :e General , après qu’on l’eut arrêté par on ordre, fit figne que tout le monde fe ■étirât, fous prétexte de l’examiner en fe- :rer ; 6c fe fervant desconnoiffances qu’on ni avoit données , il tira du fein de ce roupable , l’actedu traité, (igné de. tous les, Conjurez. H le lut, 6c y trouva le nom le quelques- perfonnes , dont rinfidelité ni donna de plus vives atteintes de cha- grin. Cependant il ne fit pair de ce fecret i aucun de fes amis : & apres avoir fait conduire en une autre prifon ceux qu’on ivoit trouvez auprès du criminel , Cortex Se retira , recommandant aux Officiers de fuftice , d’inâriîire f cette affaire- le. plus ^romtement qu’il feroit poffible, , fans aire; aucune, diligence contre, les . comgSW 4?o- Hijfoire de la Conquête ces. En effet y l’affaire ne traîna poin Tilkfagna convaincu parl’aéle qu’on avo pris fur lui y de croyant que fes amis k voient livré , eonfeffa fon crime :: fur que ©n abrégea les procedures , fuivant le .fti! delajuftice militaire 3 . êc on prononc contre lui kfentence de mort. I-leut le te-ir de fatisfaire à tous les devoirs d’un Chrc tien ‘ r de la fentence étant éxecutée dés J nuit même , fon corps pendu à une fenêti de fon logis 3 déclara en même tems fc crime , & le châtiment qu’on en a voir fai exemple qui donna autant de frayeur au coupables , qu'aux au tres d’horreur de ] trahifon. Cortex n’à voit pas moins dé coléré qu de chagrin , de voirlemombre de ceux qi avoicnc donné les mains à cette conjura lion % mais il ne trou voit pas la cou jonc ture favorable pour fatisfaire à la Juftice en perdant tant de Soldats au cemmene ment d’une expédition. Ainfi afin de s’e pargner la fâcheufe neceffixé de punir 1< coupables y & les terribles con£equenc< de l’impunité 3 il fit courir le bruit qt Villefagna avoir tiré de fon fein un papi< déchiré en plufieurs pieceSj 8c qu’il y avo lieu de croire que ce papier contenoit h noms ou les feings des Conjurez y apr< il fit afièmbler fes Capitaines èe toi 6 âa Mexique. Livre V. 48 s les Soldats. Il leur expofa l'horrible projet que Villafagna avoir dreflé , en confpirant contre" fa vie , de contre celle de plufieurs aurres Officiers de Soldats ^ ajoûranr qu’il s’eftimoit fort heureux , d’ignorer fi ce cri- me envelopoit quelques complices *, quoi- que rempreflement de Villafagna à dechfo rer un papier qu’il portoit dans fon fein t ne lui permît pas d’en douter. Qu’il ne cherchoit point à les connaître ; mais feu lement qu’il demandoit à Tes amis , com- me une grâce, qu’ils employaffenc tous leurs foins à s’informer s’il couroit entre les Espagnols quelque plainte contre fa conduite , parce qu'il defiroit fur toutes chofes , de donner une entière fatisfa&ioa à f es Soldats j de qu’il etoit prêta corriger les défauts qui auroient befoin d’être refor» mez j comme il fçauroit bien recourir aux voyes de la rigueur &r de la Juftice , fi la modération du châtiment affoibiifloit la terreur des exemples. Il ordonna qu’on mît en liberté les Sol- dats qui étoient avec Villafagna *, de cette déclaration de fes fentimens s confirmée parle foin qu’il prit de ne marquer aucun chagrin â même lur fon vifage , aux autres coupables > acheva de leur perfuader que Carrez igsoroitleur crimev&ils le lervirenc depuis avec d’autant plus d’emprelTemenf Tome 11. S f 48 2 Hiftoire de U Conquête que cetre exa&itude écoit neceflaireà dé- mentir les foupçons qui pouvoient donner atteinte à leur fidelité. Ce fut fans doute un trait de prudence confommée y de cacher l’aéte qui pouvoir convaincre les Conjurez par leur propre fignature 3 afin de n -être point réduit à la dure neceffité de perdre tant de Soldats Es- pagnols , dont on avoir befoin -, niais on doit encore admirer davantage la violence que Cortez fe fit , pour leur cacher ion reflén riment , & s’afifurer de leur confian- ce. C’eft l’effort d’une raifon dégagée, & d’un empire abfolu fur fes pallions,* néan- moins lorsqu'il fit reflexion que le bon fens n'approuve pas ces excez de confiance , qui endorment les foins , Sc femblerit inviter le danger s Cortez çhoifït alors douze Soir dats pour fa garde y fous un Commandant quiétoit toujours auprès de fa perfonne ; èc l’on peut croire qu’il fe faifir habile- ment de cette occafion^ afin qu’on reçût fans furprife ce nouvel appui qu’il donùoH à fon autorité. Peu de jours après un autre incident donna un nouvel exercice à fa confiance \ puifqu’encore qu’il fût d’une efpecediffe' rente 3 il ne laifla pas d’avoir quelques cir- conftances de fedition. Xicotencal , Com- mandant des premier es troupes qui étoieni du Mexique. Livre V. 483 forties deTlafcala, foit par quelque dé- goût , attiré par la fierté de fon humeur bi- zarre , loit quhl eût gardé dans fan cœur quelques reftes de la haine pafTée , fe refo- lut de fe retirer avec deux ou trois Com- pagnies , quhl obligea par fes infiances à l’affiftcr en fa defertion. Il choifitune nuit pour rexecuter*, &: le General qui l’apprit au même infiant des Tlafcalteques mêmes, fut fenfiblement piqué d’une aéiion de fi pernicieufe confequence , en un Chef très- confiderable entre ce s Nations, au moment quhl falloir tirer l’épée pour commencer uneentreprife. Il envoya en diligence quel- ques Nobles de Tezeuco , afin d’eflayer à le ramener , ou au moins à le retenir quel- que tems , jufqu’à ce qu’il eût propofé fes raifons. La reponfe de Xicotencal ne fut pas feulement abfoluë , mais encore incivi-. le & méprifante , en forte que Cortez in- digné détacha auilî - tôt deux ou trois Compagnies d’Efpagnols , avec un bon nombre d’indiens de Tezeuco de Chal- co , avec ordre de prendre ce delerteur % &c meme de le tuer, .en cas quhl ne vou- lût pas fe rendre. Ce dernier ordre fut exécuté. Xicotencal fe défendit jufques au dernier foupir j fk les Tlafcalteques , qui le Envoient contre leur gré , molli- rent en cette occafion , & revinrent avec Sf ij 4*4 Hiftoire de la Conquête les Efpagnols à l’Armée y biffant le corps de leur Commandant pendu à un arbre. C’eft ainfï que Bernard Diaz rapporte cetre action ; au lieu que Herrera prétend qu’pn amena Xicotencal prifonnier à Te- zeuco j où Cortez ufant du pouvoir qu'il av.oiï de la Republique de Tlafçala 3 le fit pendre en public. Ce recirapprocbemoins du vraisemblable; puifquc c’étoit hazar- der beaucoup 3 que de faire une execution de cette force y à la vue d'un fi grand nom- bre de Tlafcalteques^qui dévoient être fen- fibles à l’affront d’un fi honteux fupplice y . en la perfonne d’un des premiers hommes de leur Nation. Quelques Auteurs foûtiennent que les Ef. pagaols détachez apres Xicotencal , le tuè- rent, par ordre fecret qu’ils avoient de Cortez y qui hazardoit beaucoup moins dç cette maniéré. Quoiqu'il en loir 9 il faut a voiler que la pénétration de ce General s’érendoit fi loin 9 &c avec tant davantage fur tout ce qui fe peut prévoir dans les éve- nemens 3 qu’il avoir préparé celui-cy d’une maniéré quelesTlafcalteques de l’armée, ni leur République, pi le pere même de Xicotencal , ne fe plaignirent point de fa mort : car le General ayant découvert que cêt emporté s’oublioit , jufqucs à parler du Mexique. Livre V. 4 S- J mal de fa conduite , &. à décrier l’en- treprife contre Mexique entre ceux de fa Nation 3 il fit part de cette connoifiance aux Sénateurs de Tlafcala , afin qu’ils le rapeilaffent , f jus prétexte de l’employer ailleurs , ou qu’ils priffent des mefures pour corriger ce defordre par leur auto- rité, Le Sénat , en préfence du pere de Xi* cotencal , répondit : 35 Que fuivant les » Statuts de la Republique , le crime de » fouîever les armées contre leur General , » méritoit le dernier iupplice ; $£ qu’ainfi » Cortez pouvoir procéder 9 s’il étoit neccf » faire, à toute rigueur contre leur Com- » mandant , ainfi qu’ils en uferoient eux- 3» mêmes , s’il revenoit à Tlafcala , non » feulement en la perfonne , mais encore en ceilede leurs Sujets qui le fuivroient. » On voit bien que cette permiffion mit le General en plein droit de punir Xicetni- cal , quoiqu’il fût encore quelques j urs à fouffrir fon infolence , en tâchant de le ré- duire par les voyes de la douceur : mais on a toujours plus de panchant à croire que la mort arriva hors de Tezeuco , fuivant la Relation de Bernard Diaz *, puîfque Cor- tez étoit trop éclairé , pour ignorer la dif- férence qui eft entre !a vue d’une aétion qui donne de fi terribies idées > 6e le ré- cit du même fait après qu’il eft arrivé : Hijîoire de la Conquête que c’efi: une maxime confiante 3 que les plus fortes impreffions que notre efprit re- çoive 3 font celles qui le frappent par les yeux y au lieu que lé fens de l’oiiie ne les reçoit jamais fi fortemeut, ni avec la mê- me vivacité. CHAPITRE XX. On met à l'eau les brigantins ; & après avoir partage T Armée pour attaquer en même tems > parles chauffées de Tac ub a > d Tz*- taepa/apa de Cuyoacan ± Cortez. s' au an* te fur le Lac , & rompt une grande flotte de canots des Mexicains. Q Uoique ces accidens euffent occupé une partie des foins du General ; il jfavoit pas 1 aille de s’appliquer à tout ce quiétoit neceffaire à fon expédition. Les brigantinsfe trou voient en état d’être mis à l’eau jee qui fut fait heu reufe ment 3 par l’indufirie de Martin Lopez > qui donna ainfi la derniere main à cet ouvrage. On le commença par la célébration d’une Mef- fe du Sainc-Efprit, où Cortez communia , avec tous les Efpagnols. Le Prêtre bénit les corps des Vaiflêaux > en leur donnant à chacun un nom, fuivant l’ufage delà du Mexique. Livre V. 4S7 arme ; & pendant qu’on les équipoit de voiles , de cordages & d’autres agrez, SC qu’on en afinoit l’ufage 3 les Espagnols- paf- lerent en re vue fous les armes. Il s en trouva neuf cens , dont cent quatre-vingt quatorze ctoient armez d’arquebufes & d arbalètes , Sc les autres d’épées , de boucliers & de lances : quatre vingt-fix Cavaliers , Si dix» huit pièces d’artillerie , les trois plus grof- fes de fer y les quinze autres étoient des rau- conneanx de bronze 3 avec la munition ne— eeffaire de poudre & de baies. Cortezroitfur chaque brigantin, vingt- cinq Efpagnols fous un Capitaine 3 dou^e Rameurs , fixde chaque côté , Se une piè- ce d’artillerie. Les Capi taines furent Pier- re Je Barba , de Seville y Garcias- de Hoi- guin , de Gazeres y Jean Portiilo , de Por- tüloy Jean Rodriguez de Villeforr, de Me- dellin y Jean Jaramillo, de- Sauvetèrre dans l’Éftramadure y Miguel Diaz d Aux , Ar- ragonnors y François Rodriguez Marga- rine , de Merida y Chriftophie Flores , de Valence de Dom Juan y Antoine de Cara- vajal-, de Zanioia y Jerome Ruis delà Motte , de Burgos y Pierre Bnones , de Salamanque-, Rodrigue Moreïon de Lobe- ra , de Médina del Campo y & Antoine Sotelo , de Zamora. Ils s’embarquèrent auifi- tôt chacun bien préparé à défendra. S f iiij 4 88 . H i fi rire de U Conquête fon vaiiïeau 3 Sc à fecourir les autres, , M’attaque quel on devoir faire parle Lae ctant difpoféc de cette forte , !e General iumnt l’avis de tous fes Officiers refo* lut de s emparer en même tems % des trois principales chauffées de Ta cuba , d’Iztac- palapa & de Cuvoacan , fans s'attacher à celie de Suçhimilco. ; afin d éviter la dé- ffinion de fes troupes , & de les tenir en «es poftes où elles pufi'ent recevoir fes or- dres avec moins de difficulté. Ainfi il par- tagea fon Armée en trois corps 3 de dom- aale commandement de l’attaque de Ta- cuba à Pierre d’Alvarado , qu’il nomma Gouverneur & Capitaine General de cette attaque. Alvarado conduifoitavec foi cent cinquante Efpagnols & trente Cavaliers , entrois Compagnies, fous les Capitaines Georges d’ AI y araclo, Guiderez. d e Badayc & André de Montaraz^ fou tenus de trente mille Tlafcalteques , Sc de deux pièces d’ArtilIerte. Le Mettre de Camp Chriito. pnle d'Oüd eut la charge d’attaquer la chauflee de Cuyoacan , avec cent foixante Efpagnols en troisCompagnies , comman- dées par François Verdugo , André de Ta- pira , Sc François de Lugo , trente C&va- liers , deux pièces d’artillerie , Sc environ trente mille Indiens Alliez, Enfin Gonza- kde Sandoval eut ordre d’entrer par Iz* du Mexique. Livre V. tacpalapa , fuivi de cent cinquante Efpa- gnols , Tous les Capitaines Loiiis Marin > & Pierre d’Ircio , deux pièces vingt-qua- tre Cavaliers, & toutes les troupes deChal- co , Guacocingo &C Cholula , qui fai foient plus de quarante mille hommes. En cc dénombrement des Indiens alliez qui fer- virent aux trois attaques , nous fuivons le fentiment de Herrera y parce que Bernard Diaz ne donne à chacun des trois Capitai- nes generaux que huit mille Tlafcalteques ^ & répété fou vent qu'ils eau fer en t plus d’embarras , qu’ils ne rendirenr de fervice s fans nous apprendre où on laifla tant de milliers de Soldats accourus de toutes parts au fiege de Mexique y fur quoy il montre à découvert la vanité quil avoit y d’attrh- buer toute la gloire de cette aétion aux Es- pagnols ; ce qu’il fait, à notre avis , avec peu de reflexion, puifqu’il rend incroyables les évenemens qu'il tache d’exagerer , lorh que la vérité feuleieur tenoir lieu de toute forte d’ornemens. Olid &Sandoval marchèrent enfemble, pour fe feparerà Tacuba , où ils allèrent loger , fans qu’on leur en difputlt l’entrée , tous les lieux contigus au Lac étant déjà abandonnez y parce que leurs Habirans qui étoient en état de porter les armes, étoient allez pour défendre la Ville Capitale. Les 49 0 Hijîoire de la Conquête autres s’étoient retirez furies montagnes! avec tout ce qu’ils avoient pu emporter. En cette Ville on eut avis que les Mexicains, avoient afïemblé une armée confïderablë à demie lieue de-là, à deffein de couvrir les aqueducs qui vcnoientdes montagnes de Chapulcepeque.Guatimozin avoir pris cet- te précaution , fur la nouvelle qu’il avoit reçue du mouvement des Efpagnols ; vou- lant conferver les canaux qui fourniffbient toute l’eau douce que l’on empîoyoit à Mexique. Il y a voit fur cette digue deux ou trois Canaux faits de troncs d’arbres crenfez , foutenus par un fort aqueduc de brique* Les ennemis avoient fait quelques tran- chées- fur les avenues qui y conduifoient : mais les deux Capitaines forment de T a cu- ba avec la meilleure partie de leurs troupes} &: quoiqu’ils trouvaient une reftibmcâ opiniâtre, ils chaflerentenfinlesMexicains de leurs polfes,éc rompirent t’acqueduc de les tuyaux en deux ou trois endroits > enfor- te que 1 eau fe partageant en divers ruif- feaux , fui vit fa pente naturelle, qui la corn duifoit dans le Lac. Ainfi Olid de Sando- val donnèrent le commencement au fa- meux fiege de Mexique , en retranchant à cette Ville l’ufagede fes fontaines 5 & pouf- fant 1 es affiegez à. la fâcheufc neceffité de du Mexique* Livre V. 49^ chercher de l’eau dans les ruifleaux qui def- cendoient des montagnes , ôc d’occuper leurs gens ôc leurs canots à la conduite ôc à l’efcortede ces convois. Après cette action , Olid alla prendre fon porte à Cuyoacan , 3c Cortez laifFant à Sandoval le tems dont il avoir befoin pour arrivera Iz-tacpalajja , fe chargea dé l’attaque qu’on devoit taire par le Lac, afin d’avoir l’œil à tout, ôc de courir au fecours quand il feroit neceflaire. 11 mena avec foi Dom Fernand Roy de Tezeuco, ÔC le frere de ce Prince , nommé Suchiel 3 jeune homme plein d’efprit 3c de feu , qui reçut le Baptême quelque tems après, avec le nom de Dom Charles , comme fujet de l’Empereur. Le General laifla à Tezeuco une garnifon fuffifante à défendre cette pla- ce d’armes 5 ôc faire quelques couries , afin d’affurer la communication des quartiers : ôc il s’embarqua, après avoir rangé lurùne même ligne les treize brigantins , parez de bannières, de flammes ôc de gaiîlardets ; cherchant par cet extérieur a donner du relief à fes forces, 8c attirer la considéra- tion de l’ennemi par la nouveauté. Le deflem de Cortez étoit de s'appro- cherdeMexique,afin de s’y fairevoir triom- phant ôc maître abfolu lur le Lac , ôc de fe rabattre fur Iztacpalapa 3 où l’entreprife 4 9 2 Hiftoire de U Conquête de Sandoval luidonnoit de i’inquietude $ parce que ce Capitaine n’avoit point de barques, ni d’autres hâtimens , pour fe ren- dre maître des rues du côté de ia Ville fondées dans le Lac, qui fervoit continuel- lement de retraite aux canots des Mexi- cains : mais comme les brigantins tour- noient de ce coté-la , le General apperçut une petite Ifle peu éloignée de Mexique , quiéroit comme un rocher élevé confide- rablement au deflusde l’eau. Le haut de ce rocher y occupé par un Château aflez fpacieux , êtoit gardé par des Mexicains s fans autre deffein , que celui de provoquer les Efpagnolspar des injures &c des mena- ces, d un pofte oui leur paroifloit hors du rifque d etre infulté. C’ortcz ne crut pas qu'il fût à propos de fouffrir cette info- lenceàla vue de Mexique, dont les ter- rages & les balcons étoient couvertsd’une infinité de gens, accourus poûr obferver les premiers exploits de la flotte. Les Capi- taines fe trouvèrent de lavis du General , qui fit approcher des bords de Lille , où il mit pied â terre, avec cent cinquante Efpagnois, qu’il partagea en deuxou trois fentiers qui conduifoient fur la hauteur» Ils monterenr en combattant, avec beau- coup de fatigue j parcequc \ç nombre des ennemis étoit grand, & qu’ils fe défen- du Adcxiquc. Livre V. 49 j Soient en braves gens , jufqu’à ce qu’ayant perdu l’eipcrance de conferver toute la hauteur , ils le retirèrent au Château, ou ils ne pouvoient manier leurs armes tant ils étoienr prelTez , & où il en périt beaucoup, quoiqu’on fît quartier à la plus grande partie; les Efpagnols ne voulant prs tremper leurs mains dans le lang de ces mîlèrables qui fe rendoient à eux , mépri- fant d ailleurs l’embarras des prifonniers, jui leur étoit à charge. Après ce petit retardement employé à thaticr ces Mexicains , les Efpagnols revin- ent aux brigantins ; & on le difpcfoit à nettre le cap fur la ronte d’Iztacpalapa , orfqu’un nouvel incident fit prendre d’au- res mefures. On vit fortir de Mexique |uelques canots qui s'avançoienr fur le lac , k dont le nombre s’augmentoit à tous nio - nens. Ceux qui parurent les premiers al- aient bien a cinq cens , qui s’approchoient n voguant lentement, afin d’attendre les utres ; & en peu de rems, ceux qui fer- rent de la Ville & ceux qui le joignirent cette flotte de tous les lieux voilins , fi- ?nt un fi grand nombre qu’à les compter ir rapport a i’elpace qu'ils occupoient, iis eyoient etre plus de quatre mille : & le îeélacle formé par ce grand nombre de lilleaux , relevé par lé mouvement des 494 Hiftoire de la Conquête plumes & l’é.clat des armes des Soldats : ? avoir quelque choie de beau, & en nae- mê-tems de terrible aux- Efpagnols qui voyoient ce lac comme s’abîmer devant leurs yeux. Cortez rangea fes brigantins en forme de demi-lune ^ afin de faire un plus grand front à l’ennemi., & de combattre avec plus de liberté. Il fe confiait en la valeui de fes Soldats & en la force de fes bâ- timenS) dont un feul pouvoir faire tête ; la plus grande partie de la flotte des enne- mis. Sur cette aflïïrance , le General s’a- vança contre les canots des Mexicains afin de leur faire . connaître qu’il ne refu foit pas la bataille s & lorfqu’il s’en vi à quelque diflance , il fit cefler de voguer afin de donner aux Rameurs ces momen de refpi ration , pour entrer à toutes rame dans la flotte des ennemis j le calme qu’: faifoit ce jour-là , laiffant toute l’étendu à la force de leurs bras. Les Mexicains pouffez peut-être par \m même motif, fi jrent la même manœuvre : cependant la d vine Providence , qui s’étoit fi fouvent d< clarée en faveur des Efpagnols, fit en c moment lever un vent de terre > qui pre nant les brigantins en poupe , leur dont route Timpreffion neceffaire à fe laiff tomber fur cette épaiffe foule de canots. L du Mexique. Livre V. 49^ coupsdes pièces cirées à propos d’une jufte diftance, commencèrent le fracas que les brigannns à voiles & à rames augmentè- rent , en écrafant tout ce qui fe trouva de- vant eux. Les Arquebufiers & les Arbalé- triers tiroient cependant, fans perdre un feui coupole ventmême combattoitpour nous, en aveuglant les ennemis par la fumée & les obligeant à tourner , afin de s en dé- fendre. Enfin les hrigantins mêmes aveienc part à l’aâion : ils fracafioient en pièces les canots des Mexicains, ou iis les cou- loient à fond , fans craindre leur choc, à caiife de leur foiblelfe. Les Nobles IVlexi- cains qui remplifioient les cinq cens ca- nots de l’avant-garde , Soutinrent néan- moins le combat avec beaucoup de valeur : Tout le refte ne fut qu’un défordre & une eonfufiqn fi horrible , qu’ils fe ren verfoient les uns les autres , en fuyant. Les ennemis perdirent la plus grande partie de leur Sol- dats ; Ôc leur flotte fut rompue & défaite fi entièrement , que les brigantins en fui- virent les milerabies débris , jufques à les 'pouffer à coups d’artillerie , fur les quais de la Ville de Mexique. Cette victoire fut d’une extrême confe- quence , à caufe de la réputation d’inloû- tenables , que les brigantins s’acquirenten cette occafion , & qui répandit les influer^ 49 £ Hifioire de la Conquête ces 'fur coures les autres. Elle abbattit en* core le courage des Mexicains 3 en les privant de cette partie de leurs forces qui confiftoit en Padreffe & en Uagilité du ma- niaient de leurs canots# Ce n’étoit pas la perte qu'ils en firent qui les chagrmoit y elle étoit peu confiderable 9 à l’égard de la quantité qui leur reitoit ; mais le regret de voir qu’ils ne toi eut plus d’aucun ufage^ 6e qu’ils ne pou voient fou tenir un choc au fiî violent que celui des brigantins. Ainfi les Efpagnols devinrent les maîtres de la navigation: Sc Contez s’avança jufques au X murs de la Ville , oti il fit tirer quelques coups de canon y moins pour endomma- ger les ennemis , que pour leur donner avis de fon triomphe. Il n’eut aucun chagrin de voir le grand nombre de Peuple qui occuppit les tours & les te Trafics de la Ville 3 pour voir le fuccès du combat g 6c le piaifir d'avoir frappé leurs yeux par la vue de leur perte y lui fit paroirre ce nombre quoiqu’il fût trop grand pour des troupes ënnemie$,trop petit neanmbins pour des témoins de fa victoire : Complaf- fance ordinaire aux vainqueurs , qui tou- che quelquefois les plus modérez y loic comme un ornement de leur triomphe^ ou. jçqmmè une fuitp de leur bpnheur, CHAPITRE 1 âu Mexique. Livre V . 4^7 CHAPITRE XXL Cortex va reconnaître les pofies de fort Ar- mée fur les trois chaufiées > G? trouve par tout que le Jecours des brigantins était nécejfaire. Il en l ai fie quatre a San- do val , quatre a Pierre d' Alvarado * fjÿ fe retire a Cnyoacan avec les cinq autres, E General ehoifit un porte auprès de Tezeuco , où il pue parter la nuit , & laifler repofer fes troupes en fureté. Au point du jour > comme les brigantins fè difpofoient à prendre la route d’Iztacpa- îapa 3 on découvrit un gros con fi d érable de canots 3 qui ramoient en diligence vers Cuyoacan y ce qui fit prendre la refolutioa de porter du fecours à Tendroit où le pé- ril prertoit. On ne put attraper la flotte des ennemis : mais on arriva peu de tèms après 3 lorfqu’Qlid fe trouvoit engagé fur la digue, & réduit à combattre de front contre les Mexicains qui la défendoient , 5 c des deux cotez contre les canots qui étoient arrivez*, enforte qu’il fe voyoit obli- gé à faire une retraite 9 & à perdre le ter- sein qu’il avoit gagné* Tt Tome II * 49 8 Hifloire de la Conquête La neceffité avoir enfeigné aux Mexicains tout ce que l’art de la guerre pouvoir ap- prendre pour la défenfe de leurs chauffées. Ils avoientlevé jufquesàla Ville tous les ponts aux endroits où elles étoient cou- pées , 6 c par où les courants du grand Lac perdoient leur force y en s’écoulant dans l’aune. Iis tenoient des claies ou des plan» ches prêtes des deux cotez 3 afin de paf- fer à la file par deffus , pour aller à L charge ; & ils avoient élevé des tranchée: derrière ces foffez pleins d’eau a deffeir d’empêcher les approches. C’efl ainfi qu’il avoient fortifié les trois chauffées en plu fieurs endroits y où ils craignoient l’inlulti des Efpagnols; & on tue obligé à pren dre par tout les mêmes mefures pour fui monter ces difficulcez. Les Arquebufiers S les Arbalétriers tiroient à ceux qui paroi! foient ail haut de la tranchée, durant qu o: faifoit paffer de main en main des faci nés pour combler le foffé> après quoio faifoit avancer une piece d’artillerie > qi en deux ou trois volées ouvroit le pal fage , & les débris de la première fortifi cation fervoient à remplir les foffez de ] fui vante. Olid s’étoit rendu maître du premic lorfque les canots des Mexicains arrive îenc ; mais quand ils découvrirent les brj du,' Mexique* Livre V\ gantm&ç ceux, qui étoient de ce coté du lac , firent force de rames pour fuir; &c ils perdirent feulement ceux qui fe trouvè- rent à la portée du canon : mais comme les ennemis , qui croy oient être en fureté; dv l’autre côté de la, digue , combat oient* encore , le General fit ouvrir le forte qui était derrière i’arriere-garde d’Oiid j en forte que trois ou quatre brigantins ayant parte tous ces canots prirent la fuite : 8c les ennemis qui défendoient la tranchée oppofée de front aux Efpagnols, fe voyant exportez aux batteries en tête 8c par les flancs, par terre 8e par eau , fe retirèrent en délordre au dernier rempart proche de la Ville. Les troupes prirent quelque repos du- rant 1a. nuit y fans, abandonner ce qu’elles avoient gagné fur la en au fiée > 8e au jour on continua la marche fans aucun ob fia cle jufques.au dernier pont , qui donnoic un paflage dans Mexique. On le trouva for- tifié de remparts plus hauts 8e plus épais j 8ç toutes les rues que l’on déco iivroit étoient coupées de tranchées , garnies d’un fi grand nombre de gens armez , qu’on vit bien Iç nique que l’on a 1,1 oi c courir à cette attaque : mais comme Cortez fe trouvoit engagé avant que d’avoir envifagé le péril, il crut qu’il çxpoferoit fon honneur , en fe T t ij 5 ©o Hiftoire delà Conquête retirant fans donner quelque atteinte aux ennemis. Toute TartiUerie des brigantins O fît donc une décharge 9 3c un cruel carna- ge de ces miferables 9 qui étoient accourus; en foule aux avenues des rues. Cependant Olid travailler à combler le fo(Té 9 3c à rompre les fortifications de la chauffée y ce qui étantfait 5 il chargea ceux qui les défendoienc^avec les Espagnols qui étoient à l’avant-garde 3c gagna allez de terrein pour donner lieu aux AHiez qui combat- toient fous lui 9 de fe mettre en bataille en terre- ferme. Les troupes de- Mexique ac- coururent en même tems au fccours de leurs gens , 3c firent de tous cotez une fu- rieufe refiftancc : neanmoins elles lâchoienf le pied infen fiblemenr^lorfque Cortez , qui ne put fouffrir fa lenteur de leur retraite fautai terre avec trente Soldats Efpagnôls* 3c échauffa fi fort le combat par fa pré- fen ce, quei.es Mexicains tournereritle dos , 3c le General fe rendit maître de la princi- pale rue de Mexique *, ceux même qui oc- cupoienties terra fi es 3c les balcons ayant pris la fuite. On retomba bien- rôt en un nouvel em- barras. Les Mexicains s’êtoient jettez en flryantdans un Temple peu éloigné de Cen- trée; les tours, les degrez , le haut 3c le bas de ceTemple étoient fi couverts de Sol» du Mexique . Livre V% 50 5 dats^que toute la maffc paroi fToi r une mon- tagne de plumes 6c d’armes entafiées. Ils defioient les Efpagnols par des cris auffi fermes, que s’ils n’avoient jamais fait au- tre chofe que de les battre en toutes ren- contres. Cortez indigné de voir tant d’or- gueil fu i vre de fi près tant de lâcheté , fit amener trois ou quatre pièces des brigan- tins 9 dont le premier fracas fit voir aux Mexicains , qu’ils menaçoient mal-à-pro- pos y 3 e bien-toc après il fallut changer de mire , pour tirer contre ceux qui fuyoienr à routes jambes vers le centre de la Ville* Ainfi tout ce quartier demeuta libre par- ce que ceux qui combattoient des terraf- fes des balcons, Suivirent la fuire des an- tres ; 6c l’Armée s’avançant s’empara dn Temple fans refifiance. Les Mexicains firent ce jour- là une gran- de perte r on ferra toutes les Idoles au ku > dont les fiâmes éclairèrent la viétoire des Efpagnols. Le General très-latisfait d’a- voir mis le pied dans Mexique x ÔC voyant quece Temple étoir un pofte fort avan- tageux y résolut non kuiement d’y paf- fer la nuit avec fes troupes y mais encore de le mettre en défenfe pour le garder y a fin de refièrrer les ennemis^ d’avancer l’attaque deCuyoacan II communiqua à fes Capiv daines fon deflein A 6c les raifons que le j© 2 Hifioire de U Conquête, premier mouvement de fon inclination lui touraiffoif : mais ils lui reprefenterent tout d’une voix , que comme on ne fça voit pas le progrès que Sandoval &c Alvarado pou- vaient avoir fait à leurs attaques x ce feroit une témérité de s’expofer à perdre le paf- fage des chauffées, «3e en même rems l’ef- perance des vivres & des munitions , dont on avoit befoin pour conferver les troupes. Que leur conduite ne devoir pas être con- fiée aux brigantinSjpuifqu’ils ne pouvoient approcher des quais du quartier où ils £e îrouvoient alors : qu’ainfi ils fer oient obli- gez à débarquer les vivres 8c les muni- tions 5 à une di fiance où on ne pourroit les recevoir ni les tranfpcrter fans donner une bataille à chaque débarquement. Que les corps de 1* Armée dévoient marcher d’un même pas en leurs attaques x afin de drvi- fer les forces des ennemis - 8c fe donner la main jufquesà ce qu’ils priffent enfemblç leurs quartiers dans la Ville. Enfin que les refol il rions prifes du confentement de tous jes Officiers fur la conduite de ce fiege y ne dévoient point s’aîterer fans une mure confideration , x 8c qu’il ne falloir point en- trer de gayeté de cœur en cet engagement , fans autre raifon que celle de donner unq vaine réputation àl iviétoirequ’ils venoienç de remporter : doutant plus qw 1 es con- du Mexique. Livre V. 50 J fequences que Ton tire d’un heureux fuo cès } nefonr pas toujours bien fondéesjpuif- qu’àla maniéré des flatteries , elles trom- pent fouvent la prudence , en réjoui fiant l’i magi nation. Cortez vît bien que ce con- feil éroit le plus fage > 5 c une de fes meil- leures quali rez étoic de fc dégager suffi ai- femenc de l’amour qu'on a pour fes opi- nions , qu’il embraffoit avec plaifir le parti de la raifon. Il fe retira donc le jour fui- vant à Cuyoacan , efeorté des brigantins , qui ôterent aux ennemis la hardiefi'e de ve- nir Tinquieter en fa marche. Le General paffa le même jouràlztac- palapa , où il trouva Sandoval réduit à la dermere extrémité- Ce Capitaine s’étoit emparé dececôté de la Ville qui étoic fur la digue, & avoir logé les troupes , après s’être fortifié comme il avoir pu. Cepen- dant fes ennemis , retirez dans une mai khi fur le iac, lui livroient de continuelles atta- ques avec leurs canots. Sandoval avoitfait un grand fracas fur ceux qui s’a p pro- choient : il avoir ruiné quelques nqaifons > Sc répou (Té deux ou trois attaques que les Mexicains a voient faites par la digue. Ce jour-là les ennemis ayant abandonné une grande maifon qui n’étoit pas éloignée de la chauffée , il refolut de s’en faifir , a def- fein d'élargir fpn quartier > & d’en écar^ y 04 Hiftoire de la Conquête ter les ennemis* Il fit jet ter plufieurs facf- nes dans l’eau , afin de rendre le paffage pins aile \ 8c il s’engagea dans la maifon avec une partie des Efpagnols : mais à pei- ne fut-il dedans , que plufieurs canots qui étoient en embufcade , 'avancèrent 5e jet- terait à l’eau des troupes de nageurs , qui en écartant les farines , coupèrent à S indo- val le chemin de fa retraite, Ainfi ils le te-' noient aflîegé de tous cotez, 8c tiroient dur fes gens, de deffus les balcons 8c les îerraffes des maifon s vo-i fines. Il étoit en cet embarras lorfque le Ge- neral arrivant , découvrit de loin cette ■quantité de canots qui orcupoient les rués dur le Lac du côté de Mexique. Il fit ramer à toute force ,t& joiier fon artillerie avec tant d'effet , que le débris que les boulets cauferent, joint à la terreur qu’ils avoient des brigantins , obligèrent les Mexicains à O J O _ fuir avec tant d’empreiTement pour ga- gner le chemin du Lac par les rues écar- tées , 8c en fi grand dé fordre , que ceux qui fe trouvoient fur les terraffes , fautant dans les canots , en firenc enfoncer plufieurs j 8c les autres vinrent donnera travers les bri- gandns ^ & tomber par une fuite aveugle dms le per il qu’ils v ou loient éviter. Les en- nemis fient en cette occafion une perte qui commença à leur faire remarquer l’affoi- bliffemeas du Mexique. Livre V. 505 bîiffement de leurs forces 5 8c comme on reconnoilfoir cette partie de la Ville qu’ils avoient occupée , on fit encore plufieurs prifonniers, 8c on trouva quelque butin 3 qui fervit au moins à réjouir les Soldats , s'il ne les enrichit. La vue des difficultez que Soudoyai avoit rencontrées à la prile d’IztaCpalapa , fit connoître au General qu’il étoit impoiîible de faire agir les trou- pes que ce Capitaine çommandoit , ni de fe fervk de la chauffée 9 fans ruiner entiè- rement cette retraite des canots de Mexi- que 3 en jcttant la moitié de la Ville dans Veau : mais comme le retardement étoit dangereux en l’état où les autres attaques fe trou voient, Cortez prit la relolution d’a- bandonner ce polie, & de faire pafler San- dovalavec fes troupes à celui de Tepea- quilla , où il y avoit une autre chauffée plus étroite, & ainfi moins commode pour les attaques , mais plus avantageuse au def- fein de retrancher aux Mexicains les vivres* donc ils commençoient à manquer , 8c qu’ils recevoieat par cepaffage. On execu* ta auflî-rtôt cette refolution , 8c Sandoval alla par terre % efcorté des brigantins , qui rougeoient le bord du Lac 9 jufqncs à ce qu’il fe fût faifi de ce nouveau polie 5 8c qu’il y eût logé les troupes fans refiftan- ce , parce qu’il étoit abandonné ; après Tome IL V u y© 6 Hiftoire de U Conquête quoi Cortcz fit voguer vers Tacuba. Alvarado avoir trouvé cette Ville deier- te , Si ce tut une viétoire de moins pour lui en commençant Ton attaque. Il l’avoit pouflee avec divers fuccès , en battant des remparts , & en comblant des foflez de la même maniéré que Chriftophled’Olid avoir conduit la fienne j mais quoiqu’Al- varado eût remporté de grands avantages fur les ennemis , qu’il en eût tué un grand nombre, & qu’il fe fût avancé jufques à mettre le feu à quelques maifonsde Me- xique , il y avoit perdu huit Efpagnois lorf- que Cortez arriva, & cette perte mêla quel- ques regrets entre les applaudiffemens que l’on donna à fa valeur. Le General s’apperçut alors,que les meJ fures qu’il avoir prifes ne répondoient pas au projet qu’il s’étoit formé ; parce que ce fiege fe reduifoit par ces attaques Si ces retraites à une efpece de guerre , qui con- fumoit le tems Si expofoit les hommes fans aucun profit , & à de fimples actes d’hof- •tilité qui nemerïtoient pas le nom de vé- ritables avantages. La voye des chauffées avoit de grandes difficultcz , à caufe des remparts Si des toiTez , où les Mexicains relevoient tous les jours de nouvelles for- tifications, Si delà perfecution continuel- le de leurs canots-, -qui venoienc toujours dtt Mexique. Livre V. 507 en grand nombre charger aux endroits que les brigantins venoient de quitter j ce qui demandoit d’autres mefures pour venir à bout de fon entreprife. Il fit donc cefler les attaques jufquesà nouvel ordres 8c il s’appliqua à faire bâ- tir un nombre.de canots fuffifanc à le ren- dre maître du Lac. Pour cet effet il en- voya des officiers de confiance 9 afin d’af- fembler tous les canots qui étoient en refer- ve aux Villes 8c Bourgs de fes Alliez, de£~ quels , 8c de ceux qu’on fit à Tezeuco 8c à Ch aie o 3 il forma un gros redoutable aux ennemis. Cortez le partagea en trois dm- fions : 8c après les avoir remplis d’indiens .alliez & propres à ce manège , il nomma des Capitaines de leur Nation^qui en corn- mandoient chacun une efeadre, foutenus des brigantins y dont avec ce nouveau ren- fort il en donna quatre à Sandoval y au- tant à Alvarado *, 8c pour fa perfonne , ii alla fe joindre avec les cinq autres qui ref- toient , au Mettre de Camp Chriftophlc d’Olid. ' Dès ce moment on reprit les attaques avec plus d ordre &-de facilité , parce que lesinfultes des ennemis cefferent ,1e Gene- ral ayant ordonné que les canots joints aux brigantins 9 fiflent la ronde fur le Lac & couruflènt inceffamment au long des di- Vu ij 5 ©S Hiftoire de la Conquête gués f afin d'empêcher les for ries des Me- xicains. Par ce moyen 3 on prit à diverfes fois plufieurs bâtimens , qui tâchoient de p a fier avec des vivres 8c des barils d’eau ; & on eut connoifla-n.ee de la neceffite ou la Ville croit réduite. Olid s'avança juf- ques à ruiner les maifons des Fauxbourgs de Mexique. Âlvarado 8c Sandoval firent le même progrès a chacun à fon attaque ; 3c les heureux fuccès de ces expéditions changèrent entièrement la face des affaires. L’Armée conçut de nouvelles efperances*, 3c les finiples Soldats mêmes contribuaient à la facilité de Lentreprife, entrant dans les occafions avec une efpece de confian- ce & de gayeté qui reflemble à la valeur 9 8c qui rend hardis ceux qui ont l’imagina- tion remplie de l’efperance de la vidoire ^ parce qu’ils ont eu le bonheur de fe trou- ver quelquefois avec les vainqueurs. du Mexique. Livre V. 5°9 Les Mexicains mettent en ujage divers jïra- tagèmes pour leur defenfe. Jlsdrcffent une embujeade de leurs canots centre les bri* gantms. Cortex cji battu dans une oc- ca/îon confiderable > & pouffe jufques^œ Cuyoacan. L A diligence &c Pinduftrie que les Me- xicains employèrent à défendre leur Ville, ne font pas feulement remarquables 9 mais encore , en quelques cireonftances , dignes d’admiration. Il eft vrai que la va- leur éroit comme naturelle à ces Peuples , élevez dans l’exercice des armes, qui étoient Punique voye pour parvenir aux grandes dignitez ; mais en cette occafîon ils pa fiè- rent de la vaillance aux réflexions militai- res ; parce qu’ils avoient befoin de nouvel- les inventions , contre une forme d’attaque faite par des gens dont les armes &c la con- duite à la guerre étoient éloignées de tout ce qui fe pratiquoit en ce Païs-là. Ils tirèrent même quelques coups afïe^ jufte pour s’acquérir la réputation d’efprits éclairez airdelà du commun. On a rappor- té l’adrefle dont ils avoient ufé à fortifier leurs digues; celles qu’ils mirent depuis err V u lij j 10 Hijîoire de lu Conquête ufage , n’étoit pas moindre 3 lorfqu’ils en- voyèrent par de long détours, des canots chargez de pionniers , afin de nétoyer les fofTez que les Efpagnols avoient comblez -, & tomber fur eux avec toutes leurs forces, quand ils étoient obligez de fe retirer. Ce ftratagême fit perdre quelques Soldats aux premières entrées : &i le tems en apprit en- core un plus rafiné aux ennemis , puifque contre leurs coutumes mêmes , ils s’avife- senc de faire leurs forties durant la nuit , dans le feul deffein de tenir nos troupes en inquiétude, & de les fatiguer en les privant du fommeil , afin de les attaquer en cet état avec des troupes fraîches. Mais rien ne fit tant paroîtreleur efprit Se leur habileté , que ce qu’ils imaginèrent contre les brigantins , dont ils tâchèrent de ruiner les forces trop puiflantes potic eux , en les défuniffant. Pour cet effet , ils conftruifirent trente grandes barques , pa- reilles à celles que l’on nomme Pirogues t mais bien plus vaftes,& renforcées de gref- fes planches en maniéré de pavefades, a fin de combattre à couvert derrière cette efpe- ce de rempart. Ils fondent durant la nuit a vec cette flotte , pour aller fe porter en certains endroits couverts de rofeaux que le lac produifoit , fi hauts & fi épais , qu’ils formoient comme uneelpece de forêt im- du Mexique. Livre V. ^ 511 penetrable à la vue. Leur de Hein etoitde provoquer les brigantins , dont il y en a voit toujours deux qui alloientfucceflîvc-t nient en'courfe j afin d’empêcher les fe- cours qui entroient dans la V ille , & de les attirer dans cette forêt de rofeaux. Ils avoient préparé trois ou quatre canots chargez de vivres , pour fervir d’amorce aux brigantins > & un bon nombre de gros, pieux qu’ils enfoncèrent à fleur d’eau \ afin que le choc mît en pièces nos vaifleaux, ou au moins en un fi grand embarras", qu il leur fût aile de les aborder. La difpofi- tion de ce ftratagême fait aflhz connoitre que les Mexicains fçavoient raifonner juf- te, tant fur les moyens de fe défendre, que £ur ceux d’offenfer leurs ennemis, èc qu ils, avoient l’efprit aflez éclairé , pour donner dans ces rafinemensqui rendent les hom- mes ingénieux à la deftru&ion de leurs fem- blables , & qui fervent comme de princi- pes à cette fcicnce , ou plutôt a ces maxi- mes fi peu raifonnables , dont neanmoins on a compoféce qu’on appelle Raifon de la guerre. Le jour fuivant , deux des quatre bri- gantins qui fervoient à l’attaque de Sando- val , allèrent en courfe de ce côté-là com- mandez par les Capitaines Pierre de Bar- ba & Jean Portillç. Du moment que les V u iiij 5 1 2 . Ui (foire de la Conquête ennemis les eurent découverts , ils pouffe* rent à l’eau leurs canots par un autre en- droit ; afin qu’après avoir paru en belle pri- fe , ils feigniffent de fuïr , 5c qu’ils fe re- îiraffènt dans les rofeaux. Cet ordre fut exécuté fi à propos , que les deux brigan- tins s’élançant à force de rames fur cette prife , allèrent donner à travers des pieux , où ils s’embarraflerent tellement, qu’ils ne pou voient hr avancer, ni reculer. En même te ms les pirogues des ennemis fortirent , 5c vinrent à la charge avec une refolunon défefperéc. Les Efpagnols fe vi- rent alors en un très-grand péril : mais leur courage faifant les derniers efforts^, ils foutinrent le combat, afin d’occuper les ennemis , pendant qu’ils firent defeendre quelques plongeurs , qui à force de bras &c. de haches, coupèrent ou écartèrent les pieux qui retenoïenc les brigantins. Ils eurent ainfi la liberté de fe manier , 5c de faire joüer leur artillerie à travers la, plus grande partie des pirogues -; pourfui- vant après cela à coups de canon cel- les qui fe fui voient. Ainfi les Mexicains furent allez punis de leur rufe ; mais les brigantins fortirent de cette occafion fort maltraitez, & plufieurs Efpagnols bleffez.. Le Capitaine Jean Portillo fut tué en ce combat, après avoir contribué plus qu’aux du Mexique. Livre V. 5\i$ eun autre à la viâoire, par fa valeur &: fon aftivité. Pierre de Barba y reçut auffî quelques blefïures 9 dont il mourut au bout de trois jours, Cortez fut fenfibiement af- fligé de la perte de ces deux Officiers, par- ticulièrement de Barba , fe voyant privé d’un ami également fur dans les difgraces êc dans les profperitez , &C d’un Soldat brave fans emportement , & fage fans foi- blefle. Le General ne fut pas long-terns fans trouver une occafion de cirer vengeance de leur mort. Les Mexicains aïant réparé leurs pirogues , & même augmenté le nombre * fe cachèrent encore au même endroit, for- tifié de nouveau -, croyant fort téméraire- ment 5 qu’on donneroit dans le même pié- gé /ans qu’lis lui donnaient une autre cou- leur. Cortez fut heureufement averti de ce mouvement de l’ennemi, & comme, ilcheir: choit à hâter , autant qu’il fe pourroit , las vengeance de fa perte , il envoya lîx bri- gantins à la file , fe mettre en embufeade dans un autre endroit couvert de rofeaux^ qui n’étoit pas éloigné des ennemis. Il or- donna , fur le modèle de leur ftratagême 9 qu’un brigantin fortît à la pointe du jour * &qu’après avoir témoigné par differentes courfes, qu’il cherchoit des canots qui por- taient les vivres y il s’approchât des piio^ 514 Hifioire de la Conquête gués ennemies , autant qu’il feroit neceffai- tt pour feindre qu’il les avoir découvertes , & pour tourner en diligence , en les appel-- lanc par fa fuite 9 au lieu de la contrc-em- feufcade. La chofe réüflit comme il Lavoie imaginée. Les Mexicains dans leurs piro- gues pouffèrent vivement le brigantin qui fuyoit 5 célébrant fa prife 5 qu’ils croy oient affurée 3 par de grands cris de joye , 3 c avec une ardeur incroyable. Lorfqu’ils fu- rent à une diftance convenable y les autres brigantins s’avancèrent pour les recevoir, êc les faluerent de leur Artillerie fi cruel- lement 3 que la première décharge empor- ta la plus grande partie des pirogues y bif- fant un fi grand étonnement dans les au- îres^qu’avant que ceux qui les défendoient eu fient pris aucun parti a ils périrent pref- que tous y avec leurs bâtimens y à la fécon- dé décharge. Ainfi le General ne vengea pas feulement la mort de Barba 3 c de Por- îilio^mais il eut encore l’avantage de ruiner abfoiument la flotte des ennemis j recon- noiffant qu’il avoit appris des Mexicains fa méthode de drefier des embufeades fut? l’eau 3 mais avec une grande farisfaétion d’avoir fçu les copier fi parfaitement pour lesbien battre. On reevoiten cetems-Ià plufieurs avis de ce qui fe paffoit dans Mexique , par ht. w. / du Mexique* Livre \T. 515 faioyen des prifonniers cjue l’on faifoit aux attaquestêc le General fçachant que la faim Sel a foif commençoient à tourmenter les afiîegez , & excitoient plufieurs bruits par- mi la populace ,. 5 c diverfes opinions dans Lefprit des Sôldats 3 il donna tous (es foins à leur couper de toutes parts le paflage des vivres *, 5 c afin d’autorifer encore davanta- ge la j;uflice de (es armes, il envoya deux ou trois Nobles choifis entre les prifon- niers , à Guatimozin ,. pour lui dire 1 >5 Qu’il l’invitoit à faire la paix , en lui ce offrant des partis avantageux, qui étoient ce de lui lai fier fon Empire 5 c toute fa gran- ce deur , pourvu feulement qu’il s’obligeât ce à reconnaître la Sou veraineté de l’Ern- pereur des Efpagnols, dont le droit etoit ce appuyé entre les Mexicains, par la tradir ce tion de leurs Ancêtres , 8c par le confen- ce tement de tous les fiecles. » C’eft en fub» fiance ce que Cortez propo fa, 8c qu il répé- ta plus d’une fois *, parce qu’il avoir un extrême regret de fe voir force a détruire une Ville fi belle 5 c fi opulente , qu’il re- gardoic déjà comme un riche ornement de la Couronne de fon Prince. Guatimozin reçut cette propofition avec moins d’orgueil qu’il n’en temoignoit or- dinairement , ai n fi que d’autres prifonniers le rapportèrent quelque tems après.- Il a£-. $\6 Hijîoire de ta Conquête fembla le Conleil de Tes Officiers & de fes Minières , avec les Sacrificateurs , qui avoient la première voix , dans les délibé- rations fur les affaires publiques. Il fonda fa propofition fur l’état miferable où la Ville le trou voit réduire , la perte des meil- leurs Soldats , & les plaintes du peuple fur la mifere qu ils commcnçoient à endurer f & la deftrudion de leurs maifons. Ilcon- duten demandant leur confeil, & témoi- gnant l’inclination qu’il avoir à la paix,' afin d’emporter leurs fenti mens par flatte- rie , ou par refpeél. Cela lui réüffit fi bien , que tous les Officiers & les Minrffres con- clurent à recevoir les propofitions de paix,' à écouter le parti qu’on lui offroit , & I fe ménager du tenrspour en examiner ce qui conviendroit le plus aux intérêts de l'Etat Les feuis Sacrificateurs s’oppofcrent au traite de paix , avec une opiniâtreté invin- cible 3 en feignant quelque réponfe de leurs 1 Idoles, qui les afluroient de la vi&oire r î’im poflure de ces faux Dieux pa fiant peut- être pour une vérité dans l’efprir de leurs Miiiiftres 5 parce que le Démon étoit alors fort intrigué , êc ioufloic aux oreilles de ces miferables, des fenrimens qu’il ne pou- voir tnfpirer au cœur de leurs Soldats. . Quoiqu’il en foit , leurs remontrances ; ar- du Mexique. Livre V. 517 niées du zélé de la Religion 3 Sc de cetre li- berté qui fe couvre du voile de dévotion y eurent alors tant de force 5 . que tous ceux du Confeil revinrent à leur avis : Se quoi- que Guatimozin en eût dans le cœur un fujet de déplaifir , parce qu’il y fentoit déjà quelques préfages de fa ruine 3 il conclut neanmoins à continuer la guerre* déclarant à fes Miniftres, qu’ilferoit mourir le pre- mier qui feroit aflez hardi pour parler en- cor 6 de la paix , quelque mifere que l’on' fouffrît dans la Ville > fans en excepter les Sacrificateurs mêmes, qui dévoient foute- nir plus .conftamment que les autres y le lentiment de leurs Oracles. Correz ayant fçu cette refoîution, entrer prit d’attaquer Mexique par les trois chauf- fées en même-rems a à deflein de porter le fer*&: le feu jufques dans le cœur de cette ville : Se après avoir envoyé les ordres aux Commandans des deux attaques de Tacu- ba & de Tepeaquilla,& marqué une heure précife , il marcha parla digue de Cuyoa- can , à la tere des troupes & de Chrifto- phle d’Olid-Les ennemis a voient ouvert les foflez , Se élevé des remparts à leur manié- ré ordinaire ; mais les cinq brigantins de cette attaque rompirent aifément les for^ rifications au mêmetems qu’on combloic les fq fiez, Ainfi T Armée paffa fans auçim 5 î 8 Hijîoire de la Conquête obftacle confiderable. On trouva nean* moins une difficulté d’une autre efpece , au dernier pont qui touchoit au quai de la Ville. Ils avoient taillé une partie de la chauffée de (disante pieds de longueur, & fait renfler l’eau du long des quais , afin de la rendre plus haute dans ce fofle. Son bord du côté de la Ville étoic fortifié de madriers , de deux ou trois rangs de gref- fes planches bien jointes 8c bien chevillées, avec de bonnes traverfes. Les troupes qui défendoient ce rempart étoient prefque in- nombrables. Cependant les premiers coups de canon briferent cette machine; 8c les ennemis , dont plufieurs furent tuez par les pièces du débris , fe voyant découverts ÔC expofez à i’Artillerk , fe retirèrent dans la Ville, fans tourner le vifage, 8c auffi/aris ceffer de menacer.L’abord du quai demeu- ra libre 8c le General voulant gagner du temps , commanda d’abord les Soldats Es- pagnols pour s’en faifir , en fe fervant delà commodité des brigantîns ôe des canots des Alliez, qui les portèrent à terre. Les Alliez •& la Cavalerie paflérent pat la même voyê, avec trokfieces d* Artillerie , qui parurent fuffifantes pour cette adion. Avant que d’aller aux ennemis , qui fe montroient encore derrière les tranchées coupées à travers les nies, le General or- du Mexique. Livre V. 519 donna au Treforier Julien Alderetede de- meurer , afin de faire combler & de gar- der le fo fie , de aux bri^antins de s’appro- cher des quais , afin de faire le plus de mal qu’ils pourroient aux eimemis.L’efcarmou- che commença auffi-tôt; de Alderette en- tendante bruit de ce combat 9 de voyant le progrez des Efpagnols 3 appréhenda que l’emploi de faire combler un fofle, lorfque fes Compagnons étoienc aux mains ,ne fût trop bas, de indigne de fes foins. Il fe lai (la donc emporter indiferetement à l’occafion y laiffant cette fonction à un autre 9 qui ne fçut l’executer, ou ne vou- lut point fe charger d’un emploi fubdele- gué 3 de décrié par celui-là même qui le lui commettait. Ainfi toute la troupe qu’il commandoirle jfuivitau combat; de cefof- fé qu’on n’avoit fçû paffer en entrant de- meura abandonné. Les Mexicains foutinrent vaillamment les premières attaques. On gagna leurs tranchées 9 mais avec beaucoup de peine de de fang répandu , de le danger fut en- core plus grand , quand 011 eut paffe les maifons ruinées aux autres entrées , de qu’on eut à fe défendre des traits qui pleu- voient des terraffés & des fenêtres. Lorf- que la fureur des combattans étoit au plus haut point y on feacic les ennemis molic 5 20 Hiftoire de 2a Conquête tout d’an coup-, & cela parut vcnirde quel- que nouvel ordre , car ils abandonnèrent le terrein avec précipitation, 3c lelonles pré- emptions vérifiées enfuite 3 Guatimozin étoit l’auteur de cette nouveauté. Ilavok appris que le grand folié étoit abandonné , 6 fur cet avis il avoit envoyé ordre à fes Capitaines de eonferver leurs troupes , afin de charger les Efpagnols lorfqu’ils fe reti- rerqient. Le General entra en foupçon de ce mouvement , & parce qu’il ne fe voyok que le temps nece flaire pour retourner à fon quartier 9 il commença là retraite Y après avoir fait abattre & brûler quelques mai- fons , afin qu’on ne s’en fervît pas à la pre- mière entrée , pour accabler d’en haut les alTaillans* Les troupes a v-oient fait à peine la pre- mière démarche 5 que les oreilles fuient frappées par le fon terrible 3c mélancoli- que d’un infiniment qu’ils appelaient la Trompette facrée 9 parce qu’il n’étoit per- mis de le fonner qu’aux feuls Sacrificateurs quand ils annonçoienc la guerre , ëc ani- snoient le cœur des Soldats de la part de leurs Dieux. Le fon de l’inftrument étoit brufque * Sc compofé de tons lamentables en maniéré de chardon , qui infpirok à ces Barbares une nouvelle férocité , en confa- cxm le mépris delà vie par un motif de du Mexique* Livre V. j 2 1 Religion. Dès ce moment , le bruit infnp- portable de leurs cris commença \ de à la îortie de la Ville , une multitude effroyable de Soldats déterminez , &c choifis exprès pour cette aélion 3 vint tomber furl’arriere* garde où les Espagnols étoient. Les Arquebufiers foutenus des Arbalé- triers , leur firent tête ; ëc Correz fuivi des Cavaliers , les repouffa ; mais ayant appris la difficultés foiïe qui empêehoit la re- traite , il voulut former des bataillons , (ans le pouvoir faire parce que les troupes des Alliez , qui avoient ordre de fe retirer 5 de qui donnèrent les premières dans l'ouvertu- re , s’y étoient jeccées confufément , en for- te qu’on n’entendit pas les ordres,ou qu’on n’y obéît pas. Plufieurs paffoient ci la chauffée fur les fcriganrins , 5c fur les canots. Il y en avoir encore davantage qui fe jetrerenrà l’eau^. où ils trouvoient des troupes de Mexicains exceîiens nageurs, qui les perçoienr à coups de dards y ou qui les étouffoientdansle lac. Cortez demeura le dernier à fou tenir l’ef- fort des ennemis , avec quelques Cavaliers;. de fon cheval étant tué à coups de fléchés,, îe Capitaine François de Guzman mit pied a terre pour offrir le fien au Generaffi mal-- tieureufement, qu’il fut accablé & fait prir lonnier , fans qu’on pût le fauver. Enfin? Tome 1 h Xx $zi Hijîoire de la Conquête Cortez fe retira versles brigantins , fur lef- quels il revint à fon quartier, bieffè Sc pref- qu’en déroute, fans pouvoir le confoler par le carnage qu’on avoir fait ce jour la des Mexicains. Ils enlevèrent plus de qua- rante Efpagnoîs vivans , pour les facrifier a leurs Idoles. On perdit une piece d’artille- rie , & plus de mille Tlafcalteques. Enfin * à peine revint-il un Efpagnol qui ne fut ou bièfié , ou maltraité. Véritablement cette perte fut très-grande» Cortez en penetroic toutes les fuites > 3c faifoit la deffus de trilles- réflexions 5 mais les fentimens de ion cœur n’alloient point jufques à fon vifage , de crainte de marquer trop le defaftre de cet événement cruel,mais inévitable tribut que ceux qui commandent les Armées payent a Téclat de leur dignité ,,en chaffant la douleur au fond de l’ame , pour ne lai fier paroitre & ^extérieur qu’une grande tranquillité. du Mexique* Livre V. $z$ CHAPITRE XXIII. Les Mexicains celebrent leur viüoire par le Jacnfice des Efpagnols . Guatimozin trou- ve le moyen d'effrayer les Alliez. 3 dont plufieurs defertent de l'Armée de Cortez • Ils retournent en plus grand nombre , & on prend la refilât ion de fi po fier dans la Ville meme . S Andoval & Alvarado entrèrent en mê- me temps dans la Ville 3 &c trouvèrent par tout une égaie rçfiftance ^ avec peu de différence au fuccez de leurs attaques. Ils forcèrent des partages 5 ils comblèrent des fortez y percerent jufques dans les rues , où ils ruinèrent des maifons , Sc fouffrirent en leur retraite les derniers efforts de la part des ennemis. Neanmoins comme ils n’ef- fuyerent pas le cruel contre-tems que le Ge- neral trouva en fan chemin , leur perte fut moindre 3 quoiqu’ils eu fient trouvé à redire vingt Efpagnols aux deux attaques j ôe c’ejï fur ce nombre qu’on a compté , lorfqu’on a dit que Cortez perdit foixante Efpagnols à celle de Cuyoacan. Le Treforicr Julien d’Alderete reconnut £ faute 3 à la vue de la perte que fa defobeïf-- X x if 5 2 4 Hifloire de la Conquête fance avoitcaufee.il le prefenta auGenôraî,, avec toutes les marques d’une profonde douleur^offrant de payer de fa tête fe crime qu’il avoir commis. Cortez lui fit une très- fevere réprimandé, & ne le punit point au- trement a parce qu’il ne trouvoit pas le tems propre à décourager fes Soldats par le châtiment que cet Officier meritoit. Il fallut alors par neceffité fufpendre les at- taques; de Ton fe reduifita ferrer la Pla- ce de plus prés y de à empêcher le paffage des vivres durant qu’on s’appliq.uoit à pan- fer les blelfez 9 dont le nombre furpa-floit de beaucoup ceux qui étoient échappez fans, blefikres. Ce fut en cette occalîon que l’on refîen- tic l’effet d’une grâce fïnguliere 3 en la per- fonne d’un fini pie Soldat nommé Jean Ca- talan^ qui fans autre onguent qu’un peu d’huilç de quelques benediârions , guerif- foit les playes en fi peu de rems 5 que ce- la paroilfbk furnaturel. C’efi cette efpece de remede que le vulgaire appelle en Efpa- gnoi Curar per Enjalmo y fans autre fon- dement que- celui d’avoir entendu mê.er quelques verfets des Pfeaumes de David dans les benediétions, Quoique la Morale rejette prefque tou jours cette pratique ou carte* connoiffance, comme dangereuse % I aeanmoins elle la permet quel ^uefois J oxfe | du Mexique. Livre V. jr$T qu’elle a pafle par la rigueur d’un examen, ex ad j mais dans le cas dont il s’agit 3 cc n’eft peut-être pas une témérité de croire que le Ciel fut Auteur de ee merveilleux recours , la grâce de rendre la fauté étant un de ces dons gratuits que Dieu a com- muniqués aux hommes : 8c il ne paroît pas vraifemblable 3 que le concours du Démon fervît à ces moyens qui procuroienrla gue*- rifon de tant d J £fpagn©ls > lorfqti ? il ne cher- choit qu’aies détruire par la fuggefîion ât : fes Oracles ► Herrera rapporte que ce fut une femme Elpagnole nommée Ifabellc* Rodriguez y qui fit ces admirables cures * mais nous avons fui vi Bernard Diaz 3 qui y étoit prefent ; 8c quoique ce foi t un mal- heur à celui qui eompofe une Hiftoire 3 de: tomber dans- ces con traditions des A utèurs» qu’il fuit > il ne doit pas toujours en faire: la difcuffion , puiique le fait étant certain ^ la différence des moyens eft de peud’im- portance à la vérité. Cependan t lesMexicains celebroient leur vidoire par de grandes réjoiiiffances On vit durant la nuit , de tous- les quartiers de$; Efpagnols > les Temples de la Ville cou- ronnez de torches 8c de v ai es pleins de par- fums $ 8c dans le plus grand dédié au Dieu de k g i erre on en tei éo 1 1 1 e lo n de le 1 1 r& halli umtns mdicairesen diâer-ens -çbœuis^ $z£ Hijïoire de U Conquête dont le defaccord a voit quelque chofe d’af- freux,, Ils folemniloient par cec appareil barbare le faerifiee des Efpagnols qu’ils avoient pris en vie , dont lejs cœurs palpi- tons , après avoir invoqué le vrai Dieu tant qu’ils animèrent leurs corps, donnèrent les miferables relies de leur fang encore tout chaud , à la cruelle afperfion de cet horri- ble fimuîacre. C’eftce qu’on préfuma du fujet de cette fête \ & le temple étoit fi éclairé par la quantité des torches, qu’on diftinguoit fort bien l’affluence du Peuple,* même quelques Soldats s’avancèrent juf- ques à" dire qu’ils entendoient les cris des viêlimes,& qu’ils reconnoiffoient ceux qui ks pouflbient : Pitorable fpeâacîe , qui ventabkment frappoit encore moins les yeux, qüel’irriagmation ; mais fi funefte Sc fifenfibleen cette partie , que Cortez ne put retenir fes larmes , ni tous ceux qui étoient auprès de lui, ne purent s’empêcher de les accompagner par les mêmes mar- ques de leur douleur. Cet avantage joint a la fatisfa&ion d’a- voir appaifé leurs faux Dietfx parle facri- fice des Efpagnols rendit les Mexicains fi fiers , que cette même nuit , un peu avant k jour,ils s’approchèrent de tous les troisquartiers, croyant mettre le feu aux htigmm$ £>c achever la déroute des Efpa* dtp Mexique. Livre W 527 gnoîs* qu’ils fçavoienc être blefïez pour la. plus grande partie , 8 c extrêmement fati- guez. C’efi: ce qu’ils fe figuroient dans leurs, reflexions ymais ils n’en firent pas allez pour cacher ce mouvement. La trompette infer- nale qui leur infpiroit tant de fureur , ea traitant de culte facré urre refolution dé- fcfperée, avertit par fon bruit lesEfpagnols^ qui fe préparèrent a la défenfe fi à propos qu’ils repou fferent les- Mexicains en poin- tant feulement les pièces des brigantins- &C celles de leurs logemens ; en forte qu’elles battaient au long des chauffées. Les Me- xicains venoient brutalement^ fi prefîez 8 c en fi grand nombre que les coups de ces batteries en firent un horrible meurtre , qui châtia rudement leur hardieffe. Le jour fuivant, Güatimozin tira plus- heureufementde fon propre fonds quelques; artifices , y donc un habile Capitaine eût p& s’applaudir. Il fit courir le bruit que Cor- tez avoir été tué fur la digue 9 en fe reti- rant -, ce qui fervoit à entretenir le peuple dans l’efperancc de fe voir prom cernent dé- livré. Il envoya par toutes les Villes voi- fines, les têtes des Efpagnols facrifiez $ afin que ces témoignages fenfibles de fa vic- toire achevaient de ramener ceux qui s’é- toient détachez de fan obéïflânce. En der- nier lieu^iipublia que la Divinité foulerai- ji 8 Hifhire de la Conquête ne entre leurs Dieux*paiticulierernent pour ce qui regardoît les armes, étant aaou- i cie par le fang du cœur des ennemis , lui avoit annoncé d'une voix fort intelligi- ble , que la guerre fini roi t dans huit jours y & que tous ceux qui méprifoient cet avis , y periroient. Il avançoit cette impofture,. fur la préfomption qu’i! avoir d’achever bien- tôt d’exterminer les Efpagnols y 6c' il eut l’a dre fié d’introduire des perfonnes in- connues dans leurs quartiers , qui répan- dirent ces menaces de fa faufie Divinité , entre les Indiens qui portaient les armes contre lui: Stratagème très-remarquable, tendant à augmenter le chagrin de ces Peu- ples mélancoliques , 5c defoîez par la mort des Efpagnols, jointe au carnage que les Mexicains avoient fait de leurs Soldats* 5c à l’étonnement de leurs Comman- dans. Les Oracles de cette Idole - avoient un crédit fi bien établi , 5c d’une telle réputa- tion aux païs les pins éloignez , que les In- diens fe perfuaderent aifément Pinfaillibi- litê de fes menaces Les huit jours marquez il précifément pour être le terme fatal dé leurs vies, firent un fi grand défordre en leur imagination , qu’ils fe déterminèrent à de i errer de l'armée : 5c on trouva que la. meilleure partie de leurs troupes avok abandonné du Mexique. Livre V. 5 29 abandonné ies quartiers durant les deux ou trois premières nuits : cette maudite crainte étant fi puifTante fur l’efprit de ces Nations 3 que ies Alliez de Tlafcala mê* îne 8c de Tezeuco, fe débandèrent avec le meme defordre-,foit qu’ils appréhenda fient en effet les menaces de l'Oracle 5 ou qu’ils felaiffaffenc entraîner à l’exemple de ceux qui les redoutoient. Il ne demeura que les Capitaines Sc quelques Nobles y qui peut- ctre ne les craigiroient pas moins ; mais la perte de leur vie les touchait moins auflî que celle de leur honneur. Cet accidenr inopiné donna de nouveaux chagrinsau General ^ puifqu’il n’alloit pas à moins qu’à lui faire abandonner fon en- trepnfe[mais du moment qu’il fe fût éclair- ci de l’origine de cette nouveauté 3 il en- voya après ces deferreurs leur Comman- dant même s à deflein de fufpendre leur apprerihenfion , jufques à ce que les huit jours marquez par l’Oracle étant paffez 3 ils reconnuffent l'impofture de cette pré» di&ion ^ 8c qu’ils en fu fient plus difpofez à retourner à l’Armée. Cette diligence de Cortez fut l’effort d’une grande péné- tration, Les huit jours étant paffez fans pé- ril 3 les Indiens fe rendirent capables de perfuafion 3 8c revinrent à l’Armée , avec £ette nouvelle alfurance qui fe forme dans Tome //. Y y 'jjô Hijloire de la Conquête un cœur défabufé de la crainte. Dom Hernan Roi deTezeuco envoya aux troupes de fa Nation , fon frere qui les ramena, avec de nouvelles levées qu’on avoit mifes fur pied pour fecourir les Efpa- gnols. Les deferteurs de Tlafcala , qui n’é- toient que des gens du menu Peuple , lo- fèrent aller jufques à leur Ville , appréhen- dant le châtiment auquel ils feroient expo- fez Jls attendirent J’évenement des prédic- tions , à deflein de fe joindre à ceux qui fe fauveroient, après la défaite imaginaire de$ Efpagnols : mais au même tems qu’ils fu- rent détrompez de leurfotte crédulité y ils furent aflTez heureux pour rencontrer un nouveau renfort de troupes qui venoient de Tlafcala. Ils s ? unircnt à ce corps , & fu«* rent ainfi bien reçus du General? Ces nouvelles recrues, qui augmentèrent confîdcrablernent les forces des Efpagnols, le bruit qui fe répandit par tout de l’ex- trémité ou la Ville capitale fe trouvoit s obligèrent quelques Nations qui avoient été jufques à ce temsTà , neutres ou enne^ piies,à fe déclarer en faveur des Efpagnols*, Une des plus çonfidérables fut celle des Otomies , Peuple feroce & indomté , qui à Pexcmple des bêtes fauvages 9 confervoiç- fa liberté dans les bois & fur les montai g nm* Plufîeujs vinrent alors fe rendre p£è du Mexique. Livre V, j-j» mi les troupes des Alliez , a ddfein de ler- vir en cette occafion , ayant toujours été rebelles à l’Empire des Mexicains , fans autre défenfe 9 que celle d’habiter un Païs dont la mifere èc 1a, fterilité ne donnoienc aucune tentation d’en entreprendre la con- quête. Ainfi Cortez fe trouva encore une fois à la tête de plus de deux cens mille hommes fournis à fes ordres 9 partant en peu de jours , d’une furieufe tempête à un calme agréable , Sc attribuant , à fon or- dinaire , un changement fi merveilleux Sc fi fubit ,au bras du Tout-puiflant , dont l’ineffable Providence permet fou vent les adverfitez , afin de réveiller en notre ef» prit le fentiment de fes grâces. Les Mexicains neconfumerent pas inu- tilement le rems de cette fufpenfion d’hof- tilitez de la parc de leurs ennemis > ils fi- rent de frequentes forties , étant jour 8c nuit à la vue de leurs quartiers y dont nean- moins ils furent toujours repouffez , Sc perdirent beaucoup de monde 9 fans faire ni mal ni peur aux Efpagnols. On apprit de leurs derniers prifonniers 9 qu’on com- mençoit à endurer une grande neceflîté dans la Ville } que le peuple étoit au defef- poir 9 6c les Soldats mal fatisfaits , de man- quer de pain Sc d’eau, & qu'il meuroic beaucoup de monde par la malignité dq Yyij r j 3£ Hiftoire de la Conquête Feau falée des puits , qu’on bûvoie ; Le peu de vivres qui entroient fur les canots qui potivoient s’échapper des brigantins , ou qu’on droit des montagnes , étoient parta- gez également entre les Grands, ce qui don- noit de nouveaux fujets d’impatience au Peuple, dont les cris alloient jufques à faire craindre pour fa fidelité» Cortez aiïembîa fes Officiers 5 afin d’examiner fur ces avis 5 quelle conduite on devoir prendre 3 par rap- port à l’état prefent delà Ville Ôc del’ar«? piée» Il reprefenta le peu d’efperance qu’on dé- çoit avoir , que la force de la neceffité obli- geât les affiegez à fe rendre , à çaufe de la baine implacable qu’ils avoient contre les Efpagnols, & des réponfes de leurs Idoles, appuyées de l’artifice du Démon. Il marqua, que ion fentiment étoit de venir à la voye des armes par ces raifons qu’il avoit aller guçes , Bc encore par la crainte de fouffrir une autre defertion de la part des Alliez , Peuples aifez à ébranler , ôc qui étant fore propres au fer v ice enun jour de çombat,pre? poient des inquiétudes fort dangereufes du? rant Foifiveté d’un féjour \ parce qu’ils ne demardoient qu ? à en venir aux mains , &€ ïi’étoient pas capables de concevoir qu’uq fiege, comme on le faifoit , fût une verita- Jde guerre ? ni comme les lignes à leur centre. Alvarado fut le premier qui y mit le pied» Les ennemis qu’il pourfui voit effa y erent d’y former quelques bataillons j mais il ne leur en donna pas le loifir : de ce mouvement n’eftpasaifé à des gens qui fuient. Ainfi à la première charge ils quittèrent le champ de bataille y de fe retirèrent en defordre aux rues qui étoient de l’autre côté de la place» On voyoit affez près de ce lieu un grand Temple d’idoles ^ dont les tours Se les de-* grez étoient occupez par les ennemis. Al- varado qui n’en vouloir point laiiïer derriè- re foi 3 y envoya quelques Compagnies pour les attaquer 3 de fe faifir de ce pofte > ce qu’elles firent fans difficulté 3 parce que ceux qui le défendoient y méditoient déjà leur retraite 3 à l’exemple des autres. Ainfi ce Capitaine mit tout fon gros en bataille clans la place afin de faire un logement; de f 5 8 Hifloire de la Conquête ordonna en même temps , qu’on fit de î& fumée au haut du Temple, pour avertir les autres Capitaines de l’endroit où il fe trou- vait * ou pour s’attirer par cette démonf- tration * des applaudiffemens de fa dili- gence. La troupe qu’Olid conduifoit, comman- dée par le General en perfonne * arriva peu de teins après à la place, &; la foule des Me- xicains qui fuïoient devant eux , vint fe jet- ter dans le bataillon qu’Alvarado avoit formé à tout autre deffein. Prefque tous ces fuïards y périrent , étant battus de tous co- tez &c la même chofc arriva à ceux qui étoient pouffez par les troupes de Sandoval* qui fe rendit bien-rôt après au même lieu. Les Mexicains retirez dans les rues qui conduifoient aux autres places de leur Ville* voyant les forces des Efpagnols unies, cou- rurent avec empreffement pour défendre la perfonne de l’Empereur ; s’imaginant qu’on allait l’attaquer : ce qui donna lieu au General de faire fes logcmens fans obfta- cle. Il laiffa quelques troupes dans les rues qui étoient derrière la place , afin de pour- voir à la fureté de fon armée de ce côté-là j & il ordonna aux Capitaines desBrigantins Bc des Canots * de courir inccflamnient d’une digue à l’autre * & de l’avertir , s’il fe prefentoit quelque chofe de confiderabie. 4u Mexique. Livre V. 539 On fut obligé d’abord dedebarrafler la place^des corps morts desMexicains*,a quoi on employa quelques Compagnies des Alé liez , qui les jetterent dans les rues où l’eau étoit la plus haute. On mit a leur tetc des Commandans Efpagnols^ afin d’empe-, cher qu’ils ne fe dérobaffent avec leui mi- ferable charge , pour en faire ces abomH nables feftins de chair humaine 5 qui etoient la derniere fête de leurs victoires. Nean- moins y avec toutes ces précautions il fut impoffîble d’arracher entièrement la racine de ce mal : mais on en bannit au moins l’excès , & la diffimulation en couvrit la tolérance. On vit venir cette même nuit diverfes troupes ede Payfans à demi-morts , qui venoient vendre leur liberté pour leurfub-^ fiftance : & quoiqu’il y eût lieu de croire qu’on les avoit chafTez comme des bouches inutiles 3 faute de vivres , ils firent tant de pitié , que le General j qui fe promettoit delà force de fes armes ce qu’il n efperoit plûs de la longueur d’un fiege , ordonna qu’on leur fournîtdes rafraîchiflemens^afm qu’ils euflent la force d’aller chercher leur vie hors delà Ville. Au point du jour^on vit les rues dont les Mexicains étoient encore les maîtres , plei- nes de leurs Soldats , qui venoient feule-» 54° Hijîoire dé la Conquête ment à deffein de couvrir les fortification! qu’ils vouloient faire a pour défendre leur dérniere retraite. Le General voyant qu’ils nei’attaquoieut pas 3 fufpendit auffi ledef- fein formé de donner un dernier affaut 3 parcequ’il fouhaitoit remettre fur pied le traité de paix, puifqu’il paroiffoit vraifem- blable qu’ils entreroient en capitulation s au moins quand ils connoîcroient que foü intention n’étoit pas de les détruire , en leur offrant encore quelque parti lorfque les forces étoient unies 3 &: qu’il éroit mai-; tre de la meilleure partie de la Ville. Il donna cette cemmiffion à trois ou quatre prifonniers des plus qualifiez, avec quelque efperance qu’elle avoit fait quelque effet 3 lorfqu’il vit retirer les troupes difpçfées à la défenfe des rues. d’endroit que Guatimozin occupoit avec fa Noblefie 3 fes Minifhes 3c le relie de fes Soldats , faifoit un angle fortfpacieux 3 dont la plus grande partie étoit entourée des eaux du Lac ; 3c l’autre peu éloignée de Tlateluco , fe trouvoit fortifiée par tou- tes les avenues 3 d’une efpece de circonval- lation de grofiés planches garnies de faci- les 3 qui touchoient de part 3c d’autre aux maîfons 3 3c au devant un fofle plein d’eau 3c très-profond qu’ils avoient fait prefque tout entier à la main , ayant coupé les rues du Mexique. Livre V. ^ i fen terre- ferme, afin de recevoir les eaux qui couroient au long des quais. Le jour fuivant,Cortez fuivi de la plus grande par- tie des Espagnols , s’avança jufques aux en- droits que les ennemis avoient abandon- nez 3 5c rencontra leurs fortifications a done toute la ligne étoit couronnée d’une multi- tude prefque innombrable de Peuple ; mais avec quelques marques de paix y qui fe re- duifoienr à retenir le fon de leurs inflru» mens de guerre 5 5c le bruit de leurs cris. Il fit deuxou trois au'resfois le même mouve- ment , en s’approchant avec les Efpagnols 3 fans attaquer 3 ni provoquer les ennemis : & on reconnut qu’ils avoient le même or» dre 3 parce qu’ils baiffoient leurs armes 3 &c donnoient à connoître par leur filence 5c par leur repos ^ que les traitez qui produis foient cette efpece de trêve y ne leur étoient pas désagréables. On remarqua en même temps les e,fforts qu’ils fai foient de cacfier ia neceffitjê qu’ils enduroient 3 & de marquer aveedftenta- tion, que s’ils fouhaitoient la paix , ce n’é~ toit pas faute de valeur. Ils mangeoient pu- bliquement fur leurs terralTes , d’où ils jet- toient au Peuple quelques tourteaux' de. maiz 3 afin qu’on crût qu’ils avoient des vivres de relie 3 5c de temps en temps on yoyoit fojrtir quelques Capitaines P qui ve- Vit Hifloire delà Conquête noient défier au combat fingulierles plnS braves des Efpagnols. Mais leurs inftances duraient peu ; Sc ils retournoient bien- tôt, auflî contens de leur bravoure , qu’ils l’au- roient été de laviétoire. Un de ces braves s’approcha un jour du quartier du General. L’Indien paroiffoit être un des princi- paux , à fa parure , Sc fes armes étoient une épée Sc un bouclier de quelque Efpagnol qu’ils a voient facrifié.Il répéta plufieurs fors fpn défi avec une extrême arrogance ; en- forte que Cortez fatigué de fes cris Sc de fes seftes , lui fit dire parfon Truchement : Que s' tl voulait amener dix autres Soldats avec fey , on permettrait que cet Efpagnol les combattît tous ensemble. En difant cela le General lui montrait le Page qui portoit fonbouclier.LeMexicain fentitbien ce trait de mépris : neanmoins, fans en témoigner rien , il revint à défier avec plus d’inlo- ience’. Le Page /nommé Jean Nugnez de Marcado , pouvoir avoir feize ou dix- fept ans. Il crut que ce combat le regar- doit puifqu’il étoit défigné pour le faire : & il fe déroba fi adroitemeut d’auprès du General , fans qu’on s’en appercût pour le retenir, qu’ayant pa (Té le rofle comme iî put, il chargea le Mexicain , qui l’at- tendoit en bonne pofture. Nugnez para fon (toup du bouclier, Sc lui porta en meme du Mexique, Livre V. 54* Cerfis une eftocade, avec tant de force & de courage,qu’il le jet ta mort à fes pieds.Cette atftion futcelebrée de tous les Efpagnols par de grands applaudifiemens , & ne s’attira pas moins d admiration delà part des enne- mis. Le Page revint aux pieds de fon maî- tre, avec l’épée 8c le bouclier du vaincu: Sc Cortez extrêmement latisfait de voir tant de valeur en une lï grande jeuneflc, 1 embrafla plufieurs fois, & lui ceignit de fa main l’epée qu’il avoit gagnée , lui con- firmant ainfi le titre qu’il avoit acquis par fon courage , & qui lui donna une efti- me au-deflus de fon âge , entre les plus bra- ves Soldats de l’Armée. Pendant les trois ou quatre jours que cette fufpenfion d’armes dura , le Conleil de Guatimozin s’alfcmbla plufieurs fois , pour délibérer fur les propofitions de Cor- tez. La plus grande partie -des avis alloit à entrer en quelque traité , par la confidera- tion de l’extrême mifere où ils fe trou voient réduits. Quelques autres concluoient à la guerre, réglant leurs avis fur l’inclination que l’Empereur tcmoignoit pour ce parti • ces infâmes Sacrificateurs 5 dont les con- feilsétoientdes commandemens de la part de leurs ïdoles,fortifierent la derniere opi- nion -, mêlant les promefles de la viétoire avec quelques menaces myfterieufes pro- r 544 Hift vire de U Conquête noncées en maniéré d’Gracles 5 qul échauf- fèrent les efprits , en leur communiquant la fureur dont ils étoient animez. Ainfi tout le Confeil refolut de reprendre les ar- mes y Sc Guatimozin fe rendit à cet avis y donnant à fon obftmation le titre d’obéif- fance : neanmoins il ordonna, avant que de rompre la trêve , que toute la Noblef- fe avec les pirogues ôc les canots fe rendif- fént à une efpece de port que le Lac for- îïioit en cet endroit-la, afin de fe préparer eue retraite , en cas qu’on fe vît pouffe a la derniere extrémité. Cet ordrefut exécuté ; Sc une multitude effroyable de toute forte d’embarcations entra dans ce port , fans être remplis d’au- tres perfonnes , que des rameurs. Les Ca- pitaines Efpagnols qui étoient furies Lac, informèrent auffi- tôt le General de ce nou- vel incident j "& il devina ailément que les Mexicains prenoient ces mefures , afin de fauver' la perfonne de leur Prince. H dé- pêcha auffi-tôt Sandoval , en qualité dô Capitaine General de tous les brigantins y avec ordre d’affieger le port , &c de pren- dre fur fon çompre tout ce qui arriveroit en cet endroit. îl mit alors feS troupes en mouvement, pour S'approcher des fortifi- cations des ennemis , & hâter les refolu- tions de la paix , par les menaces de la guerre» du Mexique. Livre V. 545 \guerre. Ils avoient dcja reçu Tordre de fe mettre en défenfe -, & avant que Pavant- garde des Efpagnols s’approchât^ leurs cris annoncèrent la rupture du traité. Les Me- xicains fe préparèrent au combat avec beaucoup de hardieffe; mais ils reconnu-; rent bien-tôt l’égarement de leur orgueil y par le débris que les premiers coups de la batterie firent de leurs foibles remparts. Ils ne virent plus que le péril qui les mena- çoit , & félon ce qui partir; ils en donnè- rent avis à Guatimozin ; parce qu’ils ne fu- rent pas long-tems fans montrer quelques drapeaux blancs \ répétant plu fleurs fois le nom de Paix . On leur fit entendre par les truebemens^ que ceux qui avoient quelque chofe à pro- pofer de la part de leur Prince 3 pouvoient s’approcher. Sur cette afl'urance , trois ou quatre Mexicains en habit de Minières 9 fe préfenterent de l’autre côté du folié i Sc après avoir fait ,fuivantleur coutume 3 de profondes humiliations avec une gravité affeftée ^ ils dirent à Cortez : « Que la ce Majefté Souveraine du puiffant Guati- ce onozin leur Seigneur y les avoir nommez ce pour traiter de la paix ; & qu’elle les ce avoir envoyez^afin qif après avoir écouté ce ce que le Capitaine des Efpagnols leur ce $propofer'oit, ilsrevinfTept Pinformer des ce Tmc JL Z z 54^ Hifloire de U Conquête *> articles delà capitulation. » Le General répondit : « Que la paix étoit l’unique but 33 de fes armes *, & qu’encore qu’il fut alors y> en état de donner la loi à ceux qui étoient 33 fi long-tems à connoître la raifon , il fai- 33 foit encore cette ouverture, afin de re-; éprendre le traité qu’on avoir rompu: 33 mais que des affaires de cette qualité s’a- juftoienc difficilement par la voye d’un 33 tiers : & qu’ainfi il étoit neceffaire que 33 leur Prince fe laiflât voir, au moins qu’il 33 s’approchât, accompagné de fes Minif- 33 très 6 c de fes Confeillers , afin de les con- 33 fulter fur le champ,s*il fe préfentoit qucl- 33 que difficulté. Qu’il n’avoit point d’au- 33 tre deflein , que d’accepter tous les par- 3> tis qui ne blefleroient point l’autorité 33 fouveraine de fon Prince , 5c qu’à cette 33 fin il engageoit fa parole ( qu’il confira 33 ma par un ferment ) non feulement de » faire cefTer les aétes d’hoftilité , mais 33 d’employer pour le fervice de l’Empe- 33 reur de Mexique , toute l’attention ne- 33 ceffaire à procurer la fûreté de fa perfon- 33 ne , & le refpeâ: qui lui étoit du. Les Envoyez fe retirèrent avec cette ré-3 ponfe , fort fatisfaits en apparence , & re-? vinrent le même jour , affûter que leur Prince viendroit le lendemain , avec fes Minifties Sc fes Officiers, afin de pren* du Mexique. Livre V* 547 Hrê lui- même communication des articles du traité de paix. Leur defièin étoit d’en- tretenir cette négociation, fous divers pré- textes , jufques à ce que tous leurs bâtimens fuflent prêts , pour affiner la retraite de l’Empereur , qu’ils avoient refoluë. Ainfî les mêmes Envoyez revinrent à l’heure dé- (ignée 3 donner avis que Guatimozin ne pouvoit venir que le jour fuivant,à eau- le d’un accident qui lui étoit arrivé. On remit après cela l’entrevue , fous prétexte d’ajufter quelques formalitez fur la féance, 8c les autres ceremonies. Enfin quatre jours fe paiTerent en ces pourparlers *, 6c Cortex ne découvrit l’artifice , que le plus tard qu’on ne devoit l’attendre d’un efprit auflï éclairé : mais il étoit fi perfuadé qu’ils fou- haitoientla paix , en fe fondant fur l’état auquel ils étoient , qu’il avoir déjà pris des mefures d’éclat 6c d’oftentation pour recevoir Guatimozin $ 8c lorfqu’il apprit ce qui fe pafloit fur le lac, il eut quelque honte fecrete, d’avoir foutenu fa bonne foi contre tant de remifes, 8c il ne put s’empêcher d’éclater par quelques menaces contre fon ennemi *, faifant fervir fa colere â cacher fa confufion, 8c trouvant appa- remment quelque différence entre l’aveu d’uneoffenle qu’on nous a faite 3 Sc celui d’une tromperie dont nous avons été fur* çris. Z z ij 5 48 Hifioife de la Conquête CHAPITRE XXV. Les Mexicains font un effort pour fe reti - rer par la voye du Lac . Grand combat de leurs canots contre les brigantins , a def fem de faciliter la retraite de Guatimo - zin-. Il ejl enfin pris , 0 la Ville je rend à Cortex A U point du jour marqué par Cortex; pour fon entrevue avec Guatimozin^ Sandoval reconnut que les Mexicains s’embarquoient à la hâte fur les canots qui étoient dans le port. Il en avertit aufïi- îôtle General 5 6c Holguin 9 avec quelques Ef- pagnols 3 fe jetta fur les prifonniers. Guati- inozin s’avança le premier , 6c reconnoif- fant le Capitaine y a la déference qu’on lui rendoit : » Je fuis 3 dit-il , votre prifonnier* 8c j’irai où vous voudrez : Je vous prie ^ feulement de faire quelque attention a 33 l’honneur de l’Impératrice 6c des fem- 33 mes de fa fuite. » Auffi-tôt il parta dans le brigantin y 6c donna la main à fa fem- me , pour lui aider à monter y avec une fi grande préfence d’efprit , que connoiflant qu’Holguin étoit en peine de ce que les autres pirogues feroient, il lui dit ; » Ne 33 vous inquiétez point de ces gens de ma fuite 3 il viendront tous mourir aux pieds de leur Prince. 33 En effet y au premier fignp qu’il ils laiflereat tomber leurs du Mexique . Livre V. yyf armes y ôc luivirent le brigantin, comme prifonniers par devoir. Cependant Sandoval combattoit contre les canots des ennemis -, Ôc on connut bien à leur réfiftance , la qualité de ceux qui les remplirtoient y ôc le courage de cette No- blerte y qui avoit pris à tâche de répandre tout fon fang , pour faciliter la liberté de fon Prince. Neanmoins le combat ceiïa bien-tôt , quand ils reçurent la nouvelle de fa prifon: ôc partant en un inftant, de la furprife au defefpoir y les cris de guerre fe tournèrent en pleurs ôc en lamentations d’un bruit encore plus confus. Non-feule- ment ils fe rendoient avec peu ou point de refiftance j mais encore plufieurs Nobles s^empreflerent à pafler dans les brigan- tins y afin de fuivre la fortune de leur Prince. Garcias d’Holguin arriva en ce moment.- apres avoir envoyé un canot a toutes ra- mes , porter cet avis à Cortcz ; ôc fans s’ap- procher de trop près du brigantin de San- doval , il lui fit part comme en partant , de cet heureux fuccès : après quoi y voyant ce Commandant fort diîpofé à fe charger d’un prifonnier de cette importance y il hii- vit fa route ; de peur que cette inclination de Sandoval ne devînt un ordre précis , &c que la répugnance qu’il avoit d’y obéir, ne fe tournât en crime* j <1 Hi flaire de la Conquête On continuent dans la Ville à attaquer les tranchées *, 5c les Mexicains qui s e- toient offert aies défendre , afin de fai- re une diverfion de ce côté-là , combatti- rent avec une confiance 6c une hardief- fe furprenantes, jufques à ce qu’ayant ap- pris par leurs lentinelles , le débris des pirogues qui efeortoient Guatimozin y ils fe retirèrent confufément \ fans nean- moins paroître lâches , mais feulement étonnez. On connut bien-tôt la raifon de ce mou- vement , lorfque l’avis portoit , que le ca- not dépêché par Holguin 5 arriva. Le Ge-' neral leva les yeux au Ciel , comme vers la fourcede tout fon bonheur ; de manda auffi-tôt à tous les commandans des atta- ques, de fe maintenir à la vue des rem- parts , fans s’engager plus avant , jufques à nouvel ordre. En même tems il envoya deux compagnies d’Efpagnols à la defeen- te>avec ordre de s’afiurerde la perfonne de Guatimozin : de fortit a fiez loin hors de fon logis , pour le recevoir : ce qu’il fit avec beaucoup de civilité de de reverences^ ces demonftrations extérieures tenant lieu de paroles. Guatimozin répondit delà mê- me maniéré , en produifant la reconnoif- fan ce , pour couvrir fon dépit. Lorfqu’üs furent à la porte du logis ; soute du Mexique . Livre V. ^ j jtoute la fuite de l’Empereur s’arrêta ; & ce Prince entra le premier , avec l’Imperatci- ce, affe&ancdc témoigner qu’il nerefu- foit pas d’entrer en prifon, Iis’affitauffi- tôt , avec fa femme y & un moment après slfe leva, pour faire alfeoir le General ; fe pôfledanc fi bien en ces commeneemens, que reconnoiffanc les Truchemens , au polie qu’ils occupaient , il commença la convention , en difant à Cortez* : ce Qu’attendez-vous , généreux Capitaine , cc pour m’ôterla vie avec ce poignard que ce vous avez au côté ? Des prifonniers de ce nia forte ne fervent que d’embarras aux ce Vainqueurs. Sortez-en promptement ; ce & que j’aye le bonheur de mourir par ce Vos mains , puifque je n’a y pas obtenu ce celui de mourir pour ma Patrie. ce En cet endroit toute fa confiance l’a- bandonna , 8c les pleurs qui étouffoient fa voix , 8c forçoient la refi (lance de fes yeux , expliquèrent le relie. L’Impératrice les laiffa couler avec moins de rèferve *, 8c Cortez fut obligé de faire violence à fa tendrelî'e , 8c à la compaffion que ce trif- xe fpedacle lui eau foi t. Il lailTa quelque tems à la douleur de ces affligez , 8c ré- pondit enfin à f Empereur : ce Qu’il ne- ce îoit pas fon prifonnier ; 8c que fa Gran- deur n’étoit pas tombée dans une pareil- ce Tome IJ. A a a y 5 4 Hifloire de la Conquête 33 le ciifgrace , indigne d’Elle : maiV s? qu’il étoic prifonnier d’un Prince iï 35 puiffant , qu’il ne reconnoiffoit point de Supérieur en ce monde ; 6e fi bon , que Guatimozin ne pouvoit pas feu-; 3o leraent efperer fa liberté , de la roya- 35 le clemence de ce grand Prince y 35 mais encore l’Empire de fes ancêtres > 3? augmenté du glorieux titre de fon ami- 35 tié. Qu’en attendant le temps qu’il fab 30 loit pour recevoir fes ordres fur ce fu- 35 jet ^ il feroit fervi 5 c refpe&é par les 35 Efpagnols 3 de maniéré qu’il ne trouve-; « roit point de différence entre leur obéïf- 3? fance , 5 c celle de fes Sujets, 55 II voulue paffer de-là à quelques motifs de confo- lotion a fondez fur l’exemple des Souve-n rains tombez en de femblables difgraces \ mais la douleur de Guatimozin étoit en* core trop tendre 3 pour fouffrir des reme-; des 3 & le General appréhenda de le mor-- tifier fans le refoudre ; parce qu’on n’a point encore trouvé de confolation pour les Rois dépoffedez , & qu’il étoit difficile de rencontrer de la refignation en un;efpric qui manquoit de la véritable connoiffam ce de Dieu. Guatimozin étoit un jeune homme 4 ’environ vingt-quatre ans, 5 c fi brave 3 ,-cp’en cet âge il avoir acquis par fes exploits du Mexique . Livre V. $ y y ’& par plujfîeurs vidôires, tous les hon- neurs qui éle voient lesNobles au rang d 3 où on tiroir les Empereurs. Sa raille étoit fore bien proportionnée *, haute fansfoibleffe i &c robufte fans difformité. On voyoir fur Ion tein une blancheur fi éloignée de la couleur bazannée des Indiens^ qu’il paroi f- foit comme Etranger entre ceux de fa Na- tion. Ses traits n’a voient rien de aefagréa- b!e : ils marquoient neanmoins beaucoup de fierté \ 8c en effet 5 ce Prince avoit tant d’inclination à s’attirer 1 efirime 8c le ref- ped , qu’il confervoit toute fa majefté au milieu de fon afflidion. L’Impératrice étoit du même âge que fon mari. Elle at- droit les yeux par la grâce 8c la vivacité de fes maniérés *, & fon vifage , moins délicat qu’il ne convient à une Dame > avoit neanmoins à l’abord quelque air de beauté , qu’il ne foûtenoit pas j mais le refped fauvoit ce que l’agrément n’avoit pu conferver. Elle étoit niece du grand Motezuma , ou félon quelques Auteurs , fa fille : ÔC lorfque Cortez l’eut appris ^ il luirenouvella les offres de fon fervice 3 fe tenant encore plus étroitement obligé à rendre à la perfonne de cette Princeffe , la vénération qu’il confervoit à la mémoire de l’Empereur. Cependant il fe fentoic preffé de retourner à fon armée , afin d’a- A a a ij ç 5 é* Hifloire de U Conquête cnever de fou mettre cette partie de la Ville que les ennemis tenoient encore j ce cjui l’obligea à finir la converfation , en prenant congé fort civilement de fes deux prifonniers , qu’il mit entre les mains de Sandoval , avec une bonne garde* Avant que Je General fût parti , on vint l’avertir que Guatimozin le demandoit à deffein de lui faire quelque priere en fa* vcur de fes Sujets. Ce Prince le, conjura avec beaucoup d’ardeur: ■» Qu’il ne fouf- 33 frît point qu’on les maltraitât , ni qu’on leur fît aucune injure , puifqu’il 33 fuffifoit pour les obliger à fe rendre , m qu’ils fçuflcnt que leur Empereur étoi t 33 pris. 33 II avoitle jugement fi libre, qu’il pénétra la raifon qui obligeoit Cortez à fe retirer -, & ce foin 5 digne véritablement d’une ame Royale 3 trouva place entre des déplaifirs fi touchans, Quoique le General lui eût promis toute forte de bons traitemens en faveur de fes fujets * il fouhaita neanmoins qu’un de fes Minif- tres l’accompagnât , ordonnant par ce Miniftre , aux Soldats Sc au refte de fes Va (Taux 3 d’obéïr au Capitaine des JÉfpagnols ; puifqu’il n’étoit pas jufte qu’ils irritaffent un homme qui tenoit leur Prince en fon pouvoir , ni de refufer de fe çonforiiier aux ordres de leurs Pieux? du Mexique. Livre Ÿ„ $ y? ÜArméeétoit encore au même porte ou îe General l’a voit lairtée , fans qu'il fût ar- rivé aucun mouvement confiderabie ; par- ce que les ennemis ^ qui s’étoient retirez avec tout l’étonnement où la nouvelle de la prife de leur Empereur les avoit jet— tez , fe trouvèrent alors fans vigueur pour fe défendre , & fans èfprit pour d ref- it r des articles d’une capitulation. Le Miniftre de Guatimozin entra dans leurs quartiers; & à peine leur eut-il déclaré les ordres dont il étoit porteur , qu’ils s’y fournirent , en protertant de leur obéif- fance. On arrêta , par l’interpofition du même Minirtre y qu’ils fortiroient fans armes ôc fans bagage; ce qu’ils exécutèrent avec tant d’emprefFement , que leur fortie n’occupa que fort peu de tems. Le nombre de leurs gens de guerre , après tant de pertes , fur- f îrit les Efpagnols. Le General eut grand oin qu’on ne leur fît aucun mauvais trai- tement; 6e fes ordres étaient fi refpeélez , que l’on n’entendit pas même une feule pa- role injurieufe entre les Nations ailiées,qui avoient tant d’hôrreur pour les Mexj-; tains. Après cela l’atméè entra en bataille, pour reconnoîcte dé tous cotez cette par- tie de la Ville 5 où on ne trouva que des A a a iij 558 Hifîoire de la Conquête objets funeftes d’une mifere horrible à la vue 5 3c qui infpiroit de triftes reflexions: des invalides & des malades qui n’avoient pu fuivre les autres y 3c quelques bleflez qui demandoient la mort 9 accufant la pieté de leurs vainqueurs. Mais rien ne parut fi effroïable aux Efpagnols^ que cer- taines cours &c mai fous defertes 3 où ils avoient entafie les cadavres des hommes de confideration qui étoient morts dans les combats 5 à defTein de celebrer leurs funérailles en un autre tems. Il en fortok une odeur fi infupportable 3 qu 3 on crai- gnoit même de refpirer y 3c véritable- ment il s’en falloir peu que l’air n’en fût enipefté ; ce qui fit hâter la réfolution de Sa retraite. Le General ayant donc diftri- bué des quartiers dans la Ville , à San-] doval 3c à Alvarado y loin d’un lieu dont la contagion étoit fi dangereufe y ôc don- né tous les ordres qui lui parurent necef- faires y fe retira avec fes prifonniers à Cuyoacan y menant avec foi les troupes conduites par Chriftophe d’Olid , pen- dant qu’on nettoyoit la Ville de toutes ces horreurs. Il y retourna quelques jours après j afin de délibérer fur l’ordre &: la forme que l’on devoir donner à la nou- velle conquête pour l’établir 3c la main- tenir fûrement y enfin à ranger toutes du Mexique. Livre V. 5 5 ÿ les mefures , 5c épuifer les reflexions qui rouloient déjà dans l’imagination i comme des fuites d’un bonheur fi fur-* prenant. La prifon de Guatimozin 5c la reddi*! tion entière de Mexique , arrivèrent le treiziéme jour du mois d’Aoûc de l’année mil cinq cens vingt-un, jour 5c Fête de faint Hipolite , dont pour révérer la mé- moire , cette Ville célébra la Fête fous le titre de Patron. Le fiege dura quatre- vingt-treize jours y 5c dans fes divers inci- dens, heureux ou malheureux , on doit également admirer le jugement, la conf- iance 5c la valeur de Cortez -, le coura- ge infatigable des Efpagnols , 5c encore l’union 5c l’obéïffance des Nations alliées, accordant aux Mexicains la gloire d’avoir pouffé la défenfe de leur Patrie 5c celle de leur Prince, jufq ues aux derniers efforts de valeur 5c de patience. Après la prife de Guatimozin 5c la con* quête de la Ville capitale de ce grand Em- pire , les Princes tributaires furent les pre- miers à venir rendre leurs hommages 5c leurs foumiflîons. Les Caciques voifins fuivirent bien- tôt cet exemple : ce que les uns donnèrent à la réputation des Efpa- gnols, 5c les autres à la terreur des armes qu’on leur fît fentir, C’eft ainfi qu’on for- Aaa iiij <£6 Hifloire de ta Gmcjuetê s Sé Ce- rna en peu de rems certe vafte Monarchie^ qui a mérité le nom de Nouvelle Efpa^ gne -, le grand Empereur Charles- Quint ne devant pas moins à Fernand Cortez p qu a une Couronne digne de fon aug-ufte front ; Admirable conquête f & Capitaine îrès-iilufhe entre ceux que des fiécles en- tiers ne produifent qu'avec peine , & dont oxi voit fi peu d’exemples dansFHiftoire % FIN, e?j ta td ta e^ta c^tac^ta té ta té ta d -n **d^*#i&4* v*$&& &$| P^ p & ^ p^ p'^( p^j p^ P b S| TABLE Jte/ chofes les fins remarquables contenues dans cet Ouvrage . A A Dm;? Florent Car- dinal s’inteielle fore pour Coûtez , 545. Il eft élû Pape, jfz Moufe d'Avila envoyé par Cortez à i’Ifle de faint Domingue, 339 Alonfe de Grade va pour Lieutenant de Sando- val àVera-Cruz, 6 Alonfe de Mendofa vient député par Cortez en Efpagne, 337 w imbaffades, DesAmbaf- iadtuis de Mexique viennent à Tlafcala , 279 André deDuero s’embar- que avecNarvaez, 61 Avec lequel il rompt mal-à-propos, 33 3. Il parle en Cour, en pré- fence des Miniftres députez par l’Empe- reur, en faveur de Ve- . lafqnez , 3 $6 Armées. Nombre desSoî- dits qui compofoient celle de Cortez , 3 68 Afirologues» Mîferes or- dinaires à ces fortes de Devins, 238 B B Arthelemy de las Ca~ Jas } Evêque deChia- pa, écrit mal-à-propos contre les Efpagnoîs des Indes , & fansau* cun fondement , 1^5=. Barthélémy d'Olmedo porte les dépêches de Cortez à Narvaez,73. Tâche de réconciliée ces deux hommes, 77* 78. Maltraité enfuite par Narvaez , 80. II revient enfin à Mexi- Table des chofes que avec la téponfe de Coûtez avoit metfdié fa Commiriîôn , 86. Renvoyé une fécon- dé foisaNarvaez,pour traiter une paix foli- de‘, 103. Exhorte & anime les gens de Cortez contre Nar- vaez, n i. Veut per- fuader à Motezuma , mais en vain , de rece- voir le Baptême à l’ar- ticle de la mort, 191. Afîïïfe Magifcatzin à la mort , & lui fait re- cevoir le Baptême, 3 16 fi 7 Bataille fameufe gagnée par Cortez dans laVil- îe d’Otumba , z6o. 1 61 Bernard Diaz del CaftU- / 406. Ses Ha» Grand carnage qui ar- bitans contractent riva à Japrife de cet- amitié avec ceux de te Place, 446 Tlafcala, 410 Capitaines. Il importe Châteaux ou tours de beaucoup qu’ils foient bojs, qu’on menoit ai- heureux , 387 fément fur des roues , Charles V. Prince d’Ef- pagne empêche qu’on ne vende comme ef- claves les Indiens ^qu’on avoit pris dans le combat, 301. Il re- vient en Efpagne , & fon retour appaife les troubles,353. Ordon- ne une allemblée de quelques Minières , pour terminer les dir- fcrens qui étoient en- tre Cortez & Veîaf- quez, 3 54. Et il hono- re celui-là du titre de Gouverneur & Capi- taine General de tous les Pais qu’il avoit conquis , 35p. Il re- prend & blâme Veîaf- quez & François de Garay, fur leurproce- dé contreCortez,3^z. 363 Chalcoytnontagne. LaPro- vince de ce nom de- conflruits par Cortez, I 7 1 Chechimecal Chef deê Tîafcalteques.accom- pagne les brigantins de Corcez, 417. Etant perfuadé de fon cou- rage, il refufe d’atten- dre le refte de l’armée qui le fuivoit j mais il fe rend enfin à obfer- ver les ordres de Cor- tez , ibid. Il difpute avecSandovaî le com- mandement de l’a- vant-garde, 42.1 Cheval . Les Efpagnols furent un jour obligez dans les Indes de fe fervir de la chair d’un Cheval mort pouc leur nourriture, 255' Chrifiophe d'Olea donnç du fècours à Cortez dans un danger prek Tant, 46S Chrifiophe d'Oiid va avec % Table des nne armée au fecoui s de Guacachuîa , 306. IÎ fe défie du fec ours que lui amené le’Caci* qtie de Guacozingo , 309. Il le rend au fie- ge de Mexique par la chauffée deCuyoacan, 488. Rompr laque- duc & les tuyaux qui portent l’eau-douce à Mexique, 4 90» Et ga- gne le dernier folié de Ja chauffée , 499 Clémence , vertu fort re- commandable dans les Capitaines, 41 j Communautés deCaftil- le. Elles fe trouvent dans de grands mou- Vèmens , attendu la fortie de l’Empereur , 347 lnfolencedes mu- tins dans cette occa- ûor\,ibid t Le tout s’ap- paife à la nouvelle qu’on reçut que ce Prince feoft bien-rôt de retour, 348.349 Confiance . Il eft dange- reux d’en avoir trop à la guerre, 103. Incon- veniens qui 1 accom- pagnent ordinaire- ment, . |zi8 Confeil de Miniftres al* cloofes femblez par Cliarïeâ* Quint , pour enten- dre les différends qui étoient entre Cortez & Velafquez, 4j3.Ce Confeiî juge en fa- veur de Cortez ,356. Divers jugemens fur les raifons qu’appor- toiesit l’un de l’autre pour avoir jufiiee j 31 7 - 318 Confifiiration du Roi de Tezeuco contre lesEfi. pagnoîs , ï 8. 19. 20. Autre conspiration de Villafagna contre Cortez &tous fesCon- ieiiiers , 47 J, 47 & Contributions N oyczTri- buts. D D An fis fur la corde fort frequentes dans les Indes , 272 Démon. Cet efprit malin fait tous les efforts pour mettre Motezu- ma en colere contre les Efpagnols, 49 jyejcriptions particulières de l’armée des Mexi- cains près d’Otumba , zf 6 , De la Ville de Capiftlan , 444. Du Bourg deQuatlavacâ* A les plus remarquables. 46ï. Du jardin enfin , forcer, >, 1 9. Et lai écrit & du Palais du. Caci- que de Guadepeque , , 4 S9- 1 6 ü> , Defefpolr . On doit tenir cette furie pour un grand manque de cœur, & une lâchete parfaite , 191 Diego d'Ordazvz recon- noitre la Ville de Me- xique , & l’armée en- nemie qui y étoit , & court grand rifque de la vie, 1^9. 160. Cor- fez ne dédaigne pas dans une- occafion dangereufe de faire ce qifOrdaz fit en fe re- tirant du mauvais pas de Mexique , 168. Il eft envoyé en Efpagne par ce General, qui lui confie fes dépêches , 357 Diego Velafquez, Gou- verneur de rifle de Cuba, envoyé une ar- mée pour détruire Cortez, & en confie la conduite. aNarvaez, 5f. 56. Infhuélion qu’il donne àNarvaez Chef de cette armée , f6. Il lui envoyé un yaiiîeau pour le ren- que fi Coïtez n*eft pas mort , il le prenne , & le lui envoyé avec bonne efeorte , 3*1. L’Empereurdéfaprou- ve les violences & le procédé deVelafquez. Sa mort , 3 60 Diego Velafqttez. le jeune a un démêlé avec Jean Veîafqucz deLeon fur quelques paroles lâ- chées contre Cortez , 1 06. Il eft fait prifon- nier de guerre à Vera- Cruz, 15 1 Difgre (fions. Elles font quelquefois permifes aux Hiftoriens j ce qu’on prouve pat des exemples , 364 Di/cours de Fernand Cortez à fes Soldats pour les animer con- treNarvaez,i8^. 19Q* Réponie qu’il fît à Motezuma , qui le prefioit de fe retirer deMexique, 2 .151. Ils mangent dans la ne- ceïïité la chair d’un chevalmort,2 j 3*Ceux d’entr’eux qui ayant abandonné Narvaez , avoient fuivi Cortez , fe retirent à Cuba , ESendard.DcCcnpùoü de l’Etendard Royal des Mexicains, zjy.Cor- tez gagne cetEtendard dans une fàmeufe ba. taille, 260. 261 F F Ernand Cortez pafie dans l’Efprit des Me- xicains pour le favori de leurEmpereur,6.Il ^informe des limites Peuples, d’une pluie miraculeulc, 1 3 .le Roi de Tezeuco confpire contre Gortez & fon armée, 17-Motezuma veut fe debarralfer de Cortez , & ce par un artifice que cet Es- pagnol ne connoifîbit pas , 31.^ feq. Et ce General cherche à dif- férer fon départ, fous prétexte de faire confi- truire des vaifiéaux, 4 6 . 4 7. Il apprend des nouvelles de l’armée que Diego Velafquez envoyoit contre lui , 53. 54, Et envoyé le PereRarthelerai d’OÎ- medo,avec des lettres pour Narvaez, 73. Il prend la refolution de fe mettre en campa- gne , pour s’oppofer aux defieins de Nat- vaez,87.^ feq, André de Duero vient vifiter Gortez de la part de Narvaez , & l’avertie d’une embufeade qu’- on lui drefié,io^. Sur quoi il déclare la Table des guerre â ce Comman- dant , ibid. Il prétend att aquerNarvaezdans ion quartier, ii ï 1 6. Il l’y bat , & le prend prilonnier , no. ru. Et les gens de celui-ci s’enrollent avec Cor- tez i 29. Il apprend que ceux de Mexique le font révoltez con- tre lui, 1 38* 1 3 9.Il va dans cette Ville , & y entre (ans réh (tance , 14$. 14 6. Il fait une {ortie fur ce s mutins qui l’attaquoient,i66. 267. Et une autre en- fuite , 171. 1 73 .Il eft biedé à une main, 177. Il reçoit un grand chagrin d’apprendre que Motezuma avoir été bielle* voulant ap- paifer ces feditieux , 187. 188.II envoyé le corps de cet Empereur mort d^ns la Ville , 395. Se faiht d’un Temple que fes enne- mis avoient occupé, 204. Il s’engage trop avant dans le combat, 2.05?. Il prend la refo- lution de fe retirer de Mexique pendant la C ho fes nuit , 11 1. U permet â (es Soldats d’empor- ter tout ce qu’il leur plairoit , de l’or & de l’aigent qu’ils avoiei t ramalié , 2.2.6. Il perd beaucoup de fes Sol- dats dans cette retrai- te, 2 3 2. Se faiht en (ë retirant d’un Temple, & s’y met à l’abri de fes ennemi?, 24 2.. 2.43* Il combat contre une armée t tés-nombre u- fe dans la V ailée d’O- t u m ba, z $ 6 . 2 f 7 Pr 1 e n d l’Etendard Royal, & remporte la vidoire , 260.Il entre àTIafca- la comme en triom- phe , 270. 271. Il fe trouve en grand dan- ger, àcaufe de la blef- fure qu’il avoit reçue, 273 274. Il appaiiela mutinerie des Soldats de Narvaez , qui s’op- poloient à fes del- feins , 28^.290 II dé- fait les Mexicains à Tepeaea,29 j. 296» Et enfuite à Guacachula, 3 1 1.3 12.Il fe refout à faire de nouveaux bri- gantins , pour retour- ner à Mexique , 323* les plus remarquables. Il prend le deuil en Autre ciifËcuî te fur îe encrant à Tiafcala, at- tendu la mort de Ma- gifeatzin , 52,4. ÎI en- voyé d’autres Députez en Efpagne, 32,5. Ce que .nient en cette Cour tant ceux-ci que les premiers qu’il y a voit envoyés , 3 y y feq. Nombre des Sol- dats qui accompa- gnoieut Cortez a Ja Conquête de Mexi- que, 368. 369. Il s’en va droit à cette Ville, 3 74. Et lé rend maître en paiîànt de celle de Tezeuco, 38 6 7. Il oH re la paix a l’Em- per car du Mexique , 411. Va reconnoître lui-même le païs qui efl: autour du lac & de la Ville de Mexique , 423. Donne bataille aux Mexicains pies dlaicotlanj 42 f.il pâl- ie avedon armée aTa* cuba, 4 2^41 o. Dan- ger qu’ri courut lur une' eliauflëe prés de cette Ville, 434. DifH- cultez qu’il rencontre pour entier a Suchi- milco, 449 & feq> Tome II , même fujet qu’il fur- monte pourtant, 46 y. Il le rend le maître de cette Ville , & fe voie expofé à un grand danger , 406 & fiq> Antoine dcViilafagna confpiré contre la vie de Cortez, 47 y &feq. Et il-eft puni, 475?, Cottez fait tuer Xi- cotencabquiavoit en- vie de deferter , 483* 11 fcpare Ion armée en trois corps, 48 7 11 en- tre dans îe lac de Me- xique avec fes brigan- tins , 491. Il met en défordre les canots des Mexicains, 45 V$ Il envoyé du fecours a Chriftophe d’Olid , 498* Etp a ffe lui- mêm e a Iztacpalapa pour fc- courirGonzale deSan- doval , 5-03 & 504. Il fan palier Sandoval à TedeaquiiJa yo« é Sé- paré les brigantins^en trois efeadres , & les polie en trois dif- ferentes attaques , 507. y 08. Drdle une embulcade aux piro- gues des Mexicains Bbb Table des chofes $i 1. f 1 3 . Il fait de fes prifonîuers S nouveau propofer la paix à Guatimozin , 5 i f . Il fufpend pour un jour les attaquesde la place , & pourquoi, S 1 4. Moyen dont il fe fer vit pour remettre fes Alliez dans leur devoir , 8c leur ôter toute forte d’appre- henfion , 329. f 30. Il forme le defîein d’en- trer dansMexique par trois endroits diffe- rens, &î’execute, 533 &feq.$es gens fe ren- dent les maîtres de la Place de Tlateluco & s’y poftent,? 3 7. Il fait encore un efïort pour arriver à la paix, f 40. Donne le commande- ment de tous les bri- ganrins à Sandoval , pour avoir foin du lac, P44. Il fe trompe croyant que Guatimo- zin fouhaite la paix, 3 47. La maniéré dont il reçut Guatimozin quand il fut pris & qu’il vint en fa pré- fence, fffl. pf4.Il en- tre dans Mexique , 557. £t ie retire ayec Cuyoacan , 5 f 8 Fontaines d’eau douce qui couîoient dans la Ville de Mexique. Chriflophe d’Ohd 8c Pierre d’Alvarado en rompent les canaux, 489. Autre Fontaine , où lesEfpagnoîs fe ra- fraîchirent en entrant, dans la Province de Tlafcala, z66 Fortune . Comment eft- ce que les Anciens en- tendoient ce nom For- tunCji 7*Comment on doit l’entendre à pre- fent , 388 François Alvarez, Chico eft envoyé par Cortez à Pille de Saint Do- mi ngue , 359 François Verdugo ne t tempe point dans la confpiration qu’avoit tramé Vi 11 afagna con- tre Cortez, 47S François de Garay. Ses troupes l’abandon- nent , & fe rangent fous les enfeignesde Cortez , 32.9- 330. L’Empereurn’appi cu- ve pas fon procédé , 8c lui défend de rien at~ les plus remarquables* tenter fur la Nouvelle fait Gouverneur de la Efpagne, 362. français de Lugo reçoit ... ordre de Cortez de fai- re mettre à terre les vaiiieaux de Narvaez, & l’execure,i 37. Il va mener du fecours à ceux de laProvince de , Chalco & d'Gtumba , 407. Et bat les Mexi- cains, qui avoientdef- fein de maltraiter ces deux Provinces , 409 François de Montexo eft mal reçu à la Cour ; mais il eft enfin écou- té favorablement de l’Empereur, 341. 542, G G Arcs as dîHolgutn donne la challe à quelques piroguesqui ruyoient de Mexique, 5 49 & Jeq. Prend pri- sonnier l’Empereur Güatimozin fur fa pi- rogue, ibid. Il ne veut pas remettre cet illus- tre prifonnier entre les mains de Sando- val , qui le fouhai- tokain/î, & le con- duit lui-méme à Cor- tez, jji Çonfal de Smdoval eft Ville de Vera-Cruz, 6 . Il fe faiïkdes En- voyez de Narvaez , & les fait traduire à Me- xique , 66 . Laifle Ve- ra-Cruz , & va avec fa troupe&quelquesSol- dats de Narvaez join- dre Cortez , 99, iog. Il mene du fecours à ceux de laProvince de Chalco, 407.Il con- tribue de fon côté à faire une bonne paix entre ceux de cette Province & les Tlaf- calteques , 41 1. Il va efeorter les brigantins qu’on amenoit de Tlafcaîa, 41 $. Venge en pafTant à Zulepe- que la mort de quel- ques Efpagnols qn’on avoit tués dans cette Ville , 41 8. 419-Cor- tez lui donne le Gou- vernement de Tezeu- co,& le charge de fai- re avancer la conftruc- tion des brigantins , 42.5. Va une fécondé fois fecourir la Pro- vince de Chalco, 440. 44 t. Se faifit de la Place deGuakepeqne* Bbb ij Table des chofes '441*11 revient à Te- zeuco pour y avoir foin de ce quiappar- tient à la guerre, 447. Il fe rend au (iege de Mexique par Iztacpa- lapa, 489. Il Te trouve afîlegé lui- même dans un porte que les Me- xicains avoient aban- donné , y 04. Il reçoit ordre deCortezd’alîie- ger avec tous les bri- gantins le port deMe- xique, 544. Il com- bat contre tous les ca- Bots des Mexicains qui vouloient fauver la perfonne de leur Empereur , 748» Et donne la commiflion à Gardas d’Hoîguin , de donner la charte à quelques pirogues qui porcoient Guatimo- zin , f 49 Û'uacachula. Cette Pro- yince demande du fe- cours à Coïtez contre les Mexicains , 30 6 Guafiepeque. Sandoval fe faifit de cette Ville, 1 41 . SonCaciqut loge fort commodément l’armée de Cortez , 443. Defaiption du jardin du Cacique J ibià \ Gummozin. Les Mexi- cains l’élifent Empe- reur, 501- $o$.Son ap- plication aux chofes qui concernent la guerre, 5 04.Il fait fon poiïible pour ôter aux Efpagnols la commu- nication de Tlafcala & de Vera-Cruz, 459 ® Il fait accroire enfuite que Cortez ert mort, & à quelle fin, 5^27. Et donne à entendre aux Peupîes^que lesDieux lui avoient annoncé que la guerre fîniroic dans huit jours , y 2. 8* Il fe retire au quartier le plus fort & le plus éloigné des ennemis » dans le reins qu’il efl artiegé dans Mexique, f ) j . Il prend enfuite la refolution de fe bat- tre , pour avoir le ternsde feûuv'er,jj 6* Il fe rend prifonnier à Gardas d’Hoîgoin, & oji rapporte les paro- les qu’il lui dit en fe remettant entre fes mains, f f o.La manie- ic dont il fc ccmpor# les plus remarquables] fa, étant arrivé en pré- S Hipolyte La Ville dé fence deCortez , f f 5. Mexique fur prife le Son portrait , & celui jour de la Fête de ce de i’Imperatrice fa Saint, SÏ 9 femme, ïîq m I Guacocingo. Cette Pro- O. Jacques. Quelques vmee envoyé une ar- mée au fecours desEf- pagnols , j 07. 308 Guéri fon prcfque mira- culeufe de toutes for- tes de pîayes , operée par un fîmple Soldat Efpagnol , f 14 Guerre . Le fuccês de la guerre dépend de Dieu , & c’cfl par là qu’il châtie quelque- fois^ qu’il punit les Princes, 16 z H D . Hernand nouveau Roi deTezeuco, reçoit folemnellc- ment le Baptême prend le nom d’Her- nand , j^S.Cortezle Jaillê dans Tezeuco, pour avoir foin de ce qui concerne le civil , 59 9 Hijloriens. Ils atrribuent aux E (pagnols beau- coup de cruautez dans la conquête de ce Pais , ijz W Auteurs ont écrit que ce Saine avoit com* battu pour Ps Efpa- gnols à la bataille d’Ocumba, z6z jardins. D-fcription de celui du Cacique de Cuaftepeque , 459 Idole. Il n’effc pas vrai-» femblablequ’on abat- tit celles de Mexique dans le tems que le rapporte Diaz, 11. ia J ean Catalan guéris prefque miraculeule- naent toutes lesplaïes, f 2.4 qeanDommgueZy Soldai fort adroit à drefîèr le§ chevaux , meurt dans un combat pour ceux de Chaîco & de Tb,a- m an al co , 441 %ean ^ufie eft madàcréà Zulepeque par les In- diens, 418 ^ean Nugnez, de Mer cA~ do , tue en duel un In- dien , qui avoit ofé ^défier le plus brave Table des chofes des Efpagnols , y 42.. xicains lui avoient S 43 Vortillo meurt dans une embufcade que les Indiens avoient drelfée fur le lac de Mexique, y 12 $ ean Rodriguez deFonfe - cm Evêque de Burgos. Les informations fai- tes par cetEvêque con- tre Cortez, font fort préjudiciables à ce- lui-ci , 342.. 343. De forte que les Envoyez furent obligez à le re- cufer pour Juge dans cette affaire , 331 %ean de Salamanque met entre les mains de Conez fEtendard Royal de Mexique , 160 ?}exn VelafqueZ de Leon . Cortez l’envoye vers Narvaez pour traiter d’accommodement , 103.Il tire l’épée con- tre Diego Velafquez le jeune, & pourquoi, ïo 4- Il meurt dans la retraite que fait Cor- fez de la Ville de Me- xique, 236 ^ean Volante rapporte le Drapeau que les Me- enlevé dans un com- bat, 431 Indiens. Ils n’étoient pas fi faciles à domter qu’on pourroit fe l'i- maginer, qof Iztacpalapa. Cortez s’en faiiît par force, 3 996* 400. Il eft obligé de s’en retirer, â caufe d’une inondation que les Habitans avoient procurée, 401 lzucan. Le Cacique de cette Ville reçoit le Baptême, 32 .6 L D . Laurent Magifcat - zin fe fait baptifer, & appelîer Laurent , 327 Lucas Vafquez d' Aille ft , Juge de l’Audience Royale , envoyé à Ve- lalquez, pour l’obli- ger à défarmer , 3s. Il s’embarque fur la doc- te du même Veîaff quez,&àquel deffeïn. Il efl arrêté hon- teufement par Nar- vaez & traduit à fille de Cuba, 82 les plus remarquables* M les porte jufqtfà cott- M Agifcatzin loge fpirer contre la vie de Cortez, 271. Sa ce General. > 47 f maladie , Ion Baptê- Medecine. Ufage qu’en me , & fa mort ,31 6. faifoient les Mexi- Son fils prend après la - cains , 274 mort de Ton pere le Meza & Montan fe ha- Gouvernement du principal quartier de Ion Pais, 326 Marcbandifes. Leur prix devient excefîif dans les Indes, 3 66 D, Marina tâche de per- fuader Motezuma de fe faire Chrétien, 191 'Martin Cortez retourne à la Cour d’Efpagne avec les quatre En- voyez de la Nouvelle Efpagne, 34?. L’Em- pereur Phonore de beaucoup de marques de fa bienveillance , . J*? JM art in Lopez facilite la conftruàion des bri- gantins de Cortez > 3*3 Mécontentement. Ceux qui f avoient abandon- né Narvaez ne font pas plus comens de Cortez , 288. Autre mécontentement de quelques Soldars, qui zardent fur le Volcan pour en tirer du fouf- fre pour faire de la poudre , dont l’armée manquoit , 323 Mexicains . Ils s’imagi- nent que Cortez eft le favori de Motezuma s 6 . Ils fe plaignent de ce que leur Prince fe rend Vailal du Roi d’Efpagne , 49. Ils prennent les armes contre lesEfpagnols» iyo- Ils attaquent leur quartier , & y mettent le feu,i£6JIs reviennentà Patraque, 167. Ils maltraitent Motezuma, & le bief- fent , 187 . & feq. Ils font les funérailles de de ce Prince , 19 5 <& 1 9 4» Ils élifenr Quet- lavacapour leur Em- pereur, 202, Et quel- que tems aprèsGuati- mozin , 302. Ils fe re- tranchent dans ua S” *Tahle des Temple, & s’y défen- dent, 10* . Deux Me- xicains tentent depré- cipiter Cortezdu haut de ce T empîe, & de fe jetter avec lui en bas, 2,06 107. L’année de ces peuples maffa- cre par m'égarde les deux fils de MoteZu- ma, 2^9. Elle fedivife ,£n pîuheurs corps pour occuper plus fa- cilement la vallée d’O-tumba, 2 $ 3. Et eft mife en déroute pâl- ies Efpagnoîs, 2 5-9 26©. La maniéré dont ils défendent les chauffées du Lac cîe Mexique , J09 3 10. ils mettent en ufage divers ffratagê- Ines pour défendre leur Ville, fo^.IIsfa- crifïenr les Efpngnols qu’ils prennentenvie, 316, Leur effort pour cacher la neceilué où ils étoient pendant k Siégé de Mexi- que, jqi. Quelques- uns d’entr’eux invi- tent les Efpagnols à un combat particu- Jkr, 5 4^* Leur dou- chofêS leur quand ils appri- rent que leur Empe* reur avoir été fait pri- fonnier, 5 47 . Il s (or- tent enfin de Mexi- que fans armes & fans bagage , ibid * Mexique , Miferes qu’on fouffeoit dans ccrre Place , lorfqu’elle fut prife, Jf8 Moîezumd' Coïtez lui donne petmiflion de fortir de la ptifon pourvihrer fes Tem- ples, 2. Il £iit faire une Caire de tous fes E- tats , 10. Il fait f-ai'fif par artifice le Roi de Tezeuco,27. 28. Il ré- pond avec adrede à rAmbalIâdetirdeCor- tez, 32.IÎ propofeàfa NoBlefle'dè fe rendre Vailauxdu Roi d’Ef- pagne, 37 & fiq. Ri- cheffesqui furentdon- nées au Roi d’Efpa* gne, en vertu de cetre reconnoiffance, 43 & 44, Ce Prince preffe Cort.ez de forcir de les Etats , 47 & 48. Et l’entretient de la dif- corde qui regnoit en- tre lui & Narvaez^p. II les plus remarquables * Il garde religieufe- -J . P mène .la parole qu’il T) Amphile deNarvaez avoit donnée à Cor- 1 va pour Chef de tez , même dans le l'Arm ée deftinée coiî- rems que celui-ci eft abfènt, 147. Il tâche d’appaifer fes lui ers armés contre les Espa- gnols, 18 f.Il cftblef- fé à la tête par ces - mutins, 1 8 7. Et meurt obfliné dans fa fuper- ftition ,191 Son por- trait, 198. & Jeq- Ses enfans, & leurs def- cendans , 2-00 N N Obleffe Mexicaine reconnoît le Roi d’Efpagne pour fon Souverain, Sï9 O O Ternies , Peuples barbares , qui bor- noient l’Empire Me- xicain du Nord , fer- vent Coïtez dans fon armée, 130 Otumbct , infigne bataille donnée dans la Vallée de ce nonï, 2^ 9. 1 6o. La Province deman- de du fecours à Cortez contre les Mexicains, 406 tre Cortez, j 7- Il a m- ve à Vera - Cruz , 6c veut traiter avec San- doval,afïn qu’il lui re- mette cette Place, 63* Il pâlie à Zempoala, & pille les elfets de Cortez dans- la Mai- fon du Cacique, 7f. & 76. Maniéré dont il reçut leP.Banhelemi d’Oimedo , 77. Il fait enlever Luc Vafquez d’Arîlon , & le fait conduire à Cuba , Su Il n’èft'pas pofîible que ce Commandant ait eu correfpondance- avec Motezuma, 83. Ses gens inclinentforc à faire une bonne paix avec Cortez , 103. & Jeq . 11 préparé une embufcâde à Cortez , dont celui-ci eft aver- ti , 109. Il fe met en campagne, 8c il ell: obligé de rentrer dans fon quartier , à caufe du mauvais. rems, 1 14* Sa négligence dans Ion quartier > 1 13 à* C cc Tome IL Table des choies T24.Il court au com- bat , & y perd un œil, 1 26. Parole qu’il dit à Cortez dans fa prifon, 1 30. Il eft en- voyé prifonnier à Ve- ra-Cruz , 131 Raflions humaines . Elles croiflent dans les hommes à mefure que leur pouvoir aug- mente, peintures que firent les Mexicains de l’atta- que que donnèrent les Efpagnols à un de leurs Temples, 212 Peuple. Le Peuple n’dl ordinairement qu’un mon lire à plusieurs têtes, 1 63 T terre d Alvar ado . Cor- tez le laifife à Mexique pourfon Lieutenant , 92. Il attaque les Me- xicains le jour qu’ils celebroient une Fête , & Cortez l’en blâme , 1 5 8 . Il reçoit ordre.de Cortez d’attaquerMe- xiquepar la chaufiée de Tacûba , 488. Ce qu’il fit étant fur la chaufiée de cette capi- tale , 508* Il arive le premier à la place de Tlateluco ? 537 Pierre de Barha com- mande un vaifiéaiî chargé de munitions de guerre &de bouche que Velafquez envoyé àNarvaez, 3 1-9. Ileft pris avec fon vaifieau, par Pierre Cavallero , & mis entre les maizs de Cortez, 320. Il court grand rifque fur la montagne de Su» chimiîco , 386. Il meurt-dans une em- bufeade que les Mexi- cains avoient drelîée avec leurs pirogues, 5 1 1 Pierre Cavallero , Capi» taine de la côte de Saint Jean d’Uliia a prend prilbnnierPier- re de Barba, 319. Et peu après fc faifit de Rodrigue Môteïon, 320 Pierre Sanchez Parfan crevc un œil a Nar- vaez d’un coup de pi- que, 1 26 Pirogues. Embufcade drefiée aux Efpagnols avec ces fortes de bat- teaux, 398. Les Me- xicains en mettent les plus remarquables. plüÆeurs fur leur Lac leurs VafTaux* !j}« pour fervir à la retrai* te de leur Empereur , S 548 Foudre, Cortez en Et faire avec du fouiFre tiré du Volcan de Po- pocatepec , 3 2. 3 Trêtres. Ceux des Idoles ne veulent point que les Indiens vivent en paix avec les Efpa- gnols, ; n O. Q JJatlavacet , Bourg très-peuplé dans la Nouvelle Efpagne : la defeription , 461. Le Cacique & les princi- paux habitans de ce lieu fe rendent , 4 6 } Qu.etla'vaca élu Empe- reur duMexiqne,202. Sa mort , ibid. R R odrigue Rangel de- meure àVera-Cruz, comme Lieutenant de Sandoval , 141 Rots. Les Rois doivent garder inviolable- ment leur parole à S Alvutierra ) CzpViz\nt kms Narvaez & grand ennemi de Cortez, 101. II eft prifonnier àVera-Cruz, 131 Segura de lu Frontera. Fondation de cette Ville dans la Province deTepeaca, 25)9 Soldats. Doivent obéi* aux ordres de leurs Commandans fans raifonner. Leur rai- fonnement jette quel- quefois une armée, dans de grands incon- veniens,4n.Les nou- veaux croyent ordi- nairement avoir delà valeur, & cela fans au- cun fondement, 414. Ceux qui ne vont pas volontiers à la guer- re , font ordinaire- ment inutiles dans les armées , 332. Succh, Ceux qui com- mandent dans les ar- mées doivent tirer de bonnes leçons " des mauvais fuccès , 533 Supérieurs . Us doivent Table a d’ordinaire marcher fur les traces de leurs predccçflcms , i 68 T T Acuba. Refïfhnce que les Habitans de ce Pais firent aux Es- pagnols , 430. 4 3 r • L’entrée que fit A!va- rado par la chauffée decetteVilîe,487.488 Tepeaca. Cette Province confpire contre celle" de Tlafcala, 178. Elle lefifte à Correz qui vouloit attacher les Habitans à fon fervi- ee,2 92.Eîle efî: rédui- te à l’obéïfîance de ce General , 196. & feq* Et on y bâtit la Ville nommée Segurade U Vrontera » 299 Tezeuco. Cortez la choi- fît pour faire une Pla- ce d’armes , 3 77. Son Roi confpirè contre les Efpagnols , ig. Il dépêche en Cuite une Ambaflàde à Cortez , à deflein de le trom- per , 3 Si- Il échappe à Cortez, & fe va join- dre à l’armée des Me- xicains , 38 7» La No» b 1 elle de cette .Ville fç tourner à ce G eue» rai , 3 88. Le coufin du Roi fugitif porte la parole pour eux ,38 9 & feq. Et Cortez lui donne l’inv-dhture de ce Royaume, 39 3*. Ce jeune Prince reçoit le Bap terne, & fert beau- coup i Cortez pour entrer dans Mexique, } 9 8 ; $99 ThjcaU’ Les Mexicains envoyemr des Ambaf- fadeurs à cette Repu- pubîique,2î6 & jeq* Et le Sénat leur ré- pond en faveur de Cortez» 283. 284* PI u fieu rs converfîons fefont dans cecre Vil- le, 3 16 é>/eq. Ilafcetlteques . Secours qu’ils donnèrent à Cortez au fiege deMe- xique , 116-117. Ces Peuples s’eflimoient heureux de mourir à le guerre » 272. Leur confternation , quand ils apprirent le dan- gerque couroit Cor- tez, à caufe de fa bief* fine , 274. Le reme.de ~ qu’ils apportent à ce h s plus remarquables* mal > 8c la maniéré le procédé de Ton dont il fe fer voient fils, 283. 2 86. II fe- pour le guérir, 2 7 y. fait baptifer, $16. Leur fidelité remar. 3 2 >7 pliable , 284. Us ie reconciîientavec ceux deChalco, 410 'Trompette Sacrée. Ufa- g.e & defçription de cet inftrument, jio V V Aleur, Elle a ceîa de propre qu’elle fe fait admirer par ceux- là même qu’on a vain- cus , 13 3 Vera-Cruz. Le Tribunal de cette Ville écrit à l’Empereur en faveur de Coûtez, 338 Volcan de Popocatepec. Cortez en fait tirer du fouflre pour en faire de la poudre , 323 X X ïcotencal le vieux vifire Cortez àGua- lipar , 267. Loge - chez foi Pierre d’Al- varado , 271. Il con- damne ouvertement icotencal le jeune. Son air farouche 8c trop fier. 268. Il fait une conjuration contre les Elpagnols v 28.3. 284. Il eft condamné -par le Sénat > à eau- fe de cette confpira- tion , 286. Il le re- concilie avec Cortez ^ qui intercédé pour lui 5 ibid II fert Cor- tez dans la guerre de Tepeaca, 301. II. va enfuke au fiege de Mexique 8c fait paf- fen fes Soldats en re- vue , 3 69. 3 7 ° ^ fait deferter plufieurs de fes Soldats de l’ar- mée de Cortez , 8c fe retire, 481. Cortez le fait tuer, 483- Et il n’elt pas vrai - fem - b labié qu’il ait été pendu à la vûê des Tiafcalteques , 484 Emfoala- Méfian- ce entre ceux de fin de Table des Matière^ t. * Table des chef es les plus remarquables * y Zempoaîa & Nar- Zucan. Fernand 2.ulefeque.Liai où queî- Cortez prend cette * j Er . * c uiu, fJu, \A, .vï- ^ ues Er Pig nols fu ~ Ville lui les Mexi- cains , 3 1 1 rent maiïàcrés. On trouve dans ce lieu leurs têtes fechéesau feu & à la fumée , 4i§ s < ~u